08 mars 2016

Le corps-de-ville d'Angoulême en 1572

État nominatif des cent membres du corps-de-ville à la date de la mézée.

Maire.

François de Voyon, sieur des Rivaulx.

Soubz-maire.

Nicolas Ythier, sieur de La Boissiere.

Eschevins.

1. Maistre Loys Estivalle, sieur de Chassors.
2. François Couillaud, sieur de Heurtebise.
3. François Calluau.
4. Maistre Michel Constantin, sieur du Lugeat.
5. Mathurin Martin, conseiller, garde des sceaux au Présidial d'Angoulesme, sr d'Andreville.
6. Maistre Pierre Janvier, lieutenant particulier d'Angoumois.
7. Maistre François Nesmond, lieutenant général au Présidial.
8. Maistre Pierre Chappiteau.
9. Mtre Nicolles Ythier.
10. Maistre François Nesmond, conseiller au grand Conseil, depuis président en la cour de Parlement de Bourdeaux.
11. François de Lage.
12. Maistre Jehan Girard.

Conseilliers.

1. Maistre Jehan de Paris.
2. Pierre Montgeon.
3. François de La Combe.
4. Jacques Nogerée.
5. François de Livenne, escuier, seigneur de Neuilhac.
6. Maistre François de Corlieu.
7. Pierre Boutin.
8. Maistre François Vabre.
9. Messire Cybard Tizon, chevalier, seigr d'Argence.
10. Guillaume Le Conte.
11. Maistre Estienne Maquelilan.
12. Jehan Ruffier.

Pers.

1. Jehan Robin.
2. Martial Juilhard.
3. Jehan Paulte.
4. René de Prahet.
5. Jehan Vergnault.
6. Hector Robin.
7. Jehan de La Combe.
8. Maistre Jehan de Rouffignac.
9. Aymard de Terrasson.
10. Maistre Merlin du Port.
11. Maistre Estienne Pontenier.
12. Mtre Gérosme de Voyon.
13. Raymond Mallat.
14. Maistre Pierre Estivalle.
15. Maistre Guillaume Le Coq.
16. Maistre Jehan Lesné.
17. Maistre Jehan Chadenne.
18. Jehan de Lage.
19. Hannibal Moreau.
20. Loys de Lesmerie.
21. Estienne de Villautreys.
22. Maistre Gabriel Pigornet.
23. Maistre François Boessot.
24. Maistre François du Foussé.
25. Maistre Jehan Préverault.
26. Maistre Pierre Gandillaud.
27. Jehan Brugier.
28. Maistre Michel Le Roy.
29. Maistre Robert Blanchet.
30. Jacques Debresme.
31. Maistre François Redont.
32. Maistre François Rochier.
33. Maistre Anthoine Gilibert.
34. Maistre Marc Girault.
35. Pierre de Marcilhac.
36. François des Moulins.
37. Jehan Poumaret (aliàs Pommaret), sieur de La Valade.
38. Maistre Jehan Mousnier.
39. Jehan Prévost.
40. Maistre Pierre Terrasson.
41. Maistre Jehan Levesque.
42. Denis Chappiteau.
43. Hélies Boutin.
44. Gabriel Martin.
45. Maistre Aimery de La Coste.
46. Toussainctz Martin.
47. Guillaume de La Tousche.
48. Guillaume Dexmier.
49. Maxias (aliàs Mathias) Benoist.
50. Jehan Rousseau.
51. Maistre Jehan Gaignier.
52. Maistre François du Mas.
53. Maistre Jehan Vigier.
54. Hélies Greleau.
55. Guyon Girard.
56. Maistre Jehan Menagut.
57. Jehan Ruffier.
58. Geoffroy Ythier.
59. Maistre Guillaume de Paris.
60. Maistre François Le Musnier.
61. Maistre Bertrand Caillon.
62. Phelippes Joyeulx.
63. Guillaume De Lousmelet.
64. Maistre François Bernardeau.
65. Maistre François Ythier.
66. Jacques Girard.
67. Maistre François Lizsée.
68. Pierre de Corlieu, sieur de Lussault.
69. Maistre Pierre Juilhard.
70. Pierre Ruspide.
71. Mtre Geoffroy Montgeon.
72. Maistre Cybard de Corlieu.
73. Maistre Michel de La Tousche.
74. François de La Vallade.
75. François Ballue.

Arch. de l'hôtel de ville, registre des délibérations, coté B, f° 128, et mémorial B, f° 2, v°, et 3.

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1870)

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07 mars 2016

La noblesse de robe dans l'Angoumois

M. Jean Jézéquel présente à l'Assemblée des aperçus nouveaux sur la noblesse de robe dans l'Angoumois au XVIIe et XVIIIe siècles, d'après le fonds Mazière des Archives Départementales. (Série J/537-J/715). 70 liasses environ de cet ensemble épars et varié concernent les familles Arnaud de Ronsenac, Gervais et Sarlandie auxquelles est consacré le présent exposé (sans oublier d'autres documents du fonds qui concernent exclusivement l'Angoumois et essentiellement sous l'Ancien Régime).

3 familles distinctes :

— les Arnaud de Ronsenac, issus de Pierre Arnaud par son dernier fils Jacques, né d'un deuxième mariage, et dont les générations suivantes ont été : Pierre Arnaud né en 1668, André puis Pierre Arnaud (1731-1813). Tous membres du présidial d'Angoulême, soit comme Conseillers, soit comme Procureur du Roi (le dernier), le deuxième Pierre Arnaud est maire d'Angoulême entre 1721 et 1723... c'est la fonction municipale qui anoblit à deux reprises la famille, entre temps un édit royal de 1667 ayant révoqué le privilège attaché à l'Hotel-de-Ville.

— La famille Gervais et plus particulièrement Jean Gervais 1668-1733, lieutenant criminel de la Sénéchaussée et auteur du « Mémoire sur l'Angoumois » de 1725-1726. Il achète des lettres d'anoblissement en 1696 (6000 livres) noblesse ensuite révoquée, mais retrouvée par la mairie d'Angoulême de 1718 à 1721.

— Pierre de Sarlandie, autre officier, maître particulier des eaux et forêts de l'Angoumois, exerce lui aussi la fonction de maire entre 1744 et 1747, ce qui lui confère la noblesse.

La valeur de ces offices varie entre 26.000 I. procureur du Roi en 1752 et 40.000 I. (estimation de celui de lieutenant criminel en 1733) et 40.000 I. (vente de celui de maître particulier des eaux et forêts en 1773). Mais l'essentiel de l'activité n'est pas dans l'exercice de ces charges, plutôt dans l'exploitation de la fortune foncière, seigneuriale ou mobilière. Trois niveaux de fortune :

— Jean Gervais : l'ensemble de la succession estimée à près de 200.000 livres partagée entre le fils et la fille Marie Gervais, épouse de Sarlandie. Mais une succession grevée de fortes dettes et il faut réaliser deux seigneuries pour 70.000 I. au total. Meilleur observateur de la réalité géographique, économique et juridique de l'Angoumois que bon administrateur de ses propres biens, semble-t-il.

— Pierre de Sarlandie, plus un homme d'affaires qu'un officier de judicature, il tranche avec son beau-père : dans l'inventaire de ses biens, « des effets actifs » de l'ordre de 270.000 I. s'ajoutent aux 43.000 I. de deniers trouvés. La part mobilière prend ici des proportions inhabituelles par rapport au reste et il a des ennemis sur la place d'Angoulême « cet homme insatiable... près de 600.000 I. trouvées lui appartenant après sa mort... Cette fortune immense est le fruit des vexations et des concussions qu'il a toujours pratiquées dans l'exercice de sa charge... et des intérêts doublement usuraires qu'il percevait dans ses différents prêts d'argent... »

— La famille de Ronsenac : un 3e tableau de fortune considérablement développée au XVIIIe siècle sous André Arnaud † en 1782 et Pierre Arnaud mort en 1813, ce dernier ayant épousé la fille de Sarlandie. De nombreux domaines tant à l'Ouest qu'à l'Est d'Angoulême, de nombreux achats sur plusieurs décennies et en particulier un domaine en Périgord acheté 195.000 I. en 1776-78, d'un rapport de 15.000 I. vers 1786, sur 17 métairies, une seigneurie qui hisse cette famille au niveau des plus fortunées de l'Angoumois, surtout si l'on y ajoute de nombreux domaines spécifiquement seigneuriaux avec une gestion très bien menée qui évite le plus souvent la ferme habituelle.

Au total des exemples de fortune qu'il faut se garder de généraliser et qui représentent dans le cas de Sarlandie et des Ronsenac des réussites personnelle ou familiale. Les générations suivantes ne maintiendront pas ce niveau.

Une noblesse d'affaires ou sens du prêt, doublant dans certains cas (Sarlandie) la banque.

Une bonne gestion accompagnée de l'exploitation au maximum des possibilités du droit seigneurial, un train de vie plus calculé et moins dispendieux que dans la noblesse traditionnelle d'un même niveau de fortune.

Un mode de vie qui partage l'existence entre la maison de la paroisse Saint-André en ville et les demeures à la campagne, sans oublier des voyages d'affaires à Paris.

M. le Professeur Brunet, assistant à la faculté de droit de Poitiers, fait une intéressante intervention sur l'évaluation des rentes nobiliaires dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1975)

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04 mars 2016

Lettre d'un maître de forges au procureur du Roi

Lettre de Blanchard de Sainte-Catherine à Arnaud de Ronsenac, procureur du Roi

Je m'adresse à vous comme à un magistrat éclairé, sage et bon, et j'espère que ce que je vous demande est si raisonnable que vous me ferez l'honneur de me t'accorder. Il a plu à Madame Sarlandie, sans me prévenir en aucune manière, moi qui étais ami de cœur de M. Sarlandie, de me faire actionner, le 24 avril, à comparaître devant MM. les juges-consuls le 27. Une telle accélénté me fait penser qu'on l'a mal prévenue en ma faveur; doutant que je peux vous certifier que je suis encore au.dessus de mes affaires de plus de 50 mille écus, malgré les attaques vives qu'on m'a faites pendant ma maladie, qu'on a jugée mortelle trois mois; vous pouvez y compter, Monsieur, parce que je ne suis pas capable, d'en imposer à un magistrat de votre mérite.

Voici donc mes propositions. Actuellement je suis gêné et je ne peux point faire sans dérangement; d'ailleurs, je ne dois point ce que Madame me demande par son exploit. Je conviens devoir justement les deux billets au porteur et la moitié de celui de M. Lapouge mais il m'est bien dur de payer pour lui environ 2.500#. Il est parti, il y a trois jours, pour Paris, et comment l'appeler à ma garantie ?

A l'égard des 6.300 dont M. de Sarlandie me fit donner une espèce de reconnaissance, je le lui donnai pour t'obliger, après qu'il m'eut tourmenté iongtems dans mon lit. Il en avoit été question souvent auparavant et voilà sur quoi fondé :

M. Lapouge, ayant commencé à tomber en discrédit, me devoit lors 30.000#. Il vint me trouver et me proposa, pour me rendre taisant, de prendre un effet qui va aujourd'hui à 40.000 et qu'il avoit entièrement retiré avec subrogation. M. Sarlandie me voyant tranquille sur le compte de Lapouge, me dit « Lapouge vous a donc payé! » Et comme je n'avois rien de secret pour M. SarIandie, je lui donnai connoissance de tout ce qui en étoit. Je gardai donc et je garde encore cet effet qui porte hypothèque depuis 1758, et comme tel, premier créancier sur les biens dud. sieur Lapouge, qui a déjà détaché pour 45.000 de fonds de chez lui.

