14 juillet 2016

Justice de la châtellenie de Varaignes

La juridiction de Varaignes s'étendait sur les paroisses de Varaignes, Bussière-BadiI, Busserolles, Soudat, et sur celles de Souffrignac, Eymoutier-Ferrier et les enclaves de Montbron, ces dernières détachées de la baronnie de Nontron et attribuées aujourd'hui au département de la Charente. Elle connaissait de toutes affaires, tant au criminel qu'au civil, à l'exception de la basse justice de la paroisse de Bussière, réservée au prieur, en exécution d'une transaction intervenue en 1541 entre messire Jean-Helie de Colonges, alors prieur de Bussière-Badil, Buxerii-Badili, tant pour lui que pour Martial de Colonges, co-seigneur du dit prieuré, et des Cars de Lavauguyon, seigneur de Varaignes, qui attribuait au dit prieur la basse justice et la viguerie dans le bourg, jusqu'à concurrence de soixante sols et un denier le..dit seigneur se réservant d'y tenir ses assises pour l'exercice de la haute et moyenne justice, mère, mixte et impère. Toutefois, en matière criminelle, le juge de Varaignes ne pouvait en connaître qu'avec le concours de deux assesseurs gradués.

Voici quelques noms d'officiers de justice des XVIIe et XVIIIe siècles :

1° Juges et lieutenants de juges. — 1614, Etienne de Lavaud, lieutenant; 1621, Charles Bouthinon, gradué et juge; 1635, Hélie Duport, procureur d'office; 1675, Léonard Bouthinon gradué et juge; 1677, François Eyriaud, avocat en parlement; 1680, Gautier, sieur de Chauveroche, juge, et Hélies Dayres, sieur des Rosfies, lieutenant; 1696, François de Bouthinon, sieur de Beausejour, avocat en parlement, écuyer, conseiller du roi, juge et maire perpétuel de Nontron Montazeau, lieutenant; 1705, Peyrier, juge; 1714. J. Bouthinon, avocat et juge; 1716, François Bouthiuon, sieur de Beauséjour, avocat 1761, Garay, lieutenant; 1753, Thomas Bernard, sieur de Lajarte, avocat et juge; 1763-66, Villedary, avocat en parlement et juge; Dayres, lieutenant; 1773, Joseph Bouthinon, sieur du Mas, avocat et juge; 1785, François Bouthinon, avocat et juge.

2° Procureurs d'office. — 1617, Hélies de Labrousse, 1684, Pierre Agard, notaire, substitut; 1697, Annet Peyraud; 1698, Hélies Duport; 1710, Etienne Audebert, notaire; 1768, Sicaire Eyriaud, notaire; 1777; Léonard Bernard, sieur de Lachaume, 1773; Thomas Bernard, sieur des Jartres, procureurs ordinaires, 1767; Martial Demay; Dubois.

3° Greffiers. — 1621, André Mesnard; 1655; Logier, 1680; Mondot, 1635; Dayres, 1691; Audebert, notaire, 1699; Montazeau, 1751; Depeyris; 1763; Charron.

4° Sergents. — 1599, Pichon; 1607; François Cheyrade, sergent royal.

5° Notaires. — 1597, François Coquet; Bouthinon; 1599, Morellet; 1674, Vigniaud; 1683, Mondot; 1687, Dubut; 1666, 1691, Bourinet.

Pour la juridiction du prieuré de Bussière-Badil, nous retrouvons les suivants :

1° Juges. — 1712, Jean Depeyris, sieur de la Boissière; 1753, Noël Durtelle de Saint-Sauveur; 1780, Janet-Lasfond.

2° Procureurs d'office. — 1750, Léonard Bernard; 1771, Eyriaud, notaire.

3° Greffiers. — 1569, Guillaume Durousseau; 1717, Léonard Bernard; 1723, Mondot.

4° Sergents. — 1597, Le Reclus, sergent royal; au XIXe siècle, Bouthinon, Duroulet, Lofficier.

5° Notaires. — 1530, Lajamme, notaire royal; 1607; Lajamme, id.; 1628, Peyronny; 1663-74, Agard; 1771, Eyriaud; 1780, Janet-Lasfond; au XIXe siècle, Janet-Lasfond, Champvallier, Desplaces, de Saint-Sauveur, Coussy.

La nomination des officiers de justice appartenait exclusivemènt aux seigneurs, qui avaient également le droit de nommer les notaires particuliers de la seigneurie, ayant le droit d'y exercer concurremment avec les notaires royaux, dont les offices étaient héréditaires, contrairement à ceux des premiers.

Voici donc, comme preuve partielle et provisoire, copie de deux actes anciens qui nous tombent sous la main :

Offices de justice. — « Jacques d'Estuard de Caussade, chevalier, comte de Lavauguyon, seigneur de Varaignes et de Saint-Mégrin, baron de Tonneins, Villeton, Grateloup et autres places; conseiller du roy en ses conseils d'Estat et grand séneschal de Guyenne, à tous ceux qu'il appartiendra, salut. Nous, estant à plein informé de la suffisante capacité et expérience au faict de pratique, de maistre Garrigou Gratien, notaire, et pour aultres bonnes considérations de nous mouvant, avons comme héritier, sous bénéfice d'inventaire, de dame Diane Descars, dame de Sainct-Mégrin, nostre mère, donné et octroyé, au diet Garrigou, l'estat et office de substitut de nostre procureur d'office, en nostre libre ville et comté de Lavauguyon, et d'icelluy pourvons et pourvoyons par ces présentes pour par lui, en l'abscence de nostre dict procureur et aultrement, ainsy qu'il appartiendra, jouir et exercer le dict office, pour tel temps qu'il nous plaira, aux mesmes honneurs, droits et prérogatives et préeminences dheues et accoustumées au dict office. Mandons à tous nos officiers chacun en droict soi d'admettre et installer le dict Garrigou en exercice et jouissance de la dicte charge, ayant par préalable reçu de luy le serment au cas requis, et à tous nos justiciables de ie reconnoistre, car telle est nostre intention. En foi de quoi nous avons signé ces présentes et ycelles faict contresigner, estant an bourg de Busserolles, le neufviesme du mois de janvier mil six cent trente-six. Signé : Jacques d'Estuard; par mandement de mon dict seigneur, Douhet. »

Vente d'office de notaire royal, d'après un acte reçu de Jalanihat, notaire royal à Javerlhac, le 27 mai 1725, et constatant que les héritiers Gandois vendirent et cédèrent, à perpétuité, à François Bourinet, praticien, fils de Me Pierre Bourinet, notaire :

« L'office de notaire royal de feu Me François Gandois dont il est mort nanti et en auroit esté pourveu au lieu et plasse de feu Me Jean de La Bidurie, celui-ci l'ayant acquis de la veuve et hoirs de feu Me Pierre Roussaud, par contrat du 27 octobre 1663, receu par Rougier, notaire royal. Ladite vendition a esté faite pour et moyennant le prix et somme de soixante livres et celle de cinquante sols pour les espingles, payés comptant. sur ]a remise des lettres de provision datées du onziesme novembre mil six cens vingt-quatre, signées Sallonnyou et du vingt-deuxiesme novembre mil six cens soixante-trois, signées du Chaine, juge mage Bodin, procureur du roy et, plus bas, une quittance du trésorier des revenus casuels du roy, de la somme de soixante-quinze livres, signée Dumets et dattée du vingt mars mil six cens soixante-treize, avec toustes les liasses, registres et contracts receus par le dit feu Gandois... »

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1892)

Posté par ID348347 à 10:19 - - Permalien [#]


25 mai 2016

Les dégats de l'hiver de 1709

Dans les minutes de Grolhier, notaire à Nontron, a été trouvé un procès-verbal rédigé le 21 mai 1709 à la requête des habitants, pour dresser l'état des désastres causés par le fameux hiver de 1709 et obtenir par suite un dégrèvement d'impôts.

Le notaire accompagné du juge, du procureur d'office, du syndic de la communauté et d'un certain nombre de notables, se transporte autour de Nontron et constate que les grains semés avant l'hiver ont tous péri ; que les vignes sont mortcs, sauf quelques-unes qui ont poussé par le pied et qui lne produiront aucuns fruits ; que les noyers sont tous desséchés et qu'il en est de même pour presque tous les châtaigiers, cerisiers, pommiers, poiriers et pruniers.

« En la ville de Nontron et estude du notaire royal soussigné, pardevant icelui et présens les tesmoins bas nommés, ce jourd'hui 21e du mois de may 1709, avant midy, ont esté présents en leurs personnes Mr. Me Isaac Delabrousse, sr du Boffrand, advocat en parlement et juge de la dite ville, Guilhien Chaperon, sr de la Borie, procureur d'office de la présente ville, Léonard Boyer, sr de la Borderie, lieutenant de la présente ville, Estienne Forien, sr de la Borie, advocat en la cour, Pierre Dubrois, sr des Gourdoux, Isaac Delabrousse, sr du Peyrat, advocat en la cour, Annet Dureclus, sr de Lascout, aussi advocat en la cour, Jean Lenoble, sr des Granges, scindic de la communauté, Jean Lenoble, sr des Illes, Jean Phelipt, bourgeois et marchand, François Fourien, sr des Roches, Jean Forien, sr de la Grafeuilh, me chirurgien, Mathieu Arbonneau, sr du Claud bourgeois et marchand, tous habitans de la présente ville, faisant tant pour eux que pour les autres habitans de la dite Ville et paroisse.

Lesquels nous ont dit et remonstré que le grand froid qu'il a fait la présente année a entièrement détruit tous les bléds, froment, seigle et autres bléds semés avant l'hiver, tué les arbres, noyers, châtaigniers, cerisiers, pruniers, pommiers, poiriers et autres arbres portant du fruit, dans la présente paroisse de Nontron, ce qui porte un notable préjudice dans la dite paroisse et a réduit quantité de personnes à la dernière nécessité qui périssent de faim. Et comme il est important aux d. sieurs remonstrants, tant pour eux que auxd. noms, de faire apparoir un tel dommage pour servir à telles fins que de raison, ils nous ont requis de nous transporter avec eux dans les appartenances de la dite ville et paroisse pour faire procès-verbal de l'estat dud. dommage ; ce que nous leur avons accordé.

Et en effet, tant en leur compagnie que des tesmoins bas nommés, nous estans transportés premièrement rendus dans les appartenances et dépendances de la dite ville de Nontron, nous avons remarqué les bléds, froment et fèves (sic) et autres grains semés avant l'hiver presque tous péris, et qu'il ne s'y pourra recueillir la semence ordinaire, et que les vignes sont mortes, n'ayant aucunement poussé que quelques unes qui ont poussé par le pied, sans pourtant qu'il y ait apparence qu'elles produisent aucun fruit ; les noyers estant de mesme tout désséchés, et quantité de cerisiers aussi désséchés, n'ayant aucunement poussé, et ensuite nous estant rendus accompagnés comme dessus dans les villages et lieux, appendances et dépendances, qui composent lad. paroisse, avons remarqué pareillement lesd. bléds, froment et seigle et autres semences qui se sèment avant l'hiver estre tous perdus et qu'il n'y aura pas la semence ; les noyers estre tous morts et presque tous les châtaigniers, cerisiers, pommiers, poiriers et autres arbres portant fruit, et que les vignes n'ont aucunement poussé que quelques unes au bas de la souche qui n'ont apparence pourtant de pl'oduire aucun fruit.

