14 juillet 2016

Justice de la châtellenie de Varaignes

La juridiction de Varaignes s'étendait sur les paroisses de Varaignes, Bussière-BadiI, Busserolles, Soudat, et sur celles de Souffrignac, Eymoutier-Ferrier et les enclaves de Montbron, ces dernières détachées de la baronnie de Nontron et attribuées aujourd'hui au département de la Charente. Elle connaissait de toutes affaires, tant au criminel qu'au civil, à l'exception de la basse justice de la paroisse de Bussière, réservée au prieur, en exécution d'une transaction intervenue en 1541 entre messire Jean-Helie de Colonges, alors prieur de Bussière-Badil, Buxerii-Badili, tant pour lui que pour Martial de Colonges, co-seigneur du dit prieuré, et des Cars de Lavauguyon, seigneur de Varaignes, qui attribuait au dit prieur la basse justice et la viguerie dans le bourg, jusqu'à concurrence de soixante sols et un denier le..dit seigneur se réservant d'y tenir ses assises pour l'exercice de la haute et moyenne justice, mère, mixte et impère. Toutefois, en matière criminelle, le juge de Varaignes ne pouvait en connaître qu'avec le concours de deux assesseurs gradués.

Voici quelques noms d'officiers de justice des XVIIe et XVIIIe siècles :

1° Juges et lieutenants de juges. — 1614, Etienne de Lavaud, lieutenant; 1621, Charles Bouthinon, gradué et juge; 1635, Hélie Duport, procureur d'office; 1675, Léonard Bouthinon gradué et juge; 1677, François Eyriaud, avocat en parlement; 1680, Gautier, sieur de Chauveroche, juge, et Hélies Dayres, sieur des Rosfies, lieutenant; 1696, François de Bouthinon, sieur de Beausejour, avocat en parlement, écuyer, conseiller du roi, juge et maire perpétuel de Nontron Montazeau, lieutenant; 1705, Peyrier, juge; 1714. J. Bouthinon, avocat et juge; 1716, François Bouthiuon, sieur de Beauséjour, avocat 1761, Garay, lieutenant; 1753, Thomas Bernard, sieur de Lajarte, avocat et juge; 1763-66, Villedary, avocat en parlement et juge; Dayres, lieutenant; 1773, Joseph Bouthinon, sieur du Mas, avocat et juge; 1785, François Bouthinon, avocat et juge.

2° Procureurs d'office. — 1617, Hélies de Labrousse, 1684, Pierre Agard, notaire, substitut; 1697, Annet Peyraud; 1698, Hélies Duport; 1710, Etienne Audebert, notaire; 1768, Sicaire Eyriaud, notaire; 1777; Léonard Bernard, sieur de Lachaume, 1773; Thomas Bernard, sieur des Jartres, procureurs ordinaires, 1767; Martial Demay; Dubois.

3° Greffiers. — 1621, André Mesnard; 1655; Logier, 1680; Mondot, 1635; Dayres, 1691; Audebert, notaire, 1699; Montazeau, 1751; Depeyris; 1763; Charron.

4° Sergents. — 1599, Pichon; 1607; François Cheyrade, sergent royal.

5° Notaires. — 1597, François Coquet; Bouthinon; 1599, Morellet; 1674, Vigniaud; 1683, Mondot; 1687, Dubut; 1666, 1691, Bourinet.

Pour la juridiction du prieuré de Bussière-Badil, nous retrouvons les suivants :

1° Juges. — 1712, Jean Depeyris, sieur de la Boissière; 1753, Noël Durtelle de Saint-Sauveur; 1780, Janet-Lasfond.

2° Procureurs d'office. — 1750, Léonard Bernard; 1771, Eyriaud, notaire.

3° Greffiers. — 1569, Guillaume Durousseau; 1717, Léonard Bernard; 1723, Mondot.

4° Sergents. — 1597, Le Reclus, sergent royal; au XIXe siècle, Bouthinon, Duroulet, Lofficier.

5° Notaires. — 1530, Lajamme, notaire royal; 1607; Lajamme, id.; 1628, Peyronny; 1663-74, Agard; 1771, Eyriaud; 1780, Janet-Lasfond; au XIXe siècle, Janet-Lasfond, Champvallier, Desplaces, de Saint-Sauveur, Coussy.

La nomination des officiers de justice appartenait exclusivemènt aux seigneurs, qui avaient également le droit de nommer les notaires particuliers de la seigneurie, ayant le droit d'y exercer concurremment avec les notaires royaux, dont les offices étaient héréditaires, contrairement à ceux des premiers.

Voici donc, comme preuve partielle et provisoire, copie de deux actes anciens qui nous tombent sous la main :

Offices de justice. — « Jacques d'Estuard de Caussade, chevalier, comte de Lavauguyon, seigneur de Varaignes et de Saint-Mégrin, baron de Tonneins, Villeton, Grateloup et autres places; conseiller du roy en ses conseils d'Estat et grand séneschal de Guyenne, à tous ceux qu'il appartiendra, salut. Nous, estant à plein informé de la suffisante capacité et expérience au faict de pratique, de maistre Garrigou Gratien, notaire, et pour aultres bonnes considérations de nous mouvant, avons comme héritier, sous bénéfice d'inventaire, de dame Diane Descars, dame de Sainct-Mégrin, nostre mère, donné et octroyé, au diet Garrigou, l'estat et office de substitut de nostre procureur d'office, en nostre libre ville et comté de Lavauguyon, et d'icelluy pourvons et pourvoyons par ces présentes pour par lui, en l'abscence de nostre dict procureur et aultrement, ainsy qu'il appartiendra, jouir et exercer le dict office, pour tel temps qu'il nous plaira, aux mesmes honneurs, droits et prérogatives et préeminences dheues et accoustumées au dict office. Mandons à tous nos officiers chacun en droict soi d'admettre et installer le dict Garrigou en exercice et jouissance de la dicte charge, ayant par préalable reçu de luy le serment au cas requis, et à tous nos justiciables de ie reconnoistre, car telle est nostre intention. En foi de quoi nous avons signé ces présentes et ycelles faict contresigner, estant an bourg de Busserolles, le neufviesme du mois de janvier mil six cent trente-six. Signé : Jacques d'Estuard; par mandement de mon dict seigneur, Douhet. »

Vente d'office de notaire royal, d'après un acte reçu de Jalanihat, notaire royal à Javerlhac, le 27 mai 1725, et constatant que les héritiers Gandois vendirent et cédèrent, à perpétuité, à François Bourinet, praticien, fils de Me Pierre Bourinet, notaire :

« L'office de notaire royal de feu Me François Gandois dont il est mort nanti et en auroit esté pourveu au lieu et plasse de feu Me Jean de La Bidurie, celui-ci l'ayant acquis de la veuve et hoirs de feu Me Pierre Roussaud, par contrat du 27 octobre 1663, receu par Rougier, notaire royal. Ladite vendition a esté faite pour et moyennant le prix et somme de soixante livres et celle de cinquante sols pour les espingles, payés comptant. sur ]a remise des lettres de provision datées du onziesme novembre mil six cens vingt-quatre, signées Sallonnyou et du vingt-deuxiesme novembre mil six cens soixante-trois, signées du Chaine, juge mage Bodin, procureur du roy et, plus bas, une quittance du trésorier des revenus casuels du roy, de la somme de soixante-quinze livres, signée Dumets et dattée du vingt mars mil six cens soixante-treize, avec toustes les liasses, registres et contracts receus par le dit feu Gandois... »

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1892)

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08 juillet 2016

Requête du sieur Antoine Arlot

César de Bourbon-Busset, gouverneur de Carlat en Rouergue, était fils de Claude Ier de Bourbon et de Marguerite de La Rochefoucauld; il était né à Buxeul le 31 janvier 1565. Ces Bourbons étaient des bâtards de la maison et descendaient de l'archevêque de Liège, X. de Bourbon, qui avait eu un fils, nous confie Moreri, avant son entrée dans les ordres.

César avait dans ses veines du sang italien de la maison des Borgia, d'où son prénom. Il était déjà veuf de Marguerite de Pontac, qui mourut sans laisser d'enfants. De son mariage avec Louise de Montmorillon, il eut sept enfants, quatre garçons et trois filles : Claude, Charles, Jules-César, Jean-Louis, Anne, Marguerite, Magdeleine. César était un rude et hautain personnage. Il jouissait en Limousin et haut Périgord d'une très grande autorité, et malheur à qui se frottait à lui. Les papiers analysés nous en fournissent quelques preuves dignes d'être rapportées.

Voici une requête que le maître de forges de Firbeix, Antoine Arlot, seigneur de Firbeix, adressait au parlement de Bordeaux, en 1606 : « A nos seigneurs du Parlement. Supplie humblement Antoine Arlot, seigneur de Firbeix, disant qu'ayant, pendant 12 ou 15 ans de là, le seigneur de Busset et Chaslus, conçu inimitié mortelle contre le dict suppliant et juré sa ruine totale, avait pendant le dict temps attaqué ou fait attaquer tant le dict suppliant, ensemble Jacques Arlot, seig. de Frugie, que ses serviteurs et domestiques, tant en leurs personnes que leurs biens, et les avoir faict constituer prisonniers, tellement que, pour avoir élargissement de ces personnes, le dict suppliant devait être contraint de bailler deniers au dict sieur de Busset ou à son capitaine et soldats mis par lui en son chasteau de Chalus.

Il y a quelques mois de cela, le dict seigneur de Busset ayant trouvé un serviteur du suppliant près de la forge de Firbeix, il l'avait battu et laissé quasi pour mort. Il menace journellement le dict suppliant, ses enfants, sa famille et ses serviteurs, menaçant et exécutant toutes sortes de ruinés et dégâts aux eaux du moulin, forge, bâtiments. Pour mettre à exécution toutes ces menaces, il est venu plusieurs fois, accompagné de 15 à 20 hommes armés, a cheval, près la maison du suppliant, pour l'offenser. Le sieur de Busset a grande autorité sur le pays, dont il abuse au point que le dict suppliant et ses serviteurs ne peuvent aller en aucun lieu. Plaise mettre le suppliant, son domaine, sa femme, ses enfants et famille sous la protection et sauvegarde de la Cour sous peine de 30 mille livres à infliger au seigneur de Busset; ordonner que la signification en sera faite à son procureur du château de Chalus. Il demande l'ouverture d'une instruction ».

