Généalogie Charente-Périgord

27 mai 2021

Les forges de l'Élection d'Angoulême

État des forges existant dans l'Élection d'Angoulême en 1788.

L'intendant de la Généralité de Limoges a établi cet état pour répondre à la demande des commissaires du Bureau du Commerce.

On compte 14 forges, dont 3 entièrement détruites.

Subdélégation de Ruffec

1. Forge d’Aizie, paroisse de Taizie-Aizie. Propriétaire : Mme la comtesse de Broglie, dame du Marquisat de Ruffec. 1 haut-fourneau, 3 chaufferies, 1 fonderie. Production annuelle : Fonte, 400 milliers, en saumons pour la Marine ; fer, 250 milliers, pour le Commerce. En raison du voisinage des mines de fer et de la forêt de Ruffec, le duc de Saint-Simon, marquis de Ruffec, demande l'autorisation d'établir une forge à Aizie ; elle est construite en vertu de lettres patentes du 29 juin 1731, enregistrées au Parlement de Paris le 1er septembre 1731. Le comte de Broglie, devenu marquis de Ruffec et propriétaire de la forge d'Aizie, lui donne plus d'importance pour répondre à la fourniture en canons des ports de Brest et de Rochefort. Cette forge se recommandait par la qualité de ses produits.

Subdélégation de La Rochefoucauld

Rapport présenté par le subdélégué, le 3 juillet 1788, conformément à la demande faite par Mgr Gutaudant, de la Généralité de Limoges, par lettre du 27 mars 1788.

2. Forge de Montizon, paroisse de Roussine. Propriétaire : M. de Chevreuse, écuyer. Production annuelle : Fonte, 400 milliers ; fer, 150 milliers. 2 hauts fourneaux, 1 affinerie et 1 fonderie. Cette forge alimente 3 affineries qui en dépendent pour la fabrication du fer.

3. Forge de Pontrouchaud, sur la Tardoire, paroisse de Roussine. Propriétaire : M. Beynaud. Elle est en ruines depuis dix ans ; mais le propriétaire se propose de la faire rétablir aux premiers jours. Elle consistait en : 2 hauts fourneaux et 1 affinerie.

4. Forge de Champlaurier, sur le Son, paroisse de Saint-Claud. Propriétaire : M. de La Vergne. 1 haut fourneau et 1 affinerie. Production annuelle : Fonte, 210 milliers ; fer, 140 milliers. Cette forge n'est en activité que 4 mois de l'année. La livre de fonte se vend 2 sols 6 deniers en gueuses et en saumons et la livre de fer 4 sols, prise sur place.

5. Forge du Fayard, sur le Rivaillon, paroisse de Mazerolles. Propriétaire : Sieur Texier. Production annuelle : Fer, 20 milliers.

6. Forge du Gazon, sur la Croutelle, affluent de la Bonnieure, paroisse de Cherves. Propriétaire : M. Villemondy de La Ménière. Production annuelle : Fer, 30 milliers.

7. Forge de Chatelard, sur la Croutelle, affluent de la Bonnieure, paroisse de Chatelard. Propriétaire : Mme Vve Bassier Du Temple. Production annuelle : Fer, 25 milliers.

8. Forge de Pierre-Pansüe, sur la Tardoire, paroisse de Montbron. Propriétaire : M. de Chabrot, écuyer. Une affinerie. Production annuelle : Fer, 45 milliers. Cette forge est alimentée en fonte par la forge de Ruelle.

Observations du subdélégué.

Aucune de ces forges n'a été établie en vertu de lettres patentes ; il serait cependant possible qu'on en eût obtenu pour l'établissement de celle de Rancogne, mais il n'a pas été possible de s'en assurer, les propriétaires étant absents depuis plusieurs années. Elles sont toutes alimentées par du bois, ce qui l'a rendu fort rare dans le pays et a triplé sa valeur depuis 35 à 40 ans. La livre, de fer se vend 4 sous, pris sur place, et la fonte, en gueuses et en saumons, 2 sous 6 deniers.

Subdélégation d'Angoulême

9. Forge de Rancogne, sur la Tardoire ; cette forge est absolument détruite ; elle consistait en 4 hauts fourneaux et une affinerie ; elle fondait des bouches à feu de 36. Il y a une vingtaine d'années que les sieurs de Ruffray, auxquels elle appartenait, l'ont abandonnée après avoir vendu tous les ustensiles qui servaient à son exploitation, ce qui la rend absolument nulle.

10. Forge de Planchemenier, sur l'Echelle, paroisse de Dignac. Cette forge est absolument détruite ; elle consistait en 2 hauts fourneaux et 1 affinerie.

11. Forge de Rougnac, paroisse de Rougnac. 1 haut fourneau en ruines et 1 affinerie. Production annuelle ; Fer, 15 milliers.

12. Forge royale de Ruelle, sur la Touvre, paroisse de Ruelle. Propriétaire : M. Le Roy. 3 bouches à feu, dont une à reverbère pour la fabrication des canons. On se propose d'établir un 4e fourneau pour y fabriquer du fer. Production annuelle : Fonte, 800 milliers pour fabriquer des canons ; fer. 450 milliers, qui se consomment dans les affineries voisines. Le bois provient de la forêt de Braconne.

13. Forge du Gond, sur la Touvre, paroisse de Lhoumeau. Il y a 2 fourneaux. Le sieur Callaud a établi, depuis quelque temps, un martinet pour fondre et battre le cuivre. Le bois provient de Rougnac, Dirac et Dignac.

14. Forge de Combiers, sur la Lizonne, paroisse de Combiers. Propriétaire : M. le comte de Béarn. 1 haut fourneau et 1 affinerie. Production annuelle : Fonte, 400 milliers ; fer, 30 milliers. Le surplus de la fonte se consomme dans les affineries voisines. On fabrique aussi des chaudières pour les raffineries de sucre. Le bois vient de la forêt de La Rochebeaucourt.

Source : Les anciennes forges de la région du Périgord, de Édouard Peyronnet.

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Un gentilhomme industriel au XVIIIe siècle

Un gentilhomme industriel au XVIIIe siècle : le comte de Broglie (d'après des documents inédits).

De tous les diplomates qui collaborèrent à la politique personnelle de Louis XIV, que l'on appelle le Secret du Roi, l'un des plus connus sans doute est le comte de Broglie, dont le rôle a été raconté d'une manière si intéressante par son arrière-petit-neveu.

Né en 1719, brigadier des armées du Roi à 32 ans, le comte de Broglie était peu après, et sans qu'il s'y attendit, nommé ambassadeur en Pologne, au mois de mars 1752. Pour un débutant, le terrain était singulièrement difficile et la tâche des plus ardues : le nouvel ambassadeur devait, à l'insu du ministre des Affaires Etrangères, préparer la candidature du prince de Conti à la prochaine vacance du trône et entretenir, à cinq cents lieues de la France, une. correspondance secrète avec le Roi et avec de nombreux agents, au risque d'être découvert par l'indiscrétion ou la négligence d'un courrier. Le comte de Broglie se donna tout entier à cette besogne ingrate, avec l'ardeur qu'il mettait en toute chose : quatre secrétaires étaient constamment occupés à transcrire et à déchiffrer des lettres, et il arrivait quelquefois à l'ambassadeur de dicter pendant seize ou dix-huit heures de suite. Tous les contemporains du comte de Broglie, amis ou adversaires, se sont accordés d'ailleurs à reconnaître son activité dévorante, son opiniâtreté, la constance de ses amitiés comme de ses haines et son zèle inlassable pour le renom et la grandeur de la France. « C'est un fort petit homme, écrivait de lui le marquis d'Argenson, droit de la tête comme un petit coq. Il a quelque esprit et beaucoup de vivacité en tout; on le dit homme de mérite. »

Pendant les six ans qu'il passa en Pologne, il eut la s'atisfac, tion d'assurer le triomphe du parti français, et le Roi l'en récompensa par le cordon bleu, qui lui fut donné au retour de son ambassade. Mais bientôt le comte de Broglie vit avec regret sa politique délaissée, et lui-même,' en butte à l'hostilité de Choi- seul, fut écarté de toutes les négociations : on lui refusa même l'ambassade de Vienne qu'il sollicitait vivement. Ayant alors repris du service sous les ordres de son frère, qui commandait un corps à l'armée du Rhin, il fit la campagne de 1760, au cours de laquèlle il se distingua, et tout particulièrement à Cassel. Quoique la candidature du prince de Conti au trône de Pologne eût été abandonnée et que la diplomatie secrète semblât se trouver désormais sans objet, le Roi n'en continua pas moins à correspondre avec le comte de Broglie, qui lui écrivait de l'armée force lettres et rapports.

En dépit de ses succès, qui lui avaient valu le bâton de maréchal, le frère du comte de-Broglie fut rendu responsable par le duc de Choiseul des échecs du prince de Soubise, à qui on avait imprudemment confié une armée. Le maréchal se défendit avec sa hauteur habituelle et voulut forcer le roi à se prononcer en sa faveur. Poussé par Choiseul et Mme de Pompadour, Louis XV exila les deux frères à Broglie, en Normandie. Du fond de sa retraite forcée, le comte fut informé que le Roi n'avait retiré son estime ni à l'un ni à l'autre des Broglie et que la correspondance secrète ne serait pas interrompue. Par un tour de force invraisemblable, malgré les difficultés résultant de la distance et de la lenteur des communications, le comte, sans rien laisser soupçonner à son frère ni à sa famille, trouva le moyen de poursuivre ses mystérieuses intrigues.

Le traité de Paris venait de terminer la guerre de Sept Ans, mais le comte de Broglie était de l'avis du Roi, qui estimait que cette paix, qui humiliait la France et laissait à l'Angleterre la suprématie maritime, n'était ni bonne ni glorieuse : Broglie pensait même, suivant ses propres termes, que « jamais il n'avait été plus prudent de songer à la guerre en faisant la paix ». C'est pourquoi il conçut un projet de descente en Angleterre, qui fut agréé par le Roi au début du mois d'avril 1763. A ce projet, dont l'étude nécessitait des travaux considérables tant en Angleterre qu'en France, allait être mêlé le fameux chevalier d'Eon, alors secrétaire d'ambassade à Londres, qui faillit, à maintes reprises, compromettre le dangereux secret dont il était dépositaire.

L'exil des deux frères prit fin dans le courant de l'année 1763, et le comte de Broglie piit se rendre dans son marquisat de Ruffec, acheté au mois de décembre précédent avec la dot de la comtesse, une Montmorency, que le comte avait épousée en 1759.

Le marquisat de Ruffec venait de la duchesse de Valentinois, petite-fille du duc de Saint-Simon, l'auteur des Mémoires, et comprenait une forge, établie à Taizé-Aizie, sur les bords de la Charente, et à laquelle on n'avait pas donné jusque-là une importance considérable. Le comte de Broglie tourna une partie de son activité vers cette forge et devint industriel, comme il était devenu diplomate. Il consacra les loisirs que lui laissait sa demi- disgrâce à faire de Taizé-Aizie un centre industriel, qui ne tarda pas à devenir le premier de la région.

De douze, le nombre des ouvriers fut porté à trente-six, et deux hauts-fourneaux purent bientôt fournir 160.000 livres .de fonte par mois. Jaloux sans doute des succès du marquis de Montalembert, qui avait créé à Ruelle, douze ans auparavant, une fonderie de canons, qui subsiste encore, le comte de Broglie tenta de couler des canons de 12 et de 18 (c'est-à-dire. pouvant lancer des projectiles de 12 et 18 livres), mais ces canons ne résistèrent pas aux épreuves, et la forge de Taizé-Aizie, ou de Ruffec, comme l'appelle le comte de Broglie, se spécialisa dans la fabrication de l'acier. Nous verrons ainsi M. de Broglie mener de front pendant des années la conduite de ses affaires et la correspondance secrète, dont il était devenu le chef, après le prince de Conti et après Tercier, premier commis aux Affaires Etrangères.

Le 9 juin 1769, M. Chrestien (1), fondé de pouvoirs du comte de Broglie, passait avec le duc de Praslin, ministre de la Marine, un traité aux termes duquel tout l'acier fabriqué par la forge de Ruffec serait envoyé aux ports de Brest, Toulon et Rochefort, «à raison de douze sols la livre poids de marc», plus un sol d'augmentation par livre pesant pour l'acier expédié à Toulon, à cause de la distance. On devait retenir sur le montant de chaque fourniture quatre deniers par livre, destinés à l'entretien des invalides de la Marine. Mais le comte de Broglie ne se contentait pas de la fourniture des ports de France et il cherchait pour les produits de sa forge d'autres débouchés, soit à l'étranger, soit aux colonies. C'est pourquoi il s'adressa à un riche armateur de Saint-Malo, M. Bécard, avec qui il se trouvait déjà en relations d'affaires.

Vers la fin du XVIIe siècle et au commencement du XVIIIe, la cité-corsaire avait connu une puissance et une prospérité incomparables. Les armateurs de Saint-Malo s'enrichissaient vite avec le commerce et la guerre de course et, pour se faire une idée de ce que pouvaient être les fortunes des Malouins à cette époque, il suffit de voir encore aujourd'hui les magnifiques hôtels qui leur servaient de résidence en ville et les châteaux — les malouinières, comme on disait alors, — qu'ils possédaient dans les environs. Ces habitations rivalisaient entre elles de luxe et de splendeur : les lambris sculptés, les meubles de bois précieux, les porcelaines de Chine armoriées provenant des manufactures de la Cie des Indes, les vaisselles d'or et d'argent, les étoffes de soie, les tapisseries, rien n'était considéré comme trop beau par ces grands bourgeois, qui menaient un train de grands seigneurs. Beaucoup d'entre eux, d'ailleurs, ne tardaient pas à être anoblis, et quelques-uns contractaient de flatteuses alliances avec les plus illustres familles du royaume et même de l'étranger : on parle encore à Saint-Malo du mariage de Mlle Magon de Boisgarein avec un prince de Savoie-Carignan (2). Mais un autre mariage nous intéresse davantage : c'est celui de Mlle Thérèse-Gilette Locquet de Grandville, fille d'un riche armateur malouin, qui épqusa le 18 février 17116 haut et puissant seigneur François de Broglie, futur maréchal de France comme son père et premier duc du nom. De cette union naissaient en 1718 le troisième maréchal de Broglie et en 1719 son frère, le comte de Broglie, dont nous retraçons la carrière industrielle.