De quoi et du tout requérant lesd. sieurs remonstrants, nous avons fait acte et le présent procès-verbal pour leur servir à telles fins que de raison.

Fait et passé sous le scel royal en présence de Pierre Delavallade, clerc, et François Rouzaud, marchand, habitans de la dite ville, temoins qui avec lesd. sieurs remonstrants, ont signé.

Delabrousse, juge, Laborie Forien, Boyer, Chaperon, procureur d'office, Delabrousse, Dureclus, Dubroys, Les Granges Dunoble, Des İlles, Phelip, Fourien, Forien, H. Arbonneau, Delavallade, Ronzaud. »

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1916)

Posté par ID348347 à 17:19 - - Permalien [#]

23 mai 2016

Les seigneurs du Nontronnais

Par acte du 18 décembre 1751, reçu par Gervais, notaire à Paris, ratifié le 27 juin suivant, les créanciers et syndics de la dite dame Egon de Courcillon vendirent la terre et baronnie de Nontron à messire Jean-Charles de Lavie, président au Parlement de Bordeaux, pour la somme de vingt-cinq mille livres. Il ne s'agissait d'ailleurs, dans cette vente, que du chef-lieu de la baronnie et de la seule paroisse de Nontron, les trente-cinq, sur soixante-douze qui la composaient en 1553, ayant été successivement et irrévocablement aliénées du XVIIe au XVIIIe siècle. Voici à cet égard le tableau que nous avons relevé dans les Archives de la Charente, en rectifiant l'orthographe des noms : « 1° Nontron, à M. de Lavie; 2° Javerlhac, à M. Texier de Javerlhac; 3° Abjat, à M. d'Aydie; 4° Savignac, au même; 5° Saint-Martial-de-Valette, à M. Moreau de Villejalet; 6° St-Pardoux-la-Rivière; à M. d'Abzac de Villars, à Mme d'Allonis et à Mme la prieure; 7° Augignac, à M. de Pompadour, à M. du Lau d'Allemans; 8° Milhac, à M. de La Marthonie; 9° Quinsac, à M. le comte d'Aydie; 10° St-Front-de-Champniers, à M. de Labrousse de Verteillac; il y a d autres fiefs; 11° Pluviers, à M. du Lau d'Allemans à M. de La Ramière; 12° St-Martin-le-Peint, à M. de Labrousse de Verteillac; 13° Marval, à M. de Saint-Auvent, la justice: à M. de Lambertie, le fief; 14° Champagnac, à M. d'Aydie de Saint-Laurent; 15° Saint-Pancrace, à M. de La Garde de Saint-Angel; 16° l'enclave de Champeaux, à M. de Ribérac, à M. le marquis de Laxion, son beau-frère; 17° le bourg de Bussière-Badil, à M. de La Vauguyon, comme prieur de Malte; 18° Nontronneau, à M. de Labrousse de Verteillac; 19° Champniers, à M. du Lau d'Allemans, à M. de La Ramière; 20° St-Front-la-Rivière, ou La Renaudie, à la famille du Barry, à M. le comte des Cars; 21° St-Etienne-le-Droux, à M. de Pompadour, à M. de Lavie, à M. de La Ramière; 22° Villars, M. de Rastignac; 23° Varaignes, à M. Stuart de Quélen de Caussade, à M. Delay; 24° Bondazeau, à M. d'Hastelet; 25° Les Graulges, au même; 26° Saint-Saud, à M. d'Arlot de Frugie; 27° Beaussac, à plusieurs seigneurs de Bellussières, Fayard des Combes, Maillard; 28° Romain, à M. de Vigneras; M. de Roux y a un fief; 29° Saint-Martin-la-Rivière, M. Moreau de Villejalet; 30° Reilhac, M. de Roux de Reilhac; 31° Lussas, à la famille du Faure, à M. d'Aydie; 32° Champeaux, au même; 33° le bourg de Feuillade, à la famille Vigier, à M. de Javerlhac; 34° le bourg de Miallet, à divers seigneurs de Lambertie, d'Aydie, de Rastignac et Grant de Bellussière; 35° I'enclave de Bellussière et de La Beausse, dont le seigneur des Combes s'est emparé. »

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1886)

Posté par ID348347 à 16:06 - - Permalien [#]

22 mai 2016

Le conventionnel Jean Allafort et ses enfants

Le conventionnel Jean Allafort et ses enfants
Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1968

Jean Allafort, député de la Dordogne à la Convention nationale et membre du Conseil des Anciens, est né au Bourdeix, en 1740. Issu d'une ancienne et riche famille bourgeoise, qui possédait des terres dans le Nontronnais, à Bussière-Badil, Jean Allafort, revêtu du titre de licencié en droit, entre très jeune dans la magistrature. Tout d'abord, il témoigne d'une grande âpreté à défendre les justes causes et d'une même indépendance à l'égard des autorités ou de la tyrannie de l'opinion. Avocat talentueux, il sait qu'il peut se sauver par l'esprit et sauver les autres par sa présence d'esprit, mais sa « scrupuleuse conscience l'effraye sur l'étendue des devoirs imposés à la profession d'avocat et il se croit obligé de réparer à ses dépens la perte des causes qu'il ne fait pas triompher... » C'est, du moins, ce qu'affirme Frédéric Dumas-Ribadeau dans l'Eloge funèbre de son oncle Allafort, paru à Limoges, chez Chapoulaud, en 1838.

En réalité, Jean Allafort possède au plus haut point le goût de l'indépendance, l'amour de la terre et le sens des affaires. Il renonce donc à plaider, mais donne des consultations à tous les habitants du Nontronnais. Y a-t-il un compte à régler, un litige à vider, on se soumet, de part et d'autre, au jugement du légiste. Ses activités sont variées : en 1779, c'est en qualité de maître de forge qu'Allafort s'engage envers Mgr. de Sartine, ministre et secrétaire d'Etat au département de la Marine, à « surveiller les fondages qui seront exécutés à la forge de la Chapelle-Saint-Robert par le sr. de Versanne, en conséquence de son marché passé avec M. le comte de Roffignac le 12 août 1777 et de son adhésion à la cession qui a été faite de ce marché à Sa Majesté le 22 mars 1779. Dont il me sera délivré ampliation... ». Jean Allafort promet, aussi, de « présider au choix et au mélange des mines, de veiller à ce que la fabriquation soit bien faite, et à ce que les bouches à feu qui seront coulées le soient sur les proportions et d'après les plans qui lui seront fournis... ». II s'engage, enfin, à faire les avances nécessaires pour acquitter les frais de transport de toutes les pièces d'artillerie provenant des-dits fondages depuis la forge de la Chapelle jusqu'à Rochefort, ainsi que celles pour le payement du droit de la marque des fers auquel lesdites pièces seront sujettes. Moyennant quoi, il sera payé au sr. Allafort par le Trésorier général de la Marine, tant pour le remboursement de ses avances que pour ses peines et soins, la somme de quatre livres par quintal de toutes les pièces d'artillerie qui, après avoir été visitées et éprouvées, seront admises en recette par les officiers du port de Rochefort. Le sr. Allafort se soumettra, au surplus, « à la retenue de quatre deniers pour livre attribués aux Invalides de la Marine, ainsy qu'aux frais de quittance et de controlle... ». L'acte, qui porte la signature d'Allafort et celle du ministre Sartine, est daté de Chènedières, paroisse de Bussière-Badil, le 16 octobre 1779. La bonté officielle d'Allafort — encore que l'usage y soit pour beaucoup dans l'octroi de ces 4 deniers par livre — ne fait aucun tort à sa bonté domestique. C'est — en partie — pour cette raison qu'il accepte, quelques années plus tard, de représenter sa région à la Convention nationale. Il cède, alors, aux sollicitations réitérées des électeurs périgourdins, et « va défendre en face de l'Europe les droits de tout un peuple... ». Le 16 janvier 1793, Jean Allafort vote en ces termes la mort de Louis XVI : « Louis, en conscience, tu as mérité la mort. Je la prononce. » Logé à Paris, à l'hôtel de Cambrai, rue Pagevin, près de la place des Victoires, il vit au milieu des agitations avec « sa frugalité et sa simplicité de mœurs habituelles ». Sa mission civique qui, certes, n'exclut pas en lui l'amour paternel, lui a imposé un dur sacrifice : dès 1792, quand la patrie a été déclarée en danger, il a autorisé son fils, un enfant de moins de 15 ans, à s'engager : « Va, mon fils », lui a-t-il dit au milieu de ses larmes, « Va et sois digne de ta patrie et de ton père... ». Le jeune garçon, volontaire dans la 7e compagnie du 1er bataillon de la 14e demi-brigade d'infanterie légère, armée du Bas-Rhin, envoie à son père, de Belfort, le 5 novembre 1792, cette missive touchante et truffée de savoureuses fautes d'orthographe :

« Mon très cher père, je vous écris celle ci pour m'informer de l'état de votre santé et en même temps pour vous donner de mes nouvelles. Quand à moi, je me porte bien. Je vous assure que j'ai été bien maurtifié de ne pas avoir pu vous donner de mes nouvelles aussitôt que nous sommes arrivés à Belfort. Mais les occupations que nous avons tous les jours m'en on empêché. Vous devès avoir reçu une de mes lettres que je vous ai écrit de Fontainebleau. Je vous disais que nos assignats de 5 livres ne valent que trois livres et ceux de cinquante ne valent que 30 livres et pressisément je me trouve avoir acheté une montre à Fontainebleau. Comme vous savès que l'or ne valet pas plus pour nous que les assignais, j'ai mieux aimmé la payer en or parce que en la payan en or, cela fit que je la paya moins chère de 80 livres que çi je l'avè payé en assignats. Je vous prie de bien vouloir me faire passer un louis d'or, comme je n'en u pas assé pour payer ma montre, je pria Vilardou de m'en prêter un. Il u la complaisance de me le prêter, ainsi par consaiquand il faut le luy remettre. Et pour cela il faut que vous ayé la bontai de me le faire passer... Je crois fort que nous passons notre ivert à Belfort, ci non nous passerons tout de suite le Rins et nous irons dans l'armée de monsieur Laférière. Je vous prie de vouloir bien donner de mes nouvelles à ma sœur, car il ne m'est pas paussible de lui écrire : nous montons la garde le matin à 8 heures, il faut alé à l'ordre à midit, il faut aller à l'exercice jusqu'à 2 heures et le soir à quatres heures jusqu'à sis heures, ainsi vous voyé ci nous avons le tems de reste... Je finis en vous embrassant de tout cœur, votre très humble et très obéissant fils. Allafort fils. »

