25 juin 2016

Noblesse de Helies de Lageard

Des preuves de noblesse de noble Helies de Lageard, fils de messire François de Lageard, chevalier Seignr de St Marsault et baron de Monbadon et de Marguerite de Puiperron, pour être reçu chevalier de l'ordre de St Jean de Jérusalem, commencées à Bordeaux le 1er Septembre et closes à Coutras le 20 dud mois 1634, a été extrait ce qui suit : Pour la maison Arnaud, Seigneur de Balzac et de Chadurie, d'où est issue fue Demoiselle Geneviève Arnaud, ayeule paternelle.

Preuves littérales. — Deux hommages rendus au comte de la Rochefoucauld, l'un en l'année 1513, par Pierre Arnaud, écuyer, lieutenant Général en la Sénéchaussée d'Angoumois, pour raison de la terre et Seigneurie de Balzac et l'autre en l'année 1543, par Jean Arnaud, aussi écuyer, exerçant les mêmes état et office de lieutenant Général, pour raison de lad. Seigneurie de Balzac. Signés Rougier et Brian, Notaires Royaux.

Plus le contrat de mariage de Mre Jean Arnaud, écuyer, Seigr de Balzac et de Chadurie, conseiller du Roi et Lieutenant Général en la Sénéchaussée d'Angoumois avec Demoiselle Marie Myron, fille naturelle et légitime de François Myron, écuyer, Seigr de Baudran passé le 26e d'Avril 1533. Signé La Jarrige, Notaire Royal.

Preuves testimoniales. — Noble Louis Regnaud, écuyer Sr de Belle et de la Richardie, demeurant à présent au lieu noble de la Richardie en Angoumois, âgé de 45 ans ou environ, possédant en rentes ou revenu 2500 fr. après serments par lui faits sur les S. S. Evangiles de dire la vérité. Dit, comme voisin des susd. maison de Cherval et de Balzac, que Geoffroy de Lageard épousa Demoiselle Geneviève Arnaud .ayeule paternelle issue de la susd. maison noble de Balzac, aussi maison noble, comme étant fille légitime et naturelle de feu Mre Jean Arnaud vivant écuyer Seigr dud. Balzac et Lieutenant Général en Lad. Sénéchaussée d'Angou- mois, bisayeul dud. présenté ,du côté du père, lequel épousa sa femme, comme led. Sr qui dépose a oui dire, de la maison de Myron en Touraine, qui est la bisayeule dud. côté, aussi maison noble de nom et d'armes et d'ancienne extraction. Très illustre. Très illustre, Très haut et Puissant Seigneur Messire Frédéric de Foix, Comte des Comtés de Gurson et de Foix, marquis de Puiguilhem ; Vicomte de Meille, Conseiller du Roi en ses Conseils d'Etat et Privé, capitaine de Cinquante hommes d'armes de ses Ordonnances et Maréchal des Camps de Sa Majesté, âgé de 52 ans après serments par lui faits sur les S.S. Evangiles de dire vérité.

Enquis sur la noblesse ancienne de nom et d'armes de la susd. maison de Lageard et du descendant d'icelle .ensemble de fue Geneviève Arnaud, Damoiselle, qui fut mariée au feu Sgeur de Lageard, Sr de Cherval dit que Damoiselle Geneviève Arnaud, ayeule paternelle, est issue de la maison des Arnauds Seigrs de Balzac aud. pays d'Angoumois, aussi maison noble de nom et d'armes et d'ancienne extrantion, ayant ceux de ladite maison, été employés en plusieurs états et offices de lad. province d'Angoumois et vécu toujours noblement.

Messire Charles Chabot de Jarnac, Conseiller du Roi en ses Conseils d'Etat et Privé, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses Ordonnances, Seigr de St Aulaye et de Mussidan, conseigneur de Jarnac, Baron de Monlieu, âgé de 50 ans, possédant en rentes ou revenus vingt mille livres, après serments par lui faits sur les S.S. Evangiles de dire vérité.

Interrogé si Damoiselle Geneviève Arnaud, femme dud. Geoffroy de Lageard, ayeul et ayeule paternels étaient nobles et issus d'extraction noble, comme pareillement feu m.m. Jean Arnaud, vivant écuyer Seigneur de Balzac et Lieutenant Général en la Sénéchaussée d'Angoumois était noble et d'ancienne extraction.

Dit que la vérité est celle là que la famille de la maison des Arnauds, Seigneurs de Balzac en ce présent pays d'Angoumois sont nobles de noms et armes de toute ancienneté et ont toujours vécu noblement parmi l'autre noblesse du pays, et avec icelle tiennent rang et place au ban, arrière ban et assemblées, ce qu'il sait l'avoir vu et le voit d'ordinaire, comme voisin et de même pays d'Angoumois, dè laquelle maison il sait que lad. Geneviève Arnaud était issue ; laquelle fut mariée à lad. maison de Cherval, aussi maison noble de nom et d'armes et ancienne extraction, vivant de même avec la noblesse du pays.

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1947)

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08 mars 2016

Le corps-de-ville d'Angoulême en 1572

État nominatif des cent membres du corps-de-ville à la date de la mézée.

Maire.

François de Voyon, sieur des Rivaulx.

Soubz-maire.

Nicolas Ythier, sieur de La Boissiere.

Eschevins.

1. Maistre Loys Estivalle, sieur de Chassors.
2. François Couillaud, sieur de Heurtebise.
3. François Calluau.
4. Maistre Michel Constantin, sieur du Lugeat.
5. Mathurin Martin, conseiller, garde des sceaux au Présidial d'Angoulesme, sr d'Andreville.
6. Maistre Pierre Janvier, lieutenant particulier d'Angoumois.
7. Maistre François Nesmond, lieutenant général au Présidial.
8. Maistre Pierre Chappiteau.
9. Mtre Nicolles Ythier.
10. Maistre François Nesmond, conseiller au grand Conseil, depuis président en la cour de Parlement de Bourdeaux.
11. François de Lage.
12. Maistre Jehan Girard.

Conseilliers.

1. Maistre Jehan de Paris.
2. Pierre Montgeon.
3. François de La Combe.
4. Jacques Nogerée.
5. François de Livenne, escuier, seigneur de Neuilhac.
6. Maistre François de Corlieu.
7. Pierre Boutin.
8. Maistre François Vabre.
9. Messire Cybard Tizon, chevalier, seigr d'Argence.
10. Guillaume Le Conte.
11. Maistre Estienne Maquelilan.
12. Jehan Ruffier.

Pers.

1. Jehan Robin.
2. Martial Juilhard.
3. Jehan Paulte.
4. René de Prahet.
5. Jehan Vergnault.
6. Hector Robin.
7. Jehan de La Combe.
8. Maistre Jehan de Rouffignac.
9. Aymard de Terrasson.
10. Maistre Merlin du Port.
11. Maistre Estienne Pontenier.
12. Mtre Gérosme de Voyon.
13. Raymond Mallat.
14. Maistre Pierre Estivalle.
15. Maistre Guillaume Le Coq.
16. Maistre Jehan Lesné.
17. Maistre Jehan Chadenne.
18. Jehan de Lage.
19. Hannibal Moreau.
20. Loys de Lesmerie.
21. Estienne de Villautreys.
22. Maistre Gabriel Pigornet.
23. Maistre François Boessot.
24. Maistre François du Foussé.
25. Maistre Jehan Préverault.
26. Maistre Pierre Gandillaud.
27. Jehan Brugier.
28. Maistre Michel Le Roy.
29. Maistre Robert Blanchet.
30. Jacques Debresme.
31. Maistre François Redont.
32. Maistre François Rochier.
33. Maistre Anthoine Gilibert.
34. Maistre Marc Girault.
35. Pierre de Marcilhac.
36. François des Moulins.
37. Jehan Poumaret (aliàs Pommaret), sieur de La Valade.
38. Maistre Jehan Mousnier.
39. Jehan Prévost.
40. Maistre Pierre Terrasson.
41. Maistre Jehan Levesque.
42. Denis Chappiteau.
43. Hélies Boutin.
44. Gabriel Martin.
45. Maistre Aimery de La Coste.
46. Toussainctz Martin.
47. Guillaume de La Tousche.
48. Guillaume Dexmier.
49. Maxias (aliàs Mathias) Benoist.
50. Jehan Rousseau.
51. Maistre Jehan Gaignier.
52. Maistre François du Mas.
53. Maistre Jehan Vigier.
54. Hélies Greleau.
55. Guyon Girard.
56. Maistre Jehan Menagut.
57. Jehan Ruffier.
58. Geoffroy Ythier.
59. Maistre Guillaume de Paris.
60. Maistre François Le Musnier.
61. Maistre Bertrand Caillon.
62. Phelippes Joyeulx.
63. Guillaume De Lousmelet.
64. Maistre François Bernardeau.
65. Maistre François Ythier.
66. Jacques Girard.
67. Maistre François Lizsée.
68. Pierre de Corlieu, sieur de Lussault.
69. Maistre Pierre Juilhard.
70. Pierre Ruspide.
71. Mtre Geoffroy Montgeon.
72. Maistre Cybard de Corlieu.
73. Maistre Michel de La Tousche.
74. François de La Vallade.
75. François Ballue.

