29 mars 2020

Le prieuré de Boubon

L'histoire du prieuré de Boubon (1) n'est plus à faire, elle a été contée par M. l'abbé Le Cler et M. Etienne Rayret et je n'ai l'intention d'en donner ici qu'un court résumé.

C'est en 1106 que Robert d'Arbrissel, « ce prêcheur ambulant ». que l'on trouve partout, « toujours prêt à communiquer le feu qui l'anime » (2), fonda le prieuré de Boubon avec le secours de Pierre de Montfrebœuf, Itier de Bernard et Aimeric Bruni ou Brun. La lamille de Montfrebœuf habitait non loin de Boubon, le château dé Montfrebœuf (3), dont on ne trouve plus aujourd'hui que des traces; nous avons déjà parlé des Montbrun et nous en parlerons encore lorsque nous essaierons de faire l'histoire d'Altavaux ; quant à Itier de Bernard, M. l'abbé Le Cler et M. Etienne Rayet pensent qu'il était originaire de Solignac. Parmi les bienfaiteurs de Boubon, on cite Itier de Magnac. qui habitait probablement le Châtelard (4), près de Saint-Junien ; Aimeric de la Serre, évêque de Limoges ; Almodie, veuve de Guy Paute, seigneur du Boucheron (5).

Sous Charles vu, Boubon fut ruiné par les Anglais, et ce n'est qu'au XVIe siècle qu'il fut reconstruit, grâce aux libéralités des Pompadour seigneurs de Cromières, des Lastours, des Peyrusse des Cars, des Montbrun, Maumont, etc. En 1528, Jean de Bermondet, chanoine et chantre de l'Eglise de Limoges, possède en commande le prieuré de Bonbon, en 1692, Boubon devint paroisse. Parmi, les religieuses de Boubon, il faut citer : Marie de Peyrusse des Cars, les Lambertie, de Coustin du Mas-Nadaud, de Seychères, de Croizant, d'Asnières, de Perry de Saint-Auvant, de Brie, de Ribeyreix, Guillot du Dousset, de Châteauneuf, etc., tous noms que nous retrouverons dans l'histoire du plateau de Châlus.

Dans l'Histoire de Bonbon ou Monographie d'un monastère de Fontevrault dans la Diocèse de Limoges, (6), on lit la mention suivante : « Marie de Peyrusse des Cars, fille de François des Cars, seigneur de la Tour de Bar, baron de Saint-Germain-sur-Vienne (branche de la Vauguyon) et de Isabeau de Bourbon, princesse de Carency. Elle était religieuse à Boubon, lorsque Françoise de Bourdeille, soeur du chroniqueur Brantôme, » se démit en sa faveur de l'abbaye de Ligueux, en 1565. Dix ans plus tard, elle se démit à son tour en faveur de sa nièce et vint mourir à Boubon, en 1589 ». Voici dans quelles circonstances Françoise de Bourdeille, fille de Anne de Vivonne et de François II, vicomte de Bourdeille, eut à se démettre de l'abbaye de Ligueux. A 13 ans, elle fut religieuse malgré elle et l'official de Poitiers et le pape Paul IV durent la relever de ses voeux. Elle avait 9 ans lorsqu'on l'amena au monastère de Sainte-Croix de Poitiers, et trois ans après on lui persuada qu'il fallait prendre l'habit monastique; à 18 ans, elle devient abbesse de Ligueux en Périgord, y reste 19 ans, 1546-1565 ; mais le temps passé dans le cloître lui apprend qu'elle n'a pas la vocation, elle y souffre et ne songe plus qu'à en sortir, prétextant qu'elle y est entré malgré elle, et qu'à 13 ans, elle n'était pas en état de savoir si elle avait la vocation. L'autorité ecclésiastique s'émeut et l'abbesse de Ligueux se démet en faveur de Marie de Peyrusse des Cars, prieure de Boubon. Françoise de Bourdeille était la plus jeune soeur de Brantôme, elle avait été la compagne de jeux de Jeanne d'Albret, dont elle était « la souffre-douleur » (7).

Le prieuré de Boubon a certainement eu dans le plateau de Châlus une influence considérable : ses historiographes, en nous donnant les noms des religieuses et des élèves, nous montrent que bourgeoisie et aristocratie vivaient là dans la meilleure intelligence. L'éducation chrétienne donnée et reçue à Boubon, a dû marquer son empreinte dans la vie familiale des gens aisés de notre pays, car l'influence d'une mère chrétienne dans un foyer ne s'exerce pas seulement sur une génération, on en retrouve l'écho affaibli dans les générations qui suivent.

Pendant la Révolution 1789-1793, le prieuré de Boubon ne fut pas épargné et les historiens du monastère nous montrent que là aussi l'humilité et la vertu des religieuses ne furent pas à l'abri des passions et des scènes révolutionnaires : le 15 mai 1794, Boubon était vendu comme bien national, les religieuses chassées et dispersées. Depuis, Boubon n'est plus paroisse, c'est un village pauvre où l'on regrette les temps passés, parce que la tradition rapporte que du temps des religieuses, il n'y avait pas de pauvres à Boubon (8).

Notes :

1. Boubon, ancienne paroisse réunie aujourd'hui à Cussac.

2. Histoire de France, de Lavisse.

3. Montfrebœuf, entre la Chapelle-Montbrandeix et Marval.

4. Appartient aujourd'hui à M. Surin.

5. Le Boucheron, paroisse d'Oradour sur-Vayres, a appartenu aux Paute, aux de Bermondet, aux de Coustin du Mas-Nadaud et aux Desbregères, il appartient aujourd'hui à M. Roche.

6. Abbé Le Cler et Etienne Rayet. — Ducourtieux, imprimeur et éditeur, à Limoges.

7. Une soeur de Brantôme, religieuse à l'abbaye de Sainte-Croix de Poitiers, par Alfred Barbier. — Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, T. XVI, 1893.

8. Pour plus de détails, voir le livre de MM. l'abbé Le Cler et Etienne Rayet.

(Bulletin de la Société Les Amis des sciences et arts, 1908)

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Cussac pendant la Révolution

La Révolution laissa dans le paysage rural des marques visibles. En abolissant la féodalité, elle avait institué une nouvelle administration locale dont l'élément le plus visible fut la création des départements, les districts n'ayant duré qu'un temps (ils devinrent les arrondissements, puis les sous-préfectures). Sur le plan social, elle assura la montée de la bourgeoisie ou des paysans les plus fortunés, aux dépens des anciennes familles nobles qui souffrirent des répercutions de la Terreur dans leur chair et dans leurs biens.

La création des départements bria l'unité provinciale. Le but était de multiplier les foyers de vie politique et administrative en décentralisant les nouvelles institutions et en les rendant plus proches du cadre de vie des citoyens. La nouvelle division administrative abandonna la région de Rochechouart au Limousin en l'intégrant à la Haute-Vienne. Cussac et ses environs furent assimilés au destin de ce département au point que, de nos jours, rares sont ceux qui se souviennent de la longue appartenance poitevine de cette région.

Autour de Cussac, les biens du clergé ayant été mis à la disposition de la nation par le décret du 3 novembre 1789, il fut procédé à la vente des propriétés des bénédictions de la Beille et des religieuses de Boubon. Les nouveaux riches se rendirent acquéreurs des terres vendues respectivement le 19 mai et 20 décembre 1791.

Déjà, en 1747, Léonard Deloustaud, fermier des métairies de Madame de la Reille, avait fait une acquisition importante au Mas. Etabli en 1760 à la Braulie, il acheta à sa soeur une propriété située au côté du chemin dit La Pouge, qui va de la Rivière de Champagnac à Boubon et entra ainsi en possession d'une partie des anciennes terres du monastère et des seigneurs de Cromières. En 1793, il devint aussi propriétaire d'une métairie à Vergnolas avec réserve, taillis et maison de maître et de métayer.

Les acquisitions de la famille Duvoisin, dont nous avons déjà parlé lors de la vente de la propriété de la Berthussie, furent plus considérables encore. Pierre Duvoisin, petit-fils du notaire de Piégut, et administrateur pour l'Etat des terres des Champs, qu'il habitait depuis la faillite des Chouly Permangle, eut trois enfants : Madeleine qui habita la grande maison adjacente au chemin du Breuil achetée par les Duvoisin, Martial qui acheta un lot très important des propriétés de Boubon, et Minette. Martial, qui habita Vergnolas fut fermier au Breuil et maire de Cussac en 1793. Il eut, de son mariage avec Anne Dureissex, plusieurs enfants, dont deux fils : Duvoisin dit la Serve et Duvoisin dit Gipoulou. Le premier marié à Madame de la Serve fut député à l'assemblée législative et membre du district. Inquiété, un temps, pendant la Révolution, il se cacha à Chambinaud, à la Reille et dans la forêt de Cromières. Son frère, Gipoulou, fermier des du Dousset au Moulin Paute, régisseur du Puy, fermier à Soumagnac, où il habita, fit l'achat d'une grande partie de Boubon et de ses dépendances, d'une propriété appelée Monthibus, près des Trois-Cerisiers, et fut propriétaire à la Reille où il habita également. Mort sans enfant, une partie de ses biens revint à ses neveux, les Frugier-Puyboyer.