M. de Sarlandie me dit, il y a environ trois ans « Mon ami, il faut que vous m'aidiez à finir de sortir d'avec Lapouge; il ne vous doit que 30 000 dont il vous sert t'intérêt, à ce qu'il m'a dit, ot l'effet qu'il vous a déposé, sans compter un autre arlicle de 6.000# qui date de 1762, vont a près de 45.000#. » Je lui répondis que je ferois tout ce que l'honneur et la conscience me permettront dans cette occasion. Tous tes ans depuis il m'en a parlé, et finalement le 28 janvier dernier, je lui donnai par écrit, et même aussitôt que ma santé me Ie permettra, j'attaqueroi tes acquéreurs de M. Lapouge en dénonciation d'hypothèque. Je ne vous y oublierai pas mais ce n'est pas un argent sitôt prêt. Lapouge même a consenti que sur ces objets M. Sarlandie fut payé.

Revenons, Monsieur, aux neuf mille et quelques livres dont j'avais promis de payer l'intérêt à Pâques, et M. de Sarlandie promit de m'àtermoye un an. Je vous répète .que je ne suis point en état de payer actuellement, devant compter au 18 prochain 22.500# quoi je compte ne pas manquer mais je vous prie Monsieur, de m'accorder un an de terme, tems où je serai sûr de satisfaire, et même plus tôt, surtout si l'Espagne me paye 120.000# qu'elle me doit; sur laquelle somme les ministres de la marine tant d'Espagne que de France me donnent de grandes espérances. Après tous ces éclaircissements, s'il vous reste quelque doute je suis prêt a vous déposer entre mains tes rentes seigneuriales que j'acquis sous signature privée de M. le comte de Montbron, votre ami, situées sur la paroisse de Vilhonneur, où j'ai pour tenanciers M. de La Batud, Mesdames Jourdain et plusieurs bourgeois. Elles consistent en trois pipes et demie environ, mesure d'Angoulême, et 7# d'argent et suites. J'y joindrais aussi trois contrats par devant notaire qui me produisent annuellement 200#, le tout sous condition que je vous en feriez la ferme à un homme que je vous indiquerois, et ce sur le pied de 450#, la moitié payable à la St-Michel et l'autre à Noël.

Et comme je me trouve deux neveux à Angoulême, M. Marvaud du Brandeau, gendre de M. CaIluaud, le procureur, qui a pour 40.000# de bien au soleil, et M l'abbé Sauvo, chanoine de votre Chapitre, je vous Ies offre pour caution pour un an. Ils le feront sûrement quoique je ne leur en aie pas parlé.

Je crois, Monsieur, que voilà assez de précautions pour arrêter de suite Madame Sarlandie et que vous me ferez l'amitié d'empêcher de porter la cause à l'audience de lundi. Que voulez-vous davantage? Les billets sont signifiés, l'intérêt au cours dud. jour; mais je vous demande en.grâce qu'il n'y ait point de jugement. J'aurais une autre infinité d'effets à vous proposer; mais la plupart m'ont demandé des délais que mon bon cœur n'a pu leur refuser. Le sieur Janet, huissier de votre ville, en a à moi appartenant pour plus de 20.000#. Marvaud, mon procureur, aura l'honneur de prendre votre réponse, ainsi que je lui marque, lundi matin avant l'audience.

J'ai l'honneur d'être, avec un très parfait respect,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Blanchard de Sainte-Catherine,

A Ste-Catherine, le 25 avril 1773.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1918)

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02 mars 2016

Un Angoumoisin à Saint-Domingue

Le Président donne connaissance d'un premier extrait d'une étude de notre collègue, M. Marcel Reible, « Les esclaves et leurs travaux sur la sucrerie Lugé à Saint-Domingue, 1788-1791 ».

L'extrait dont il est donné lecture campe la personnalité de Jean Pasquet de Lugé, né le 8 mai 1711 à Roumazières, troisième fils de Jean Pasquet, écuyer, seigneur de Luget, et de Jeanne-Marie Martin, mariés en 1690. Le père de Jean Pasquet, Aimery Pasquet, procureur au présidial d'Angoulême, après avoir acquis la seigneurie de Lâge-Baton, entra comme conseiller dans la Maison de Ville d'Angoulême et fut anobli par cette charge en vertu des privilèges accordés par par Louis XII.

Jean Pasquet de Lugé, entré dans la carrière militaire, était capitaine à 28 ans, en 1739, en service à Saint-Domingue. Il abandonna l'armée pour devenir colon. Le 21 lévrier 1753, il épousa Anne-Perrine Chevalier de Saint-Servan (diocèse de Rennes), fille de Jean-Charles Chevalier de Beauvoir et de Perrine Martin. Le contrat de mariage indique qu'à cette époque il possédait 60.000 livres de billets ou obligations, 100.000 livres d'argent comptant, 150 nègres et négresses. De 1755 à 1782, il réalisa plusieurs acquisitions foncières, de sorte qu'à son décès il se trouvait à la tête d'une exploitation de 1.383 hectares avec 345 nègres, plusieurs centaines d'animaux de trait, de bât, d'élevage, d'une valeur totale de 2.392.800 livres.

En 1768, le Prince de Rohan confia, à ses soins et à sa vigilance, le quartier du Montrouis en tant que capitaine, grade qui lui fut officiellement confirmé, en 1771, par brevet du Roi. Le 6 juin 1777, il recevait la croix de Saint-Louis et, l'année suivante, le comte d'Argout, gouverneur de Saint-Domingue, lui confiait le commandement de la milice de la paroisse de Saint-Marc...

M. Reible nous donne alors quelques détails savoureux sur la vie privée de celui qu'on appelait « le baron de Luget » et sur les moeurs de l'époque où il était d'usage de remplacer les épouses absentes par des mulâtresses auxquelles on donnait le titre — bien peu mérité — de ménagères. Pasquet de Lugé, dont la femme résidait le plus souvent en France, n'avait pas failli à cette coutume. Il avait eu de nombreuses concubines. Dans les dernières années de son existence, il était devenu quasiment gâteux. La mésaventure dont fut victime l'un de ses hôtes, A. de Laujon est significative à cet égard : le baron de Lugé « était à table lorsque j'arrivai : un domestique m'annonce comme venant de chez Madame de Saint-Ard et recommandé par elle ; je suis introduit, j'en reçois les honnêtetés d'usage, et il me fait apporter un couvert. Une femme assise auprès de M. le baron, mais que je n'avais pas remarquée, avait disparu. Or il faut savoir que cette femme était une jeune carterone que le vieux baron idolâtrait. »

« Je ne me rends pas compte de sa disparition, et je ne voyais pas pour quel motif j'aurais dû m'en occuper. Mais le vieux baron était blessé au vif ; il avait perdu sa colombe, et ses quatre-vingts ans lui donnaient l'air d'en avoir cent. Il était triste, ne me répondait pas, et je me serais mille fois retourné le cerveau que je n'aurais pas su pourquoi. Enfin, on sort de table, il disparaît et je ne vois plus que le gérant de l'habitation, auquel je m'adresse pour lui dire que je comptais sur la bienveillance de M. le baron pour me faire conduire à Saint-Marc. Cet homme avait le mot d'ordre. Il me répondit que je pouvais y compter. »

En fait, au lieu d'une voiture, M. de Laujon dut se contenter d'un mauvais cheval, fourbu par l'âge et fut obligé de faire la route au pas.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1970)

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02 septembre 2015

Comment on équipait un lieutenant au début du XVIIIe siècle

Comment on équipait un lieutenant au début du XVIIIe siècle
Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1918

Une étude fort documentée de M. George (« De l'obtention d'un brevet de capitaine, en 1693 », dans Bulletin de la Société Archéologique et Historique de la Charente, 1915) nous édifiait, naguère, sur ce qu'il en coûtait, à tous égards, pour parvenir au grade de capitaine, à la fin du XVIIIe siècle. Le postulant à cet emploi, qui constituait une propriété tacite, avait, en principe, la charge unique de lever le contingent de sa compagnie de ses propres deniers, avec tout ce que comportait de rétributions diverses, de primes d'engagement et de rasades, le recrutement de volontaires souvent hésitants. Dans la pratique, on achetait lé plus communément l'unité toute constituée, comme nous voyons procéder le jeune Pelluchon des Touches, dans le travail de M. George, quitte à en combler les lacunes par les moyens ordinaires. Mais auparavant, il fallait découvrir un résignataire, puis obtenir la commission, ce qui n'allait généralement pas sans recourir plus ou moins à de besogneux et coûteux intermédiaires. Enfin, on devait pourvoir à son équipage personnel, dont le faste était jusqu'à un certain point imposé par le rang qu'on avait à tenir et l'idée qu'on se faisait alors du prestige de la fonction.

On conçoit sans peine que celle-ci ne fût guère accessible qu'aux jeunes gens riches, en dehors de quelques vieux officiers de carrière dont le Roi se réservait toujours d'utiliser les mérites en les aidant de sa cassette personnelle. Mais pour les grades inférieurs, l'écart avec notre conception moderne des fonctions publiques était bien moindre. Les brevets de sous-lieutenant et de lieutenant ne comportaient d'autre obligation que celle de s'équiper décemment. Et cependant, nous allons voir qu'en raison de la médiocrité des ressources des classes moyennes d'alors, cette simple condition à l'obtention d'un emploi qui, comme de nos jours, ne suffisait pas à faire'vivre son titulaire, décourageait les vocations. Aussi n'était-il pas rare que des cadets de familles même nobles, passionnés malgré tout de l'honneur de « servir », se contentassent de l'état de simple soldat, sans jamais tenter de sortir du rang.

Les éléments de ce qui va suivre ont été entièrement puisés dans les Archives Départementales de la Charente, au fonds des Notaires, et dans les minutes de Ch. Gervais, notaire à Agris (E. 720-726).

Là vivait, au début du XVIIIe siècle, un apothicaire, issu d'une ancienne famille bourgeoise de la région, Hélie Boissier, sieur de La Fayolle, que nous trouvons habitant d'abord le bourg même d'Agris, puis une maison isolée qui existe encore, au moins en partie, au lieu dit Les Barrières, dans la même paroisse. Marié en premières noces à une demoiselle Gesmond (1), d'une famille locale de condition analogue, il en avait eu au moins un fils, Roch, mineur en 1711, et était remarié, à cette date, avec Marie Lériget (2), aussi d'Agris, dont il ne paraît pas avoir eu d'enfant. Par sa première femme, il était le beau-frère de Jean Demarginière (3), de Jean Barraud, sr des Meules, et de François Renaud (4), chirurgien, qui avait épousé la plus jeune des quatre sœurs, Catherine Gesmond. Parmi ses proches parents paternels, peut-être ses frères, il comptait un garde des eaux et forêts d'Angoumois, Jean Boissier, sr des Combes (5) — dont il semble que la descendance soit encore représentée de nos jours, — Jean Boissier, sr de l'Esbaupin, et François Boissier, sr de La Motte (6). Tous ces noms appartiennent essentiellement à la bonne bourgeoisie rurale du duché de La Rochefoucauld.

Les transactions au nom d'Hélie Boissier sont rares, dans le fonds des notaires d'Agris. Cependant, le 16 août 1702, nous le voyons acheter (7), à réméré et pour la somme de 60 livres, une pièce de terre d'un demi-journal appelée La Loupe, mouvante de la seigneurie de Ribérolle et sise aux Barrières, dans la tenue des Noailles. Le 30 juin de l'année suivante, le vendeur lui abandonnait son droit de rachat pour 30 sols.

