Généalogie Charente-Périgord

29 juin 2020

Deux volontaires à la bataille de Quiberon

Chapiteau (Salomon), volontaire dans Périgord, seigneur de La Jaumerie, né le 03/05/1741, à Mainzac (Charente) ; † 15 thermidor, Quiberon.

Baptisé le 15 mars 1741 dans l'église de Mainzac.
Fils de Pierre-Jean, seigneur de Rémondias, et dame Marie-Anne Hastelet.
Parrain : Salomon Hastelet, seigneur de Claix ; Marraine : dame Suzanne de Couhé.

De Chasteigner (Eutrope-Alexis), volontaire dans Loyal-Émigrant, brigadier des gardes-du-corps, né le 01/08/1738, au Lindois (Charente) ; † 15 thermidor, Quiberon.

Baptisé le 1er août 1738 dans l'église du Lindois.
Fils de Léonard, baron du Lindois, et dame Marie Viroulaud.
Parrain : Eutrope-Alexis de Chasteigner, marquis de Saint-Georges ; Marraine : dame Marie Viroulaud.

15 thermidor an III (2 août 1795).

Source : Les débris de Quiberon, d'Eugène de La Gournerie.

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Monographie des Chapiteau de Rémondias

Chapiteau de Rémondias (Angoumois)
Seigneurs de Rémondias, de Guissale, de L'Isle d'Espagnac, du Vignau, de La Jomerie, du Breuil de Fayard, des Planes, de Chevalerias et du Fauriat.

Armes : D'azur, à trois étoiles d'or en fasce, accompagnées de trois Chapiteaux de même, 2 et 1, le troisième en pointe, soutenu d'un croissant d'argent.

Cette ancienne famille originaire de l'Angoumois, où elle possède encore le fief de Rémondias, est mentionnée.dans les annales historiques de cette province à partir du XVIe siècle.

Elle établit sa généalogie ainsi qu'il suit, sur titres authentiques, existant dans les mains du chef actuel de la maison.

I. Pierre Chapiteau, seigneur de Rémondias, marié à Isabeau Lambert, fut échevin de l'hôtel de ville d'Angoulême, en l'année 1570. Elu maire la même année, à la place de Jean Géraud ; puis échevin en 1574, par acte du 2 septembre 1577, il partagea ses biens entre ses trois enfants :

1° Denis, qui suit ;

2° Antoine Chapiteau, écuyer, qui fut la tige de la branche de Guissale ;

3° Françoise. Chapiteau, morte sans postérité.

II. Denis Chapiteau, écuyer, seigneur de Rémondias et de l'Isle d'Espagnac, élu maire d'Angoulême en l'année 1586, Conseiller de 1589 à 1648, épousa en premières noces Marguerite de Lage (d'après Vigier de la Pile), sans postérité; en deuxièmes noces, par contrat du 6 juin 1599, demoiselle Favienne GUY, fille de Godefroy Guy, écuyer, seigneur de Faviers, et d'Antoinette Paulte, demeurant au fief noble du Vignau, paroisse de Champniers.

Par acte du 22 octobre 1594, passé à l'Isle d'Espagnac, Denis partagea des immeubles situés à Angoulême, avec son frère Antoine Chapiteau, écuyer, seigneur de Guissale; ce partage eut lieu après le décès de leur soeur Françoise Chapiteau, citée plus haut.

Par un autre acte du 28 octobre 1592, Denis Chapiteau, écuyer, seigneur de Rémondias, achète au sieur Jean Ravaillac et à Françoise Dubreuil sa femme (père et mère du trop célèbre Ravaillac), deux parcelles de terre, au lieu des Guillemots, paroisse de l'Isle d'Espagnac. (Archives de la Charente, minutes de Mousnier, notaire à Angoulême, Bulletin de la Société archéologique de la Charente, année 1882, page 34.)

Du second mariage sont nés :

1° Salomon, qui suit ;

2° Jeanne Chapiteau, mariée par contrat du 31 janvier 1620, passé au lieu noble de Rémondias, à Maurice Conquet, seigneur des Ménigaux et de Souffrignac,

III. Salomon Chapiteau, écuyer, seigneur de Rémondias, fut marié par contrat du 19 juin 1647, à Isabeau Chauvet, fille de Claude Chauvet, chevalier, seigneur de Frédaignes, Chassac, etc., et de dame Suzanne de Rouffignac, Salomon assista en personne à l'assemblée du ban et arrière-ban do la noblesse d'Angoumois, convoquée sur l'ordre du roi, les 1er et 2 septembre 1638, pour aller combattre en Champagne.