La famille des notaires de Piégut parvint, en assez peu de temps, par ses branches multiples, à entrer en possession de terres très importantes aux alentours de Cussac. Une partie des propriétés du Puy, La Reille, la Berthussie, la Fontanelle lui appartinrent.

L'ascension des familles bourgeoises se fit aux dépens des nobles. A Marval, le 5 février 1794, Emmanuel de Lambertie vendit à Etienne Auvray de Saint-Rémy la terre de Marval et tout ce qu'il possédait dans la commune. La terre de Puydemaud fut affermée par arrêté du 13 nivôse an VI, puis, par la suite, rendue à son propriétaire. La même procédure fut adoptée à Cussac.

En mars 1794, la gendarmerie d'Oradour-sur-Vayres se présenta au château du Puy pour y arrêter Joseph Lavergne qui, par la verdeur de son langage, avait tenu des propos peu révolutionnaires dénoncés par la société d'Oradour. S'étant enfui à la première heure, il fut arrêté plus tard et mourut sur l'échafaud, payant cher ses erreurs de langage.

Source : Cussac et sa région, de Pierre Macaire.

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Boubon

Le voyageur, qui descend du train pour venir à Rochechouart et sort sur l'esplanade de la gare, trouve, devant ses yeux étonnés, un très bel et vaste horizon. La vue, à l'est et au midi, s'étend à 15 ou 20 kilomètres à la ronde et est bornée par une ceinture de collines de 4 à 500 mètres d'altitude.

A quelques centaines de mètres en deça de ces collines qui séparent le Limousin du Périgord, sur leur flanc septentrional, au milieu de taillis de châtaigniers, auprès d'un étang, se trouve un modeste village. Ce village n'attire point l'attention du voyageur hâtif. Cependant il mérite particulièrement d'attirer celle de l'homme toujours prêt à recueillir ce qui a fait autrefois la gloire du Limousin, sa petite patrie, je veux parler du village de Boubon, actuellement paroisse et commune de Cussac. Pour pouvoir ressusciter l'histoire du passé, je m'inspirerai largement de l'ouvrage de MM. Etienne Rayet et l'abbé A. Lecler : Boubon, Monographie d'un monastère de Fontevrault au Diocèse de Limoges (1106 à 1792). Pour parler du piésent, je m'inspirerai seulement de mes observations personnelles.

I. Boubon autrefois

(Locus Bobonis. — Monasterium Beatœ Mariœ de Bulbonio) Le monastère de Boubon était un des plus anciens de l'ordre de Fontevrault (département du Maine-et-Loire, près de Saumur.) Le fondateur de cet ordre, Robert d'Arbrissel, passant par le Limousin, reçut en 1106 de Pierre de Montfrebœuf, de Itier de Bernard et de Aimeric de Brun (Montbrun) « une foret distante de six à sept lieues de Limoges, dans laquelle il jeta les fondements du couvent de Boubon, où il fit venir bientôt après des religieuses. » (1).

Les noms des religieuses à cette époque de la vie monacale à Boubon, nous sont complètement inconnus. C'est seulement en 1257, plus de 150 ans après la fondation, que nous trouvons le sceau d'une prieure, sur un acte de donation. Ce sceau porte une croix autour de laquelle on lit : « Sigillum Petronille priorisse de Bobonis. »

La communauté, en effet, avait à sa tête une prieure élue par toutes les religieuses et dont le choix devait être approuvé par l'abbesse générale de Fontevrault. Cette prieure était élue pour trois ans, mais pouvait être nommée de nouveau. Voici les noms de celles que nous avons pu recueillir, après celui de Pétronilio.

En 1644, Marie Dupuisgasty ; en 1660, Henriette de Lambertie, de la branche de Marval ; en 1690, Henriette de Lambertie, nièce de la précédente. De 1692 à 1697, Charlotte de Coustin du Masnadaud. fille d'un subdélégué des maréchaux de France dans toute l'étendue de la justice de Limoges et la vicomté de Rochechouart. En 1698, Marie de Villoutreix ; de 1704 à 1708, N... de Lavaud. En 1714, de 1719 à 1721 et de 1724 à 1725, Marie de la Cropte de Chassaigne. De 1715 à 1719, de 1722 à 1723, de 1727 à 1730 et de 1735 à 1736, Renée de Lambertie, de la branche de Marval. De 1732 à 1734 et de 1737 à 1738 N... de Séchères. En 1738, passagèrement, Marie de Croizant, remplacée bientôt par Henriette d'Asnières de Saint-Palais. En 1744-1746-1747, Marie Perry de Saint-Auvent dont la famille était alliée aux Rochechouart. En 1748-1758 et en 1765, Gabrielle d'Asnières de la Gélisant. De 1759 à 1762, et de 1769 à 1775 Catherine de la Breuille de Chantrezat ; de 1775 à 1778, Marie de Masfranc de la Domaise ; de 1779 à 1781, Henriette de Rocquart de Lage ; de 1787 à 1788, Anne Julie de Sainton, grande dame qui se cachait sous ce nom modeste, mais qui en réalité se nommait Julie Bouillon de la Tour d'Auvergne. De 1788 à 1791, Anne Julie Saunier. Enfin, en 1791 le 13 mars, sous la présidence de M. Glénisson, maire de la commune et conformément à l'article 26 du titre II du décret de l'Assemblée Nationale, était élue la dernière prieure Jeanne Françoise Catherine de Coustin de Masnadaud.

Mais reprenons l'histoire du monastère. Celui-ci était bâti sur le grand chemin qui conduisait du Limousin dans le Nontronais en passant tout près du château de Montbrun. Sous le régne de Charles VI, il fut détruit par les Anglais. Fut-il brûlé comme Montbrun ? Nous n'avons aucun renseignement à ce sujet. On sait seulement que les religieuses furent obligées d'abandonner leur couvent pendant près d'un siècle. Cependant un religieux du même ordre et dont le monastère se trouvait à 200 pas environ de celui des religieuses, parait y être toujours resté, avec le titre de prieur, pour veiller aux intérêts matériels et administrer les biens.

Le couvent « fut rebâti par les seigneurs de Pompadour et de Lastours, qui en sont aujourd'hui reconnus fondateurs ; et ceux de Peyrusse des Cars, de Saint-Auvent et de Champagnac-sur-Gorre, de Maumont, de Montbrun, de Gramaud en sont insignes bienfaiteurs... » (2).

Le 18 septembre 1528, la mère abbesse générale de l'ordre de Fontevrault, princesse royale Renée de Bourbon (3), envoya sept religieuses qui reprirent possession de Boubon. Jean de Bermondet, chanoine et chantre de l'église de Limoges, en percevait alors les revenus. Un arrêt du Grand Conseil, le 26 mars 1539, l'obligea à délaisser ce bénéfice dont les revenus appartinrent de nouveau à la communauté de Boubon.

Déjà ce lieu n'était plus un endroit retiré et sauvage comme au moment de sa fondation. Les ruisseaux avaient été arrêtés par des digues, formant ainsi deux étangs dont le plus considérable faisait marcher un moulin. Des étrangers vinrent s'établir tout autour et formèrent bientôt un village et le monastère en fut bientôt la providence visible. Les religieuses ouvrirent un pensionnat où les familles nobles du pays envoyèrent bientôt leurs filles, pour y faire de fortes études ou même pour s'y consacrer à Dieu.

La bourgeoisie suivit bientôt l'exemple, et au milieu du XVIIIe siècle, Boubon était le rendez-vous de toutes les familles riches du pays. « Malgré l'éloignement des grands centres studieux où se trouvent bien plus facilement tous les moyens d'instruction, disent MM. Rayet et Lecler, page 13, les jeunes filles faisaient dans ces solitudes de très bonnes études. Les souvenirs des vieillards qui en parlaient encore 50 ans après la catastrophe en ont rendu le témoignage. Ceci ne peut surprendre lorsque l'on voit le Frère Soriz louer en 1707 « les mères maîtresses qui élèvent les pensionnaires », leur dire « qu'elles ont toute l'habileté qu'on peut souhaiter, qu'à peine trouverait-on dans les monastères des grandes villes des personnes plus capables. »

Boubon faisait alors partie de la paroisse de Cussac et était à une distance de 5 kilomètres de l'église. A cause des difficultés du chemin, les habitants, les religieuses et le curé de Cussac luimême demandèrent que leur territoire fût érigé en paroisse. C'est ce qui fut fait en 1692, et le vocable de l'église fut SS. Côme et Damien, que l'on fêtait le 27 septembre.

Cette paroisse ne fut jamais bien importante. Elle comprenait les villages des Champs, de Négrelat, de Graffeuil, de Vergnolas et de Parade. En 1762, par conséquent 70 ans après sa fondation, sa population était seulement de 115 habitants avec 80 communiants ; en 1785, elle était de 150 habitants. Cependant le Pouillé de Nadaud (je ne sais à quelle date) indique 227 habitants et 170 communiants.

Au commencement, les cérémonies eurent lieu dans la chapelle Saint-Jean, l'ancienne église des religieux. Peu de temps après, pour des raisons que nous ne connaissons pas, elles se firent dans celle des religieuses.