Ce qu'il advint, par la suite, de celte affaire, je ne sais. Une instruction fut sans doute ouverte. César de Bourbon-Busset obtint de Henri IV — qui le traite de féal et aymé cousin — une ordonnance contre Arlot.

Il serait intéressant d'étudier cette famille d'industriels — maîtres de forges — auxquels appartenait encore, il y a peu de temps, la forge d'Ans. Elle s'allia aux familles nobles du Périgord : les de Nesmond, les d'Allogny du Puy-Saint-Astier, les la Rolphie, les Roffignac, ainsi qu'en témoignent quelques pièces jointes au dossier. Le 14 avril 1671, demoiselle Nesmond, fille de Marie Arlot, faisait profession au monastère de Sainte-Claire.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Perigord, 1939)

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25 mai 2016

Les dégats de l'hiver de 1709

Dans les minutes de Grolhier, notaire à Nontron, a été trouvé un procès-verbal rédigé le 21 mai 1709 à la requête des habitants, pour dresser l'état des désastres causés par le fameux hiver de 1709 et obtenir par suite un dégrèvement d'impôts.

Le notaire accompagné du juge, du procureur d'office, du syndic de la communauté et d'un certain nombre de notables, se transporte autour de Nontron et constate que les grains semés avant l'hiver ont tous péri ; que les vignes sont mortcs, sauf quelques-unes qui ont poussé par le pied et qui lne produiront aucuns fruits ; que les noyers sont tous desséchés et qu'il en est de même pour presque tous les châtaigiers, cerisiers, pommiers, poiriers et pruniers.

« En la ville de Nontron et estude du notaire royal soussigné, pardevant icelui et présens les tesmoins bas nommés, ce jourd'hui 21e du mois de may 1709, avant midy, ont esté présents en leurs personnes Mr. Me Isaac Delabrousse, sr du Boffrand, advocat en parlement et juge de la dite ville, Guilhien Chaperon, sr de la Borie, procureur d'office de la présente ville, Léonard Boyer, sr de la Borderie, lieutenant de la présente ville, Estienne Forien, sr de la Borie, advocat en la cour, Pierre Dubrois, sr des Gourdoux, Isaac Delabrousse, sr du Peyrat, advocat en la cour, Annet Dureclus, sr de Lascout, aussi advocat en la cour, Jean Lenoble, sr des Granges, scindic de la communauté, Jean Lenoble, sr des Illes, Jean Phelipt, bourgeois et marchand, François Fourien, sr des Roches, Jean Forien, sr de la Grafeuilh, me chirurgien, Mathieu Arbonneau, sr du Claud bourgeois et marchand, tous habitans de la présente ville, faisant tant pour eux que pour les autres habitans de la dite Ville et paroisse.

Lesquels nous ont dit et remonstré que le grand froid qu'il a fait la présente année a entièrement détruit tous les bléds, froment, seigle et autres bléds semés avant l'hiver, tué les arbres, noyers, châtaigniers, cerisiers, pruniers, pommiers, poiriers et autres arbres portant du fruit, dans la présente paroisse de Nontron, ce qui porte un notable préjudice dans la dite paroisse et a réduit quantité de personnes à la dernière nécessité qui périssent de faim. Et comme il est important aux d. sieurs remonstrants, tant pour eux que auxd. noms, de faire apparoir un tel dommage pour servir à telles fins que de raison, ils nous ont requis de nous transporter avec eux dans les appartenances de la dite ville et paroisse pour faire procès-verbal de l'estat dud. dommage ; ce que nous leur avons accordé.

Et en effet, tant en leur compagnie que des tesmoins bas nommés, nous estans transportés premièrement rendus dans les appartenances et dépendances de la dite ville de Nontron, nous avons remarqué les bléds, froment et fèves (sic) et autres grains semés avant l'hiver presque tous péris, et qu'il ne s'y pourra recueillir la semence ordinaire, et que les vignes sont mortes, n'ayant aucunement poussé que quelques unes qui ont poussé par le pied, sans pourtant qu'il y ait apparence qu'elles produisent aucun fruit ; les noyers estant de mesme tout désséchés, et quantité de cerisiers aussi désséchés, n'ayant aucunement poussé, et ensuite nous estant rendus accompagnés comme dessus dans les villages et lieux, appendances et dépendances, qui composent lad. paroisse, avons remarqué pareillement lesd. bléds, froment et seigle et autres semences qui se sèment avant l'hiver estre tous perdus et qu'il n'y aura pas la semence ; les noyers estre tous morts et presque tous les châtaigniers, cerisiers, pommiers, poiriers et autres arbres portant fruit, et que les vignes n'ont aucunement poussé que quelques unes au bas de la souche qui n'ont apparence pourtant de pl'oduire aucun fruit.

De quoi et du tout requérant lesd. sieurs remonstrants, nous avons fait acte et le présent procès-verbal pour leur servir à telles fins que de raison.

Fait et passé sous le scel royal en présence de Pierre Delavallade, clerc, et François Rouzaud, marchand, habitans de la dite ville, temoins qui avec lesd. sieurs remonstrants, ont signé.

Delabrousse, juge, Laborie Forien, Boyer, Chaperon, procureur d'office, Delabrousse, Dureclus, Dubroys, Les Granges Dunoble, Des İlles, Phelip, Fourien, Forien, H. Arbonneau, Delavallade, Ronzaud. »

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1916)

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23 mai 2016

Les seigneurs du Nontronnais

Par acte du 18 décembre 1751, reçu par Gervais, notaire à Paris, ratifié le 27 juin suivant, les créanciers et syndics de la dite dame Egon de Courcillon vendirent la terre et baronnie de Nontron à messire Jean-Charles de Lavie, président au Parlement de Bordeaux, pour la somme de vingt-cinq mille livres. Il ne s'agissait d'ailleurs, dans cette vente, que du chef-lieu de la baronnie et de la seule paroisse de Nontron, les trente-cinq, sur soixante-douze qui la composaient en 1553, ayant été successivement et irrévocablement aliénées du XVIIe au XVIIIe siècle. Voici à cet égard le tableau que nous avons relevé dans les Archiil ces de la Charente, en rectifiant l'orthographe fies noms : « 1° Nontron, à M. de Lavie; 2° Javerlhac, à M. Texier de Javerlhac; 3° Abjat, à M. d'Aydie; 4° Savignac, au même; 5° Saint-Martial-de-Valette, à M. Moreau de Villejalet; 6° St-Pardoux-la-Rivière; à M. d'Abzac de Villars, à Mme d'Allonis et à Mme la prieure; 7° Augiguac, à M. de Pompadour, à M. du Lau d'Allemans; 8° Milhac. à M. de La Marthonie; 9° Quinsac, à M. le comte d'Aydie; 10° St-Front-de-Champniers, à M. de Labrousse de Verteillac; il y a d autres fiefs; 11° Pluviers, à M. du Lau d'Allemans à M. de La Ramière; 12° St-Martin-le-Peint, à M. de Labrousse de Verteillac; 13° Marval, à M. de Saint-Auvent, la justice: à M. de Lambertie, le fief; 14° Champagnac, à M. d'Aydie de Saint-Laurent; 15° Saint-Pancrace, à M. de La Garde de Saint-Angel; 16° l'enclave de Champeaux, à M. de Ribérac, à M. le marquis de Laxion, son beau-frère; 17° le bourg de Bussière-Badil, à M. de La Vauguyon, comme prieur de Malte; 18° Nontronneau, à M. de Labrousse de Verteillac; 19° Champniers, à M. du Lau d'Allemans, à M. de La Ramière; 20° St-Front-la-Rivière, ou La Renaudie, à la famille du Barry, à M. le comte des Cars; 21° St-Etienne-le-Droux, à M. de Pompadour, à M. de Lavie, à M. de La Ramière; 22° Villars, M. de Rastignac; 23° Varaignes, à M. Stuart de Quélen de Caussade, à M. Delay; 24° Bondazeau, à M. d'Hastelet; 25° Les Graulges, au même; 26° Saint-Saud, à M. d'Arlot de Frugie; 27° Beaussac, à plusieurs seigneurs de Bellussières, Fayard des Combes, Maillard; 28° Romain, à M. de Vigneras; M. de Roux y a un fief; 29° Saint-Martin-la-Rivière, M. Moreau de Villejalet; 30° Reilhac, M. de Roux de Reilhac; 31° Lussas, à la famille du Faure, à M. d'Aydie; 32° Champeaux, au même; 33° le bourg de Feuillade, à la famille Vigier, à M. de Javerlhac; 34° le bourg de Miallet, à divers seigneurs de Lambertie, d'Aydie, de Rastignac et Grant de Bellussière; 35° I'enclave de Bellussière et de La Beausse, dont le seigneur des Combes s'est emparé. »

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1886)

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22 mai 2016

Le conventionnel Jean Allafort et ses enfants

Le conventionnel Jean Allafort et ses enfants
Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1968

Jean Allafort, député de la Dordogne à la Convention nationale et membre du Conseil des Anciens, est né au Bourdeix, en 1740. Issu d'une ancienne et riche famille bourgeoise, qui possédait des terres dans le Nontronnais, à Bussière-Badil, Jean Allafort, revêtu du titre de licencié en droit, entre très jeune dans la magistrature. Tout d'abord, il témoigne d'une grande âpreté à défendre les justes causes et d'une même indépendance à l'égard des autorités ou de la tyrannie de l'opinion. Avocat talentueux, il sait qu'il peut se sauver par l'esprit et sauver les autres par sa présence d'esprit, mais sa « scrupuleuse conscience l'effraye sur l'étendue des devoirs imposés à la profession d'avocat et il se croit obligé de réparer à ses dépens la perte des causes qu'il ne fait pas triompher... » C'est, du moins, ce qu'affirme Frédéric Dumas-Ribadeau dans l'Eloge funèbre de son oncle Allafort, paru à Limoges, chez Chapoulaud, en 1838.