Mais au début de 1711, Hélie Boissier décida que son fils essaierait « sa fortune », comme on disait alors. Le jeune homme postulait un emploi de lieutenant d'infanterie et songeait à s'équiper. Où trouver l'argent nécessaire ? D'un commun accord, le père et le fils eurent recours au prêt sur gage, sous la forme euphémique d'une vente à réméré. Et ils s'adressèrent au prêteur qui offrait sans doute le plus de garanties de désintéressement, puisqu'il était, nous l'avons vu, le propre oncle du jeune homme. Le 22 février, Rocq Boixier (8), procédant sous l'autorité d'Hélie Boissier, sieur de La Faiolle, son père, vend à François Renaud qui, pour la circonstance, se qualifie « marchand », trois pièces de terre labourables sises dans la paroisse d'Agris, aux alentours du village de La Grange. appelées La Terre Noire, Les Grand'Vignes et Les Chamas, en tout environ deux journaux, confrontant par divers côtés aux terres de l'acquéreur, « moyennant le prix et Somme de Cents quatre Vingt seize Livres pour le payement de laquelle le dit Renaud a présentement délivré au dit Rocq Boixier Vendeur Un cheval de laage de six ans de poil Bay en tous les crains Bien marqué de moyenne taille Estimé avec son arnois la Somme de six Vingts Livres Et un paire de pistollets Estimés Cinqte livres et le surplus revenant à la Somme de Ving six Livres a esté Payée aussy presentement manuelle et Comptant Par le dit acquéreur au dit Vendeur...; et a ledit Vendeur declaré qu'il entend ce Servir dudit Cheval et armes pour le Service de sa maiesté ou II doit aller la Campagne prochaine en qualité de lieutenant d'Infantrie du Regt de ponthieux Et les Vingt six Livres d'argent seront employées pour aider au surplus de son Equipage auquel Il luy auroit Esté impossible de fournir sans Ce secours. Et par ces mesmes presentes ledit renaud acquereur a acordé de grace Specialle audit rocq Boixier vendeur faculté de Rentrer pendant Cinq ans dans lesd lieux vendus en par le dit Vendeur le Ramboursant a une Seulle fois en deniers Effectifs de la ditte Somme de Cents quatre Vings seize livres, prix de Ia ditte Venthe fraits et loyaux Cousts (9) ».

Aucune trace ne subsiste de l'usage que Roch Boissier aurait pu faire de son droit de rachat dans le délai prescrit, et ce que nous savons de François Renaud dans l'art d'arrondir son bien donne à penser que le gage demeura définitivement entre ses mains.

Mais, sur ces entrefaites, la commission étant arrivée, il devient urgent de vêtir convenablement le nouveau lieutenant, partant, de se procurer du numéraire. Le 4 mars 1711, Rocq Boissier, Lt de la Compaignie du sr Dumesny dans le Regiment de Ponthieux, procédant sous l'autorité de Hélie Boissier, sr de La Fayolle, son père, vend à Jean Forgeaud, fils d'Anthoine, laboureur à bœufs, demeurant à « Asgrix », quatre pièces de terre d'une contenance totale de trois journaux et quart, sises aux environs du village de La Grange, et appelées La Pierrière, l'Esbaupin (10), Unze Ven, — la quatrième, sur le village des Foucauds, étant innomée (11), — moyennant la somme de quatre vingt seize livres payée comptant, laquelle le vendeur déclare vouloir « Employer à l'achapt Dun habit Justacort Vezte Culottes Et autres fournitures necessaires a son esquipage pour le service De sa maiesté ou Il doibt aller La campaigne prochene en qualité De lieutenan Dinfanterie Dud Regiment De ponthieux Et auql esquipage Il luy auroit esté Impossibe De fournir sans ce secours.... »

La même faculté de rachat que précédemment, sous les mêmes conditions, lui est accordée pendant 5 ans, « de grasse specialle » (12). A noter la mention en post-scriptum, que la qualité de l'acquéreur n'avait pas permis d'ajouter à l'acte précédent, mais que nous retrouverons tout-à-l'heure « En accordant ces pntes a este paye En depanse Par lacqr Du Commandemt du Vandr trente cinq solz », — façon de faire supporter les frais du contrat par l'acheteur.

Mais plus approchait la date du départ, plus il était clair pour le jeune officier et pour son père que l'aventure était plus onéreuse, sans doute, qu'ils ne l'avaient prévu. Bien que la destination de la troisième somme réalisée ne soit plus mentionnée, cette fois, on peut avec vraisemblance admettre que l'acte passé quelques jours plus tard, à la date du 13 mars, n'avait pas d'autre objet que de munir Roch Boissier d'un peu d'argent de poche et de couvrir les frais du voyage. Ce jour-là, « Rocq Boixier, lieutenant de la Companie du sieur dumesnye dans le Regiment de ponthieux, procedant sous l'autorité de helie boixier sieur de la faiolle mre appre son pere », accense et arrente à Jean Feuillade, d'Agris, laboureur à bœufs, deux pièces de terre labourables « estant de present en Champois », sises dans les appartenances du village de La Grange, comme les précédentes. Ce sont la pièce « des Longs Seillons », d'une contenance d'environ 2 journaux, et celle appelée « au Chiron, dans les Conbes » (10), pour lesquelles sera servie une rente annuelle seconde, « hutille et amortissable de 40 sols, payable à la St Michel l'amortissement devant s'en faire jusqu'à concurrence d'une somme de 40 livres, en trois ans à partir de la date de l'acte. La clause ordinaire de réméré, pendant cinq ans, est accordée, « de grâce specialle », au vendeur (13).

Enfin, voilà le jeune homme parti pour la gloire, — et la fortune, peut-être.... Combien de temps durèrent les illusions de sa famille ? Quels furent ses propres déboires ? A défaut d'une correspondance jaunie dont on peut présumer l'échange et le sens avec certitude, nous pouvons entrevoir la vérité à travers ces froids grimoires notariés le désenchantement a été complet en moins de cinq ans. Nous verrons plus loin, en effet, que Roch Boissier avait dû se marier vers le milieu de 1715 et avait fixé peu après sa demeure dans la paroisse d'Agris, chez son beau-père.

L'acte du 17 novembre de cette année, au surplus, ne prouve pas qu'il fût au service, ni même absent, mais simplement que, pour rémunérer son père, sans doute, des sacrifices que celui-ci avait faits en sa faveur, il lui avait abandonné ses droits sur certaines bribes de son bien propre, où nous voyons figurer cette pièce des « Longs Seillons » qu'il avait arrentée, avant son départ, à Jean Feuillade. Celui-ci l'avait trouvée en si mauvais état, mangée de mauvaises herbes, remplie de pierres et obstruée de « chirons que, cinq semaines plus tard, il faisait avec amertume constater le fait par un procès-verbal de notaire, le 27 avril 1711. Sans doute la mauvaise humeur de Feuillade était-elle exagérée, puisqu'il semble bien que le droit de rachat ait été exercé par les Boissier. Mais pas pour longtemps. Car après un accord sous seing privé survenu entre le père et le fils, le 8 novembre 1715, le 17 « Helie Boissier mre appre comme Cessionnere Et estant aux droits de Rocq boissier sr de La Fayolle (14), son filz », vend à Jean Marthonneau, pour 75 la pièce des « Longs Seillons », en même temps que celle du Roc, d'environ un journal et demi, au lieu de celle des Combes.

Tout cela ne semble pas indiquer que les affaires de la famille fussent en brillant état, et il est permis de supposer que le point de départ en ait été l'équipée militaire du fils. La dot de la seconde femme de l'apothicaire se trouvait probablement compromise, à telle enseigne que, le 1er janvier 1716, il doit assigner « sur tous et chacuns ses biens presents et avenir » tous les meubles de Marie Lériget et certaine somme de 250 # qu'il déclare avoir employée à ses affaires propres et particulières (15).

Il n'est désormais plus question d'Hélie Boissier. Mais les relations entre le père et le fils ne semblent pas avoir jamais cessé d'être bonnes. Même, la seconde femme du père semble être devenue la tante du fils, car il est à croire que Madeleine Lériget, que Roch avait épousée en 1715, comme nous l'avons dit, était la fille d'un frère de Marie. Son père, en tout cas, était Pierre Lériget. demeurant aux Camus de Moussac (16), paroisse d'Agris, et sa mère feue Madeleine Degaroste.

Toujours à court d'argent, l'ex-officier réalise tout ce qu'il peut. Le 29 novembre 1717, « Rocq boissier, sr de la fayolle demeurant De pnt au Village des Camus de Moussac, parroisse d'Agrix », en sa qualité d'héritier « bénéfisier », pour un tiers, de feu François Gesmond, sr de Cussac, son aïeul maternel, vend à François Pétis (17), marchand, demeurant au bourg de Villejoubert, sa tierce part dans la métairie de Cussac, située au bourg de Villejoubert et sur les territoires de Saint-Amant-de-Boixe, Montignac-Charente et Saint-Estienne dudit Montignac, sans qu'il soit besoin dé la spécifier davantage, ledit Pétis ayant déclaré bien connaître les lieux (18). Le prix est de 666# 13~ 4* sur laquelle l'acquéreur a payé comptant 300# 10~ 4* les 300 livres restantes devant être versées dans un délai de dix ans, en servant une rente annuelle d'un sol pour livre.

Enfin, un motif d'intérêt, sans doute justifié, porte encore Roch à un acte assez douloureux. Le 29 novembre 1717, sur les huit heures du matin, à la requête de Rocq Boissier, sieur de La Fayolle, et de damelle Madeleine Lériget, son épouse, tous deux demeurant au village des Camus de Moussac, en vertu d'une autorisation qui leur a été donnée quelques jours auparavant par le juge sénéchal du duché de La Rochefoucauld, — le notaire Ch. Gervais se transporte avec eux audit village, en la demeure du sieur Pierre Lériget. Là, ayant rencontré ledit Lériget, ils le somment de leur délivrer la moitié des biens dotaux et conventions matrimoniales de feue damoiselle Magdeleine Degaroste, leur mère et belle-mère, tant en principal qu'intérêts de « souffrir » que soit fait un inventaire des membres et « effaiz » qui se trouvent dans sa maison, et de choisir un arbitre qui en fasse l'estimation pour sa part, faute de quoi il en sera désigné un 'd'office. De leur côté, les demandeurs ont fait choix du leur, en la personne de Me Jean Demarginière(19), qui les accompagne. Mais Pierre Lériget s'oppose énergiquement à tout inventaire, consentant seulement à payer à son gendre et à sa fille la moitié des deniers dotaux qu'il peut avoir touchés de sa femme, leur belle-mère et mère, e en par eux justifiant de leurs droits et Vuidant la maison Dud sr Leriget qu'ils occupent presentement » représentant qu'au surplus, « led boissier a demeuré dans sa maison plus de deux ans en sa, attandeu que le bien De sa femme nest suffizant ny capable de les nourir ny entretenir tous deux. »

A quoi Roch Boissier rétorque que, s'il a demeuré dans la maison de son beau-père, « c'est pour le soubstien et maintien De la maizon dud Lériget ou il a esté contrain De faire plusieurs Voyages pour les affaires particulières Dud Lériget tant a La Rochett que angme et ailleurs, ou Il a mesme employé pluzieurs sommes et Deniers de son argent propre Pour Lesafaires Dud Leriget ainsy qu'il sera Prest de Justifier en venan à compter, putre qu'il a mené et conduit Dans la maizon dud Leriget du bled vin et autre choze pour sa nouriture et entretien De sa maizon Venant De son bien ainsy qu'il sera prest de Justifier en temps et lieu. » Là-dessus, le notaire se retire en dressant un procès-verbal que signent : « Leriget, sans approuver rien de prejudiciable a mes droits attandu que je suis despourveu de conseil — Boissier — magdelene leriget — J. Marginiere — f. Brousse — Ch. Gervais nore roïal hereditaire. »

C'est sur cette pénible scène de famille que nous tournerons cette page de la vie de Roch Boissier. Cela n'est pas de la grande Histoire; c'est à peine de l'Histoire locale, — de l'Histoire de mœurs. Mais c'est un aperçu de plus sur les conditions d'existence des classes moyennes rurales, aux deux derniers siècles de la Monarchie, dans notre région de petites propriétés où, le paysan étant aisé, le bourgeois et le gentilhomme étaient nécessairement pauvres. On ne se fait une idée juste de leur détresse qu'en parcourant, dans les archives particulières, les correspondances de cette époque. Un moment, le salut parut leur venir, de très loin, dans le magnifique essor colonial qui s'élargit tant vers le milieu du XVIIIe siècle et auquel notre Angoumois et les provinces voisines apportèrent un concours si enthousiaste. Mais la Révolution survint, et le mouvement fut enrayé net avant même que la perte de nos colonies fût un fait accompli. Le mouvement migratoire continua mais s'il mena les familles moins loin, ce fut sans esprit de retour. Elles se sont, pour la plupart, éteintes, hors du sol natal, comme si la sève s'était tarie dans ces vieux troncs déracinés.... Quelques-unes sont restées, heureusement, et c'est le cas de celle qui vient de nous occuper.

