16 avril 2020

Un évêque de Limoges

Pierre de Montbrun, né au château de ce nom, près Châlus, dont le père, la mère et les prédécesseurs sont enterrés dans l'église du prieuré de Haultevaux, paroisse de Dournazac, était frère de Jean, Sgr de Montbrun, damoiseau, qu'il fit, étant évêque, son procureur général, son capitaine et lieutenant à Eymoutiers. Pierre se fit d'abord moine de Saint-Benoit, et devint abbé de Saint-Augustin-lez-Limoges en 1413. Il avait aussi les prieurés de Soubrebost, de Buniet et de Lascoux, et, d'après les manuscrits de l'évêché de Limoges, il devait tenir six prêtres et deux jeunes gens, c'est-à-dire deux étudiants, dans son abbaye. Cependant il n'y tenait que deux moines; l'abbaye ne valait alors que 100 livres de revenu. En 1420, il céda à ses moines le prieuré de Boyceulx pour leur vestiaire et celui de Mathazeu au diocèse de Maillezais, que le pape Clément VI avait uni à la mense abbatiale.

Les trois États du Limousin lui donnèrent, le 25 ou le 26 décembre 1422, 50 écus d'or pour reconnaître les services qu'il leur avait rendus. Le roi Charles VII, dont il était compère, et qui l'avait nommé de son grand conseil, le chargea de plusieurs ambassades, où il gagna beaucoup. Ce prince lui donna, le 24 janvier 1426, 300 écus d'or pour tes services qu'il lui avait rendus.

Pierre de Montbrun se disait parent du Sr de Giac, favori du roi, et, à sa considération, fréquentait la cour. Comme Ramnulphe de Peyrusae et Hugues de Reffignac se disputaient l'évêché de Limoges, lorsque, pour vider ce différend, Ramnulphe eut été transféré, en 1424, à l'évéché de Mende, et Hugues, en 1427, à celui de Rieux, grâce à la protection du Sr de Giac, et du consentement des deux contendants, Pierre de Montbrun fut porté sur le siège de Limoges le 11 décembre 1426. Dans sa bulte, datée de la dixième année de son pontificat (1427), et qu'on voit au trésor des chartes, Martin V loae en lui le zèle de la religion, la science des lettres et la pureté de vie. Par cette bulle, le pape le recommande au roi comme comnrmé dans l'êvêché de Limoges.

La même année 1427, Pierre de Montbrun se démit de l'abbaye de Saint-Augustin. Son sacre eut lieu à Tulle il prit possession, par procureur, le 7 ou le 17 avril, et fit son entrée solennelle le 22 juin suivant. Il paya, disent les manuscrits de l'évêché, pendant quinze ans, 600 écus de pension à l'archevêque de Reims. Le 27 novembre 1438, il reçut 310 livres tournois pour la peine qu'il avait prise de répartir les subsides. En 1431 il fut invité au concile de Bâle je ne sais, dit M. Nadaud, s'il y parut.

En 1432, un serviteur de Guy Audoin, chanoine de l'église de Limoges, accusé de crime, fut conduit dans les prisons de l'officialité de l'évêque. Le procureur du chapitre le revendiqua comme étant de sa juridiction, et t'accusé fut renvoyé devant l'official du chapitre.

En 1432, il donna une investiture aux prêtres séculiers de la communauté de l'église Saint-Martial de Limoges.

En 1433, Pierre de Montbrun fit la visite de son diocèse, pendant laquelle il donna la tonsure à quantité de sujets.

Le curé de Peyrissac était accusé de sortilège celui de Saint-Éloi de Ségur était domestique au château des Cars, et plusieurs autres dans ce dernier cas; le prévôt de Beaune, quoique moine, ne savait pas lire; un vicaire parut devant lévéque, la soutane ouverte à la poitrine comme l'étaient les habits de gens de guerre il fut mis à l'amende. Les moines de Beaulieu refusèrent la visite, prétendant être seulement sous ta juridiction de l'archevêque de Bourges.

En 1434, Pierre de Monthrun fut pris par Tandonnet de Fumel, son ennemi, capitaine du château de Chalusset, qui l'y amena et le rançonna.