Arch. de l'hôtel de ville, registre des délibérations, coté B, f° 128, et mémorial B, f° 2, v°, et 3.

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1870)

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07 mars 2016

La noblesse de robe dans l'Angoumois

M. Jean Jézéquel présente à l'Assemblée des aperçus nouveaux sur la noblesse de robe dans l'Angoumois au XVIIe et XVIIIe siècles, d'après le fonds Mazière des Archives Départementales. (Série J/537-J/715). 70 liasses environ de cet ensemble épars et varié concernent les familles Arnaud de Ronsenac, Gervais et Sarlandie auxquelles est consacré le présent exposé (sans oublier d'autres documents du fonds qui concernent exclusivement l'Angoumois et essentiellement sous l'Ancien Régime).

3 familles distinctes :

— les Arnaud de Ronsenac, issus de Pierre Arnaud par son dernier fils Jacques, né d'un deuxième mariage, et dont les générations suivantes ont été : Pierre Arnaud né en 1668, André puis Pierre Arnaud (1731-1813). Tous membres du présidial d'Angoulême, soit comme Conseillers, soit comme Procureur du Roi (le dernier), le deuxième Pierre Arnaud est maire d'Angoulême entre 1721 et 1723... c'est la fonction municipale qui anoblit à deux reprises la famille, entre temps un édit royal de 1667 ayant révoqué le privilège attaché à l'Hotel-de-Ville.

— La famille Gervais et plus particulièrement Jean Gervais 1668-1733, lieutenant criminel de la Sénéchaussée et auteur du « Mémoire sur l'Angoumois » de 1725-1726. Il achète des lettres d'anoblissement en 1696 (6000 livres) noblesse ensuite révoquée, mais retrouvée par la mairie d'Angoulême de 1718 à 1721.

— Pierre de Sarlandie, autre officier, maître particulier des eaux et forêts de l'Angoumois, exerce lui aussi la fonction de maire entre 1744 et 1747, ce qui lui confère la noblesse.

La valeur de ces offices varie entre 26.000 I. procureur du Roi en 1752 et 40.000 I. (estimation de celui de lieutenant criminel en 1733) et 40.000 I. (vente de celui de maître particulier des eaux et forêts en 1773). Mais l'essentiel de l'activité n'est pas dans l'exercice de ces charges, plutôt dans l'exploitation de la fortune foncière, seigneuriale ou mobilière. Trois niveaux de fortune :

— Jean Gervais : l'ensemble de la succession estimée à près de 200.000 livres partagée entre le fils et la fille Marie Gervais, épouse de Sarlandie. Mais une succession grevée de fortes dettes et il faut réaliser deux seigneuries pour 70.000 I. au total. Meilleur observateur de la réalité géographique, économique et juridique de l'Angoumois que bon administrateur de ses propres biens, semble-t-il.

— Pierre de Sarlandie, plus un homme d'affaires qu'un officier de judicature, il tranche avec son beau-père : dans l'inventaire de ses biens, « des effets actifs » de l'ordre de 270.000 I. s'ajoutent aux 43.000 I. de deniers trouvés. La part mobilière prend ici des proportions inhabituelles par rapport au reste et il a des ennemis sur la place d'Angoulême « cet homme insatiable... près de 600.000 I. trouvées lui appartenant après sa mort... Cette fortune immense est le fruit des vexations et des concussions qu'il a toujours pratiquées dans l'exercice de sa charge... et des intérêts doublement usuraires qu'il percevait dans ses différents prêts d'argent... »

— La famille de Ronsenac : un 3e tableau de fortune considérablement développée au XVIIIe siècle sous André Arnaud † en 1782 et Pierre Arnaud mort en 1813, ce dernier ayant épousé la fille de Sarlandie. De nombreux domaines tant à l'Ouest qu'à l'Est d'Angoulême, de nombreux achats sur plusieurs décennies et en particulier un domaine en Périgord acheté 195.000 I. en 1776-78, d'un rapport de 15.000 I. vers 1786, sur 17 métairies, une seigneurie qui hisse cette famille au niveau des plus fortunées de l'Angoumois, surtout si l'on y ajoute de nombreux domaines spécifiquement seigneuriaux avec une gestion très bien menée qui évite le plus souvent la ferme habituelle.

Au total des exemples de fortune qu'il faut se garder de généraliser et qui représentent dans le cas de Sarlandie et des Ronsenac des réussites personnelle ou familiale. Les générations suivantes ne maintiendront pas ce niveau.

Une noblesse d'affaires ou sens du prêt, doublant dans certains cas (Sarlandie) la banque.

Une bonne gestion accompagnée de l'exploitation au maximum des possibilités du droit seigneurial, un train de vie plus calculé et moins dispendieux que dans la noblesse traditionnelle d'un même niveau de fortune.

Un mode de vie qui partage l'existence entre la maison de la paroisse Saint-André en ville et les demeures à la campagne, sans oublier des voyages d'affaires à Paris.

M. le Professeur Brunet, assistant à la faculté de droit de Poitiers, fait une intéressante intervention sur l'évaluation des rentes nobiliaires dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1975)

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04 mars 2016

Lettre d'un maître de forges au procureur du Roi

Lettre de Blanchard de Sainte-Catherine à Arnaud de Ronsenac, procureur du Roi

Je m'adresse à vous comme à un magistrat éclairé, sage et bon, et j'espère que ce que je vous demande est si raisonnable que vous me ferez l'honneur de me t'accorder. Il a plu à Madame Sarlandie, sans me prévenir en aucune manière, moi qui étais ami de cœur de M. Sarlandie, de me faire actionner, le 24 avril, à comparaître devant MM. les juges-consuls le 27. Une telle accélénté me fait penser qu'on l'a mal prévenue en ma faveur; doutant que je peux vous certifier que je suis encore au.dessus de mes affaires de plus de 50 mille écus, malgré les attaques vives qu'on m'a faites pendant ma maladie, qu'on a jugée mortelle trois mois; vous pouvez y compter, Monsieur, parce que je ne suis pas capable, d'en imposer à un magistrat de votre mérite.

Voici donc mes propositions. Actuellement je suis gêné et je ne peux point faire sans dérangement; d'ailleurs, je ne dois point ce que Madame me demande par son exploit. Je conviens devoir justement les deux billets au porteur et la moitié de celui de M. Lapouge mais il m'est bien dur de payer pour lui environ 2.500#. Il est parti, il y a trois jours, pour Paris, et comment l'appeler à ma garantie ?

