08 mars 2016

Le corps-de-ville d'Angoulême en 1572

État nominatif des cent membres du corps-de-ville à la date de la mézée.

Maire.

François de Voyon, sieur des Rivaulx.

Soubz-maire.

Nicolas Ythier, sieur de La Boissiere.

Eschevins.

1. Maistre Loys Estivalle, sieur de Chassors.
2. François Couillaud, sieur de Heurtebise.
3. François Calluau.
4. Maistre Michel Constantin, sieur du Lugeat.
5. Mathurin Martin, conseiller, garde des sceaux au Présidial d'Angoulesme, sr d'Andreville.
6. Maistre Pierre Janvier, lieutenant particulier d'Angoumois.
7. Maistre François Nesmond, lieutenant général au Présidial.
8. Maistre Pierre Chappiteau.
9. Mtre Nicolles Ythier.
10. Maistre François Nesmond, conseiller au grand Conseil, depuis président en la cour de Parlement de Bourdeaux.
11. François de Lage.
12. Maistre Jehan Girard.

Conseilliers.

1. Maistre Jehan de Paris.
2. Pierre Montgeon.
3. François de La Combe.
4. Jacques Nogerée.
5. François de Livenne, escuier, seigneur de Neuilhac.
6. Maistre François de Corlieu.
7. Pierre Boutin.
8. Maistre François Vabre.
9. Messire Cybard Tizon, chevalier, seigr d'Argence.
10. Guillaume Le Conte.
11. Maistre Estienne Maquelilan.
12. Jehan Ruffier.

Pers.

1. Jehan Robin.
2. Martial Juilhard.
3. Jehan Paulte.
4. René de Prahet.
5. Jehan Vergnault.
6. Hector Robin.
7. Jehan de La Combe.
8. Maistre Jehan de Rouffignac.
9. Aymard de Terrasson.
10. Maistre Merlin du Port.
11. Maistre Estienne Pontenier.
12. Mtre Gérosme de Voyon.
13. Raymond Mallat.
14. Maistre Pierre Estivalle.
15. Maistre Guillaume Le Coq.
16. Maistre Jehan Lesné.
17. Maistre Jehan Chadenne.
18. Jehan de Lage.
19. Hannibal Moreau.
20. Loys de Lesmerie.
21. Estienne de Villautreys.
22. Maistre Gabriel Pigornet.
23. Maistre François Boessot.
24. Maistre François du Foussé.
25. Maistre Jehan Préverault.
26. Maistre Pierre Gandillaud.
27. Jehan Brugier.
28. Maistre Michel Le Roy.
29. Maistre Robert Blanchet.
30. Jacques Debresme.
31. Maistre François Redont.
32. Maistre François Rochier.
33. Maistre Anthoine Gilibert.
34. Maistre Marc Girault.
35. Pierre de Marcilhac.
36. François des Moulins.
37. Jehan Poumaret (aliàs Pommaret), sieur de La Valade.
38. Maistre Jehan Mousnier.
39. Jehan Prévost.
40. Maistre Pierre Terrasson.
41. Maistre Jehan Levesque.
42. Denis Chappiteau.
43. Hélies Boutin.
44. Gabriel Martin.
45. Maistre Aimery de La Coste.
46. Toussainctz Martin.
47. Guillaume de La Tousche.
48. Guillaume Dexmier.
49. Maxias (aliàs Mathias) Benoist.
50. Jehan Rousseau.
51. Maistre Jehan Gaignier.
52. Maistre François du Mas.
53. Maistre Jehan Vigier.
54. Hélies Greleau.
55. Guyon Girard.
56. Maistre Jehan Menagut.
57. Jehan Ruffier.
58. Geoffroy Ythier.
59. Maistre Guillaume de Paris.
60. Maistre François Le Musnier.
61. Maistre Bertrand Caillon.
62. Phelippes Joyeulx.
63. Guillaume De Lousmelet.
64. Maistre François Bernardeau.
65. Maistre François Ythier.
66. Jacques Girard.
67. Maistre François Lizsée.
68. Pierre de Corlieu, sieur de Lussault.
69. Maistre Pierre Juilhard.
70. Pierre Ruspide.
71. Mtre Geoffroy Montgeon.
72. Maistre Cybard de Corlieu.
73. Maistre Michel de La Tousche.
74. François de La Vallade.
75. François Ballue.

Arch. de l'hôtel de ville, registre des délibérations, coté B, f° 128, et mémorial B, f° 2, v°, et 3.

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1870)

Posté par ID348347 à 20:49 - - Permalien [#]


07 mars 2016

La noblesse de robe dans l'Angoumois

M. Jean Jézéquel présente à l'Assemblée des aperçus nouveaux sur la noblesse de robe dans l'Angoumois au XVIIe et XVIIIe siècles, d'après le fonds Mazière des Archives Départementales. (Série J/537-J/715). 70 liasses environ de cet ensemble épars et varié concernent les familles Arnaud de Ronsenac, Gervais et Sarlandie auxquelles est consacré le présent exposé (sans oublier d'autres documents du fonds qui concernent exclusivement l'Angoumois et essentiellement sous l'Ancien Régime).

3 familles distinctes :

— les Arnaud de Ronsenac, issus de Pierre Arnaud par son dernier fils Jacques, né d'un deuxième mariage, et dont les générations suivantes ont été : Pierre Arnaud né en 1668, André puis Pierre Arnaud (1731-1813). Tous membres du présidial d'Angoulême, soit comme Conseillers, soit comme Procureur du Roi (le dernier), le deuxième Pierre Arnaud est maire d'Angoulême entre 1721 et 1723... c'est la fonction municipale qui anoblit à deux reprises la famille, entre temps un édit royal de 1667 ayant révoqué le privilège attaché à l'Hotel-de-Ville.

— La famille Gervais et plus particulièrement Jean Gervais 1668-1733, lieutenant criminel de la Sénéchaussée et auteur du « Mémoire sur l'Angoumois » de 1725-1726. Il achète des lettres d'anoblissement en 1696 (6000 livres) noblesse ensuite révoquée, mais retrouvée par la mairie d'Angoulême de 1718 à 1721.

— Pierre de Sarlandie, autre officier, maître particulier des eaux et forêts de l'Angoumois, exerce lui aussi la fonction de maire entre 1744 et 1747, ce qui lui confère la noblesse.

La valeur de ces offices varie entre 26.000 I. procureur du Roi en 1752 et 40.000 I. (estimation de celui de lieutenant criminel en 1733) et 40.000 I. (vente de celui de maître particulier des eaux et forêts en 1773). Mais l'essentiel de l'activité n'est pas dans l'exercice de ces charges, plutôt dans l'exploitation de la fortune foncière, seigneuriale ou mobilière. Trois niveaux de fortune :

— Jean Gervais : l'ensemble de la succession estimée à près de 200.000 livres partagée entre le fils et la fille Marie Gervais, épouse de Sarlandie. Mais une succession grevée de fortes dettes et il faut réaliser deux seigneuries pour 70.000 I. au total. Meilleur observateur de la réalité géographique, économique et juridique de l'Angoumois que bon administrateur de ses propres biens, semble-t-il.

— Pierre de Sarlandie, plus un homme d'affaires qu'un officier de judicature, il tranche avec son beau-père : dans l'inventaire de ses biens, « des effets actifs » de l'ordre de 270.000 I. s'ajoutent aux 43.000 I. de deniers trouvés. La part mobilière prend ici des proportions inhabituelles par rapport au reste et il a des ennemis sur la place d'Angoulême « cet homme insatiable... près de 600.000 I. trouvées lui appartenant après sa mort... Cette fortune immense est le fruit des vexations et des concussions qu'il a toujours pratiquées dans l'exercice de sa charge... et des intérêts doublement usuraires qu'il percevait dans ses différents prêts d'argent... »

— La famille de Ronsenac : un 3e tableau de fortune considérablement développée au XVIIIe siècle sous André Arnaud † en 1782 et Pierre Arnaud mort en 1813, ce dernier ayant épousé la fille de Sarlandie. De nombreux domaines tant à l'Ouest qu'à l'Est d'Angoulême, de nombreux achats sur plusieurs décennies et en particulier un domaine en Périgord acheté 195.000 I. en 1776-78, d'un rapport de 15.000 I. vers 1786, sur 17 métairies, une seigneurie qui hisse cette famille au niveau des plus fortunées de l'Angoumois, surtout si l'on y ajoute de nombreux domaines spécifiquement seigneuriaux avec une gestion très bien menée qui évite le plus souvent la ferme habituelle.

Au total des exemples de fortune qu'il faut se garder de généraliser et qui représentent dans le cas de Sarlandie et des Ronsenac des réussites personnelle ou familiale. Les générations suivantes ne maintiendront pas ce niveau.

Une noblesse d'affaires ou sens du prêt, doublant dans certains cas (Sarlandie) la banque.

Une bonne gestion accompagnée de l'exploitation au maximum des possibilités du droit seigneurial, un train de vie plus calculé et moins dispendieux que dans la noblesse traditionnelle d'un même niveau de fortune.

Un mode de vie qui partage l'existence entre la maison de la paroisse Saint-André en ville et les demeures à la campagne, sans oublier des voyages d'affaires à Paris.