Jean Allafort pourvoit aux besoins de son fils, pour qui il tremble sans cesse. Le 18 thermidor an 3 (3 août 1795), il écrit au directeur de l'hôpital de Belfort : « Citoyen, permettès que je m'adresse à vous pour avoir quelques renseignemens sur la situation de mon fils... Le sergent major de sa compagnie me dit dans sa lettre du 23 Messidor que mon fils est parti pour l'hôpital le 9 pluviôse et qu'on n'a pu savoir de ses nouvelles depuis cette époque. Comme on présume que d'hôpital en hôpital, il a été transféré dans celui de Besançon, veuillez bien vérifier et me marquer s'il y est encore ou s'il en est sorti, où il a passé, enfin ce qu'il est devenu. Je vous prie, de grâce, de ne pas me refuser une prompte réponse car je suis vivement inquiet sur le sort de cet enfant. Il était dans l'usage de m'écrire tous les quinze jours et cependant je n'ai rien reçu de lui depuis la fin de nivose. Soyez sensible, bon citoyen, à ma sollicitude en me donnant le plus promptement possible les renseignements que je vous demande. Pardon de la peine que je vous donne. Rceevès d'avance toute ma reconnaissance. Salut et fraternité. Allafort. »

La réponse arrive bientôt : à la première bataille, la mort a fait tomber des mains encore sans expérience du jeune Allafort l'arme qu'elles pouvaient à peine porter. Le malheureux père en éprouve un cruel chagrin. Il ne peut trouver de réconfort que dans la correspondance qu'il échange presque quotidiennement avec sa fille Marie — gardienne de la propriété périgourdine de Bussière-Badil — sa fille qu'il chérit doublement à présent, puisqu'il n'a pas d'autre enfant et que sa femme, Marie Monsalard, n'est plus. Le 16 germinal an 2 (5 avril 1794), il lui avait écrit : « ...Chaque député à la Convention, ma chère fille, est obligé de rendre compte à la nation de la fortune qu'il possédait à l'époque de la Révolution et de celle qu'il possède actuellement affin de faire connaître ceux qui se sont enrichis aux dépens du peuple dans les places qu'ils ont occupées. Tu sais bien que je n'ai jamais été un fripon mais il faut que je le prouve. Il est donc nécessaire que tu déclares la somme que tu as entre (les) mains et ce qui t'es dû... »

Sans doute — et nous en aurons plus tard la confirmation — Jean Allafort n'est-il pas toujours aussi désintéressé qu'il le prétend. Du moins, peut-on certifier qu'à maintes reprises il ouvrit sa bourse pour arracher aux fureurs révolutionnaires la fortune ou la vie des proscrits. Il protégea efficacement un de ses « pays », François-Xavier de Lamberterie, qui, émigré à la suite d'une querelle d'amour-propre avec sa prolifique parentèle, souhaitait rentrer en France.

Les autres lettres d'Allafort à sa fille s'échelonnent du 4 brumaire an 5 (25 octobre 1796) au 24 pluviôse an 5 (9 février 1797). Elles nous apprennent que le conventionnel est un paysan qui adhère à sa terre comme un arbre, par ses racines les plus profondes. Pour lui, le paysage n'est que le « pays », et, seuls, comptent les êtres qui l'habitent.

« 4 brumaire : J'ai reçu, ma chère fille, ta lettre du 15 vendémiaire dont l'adresse est écrite par une main étrangère. Je suis étonné de ce retard et encore plus d'une écriture qui peut me faire soupçonner que la lettre a pu être décachetée. Ce n'est point la défiance dans les biens nationaux d'émigrés qui m'ont engagé à te proposer de chercher des acquéreurs pour le domaine de Lessard; mais la crainte de ne pouvoir payer la somme que je dois pour cet objet dans le temps et aux époques fixés par la loi. Et il est impossible que les biens nationaux vendus puissent éprouver la moindre atteinte contre les acquéreurs, à moins que la contre-révolution ne s'opère et que la République ne périsse, mais comme elle se soutiendra malgré les efforts et la rage des émigrés, j'espère conserver le bien de Lessard pourvu que je puisse le payer. Je ne veux pas me voir privé d'un bien aussi précieux et aussi productif... C'est sur les moyens de pouvoir payer que je t'ay fait part de ma sollicitude. Je t'ay dit ce que je puis faire de mon côté à force de privations et lu ne me dis rien des efforts que tu peux faire de ton côté. D'après ce que tu m'écris, tu es sans doute en ce moment en possession du ci-devant presbytère de Souffraignac. Je suis bien aise que cela se soit passé sans secousse. Il est vraisemblable que tu en jouiras paisiblement et que la malveillance s'appaisera peu à peu... Je n'ai point écrit au capitaine du fils des métayers de Souffraignac parce que je ne sais où le prendre. Il se peut faire qu'il soit en ce moment dans l'armée aux ordres du général Bonaparte, mais j'ignore dans quelle partie du territoire occupée par cette armée ce bataillon se trouve en ce moment. Si je puis découvrir où il est, j'écrirai au conseil d'administration pour savoir s'il existe ou non. D'ailleurs ses père et mère ne doivent point être inquiets sur ses besoins parce que nos troupes ne manquent de rien dans un païs où tout est abondant. Je t'envoie par le courrier de ce jour un paquet chargé que tu retireras au bureau de la poste de Nontron, le contrat d'acquisition du bien de Lessard avec les quittances du receveur des domaines nationaux de Périgueux. Tu produiras le tout au receveur de Nontron pour lui prouver que je persiste dans cette acquisition. Comme il pourrait se faire qu'il te demande ce qui revient à la Nation sur le prix de ton contrat de ferme depuis le jour de ce contrat jusqu'à celui de ton acquisition, tu lui observeras que tu ne dois que depuis le dit jour de ton contrat ferme jusqu'au 6 messidor, que tu as consigné le second quart et même plus, de ta soumission suivant la quittance finale du receveur de Périgueux du 19e du même mois, attendu que, suivant l'article 3 de la loi du 22 prairial additionnelle à celles du 28 ventôse et 6 floréal concernant les mandats territoriaux, tu devrais entrer en jouissance dudit domaine dès l'instant que tu as consigné le second quart et que par conséquent les revenus de ce bien nous appartenaient à commencer du dit jour six messidor. Comme il me semble que tu m'as marqué que ton contrat de ferme a été passé le 21 prairial, il s'en suit qu'à toute rigueur tu ne dois payer à la Nation que pour 12 jours, ce qui serait si modique que je ne peux croire que le receveur de Nontron exige la moindre chose... Comme tu as vraisemblablement un temps affreux pour faire tes vendanges, tu ne pourras pas faire d'aussi bon vin que tu me l'as annoncé. Tant pis, car il me faudrait du bon vin pour ma vieillesse... Adieu, ma chère fille, je t'embrasse de tout cœur... »

Pour l'ex-conventionnel, devenu membre du Conseil des Anciens, un homme de bien, c'est, avant tout, un homme qui soigne son bien ! C'est, aussi, un être capable de satisfaire à la confiance de ses compatriotes, ainsi que le prouvent ces lignes : « ...Quant au militaire dont tu me parles, ma chère fille, et qui désire obtenir un congé absolu, ne pouvant pas continuer son service à cause d'une blessure qu'il a reçue, il doit, pour parvenir à obtenir ce congé, se faire visiter par deux officiers de santé devant l'administration de son canton et devant la commission du pouvoir exécutif de ce canton. Des officiers de santé lui donneront un certificat qui constatera que sa blessure ne lui permet plus de porter les armes. Ce certificat sera visé par celle administration et par le commissaire. Il fera en conséquence une pétition au ministre de la guerre à l'effet d'obtenir ce congé. Il peut me la confier. Je l'appuieyrai de tout mon pouvoir sans cependant promettre aucun succès parce que, suivant ta lettre, il s'est retiré chez lui sans permission de son corps, et qu'il peut bien être poursuivi comme déserteur... »

Le 22 brumaire an 5 (12 novembre 1796), Jean Allafort constate, avec soulagement, que les « dangers qui semblaient menacer sa tille, à présent en possession de la maison cy-devant curiale de Souffraignac ont disparu, grâce au savoir-faire de Marie Allafort, à sa prudence, à sa douceur... Il est vraisemblable que les vignes sont si vieilles qu'elles ne peuvent plus produire. Si cela est ainsi, ne serait-il pas utile, et même nécessaire de faire faire d'autres plantations soit par les métayers soit par des vignerons ? Si les champs incultes sont proprès à la vigne, il faudrait les y employer et les préparer de bonne heure. Concertes toi pour cela avec les métayers... Adieu, le courrier va partir. Je t'embrasse de tout mon coeur. Ecris moi souvent et cherche à vendre ton vin de bonne heure pour payer, hélas, quand nous serons sortis de nos dettes... »

Il semble que, ses revenus étant devenus insuffisants, Allafort ait dû vendre une partie de ses biens. Vers 1794, on a dit qu'il « ne consentit pas à violer la loi qu'il avait votée en refusant de recevoir pour sa valeur nominale un papier-monnaie frappé d'un discrédit général... » Avec l'hiver de 1795, survient l'habituel cortège des maladies et des inquiétudes qu'elles soulèvent :

« Le citoyen Labrousse Lagrange, ma chère fille, m'a remis les six bonnets de coton dont tu m'as chargé ainsi que la lettre que tu lui as confiée. Elle est datée de la Ronchie ainsi que plusieurs autres que tu m'as écrites depuis que tu as un autre azile et que le cy-devant curé a évacué son ancien presbytère. Je puis t'assurer que je n'ai pas été sans inquiétude sur ce que tu n'habitais pas encore cette maison. J'attribuais, à la vérité, cela à des causes bien différentes de celles qui t'en ont empêchée, parce que je ne soupçonnais pas qu'après une maladie aussi longue et aussi grave à laquelle tu as échappée, j'aurais la cruelle douleur d'apprendre que tu en éprouves une autre qui est peut-être aussi dangeureuse. Ton commissionnaire en aurait gardé le secret si je n'eusse été averti par une des lettres qu'il m'a remises. Je lui ai donc fait avouer qu'il t'a vue avec une maladie telle qu'elle t'a empêchée de déménager. Grand Dieu ! Quel est mon sort ? Je suis donc condamné à te voir sans cesse dans les maux et dans les souffrances et ta vie en danger. Ecris moi promptement si tu veux que je puisse résister au chagrin qui me dévore. Je viens d'envoyer au receveur des Domaines nationaux d'Angoulême le montant de ce qui restait sur la maison cy devant curiale de Souffraignac. J'attends ma quittance finale. Ainsi je n'aurai plus à m'occuper de cet objet... Mais, je crains bien qu'en achetant la maison curiale, nous n'ayons, en même temps, acheté une pomme de discorde, à cause de la terre qui est devant la cour. Ou bien tu ne tiendras ni poules ni dindes car la volaille en sortant de la cour ne manquera pas d'aller gratter cette terre et y causer du dommage. Si elle était à vendre, et que nous puissions avoir la commodité de la payer, il serait bien essentiel d'éloigner un voisin qui peut violemment nous incommoder... Je dois encore 3 428 l. mais il me sera impossible de pouvoir faire, par mes économies, plus de 1 428, en suposant même qu'il ne m'arrive aucun accident. Aussi, il faudra trouver 2.000 dans notre médiocre revenu pour finir ce payement sans compter les impositions de cette année... J'ai cessé depuis le commencement de ce mois de l'envoyer le Rédacteur parce que depuis ce temps-là je ne le reçois plus. Il faut bien que je fasse la dépense pour un abonnement. En vérité, je ne sais à quel journal donner la préférence, tellement les journalistes sont puans d'aristocrates, désorganisateurs et dangereux... »

L'état de Marie Allafort s'aggrave en novembre 1796.