A l'égard des 6.300 dont M. de Sarlandie me fit donner une espèce de reconnaissance, je le lui donnai pour t'obliger, après qu'il m'eut tourmenté iongtems dans mon lit. Il en avoit été question souvent auparavant et voilà sur quoi fondé :

M. Lapouge, ayant commencé à tomber en discrédit, me devoit lors 30.000#. Il vint me trouver et me proposa, pour me rendre taisant, de prendre un effet qui va aujourd'hui à 40.000 et qu'il avoit entièrement retiré avec subrogation. M. Sarlandie me voyant tranquille sur le compte de Lapouge, me dit « Lapouge vous a donc payé! » Et comme je n'avois rien de secret pour M. SarIandie, je lui donnai connoissance de tout ce qui en étoit. Je gardai donc et je garde encore cet effet qui porte hypothèque depuis 1758, et comme tel, premier créancier sur les biens dud. sieur Lapouge, qui a déjà détaché pour 45.000 de fonds de chez lui.

M. de Sarlandie me dit, il y a environ trois ans « Mon ami, il faut que vous m'aidiez à finir de sortir d'avec Lapouge; il ne vous doit que 30 000 dont il vous sert t'intérêt, à ce qu'il m'a dit, ot l'effet qu'il vous a déposé, sans compter un autre arlicle de 6.000# qui date de 1762, vont a près de 45.000#. » Je lui répondis que je ferois tout ce que l'honneur et la conscience me permettront dans cette occasion. Tous tes ans depuis il m'en a parlé, et finalement le 28 janvier dernier, je lui donnai par écrit, et même aussitôt que ma santé me Ie permettra, j'attaqueroi tes acquéreurs de M. Lapouge en dénonciation d'hypothèque. Je ne vous y oublierai pas mais ce n'est pas un argent sitôt prêt. Lapouge même a consenti que sur ces objets M. Sarlandie fut payé.

Revenons, Monsieur, aux neuf mille et quelques livres dont j'avais promis de payer l'intérêt à Pâques, et M. de Sarlandie promit de m'àtermoye un an. Je vous répète .que je ne suis point en état de payer actuellement, devant compter au 18 prochain 22.500# quoi je compte ne pas manquer mais je vous prie Monsieur, de m'accorder un an de terme, tems où je serai sûr de satisfaire, et même plus tôt, surtout si l'Espagne me paye 120.000# qu'elle me doit; sur laquelle somme les ministres de la marine tant d'Espagne que de France me donnent de grandes espérances. Après tous ces éclaircissements, s'il vous reste quelque doute je suis prêt a vous déposer entre mains tes rentes seigneuriales que j'acquis sous signature privée de M. le comte de Montbron, votre ami, situées sur la paroisse de Vilhonneur, où j'ai pour tenanciers M. de La Batud, Mesdames Jourdain et plusieurs bourgeois. Elles consistent en trois pipes et demie environ, mesure d'Angoulême, et 7# d'argent et suites. J'y joindrais aussi trois contrats par devant notaire qui me produisent annuellement 200#, le tout sous condition que je vous en feriez la ferme à un homme que je vous indiquerois, et ce sur le pied de 450#, la moitié payable à la St-Michel et l'autre à Noël.

Et comme je me trouve deux neveux à Angoulême, M. Marvaud du Brandeau, gendre de M. CaIluaud, le procureur, qui a pour 40.000# de bien au soleil, et M l'abbé Sauvo, chanoine de votre Chapitre, je vous Ies offre pour caution pour un an. Ils le feront sûrement quoique je ne leur en aie pas parlé.

Je crois, Monsieur, que voilà assez de précautions pour arrêter de suite Madame Sarlandie et que vous me ferez l'amitié d'empêcher de porter la cause à l'audience de lundi. Que voulez-vous davantage? Les billets sont signifiés, l'intérêt au cours dud. jour; mais je vous demande en.grâce qu'il n'y ait point de jugement. J'aurais une autre infinité d'effets à vous proposer; mais la plupart m'ont demandé des délais que mon bon cœur n'a pu leur refuser. Le sieur Janet, huissier de votre ville, en a à moi appartenant pour plus de 20.000#. Marvaud, mon procureur, aura l'honneur de prendre votre réponse, ainsi que je lui marque, lundi matin avant l'audience.

J'ai l'honneur d'être, avec un très parfait respect,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Blanchard de Sainte-Catherine,

A Ste-Catherine, le 25 avril 1773.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1918)

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02 mars 2016

Un Angoumoisin à Saint-Domingue

Le Président donne connaissance d'un premier extrait d'une étude de notre collègue, M. Marcel Reible, « Les esclaves et leurs travaux sur la sucrerie Lugé à Saint-Domingue, 1788-1791 ».

L'extrait dont il est donné lecture campe la personnalité de Jean Pasquet de Lugé, né le 8 mai 1711 à Roumazières, troisième fils de Jean Pasquet, écuyer, seigneur de Luget, et de Jeanne-Marie Martin, mariés en 1690. Le père de Jean Pasquet, Aimery Pasquet, procureur au présidial d'Angoulême, après avoir acquis la seigneurie de Lâge-Baton, entra comme conseiller dans la Maison de Ville d'Angoulême et fut anobli par cette charge en vertu des privilèges accordés par par Louis XII.

Jean Pasquet de Lugé, entré dans la carrière militaire, était capitaine à 28 ans, en 1739, en service à Saint-Domingue. Il abandonna l'armée pour devenir colon. Le 21 lévrier 1753, il épousa Anne-Perrine Chevalier de Saint-Servan (diocèse de Rennes), fille de Jean-Charles Chevalier de Beauvoir et de Perrine Martin. Le contrat de mariage indique qu'à cette époque il possédait 60.000 livres de billets ou obligations, 100.000 livres d'argent comptant, 150 nègres et négresses. De 1755 à 1782, il réalisa plusieurs acquisitions foncières, de sorte qu'à son décès il se trouvait à la tête d'une exploitation de 1.383 hectares avec 345 nègres, plusieurs centaines d'animaux de trait, de bât, d'élevage, d'une valeur totale de 2.392.800 livres.

En 1768, le Prince de Rohan confia, à ses soins et à sa vigilance, le quartier du Montrouis en tant que capitaine, grade qui lui fut officiellement confirmé, en 1771, par brevet du Roi. Le 6 juin 1777, il recevait la croix de Saint-Louis et, l'année suivante, le comte d'Argout, gouverneur de Saint-Domingue, lui confiait le commandement de la milice de la paroisse de Saint-Marc...

M. Reible nous donne alors quelques détails savoureux sur la vie privée de celui qu'on appelait « le baron de Luget » et sur les moeurs de l'époque où il était d'usage de remplacer les épouses absentes par des mulâtresses auxquelles on donnait le titre — bien peu mérité — de ménagères. Pasquet de Lugé, dont la femme résidait le plus souvent en France, n'avait pas failli à cette coutume. Il avait eu de nombreuses concubines. Dans les dernières années de son existence, il était devenu quasiment gâteux. La mésaventure dont fut victime l'un de ses hôtes, A. de Laujon est significative à cet égard : le baron de Lugé « était à table lorsque j'arrivai : un domestique m'annonce comme venant de chez Madame de Saint-Ard et recommandé par elle ; je suis introduit, j'en reçois les honnêtetés d'usage, et il me fait apporter un couvert. Une femme assise auprès de M. le baron, mais que je n'avais pas remarquée, avait disparu. Or il faut savoir que cette femme était une jeune carterone que le vieux baron idolâtrait. »

« Je ne me rends pas compte de sa disparition, et je ne voyais pas pour quel motif j'aurais dû m'en occuper. Mais le vieux baron était blessé au vif ; il avait perdu sa colombe, et ses quatre-vingts ans lui donnaient l'air d'en avoir cent. Il était triste, ne me répondait pas, et je me serais mille fois retourné le cerveau que je n'aurais pas su pourquoi. Enfin, on sort de table, il disparaît et je ne vois plus que le gérant de l'habitation, auquel je m'adresse pour lui dire que je comptais sur la bienveillance de M. le baron pour me faire conduire à Saint-Marc. Cet homme avait le mot d'ordre. Il me répondit que je pouvais y compter. »

En fait, au lieu d'une voiture, M. de Laujon dut se contenter d'un mauvais cheval, fourbu par l'âge et fut obligé de faire la route au pas.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1970)

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26 février 2016

Justice des eaux et forêts

La rigueur de la réformation n'épargne pas les membres de la maîtrise, les simples négligences sont sanctionnées : Jean Paulte, le maître particulier, paiera 50 livres; Gervais, garde, 100 l., Crozan 100 l., puis 1 000 l. à titre de restitution; Meneau 30 l., Fureau, garde traversier, 150 l.; Louis Delage, Jean Gervais, F. Boissier, Guy Gauvry, gardes, 20 l., les héritiers de feu Benoist, garde, 100 l., Léonard Vidaud, garde, 200 l., Louis Rivaud 100 l. Personne n'a surveillé comme il le devait la forêt dont il avait la charge.