En réalité, Jean Allafort possède au plus haut point le goût de l'indépendance, l'amour de la terre et le sens des affaires. Il renonce donc à plaider, mais donne des consultations à tous les habitants du Nontronnais. Y a-t-il un compte à régler, un litige à vider, on se soumet, de part et d'autre, au jugement du légiste. Ses activités sont variées : en 1779, c'est en qualité de maître de forge qu'Allafort s'engage envers Mgr. de Sartine, ministre et secrétaire d'Etat au département de la Marine, à « surveiller les fondages qui seront exécutés à la forge de la Chapelle-Saint-Robert par le sr. de Versanne, en conséquence de son marché passé avec M. le comte de Roffignac le 12 août 1777 et de son adhésion à la cession qui a été faite de ce marché à Sa Majesté le 22 mars 1779. Dont il me sera délivré ampliation... ». Jean Allafort promet, aussi, de « présider au choix et au mélange des mines, de veiller à ce que la fabriquation soit bien faite, et à ce que les bouches à feu qui seront coulées le soient sur les proportions et d'après les plans qui lui seront fournis... ». II s'engage, enfin, à faire les avances nécessaires pour acquitter les frais de transport de toutes les pièces d'artillerie provenant des-dits fondages depuis la forge de la Chapelle jusqu'à Rochefort, ainsi que celles pour le payement du droit de la marque des fers auquel lesdites pièces seront sujettes. Moyennant quoi, il sera payé au sr. Allafort par le Trésorier général de la Marine, tant pour le remboursement de ses avances que pour ses peines et soins, la somme de quatre livres par quintal de toutes les pièces d'artillerie qui, après avoir été visitées et éprouvées, seront admises en recette par les officiers du port de Rochefort. Le sr. Allafort se soumettra, au surplus, « à la retenue de quatre deniers pour livre attribués aux Invalides de la Marine, ainsy qu'aux frais de quittance et de controlle... ». L'acte, qui porte la signature d'Allafort et celle du ministre Sartine, est daté de Chènedières, paroisse de Bussière-Badil, le 16 octobre 1779. La bonté officielle d'Allafort — encore que l'usage y soit pour beaucoup dans l'octroi de ces 4 deniers par livre — ne fait aucun tort à sa bonté domestique. C'est — en partie — pour cette raison qu'il accepte, quelques années plus tard, de représenter sa région à la Convention nationale. Il cède, alors, aux sollicitations réitérées des électeurs périgourdins, et « va défendre en face de l'Europe les droits de tout un peuple... ». Le 16 janvier 1793, Jean Allafort vote en ces termes la mort de Louis XVI : « Louis, en conscience, tu as mérité la mort. Je la prononce. » Logé à Paris, à l'hôtel de Cambrai, rue Pagevin, près de la place des Victoires, il vit au milieu des agitations avec « sa frugalité et sa simplicité de mœurs habituelles ». Sa mission civique qui, certes, n'exclut pas en lui l'amour paternel, lui a imposé un dur sacrifice : dès 1792, quand la patrie a été déclarée en danger, il a autorisé son fils, un enfant de moins de 15 ans, à s'engager : « Va, mon fils », lui a-t-il dit au milieu de ses larmes, « Va et sois digne de ta patrie et de ton père... ». Le jeune garçon, volontaire dans la 7e compagnie du 1er bataillon de la 14e demi-brigade d'infanterie légère, armée du Bas-Rhin, envoie à son père, de Belfort, le 5 novembre 1792, cette missive touchante et truffée de savoureuses fautes d'orthographe :

« Mon très cher père, je vous écris celle ci pour m'informer de l'état de votre santé et en même temps pour vous donner de mes nouvelles. Quand à moi, je me porte bien. Je vous assure que j'ai été bien maurtifié de ne pas avoir pu vous donner de mes nouvelles aussitôt que nous sommes arrivés à Belfort. Mais les occupations que nous avons tous les jours m'en on empêché. Vous devès avoir reçu une de mes lettres que je vous ai écrit de Fontainebleau. Je vous disais que nos assignats de 5 livres ne valent que trois livres et ceux de cinquante ne valent que 30 livres et pressisément je me trouve avoir acheté une montre à Fontainebleau. Comme vous savès que l'or ne valet pas plus pour nous que les assignais, j'ai mieux aimmé la payer en or parce que en la payan en or, cela fit que je la paya moins chère de 80 livres que çi je l'avè payé en assignats. Je vous prie de bien vouloir me faire passer un louis d'or, comme je n'en u pas assé pour payer ma montre, je pria Vilardou de m'en prêter un. Il u la complaisance de me le prêter, ainsi par consaiquand il faut le luy remettre. Et pour cela il faut que vous ayé la bontai de me le faire passer... Je crois fort que nous passons notre ivert à Belfort, ci non nous passerons tout de suite le Rins et nous irons dans l'armée de monsieur Laférière. Je vous prie de vouloir bien donner de mes nouvelles à ma sœur, car il ne m'est pas paussible de lui écrire : nous montons la garde le matin à 8 heures, il faut alé à l'ordre à midit, il faut aller à l'exercice jusqu'à 2 heures et le soir à quatres heures jusqu'à sis heures, ainsi vous voyé ci nous avons le tems de reste... Je finis en vous embrassant de tout cœur, votre très humble et très obéissant fils. Allafort fils. »

Jean Allafort pourvoit aux besoins de son fils, pour qui il tremble sans cesse. Le 18 thermidor an 3 (3 août 1795), il écrit au directeur de l'hôpital de Belfort : « Citoyen, permettès que je m'adresse à vous pour avoir quelques renseignemens sur la situation de mon fils... Le sergent major de sa compagnie me dit dans sa lettre du 23 Messidor que mon fils est parti pour l'hôpital le 9 pluviôse et qu'on n'a pu savoir de ses nouvelles depuis cette époque. Comme on présume que d'hôpital en hôpital, il a été transféré dans celui de Besançon, veuillez bien vérifier et me marquer s'il y est encore ou s'il en est sorti, où il a passé, enfin ce qu'il est devenu. Je vous prie, de grâce, de ne pas me refuser une prompte réponse car je suis vivement inquiet sur le sort de cet enfant. Il était dans l'usage de m'écrire tous les quinze jours et cependant je n'ai rien reçu de lui depuis la fin de nivose. Soyez sensible, bon citoyen, à ma sollicitude en me donnant le plus promptement possible les renseignements que je vous demande. Pardon de la peine que je vous donne. Rceevès d'avance toute ma reconnaissance. Salut et fraternité. Allafort. »

La réponse arrive bientôt : à la première bataille, la mort a fait tomber des mains encore sans expérience du jeune Allafort l'arme qu'elles pouvaient à peine porter. Le malheureux père en éprouve un cruel chagrin. Il ne peut trouver de réconfort que dans la correspondance qu'il échange presque quotidiennement avec sa fille Marie — gardienne de la propriété périgourdine de Bussière-Badil — sa fille qu'il chérit doublement à présent, puisqu'il n'a pas d'autre enfant et que sa femme, Marie Monsalard, n'est plus. Le 16 germinal an 2 (5 avril 1794), il lui avait écrit : « ...Chaque député à la Convention, ma chère fille, est obligé de rendre compte à la nation de la fortune qu'il possédait à l'époque de la Révolution et de celle qu'il possède actuellement affin de faire connaître ceux qui se sont enrichis aux dépens du peuple dans les places qu'ils ont occupées. Tu sais bien que je n'ai jamais été un fripon mais il faut que je le prouve. Il est donc nécessaire que tu déclares la somme que tu as entre (les) mains et ce qui t'es dû... »

Sans doute — et nous en aurons plus tard la confirmation — Jean Allafort n'est-il pas toujours aussi désintéressé qu'il le prétend. Du moins, peut-on certifier qu'à maintes reprises il ouvrit sa bourse pour arracher aux fureurs révolutionnaires la fortune ou la vie des proscrits. Il protégea efficacement un de ses « pays », François-Xavier de Lamberterie, qui, émigré à la suite d'une querelle d'amour-propre avec sa prolifique parentèle, souhaitait rentrer en France.

Les autres lettres d'Allafort à sa fille s'échelonnent du 4 brumaire an 5 (25 octobre 1796) au 24 pluviôse an 5 (9 février 1797). Elles nous apprennent que le conventionnel est un paysan qui adhère à sa terre comme un arbre, par ses racines les plus profondes. Pour lui, le paysage n'est que le « pays », et, seuls, comptent les êtres qui l'habitent.

« 4 brumaire : J'ai reçu, ma chère fille, ta lettre du 15 vendémiaire dont l'adresse est écrite par une main étrangère. Je suis étonné de ce retard et encore plus d'une écriture qui peut me faire soupçonner que la lettre a pu être décachetée. Ce n'est point la défiance dans les biens nationaux d'émigrés qui m'ont engagé à te proposer de chercher des acquéreurs pour le domaine de Lessard; mais la crainte de ne pouvoir payer la somme que je dois pour cet objet dans le temps et aux époques fixés par la loi. Et il est impossible que les biens nationaux vendus puissent éprouver la moindre atteinte contre les acquéreurs, à moins que la contre-révolution ne s'opère et que la République ne périsse, mais comme elle se soutiendra malgré les efforts et la rage des émigrés, j'espère conserver le bien de Lessard pourvu que je puisse le payer. Je ne veux pas me voir privé d'un bien aussi précieux et aussi productif... C'est sur les moyens de pouvoir payer que je t'ay fait part de ma sollicitude. Je t'ay dit ce que je puis faire de mon côté à force de privations et lu ne me dis rien des efforts que tu peux faire de ton côté. D'après ce que tu m'écris, tu es sans doute en ce moment en possession du ci-devant presbytère de Souffraignac. Je suis bien aise que cela se soit passé sans secousse. Il est vraisemblable que tu en jouiras paisiblement et que la malveillance s'appaisera peu à peu... Je n'ai point écrit au capitaine du fils des métayers de Souffraignac parce que je ne sais où le prendre. Il se peut faire qu'il soit en ce moment dans l'armée aux ordres du général Bonaparte, mais j'ignore dans quelle partie du territoire occupée par cette armée ce bataillon se trouve en ce moment. Si je puis découvrir où il est, j'écrirai au conseil d'administration pour savoir s'il existe ou non. D'ailleurs ses père et mère ne doivent point être inquiets sur ses besoins parce que nos troupes ne manquent de rien dans un païs où tout est abondant. Je t'envoie par le courrier de ce jour un paquet chargé que tu retireras au bureau de la poste de Nontron, le contrat d'acquisition du bien de Lessard avec les quittances du receveur des domaines nationaux de Périgueux. Tu produiras le tout au receveur de Nontron pour lui prouver que je persiste dans cette acquisition. Comme il pourrait se faire qu'il te demande ce qui revient à la Nation sur le prix de ton contrat de ferme depuis le jour de ce contrat jusqu'à celui de ton acquisition, tu lui observeras que tu ne dois que depuis le dit jour de ton contrat ferme jusqu'au 6 messidor, que tu as consigné le second quart et même plus, de ta soumission suivant la quittance finale du receveur de Périgueux du 19e du même mois, attendu que, suivant l'article 3 de la loi du 22 prairial additionnelle à celles du 28 ventôse et 6 floréal concernant les mandats territoriaux, tu devrais entrer en jouissance dudit domaine dès l'instant que tu as consigné le second quart et que par conséquent les revenus de ce bien nous appartenaient à commencer du dit jour six messidor. Comme il me semble que tu m'as marqué que ton contrat de ferme a été passé le 21 prairial, il s'en suit qu'à toute rigueur tu ne dois payer à la Nation que pour 12 jours, ce qui serait si modique que je ne peux croire que le receveur de Nontron exige la moindre chose... Comme tu as vraisemblablement un temps affreux pour faire tes vendanges, tu ne pourras pas faire d'aussi bon vin que tu me l'as annoncé. Tant pis, car il me faudrait du bon vin pour ma vieillesse... Adieu, ma chère fille, je t'embrasse de tout cœur... »