Georges de Massougnes des Fontaines

Notes :

1. Fille de Me François Gesmond, sr de Cussac, garde des eaux et forêts d'Angoumois, et de dame Jeanne Gervais, tout deux déjà décédés en 1697. Ce nom, uni à celui de Bouniceau, était encore représenté naguère dans le département.

2. Fille de jean Lériget, sr de Larchier, et de Marie Alanore, décédés avant 1716.

3. Jean Demarginière, seul de sa famille, signait « J. Marginière ». Ce nom, sous cette dernière forme, a subsisté presque jusqu'à nos jours.

4. Par contrat du 8 mai 1697. François Renaud, issu de la paroisse de la Rochette, où il habitait le village des Aillards, vint après son mariage, demeurer à celui de La Grange, en Agris. D'abord qualifié « sieur du Mineur » dans les minutes de Dubournais, — après 1713 il habite, à Agris même, le logis noble de La Michenie, dont il s'intitule sieur, par suite de l'acquisition qu'il en avait faite, à cette date, d'un marchand de biens d'Angoulême, Jean Pétis, se disant « blanchier » (E. 694, Dubournais jeune, not. à Agris). Possesseur d'une certaine fortune, qui semble s'être accrue longtemps, François Renaud était fils de Jean et de Marie Gounin, veuve en secondes noces (1697) de Me Jean Gervais, garde des eaux et forêts d'Angoumois. Son fils, Clément Renaud, sr de la Michenie, acheta une charge de notaire royal à Agris, où il exerça ses fonctions de 1742 à 1763 (Arch. Char. E. 777-794).

5. Demeurant au village des Massés, — auj. Chez Masset, ou mieux: Chez Macé, — paroisse de Brie-de-La Rochefoucauld. Toute cette région, voisine de la Braconne, fourmillait alors de forestiers.

6. Demeurant à Chez-Caille, — ou mieux: Chez Cail — en la paroisse d'Agris.

7. De Noël Bezaud, sr du Parc et de Marie Dubournais, sa femme, demeurant au village de Puysaguet, paroisse d'Agris.

8. Remarquer, en passant, que ce nom, qui veut dire forestier, est écrit indifféremment sous la même plume, par deux s ou un x, ce qui sert une fois de plus à prouver que cette dernière lettre n'était utilisée, jadis, que comme un double, et que des noms comme Texier, Boixier, La Boixe, Luxé, Xambes ou Bruxelles, ne doivent pas se prononcer autrement que Tessier, Boissier, La Boisse, Lussé, Sambes ou Brusselles (en flamand Brussels). Rien de plus fâcheux, pour la conservation de la prononciation française, que la vulgarisation de la « science » de l'orthographe !

9. L'acte, passé au village de la Grange, dans la maison de l'acquéreur, est signé « Boissier — F. Renaud — h Boyssier, sanrien aprouver à mais autres droitz de préjudisiable — J. Couprie — L. ferrand ». Le notaire a oublié de signer.

10. L'Esbaupin, Les Combes, etc. autant de lopins de terres, de simples champs appartenant à la même famille, dont nous voyons les noms portés par divers de ses membres, selon la coutume devenue générale à cette époque dans les familles nobles ou bourgeoises, à défaut de terres importantes, et à l'imitation des possesseurs de plusieurs fiefs.

11. Ces pièces sont mouvantes, la 3e, à rente, du sgr de Coulgeant, et les trois autres, l'agrier et terrage, de Mgr le Duc de La Rochefoucauld et des hoirs du sr Fureau de Villemalet, « comme les ayant acquises du Roy nostre sire ».

12. L'acte, passé « au lieu des Barrières parre dud Agrix maison et demeure dud helie Boissier et dud Vendeur en pnce de Jean Boissier, sr de Lesbaupin et René Martin clerq d' au village des Mauberards et de Pussecq pare dud Agrix est signé « Boissier — J. Fourgaud — h. Boyssier — J. Boyssier — rené martinet (sic) — Ch. Gervais, nore Roial héréditaire ».

13. « Fait et passé au lieu des Barrières parroisse susd en la maison et demeure dud hélie boixier et dud sieur bailleur, le treize mars mit sept Cens Onze avant Midy, es présence de jean de guilard escuyer Chevalier du quesroy et René martin, Clerc, demeurans scavoir led sieur de Guitard Escuyer au bourgt de st Constant Et ledit martin au village de puisse paroisse dudit agrix » Signé : « h. Boyssier — Boissier — Jean de Guitard — J. Fouillade — rené martine — Ch. Gervais note Roial héréditaire — En acordant ces pntes a esté payée En dépance Par Le Preneur Du Commandemt Dudt sr bailleur qnarante solz — Boissier ».

14. C'est probablement par suite d'une cession réelle que la qualification de sieur de la Fayolle avait passé du père au fils, du vivant du premier.

15. Parmi les meubles figurent un peu de vaiselle d'étain et quelques couverts de même métal, et la somme de 250 # est dite provenir en partie du don fait à Marie Lériget par feu Monsr de Gourville, et en partie du partage fait centre ladite « Lérigette » et ses frères, sœurs et beaux-frères, des biens de feus Jean Lériget, sr de Larchier, et Marie Alanore, ses père et mère. Monsieur de Gourvillle désigne sans doute, ici, Jean Hérauld, sgr de Gourville, né à La Rochefoucauld en 1625, mort en 1703, le célèbre financier frondeur et l'auteur des Mémoires.

16. Les Camus de Moussac, aujourd'hui : Les Camus, village, commune d'Agris.

17. Le nom de ce François Pétis,qui exerçait probablement la profession inavouée de « marchand de biens », doit être rapproché de celui de Jean Pétis, autre trafiquant de la même catégorie, dont il a été question ci-dessus, note 4.

18. La métairie de Cussac est tenue et mouvante « aveq autres lieux Tant à Ranthe que agrier, Du chasteau De Montignac, abaie de st amant de boixe, Prieuré dud. st estienne Et chastelard dud. st amant de boixe ». — Me François Mallet, notaire et procureur de la chastellenie de Montignac-Charente, demeurant au bourg de St Amant de Boixe, assiste à la vente. Cette métairie de Cussac doit être recherchée parmi les maisons du bourg de Villejoubert, car le nom n'en figure aujourd'hui en aucun point isolé des trois paroisses dont elle dépendait.

19. Nous avons vu qu'il était l'oncle maternel par alliance de Roch Boissier.

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30 août 2015

Le choix de la veuve Agard

Pendant que le jeune Jean Agard Durantière poursuit sans difficulté à l'Université des études qui lui permettront d'être de bonne heure inscrit comme avocat au barreau d'Angoulême sa mère va vivre en douairière à Rougnac dans la vieille demeure des Juilleries basses tout en surveillant l'exploitation de la ferme des Juilleries hautes et le reste du domaine qui est principalement forestier. Jean Agard va voir sa mère et celle-ci va de temps en temps en calèche à Angoulême. On a raconté plus tard qu'un jour dans le mauvais chemin de terre qui vient des Juilleries la voiture de maître avait malencontreusement versé. La douairière Agard avait eu grand peur d'être noyée dans le proche étang. Pour ne plus avoir à emprunter ce maudit chemin qui ne conduisait qu'à une vieille maison de famille pas trop grande et peu confortable la décision fut donc prise de faire construire une nouvelle demeure permettant de ne plus habiter dans la vieille batisse ancestrale. Comme site on n'avait que l'embarras du choix. C'est le mot à employer. Ce que Dame Marguerite Clarisse Jacques Lanauve veuve Agard avait choisi, c'était son choix. Tel fut donc le château de Monchoix. Le site ne pouvait être plus adéquat. De plus, sans s'éloigner beaucoup de Rougnac et de Villebois l'on se rapprochait de plusieurs kilomètres d'Angoulême, considération qui avait son poids. Le jeune avocat du barreau d'Angoulême avait assez de loisirs pour venir surveiller les travaux et pour traiter à Angoulême avec architecte et entrepreneurs. On eut finalement en un sobre et discret pastiche du style Henri IV, un fort beau logis avec perron au Nord et terrasse et parc au Sud. Sur les impostes des portes doubles les initiales « A » et « D » Agard et Durantière se lisaient sans peine dans les courbes du fer forgé. Les deux noms étaient sur un pied d'égalité. L'antique patronyme Agard voisinait avec le nom d'un hameau périgourdin de la commune de Savignac « les Durantières » où peut-être avaient jadis vécu quelque famille apre au travail les Durand ? S'appelant de cette façon « Durantière » les Agard n'ont jamais prétendu être dits Agard des Durantières.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1983)