Ces amendes sans trop de frais ont dû secouer le monde forestier.

Sa majesté rappelle qu'elle s'est toujours réservé la jouissance de la haute futaie et les seigneurs usurpateurs n'en ont pas l'exploitation à leur usage (B 140/11).

En 1674 une tentative de restauration de 140 arpents de chaumes dans la paroisse de la Rochette : y sont piqués des glands de chêne, du frêne et autres essences.

En 1677 Jean Gillibert obtient la charge de procureur du roi (B 140/27-28).

En dépit des menaces, les usurpations continuent; chacun espère ne pas être pris; les plus riches invoquent des droits d'usage nébuleux, pour atténuer leur faute.

Les Tison de Coulgens reconnaissent avoir pris du bois en Braconne; Ramade du bourg de la Rochette a pris un gros chêne de 18 pieds; c'était pour la fête de St Roch; Jean Nadaud de Coulgens est coupable d'un délit analogue. Les trois personnages paieront. Les du Rousseau de Coulgens prétendaient avoir des droits d'usage en Braconne pour leurs maisons et leur four banal: droits supprimés.

Dans la maison du Sr de la Rochette les gardes trouvent beaucoup de bois de chêne pour faire ouvrage, des bûches en cordes, du bois merrain : confiscation et amendes.

Le duc de la Rochefoucauld, pour le chauffage du château et de bâtiments divers, pour les halles et ses 6 fours, jouira de 200 cordes de bois et de 10 000 fagots annuellement.

En cette fin de XVIIe siècle, Paulte, le maître particulier, Meneau son lieutenant, et Gillibert le procureur du roi, jugent chaque semaine aux audiences de la maîtrise, les mêmes délits.

Le garde même seul était un peu policier; et suivant le train d'une charette (marques des roues de charette) il pouvait arriver au logis d'un petit seigneur; ce qui provoquait des explications délicates avec le seigneur, ou surtout avec sa femme; il y avait parfois des accomodements (B 140/47).

Avec les délinquants roturiers, parfois amis du garde, ce dernier devait au risque de perdre sa charge leur dresser procès-verbal; d'où naissaient au village des rancœurs durables.

En 1704 un édit du roi aggrave les peines: bœufs et charrettes utilisés par les usurpateurs seront confisqués et vendus; les gardes qui souffriraient l'entrée de bestiaux en forêt, auront une amende de 20 livres accrue en cas de récidives; ils risquent même d'être pris de corps et saisis de bien; cet édit sera affiché à la porte de toutes les églises; sa rigueur reflète bien l'état du royaume à cette époque.

Cependant en 1705 le garde Dubournais surprend deux valets du Sr de Guitard emportant dans une charrette tirée par deux bœufs, trois chênes récemment coupés; 48 livres d'amende et restitution des chênes; il n'est pas question de saisir l'attelage; Mr de Guitard est noble !

Le même Dubournais, à partir de quatre souches de chêne coupés depuis peu, suit un train de charrette qui le conduit au logis de la Rochette; le sieur du lieu lui permet de perquisitionner; les chênes coupés ne s'y trouvent pas; Dubournais reçoit l'ordre de la maîtrise de chercher encore (audience du 27.1.1705).

Le 16.04.1705 Gauvry, garde surprend Marry Dars, son fils et un valet emportant des branches dans une charrette tirée par 2 bœufs, le tout est saisi et sera vendu au prochain marché de la Rochefoucauld; avec en plus une amende de 40 livres.

Près de Bunzac en Braconne, 5 petites filles gardent dans des rejets 55 brebis: 165 livres d'amende.

En forêt de Bois Blanc, 4 bergères gardent 45 brebis: 135 livres d'amendes plus dommages et intérêts.

Le garde Vidaud surprend 2 délinquants, s'enfuyant la cognée sur l'épaule; il les poursuit à course de cheval et saisit leurs cognées; à l'audience ils sont condamnés à la prison (9.3.1706).

Jean Rondinaud de Rivières, pris sur le fait, blesse un garde avec sa hache; en prison, Rondinaud (13.4.1706).

Il est interdit à tous marchands d'acheter des bêtes rousses ou noires; l'amende est de 250 livres pour une biche ou un faon (bêtes rousses) ou pour un chevreuil. Pour un sanglier et un marcassin (bêtes noires) l'amende sera de 120 livres; il est interdit de chasser les perdrix avant la fin juillet; filets et nasses sont interdits dans les forêts sous peine de 30 livres d'amende à la première sanction; à la seconde les coupables seront fustigés, flétris et bannis de la maîtrise pour 3 ans. Ces injonctions s'adressaient surtout à ceux qui avaient le droit de chasser.

Les gardes ne pourront porter l'épée et le pistolet de ceinture sauf pour leur défense; il est rappelé qu'ils ne peuvent emmener leurs chiens en forêt sous peine de destitution; personne n'a le droit de porter un fusil en forêt.

Un certain Valette de Brie faisait le guet; surpris par un garde, il le menace de son arme, il ira en prison (B 140/45).

Le 3.12.1709, Bordet, garde, trouve en Braconne la servante de François et de Jean Frotier avec 7 ou 8 autres bergers et bergères «gardant à garde faite» dans des rejets de l'année précédente 180 brebis, 1 chèvre, 1 bourrique et sa suite, ils avaient en outre fait un grand feu avec des rejets de chêne et une grande fourche d'arbre mort. Puis ils s'étaient tous enfuis.

A l'audience, les maîtres et les pères et mères des bergers et bergères sont condamnés à payer solidairement 540 livres pour les brebis, 5 pour la chèvre, 20 pour la bourrique et sa suite, 30 pour avoir fait du feu en forêt et 40 sols pour les rejets. La confiscation du bétail eut été trop cruelle à cette époque et n'est pas signalée.

Le terrible hiver de 1709 avait contraint les pauvres gens qui n'avaient plus rien à donner à leurs bêtes à les conduire en Braconne; les sanctions n'étaient pas très sévères lorsqu'ils s'agissait du vol de rejets morts par la gelée; les gardes cherchent à excuser les coupables, sur lesquels est toujours suspendu l'édit du roi : le bétail pris en forêt sera saisi et vendu à la prochaine foire, qu'il s'agisse de veaux, de vaches ou de bœufs au profit de sa majesté; et il fallait payer les amendes.

Les exigences des maîtrises sont de plus en plus contraignantes; il faut absolument faire rentrer de l'argent dans le trésor royal; les agents de la maîtrise qui délivreraient des bois à ceux qui prétendent avoir des droits de chauffage, sans en avoir vérifié leurs titres, seront condamnés à 300 livres d'amende. (Ordonnance du Sr Milon, chevalier, Sr du Mesne) (B 140/45)

Le 20.10.1710 Jean Joseph Gilbert (ou Gillibert) de Vassigny, reçoit de sa majesté l'office de conseiller et de procureur du roi de la présente maîtrise; la réception de cet office faite à la table de marbre à Paris a été adressée au greffe de la maîtrise qui l'a enregistrée (Sr Milon grand maître des eaux et forêts de France).