De son mariage vinrent :

1° Guy, qui suit ;

2° Demoiselle du Rocher Chapiteau de Rémondias, mariée par contrat du 13 juillet 1668, à Jean Lajamme, seigneur de Belleville, demeurant au bourg de Buissière, en Périgord, fils de Jean Lajamme, seigneur de la Gorce, et de dame Radégonde de Lagarde.

IV. Guy Chapiteau, écuyer, seigneur de Rémondias, a épousé, par contrat du 27 mai 1684, Charlotte Lurat, fille d'Arnaud Lurat, seigneur de Lajômerie. Ce contrat est signé par N. Chapiteau du Chillau, de la branche de Guissale.

Guy Chapiteau est dans la maintenue de noblesse établie sur l'ordre du roi par le chancelier d'Aguesseau en 1666-1667, pour la généralité de Limoges.

De son mariage sont nés :

1° Salomon, qui suit ;

2° Françoise Chapiteau de Rémondias, née le 24 septembre 1686 ;

3° Anne Chapiteau de Rémondias, née le 22 août 1688 ;

4° autre Françoise Chapiteau de Rémondias, née le 21 février 1693, novice au couvent des filles N.-D. de Saint-Junien ;

5° Charlotte Chapiteau de Rémondias, née le 1er décembre 1691, mariée à Aimeric Hastelet, escuyer, seigneur de. Puygombert, Ville de Bost, Jômelière, Chais, Beaulieu et Lombardières, habitant la paroisse de Javerliac, veuf de Marguerite de Borie. On lit dans les registres de Javerliac : « que Charlotte mourut âgée de 43 ans, le 17 avril 1738, également regrettée non seulement dans sa famille et dans sa paroisse, mais même dans tout le voisinage, où ses vertus la rendaient respectable. Sa charité et ses aumônes allaient au-delà de ce qu'on pourrait croire. »

V. Salomon Chapiteau, écuyer, seigneur de Rémondias et du Vignau, né le 28 août 1683, épousa, le 24 mars 1709, Marie-Guillemine des Farges, fille de feu Pierre des Farges, écuyer, seigneur du Chastelar, conseiller du roi en la sénéchaussée d'Angoulême. Ce mariage eut lieu avec l'autorisation de Jean Paulte, écuyer, seigneur du Riffaud, conseiller du roi, oncle et tuteur de la future.

De ce mariage vinrent :

1° Anne Chapiteau de Rémondias, née en 1710, morte peu après ;

2° Pierre-Jean, qui suit.

VI. Pierre-Jean Chapiteau, chevalier, seigneur de Rémondias, fit ses preuves, devant d'Hozier, pour être reçu page de la reine, en juin 1725. Il épousa, par contrat du 3 février 1732, Marie-Anne Hastelet, née, le 24 septembre 1743, d'Aimeric Hastelet, chevalier, seigneur de Puygombert, etc., et de Marguerite de Borie, décédée (premier mariage d'Aimeric Hastelet). Marie-Anne, étant devenue veuve, se remaria le 20 mai 1763, à Charles de Fornel, écuyer, seigneur de Mainzac. Elle avait eu précédemment de son mariage avec Pierre-Jean Chapiteau les enfants ci-après :

1° Salomon, qui suit ;

2° Catherine, demoiselle de Rémondias, baptisée le 12 novembre 1737 ;

3° autre Salomon Chapiteau, chevalier de Rémondias, né le 15 mars 1741, épousa demoiselle N. de Couhé de Lusignac, émigra à la Révolution, et fut fusillé martyr à Quiberon, le 15 thermidor, après avoir employé les derniers jours de sa vie à soigner autour de lui ses compagnons blessés et malades. Il avait eu deux enfants : 1° Agathe, 2° Prosper-Joseph, né en 1787. Ces deux derniers moururent célibataires. Prosper-Joseph, mort en 1817, était particulièrement connu sous le nom de Prosper Chapiteau de Lajomerie, et habitait sa terre de Fardinas, commune de Mainzac ;

4° autre Salomon Chapiteau de Rémondias, baptisé le 28 juin 1742 et tonsuré plus tard, selon mention aux archives du séminaire d'Angoulême ;

5° Jean Chapiteau de Rémondias, seigneur du Breuil, de Fayard, baptisé le 19 novembre 1743, mort sans postérité;

6° Anne Chapiteau, demoiselle du Vignad de Rémondias, mariée à N. de Lacroix de Puyriaud ;

7° Marie - Guillemine ;

8° autre Anne ;

9° Marguerite ;

10° Catherine ;

11° autre Salomon; (ces cinq derniers enfants morts en bas âge).