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15 juillet 2015

Plainte de Marcilhac et de Montalembert, sa femme

Plainte que fait Daniel de Marcilhac, naguère conseiller esleu pour le Roy en l'eslection d'Angoulmois, et dame Marie de Montalembert, son espouze, contre Jehan de Marcilhac, leur fils, sur ce que, peut y avoir sept ans, n'ayant ledit Jehan encores atains Taage de sèze ans, c'estant allé promener au lieu de Montignac-Charente, distant de ladite ville de trois grandes lieues, où estant, auroit prins cougnoissance et familiarité avec la nommée Jebanne Rousseau, pauvre femme nécessitée, aagée de trente-cinq à quarante ans, faisant du pain et des pàtetz d'anguilles qu'elle porte d'ordinaire aux foires et marchés des lieux circonvoisins dudit Montignac, pour vandre, afin de subvenyr à ses nécessitez; par le moyen de laquelle fréquentation, icelle Rousseau, par ses apas pipeux, auroit tellement pratiqué, céduit et desbauché ledit Jehan de Marcilhac, qu'elle l'auroit dispozé de l'espouzer, afin de mieux et avec plus de liberté continuer la jouissance dudit Jehan, qui est en eflfait ung pur et punissable rapt. De quoy adverty, ledit Daniel de Marcilhac se seroit acheminé audit lieu de Montignac, à compaigné (sic) de ces amis, afin de à saizir de sondit fils et empescher tel malheur et honte en sa famille. De quoy ladite Rousseau, advertye, auroit fait esvader ledit Jehan Demarcilhac, et tous deux ensamble ce seroient caché par les bledz qui estoient pour Ihors grands, en sorte que ledit plaignant et ses parans et amis ne l'auroient peu rencontrer. Et prévoyant icelle Rousseau qu'il ne ce trouveroit de prestre proche dudit Montignac, qui les voulut espouzer à heure induhe, sans y aporter et observer les formes requises, atandu mesme le bas aage dudit Jehan de Marcilhac qui n'avoit encores seze ans acomplis, et le peu d'honneur et misérable condition et extraction de ladicte Rousseau, avoit icelle Rousseau mené et conduit ledit Jehan de Marcilhac à la coumanderie de Vouton, près la ville de Montberon, distant dudit Montignac de cinq à six lieues, où ils auroient esté espouzés, ainsy que lesdits plaignans ont esté advertis, par ung prestre soy disant avoir privillège spécial audict lieu, encores qu'il n'y eut aulcuns parans dudict Jehan présans pour authorizer et consantir ledict mariage. Depuis lequel temps, ledict Jehan, à l'instigation de ladicte Rousseau, a exercé à rencontre de ses dits père et mère une infinité de cruaultés plus que barbares, jusques à poursuivre ledit plaignant, son père, l'espée à la main, près sa maison du Petit-Vouillac, luy impropérant et à sa dite mère plusieurs injures vilaynes et atroces, ce tenant d'ordinaire nuit et jour autour d'icelle pour y entrer, afin de leur méfaire et prandre leurs chevaux et jumans, et auroit à diferans fois poursuivi ses petits frères, ausquels il auroit hosté à plusieurs fois le manteau, en sorte que lesdits plaignans, puis le temps de sept ans à tout le moings, jusques à l'année 1620, (ont esté) sans ozer que bien peu sortir de leur maison, ny leurs petits enfans et serviteurs, pour la crainte qu'ils avoient des menaces et viollances dudit Jehan Demarcilhac. Après toutes lesquelles cruaultés, au mois d'apvril de ladite année 1620, icelluy Jehan ce seroit retiré en la maison du sieur de Marcheguinay, son cousin, par lequel il auroit fait porter parolle audit plaignant, son père, qu'il estoit grandement desplaizant de ses faultes et desiroit que, à cause des piperies de ladite Rousseau, qui l'avoit misérablement desbauché, il fust fait poursuitte de faire déclarer son prétendu mariage clandestin et nul, suplyant sondit père le secourir de quelques moyens pour aller servir le Roy, portant les armes en quelque coing du royaulme. A quoy obtempérant, ledit Demarcilhac plaignant lui auroyt fait fournyr argent et commodité, scellon son pouvoir, et moyennant ce, s'en seroit allé en la ville de Mais (Metz), soubz la compagnie de monsieur de Real, où ayant demeuré quelque temps, icelluy Jehan de Marcilhac, au mandement de ladicte Rousseau, ainsy qu'il est à presupozer, ce seroit encores retiré par devers elle et continué ses mesmes viollances à rencontre de sesdictz père et mère que ci-devant, et continuant de mal en pis, ce seroit acheminé en la ville de La Rochelle pour porter les armes contre le service du Roy, ainsy que ledit de Marcilhac est adverty. C'est pourquoy lesdictz de Marcilhac et Demontalembert, sadicte femme, désirant, à cause de telles faultes par trop énormes, exéréder et frustrer ledict Jehan de Marcilhac de tous leurs biens, ce qu'il n'a fait sans le consantemant et advis de ladicte Rousseau, dézireuze de l'expozer à toute sorte de suplice, pour avoir du bien, protestant lesdicts plaignans de faire leur testamant et témoigner à ung chacun et à la postérité le desplaizir qu'ils ont receu et resoy vent journellement en leurs âmes, des mauvaizes actions dudict Jehan Demarcilhac, leur fils, dont ils requërent acte leur estre octroyé, pour leur valloir et servir en temps et lieu ce que de raison, desquelles protestations, dires, remontrances et déclarations a esté octroyé acte ausdictz de Marcilhac et Demontalembert, conjoinctz, par nous soubz signés, notaire royal, tabellion et gardenotte héréditaire en Angoumois, en présance de Georges Avril, escuyer, sieur du Grand-Maine, maistre Jehan Apvrilh, chanoine en réglize cathédralle Saint-Pierre de ceste ville d'Angoulesme, et maître Aymery Pasquet, procureur au siège présidial d'Angoulmois, et tesmoings ad ce requis et apellés, le second jour d'octobre mil six cens vingt et ung, après midy.

D. Demarcilhac.

M. Demontalembert.

G. Avril.

J. Avril.

Pasquet.

Fèvre, notaire royal.

Extrait des archives de la Charente, minutes de Fèvre, notaire à Angoulême, par M. Paul de Fleury.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1892)

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14 juillet 2015

Histoire du château de La Tranchade, à Garat (16)

I - Origines de la seigneurie

La contrée où est situé le château dans la vallée de l’Anguienne, s’appelait dès le XIIe siècle « Terre de Prus », Terra de Prus comme il est stipulé dans certains titres du cartulaire de l’abbaye de St Cybard. Un grand nombre de borderies relevait de deux fiefs principaux : le mas de Chai et le mas de La Tranchade. Cette terre appelée également autrefois Monesthéron était ravagée de manière incessante par 38 petits seigneurs pillards et tracassiers. Leurs continuelles luttes avaient appauvri considérablement les terres exploitées par de pauvres paysans au point de les avoir frappées de stérilité. De vieilles chartes de l’époque relatent ces faits en les termes suivants : « haec terra diù permanserat deserta et inculta, propter multitudinem Dominorum qui oppressiones exercuerant in illâ. ». Afin de racheter leurs âmes, les seigneurs, propriétaires des terres, en firent don collectivement à l’abbaye de St Cybard. Cela se passait peu avant 1136 sous l’évêque Gérard II d’Angoulême. De 1136 à 1142 le cartulaire de l’abbaye contient 8 chartes relatives à la terre de Prus.

Les premiers seigneurs de la Tranchade

Le fief fut cédé par l’abbaye à Géraldus Rammulfi et son épouse Emma qui devinrent donc les premiers seigneurs de LaTranchade. Toutefois, l’abbaye se réservait la dîme et le revenu de la moitié de tous les moulins existants ou venant à être construits. A cette époque, le château n’était qu’une demeure fortifiée abritant une petite garnison.

Les Preyssac

Blason : d’azur au lion d’argent couronné d’o , lampassé de gueules à 8 losanges en pal, 4 à dextre, 4 à senextre

On attribue la construction du donjon vers 1396 à Armand de Preyssac. Le donjon carré (flanqué d’une tour polygonale renfermant l’escalier à vis desservant les 3 étages) constitue un bel exemple d’architecture militaire du moyen-âge. Dans la décoration on notera la présence d’une coquille St Jacques et de la croix de Malte. Les pélerins sur le chemin de Compostelle faisaient une halte au château. Les pierres ayant servi à la construction du donjon proviennent des douves sèches.

Les Baud et Guynot de Saint-Gelais

Des actes de propriété datant de 1492 et de 1509 attestent que les terres et le château ont changé de mains puisqu’ils appartenaient alors, à Baud de Saint Gelais, chevalier seigneur de Cyré, puis à Guyot de Saint-Gelais, son fils, écuyer. Ces seigneurs en firent une agréable demeure de plaisance capable de résister aux coups de mains fréquents pendant la période des 8 guerres de religion. Le château attaqué par les protestants à plusieurs reprises repoussa leurs assauts. Sa situation exceptionnelle sur un promontoire en faisait une sentinelle avancée facile à défendre.

Les Nesmond

Le 27 avril 1753 la terre noble de la Tranchade fut vendue à la famille de Nesmond. Leurs armes sont gravées dans la paroi des douves. François de Nesmond I fut conseiller du roi et lieutenant général d’Angoumois et son fils Francois de Nesmond II conseiller de la commune d’Angoulême. Cette famille dont la branche aînée s’éteignit au début du XVIIème siècle s’éleva au plus hautes dignités de l’église et de la magistrature donnant à l’Etat un archevêque membre de l’Académie française et plusieurs présidents des ¨Parlements de Paris et de Bordeaux et aussi un lieutenant-général des armées navales.

Pendant plus d’un siècle les Nesmond embellirent le château. On leur doit les deux ailes renaissance : l’une de style italien, l’autre ornée de faux mâchicoulis. Ils firent aussi édifier la porte fortifiée qui à l’origine précédait un pont-levis remplacé plus tard par un pont au-dessus des douves. L’écusson des Nesmond gravé dans la pierre fut martelé par les propriétaires suivants. Dans la cour une chapelle (souterraine) était probablement au moyen-âge reliée directement au château.

Marie Nesmond dame de la Tranchade fille unique du dernier François de Nesmond épousa en premières noces Jean de Rochechouart marquis de St Victurnien, (fils de René baron de Mortemar) dont elle n’eut point d’enfants. Elle se remaria à Armand Belcier. Charlotte leur fille unique apporta la terre de La Tranchade dans la famille d’Aydie.

Les Normand de Puygrelier ou Normand de la Tranchade

Blason : D’azur à la bande d’or, accompagné en chef d’une croix de Malte d’argent et en pointe de trois glands effeuillés du second posés en orle, les tiges en haut avec pour devise « in fide quiesco » : tranquille dans ma foi »

Marie d’Aydie fille unique d’Armand et de Charlotte Belcier transmit par mariage la châtellenie à François de Lambertie qui pour cause de prodigalités fut contraint d’arrenter le domaine à François Normand III de Puygrelier, sieur des Bournies en 1666. Le château et toutes ses dépendances féodales devinrent pleine et entière propriété des Normand de Puygrelier le 7 novembre 1667. Cette famille tenait ses titres de noblesse en récompense des nombreuses charges communales assumées à la mairie d’Angoulême. C’est à cette époque que les Normand de Puygrelier changèrent leur nom en Normand de La Tranchade.

En 1789 Louis Normand de La Tranchade participa aux premières assemblées révolutionnaires mais en 1792 il émigra en Angleterre avec une partie de sa famille laissant le château à son demi-frère Monsieur de la Rainerie. Le château fut saisi, vendu aux enchères comme bien national.

Enfin, le château revint aux Normand de la Tranchade grâce à Monsieur Vaslet avocat à Angoulême, qui en fit l’acquisition le 15 décembre 1816. Il était le beau-père de Joseph Normand de la Tranchade. Ce dernier avait épousé Marguerite Ausone Vaslet dont il eut 10 enfants. Il fut maire d’Angoulême de 1837 à 1855. En 1852 il accueillit Le prince Louis Napoléon qui devait devenir le futur Napoléon III venu inaugurer la ligne de chemin de fer Bordeaux-Angoulême. A cette occasion, Mademoiselle de La Tranchade ouvrit le bal avec le futur empereur lors des festivités offertes à cette occasion par la ville d’Angoulême. A la réception se trouvait convié un hôte célèbre Alfred de Vigny.

En 1890 la crise du phylloxera ruinera le vignoble du domaine. La terre de la Tranchade ainsi que le château sont restés dans le patrimoine des Normand de la Tranchade jusqu’en 1929

II – Les ducs de Condé et de Longueville assiègent le château pendant la Fronde

L’affaire se déroula pendant la Fronde dont le Prince de Condé avait pris la tête. En 1651, Ce dernier quitta Paris pour rejoindre les Bordelais de l’Ormée. (Ce parti était un groupe d’opposants à la monarchie. Ses partisans se réunissaient dans un lieu planté d’ormes, d’où l’origine de leur nom. Ils s’allièrent un temps au Prince de Condé lorsque celui-ci se réfugia dans son gouvernement de Guyenne).Cette année-là, Condé ouvrit les hostilités en Saintonge et en Angoumois. Mais l’armée royale le força à reculer au-delà de la Charente puis de la Dordogne.