Il était donc tout naturel que le comte de Broglie eût par sa mère des intérêts à Saint-Malo : il avait placé, entre autres, des fonds assez considérables dans les armements de M. Bécard, qui était un des négociants malouins les plus en vue à cette époque. Souvent la correspondance du comte de Broglie et de M. Bécard, qui durera environ dix ans, parlera du Penthièvre, du Boynes, du Terray, du Castries, du Maréchal de Broglie (3), et d'autres navires encore sur lesquels notre comte avait des risques importants.

La première lettre que nous possédions de M. de Broglie à l'adresse de M. Bécard est du 23 juillet 1771, mais, dès 4770, un premier envoi avait été fait par la forge de Ruffec à destination de Saint-Malo pour être expédié aux colonies ou dans les ports étrangers.

Cette année-là, le comte de Broglie avait bien cru qu'il allait changer son titre de diplomate in partibus pour un titre officiel. Le 24 décembre 1770, Choiseul était subitement disgracié, et M. de Broglie nourrit l'espoir de lui succéder; mais, après un intérim de six mois confié au duc de la Vrillière, les Affaires Etrangères furent définitivement données au duc d'Aiguillon, qui n'était pas précisément des amis du comte. Celui-ci restait toujours chargé de la correspondance secrète, ce qui ne l'empêchait pas de s'occuper de ses affaires personnelles et principalement de sa forge de Ruffec, au sujet de laquelle il écrivait fréquemment à M. Bécard.

Il avait été convenu que l'armateur malouin prendrait tous les ans à M. de Broglie pour 30.000 livres d'acier, de fer, de limes et de carreaux (grosses limes carrées), qu'il devait charger sur ses navires ou sur ceux qui partaient de Saint-Malo à destination des colonies ou de l'étranger. Chacune des quelque trente lettres adressées à M. Bécard entre 1771 et 1780 n'a pas d'autre objet que d'assurer l'exécution de ce contrat, de presser M. Bécard de faire des commandes et d'envoyer de l'argent à M. de Broglie, qui en a toujours besoin.

Au mois de janvier 1772, le maître de forges .de Taizé- Aizie écrit à M. Bécard et lui rappelle qu'il n'a demandé que pour 18.000 livres de marchandises :

Il resteroit donc à vous fournir pour plus de 12.000 1. pour avoir rempli la convention, et nous serions bien aise que vous voulussiez que cela vous fust expedié affin que vous pussiez l'employer sur les deux vaisseaux qui vont estre expediés en février et mars, cela ne sçauroit faire un gros objet pour ces vaisseaux, et cela employe- roit utilement des marchandises touttes prestes, et nous procureroit plustost de l'argent dont je vous advoue que j'ay grand besoin. J'ay envoyé hier, sans la regarder, chez M. le cher Lambert la lettre de change que vous m'avez remise en dernier lieu, elle n'est payable que le 8 mars, cela m'embarrasse parce que le Sr Mondion a tiré sur moy et je ne sçay comment l'acquitter. Je vous prie donc de faire un effort pour me remettre 6.000 l. à compte de ce que nous vous avons envoyé et de ce que l'on va encore vous envoyer, ce sera un tres veritable service que vous me rendrez, et comme, en comptant le dernier envoy. vous aurez plus de 30.000 l. en marchandises entre les mains ou envoyés dans le commerce, ainsy dans touts les cas possibles, vous ne courrez aucun risque, et je le répète, vous me tirerez d'un grand embarras où le soutien de ma forge m'a jeté, et dont ce secours m'aidera à me tirer...

Le 5 juin suivant, il s'agit des intérêts que le comte de Broglie a sur le Penthièvre et qui tardent bien à rentrer :

Vous vous apercevrez sûrement que la lenteur des retours (4) et des remises des Isles diminuent beaucoup les bénéfices, mais je présume bien que ce n'est pas faute d'activité de votre part, si les rentrées ne s'opèrent pas plus promptement...

Cet homme d'affaires qui se préoccupe de ses rentrées et court après l'argent dont il a besoin pour faire face à ses échéances adresse dans le même temps au roi de longs mémoires sur la politique générale de l'Europe et annonce le partage de la Pologne, qui aura lieu, en effet, pour la première fois, le 5 août de cette année 1772.

Les nécessités de la correspondance secrète et sans doute aussi ses affaires personnelles l'appellent fréquemment à Paris, et c'est là, pendant un long séjour de M. Bécard, — du mois de septembre 1772 au mois de mars 1773, — que le comte de Broglie fait la connaissance de l'armateur malouin, qu'il n'avait encore jamais eu l'occasion de voir. Cependant le ton de ses lettres restera toujours le même, très courtois, mais exclusivement d'un homme d'affaires. C'est à peine si, de temps à autre, le maître des forges de Taizé-Aizie se détourne de l'objet de sa correspondance, qui est le placement de ses aciers, de ses limes et de ses carreaux, pour demander à M. Bécard de lui acheter de la porcelaine de Chine ou de faire venir des étoffes pour Mme de Broglie. A part ces rares et courtes parenthèses, il n'est jamais question que des produits de la forge de Ruffec.

La plupart des lettres sont écrites de la main même du comte de Broglie; l'écriture en est serrée et régulière, l'orthographe un peu démodée et vieillotte, tandis que celle de ses secrétaires se rapproche beaucoup de la nôtre. Quand il dicte, ce ne sont que de courts billets, mais s'il écrit lui-même, les lettres sont ordinairement assez longues : il est tout plein de son sujet et ne craint pas de s'étendre, d'entrer dans le détail, de revenir sur un point, d'y insister, de presser M. Bécard avec la ténacité qu'il mettait -autrefois à soutenir une conversation diplomatique ou à pousser ses troupes à l'assaut.

Pendant dix mois — du ;15 juin 1773 au 30 avril 1774 — la correspondance s'arrête. C'est que M. de Broglie est distrait de sa forge par des événements qui vont compliquer encore, une existence déjà suffisamment difficile.

Dans le courant de l'été de 1773, M. de Broglie recevait de Compiègne une lettre datée du 21 août par laquelle le roi l'informait que le duc d'Aiguillon avait découvert la correspondance d'un agent secret, chargé d'aller lever des troupes à Hambourg pour secourir le roi Gustave III de Suède, en difficulté avec ses sujets. Cet agent n'était autre que Dumouriez, qui commençait la longue série de ses aventures et de ses intrigues. Le comte de Broglie ignorait tout de la mission de Dumouriez, qui avait été organisée par le roi lui-même, en dehors de son ministre des Affaires Etrangères et aussi du confident attitré de sa politique secrète. Le duc d'Aiguillon, qui flairait depuis longtemps le mystère, était trop heureux de pouvoir mêler le comte à cette affaire un peu troublante, mais le « petit coq » tint tête et se défendit avec vivacité. Un autre incident vint envenimer le conflit et fut la cause d'une nouvelle disgrâce pour le comte de Broglie.

Il avait été nommé ambàssadeur extraordinaire et s'était vu confier la mission d'aller chercher la princesse Marie-Thérèse de Savoie, fille de Victor-Amédée III, roi de Sardaigne, fiancée au comte d'Artois, — le futur Charles X. L'ambassadeur devait aller jusqu'à Turin pour y saluer les souverains, que servaient encore les aînés de sa famille, mais le duc d'Aiguillon, qui ne manquait aucune occasion d'être désagréable aux Broglie, fit décider que la mission ne dépasserait pas la frontière. M. de Broglie en fut fort irrité et adressa au ministre une lettre si outrageante que le Roi pria le comte de prendre le chemin de Ruffec et de rester sur ses terres jusqu'à nouvel ordre. On était au mois de septembre 1773.

Comme au temps de l'exil à Broglie, la correspondance avec le Roi continua. M. de Broglie en profita pour glisser dans ses lettres de respectueuses protestations de dévouement et pour exprimer au Roi tous ses regrets d'avoir eu le malheur de lui déplaire. Louis XV ne daigna pas répondre. Le maréchal voulut intervenir en faveur de son frère : il fut éconduit. Mme de Broglie elle-même se rendit à Versailles dans le courant du mois d'avril 1774 pour plaider la causé de son mari : le Roi refusa de la recevoir. Quelques jours après, — le 10 mai, — Louis XV était enlevé par la petite vérole, sans que le comte de Broglie fût rentré en grâce.

Presque immédiatement, M. de Broglie écrivait au nouveau Roi pour le mettre au courant de la correspondance secrète . qu'il entretenait depuis vingt-deux ans et pour lui demander ses ordres. Le 20 juin, Louis XVI fit savoir au comte qu'il pouvait revenir à Paris et à la cour, mais M. de Broglie voulait et exigeait une éclatante justification. Le 1er mai 1775, il recevait une lettre écrite de la main même, par laquelle Louis XVI reconnaissait que « le comte de Broglie s'était comporté avec tout le zèle et la fidélité qu'il devait au feu roi et que les circonstances parfois embarrassantes où il s'était troùvé n'avaient jamais ralentis, et qu'en tout il s'était acquitté de sa commission de la manière la plus sage et la plus conforme aux vœux du feu roi ».

Comme le comte de Broglie insistait encore, le Roi le pria de se tenir pour satisfait. Aussi bien la lettre de Louis XVI était assez élogieuse et rendait suffisamment hommage aux services du comte de Broglie pour que celui-ci pût s'en contenter. Désormais la correspondance secrète n'existait plus et M. de Broglie pouvait se consacrer plus entièrement à ses affaires personnelles et spécialement à sa forge de Ruffec.

Peu de temps avant la mort de Louis XV, le comte de Broglie s'était remis à écrire à M. Bécard pour l'encourager à lui prendre de l'acier et du fer. Dans sa lettre du 30 avril 1774, il lui fait des conditions beaucoup plus favorables que pour les fournitures des ports, mais il le prie de ne pas rendre publique cette convention, car cela pourrait le gêner. Il demande à l'armateur malouin de l'aider à se défaire d'une pacotille de limes et de carreaux, qui l'embarrasse : M. Bécard pourrait là prendre et la distribuer par petits paquets sur tous les navires en partance pour la Chine ou les Indes.

Si vous avez la moindre peur. de la perte pour vos associés, il n'y qu'à la laisser tout à mes risques. Faittes moy donc je vous prie le plaisir de vous en charger et vous n'entendrez plus parler de cet objet, je lie vous enverray plus que de l'acier quand vous en voudrez, et comme il se bonifie touts les jours vous en serez sûrement content, je suis même persuadé que vous en augmenterez facilement les débouchés....

Comme M. Bécard ne répond pas toujours assez vite au gré de M. de Broglie, celui-ci le relance bientôt. A la date du 24 octobre 1774, il lui écrit pour lui faire remarquer qu'il n'a pas fait de demande « depuis un temps infini ». L'époque lui parait favorable aux envois, aussi annonce-t-il à l'armateur qu'il lui expédie 20 milliers de livres d'acier, 4.000 paquets de limes et 300 carreaux. L'acier est à huit sols la livre, les carreaux à douze sols et les limes à vingt-quatre sols la livre, ce qui constitue une importante réduction, puisque le roi paie l'acier douze sols et les carreaux vingt sols. Naturellement, comme pour se conformer à une tradition qui semble en usage chez les commerçants et industriels de tous les pays et de toutes les époques, il se croit obligé d'ajouter qu'il y perd : le prix des limes et des carreaux sont, affirme-t-il; fort avantageux et ces produits « sont passés à perte du prix qu'ils coustent », mais il veut s'en débarrasser à n'importe queUe condition.

Le 20 novembre suivant, nouvelle lettre :

.... Je commenceray par vous remercier de touts les soins què vous avez la bonté de vous donner pour tacher de mettre en débit les aciers de ma manufacture, je sens que dans les commencemments cy cela vous donne de la peine, parce qu'il est toujours difficile de détruire les préjugés et la routine, mais dès que les Chinois conviendront que nostre acier est le meilleur, ils finiront surement par le rechercher, il ne s'agit donc que die- le faire le meilleur possible et dans la forme qui leur conviendra le mieux; il est pour cela nécessaire que vous m'envoyez incessamment les dimentions dont vous me parlez. Je conçois que de le réduire en petites barres augmentera un peu la dépense de la fabrication, mais comme il s'agit de l'accréditer et de luy faire prendre le dessus sur celuy de l'Inde, il faudra dans le commencement y tout sacrifier....

Tachez de persuader à MM. vos associés une vérité qui me paraît évidente, c'est qu'il importe particulièrement à MM. les négotiants de mettre en réputation les matières nationales, ainsy que d'en augmenter le crédit. Je suis bien esloigné de désirer que par complaisance on prenne de ma manufacture de la marchandise deffectueuse, mais je crois pouvoir espérer qu'avec vostre secours, MM. vos associés se presteront à m'aider à en mettre de bonne en valeur, et de mon costé je me presteray a tout ce qui sera possible, et j'ay fait à ce sujet très volontiers les sacrifices qui dependoient de moy....

Il revient encore une fois à son stock de limes et de carreaux, qu'il a toujours sur les bras. Il prie M. Bécard de recommander à ses capitaines de présenter leur chargement « comme marchandise d'une fabrique protégée par le gouvernement et qui a l'entreprise de toutes les fournitures des ports et des colonies en acier, limes et carreaux ». Il espère sans doute que cette estampille officielle servira au placement des produits de sa forge, mais il compte faire mieux encore et s'adresser au ministre lui-même. C'est ce qu'il annonce à M. Bécard et il termine sa longue lettre en insistant pour que l'armateur lui prenne le plus de marchandises qu'il pourra, étant donné surtout les rabais appréciables qu'il lui consent. Mais que M. Bécard garde bien pour lui tout seul ces arrangements, car il ne faut pas que le ministre ou les bureaux en soient informés.