En 1785, l'intendant de la généralité de Poitiers fit dresser une statistique détaillée des paroisses de son ressort. On sait que la vicomté de Rochechouart, comprise dans l'élection de Confolens, bien que du diocèse de Limoges, était poitevine au point de vue féodal et administratif. Ce fut M. Dalesme, vicaire-régent de Boubon, qui répondit au questionnaire qui lui fut adressé et que nous allons donner en le résumant. « Il y a dans la paroisse, y compris les Dames de Font-Evraud, vingt-huit feux. Y compris la communauté, il y a cent cinquante habitants. - Le pays est très mauvais, pays de montagne, aride, marécageux, pays de bruyère, pays de bocage, mais seulement de châteniers, où il n'y a que quelques petits ruisseaux. - Le plus prochain bureau de poste est à Châlus, distant de trois lieues environ. - Le seigneur, haut justicier de la paroisse, est M. de Permangle, et les Dames religieuses sont seigneurs fonciers. - Il y a une juridiction subalterne dépendant des Dames religieuses, relevant du siège royal de Montmorillon, élection de Confolent, cour consulaire de Poitiers, subdélégation de Rochechouart. - La distance de Montmorillon 17 lieues, de Poitiers 22 lieues, de Rochechouart, 3 lieues... »

II. — Boubon aujourd'hui

La Révolution est passée à Boubon et a fait d'une paroisse et commune du canton de Saint-Mathieu un tout petit village appartenant maintenant à la paroisse et à la commune de Cussac. Du beau monastère qui faisait la richesse et l'honneur de la contrée, il ne reste plus que des ruines, difficiles à reconstituer.

Le Icr octobre 1892, les religieuses furent chassées de ieur couvent qui fut fermé en attendant .la vente et la destruction prochaines. Une première vente avait eu lieu le 20 décembre 1791 avant l'expulsion des religieuses, mais elle fut annulée à cause de certaines irrégularités de la procédure. Une seconde adjudication eut lieu le 26 floréal, an II (13 mai 1794). L'un des lots comprenant « une église, cour, la maison servant ci-devant de couvent, parloir, haut et bas cloître, un petit jardin au milieu, halle, un jardin à côté de la dite maison contenant trois bosselées, un réservoir, un autre jardin au-delà se tenant à l'étang, le parc composé de deux pâturaux avec une pêcherie et un lavoir dans le milieu, deux terres à chaque côté des dits pâturaux, et une allée en chênes ou fayans dont les arbres sont considérables, portion du parc contenant 16 séterées (une séterée == 30 ares 79 centiares à Rochechouart et 34 ares 19 centiares à Châlus), fut adjugé pour 5.200 livres à Fr. F. L. et à Martial Duvoisin. Nous ne savons à qui les autres lots furent adjugés.

« Les linges consistant en aubes, nappes d'autel, serviettes et autres menus linges » furent déposés au magasin militaire de Saint-Junien le 12 germinal, an II. Quelques-uns de ces ornements furent distribués plus tard aux paroisses des Salles et de La Chapelle-Montbrandeix.

Les fantaisies des nouveaux propriétaires ont accumulé ruines sur ruines, si bien qu'il est à peu près impossible de reconstituer l'état des lieux. « On peut cependant dire, sans crainte de se tromper, que le monastère se composait de quatre corps de hûtiments formant un parallélogramme, avec un préau dans le milieu, entouré de cloîtres intérieurs. » (3)

Le bâtiment formant le côté du midi est seul resté à peu pris debout. Il avait, parait-il, une cinquantaine de mètres de longueur. En 1923, un nouveau propriétaire n'en a gardé qu'une toute petite partie, pour en faire une habitation. Le reste a été débarrassé de sa charpente, de l'étage comprenant les cellules des religieuses, et voué à l'abandon et à la destruction. Au rez-dechaussée, se trouve un cloître dont les arceaux ont été murés, laissant cependant une ouverture pour une fenêtre ou une porte. Sept de ces arceaux existent encore, mais il y en a trois voués à une destruction prochaine puisqu'ils sont dans la partie abandonnée.

Au premier étage se trouve une grande chambre, pourvue d'une énorme cheminée en granit. Faisant suite à la chambre, se trouvaient les cellules. Il y a quelques années, j'avais pu les visiter ; maintenant, il n'en reste plus qu'une qu'il serait désirable de conserver comme témoin du passé. C'est une chambre très étroite de 2 mètres 20 de largeur et de 4 mètres 40 de longueur, ayant une croisée sur le jardin au midi. Un étroit corridor, le long du mur, au nord, y donne accès. Dans ce mur, et en face de chaque cellule, se trouve une petite niche carrée de 50 centimètres d'ouverture et de 60 centimètres de profondeur. C'était un placard ; pour l'utiliser la religieuse devait ainsi sortir de sa chambre.

Les autres bâtiments formant autrefois les trois autres côtés du parallélogramme n'existent plus. La chapelle elle-même, qui pouvait contenir 7 à 800 personnes, a disparu complètement.

Le pare, très grand, était entouré de murs de deux mètres de hauteur, comme on peut s'en rendre compte par les morceaux qui sont encore debout. Au milieu de ce parc se trouvait et se trouve une petite pêcherie.

Au nord et à 50 mètres du couvent, se trouve la maison du Prieur, bâtie en 1682, et, de nos jours, très bien conservée, car elle a été toujours habitée. Au rez-de-chaussée se trouvent deux grandes pièces : une cuisine à gauche, et à droite une salle avec une grande cheminée en granit. Un escalier, également tout en granit, conduit au premier étage où sont deux chambres avec deux grandes cheminées. Le jardin, s'étendant vers l'étang, a été conservé. On y accède par une petite terrasse qui le domine et on y descend par un escalier. Le jardin lui-même se termine en terrasse sur le bord de l'étang.

Encore plus au nord, mais à deux ou trois cents pas de la maison du Prieur, sur le bord du chemin venant de l'étang, se dressait au moyen-âge le monastère des religieux de Fontevrault, détruit par les Anglais. C'était un prieuré appelé Saint-Jean-de-l'Habit, comme à Fontevrault. Lorsque, en 1672, Boubon fut érigé en paroisse, c'est dans l'église Saint-Jean que se firent les fonctions curiales. Plus tard, elles se firent dans la chapelle des Dames, mais l'église Saint-Jean ne fut pas abandonnée complètement ; on continua à y enterrer les notables du lieu.

A la restauration du monastère, au commencement du XVIe siècle, le couvent des hommes ne fut pas rebâti. Il n'y eut plus à Boubon qu'un seul religieux de l'ordre faisant les fonctions de confesseur des Dames et de curé de la paroisse. On l'appelait le Père Prieur, et il habitait la maison du Prieur dont nous avons parlé plus haut.

A la place du couvent de Saint-Jean-de-l'Habit, se trouve une métairie appelée par les religieuses la métairie de la Porte A côté, mais séparée par le chemin, est une grange de 17 mètres de long sur 5 mètres 20 de large, qui n'est autre que l'ancienne chapelle des religieux et qui a gardé jusqu'à la Révolution le titre d'église paroissiale.

On y accède par un vaste portail percé là où se trouvait l'autel principal et flanqué d'un contrefort extérieur. A l'intérieur, plus rien de ce qui, à première vue, peut rappeler une église. Cependant, dans le mur du nord, il existe encore une baie de vitrail qui a été murée. Au plafond, aucune trace de voûte, mais la charpente toute nue. A signaler une particularité de cette église : on n'y a jamais vu de toiles d'araignées. Les gens de la contrée l'ont bien remarqué et le signalent aux visiteurs.

Enfin, dans la prairie, se trouvait le cimetière ; quatre ou cinq pierres tombales, perdues dans le gazon, en marquent l'emplacement.

Boubon, fille de la grande abbaye de Fontevrault, devenue comme elle un centre d'attraction, un rendez-vous pour la haute société de la région, n'existe plus à l'heure actuelle : les fils de la Révolution sont passés par là.

Notes :

1. Vie du B. Robert d'Arbrissel, par M. B. Pavillon, aumônier du roi, 1665.

2. L'Etat du clergé du diocèse en 1702, par Gilles Le Duc. Ce passage cité plus haut est reproduit au tome XLVI du Bulletin de la Société Archéologique du Limousin.

3. Parmi les 37 abbesses qui ont gouverné l'ordre aristocratique de Fontevrault, on trouve 15 princesses de sang royal, notamment une fille d'Henri IV. Qu'il nous soit permis aussi de signaler qu'à la mort de l'abbesse Jeanne de Bourbon, survenue en 1670, ce fut Madame Marie-Madeleme-Gabrielle de Rochechouart-Mortemart qui lui succéda.

4. Rayet et Lecler, page 84.

Source : Max Berret.

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Preuves de noblesse

1. Françoise Catherine Coustin de Masnadeau née et baptisée le 18 juillet 1762 au château de Masnadeau paroisse de Pageas.

2. Messire Alexandre de Coustin de Masnadeau, comte d'Oradour et marquis de Masnadeau, né le 21 octobre 1726, accordé le 11 septembre 1746 à dame Louise de Ravard, fille de messire Philippes Ravard, chevalier, seigneur de Mezieud, et Marie Desarnaud.

3. Messire Annet François de Coustin, chevalier, seigneur comte d'Oradour, seigneur de Masnadeau, La Vallade, Saint-Bazille, né le 1er septembre 1698, accordé le 7 janvier 1721 à Jeanne de Beynac, fille d'Armand de Beynac, baron de La Vallade, etc., et dame Marie de Vertamon.