Sous la minorité de Louis XIV le château fut assiégé plusieurs fois par les Frondeurs qui cherchaient un point d’appui pour attaquer la ville d’Angoulême. Le parti du Roi avec le comte d’Harcourt et le parti des Frondeurs mené le prince de Condé, mirent à feu et à sang la contrée. Plusieurs batailles se déroulèrent pour la prise des châteaux d’Ambleville, de Barbezieux et de la Tranchade.

Dans les archives municipales de la Ville d’Angoulême un registre fait la relation de ces évènements :

« 1651 – La présente année, les troubles de la Guyenne recommencèrent après l’eslargissement de messieurs les princes de Condé et de Conty et ducq de Longueville, ce qui obligea ledict sieur maire (Jean Guymard escuyer, sieur du Jallais), su l’advis qu’il receust le quinzième du mois de septembre de la marche de monsieur le Prince… à Bourdeaux, de renouveler les gardes en la présente ville et de les faire faire exactement plus que par le passé. Et d’autant que le mal s’augmenta peu après le soulèvement presque universel de toute la Guyenne et Périgort, messieurs les Princes ayant été favorablement receus dans Bourdeaux, aussy bien que Madame la Princesse de Longueville, le dict sieur maire crut qu’il falloit apporter de nouveaux soings pour la conservation de cette ville que les ennemis muguetoient de toutes parts et menaçoient d’un siége au cas qu’ilz ne la peussent emporter par surprise…… Le dict sieur maire, crainte de se trouver trop faible pour soustenir un siége en cas d’attaque, exhorta les habitans d’appeler en laurs maisons les amis queilz auroient à la campaigne et les meilleurs soldats qu’ilz pourraient choisir ; ce qu’ilz firent aussitost à l’exemple du dict sieur maire en telle sorte que cette ville se trouva en peu de temps renforcée de quatre ou cinq cents hommes, parmy lesquelz il y avoit plusieurs gentilz-hommes qui sy estoient volontairement jetés pour y signaler leur courage en cas de siége. Et sur l’advis que receust le sieur maire que les ennemis avoient formé divers desseins pour s’emparer de l’abbaye de La Couronne et du chasteau de la Tranchade, jugeat que s’ilz s’estoient saisis de ces deux postes, proche de la présente ville, ilz s’en pourroient servir pour l’incommoder et blocquer en quelque sorte et mettre plus facilement à exécuction les desseins qu’ilz avoient de s’en rendre maistres, il donna ordre pour la garde des dictz lieux où il envoyoit chasque jour dix à douze habitants, et notamment au dict chasteau de La Tranchade, où les ennemeis s’estant deux diverses fois présentés, ilz en furent repoussés par la généreuse défense des dictz habitants.

Cette garde continua jusqu’au commencement d’octobre en cette sorte, que monsieur le marquis de Montauzier, gouverneur de la province, estant arrivé en la présente ville fist cesser celle de la Tranchade, la jugeant inutile, ce qui donna lieu aux ennemis de s’en emparer bientost, après et de s’en servir pour faire des courses jusqu’au portes et piller tout le voisinage, dont la présent ville fust grandement incommodée pendant un mois que les ennemis tiendrent le dict chasteau ».

Dans ses « souvenirs du règne de Louis XVI » (1852) Daniel de Cosnac (prélat français attaché à la maison du prince de Conti. raconte :

A une lieue d’Angoulême, le château de la Tranchade, situé dans une position escarpée, entre deux précipices, enveloppés eux-mêmes par des marais, était occupé par un détachement des troupes des princes, composé de cent vingt hommes sous les ordres de trois capitaines. Cette petite garnison était, pour ainsi dire, inexpugnable et commettait de terribles ravages aux alentours. Le marquis s’attacha à surprendre et à détruire les détachements qui s’aventuraient au dehors ; une de ses embuscades fut si bien dressée, que la petite colonne de sortie fut détruite en partie et le reste dissipé de manière à ne plus pouvoir rentrer dans la place. Le château se trouvant ainsi dégarni de la plus grande partie de ses défenseurs. Le marquis s’avança avec deux pièces de canon ; la garnison, devenue trop faible, n’attendit pas son attaque, et il put, sans coup férir, prendre possession pour le roi de ces murs redoutés. Il y plaça un détachement de ses propres soldats ; mais ce château appartenait au marquis de Mortemart, qui demanda à être remis en possession, et obtint à cet effet autorisation de la cour pour y rentrer. Montausier ne se hâta pas d’y obtempérer ; il fallut qu’un ordre formel, signé parle roi, l’obligeât à faire cette remise au seigneur du château, qui s’engagea à pourvoir à sa défense au moyen d’une garnison lui appartenant.

Le marquis de Montausier, gouverneur de l’Angoumois, avait quitté Paris depuis le commencement des troubles, et résidait à son poste en gardien vigilant. Son dévouement à la cause royale n’était pas suspect, chaque jour il en donnait des preuves, guerroyant même pour son propre compte avec les faibles forces dont il disposait comme gouverneur.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1845)

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10 juillet 2015

Additions insérées dans un exemple de la Coutume d'Angoumois

L'exemplaire de la Coutume d'Angoumois de Vigier (édition 1720) qui fait l'objet de la présente communication contient, intercalées dans les pages imprimées, des pages manuscrites de la main de Mr Pasquet de Lartige, Conseiller au Présidial, où sont relatés des événements locaux et des décisions judiciaires, applications pratiques des doctrines correspondantes. Plusieurs de ces additions sont intéressantes et curieuses.

Le volume en question porte, aux premières pages, deux vieux noms du pays : Pasquet de Lartige mentionné ci-dessus et Normand de la Tranchade. D'abord Pasquet de Lartige, avec cette annotation : Conseillier au Siège Présidial d'Angoumois, 25 Février 1724. Puis, ces quelques lignes avec la signature de Normand de la Tranchade, au bas : « j'ai hérité de cette coutume l'année 1774 de feu mon père, je désire qu'elle ne me soit d'aucune utilité ; les procès me font trembler non pas au point de me laisser enlever umon bien sans me défendre. Dieu me fasse , grâce de n'en faire jamais usage ».

Le voisinage de ces deux noms s'explique : Jeanne Pasquet, fille du Conseiller, avait épousé, en 1742, Jean Normand IIIe du nom, qui, devenu veuf, se remaria. De sa seconde union, il n'eut pas d'enfants. C'est sans doute un des fils du premier mariage, l'aîné, Louis Normand de la Tranchade, petit-fils du conseiller, qui a écrit les lignes citées. Il fit partie de l'assemblée de la noblesse d'Angoumois en 1789 et mourut à Angoulême en 1829. Il fut témoin et victime de la dépossession ; par les lois révolutionnaires, du château de la Tranchade. Cette demeure fit retour à la famille en 1816, en la personne de son neveu. La Coutume dont il s'agit a subi, elle aussi, les vicissitudes de ces temps troublés, et après plusieurs déplacements, est tombée dans un long oubli, d'où elle méritait d'être tirée.

• Ce qui suit est l'histoire d'un conflit (on dirait aujourd'hui une grève), entre Messieurs les Avocats du Présidial d'Angoumois et ses magistrats :

« On ne doit pas douter que Messieurs les Avocats ne méritent pour la plupart de grands égards du public et bien des ménagements dans la Société civile. Mais qu'ils se croient dans une indépendance absolue des magistrats, c'est une erreur. Cependant, ceux de ce siège y ont donné à plein collier.

Je croirais même qu'ils avaient raison dans une partie des démélés qu'ils eurent avec Messieurs du Présidial en ce que Messieurs les officiers du siège excédèrent leurs pouvoirs et que les uns et les autres n'étaient pas exempts de blâme.

Le 6 Septembre 1734, à la dernière audience présidiale, Monsieur Chaniau de la Gravière, avocat, portait la parole au siège et à mon côté était Monsieur Sauvo du Bousquet. Il était 11 heures 3/4, quand l'avocat commença son plaidoyer. Je dis à Monsieur du Bousquet : je suis à jeun, la chaleur m'accable, voilà une cause qui nous mènera loin. Pour loi, Monsieur du Bousquet dit à Monsieur Chaniau : finissez donc, Maître la Gravière, vous répétez cent fois la même chose. Il s'agissait d'une provision qui fut adjugé à la partie de la Gravière. L'audience leva. En descendant, Maître Chaniau apostropha en termes durs Monsieur du Bousquet. Je ne les ouï point. L'après-dinée cet officier se plaignit à la Chambre des termes peu ménagers et insultants dont Monsieur Chaniau s'était servi en lui parlant et en descendant de l'audience, et dans la salle on délibéra de mander cet avocat. Je représentai que le corps des avocats était un corps libre. Monsieur Fé de Fontdenis, lieutenant Particulier, ajouta qu'il était persuadé que cet avocat ne viendrait point quand il serait mandé et que son refus ne serait pas honorable à la Compagnie. Monsieur Perrier de Gressignac, conseiller, se chargea de dire à Monsieur Chaniau, son ami, que la Compagnie par ménagement pour le corps des avocats et par considération pour lui passait sur sa vivacité et sur ce qu'il avait dit à Monsieur du Bousquet. Mais qu'il lui devait une politesse sur les termes dont il s'était servi contre cet officier.

Dans la conversation que Monsieur de Gressignac eut avec Monsieur Chaniau, il lui lascha que peu s'en était fallu qu'il n'eust été mandé à la Chambre. Aussitôt Monsieur Chaniau alla sonner l'alarme chez ses confrères : Monsieur Boisseau, homme peu mesuré, Monsieur Joubert le Jeune, homme dur et farouche se joignent à lui, représentant à leurs confrères que tout est perdu, que leur profession est avilie, que MM. les officiers du Présidial se croient en droit de les mander, qu'ils ne pourront plus voir lever le soleil avec honneur, s'ils ne soutiennent l'indépendance de leurs corps dans son lustre et s'ils ne la transmettent sans tache à leurs descendants. Les plus sages se laissèrent entraîner à ce discours, tous disparurent à la Saint-Martin, ils firent des mémoires contre nous, nous en fismes contre eux. Monseigneur le Chancelier, Monsieur le Procureur Général, Messieurs les Avocats généraux en furent inondés. Mais nos Messieurs firent une faute extrême par un jugement d'audience, Monsieur du Tillet Avocat du Roy portant la parole, ils donnèrent pouvoir aux procureurs de plaider et d'écrire dans toutes les affaires.

En arrivant de la campagne, je trouvais tout ce beau charivari ; je blasmai nos Messieurs de leur jugement. Ils rirent de nos remontrances. Le mal était fait. Monsieur le Procureur Général les blasma en termes humiliants de leur jugement et en effet qui n'aurait senti l'idée ridicule de nos magistrats de se croire en droit de licencier 60 procureurs.

Au mois de Février 1735, le tout fut concilié au gré des parties par Monsieur Chérade, lieutenant général, Monsieur Bareau, Procureur du Roy, Monsieur du Tillet, avocat du roy, et moy, pour Messieurs. Messieurs Mioulle, Joubert l'aisné, Vigier pour les avocats. Sans autre explication.

Depuis peu et au commencement de ce mois de juillet cet air d'indépendance vient d'être un peu rabattu au parlement. A la 4eme Chambre des Enquestes, Monsieur Gilbert des Voisins avocat général portait la parole pour un de ses amis. Monsieur Le Roy, avocat, la portait pour la partie adverse et voulut se mettre en égalité de palce avec Monsieur l'avocat général alléguant l'usage, que lorsque Messieurs les Avocats Généraux portaient la parole pour des parties, les avocats du parlement qui plaidaient contre avaient une place égale. Sa demande lui fut refusée, il se retira. Il alla porter ses plaintes aux Bâtonniers qui le menèrent à la Communauté pour poser son cas. Messieurs les Avocats soutinrent de se retirer de cette chambre.