Ce Jean Joseph Gilbert, fils de Jean et de Marie Bourdage succédait dans le même office à son père qui le tenait lui-même d'un certain Jean Gros; il aura des ennuis financiers au début de sa carrière et sera menacé de la saisie de son office et de ses biens; son mariage avec Marie Barreau de Montbron semble l'avoir tiré d'affaire; il achètera et restaurera le château de Marendat près Montbron; il mourra sans avoir eu d'enfant en 1740, à Angoulême au n° 19 de notre rue St Etienne et sera enterré dans l'église St André (B 140/27 et registres paroissiaux de St André).

A l'audience du 10.9.1711 Jean Paulte, maître particulier présidait, assisté de Jean Ducluzeau, greffier de la maîtrise; Jean Gilbert de Vassigny, procureur du roi y assitait l'épée au côté; privilège que n'ont pas les procureurs du roi s'écria Jean Paulte. Il y aura entre les deux nommes d'autres algarades.

Il est interdit de faire élever aucun moulin, bâtardeaux, écluses, pertuis ou murs, de mettre des amas de pierre dans les rivières, d'y faire planter des arbres et d'être tant soit peu nuisible au cours de l'eau, aucune ordure ne doit être déposée sur les quais sous peine de 500 livres d'amende.

Il doit être laissé sur les rives un espace de 24 pieds (8 mètres) pour le chemin du roi.

En 1712 des paysans des Rigalloux de Brie sont surpris par Boissier, garde, portant leur faix de rejets de chêne tués par la gelée; amende minime de 40 sols et restitution; des bornes de la forêt ont été déplacées; il s'agit assurément d'usurpation, elles seront remises en place par les paysans coupables et à leurs frais.

Quant à Paulte le maître particulier, il est condamné à 300 livres d'amende envers le roi; «nous lui faisons défense de connaître des bois dépendant de l'abbaye de la Couronne sous plus grande peine et nous révoquons toute connaissance que nous lui avions donné sur ces bois; la présente ordonnance sera lue et publiée à l'audience, tenant à la diligence du procureur du roi» signé Hénin le 5/ 10/1712; il est difficile d'être plus sévère.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1994)

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14 février 2016

La brigade de gendarmerie de Montbron

Le nombre de déserteurs augmentait sans cesse ; on en compta à certains moments plus de 3 000 en Charente, plusieurs centaines de mille en France. Le gouvernement jugea indispensable de prendre d'urgence des mesures sévères pour les forcer à rejoindre leurs unités.

La brigade de gendarmerie de Montbron, commandée par le citoyen Girard, reçut des ordres « pour enteprendre des tournées dans toutes les communes du canton, pour avertir les insoumis qu'ils eussent à se présenter devant l'administration pour faire viser leurs congés, conformément à la loi ».

En janvier 1796, dans un long rapport, le brigadier Girard rend compte de l'insuccès total des efforts des gendarmes.

Nous avons été insultés, écrit-il, suivis à coups de pierres, notamment dans la commune de Rouzèdes, au lieu-dit La Cibarie, et qu'en conséquence de cela, je requiers de l'administration qu'il nous soit donné main forte, à moi et à ma brigade, pour retourner à La Cibarie pour saisir les réfractaires à la loi et la faire respecter.

Le Conseil municipal de Montbron prend aussitôt un arrêté pour faire face à ces désordres : Attendu que notre brigade de gendarmerie n'est point armée, qu'il n'y a que deux membres de montés, même faiblement, que notre garde nationale n'est point organisée, malgré notre sollicitude pour faire exécuter la loi et qu'il n'est pas possible dans ce moment de remplir le voeu du dit Girard sans, au préalable, avoir pris les ordres de l'administration du département, que, de suite, il lui sera donné avis des difficultés qui se présentent pour l'exécution de la loi...

Le Conseil demande à l'administration du département de commander, si elle en juge à propos, une force armée pour renforcer notre brigade de gendarmerie aux fins de s'assurer des réfractaires à la loi, et que force demeure à la justice, d'autant que l'esprit public dans la campagne est infiniment corrompu. Presqu'aucun individu ne veut entendre parler de lois. De fréquentes menaces sont faites aux agents municipaux lorsqu'ils requièrent d'exécuter les lois. (Signé) : Marvaud, Morellet, Broussard, Blanchard, Callandreau-Dufresse, Chesson, Pradignac, Durousseau-Chabrot, Vallentin.

La brigade de Montbron est notoirement insuffisante pour entreprendre des tournées efficaces, chaque quinzaine, dans les huit communes du canton comprenant plusieurs centaines de villages. Il faut d'urgence réorganiser la garde nationale, faire revivre l'enthousiasme qui animait les hommes de 18 à 60 ans au moment de sa création, en 1790 et 1791. On comptait alors à Montbron 730 gardes nationaux commandés par des officiers et des sous-officiers élus par leurs troupes. Ils répondaient aux convocations pour les manifestations patriotiques. Ils assistèrent aux engagements des volontaires de 1791, 1792 et de mars 1793. Mais la mobilisation forcée des hommes de 18 à 25 ans, en septembre 1793 (les requis ou réquisitionnaires) avait heurté les populations de nos campagnes, lasses de tout, lasses des années de guerre et n'aspirant plus qu'à la paix, au pain quotidien, à la saine monnaie.

Le Directoire départemental de la Charente envoya à chaque commune des instructions précises, fort détaillées, enjoignant aux municipalités de réorganiser au plus vite leur garde nationale : 18 ventôse an VI, mars 1796, les agents municipaux auront à user de la plus grande surveillance dans leurs communes respectives pour découvrir les malveillants et corrupteurs de l'opinion publique qui cherchent à éloigner les citoyens de l'exécution des lois, spécialement celles qui ordonnent la réorganisation de la garde sédentaire, en cherchant à les persuader que leur enrôlement en y-celle les exposerait à quitter leur foyer et à être transportés soit à la Vendée, soit aux frontières, soit même à Cayenne, que tous les bruits sont attentatoires au bien de la chose publique et aliènent infiniment l'esprit des citoyens envers leurs magistrats.

Considérant, en outre, que le rapport fait par plusieurs de ses membres, qu'ils ont reçu dans leurs communes des menaces lorsqu'ils ont voulu parler de cette organisation si nécessaire à la tranquillité publique et qu'il est de la plus grande importance qu'il ait pleine exécution. Pour y parvenir, elle croit de sa sagesse de commettre dans chaque commune des citoyens jouissant de la confiance publique pour travailler à effacer les mauvaises impressions et fausses préventions qu'ont pu donner les malveillants et faire sentir aux citoyens combien il est de leur intérêt de se soumettre à l'exécution de cette loi.

En conséquence, le Directoire administratif de la Charente arrête qu'il sera nommé pour Montbron neuf commissaires : les citoyens Léchelle-Dérivières, Juzaud, Lamour fils, Didier Marandout, les deux frères Janot, Didier Redon, Fonchin-Larnaudie, Mathelon-Vignaud.

Rouzèdes : Guerry-Champneuf, Félix de Neuville.

Eymouthiers : Guimbelot et Marcillou.

Vouthon : Grenet et Callandreau.

Saint-Sornin : Chazeau et Bounithon.

Vilhonneur : Picard et Jean Clément.

Orgedeuil : Lamothe, Maigne, Perry-Logeas.

Ces commissaires étaient choisis par l'administration départementale parmi les bourgeois aisés, tous sachant lire et écrire, estimés dans leurs communes.

On leur demandait « d'employer de suite les moyens que leur donne la confiance publique dont ils jouissent et leur zèle accoutumé pour l'intérêt de la chose publique à l'effet de ramener les esprits à la soumission aux lois et aux autorités constituées sans laquelle pratique il ne peut résulter que des maux incalculables ».