4. Messire François de Coustin de Masnadeau, marquis de Masnadeau, comte d'Oradour, seigneur de Blanac et autres places, né le 4 novembre 1656, accordé le 12 avril 1687 à Marie Anne de Bermondet, delie d'Aubanie, fille de feu haut et puissant seigneur messire George de Bermondet, chevalier, seigneur comte d'Oradour, Saint-Bazille, etc., et haute et puissante dame Françoise Garnier.

5. Messire Antoine Charles de Coustin de Masnadeau, accordé le 9 décembre 1655 à Charlotte Marie de Reillac (elle testa le 1er mai 1662), fille de feu messire Charles de Reilhac et dame Louise de Tournemire.

6. Messire François de Coustin de Masnadeau, chevalier, seigneur marquis de Masnadeau, Plaux, Blanac et comte d'Oradour, testa le 10 octobre 1628, accordé le 22 novembre 1623 à Renée de Perrière Sauveboeuf.

7. Messire Jean de Coustin de Masnadeau, écuyer, seigneur de Masnadeau, Dumas, Chalard, accordé le 11 novembre 1591 à Françoise de Jussac, fille de feu puissant seigneur messire Raymond de Jussac et dame Magdeleine Jourdain.

8. Noble Louis de Coustin de Masnadeau, écuyer, seigneur de Masnadeau en Limousin testa à Paris le 16 avril 1551, accordé le 6 juillet 1533 à Louise de Lambertie, fille de noble François de Lambertie; elle testa le 28 avril 1581.

9. Foucault de Coustin de Masnadeau, seigneur de Masnadeau et du Mas. Actes de 1526 et du 4 août 1505, fils de noble Pierre et Isabeau de Fougeyrat de Masnadeau.

Certificat du 26 juin 1771.

Source : Preuves de noblesse pour l'entrée à la Maison royale de l'Enfant-Jésus, d'Anne-Marie Armelin.

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La baronnie de Saint-Cyr

Jean Léonard, trésorier de France à Limoges, était seigneur de Saint-Cyr, de Fressanges, et de Puydeau en 1700. Cette famille, qui habitait le château de Puydeau, avait été précédée par les Descubes qui, eux-mêmes, avaient succédé aux de Saint-Fief. Les de Saint-Fief et les Descubes seront également seigneurs de La Laurencie et de Lascaux. Annet de Saint-Fief possédait La Laurencie en 1604. Ses armes sont : d'azur au chevron d'argent, accompagné de trois croisettes de même, 2 et 1. Noble François de Saint-Fief était seigneur de La Laurencie et de Puydeau en 1612. Par son mariage avec Anne de Saint-Fief, Léonard Descubes possède ces lieux en 1628. Léonard Descubes, écuyer, seigneur de La Laurencie en 1650, épousa Anne de Chauveron, dont il eut Anne, mariée en 1671, à Pierre Fornel, écuyer, seigneur de La Faucherie, paroisse de Pluviers, à qui elle porta La Laurencie. Cette terre appartenait encore aux Fornel en 1858, année où mourait Jean de Fornel, qui fut maire de Saint-Auvent. Jean Descubes était seigneur de Lascaux et du Repaire en 1741, et Charles-Joseph Des Cubes, époux de Marie-Thérèse-Rosalie Marcillaud en 1772. Les Armes de cette famille sont : d'azur à trois cubes d'or, 2 et 1. François Descubes était seigneur de Puydeau et de Ferrand en 1670 ; Jean de Saint-Fief, en 1633 ; Jacques de Saint-Fief, en 1578. Les de Saint-Fief sont aussi seigneurs d'Essenat : Jean de Saint-Fief avait épousé en 1445 Agathe de Meillars. Leur fils, François, épousa en 1522, Renée du Breuil, dame de Royère. Le fils de ces derniers, Roland de St-Fief, Ecuyer, seigneur d'Essenat, épousa en 1587 Françoise de La Roumazière. La fille de François de Saint-Fief avait épousé Jean de Leyrisse, écuyer, sieur de La Motte-de-Saint-Cyr. Annet de Leyrisse, sieur de Lascaux, épousa en 1542 Marguerite de Lambertie. Antoine de Léonard, écuyer, président-trésorier de France au bureau des finances de la généralité de Limoges, était seigneur de Saint-Cyr en 1726 ; cette année-là, il acquit la terre de Saint-Laurent-sur-Gorre. Son fils, Jacques- Martial de Léonard, est dit seigneur de Saint-Laurent, de Puydeau, baron de Saint-Cyr en 1772. Anne-Josephe Léonard, fille de feu Antoine Léonard et d'Angélique-Josephe Morin, épousa, le 7 avril 1783, Claude-Etienne-Annet, comte des Roys, sénéchal du Limousin, qui devint par ce mariage, Baron de Saint-Cyr, seigneur de Saint-Laurent-sur-Gorre et de Puydeau.

Source : Au fil des ans, de Jean Aupetit.

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Le baillage de Rochechouart

Anciennement Rochechouart était le siège d’un baillage, espèce de tribunal d‘appel pour toutes les justices seigneuriales de la vicomté. Ce baillage, peu étendu, fut réuni par la suite à la sénéchaussée de Montmorillon, au présidial de Poitiers et au parlement de Paris.

Il existait dans la vicomté de Rochechouart un grand nombre de justices seigneuriales. Presque tous les châteaux avaient la leur. Ceux qui n’en possédaient pas en avaient été privés par le vicomte, qui, en concédant les châteaux, s‘était réservé le droit de justice. Dans tous ces prétoires les lois étaient de nature différente : les unes, de droit écrit, ressortissaient de Limoges, en appel à Bordeaux ; les autres (Rochechouart était du nombre) suivaient la coutume du Poitou et allaient à Montmorillon, Poitiers, et en appel à Paris. Chaque seigneur avait sa loi, son plaids, son banc et son fisc ; il était souverain législateur, juge, greffier, archer même. Il vendait aux uns leur sûreté et attaquait celle des autres ; souvent il tirait profil des accusations et des crimes, par l’emprisonnement, les amendes, la confiscation.

Dès longtemps Rochechourt avait un baillage : c‘était une justice exercée par un bailli et des juges ; plus tard ce baillage pritle nom de sénéchaussée. Avant 1551 les justices des baillis et des sénéchaux se nommaient présidiaux. Les grandes justices avaient un sénéchal et un lieutenant sénéchal. Le sénéchal était l‘autorité et l‘homme d’honneur ; il rendait la justice ou la faisait rendre sous ses yeux par son lieutenant.

Toute la France était ainsi couverte de justices seigneuriales. Pour l’ordinaire, lesjuges exerçaient plusieurs chargesà la fois ; souvent ils étaient juges de plusieurs justices en même temps ; ils étaient encore juges et notaires, ou juges et procureurs, ou greffiers, en la même justice. Pendant longtemps l’ignorance la plus crasse fut l’apanage de tous ces juges. Comme leurs maîtres ils savaient à peine lire et écrire ; la plupart étaient pris parmi les hommes d’affaires, les domestiques cules familiers du château. Aussi Loiseau et autres ont-ils eu beau jeu de ridiculiser ces praticiens ignorants. Combien ces temps sont loin de nous !

Voici les noms des derniers sénéchaux des justices renfermées dans la circonscription de l‘arrondissement actuel de Rochechouart.

Rochechouart, M. Gourseaud de Laumond-Chandos. (Le dernier lieutenant-sénéchal était M. Goursaud du Mazé, frère du précédent, qui était en même temps sénéchal des justices des Bâtiments et de Saillac.)

Saint-Junien, M. Périgord, de Saint-Junien.

Saint-Brice, M. Codet-Boisse, de Saint-Junien.

Saint-Victurnien, M. de Verdillac.

Une partie d’0radour-sur-Glane et autres lieux, M. Merlin de Chabant.

Autre partie de ce même Oradour et autres lieux, M. Maisondieu, de Mortemar.

Saint-Auvent, Champagnat, Brie et une partie de Saint-Mathieu, M. Berthelot.

Gorre et Saint-Cyr, M. Descubes-de-Saint-Désir.

Oradour-sur-Vayres, Saint-Bazile, Cussac et Cromières, M. Ribière des Bordes.

Montbron, M. Fleurat.

Pensol et La Chapelle-Montbraudeix, M. Profit, de Miallet.

Autre partie de Saint-Mathieu et Maisonnais, M. Chazeau, des Salles.

Lavauguyon, M. Rougier, des Salles.

Champsac relevait de Châlus.

Les intendants étaient des magistrats que le roi envoyait dans les provinces pour y veiller à tout ce qui pouvait intéresser l’administration de la justice, de la police et des finances. Ils étaient en général chargés de maintenir le bon ordre dans les provinces qu’ils administraient. Ils avaient sous eux des magistrats inférieurs, nommés délégués et sous-délégués. L’intendant de Poitiers avait à Rochechouart un sous-délégué ; le dernier fut M. Périgord de Beaulieu, grand-père de M. Hippolyte Périgord de Beaulieu, qui pendant longtemps fut maire de Rochechouart et membre du conseil général.