M. le Professeur Brunet, assistant à la faculté de droit de Poitiers, fait une intéressante intervention sur l'évaluation des rentes nobiliaires dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1975)

Posté par ID348347 à 22:28 - - Permalien [#]

04 mars 2016

Lettre d'un maître de forges au procureur du Roi

Lettre de Blanchard de Sainte-Catherine à Arnaud de Ronsenac, procureur du Roi

Je m'adresse à vous comme à un magistrat éclairé, sage et bon, et j'espère que ce que je vous demande est si raisonnable que vous me ferez l'honneur de me t'accorder. Il a plu à Madame Sarlandie, sans me prévenir en aucune manière, moi qui étais ami de cœur de M. Sarlandie, de me faire actionner, le 24 avril, à comparaître devant MM. les juges-consuls le 27. Une telle accélénté me fait penser qu'on l'a mal prévenue en ma faveur; doutant que je peux vous certifier que je suis encore au.dessus de mes affaires de plus de 50 mille écus, malgré les attaques vives qu'on m'a faites pendant ma maladie, qu'on a jugée mortelle trois mois; vous pouvez y compter, Monsieur, parce que je ne suis pas capable, d'en imposer à un magistrat de votre mérite.

Voici donc mes propositions. Actuellement je suis gêné et je ne peux point faire sans dérangement; d'ailleurs, je ne dois point ce que Madame me demande par son exploit. Je conviens devoir justement les deux billets au porteur et la moitié de celui de M. Lapouge mais il m'est bien dur de payer pour lui environ 2.500#. Il est parti, il y a trois jours, pour Paris, et comment l'appeler à ma garantie ?

A l'égard des 6.300 dont M. de Sarlandie me fit donner une espèce de reconnaissance, je le lui donnai pour t'obliger, après qu'il m'eut tourmenté iongtems dans mon lit. Il en avoit été question souvent auparavant et voilà sur quoi fondé :

M. Lapouge, ayant commencé à tomber en discrédit, me devoit lors 30.000#. Il vint me trouver et me proposa, pour me rendre taisant, de prendre un effet qui va aujourd'hui à 40.000 et qu'il avoit entièrement retiré avec subrogation. M. Sarlandie me voyant tranquille sur le compte de Lapouge, me dit « Lapouge vous a donc payé! » Et comme je n'avois rien de secret pour M. SarIandie, je lui donnai connoissance de tout ce qui en étoit. Je gardai donc et je garde encore cet effet qui porte hypothèque depuis 1758, et comme tel, premier créancier sur les biens dud. sieur Lapouge, qui a déjà détaché pour 45.000 de fonds de chez lui.

M. de Sarlandie me dit, il y a environ trois ans « Mon ami, il faut que vous m'aidiez à finir de sortir d'avec Lapouge; il ne vous doit que 30 000 dont il vous sert t'intérêt, à ce qu'il m'a dit, ot l'effet qu'il vous a déposé, sans compter un autre arlicle de 6.000# qui date de 1762, vont a près de 45.000#. » Je lui répondis que je ferois tout ce que l'honneur et la conscience me permettront dans cette occasion. Tous tes ans depuis il m'en a parlé, et finalement le 28 janvier dernier, je lui donnai par écrit, et même aussitôt que ma santé me Ie permettra, j'attaqueroi tes acquéreurs de M. Lapouge en dénonciation d'hypothèque. Je ne vous y oublierai pas mais ce n'est pas un argent sitôt prêt. Lapouge même a consenti que sur ces objets M. Sarlandie fut payé.

Revenons, Monsieur, aux neuf mille et quelques livres dont j'avais promis de payer l'intérêt à Pâques, et M. de Sarlandie promit de m'àtermoye un an. Je vous répète .que je ne suis point en état de payer actuellement, devant compter au 18 prochain 22.500# quoi je compte ne pas manquer mais je vous prie Monsieur, de m'accorder un an de terme, tems où je serai sûr de satisfaire, et même plus tôt, surtout si l'Espagne me paye 120.000# qu'elle me doit; sur laquelle somme les ministres de la marine tant d'Espagne que de France me donnent de grandes espérances. Après tous ces éclaircissements, s'il vous reste quelque doute je suis prêt a vous déposer entre mains tes rentes seigneuriales que j'acquis sous signature privée de M. le comte de Montbron, votre ami, situées sur la paroisse de Vilhonneur, où j'ai pour tenanciers M. de La Batud, Mesdames Jourdain et plusieurs bourgeois. Elles consistent en trois pipes et demie environ, mesure d'Angoulême, et 7# d'argent et suites. J'y joindrais aussi trois contrats par devant notaire qui me produisent annuellement 200#, le tout sous condition que je vous en feriez la ferme à un homme que je vous indiquerois, et ce sur le pied de 450#, la moitié payable à la St-Michel et l'autre à Noël.

Et comme je me trouve deux neveux à Angoulême, M. Marvaud du Brandeau, gendre de M. CaIluaud, le procureur, qui a pour 40.000# de bien au soleil, et M l'abbé Sauvo, chanoine de votre Chapitre, je vous Ies offre pour caution pour un an. Ils le feront sûrement quoique je ne leur en aie pas parlé.

Je crois, Monsieur, que voilà assez de précautions pour arrêter de suite Madame Sarlandie et que vous me ferez l'amitié d'empêcher de porter la cause à l'audience de lundi. Que voulez-vous davantage? Les billets sont signifiés, l'intérêt au cours dud. jour; mais je vous demande en.grâce qu'il n'y ait point de jugement. J'aurais une autre infinité d'effets à vous proposer; mais la plupart m'ont demandé des délais que mon bon cœur n'a pu leur refuser. Le sieur Janet, huissier de votre ville, en a à moi appartenant pour plus de 20.000#. Marvaud, mon procureur, aura l'honneur de prendre votre réponse, ainsi que je lui marque, lundi matin avant l'audience.

J'ai l'honneur d'être, avec un très parfait respect,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Blanchard de Sainte-Catherine,

A Ste-Catherine, le 25 avril 1773.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1918)

Posté par ID348347 à 17:21 - - Permalien [#]

02 mars 2016

Un Angoumoisin à Saint-Domingue

Le Président donne connaissance d'un premier extrait d'une étude de notre collègue, M. Marcel Reible, « Les esclaves et leurs travaux sur la sucrerie Lugé à Saint-Domingue, 1788-1791 ».

L'extrait dont il est donné lecture campe la personnalité de Jean Pasquet de Lugé, né le 8 mai 1711 à Roumazières, troisième fils de Jean Pasquet, écuyer, seigneur de Luget, et de Jeanne-Marie Martin, mariés en 1690. Le père de Jean Pasquet, Aimery Pasquet, procureur au présidial d'Angoulême, après avoir acquis la seigneurie de Lâge-Baton, entra comme conseiller dans la Maison de Ville d'Angoulême et fut anobli par cette charge en vertu des privilèges accordés par par Louis XII.

Jean Pasquet de Lugé, entré dans la carrière militaire, était capitaine à 28 ans, en 1739, en service à Saint-Domingue. Il abandonna l'armée pour devenir colon. Le 21 lévrier 1753, il épousa Anne-Perrine Chevalier de Saint-Servan (diocèse de Rennes), fille de Jean-Charles Chevalier de Beauvoir et de Perrine Martin. Le contrat de mariage indique qu'à cette époque il possédait 60.000 livres de billets ou obligations, 100.000 livres d'argent comptant, 150 nègres et négresses. De 1755 à 1782, il réalisa plusieurs acquisitions foncières, de sorte qu'à son décès il se trouvait à la tête d'une exploitation de 1.383 hectares avec 345 nègres, plusieurs centaines d'animaux de trait, de bât, d'élevage, d'une valeur totale de 2.392.800 livres.

En 1768, le Prince de Rohan confia, à ses soins et à sa vigilance, le quartier du Montrouis en tant que capitaine, grade qui lui fut officiellement confirmé, en 1771, par brevet du Roi. Le 6 juin 1777, il recevait la croix de Saint-Louis et, l'année suivante, le comte d'Argout, gouverneur de Saint-Domingue, lui confiait le commandement de la milice de la paroisse de Saint-Marc...