M. de Broglie écrit donc directement à M. de Sartines, ministre de la Marine, auprès de qui il fait agir M. Trudaine, qui avait déjà obtenu de M. de Praslin la fourniture des ports et des colonies pour la manufacture de Ruffec. Il rappelle au ministre que le traité conclu en 1769 avec le duc de Praslin a bien été exactement suivi en ce qui concerne les ports, mais M. de Boynes, successeur de M. de Praslin, n'a donné aucun ordre aux administrateurs des colonies pour recevoir ces marchandises et les envois n'ayant pas été acceptés sont restés entre les mains des correspondants du comte de Broglie et à la charge de celui-ci. Il prie donc le ministre d'ordonner que Fon reçoivé " tout ce qui est parti de la manufacture de Ruffec à destination des colonies et au même prix que pour les ports. S'il y a beaucoup de marchandises, on les paiera en quatre années, et désormais le comte de Broglie ne fera plus d'envois que sur commande.

Le 23 mars 1775, M. de Broglie écrit à M. Bécard pour lui faire connaître les grandes lignes de la lettre qu'il a adressée au ministre et il ajoute :

Vous voyez, monsieur, que je me suis permis la petite ruse de regarder comme expédié pour les indes tout ce qui estoit party de ma forge à l'époque où j'ay fait la demande, quoyque cela ne fust pas encore party de France... Vous sentez, monsieur, que M. de Clem/ensin aura besoin d'un peu de dextérité pour prévenir des représentations que M. Maillard pourroit faire au ministre sur la grande quantité de ces marchandises présentées en même temps, et qui pourront excéder le besoin, mais il pourra observer qu'en donnant quatre ans pour les payer, elles auront le temps d'estre débitées et qu"ainsy il ne doit pas en témoigner d'embarras, et quant aux aciers il les prendra ou les laissera, comme bon luy semblera.

Le comte de Broglie est complètement entré dans la peau d'un homme d'affaires et ne craint pas d'user de certains procédés dignes des plus retors. Grâce à la haute situation qu'il avait occupée et grâce à celle de son frère, les intelligences ne lui manquaient pas au ministère de la Marine et il savait à peu près tout ce qui s'y passait : par exemple, que la réponse si impatiemment attendue par lui était écrite et qu'il n'y manquait que la signature du ministre.

Cependant cette réponse ne lui donne pas entière satisfaction : le ministre accepte bien de recevoir les marchandises qui viennent de la forge de Ruffec, mais le paiement ne sera effectué qu'au fur et à mesure de leur consommation, ce qui ne fait pas l'affaire du comte de Broglie, toujours pressé de recevoir les fonds dont il a besoin. Toutefois l'important est que les marchandises soient d'abord acceptées et soldées à l'aide de lettres de change, même à deux, trois ou quatre ans. « Il faut, écrit-il le 10 avril 1775, que la réception soit faitte, et que cela soit terminé, sauf à attendre un peu le payement. » Il dicte à M. Bécard les recommandations qu'il devra faire à M. Clemensin, — son correspondant à l'île de France, — pour obtenir de l'intendant Maillard un paiement plus rapide et plus certain. ?

Il sera donc de l'habileté de vostre correspondant de faire interprester cet ordre en disant qu'il faut supposer en combien d'années la consommation pourra estre faitte et prendre ce nombre d'années pour le payement. D'ailleurs, ce correspondant en présentant des facturefo de quatre dattes différentes doit représenter le dommage de ce retard et proposer qu'on prenne autant de dattes de payement. C'est donc de son habileté que tout dépendra, mais il est essentiel qu'il persuade que les envoys ont esté faits antérieurement et successivement, et qu'il a attendu pour présenter les marchandises des ordres qu'on luy annonçoit toujours et que la fantaisie de M. de Boynes a suspendu. Ce motif doit servir à faire le payement éventuel en papier quoyqu'a des échéances esloignées, et pour bien faire il fau- droit en faire quatre payements, comme il y a quatre factures. Vous voyez, monsieur, que le grand objet est de terminer et de ne pas laisser exécuter la lettre au ministre à la lettre, car elle dit de ne payer qu'a mesure de l'employ des marchandises, quoyqu'on les

reçoive dans le moment, mais vous sentez que les marchandises pourroient rester dans les magasins quoyque reçues et qu'on en employroit d'autres sans qu'on le sçust, ainsy il faut que M. Maillard sente qu'on a voulu dire qu'il falloit estimer la consommation annuelle de ces marchandises et prendre pour le payement des termes proportionnés à la consommation...

Décidément M. de Broglie est plein de ressources, mais M. Bécard ne semble pas croire que les choses iront aussi bien que le dit son noble correspondant. De Ruffec, le 24 avril suivant, part une nouvelle lettre destinée à rassurer l'armateur. A cette époque, la plume du comte de Broglie est infatigable, puis huit mois se passent sans une lettre et la correspondance ne reprend qu'au mois de février 1776.

La question des fers et des aciers a bien été tranchée, mais il reste le fameux stock de limes et de carreaux, dont M. de Broglie était si pressé de se défaire à n'importe quel prix, au sujet duquel le ministre a hésité longtemps. Enfin, sur les instances du comte de Broglie, il se décide à donner aux intendants des îles de France et de Bourbon l'ordre de le recevoir pour le compte du Roi. Le 14 avril 1776, M. de Broglie s'empresse d'annoncer à Bécard cette bonne nouyelle. Il s'en faut cependant que l'affaire soit tout à fait terminée, car l'intendant de l'île de France se plaint de la quantité exorbitante de limes et de carreaux envoyés à la colonie en même temps que de leur mauvaise qualité. (On comprend pourquoi M. de Broglie désirait si vivement s'en débarrasser.) Suivant l'ordre du ministre, l'intendant a reçu ces marchandises, mais il envoie le reçu avec le décompte de la somme à laquelle se monte la fourniture en priant M. de Broglie de se faire payer par le ministre.

Cette forme m'est désagréable, écrit le comte à la date du 12 novembre, en ce qu'elle m'obligera à de nouvelles sollicitations, mais il faut bien en passer par là.

L'affaire va traîner encore queique temps, au grand déplaisir de M. de Broglie, qui craint toujours que des rapports défavorables des intendants sur la qualité de ses produits ne viennent en retarder le payement.

Le comte de Broglie ne borne pas son activité à sa seule forge. Il a fondé une société au capital de 290.000 livres pour l'exploitation d'un moulin à Condac, aux portes de Ruffec, et il propose à M. Bécard des farines. En 1777, il lui envoie deux ou trois quintaux d'échantillons pour permettre à M. Bécard de se rendre compte de la qualité du produit et il lui demande s'il veut bien se charger d'en placer sur ses navires pour la France ou les colonies. L'armateur malouin, sans doute fort absorbé par ses affaires personnelles, fait attendre sa réponse durant de longs mois. Elle vient sous la forme d'une lettre de changè avec la promesse d'une nouvelle et très prochaine répartition. C'est sa façon de se faire pardonner ses trop longs retards. D'ailleurs, s'il parle des aciers et des limes, il ne souffle mot des farines de Condac, qui ne semblent pas l'intéresser et désormais il n'en sera plus jamais question dans la correspondance.

La vie du comte de Broglie est des plus actives. Il séjourne souvent à Paris, et c'est de là que sont datées la plupart des lettres adressées à M. Bécard. Il se rend aussi très fréquemment à Ruffec, où l'appellent les soins de sa forge et de son moulin, et à Metz, où résidait quelquefois son frère le maréchal, qui avait le gouvernement des Trois-Evêchés, puis il va en Normandie et en Bretagne. Mais, en quelque endroit qu'il se trouve, il ne perd pas de vue ses affaires et s'enquiert toujours de nouveaux débouchés pour les produits de sa forge. De Metz, le 20 août 1777, il dicte une lettre pour M. Bécard :

S'il se fait quelque armement, vous me ferés plaisir de faire en sorte d'y faire l'employ des aciers que-vous avés puisque vous pensés qu'il n'y aura pas moyen de les faire passer aux Indes. Il me semble que la voÿe la plus sure seroit dans ce moment cy de les vendre pour les insurgens et ce seroit d'ailleurs la manière de s'en deffaire avec le plus d'avantage.....

Puisque le marché des Indes est fermé à cause de la guerre, le mieux est, en effet, de se tourner du côté des « insurgens », c'est-à-dire des colons anglais d'Amérique qui viennent de se soulever contre la métropole, et qui doivent avoir besoin d'acier : ce serait sans doute une bonne affaire et en même temps œuvre de bonne politique. Il revient sur ce sujet dans sa lettre du 16 décembre 1778 :

J'ay encore appris par des négotiants de Rochefort que cet article (l'acier) est de très bonne defaitte dans l'Amérique septentrionale. Je vous prie de vous occuper de le placer; quoyqu'il y 'ait un peu de risques à courre, je m'y détermine volontiers

Les difficultés très sérieuses créées aux Anglais dans leurs possessions de l'Amérique du Nord semblaient devoir nous fournir une excellente occasion de prendre notre revanche de la guerre de Sept Ans. Notre marine, à laquelle, dès le début de son règne, le roi Louis XVI avait donné tous- ses soins, était en bonne voie de réorganisation et déjà capable de tenir tête à la flotte anglaise. On se, remit alors à penser au projet de descente en Angleterre élaboré quinze ans auparavant par le comte de Broglie. Celui-ci ne l'avait jamais abandonné et continuait à faire parvenir au Roi et aux ministres force mémoires, plans et devis. Au printemps de 1778, il entreprend de visiter lui-même les côtes de Normandie et de Bretagne, et la correspondance avec M. Bécard fait allusion à son passage à Saint-Malo.

Entre Dinan et Pontorson, M. de. Broglie rencontre le duc de Chartres — le futur Egalité, — qui lui apprend la formation d'un corps expéditionnaire dans le Cotentin sous les ordres de son frère le maréchal. Aussitôt il sollicité les fonctions de chef d'état-major du commandant en chef, mais le poste est déjà donné et, sans doute pour éloigner M. de Broglie, on lui confie la lieutenance intérimaire du gouvernement dè son frère, à Metz. Ce lui est un coup sensible et dont il cherche à tirer vengeance sur une créature des Rohan, qu'il accuse de l'avoir desservi auprès du comte de Maurepas; mal lui en prend, car le Parlement, devant qui l'affaire est évoquée, le déboute et le condamne aux dépens.

Sa forge et son moulin sont de puissants dérivatifs à ses déceptions : à Ruffec et à Condac, il travaille pour oublier et pour donner un emploi à son activité inlassable A force de penser constamment à son acier et à la façon de l'envoyer au loin, il lui vient une idée : c'est de le placer sur les vaisseaux du Roi en guise de lest. Il obtient d'en embarquer à Rochefort pour Saint-Domingue et il écrit à Lorient le 28 juin 1780 pour bénéficier de la même faveur. Il s'adresse à M. Thévenart, commandant du port — qui sera plus tard amiral et pair de France sous la Restauration, — et à M. de Grandville, commissaire-général ordonnateur de la Marine, son parent : il leur demande de recevoir sur les vaisseaux du Roi à destination des Antilles et de l'Amérique des aciers qui se trouvent à Lorient dans les magasins de MM. Le Breton de Blessin et Sébire des Saudrais, originaires de Saint-Malo et correspondants de M. Bécard. Auprès de MM. Locquet de Grandville et Thévenart, qui, en leur qualité de Malouins, sont un peu ses compatriotes, le comte de Bro- glie s'appuie sur la protection officielle accordée à sa forge :

Comme l'établissement d'une manufacture d'acier à ma forge de Ruffec a été fait à l'instigation du gouvernement qui veut bien la favoriser, j'espère que vous voudrés bien concourir à ses vuës dans une occasion où il n'en coute rien au Roi, puisque cet acier employé pour lest dispense d'en employer d'autre et .n'occasionne aucune espèce de dépense

Cédant aux instances de M. de Broglie, M. de la Porte, intendant de la Marine à Brest, écrit à M. de Grandville pour lui donner l'ordre d'embarquer les aciers de la forge de Ruffec sur les vaisseaux du Roi. Une lettre du 8 août 1780 fait connaître à M. Bécard l'heureux résultat des démarches pressantes de M. de Broglie. Mais celui-ci, qui ne se déclare jamais satisfait, trouve que les envois d'acier à MM. Le Breton de Blessin et Sébire des Saudrais ont été faits avec beaucoup de négligence : les commis de M. Bécard n'ont pas joint de facture ni donné l'exacte quantité de ce qui a été expédié. Et, comme toujours, ce sont de longues explications sur le placement des aciers aux colonies, sur leur embarquement possible à Lorient et sur beaucoup d'autres choses. M. de Broglie s'occupe des moindres détails et ne laisse rien au hasard. Peu d'industriels et de commerçants poussent aussi loin la minutie.

Cette lettre du 8 août 1780, dictée à Metz par le comte de Broglie, est la dernière que nous possédions de celles qu'il adressa à M. Bécard au sujet de son acier et des produits de sa forge de Ruffec. L'année suivante, le comte de Broglie n'était plus.

Son attention s'était portée sur le dessèchement des marais qui avoisinent Rochefort et il fit, dans le courant de l'été de 1781, un voyage d'études sur les lieux avec l'intendant de la province, le marquis de Voyer d'Argenson. Il y contracta une fièvre pernicieuse qui l'emporta en quelques jours. Le 16 août 1781, il mourait à Saint-Jean-d'Angély, avant d'avoir eu le temps de regagner Ruffec. Il avait soixante-dieux ans et, depuis dix-huit ans, il donnait tous ses soins à sa forge, sans négliger les grands intérêts de l'Etat pour lesquels il ne cessa jamais de travailler utilement.

