Généalogie Charente-Périgord

25 septembre 2020

Les volontaires de la Charente pendant la Révolution

Le nombre des volontaires que la Charente envoya aux frontières de juillet à décembre 1792, et dont la formation et le départ occupèrent l'attention des autorités constituées, est une preuve évidente du patriotisme que montra ce pays à cette heure terrible. La Charente avait d'abord donné 225 hommes pour les bataillons de fédérés, 150 pour les compagnies franches, 200 environ pour les légions, et le 20 août elle avait enrôlé 4,000 volontaires au lieu de 900 qu'on lui demandait. Ce chiffre devait être encore dépassé, puisque, ultérieurement, d'autres compagnies s'organisèrent, d'abord celles qui se formèrent avec les excédents des premières, puis celles d'artillerie et de cavalerie. Pour arriver à une exacte évaluation, il est à remarquer en premier lieu que plusieurs cantons donnent deux compagnies et que tous en fournissent au moins une. Ainsi les cantons d'Angoulême, Vars, Champniers, Barbezieux, Aubeterre, Cognac, Rouillac, Jarnac, Salles, Ruffec, donnent, le premier 3 compagnies, les autres 2 compagnies, soit un total de 23 compagnies formées par 11 cantons sur 45. Les 34 autres cantons organisent une compagnie, ce qui donne un total de 57 compagnies environ, organisées du 8 août au 30. Il faut encore y joindre la compagnie des chasseurs d'Angoulême composée de 130 hommes, et peut-être d'autres compagnies semblables formées à Cognac, Ruffec et Confolens, et dont on ne peut tenir compte, faute de renseignements positifs. Enfin la compagnie Gallais, la dernière organisée à Ruffec, a un effectif de 70 hommes. L'ensemble des compagnies de volontaires serait donc au moins de 59. Chacune d'entre elles est composée de 100 hommes en moyenne ; celles de chasseurs peuvent en avoir davantage, 130 à 200. Les 59 compagnies de la Charente ont probablement atteint le chiffre de 5.900 hommes et, en y joignant les hommes enrôlés parmi les fédérés et les légionnaires, 6.460, près de 6.500 hommes. Ainsi se réalisait la promesse que Bellegarde, député à la Législative, avait faite à l'Assemblée dans la séance du 8 mars 1792 : « On m'écrit de la Charente, disait-il, que si la France a besoin de 600.000 hommes, ce département est prêt à fournir son contingent ». Si les 83 départements avaient en effet donné une proportion semblable, c'est une réserve de plus de 500.000 hommes qui se serait organisée. Un grand nombre de documents conservés aux Archives permettent de reconstituer le tableau partiel des compagnies que les Charentais formèrent avec une spontanéité aussi louable, et d'indiquer la composition de leurs états-majors. Aussi sec qu'il puisse paraître, ce tableau a sa place marquée dans un travail d'histoire locale. La ville d'Angoulême doit être signalée au premier rang parmi celles qui donnèrent le plus de volontaires : elle organise 3 compagnies, dont l'une (106 hommes) a pour capitaine Simner et pour lieutenants Trémeau et Paulet ; la troisième porte le nom de compagnie de l'Houmeau, et son capitaine s'appelle Callaud, ses lieutenants se nomment Gouguet et Marchais. Une quatrième, celle des chasseurs d'Angoulême, est formée de 56 hommes qui élisent, le 14 septembre, pour capitaine Brun, et pour officiers Dubois, Bachelier et Glavaud dit Va-de-Bon-Cœur. A Blanzac se forme une compagnie de chasseurs, elle compte 138 hommes, et elle choisit comme capitaine un chirurgien, Pierre-Adam Guimberteau-Boismilord, parent du conventionnel Guimberteau ; son capitaine en second est Rivaud, devenu plus tard général de division, et ses lieutenants se nomment Picard et Bernard-Duclos. La compagnie de Roullet, qui renferme 100 hommes, met à sa tête le capitaine Thomas Lacroisade et les lieutenants Meslier et Rabouin. A Champniers, les enrôlements donnent 119 volontaires qui s'organisent en compagnie et désignent Maigret comme capitaine, Mayeux et Barraud comme lieutenant et sous-lieutenant. La 1re compagnie de Vars, qui renferme 106 hommes, a pour capitaine Poutier, pour lieutenants Geoffroy et Chapron. Dans le canton de Garat, 132 volontaires se forment en compagnie ; leur capitaine est Jouve dit Lamotte ; leurs lieutenants, Cablet et Laguerre, élus le 16 août dans une réunion à l'ancien couvent des Cordeliers d'Angoulême. La compagnie d'Hiersac a pour chef Maulde ; l'une de celles d'Aubeterre, Roche. Dans le district de Barbezieux, la compagnie du canton de Barbezieux se compose de 104 volontaires, et le 10 août elle élit dans le cloître des