En 1435, il exposa au roi que, dans son diocèse, qui était fort grand, il y avait plusieurs abbayes et prieurés conventueIs et autres qui, ayant de .rands et notables édifices, laissaient détériorer les maisons, granges et manoirs, faute de les réparer. Il notait spécialement les abbés de Saint-Augustin avec son prieuré de Soubrebost, ceux de Saint-Martin-lez-Limoges, de Solignac, d'Uzerche, de Beaulieu et de Meymac; le prévôt de Chambon, les prieurs de L'Artige, du Chalard, d'Aureil, de Salas, de Rougnac, d'Auzances et de La Celle. Par ordre du roi, il fut enjoint aux officiers royaux de saisir les revenus de ces bénificiers, et de les diviser en trois lots le premier, pour les moines qui faisaient le service; le deuxième, pour les réparations; le troisième, pour les créanciers, sans que les abbés ou prieurs en perçussent rien.

Le 28 avril 1436, en qualité d'évêque, il défendit, sous peine d'excommunication, aux moines de Saint-Augustin-lez-Limoges de sortir du monastère sans la permission de l'abbé. Le prévôt représenta que l'abbé leur donnait cette permission une fois tous les ans au chapitre général.

Ayant obtenu un bref du pape Eugène IV pour faire la visite dans les monastères, les églises collégiales et autres, il la commença le 28 avril 1436. Étant à Rougnac, le 30 juillet, pendant qu'il entendait la messe, Hugues de Bonneval, Jean de Peyros, le bâtard de Peyros et autres prirent ses chevaux dans le cimetière où on les promenait, les mirent en arrêt dans la forteresse, et les tinrent jusqu'à l'heure des vêpres. Bonneval vint dans l'église prier l'évéque de lui pardonner, parce qu'il avait agi par ordre de son oncle le chevalier Troulhard de Montverd, du lieu de Martro, et qu'il n'avait pu lui désobéir. Troulhard cherchait à se venger de ce que l'évêque et ses gens avaient tenu siége ou cour à Magnac dans la justice de ce gentilhomme, et que l'évéque, à ce qu'on lui avait rapporté, l'avait appelé concubinaire. L'évoque, voyant que ce n'était point de truffe, fit l'absolution des morts, admonéta quatre fois de lui rendre ses chevaux sous poyne d'excommenge donnée par escript; et, comme on ne voulut point obéir, il mit le ces ou interdit sur les églises de Rougnac, Magnac et Chataing, terres de ce gentilhomme, et défendit aux chapelains qu'ils ne se entremissent de faire aucun service divin jusqu'à ce que le déshonneur et outrage fait à l'Église et à sa personne fût réparé, et que le ces fut levé. L'évêque alla, sur d'autres chevaux, dîner à Auzances. Après le dîner, Troulhard se soumit par écrit à l'ordonnance du conseil du prélat, qu'il voulait être composé, entre autres, de l'abbé de Saint-Martin-lez-Limoges; mais celuici ne voulut point s'en mêler. La procédure instruite sans que Troulhard y voulût jamais comparaître ni se faire représenter, les arbitres le condamnèrent, par sentence du 29 avril 1437, à venir, le 3 août suivant, fête de l'invention des reliques de saint Etienne, à l'heure de la grand'messe, dans l'église cathédrale de Limoges, devant le grand autel, où il demanderait pardon à l'évéque, en présence du chapitre et des assistants, à genoux et la tête découverte; de plus, la première fois que le prélat serait à Felletin ou autre lieu plus près de celui où l'offense avait été commise, et qu'il l'aurait fait savoir à Troulhard, celui-ci viendrait pareillement lui requérir pardon un jour de fête qui lui serait indiqué, à l'heure de la grand'messe, et que le prélat lui pardonnerait. Outre cette amende honorable, le gentilhomme fut condamné à 1,000 écus de bon or, de bon poids et du coin du roi de France, payables à l'évéque au dit jour du 3 août, fête de saint Étienne, et enfin aux dépens.

Le 3 septembre 1436, l'évêque voulut visiter le prieuré de L'Artige; mais le prieur lui représenta qu'il y avait pour cette affaire un procès pendant au parlement, et que son monastère était exempt. L'évêque lui donna trois mois pour justifier de son exemption. La même année, l'évêque permit l'établissement d'une communauté de prêtres à Ahun.