« Je viens de recevoir, ma chère fille, ta lettre du 25 Frimaire. Les détails qu'elle me donne me jettent dans la plus affreuse mélancolie. En vérité, je ne sais plus où j'en suis, car dans le moment où je crois du moins pouvoir espérer que tu le portes bien, c'est alors que tu es presque dans la tombe... » Après avoir échappé à une maladie dont le ressouvenir me fait frissonner, tu viens d'en supporter une autre non moins dangeureuse et qui rouvre la plaie que la première avait faite dans mon âme. Je vois bien que tu n'as jamais été bien rétablie de la première parce que la peine, les fatigues et les injures du temps auxquelles nos affaires sont constamment exposées étaient autant d'obstacles à une heureuse convalescence. Il te faut absolument du calme et du repos. Heureusement, le moment approche où je pourrai partager tes embarras et adoucir le poids qui t'accable si souvent... Je te charge de faire agréer toute ma reconnaissance à l'officier de santé qui t'a conservé la vie... »

Allafort parle, ensuite, de la mort du « pauvre Pierre » (son métayer de Souffrignac) :

« Il était laborieux, honnête, et il nous était si attaché. Je le regrette infiniement. Je désire que son frère ait un meilleur sort et que la Providence nous le conserve. Quant à son fils, il n'est que trop évident qu'il aurait besoin de son secours, mais il est impossible qu'il puisse l'avoir auprès de lui qu'après la paix, attendu que le Directoire n'accorde point de congé aux volontaires qui sont en présence de l'ennemi. Et, précisémment, il est dans l'armée d'Italie qui combat tous les jours les Autrichiens. Je fus hier dans les bureaux de la guerre pour tâcher d'en savoir quelques nouvelles. J'ai trouvé dans les extraits mortuaires un Jean Borderon, mort à l'hôpital de Strasbourg. Mais, il était natif de Saint-Tron, dépt de la Charente, ce ne doit pas être le fils du métayer, puisqu'il s'appelle Nicolas Borderon. Je vais écrire au conseil d'administration de son bataillon qu'on m'a dit être à Crémone en Italie, pour savoir s'il est vif ou mort. Ne parle pas de tout cela aux métayers. Dis leur simplement que je fais tous les efforts possibles, pour les tranquiliser... »

La convalescence de la jeune fille s'annonce bientôt satisfaisante :

« J'ai reçu, ma chère enfant, ta lettre du 28 Nivôse dernier. Je suis donc tranquille sur ta santé, puisque tu m'assures que tu te portes bien. Je suis content, pourvu que cela soit bien vrai. Je viens d'apprendre que tu as d'excellent vin blanc, cela par un de mes bons amis. C'est d'autant plus remarquable que les vins blancs, sont, en général très faibles. Je lui ai annoncé, il y a deux jours, que je ne manquerai pas de te donner des applaudissements de ce que tu as su l'engager à en boire. J'espère que dans trois mois et quelques jours je serai à portée de juger de la qualité de ce vin. Mais, je ne réponds pas de lui trouver quelques défauts. S'il en a je ne dissimulerai pas. S'il n'en a pas, je prépare un gros volume d'éloges pour celle qui a si bien réussi en le faisant... J'ai été chez un libraire pour acheter les deux grands- maires (sic) et les dictionnaires que tu me demandes. On n'a pas voulu me les donner à moins de 56, comme cette somme et le prix du port m'ont paru trop fort, je n'ai pas fait cette emplette. Il faut bien que je puisse accumuler avant de partir d'ici une somme de 1.800 pour payer deux dixièmes du bien de Lessart, et il faut bien que je conserve quelque argent pour payer les frais de mon voyage. Sans ces deux motifs, je n'aurais pas hésité à satisfaire sur le champ ton goût pour ces deux langues étrangères... Les métayers de Souffrignac font très bien de marier leur fille ; le nouveau venu remplacera le pauvre Pierre que je regrette. Hélas ! ma fille, si mes vœux avaient été exaucés, tu ne serais pas aujourd'hui dans le cas de plaisanter sur le mariage d'une fille qui a six ans de moins que toi... »

Cette missive est datée du 24 pluviôse an 5 (9 février 1797). Un mois plus tard, Jean Allafort, qui avait été appelé au Conseil des Anciens alors qu'il siégeait encore à la Convention, refuse de renouveler ce second et plus honorable mandat, et retourne à la vie privée. Cet exil parisien pèse trop lourd au père qui souhaite marier sa fille et à l'homme des champs qui brûle de gérer à nouveau ses propriétés. Le registre d'état-civil de Souffrignac mentionne, à la date du 20 brumaire an 6 (10 novembre 1797) qu'il y a « promesse de mariage entre Jean-Baptiste-Michel Grolhier, fils de Pierre Grolhier, ancien notaire, et de Marie Mazeau, et Marie Allafort, demeurant à Souffrignac, canton de Montbron, dépt de la Charente, fille de Jean Allafort, représentant du peuple, et de feue Marie Monsalard. »

Ce mariage comble les vœux de Jean Allafort qui reprend, aux côtés du jeune ménage, sa douce vie familiale. Il accepte, pourtant, sa nomination de commissaire du Directoire dans son département.

Tant que durent le Consulat et l'Empire, il refuse, en jacobin impénitent, toutes les charges et tous les honneurs. Frappé par la loi du 12 janvier 1816, qui exclut à perpétuité du royaume les conventionnels qui ont voté la mort de Louis XVI et leur accorde un délai d'un mois pour sortir de France, Jean Allafort trouve assez de courage pour consoler ceux qui l'entourent :

« Mes amis, dit-il, laissez-moi subir ma destinée, moi seul l'ai encourue ! Je m'en irais trop malheureux si j'emportais avec moi la pensée qu'elle pourrait rejaillir sur quelqu'un de vous... »

Pourtant, à 76 ans, abandonner sa patrie, sa famille, ses amis, ses champs, pour aller quémander une hospitalité précaire en Hongrie ou en Silésie, pour Jean Allafort, c'est pire que la mort !

Des personnes influentes s'entremettent pour obtenir la grâce du proscrit. Celui-ci obtient un certificat de prolongation : « Le Préfet de la Charente, assuré de l'état d'infirmité où se trouve le sr Allafort compris dans la loi du 12 janvier, lui accorde une prorogation jusqu'au 15 avril prochain pour se conformer aux dispositions de l'article 7 de cette loi. Fait à Angoulême, le 8 mars 1816. Signé : Creuze de Lesser. »

Le comte Decazes, ministre de la Police, qui est un ancien obligé de Jean Allafort, l'autorise à résider à Paris. Pour lui faire accepter cette faveur accordée en dehors de la loi, Marie Grolhier trompe son père et lui fait croire que le gouvernement de Louis XVIII a ordonné un sursis de départ, et qu'on ne tardera pas à rapporter la loi.

Deux ans s'écoulent dans le provisoire. L'incognito qu'il est tenu de garder et l'éloignement du sol natal altèrent gravement la santé du vieillard, qui meurt le 5 mai 1818, à 2 heures du malin, après une agonie de trois jours. Ses restes, d'abord ensevelis au cimetière du Père Lachaise, sont transférés dans un enclos de son jardin de Souffrignac, puis au cimetière de Souffrignac. On peut lire sur la tombe de Jean Allafort et sur celle de sa fille, deux inscriptions respectivement gravées sur stèle de bronze et sur marbre :

« Ici repose Jean Allafort, né au Bourdeix (Dordogne) en 1740, mort à Paris le 5 mai 1818, ancien député à la Convention nationale, membre du Conseil des Anciens. En 1838, sa fille a fait rapporter ses cendres dans cette retraite d'où il avait été arraché en 1816. Vous qui l'avez connu, redites à vos enfants ses vertus modestes, son patriotisme et son malheur. Faites que ce monument comme sa mémoire soient ici à jamais un objet de respect. Marie Allafort, veuve Grolhier, aux mânes de son malheureux et excellent père. Marie Allafort, veuve Grolhier, décédée le 22 mai 1847. »

Christian de Sèze

Posté par ID348347 à 14:13 - - Permalien [#]

26 mars 2016

Origines de la famille de Las Escuras

Maintenant et pour continuer la filiation de la famille Fourichon et la liste des possesseurs du fief de Beynac jusqu'à nos jours, nous allons donner le sommaire de quelques actes venus jusqu'à nous. Ainsi : en 1687 et le 23 janvier, devant Dubut, notaire royal, au château de La Mothe d'Agonac, maison du seigneur de Montardy, en Périgord, contrat de mariage entre demoiselle Louise de Lagut de Montardy et Pierre-François Fourichon, écuyer, sr de Losterie, des Merles, demeurant en sa maison noble de Beynac, desquels provinrent Elie et Antoinette. Le 27 septembre 1710, devant Degrandcoing, notaire royal, au lieu de Beynac, et dans la maison d'Hélie Fourichon, écuyer, sr de Beynac, mariage de ladite Antoinette avec Eymard de Lame, sr de La Flamenchie, desquels provint Léonarde. Du 30 janvier 1741, devant le même notaire, acte de mariage de cette dernière avec Pierre de Las Escuras, sr de Lestang, fils de Jean sr de Leyssard et de Michelle Château, lesquels devinrent par héritage et par acquisition d'autre Hélie Fourichon, sr de Chapelas, du 18 avril 1742, propriétaires dudit fief de Beynac, dont les enfants prirent le nom, selon l'usage d'alors. Ledit Pierre Las Escuras de Lestang était, d'ailleurs, avocat au Parlement de Bordeaux et avait été nommé conseiller du roi et son procureur au siège royal de Thiviers par brevet du 15 septembre 1730. En outre et par décret du Saint-Père le pape Clément, daté d'Avignon, le 15 juin 1749, il fut élevé à la dignité de comte palatin et de chevalier de Saint-Jean-de-Latran dans les termes suivants : Dilecto nobis in Christo Petro de Lasescuras de Laytan, equiti consilierio régis, procuratori in prepositura regia oppidi de Thiviers, Petragoricensis diocesis et domino nobilis domus de Bainac, dicti diocesis... te sacri palatii apostolici et aulse Lateranensis militem et equitem aureatum ac comitem palatinum apostolica auctoritate... facintus creamus, etc. Pierre décéda le 2 février 1755 et fut inhumé dans l'église Notre-Dame de l'abbaye de Peyrouse, ès tombeaux de la famille, laissant quatre fils dont les deux plusjeunes firent les branches de Pouzol et de Lamaque; le cadet celle de Las Escuras de Lépine résidant à Thiviers, et l'aîné, Jean-Baptiste, celle de Las Escuras de Beynac. Ce dernier se maria, suivant contrat passé au village de Larret, en la maison noble de messire Aubin Deforge, écuyer, seigneur de Nozet, devant Martin, notaire royal, le 19 juin 1770, avec demoiselle Marie-Charlotte Deforge, fille dudit Aubin et de dame Anne Fourichon. Cette dernière était fille d'Elie Fourichon, seigneur de Croze, et sœur d'Elie-Noël-Jean Fourichon, sr de La Bardonnie, gendarme de la garde du roi. De ce mariage provinrent trois fils, dont le cadet fut officier de cavalerie et le plus jeune entra dans les ordres, tandis que l'aîné, JeanBaptisle-Antoine-Aubin de Las Escuras de Beynac a continué la descendance, par son mariage du 12 mai 1862 avec demoiselle Madeleine-Isabelle Pabot du Chatelard, de laquelle il a eu un fils et une fille.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1880)