Cordeliers d'Angoulême son capitaine Jean Fougeret, et ses officiers Durand et Nauzais. Plus tard, le même canton donne encore une compagnie de cavalerie. A Montmoreau, du 10 au 17 août, on enrôle 123 volontaires qui élisent pour capitaine Joyeux. A Deviat, on a réuni 158 enrôlés, et, des deux compagnies primitivement organisées, on en forme une qui élit ses officiers le 24 août à Angoulême : ce sont Landry, capitaine, ancien commandant en second de la garde nationale de Deviat Matrat et Moreau, lieutenant et sous-lieutenant. A Chalais est constituée une compagnie de 100 hommes, dite compagnie de Monboyer, et dont le chef est Desgraviers-Bertelot, plus tard général. Une autre est formée à Saint-Séverin, et son capitaine est Dauphin Desgraviers. Dans le district de Cognac, le canton de Cognac organise 2 compagnies, dont l'une, la 1re, compte 125 hommes, et à sa tête pour capitaine Pierre Déjarnac. Dans le canton de Châteauneuf, on enregistre 11 enrôlements ; la compagnie des volontaires élit capitaine Joseph Doreille. A Segonzac, on organise deux compagnies, dont l'une, la 2e, commandée par le capitaine Philibert, renferme chacune 80 hommes. A Lignères, on signale 2 autres compagnies, chacune de 100 volontaires ; la 2e élit comme capitaine Fournier, et comme sous-lieutenant Boulanger. A Saint-Genis, la compagnie, également de 100 hommes, nomme ses chefs le 7 août ; elle a pour capitaine Gaschet. Le canton de Rouillac fournit deux compagnies chacune de 100 hommes ; le capitaine de la 1re est Joseph Thomas, celui de la 2e Hay. Le canton de. Salles enrôle 143 hommes ; parmi les chefs de la compagnie élus le 17 août, figure le capitaine Sauvaget. Parmi les compagnies de Jarnac, Tune, composée de 128 hommes, nomme pour chef, le 8 août, René Laurent. Le district de la Rochefoucauld ne présente pas moins d'enrôlements sans doute ; mais les renseignements relatifs à ce district sont plus incomplets. Les compagnies de Saint-Amant-de-Boixe et de Jauldes, formées de 103 hommes, élisent, le 14 août, Jean Congé capitaine, Quillard et Bouyer lieutenant et sous-lieutenant. La compagnie de Montemboeuf, formée de 90 hommes, les officiers non compris, nomme le 21 août, en présence du commissaire Villemandy, aux grades de capitaine, de lieutenant et sous-lieutenant, Dubournais, Dupuy et Beaufort. La compagnie de Marthon et Montbron, formée de 121 volontaires, élit aux mêmes grades Blanchard-Puymartin, Coquet et Bernard-Lajartre. La compagnie de Chasseneuil et Cellefrouin, composée de 120 enrôlés, élit Gadillon, Faure-Morand et Prat. Dans le district de Confolens, la compagnie de Saînt-Claud compte 106 hommes ; elle élit le 28 août Laplante-Doche comme capitaine, Poumeau et Laporte, lieutenant et sous-lieutenant. La compagnie de Brigueil, forte de 166 hommes, a pour chefs Paul Nexon capitaine, J.-B. Deguerry lieutenant, Vaslet et Bérigaud sous-lieutenants. La 1re compagnie de Confolens, formée de 100 volontaires, s'organise le 16 août avec Brunet comme capitaine et Desbordes comme lieutenant. La 2e compagnie, composée de 100 volontaires environ, a pour capitaine, élu le 18 août, Regondeau, et pour lieutenant Bonneau. Dans le canton de Chabanais, une compagnie s'organise aussi avec 106 hommes. A Champagne-Mouton et à la Péruse, le nombre des enrôlements et la force des compagnies ne sont pas connus. Le dossier relatif au district de Ruffec manque en grande partie ; on sait seulement que le canton de Mansle a pu former probablement 2 compagnies. Dès le 13 août, le commissaire y annonce l'enrôlement de 122 hommes. A Verteuil, une compagnie est organisée dès le 14, et il est très probable que le canton de Ruffec en donna deux ; celui d'Aigre, d'après un état déposé aux Archives, iournit une compagnie, et Marcillac-Lanville, une autre. Quant aux deux compagnies d'artillerie formées en août dans la Charente, la 1re, composée de 55 artilleurs, élut au grade de capitaine Aubert, et à ceux de lieutenant et sous-lieutenant, Puymoyen et Jamain (le 27 août) ; la 2e un peu plus tard nomme comme capitaine Georges Warin le 6 septembre, et compte 51 enrôlés ; elle élit comme lieutenant Normandin, et comme sous-lieutenant Augier. La dernière des compagnies formées, celle de Gallais, enrôlée à Ruffec, compte 65 volontaires, puis est portée à 80 ; elle reste à Ruffec du 25 octobre au 4 novembre, et le 6 elle se rend à Angoulême, où elle est casernée au couvent des Ursulines ; elle part le 23 décembre, conduite par son capitaine Gallais et réduite à 70 hommes.