VII. Messire Salomon Chapiteau, . chevalier, seigneur de Rémondias, les Planes, Chevalerias et le Fauriat, baptisé le 20 mai 1733, épousa dans l'église de Montbron, le 2 juillet 1763, après la mort de son père, du vivant et consentement de sa mère, Marie-Anne Hastelet (remariée alors à messire Charles de Fornel), demoiselle Thérèse du Rousseau de Chabrot, fille de Jean-Gabriel du Rousseau de Chabrot, chevalier, seigneur de Chabrot, et de dame Marie-Ronaventure de la Ramière. Thérèse du Rousseau de Chabrot était soeur de Jean-Baptiste, chevalier du Rousseau de Chabrot, capitaine au régiment de Saintonge, chevalier novice des ordres de N.-D. du Mont-Carmel et de Saint-Lazare, mort en 1815, laissant dans la province une renommée légendaire d'honneur, de talents administratifs et de bonne popularité.

Il a laissé pour fils, de ce mariage :

VIII. Messire Charles Chapiteau, chevalier, seigneur de Rémondias, né le 8 août 1764, épousa par contrat du 24 février 1786, demoiselle Marie Guyot d'Asnières, fille d'André Guyot d'Asnières, chevalier, marquis d'Asnières, seigneur de Villedon, le Cluzeau, la Forêt, Clerfeuille, etc., et de dame Charlotte de Pierre-Buffière. De ce mariage vinrent :

1° Salomon-Charles, qui suit ;

2° Caroline Chapiteau de Rémondias, mariée à Henri Lefrançois, comte des Courtis de La Valette.

IX. Messire Salomon-Charles Chapiteau, chevalier seigneur de Rémondias, né le 20 mars 1787, garde du corps du roi Louis XVIII, a épousé, le 10 juin 1819, demoiselle Jeanne-Marie Bloin, dont il a eu :

1° Charles-Marie, qui suit;

2° Marie-Modeste Chapiteau de Rémondias, née le 22 janvier 1822, mariée le 18 septembre 1813, à Jacques-Edmond Malbay de Lavigerie.

X. Charles-Marie Chapiteau de Rémondias, chevalier, chef actuel de sa maison, né le 18 septembre 1823, a épousé le 4 décembre 1860, demoiselle Marie-Félicité du Buc de Marcussy, fille de Henry-Joseph du Buc de Marcussy, et de dame Jeanne-Marie-Elisabeth de Montozon.

De ce mariage sont nés :

1° Charles-Edmond-Marie-Joseph-Gérard Chapiteau de Rémondias, né le 27 juillet 1862 ;

2° Louise-Marie-Madeleine Chapiteau de Rémondias ;

3° Georgette-Marie-Geneviève Chapiteau de Rémondias ;

4° Henriette-Marie-Clotilde Chapiteau de Rémondias.

Branche cadette des Chapiteau de Guissale

(Notes isolées)

Antoine Chapiteau, écuyer (fils de Pierre Chapiteau, maire d'Angoulême en 1570 et frère puîné de Denis Chapiteau, maire d'Angoulême en 1586), eut en partage, la seigneurie de Guissale, paroisse de Vindelle. Il se maria à Romaine de Rord.

Léonard Chapiteau, écuyer, seigneur de Guissale, marié à Gabrielle Ithier, le 22 février 1643. Il mourut le 29 novembre 1680, et fut inhumé dans l'église de Mainzac, ainsi que cela avait toujours lieu pour les membres de la branche de Rémondias.

Salomon Chapiteau, écuyer, seigneur de Guissale, baptisé le 14 mai 1644.

Pierre Chapiteau, écuyer, seigneur de Guissale ;

Antoine Chapiteau, écuyer, seigneur de Guissale, vivait vers 1720, époque à laquelle Vigier de la Pile, dans son histoire de l'Angoumois dit, que la seigneurie de Guissale appartenait à un Rémondias de la branche de Guissale.

En 1758, nous retrouvons un Chapiteau, seigneur de Guissale, figurant au ban de la noblesse de Saintonge.

Enfin aux assemblées de 1789 nous voyons encore dans l'ordre de la noblesse un Salomon Chapiteau, seigneur de Guissale. Cette branche est éteinte.