Pour l'ex-conventionnel, devenu membre du Conseil des Anciens, un homme de bien, c'est, avant tout, un homme qui soigne son bien ! C'est, aussi, un être capable de satisfaire à la confiance de ses compatriotes, ainsi que le prouvent ces lignes : « ...Quant au militaire dont tu me parles, ma chère fille, et qui désire obtenir un congé absolu, ne pouvant pas continuer son service à cause d'une blessure qu'il a reçue, il doit, pour parvenir à obtenir ce congé, se faire visiter par deux officiers de santé devant l'administration de son canton et devant la commission du pouvoir exécutif de ce canton. Des officiers de santé lui donneront un certificat qui constatera que sa blessure ne lui permet plus de porter les armes. Ce certificat sera visé par celle administration et par le commissaire. Il fera en conséquence une pétition au ministre de la guerre à l'effet d'obtenir ce congé. Il peut me la confier. Je l'appuieyrai de tout mon pouvoir sans cependant promettre aucun succès parce que, suivant ta lettre, il s'est retiré chez lui sans permission de son corps, et qu'il peut bien être poursuivi comme déserteur... »

Le 22 brumaire an 5 (12 novembre 1796), Jean Allafort constate, avec soulagement, que les « dangers qui semblaient menacer sa tille, à présent en possession de la maison cy-devant curiale de Souffraignac ont disparu, grâce au savoir-faire de Marie Allafort, à sa prudence, à sa douceur... Il est vraisemblable que les vignes sont si vieilles qu'elles ne peuvent plus produire. Si cela est ainsi, ne serait-il pas utile, et même nécessaire de faire faire d'autres plantations soit par les métayers soit par des vignerons ? Si les champs incultes sont proprès à la vigne, il faudrait les y employer et les préparer de bonne heure. Concertes toi pour cela avec les métayers... Adieu, le courrier va partir. Je t'embrasse de tout mon coeur. Ecris moi souvent et cherche à vendre ton vin de bonne heure pour payer, hélas, quand nous serons sortis de nos dettes... »

Il semble que, ses revenus étant devenus insuffisants, Allafort ait dû vendre une partie de ses biens. Vers 1794, on a dit qu'il « ne consentit pas à violer la loi qu'il avait votée en refusant de recevoir pour sa valeur nominale un papier-monnaie frappé d'un discrédit général... » Avec l'hiver de 1795, survient l'habituel cortège des maladies et des inquiétudes qu'elles soulèvent :

« Le citoyen Labrousse Lagrange, ma chère fille, m'a remis les six bonnets de coton dont tu m'as chargé ainsi que la lettre que tu lui as confiée. Elle est datée de la Ronchie ainsi que plusieurs autres que tu m'as écrites depuis que tu as un autre azile et que le cy-devant curé a évacué son ancien presbytère. Je puis t'assurer que je n'ai pas été sans inquiétude sur ce que tu n'habitais pas encore cette maison. J'attribuais, à la vérité, cela à des causes bien différentes de celles qui t'en ont empêchée, parce que je ne soupçonnais pas qu'après une maladie aussi longue et aussi grave à laquelle tu as échappée, j'aurais la cruelle douleur d'apprendre que tu en éprouves une autre qui est peut-être aussi dangeureuse. Ton commissionnaire en aurait gardé le secret si je n'eusse été averti par une des lettres qu'il m'a remises. Je lui ai donc fait avouer qu'il t'a vue avec une maladie telle qu'elle t'a empêchée de déménager. Grand Dieu ! Quel est mon sort ? Je suis donc condamné à te voir sans cesse dans les maux et dans les souffrances et ta vie en danger. Ecris moi promptement si tu veux que je puisse résister au chagrin qui me dévore. Je viens d'envoyer au receveur des Domaines nationaux d'Angoulême le montant de ce qui restait sur la maison cy devant curiale de Souffraignac. J'attends ma quittance finale. Ainsi je n'aurai plus à m'occuper de cet objet... Mais, je crains bien qu'en achetant la maison curiale, nous n'ayons, en même temps, acheté une pomme de discorde, à cause de la terre qui est devant la cour. Ou bien tu ne tiendras ni poules ni dindes car la volaille en sortant de la cour ne manquera pas d'aller gratter cette terre et y causer du dommage. Si elle était à vendre, et que nous puissions avoir la commodité de la payer, il serait bien essentiel d'éloigner un voisin qui peut violemment nous incommoder... Je dois encore 3 428 l. mais il me sera impossible de pouvoir faire, par mes économies, plus de 1 428, en suposant même qu'il ne m'arrive aucun accident. Aussi, il faudra trouver 2.000 dans notre médiocre revenu pour finir ce payement sans compter les impositions de cette année... J'ai cessé depuis le commencement de ce mois de l'envoyer le Rédacteur parce que depuis ce temps-là je ne le reçois plus. Il faut bien que je fasse la dépense pour un abonnement. En vérité, je ne sais à quel journal donner la préférence, tellement les journalistes sont puans d'aristocrates, désorganisateurs et dangereux... »

L'état de Marie Allafort s'aggrave en novembre 1796.

« Je viens de recevoir, ma chère fille, ta lettre du 25 Frimaire. Les détails qu'elle me donne me jettent dans la plus affreuse mélancolie. En vérité, je ne sais plus où j'en suis, car dans le moment où je crois du moins pouvoir espérer que tu le portes bien, c'est alors que tu es presque dans la tombe... » Après avoir échappé à une maladie dont le ressouvenir me fait frissonner, tu viens d'en supporter une autre non moins dangeureuse et qui rouvre la plaie que la première avait faite dans mon âme. Je vois bien que tu n'as jamais été bien rétablie de la première parce que la peine, les fatigues et les injures du temps auxquelles nos affaires sont constamment exposées étaient autant d'obstacles à une heureuse convalescence. Il te faut absolument du calme et du repos. Heureusement, le moment approche où je pourrai partager tes embarras et adoucir le poids qui t'accable si souvent... Je te charge de faire agréer toute ma reconnaissance à l'officier de santé qui t'a conservé la vie... »

Allafort parle, ensuite, de la mort du « pauvre Pierre » (son métayer de Souffrignac) :

« Il était laborieux, honnête, et il nous était si attaché. Je le regrette infiniement. Je désire que son frère ait un meilleur sort et que la Providence nous le conserve. Quant à son fils, il n'est que trop évident qu'il aurait besoin de son secours, mais il est impossible qu'il puisse l'avoir auprès de lui qu'après la paix, attendu que le Directoire n'accorde point de congé aux volontaires qui sont en présence de l'ennemi. Et, précisémment, il est dans l'armée d'Italie qui combat tous les jours les Autrichiens. Je fus hier dans les bureaux de la guerre pour tâcher d'en savoir quelques nouvelles. J'ai trouvé dans les extraits mortuaires un Jean Borderon, mort à l'hôpital de Strasbourg. Mais, il était natif de Saint-Tron, dépt de la Charente, ce ne doit pas être le fils du métayer, puisqu'il s'appelle Nicolas Borderon. Je vais écrire au conseil d'administration de son bataillon qu'on m'a dit être à Crémone en Italie, pour savoir s'il est vif ou mort. Ne parle pas de tout cela aux métayers. Dis leur simplement que je fais tous les efforts possibles, pour les tranquiliser... »

La convalescence de la jeune fille s'annonce bientôt satisfaisante :

« J'ai reçu, ma chère enfant, ta lettre du 28 Nivôse dernier. Je suis donc tranquille sur ta santé, puisque tu m'assures que tu te portes bien. Je suis content, pourvu que cela soit bien vrai. Je viens d'apprendre que tu as d'excellent vin blanc, cela par un de mes bons amis. C'est d'autant plus remarquable que les vins blancs, sont, en général très faibles. Je lui ai annoncé, il y a deux jours, que je ne manquerai pas de te donner des applaudissements de ce que tu as su l'engager à en boire. J'espère que dans trois mois et quelques jours je serai à portée de juger de la qualité de ce vin. Mais, je ne réponds pas de lui trouver quelques défauts. S'il en a je ne dissimulerai pas. S'il n'en a pas, je prépare un gros volume d'éloges pour celle qui a si bien réussi en le faisant... J'ai été chez un libraire pour acheter les deux grands- maires (sic) et les dictionnaires que tu me demandes. On n'a pas voulu me les donner à moins de 56, comme cette somme et le prix du port m'ont paru trop fort, je n'ai pas fait cette emplette. Il faut bien que je puisse accumuler avant de partir d'ici une somme de 1.800 pour payer deux dixièmes du bien de Lessart, et il faut bien que je conserve quelque argent pour payer les frais de mon voyage. Sans ces deux motifs, je n'aurais pas hésité à satisfaire sur le champ ton goût pour ces deux langues étrangères... Les métayers de Souffrignac font très bien de marier leur fille ; le nouveau venu remplacera le pauvre Pierre que je regrette. Hélas ! ma fille, si mes vœux avaient été exaucés, tu ne serais pas aujourd'hui dans le cas de plaisanter sur le mariage d'une fille qui a six ans de moins que toi... »

Cette missive est datée du 24 pluviôse an 5 (9 février 1797). Un mois plus tard, Jean Allafort, qui avait été appelé au Conseil des Anciens alors qu'il siégeait encore à la Convention, refuse de renouveler ce second et plus honorable mandat, et retourne à la vie privée. Cet exil parisien pèse trop lourd au père qui souhaite marier sa fille et à l'homme des champs qui brûle de gérer à nouveau ses propriétés. Le registre d'état-civil de Souffrignac mentionne, à la date du 20 brumaire an 6 (10 novembre 1797) qu'il y a « promesse de mariage entre Jean-Baptiste-Michel Grolhier, fils de Pierre Grolhier, ancien notaire, et de Marie Mazeau, et Marie Allafort, demeurant à Souffrignac, canton de Montbron, dépt de la Charente, fille de Jean Allafort, représentant du peuple, et de feue Marie Monsalard. »

Ce mariage comble les vœux de Jean Allafort qui reprend, aux côtés du jeune ménage, sa douce vie familiale. Il accepte, pourtant, sa nomination de commissaire du Directoire dans son département.