Posté par ID348347 à 11:41 - - Permalien [#]


24 février 2016

Le Cousset : un fief noble de Varaignes

Le Cousset — L'abbé Nadaud s'exprime ainsi à ce sujet :

« Couslet, ou Cousset, fief dans les paroisses de Teijat et de Varaignes, en Périgord, diocèse de Limoges, et dans celle de Bussière-Badil, même diocèse, généralité de Limoges et élection d'Angoulême. Le seigneur en porte le nom. Il a sa chapelle avec sa litre et ses tombeaux dans l'église de Bussière-Badil. »

Le fief du Cousset appartenait, à partir au moins du XVe ou XVIe siècle, à la famille de Marendat, d'après un inventaire dressé à la requête de Jacques de Marendat, seigneur du Cousset, le 15 février 1684, par Me Jalanihat, notaire à Javerihac, après le décès d'Étienne de Marendat, et dans lequel il est fait mention de la reconnaissance du repaire noble du Cousset du 6 août 1548 et d'un dénombrement de 1480. Cette reconnaissance dut être faite par le père de Martin de Marendat, avocat au Parlement de Bordeaux, d'après le même inventaire qui relate encore le contrat d'acquisition faite par feu Martin de Marendat père, des rentes directes et seigneuriales du Cousset de Diane Descars, dame comtesse de Lavauguyon et de Varaignes, du 29 décembre 1606 plus du dénombrement qui fut fait après son décès, du fief noble du Cousset à la dame de Lavauguyon et de Varaignes en 1636.

1592. — Lettres de bachelier en droit civil, données le 10 décembre de l'an 1592, par René Fabre, de l'ordre des Frères prêcheurs, régent de théologie et vice-chancelier de l'université de Bordeaux, à honorable et discret homme Me Martin de Marendat, natif du lieu de Varaignes, au diocèse du Périgord.

Ces lettres en latin, signées Faber et plus bas Bernage, bedeau de ladite université.

Du 14 mai 1650, baptême à Nontron d'Etienne de Marendat, fils de Jacques, sieur du Cousset, et.de Sibille Forien.

Reprenant l'inventaire de 1684, nous y voyons le contrat de mariage du sieur du Cousset avec Sibille Forien du 6 février 1650 devant Mazière, notaire royal à Nontron; plus : Hommage rendu par le sieur du Cousset à haut et puissant seigneur Jacques Stouard, seigneur de Varaignes plus : Contrat de mariage d'autre Etienne de Marendat, sieur de Bellevue, et damoiselle Deyriaud, du 16 novembre 1676, signé Fogères, notaire royal à Nontron; plus Hommage rendu par feu du Cousset a haut et puissant seigneur Berthoumet (Béthoulat) de Caussade comte de Lavoyon, et à Marie Stuard de Caussade, son épouse, du fief noble du Cousset, du 14 juin 1680; plus : Donation et acceptation des 13 juillet et 4 aoùt 1680 des rentes du Cousset sous l'hommage d'une paire de gants blancs, par le seigneur comte de Varaigne audit feu sieur de Bellevue; plus : Dénombrement dudit fief noble du 14 août 1480; plus enfin : Lettres données en faveur de Marenda, écuyer, seigneur de Bellevue, et à Etienne de Marendat, son fils, par Nicolas Estouard de Caussade de Quélin. prince de Carency, comte de Lavoyon et autres places, portant que ledit seigneur fait lesdits sieurs de Bellevue, capitaine et lieutenant représentant sa personne dans son château et châtellenie de Varaignes, des bois et forets d'icelles et leur aurait aussi donné les rentes étant sur la maison et village du Cousset vendues par Diane des Cars à feu Martin de Marendat et autres droits portés par lesdites lettres datées du 27 novembre 1682.

Du 8 août 1684, baptême de Jean de Marendat, fils d'Etienne et de Jeanne d'Eyriaud mariés en 1676.

Le 2 octobre 1681, par lettres datées d'Arras, Barthélemy Stuard de Caussade de Quélen, prince de Carency, seigneur de la chàtellenie de Varaignes, etc., héritier sous bénéfice d'inventaire de Barthélemy de Quélen, son père, adjudicataire, par arrêt du 6 septembre 1671 de tous les biens de Jacques Stuard du Caussade, son aïeul maternel, celui-ci héritier bénéficiaire de Diane d'Escars, sa mère, femme de Louis Stuard du Caussade, donne commission de maître des eaux et forèts de la chàtellenie de Varaignes à Etienne de Marendat, écuyer, seigneur de Bellevue.

Du 3 mai 1705, devant Jalanihat, notaire, cession par Louis de Labrousse, sieur de Vaubrunet, à Jean-Baptiste de Marendat, seigneur du Cousset, l'un des gendarmes de la garde du roi, habitant sa maison noble du Cousset, paroisse de Varaignes.

Du 26 octobre 1705, devant le même, au lieu noble du Cousset, donation par Marie Deyriaud en faveur de Jean-Baptiste Cousset de Marendat, son fils, écuyer, seigneur du Cousset, l'un des gendarmes de la garde du roi. Le 1709, mariage dudit Jean-Baptiste avec Anne de Labrousse.

Du 6 février 1710, même notaire, au repaire noble du Cousset, contrat de mariage entre François de Labrousse sieur des Granges, l'un des gendarmes de la garde du roi, et Marie de Marendat, damoiselle, veuve de Jean de Pindray, sieur de la Grange, fille d'Etienne de Marendat et de dumoiselle Marie Deyriaud.

Du 8 mai 1710, baptême de Joseph de Marendat, fils de Jean-Baptiste de Marendat, écuyer, seigneur du Cousset, l'un des gendarmes de ta garde ordinaire de Sa Majesté; et de Anne de Labrousse.

Du 30 août 1711, baptême de Jean-Joseph de Marendat, fils des mêmes.

Du 11 septembre 1741, mariage de Jean-Joseph de Marendat, écuyer, seigneur de Bellevue, fils de Jean-Baptiste de Marendat, écuyer; seigneur du Cousset, officier des gendarmes de la garde du roi, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis, et de feu Anne de Labrousse, avec Marguerite de Masfrand, fille de Jean de Masfrand, écuyer, sieur de Longchamp, et de Marguerite Pabot.

D'après Nadaud Jean-Baptiste de Marendat, écuyer, sieur du Cousset, épousa, en 1747, Marie-Marguerite-Ursule de Masvaleix fille de Jean, écuyer, sieur dudit lieu et de l'Isle, paroisse de Busserolles, et de Françoise de Meilhac. Du 30 novembre 1759, acte de décès de messire Jean-Baptiste de Marendat, écuyer; sieur du Cousset, chevalier de Saint-Louis, ancien maréchal-des-logis de la garde du roi et mestre de camp de cavalerie, âgé de 80 ans. Du 14 mars 1763, mariage de Jean-Joseph de Marendat, chevalier, seigneur du Cousset, veuf de Marguerite de Masfrand, avec Marie de Labrousse; fille de Joseph de Labrousse, seigneur de Vaubrunet, ancien officier d'infanterie. Jean-Joseph de Marendat laissa un fils, Antoine, émigré en 1793 et mort audit lieu du Cousset, en 1855. En lui s'est éteinte la branche aînée de la famille.

Nous trouvons encore dans les archives particulières des Marendat du Cousset les pièces suivantes :

1708. — Il n'y a aucun changement, Monsieur mon compagnon, aux ordres du Roy qui vous ont estés lus au licentiement au retour de la campagne dernière. La compagnie s'assemblera le 1er avril prochain; ayez à vous rendre ledit jour à l'hôtel Soubize, à dix heures du matin, à cheval, pour passer en revue. Les marques que j'ai eu de vostre zèle et de vostre exactitude au service, me donne lieu d'estre persuadé que vous prendrez des mesures justes pour vous rendre régulièrement le jour fixé en bon équipage, afin que je puisse rendre compte à Sa Majesté, le lendemain de vostre arrivée, et de l'estat de sa compagnie, et faire connoistre vostre attachement et vostre attention à luy plaire.

Je suis, Monsieur mon compagnon, parfaitement à vous.

Signé : Le P. de Rohan.

Ce 21 janvier 1708.

1714. — Nous, Hercules Mereadec, prince de Rohan et de Maubuisson, marquis d'Annonay et de Sainte-Marie-du-Mont, comte de La Voulte, Tournon, Alban et Saint-Géran, baron de Préaux, Vigny, Longuesse et autres terres, capitaine-lieutenant de la compagnie de gendarmes de la garde du Roy, lieutenant-général de ses armées, gouverneur et lieutenantgénéral pour Sa Majesté des provinces de Champagne et Brie, Certifions à tous qu'il appartiendra que le sieur du Cousset est l'un des gendarmes de ladite compagnie.

En foy de quoy, nous luy avons fait expédier le présent certificat signé de notre main, scellé du cachet de nos armes et contresigné par notre secrétaire.

Donné à Paris, le vingt septembre mil sept cent quatorze.

Hercules de Rohan.

Par Monseigneur : Jonchera.

1725. — Nous Hercutes (voir ci-dessus), certifions à tous qu'il appartiendra que le sieur du Cousset est l'un des gendarmes de ladite compagnie dès le 25 mars mil sept cent quatre y a toujours servi sans discontinuation et y sert actuellement et s'est trouvé à toutes les actions de la compagnie, et a eu part à la gloire qu'elle s'y est acquise. En foy de quoy, nous lui avons fait expédier le présent certificat signê de notre main, scetté du cachet de nos armes et contresigné par notre secrétaire.

Donné à Paris, le septième février mil sept cens vingt-cinq.

Hercules de Rohan.

Par Monseigueur : René.

1726. — Monsieur du Cousset, la satisfaction que j'ay des services que v ous avez rendus au feu Roy, mon très honoré seigneur et bisayeul de glorieuse mémoire, et ceux que vous continuez de me rendre, m'ont convié à vous associer à l'ordre militaire de Saint-Louis mais comme votre éloignement ne vous permet pas de faire le voyage qui serait nécessaire pour estre par moy reçu audit ordre, je vous écris cette lettre pour vous dire que j'ay commis le sieur de Chateaumorand, lieutenant-général en mes armées et commandeur dudit ordre, pour en mon nom vous recevoir et admettre à la dignité de chevalier de Saint-Louis, et mon intention est que vous vous adressiez à luy pour prêter en ses mains le serment que vous este tenu de faire en ladite qualité de chevalier et recevoir de luy l'accolade et la croix que vous devrez d'oresnavant porter sur l'estomac, attachée d'un petit ruban couleur de feu. Voulant qu'après cette réception faite, vous teniez rang entre les autres chevaliers dudit ordre et jouissiez des honneurs qui y sont attachés. Et la présente n'estant pour autres fins, je prie Dieu qu'il vous ayt, Monsieur du Cousset, en sa sainte garde.

Ecrit à Versailles, le vingt-deuxième décembre 1726.

Louis.

Plus bas : Le Blanc.