Louis XI avait établi en France des bureaux de poste aux lettres. Rochechouart en possédait un. Avant la révolution, le courrier qui portait les dépêches à Rochechouart n’y venait qu’une fois par semaine, le samedi. Il faisait ce service à cheval ; venait de Poitiers par Montmorillon, Saint-Junien et Rochechouart, et s’en retournait par Chabanais, Confolens et Poitiers. On ne portait point les lettres à domicile ; chacun venait les chercher à la poste, même des communes voisines. Combien nos pères seraient étonnés de voir arriver à leur porte, tous les jours, un facteur chargé de leur remettre des lettres, des journaux, partis de Paris depuis moins de vingt-quatre heures ! Le dernier directeur de la poste au moment de la première révolution, et qui n’avait pour tout traitement que cent cinquante livres, était M. Chemison-Dubois.

Depuis la fameuse charte d’affranchissement jusqu’à la révolution, la ville de Rochechouart, imitant le gouvernement de l‘ancienne Rome, était administrée par des consuls ; ils étaient au nombre de quatre. Le titre de consul a particulièrement désigné les officiers gouverneurs de la commune ; ils étaient les chefs de la cité, les premiers magistrats de la ville, avaient un nombre de conseillers qu’ils devaient consulter ; mais, au prévôt du seigneur seul il appartenait de sanctionner les décisions de ces fonctionnaires.

Les consuls sortants nommaient eux-mêmes, en présence du peuple convoqué à cet effet et qui devait approuver, les consuls rentrants. Ils étaient nommés pour deux ou pour cinq ans ; quelques-uns se sont maintenus en charge plus longtemps. Ces magistrats étaient toujours choisis parmi les personnes les plus honorables de la ville. Lors de l’institution des maires, sous Louis XIV, le consulat fut censé aboli ; mais il s’est maintenu à Rochechouart, sans doute par l’autorité du vicomte. En sorte que. les consuls, les maires, les échevins, exerçaient ensemble à peu près les mêmes fonctions.

Les familles qui ont le plus fourni de consuls sont :les Gourseaud, les Chemison, les Lacroix, les Boudeau, les de Lavaud, les Desvergnes, les Maron, les Trouillaud, les Maisondieu, les Boulesteix, les Lachaumette, les Labrunie, les Duchesne, les Pailler, les Rayet, les Leylavoie, les Simon, les Bourdeau, les Soury, les Beaudequin, les Périgord.

Dans l’organisation municipale, le maire était le principal agent de la commune ; il était chargé de l’administration locale et de la gestion des affaires, sous la surveillance des consuls et sous la direction des chefs de province. Le nom de maire vient du latin : m’ai0r ou major, parce que, dans les anciennes communes, ceux qui remplissaient ces fonctions étaient les plus âgés des membres du corps municipal.

Les maires ont aujourd’hui une juridiction bien plus étendue. Au moment de leur création, presque tous furent nommés à vie ; ce qui explique pourquoi, en 1708, on trouve sur les registres de la mairie de Rochechouart, un M. Gourseaud de la Jousseline, conseiller du roi, signant maire perpétuel. Le dernier maire de la ville, sous l’ancien régime, fut M. Gourseaud-Laumond.

Comme de nos jours, les magistrats municipaux ne recevaient aucune rétribution.

Avant 1721, lorsque avaient lieu les élections municipales, ou se réunissait à la maison de ville, vulgairement appelée le Communal ; elle était située près de la place, au-dessous de chez M. Marquet-Lavergne ; son petit jardin occupait l’emplacement du temple des protestants.

Les échevins furent institués en 1769 ; ils ont subsisté jusqu’à la révolution. Rochechouart était administré par un maire, deux échevins, six conseillers et quelques notables. Les échevins se nommaient aussi scabins, mot celtique qui signifie ceux qui siègent, les juges, les assesseurs. Nommés par le peuple, ils faisaient la police et avaient droit de requérir la force armée.

Les lieutenants de la séhéchaussée s’occupaient aussi d‘administration, de police, et en général de tout ce qui regardait l’ordre et la tranquillité publique.

La police de Rochechouart appartenait au vicomte, dont les prisons se trouvaient dans le donjon seigneurial. La ville avait aussi les siennes ; elles étaient au-dessus de la porte Bereau ; on y montait par un escalier en pierres. Cet édifice, très élevé, garni de fer, surmonté d’une girouette, indiquait une juridiction municipale. L’on voit, en effet, par un acte de 1475, que les consuls affermaient les amendes de la justice au profil de la commune ; qu’ils faisaient emprisonner pour crimes et fautes contre la police. Dans un procès-verbal de 1768, il est dit : « La tradition nous apprend que la ville avait une juridiction de police ; le nom d’amende, celui de sergent de ville, que nous trouvons employés dans des actes, comme aussi celui de greffier, la prison de ville, sur la porte Bereau ayant une girouette, la maison ou hôtel-de-ville, tout cela indique une juridiction, au moins de police, à l’instar de plusieurs autres villes. »

L’association municipale de Rochechouart n’avait point le pouvoir militaire ; il appartenait exclusivement au vicomte, auquel la châtellenie devait en temps de paix soixante hommes armés pour sa suite et sa garde. En temps de guerre, il levait des soldats selon les besoins.

Source : Rochechouart, histoire, légendes, archéologie.

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M. de Lavergne aurait dit que...

Le juge de paix du canton d'Oradour était alors Pierre Ribière Desbordes, ci-devant juge sénéchal du comté. Il s'empressa d'obéir aux ordres du District : et le 8 juin 1792, à dix heures du matin, onze témoins vinrent déposer devant lui : son greffier, Me Laurent, écrivit leurs dépositions, que nous résumons.

M. de Lavergne aurait dit :

Que les membres de l'Assemblée nationale étaient tous de la foutute canaille.

Qu'il se foutait de la garde nationale d'Oradour.

Qu'il se foutait des Municipalités, des Districts, des Départements ; qu'il n'avait pour payer deux sacs d'avoine que de foutu papier.

Qu'on avait établi des maires, des municipalités, que tout était de la gueusaille, que nous avions sept couronnes contre nous, que la France serait prise aussi facilement qu'une nichée d'oiseaux.

Que le Département de la Haute Vienne séant à Limoges était un tas de gueux et de fripons, qu'ils nous volaient comme font les voleurs au coin d'un chemin.

Que les membres de l'Assemblée nationale nous ruinaient tous, qu'ils faisaient des dépenses considérables, que les premiers n'avaient pas rendu de comptes, que leurs successeurs en feraient autant.

Que la municipalité de Cussac était de la race des chiens.

Qu'on lui avait porté un quart en sus des terrains qu'il possédait, qu'il se laisserait imposer, et que si quelqu'un venait lui demander de l'argent, qu'il lui foutrait deux balles dans le crâne et foutrait son camp. Il s'étonnait que quelqu'un voulût aller au secours de la nation, que si on pensait comme lui on n'irait pas. vu qu'on les conduisait à la boucherie.

Le 6 juillet suivant, onze autres témoins, assignés par l'huissier Pallier, déposèrent encore :

Que les commissaires qui avaient fait la répartition des impôts étaient de la race des chiens.

Que les assignats étaient une pauvre drogue.

Que, la veille des Rameaux, il avait dit que le 24 juin il y aurait des chapeaux de reste.

Qu'on prendrait les Français de la même manière qu'on prend une nichée d'oiseaux dans une haie.

Que les gardes nationales, les maires, tout cela était de la foutraille, de la gueusaille, des Jean foutre.

Source : Monographie du château du Puy, d'Etienne Rayet.

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Le château de Joseph de Lavergne

Joseph de Lavergne, la malheureuse victime des folies sanguinaires de la Révolution, naquit à Aixe en 1755. On lit sur les registres de cette paroisse :

« Le quatrième août 1755, a été batisé par moi soussigné Jean-Baptiste-Joseph Dominique, né la nuit précédente en cette ville, fils de mesre Gaucher de Lavergne, écuyer, capitaine au régiment de La Fère infanterie, et de dame Anne-Elisabeth de la Biche, son épouse. Ont été parrain mesre Jean Baptiste-Joseph de la Biche, écuyer, seigr de Reignefort, et marraine dame Pétronille Berny, veuve de mre Gaucher de Lavergne, en son vivant écuyer, seigr de Marginier. Lesquels ont signé avec nous. Signé : Brousse, curé d'Aixe, La Biche Reignefort, Berny de Lavergne. »

Pourquoi déclara-t-il plus tard aux autorités révolutionnaires qu'il était né à Saint-Domingue ? La vérité est, comme l'atteste le registre paroissial d'Aixe, qu'il naquit plus d'un an après le retour de son père et de sa mère.

Joseph de Lavergne fut mis en pension à La Rochefoucauld, chez un monsieur Duplessis, au mois de décembre 1766. Il y resta un an, à raison de 200 livres, 8 sacs de froment et 3 sacs de blé noir.

Il entra à La Flèche en 1771 : d'Hozier délivra, à cette occasion, un certificat attestant qu'il avait « la noblesse nécessaire pour être admis au nombre des gentilshommes que Sa Majesté fait élever dans les écoles royales militaires. »

Il en sortit au mois de mai 1772 pour rejoindre le régiment de La Fère, en qualité de sous-lieutenant, sans appointements. C'est dans ce régiment, on se le rappelle, que son père avait servi pendant plus de vingt ans ; c'est là que servaient alors deux de ses cousins, fils de autre Gaucher de Lavergne et de Pétronille Berny, qui y moururent, l'un capitaine, l'autre lieutenant.