M. Reible nous donne alors quelques détails savoureux sur la vie privée de celui qu'on appelait « le baron de Luget » et sur les moeurs de l'époque où il était d'usage de remplacer les épouses absentes par des mulâtresses auxquelles on donnait le titre — bien peu mérité — de ménagères. Pasquet de Lugé, dont la femme résidait le plus souvent en France, n'avait pas failli à cette coutume. Il avait eu de nombreuses concubines. Dans les dernières années de son existence, il était devenu quasiment gâteux. La mésaventure dont fut victime l'un de ses hôtes, A. de Laujon est significative à cet égard : le baron de Lugé « était à table lorsque j'arrivai : un domestique m'annonce comme venant de chez Madame de Saint-Ard et recommandé par elle ; je suis introduit, j'en reçois les honnêtetés d'usage, et il me fait apporter un couvert. Une femme assise auprès de M. le baron, mais que je n'avais pas remarquée, avait disparu. Or il faut savoir que cette femme était une jeune carterone que le vieux baron idolâtrait. »

« Je ne me rends pas compte de sa disparition, et je ne voyais pas pour quel motif j'aurais dû m'en occuper. Mais le vieux baron était blessé au vif ; il avait perdu sa colombe, et ses quatre-vingts ans lui donnaient l'air d'en avoir cent. Il était triste, ne me répondait pas, et je me serais mille fois retourné le cerveau que je n'aurais pas su pourquoi. Enfin, on sort de table, il disparaît et je ne vois plus que le gérant de l'habitation, auquel je m'adresse pour lui dire que je comptais sur la bienveillance de M. le baron pour me faire conduire à Saint-Marc. Cet homme avait le mot d'ordre. Il me répondit que je pouvais y compter. »

En fait, au lieu d'une voiture, M. de Laujon dut se contenter d'un mauvais cheval, fourbu par l'âge et fut obligé de faire la route au pas.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1970)

Posté par ID348347 à 17:54 - - Permalien [#]

26 février 2016

Justice des eaux et forêts

La rigueur de la réformation n'épargne pas les membres de la maîtrise, les simples négligences sont sanctionnées : Jean Paulte, le maître particulier, paiera 50 livres; Gervais, garde, 100 l., Crozan 100 l., puis 1 000 l. à titre de restitution; Meneau 30 l., Fureau, garde traversier, 150 l.; Louis Delage, Jean Gervais, F. Boissier, Guy Gauvry, gardes, 20 l., les héritiers de feu Benoist, garde, 100 l., Léonard Vidaud, garde, 200 l., Louis Rivaud 100 l. Personne n'a surveillé comme il le devait la forêt dont il avait la charge.

Ces amendes sans trop de frais ont dû secouer le monde forestier.

Sa majesté rappelle qu'elle s'est toujours réservé la jouissance de la haute futaie et les seigneurs usurpateurs n'en ont pas l'exploitation à leur usage (B 140/11).

En 1674 une tentative de restauration de 140 arpents de chaumes dans la paroisse de la Rochette : y sont piqués des glands de chêne, du frêne et autres essences.

En 1677 Jean Gillibert obtient la charge de procureur du roi (B 140/27-28).

En dépit des menaces, les usurpations continuent; chacun espère ne pas être pris; les plus riches invoquent des droits d'usage nébuleux, pour atténuer leur faute.

Les Tison de Coulgens reconnaissent avoir pris du bois en Braconne; Ramade du bourg de la Rochette a pris un gros chêne de 18 pieds; c'était pour la fête de St Roch; Jean Nadaud de Coulgens est coupable d'un délit analogue. Les trois personnages paieront. Les du Rousseau de Coulgens prétendaient avoir des droits d'usage en Braconne pour leurs maisons et leur four banal: droits supprimés.

Dans la maison du Sr de la Rochette les gardes trouvent beaucoup de bois de chêne pour faire ouvrage, des bûches en cordes, du bois merrain : confiscation et amendes.

Le duc de la Rochefoucauld, pour le chauffage du château et de bâtiments divers, pour les halles et ses 6 fours, jouira de 200 cordes de bois et de 10 000 fagots annuellement.

En cette fin de XVIIe siècle, Paulte, le maître particulier, Meneau son lieutenant, et Gillibert le procureur du roi, jugent chaque semaine aux audiences de la maîtrise, les mêmes délits.

Le garde même seul était un peu policier; et suivant le train d'une charette (marques des roues de charette) il pouvait arriver au logis d'un petit seigneur; ce qui provoquait des explications délicates avec le seigneur, ou surtout avec sa femme; il y avait parfois des accomodements (B 140/47).

Avec les délinquants roturiers, parfois amis du garde, ce dernier devait au risque de perdre sa charge leur dresser procès-verbal; d'où naissaient au village des rancœurs durables.

En 1704 un édit du roi aggrave les peines: bœufs et charrettes utilisés par les usurpateurs seront confisqués et vendus; les gardes qui souffriraient l'entrée de bestiaux en forêt, auront une amende de 20 livres accrue en cas de récidives; ils risquent même d'être pris de corps et saisis de bien; cet édit sera affiché à la porte de toutes les églises; sa rigueur reflète bien l'état du royaume à cette époque.

Cependant en 1705 le garde Dubournais surprend deux valets du Sr de Guitard emportant dans une charrette tirée par deux bœufs, trois chênes récemment coupés; 48 livres d'amende et restitution des chênes; il n'est pas question de saisir l'attelage; Mr de Guitard est noble !

Le même Dubournais, à partir de quatre souches de chêne coupés depuis peu, suit un train de charrette qui le conduit au logis de la Rochette; le sieur du lieu lui permet de perquisitionner; les chênes coupés ne s'y trouvent pas; Dubournais reçoit l'ordre de la maîtrise de chercher encore (audience du 27.1.1705).

Le 16.04.1705 Gauvry, garde surprend Marry Dars, son fils et un valet emportant des branches dans une charrette tirée par 2 bœufs, le tout est saisi et sera vendu au prochain marché de la Rochefoucauld; avec en plus une amende de 40 livres.

Près de Bunzac en Braconne, 5 petites filles gardent dans des rejets 55 brebis: 165 livres d'amende.

En forêt de Bois Blanc, 4 bergères gardent 45 brebis: 135 livres d'amendes plus dommages et intérêts.

Le garde Vidaud surprend 2 délinquants, s'enfuyant la cognée sur l'épaule; il les poursuit à course de cheval et saisit leurs cognées; à l'audience ils sont condamnés à la prison (9.3.1706).

Jean Rondinaud de Rivières, pris sur le fait, blesse un garde avec sa hache; en prison, Rondinaud (13.4.1706).

Il est interdit à tous marchands d'acheter des bêtes rousses ou noires; l'amende est de 250 livres pour une biche ou un faon (bêtes rousses) ou pour un chevreuil. Pour un sanglier et un marcassin (bêtes noires) l'amende sera de 120 livres; il est interdit de chasser les perdrix avant la fin juillet; filets et nasses sont interdits dans les forêts sous peine de 30 livres d'amende à la première sanction; à la seconde les coupables seront fustigés, flétris et bannis de la maîtrise pour 3 ans. Ces injonctions s'adressaient surtout à ceux qui avaient le droit de chasser.

Les gardes ne pourront porter l'épée et le pistolet de ceinture sauf pour leur défense; il est rappelé qu'ils ne peuvent emmener leurs chiens en forêt sous peine de destitution; personne n'a le droit de porter un fusil en forêt.

Un certain Valette de Brie faisait le guet; surpris par un garde, il le menace de son arme, il ira en prison (B 140/45).

Le 3.12.1709, Bordet, garde, trouve en Braconne la servante de François et de Jean Frotier avec 7 ou 8 autres bergers et bergères «gardant à garde faite» dans des rejets de l'année précédente 180 brebis, 1 chèvre, 1 bourrique et sa suite, ils avaient en outre fait un grand feu avec des rejets de chêne et une grande fourche d'arbre mort. Puis ils s'étaient tous enfuis.

A l'audience, les maîtres et les pères et mères des bergers et bergères sont condamnés à payer solidairement 540 livres pour les brebis, 5 pour la chèvre, 20 pour la bourrique et sa suite, 30 pour avoir fait du feu en forêt et 40 sols pour les rejets. La confiscation du bétail eut été trop cruelle à cette époque et n'est pas signalée.

Le terrible hiver de 1709 avait contraint les pauvres gens qui n'avaient plus rien à donner à leurs bêtes à les conduire en Braconne; les sanctions n'étaient pas très sévères lorsqu'ils s'agissait du vol de rejets morts par la gelée; les gardes cherchent à excuser les coupables, sur lesquels est toujours suspendu l'édit du roi : le bétail pris en forêt sera saisi et vendu à la prochaine foire, qu'il s'agisse de veaux, de vaches ou de bœufs au profit de sa majesté; et il fallait payer les amendes.

Les exigences des maîtrises sont de plus en plus contraignantes; il faut absolument faire rentrer de l'argent dans le trésor royal; les agents de la maîtrise qui délivreraient des bois à ceux qui prétendent avoir des droits de chauffage, sans en avoir vérifié leurs titres, seront condamnés à 300 livres d'amende. (Ordonnance du Sr Milon, chevalier, Sr du Mesne) (B 140/45)

Le 20.10.1710 Jean Joseph Gilbert (ou Gillibert) de Vassigny, reçoit de sa majesté l'office de conseiller et de procureur du roi de la présente maîtrise; la réception de cet office faite à la table de marbre à Paris a été adressée au greffe de la maîtrise qui l'a enregistrée (Sr Milon grand maître des eaux et forêts de France).

Ce Jean Joseph Gilbert, fils de Jean et de Marie Bourdage succédait dans le même office à son père qui le tenait lui-même d'un certain Jean Gros; il aura des ennuis financiers au début de sa carrière et sera menacé de la saisie de son office et de ses biens; son mariage avec Marie Barreau de Montbron semble l'avoir tiré d'affaire; il achètera et restaurera le château de Marendat près Montbron; il mourra sans avoir eu d'enfant en 1740, à Angoulême au n° 19 de notre rue St Etienne et sera enterré dans l'église St André (B 140/27 et registres paroissiaux de St André).