1736. — Provision de chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis en faveur du sieur Ducousset, l'un des porte étendards de la compagnie des deux cents hommes d'armes des ordonnances servant à la garde ordinaire de notre personne..., ayant eu pour agréable de t'admettre dans ledit ordre le vingt-huitième jour du mois de novembre de l'année mit sept cent trente-six..., etc.

Donné à Versailles, le sixième jour du mois de mars l'an de grâce mil sept cent trente-six et de notre règne le vingtième.

Louis.

Enregistré au greffe de l'ordre militaire de Saint-Louis par nous, écuyer, garde des archives dudit ordre, le 21 avril 1736.

Le Vasseur.

1742. — Aujourd'huy onzième du mois de may 1742, étant à Fontainebleau, prenant une entière confiance en la valeur, courage expérience en la guerre, vigilance et bonne conduite du sieur du Cousset brigadier en la compagnie des deux cents hommes d'armes de ses ordonnances, servant à la garde ordinaire de sa personne et en sa fidélité et affection à son service, Sa Majesté l'a retenu, ordonné et établi en la charge de maréchat-des-logis dans lad. compagnie, vacante par la retraite du sieur de Valandré, pour dorénavant en faire les fonctions et en jouir aux honneurs, autorités, prérogatives, droits, états et apointements qui y appartiennent, tels et semblables dont jouissent ceux qui sont pourvus de pareilles charges... etc.

Signé : Louis.

Plus bas : De Breteuil.

Armoiries : A un écu d'or, chargé d'une croix d'azur, et surmonté d'une couronne de comte. Supports : Deux nègres armés d'arcs.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1892)

Posté par ID348347 à 21:48 - - Permalien [#]

15 février 2016

La chapelle Notre-Dame des Clercs de Nontron

La chapelle de Notre-Dame des Clercs devint église paroissiale à partir de 1781, ainsi qu'il appert de l'acte précédent et de cette mention, transcrite sur les registres des actes de l'état civil :

« Le 27 février 1781, nous avons, conformément à l'ordonnance de Monseigneur l'illustrissime et révérendissime évêque de Limoges, en date du 20 du même mois, à cause du défaut de confection des réparations par lui ordonnées en son cours de visites du 28 août 1779, transporté dans l'église de Notre-Dame le Très-Saint Sacrement et les fonds baptismaux de l'église paroissiale, pour être la dite église prieuriale tombée, par le défaut susdit, dans l'interdiction le dit transport fait par nous soussigné, vicaire, accompagné de la justice en corps et foule de personnes. M. le curé, détenu en chambre par intirmités, et qui nous a lui-même dicté et écrit sur un registre le dit acte de translation, et l'a signé avec nous Turcat, curé de Nontron Ratineau, vicaire. »

La confrérie de Notre-Dame des Clercs fut fondée, bien qu'il y en eut déjà quatre dans la paroisse, et fut adoptée avec enthousiasme par des fidèles de toutes conditions et placée bientôt au premier rang, ainsi qu'il résulte des actes ci-dessus et des deux suivants :

« Du 21 mai 1747.... Pardevant Me Grolhier, notaire... dans la chapelle de Saint-Joseph de Notre-Dame des Clercs, ont été présents les principaux confrères de la confrérie de l'Assomption de Notre-Dame des Clercs et de celles de la ville... Lesquels ont nommé M. Me Jean Forien, sieur des Chapoulies, avocat en la cour, et Pierre Allemand, sieur de La Boneyge, procureur d'office, pour et au nom de toutes les confrairies et paroisses de la ville, transiger avec Me Jean de Labrousse, sieur Dubosfrand, juge de la dite ville, comme héritier bénéficiaire de Léonard Roy, par suite de légat réglant à quinze cents livres ce qui se!'ait dit, dont cinq cents livres seraient attribuées à la subsistance des pauvres et le surplus placé convenablement... Ont signé : Clédat de Laborie, curé; Patoureau, Forien des Chapoulies, Boyer de Laborderie, Allemand, le chevalier de Masfrand, Labrousse du Peyrat, Pastoureau du Coutirant, ParcelIier, de Mazerat, Labrousse de Lagrange, Feuilhade, Pastoureau de la Serve, Labrousse du Dosfrand, Grolhier du Reclaud, Pierre Feuilhade, Ribadeau, P. Astelet, G. Dumas, Jalanihat, Arbonneau, N. Houmeaux, C. Martin, Noël Ristineaux, F. Mercier, Pierre Delapouraille, Jean Péry, François Dudouble, P. David, F. Mazière, F. Lavaud, Grolhier, not. roy. »

Voici maintenant le dernier acte de nomination de syndics par les confrères

« Le 15 juillet 1781, pardevant Me Lapouge, notaire royal... Après midy et issue de vépres, dans la chapelle de St-Joseph, dépendant de la chapelle de Notre-Dame des Clercs... nomination de sindics en remplacement de MM. Villedary et Feuillade, en la personne de MM. François-Thibaud Fourien de Villopré, avocat, et Guy Tamagnon, procureur en la juridiction de cette ville... Ont signé : Turcat, curé; de Mazerat, avocat et juge de Nontron; Pastoureau du Coutirant, procureur d'office; de Mazerat fils, avocat; Couvrat-Desvergnes, Couvrat, Pastoureau de Labesse, Ribadeau du Mas, Mazière du Reclaud, Cholet de Labrousse, Allemand de La Boige, F. Chabaneau, meunier; F. Dudouble, sergetier; Viclor Yonet; tapissier Jean Delapouge; tailleur; Etienne Ribadeau, sieur du Maine, bourgeois; J. Deribieras, tisserant F. Bernard, coutelier; J. Lapouge, charron. »

Si, maintenant, et en dehors des membres de la confrérie, nous recherchons quels furent les bienfaiteurs de la chapelle de Nutre-Dame des Clercs, nous en trouvons de deux sortes :

1° Les familles qui tinrent à l'honneur d'y être ensevelies de 1627 à 1704, époque à laquelle la permission dut en être retirée, et parmi lesquelles on distingue celles des de Labrousse, Cholet, de Mazerat, Eyriaud, de Laubière: Pourtem, Peyrot, Forien, de Marandat, Faure, Laud, Pecon, Pastoureau, Agard, Rastineau, de Roufignac, du Reclus, de Masfrand, Basset, Favard, Texier, Feuillade, Delapousge, etc.

2° Les donations par testament, dont nous ne rappellerons que celles relatives aux réparations et constructions desdites chapelle et église, à l'ameublement et à l'ornementation :

Du 28 octobre 1663, devant Vielhemart, notaire royal, testament de Pierre Madagon, bourgeois, qui veut être enseveli dans la chapelle de Notre-Dame des Clercs, il laquelle il lègue dix livres, outre les trente léguées par Anne Laud, sa femme, pour .être employées à la réparation de ladite chapelle.

Du 8 juillet 1670, même notaire, testament par lequel Pierre Eyriaud, curé d'Hautefaye, veut qu'il soit donné à la chapelle de Notre-Dame de Nontron uu ciboire et un calice d'argent, le tout de la valeur de cinquante écus et entend que ledit calice et ciboire servent journellement dans ladite chapelle, sans qu'il soit permis à qui que ce soit de les transporter ailleurs.

Du 3 mars 1678, devant Laud, notaire royal, testament de Jeanne de La Brousse, femme de Joseph de Mazerat, laquelle lègue « à la réparation de la chapelle de Nostre-Dame des Clercs la somme de dix livres, pareille somme à l'esglize des dames religieuses de Sainte-Claire, et pareille somme aux dames de la Charité. »

Le 2-1 septembre 1693, dev ant Delapousge, notaire royal, Henry Dupeyroux, bourgeois, lègue « aux réparations de la chapelle de Nostre-Dame des Clercs la somme de dix livres. »

Du 26 rovembre 1712, devant Boyer, notaire royal, François Agard, clerc, lègue cinquante livres « à la chapelle de Nuatre-Dame des Clercs, partie pour les réparations et partie pour les messes à faire dire pour les eonfra:res.

Le 14 aoùt 1721, décès de François de Mazerat, lequel avait légué trente livres à Notre-Dame des Clercs, suivant quittance du 18 août 1726, donnée à dame Marie Eyriaud, sa veuve, par MM. de La Brousse et Forien, syndics, pour, y est-il dit : « vingt livres ait moyen des pierres que nous avons pris pour la lutissc de Nostre-Dame, et la somme de dix livres en argent. »

Le 31 septembre 1743, Bertrande Pastoureau, épouse Feuillade, lègue à la chapelle de Notre-Dame des Clercs trente livres pour la décoration du principal autel de la Sainte-Vierge.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1886)

Posté par ID348347 à 19:20 - - Permalien [#]

18 janvier 2016

Vente de la châtellenie de Varaignes

Des 26 avril et 16 mai 1720, devant Me Le Maignen l'aîné et son confrère, notaires au Chàtelet de Paris, et sur les poursuites des créanciers de la maison de Lavauguyon, vente, à messire Vincent Le Blanc, écuyer, conseiller du roi en ses Conseils, grand audiencier de France, pour la somme de onze cent vingt-cinq mille livres, des terres et seigneuries de La Vauguyon et de Varaignes.

Du 1er octobre 1723, pardevant les mêmes notaires, vente par ledit Vincent Le Blanc, à messire Pierre-Jacques de Laye, conseiller du roi en ses Conseils, président en sa Cour des comptes, aides et finances de Normandie, secrétaire du roi, maison et couronne de France et de ses finances, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, etc., c'est, à savoir :