Le 17 septembre 1773, il fut nommé sous-lieutenant en titre, et il partit pour la Corse, où son régiment allait tenir garnison. En 1778, il fut promu lieutenant en second à la compagnie Lieutenante-Colonelle ; puis, le 30 août 1782, lieutenant en premier à la compagnie de Beaudrieux.

Trois ans plus tard, le 11 janvier 1785, il épousa Jeanne de Théfon, née au château de la Barde, fille de Benoît Barbe-Teyfon, marquis de Théobon, chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine au régiment d'Artois infanterie, et de Marie Louise Lataste.

Le contrat de mariage fut passé à Aixe, chez le notaire Cheyrou.

Le marquis de Théobon et Mrac de Théobon donnaient à leur fille 60.000 l. de dot, soit 40.000 l. du chef maternel, et 20.000 l. du chef paternel. 30.000 l. devaient être payées comptant, et les 30.000 autres livres, au décès du dernier mourant des père et mère, sans intérêts jusqu'à ce moment.

Gaucher de Lavergne donnait à son fils son bien noble du Puy, Grafeuille, La Guionie, le Breuilh, cens, rentes, château, préclôture, domaines, moulin, étangs, meubles meublant, vifs et morts. Sous réserve de la jouissance, sa vie durant, sous réserve aussi d'une rente au capital de 3.885 fr. due au seigneur de Gorre.

Il instituait son fils héritier universel de tous ses biens.

Joseph de Lavergne donnait à sa future femme 400 l. de rente et 6.000 l. de capital, plus son logement au Puy, en cas de prédécès. La future faisait à son futur époux un don de 3.000 l. de capital, dans ce même cas de prédécès.

Le contrat porte au bas les signatures suivantes, outre celles des parties : J. B. Duverger, prêtre présent, aumônier de la ville d'Aixe ; Martial, comte de Brie de Soumagnas ; J.-B. Duverger, docteur en médecine ; Christophe Duverger, avocat, juge des Cars ; Guingand, chevalier, seigneur de Joussignac ; marquis Beaupoil de Saint-Aulaire ; chevalier Beaupoil de Saint-Aulaire ; Etienne David, notaire ; J.-B. Rougerie, bourgeois ; Ribeyreix de Feuillade ; Rogier des Essarts.

Peu après son mariage, le 2 octobre 1785, Joseph de Lavergne quitta le service, avec une attestation flatteuse signée à Poitiers par un grand nombre d'officiers de son régiment, disant « qu'il a mérité l'estime de ses supérieurs et l'amitié de ses camarades, et emporte les regrets des uns et des autres ».

En 1786, Joseph de Lavergne et Jeanne Benoite Barbe de Teyfon vendirent à Antoine Fredon, dit le marchand, et à Jeanne Biojou, sa femme, métayers aux Bordes, la métairie de Négrelat, dans la fondalité des Religieuses de Boubon, y compris le cheptel et les semences, au prix de 5.000 livres. Nous ne comprenons pas les motifs qui amenèrent cette vente, au lendemain d un riche mariage qui lui donnait 30.000 livres comptant.

Il semble bien qu'à cette époque aucune gêne financière ne régnait au château du Puy ; c'est alors que les châtelains firent d'importantes acquisitions de toiles, de velours, de coton, de soie, de taffetas, qui paraissent avoir été employés à restaurer le mobilier. Nous en donnons l'énumération dans une note, à la fin du volume. La facture signée Tardieu et Brisset jeune s'élevait à 1.853 l.

Bientôt, les intérêts importants qu'il avait à Saint-Domingue obligèrent Joseph de Lavergne à se rendre dans cette île lointaine. Les acquéreurs de sa terre de Veaux ne payaient pas les pactes convenus ni les intérêts. Il avait bien donné à son frère Charles, écrivain cle la marine à Port au Prince, une procuration pour toucher 12.000 l., mais rien n'avait été payé.

M. de Lavergne, laissant sa jeune femme et ses deux enfants, s'embarqua à Bordeaux dans les premiers jours de novembre 1789, à bord du vaisseau l'Alexandre, qui fît voile vers les Caves Saint Louis, sous le comman dément du capitaine d'Aguerre. Il emportait deux ballots contenant diverses marchandises, vingt caisses bougies de table et un cabriolet à deux roues, pour quoi il paya 245 l. de frais de transport ; pour lui il paya 600 livres. Vrai semblablement ces marchandises, bougies et cabriolet, étaient destinées à être revendues avec profit pour payer les frais du voyage.

Son séjour à Saint-Domingue ne fut guère que de six à sept mois, mais il paraît lui avoir donné des résultats importants. Il toucha, le icr janvier 1790, une somme de 25.712 l., dont 22.500 pour les intérêts de six années, et 3.212 à-compte sur le capital; puis un peu avant son retour, le 30 juin, une autre somme de 21.944 l. dont 1744 l. 10 pour six mois d'intérêts, et 20.200 sur le capital.

Il repartit au mois de juillet 1790. sur le même vaisseau. Il rapportait 64 barriques de sucre brut « allant pour son compte, et à l'adresse et consignation de Raymond Fauché, négociant à Bordeaux ». Un autre navire, le Vicomte d'Urtubie, lui ramenait 570 piastres d'Espagne « allant pour son compte et risque, et à l'adresse et consignation de M. Raymond Fauché, négociant à Bordeaux ». Nous ne savons combien valaient ces barriques de sucre et ces piastres ; mais nous venons de voir qu'il avait touché pendant son séjour à Saint-Domingue une somme de 47.656 livres, tant sur le capital que sur les intérêts.

Il reçut encore au mois de mars suivant 29.436 livres, capital et intérêts. Il lui restait dû très vraisemblablement environ 25.000 livres, qui ne furent jamais payées ; ce qui lui faisait dire souvent que la Révolution lui faisait perdre de grosses sommes.

M. de Lavergne quittait Saint-Domingue au moment où arrivait le décret de l'Assemblée appelant brusquement les nègres à jouir des droits civils et politiques, décret qui allait amener le massacre des colons et nous faire perdre cette riche possession. Il fuyait la Révolution dans la colonie, mais il allait la retrouver dans la mère patrie et succomber sous ses coups.

Après un court séjour à Bordeaux, après un petit voyage à Nantes pour y vendre son sucre, Joseph de Lavergne rentra au Puy. Il y passa l'année 1791, écoutant gronder cette Révolution qui devenait plus menaçante, et recevant quelquefois des nouvelles de l'insurrection qui désolait la colonie et allait lui faire perdre ce que lui devaient encore les frères Guilhem.

Les événements se précipitaient. Les nouvelles arrivant de Paris et des provinces devenaient de plus en plus alarmantes; les préoccupations, les craintes grandissaient. A la fin de l'année 1791, après l'arrestation du roi à Varennes, la noblesse passa la frontière pour se mettre en sûreté, avec l'illusion de rentrer bientôt ; mais le xvine siècle, impie et licencieux, avait fait déborder la coupe de la colère divine.

M. de Lavergne ne voulut pas émigrer, imitant son voisin, le marquis de Cromières. Mais il fallait être, comme lui, d'une extrême prudence, se terrer, surtout se taire ; or, il était très difficile au châtelain du Puy de se taire. Ses préoccupations d'intérêt, car il avait toujours en la pensée sa créance de Saint Domingue, perdue par la faute de l'Assemblée constituante, ses préoccupations ajoutaient encore à son agitation naturelle. Il parlait beaucoup, à tout venant, aux bourgeois, aux paysans, à ses ouvriers. Il n'épargnait aucune critique, ni des administrations, ni des assemblées ; critiques bien justifiées, assurément, mais combien dangereuses pour lui. Nous avons cité plus haut, clans une note au bas de la page, l'avertissement que lui donna un jour, à Gorre, son parent M. Teyfon : « Joseph, vous parlez trop : il vous arrivera malheur. »

Les bourgeois de Cussac, sauf le citoyen Duvoisin de Gipoulou, n'étaient point de fougueux jacobins, comme plusieurs de leurs voisins d'Oradour. Aussi, peut être les intempérances de langage de M. de Lavergne ne lui auraient-elles causé aucun ennui grave, si une dernière imprudence n'était venue exciter des colères si faciles à enflammer à cette triste époque. Cette nouvelle imprudence fut la surenchère qu'il fit à la vente du monastère de Boubon.

Une première vente de ce monastère avait eu lieu devant le District de Saint-Junien le 18 mars 1791. L'adjudicataire fut Martial Devoisin de Lagarde, demeurant à Montbrun, commune de Dournazac, au prix de 36.300 fr. Ayant appris, avant de signer l'acte d'adjudication, que la forêt de Boubon, à son grand étonnement, ne se trouvait pas comprise dans la vente, Devoisin refusa de donner sa signature, déclarant qu'il avait cru acheter la forêt avec les bâtiments et les domaines.

A la suite de cet incident, une seconde vente eut lieu, sur folle enchère, le 20 décembre 1791. C'est contre cette seconde vente que protesta M. de Lavergne ; elle fut annulée, et une troisième vente fut faite plus tard, le 15 mai 1794.