A l'audience du 10.9.1711 Jean Paulte, maître particulier présidait, assisté de Jean Ducluzeau, greffier de la maîtrise; Jean Gilbert de Vassigny, procureur du roi y assitait l'épée au côté; privilège que n'ont pas les procureurs du roi s'écria Jean Paulte. Il y aura entre les deux nommes d'autres algarades.

Il est interdit de faire élever aucun moulin, bâtardeaux, écluses, pertuis ou murs, de mettre des amas de pierre dans les rivières, d'y faire planter des arbres et d'être tant soit peu nuisible au cours de l'eau, aucune ordure ne doit être déposée sur les quais sous peine de 500 livres d'amende.

Il doit être laissé sur les rives un espace de 24 pieds (8 mètres) pour le chemin du roi.

En 1712 des paysans des Rigalloux de Brie sont surpris par Boissier, garde, portant leur faix de rejets de chêne tués par la gelée; amende minime de 40 sols et restitution; des bornes de la forêt ont été déplacées; il s'agit assurément d'usurpation, elles seront remises en place par les paysans coupables et à leurs frais.

Quant à Paulte le maître particulier, il est condamné à 300 livres d'amende envers le roi; «nous lui faisons défense de connaître des bois dépendant de l'abbaye de la Couronne sous plus grande peine et nous révoquons toute connaissance que nous lui avions donné sur ces bois; la présente ordonnance sera lue et publiée à l'audience, tenant à la diligence du procureur du roi» signé Hénin le 5/ 10/1712; il est difficile d'être plus sévère.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1994)

Posté par ID348347 à 12:15 - - Permalien [#]


14 février 2016

La brigade de gendarmerie de Montbron

Le nombre de déserteurs augmentait sans cesse ; on en compta à certains moments plus de 3 000 en Charente, plusieurs centaines de mille en France. Le gouvernement jugea indispensable de prendre d'urgence des mesures sévères pour les forcer à rejoindre leurs unités.

La brigade de gendarmerie de Montbron, commandée par le citoyen Girard, reçut des ordres « pour enteprendre des tournées dans toutes les communes du canton, pour avertir les insoumis qu'ils eussent à se présenter devant l'administration pour faire viser leurs congés, conformément à la loi ».

En janvier 1796, dans un long rapport, le brigadier Girard rend compte de l'insuccès total des efforts des gendarmes.

Nous avons été insultés, écrit-il, suivis à coups de pierres, notamment dans la commune de Rouzèdes, au lieu-dit La Cibarie, et qu'en conséquence de cela, je requiers de l'administration qu'il nous soit donné main forte, à moi et à ma brigade, pour retourner à La Cibarie pour saisir les réfractaires à la loi et la faire respecter.

Le Conseil municipal de Montbron prend aussitôt un arrêté pour faire face à ces désordres : Attendu que notre brigade de gendarmerie n'est point armée, qu'il n'y a que deux membres de montés, même faiblement, que notre garde nationale n'est point organisée, malgré notre sollicitude pour faire exécuter la loi et qu'il n'est pas possible dans ce moment de remplir le voeu du dit Girard sans, au préalable, avoir pris les ordres de l'administration du département, que, de suite, il lui sera donné avis des difficultés qui se présentent pour l'exécution de la loi...

Le Conseil demande à l'administration du département de commander, si elle en juge à propos, une force armée pour renforcer notre brigade de gendarmerie aux fins de s'assurer des réfractaires à la loi, et que force demeure à la justice, d'autant que l'esprit public dans la campagne est infiniment corrompu. Presqu'aucun individu ne veut entendre parler de lois. De fréquentes menaces sont faites aux agents municipaux lorsqu'ils requièrent d'exécuter les lois. (Signé) : Marvaud, Morellet, Broussard, Blanchard, Callandreau-Dufresse, Chesson, Pradignac, Durousseau-Chabrot, Vallentin.

La brigade de Montbron est notoirement insuffisante pour entreprendre des tournées efficaces, chaque quinzaine, dans les huit communes du canton comprenant plusieurs centaines de villages. Il faut d'urgence réorganiser la garde nationale, faire revivre l'enthousiasme qui animait les hommes de 18 à 60 ans au moment de sa création, en 1790 et 1791. On comptait alors à Montbron 730 gardes nationaux commandés par des officiers et des sous-officiers élus par leurs troupes. Ils répondaient aux convocations pour les manifestations patriotiques. Ils assistèrent aux engagements des volontaires de 1791, 1792 et de mars 1793. Mais la mobilisation forcée des hommes de 18 à 25 ans, en septembre 1793 (les requis ou réquisitionnaires) avait heurté les populations de nos campagnes, lasses de tout, lasses des années de guerre et n'aspirant plus qu'à la paix, au pain quotidien, à la saine monnaie.

Le Directoire départemental de la Charente envoya à chaque commune des instructions précises, fort détaillées, enjoignant aux municipalités de réorganiser au plus vite leur garde nationale : 18 ventôse an VI, mars 1796, les agents municipaux auront à user de la plus grande surveillance dans leurs communes respectives pour découvrir les malveillants et corrupteurs de l'opinion publique qui cherchent à éloigner les citoyens de l'exécution des lois, spécialement celles qui ordonnent la réorganisation de la garde sédentaire, en cherchant à les persuader que leur enrôlement en y-celle les exposerait à quitter leur foyer et à être transportés soit à la Vendée, soit aux frontières, soit même à Cayenne, que tous les bruits sont attentatoires au bien de la chose publique et aliènent infiniment l'esprit des citoyens envers leurs magistrats.

Considérant, en outre, que le rapport fait par plusieurs de ses membres, qu'ils ont reçu dans leurs communes des menaces lorsqu'ils ont voulu parler de cette organisation si nécessaire à la tranquillité publique et qu'il est de la plus grande importance qu'il ait pleine exécution. Pour y parvenir, elle croit de sa sagesse de commettre dans chaque commune des citoyens jouissant de la confiance publique pour travailler à effacer les mauvaises impressions et fausses préventions qu'ont pu donner les malveillants et faire sentir aux citoyens combien il est de leur intérêt de se soumettre à l'exécution de cette loi.

En conséquence, le Directoire administratif de la Charente arrête qu'il sera nommé pour Montbron neuf commissaires : les citoyens Léchelle-Dérivières, Juzaud, Lamour fils, Didier Marandout, les deux frères Janot, Didier Redon, Fonchin-Larnaudie, Mathelon-Vignaud.

Rouzèdes : Guerry-Champneuf, Félix de Neuville.

Eymouthiers : Guimbelot et Marcillou.

Vouthon : Grenet et Callandreau.

Saint-Sornin : Chazeau et Bounithon.

Vilhonneur : Picard et Jean Clément.

Orgedeuil : Lamothe, Maigne, Perry-Logeas.

Ces commissaires étaient choisis par l'administration départementale parmi les bourgeois aisés, tous sachant lire et écrire, estimés dans leurs communes.

On leur demandait « d'employer de suite les moyens que leur donne la confiance publique dont ils jouissent et leur zèle accoutumé pour l'intérêt de la chose publique à l'effet de ramener les esprits à la soumission aux lois et aux autorités constituées sans laquelle pratique il ne peut résulter que des maux incalculables ».

On les chargeait, en outre, de faire connaître sous quinzaine, par procès-verbal respectif, le résultat des opérations prescrites. Ce résultat fut, une fois de plus, lamentable. Les rapports remis à la mairie de Montbron se résument en quelques mots : « Pas de succès, seulement des menaces dans plusieurs endroits, spécialement de la part des femmes. Ont accepté plusieurs hommes de la cité de Montbron et un seul de la campagne. »

Le registre des gardes nationaux de la commune de Montbron contient alors une cinquantaine de noms, nombre insuffisant pour constituer une compagnie.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1981)

Posté par ID348347 à 12:40 - - Permalien [#]

21 janvier 2016

Les Regnauld de La Soudière pendant la Révolution

À la veille de la Révolution, Saint-Mary apparaît comme une seigneurie prospère, gérée par un intendant, et dont les droits seigneuriaux étaient encore parfaitement vivaces. Le juge, le procureur fiscal et le sergent jouent un rôle actif dans le fonctionnement de la justice châtelaine. La procédure de «retrait féodal», très vieux droit de préemption seigneuriale, est encore utilisée par le marquis de La Soudière en 1786. La seigneurie s'étend, comme au Moyen-Age, principalement dans les paroisses de Saint-Mary et des Pins, avec des emprises à Chasseneuil, La Rochette, Sainte-Colombe, La Tâche et Cellefrouin. Elle représente en surface 4,400 journaux répartis en 76 mas ou métairies. La réserve seigneuriale est forte de 1,322 journaux à Saint-Mary (dont 7 à 800 journaux de forêt), plus une cinquantaine de journaux dans les paroisses de La Tâche, Sainte-Colombe, les Pins et Chasseneuil (les biens propres que possède le marquis de La Soudière à Cellefrouin ne sont pas connusà. La seigneurie rapporte alors environ 10,000 livres par an, ce qui la situe parmi les bonnes terres de la province (1).