Quelques années plus tard, au mois de septembre 1787, le célèbre anglais Arthur Young traversait la Charente et écrivait sur son journal de route :

1er septembre. — Passe à Caudac (Condac), Ruffec, Maisons- Blanches et Chaunay. Dans la première de ces localités, vu un beau moulin à blé, construit par le feu cornue de Broglio (Broglie), frère du maréchal de Broglie, l'un des officiers les plus capables et les plus actifs de France. En tant que particulier, ses entreprises avaient un intérêt national; ce moulin, une forge et un projet de navigation ont prouvé qu'il avait du goût pour toute entreprise qui, conformément aux idées dominantes de l'époque, pourrait être bienfaisante pour son pays, c'est-à dire dans toutes les directions, excepté la seule -qui aurait été efficace, je veux dire l'agriculture pratique.

Young était agriculteur et ne s'occupait que des choses agricoles; le reste lui semblait digne de peu d'intérêt.

Pendant la Révolution, quoiqu'elle n'eût pas quitté ses terres de la Charente, la comtesse de Broglie fut portée sur la liste des émigrés et ses biens confisqués. En 1809, Mme de Mar- cieu, sa fille, racheta la forge de Taizé-Aizie, qui passa de mains en mains jusqu'à M. Alphonse Martin, dont elle devint la propriété en 1860. C'est là que M. Martin inventa le procédé de fabrication de l'acier auquel il a donné son nom. Aujourd'hui, la forge du comte de Broglie a été remplacée par une exploitation agricole.

Le comte de Broglie, gentilhomme d'affaires et industriel, ne constitue pas une exception au XVIIIe siècle. Ce serait une erreur de croire que toute la noblesse française, à cette époque, se contentait de servir dans l'armée et la diplomatie ou partageait son temps entre les fêtes de la Cour et les loisirs de la campagne. La noblesse de province travaillait, ne fût-ce que par nécessité. Au moment où le comte de Broglie co-mmençait à s'occuper de sa forge de Ruffec, le père de Chateaubriand, héritier d'une part de cadet plus que modeste, avait déjà réalisé en quelques années une fortune considérable dans la pêche à la morue, la guerre de course et la traite des nègres. C'étaient des entreprises qui offraient d'autres risques que la fabrication de l'acier. Les gentilhommes pouvaient, sans crainte de déroger, se livrer au commerce maritime qui, depuis le Code Michau de 1629, jouissait des mêmes avantages que l'agriculture et l'industrie du verre. En 1701, une ordonnance royale étendait ces privilèges au commerce en gros. Bien plus, au lieu d'être des causes de dérogeance, le commerce et l'industrie devenaient des titres à l'anoblissement. Turgot était d'avis que, pour faire n-aître parmi les négociants du royaume une utile émulation et leur donner un témoignage de la considération qui s'attachait à leur état, le Roi conférât la noblesse aux principaux d'entre eux. Le préambule des lettres de noblesse accordées en 1777 à M. Bécard, l'armateur malouin qui fut le correspondant du comte de Broglie, montre combien les idées de Turgot avaient été suivies par Louis XV et par son successeur :

LOUIS PAR LA GRACE DE DIEU ROY DE FRANCE ET DE NAVARRE a tous presens et a venir salut. Voulant continuer au commerce la protection dont les Rois nos prédécesseurs l'ont toujours honoré et le feu Roy notre très honoré Seigneur et Aïeul s'étant réservé par Arrêt de son Conseil du trente octobre mil sept cent soixante sept d'accorder des. lettres d'anoblissement pour récompenser ceux des Négociants qui se sont distingués par leurs talents et leurs vertus, surtout ceux qui ont confié leurs fortunes aux dangers du commerce maritime.....

C'était, d'ailleurs, une très ancienne~tradition dans la monarchie française que d'honorer le commerce et tous ceux qui travaillaient à la prospérité du pays. Déjà, au XVe siècle, Louis XI, qui avait admiré, étant dauphin, la richesse des cités flamandes, encourageait par tous les moyens les progrès du commerce dans le royaume. On lit dans le beau livre de M. Pierre Champion sur Louis XI ce passage caractéristique :

Alors (vers 1463) le roi de France fait publier qu'il anoblira tous ceux qui voudraient faire commerce en son royaume; il permet à tous les nobles l'exercice de la marchandise, sans préjudice du nom et de leur état. C'est une bonne manière, d ailleurs, de trouver de l'argent....

Au XVIIIe siècle, toutes les branches de l'industrie étaient en pleine prospérité : par exemple, la fabrication des draps occupait, vers 1756, plus de 10.000 ouvriers dans la région de Sedan, et une grande partie de la population en Bretagne, Normandie et Picardie. vivait de la fabrication des toiles. A cette époque, le travail à domicile et l'artisanat étaient très- développés dans les petites. villes et à la campagne : presque toutes les maisons possédaient un métier à tisser, et le paysan, durant l'hiver, se transformait en artisan et faisait lui-même sa toile. C'est ce qui explique pourquoi les armoires à linge de nos arrière-grand 'mères étaient si abondamment garnies. Le développement du machinisme a tué peu à peu ces petites industries privées et familiales, qu'il y aurait tant d'intérêt, du point de vue économique et social, à voir reparaître chez nous. Les ateliers de tapisseries, de dentelles, de faïences, de poteries, les raffineries de sucre, les savonneries, les tanneries, les verreries se multiplaient un peu partout. Beaucoup de ces industries avaient été créées par l'initiative de gentilshommes appartenant aux meilleures et aux plus illustres familles. Sans se trouver dans la situation précaire de M. de Chateaubriand, petit cadet d'une famille ruinée, certains d'entre eux demandaient à l'industrie et au commerce le moyen de soutenir leur rang, et de faire face aux lourdes charges qu'il leur imposait. La fortune des Broglie était récente : le mariage du second maréchal avèc l'héritière des Locquet de Grandville avait bien doré leur blason, qui n'était riche que de gloire, maïs le comte de Broglie n'était pas l'aîné et il ne voulait pas tout devoir à la dot de sa femme. Son activité aussi avait besoin d'un aliment et il ne trouva rien de mieux que de suivre l'exemple que lui donnaient tant de membres de la haute aristocratie.

L'industrie métallurgique prenait alors un essor inconnu jusque-là. Les forges, les hauts fourneaux étaient nombreux et semblaient comme sortir de terre. Tout d'abord ils ne fonctionnaient qu'au bois, et il fallait obtenir une autorisation spéciale pour créer usines et forges, parce que, dans ce temps-là, on respectait les arbres et l'on ménageait les forêts, parure de la France et régulateur des eaux. Bientôt là mise en exploitation des bassins houillers, comme celui du Gard et celui d'Anzin, allait développer davantage encore ces établissements industriels. Tout le monde s'y intéressait : le roi, les princes, les grands seigneurs et les grands bourgeois, les financiers plaçaient d'importants capitaux dans les mines, les usines et fabriques de toute sorte, mais quelques gentilshommes les exploitaient eux-mêmes, comme le comte de Broglie à Taizé-Aizie, le marquis de Montalembert à Ruelle, le comte de Buffon, le célèbre naturaliste, qui fabriquait de l'acier à Montbard. Le chevalier de Solages commençait à faire de Carmaux un centre industriel considérable et, à la veille même de la Révolution, les Wendel fondaient le Creusot tout en donnant une vigoureuse impulsion à leurs établissements de Lorraine.

Avec les industriels et les commerçants, ses émules, le comte de Broglie a donc utilement travaillé à la grandeur et à la prospérité du pays, comme il l'avait fait d'une autre manière sous les drapeaux et dans son ambassade lointaine. Un exemple tel que le sien suffirait à montrer comment les efforts réalisés au XVIIIe siècle par la noblesse française et la haute bourgeoisie ont magnifiquement préparé la voie aux siècles qui vont suivre et qui verront le développement et le triomphe de toutes les industries.

Notes :

(1) M. Chrestien et son fils étaient dans le Secret du Roi, et le comte de Broglie devait les proposer tous les deux comme secrétaires à M. de Vergennes, lorsque celui-ci fut nommé ambassadeur en Suède en 1771. Ils figuraient parmi les agents qui bénéficièrent d'une pension à la dissolution du ministère secret.

(2) Le prince Eugène-Marie de Savoie-Carignan épousa Mlle Magon de Boisgarein le 22 février 1781. Il appartenait à la branche cadette de Savoie, qui allait monter en 1831 sur le trône de Sardaigne avec Charles-Albert, puis sur le trône d'Italie avec Victor-Emmanuel II, son fils. Le prince Eugène de Savoie-Carignan avait un frère, Victor-Amédée, qui fut le grand- père de Charles-Albert, et une sœur, qui devint l'infortunée princesse de Lamballe.

(3) Les Malouins donnaient souvent à leurs navires les noms des personnages illustres et des ministres de l'époque. En 1773, M. Bécard et ses associés devaient écrire au maréchal de Broglie, qu'ils regardaient un peu comme leur compatriote, pour lui demander la permission d'appeler de son nom un de leurs navires, et le maréchal répondit par la lettre suivante écrite de sa main :

A Broglie, ce 26 juillet 1773,

J'ay reçu, Messieurs, la lettre que vous m'avés adressés le 16 de ce mois. Je suis très sensible au désir (lue vous me témoignez avoir de donner mon nom au vaisseau que vous faites bâtir à L'orient ce à quoi je consens bien volontiers; je ne suis pas moins flatté des sentimens de la Ville de St-Malo pour moy. Je crois les mériter par ma façon de penser pour elle. Je vous prie de l'assurer du plaisir que j'aurois a pouvoir luy être utile, si elle m'en fournissoit l'occasion, et croyés que je suis bien sincerement, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur.

Le Maréchal Duc DE BROGLIE.

(4) Ce n'était qu'au retour des navires que l'on remboursait l'argent investi dans les entreprises maritimes et que l'on servait les bénéfices; aussi le contrat à la grosse, le plus fréquemment en usage dans ces sortes d'opérations, prenait également le nom de prêt à retour de voyage, et l'on appelait retours les sommes qui revenaient à chaque intéressé.

Source : Un gentilhomme industriel au XVIIIe siècle, de Charles Ruellan.

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12 mai 2021

La grande peur en Dordogne

Durant mon passage à la sous-préfecture de Nontron (Dordogne), j'ai eu l'occasion de rencontrer un document qui m'a paru intéressant. Assurément, le fait qu'il rapporte est connu et, dans nos campagnes périgourdines, comme dans bien d'autres sans doute, le souvenir, ou plutôt la tradition de l'Année de la peur est restée vivante. Mais ce document, par sa précision et sa netteté, mérite peut-être d'être reproduit :

Terreur panique.

Ad perpetuam rei memoriam.

Le 29 juillet 1789, entre six et sept heures du matin, deux ou trois personnes venues de la paroisse de Maisonnais assurent, sur un simple ouï-dire, que les ennemis sont à Maisonnais, au Lindois, à Nontron, à Roussines, aux salles de Lavauguyon, à la Péruse, à Rochechouart, à Montbron, à Chabanais, etc., etc., au nombre de 2,000, de 6,000, de 14,000, de 18,000, etc., tout d'un coup de 100,000 hommes, qui mettent tout à feu et à sang.

Les uns disent que ce sont des Anglais; d'autres que ce sont des Pandours, des Maures, des échappés des galères, des voleurs, des brigands.

Cette annonce est reçue bien diversement; le plus grand nombre fut épouvanté; quelques-uns fuirent; d'autres cachèrent leur argent, leurs meubles précieux; il y en eut de malades pendant plusieurs semaines; des femmes enceintes firent de fausses couches; presque partout, on courut aux armes. Mais les gens à réflexion ont trouvé de l'impossibilité dans ces faits si menaçants et les ont pris pour une terreur panique, dénuée de fondement : quelques-uns même ont ri des précautions puériles de certains individus. On s'est armé; la précaution était prudente : on a fait sentinelle; il est avantageux en tout temps de se tenir sur ses gardes, surtout lorsqu'on est environné de voleurs formés par la fainéantise et la cherté des grains, enléchis par l'appât de l'argent.

On découvrira peut-être la vraie cause de cette terreur; mais, quoique inconnu, on doit en écrire l'événement dans les Archives, pour être transmis à la postérité.

L'année présente doit, dans les siècles à venir, porter le nom de fatale année, soit par la rigueur du froid, par la continuité des pluies, par la mortalité, soit par les débordements, par la cherté des vivres, par les meurtres, par la peur, et autres fléaux de la colère de Dieu.

Cette même année sera à jamais mémorable dans les fastes par la révolution dans le gouvernement, par la restauration de la Liberté française, par l'assemblée de la Nation désirée depuis si longtemps, par le bon ordre rétabli dans l'administration de la justice, dans les Finances, par la bonne intelligence qui va régner entre le Souverain et ses sujets, tant du Clergé que de la Noblesse et du Tiers-Etat, par les sacrifices généreusement faits par les deux premiers ordres du Royaume. On a bien attendu ! Les bons Français ont bien longtemps souhaité cette époque !

Cela a été écrit sur le registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse de Reillac, à la suite du dernier acte de 1789 et terminant, sauf verso en blanc, le registre de ladite année. L'écriture en est comme lypographiée, la même du reste que l'en-tête du registre, et différente de celle du titre des autres années, à l'exception toutefois de 1788 et 1789, l'année intermédiaire, 1790, ayant un titre imprimé. Quel a été le rédacteur de cette page, où souffle l'esprit de la Révolution, plein de foi et d'espérance en l'avenir ? Sans doute, et je peux dire certainement, le curé de la paroisse de Reillac, qui est alors L. Germain. Dans toutes les misères de cette année 1789, le prêtre catholique voit les effets de la colère de Dieu; mais son cour, comme celui du grand nombre des prêtres de nos campagnes durant la Révolution, est animé des sentiments de charité, d'égalité, de justice, et il salue, plein d'enthousiasme, l'ère nouvelle que « les bons Français ont bien longtemps souhaitée ». Si elle est fatale par certains événements où l'homme n'a point sa part, l'année 1789 sera mémorable à jamais par la Révolution qui s'est accomplie, États généraux, Serment du Jeu de Paume, 14 juillet, nuit du 4 août ! Et nous saisissons, ici, dans une petite paroisse perdue, loin des grands centres, nous saisissons sur le vif le sentiment révolutionnaire, le prêtre étant assurément l'interprète, non pas seulement de ses sentiments personnels, mais aussi de ceux des paysans de sa paroisse.