« Les terres et seigneuries de La Vauguyon size en Poitou, ressort de Montmorillon, et de Varaignes, size en Périgord, Angoumois et en Limouzin, avec toutes les appartenances et dépendances des dites terres et seigneuries, tant en fief que roture, consistantes entre autres choses, savoir : Celle de La Vauguyon, en un château audit lieu, composé de quatre corps de logis flanquez de quatre grosses tours par le dehors et trois petites par le dedans, d'un donjon, galleries basses et hautes, cour au milieu, le tout entouré de fossez à fond de cuve; avant-cour, où sont les écuries, greniers au-dessus et autres édifices et bâtiments; chapelle dans ledit château, jardin et préclôtures, bois taillis et de futaye, métayries, prez, moulins, étangs, droits de péage, dixmes inféodées, cens, rentes et redevances; justice haute, moyenne et basse, mère, mixte et impaire, dans l'étendue de ladite terre et paroisse d'icelle et de celle de Rousliers (Roussines) et de St-Mathieu; vassaux, droits de ban, corvées, guet et garde, et autres droits seigneuriaux et féodaux. Et la dite terre de Varaignes consistant, entre autres choses, en un château et maison noble, situé en ladite paroisse de Varaignes, composé de deux corps d'hôtel, une grosse tour, un pavillon et une gallerie, granges, greniers, écuries, jardins, parc et préclôtures, terres labourables et non labourables, prez, bois taillis, moulins, dixmes inféodées, droits de guet et corvées, foires et marchez, banvin, péage, vignes et autres domaines, droits de justice haute moyenne et basse, dans l'étendue de ladite terre et seigneurie, et dans les paroisses de Buxière-Badil, Buxerolles, Le Moustier, Soudat et Roussine. Desquelles dites terres et seigneuries les directeurs des créanciers étaient saisis et avoient droit de disposer, au moyen de l'abandonnement et délaissement qui leur en a été fait, par dame Marie Stuard de Cossade, comtesse de La Vauguyon, lors épouse de messire André de Béthoulat, chevalier des ordres du Roy, conseiller d'Etat ordinaire, et, auparavant, veuve de messire Barthélémy de Quélin, comte de Broutay, par contrat passé devant ledit notaire, le 23 avril 1689, homologué par arrêt de la Cour du 28 juin audit an... Les dites terres et seigneuries mouvantes et relevantes en plein fief, foy et hommage de Sa Majesté, savoir : celle de La Vauguyon, à cause de son comté de Poitou, et celle de Varaignes, à cause de son comté de Périgord, ou autrement, et des autres seigneurs et dames dont elles peuvent mouvoir et relever et chargées envers eux de tels droits et devoirs seigneuriaux et féodaux qui peuvent être dus et accoutumez, franches et quittes de ce qui peut en être dû du passé jusqu'à ce jour. Et encore les dittes terres et seigneuries tenues et chargées des rentes et redevances foncières et anciennes dont elles peuvent être tenues et chargées, et notamment de la rente et redevance foncière de quarante septiers de bled froment, mesure de Buxière-Badil, douze livres tournois en argent et douze gelines par chacun an à prendre sur la terre de la Maisonnaye, comprise en la présente vente, suivant le testament de Jean-Hélie de Coulonge, du 14 septembre mil cinq cent trente, pour la fondation de quatre chapelles ou chapellenies eu l'église dudit Buxière, suivant les arrêts et transactions des iil mars mil six cent soixante-six et 20 décembre mil six cent soixante-neuf, pour raison de quoy il y a eu un abonnement verbalement fait entre lesdits sieurs directeurs et créanciers et le chapelain des dittes chapellenies, de la somme de deux cent-cinquante livres en deniers comptant, pour chacun an. Plus, de trois sepliers de bled froment et trois septiers de seigle de rente foncière ou de telle autre nature qu'elle se trovera due, à prendre sur le moulin du Trieu dit des Planches, dépendant de ladite terre de La Vauguyon, suivant le contrat du 2 septembre mil cinq cent-onze, et neuf sepliers de seigle, mesure de Saint-Sault, pour chacun an, assignez à perpétuité, sans fondalité, pour le château de Varaignes, au profit de l'abbaye de La Pérouse.... Toute ladite vente est faite moyennant le prix et somme de quatre cent mille livres, en déduction de laquelle ledit sieur Le Blanc reconnaît avoir présentement reçu dudit sieur de Laye..., celle de deux cent mille livres... Et, quant aux deux cent mille livres de surplus, ledit sieur Délaye promet et s'oblige les bailler et payer..., savoir : cent mille livres dans un an et les autres cent mille livres un an après... »

Six ans après ladite vente, et le 13 octobre 1729, à défaut, de paiement de la susdite somme de deux cent mille livres et à la requête de Me Philippe Pigné, écuyer, conseiller, secrétaire du roi, maison et couronne de France et de ses finances, contrôleur de bons d'Etat du Conseil, poursuivant la discussion des biens dudit feu Vincent Le Blanc, il fut procédé, au préjudice dudit Délaye et par le ministère de Jean-Louis Duflôt, huissier audiencier de la connétablie et maréchaussée de France, table de marbre du Palais, à Paris, y demeurant, à la saisie réelle à fin de décret et à la mise sous la main du roi des biens et seigneurie nobles de Varaignes, c'est-à-dire, d'après ce procès-verbal :

« Le fond, tréfond, superficie du château noble et principal manoir, seigneurie et chàtellenie de Varaignes, consistant dans ledit château, avec un jardin, grange, écurie et grenier audessus, fourg banal, le tout dans ledit bourg de Varaignes; plus, un grand pré et une grande pièce de terre, joignant ensemble, d'environ vingt journaux de vignes, situés sur la rivière de Fonteunon audessous dudit bourg de Varaignes appelé le Parc. Plus, cinq journaux, appelés Les Loubres, situés dans lad. paroisse de Varaignes; plus, un autre grand, appelé le Pré grand, susdite paroisse, sur la rivière de la Boudra (Bandiat), de vingt journaux ou environ; plus, trois autres prés, dans la paroisse de Busserolles, le premier, appelé de La Grange, à cause d'une grange qui est au milieu et une petite maison joignante; le deuxième pré, de Provignac, et le troisième appelé pré de La Borne; plus trois moulins banneaux, leurs écluses et leurs dépendances, deux desquels sont situés dans la paroisse de Varaignes, l'un appelé le moulin du Crochet, l'autre appelé de Papau, situé sur la rivière de Bandiac, et le troisième, appelé le moulin de Lamy, sur la rivière de Tardoire, dans la paroisse de Montbron, enclave de Varaignes. Plus, deux autres moulins particuliers, paroisse de Buxière, l'un appelé le moulin des Planches ou de Trieux, sur la rivière du Trieux; l'autre, le moulin de Buxière. Plus, cinq étangs et une serve, situés dans la paroisse de Busserolles, le premier, appelé l'étang Groullier; le deuxième, le Cancerreau; le troisième, Chevadeau; le quatrième, de Buisson; le cinquième, du Mesnaud, et la serve, de Las Bensaras. Plus deux méleries situées, l'une, près le bourg de Varaignes, appelée des Loges, et l'autre, dans la paroisse de Montbron, appelée de Chez-Clergeau. Plus, le péage ou passage du grand chemin de la Tricherie, et le péage ou passage du grand chemin, dans les bourgs de Varaignes, Buxières et Buxerolles, les jours de foires et de marchés. Plus, les droits honorifiques dans les églises et paroisses de Varaignes, de Meulières (Eymoutiers-Ferrier), de Soudac, de Buxières et Buxerolles; ensemble les autres cens seigneurialles, redevances directes, féodalles, foncières, dépendantes de la dite terre et châtellenie de Varaignes, de Mautrois (Eymoutiers), de Soudac, de Buxerolles, de Bussières, dans l'enclos de Saint-Maurice de Montbron, en Périgoid, et dans parlic des paroisses de Faussignac (Souffrégniac), Pluviers, Acoussières (La Coussière-Saint-Saud), de La Chapelle-Saint-Robert, et..., tenue du prix dans les paroisses de Javerliac. Plus, la justice haute, moyenne et basse dans l'étendue des susdites terres et paroisses, à l'exception du bourg et paroisse de Buxières, à l'égard de la justice moyenne et basse, ne sont point dépendantes de la châtellenie de Varaignes, mais seulement la haute justice; comme aussy les hommages dépendant de lad. châtellenie, scavoir : des fiefs et terre de La Chapelle-Saint-Robert, des fief, terres de Clousière (La Coussière), de ceux d'Ecuras, Aousside (Rouzèdes), de Langlardy, La Barrière, Rocheplatte, Lascau-Bauthison, Le Cousset; du Poullot, possédé par le sieur de Larivière; du Chambon, de Brie, de La Vacherie, du fief de Maulhison et du fief de Billac. Plus, les bois appelés La Bosche, de Varaignes, et la garenne dépendante de la dite terre et châtellenie de Varaignes et généralement tout ce qui en dépend; trois cents journaux ou environ de vignes, qui sont en roture, confrontant au grand chemin de Montbron. Et générallement toutes les circonstances et dépendances de ladite seigneurie de Varaignes et es environ dudit bourg de Varaignes. Lesdits château, terre et seigneurie confrontant du côté de l'occident, à la lerre et seigneurie de Lafeuillage (Feuillade) et Soussignac (Souffreignac); du côté du septentrion, à la terre et seigneurie de Montbron; du côté du nord, à la terre et seigneurie de La Chapelle-Saint-Robert, et du côté du midi, à la terre et seigneurie de Minsac... »

Telle était la situation, au XVIIIe siècle, de la châtellenie de Varaignes successivement démembrée, une première fois, en 1628, par donation à l'une des filles du seigneur, à l'occasion de son mariage, d'après divers mémoires conservés aux Archives de la Charente à l'appui des prétentions de Mgr l'évêque d'AngouIême revendiquant l'hommage de celte seigneurie, bien que cet hommage eût été déjà rendu au roi de France par M. de Lavauguyon et, ensuite, par M. Le Blanc.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Perigord, 1892)

Posté par ID348347 à 11:24 - - Permalien [#]

13 janvier 2016

Le château féodal de Nontron

Si la vue de Neuvic est faite pour tenter la curiosité des antiquaires et leur inspirer, suivant notre conseil, le désir de s'y arrêter quelques heures, elle ne leur ménage pas du moins de désenchantement; car ils trouveront le château, à bien peu de chose près, tel que nous le dessinames jadis. Nous ne saurions, pour Nontron, leur promettre même fortune. Depuis 1822, date de la lithographie de M. Delanoue, que nous avons reproduite en tâchant de l'améliorer, il s'est produit sur le plateau où se dressait la forteresse des vicorntes de Limoges de tels changements, des démolitions et reconstructions si radicales, qu'on y chercherait en vain les ruines qui lui donnaient une si belle tournure féodale. S'il faut l'avouer, c'est précisément parce qu'il ne reste pour ainsi dire rien de ce que représente le dessin, qu'il nous a paru utile de le publier, comme un précieux document rétrospectif.

En 1866, m'adressant à une réunion de la Société d'agriculture de la Dordogne qui, en dehors de ses travaux habituels, tenait une séance littéraire et scientifique à Nontron, je m'exprimais en ces tel'mes, que je demande la permission de reproduire : «... Le château occupait le plateau triangulaire qui domine et commande le cours du Bandiat, fort resserré en cet endroit. Défendu de presque tous les côtés par des pentes abruptes et par une double enceinte de remparts et de tours carrées à contreforts plats, du XIIe siècle, il était protégé sur le seul point accessible par uno profonde coupure aeusée dans le roc, sur laquelle s'abattait le pont-levis et s'ouvrait la porte principale flanquée de tours rondes. Un peu en arrière de cette entrée, se dressait un énorme donjon cylindrique; et, sur l'esplanade du château, une église romane assez vaste, dédiée à saint Etienne, terminée au levant par un pignon à contreforts de peu de saillie, et au couchant par un clocher octogonal, servait de chapelle à la garnison et de paroisse à la partie de la ville qu'on désigne encore sous le nom de fort. Placé en avant du promontoire occupé par la forteresse, entouré comme elle d'escarpements naturels et de robustes murailles, séparé de la grand'rue par un fossé, ce fort ajoutait ses défenses à celles du château proprement dit, dont il était toutefois indépendant. C'est dans cette partie de la ville, dans cette annexe du château, que se trouvaient les logis des chevaliers préposés, en quelque sorte héréditairement, à sa défense, ainsi que cela se pratiquait dans la plupart des grandes terres féodales, et dont M. de Laugardière a retrouvé et fait connaître les noms. Le plus important de ces logis, celui dit des Poitevins ou Peytavis, reconstruit au XVIIIe siècle, dans de vastes proportions, par M. de Lavie, président au parlement de Bordeaux, achevé et embelli par la famille de Mazerat, est devenu le château actuel. »

De tout cet ensemble de fortifications, il reste, hélas peu de chose. On peut cependant juger, par les soubassements, des énormes dimensions du donjon, et apprécier son appareil en moëllons de granit, interrompu de distance en distance par des cordons sans saillie de pierre calcaire. Système qui rappelle les tours dit château d'Angers, cerclées, comme la tour de Nontron, par des bandeaux d'ardoise à cela près qu'à Angers les cercles sont noirs et blancs à Nontron. Ce donjon est probablement du commencement du XIIIe siècle et a dü remplacer celui que les troupes de Richard Cœur-de-Lion avaient détruit à la tin du XIIe. Il est d'ailleurs, quoique plus important, de même forme et de même style que ceux de Châlus et de Piégut, reconstruits, selon toute apparence, au même moment et dans des circonstances analogues. On retrouve en avant les tours du pont-levis, en pierres de taille, mais grossierement appareillées et très inférieure." comme construction, aux quelques débris de l'enceinte romane qui sont encore debout. Du côté des basses rues, un fragment considérable de la seconde enceinte est facilement reconnaissable sous le manteau de lierre qui l'enveloppe, et, du côté du Bandiat, un petit bastion avancé, flanqué de tourelles, s'accroche au rocher et produit dans le paysage le plus charmant effet.