Louis de Regnauld, marquis de La Soudière, seigneur de Saint-Mary, était né en 1747 au château de La Soudière. Il avait été mousquetaire du Roi puis capitaine de cavalerie au régiment royal et avait épousé le 30 décembre 1783 Madeleine Elisabeth de Maulmont, d'une très ancienne famille du Limousin, fille de Jean Léonard de Maulmont, baron du Chalard et de Marie Blondeau de Laurière. Il avait eu six enfants dont quatre étaient encore vivants en 1789. À Angoulême vivait sa cousine germaine Catherine Regnauld de La Soudière, qui avait épousé en 1761 Anne François, marquis de Chauveron, lieutenant général d'Angoumois et gouverneur d'Angoulême. Ils vivaient sur un pied brillant et étaient assez fréquemment à Paris. Catherine avait été présentée à la Reine en 1777 et son mari, reçu aux honneurs de la cour en 1784.

François de Regnauld, comte de La Soudière, baron de Roissac, cousin germain de Louis, avait sensiblement le même âge que lui. Né en 1749 à Saint-Domingue, il avait été envoyé en France à l'âge de deux ans et élevé avec son cousin Louis. Ils avaient servi ensemble dans la Maison du Roi, comme mousquetaires de la 1ère compagnie «servant à la garde ordinaire du Roi». François s'était établi en épousant le 11 juin 1776 Marie Hyacinthe de Beauchamp, fille unique de Haut et Puissant seigneur Pierre Joseph de Beauchamp, baron de Roissac, Gensac et autres lieux, et de Marie Hyacinthe d'Hauteclaire de Gourville. Sa femme lui avait apporté la terre et baronnie de Roissac (Angeac-Champagne, Charente) que sa femme tenait par succession des La Rochefoucauld. Roissac était aussi une belle terre, avec tous droits de haute, moyenne et basse justice. Elle rapportait 12,000 livres par an.

La Révolution devait porter un coup très dur aux Regnauld de La Soudière (2). Aux assemblée de la noblesse de 1789, les deux cousins furent élus tous les deux comme commissaires chargées de la rédaction des cahiers de doléance de leur ordre. François fut en outre désigné premier des quartre commissaires chargés de la vérification de l'état noble des membres de l'assemblée. Mais, en 1792, le marquis de La Soudière décida d'émigrer, pour rejoindre l'armée des princes. En son absence, sa femme fut dénoncée, arrêtée, enfermée à La Rochefoucauld, puis transférée à Paris et condamnée à mort par Fouquier-Tinville le 16 messidor an II (4 juillet 1794). Elle fut guillotinée le jour même et son corps jeté dans la fosse commune de Picpus (3). Ses tout jeunes enfants furent alors recueillis par leur tante Françoise de La Soudière, l'ancienne prieure des carmélites, qui vivait terrée à Angoulême et devint prseque leur mère adoptive. Inutile de préciser qu'entre temps, la seigneurie de Saint-Mary avait été séquestrée puis vendue comme bien national. Les meubles aussi furent vendus, peu avant le château.

François, baron de Roissac, resté en France, échappa au pire. Mais la suppression des droits féodaux le ruina presque complètement. En effet, la seigneurie de Roissac comprenait assez peu de biens propres, dont il ne fut pas spolié, mais surtout des revenus composés de droits féodaux et de rentes foncières (4). Cependant son beau-frère, Jacques de Lignac (5), fut quant à lui déclaré suspect et guillotiné le 13 pluviôse an II (1er février 1794).

Notes :

1. Les revenus de la seigneurie de Saint-Mary furent évalués par l'administration pour l'année 1792 à 9,860 livres. (Arch. Charente J 517). À titre de comparaison, le comté de Montbron rapportait 11,992 livres en 1780. D'autres seigneuries, considérées pourtant comme de « bonnes terres », sont d'un rapport nettement plus faible : 3,200 livres pour la seigneurie de Charras (au seigneur de La Laurencie) ; 4,950 livres pour la seigneurie de Maumont (au marquis de Montalembert). Cette dernière terre avait appartenu au XVIe siècle aux Regnauld.

2. On ne traitera pas ici des branches de Scée-Pondeville et de Maumont-la-Richardie, qui s'éteignirent au début du XIXe siècle.

3. Les circonstances de l'arrestation et la fin tragique de la marquise de La Soudière sont bien connues. Voir notamment Cl. Gigon, Les victimes de la Terreur du département de la Charente, Angoulême, 1866.

4. Le château de Roissac devait être vendu en 1804.

5. Jacques Babin de Lignac, chevalier, seigneur de l'Age-Coué, avait épousé en 1786 Agathe de La Soudière, sœur de François.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1999)

Posté par ID348347 à 15:44 - - Permalien [#]

02 septembre 2015

Comment on équipait un lieutenant au début du XVIIIe siècle

Comment on équipait un lieutenant au début du XVIIIe siècle
Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1918

Une étude fort documentée de M. George (« De l'obtention d'un brevet de capitaine, en 1693 », dans Bulletin de la Société Archéologique et Historique de la Charente, 1915) nous édifiait, naguère, sur ce qu'il en coûtait, à tous égards, pour parvenir au grade de capitaine, à la fin du XVIIIe siècle. Le postulant à cet emploi, qui constituait une propriété tacite, avait, en principe, la charge unique de lever le contingent de sa compagnie de ses propres deniers, avec tout ce que comportait de rétributions diverses, de primes d'engagement et de rasades, le recrutement de volontaires souvent hésitants. Dans la pratique, on achetait lé plus communément l'unité toute constituée, comme nous voyons procéder le jeune Pelluchon des Touches, dans le travail de M. George, quitte à en combler les lacunes par les moyens ordinaires. Mais auparavant, il fallait découvrir un résignataire, puis obtenir la commission, ce qui n'allait généralement pas sans recourir plus ou moins à de besogneux et coûteux intermédiaires. Enfin, on devait pourvoir à son équipage personnel, dont le faste était jusqu'à un certain point imposé par le rang qu'on avait à tenir et l'idée qu'on se faisait alors du prestige de la fonction.

On conçoit sans peine que celle-ci ne fût guère accessible qu'aux jeunes gens riches, en dehors de quelques vieux officiers de carrière dont le Roi se réservait toujours d'utiliser les mérites en les aidant de sa cassette personnelle. Mais pour les grades inférieurs, l'écart avec notre conception moderne des fonctions publiques était bien moindre. Les brevets de sous-lieutenant et de lieutenant ne comportaient d'autre obligation que celle de s'équiper décemment. Et cependant, nous allons voir qu'en raison de la médiocrité des ressources des classes moyennes d'alors, cette simple condition à l'obtention d'un emploi qui, comme de nos jours, ne suffisait pas à faire'vivre son titulaire, décourageait les vocations. Aussi n'était-il pas rare que des cadets de familles même nobles, passionnés malgré tout de l'honneur de « servir », se contentassent de l'état de simple soldat, sans jamais tenter de sortir du rang.

Les éléments de ce qui va suivre ont été entièrement puisés dans les Archives Départementales de la Charente, au fonds des Notaires, et dans les minutes de Ch. Gervais, notaire à Agris (E. 720-726).

Là vivait, au début du XVIIIe siècle, un apothicaire, issu d'une ancienne famille bourgeoise de la région, Hélie Boissier, sieur de La Fayolle, que nous trouvons habitant d'abord le bourg même d'Agris, puis une maison isolée qui existe encore, au moins en partie, au lieu dit Les Barrières, dans la même paroisse. Marié en premières noces à une demoiselle Gesmond (1), d'une famille locale de condition analogue, il en avait eu au moins un fils, Roch, mineur en 1711, et était remarié, à cette date, avec Marie Lériget (2), aussi d'Agris, dont il ne paraît pas avoir eu d'enfant. Par sa première femme, il était le beau-frère de Jean Demarginière (3), de Jean Barraud, sr des Meules, et de François Renaud (4), chirurgien, qui avait épousé la plus jeune des quatre sœurs, Catherine Gesmond. Parmi ses proches parents paternels, peut-être ses frères, il comptait un garde des eaux et forêts d'Angoumois, Jean Boissier, sr des Combes (5) — dont il semble que la descendance soit encore représentée de nos jours, — Jean Boissier, sr de l'Esbaupin, et François Boissier, sr de La Motte (6). Tous ces noms appartiennent essentiellement à la bonne bourgeoisie rurale du duché de La Rochefoucauld.

Les transactions au nom d'Hélie Boissier sont rares, dans le fonds des notaires d'Agris. Cependant, le 16 août 1702, nous le voyons acheter (7), à réméré et pour la somme de 60 livres, une pièce de terre d'un demi-journal appelée La Loupe, mouvante de la seigneurie de Ribérolle et sise aux Barrières, dans la tenue des Noailles. Le 30 juin de l'année suivante, le vendeur lui abandonnait son droit de rachat pour 30 sols.