Documents à consulter :

Contrats de mariage existant dans les mains du chef actuel de la maison, des années 1599, 1620, 1625, 1647, 1668, 1684, 1709, 1732, 1763, 1786. Registres de la paroisse de Mainzac, contenant sur une feuille spéciale, une généalogie des Chapiteau de Rémondias et de Guissale. — Registres de la paroisse de Javerliac, en Périgord. — Édit de Charles V, roi de France, accordant la noblesse aux maires et échevins des villes de La Rochelle, Poitiers, Angoulême et Saint-Jean-d'Angely, XIVe siècle. — Assemblée du ban et arrière-ban de la noblesse d'Angoumois, le 1er septembre 1635, publié par M. Théophile de Brémond d'Ars. — Maintenue de noblesse par le chancelier d'Aguesseau, intendant de la généralité de Limoges en 1666-1667.— Vigierde la Pile, Histoire de l'Angoumois.— Armoriai de 1696. Registre du Limousin, pages 269, 273 et 365. — Rôle des vingtièmes imposés sur les nobles de l'élection d'Angoulême en 1780. — Quénot, liste chronologique des maires d'Angoulême.— Nobiliaire de Limoges, par l'abbé Joseph Nadaud. — De Chancel, assemblée de 1789. — Les débris de Quiberon, liste des victimes, par Eugène de la Gournerie. — Marvaud, Géographie de la Charente. — Et, enfin, les preuves de pages établies par d'Hozier en 1725, pour l'admission de Pierre-Jean Chapiteau de Rémondias dans les pages de la Reine.

(Monographie imprimée des Chapiteau de Rémondias en Angoumois, 1884)

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Louis Blanchard de Sainte-Catherine au XVIIIe siècle

Louis Blanchard, né en 1713 au village de Sainte-Catherine, dans le. Nontronnais, appartient à une famille d'officiers de justice.

Il est d'abord contrôleur des actes du bureau de Montbron et fermier des rentes du comte de Montbron. En 1738, il épouse la fille d'un petit industriel, Dereix Des Rivières, qui est en relations avec les maîtres de forges des environs. Possesseur de terres ayant un minerai abondant et d'excellente qualité, Blanchard est « vendeur de mines ».

En 1754, il vend 60 fondues de mines à Lapouge de La Francherie, maître de forge à Bonrecueil (Saint-Sulpice-de-Mareuil), à raison de 150 livres la fondue, soit 9.000 livres.

En 1755, il cède 160 fondues de mines, à 175 livres la fondue, soit 28.000 livres, au marquis de Montalembert, propriétaire des forges de Ruelle.

Au commencement de la guerre de Sept ans, l'inspecteur général de l'Artillerie royale, Maritz, vient en tournée en Périgord pour augmenter la production des canons. Il a l'occasion de rencontrer Blanchard, jeune, actif, intelligent, qu'il prend en sympathie. En 1755, le gouvernement de Louis XV s'empare des forges de Ruelle, et Maritz entre ainsi directement en relations avec Blanchard, qui se met à travailler le fer et devient maître de forge. L'état de 1766 indique qu'il est fermier de M. de Javerlhac, à la forge de La Motte (Feuillade), et du marquis de Roffignac, à la forge de La Chapelle-Saint-Robert.

La forge de La Motte est équipée par un habile contremaître, Guyon, pour permettre la fabrication des canons.

Blanchard travaille d'abord pour le compte de M. de Ruffray, maître de forge de Rancogne, sur la Tardoire, qui ne peut exécuter une commande de 152 pièces de canons de calibre 8, pesant chacune 23 quintaux et représentant un poids total de 3.496 quintaux.

Le marché est passé à raison de 11 livres le quintal « sur le pied de pièces finies », soit 38.456 livres pour les 152 canons. Les pièces sont transportées sur des charrettes jusqu'à Angoulême, et, de là, sur des gabarres, à Rochefort. La livraison est terminée en janvier 1760, et M. de Ruffray se rend à Rochefort pour en réclamer le paiement ; il revient très déçu et déclare : « Les fournisseurs ne toucheront pas de l'argent de longtemps ; jamais les finances n'ont été dans un état plus critique. »

En outre des canons cédés à M. de Ruffray, la forge de La Motte produit des marteaux à casser la mine, des étrieux, des barres de forerie, des empoises, des limples, des chaudières, des tourtières, des chaufferettes, des pots, des chenêts, des taques, etc.

En 1760, le duc de Belle-Isle, maréchal de France, secrétaire d'Etat à la Guerre, approuve la soumission signée par Maritz et Blanchard, maître de forge de la Chapelle-Saint-Robert, pour la livraison à Rochefort, avant le 31 décembre 1762, « de 130 canons de fer du calibre 24 et 30 crapeaux pour mortiers de 12 pouces, destinés à l'artillerie de terre ».

Il est spécifié que ces pièces doivent être « coulées uniquement de 3/4 des mines des Farges et 1/4 de celles de Feuillade, sans aucun mélange d'autres qualités ».

Au début, les affaires de Blanchard sont prospères ; sa fortune est constituée par des biens fonciers et des rentes féodales. En 1761, il en dresse le bilan : actif, 301.341 livres ; passif, 166.600 livres, soit une marge bénéficiaire de 134.741 livres.