En 1438, il envoya le prieur curé de Sardent au concile de Bâle. II se trouva à l'entrée du roi Charles VII à Limoges. Le 14 mars 1440 (vieux style), il commença la visite de son diocèse, et fit faire le reste. Il exigea exactement les droits de procuration, et lança l'excommunication contre ceux qui ne la payaient pas. Il punit quelques prêtres de mauvaises mœurs qui tenaient cabaret, et y allaient jouer aux dés. On lui en dénonce comme sorciers. Il ordonne à ceux qui avaient des vicairies d'en donner les noms, et d'en remettre les titres avec un état des rentes. Il permet de ne pas résider, et de célébrer deux fois la sainte messe. Il défend, sous peine d'excommunication et d'une amende de 30 sous, aux prêtres de Saint-Pierre-duQueyroix d'entrer dans l'église revêtus du surplis sans avoir leur capuce. Il trouve en une église, dans les boites des saintes huiles, un mélange d'eau et de vin pour servir de supplément au saint-chrême. Les arbres naissaient dans l'église du prieuré de La Tour-Saint-Austrille, les murs tombaient de tous côtés il n'y avait aucune couverture. La maison du prieuré d'Aubusson était totalement en ruine. On se révolta à Bussière-Nouvelle, et un moine eut l'insolence de frapper le barbier du prélat. Tous furent excommuniés, et l'église fut interdite.

Par arrêt du parlement de Paris du 13 mai 14414, il obtint que l'évêque de Limoges pût visiter une fois l'an l'église de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges quand bon lui semblera; de corriger l'abbé et ses moines des, délits et excès, et, s'il fallait, les faire mettre en prison, les suspendre ou priver de leurs offices, même les condamner à une prison perpétuelle. En faisant sa visite, il pourra y prendre le droit de procuration. En 1442, le prieur de Saint-Angel lui refusa le droit de visite, quoique l'éveque eût un indult apostolique. Celui-ci l'excommunia, et jeta un interdit sur son monastère le 18 février 1442 (vieux style).

En 1443, il fit encore une visite dans son diocèse; mais, tandis qu'il s'appliquait ainsi à réprimer les vices, des gens pleins de malignité mandèrent au pape Eugène IV qu'il était d'une incontinence notoire à tout le monde; qu'il avait dissipé plusieurs immeubles et des meubles précieux de son évéché, ce qu'il ne cessait de faire journellement; qu'il était diffamé chez les honnêtes gens pour plusieurs crimes graves et scandaleux. Aussi, dans un consistoire secret, il fut ordonné de le citer à Rome, et l'évêque de Bresse, alors légat en France, fut chargé de s'informer secrètement de la vérité de ces accusations; de suspendre le prélat s'il se trouvait coupable, et de lui donner un coadjuteur. Mais le roi, le légat et plusieurs personnes distinguées assurèrent au pape que toutes ces accusations ne venaient que des ennemis de Montbrun, et qu'elles étaient de pures calomnies contre un homme d'une bonne réputation, pour ses mœurs et sa capacité, à la cour, chez les princes, les prélats, la noblesse et dans le diocèse. Le pape lui rendit ce témoignage en 1443, et j'ai l'original de la bulle donnée en sa faveur pour cela l'an XIII du pontificat d'Eugène IV. La même année, cet évêque excommunia le curé de Saint-Michel-des-Lions de Limoges, parce qu'il n'avait pas voulu assister à une procession.

En 1444, faisant encore la visite de son diocèse, il donna la tonsure dans l'église du Dorat à cent trente et un jeunes gens; et il fit excommunier plusieurs curés réguliers de La Combraille, qui avaient refusé la visite.

Il fut fort tracassé par les vicomtes de Turenne, qui le mirent même aux fers, et l'obligèrent à se racheter par une forte rançon vers l'an 1444. En 1446, 1448 et 1449, il fit encore des visites en vertu d'une bulle. On ne laissait pas en arrière les droits de procuration. Le 25 septembre de cette dernière année, dans un concordat avec la cathédrale, il est dit que, « en tant que touche l'exemption du chapitre, l'évoque ne cuida jamais être venu au contraire, et la tiendra ainsi que autrefois a promis ».

Le cas de l'éprouver se présenta bientôt; car, en 1450, Pierre Roger, chanoine de la cathédrale, accusé d'un crime par le juge de la ville de Limoges, fut renvoyé au chapitre pour qu'il fit son procès nonobstant les protestations et poursuites des officiers de l'évêque.