Source : Histoire des volontaires de la Charente pendant la Révolution, de Prosper Boissonnade.

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La vente des biens nationaux dans le Confolentais

On relève dans les procès-verbaux de vente des biens de seconde origine les noms de :

— Jean Vallentin, huissier au tribunal de Confolens, demeurant à St-Laurent-de-Céris qui acquiert le château de Chantrezac le 15 frimaire an II (7/12/1793) pour 16 530 livres.

Le même personnage achète le 1 germinal an II (21/03/1794) le château de Massignac d'Alloue et ses préclôtures pour 28 600 livres, ceci au nom de Alexandre Fortuné-Legrand de Montmorillon (Vienne).

— Le 30/10/1793, Jean-Baptiste Peyraud, fils de Joseph, receveur de la poste à Confolens, sergent au 4ème bataillon des volontaires de la Charente, acquiert la château de la Villatte d'Ansac avec la réserve d'un étendue de 398 boisselées pour 50 100 livres.

— Le 7 germinal an II (27/03/1794), Jean Prévost-Maisonnais, dit cultivateur à St-Germain, achète le château de Serre d'Abzac et sa réserve, saisis sur Mortemart émigré, pour 50 100 livres. Cette vente souleva un scandale car l'acquéreur en avait été lui-même l'estimateur et cette estimation paraissait à certains trop complaisante. Ces biens resteront cependant en possession de l'acquéreur sans que l'on sache la suite de cette histoire.

— Le 13 germinal an VI (2/04/1798), le château de St-Germain-de-Confolens est vendu à Michel Saulnier, d'Angoulême, pour 8 100 livres (il semble bel et bien avoir été l'homme de paille de A.S. Prévost-Dumarais).

—  Le 13 nivose an II (2/01/1794), Jean Grenier, huissier, membre du comité de surveillance de Confolens, acquiert le château d'Ordières à Benest et la métairie de la Porte pour 75 800 livres.

Tous les personnages qui ont un tant soit peu compté parmi les partisans du nouveau régime ont acheté des biens nationaux, le fait est patent.

— Les trois frères : François Lagrange-Lapardoussie (de Lessac) ; François Lagrange-Peyraud et Ignace Lagrange-Labaudie (tous deux d'Exideuil), achètent en commun une des deux métairies de la Faye d'Ansac, saisies sur le comte de Confolens, pour 36 000 livres (23 brumaire an II ou 13/11/1793).

— Joseph Peyraud acquiert le 30/10/1793 la métairie du Parc dépendant du château de la Villatte d'Ansac pour 19 010 livres ainsi que la métairie du Bois-de-Lascaux pour 7 040 livres. Le 29 nivose an III (18/01/1795), il achète pour 3 000 livres une vigne de cinq boisselées et 28 carreaux. Tous ces biens ont été saisis sur C.A. Poute de Nieuil, comte de Confolens.

— Nicolas Mallat, administrateur du district de Confolens, acquiert les 2/6e du domaine des Prats d'Ansac pour 8 372 livres; domaine confisqué sur les émigrés Paul-Antoine et Philippe Chamborand. Il achète aussi à Brillac la métairie de la Borderie pour 22 490 livres (4 nivose an II ou 24/12/1793).

— Joseph Planteau-Maroussem (avec un associé) acquiert le 9 nivose an II (29/12/1793) le domaine de Rue de St-Maurice-des-Lions pour 22 180 livres (confisqué sur Gamory-Lasudrie émigré).

— Jean-Baptiste Mémineau achète le pré du Chambon pour 3 500 livres (le 5/02/1792). Il provient de la chapellenie des Bazons fondée en l'église de St-Maurice-des-Lions.

— Le 27/01/1791, J.F.S. Chazaud achète un pré et une pièce de terre pour 1 900 livres (même origine que le lot précédent).