Tant que durent le Consulat et l'Empire, il refuse, en jacobin impénitent, toutes les charges et tous les honneurs. Frappé par la loi du 12 janvier 1816, qui exclut à perpétuité du royaume les conventionnels qui ont voté la mort de Louis XVI et leur accorde un délai d'un mois pour sortir de France, Jean Allafort trouve assez de courage pour consoler ceux qui l'entourent :

« Mes amis, dit-il, laissez-moi subir ma destinée, moi seul l'ai encourue ! Je m'en irais trop malheureux si j'emportais avec moi la pensée qu'elle pourrait rejaillir sur quelqu'un de vous... »

Pourtant, à 76 ans, abandonner sa patrie, sa famille, ses amis, ses champs, pour aller quémander une hospitalité précaire en Hongrie ou en Silésie, pour Jean Allafort, c'est pire que la mort !

Des personnes influentes s'entremettent pour obtenir la grâce du proscrit. Celui-ci obtient un certificat de prolongation : « Le Préfet de la Charente, assuré de l'état d'infirmité où se trouve le sr Allafort compris dans la loi du 12 janvier, lui accorde une prorogation jusqu'au 15 avril prochain pour se conformer aux dispositions de l'article 7 de cette loi. Fait à Angoulême, le 8 mars 1816. Signé : Creuze de Lesser. »

Le comte Decazes, ministre de la Police, qui est un ancien obligé de Jean Allafort, l'autorise à résider à Paris. Pour lui faire accepter cette faveur accordée en dehors de la loi, Marie Grolhier trompe son père et lui fait croire que le gouvernement de Louis XVIII a ordonné un sursis de départ, et qu'on ne tardera pas à rapporter la loi.

Deux ans s'écoulent dans le provisoire. L'incognito qu'il est tenu de garder et l'éloignement du sol natal altèrent gravement la santé du vieillard, qui meurt le 5 mai 1818, à 2 heures du malin, après une agonie de trois jours. Ses restes, d'abord ensevelis au cimetière du Père Lachaise, sont transférés dans un enclos de son jardin de Souffrignac, puis au cimetière de Souffrignac. On peut lire sur la tombe de Jean Allafort et sur celle de sa fille, deux inscriptions respectivement gravées sur stèle de bronze et sur marbre :

« Ici repose Jean Allafort, né au Bourdeix (Dordogne) en 1740, mort à Paris le 5 mai 1818, ancien député à la Convention nationale, membre du Conseil des Anciens. En 1838, sa fille a fait rapporter ses cendres dans cette retraite d'où il avait été arraché en 1816. Vous qui l'avez connu, redites à vos enfants ses vertus modestes, son patriotisme et son malheur. Faites que ce monument comme sa mémoire soient ici à jamais un objet de respect. Marie Allafort, veuve Grolhier, aux mânes de son malheureux et excellent père. Marie Allafort, veuve Grolhier, décédée le 22 mai 1847. »

Christian de Sèze

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24 février 2016

Le Cousset : un fief noble de Varaignes

Le Cousset — L'abbé Nadaud s'exprime ainsi à ce sujet :

« Couslet, ou Cousset, fief dans les paroisses de Teijat et de Varaignes, en Périgord, diocèse de Limoges, et dans celle de Bussière-Badil, même diocèse, généralité de Limoges et élection d'Angoulême. Le seigneur en porte le nom. Il a sa chapelle avec sa litre et ses tombeaux dans l'église de Bussière-Badil. »

Le fief du Cousset appartenait, à partir au moins du XVe ou XVIe siècle, à la famille de Marendat, d'après un inventaire dressé à la requête de Jacques de Marendat, seigneur du Cousset, le 15 février 1684, par Me Jalanihat, notaire à Javerihac, après le décès d'Étienne de Marendat, et dans lequel il est fait mention de la reconnaissance du repaire noble du Cousset du 6 août 1548 et d'un dénombrement de 1480. Cette reconnaissance dut être faite par le père de Martin de Marendat, avocat au Parlement de Bordeaux, d'après le même inventaire qui relate encore le contrat d'acquisition faite par feu Martin de Marendat père, des rentes directes et seigneuriales du Cousset de Diane Descars, dame comtesse de Lavauguyon et de Varaignes, du 29 décembre 1606 plus du dénombrement qui fut fait après son décès, du fief noble du Cousset à la dame de Lavauguyon et de Varaignes en 1636.

1592. — Lettres de bachelier en droit civil, données le 10 décembre de l'an 1592, par René Fabre, de l'ordre des Frères prêcheurs, régent de théologie et vice-chancelier de l'université de Bordeaux, à honorable et discret homme Me Martin de Marendat, natif du lieu de Varaignes, au diocèse du Périgord.

Ces lettres en latin, signées Faber et plus bas Bernage, bedeau de ladite université.

Du 14 mai 1650, baptême à Nontron d'Etienne de Marendat, fils de Jacques, sieur du Cousset, et.de Sibille Forien.

Reprenant l'inventaire de 1684, nous y voyons le contrat de mariage du sieur du Cousset avec Sibille Forien du 6 février 1650 devant Mazière, notaire royal à Nontron; plus : Hommage rendu par le sieur du Cousset à haut et puissant seigneur Jacques Stouard, seigneur de Varaignes plus : Contrat de mariage d'autre Etienne de Marendat, sieur de Bellevue, et damoiselle Deyriaud, du 16 novembre 1676, signé Fogères, notaire royal à Nontron; plus Hommage rendu par feu du Cousset a haut et puissant seigneur Berthoumet (Béthoulat) de Caussade comte de Lavoyon, et à Marie Stuard de Caussade, son épouse, du fief noble du Cousset, du 14 juin 1680; plus : Donation et acceptation des 13 juillet et 4 aoùt 1680 des rentes du Cousset sous l'hommage d'une paire de gants blancs, par le seigneur comte de Varaigne audit feu sieur de Bellevue; plus : Dénombrement dudit fief noble du 14 août 1480; plus enfin : Lettres données en faveur de Marenda, écuyer, seigneur de Bellevue, et à Etienne de Marendat, son fils, par Nicolas Estouard de Caussade de Quélin. prince de Carency, comte de Lavoyon et autres places, portant que ledit seigneur fait lesdits sieurs de Bellevue, capitaine et lieutenant représentant sa personne dans son château et châtellenie de Varaignes, des bois et forets d'icelles et leur aurait aussi donné les rentes étant sur la maison et village du Cousset vendues par Diane des Cars à feu Martin de Marendat et autres droits portés par lesdites lettres datées du 27 novembre 1682.

Du 8 août 1684, baptême de Jean de Marendat, fils d'Etienne et de Jeanne d'Eyriaud mariés en 1676.

Le 2 octobre 1681, par lettres datées d'Arras, Barthélemy Stuard de Caussade de Quélen, prince de Carency, seigneur de la chàtellenie de Varaignes, etc., héritier sous bénéfice d'inventaire de Barthélemy de Quélen, son père, adjudicataire, par arrêt du 6 septembre 1671 de tous les biens de Jacques Stuard du Caussade, son aïeul maternel, celui-ci héritier bénéficiaire de Diane d'Escars, sa mère, femme de Louis Stuard du Caussade, donne commission de maître des eaux et forèts de la chàtellenie de Varaignes à Etienne de Marendat, écuyer, seigneur de Bellevue.

Du 3 mai 1705, devant Jalanihat, notaire, cession par Louis de Labrousse, sieur de Vaubrunet, à Jean-Baptiste de Marendat, seigneur du Cousset, l'un des gendarmes de la garde du roi, habitant sa maison noble du Cousset, paroisse de Varaignes.

Du 26 octobre 1705, devant le même, au lieu noble du Cousset, donation par Marie Deyriaud en faveur de Jean-Baptiste Cousset de Marendat, son fils, écuyer, seigneur du Cousset, l'un des gendarmes de la garde du roi. Le 1709, mariage dudit Jean-Baptiste avec Anne de Labrousse.

Du 6 février 1710, même notaire, au repaire noble du Cousset, contrat de mariage entre François de Labrousse sieur des Granges, l'un des gendarmes de la garde du roi, et Marie de Marendat, damoiselle, veuve de Jean de Pindray, sieur de la Grange, fille d'Etienne de Marendat et de dumoiselle Marie Deyriaud.

Du 8 mai 1710, baptême de Joseph de Marendat, fils de Jean-Baptiste de Marendat, écuyer, seigneur du Cousset, l'un des gendarmes de ta garde ordinaire de Sa Majesté; et de Anne de Labrousse.

Du 30 août 1711, baptême de Jean-Joseph de Marendat, fils des mêmes.

Du 11 septembre 1741, mariage de Jean-Joseph de Marendat, écuyer, seigneur de Bellevue, fils de Jean-Baptiste de Marendat, écuyer; seigneur du Cousset, officier des gendarmes de la garde du roi, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis, et de feu Anne de Labrousse, avec Marguerite de Masfrand, fille de Jean de Masfrand, écuyer, sieur de Longchamp, et de Marguerite Pabot.

D'après Nadaud Jean-Baptiste de Marendat, écuyer, sieur du Cousset, épousa, en 1747, Marie-Marguerite-Ursule de Masvaleix fille de Jean, écuyer, sieur dudit lieu et de l'Isle, paroisse de Busserolles, et de Françoise de Meilhac. Du 30 novembre 1759, acte de décès de messire Jean-Baptiste de Marendat, écuyer; sieur du Cousset, chevalier de Saint-Louis, ancien maréchal-des-logis de la garde du roi et mestre de camp de cavalerie, âgé de 80 ans. Du 14 mars 1763, mariage de Jean-Joseph de Marendat, chevalier, seigneur du Cousset, veuf de Marguerite de Masfrand, avec Marie de Labrousse; fille de Joseph de Labrousse, seigneur de Vaubrunet, ancien officier d'infanterie. Jean-Joseph de Marendat laissa un fils, Antoine, émigré en 1793 et mort audit lieu du Cousset, en 1855. En lui s'est éteinte la branche aînée de la famille.