Cet évêque soutint de grands procès contre les officiers du comte de la Marche, et les excommunia parce qu'ils avaient pris des ecclésiastiques, et avaient défendu à tous leurs justiciables de plaider devant son official, usurpant ainsi, sa justice. Dans l'appel qu'ils firent, ils disent « que le prélat avait reconnu publiquement et par devant notaire, à Guéret, qu'il ne pouvait faire capturer ni ecclésiastiques ni séculiers de la comté de la Marche, ni donner des lettres de nisi, c'est-à-dire de monition ou d'excommunication. qu'un arrêt du parlement l'avait ainsi jugé ! » « Le motif qui vous fait agir disaient-ils, n'est ni le bien, ni le zèle, ni la charité, mais la soif de l'avarice pour recouvrer le trésor que vous avex perdu. Vous l'aviez extorqué par force et violence de vos ecclésiastiques et de vos diocésains. » Il prenait de l'argent pour les ordres et les institutions dans les bénéfices. On disait publiquement qu'il ne regardait pas de fort près d'où il lui vînt, pourvu que ce fussent de vieux écus, et il se défendait très mal sur cette article. De son côté, il reprochait aux officiers leur ingratitude, attendu qu'il avait donné tant de bénéfices à eux et à leurs enfants, neveux et serviteurs. On plaida vivement cette affaire devant l'official de Bourges en 1452. Je ne sais pas comment elle se termina.

En 1451, le chapitre de sa cathédrale le fit excommunier par le doyen de Saint-Martin de Tours, commissaire apostolique. Le roi, après avoir pris Castillon et Talbot cette même année, ordonna une procession générale. L'évêque fit son mandement, et en commanda une pour aller à Saint-Martial. Mais, pour l'empêcher, le chapitre, obtint du lieutenant du sénéchal de la province une opposition à cet ordre de l'évêque. Le prélat en appela, et excommunia le curé de Saint-Michel, qui n'avait pas voulu se trouver à cette procession. Les chanoines citèrent l'évêque devant l'abbé de Grandmond, exécuteur de leurs priviléges, le firent excommunier, en firent publier la sentence, et, le jour même du synode, firent sonner le tocsin avec la grosse cloche. « J'ignore, dit encore M. Nadaud, quelle fut la fin de ces tracasseries. »

En 1453, Pierre de Montbrun se plaignit au pape Nicolas de ce que des séculiers et réguliers de son diocèse, se disant exempts, commettaient des crimes et des injustices en vertu de leurs privilèges. Le pape commit cette même année Elie, évêque de Périgueux, pour s'informer de ces faits, et punir les coupables.

Jean de Montbrun, dit Beauchamp, neveu de l'évêque, accompagné de ses alliés et complices, armés et ambastonnés d'armes invasibles et défendues, prirent Hugues Poloix, curé de Saint-Merd-la-Breuille, l'emmenèrent pieds et mains liés, le rançonnèrent à trois écus, et le maltraitèrent si fort qu'il en mourut peu après. Encore en 1453. l'évêque reçut des lettres royaux qui lui ordonnaient d'absoudre ad cautelam les officiers dit comte de la Marche, qu'il avait excommuniés, et, pour ne s'y être pas soumis, son temporel fut saisi; en signe de quoi on mit un panonceau fermé aux armes du roi à la porte du château d'Isle, résidence ordinaire de l'évêque, qui en fit appel.

En 1454, Michel, évêque de Nicosie, visita en partie le diocèse pour l'évêque de Limoges, qui autorisa, le 31 décembre de cette même année, Dauphine de Chabannes, qu'il avait bénite le 10 janvier 1434, Comme abbesse de Bonnesaigne, à passer dans celle de Faremoutiers au diocèse dé Meaux, où elle venait d'être élue. Le 14 octobre de la même année 1454, t'évêque de Limoges consacra, près du portail du monastère des Ternes, un autel dédié à saint Jean-Baptiste, saint Laurent et sainte Madeleine, et il accorda quarante jours d'indulgences à ceux qui le visiteraient. L'acte qu'on en dressa fut signé Ferditi.