Il comprit dans la suite son imprudence ; il l'avoua devant le comité de surveillance de sa commune de Loubès.

« Je me bornerai, dit-il. à citer un dernier fait, lequel a contribué, plus que tout autre, à me susciter des ennemis. Je fis une soumission pour acquérir un couvent de religieux avec une vaste clôture ; ma soumission fut motivée sur ce que m'avait dit un administrateur, le citoyen Sauvo, que les domaines de la dite communauté, précédemment vendus, seraient de nouveau revendus par l'illégalité de la vente. J'ajoutais une enchère de 6.000 l. sur les dits domaines en cas de revente. Cette soumission, de ma part, donna lieu à recherches qxii firent incarcérer cinq ou six ci devant administrateurs du District, et dont j'ai peut-être été la cause innocente ; voilà, citoyens, l'origine de la haine que mes ennemis m'ont vouée ».

Nous ne connaissons pas quel est le mobile qui détermina M. de Lavergne à se mêler de cette vente de Boubon. Voulut-il faire un mauvais tour au citoyen Duvoisin-Gipoulou, qui avait acheté sur folle enchère, et qu'il n'aimait guère? Ne sut-il pas contenir son indignation devant une opération qui lui semblait entachée de fraude ? Voulait il réellement se rendre acquéreur de Boubon pour faire une bonne affaire ?

Source : Monographie du château du Puy, d'Etienne Rayet.

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Une société homogène

L'image d'ensemble de la région quant au niveau de fortune de ses habitants est celle d'une grande médiocrité. L'étude des successions enregistrées au bureau d'Oradour-sur-Vayres pour les décès survenus entre 1834 et 1836 fait apparaître la faiblesse des fortunes transmises : 44,1 % des successions ne dépassent pas un montant de 500 francs; celles comprises entre 500 et 2 000 francs représentent 37,2 % de l'ensemble. Quant aux transmissions supérieures à 2 000 francs, elles ne forment que 18,7 % des successions enregistrées durant cette période. Ces chiffres sont à rapprocher de ceux fournis par A. Corbin pour le bureau de l'enregistrement de Limoges en 1848, soit respectivement 40,6 %, 33,4 % et 26 %. Les grandes fortunes sont donc moins fréquentes dans ce milieu rural que dans la région de Limoges. Cela ne surprend guère car, sur le « territoire de la bande », on ne compte ni riche industriel, ni propriétaire foncier véritablement important, à part quelques exceptions.

La plus grande fortune enregistrée pendant ces trois années s'élève à 55 088 francs. Il s'agit de Jean Barret-Boisbertrand, demeurant à Maisonnais-sur-Tardoire et, de son vivant, propriétaire. Sa fortune est essentiellement immobilière : il possède cinq « corps de domaine » évalués à 41 000 francs, le quart de la forêt de Lavauguyon, estimé à 6 600 francs et, enfin, une « réserve avec maison de maître, jardin et deux pièces de pré » d'une valeur de 4 000 francs, soit au total 51 600 francs en biens immeubles et 3 488 francs en biens meubles. Même chez un « industriel » les biens immeubles occupent une place importante. Si François Béjard, maître de forge à Dournazac, laisse à sa mort une fortune de 28 280 francs en numéraire et biens meubles, soit la plus importante de cette nature, il possédait également deux métairies et une « réserve » évaluées à 20 000 francs. Ainsi, la proportion de biens immeubles est-elle, de manière générale, très importante dans les successions : 70,4 % du total, alors qu'en 1826 ce taux n'était que de 66 % pour l'ensemble de la France. Cette prédominance des biens immeubles est l'indice d'une stratification sociale reposant principalement sur la possession de la terre, ainsi que d'un certain retard de la région par rapport aux modifications des structures économiques accordant de plus en plus de place aux valeurs mobilières. Il est, à ce propos, révélateur qu'aucun des inventaires après décès ne signale la présence d'actions ou d'obligations. On prête de l'argent au voisin plus pauvre mais on reste indifférent, voire hostile, aux nouveaux types de placement. A l'autre extrémité de l'échelle sociale, les plus pauvres, ceux qui ne laissent rien à leur décès, constituent une part importante de la population. Le bureau d'Oradour-sur-Vayres n'a, en trois ans, enregistré que 479 successions. A ce chiffre, il convient de retrancher les 16 décès survenus dans des communes n'appartenant pas aux deux cantons de Saint-Mathieu et d'Oradour-sur-Vayres et les 44 morts originaires de Dournazac, les registres des décès de cette commune n'ayant pu être consultés. Le chiffre ainsi obtenu de 419 successions est à mettre en rapport avec le nombre des décès intervenus pendant ces trois années sur les mêmes communes, soit 1 759. Cela signifierait donc que plus de trois personnes sur quatre seraient décédées sans laisser d'héritage. Cependant, ce que nous savons des caractères démographiques de la région incite à affiner ce constat. Durant l'année 1836, par exemple, 115 successions ont été enregistrées, correspondant à 577 décès. Si l'on ne prend en compte que successions et décès des individus âgés de plus de 20 ans, on obtient, respectivement, les chiffres de 108 et de 232. Cela signifie donc que 54,5 % des adultes dans la région ne laissèrent rien après leur mort, cette année-là. Ce pourcentage, bien moindre que celui avancé précédemment, n'en est pas moins important. A. Corbin indique que, pour le bureau de l'enregistrement de Limoges, le pourcentage (enfants et adolescents compris) de personnes n'ayant transmis aucun bien déclaré à leur décès s'élève à 69 %, soit un pourcentage inférieur au premier cité (76,2 %).

Le nombre important des domestiques, servantes et journaliers, représentant un tiers de la population active, contribue à expliquer ce résultat. Celui-ci illustre, également, la grande pauvreté qui règne dans ces campagnes car, fréquemment, pèse sur le maigre actif de la plupart des habitants un passif disproportionné, situation issue du poids de l'endettement des habitants. La pyramide des fortunes locales apparaît donc comme particulièrement large à sa base, tandis que son sommet, étroit, n'est guère distant de son assise.

Cette faiblesse relative des contrastes sociaux s'exprime dans la vie quotidienne. Dans son château, le marquis de Cromières, entouré de deux femmes de chambre, d'une cuisinière, d'un jardinier, d'un cocher et d'un régisseur constitue une exception. L'image qui ressort des descriptions d'intérieur, selon les inventaires après décès rédigés par les notaires, est assez uniforme, que l'on soit chez un artisan ou un « propriétaire ». Les maisons se composent d'une ou deux pièces où voisinent instruments aratoires, vaisselle, réserves alimentaires, vêtements, tables et lits. On trouve rarement une spécialisation spatiale des différents éléments constituant l'habitation, si ce n'est au niveau des animaux, toujours cantonnés dans l'étable. La demeure aux pièces nombreuses ayant chacune une fonction précise est extrêmement rare. C'est, par exemple, celle de Léonard Ribet, aubergiste et « militaire pensionné », décédé en 1829 qui possédait une maison à deux étages avec une cuisine , un salon et une autre pièce au rez-de-chaussée (le tout servant, sans doute, aux clients de l'auberge) et deux chambres au premier étage, dont l'une était la chambre du défunt. Cependant, même dans cet exemple, le cloisonnement espace public (l'auberge) et espace privé (le lieu d'habitation) n'est pas établi, si ce n'est au niveau de la chambre. En revanche, cet intérieur se caractérise par une assez grande abondance de meubles : lits, tables, chaises, ce qui n'est pas étonnant, eu égard à la profession du défunt, mais également trois armoires. Or, l'armoire est, apparemment, un luxe dans ces campagnes. Sur les cinquante-huit inventaires dépouillés, elle n'est présente que onze fois. Le coffre constitue, en fait, le seul meuble, avec le lit, présent dans presque tout intérieur (69 % des cas). Dans ce coffre, fermant généralement à clef, s'entassent linge, vêtements et, lorsqu'il y en a, l'argent. Dans presque un cas sur quatre, il constitue, avec le lit et la table, tout le mobilier possédé par le défunt, notamment chez les cultivateurs. Parmi ces cinquante-huit inventaires, dix correspondent à ce schéma pour cette catégorie, deux pour des « propriétaires cultivateurs » et un pour un tisserand. La condition de cultivateur n'est donc pas forcément enviable dans les campagnes de l'époque, même si l'on possède quelques lopins de terre. En outre, pèse sur ces misérables patrimoines le poids des dettes précédemment contractées, obérant souvent la piètre valeur des actifs.