A la fin du registre de 1790, et de la même écriture que ci-dessus, je relève ces deux mentions :

Le 28 février 1790, nomination d'un maire, M. Aubin de Fornel. Le 14 juillet 1790, fédération générale de tous les citoyens français, en même temps époque célèbre de la véritable Liberté de la Nation. Les acclamations des citoyens ont rendu l'anniversaire de ce jour à jamais mémorable et digne d'être transmis aux siècles à venir.

C'est le même qui a écrit la page transcrite plus haut et qui mentionne, en 1790, l'élection du magistrat municipal et la Fédération. C'est le prêtre L. Germain, toujours fidèle à ses sentiments de la première heure. Ce n'est que plus tard, en effet, que figure, sur les registres, le nom d'un autre prêtre, lequel signe prêtre commis, puis prêtre desservant. Il serait peut-être intéressant de rechercher ce qu'était et ce que devint le curé de la paroisse Saint-Paul de Reillac.

Un mot, maintenant, pour finir, sur la paroisse de Reillac. Reillac était une toute petite paroisse, laquelle, réunie à celle de Champniers, forme aujourd'hui la commune de Champniers et Reillac, située à l'extrémité Nord de l'arrondissement de Nontron, sur les confins de la Haute-Vienne et de la Charente. C'est une commune plus limousine que périgourdine et, en effet, elle appartenait autrefois à la vicomté de Limoges. Les lieux indiqués dans le document transcrit, Maisonnais, Nontron, Rochechouart, etc., etc., appartiennent aux trois départements, Dordogne, Charente, Haute-Vienne, qui se touchent à ce point.

Source : La grande peur à Reillac (Dordogne), de Gustave Hermann.

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La Compagnie du Saint-Sacrement à Angoulême

L'étude qui va suivre a pour objet d'établir par l'histoire la fécondité de la foi eucharistique.

Tout d'abord, il faut bien se garder de confondre la Compagnie du Saint-Sacrement avec les simples « confréries », pour respectables qu'elles soient, qui portent le même nom : avec celles-ci elle n'eut de commun que la piété envers le « Saint-Sacrement de l'autel », qui en fut aussi l'âme et le principe de vie.

Mais ce ne sont pas seulement des dévots adorateurs de Dieu-Hostie, encore moins des mystiques absorbés dans la contemplation de l'au-delà, que nous allons voir à l'auvre. Ce sont des hommes profondément religieux sans doute, mais qui empruntent à l'ardeur même de leurs croyances le sentiment vivace de ce qu'on appelle aujourd'hui le devoir social. Leur piété n'est que la raison première de leur action et le point d'appui qui leur sert à soulever, dans une mesure à peine croyable, la société de leur temps. Rien ne demeure étranger à leur sollicitude ; partout on retrouve le succès de leurs efforts, soit lorsqu'ils combattent le scandale dans la rue, la débauche, le duel et le jeu ou le relàchement dans les monastères, l'inertie et la complaisance des juges ou les abus relevés dans certains chapitres ; soit enfin, et c'est là leur quvre la plus durable, lorsqu'ils viennent au secours des pauvres, dans lesquels la foi leur montre les préférés du Maître.

I. — La vie cachée de la Compagnie. — La Compagnie du Saint-Sacrement s'établit d'abord à Paris et rayonna ensuite en province. La Compagnie de Paris n'a vécu que trente-cinq ans, de 1630 à 1665, et pourtant son œuvre fut immense.

Les Compagnies des provinces eurent une durée encore bien moindre, puisqu'elles s'établirent comme des émanations de la première et qu'elles disparurent en même temps ; elles purent néanmoins faire beaucoup de bien : c'est à celle d'Angoulême, instituée seulement en 1650, que sont dues l'organisation de l'Hôtel-Dieu et la création de l'hôpital général du faubourg L'Houmeau.

Or, il y a quelques années à peine, l'histoire les ignorait, aussi bien celle de Paris que celles de province.

Ces Sociétés s'étaient tenues cachées dans le secret ; elles vivaient si modestes, si humbles, si obscures, que la trace s'en était à peu près entièrement perdue jusqu'à nos jours. Comme elles avaient pour objectif, en même temps que de créer des auvres charitables, de réformer tous les abus, tant dans l'ordre civil qu’ecclésiastique, et que leur haute devise était d'« entreprendre tout le bien possible, et d'éloigner tout le mal possible, en tous temps, eu tous lieux et à l'égard de toutes personnes », on conçoit aisément qu'elles fussent obligées de se faire toutes petites, de passer même inaperçues, pour rester debout. C'est il y a dix ans seulement que fut découvert, à la Bibliothèque nationale, un manuscrit présentant l'historique de la Compagnie du Saint-Sacrement. On ne connaissait jusque-là que les registres fragmentaires des sections de Limoges, de Grenoble et de Marseille. Lors, en effet, que, dès 1660, le gouvernement prit ombrage des Sociétés diverses non autorisées par lui, et, suivant arrêt du Parlement, en assura la dispersion, le comité central de Paris prescrivit la remise en ses mains des registres de tous les « cantons » de France, afin d'ensevelir dans le silence une vie qui était demeurée secrète. Et l'histoire aurait toujours ignoré l'importance, le vrai ròle, le caractère de cette institution si, trente ans après sa dissolution, en 1696, les survivants de la Compagnie n'avaient chargé l'un d'entre eux d'en rédiger les Annales, pour être soumises à l'archevêque de Paris, Louis-Antoine de Noailles, à l'effet d'obtenir la restauration de leur Œuvre. Cette relation est due à René Voyer d'Argenson, ancien ambassadeur à Venise, dont le nom, en même temps qu'il résonne dans l'histoire de France, se rattache à celle de notre province d'Angoumois. Les démarches auprès de l'archevêché échouérent, et le livre des Annales demeura jusqu'à nos jours dans l'obscurité d'un dépôt de manuscrits. C'est à un Bénédictin, originaire de la région du Poitou la plus voisine (Chef-Boutonne), dom Beauchet-Filleau, qu'on en doit la publication.

En tête des Annales, on lit que l'initiative de cette Œuvre est due au duc de Ventadour, lieutenant du roi en Languedoc, en l'année 1627. « Ce fut, écrit d'Argenson, par un mouvement tout pur de l'esprit de Dieu, qu’un laïque de grande qualité et de solide vertu eut la première idée de la Compagnie du Saint-Sacrement » ; « et comme, ajoute-t-il, ce duc avoit grande ouverture de cœur pour le P. Philippe d'Angoumois, capucin, ce fut à lui qu'il communiqua sa pensée dans le couvent de Saint-Honoré, à Paris, où ce religieux demeuroit. » Le P. Philippe d'Angoumois était certainement originaire de notre province, ainsi que l'indique sa dénomination, suivant l'usage adopté par les capucins de joindre à leur nom de religion celui de leur pays d'origine. Nous n'avons malheureusement que trop peu de renseignements sur ce religieux : nous savons seulement qu'il fut quelque temps confesseur de Marie de Médicis, et qu'il mourut vers 1610, après avoir composé de nombreux ouvrages ascétiques. Le séminaire d'Angoulême possède un de ses livres, La Conversion d'Hermogène, qui, malgré de trop nombreuses digressions et images empruntées à la mythologie, selon le goût du temps, contient des pages éloquentes et révèle une connaissance profonde du cœur humain.

Le P. Philippe d'Angoumois, fait curieux,conseilla, parait-il, au duc de Ventadour d'imprimer à son uvre le caractère laïque et de n'y point admettre de membres appartenant aux ordres religieux : « Il lui fit voir que les religieux, renfermés par l'obéissance dans leurs cloîtres, quelque zélés qu'ils fussent, ne pouvoient commodément servir dans le dehors à tous les ouvrages de piété ; que les personnes du monde étoient proprement appelées à ces emplois ; et que c'étoit à leur piété que le succès et la récompense de ces bonnes auvres étoient réservées. » C'est ce qui fut toujours observé. Les Compagnies du Saint-Sacrement ne comprirent jamais que des laïques ou des prêtres séculiers ; elles évitèrent même de se réunir dans les couvents, afin de conserver l'entière indépendance de leur action.

II. — Mgr François de Périgard et le lieutenant-général Hélie Houlier. — La Compagnie qui exista à Angoulème, et même à Confolens, n'a laissé dans les archives publiques ou privées aucunes traces. Nous ne la connaissons que par de courts passages empruntés aux Annales.

Voici en quels termes Voyer d'Argenson en expose la création, faite par son propre père, en 1650 :

« Ce fut pendant cette année, au commencement de mai, que la Compagnie d'Angoulême s'établit. M. d'Argenson, conseiller d'Etat, qui, par l'occasion du mariage de son fils aîné avec l'héritière de M. Houlier, lieutenant-général de cette ville, y fit un voyage, fut chargé par la Compagnie de faire cet établissement, et, de l'agrément de Ms de Péricard, évêque du lieu, cette Compagnie fut formée ; et elle a rendu de grands services à Notre-Seigneur, pour le soulagement des pauvres malades, et pour l'instruction des mendiants, par le moyen d'un hôpital général qu'elle procura par la suite. »

Il est aisé de comprendre que, sur l'initiative de Voyer d'Argenson, les deux fondateurs de la Compagnie d'Angoulême furent l'évêque François de Péricard et le lieutenant-général Hélie Houlier, prieur de La Pouyade et de Rouffiac.

C'est une grande figure, trop peu connue, que celle de Me François de Péricard, qui occupa le siège d'Angoulême de 1647 à 1689.

L'historien de l'Angoumois, Vigier de la Pile, avocat au Présidial, qui écrivait vers 1750, dit de ce prélat : « Issu d'une maison de condition de Normandie, nommée de Péricard, il était d'abord destiné pour les armes ; ayant servi quelques années, il passa dans l'état ecclésiastique, et fut pourvu de cet évêché. C'était un prélat simple, affable ; il faisait régulièrement ses visites et était exact å tenir ses synodes. » On voit que cet évêque joignait la charité à l'autorité. On ne saurait donc être surpris qu'il se soit empressé de donner son assentiment et son concours à l'initiative de la nouvelle Compagnie dont il n'avait à redouter aucune critique, sur laquelle au contraire il devait être soucieux de s'appuyer au besoin.

M. l'abbé Nanglard, dans son savant Pouillé historique du diocèse d'Angoulême, précise les traits de cette personnalité vaillante qui ne recule pas devant la lutte contre les empiètements d'où qu'ils vinssent : « Prélat pieux, charitable et de grand caractère, il réforme les abus et réduit les prétentions du Chapitre qui résiste et lui intente de nombreux et longs procés. Il est le premier qui se fasse appeler Monseigneur. Il concourt à la création d'hôpitaux à Angoulême et à La Rochefoucauld, pose les premiers fondements du séminaire... »

L'évêque ne faisait preuve que d'un juste sentiment de la dignité de sa charge, lorsqu'il revendiquait cette appellation de Monseigneur que les intendants, de création récente, n'avaient pas craint de s'attribuer. Personnellement, il apparait éloigné de toute morgue et uniquement attaché à ses devoirs. Ainsi qu'on vient de le voir, il sut mener à bien la fondation d'un séminaire, conformément à l'une des prescriptions les plus pressantes du Concile de Trente : dans sa hâte d'aboutir, et les ressources lui manquant pour bâtir un édifice, il afferma, en 1657, un immeuble dont il ne parvint å se rendre acquéreur que l'année même de sa mort, le 18 mars 1689.

Mais son zèle particulier pour l'adoration du Saint-Sacrement, nous cst attesté par son ordonnance du 28 juin 1651 « touchant la Confrérie du Saint-Sacrement établie à Saint-André », où l'on voit en même temps se révéler selon l'esprit de la « Compagnie du Saint-Sacrement », la dévotion à l’Eucharistie et l'amour des pauvres : « Souhaitant ardemment de répondre à la piété des âmes justes », l'évêque « établit, dans toutes les églises collégiales et paroissiales du diocèse, une Confrérie générale du T. S. Sacrement de l'autel » ; il veut que celle de Saint-André, « dans la capitale de la province, soit le modèle de toutes les autres » : à cet effet, il en promulgue les statuts où figure une Direction spéciale pour les Dames de la Confrérie, dont la mission essentielle sera de « visiter les pauvres honteux et les malades dont elles doivent être les tutrices spéciales pour l'amour de Jésus ».

Nous le verrons « concourir à la création des hôpitaux d'Angoulême ». de concert avec Hélie Houlier.

Le lieutenant-général d'Angoumois ne fut pas le premier de sa famille qui s'intéressa au sort des pauvres malades. Son père, Gabriel Houlier, qui fut conseiller de la Maison de ville en 1605, ensuite échevin jusqu'en 1630, était lieutenant particulier, puis lieutenant-criminel de la sénéchaussée.

Or, en 1629, il bâtissait à ses frais la première « chambre » de l'hôpital Saint-Roch, dont la chapelle subsiste encore dans le faubourg d'Angoulême qui lui doit son nom.

Hélie, le fils aîné, fut maire d'Angoulême en 1638, ensuite échevin jusqu'en 1633. Il fut d'abord pourvu de la charge de lieutenant-criminel, ensuite de celle de lieutenant-général qu'il acheta 84,000 livres. Il était, dit Vigier, « fort habile, très laborieux et fort attaché à rendre la justice, fort populaire, doux et fort accessible ».

C'est sa fille unique, Marguerite, qui épousa, en 1650, celui qui devait écrire les Annales, et dont elle eut deux fils : le premier, Marc-René, né à Venise en 1652, reçu fort jeune en survivance de la charge de lieutenant-général d'Angoumois, et qui, appelé à Paris, devint lieutenantgénéral de police et garde des sceaux ; il fut membre de l'Académie des Sciences et de l'Académie française, et mourut à Paris en 1721 ; le second, François-Hélie, l'abord prieur de Saint-Nicolas de Poitiers, élu doyen et chanoine de Saint-Germain-l'Auxerrois ; puis évêque de Dôle, archevêque d'Embrun, et enfin archevêque de Bordeaux, où il mourut, âgé de 72 ans, le 25 novembre 1728.