En février 1762, le duc de Choiseul passe une nouvelle commande de 104 canons de 18 à raison de 18 livres le quintal. Les contrats vont alors en se succédant. Les forges subissent d'importantes transformations pour la fabrication de canons de gros calibres, et Blanchard devient l'un des plus importants fondeurs de canons du royaume.

Il fait, en outre, plusieurs ventes de canons de 8 et de fournitures : boulets, mitraille et cages pour culasses, à des armateurs de Bordeaux et de Marseille. Il cède au maître de la forge d'Etouars, qui dépend des forges de Ruelle, les mines nécessaires à la fabrication de 30.000 quintaux de canons. En 1762, après de « gros fondages », le bilan de la fortune de Blanchard s'établit ainsi : actif, 271.900 livres ; passif, 113.583 livres, soit une balance bénéficiaire de 158.317 livres.

En cinq ans, de 1760 à 1765, les forges de Blanchard ont fabriqué, pour le compte de l'Etat : 835 pièces de canons, dont 592 de gros calibres de 36, 24 et 18 pouces.

Il immobilise ses capitaux en faisant des travaux d'aménagement dans ses forges et en achetant des terres : celle des Ombraies, au ministre Henri Bertin, et celle de Roussines, sur la Tardoire, où se trouve la forge de Pontrouchaud. N'ayant plus d'argent disponible pour la marche de ses usines, il compte sur les paiements de l'Etat, dont il est créancier. La situation de Blanchard est alors rendue critique par la détresse du Trésor royal, qui est en déficit constant ; mais il espère être payé grâce à l'appui de son compatriote Henri Bertin et à la présence du duc de Choiseul, secrétaire d'Etat à la Guerre et à la Marine, qui veut développer l'artillerie en vue d'une revanche à prendre sur l'Angleterre.

En 1765, il est dû à Blanchard 85.000 livres et 119.000 livres en 1766. Il fait appel à Maritz, à Bertin, à Choiseul, au comte de Montbron, et à de hauts personnages de la Cour. Il se rend même à Paris et à Versailles pour réclamer les 85.000 livres, mais on ne lui en offre que 17.000.

Le manque de capitaux met Blanchard dans l'obligation de recourir à des emprunts onéreux. Malgré cela, il ne se décourage pas et s'intitule : « Louis Blanchard, un des premiers fondeurs de canons des provinces d'Angoumois et de Périgord pour le service des vaisseaux, côtes et forteresses de sa Majesté. »

Après leur victoire sur le ministre Bertin, qui voulait assainir les finances, les Parlements inspirent alors des mesures de banqueroute déguisée, qui retardent encore les paiements et ruinent les créanciers de l'Etat.

Blanchard lutte avec énergie contre les obstacles qui se dressent devant lui.

En 1768, il obtient de l'Espagne une commande de 200 canons de 24 et de 30 mortiers de 12 pouces avec leurs affûts, qui doivent être livrés au port de Rochefort, au prix de 16 livres le quintal pour les canons, de 20 livres le quintal pour les mortiers et de 14 livres le quintal pour les affûts. Il est à remarquer que, parmi les différents fondeurs du royaume, le choix s'est porté sur Blanchard de Sainte-Catherine.

L'affaire n'est pas avantageuse pour lui en raison des conditions de prix qui lui sont imposées, et cependant il l'accepte courageusement pour éviter le chômage. Les dernières pièces sont coulées en juin 1770. mais l'Espagne connaît les mêmes difficultés financières que la France et, pour échapper au dernier paiement, les officiers d'artillerie espagnols refusent 60 canons de 24 et les mettent au rebut. C'est une cruelle déception pour Blanchard, dont les créanciers deviennent plus pressants. Il a absolument besoin d'une nouvelle commande pour sauver sa trésorerie ; or, les intrigues du marquis de Montalembert et l'opposition de Morogues, successeur de Maritz, l'en empêchent, malgré l'intervention du duc d'Orléans et de Madame Adélaïde, fille de Louis XV. Le renvoi de Choiseul enlève enfin tout espoir de contrat.

De plus, le manque de confiance aggrave la situation du Trésor royal, et Moreau écrit à son ami Blanchard : « La disette des finances est très grande ; il n'y a pas un écu dans la circulation ; nous touchons au moment d'une guerre civile si Dieu n'y met la main. »

Blanchard connaît alors des heures de détresse ; il pense à ses forges si bien équipées qui devront cesser tout travail et aux 300 ouvriers qu'elles font vivre.

Le 2 février 1770, il obtient un concordat et parvient à s'acquitter en vendant la terre de Roussines et en empruntant par ailleurs.