On les chargeait, en outre, de faire connaître sous quinzaine, par procès-verbal respectif, le résultat des opérations prescrites. Ce résultat fut, une fois de plus, lamentable. Les rapports remis à la mairie de Montbron se résument en quelques mots : « Pas de succès, seulement des menaces dans plusieurs endroits, spécialement de la part des femmes. Ont accepté plusieurs hommes de la cité de Montbron et un seul de la campagne. »

Le registre des gardes nationaux de la commune de Montbron contient alors une cinquantaine de noms, nombre insuffisant pour constituer une compagnie.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1981)

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01 février 2016

Le moulin de La Rochette

Tous ceux qui habitent la vallée de la Tardoire, surtout de la basse Tardoire, reconnaissent la diminu­tion progressive du cours de cette rivière.

Ici à la Société archéologique et historique de la Charente nous n’avons pas à faire une étude géologique et spéléologique du régime de cette rivière mystérieuse qui disparaît dans un sol, fissuré de gouffres. Ce serait une étude évidemment intéressante, mais qui sertirait de notre cadre.

Je voudrais donc me borner à présenter quelques documents qui nous prouvent que cette rivière, depuis au moins plus de deux siècles et demi, diminue pro­gressivement son cours visible, augmentant ainsi son cours souterrain.

Ces documents m’ont été très obligeamment prêtés par Mme la Baronne de. Ribérolle qui voudra bien trouver ici l’expression de ma respectueuse reconnais­sance.

C’est d’abord un acte de ferme du moulin de La Rochette du 13 novembre 1739, passé devant Caillaud, notaire royal à Angoulême, pour M. Alexandre de Paris, « chevallier, seigneur du Courret, La Rochette, Saint-Pardoux, Chenanmoine et autres lieux », demeu­rant à Angoulême. Celui-ci dépose entre les mains du notaire la minute d’un contrat de ferme des « moullins à bled et à huille » de La Rochette, « faitte par Roch Frottier Tizon, chevallier, seigneur de Villars, La Ro­chette et autres lieux, à Jean Lesmerie meunier pour cinq ans, moyennant 80 livres en argent et 80 bois­seaux mesture mesure de La Rochefoucauld, par an. »

La minute de ce contrat de ferme du- moulin de La Rochette est datée du 21 octobre 1679 et l’acte avait été passé par devant Gounin, notaire royal.

Dans la copie de ce contrat de ferme du moulin de La Rochette, j’ai relevé les notes intéressantes sui­vantes.

Avant ce Jean Lesmerie qui vient d’Artenat, paroisse de Saint-Mary, c’était un nommé Jacques Petit qui exploitant ce moulin. Il consiste en « moullin blanc, moullin noir et moull-n à huille ». Il est situé sur la rivière de Tardouëre.

La ferme se fait par paiement de 80 livres et de 80 boisseaux de « bled mesture bonne et raisonnable mesure de La Rochefoucauld », payable annuellement moitié à Noël, moitié à Pâques.

« Dans laquelle ferme est compris la jouissance du bateau, que le dit Seigneur bailleur mettra entre mains du preneur en bon état... »

« Au regard de l’essat du dit moullin les partyes partageront les anguilles qui s’y pourront prendre par moitié et entretiendront le dit essat par moitié. »

Un autre document est l’ordonnance rendue le 14 juillet 1736, par le Maître particulier des Eaux et Forêts d’Angoumois, sur la supplique à lui adressée par M. Alexandre de Paris, Seigneur du Courret, La Rochette et autres lieux en vue de sauvegarder ses droits de pêche, notamment sur la Tardoire, à La Rochette.

D’après cette requête, il était signalé que divers particuliers pêchaient dans la Tardoire, aux endroits dépendant du fief de La Rochette « avecq tramails et paniers et autres engins deffendus » et prenaient ainsi la principale partie des poissons.

Défense est dès lors demandée au Maître particulier des Eaux et Forêts et accordée par lui en faveur de M. Alexandre de Paris, pour que les habitants de la paroisse et des paroisses voisines ne pêchent pas dans les eaux dépendant du fief et n’y prennent aucun pois­son « avecq tramails, filets et autres engins deffendus ». Les contrevenants seront passibles des peines portées par l’Ordonnance des Eaux et Forêts du mois d’août 1669.

Le seigneur suppliant pourra en outre faire « saisir, déposer et mettre en madn tierce les filets et autres engins des particuliers qui seront trouvés peschant dans les dittes eaux et faire publier et afficher la pré­sente requête et ordonnance aux portes des Eglises des dites paroisses le jour de dimanche ou teste issue de messes paroissiales par le premier huissier ou ser­gent royal ».

A la suite de ces deux documents, M. de Ribérolle épinglait quelques notes, datées de 1838, où il écrivait ce qui suit.

Cette ferme du moulin de La Rochette en 1739, se référant à un autre acte de 1679, prouve ce que j’ai entendu dire bien souvent que la Tardoire manque d’eau beaucoup plus aujourd’hui qu’autrefois. Moi- même je me rappelle, écrit M. de Ribérolle, qu’il y a trente ans, — donc au début du XIXe siècle, — elle manquait encore moins que dans ce moment. Mon père avant la Révolution de 1793 affermait la pêche de Ribérolle. J’ai entendu dire au meunier de Chez-Merlet que. jamais il ne menait moudre hors de son moulin; aujourd’hui il y va au moins six mois dans l’année.

Après la destruction du moulin de La Rochette est venue celle du moulin du Monac, puis la destruction du moulin de Ribérolle.

M. de Ribérolle ajoutait : Le moulin de Chez Merlet ne pourra tenir longtemps. Et de fait actuellement il n’existe plus.

Il est en tout cas bien clair que si la Tardoire pri­mitivement avait manqué d’eau, comme elle en man­que actuellement, jamais on n’aurait eu l’idée d’éta­blir des moulins à La Rochette, au Monac, à Ribérolle et à Chez Merlet.

Nous pouvons également rappeler cette rente an­nuelle de trois livres fondée pour le Curé de Rivières le 6 décembre 1733, à charge par lui d’aller célébrer la messe les dimanches et fêtes à la chapelle du logis de Péruzet, « vu l’éloignement qu’ai y a de ce logis de Péruzet et l’église de Rivières et de l’incommodité de s’y rendre en temps d’hiver et de pluie et des ris­ques qu’il y a lors des inondations de la rivière de Tardoire, qui y passe entre le dit logis et la dite église, en ce qu’il n’y a aucuns ponts ny chaussées ».

Une étude semblable pourrait être également entre­prise sur la diminution progressive du cours du Ban- diat, de la Ligonne, de la Bellonne, etc., où des mou­lins avaient été bâtis et étaient exploités jadis, alors qu’ils n’existent plus maintenant.

Il est encore une fois hors de notre cadre de nous demander : d’où cela vient-il ? Cela provient-il d’une plus grande quantité de gouffres, du fait qu’dis se sont agrandis, qu’il s’en est formé davantage en amont, que les sources ont diminué, que les réparations aux gouffres n’ont pas été suivies, etc...

Et, d’autre part, c’est un fait aussi que plus va et moins la Touvre manque d’eau dans les étés les plus secs, tel l’été de 1929.

Du moins, me bornant à mon rôle d’histonien, il est intéressant de noter, par l’examen des divers docu­ments que je viens de produire, qu’au XVIIe siècle et même eu XVIIIe siècle la Tardoire avait de l’eau vrai­semblablement toute l’année à La Rochette. Non seu­lement on pouvait y faire marcher des moulins, mais l’on pouvait y pêcher avec toutes sortes d’engins et s’y promener en bateau.

Il serait curieux de voir d’autres documents antérieurs et postérieurs à ces XVIIe et XVIIIe siècles pour faire l’histoire de la diminution progressive du cours visible des eaux de la Tardoire et des autres rivières de cette région. Les quelques documents que je viens de présenter ont néanmoins leur intérêt et je serais heureux s’ils pouvaient inciter des chercheurs et des érudits à compléter cette étude qui n’est qu’une ébau­che de l’histoire à écrire de nos rivières de la région de La Rochefoucauld.