Le 2 janvier 1454 (vieux style), Pierre de Montbrun sacra réglisë de Saint-Pierre-du-Queyroix en l'honneur des saints Pierre, Paul et André, apôtres. M sacra tous les autels et le cimetière, et donna des indulgences. Le parrain de cette cérémonie fut Théodore Lupi, chanoine de là cathédrale et de Saint-Hilaire et de Poitiers, curé de cette église; là marraine fut Mariotte. Ursine, femme d'honnête et prudent Jacques Bënott, bourgeois. Le 1er février de la même année, avant Pâques, l'evêque donna à son neveu Guy de Montbrun, bachelier en décrets, archidiacre de Combraille, dans t'église de Limoges, chanoine de la même église et d'AngouIême, un sceau de la cour épiscopale pour soutenir son état. Il lui permit de faire faire un autre sceau, et de les tenir ou faire tenir l'un Tulle, et l'autre à Donzenac, dont il était curé; d'avoir un chancelier, de percevoir les émoluments, de dispenser de deux bans, de permettre d'ensevelir ceux qui étaient morts de mort subite, et d'autoriser les prêtres à être parrains. La même année 1454, l'évêque plaidait avee l'abbé et les religieux de Leyter pour le droit de visite. Il plaidait aussi avec l'abbé d'Ahun Aymeric Barton, qu'il excommunia.

A la requête du procureur du roi, Charles, roi de France, par acte daté de Bourges le 19 juin 1455, lui défendit de faire aucune levée, ni d'asseoir aucune imposition sur les ecclésiastiques de son diocèse sans le consentement des doyens et chapitre de la cathédrale, et des gens d'église du dioçèse, ou la majeure partie d'iceux. Les procès qu'il avait à soutenir et les réparations qu'il avait à faire dans ses châteaux lui avaient servi de prétexte pour imposer un écu d'or sur chaque prêtre, ce qui montait au moins à 1,000 écus, attendu qu'il y avait 1,000 prêtres. Dumoulin était donc mal informé lorsqu'il a dit (Diss, 59, c. II, Si officia, sur le mot quœrant) que l'évéque de Limoges, voulant avoir 1,000 écus d'or avait prodigué et, pour ainsi dire, confisqué les ordres, en faisant 1,000 prêtres pour chacun leur écu. La même année H55, fut sacrée l'église de SaintMichel-des-Lions. Au mois de septembre, Michel, évêque de Nicosie, sacra des autels de chapelles à Busssière-Dunoise, Maisonfeyne, Fresselines, Lourdoueix-Saint-Pierre. La Celle-Dunoise, La Cellette, Boussac-le-Bourg, Alleyrat, Bétête, Saint-Paul et l'autel de la chapelle du château de Comborn.

Le 7 mai 1456, Pierre de Montbrun permit à un prêtre de la ville de Saint-Léonard, nonobstant les constitutions synodales, de tenir et lever sur les fonds du baptême huit à neuf fils ou Elles; signé Bordas, au collège de Limoges. La même année, l'official excommunia par aggraves quarante-sept curés qui n'avaient pas payé les arrérages des synodes, les pensions et parata, droit de la parée ou repas dû. L'évoque était vieux et infirme; car frère Michel, évoque Nyocensis de l'ordre des frères prêcheurs, fut vicaire général pour la visite du diocèse en 1456. Ce même frère Michel sacra, le 6 avril 1456, le monastère conventuel de Notre-Dame-de-la-Règle, dans la Cité de Limoges. Le compère de cette cérémonie fut prudent homme Mathieu Benoît, bourgeois du Château de Limoges, et la commère, vénérable et religieuse dame Catherine de Comborn, humble abbesse de ce monastère. On consacra de même le grand autel de cette église.

Pierre de Montbrun fit son testament le 16 février, d'autres disent 1456 (vieux style) (le Gallia christiana nova dit le 1er mars) et il fut reçu par Dominici.

Par cet acte, il fonde une vicairie dans l'église où il sera enterré, la cathédrale ou Saint-Martial de Limoges, au choix de son héritier ou de ses exécuteurs testamentaires, et les seigneurs de Montbrun nommeront à cette vicairie. Il fait un légat à Saint-Augustin-lez-Limoges, dont il avait été abbé, et un autre légat de 10 livres au pape. Il institue son héritier universel Guy de Montbrun, chanoine de Limoges, depuis éveque de Condom, dont j'ai parlé plus haut. Il fait ses exécuteurs testamentaires noble Gautier de Pérusse, Sgr des Cars, et Jean, Sgr de Lastours, chevalier.

Il mourut à Isle, le 19 du même mois de février de la même année, c'est-à-dire 1457 d'après le nouveau style.

Cet évêque avait pour armes : d'azur à la croix d'or.