Nous trouvons encore dans les archives particulières des Marendat du Cousset les pièces suivantes :

1708. — Il n'y a aucun changement, Monsieur mon compagnon, aux ordres du Roy qui vous ont estés lus au licentiement au retour de la campagne dernière. La compagnie s'assemblera le 1er avril prochain; ayez à vous rendre ledit jour à l'hôtel Soubize, à dix heures du matin, à cheval, pour passer en revue. Les marques que j'ai eu de vostre zèle et de vostre exactitude au service, me donne lieu d'estre persuadé que vous prendrez des mesures justes pour vous rendre régulièrement le jour fixé en bon équipage, afin que je puisse rendre compte à Sa Majesté, le lendemain de vostre arrivée, et de l'estat de sa compagnie, et faire connoistre vostre attachement et vostre attention à luy plaire.

Je suis, Monsieur mon compagnon, parfaitement à vous.

Signé : Le P. de Rohan.

Ce 21 janvier 1708.

1714. — Nous, Hercules Mereadec, prince de Rohan et de Maubuisson, marquis d'Annonay et de Sainte-Marie-du-Mont, comte de La Voulte, Tournon, Alban et Saint-Géran, baron de Préaux, Vigny, Longuesse et autres terres, capitaine-lieutenant de la compagnie de gendarmes de la garde du Roy, lieutenant-général de ses armées, gouverneur et lieutenantgénéral pour Sa Majesté des provinces de Champagne et Brie, Certifions à tous qu'il appartiendra que le sieur du Cousset est l'un des gendarmes de ladite compagnie.

En foy de quoy, nous luy avons fait expédier le présent certificat signé de notre main, scellé du cachet de nos armes et contresigné par notre secrétaire.

Donné à Paris, le vingt septembre mil sept cent quatorze.

Hercules de Rohan.

Par Monseigneur : Jonchera.

1725. — Nous Hercutes (voir ci-dessus), certifions à tous qu'il appartiendra que le sieur du Cousset est l'un des gendarmes de ladite compagnie dès le 25 mars mil sept cent quatre y a toujours servi sans discontinuation et y sert actuellement et s'est trouvé à toutes les actions de la compagnie, et a eu part à la gloire qu'elle s'y est acquise. En foy de quoy, nous lui avons fait expédier le présent certificat signê de notre main, scetté du cachet de nos armes et contresigné par notre secrétaire.

Donné à Paris, le septième février mil sept cens vingt-cinq.

Hercules de Rohan.

Par Monseigueur : René.

1726. — Monsieur du Cousset, la satisfaction que j'ay des services que v ous avez rendus au feu Roy, mon très honoré seigneur et bisayeul de glorieuse mémoire, et ceux que vous continuez de me rendre, m'ont convié à vous associer à l'ordre militaire de Saint-Louis mais comme votre éloignement ne vous permet pas de faire le voyage qui serait nécessaire pour estre par moy reçu audit ordre, je vous écris cette lettre pour vous dire que j'ay commis le sieur de Chateaumorand, lieutenant-général en mes armées et commandeur dudit ordre, pour en mon nom vous recevoir et admettre à la dignité de chevalier de Saint-Louis, et mon intention est que vous vous adressiez à luy pour prêter en ses mains le serment que vous este tenu de faire en ladite qualité de chevalier et recevoir de luy l'accolade et la croix que vous devrez d'oresnavant porter sur l'estomac, attachée d'un petit ruban couleur de feu. Voulant qu'après cette réception faite, vous teniez rang entre les autres chevaliers dudit ordre et jouissiez des honneurs qui y sont attachés. Et la présente n'estant pour autres fins, je prie Dieu qu'il vous ayt, Monsieur du Cousset, en sa sainte garde.

Ecrit à Versailles, le vingt-deuxième décembre 1726.

Louis.

Plus bas : Le Blanc.

1736. — Provision de chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis en faveur du sieur Ducousset, l'un des porte étendards de la compagnie des deux cents hommes d'armes des ordonnances servant à la garde ordinaire de notre personne..., ayant eu pour agréable de t'admettre dans ledit ordre le vingt-huitième jour du mois de novembre de l'année mit sept cent trente-six..., etc.

Donné à Versailles, le sixième jour du mois de mars l'an de grâce mil sept cent trente-six et de notre règne le vingtième.

Louis.

Enregistré au greffe de l'ordre militaire de Saint-Louis par nous, écuyer, garde des archives dudit ordre, le 21 avril 1736.

Le Vasseur.

1742. — Aujourd'huy onzième du mois de may 1742, étant à Fontainebleau, prenant une entière confiance en la valeur, courage expérience en la guerre, vigilance et bonne conduite du sieur du Cousset brigadier en la compagnie des deux cents hommes d'armes de ses ordonnances, servant à la garde ordinaire de sa personne et en sa fidélité et affection à son service, Sa Majesté l'a retenu, ordonné et établi en la charge de maréchat-des-logis dans lad. compagnie, vacante par la retraite du sieur de Valandré, pour dorénavant en faire les fonctions et en jouir aux honneurs, autorités, prérogatives, droits, états et apointements qui y appartiennent, tels et semblables dont jouissent ceux qui sont pourvus de pareilles charges... etc.

Signé : Louis.

Plus bas : De Breteuil.

Armoiries : A un écu d'or, chargé d'une croix d'azur, et surmonté d'une couronne de comte. Supports : Deux nègres armés d'arcs.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1892)

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15 février 2016

La chapelle Notre-Dame des Clercs de Nontron

La chapelle de Notre-Dame des Clercs devint église paroissiale à partir de 1781, ainsi qu'il appert de l'acte précédent et de cette mention, transcrite sur les registres des actes de l'état civil :

« Le 27 février 1781, nous avons, conformément à l'ordonnance de Monseigneur l'illustrissime et révérendissime évêque de Limoges, en date du 20 du même mois, à cause du défaut de confection des réparations par lui ordonnées en son cours de visites du 28 août 1779, transporté dans l'église de Notre-Dame le Très-Saint Sacrement et les fonds baptismaux de l'église paroissiale, pour être la dite église prieuriale tombée, par le défaut susdit, dans l'interdiction le dit transport fait par nous soussigné, vicaire, accompagné de la justice en corps et foule de personnes. M. le curé, détenu en chambre par intirmités, et qui nous a lui-même dicté et écrit sur un registre le dit acte de translation, et l'a signé avec nous Turcat, curé de Nontron Ratineau, vicaire. »

La confrérie de Notre-Dame des Clercs fut fondée, bien qu'il y en eut déjà quatre dans la paroisse, et fut adoptée avec enthousiasme par des fidèles de toutes conditions et placée bientôt au premier rang, ainsi qu'il résulte des actes ci-dessus et des deux suivants :

« Du 21 mai 1747.... Pardevant Me Grolhier, notaire... dans la chapelle de Saint-Joseph de Notre-Dame des Clercs, ont été présents les principaux confrères de la confrérie de l'Assomption de Notre-Dame des Clercs et de celles de la ville... Lesquels ont nommé M. Me Jean Forien, sieur des Chapoulies, avocat en la cour, et Pierre Allemand, sieur de La Boneyge, procureur d'office, pour et au nom de toutes les confrairies et paroisses de la ville, transiger avec Me Jean de Labrousse, sieur Dubosfrand, juge de la dite ville, comme héritier bénéficiaire de Léonard Roy, par suite de légat réglant à quinze cents livres ce qui se!'ait dit, dont cinq cents livres seraient attribuées à la subsistance des pauvres et le surplus placé convenablement... Ont signé : Clédat de Laborie, curé; Patoureau, Forien des Chapoulies, Boyer de Laborderie, Allemand, le chevalier de Masfrand, Labrousse du Peyrat, Pastoureau du Coutirant, ParcelIier, de Mazerat, Labrousse de Lagrange, Feuilhade, Pastoureau de la Serve, Labrousse du Dosfrand, Grolhier du Reclaud, Pierre Feuilhade, Ribadeau, P. Astelet, G. Dumas, Jalanihat, Arbonneau, N. Houmeaux, C. Martin, Noël Ristineaux, F. Mercier, Pierre Delapouraille, Jean Péry, François Dudouble, P. David, F. Mazière, F. Lavaud, Grolhier, not. roy. »

Voici maintenant le dernier acte de nomination de syndics par les confrères

« Le 15 juillet 1781, pardevant Me Lapouge, notaire royal... Après midy et issue de vépres, dans la chapelle de St-Joseph, dépendant de la chapelle de Notre-Dame des Clercs... nomination de sindics en remplacement de MM. Villedary et Feuillade, en la personne de MM. François-Thibaud Fourien de Villopré, avocat, et Guy Tamagnon, procureur en la juridiction de cette ville... Ont signé : Turcat, curé; de Mazerat, avocat et juge de Nontron; Pastoureau du Coutirant, procureur d'office; de Mazerat fils, avocat; Couvrat-Desvergnes, Couvrat, Pastoureau de Labesse, Ribadeau du Mas, Mazière du Reclaud, Cholet de Labrousse, Allemand de La Boige, F. Chabaneau, meunier; F. Dudouble, sergetier; Viclor Yonet; tapissier Jean Delapouge; tailleur; Etienne Ribadeau, sieur du Maine, bourgeois; J. Deribieras, tisserant F. Bernard, coutelier; J. Lapouge, charron. »

Si, maintenant, et en dehors des membres de la confrérie, nous recherchons quels furent les bienfaiteurs de la chapelle de Nutre-Dame des Clercs, nous en trouvons de deux sortes :

1° Les familles qui tinrent à l'honneur d'y être ensevelies de 1627 à 1704, époque à laquelle la permission dut en être retirée, et parmi lesquelles on distingue celles des de Labrousse, Cholet, de Mazerat, Eyriaud, de Laubière: Pourtem, Peyrot, Forien, de Marandat, Faure, Laud, Pecon, Pastoureau, Agard, Rastineau, de Roufignac, du Reclus, de Masfrand, Basset, Favard, Texier, Feuillade, Delapousge, etc.

2° Les donations par testament, dont nous ne rappellerons que celles relatives aux réparations et constructions desdites chapelle et église, à l'ameublement et à l'ornementation :

Du 28 octobre 1663, devant Vielhemart, notaire royal, testament de Pierre Madagon, bourgeois, qui veut être enseveli dans la chapelle de Notre-Dame des Clercs, il laquelle il lègue dix livres, outre les trente léguées par Anne Laud, sa femme, pour .être employées à la réparation de ladite chapelle.