Or Monsieur Le Normand, l'un deux, ayant été plaider à cette Chambre fut durement tancé par la Communauté. Ils apprirent que le 8 de ce mois la Cour avait rendu un arrêt pour les mander. Ils désertèrent le palais et ne vont plus aux audiences et pour montrer leur répugnance du terme de Mander, ils s'assemblèrent au nombre de plus de 300 allèrent chez Monsieur le Premier Président, Monsieur du Hamel à leur tête, pour remettre leurs matricules. Ce magistrat ne voulut pas les recevoir et leur dit d'y réfléchir et qui voudrait s'élever serait peut-être abaissé.

La chose s'est pacifiée. Mais voici le dispositif de l'arrêt que le Parlement a rendu. La Cour, attendu le rétablissement du service dans son intégrité et la Soumission des avocats, Les Bâtonniers et les six anciens s'étant rendus aux ordres de la Cour, les chambres assemblées, les ai dispensées d'être Mandés en exécution de l'arrêt de la Cour du 8 de ce mois de Juillet 1735. Fait le Juillet 1735-11. Monsieur Pasquet de Lartige.

Après cet arrêt, le terme de mander n'effarouchera pas si fort Messieurs les avocats et peut-être ne voudront-ils pas s'attirer une explication plus précise sur leur prétendue indépendance dans la suite. »

• Une autre note manuscrite du même auteur mérite d'être rapportée. Elle a trait à un usage dont la mise en pratique donna lieu à quelques difficultés. On va voir comment elles furent résolues par le Présidial.

Monsieur Pasquet de Lartige donne comme titre à sa note La soupe à l'oignon et il raconte :

« Le 13 juillet 1748, fut plaidée une cause, appelée La soupe de l’оіgnon.

Voici le fait : Par un usage abbuzé establi angoulême, dès que de jeunes gens sont mariés les autres qui sont leurs coteries leur porte une souppe qu'ils appellent la souppe à l'ognon après l'avoir promenée par la ville au flambeau, au son dès viollons et des tambours, brize souvent les portes et les fenêtres, escaladent les murs pour entrer dans la chambre des mariés à qui ils la présente et la mange avec eux ; la meilleure est celle où on a fait le plus de bruit, et où on a cassé le plus de verres et de bouteilles et où on a lâché le plus de sottises, cette souppe est accompagnée de beaucoup d'autres mets et coute chair aux mariés qui estoient d'uzage de la payer.

Il arriva que le nommé Rigaillaud procureur au Présidial épousa la fille de Boussiron, aussi procureur, les jeunes procureurs commandèrent une soupe à l'ognon au nommé Noël traiteur pour la porter à Rigaillaud, ce qui fut exécuté, la souppe fut receüe et mangée chez Boussiron.

Les jeunes procureurs contant de leur prouesse crurent en être quittes et que Rigaillaud suivant l'uzage payerait Noël.

Rigaillaud refusa et dit que cestait à ceux qui avaient commandé la souppe de la payer à Noël ; Noël fit appeler les jeunes procureurs, ceux-ci appelèrent Rigaillaud et Boussiron à leur garantie, partyes plaidantes, Rigaillaud et Boussiron furent envoyés de la garantie contre eux prise et les jeunes procureurs qui avaient commandé la souppe, condamnés à payer Noël avec des pens envers toutes partyes.

Les nouveaux mariés ou la plupart pourront dormir à leur aize. »

• Evènement d'un tout autre genre raconté par le même auteur :

« Le Lundy, 29 Avril 1726, arriva en cette ville d'Angoulême un jeune homme âgé de 30 ans de petite taille, blond, marqué de petite vérole, natif du pays de Liège en la comté de Chimay près des Ardennes qui s'appelait le Chevallier de Saint-Hubert et prétendait estre l'un des descendants de ce fameux protecteur des chasseurs qui vivait dans le six ou septième siècle. C'était un grand seigneur qui fut béatifié et qui est encore honoré dans une ville qui porte son nom.

Ce jeune seigneur touchait les gens pour les préserver de la rage avec deux clefs d'argent qui avaient l'image de Saint-Hubert ; je me fis toucher.

Il avait une chasse dans laquelle étaient des reliques de Saint-Hubert qu'il exposa au culte public dans l'Eglise de Saint-Antonin et dans celle des P. P. Cordeliers par permission de M. l'Evesque, les Boiteux pourvu que les infirmités ne fussent pas de naissance, il les guérissait par les mérites de Saint-Hubert. Quoique on ait voulu dire, ce qu'il opérait sur les infirmes était prodigieux et tenait du miracle, j'en ai veû marcher aprèz qu'il leur eût fait les iñpositions des mains et les prières sur eux, proternèz devant la chasse qui ne pouvaient se soutenir auparavant, mais ils marchaient mal à la vérité.

Depuis le 29 Avril jusqu'au 10 de Mai qu'il sortit d'Angoulême, il guérit plus de douze personnes entièrement et en soulagea un grand nombre, disait-on. Mais je n'en vis aucun de guéri parfaitement.

Ces prodiges attirèrent en cette ville une grande multitude de personnes de tout âge, de tout sexe, il y eût des jours qu'il y en eut jusqu'à six et sept mille ; ils venaient de 14 et 20 lieües.

Il disait ce chevallier que pour éprouver s'il était véritablement de la race de Saint-Hubert on l'avait exposé à l'âge de sept ans, en présence de quatre Evesques, à un taureau enragé, qui avait mis en pièce un criminel condamné à mort et destiné à cet usage, qu'après que ce taureau eut fait cette cruelle expédition, il s'avança et fit les prières et les bénédictions qu'il avait aprises, que ce taureau s'apaisa et mourut à ses pieds.

Ce récit me parut bien fabuleux ou romanesque ; mais on ne raisonne point sur un fait de religion ou d'usage.

Il disait que la chasse de Saint-Hubert était promenée tous les cent ans par le monde pendant trois ans toujours par l'aisné de la famille de Saint-Hubert, et qu'aprèz ce pélerinage il était mis en possession de l'abaye de Saint-Hubert qui valait 30.000 de rente avec une permission du Pape pour se marier afin qu'une race si utile ne se perdit point.

Je crois que ce jeune seigneur aurait bien fait de taire tous ces contes, mais les hommes sont ainsy faits, ils veulent du merveilleux et ils fuient la simplicité.

26 Mai 1726. On a découvert que ce chevalier était un chevallier de l'industrie et un véritable imposteur qui trompa notre évêque et nous séduisit. Que nous fumes de bonnes gens ! de bons simplars ! et que nos descendants nous prendront pour cruches d'avoir donné dans ces contes à dormir debout ! »

(Société archéologique et historique de la Charente, 1920)

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28 mars 2015

Les seigneurs de L'Isle-d'Espagnac et leur logis

Les seigneurs de L'Isle-d'Espagnac et leur logis
Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1979/80

Au cœur de ce qui fut ensuite la paroisse était une « isle » avec ses marécages aujourd’hui asséchés, sa rivière de Font-Noire, sa Petite Rivière et le ruisseau de Lunesse l’enserrant.

A. Le domaine de Spanius (1), gentilhomme gallo-romain qui lui aurait donné son nom, devait s'étendre par là ; on a trouvé assez de vestiges aux alentours (2)

Au début de la féodalité les d’Espagnac, peut-être descendants du même étaient puissants vassaux de l’évêque d’Angoulême envers lequel ils étaient tenus à hommage lige d’une paire d’éperons dorés à mutation de seigneur et vassal (3).

Cependant c’est le Chapitre cathédral (4) qui eut droit de haute, basse et moyenne justice dans la paroisse (4). Géraude d’Espagnac vivait en 1189, Guillaume en 1236 et Foulques son fils, puis Jean, damoiseau, héritier de Foucaud Blanchard en 1381, Pierre propriétaire à Angoulême, Fouguet en 1397, enfin Mathurine de 1469 a 1489. Ils avaient tous de beaux prénoms qui sonnaient clair. Leur fief d’Espagnac, au sein duquel se construisit l’église peut-être au temps de Géraude, peut-être avant, sera qualifié plus tard de « considérable » par un historien de l’Angoumois (5) mais ils avaient encore un domaine en Soyaux dit « Maine d’Espagnac », le mas de Lunesse dans Angoulême, des biens dans les châtellenies de Montignac, La Rochefoucauld et Villebois, une petite île en Nersac qui porte leur nom. Géraude possède une part de l’écluse, moulins et anguillards à Thouérat sur la Charente, Pierre un verger au faubourg Saint-Ausone, et Mathurine, en épousant Pierre de Nossay, le rend seigneur de Château-Renaud en Fontenille au XVe siècle (6).

Le 17 novembre 1610, François d’Espagnac, écuyer, sieur de Lavau, est lieutenant de M. le Vice-Sénéchal d’Angoumois au pays d’Aunis, ville et gouvernement de La Rochelle. Peut-être s’agit-il d’un descendant, mais le fief a changé de mains puisque le 7 avril 1518 il est à Jean de Reffuges, seigneur des Bordes et de L’Isle-d’Espagnac. François, son fils, vend la seigneurie maison, moulin, « fuye » et tout ce qui en dépend, le 25 janvier 1528, à Jean Arnaud qui devient seigneur de L’Isle-d’Espagnac et l’est déjà des Gouffiers. Son blason était d’azur à un croissant d’argent surmonté d’une étoile d’or. En 1547, sa veuve Marguerite Doucet, dite Dame de L’Isle-d’Espagnac, leur fils Jean Arnaud, avocat au Parlement, échangent au Chapitre cathédral la seigneurie féodale d’Entreroche qu’ils possèdent pour le village de La Font et les terres avoisinantes jouxtant celles de leur fief d’Espagnac (7). Ils seront tenus à hommage et devoir d’une paire de gants appréciés cinq sols à mutation de seigneur et vassal. La dame Doucet transporte aussi au chapitre 7 boisseaux de froment, 4 de seigle ou mesture, 4 d’avoine, 34 sols et 2 gélines de rentes féodales sur le village d’Entreroche.

Le 27 septembre 1565, noble homme, Jean Arnaud, écuyer, seigneur de L’Isle-d’Espagnac, conseiller du roi et lieutenant général d’Angoumois, rend hommage du fief de L’Isle à l’évêque pour raison de son hôtel noble, ses appartenances et dépendances en la châtellenie d’Angoulême cy devant tenu par feues Mathurine d’Espaignac et Marguerite Doucet sa mère et prédécesseurs (8), « Homme plein d’intégrité, il fut misérablement étranglé dans sa maison en 1568 pour n’avoir pas voulu suivre les factions des Calvinistes » (9). Il laissait un fils et une fille.

En 1580, François de La Vallade est sieur de L’Isle-d’Espagnac, écuyer, élu pour le roi en Angoumois. En 1581, sa veuve Marguerite Delage est Dame de ce lieu. Elle se remarie avec Denis Chapiteau, sieur de Raymondias, en 1592 (10). Après arrangement à l’amiable avec les frères de La Vallade, ils demeurent en l’hôtel noble de L’Isle-d’Espagnac non loin de l’église et du moulin. Marguerite Delage meurt sans postérité et les fiefs d’Espagnac (mouvant de l’évêque) de la Font (mouvant du chapitre) passent à sa sœur, autre Marguerite, épouse du Souchet qui hérite de ses biens, un accord ayant eu lieu entre le veuf et les frères et sœurs de la défunte.