— Jacques Pougeard-Lajaurie et Nicolas-François Boreau-Lajanadie acquièrent le 2 frimaire an II (22/11/1793) le bois de l'Age de St-Maurice pour 10 500 livres.

— La métairie de Chez-Tiphonet, à St-Maurice-des-Lions, confisquée sur J.B. Duclos-Lagannne émigré, est démembrée en neuf lots vendus le 6 frimaire an II (26/11/1793). Parmi les acquéreurs, on retrouve Jacques Pougeard-Lesterie, docteur en médecine à Confolens ; Jean Lagrange, prêtre; Jean Gamaury, huissier; Jean Pougeard-Dulimbert ; François Alamargot, maire de Chabrac...

— Jean Babaud-Praisnaud, administrateur du directoire du district, acquiert le 14 pluviose an II (2/02/1794) le troisième lot du domaine de Mortaigue d'Abzac, confisqué sur l'émigré Mortemart, ainsi que le pré des fontaines d'Availles, pour 2 140 livres.

Source : La Révolution française à Confolens, de Pierre Boulanger.

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24 septembre 2020

La Chambre « introuvable »

La Chambre « introuvable »

Le 24 juillet 1815, Louis XVIII prit une ordonnance qui excluait 29 membres de la Chambre haute et nommait 94 nouvelles personnalités. Dans cette fournée, on voyait des hommes de cour comme Blacas et Jules de Polignac, à côté de Chateaubriand et de militaires restés fidèles, comme le maréchal Victor. À la Chambre élective, il était hors de question de convoquer la Chambre des Cent-Jours. Les deux tours qui eurent lieu les 14 et 22 août, contrairement à ce qu’imaginaient Fouché, Pasquier et Talleyrand, se portèrent vers les ultras. Ce fut la Chambre dite « introuvable », où les royalistes se comptaient en une majorité écrasante. Dans soixante et un départements occupés par les Alliés, la liberté de vote fut parfaitement assurée. Il faut voir sans doute dans le résultat de l’élection le rôle des Chevaliers de la Foi, particulièrement puissants dans le Midi.

La Chambre avait laissé au roi le soin de nommer les présidents des collèges électoraux. Il désigna les membres de sa famille pour les principales villes de France. Monsieur présida le collège électoral de Paris.

En sa qualité de frère du roi, le comte d’Artois n’avait aucune délégation officielle de la puissance publique. Cependant, la confiance des royalistes lui donnait une grande influence. Il était le centre et comme le drapeau du parti. Ce parti, qui s’était organisé pendant les Cent-Jours pour résister à l’usurpation et profiter des événements, conserva ses comités et resta pour ainsi dire en armes après le second retour du roi. Les ennemis de la légitimité étaient vaincus mais ils subsistaient, ne dissimulant ni leur aversion pour les royalistes, ni leurs espérances. Les attentats des carbonari qui émaillèrent les débuts de la Restauration le prouvent surabondamment.

Quelle était la situation du comte d’Artois en 1815 ? Elle s’exprime par deux mots : très peu de pouvoir officiel, une influence considérable.

Les partis

Ainsi que le remarque Francis Démier, deux lignes politiques s’affrontaient au début de la seconde Restauration : l’une modérée, autour de Talleyrand ; l’autre, qui eut d’abord la préférence de Louis XVIII – mais Wellington le fit changer d’avis –, était celle que sans aucun doute le comte d’Artois préférait, avec Vaublanc, Ferrand, Clarke, c’est-à-dire ignorer la Charte, gouverner par ordonnances et épurer les traîtres des Cent-Jours.

Les ultras, qui allaient triompher aux premières élections de la seconde Restauration, après la disparition du Corps législatif, disposaient de la majorité et ne cachaient pas leur intention, une fois au pouvoir, de gouverner pour eux-mêmes, de satisfaire leurs intérêts, leurs passions, leurs rancunes. Le gouvernement parlementaire leur apparaissait comme le gouvernement « par et pour un parti ».

Au contraire, les royalistes de centre-droit et les « doctrinaires » affirmaient la nécessité, pour tout ministère, d’oublier une fois au pouvoir ses origines et de gouverner au nom d’un parti peut-être, mais toujours pour la France.

Chateaubriand remarquait avec profondeur : « La liberté, qui était au fond de cette époque, écrit-il, faisait vivre ensemble ce qui semblait au premier coup d’œil ne pas devoir vivre ; mais on avait peine à reconnaître cette liberté parce qu’elle portait les couleurs de l’ancienne monarchie et du despotisme impérial. Chacun aussi savait mal le langage constitutionnel […]. »

Le « parti » constitutionnel, hétérogène, sans unité doctrinale ni cohésion tactique, ne savait guère se rassembler que sur un seul point : faire pièce à l’opposition ultra et mener contre elle une guerre à outrance. On peut toutefois distinguer dans cette nébuleuse, aux contours mobiles, les « ralliés » de la Révolution et de l’Empire.