Toujours courageux, malgré son état de santé, il ne se laisse pas abattre par le destin, et il décide que ses forges continueront à travailler. Il ne fabriquera plus de canons pour le royaume, mais ses forges ne cesseront pas de marcher.

Grâce à l'aide financière de quelques amis, il fait allumer un fourneau pour couler des « gueuses », et il obtient des fontes de premier choix ; il fabrique aussi de petits canons pour des armateurs de Bordeaux.

Mais son état de santé s'aggrave, et il meurt en 1772.

Ses créanciers s'empressent de poursuivre le recouvrement de leurs créances. Sa fille, Marguerite de Vaucocour, n'ayant pas accepté la succession, il faut vendre les meubles par autorité de justice, pour payer les frais d'inventaire.

Marguerite Blanchard de Sainte-Catherine avait épousé, en janvier 1759, JeanLéonard Gaillard, seigneur de Vaucocour, dont les armes étaient : « d'azur à trois fleurs de lys d'or au chef d'argent chargé de trois yeux de face ». Leur fils Louis, émigré, se maria plus tard avec demoiselle Catherine Mosnier de Planeaux.

Ainsi se termine l'histoire d'un des plus remarquables maîtres de forges du XVIIIe siècle. Il se distingue surtout par l'amour de son métier, auquel il était pourtant mal préparé. Sa conscience professionnelle, son esprit d'initiative, joints à une réelle valeur personnelle, lui ont permis d'établir deux importantes usines métallurgiques qui fournissent à l'artillerie, pendant la guerre de Sept ans, un grand nombre de bouches à feu d'excellente qualité.

Il donne un bel exemple de loyauté, de probité et de courage dans l'adversité, et il est à déplorer que la carence de l'Etat l’ait empêché d'avoir la belle fin de carrière qu'il méritait par les immenses services rendus au pays.

Source : Les anciennes forges de la région du Périgord, d'Édouard Peyronnet.

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L'oeuvre de Pierre Dereix au fil des lettres de la Cour

L'oeuvre de Pierre Dereix au fil des lettres de la Cour
Auteur : Hubert Marchadier

Les lettres de la Cour, ce sont les échanges de correspondance administrative entre le ministre (Colbert puis ses successeurs) et les intendants de la marine dans les ports. Les lettres du ministre que j’ai étudiées sur plusieurs périodes sont tout à fait remarquables par la concision, la célérité des échanges pour l’époque (une à deux semaines au plus), le souci de maîtriser dans le détail les questions les plus importantes, la centralisation des décisions (les intendants sont tenus rênes courtes).

Les lettres qui s’intéressent aux activités de Pierre Dereix, maître de forges, se situent pour la plupart entre 1740 et 1755. Elles sont très nombreuses : une centaine dans chaque sens, et parfois fréquentes : plusieurs échanges dans le même mois. Le maître de forges est désigné Deffosses, Reix ou Rheyx-Deffosses par souci ne de ne pas le gratifier d’une particule indue.

D’un point de vue familial, ces archives donnent un aperçu parfois intimiste des relations entre Pierre Dereix et ses protagonistes par les lettres qui y sont annexées : les siennes mais aussi celles de ses proches, Dereix, Pautier, Blanchard, des inspecteurs d’artillerie qui séjournent sur place, des fournisseurs concurrents, Montalembert, Mlle de Logivière ou la Comtesse de Boisse propriétaires de la forge de Rancogne. On peut y deviner la culture et la pensée de chacun, l’appât du gain, les petites médisances et trahisons, ou encore l’inquiétude intéressée de la Cour lorsque Pierre Dereix est victime d’une attaque d’apoplexie, le ton rassuré lorsque sa santé s’améliore heureusement. On y apprend encore que Deffosses, parvenu à son zénith, va jusqu’à proposer au ministre les bons offices de son frère pour diriger la fabrication des canons pour la marine du Levant à la forge de Saint Gervais en Isère.

D’un point de vue purement historique, ces documents sont du plus grand intérêt. Au fil des lettres, on perçoit clairement trois périodes.

Première période : de 1740 à 1748.
Montée en grâce et développement de la production.

Le ministre Maurepas observe attentivement la concurrence entre les fournisseurs de canons. La plupart sont des personnages en vue qui font leur prix (tel est le cas de Bertin, conseiller au Grand Conseil qui deviendra ministre à partir de 1760). Rheix Deffosses est le seul à offrir des fournitures de canons à un prix inférieur de près d’un cinquième. On lui commande des munitions, bombes et boulets, puis des canons de calibre 6, 8 et 12, puis des canons de grand calibre jusqu’à 36. Les quantités commandées iront croissant : par un marché de 1746, le roi lui passe commande de 120 canons de 8 et 12 sur quatre années, quantité très importante en un temps et dans une région où l’industrie métallurgique n’est que très peu concentrée. Si sa fourniture n’est pas régulière en quantité et qualité, ce fournisseur présente l’avantage de rendre ses concurrents raisonnables.