Jacques du Souchet, d’une récente noblesse de robe (11), époux de la précédente, avocat au Présidial, écuyer, est sieur de Villars et de L’Isle-d’Espagnac après 1602. Son fils Denis, époux de Jacquette Barreau l’est en 1619. Leur blason était d’or a une souche de laurier accrochée de sinople poussant deux rejettons vifs, un de chaque côté même et surmonté de trois étoiles d’azur rangées en chef. En 1636, Jacques du Souchet, écuyer, sieur de L’Isle-d’Espagnac, y vit dans sa maison noble. De sa femme, Marie Moussier, il a au moins trois filles : Madeleine née le 29 décembre 1647 et Marie le 18 juin 1649. L’aînée épousera le 29 novembre 1667 Jean Léonard de La Forestie, écuyer, sieur des Saulaies, et Marie, Jean Ballue, écuyer, sieur de Soyaux, le 4 mars 1670 (12), la troisième se marie avec Léonard Chauveaud.

Le 13 décembre 1683, il rédige son testament par devant Me Jeheu, notaire royal, en présence de Messire Jacques de Jousset, prêtre, curé de L’Isle, et de Jean Aymard, marchand apothicaire, « étant au lit indisposé de sa personne, toutefois sain d’esprit et de jugement ».

Après s’être recommandé à Dieu et avoir imploré le secours de la Très Sainte Vierge, il s’en rapporte pour ses funérailles à la discrétion de dame Magdeleine Dussouchet, veuve du défunt sieur de La Forestye, sa fille, voulant néanmoins que son corps soit inhumé dans sa chapelle de l’église de L’Isle. Il lui donne tous les meubles et « ustenciles » de sa maison à la charge de faire les frais de son enterrement et faire prier Dieu pour le salut de son âme. Il veut que soit donné à Mathurin Guyot, dit Gaillard, qui l’a servi pendant sa maladie et le sert encore, deux de ses habits d’hiver et les arrérages de la rente seconde de 3 livres qu’il lui doit annuellement. Il ordonne que lui soient octroyées 30 livres pour Marie, sa fille aînée, afin d’aider à son établissement, ainsi qu’à Pheliveau, « mousnier » au moulin de Recoux pour la sienne ; 120 livres à Léonard Chauveau, 100 à son petit-fils, aîné de défunte Marie, épouse Ballue. Tout l’or et l’argent monnayé se trouvant dans ses coffres et armoires le jour de son décès devra aller aux pauvres. Les arrérages des rentes et le reste seront pour ladite dame de La Forestie, sa fille.

La descendance mâle des du Souchet s’éteint avec lui. Madeleine, veuve de Jean-Léonard de La Forestie, hérite de son père et porte ses fiefs dans la famille de La Forestie originaire d’un château proche de Brive en Bas-Limousin, d’une noblesse vieille de plus de deux siècles (19). Son mari étant décédé, c’est leur fils, dit Léonard Il, écuyer, sieur des Aubards, qui le devient aussi de L’Isle-d’Espagnac. Il est lieutenant au régiment de Larrey en 1689, il épouse en 1690 demoiselle Marie-Rose Aymard, fille de Jean, un des pairs de l’Hôtel-de-Ville, et de Marie de La Gravière. Ils ont un fils, Pierre-Pol, leur aîné et une kyrielle de filles : Marie-Rose, Aune, Jacquette, autre Marie-Rose née le 5 août 1705 (14). Lorsqu’en 1742 il porte plainte contre des inconnus qui ont percé le mur de sa chapelle, il demeure au logis noble de La Font, près le bourg de L’Isle (15). Cette chapelle familiale avait été récemment blanchie, le marchepied de l’autel remis à neuf. Sur cet autel se dressait une Notre-Dame tenant un enfant Jésus, « le tout doré d’une ancienne dorure ». On pouvait y voir un cordon noir, sorte de litre funéraire, en faisant le tour à environ sept pieds (16) du rez-de-chaussée sur lequel étaient plusieurs écussons dont deux au-dedans de la nef représentaient les armes de défunte Madeleine du Souchet, sa mère (17). Il meurt l’année suivante, en 1743.

Pierre-Pol de La Forestie, écuyer, prend le titre de sieur de L’Isle. Il a épousé Léonarde de Pindray en 1725. Marie-Anne est née de cette union le 1er décembre 1727, Ieanne le 25 janvier 1729, François-Léonard le 21 septembre 1730, Ieanne le 15 décembre 1731, Marie le 18 octobre 1735. Pierre-Pol meurt en 1779 et il semble que François-Léonard et la plupart des filles l’aient précédé dans la tombe. Anne, à 52 ans, épouse André de Pindray, 30 ans, fils de Jean, écuyer, seigneur de Roumilly (18), le 1er novembre 1779. Il devient seigneur de L’Isle-d’Espagnac. Sa belle-mère et tante, Léonarde de Pindray, meurt à 89 ans, en 1782.

Le Chapitre cathédral réclame du nouveau seigneur en 1786, pour la prise et métairie de Chez Prévost (maison, colombier, cour, jardin, pré et terre, soit 12 journaux, 4 boisseaux de froment, 1 d’avoine mesure d’Angoulême, 30 sols, 2 gélines, le tout de cens rente directe, seigneuriale et foncière suivant les censifs de la seigneurie de L’Isle de 1562, 1565, 1570 et 1715, pour la prise du pré de l’étang, soit 2 journaux et 78 carreaux, 40 sols et 2 chapons ; pour la pièce de terre en bois taillis au-dessus du coteau de la fontaine de Lambouchier (un journal) 6 deniers de rente, le tout dû au jour et fête de Saint-Michel à la recette du Chapitre, à Angoulême. Monseigneur l’Evêque réclame, lui, hommage pour son fief d’Espagnac.

En 1789, André de Pindray figure dans l’état de la noblesse d’Angoumois sous le nom de Pindray de L’Isle. Ses armoiries sont d’azur à trois poissons, la tête tournée à dextre surmontés d’un croissant. Sa femme meurt le 13 novembre 1791. Les anciens du bourg disent qu’il se serait caché en ce lieu dans une maison qu’on montre encore, avec deux vieux serviteurs, pendant la Révolution, sauvant avec lui de l’incendie les registres paroissiaux. Dès le 29 août 1792, il se remarie avec Marguerite Chauvin sous le nom de citoyen André Pindray. Il leur naît : Marie, le 6 juin 1793 ; André, le 29 vendémiaire au III (13 août 1794) ; François-Marie en 1797 et Louis en 1798. André de Pindray, qui a repris son titre d’écuyer et de seigneur de L’Isle-d’Espagnac, meurt en son logis, le 13 février 1803.

Sa fille aînée Marie épouse à 24 ans, le 16 juin 1817, François Tarte, lieutenant du 2e Régiment de ligne, originaire de Iavrezac. Elle sera marraine de la cloche de L’Isle-d’Espagnac en 1841. Son mari, capitaine en retraite, chevalier de Saint-Louis, meurt le 1er décembre 1844 au logis. Elle est encore vivante, mais on perd ensuite sa trace.

André de Pindray, le fils, frère de Marie, épouse Marie-Lore Turcat. Il a vingt-sept ans en 1824 et est adjoint à la mairie. Sa fille, Marguerite-Léontine, meurt à onze mois, le 7 août de cette année-là. Lui-même, lieutenant au 2e Régiment d’Infanterie de ligne, meurt le 19 novembre 1834, à l’hôpital de Soissons.

François-Marie de Pindray, désigné sous le vocable de M. le Chevalier Marie de Pindray de Roumilly (13), époux de Marie-Léocadie de Chabot de Chillou, âgé de 35 ans en 1832, déclare la naissance de sa fille Marguerite-Léocadie. Il demeure encore au logis en 1846, puis on perd sa trace à lui aussi. Louis de Pindray, né en cette commune (20), propriétaire au bourg, le 29 mai 1828, est l’époux de Marie Priolaud. François-Marie-Amédée naît de leur union. Il meurt à dix-sept ans au bourg de L’Isle, le 25 avril 1846. Le père meurt au même lieu, âgé de 64 ans, le 29 février 1864. La veuve lui survit jusqu’au 21 septembre 1873, elle a 75 ans (21). Il semble qu’indépendamment de ses habitants le logis ait été un lieu de refuge pour de nombreux de Pindray qui y viennent mourir. En l’an II, il y eut Marie de Pindray, âgée de 80 ans ; puis Messire de Pindray, curé de Verrières, et Marie de Pindray, religieuse, en 1810.

B. Le logis noble de L'Isle et de La Font, dit de Pindray

Dans la deuxième moitié du siècle dernier, Gauguié écrivait : « Petit château de Pindray datant du XVIIe siècle. » Martin Buchey le pense de cette époque et Ch. Daras écrit : « modeste logis du XVIIe presque entièrement rebâti ». Ses tours, dont l’une carrée comprenait une meurtrière, ont été remontées a une époque récente.

Une carte postale le présente comme un logis du XVe restauré au XIXe.

Dans les actes notariaux du XVIe siècle, on cite l’hôtel noble de L’Isle, au bourg dudit lieu.

S’il date vraiment du xvne, le logis a pu être construit par les du Souchet ou les de La Forestie. La seule certitude qu’on puisse avancer à son sujet, c’est qu’il existe en 1742 lorsque Pierre de La Forestie fait établir le procès-verbal des dégâts commis à sa chapelle puisque sa résidence : logis noble de La Font, près du bourg de L’Isle, est mentionnée. Il est cité encore : logis de L’Isle et de La Font lorsqu’y naissent ou y meurent des de Pindray dans la première moitié du XIXe siècle.

Cependant, le nouveau propriétaire aurait découvert des vestiges de construction du XIIe siècle et un départ de souterrain.

Il n’est connu ici que sous le nom de logis ou château de Pindray, les Pindray étant les derniers nobles qui l’habitèrent de la fin du XVIIIe au milieu du XIXe.

On montre le chemin du château ou de la messe par lequel les carrosses descendaient du château à l’église et la boucle de fer où on attachait les chevaux existait encore il y a peu de temps.

Alberte Cadet

Notes :

1. D’après J. Talbert, Origine des noms de lieux.

2. Oppidum gaulois, tombes celtiques, ruines romaines, vieux chemins.

3. Ces hommages, en latin, sont conservés aux archives, série G.

4. Après la séparation des manses de l’évêque et du chapitre en 1110 ; droit
confirmé par le comte d’Angoulême le 17 janvier 1457.

5. Vigier de La Pile, vers 1750.

6. Vigier de La Pile.

7. G 46-12, Archives départementales.

8. D’après l’hommage annexé à l’acte de vente.

9. Vigier de La Pile.

10. Fut maire d’Angoulême en 1586, puis conseiller. Son écusson était meublé
de trois petits chapiteaux.

11. Issu d’un conseiller anobli en 1569.

12. Cette dernière aura un fils puis deux jumelles et mourra en couches. Elle
sera ensevelie dans la chapelle de ses parents en l’église de L’Isle-d’Espagnac.

13. D’après Vigier de La Pile.

14. D’après les registres paroissiaux de L’Isle-d’Espagnac.

15. C’est la première fois que celui-ci est nommé expressément.

16. 2,30 m.

17. Probablement celles des du Souchet et de La Forestie. Celles des de La
Forestie ne sont pas citées par d’Hozier.

18. Fief en Courcôme où il habite.

19. Il n'oublie aucun des titres de sa famille.

20. Ainsi qu’il ressort de ses actes de décès et de naissance.

21. Les renseignements concernant l’état civil sont tirés des registres paroissiaux.

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