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1930)

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29 janvier 2016

L'assassinat du lieutenant particulier au présidial d’Angoulême

« Affaire du Sr Roger de Raymond, assassin de Jean Arnauld, écuyer, Sr de Bouex, lieutenant en la Séné­chaussée et Siège Présidial d’Angoulême. »

Trois Mémoires pour cette affaire, les deux premiers de l'année 1722 (Paris, chez Delatour et Simon, impr. du Par­lement, rue de la Harpe, aux 3 Rois, 1722) pour dame Jeanne Dexmier, Vve de Jean Arnault, etc. — le 3me inti­tulé : Précis pour Messire Noël Arnault, chevalier, Sr de Bouex, ancien Maître des Requêtes, etc., etc. (Paris, chez P.-G. Simon, imp. du Grand Conseil du Roy, rue de la Harpe, 1748).

— Arrêt du Conseil du Roi tenu à, Fontainebleau le 30 septembre 1748, qui annule l’arrêt du Parlement de Paris, et ordonne que le jugement du Présidial d’Orléans du 4 dé­cembre 1698 et ceux qui l’ont suivi seront exécutés.

— Le 15 avril 1749, M. de Chenon (Dexmier de Chenon) annonce à M. de Bouex que M. de Raymond est mort en Bavière. En 1746, il avait obtenu des lettres d’abolition.

Exposé de l’affaire

Roger Raymond est fils de Joseph Raymond et de Jeanne de Lespinay : les violences et les excès conti­nuels de ses père et mère sur les gens du pays furent dénoncés en 1686 à M. le Procureur général (c’était alors M. de Harlay), qui fit commettre par arrêt du Parlement le lieutenant-criminel de Poitiers pour en informer, à la requête de son substitut, et faire et par­faire le procès aux accusés. Le procès fut instruit par contumace contre le mari et 8 ou 10 de ses complices ; ils furent condamnés à mort par sentence du 18 mars 1687.

En 1688, lors de la Chambre souveraine des Grands Jours, à Poitiers, Joseph Raymond se confiant sur le crédit de quelques personnes puissantes qui le proté­geaient, se mit en état dans les prisons de la même ville. Dans le cours de l’instruction du procès, sa femme se trouva aussi criminelle que le mari ; elle fut décré­tée et constituée prisonnière ; le procès fut fait à l’un et à l’autre conjointement, et par arrêt du mois de jan­vier 1689 ils furent tous deux condamnés à un bannis­sement de neuf ans, en 10.000 livres d'intérêts civils envers divers particuliers, en des amendes, des aumô­nes et aux dépens. Tous leurs biens étaient saisis réelle ment et en bail judiciaire, il y avait déjà longtemps, ils étaient accablés de dettes.

Dans cet état malheureux où leur mauvaise conduite les avait réduits, le feu Sr Arnauld fut le seul qui, tou­ché de compassion, leur tendit les mains et leur donna des secours ; il les assista de son crédit et de sa bourse ; il paya de ses deniers, en leur acquit, les condamna­tions pécuniaires prononcées contre eux ; leur procura leur liberté et la main-levée de leurs biens. Il était déjà leur créancier, d’ailleurs, de sommes considérables ; il eufla facilité d’accepter pour son remboursement, et en déduction de partie de ses créances, la vente qu’ils lui firent sous une faculté de réméré de 9 ans de la terre du Breuil, qu’ils avaient inutilement cherché à vendre depuis deux ans, moyennant une somme de 30,800 li­vres, qui était de beaucoup au-dessus de la valeur ; le contrat est du 28 octobre 1691. — Roger Raymond était alors âgé de 18 ans, et émancipé ; il intervint dans le contrat sous l’autorité du sieur de La Motte-Coutan, son curateur, vendit conjointement et solidairement avec ses père et mère, et promit de ratifier après sa majorité. Il s’est trouvé d’un aussi mauvais caractère que ses père et mère et le fit connaître en 1692 par deux assasinats, pour raison desquels il fut poursuivi extraor­dinairement et dont il fut obligé d’arrêter les poursuites par des traités avec les parties civiles. En l’année 1698, il résolut de forcer le sieur Arnauld de lui remettre la terre du Breuil, non seulement sans lui en rembourser le prix et. les améliorations, mais encore sans lui don­ner aucune sûreté pour son remboursement ; et, pour cela, il le suivit à Paris, où le Sr Arnauld s’était rendu pour quelques affaires ; mais, pour comble de noir­ceur, il abusa de la simplicité et de la bonne foi de la dame Arnauld. Il tira d’elle les moyens qu’il n’avait pas de lui-même de faire ce voyage, qui devait être si funeste à elle, à son mari et à ses enfants. Roger Ray­mond avait eu 25 ans accomplis au mois d’avril, de cette même année ; il alla trouver la dame Arnauld, rectifia le contrat de vente de la terre du Breuil, et, par ce témoignage apparent de vouloir l’exécuter, il tira artificieusement d’elle le prêt d’une somme de 2.500 livres en lui faisant entendre que c’était pour venir à Paris terminer quelques affaires, dont il devait lui revenir des deniers suffisants pour rembourser son mari et retirer la terre.

Avec cet argent, il se rendit a Paris ; il y pressa le Sr Arnauld par des menaces de lui remettre sa terre sans aucun remboursement et même sans sûreté pour le recevoir. Une proposition si injuste fut rejetée par le Sr Arnauld. Ayant appris qu’il vient de partir avec le messager, pour retourner à Angoulême, le Sr Roger Raymond n’écoute plus que le dépit et la rage. II prend la poste, atteint le messager à Etampes, va trouver le Sr Arnauld dans son auberge et le menace de le tuer s’il ne donne un désistement pur et simple de son acte d’acquisition. Mêmes propositions, mêmes menaces à Toury et à Orléans.

Le Sr Raymond, résolu de ne pas différer plus long­temps l’exécution de son malheureux projet, passe la nuit entière à Orléans à faire raccommoder ses pistolets et a les essayer ; le lendemain, il court après le mes­sager, joint le Sr Arnauld qu’il trouve seul, et, sans lui donner le temps de se reconnaître, ni de se défen­dre (2 septembre 1693), il le tue de deux coups de pis­tolets, prend la fuite et passe en Bavière. La veuve du Sr Arnauld fit instruire à grands frais la contumace au Présidial d’Orléans ; l’instruction fut d’abord sus­pendue par ordre de la Cour. Louis XIV se fit repré­senter les charges : sur la lecture qui en fut faite, il fut donné un nouvel ordre au Présidial d’Orléans pour achever la procédure et juger. — La compétence du Présidial ayant été jugée, sentence le 4 décembre 1698, qui « déclare Roger Raymond atteint et convaincu d’avoir méchamment et de dessein prémédité assassiné le Sr Arnauld, le condamne à être rompu vif, en 3.000 livres pour une fondation de messes, en 60.000 livres de réparations civiles envers la veuve et les enfans du Sr Arnauld, et en 500 liv. d’amende. » Cette sentence fut exécutée en effigie.

Comme on le voit, il y avait un assassinat prémé­dité, fait de guet-à-pens, commis sur un grand chemin en la personne d’un magistrat, à qui l’assassin et sa famille avaient les obligations les plus essentielles ; et la dame Arnauld peut dire, avec confiance, que depuis 16 ans et plus le feu Sr Arnauld son mari servait avec distinction et l’approbation des premiers magistrats et du public, tant dans sa charge de lieutenant parti­culier que celle de lieutenant général qu’il exerçait pour l’absence de M. d’Argenson.

La famille du Sr Ravmond emplova les sollicitations les plus pressantes pour obtenir sa grâce. Des person­nes de considération, qui s’intéressaient pour R, Ray­mond, en ayant demandé la grâce au feu Roi de glo­rieuse mémoire, S. M., qui avait peine de la refuser aux protecteurs, voulut s’instruire du fait par elle-même, et après la lecture qu’elle s’en fit faire par M. de Barbezieux, elle déclara hautement que l’ac­tion était trop énorme pour lui permettre d’en accorder jamais la grâce ; et, depuis, quelque puissance que Ro­ger Raymond ait employée, elle a rejeté les instances et n’a pas même voulu souffrir qu’il profitât des ren­contres qui se sont présentées où les autres criminels trouvent leur grâce.