Du 8 juillet 1670, même notaire, testament par lequel Pierre Eyriaud, curé d'Hautefaye, veut qu'il soit donné à la chapelle de Notre-Dame de Nontron uu ciboire et un calice d'argent, le tout de la valeur de cinquante écus et entend que ledit calice et ciboire servent journellement dans ladite chapelle, sans qu'il soit permis à qui que ce soit de les transporter ailleurs.

Du 3 mars 1678, devant Laud, notaire royal, testament de Jeanne de La Brousse, femme de Joseph de Mazerat, laquelle lègue « à la réparation de la chapelle de Nostre-Dame des Clercs la somme de dix livres, pareille somme à l'esglize des dames religieuses de Sainte-Claire, et pareille somme aux dames de la Charité. »

Le 2-1 septembre 1693, dev ant Delapousge, notaire royal, Henry Dupeyroux, bourgeois, lègue « aux réparations de la chapelle de Nostre-Dame des Clercs la somme de dix livres. »

Du 26 rovembre 1712, devant Boyer, notaire royal, François Agard, clerc, lègue cinquante livres « à la chapelle de Nuatre-Dame des Clercs, partie pour les réparations et partie pour les messes à faire dire pour les eonfra:res.

Le 14 aoùt 1721, décès de François de Mazerat, lequel avait légué trente livres à Notre-Dame des Clercs, suivant quittance du 18 août 1726, donnée à dame Marie Eyriaud, sa veuve, par MM. de La Brousse et Forien, syndics, pour, y est-il dit : « vingt livres ait moyen des pierres que nous avons pris pour la lutissc de Nostre-Dame, et la somme de dix livres en argent. »

Le 31 septembre 1743, Bertrande Pastoureau, épouse Feuillade, lègue à la chapelle de Notre-Dame des Clercs trente livres pour la décoration du principal autel de la Sainte-Vierge.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1886)

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03 février 2016

La seigneurie de Connezac

La commune de Connezac est bornée à l'est par celle de Lussas; au sud et à l'ouest, par celle de Beaussac, canton de Mareuil et au nord, par la commune d'Hautefaye. On y trouve les bourg, villages et hameaux suivants :

« La Farge. — Fontenille, à 201 mètres d'altitude. — Maine-Rousset. — Le Pouyeau. — Le Petit-Château. — Le Maine-du-Bost. — Connezac, bourg avec chàteau. »

Le sol en est également calcaire, en grande partie crétacé, avec carrières de pierre de taille et mines de fer.

Le chiffre de sa population a été successivement : en 1365, de 54 habitants pour neuf feux. — De 449 au XVIIe siècle. — De 273 en 1804 pour 64 maisons. — De 315 en 1852. — 296 en 1856. — 265 en 1861. — 272 en 1866. — 234 en 1872. — 248 en 1876. — 246 en 1881.

Au sujet des anciennes institutions, nous avons recueilli les documents ci-après :

« Connezac, dit M. de Gourgues, Sanctus-Martinus de Conazac (pouillé du XIIIe siècle). Conazacum, 1365 (Lesp. Chatell.) — Ancien repaire noble mouvant de la châtellenie de Nontron. Depuis ayant haute justice sur la paroisse et Hautefaye, 1760. (Alm. de Guy.) — Patron : saint Laurent. »

D'après la pancarte du diocèse de Périgueux, mise en vigueur le 16 avril 1556, la cure de St-Martin-de-Connazac dépendait de l'archiprêtré du Vieux-Mareuil et était à la nomination de l'abbé de St-Cybar d'Angoulême.

Du 9 décembre 1378, testament signé Fagus R., passé in castello Conazati, par lequel nobilis homo Andreus de Conantis, domicellus, lègue au chapelain qui fera ses funérailles summam quatuor numerorum signatarum ad figuram Regis Francie ad edificandam ecclesiam dicti Conazati. — Du dernier avril 1475, testament par lequel Agnès de Maulmont, veuve de Thibault Conan, fait un legs ecclesie Sancti Martini de Conazaco, d'où il résulterait que le patron de cette paroisse devait ètre saint Martin, et non saint Laurent.

Parmi les curés, nous avons recueilli les noms de Venerabilis homo Beomitus, pastor et capellanus parochie Conazati, témoin dans le testament de 1378. — Venerabilis Regnatus, pastor et capellanus, en 1383. — Thibaud Bourcin en 1711.

Le 21 messidor an IV, l'administration centrale de la Dordogne aliéna le presbytère pour la somme de 444#, et cette petite paroisse est depuis longtemps desservie par M. le curé de Beaussac.

La seigneurie de Connezac appartenait, avant 1284, à la famille de Roux, et à cette époque elle passa, par mariage, dans celle de Maulmont, ainsi qu'il résulte d'un acte de partage, en deux parts égales, passé à cette date, et le 20 juillet, entre Agnan de Lage, Agnonis de Agia, miles, de l'hérédité d'Arnaud Roux, hereditatem que fuit domini Darnaudi Ruphi, militis, frère dudit Agnan, et Valérie, fille unique et héritière dudit Arnaud, femme de Jourdan de Maulmont, et Valerie file unice el heredis dicti Arnaudi Ruphi, uxoris Jordani de Malomonte, domicelli filii Helie de Malomonte, militis; dans lequel partage figure, en première ligne, domum arbgamentum quam habitant Agnonis et Valeria apud Conazac, Petragorencis diocesis, et juribus et pertinentiis suis et colombarii ortis... et omnes juridictionem justitiam altam et bassam... Item juridictio alta et bassa in burgo et parochia de Alta Fagia...

Aussi trouvons-nous, à la date du 11 novembre 1403, un acte passé à Nontron et signé Cazati, par lequel nobilis Johannes de Malomonte, dominus de Conazaco, assence à Pierre Forien une terre et un bois châtaignier dans la paroisse de Boussaco (Beaussac). — Autres baillettes des 27 septembre, 11 décembre 1411, passées à Nontron et signées : Depodiezilho, et consenties par le même nobilis vir Johannes de Malomonte, domicellus, dominus parte de Conazaco.

Cette seigneurie passa ensuite à la famille de Conan, par le mariage d'Agnès de Maulmont, fille dudit Jean, avec Thibaud Conan, dont la famille originaire était venue en Périgord et Limousin avec Jean III, duc de Bretagne. Ce mariage fut célébré avant le 20 octobre 1438, date d'une transaction de famil le passée à Nontron et signée Poyalibus. — Viennent aussi à l'appui diverses baillettes des 22 février 1450, 5 avril 1458 et 5 décembre 1471, signées Veterimary, Maultrot et Fretelly, portant arrentements de fonds divers par nobili viro Theobaldi Conan, domicello et nobili muliere Agnes de Malomonte, domicella, domina de Conazaco. —  De ce mariage, provinrent six enfants, parmi lesquels Thibaud Hélie, auquel sa mère donna la terre d'Hautefaye, par acte du 5 septembre, signé Robin, Guillaume et Jean, qui fit souche et continua la filiation au sujet de laquelle nous renvoyons au Nobiliaire de Nadaud, pour en revenir à la seigneurie et paroisse de Connezac.

Devenue veuve, Agnès de Maulmant ayant eu, dans la succession de son père, la terre de Connezac, en rendit hommage au vicomte de Limoges le 24 avril 1464, au château de Nontron, avec toute justice haute, moyenne et basse. (Doat.)

Suivent divers hommages que nous avons en main et dont nous donnons les extraits suivants :

Le 21 octobre 1541, Joachim Cosnan, escuyer, seigneur de Conazac, rend hommage à Rollet, bastard d'Albret, au nom du roy de Navarre, vicomte de Limoges, « de la moytié de la maison et seigneurye de Conazac, avec la justice haute, moyenne et basse, cens rentes et autres appartenances et deppendances, siz, le tout, en la baronnie de Nontron... »

Le 16 novembre 1643, en la ville de Périgueux, bommage rendu par le même et pour la même seigneurie entre les mliins de Jacques Dupré, escuyer, seigneur de la Mabilière au nom d'Henri, roy de Navarre, en présence de Ramond de La Porte, escuyer, seigneur de la Salle-de-Lisle et maitre Hélie André, juge d'appeauls.

Le 18 février 1583, en la ville de Thiviers Jehan Jammet notaire royal, fondé de pouvoir de François Conan, escuyer, conseigneur de Connezac rend à Armand de Gontaud de Biron seigneur baron de Salaignac, etc., à ce commis :

« Les foy et hommaiges et serrement de fidélité que doit ledit tenancier au seigneur Roy de Navarre, pour raison de la moittié de la seigneurie et justice haulte, moyenne et basse de Conazac, avec ses appartenances et deppendances, situées en la baronnie de Nontron, vicomté de Limoges. et généralement de ce qu'il tient au dit seigneur, recongnoit et atteste tenir à foy et hommaige dudit seigneur, à cause de son vicomté. Et ce faisant, ledit Jammet audit nom, estant teste nue, deux genoux ell terre, lespée desseinte, tenant ses mains jointes entre les miennes, a promis et juré sur la Sainte Bible qu'il sera bon et loyal vassal dudit seigneur et de ses soccesseurs, son bien et honneur pourchassera et gardera et son mal évitera. Ne rentrera, ne se trouvera en lieu aucun contre sa personue, et ses femme, enfants, biens et gens de son conseil, sans aucune chose conspirer ou machiner, et quand saura avoir esté faict, l'en advertira au plus tôt qu'il luy sera possible. Et suivra, gardera et défendra, ledit seigneur, son honneur de ses femme, enfants et biens, contre toutes personnes, le Roy souverain excepté. A la charge aussy que ledit Conan bailhera en forme, dedans le temps deu, le dénombremen. des biens et fief dont il a faict à présent hommaige, à peine de main mise... »

Le 7 novembre 1667, hommage fait a Périgueux par Anthoine de Conan, escuyer, au roy Louis XIV, pour raison de son chasteau et seigneurie de Connezat-Autefaye.

Le 21 décembre 1764, même hommage par messire Alexis de Conan pour sa terre et seigneurie de Connezac et Hauleraye, avec dénombrement du 1er septembre 1769. (1)

Enfin, le 19 février 1783 méme hommage fait à Bordeaux au roy Louis XVI, par messire Louis-Thomas de Conan, chevalier, baron de Montbrun, seigneur de Connezac et autres lieux.

A partir de cette époque, jusqu'à nos jours, le château de Connezac et les propriétés en dépendant ont été possédés par la famille de Conan, dont les derniers représentants sont actuellement M. de Moneis et Mmes de Rolland et Moreau de Saint-Martin.