Deuxième période : de 1748 à 1751.
Le groupe industriel Dereix est érigé en quasi-monopole.

Rouillé prend la suite de Maurepas. Le sieur Deffosses devient l’homme providentiel. Sa puissance industrielle semble s’être accrue et consolidée. Ses fournitures restent bon marché, même lorsque le ministre relève les prix pour soutenir l’intérêt du fournisseur. L’intendant et les inspecteurs de l’artillerie sont invités à être accommodants quant à la qualité des fournitures lors des visites et épreuves. On intervient à la Cour pour l’exempter de la taille, pour lui procurer des spécialistes, pour lui obtenir des coupes extraordinaires en forêt de Braconne (lettres de 1749). Pour soutenir l’entreprise, Rouillé va détacher un officier d’artillerie (le Sr de Walles puis Bespin) en mission permanente auprès des forges de ce fournisseur qui se trouve de fait placé sous tutelle.

La période est marquée tout à la fois par une disette de fonds et un grand besoin de canons pour le réarmement de la flotte. Ces circonstances amèneront le ministre à négocier avec Pierre Dereix des Fosses le marché du siècle : 1200 canons sur quatre ans !

Par une longue lettre de Versailles du 24 mars 1750, il fait valoir à l’intendant tous les motifs qui justifient de confier à ce seul maître de forges l’essentiel de la fourniture. Il ne sera fait appel aux autres maîtres de forges que pour le surplus que celui-ci ne sera pas en mesure de fournir à temps. Il précise enfin : Il y aura aussi à insérer dans ces nouveaux marchez qu’en cas de concurrence avec le sieur Reix des Fosses pour les ouvriers, les mines, les lavoirs, les coupes de bois, les charrois et autres facilités portées dans son marché, ce fournisseur doit avoir la préférence. J’écris en conformité à M. le Mis de Montalembert, à M. de Segonzac, à M. Bertin et à Madame la comtesse de Brassac. Signé Rouillé.

Cette lettre est à elle seule un monument. Au-delà de son optimisme qui consacre la réussite de Pierre Dereix, elle permet déjà d’entrevoir ce qui va se passer. Elle se présente d’abord comme un plaidoyer, alors que le ministre n’a pas à se justifier auprès de l’intendant. Ensuite, elle place clairement le fournisseur Reix des Fosses en position de quasi monopole. Enfin, elle prescrit au détriment des autres fournisseurs une clause préférentielle dont le ministre lui-même s’engage à informer aussitôt les principaux concurrents !

Troisième période : de 1751 à 1755.
Disgrâce et chute du premier fournisseur d’artillerie.

La réaction du principal concurrent ne se fait pas attendre : Montalembert se plaint auprès de la Cour, pour lui et Roffignac, de la clause préférentielle dont se prévaut Deffosses dans la conduite de ses affaires (Versailles 1er décembre 1750).

Comme par fatalité, Deffosses va très vite se trouver privé de toute ressource vitale :

* main d’oeuvre et approvisionnements : Le Sr Reix des Fosses à qui vous avez communiqué les plaintes que M. le Mis de Montalembert m’a adressées contre lui, vous a assuré qu’il ne pense plus aux provisions du nommé Béneau, ni à la forge de la Jomelière. Il est bon que vous ayez recommandé à cet entrepreneur d’éviter avec soin tout ce qui pourrait donner lieu à de nouvelles plaintes de la part de M. de Montalembert ; mais comme il n’est pas juste que celui-ci fasse ses arrangements au préjudice de ceux du Sr Reix des Fosses, il est à propos que vous l’engagiez à renvoyer les ouvriers que cet entrepreneur réclame, et je me remets à vous de prendre les mesures nécessaires pour prévenir à l’avenir... (Versailles 7 janvier 1751)

* coupes de bois (approvisionnement vital pour les forges) : au sujet de la remise que les officiers de la maîtrise d’Angoulême ont faite de l’adjudication des ventes de la forêt de la Braconne dont le Sr Reix des Fosses était adjudicataire dans la première séance. Comme il paraît qu’il n’y a rien de répréhensible dans la conduite que ces officiers ont tenue à cet égard, je vous prie d’avertir le Sr Reix des Fosses qu’il ne faut pas qu’il compte sur les bois dont il s’agit, et qu’il doit chercher à s’en pourvoir d’ailleurs. (Versailles 26 janvier 1751)

* finances : le Sr Reix des Fosses m’écrit qu’il a pour cent mille livres de canons sur le champ d’épreuves à Rochefort et pour pareille somme sur les ports et dans ses forges. Il demande de toucher la somme de cinquante mille livres d’avance qui lui a été promise chaque année et qui lui est nécessaire pour payer les frais du transport et soutenir son entreprise... (Versailles 17 avril 1751)

Mais les fonds seront désormais distribués en priorité à l’entreprise de Ruelle en cours de création, au mépris des engagements antérieurs pris par l’intendant.