Ainsi, de même que la Compagnie de Paris compte dans ses rangs saint Vincent-de-Paul et le premier président Lamoignon, la Compagnie d'Angoulême s'honore d'avoir eu pour chefs l'évêque François de Péricard et le lieutenant-général Hélie Houlier. Autour d'eux, nous allons voir se grouper, « pour le soulagement des malades et l'instruction des mendiants », ceux qui composèrent avec eux la Compagnie d'Angoulême : en effet, avant toute intervention officielle soit du Corps de ville, soit du roi, on voit ce groupe d'hommes de cour, par une généreuse initiative, organiser, d'abord, pour les malaıles, l'Hôtel-Dieu, et ensuite, pour les men diants, l'hôpital général.

III. — Angoulême en 1651. — La « capitale de la province d'Angoumois » était loin d'avoir, au XVIIe siècle, la population qu'elle a acquise depuis. C'est à peine si elle comptait alors 8,000 habitants. On ne doit done pas ètre surpris de n'y pas rencontrer des établissements hospitaliers d'une importance comparable à ceux d'aujourd'hui. Néanmoins, il y avait beaucoup à faire dans l'intérêt des malheureux.

Sans doute, il existait déjà à Angoulême, dès les siècles précédents, des aumôneries et même des hôpitaux. Le docteur Gigon en a retrace l'histoire : c'étaient l'aumônerie du Chapitre Saint-Pierre ; celle dite de Saint-Gelais, due à Charles de Saint-Gelais, en 1532 ; c'était l'hôpital Saint-Michel, établi sur le rempart du Nord à l'intersection des rues des Trois-Fours et du Point-du-jour, et destiné plus spécialement aux pélerins ; c'était aussi l'hôpital dédié à Saint-Roch, établi au faubourg de L'Houmeau, prés la Fontaine-du-Lizier qu'il ne faut pas confondre avec celui que Gabriel Houlier fonda, en 1629, au faubourg de la Bussatte, sous le même vocable. Mais les aumôneries n'avaient pour objet que des distributions périodiques de secours aux indigents ; l'hôpital Saint-Michel était étroit et pauvre ; l'hôpital Saint-Roch de L'Houmeau en ruines.

C'est pourquoi, dės 1631, un homme de bien, Jean Guérin, sieur de Puy de Neuville, ancien maire d'Angoulême, de concert avec sa femme Anne Lériget, avait légué huit mille livres « pour être employés par le survivant à bâtir et édifier en cette ville une maison ou Hôtel-Dieu et hôpital qui sera nommé de Notre-Dame-des-Anges, plus deux mille livres pour meubler et garnir ledit hôpital de meubles nécessaires. » En outre, les testateurs léguaient la somme de deux cents livres annuelles à cet hôpital, dans lequel, ajoutaient-ils, « sera établi une personne qui sera élue et choisie par Monseigneur l'Evêque d'Angoulême, M. le doyen et M. le lieutenant-général, laquelle personne touchera le revenu, en fera la dépense et administration. »

Après un de ces longs procés pour lesquels l'ancienne France avait un goût singulier, après un jugement du président et un arrêt du Parlement, grâce aussi à l'intervention de Balzac, la veuve survivante acquit, en 1644, l'emplacement d'un jeu de paumes établi dans la paroisse Notre-Dame de Beaulieu. Un prêtre, Jean Thomas des Bretonnières, prit soin de la construction de l'hôpital, dont les deux pavillons subsistent encore à l'angle formé par la rue de l'Hôtel-Dieu, qu'on appelle aujourd'hui rue de l'Hôpital, et de celle à laquelle on a attribué le nom de Turgot, riservant maladroitement celui de Jean Guérin à l'ancienne rue des Bouchers. L'ouverture de l'Hôtel-Dieu fut faite le 2 août 1651, jour et fête de Notre-Dame-des-Anges.

Restait à assurer l'existence de cet hôpital, si maigrement doté de deux cents livres par an, et pour la construction duquel Jean Thomas des Bretonnières avait dû sans doute faire appel à ses ressources personnelles et à la bourse d'amis charitables, car l'emplacement seul avait coûté quatre mille huit cents livres, plus de la moitié de la somme affectée à l'édification. Ces auxiliaires charitables étaient tout désignés : c'était, d'abord, le fils de ce Gabriel Houlier, qui avait commencé l'érection de l'hôpital Saint-Roch, en 1629, et qu'Anne Lériget termina elle-même en 1637. Mais, avec Hélie Houlier, nommé dans le testament même des donateurs, nous voyons se réunir, sous l'autorité de Mer François de Péricard, une phalange d'hommes dévoués qu'il est bien permis de tenir pour membres de la Compagnie du Saint-Sacrement, laquelle venait de se fonder au mois de mai 1650.

Nous sommes au 25 août 1631. Voici ce que nous apprend le premier procès-verbal du bureau d'administration, dressé à cette date' et conservé dans les archives de l'hôpital d'Angoulême :

« Hélie Houlier, conseiller du roi, lieutenant-général d'Angoumois, nommé l'un des directeurs perpétuels de l'hôpital de Notre-Dame-des-Anges par Jean Guérin, fait l'ouverture du bureau destiné pour l'administration des biens dudit hôpital et règlement d'iceluy. »

« Assistent à la séance :

« M. Jean Thomas, prêtre, écuyer, sieur des Bretonnières, qui a eu soin de la construction dudit hôpital et qui s'est offert de servir les pauvres pendant sa vie. » Ce sera donc le premier aumônier de l'Hôtel-Dieu. Il était probablement frère de ce Paul Thomas des Maisonnettes, conseiller au présidial, qui avait fait imprimer en 1633, outre un poème épique sur le siège de La Rochelle, des poésies sacrées.

« Maître Antoine Raoul, conseiller au siège présidial d'Angoumois, prêtre, maître-école et chanoine en l'église cathédrale de cette ville d'Angoulême ». Il était fils de Charles, maire d'Angoulême en 1605, ensuite conseiller et échevin.

François Normand, écuyer, sieur de Puygrelier, nommé trésorier des pauvres pour recevoir les charités qui seront faites ». François Normand, premier du nom, avait été maire en 1644 et en 1646 ; il sera échevin en 1654. On sait qu'il est la tige des Normand de la Tranchade, dont est issu le maire d'Angoulême qui devait bâtir, en 1811, le rempart Desaix ou son nom figure gravé sur la pierre, François Normand de Puygrelier accepte la charge de trésorier de l'Hôtel-Dieu.

« Antoine Mauricet, avocat au siège présidial, aussi élu l'un des directeurs amovibles ». Mauricet ou Moricet Antoine fut conseiller de la Maison de ville en 1650 et les années suivantes. Avocat, il était père de Jean aussi avocat éloquent et homme de belles-lettres ; député d'Angoulême en cette même année 1651 par devers le roi qui était à Bourges, il fit assurer Sa Majesté de l'obéissance et de la fidélité de sa ville.

« Maitre Pierre Gentils, nommé procureur syndic dudit hôpital ». Il descendait lui aussi de conseillers et d'échevins.

Enfin, « Maitre David Gauthier, secrétaire du bureau », qui fut conseiller de la Maison de ville en 1656.

Cette liste de notabilités fait revivre, sous le jour le plus honorable, notre cité d'Angoulême, au milieu du grand siècle.

En cette même séance initiale du 25 août 1651, on procède à la nomination d'un médecin « pour visiter les malades » et d'un chirurgien « pour le secours des pauvres. »

« Sur ce, Maitre Jean Birot, docteur en médecine, a été choisi et nommé par le bureau. » Il appartenait sans doute à la même famille que ce Pierre Birot, conseiller de la Maison de ville en 1638, avocat célèbre du présidial, qui épousa une de la Charlonie, et que cet autre Pierre Birot, chanoine de Saint-Pierre, qui avait été marié et avait servi sur terre et sur mer.

En ce qui concerne le choix du chirurgien, « Didier Bouquet, maitre-chirurgien de la présente ville, a été présenté : remontré que, depuis plusieurs années, il a traité, pansé et médicamenté les pauvres qui se sont trouvés malades aux hôpitaux de la présente ville, et que despuis le deuxième (lu présent mois, il a continué ses soins aux malades qui y ont été reçus, fourni les médicaments, et offre pendant sa vie de fournir gratuitement ses peines et industrie pour le soulagement des pauvres ». On ne sera pas surpris de tant de générosité et de dévoiment aux pauvres, si l'on sait que Didier Bouquet était « fabriqueur de la paroisse Saint-Jean et encore bayle de la Confrérie du Très Saint-Sacrement établie dans cette église de Saint-Jean. » Y a-t-il témérité à voir aussi en lui un membre de la Compagnie d'Angoulême ?

Cette organisation du service de l'Hôtel-Dieu serait incomplète, s'il ne s'y ajoutait l'établissement des Sœurs hospitalières. Le Dr Gigon, qui voyait à l'ouvre les Filles de Sainte-Marthe, a retracé avec émotion l'histoire touchante de leur fondation. Rappelons seulement ici, pour l'honorer, le nom de Madame Guillebaud qui en fut la première supérieure, y apportant toutes ses ressources et tout son cœur.

Pour faire vivre l'institution nouvelle, chacun donnait de sa personne et de son bien. On avait établi des troncs pour recevoir les « charités anonymes » ; on faisait des quêtes ; des bienfaiteurs faisaient des « aumônes à l'Hôtel-Dieu », par exemple, le 3 septembre 1651, « le sieur Lambert, président en l'élection », qui donne cent cinq livres ; d'autres constituaient des renles, tel cet Antoine de Chilloux qui en fonde une de 60 livres par an, le 30 septembre 1651, suivant contrat reçu par le notaire Vachier, ajoutant qu'il donnera « un tonneau de vin de son crù après les vendanges », promesse qui fut religieusement observée. Les Sieurs des Bretonnières et de Puygrelier annoncent fréquemment, aux termes des procès-verbaux, divers dons : on n'en trouve point en leurs noms, pas plus qu'en ceux de leurs collègues, lesquels veulent évidemment garder humblement l'anonyme. On retrouve pourtant la main généreuse de la Compagnie du Saint-Sacrement, de celle de Paris. « Dés le 3 septembre 1651, le sieur des Bretonnières rapporte que Monsieur de Blampignon, prieur de Bussière, demeurant ordinairement en la ville de Paris, voulant constituer quelque chose pour subvenir aux nécessités des pauvres », fait don à l'Hôtel-Dieu d'une créance de 160 livres due par le juge sénéchal de Montbron. Or, Claude de Blampignon, docteur en théologie, fut directeur de la Compagnie de Paris en 1653 ; et le fut de nouveau en 1660, alors que l'auteur des Annales en était le Supérieur.

Ces ressources étaient encore trop modiques, et l'établissement trop précaire pour obtenir la consécration de l'autorité publique. C'est alors que la Compagnie de Paris vint en aide à sa « fille » d'Angoulême. « Sur l'avis, écrit d'Argenson, que l'on donna à la Compagnie du déplorable état où se trouvait l'Hôtel-Dieu d'Angoulême, elle fit une contribution considérable pour aider à le rétablir, et cette aumône réveilla le zèle des habitants de cette ville pour y travailler, et leurs soins et leur piété l'ont mis dans le bon état où il est présentement pour le soulagement des malades. »

Ce don est du 26 avril 1651. Inutile de dire qu'il ne figure point aux procès-verbaux sous le nom de la Compagnie. Ce que l'on constate, c'est que, dès le 25 mai suivant, le Corps-de-ville sanctionnait le règle. ment de l'Hôtel-Dieu, acceptait que le maire d'Angoulême prit rang parmi les membres perpétuels du Bureau ; et pour assurer l'avenir, procédait au remaniement de l'organisation hospitalière. A l'Hôtel Dieu étaient unis désormais les aumôneries et les hôpitaux Saint-Michel et Saint-Roch de l’Houmeau ; les ressources de ces diverses fondations étaient concentrées au profit de l'Hôtel-Dieu, les aumôneries supprimées, Saint-Roch de L'Houmeau baillé à rentes, l'hôpital Saint-Michel réservé au profit des pèlerins. Ne subsistait, à titre indépendant, que l'hôpital créé par Gabriel Houlier et Anne Lériget à Saint-Roch de la Bussatte.

Des lettres-patentes de Louis XIV, en date du mois de mars 1653, confirmérent l'établissement de notre Hôtel-Dieu.

III. — L'extinction de la mendicité et l'assistance par le travail. — On se souvient que d'Argenson résume ainsi l'œuvre de la Compagnie d'Angoulême : « Soulagement des pauvres malades, et instruction des mendiants par le moyen d'un hôpital général. »

Ce n'est pas seulement en Angoumois, mais dans toute la France, que la Compagnie du Saint-Sacrement a inauguré l'auvre qu'on devait dénommer plus tard d'un titre trop ambitieux : l'extinction de la mendicité.

Les mêmes hommes charitables qui avaient organisé l'Hôtel-Dieu d'Angoulême et qui continuaient de l'administrer, ne tardèrent pas à entreprendre la nouvelle œuvre. Nous trouvons, dans un Mémoire officiel dressé en 1750, et conservé dans les archives de l'hôpital actuel, un historique complet de cette noble entreprise, lequel débute ainsi :

« L'établissement de l'hôpital général a commencé, le vendredi 7 août 1657, par un concours mutuel des principaux habitants, tant ecclésiastiques que séculiers, qui se trouvaient en état de contribuer à la subsistance des pauvres mendiants de la ville. Si cette louable entreprise n'avait pas été fondée en la confiance unique et entière de la Providence divine, toute conforme à ce que Jésus-Christ notre Sauveur a si fort recommandé, d'aimer les pauvres et de les secourir dans tous les temps, en jugeant par des apparences purement humaines, on aurait cru que les personnes qui donnaient corps à une telle entreprise, risquaient trop, estant lors sans aucuns fonds et sans même avoir un endroit assuré pour donner retraite à ces misérables ».