Mais au début de 1711, Hélie Boissier décida que son fils essaierait « sa fortune », comme on disait alors. Le jeune homme postulait un emploi de lieutenant d'infanterie et songeait à s'équiper. Où trouver l'argent nécessaire ? D'un commun accord, le père et le fils eurent recours au prêt sur gage, sous la forme euphémique d'une vente à réméré. Et ils s'adressèrent au prêteur qui offrait sans doute le plus de garanties de désintéressement, puisqu'il était, nous l'avons vu, le propre oncle du jeune homme. Le 22 février, Rocq Boixier (8), procédant sous l'autorité d'Hélie Boissier, sieur de La Faiolle, son père, vend à François Renaud qui, pour la circonstance, se qualifie « marchand », trois pièces de terre labourables sises dans la paroisse d'Agris, aux alentours du village de La Grange. appelées La Terre Noire, Les Grand'Vignes et Les Chamas, en tout environ deux journaux, confrontant par divers côtés aux terres de l'acquéreur, « moyennant le prix et Somme de Cents quatre Vingt seize Livres pour le payement de laquelle le dit Renaud a présentement délivré au dit Rocq Boixier Vendeur Un cheval de laage de six ans de poil Bay en tous les crains Bien marqué de moyenne taille Estimé avec son arnois la Somme de six Vingts Livres Et un paire de pistollets Estimés Cinqte livres et le surplus revenant à la Somme de Ving six Livres a esté Payée aussy presentement manuelle et Comptant Par le dit acquéreur au dit Vendeur...; et a ledit Vendeur declaré qu'il entend ce Servir dudit Cheval et armes pour le Service de sa maiesté ou II doit aller la Campagne prochaine en qualité de lieutenant d'Infantrie du Regt de ponthieux Et les Vingt six Livres d'argent seront employées pour aider au surplus de son Equipage auquel Il luy auroit Esté impossible de fournir sans Ce secours. Et par ces mesmes presentes ledit renaud acquereur a acordé de grace Specialle audit rocq Boixier vendeur faculté de Rentrer pendant Cinq ans dans lesd lieux vendus en par le dit Vendeur le Ramboursant a une Seulle fois en deniers Effectifs de la ditte Somme de Cents quatre Vings seize livres, prix de Ia ditte Venthe fraits et loyaux Cousts (9) ».

Aucune trace ne subsiste de l'usage que Roch Boissier aurait pu faire de son droit de rachat dans le délai prescrit, et ce que nous savons de François Renaud dans l'art d'arrondir son bien donne à penser que le gage demeura définitivement entre ses mains.

Mais, sur ces entrefaites, la commission étant arrivée, il devient urgent de vêtir convenablement le nouveau lieutenant, partant, de se procurer du numéraire. Le 4 mars 1711, Rocq Boissier, Lt de la Compaignie du sr Dumesny dans le Regiment de Ponthieux, procédant sous l'autorité de Hélie Boissier, sr de La Fayolle, son père, vend à Jean Forgeaud, fils d'Anthoine, laboureur à bœufs, demeurant à « Asgrix », quatre pièces de terre d'une contenance totale de trois journaux et quart, sises aux environs du village de La Grange, et appelées La Pierrière, l'Esbaupin (10), Unze Ven, — la quatrième, sur le village des Foucauds, étant innomée (11), — moyennant la somme de quatre vingt seize livres payée comptant, laquelle le vendeur déclare vouloir « Employer à l'achapt Dun habit Justacort Vezte Culottes Et autres fournitures necessaires a son esquipage pour le service De sa maiesté ou Il doibt aller La campaigne prochene en qualité De lieutenan Dinfanterie Dud Regiment De ponthieux Et auql esquipage Il luy auroit esté Impossibe De fournir sans ce secours.... »

La même faculté de rachat que précédemment, sous les mêmes conditions, lui est accordée pendant 5 ans, « de grasse specialle » (12). A noter la mention en post-scriptum, que la qualité de l'acquéreur n'avait pas permis d'ajouter à l'acte précédent, mais que nous retrouverons tout-à-l'heure « En accordant ces pntes a este paye En depanse Par lacqr Du Commandemt du Vandr trente cinq solz », — façon de faire supporter les frais du contrat par l'acheteur.

Mais plus approchait la date du départ, plus il était clair pour le jeune officier et pour son père que l'aventure était plus onéreuse, sans doute, qu'ils ne l'avaient prévu. Bien que la destination de la troisième somme réalisée ne soit plus mentionnée, cette fois, on peut avec vraisemblance admettre que l'acte passé quelques jours plus tard, à la date du 13 mars, n'avait pas d'autre objet que de munir Roch Boissier d'un peu d'argent de poche et de couvrir les frais du voyage. Ce jour-là, « Rocq Boixier, lieutenant de la Companie du sieur dumesnye dans le Regiment de ponthieux, procedant sous l'autorité de helie boixier sieur de la faiolle mre appre son pere », accense et arrente à Jean Feuillade, d'Agris, laboureur à bœufs, deux pièces de terre labourables « estant de present en Champois », sises dans les appartenances du village de La Grange, comme les précédentes. Ce sont la pièce « des Longs Seillons », d'une contenance d'environ 2 journaux, et celle appelée « au Chiron, dans les Conbes » (10), pour lesquelles sera servie une rente annuelle seconde, « hutille et amortissable de 40 sols, payable à la St Michel l'amortissement devant s'en faire jusqu'à concurrence d'une somme de 40 livres, en trois ans à partir de la date de l'acte. La clause ordinaire de réméré, pendant cinq ans, est accordée, « de grâce specialle », au vendeur (13).

Enfin, voilà le jeune homme parti pour la gloire, — et la fortune, peut-être.... Combien de temps durèrent les illusions de sa famille ? Quels furent ses propres déboires ? A défaut d'une correspondance jaunie dont on peut présumer l'échange et le sens avec certitude, nous pouvons entrevoir la vérité à travers ces froids grimoires notariés le désenchantement a été complet en moins de cinq ans. Nous verrons plus loin, en effet, que Roch Boissier avait dû se marier vers le milieu de 1715 et avait fixé peu après sa demeure dans la paroisse d'Agris, chez son beau-père.

L'acte du 17 novembre de cette année, au surplus, ne prouve pas qu'il fût au service, ni même absent, mais simplement que, pour rémunérer son père, sans doute, des sacrifices que celui-ci avait faits en sa faveur, il lui avait abandonné ses droits sur certaines bribes de son bien propre, où nous voyons figurer cette pièce des « Longs Seillons » qu'il avait arrentée, avant son départ, à Jean Feuillade. Celui-ci l'avait trouvée en si mauvais état, mangée de mauvaises herbes, remplie de pierres et obstruée de « chirons que, cinq semaines plus tard, il faisait avec amertume constater le fait par un procès-verbal de notaire, le 27 avril 1711. Sans doute la mauvaise humeur de Feuillade était-elle exagérée, puisqu'il semble bien que le droit de rachat ait été exercé par les Boissier. Mais pas pour longtemps. Car après un accord sous seing privé survenu entre le père et le fils, le 8 novembre 1715, le 17 « Helie Boissier mre appre comme Cessionnere Et estant aux droits de Rocq boissier sr de La Fayolle (14), son filz », vend à Jean Marthonneau, pour 75 la pièce des « Longs Seillons », en même temps que celle du Roc, d'environ un journal et demi, au lieu de celle des Combes.

Tout cela ne semble pas indiquer que les affaires de la famille fussent en brillant état, et il est permis de supposer que le point de départ en ait été l'équipée militaire du fils. La dot de la seconde femme de l'apothicaire se trouvait probablement compromise, à telle enseigne que, le 1er janvier 1716, il doit assigner « sur tous et chacuns ses biens presents et avenir » tous les meubles de Marie Lériget et certaine somme de 250 # qu'il déclare avoir employée à ses affaires propres et particulières (15).

Il n'est désormais plus question d'Hélie Boissier. Mais les relations entre le père et le fils ne semblent pas avoir jamais cessé d'être bonnes. Même, la seconde femme du père semble être devenue la tante du fils, car il est à croire que Madeleine Lériget, que Roch avait épousée en 1715, comme nous l'avons dit, était la fille d'un frère de Marie. Son père, en tout cas, était Pierre Lériget. demeurant aux Camus de Moussac (16), paroisse d'Agris, et sa mère feue Madeleine Degaroste.

Toujours à court d'argent, l'ex-officier réalise tout ce qu'il peut. Le 29 novembre 1717, « Rocq boissier, sr de la fayolle demeurant De pnt au Village des Camus de Moussac, parroisse d'Agrix », en sa qualité d'héritier « bénéfisier », pour un tiers, de feu François Gesmond, sr de Cussac, son aïeul maternel, vend à François Pétis (17), marchand, demeurant au bourg de Villejoubert, sa tierce part dans la métairie de Cussac, située au bourg de Villejoubert et sur les territoires de Saint-Amant-de-Boixe, Montignac-Charente et Saint-Estienne dudit Montignac, sans qu'il soit besoin dé la spécifier davantage, ledit Pétis ayant déclaré bien connaître les lieux (18). Le prix est de 666# 13~ 4* sur laquelle l'acquéreur a payé comptant 300# 10~ 4* les 300 livres restantes devant être versées dans un délai de dix ans, en servant une rente annuelle d'un sol pour livre.