Autre sous-ensemble, le « canapé doctrinaire », les « spéculatifs », les têtes pensantes de la majorité, rassemblées autour de Royer-Collard. On y trouvait la fine fleur de la future élite orléaniste, Guizot, Charles de Rémusat, Barante, Broglie, et des royalistes sincères, de tendance libérale, le comte de Serre, Camille Jordan. Fort prisés par Decazes, ils apportaient, consciemment ou non, l’habillage libéral à une politique qui l’était infiniment moins : destitutions massives de fonctionnaires suspects d’être un peu trop royalistes, donc « exaltés », censure, corruption d’électeurs, pressions administratives, « correspondances privées », etc.

Par ailleurs, le centre-droit était représenté au sein du ministère par le duc de Richelieu et Lainé, ministre de l’Intérieur (fréquemment en conflit avec Decazes) ; ministres éclairés, reconnaît Chateaubriand, mais « consciences timorées ».

Il existait aussi un parti de gauche, qui insistait sur la liberté plus que sur l’autorité. Il réunissait d’anciens fonctionnaires de l’Empire, des mécontents comme Chauvelin, ancien ambassadeur de Danton, qui réclamait la charge de maître de la garde-robe à laquelle il avait droit avant la Révolution, de riches bourgeois comme Casimir Périer. Dans l’ensemble libéraux mais non démocrates, préoccupés des intérêts de la bourgeoisie plutôt que des droits du peuple auquel ils ne croyaient pas ; partisans de la liberté mais n’ayant aucune notion de la solidarité ; individualistes avant tout, ayant au cœur la haine de la vieille aristocratie, qui froissait leur amour-propre et dont le témoin le plus affiché était Paul-Louis Courier.

Il y avait effectivement un centre, que Villèle appelle « les ventrus » et Bonald « un glaçon entre deux bougies ».

Trois cent cinquante royalistes – hobereaux de Provence, gentilshommes de Languedoc ou du Limousin, châtelains de Bretagne, mais aussi bourgeois – formaient la majorité de la Chambre « introuvable ». Ceux que, par un sentiment unanime, ils plaçaient à leur tête, étaient connus par l’illustration de leurs noms – les La Trémoille, les Montmorency – et pour les vicissitudes des persécutions des régimes précédents : Polignac, Bouville, Puyvert, Hyde de Neuville…

Les royalistes se divisaient sur des questions fondamentales et se combattaient avec autant d’acharnement et peut-être plus de passion que les partis antidynastiques. Les ultras voulaient un retour à l’Ancien Régime : la Charte ne serait qu’un expédient temporaire.

Monsieur souhaitait que le pouvoir revînt aux royalistes. Mais n’avait-il pas ouvert la porte du pouvoir à Fouché ? Les députés venus des provinces, appartenant presque tous à la petite noblesse et à la bourgeoisie, venaient vers lui, lorsque Louis XVIII choisit son favori comme ministre principal, avant qu’il ne devînt président du Conseil, Élie Decazes.

Organisation des ultras en 1815

Et pourtant, ce fut aux ultras, partisans de l’Ancien Régime, comme le remarque Joseph Barthélemy, que l’on doit principalement l’introduction du régime parlementaire en France. La Bourdonnaye était le plus exalté, le plus bruyant. Villèle et Corbière – on disait « Villèle et Corbière » comme on dit « Oreste et Pylade » – en étaient les hommes d’affaires ; Vitrolles, ministre d’État ad honores, habile et entreprenant ; Bonald, le théoricien ; Chateaubriand, l’homme d’action. Marcellus portait le deuil du trône et de l’autel ; humble et désintéressé, il aspirait à tout et demandait tout. Salaberry était « d’un blanc écarlate ». Duplessis de Grenedan mettait toute son ardeur au service de la potence contre la guillotine. Kergorlay était surnommé la « voix rigide ». Tous formaient la table autour de laquelle on commençait à dîner. Les organes de ce parti étaient Le Drapeau blanc, La Quotidienne, Le Journal de Paris, Le Mémorial religieux, Le Conservateur de 1818 à 1820, Le Journal des débats de 1820 à 1824.