Il fit héritier vénérable Père Guy de Montbrun, protonotaire du Saint-Siège, chanoine de Limoges et curé de Donzenac, son neveu, et il prit pour exécuteurs testamentaires, Théodoric Lupi, chanoine de Limoges, et curé de Saint-Pierre-du-Queyroix; noble Gauthier de Pérusse, Sgr des Cars, chevalier, et Jean de Lastours, Sgr de Lastours, aussi chevalier. Son testament fat passé dans la chambre basse de la tour du château d'Isle, en présence du frère Jean Sigoulti, licencié in sacra pagina, de l'ordre des frères prêcheurs, et d'Aimeric, prévôt du Mas, damoiseau, capitaine de Sadran.

Son héritier fit faire son inventaire, auquel s'opposèrent Pierre, Sgr de Montbrun, neveu de l'éveque, et le curé d'Isle, par des raisons dont une paraîtrait aujourd'hui fort singulière. Ce dernier exigeait une somme de 300 livres : 1° pour les droits d'extrême-onction qu'il lui avait administrée; 2° pour avoir, à la demande du défunt, dit les vigiles dans l'église en présence du corps; 3° y avoir passé la nuit, et chanté les exaudi; 4° pour un luminaire de cent livres de cire qu'il aurait eu si l'éveque eût été enterré dans son église; 5° pour le droit de paroissien, l'évêque ayant demeuré pendant dix ans sur la paroisse dans le château d'Isle.

On fit cependant cet inventaire, dans lequel on trouve un mortier de velo pour no évoque, peut-être un bonnet de velours fait en façon de mortier des bancs airadis, qui se tournaient peut-être sur un pivot; sa vaisselle d'argent, qui était au château de Montbrun, et consistait en tasses, aiguières, trente-deux écuelles, des plats, douze cuillers et une fourche à bout. Il n'avait d'autres livres que ceux que la cathédrale et les couvents luiâvaient prêtés.

Sa succession causa un procès important entre l'héritier et le successeur dans l'évêché. Ce dernier demandait 20,000 écus pour les réparations de l'évêché, châteaux, place en dépendant, au nombre de treize à quatorze (Isle, Eymoutiers, Sadran, Saint-Léonard, Allassac, Saint-Junien). Cette réclamation ne parut pas exagérée aux experts, puisque, dans le devis qui fut fait par eux en justice, ils élevèrent la somme demandée à 35,000 écus d'or, l'éveque n'ayant fait, pendant les trente-deux ans de son épiscopat, aucune des réparations auxquelles il était tenu, et ayant laissé tout tomber en ruines. On lui reprochait, en outre, un caractère rude et entier, d'avoir fait peu de grâces, d'avoir été chiche et avaricieux, et d'avoir tenu petit état, la plus haute dépense de sa maison pour un mois ne montant qu'à 60 sous et 7 deniers, quoique son évêché valût de 8 à 9,000 livres; que, par cette lésine, il avait laissé, en vaisselle d'argent, argent monnoyé ou meubles, de 20 à 22,000 écus. On ajoutait même qu'il devait beaucoup quand il mourut.

L'héritier répondit que, pendant l'épiscopat du défunt, les Anglais ravagèrent tout le pays, démolirent les châteaux, que personne n'osait demeurer ni coucher dans la Cité de Limoges, et qu'il lui en coûta beaucoup pour expulser ces ennemis; qu'il fit, en outre, des dépenses considérables pour soutenir sa juridiction contre le chapitre de son église et celui de Saint-Yrieix, les abbés de Grandmont, Uzerche, Vigeois et Saint-Martial, l'abbesse de la Règle, les prieurs de L'Artige, du Port-Dieu et de Bort, les officiers du comte de la Marche, et on faisait monter les frais de ces procès plus de 25,300 écus.

On répliqua à l'héritier qu'il n'avait fait enterrer son oncle que comme un simple chanoine, sans faire chanter depuis aucune messe dans l'église de Limoges, où il fut enterré, et sans mettre de pierre sur sa sépulture; que, avant cette succession, à peine avait-il vaillant cent écus et presque aucun revenu en patrimoine ou en bénéfices; que, aussitôt qu'il fut en possession de l'hérédité, il demeura sept ans à Rome y tenant grand état, fit élever son frère à la dignité de protonotatre, paya la vacance de l'éveché de Cahors, que le cardinal d'Albret, son protecteur, lui résigna, mais le père et la mère du cardinal empêchèrent l'effet de cette résignation; il paya aussi la vacance de l'éveché de Condom, que ce cardinal lui procura, et des trois abbayes de Villenauve en Agenois, Saint-Cybard d'Angoulême et Saint-Amand de Boix, des prieurés de Haultevaux ou Tavaux et de Nontron au diocèse de Limoges enfin qu'il avait fait bâtir au château de Montbrun; dépenses qu'on évaluait à plus de 10,000 écus d'or, et qui ne venaient que de cette hérédité;