Enfin, un motif d'intérêt, sans doute justifié, porte encore Roch à un acte assez douloureux. Le 29 novembre 1717, sur les huit heures du matin, à la requête de Rocq Boissier, sieur de La Fayolle, et de damelle Madeleine Lériget, son épouse, tous deux demeurant au village des Camus de Moussac, en vertu d'une autorisation qui leur a été donnée quelques jours auparavant par le juge sénéchal du duché de La Rochefoucauld, — le notaire Ch. Gervais se transporte avec eux audit village, en la demeure du sieur Pierre Lériget. Là, ayant rencontré ledit Lériget, ils le somment de leur délivrer la moitié des biens dotaux et conventions matrimoniales de feue damoiselle Magdeleine Degaroste, leur mère et belle-mère, tant en principal qu'intérêts de « souffrir » que soit fait un inventaire des membres et « effaiz » qui se trouvent dans sa maison, et de choisir un arbitre qui en fasse l'estimation pour sa part, faute de quoi il en sera désigné un 'd'office. De leur côté, les demandeurs ont fait choix du leur, en la personne de Me Jean Demarginière(19), qui les accompagne. Mais Pierre Lériget s'oppose énergiquement à tout inventaire, consentant seulement à payer à son gendre et à sa fille la moitié des deniers dotaux qu'il peut avoir touchés de sa femme, leur belle-mère et mère, e en par eux justifiant de leurs droits et Vuidant la maison Dud sr Leriget qu'ils occupent presentement » représentant qu'au surplus, « led boissier a demeuré dans sa maison plus de deux ans en sa, attandeu que le bien De sa femme nest suffizant ny capable de les nourir ny entretenir tous deux. »

A quoi Roch Boissier rétorque que, s'il a demeuré dans la maison de son beau-père, « c'est pour le soubstien et maintien De la maizon dud Lériget ou il a esté contrain De faire plusieurs Voyages pour les affaires particulières Dud Lériget tant a La Rochett que angme et ailleurs, ou Il a mesme employé pluzieurs sommes et Deniers de son argent propre Pour Lesafaires Dud Leriget ainsy qu'il sera Prest de Justifier en venan à compter, putre qu'il a mené et conduit Dans la maizon dud Leriget du bled vin et autre choze pour sa nouriture et entretien De sa maizon Venant De son bien ainsy qu'il sera prest de Justifier en temps et lieu. » Là-dessus, le notaire se retire en dressant un procès-verbal que signent : « Leriget, sans approuver rien de prejudiciable a mes droits attandu que je suis despourveu de conseil — Boissier — magdelene leriget — J. Marginiere — f. Brousse — Ch. Gervais nore roïal hereditaire. »

C'est sur cette pénible scène de famille que nous tournerons cette page de la vie de Roch Boissier. Cela n'est pas de la grande Histoire; c'est à peine de l'Histoire locale, — de l'Histoire de mœurs. Mais c'est un aperçu de plus sur les conditions d'existence des classes moyennes rurales, aux deux derniers siècles de la Monarchie, dans notre région de petites propriétés où, le paysan étant aisé, le bourgeois et le gentilhomme étaient nécessairement pauvres. On ne se fait une idée juste de leur détresse qu'en parcourant, dans les archives particulières, les correspondances de cette époque. Un moment, le salut parut leur venir, de très loin, dans le magnifique essor colonial qui s'élargit tant vers le milieu du XVIIIe siècle et auquel notre Angoumois et les provinces voisines apportèrent un concours si enthousiaste. Mais la Révolution survint, et le mouvement fut enrayé net avant même que la perte de nos colonies fût un fait accompli. Le mouvement migratoire continua mais s'il mena les familles moins loin, ce fut sans esprit de retour. Elles se sont, pour la plupart, éteintes, hors du sol natal, comme si la sève s'était tarie dans ces vieux troncs déracinés.... Quelques-unes sont restées, heureusement, et c'est le cas de celle qui vient de nous occuper.

Georges de Massougnes des Fontaines

Notes :

1. Fille de Me François Gesmond, sr de Cussac, garde des eaux et forêts d'Angoumois, et de dame Jeanne Gervais, tout deux déjà décédés en 1697. Ce nom, uni à celui de Bouniceau, était encore représenté naguère dans le département.

2. Fille de jean Lériget, sr de Larchier, et de Marie Alanore, décédés avant 1716.

3. Jean Demarginière, seul de sa famille, signait « J. Marginière ». Ce nom, sous cette dernière forme, a subsisté presque jusqu'à nos jours.

4. Par contrat du 8 mai 1697. François Renaud, issu de la paroisse de la Rochette, où il habitait le village des Aillards, vint après son mariage, demeurer à celui de La Grange, en Agris. D'abord qualifié « sieur du Mineur » dans les minutes de Dubournais, — après 1713 il habite, à Agris même, le logis noble de La Michenie, dont il s'intitule sieur, par suite de l'acquisition qu'il en avait faite, à cette date, d'un marchand de biens d'Angoulême, Jean Pétis, se disant « blanchier » (E. 694, Dubournais jeune, not. à Agris). Possesseur d'une certaine fortune, qui semble s'être accrue longtemps, François Renaud était fils de Jean et de Marie Gounin, veuve en secondes noces (1697) de Me Jean Gervais, garde des eaux et forêts d'Angoumois. Son fils, Clément Renaud, sr de la Michenie, acheta une charge de notaire royal à Agris, où il exerça ses fonctions de 1742 à 1763 (Arch. Char. E. 777-794).

5. Demeurant au village des Massés, — auj. Chez Masset, ou mieux: Chez Macé, — paroisse de Brie-de-La Rochefoucauld. Toute cette région, voisine de la Braconne, fourmillait alors de forestiers.

6. Demeurant à Chez-Caille, — ou mieux: Chez Cail — en la paroisse d'Agris.

7. De Noël Bezaud, sr du Parc et de Marie Dubournais, sa femme, demeurant au village de Puysaguet, paroisse d'Agris.

8. Remarquer, en passant, que ce nom, qui veut dire forestier, est écrit indifféremment sous la même plume, par deux s ou un x, ce qui sert une fois de plus à prouver que cette dernière lettre n'était utilisée, jadis, que comme un double, et que des noms comme Texier, Boixier, La Boixe, Luxé, Xambes ou Bruxelles, ne doivent pas se prononcer autrement que Tessier, Boissier, La Boisse, Lussé, Sambes ou Brusselles (en flamand Brussels). Rien de plus fâcheux, pour la conservation de la prononciation française, que la vulgarisation de la « science » de l'orthographe !

9. L'acte, passé au village de la Grange, dans la maison de l'acquéreur, est signé « Boissier — F. Renaud — h Boyssier, sanrien aprouver à mais autres droitz de préjudisiable — J. Couprie — L. ferrand ». Le notaire a oublié de signer.

10. L'Esbaupin, Les Combes, etc. autant de lopins de terres, de simples champs appartenant à la même famille, dont nous voyons les noms portés par divers de ses membres, selon la coutume devenue générale à cette époque dans les familles nobles ou bourgeoises, à défaut de terres importantes, et à l'imitation des possesseurs de plusieurs fiefs.

11. Ces pièces sont mouvantes, la 3e, à rente, du sgr de Coulgeant, et les trois autres, l'agrier et terrage, de Mgr le Duc de La Rochefoucauld et des hoirs du sr Fureau de Villemalet, « comme les ayant acquises du Roy nostre sire ».

12. L'acte, passé « au lieu des Barrières parre dud Agrix maison et demeure dud helie Boissier et dud Vendeur en pnce de Jean Boissier, sr de Lesbaupin et René Martin clerq d' au village des Mauberards et de Pussecq pare dud Agrix est signé « Boissier — J. Fourgaud — h. Boyssier — J. Boyssier — rené martinet (sic) — Ch. Gervais, nore Roial héréditaire ».

13. « Fait et passé au lieu des Barrières parroisse susd en la maison et demeure dud hélie boixier et dud sieur bailleur, le treize mars mit sept Cens Onze avant Midy, es présence de jean de guilard escuyer Chevalier du quesroy et René martin, Clerc, demeurans scavoir led sieur de Guitard Escuyer au bourgt de st Constant Et ledit martin au village de puisse paroisse dudit agrix » Signé : « h. Boyssier — Boissier — Jean de Guitard — J. Fouillade — rené martine — Ch. Gervais note Roial héréditaire — En acordant ces pntes a esté payée En dépance Par Le Preneur Du Commandemt Dudt sr bailleur qnarante solz — Boissier ».

14. C'est probablement par suite d'une cession réelle que la qualification de sieur de la Fayolle avait passé du père au fils, du vivant du premier.

15. Parmi les meubles figurent un peu de vaiselle d'étain et quelques couverts de même métal, et la somme de 250 # est dite provenir en partie du don fait à Marie Lériget par feu Monsr de Gourville, et en partie du partage fait centre ladite « Lérigette » et ses frères, sœurs et beaux-frères, des biens de feus Jean Lériget, sr de Larchier, et Marie Alanore, ses père et mère. Monsieur de Gourvillle désigne sans doute, ici, Jean Hérauld, sgr de Gourville, né à La Rochefoucauld en 1625, mort en 1703, le célèbre financier frondeur et l'auteur des Mémoires.

16. Les Camus de Moussac, aujourd'hui : Les Camus, village, commune d'Agris.

17. Le nom de ce François Pétis,qui exerçait probablement la profession inavouée de « marchand de biens », doit être rapproché de celui de Jean Pétis, autre trafiquant de la même catégorie, dont il a été question ci-dessus, note 4.