Les ultras s’étaient donné pour tâche de « refaire » l’esprit de la nation détruit par la Révolution, d’écraser la philosophie du XVIIIe siècle, de rétablir la prépondérance du clergé – ils trouvèrent un appui en Lamennais, que les historiens des idées politiques appellent « le premier Lamennais », ultramontain et fervent combattant des Lumières. Il fallait aggraver toutes les peines, étendre l’application de la peine de mort, supprimer l’inamovibilité de la magistrature et les dettes reconnues de l’État, rendre au clergé la tenue des registres de l’état civil.

Ils réclamaient en outre la restitution des biens du clergé, surtout celle aux émigrés de ceux de leurs biens qui étaient encore entre les mains de l’État, et le paiement d’une indemnité pour ceux qui avaient été vendus. Et c’est peut-être ici la cause la plus intime et la plus profonde, quoique inavouée, pour laquelle le parti était plus royaliste que le roi : parce que le roi, disait-on, était rentré dans son palais, il avait tout l’air de penser que tous ses anciens amis étaient rentrés dans leurs châteaux.

Dans l’ensemble, le point de vue de tous ces royalistes, dont le futur Charles X partageait les points de vue, était que l’homme ne peut donner une constitution à la société civile, « pas plus qu’il ne donnerait de la pesanteur au corps, ou de l’étendue à la matière. […] La légitimité est la consécration du temps. La souveraineté est divine », écrivait Bonald.

En somme, dans son ensemble, le parti ultraroyaliste défendait non l’Ancien Régime, pas davantage le nouveau en train de naître, mais une forme intermédiaire qui relevait du débat d’idées, sans conception d’ensemble. Ainsi Bonald, métaphysicien de la politique, ne souhaitait pas le rétablissement de l’Ancien Régime, trop complexe, mais tentait de recréer un nouveau régime purifié.

Force des ultras

Sous l’impulsion de Monsieur, les ultras se groupèrent d’abord par province, puis trouvèrent un lieu d’asile chez Piet-Tardiveau, homme de second plan, qui jouissait d’un appartement commode, rue Thérèse. D’Haussez écrit : « M. Piet […] le ridicule incarné. » L’importance de la réunion Piet ressort de la dénonciation que fit à la Chambre de 1825 Hyde de Neuville, lorsqu’il s’en fut séparé : « C’est dans cette réunion que tout se règle, tout s’élabore, tout se décide. C’est là qu’on met en quelque sorte la Chambre en tutelle. »

Les électeurs ultras, sous le régime censitaire de la Restauration, étaient des propriétaires terriens. Les plus riches, et non seulement les nobles, votaient à droite, mais avec l’exception bien entendu des acquéreurs de biens nationaux. Tandis qu’une minorité d’électeurs, qui n’étaient pas propriétaires terriens, négociants, notaires, avocats, industriels, médecins, étaient le plus souvent libéraux. Dans sa remarquable étude, Jean-Pierre Chaline montre quelle fut l’erreur majeure de la Restauration : celle de n’avoir pas compris que les grands propriétaires terriens, sur lesquels il pensait appuyer son régime, perdaient de leur influence. Sous l’Empire, ils avaient déjà reconstitué pour beaucoup leur domaine, le « milliard » des émigrés, voté sous Villèle, les avait renforcés – si ce n’est qu’il fut très équitablement partagé quelles qu’aient été les opinions politiques professées par ces propriétaires – mais ils n’étaient pas, tant s’en faut, majoritaires.

Quant à la Chambre des pairs, variant d’une fournée à l’autre puisqu’elle était entre les mains du roi, composée de manière fort diverse, elle montrait une grande indépendance en faisant pièce à des projets de loi d’inspiration ultra. Ainsi Charles X n’eut-il peut-être pas le sentiment de la relative solitude qui était la sienne.

Lady Morgan, romancière irlandaise, de séjour à Paris en 1817, a laissé un portrait caricatural des ultras, les présentant comme des vieillards égrotants, attachés aux vieux usages de l’époque de Louis XIV. « L’opinion publique, écrit-elle, a subi de grands changements […] depuis que le feu duc de Castries disait, en parlant du bruit que faisait dans le monde la querelle entre Rousseau et Diderot : “Cela est incroyable ! on ne parle que de ces gens-là ; gens sans état, qui n’ont point de maison, logés dans un grenier : on ne s’accoutume pas à cela”. »

« Alors que le corps électoral dans son ensemble, écrit Olivier Tort, est assimilé à une vaste gérontocratie par certains pamphlétaires, la droite royaliste aurait-elle été rendue étrangère aux intérêts et aux perspectives de la jeunesse par l’âge particulièrement avancé de ses représentants ? À l’inverse, les “jeunes” de cette époque, ceux de l’élite cultivée urbaine en particulier, ont-ils été d’emblée aussi unanimement hostiles à la droite [comme ils le montraient avant 1830] que le laisseraient supposer les quelques événements marquants [de 1820 contre la réforme électorale et de 1830 contre les Ordonnances] ? »