L'auteur du Mémoire nous apprend que les fondateurs de l'hôpital général commencèrent par installer leur œuvre dans les bâtiments qu'avaient construits Gabriel Houlier et Anne Lériget, au faubourg de La Bussatte, « par vénération pour Saint-Roch ». Mais, ajoute-t-il, comme cet endroit était trop resserré pour loger les mendiants dont le nombre augmentait d'un jour à l'autre : que d'ailleurs cet endroit estoit campe sur un bec de rocher, avec peu de terre au dessus, il fallut chercher un espace d'une grandeur et d'une assiette convenables pour y batir l'hôpital général ». C'est par acte du 21 novembre 1661 que « l'acquisition fut faite, par le syndic lors en charge, d’une Borderie en plat pays près du faubourg L'houmeau, pour la somme de trois mille cinq cents livres », qu'on trouva le moyen de payer comptant. Et aussitôt, on érige deux bâtiments pour chacun des deux sexes, séparés par une chapelle.

Ces constructions furent édifiées sur l'emplacement aujourd'hui occupé par la gare des marchandises de la Compagnie du Chemin de fer d'Orléans.

C'est donc en 1657 que s'étaient mis à l'œuvre « les principaux habitants tant ecclésiastiques que séculiers, » visés par le Mémoire ; et c'est en 1662 seulement qu'ils bâtirent l'hôpital général.

Quels étaient ces notables généreux et zélés pour les pauvres de Jésus-Christ ? Ils n'étaient autres que ceux dont nous avons relaté l'heureuse initiative à l'hôpital de Notre-Dame dles-Anges. Effectivement, les administrateurs des deux hôpitaux furent les mêmes. C'est encore ce que nous apprend le Mémoire cité :

« Après que l'hôpital général fut établi dans un endroit fixé tel qu'on l'a marqué, il fut jugé à propos qu'il n'y eût point de différence dans l'administration et que, pour éviter la multiplicité, on n'en augmenteroit point le nombre, et que ceux qui avoient été déjà nommés pour l'Hôtel-Dieu, seroient également économes de l'hôpital général, pourvu que les revenus de l'un et de l'autre, fussent séparés sans aucune confusion. C'est ce qui a été toujours pratiqué jusqu'à présent et ce qui sans doute sera pratiqué à l'avenir par l'exemple du passé. »

On voit quelle stabilité ont gardée les cuvres fondées par la Compagnie du Saint-Sacrement.

Les « mendiants » hospitalisés, c'étaient des vieillards et des infirmes ; c'étaient aussi, d'une part, des femmes de mauvaise vie, et de l'autre, les enfants trouvés que l'Etat n’entretenait plus, à partir de l'âge de sept ans.

Pour l'« instruction » des mendiants valides, pour leur relèvement comme on dirait aujourd'hui, les fondateurs de l'hôpital général y organisèrent, dès l'origine, ce qu'on appelle de nos jours l'assistance par le travail, par l'établissement, dans son enceinte, d'une manufacture.

Dans la cour réservée au sexe masculin, on bâtit un logement pour le « Maître », un autre pour le « Gouverneur » de la manufacture, avec les ateliers nécessaires. On y fabriqua d'abord des bas, puis de la passementerie, enfin des pièces de serge de droguet. L'administration s'attachait surtout à l'instruction des « apprentis », å l'effet de mettre ses jeunes pensionnaires en état de « gagner leur vie » au dehors.

Tandis que les hommes et jeunes garçons travaillent à la manufacture, les femmes sont occupées aux soins du ménage, aux lessives, aux raccommodages. Leur place n'est point dans les ateliers. Et quand elles travaillent aussi pour la manufacture, elles filent la laine à la quenouille et au rouet.

Telle fut l'ouvre propre, suivant le témoignage précis de Voyer d'Argenson, de la Compagnie du Saint-Sacrement d'Angoulême. On voit assez qu'elle a bien mérité de son pays, et qu'elle a démontré par des actes que sa dévotion à l'Eucharistie savait, dès ce monde, porter des fruits excellents.

La Compagnie d'Angoulême a-t-elle agi dans d'autres voies, où elle n'aurait pas laissé de traces ?

D'Argenson relate, mais comme son ouvre propre dans ses rapports avec la Compagnie de Paris, l'action qu'il exerça vis-à-vis des Protestants de l'Angoumois : « Dans la séance du 3e de novembre (1661), on lut la lettre que j'écrivais d'Angoulême en ce temps-là sur le sujet des contrarentions à l’Edit de Nantes. Je passai l'hiver en Angoumois à cause ou d'une grande et longue maladie qui m'empêcha de retourner à Paris, ei qui me donna le loisir de dresser de bons mémoires pour agir contre les huguenots, sur lesquels on a depuis agi pour ce qui regardait cette province. »

En tout cas, il n'est pas douteux que les membres de la Compagnie d'Angoulême préfèrent la main à la répression de tous les désordres et au soulagement de tous les malheureux. On doit admettre qu'ils furent aux côtés de Mgr de Péricard, soit qu'il luttàt contre les abus, soit qu'il fondàt le séminaire. Nous sommes assuré que des magistrats aussi charitables qu'Hélie Houlier, fidèles à l'esprit de la Compagnie de Paris, se souvinrent que la première euvre de cette Compagnie fût d'adoucir le sort des prisonniers, œuvre durable qui a donné naissance à nos Sociétés modernes pour l'hygiène morale et physique des prisons. Si nous ne pouvons suivre, avec de plus amples détails, l'action de la Compagnie d'Angoulême, réjouissons-nous du moins, qu'il nous ait été donné de rendre hommage à la mémoire d'hommes trop peu connus dans la ville même qu'ils ont honorée, et de retracer une page glorieuse de notre chrétienne et charitable province d'Angoumois.

Source : La Compagnie du Saint-Sacrement à Angoulême (XVIIe siècle), de Daniel Touzaud.

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06 mai 2021

Voyage de Napoléon III en Charente

A Louis-Napoléon, sa fidèle Charente ! Vive Napoléon III ! Vive l'Empereur !

M. Gustave de Champagnac, sous-préfet de Barbezieux, l'un des jeunes administrateurs les plus distingués, était arrivé hier dans cette ville pour y organiser, de concert avec M. le maire, la brillante réception qui attendait S. A. I. Malgré le mauvais temps qui a duré toute la matinée, toutes les populations des cantons d'Aubeterre, Brossac et Chalais se sont rendues à la gare, bannières en tête, et elles se sont groupées sur les abords de la voie.

M. Rivière, préfet du département, est arrivé à huit heures pour recevoir le Prince; il était accompagné de M. Baroche, vice-président du conseil d'État; de MM. Ernest de Girardin, sénateur; des généraux Gélibert et Lemaire; de MM. Lemercier et André, députés, et de M. Tesnière, ancien député, à la tête du conseil général dont il est président.

S. A. I. est arrivée à une heure et demie. Le convoi s'est arrêté sous un élégant arc de tri'omphe, orné de deux aigles magnifiques. Quoique le Prince ne dût pas stationner à Chalais, les immenses acclamations de : Vive l'Empereur ! Vive Napoléon III ! qui l'ont accueilli l'ont profondément touché, et il a bien voulu donner une vingtaine de minutes à l'arrondissement de Barbezieux. Les principaux fonctionnaires ont été présentés à S. A. I. par M. le préfet, qui a pris place dans le wagon présidentiel avec M. Baroche. M. le maire de Chalais a prononcé quelques paroles, auxquelles le Prince a gracieusement répondu, et une députation de jeunes filles est venue lui offrir des fleurs. Le Prince a remis un bracelet à celle qui a prononcé le compliment, puis il a quitté Chalais au bruit des mêmes acclamations d'enthousiasme qui avaient accueilli son arrivée.

En prenant congé de S. A. I., le vice-président du conseil général de la Gironde, M. le marquis de la Grange, a témoigné au chef de l'Etat les vœux que le conseil général tout entier faisait pour la perpétuité de ses pouvoirs.

Le Prince a répondu :

« Je remercie le conseil général dela double démarche qu'il a faite en venant au-devant de moi et en m'accompagnant jusqu'aux limites du département. J'en garderai un profond souvenir. Je n'ai qu'un regret : c'est qu'il ne m'ait pas été permis d'avoir de plus fréquentes relations avec vous, messieurs, et de n'avoir pu, en conséquence, apprécier complétement chacun de vous en particulier. Mais quand la voie de fer sera terminée de Paris à Bordeaux, j'espère revenir dans votre belle cité et revoir des hommes qui ont toute mon estime et toute ma sympathie. »

De Chalais, le convoi s'est dirigé sur Montmoreau, où le Prince s'est arrêté quelques instants sous un arc de triomphe. Montmoreau a une physionomie brillante et pittoresque. De vertes prairies entourent de toutes parts une colline gracieuse sur laquelle de jolies maisons aux toits rouges semblent se grouper autour du château de M. Tesnière, auquel ses tourelles et ses vastes proportions donnent l'apparence d'une construction féodale. M. le maire a exprimé au prince les vives sympathies de son canton, et les jeunes filles sont venues offrir des fleurs. Le Prince a repondu avec cette grâce qui semble toujours nouvelle, et il est bientôt parti aux cris mille fois répétés de : Vive l'Empereur !

A quelques kilomètres de Montmoreau, le chemin s'enfonce dans le long souterrain de Livernan, qui franchit le faîte qui sépare la vallée de l'Isle de celle de la Charente, et ressort à travers d'immenses tranchées taillées à pic dans des roches calcaires, dans des plaines riantes qui s'étendent jusqu'à Angoulême.

Rien de charmant comme ces campagnes charentaises ! Leur aspect repose l'âme et les regards. On dirait les fantaisies harmonieuses d'un immense jardin anglais. Des ruisseaux dont les bords sont plantés de peupliers à l'étroit corsage dessinent, comme à plaisir, les courbes les plus capricieuses à travers des prairies dont la verdure fine et délicate ferait honte aux plus frais gazons de nos jardins. Si la nature a fait les principaux frais de cette décoration, le goût des propriétaires l'a encore embellie. Nulle part nous n'avons vu de plantations distribuées avec plus de coquetterie. On devine dans ces campagnes que si la Charente est un pays de culture, c'est aussi un pays de luxe et d'élégance qui tient toujours à faire quelque chose pour le plaisir des yeux.

Par intervalles, sur le bord de ces gracieux ruisseaux, on aperçoit d'importantes usines. La plupart sont des papeteries mécaniques que de puissantes chutes d'eau ont permis depuis longtemps d'établir. On sait que le génie de Turgot imprima une vive impulsion à cette industrie, qui est aujourd'hui la plus grande richesse de la Charente.

A Mouthiers, on passe au pied des ruines d'un vieux château, ruines austères et sombres qui contrastent avec l'aspect presque riant des ruines d'une église abbatiale qu'on aperçoit bientôt à la Couronne, avec leurs chapiteaux élégants que dévorent la ronce et le lierre, leurs rosaces à jour, encore conservées dans leur pureté primitive, et leurs faisceaux de colonnettes brisées par le sommet.

Enfin, sur une haute colline isolée, apparaît Angoulême avec ses maisons blanches et coquettes, et les hautes terrasses qui l'annoncent au loin. Mais on ne fait qu'entrevoir les édifices de la ville, et l'on se perd bientôt dans le sombre souterrain qui la traverse dans toute son étendue.

Les salves d'artillerie, qui, de la place Beaulieu, avaient annoncé l'arrivée du Prince, aussitôt que des hauteurs on avait aperçu la fumée des locomotives, résonnent sourdement sous les voûtes du tunnel qui, ainsi que le souterrain de Livernan, a été exécuté par M. l'ingénieur Saige.

Enfin le convoi s'arrête, à trois heures, dans la gare située au faubourg l'Houmeau.

Source : Voyage de sa Majesté Napoléon III Empereur des Français, de François Laurent.

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Les marchands du Périgord

Nous avons eu, dans une étude récente sur les vieilles forges du Périgord et du Limousin, publiée dans la Revue des Sociétés savantes, à nous occuper des maîtres de forges, et nous avons constaté, maintes fois, chez ces industriels, des fortunes rapides, inévitablement suivies de la noblesse et parfois de marquisats et de comtés. Nous avons remarqué aussi, et cela montre victorieusement combien l'industrie était en honneur, que des gentilshommes d'ancienne race chevaleresque, n'hésitaient pas, quand ils y trouvaient du profit, à fonder des forges sur leurs terres et à les exploiter directement.

Quels étaient les négoces qui n'enrichissaient pas à la longue ? Ne voyons-nous pas de simples marchands de petites villes ou de bourgades, acheter tout à coup des terres seigneuriales et passer dans les classes privilégiées ? Qu'on nous permette d'en citer quelques-uns, pris dans notre pays natal, qui feront voir qu'il n'était besoin ni d'héberger les rois, ni de courir les mers, pour changer tout doucement de condition. Nous ferons remarquer que, ce qui se passait en Périgord, avait lieu dans le reste de la France.

Dauphin Pastoureau, marchand à Nontron en 1494, seigneur du Breuil quatre ans après, puis de Javerlhac achète en 1500, à Alain d'Albret, comte de Périgord et vicomte de Limoges la baronnie de Nontron et une dizaine de paroisses en dépendant. Bientôt il est qualifié de noble-homme, élu à Périgueux, et demande par son testament, qui fait foi de son opulence et de sa charité, à être enterré avec les honneurs réservés aux gentilshommes. Il ne laisse que des filles, qui portent ses nombreuses terres dans différentes maisons distinguées.

Un autre marchand de Nontron (car cette petite ville, peuplée en ce temps-là d'un millier d'habitants, était décidément favorable au commerce), Jean Baillot, dit Faure, achète, en 1502, les paroisses de Lussas et de Fontroubade, en devient seigneur, comme de raison, pousse ses nombreux enfants dans les charges de la magistrature ou de finance, et, à la quatrième génération, l'un de ses descendants, maréchal de camp, gentilhomme de la chambre du roi, épousait tout naturellement une fille de l'illustre maison Des Cars. C'est à cette famille du Faure qu'est due la construction du château de Beauvais, près de Lussas, qui, avec ses deux grosses tours à machicoulis, ses hautes toitures et ses lucarnes à frontons coupés a si grand air.