La structure sociale se caractérise par l'importance de la fraction pauvre, voire misérable, de la population locale. On y retrouve les ouvriers agricoles dont les salaires sont les plus bas pour la Haute-Vienne. Peut, également, être comprise dans cette catégorie la plus grande partie des artisans et notamment les tisserands qui, selon A. Corbin, « paraissent les artisans les plus démunis ». En revanche, les artisans du fer semblent jouir — surtout les forgerons — d'une plus grande aisance. En 1848, le juge de paix de Saint-Mathieu estime que « le forgeron est l'ouvrier qui gagne le plus, l'ouvrier de la campagne qui travaille à la terre est celui qui gagne le moins ». Quant aux paysans, leur situation matérielle dépend, en premier lieu, du statut dont ils bénéficient. Si l'on exclut les « grands » propriétaires, la condition la plus favorable est celle du métayer, surtout s'il dispose, au sein de sa famille, de nombreux bras. « Le plus indigent, écrit le même juge de paix, c'est l'agriculteur seul ou avec une famille en bas âge qui n'a que le travail de ses bras. Le colon qui est en famille et associé est peu exposé à l'indigence ». Le colon correspond donc, dans ces régions, à l'élite du monde agricole. Le mode d'exploitation de la terre, bail à mi-fruits avec le propriétaire, la taille de l'exploitation, en général de 20 à 40 ha, le mettent relativement à l'abri lors des années de mauvaise récolte. Aussi, l'évaluation des biens meubles pour cette catégorie d'exploitants agricoles est-elle souvent élevée. Par exemple, en février 1836, l'inventaire de Pierre Clément, colon à Saint-Mathieu fait ressortir un total de biens meubles évalué à 528 francs mais, surtout, il est dû à la succession 2 038 francs par une douzaine de débiteurs, tandis que ce colon laisse, pour toute dette, les seuls frais de médecin et d'enterrement. Cet homme a donc, de son vivant, réussi à se hisser au rang de créancier de village.

Moins enviable apparaît le sort du cultivateur, petit propriétaire. La taille de l'exploitation qu'il possède est, de manière générale, insuffisante : 78,1 % des cotes recensées à l'aide des documents cadastraux sont inférieure à 10 ha et correspondent, en moyenne, à des propriétés d'une superficie de 2,4 ha. Même s'il faut tenir compte du fait qu'une même personne peut être propriétaire dans plusieurs communes, la superficie moyenne de la petite propriété n'excède pas 3 ha. Étant donné la pauvreté des sols, de telles superficies ne peuvent suffire à la subsistance d'une famille, d'où le recours fréquent aux formes d'exploitation mixte du sol, associant le faire-valoir direct de petites parcelles à la location d'autres lopins, sous forme de fermage ou de métayage, à moins qu'une activité artisanale ne vienne compléter le revenu de la cellule familiale.

Cette précarité de condition chez le cultivateur micro-propriétaire apparaît à la lecture des inventaires après décès. Aucune armoire ne meuble son intérieur, le coffre y est plus présent que la commode. Quant au cheptel, il se compose essentiellement d'ovins et de porcins. Sur les dix-huit cultivateurs ou « propriétaires-cultivateurs » recensés à travers ces inventaires, quatorze possèdent des ovins, parfois en nombre important (jusqu'à 65 têtes), mais seulement un sur deux possède un ou plusieurs bovins. Chez certains, l'abondance du bétail est trompeuse ; ainsi, François Preneux, cultivateur, possède vingt et une brebis, trois vaches, deux « velles », une truie pleine et cinq cochons, le tout estimé à 452 francs. Mais, au chapitre du passif, il est précisé que le défunt devait « 1 109 francs dont 1 075, montant du cheptel mentionné et deux obligations et arrérages d'intérêts au sieur Gabriel Hugonneau-Montant ». Il s'agit d'un bail à cheptel, fort courant dans ces campagnes, le propriétaire des animaux confiant son bétail à un cultivateur, le bénéfice du croît des bêtes étant partagé entre propriétaire et locataire. Un seul inventaire ne mentionne aucun bétail. Il porte sur les biens laissés par un certain François Danède, « propriétaire-cultivateur ». Son actif successoral s'élève, en meubles à 376 francs ; mais surtout, il a contracté beaucoup de dettes : réparties entre vingt et un débiteurs, elles représentent un passif de 139 francs.

Le fait d'être propriétaire n'est donc pas le critère essentiel à retenir pour comprendre les hiérarchies sociales dans la région. Comme l'observe A. Corbin, « en milieu rural, l'importance du métayage contribue à brouiller les cartes. Le colon ignare, pauvre, méprisé du propriétaire, dénué d'ambition, se trouve à la tête d'une plus grande exploitation que les autres paysans du village. C'est lui qui embauche les journaliers. Il vit entouré d'une nombreuse famille et se trouve à l'abri des crises alimentaires [...]. Son sort est beaucoup plus enviable que celui du journalier. Or ce sont les métayers qui constituent en majorité le prolétariat rural de la région ; cela rend d'autant plus complexe les formes que revêtent ici les tensions sociales ».

Source : La « bande à Burgout » et la société rurale de la châtaigneraie limousine, de Philippe Grandcoing.

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La Fête-Dieu d'Oradour en 1735

Les deux cloches sonnent à toute volée ; la croix sort de l'église portée par Jean Pénifaure de la Barbarie, et suivie par la bannière de la Sainte-Vierge, confiée aux jeunes filles du bourg et des villages, réunies en une confrérie de la Vierge.

La bannière de la confrérie du Saint-Sacrement apparaît, tenue par Laurent Andrieux, du village de Parade, qui a payé cet honneur une livre six sols; les confrères et les sœurs suivent en longue file, portant les flambeaux achetés à Limoges chez Mlle Poncé. Le rov Léonard Pruniaud, du village de la Tronchèze, accompagné du dauphin Pierre Valéron de Puymoreau, et de la dauphine Jeanne de la Brunie, du village de Parade ; les deux bayles, le sieur Jean Mandon de Forgeas et le sieur Léonard Faure du Caillau, précédent le dais porté par MM. Pierre Longeaud sieur de Charbonnières, Pierre Lathière, Martial Morlon Mazenty sieur de la Côte, Gabriel Parquet sieur de la Morelle.

Derrière le dais marchent les marguillers, les syndics fabriqueurs, le juge sénéchal M. François Jude de Larivière, le procureur fiscal Me Jean Rebière sieur de Morinas, peut-être aussi Mgr François-Annet de Coustin, marquis de Masnadaud, comte d'Oradour, seigneur de Blanac, de Boucheron et de Saint-Bazile, s'il était de passage en son château du Boucheron, pour entendre les comptes de son fermier M. Gabriel Hebière sieur de Larivière, bourgeois, avocat et juge sénéchal de Cussac et de Saint-Mathieu.

Tous ont leurs plus belles tenues des dimanches. Les paysans portent l'habit bleu, coupé à la mode du temps par le tailleur du village, l'étoffe en a été fabriquée à la maillerie de la Monneraie avec la laine de leurs brebis, filée par leurs femmes et leurs filles ; leurs culottes sont du même drap ainsi que le gilet ; leurs bas de laine brune ou grise sont fixés à la culotte par un large galon servant de jarretière. Ils traînent aux pieds leurs lourds sabots en bois de noyer. Leurs cheveux longs retombent sur le collet de l'habit, leurs chapeaux à larges bords, en feutre noir et roide comme une planche, reposent, pour la circonstance, à l'extrémité du long bâton de chêne ou d'aubépine bruni au feu, qu'ils ont fixé à la main gauche par un lien de cuir ; ces chapeaux ont été faits à Oradour chez Gabriel Faure, ou à la Maurie chez Pierre Arnaud ou chez J. Ileyraud, chapelier au village de Chez-Blancher. Les femmes ont des jupes coupées dans la même pièce de drap que les habits et culottes de leurs maris, des corsages ou brassières du même, par dessus de petits fichus ou coulets, blancs ou à grands ramages rouges et jaunes, croisant sur la poitrine; des tabliers de cotonnade bleue ou de bure grossière, appelés davantières, sont attachés autour de la taille ; leurs cheveux sont entièrement cachés sous des coiffes en toile blanche et même quelquefois écrue, toujours très simples et de peu d'effet.

Messieurs les bourgeois sont bien un peu plus élégants. C'est le maître tailleur du bourg, Jean de la Côte, qui a confectionné leurs beaux habits en fin drap marron ou canelle, ou puce, ou bleu ; quelques-uns ont l'habit en cadis noir ou brun, et sous l'habit est la veste de ras de Maroc, ou de cadis, ou de carlatte, bordée d'un petit galon d'or, ou de toile grise bordée d'une petite dentelle en argent avec boutons en fil d'argent. Le sieur Martial Mandon de La Gasne, bourgeois et marchand aux Petites Brégères, est allé acheter ces belles choses fort loin, à Bordeaux ou à Rouen. Des boucles d'argent, avec ardillons d'acier, fixent les bas de fil et la culotte de drap de Rouen, ou de ras, ou de cadis bleu ; d'autres boucles d'argent ornent les souliers. Les cheveux longs sont liés derrière la tête avec un ruban suivant la mode du XVIIe siècle, car la mode vient à Oradour comme partout, lentement peut-être, mais elle y vient.

Les dames de Messieurs les bourgeois, ou plutôt les demoiselles, comme on disait alors en parlant des bourgeoises, ne sont point toutes dépourvues de quelque petite coquetterie honnête ; les femmes ont su être gracieuses en tous les temps et sous tous les costumes que leur ont faits les fantaisies de la mode. Elles ont, en l'année 1735, de belles robes de siamoise, ou d'indienne bleue, à raies ou à manches, par dessus la robe elles portent des mantes d'étamine et de mousseline dans les beaux jours, ou des mantelets d'indienne avec de petits tabliers de coton ou de mousseline attachés autour de la taille. Des coiffes blanches, à grands tuyaux, couvrent la tête et encadrent la figure...

Source : Monographie d'Oradour-sur-Vayres, d'Etienne Rayet.

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