Enfin, quant au droit de justice, nous trouvons parmi les officiers, à partir du XVIe siècle :

En 1551, Jean Chambon, juge. — 1604, Jean de Puyrénier, idem. — 1611, Pierre de Puyrénier, idem. — 1675, Pierre Vieilhemard, notaire royal et juge. — 1680, Pierre de Marendat, procureur d'office. — 1697, Eymeric Martin, idem. — 1703, François Desvars, juge. — 1715, Pierre Janet: sieur de Lasfons, juge. — 1716, Pierre Devillars, procureur d'office. — 1789, Petit de Cheyllac; juge Pichon, greffier. — Notaires : 1580, Pierre de Puyrénier. — 1648, Desmoulins. — 1707, Emery Martin. — 1716, Pierre Devillars. — 1780, Petit de Cheyllac.

Notes :

1. Voici, quant à la construction du château et de l'état de la seigneurie de Connezac, un extrait de ce dénombrement :

« Article premier. — Consistant en l'hôtel et château noble de Connezac, composant un corps de logis, plusieurs pavillons, écuries, cour, jardin, fuye, guarenne, terres labourables, preds, vignes et bois taillis, le tout contigu, situé sur ladite paroisse. (Suivent les confrontations)... — Art. 2. La haute, moyenne et basse justice (mere, mixte et impere), domaine, fiefs, cens etrentes en touts droits de fondalité, droits d'échange, de péage et autres droits et devoirs seigneuriaux dans les paroisses de Connezac et Authefaye. (Suivent l'étendue et les confrontations). — Articles 3, 4, 5, 6, relatifs à diverses rentes foncières sur divers villages et tènements dans la paroisse de Connezac, en froment, seigle et avoine, mesures de Connezac et de Mareuil, châtaignes, gellines et argent. — Art. 7. Plus les droits de lods et ventes, échange et contréchange dus dans l'étendue de ladite paroisse et en vertu de laquisition qu'en fit haute et puissante dame Marie de Pindray, dame de Connezac, le 12 octobre 1700, reçu par Tardieu, notaire à Périgueux. — Art. 8. La haute, moyenne et basse justice dans ladite paroisse et l'étendue des confrontations cy-après. — Articles 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, relatifs à des rentes foncières sur village et tènements de la paroisse d'Authefaye. — Art 20. La tierce partie des dimes inféodées de la paroisse d"Authefaye. — Art. 21. Plus la foy et bommage du repaire, fief et tènement de Barroufières, paroisse de Nontron, tenu par Jean de Labrousse de Baroufières. Art. 22. Une rente de douze deniers sur une vigne au mas des Places dépendant du repaire noble de Barouffières... — Art. 23. Autre rente de 4 deniers sur un jardin, autrefois maison rue du Rieu, à Nontron. — Art. 24. Rente de 15 deniers sur maison à Nontron, Grande-Rue. — Articles 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, autres rentes sur divers fonds dans la paroisse de Saint-Martial de Volette. »

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1889)

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La maison de détention de Saint-Pardoux en 1793

Le 1er octobre 1792, les religieuses quittèrent le couvent dont tous les objets mobiliers furent vendus aux enchères du 14 au 22 du même mois ; l'argenterie fut seule réservée pour être portée à la Monnaie de Limoges, mais quand le Directoire voulut en prendre possession, il se trouva que les pièces les plus précieuses avaient été enlevées : à la suite d'une enquête prescrite le 5 novembre, suivant, la sœur Versaveau fut arrêtée et incarcérée à Nontron sous la prévention d'avoir soustrait des objets servant au ci-devant culte catholique ; elle était encore en prison en avril 1793.

Le 10 novembre 1792, les bâtiments du couvent furent adjugés au citoyen Planchas-Lavalette moyennant 18.721 l.

Les portes du monastère s'étaient à peine fermées sur les religieuses, emportées par la tourmente révolutionnaire, qu'elles se rouvrirent pour donner passage, comme au temps de sa splendeur, aux femmes des premières familles du pays.

En effet, M. Planchas, pour tirer parti de son acquisition, avait loué ces bâtiments au Département qui y installa une prison pour les suspects : dès le 16 pluviôse an II, on y transportait de Nontron les dames Moreau de Saint-Martial fille, Rose Maillard, Royère fille, Marie Villard, Rose du Haultmont, d'Ancors, veuve Maranda du Cousset, et ses deux filles, Royère, veuve la Bardonnie, sœur Saint-Remys, Cammin. Les hommes étaient : Milhate du Hautmont, Desmarets, Texier, Alexis Cammin, Raynaud père et fils, Roux-Luçon ; d'autres vinrent bientôt les rejoindre : Basset de Rivailles, Roussarie, Pinton, Larret-Grandpré, Lapeyronnie père et mère.

Le 23 messidor suivant, le district décidait que cette prison serait exclusivement affectée aux femmes ; on y conduisit alors mesdames Roux-Luçon mère, Roux-Luçon grand'mère, les quatre sœurs Dupin de Saint-Cyr, la Roussie, les deux Lajard-Gresignac, Cammin-Saint-Sulpice, Boistillé-Desgroges, Marie Moreau-St-Martial, la Brousse-Vaubrunet et ses deux filles, Chaban ci-devant religieuse, les deux sœurs Conan d'Ancors, les deux Villars-Poutignac, tantes, Gallard-Béarn née du Tillet, Leymarie et ses quatre filles, les trois sœurs Saunier, Vaucocour, veuve Boulouneix, Desrivailles, la Roussie, ci-devant religieuse, Girou-Desmarets, Escravayat-la-Barrière et ses deux filles, d'Abzac-St-Viance, les quatre filles de La Croix du Repaire, Dereix, Suzanne Valade, ex-religieuse, Delezon fille, Auvrai-St-Remy, veuve Moreau-Maillard, soit au total 53 personnes appartenant tant à la bourgeoisie qu'à la noblesse.

Les détenues recevaient chacune 25 sous par jour pour leur nourriture, chauffage et blanchissage ; seul le pain leur était fourni par la municipalité. Elles devaient choisir parmi elles une économe chargée d'acheter les denrées et de les payer.

Il était obligatoire pour elles de prendre leurs repas en commun et elles devaient se contenter de l'ordinaire ; défense absolue leur était faite d'acheter d'autres vivres au dehors. L'assistance de domestiques leur avait été refusée et elles devaient elles-mêmes préparer leurs repas, nettoyer la prison et entretenir leur linge. Cependant plusieurs d'entre elles étant tombées malades, le district se départit de ses cruelles rigueurs en leur permettant, le 9 thermidor an II, d'engager à leurs frais trois filles de chambre.

Le 26 messidor, le pourvoyeur de la maison de détention informait la municipalité « que les détenues manquaient totalement de pain et qu'il ne savait où en prendre. » Celle-ci, vu la pénurie des grains, arrêta de prendre le blé de Lapeyronnie, père d'émigré, alors en prison, à charge de verser 750 l. à la caisse du séquestre.

Des temps plus calmes revinrent et la prison de Saint-Pardoux laissa échapper ses détenues : bientôt les bâtiments d'un entretien difficile furent transformés en carrière où chacun vint puiser les pierres nécessaires à ses constructions. Le vandalisme accomplit son œuvre ; l'église, les cloîtres, les ailes disparurent et le couvent se trouva réduit au corps de logis lépreux qu'on voit encore et qui fait songer à ces paroles d'un illustre écrivain : « Il y a deux sortes de ruines très distinctes, l'une ouvrage du temps, l'autre ouvrage des hommes. Les premières n'ont rien de désagréable, parce que la nature travaille auprès des ans. Font-ils des décombes, elle y sème des fleurs, entrouvrent-ils un tombeau, elle y place le nid d'une colombe. Sans cesse occupée à reproduire, elle environne lamort des plus douces illusions de la vie.

Les secondes ruines sont plutôt des dévastations que des ruines : elles n'offrent que l'image du néant, sans une puissance réparatrice. Ouvrage d'un malheur et non des années, elles ressemblent aux cheveux blancs sur la tête de la jeunesse. »

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1899)

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18 janvier 2016

Forgeneuve : un fief noble de Javerlhac

Forgeneuve — Fief avec forge et fonderie, dont la maison noble se composait d'après un procès-verbal reçu Jalanihat, le 7 septembre 1710, d'un corps de logis à deux étages, flanqué d'une tour ronde, et de l'autre côté d'un pavillon carré. Le même procès-verbal constate que par suite des rigueurs du grand hiver de 1709, ont été complètement gelés: tous les arbres fruitiers, du jardin et de l'enclos, huit petits châtaigniers, les noyers, les cerisiers, les plants d'une vigne de deux journaux et demi, les bois châtaigniers en totalité, les baliveaux et les deux tiers des chênes de la garenne et autres. Forgeneuve appartenait, avant 1505, à Dauphin Pastoureau. En 1624, François Coquet en était propriétaire dans deux actes de 1642, 1643, Maurice Coquet est qualifié de sieur de Forgeneuve, habitant au dit lieu noble. Dans un autre acte du 8 mars 1680, passé au lieu noble de la Forgeneuve, bail à métairie par Léonard Coquet, sieur du dit lieu, gentilhomme ordinaire de monseigneur le Prince, et capitaine de cavalerie dans le régiment de Noailles. Le 5 juillet 1695, partage de prés dépendant des biens délaissés par le dit feu Léonard Coquet, écuyer, dont deux cinquièmes pour messire Paul de Couhé, sieur du Mas et de St-Paul, habitant au dit lieu noble de Forgeneuve, pour les enfants issus de son mariage avec feu demoiselle Anne Coquet, et trois cinquièmes à maître François Bouthinon, avocat et juge de Varaignes et Jean Bouthinon, son frère. En 1706, le 2 janvier, bail à ferme des moulin et pressoir de Varaignes, par dame Anne de Couhé, veuve de Jean de Couhé, écuyer, sieur du Mas, habitant au lieu noble de Forgeneuve. En 1749, messire Pierre de Couhé, y habitait également. Le 27 septembre 1774. devant le Pot-Dauteuil, notaire à Paris, vente de Forgeneuve par M. de Montalembert, au comte d'Artois, et du 19 décembre suivant, procès-verbal d'état de lieux par Boyer, notaire à Nontron. Cession par M. le comte d'Artois à l'État pour une partie des forêts de la Marne et, enfin, vente par le Domaine, en 1854, au sieur Vallade-Beauchaud.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1888)

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