Dans le même pays, une autre famille, les Pourtent, originaires du bourg de Saint-Pardoux Larivière, où le cartulaire de cette abbaye, fondée au treizième siècle par une vicomtesse de Limoges, nous les montre successivement laboureurs, puis petits marchands, n'en trouve pas moins le moyen, avec le temps il est vrai, de devenir seigneur de la paroisse de Quinsac et de Vaugoubert, d'y bâtir un château, dont-il ne reste que deux tours, et de finir honorablement, au dix-septième siècle, dans la noble maison d'Aydie de Ribérac, dont un membre rebâtit plus tard le château.

Source : Le Correspondant, de Charles Douniol.

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Eymouthiers-Ferrier à la fin du XVIIIe siècle

La paroisse d'Eymoutier-Ferrier (Eymouthiers-Ferrier) en Périgord : population 300 feus, Boyer curé, généralité de Bordeaux, élection de Périgueux.

eymoutier-ferrier illustration : extrait de la carte de Guyenne.

Les lieux représentés sur la carte de Belleyme sont dans l'ordre alphabétique : Beaulieu, Chambon, Chez-Maneau, La Trecherie, Marsac, Modeuil, Puyserveau, St-Roch, St-Romain.

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05 mai 2021

Mélanges sur Javerlhac

1e extrait

Tony, le benjamin [des garçons Mousnier-Lompré], est resté à Javerlhac où commencent ses petites classes, ayant comme compagne de jeux, Laura Dolezon, sa cousine germaine, repliée à Javerlhac. Il poursuit à Nontron puis Angoulême et passe son bac à Poitiers en juillet 1870. Débutent alors ses pré-études de médecine, sanctionnées par le baccalauréat ès-sciences, obtenu à Bordeaux en février 1871. Tony, pas plus que ses frères, n'a pris les armes en 1870, bien que les Gardes Nationaux de Javerlhac soient mobilisés et que plusieurs Bataillons de Mobiles de la Dordogne aient été levés, qui se conduisirent fort bien à la bataille de Coulmiers. Notre apprenti docteur se trouvait pendant le conflit à Bordeaux, où il voit peut-être débarquer Victor Hugo dans toute sa gloire, mais il fait aussi quelques apparitions à Javerlhac, se trouvant paraît-il à Hautefaye, avec notre laveuse Francine Manem, le jour du martyre d'Alain de Moneïs. Enfin, Tony va à Paris, plus ou moins externe à l'Hôpital de Clamart, reçu docteur en médecine en mars 1876, quarante ans après son père.

En 1859, Aubin avait pensé que son jeune frère aurait dû s'orienter vers la Médecine de Marine, ce qui, disait-il, aurait fait économiser à la famille au moins douze mille francs, en frais d'études, mais cet avis ne fut pas suivi.

Les trois fils Lompré ont connu, pendant leurs études supérieures, des budgets moult serrés et mené une existence assez pauvrette. Leurs lettres de Bordeaux, Brest, Paris sont pleines de témoignages de reconnaissance - du même style que ceux de leurs père et oncle de Touvent un petit demi-siècle auparavant - pour les modestes mais indispensables sommes envoyées par leur mère ; vingt francs pour les étrennes de Tony en 1873, lequel fond de gratitude, sachant, comme il l'écrit " que la famille n'est pas en position de faire des largesses ".

Quand le même Tony est à Bordeaux, préparant son baccalauréat ès sciences, l'affectation des trois cents francs dont il est muni à son départ de Javerlhac, donne une idée du budget d'un jeune étudiant en novembre 1870 : -  Pension : F. 60, Habits : F. 100, Chapeau : F. 18, Inscrip­tions : F. 30, Gilet laine : F. 8, Lunettes (il était myope comme Aubin, mais pas daltonien) : F. 6, Voyage de Bordeaux : F. 20, Pantoufles : F. 4, 50, Blanchissage : F. 2, Bois de chauffage : F. 4, Bougies et savon : F. 3, 10 Distractions : F. 3, 25, Tête de Mort (pour ses études, bien sûr) : F. 12.

2e extrait

En 1876, alors que le brave Général Mac Mahon préside une Répu­blique renaissante, Tony rejoint sa mère, veuve depuis près de vingt ans et vivant seule avec son frère Numa dans le château endeuillé. Dès avril il commence à récupérer la clientèle paternelle sur Sylvain Bossoutrot, officier de santé je crois, qui s'était interposé entre père et fils Lompré. Le caractère violent de Tony - et que dire de celui d'Aubin ! - étant bien connu, il n'est pas surprenant d'avoir entendu raconter que Bossoutrot, un certain jour, se dissi­mula dans un placard plutôt que d'affronter son jeune confrère au chevet d'un malade indivis.

En fait, bon début pour Tony Lompré, à en juger par ses Livres qui pour l'année 1880 répertorient 929 prestations médicales, soit 2,7 actes par jour ; excellente moyenne pour un médecin de village d'un temps où on ne se soignait guère dans les campagnes, surtout les hommes ; d'ailleurs, huit sur dix des clients de 1880-1890 sont femmes ou enfants. Les actes médicaux comprennent petites opérations, pose d'appareils, accouchements, réductions de fractures, extractions dentaires. Le prix moyen de l'acte paraissant être de 6 francs, le montant des honoraires espérés pour 1880 peut être évalué à 5.600 francs et le prix de la journée d'ouvrier d'alors étant de deux francs on en pourrait con­clure que notre médecin débutant gagnait environ dix salaires annuels d'ouvrier, en s'escrimant, il est vrai, dimanches et fêtes, de jour comme de nuit. Dès 1885, les recettes, comprenant quelques revenus agricoles annexes - tel le quartier de porc vendu 60 F. à M. le Curé de Javerlhac - dépassaient 7.000 F. et dix ans après, le répertoire-clients contient plus de 1.500 noms. Les honoraires d'accouchements varient de 30 à 100 F., suivant la difficulté ou le temps passé, le prix des consultations est fixé à 2 F. 50, les visites 3 F. au bourg et jusqu'à 10 F. pour les hameaux ou fermes éloignés et même 100 F. quand il faut aller soigner un Roffignac à Ruffec où ces derniers ont maison de ville outre leur château de Bellevine à Feuillade. Ces émoluments, suivant une tradition honorable et chrétienne, semblent modulés sur la situation de fortune des malades ; mais, mais ceux-ci se libéraient sans ponctualité aucune, d'où de nombreux impayés mais d'où, aussi, le lièvre reçu à l'occasion et, avec les commerçants égrotants des compensations, en vin, charbon ou chose semblable.

Source : Mélanges sur Javerlhac, de Tony Pelpel.

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Sceau de François de Saint-Laurent

Saint-Laurent (François de), seigneur de La Feuillade.
1567.

Ovale, 20 mm . — Quittance de cent livres, pour un mois de ses gages, donnée par François de Saint-Laurent, seigneur de La Feuillade, lieutenant de M. [de Carbonnières] de Chambéry, gouverneur de la citadelle de Lyon (12 décembre 1567).

Sans légende.

Dessin. — Un lion, sur champ fleurdelysé (d’azur, semé de fleurs de lys d’or, au lion de gueules couronné et armé du même, lampassé d’or).

(Archives nationales. Inventaire Douët d’Arcq, n° 5334).

Source : Sigillographie de l'Angoumois, de Philippe de Bosredon.

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04 mai 2021

Nontron dans l'annuaire Didot

Nontron, ville sur le Bandiat, à 4 myr. N. de Périgueux. — 3,246 hab. — Comm. de fer, de bestiaux, tanneries import. — On fait dans l'arrondiss. quantité de couteaux à manche de bois; plomb sulfuré, lamellaire ou galène, manganèse; oxide noir aux environs de Nontron.

Ordre administratif

Conseil d'arrondiss. Allafort-Duverger, maire de Varaignes. — Andraud aîné, maire de Lanouaille. — Delage, j. de paix de Champagnac-de-Belair. — Faure, not. à Thiviers. — Monfanges, médecin, maire de Nontron. — Planchas, juge de paix de St-Pardoux. — Prévot aîné, maître de forges aux Feynières. — Rastouil, propr. à Mareuil. — Ribeyrol, propr. à Nontron.

Sous-préfecture. Sous-préfet : Disaut.
Mairie. Maire : Monfanges aîné. — Adj. : Pastoureau. — Coutiran. — Grolhier. — Desbrousses.
Finances. Receveur particulier : Lafaye. — Percept. : Marcillaud-Bussac, él.
Contribut. directes. Contrôleur : Orand.
Contributions indir. Dir. : Delasgravère. — Receveur entrepos. : Desvergnes.
Poids et mesures. Vérificateur : Boyer.
Enregistr. et dom. Receveur : Vorgniaud, él. — Conserv. des hypoth. : Albanel.
Poste. Direct. : Chabaneau.
Gendarmerie. Lieut. : Gautier

Ordre judiciaire

Tribunal civil. Présid. : Pichon, él. — Juges : Montaigut (d'instr.), él. — Bourinet, él. — Suppl. : Janet-Lasfond. — Myrthil-Grolhier, él. — Dusolier.
Proc. du roi : Cavailhon. — Subst. : Verneilh (de), élig.
Greffier en chef : Fanty-Lescure.
Avocats : Delage. — Janet-Lasfond, bâtonnier, él. — Dussolier, él. — Grolhier-Desbrousses. — Bonhomme-Dupuy. — Larret-Lagrange, él. — Vieillemard.
Avoués : Janet-Lasfond aîné, él. — Gaultier aîné, él. — Neury, él. — Souquet. — Gaultier jeune. — Martin.
Huissiers : Grolhier. — Excousseau (B.). élig. — Excousseau (J.). — Doux. — Achard. — Ribeyrol-Lafon. — Fricout.
Juge de paix : Boyer.
Notaires : Danède aîné. — Lapouge. — Fonreau.

Commerce et industrie

Armuriers : Faye père. — Faye fils. — Faye-Saint-Martin.
Aubergistes : Picaud, él. — Lamalignie. — Vieillemard.
Bâtimens (entrepr.) : Massé.
Bœufs : Rudeau aîné.
Boulanger : Chabaneau, él.
Chapeliers : Boulestin. — Lafon-Pachot.
Cordier : Pardin.
Couleurs et drogues ( fabr. de) : Brou-Laveyssière. — Gianello.
Couteaux (fab.) : Bernard. — Coutisson.
Cuirs : Belleville-Cluzeau. — Gaudichaud. — Grolhier. — Lapouraille frères. — Laroussie. — Lescure fils.
Distillateurs et confiseurs : Bedout-Laborde. — Lapouvaille.
Draperie : Boyer fils, él. — Desmond et Joly. — Dufraisse (Mlle). — Dufraisse père et fils. — Jaly et Desmond. — Laponge.
Epicerie et fer : Agard — Brou-Laveyssière. — Chambarcaud. — Desport (Mme). — Laroche (Ve). — Martin aîné, él. — Puilareau, él.
Grains : Brou-Laveyssière.
Horlogers et bijoutiers : Chabanneau. — Passerieux.
Huile : Agard. — Gaudichaud. — Laboissière. — Laroussie. — Petit.
Imprimeur : Feytaux fils.
Laines : Agard (H.). — Brunot. — Jardy frères. — Rousseau dit Picarette. — Sinard.
Libr. : Aucouturier. — Feytaud fils.
Médecins : Lapeyronie, élig. — Laroche, élig. — Monfanges, él.
Papierspeints : Gianello.
Pelleterie : Jaroussie.
Pensionnat : Chevalier.
Pharmaciens : Queyrois jeune. — Roubène.
Quincaillerie et fer ouvré : Bronze-Brandi. — Chabaneau. — Laroche (Ve). — Martin et fils.
Serge et crin pour les huiles : Lescure et fils. — Pardin.
Tanneurs : Boyer-Menesplier. — Lescure jeune. — Martin. — Vallade.
Vétérinaire : Lapouge.

Propriétaires et divers

Agard, él. — Bedou-Laborde, él. — Couvrat-Desvergnes, él. — Delanoue, él. — Duroux, él. Dussolier, élig. — Feuillade-Laterrière, él. — Forien, él. - Grolhier, él. — Grolhier, élig. — Labrousse-Duboffrand, élect. — Labrousse-Duboffrand aîné, élect. — Lamy, élig. — Larret-Lamalignie, él. — Marcillaud-Goursac, él. — Mazerat, él. — Mazerat-Dazat, él. — Pastoureau, él. — Pastoureau dit Coutiran, él. — Pastoureau-Labesse, él. — Petit, él. — Piltet, élig. — Ribeyrol, élig. — Roussille-Laforêt, élig. — Valade-Lacaud, él. — Vieillemard, él.

Abjat. Notaire : Danède. — Forges : Duvoisin, élig.

Augignac. Usine à fer : Duroux. — Propriét. : Texier, élig.

Bourdeix. Maire : Valade, él. — Propr. : Latière-Lacorderie, él.

Hautefaye. Propr. : Antony dit Petit-Jean, él. — Desmiert, él.

Javerlhac. Notaire : Nadaud. — Boucher : Coussy, él. — Forges : Ribeyrol, élig. — Propr. : Bordas, él. — Desvars, él. — Duroux , él. — Jonpuy-Boulonneix, élig. — Lapeyre-Mensignac, élig. — Mousnier-Lafaurie, él. — Vallade-Lacaud, él.

Jomelière. Usine à fer : Ribeyrol.

Lussas. Maire : Grand-Duchazeau, élig. — Adj. : Donzeaud dit Mondou, él. — Prop. : Chabonneau, élig. — Desvard, él.

St-Martin-le-Pin. Maire : Pastoureau-Descazes, él. — Propr. : Laurençon, él.

Savignac. Forges : Agard-Vergnon, élig. — Agard-Brousson , élig. — Boyer-Lajunte. — Divornois (Ve). — Duvoisin, él.

Teyjat. Maire : Boissière, él. — Pabot-Duchâtelard, él. — Macary fils, élig. — Reytier-Lagrange, él.

Source: Annuaire général du commerce (1840), des frères Didot.

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