Rouillé quitte le ministère avant l’été 1754. Mais la reprise en main par Machault aggravera pour longtemps encore les difficultés engendrées par la nécessaire concentration des moyens industriels (c’est l’époque où on installe dans les principales forges -dont Plachemenier et Rancogne- les machines à forer de Maritz). Certes, la forge de Planchemenier continuera à fonctionner pendant de nombreuses années avec Desrivières, mais la fin de l’empire Dereix sera marquée par la perte de la forge de Rancogne dont, faute de moyens financiers, le bail devra être cédé en 1754 à Charles-Pierre de Ruffray, trésorier des vivres de la marine à Rochefort, avec qui s’éteindra la forge.

Fin.

Voir aussi : - Foulques Regnauld de La Soudière, Saga Dereix, 2005, 939 p. (lien)
- Généalogie Dereix, avec Pierre Barbier de La Serre (lien)

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Jean Frédéric Garnier de la Boissière (1796-1873)

Il est né le 6 mars 1796 à Saint-Claud. Il est le fils de Pierre Garnier de la Boissière, comte, général de division, sénateur et chambellan de l'empereur, et de Marie Eulalie de la Boissière. Il fait partie des rares anoblis à entrer dans l'école des pages de l'empereur de 1804 à 1812. Il devient ensuite officier d'ordonnance, puis aide de camp du général Bordessoulle (16 ans). Il rejoint le 5e régiment de hussards, le 11 août 1814, après avoir combattu en Allemagne et en France. Il continue sa carrière dans le premier régiment de cuirassiers de la Garde royale. Capitaine, puis chef d'escadron, il participe à la campagne d'Espagne en 1823. Chevalier de la Légion d'honneur, il quitte l'armée avant la révolution de Juillet. Jean Frédéric Garnier de la Boissière entame alors une « carrière de notable ». Conseiller de l'arrondissement de Confolens, il s'installe à Chirac où il devient propriétaire de plusieurs forges. Plusieurs fois, Garnier de la Boissière se présente pour être député, mais il est battu en 1831 puis en 1834. Ce n'est que le 2 mars 1839 qu'il peut rejoindre la chambre des députés après avoir battu son « compagnon d'armes » Pougeard-Dulimbert. Il siège alors aux côtés des républicains. Mais en 1842 et en 1846, il est une nouvelle fois battu. À la fin de la monarchie de Juillet, il organise le parti républicain en Saintonge puis est nommé commissaire de la République en 1848 en Charente. Il est élu en avrl 1848 représentant à l'assemblée constituante et siège parmi les républicains modérés. Il vote pour le bannissement de la maison d'Orléans, pour la constitution et contre l'expédition de Rome. En 1849, il se retire sur ses terres en 1849 et ne se rallie pas à l'Empire. Il se contente d'exercer la charge de maire à Chirac sous le Second Empire et la IIIe République. On lui aurait proposé la place de sénateur mais il la réfuse par fidélité à ses opinions républicaines. Léonide Babaud-Laribière dit de lui : « il ne lui convenait pas de renier son passé et si des souvenirs de famille et l'éducation de sa jeunesse semblaient l'entraîner vers le régime impérial, son cœur et sa raison lui commandaient de rester sous le drapeau libéral. M. de la Boissière est comme ces grands seigneurs anglais qui mettent leur honneur à perséverer dans la ligne politique où ils sont entrés... un whig de la Chambre des Lords égaré parmi nous. Très riche propriétaire, grand industriel (il a une forge), il vit dans ses terres, attendant avec dignité le jour où ses idées politiques reviendront au pouvoir. » Il décède à Rochefort en Charente-Maritime au domicile de son gendre. Marié à Marie Blanchon (fille d'un très riche commissaire ordonnateur de Chabanais), il a eu deux filles dont l'une est mariée avec Saulces de Freycinet, capitaine de vaisseau. Sa fortune à sa mort est considérable. Il lègue 85 150 francs en mobilier et des biens fonciers de 269 680 francs. Sous la monarchie de Juillet, il est le contributeur censitaire le plus riche de Confolens en payant 4 155 francs d'impôts.

Source : Dictionnaire biographique des officiers charentais de la Grande Armée, de Stéphane Calvet.

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