« Il y a une quarantaine d'années, nous aurions eu un champ plus riche à offrir à vos explorations. Le donjon s'élevait à une hauteur de 60 à 80 pieds, deux ou trois des tours carrées de l'enceinte étaient à peu près intactes, et enfin l'église Saint-Etienne, notre plus beau monument et le mieux situé, était presque entièrement conservée. »

C'est précisément cet état de conservation relative, auquel nous faisions allusion, que constate la lithographie de 1822. Comme on le voit, ces ruines avaient sur leur piédestal escarpé une fort noble tournure. Le piédestal est toujours le même sans doute; mais il semble qu'il rappetisse lamesquine maison d'école qui a remplacé la vieille église romane, à une époque où les écoles n'avaient pas encore, comme de nos jours, des apparences de châteaux.

La baronnie de Nontron et son donjon ont une histoire plus intéressante que les ruines dont nous venons de parler. C'est à sa situation essentiellement militaire qu'ils doivent leur fondation. Le promontoire formé par la réunion du Bandiat et du petit ruisseau que recouvrent les basses rues a dù ètre utilisé de tout temps comme un lieu de défense, et la supposition qu'un camp retranché, gaulois ou romain, a été remplacé par le château carlovingien, n'aurait rien de téméraire. Quoi qu'il en soit, la première mention qui en est faite se trouve dans un testament de Roger, comte de Limoges, et de sa femme Euphrasie, qui donnent le 19 mai 785 le château de Nontron (castrum Netronense in Lemovicensi pago) aux moines de l'abbaye de Charroux, en Poitou. Dix-neuf ans plus tard, ils y fondèrent un monastére sous le nom de Saint-Sauveur. Nous datons donc très authentiquement de Charlemagne, et c'est déjà assez respectable.

Vers l'an 1200, les abbés de Charroux cédèrent à leur tour la châtellenie de Nontron aux vicomtes de Limoges, auxquels elle était plus utile qu'aux moines poitevins et qui étaient mieux en état de garder un domaine de ce genre. Il est, en effet, dans la destinée des places fortes d'être attaquées souvent, et le château de Nontron échappa moins qu'un autre à cette loi fatale. Nous pensons même, sans faire tort à Neuvic et aux différents sièges que cette belle demeure eut à subir, à ce qu'affirme la notice du général de Mellet, sans plus de détails circonstanciés, que notre forteresse vit ses murailles battues en brèche par des assaillants plus authentiques et de plus haute volée. Ainsi, pour nous en tenir à une simple nomenclature qui suffit après les développements importants donnés déjà dans ce recueil à l'histoire de Nontron par notre érudit collègue et ami M. de Laugardière, développements qui rendraient indiscrète toute incursion sur son domaine, nous avions l'honneur d'être assiégés en 1199 par l'armée du roi Richard Cceur-de-Lion, si nous n'avions pas celui, plus problématique, de lui lancer la flèche dont il mourut. Bien avant, nous avions été ravagés par les Normands. En 1426, pendant la guerre de Cent-Ans, les Anglais s'emparèrent de Nontron. Comment en furentils débusqués à leur tour ? Par un autre siège qui n'a pas laissé, que nous sachions, de traces historiques. En 1460 ou 1470, Françoise de Bretagne, vicomtesse de Limoges, était à ce titre dame de Nontron, qu'elle apporta en dot à Alain d'Albret, avec ses autres possessions. La baronnie se composait alors de 22 châtellenies et de 72 paroisses. Alain d'Albre, en guerre avec le roi de France Charles VIII, s'était retiré au château de Nontron, ainsi que nous l'apprend le long et curieux traité, mieux vaudrait dire les lettres d'abolition, publié dans le numéro d'avril 1886 de notre Bulletin, et dont nous extrayons ce passage intéressant pour notre histoire locale : «... Et lors icellui, nostre cousin Delbret, s'en partit dud. Chastelgeloux et passa avec sad. armée les rivières de Garonne, Dordogne et autres, et marcha oultre, jusques au pays de Périgord, en une sienne ville nommée Nontron, en intencion de marcher plus avant et soy joindre avec feu nostre cousin, le duc François de Bretaigne, pour certaine alience que nostred. frère d'Orléans et lui avaient à icelluy duc de Bretaigne mais obstant certaine armée » que envoyâmes contre et au devant de lui, il fut empesché tellement qu'il fut par nos gens de guerre assiégé en lad. ville de Nontron, en laquelle aucuns nos lieustenans et chiefs de guerre qui lors y étaient en nostred. armée » reçurent icelluy iostre cousin Delbret, à certain traité, accord et appointement... etc. » Ce qui veut dire que le sire d'Albret, vaincu, sollicita et obtint son pardon.

Plus tard, Alain d'Albret démembra plusieurs fiefs de la baronnie et vendit, à pacte de réméré, la seigneurie dominante à Dauphin Pastoureau, par contrat du 10 janvier 1499 et pour la somme dérisoire de 4,025 livres tournois mais le rachat en fut exercé en 1501, et Nontron revint aux sires d'Albret, dont Henri IV devint l'héritier et joignit à la couronne le Périgord et le Limousin à son avènement au trône. Mais, pour en finir avec les faits de guerre qui eurent Nontron pour théàtre, et avec cette notice déjà trop longue, disons que pendant les guerres de religion, les protestants et les ligueurs furent tour à tour débusqués de notre donjon, notamment par le duc d'Epernon, et que, en 1569, Antoine de La Rochefoucauld-Chaumont, chef d'un parti de protestants, le prit d'assaut et passa au fil de l'épée sa garnison, composée de 80 hommes. On voit que les événements tragiques n'ont pas manqué à notre petite ville, si paisible aujourd'hui.

Faut-il rappeler à nos lecteurs que la terre de Nontron, qui faisait partie de l'apanage de Catherine de Bourbon, sœur d'Henri IV, fut vendue par ue prince par acte du 18 aoùt 1600, à Elie de Colonges, seigneur du Bourdeix et de Piégut, d'une branche de la maison de Pompadour. De cette famille, éteinte aujourd'hui, elle passa par succession aux marquis de Pompadour-Laurière, dont la dernière héritière épousa le marquis de Courcillon, fils unique du célèbre Dangeau, l'ami et le minutieux historiographe de Louis XIV. Et enfin, des Courcillon, des ventes successives la firent passer au président de Lavie, et ensuite au comte de Laramière, qui fut le dernier baron de Nontron, peu de temps avant la Révolution. Bien que fort abrégée et incomplète, cette chronologie montre que notre histoire est en parfaite harmonie avec ce qui reste de nos ruines féodales, et que nos remparts ont honorablement joué leur rôle dans les siècles écoulés.

6k342185 Illustration : dessin de Jules de Verneilh, d'après une lithographie de 1822.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1886)

Posté par ID348347 à 12:16 - - Permalien [#]

08 janvier 2016

Les Pourtent

Les Pourtent, des bourgeois enrichis, se qualifiaient de nobles à la fin du XVIe siècle. Nous n'avons pu débrouiller leur généalogie : le 9 mai 1528, Hélie Pourtent, marchand, de Saint-Pardoux, sieur de la Barde, Aixe et Vaugoubert, cédait sa part dans le moulin du Gué de Jamaye à ses neveux, Pierre et Jean Pourtent. Un autre Hélie Pourtent, sieur d'Aixe, épousa Marie Pupuy qui lui donna Bonne, mariée en novembre 1559 à René de Jaubert, seigneur de Cumont.

Pierre Pourtent, sieur de la Barde et de Vaugoubert, qui assista au mariage de Bonne, laissa : 1° Marie, femme de Jean Dalvy, avocat; 2° Isabeau, mariée par contrat du 5 mars 1552 à Pierre Reynier, écuyer, sieur de Pondalsie (?); 3° Jeanne; 4° Marie, unie dans la maison de M. de la Barde, sis dans le fort de Saint-Pardoux, le 18 avril 1581, à Léonard du Mas, écuyer ; 5° Jean, licencie ès lois; 6° Etienne, écuyer, sieur de la Barde et de Vaugoubert, époux de Léonarde alias Narde Faure, qui vivait encore en 1601. Elle lui donna quatre enfants : Isabeau, mariée par contrat du 4 juin 1611 à François de Bart, écuyer, sieur du Cluzeau; Antoinette, qui épousa, le 26 juin 1594, Bertrand Audier, sieur de Moncheuil; Anne, femme de Jean de Ribeyreix, baron de Courbeffy; Antoinette, épouse de Jean Beaupoil, sieur de Quinsac, et peut-être aussi Jeanne, demoiselle de la Barde, en 1601.

Une autre branche de cette famille, qu'on ne peut souder à la précédente, commence à François Pourtent, avocat en parlement, juge de Saint-Pardoux, époux de Jeanne Darpes, dont entre autres François, écuyer, sieur de Magnac, né en 1619 ; il fui garde du corps du roi, compagnie, de Comminges, gentilhomme seyant près de S. M., puis maréchal des logis des gardes du corps de la reine-mère : il mourut le 1er novembre 1662, laissant Jean, sieur de la Jaunie; Pierre, sieur des Bellodies, et Jean, sieur du Breuil qui suivent : Jean, sieur de la Jaunie, reçut en novembre 1662 une commission de garde du corps en remplacement de son père; de Marie de Curmont il eut : 1° Jean, sieur de la Jaunie (1674-1710), époux, le 14 février 1708, de Françoise Fourichon, d'où Jeanne, mariée en 1781 à Jean Pastoureau, sieur de la Grange et de Lannet; 2° François, sieur de Magnac, écuyer, marié en 1721 à Guillemette Delarret et en secondes noces à Marie Mousnier; de ce second mariage vint Catherine, épouse en 1738 do Jean-Gautier de Londeix, chevalier, seigneur de Savallon.

Pierre Pourtent, écuyer, sieur des Bellodies, garde du corps de la reine-mère, testa, le 30 août 1678, ayant eu de Marie Pourtent, Jean, sieur des Bellodies, qui lui succéda dans sa charge, mort le 29 avril 1692, et Marie, femme de François de Champagnac.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Perigord, 1898)

Posté par ID348347 à 19:07 - - Permalien [#]