En 1704, M. le duc de Bavière, pour lors allié de la France, la demanda avec instance : « mon cousin, lui répondit le Roi, je ne l’accorderais pas à mon frère, s’il me la demandait. »

M. de la Vrillière a connaissance de ce fait, et peut témoigner en outre que le Roi l'ayant commis pour arrêter le rolle des criminels qui devaient à l’entrée de Mr l’évêque d’Orléans profiter du privilège de cette église, lui recommanda sur toutes choses de n’y point employer Roger Raymond. M. le Garde des Sceaux sait aussi que dans le même temps et dans la même occasion le Roi lui ordonna d’écrire à Mr l’évèque d’Orléans, son frère, qu’il exigerait de lui de ne point faire espé­rer de grâce à Roger Raymond.

Enfin, il y a deux ans (1720) que Mgr le comte de Charolais étant de retour de Bavière, R. Raymond eut re­cours à la protection de Mgr le duc, mais S. A. S. ayant été informée de la qualité de l’action en eut tant d’hor­reur qu’il eut la bonté de faire dire à la dame Arnauld qu’il n’en parlerait point.

Nouvelles tentatives en 1722 et 1727 ; nouveaux refus. Ce n’a été qu’en 1746, après avoir tenté inutilement de faire casser, par le Conseil, la procédure du Présidial d’Orléans, que le Sr de Raymond est parvenu, en dé­guisant les faits principaux, à surprendre de la reli­gion de S. M. des lettres d’abolition.

N. B. Il faut observer que par la mort du Sr Arnauld la charge de lieutenant particulier, dont il était revêtu, qu’il avait achetée 30.000 livres, tomba aux parties ca­suelles et fut enlevée à la famille ; d’un autre côté, les frais que la veuve du Sr Arnauld a faits en différents temps, pour venger la mort de son époux, montent à plus de 25.000 livres.

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1920)

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21 janvier 2016

Les Regnauld de La Soudière pendant la Révolution

À la veille de la Révolution, Saint-Mary apparaît comme une seigneurie prospère, gérée par un intendant, et dont les droits seigneuriaux étaient encore parfaitement vivaces. Le juge, le procureur fiscal et le sergent jouent un rôle actif dans le fonctionnement de la justice châtelaine. La procédure de «retrait féodal», très vieux droit de préemption seigneuriale, est encore utilisée par le marquis de La Soudière en 1786. La seigneurie s'étend, comme au Moyen-Age, principalement dans les paroisses de Saint-Mary et des Pins, avec des emprises à Chasseneuil, La Rochette, Sainte-Colombe, La Tâche et Cellefrouin. Elle représente en surface 4,400 journaux répartis en 76 mas ou métairies. La réserve seigneuriale est forte de 1,322 journaux à Saint-Mary (dont 7 à 800 journaux de forêt), plus une cinquantaine de journaux dans les paroisses de La Tâche, Sainte-Colombe, les Pins et Chasseneuil (les biens propres que possède le marquis de La Soudière à Cellefrouin ne sont pas connusà. La seigneurie rapporte alors environ 10,000 livres par an, ce qui la situe parmi les bonnes terres de la province (1).

Louis de Regnauld, marquis de La Soudière, seigneur de Saint-Mary, était né en 1747 au château de La Soudière. Il avait été mousquetaire du Roi puis capitaine de cavalerie au régiment royal et avait épousé le 30 décembre 1783 Madeleine Elisabeth de Maulmont, d'une très ancienne famille du Limousin, fille de Jean Léonard de Maulmont, baron du Chalard et de Marie Blondeau de Laurière. Il avait eu six enfants dont quatre étaient encore vivants en 1789. À Angoulême vivait sa cousine germaine Catherine Regnauld de La Soudière, qui avait épousé en 1761 Anne François, marquis de Chauveron, lieutenant général d'Angoumois et gouverneur d'Angoulême. Ils vivaient sur un pied brillant et étaient assez fréquemment à Paris. Catherine avait été présentée à la Reine en 1777 et son mari, reçu aux honneurs de la cour en 1784.

François de Regnauld, comte de La Soudière, baron de Roissac, cousin germain de Louis, avait sensiblement le même âge que lui. Né en 1749 à Saint-Domingue, il avait été envoyé en France à l'âge de deux ans et élevé avec son cousin Louis. Ils avaient servi ensemble dans la Maison du Roi, comme mousquetaires de la 1ère compagnie «servant à la garde ordinaire du Roi». François s'était établi en épousant le 11 juin 1776 Marie Hyacinthe de Beauchamp, fille unique de Haut et Puissant seigneur Pierre Joseph de Beauchamp, baron de Roissac, Gensac et autres lieux, et de Marie Hyacinthe d'Hauteclaire de Gourville. Sa femme lui avait apporté la terre et baronnie de Roissac (Angeac-Champagne, Charente) que sa femme tenait par succession des La Rochefoucauld. Roissac était aussi une belle terre, avec tous droits de haute, moyenne et basse justice. Elle rapportait 12,000 livres par an.

La Révolution devait porter un coup très dur aux Regnauld de La Soudière (2). Aux assemblées de la noblesse de 1789, les deux cousins furent élus tous les deux comme commissaires chargées de la rédaction des cahiers de doléance de leur ordre. François fut en outre désigné premier des quartre commissaires chargés de la vérification de l'état noble des membres de l'assemblée. Mais, en 1792, le marquis de La Soudière décida d'émigrer, pour rejoindre l'armée des princes. En son absence, sa femme fut dénoncée, arrêtée, enfermée à La Rochefoucauld, puis transférée à Paris et condamnée à mort par Fouquier-Tinville le 16 messidor an II (4 juillet 1794). Elle fut guillotinée le jour même et son corps jeté dans la fosse commune de Picpus (3). Ses tout jeunes enfants furent alors recueillis par leur tante Françoise de La Soudière, l'ancienne prieure des carmélites, qui vivait terrée à Angoulême et devint prseque leur mère adoptive. Inutile de préciser qu'entre temps, la seigneurie de Saint-Mary avait été séquestrée puis vendue comme bien national. Les meubles aussi furent vendus, peu avant le château.

François, baron de Roissac, resté en France, échappa au pire. Mais la suppression des droits féodaux le ruina presque complètement. En effet, la seigneurie de Roissac comprenait assez peu de biens propres, dont il ne fut pas spolié, mais surtout des revenus composés de droits féodaux et de rentes foncières (4). Cependant son beau-frère, Jacques de Lignac (5), fut quant à lui déclaré suspect et guillotiné le 13 pluviôse an II (1er février 1794).

Notes :

1. Les revenus de la seigneurie de Saint-Mary furent évalués par l'administration pour l'année 1792 à 9,860 livres. (Arch. Charente J 517). À titre de comparaison, le comté de Montbron rapportait 11,992 livres en 1780. D'autres seigneuries, considérées pourtant comme de « bonnes terres », sont d'un rapport nettement plus faible : 3,200 livres pour la seigneurie de Charras (au seigneur de La Laurencie) ; 4,950 livres pour la seigneurie de Maumont (au marquis de Montalembert). Cette dernière terre avait appartenu au XVIe siècle aux Regnauld.

2. On ne traitera pas ici des branches de Scée-Pondeville et de Maumont-la-Richardie, qui s'éteignirent au début du XIXe siècle.

3. Les circonstances de l'arrestation et la fin tragique de la marquise de La Soudière sont bien connues. Voir notamment Cl. Gigon, Les victimes de la Terreur du département de la Charente, Angoulême, 1866.

4. Le château de Roissac devait être vendu en 1804.

5. Jacques Babin de Lignac, chevalier, seigneur de l'Age-Coué, avait épousé en 1786 Agathe de La Soudière, sœur de François.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1999)

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