18. La métairie de Cussac est tenue et mouvante « aveq autres lieux Tant à Ranthe que agrier, Du chasteau De Montignac, abaie de st amant de boixe, Prieuré dud. st estienne Et chastelard dud. st amant de boixe ». — Me François Mallet, notaire et procureur de la chastellenie de Montignac-Charente, demeurant au bourg de St Amant de Boixe, assiste à la vente. Cette métairie de Cussac doit être recherchée parmi les maisons du bourg de Villejoubert, car le nom n'en figure aujourd'hui en aucun point isolé des trois paroisses dont elle dépendait.

19. Nous avons vu qu'il était l'oncle maternel par alliance de Roch Boissier.

Posté par ID348347 à 14:34 - - Permalien [#]

30 août 2015

Le choix de la veuve Agard

Pendant que le jeune Jean Agard Durantière poursuit sans difficulté à l'Université des études qui lui permettront d'être de bonne heure inscrit comme avocat au barreau d'Angoulême sa mère va vivre en douairière à Rougnac dans la vieille demeure des Juilleries basses tout en surveillant l'exploitation de la ferme des Juilleries hautes et le reste du domaine qui est principalement forestier. Jean Agard va voir sa mère et celle-ci va de temps en temps en calèche à Angoulême. On a raconté plus tard qu'un jour dans le mauvais chemin de terre qui vient des Juilleries la voiture de maître avait malencontreusement versé. La douairière Agard avait eu grand peur d'être noyée dans le proche étang. Pour ne plus avoir à emprunter ce maudit chemin qui ne conduisait qu'à une vieille maison de famille pas trop grande et peu confortable la décision fut donc prise de faire construire une nouvelle demeure permettant de ne plus habiter dans la vieille batisse ancestrale. Comme site on n'avait que l'embarras du choix. C'est le mot à employer. Ce que Dame Marguerite Clarisse Jacques Lanauve veuve Agard avait choisi, c'était son choix. Tel fut donc le château de Monchoix. Le site ne pouvait être plus adéquat. De plus, sans s'éloigner beaucoup de Rougnac et de Villebois l'on se rapprochait de plusieurs kilomètres d'Angoulême, considération qui avait son poids. Le jeune avocat du barreau d'Angoulême avait assez de loisirs pour venir surveiller les travaux et pour traiter à Angoulême avec architecte et entrepreneurs. On eut finalement en un sobre et discret pastiche du style Henri IV, un fort beau logis avec perron au Nord et terrasse et parc au Sud. Sur les impostes des portes doubles les initiales « A » et « D » Agard et Durantière se lisaient sans peine dans les courbes du fer forgé. Les deux noms étaient sur un pied d'égalité. L'antique patronyme Agard voisinait avec le nom d'un hameau périgourdin de la commune de Savignac « les Durantières » où peut-être avaient jadis vécu quelque famille apre au travail les Durand ? S'appelant de cette façon « Durantière » les Agard n'ont jamais prétendu être dits Agard des Durantières.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1983)

Posté par ID348347 à 21:59 - - Permalien [#]

15 juillet 2015

Plainte de Marcilhac et de Montalembert, sa femme

Plainte que fait Daniel de Marcilhac, naguère conseiller esleu pour le Roy en l'eslection d'Angoulmois, et dame Marie de Montalembert, son espouze, contre Jehan de Marcilhac, leur fils, sur ce que, peut y avoir sept ans, n'ayant ledit Jehan encores atains Taage de sèze ans, c'estant allé promener au lieu de Montignac-Charente, distant de ladite ville de trois grandes lieues, où estant, auroit prins cougnoissance et familiarité avec la nommée Jebanne Rousseau, pauvre femme nécessitée, aagée de trente-cinq à quarante ans, faisant du pain et des pàtetz d'anguilles qu'elle porte d'ordinaire aux foires et marchés des lieux circonvoisins dudit Montignac, pour vandre, afin de subvenyr à ses nécessitez; par le moyen de laquelle fréquentation, icelle Rousseau, par ses apas pipeux, auroit tellement pratiqué, céduit et desbauché ledit Jehan de Marcilhac, qu'elle l'auroit dispozé de l'espouzer, afin de mieux et avec plus de liberté continuer la jouissance dudit Jehan, qui est en eflfait ung pur et punissable rapt. De quoy adverty, ledit Daniel de Marcilhac se seroit acheminé audit lieu de Montignac, à compaigné (sic) de ces amis, afin de à saizir de sondit fils et empescher tel malheur et honte en sa famille. De quoy ladite Rousseau, advertye, auroit fait esvader ledit Jehan Demarcilhac, et tous deux ensamble ce seroient caché par les bledz qui estoient pour Ihors grands, en sorte que ledit plaignant et ses parans et amis ne l'auroient peu rencontrer. Et prévoyant icelle Rousseau qu'il ne ce trouveroit de prestre proche dudit Montignac, qui les voulut espouzer à heure induhe, sans y aporter et observer les formes requises, atandu mesme le bas aage dudit Jehan de Marcilhac qui n'avoit encores seze ans acomplis, et le peu d'honneur et misérable condition et extraction de ladicte Rousseau, avoit icelle Rousseau mené et conduit ledit Jehan de Marcilhac à la coumanderie de Vouton, près la ville de Montberon, distant dudit Montignac de cinq à six lieues, où ils auroient esté espouzés, ainsy que lesdits plaignans ont esté advertis, par ung prestre soy disant avoir privillège spécial audict lieu, encores qu'il n'y eut aulcuns parans dudict Jehan présans pour authorizer et consantir ledict mariage. Depuis lequel temps, ledict Jehan, à l'instigation de ladicte Rousseau, a exercé à rencontre de ses dits père et mère une infinité de cruaultés plus que barbares, jusques à poursuivre ledit plaignant, son père, l'espée à la main, près sa maison du Petit-Vouillac, luy impropérant et à sa dite mère plusieurs injures vilaynes et atroces, ce tenant d'ordinaire nuit et jour autour d'icelle pour y entrer, afin de leur méfaire et prandre leurs chevaux et jumans, et auroit à diferans fois poursuivi ses petits frères, ausquels il auroit hosté à plusieurs fois le manteau, en sorte que lesdits plaignans, puis le temps de sept ans à tout le moings, jusques à l'année 1620, (ont esté) sans ozer que bien peu sortir de leur maison, ny leurs petits enfans et serviteurs, pour la crainte qu'ils avoient des menaces et viollances dudit Jehan Demarcilhac. Après toutes lesquelles cruaultés, au mois d'apvril de ladite année 1620, icelluy Jehan ce seroit retiré en la maison du sieur de Marcheguinay, son cousin, par lequel il auroit fait porter parolle audit plaignant, son père, qu'il estoit grandement desplaizant de ses faultes et desiroit que, à cause des piperies de ladite Rousseau, qui l'avoit misérablement desbauché, il fust fait poursuitte de faire déclarer son prétendu mariage clandestin et nul, suplyant sondit père le secourir de quelques moyens pour aller servir le Roy, portant les armes en quelque coing du royaulme. A quoy obtempérant, ledit Demarcilhac plaignant lui auroyt fait fournyr argent et commodité, scellon son pouvoir, et moyennant ce, s'en seroit allé en la ville de Mais (Metz), soubz la compagnie de monsieur de Real, où ayant demeuré quelque temps, icelluy Jehan de Marcilhac, au mandement de ladicte Rousseau, ainsy qu'il est à presupozer, ce seroit encores retiré par devers elle et continué ses mesmes viollances à rencontre de sesdictz père et mère que ci-devant, et continuant de mal en pis, ce seroit acheminé en la ville de La Rochelle pour porter les armes contre le service du Roy, ainsy que ledit de Marcilhac est adverty. C'est pourquoy lesdictz de Marcilhac et Demontalembert, sadicte femme, désirant, à cause de telles faultes par trop énormes, exéréder et frustrer ledict Jehan de Marcilhac de tous leurs biens, ce qu'il n'a fait sans le consantemant et advis de ladicte Rousseau, dézireuze de l'expozer à toute sorte de suplice, pour avoir du bien, protestant lesdicts plaignans de faire leur testamant et témoigner à ung chacun et à la postérité le desplaizir qu'ils ont receu et resoy vent journellement en leurs âmes, des mauvaizes actions dudict Jehan Demarcilhac, leur fils, dont ils requërent acte leur estre octroyé, pour leur valloir et servir en temps et lieu ce que de raison, desquelles protestations, dires, remontrances et déclarations a esté octroyé acte ausdictz de Marcilhac et Demontalembert, conjoinctz, par nous soubz signés, notaire royal, tabellion et gardenotte héréditaire en Angoumois, en présance de Georges Avril, escuyer, sieur du Grand-Maine, maistre Jehan Apvrilh, chanoine en réglize cathédralle Saint-Pierre de ceste ville d'Angoulesme, et maître Aymery Pasquet, procureur au siège présidial d'Angoulmois, et tesmoings ad ce requis et apellés, le second jour d'octobre mil six cens vingt et ung, après midy.

D. Demarcilhac.

M. Demontalembert.

G. Avril.

J. Avril.

Pasquet.

Fèvre, notaire royal.

Extrait des archives de la Charente, minutes de Fèvre, notaire à Angoulême, par M. Paul de Fleury.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1892)

Posté par ID348347 à 10:19 - - Permalien [#]