Dans les années de lycée, les étudiants parisiens étaient entrés dans la Congrégation et la Société des Bonnes Études, fondée en 1821 par Emmanuel Bailly de Surcy, qui joua plus tard un rôle important dans la société de Saint-Vincent de Paul. À cette Société des Bonnes Études, on arborait la fleur de lys, bien que certains fussent des lecteurs de la presse de gauche et chahutassent le duc de Rivière, ami du roi, au moment des débats parlementaires au sujet de la loi Peyronnet, « loi de justice et d’amour » concernant la presse, de 1827. Victor Hugo, par exemple, put y donner des lectures publiques de ses premiers poèmes. Alfred Nettement, âgé d’une vingtaine d’années, fut désigné comme chargé de conférences régulier.

Par ailleurs, des journaux royalistes accueillaient de jeunes rédacteurs. À La Quotidienne, le rédacteur Michaud procéda à un rajeunissement massif de l’équipe rédactionnelle, saluée par Sainte-Beuve. Les nouveaux collaborateurs, Malitourne, Louis Audibert, Émile Morice, étaient tous âgés de vingt-cinq ans en 1822. Sans oublier Véron, vingt-quatre ans, le chartiste Capefigue, vingt et un ans, qui écrira une Histoire de la Restauration, et Jules Janin, vingt-quatre ans. Il en alla de même au Globe, où figurait la fameuse Jeune France libérale. Tous ces jeunes rédacteurs occupaient une place importante dans les journaux. C’est ainsi que Laurentie, entré au grand journal royaliste La Quotidienne à l’âge de vingt-cinq ans, devint, moins de dix ans plus tard, l’adjoint de Michaud.

Si les membres de la Chambre des pairs n’étaient éligibles qu’à l’âge de quarante ans, beaucoup de jeunes « se rangent en faveur de la droite, tel le jeune Charette de la Contrie, nommé lors de la fournée de 1823, qui doit attendre de fêter ses trente ans en 1826 pour participer activement aux débats de la Chambre haute ».

À la Chambre des députés, les jeunes jouèrent un rôle décisif. À la Chambre « introuvable », on trouvait des trentenaires, tels Adrien de Rougé, Imbert de Sesmaisons, Marcellus, Hyde de Neuville, Castelbajac. À quoi il faut ajouter « vingt-deux quadragénaires bientôt remarqués. Citons ici les plus connus, comme Vitrolles, Béthisy, Kergorlay, Salaberry, Duplessis de Grenedan, etc. ».

Et l’auteur conclut : « […] à tous les niveaux de la société urbaine, des préaux de collège jusqu’aux cercles gouvernementaux en passant par les équipes de rédaction des journaux ou les cercles d’artistes, la droite a su agréger à elle d’importantes fractions de la jeunesse, quelles que soient les extensions diverses que l’on donne à ce terme ».

Source : Charles X, de Jean-Paul Clément.

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Le Balafré et la Chambre introuvable

Louis-Alexandre-Céleste-Toussaint du Breuil-Hélion de La Guéronnière des Étangs dit le Balafré, est un membre de la Chambre introuvable en 1815.

Issu d'une famille noble du Poitou, fils de Marc-Antoine-Bernard du Breuil-Hélion de La Guéronnière, seigneur de Lusigny et colonel à la suite de l'infanterie. De plus, son père est baron des Étangs (Massignac) et seigneur de Marendat (Montbron) du chef de sa femme, Marie-Michelle de La Breuille de Chantrezac.

En 1773, il est baptisé dans l'église de Montbron, diocèse d'Angoulême, ayant pour parrain Louis-Alexandre-Céleste d'Aumont, duc de Villequier, et pour marraine Jeanne-Louise-Constance d'Aumont, duchesse de Villeroy. Toussaint Laborie a tenu pour le parrain, et Catherine Bessaud pour la marraine.

En 1782, le fief des Étangs dans la paroisse de Massignac, élection d'Angoulême, contient un château, deux moulins, treize domaines, plus des rentes et autres dîmes.

En 1789, il est en pension demeurant à Angoulême.

En 1792, il est inscrit sur la liste des émigrés du district de La Rochefoucauld. Il sert dans le régiment des hussards de Bercheny et accompagne le prince de Condé jusqu'en Russie. Il reçoit un grand nombre de blessures, occasionnant plusieurs cicatrices à son visage, ce qui lui vaut le surnom de Balafré.

En 1797, il mesure 1m74, cheveux et sourcils châtains, yeux bleus et le nez cicatrisé.

En 1802, il est amnistié et placé sous surveillance par les autorités.

En 1803, il est dit résident au château de Marendat, commune de Montbron.

En 1812, il est nommé maire de la commune de Massignac, canton de Montembœuf. Son adjoint est Crouzit, officier de santé. Sa fortune est estimée à 240 000 francs par le préfet de la Charente.

En 1814, chef d'escadron, il est nommé chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis par ordonnance du roi.

En 1815, il est élu député de la Charente par le collège électoral de l'arrondissement d'Angoulême, par 91 voix (164 votants, 289 inscrits). Il vote avec la majorité de la Chambre introuvable. Après la dissolution de l'assemblée, son mandat n'est pas renouvelé par les électeurs.

De 1816 à 1818, il est inspecteur des gardes nationales.

En 1819, il est président du conseil général.

En 1820, candidat ultra-royaliste il est élu pour la seconde fois député de la Charente, par 185 voix (310 votants, 365 inscrits). Il siège à droite et son vote est constamment légitimiste.

En 1822, diminué par des mauvaises blessures, il meurt dans son château des Étangs, âgé de 48 ans, avant la fin de son second mandat à la chambre des députés. Il est remplacé par Descordes.

Jamais marié, son légataire universel est son filleul et cousin, autre Louis-Alexandre-Céleste-Toussaint du Breuil-Hélion de La Guéronnière (1802-1881), conseiller général de la Charente sous le Second Empire.

massignac Charente — Massignac — Château des Étangs (Façades Ouest et Nord)

Source : Généalogie Charente Périgord.

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22 septembre 2020

L'affaire Mascureau de Sainte-Terre

Ne craignant plus pour leur carrière, de nombreux officiers retraités ne manquent pas d'ailleurs de manifester dans la garde nationale d'Angoulême, Jules Mascureau de Sainte-Terre et Jean Marie Horric de la Motte s'attirent ainsi les foudres de ceux qui soutiennent encore Louis-Philippe. Car cette institution encadrée, rappelons-le, par de nombreux vétérans de la Grande Armée est perçue par ces deux officiers supérieurs, dont les grades et les titres ont été en partie gagnés sur les champs de bataille de l'Empire, comme une véritable émanation de la révolution de 1789. Après plusieurs sommations, leur ordonnant de prendre leur service, ces deux officiers sont finalement arrêtés sur ordre du colonel Rousselle qui les traduit devant le conseil de discipline du premier et du deuxième bataillon de la légion d'Angoulême. Anecdotique, cet incident est pourtant révélateur de l'antagonisme qui oppose parfois d'anciens officiers de la Grande Armée. Mais cette opposition n'est guère surprenante puisqu'elle est le fait essentiellement d'officiers nobles attachés depuis longtemps à la cause des Bourbons.

Non contents des décisions prises par le conseil de discipline (composé aux deux-tiers d'anciens officiers de l'Empire) qui les condamne, selon la loi du 22 mars 1831, à deux jours de prison et à une amende, Mascureau de Sainte-Terre et Horric de la Motte se pourvoient alors en cassation pour obtenir une révision du jugement. Par l'instrusion de ces hauts magistrats dans cette querelle sans incidence particulière, il paraît légitime d'affirmer que l'affaire devient extrêmement sérieuse, revêtant en outre un caractère symbolique très fort pour les différents protagonistes. Leurs pourvois rejetés le 6 janvier 1832, Mascureau de Sainte-Terre et Horric de la Motte sont finalement obligés de passer deux jours en prison. Afin d'éviter la honte d'une arrestation, ils rédigent une lettre au maire d'Angoulême dans laquelle ils font part de leur volonté de se constituer prisonniers auprès des autorités compétentes. Ne manquant pas de provoquer les autorités locales, les mêmes se manifestent quelques mois plus tard pour rendre visite aux accusés Beauregard et Lépinière, jugés à Angoulême pour avoir participé à l'affaire La Rochejacquelain. Leur geste est d'autant plus gênant qu'il intervient à un moment où la garde nationale d'Angoulême a été malmenée, du 14 au 17 juillet 1832, par un rassemblement de paysans et de citadins désireux d'en finir avec les « Vendéens ». Donnant lieu à de nombreux rapports et courriers, ces affaires confirment du reste que les rivalités politiques ont été capables, sous la monarchie de Juillet, d'opposer des hommes qui ont pourtant un passé militaire commun.

Source : Destins de braves, de Stéphane Calvet.

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