Que, si son oncle avait souffert de grands procès contre les officiers du comte de la Marche, il n'en était devenu que plus riche, puisque, à leur ombre, il imposa un subside caritatif sur tout son clergé, qui monte deux fois plus que tous les frais, et que, par accommodement, il avait tiré de ces officiers 400 royaux (ou réaux) pour ses dépens; que, si les habitants de Limoges avaient pris son neveu Jean de Montbrun, c'est que, étant logé dans l'éveché, il voulait livrer leur ville au comte de Penthièvre; que. par cette raison, ils avaient démoli son palais, et que d'ailleurs ils avaient été condamnés à 2,000 livres de dommages; que, pour sa rançon du château de Chalucet, il avait imposé sur son clergé un autre subside caritatif qui le dédommagea au triple; qu'il avait eu 900 royaux de l'abbé de Saint-Martial, 250 écus de l'abbaye de la Règle. Par accommodement, l'héritier donna 1,600 livres pour les réparations.

Le procureur du roi en la sénéchaussée du Limousin, en vertu de certaines lettres, fit saisir tout le temporel de l'éveché, les châteaux et forteresses en dépendant, et y mit des commissaires. Le chapitre de la cathédrale s'en plaignit au roi, et exposa qu'il était de fondation royale que, de toute ancienneté, il était en possession d'avoir, pendant la vacance du siège, le gouvernement de l'évëché tant au spirituel qu'au temporel; que, dans cette église, il n'y avait aucun droit de régale. Le roi écrivit au sénéchal du Limousin ou à son lieutenant d'appeler son procureur, et, l'exposé étant vérifié, de laisser jouir le chapitre de ses droits. La lettre est datée de Lyon sur le Rhône le 6 mars.

Source : Nobiliaire du diocèse et de la généralité de Limoges, d'André Lecler.

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La mort de Richard-Cœur-de-Lion

Citons un écrivain limousin dont la note sur la mort de Richard-Cœur-de-Lion se trouve à la fin de la Chronique de Geoffroy de Vigeois dans deux manuscrits de la Bibliothèque nationale.

Le P. Labbe, qui a publié cette Chronique d'après un vieux manuscrit du château de Lastours et quatre autres anciennes copies, n'a pas cru que ce récit de la mort de Richard fût de Geoffroy de Vigeois, sans doute parce que cet écrivain, au dire de Bernard Itier, avait terminé sa Chronique en 1184; toutefois il a inséré dans le corps de cette Chronique plusieurs faits relatifs à la première croisade qui, dans les deux manuscrits de la Bibliothèque nationale, suivent immédiatement le récit de la mort de Richard, tandis qu'il a rejeté ad calcein cette note importante, comme n'étant pas de Geoffroy de Vigeois.

Il semblerait que cette note a été écrite par Bernard Itier; en effet, dans les deux manuscrits déjà cités , elle est précédée de ce préambule que le P. Labbe a passé sous silence : « Bernard Itier écrivit, le jour de la sixième férie (le rendredi), la veille de Saint-Jean-Baptiste, que la même année mourut le roi Richard surnommé Cœur-de-Lion. Il fut enseveli avec son père dans le monastère de Fontevraud, plusieurs se réjouissant de sa mort, et d'autres déplorant cette perte. » Sur la foi de ce préambule, dom Estiennot a mis cette note au nom de Bernard Itier : Hæc scripsit Bernardus Iterii.

« L'an de l'Incarnation du Seigneur mil deux cent moins un (1199), Richard, le roi très-courageux des Anglais, fut atteint d'un coup de flèche à l'épaule, lersqu'il assiégeait une tour d'un certain château (castrum) du Limousin, qu'on appelle Châlus-Chabrol. Il y avait dans cette tour deux chevaliers, avec environ trente-huit personnes, hommes et femmes. L'un de ces chevaliers s'appelait Pierre Brun; l'autre, Pierre Basile. Il est dit de ce dernier qu'il lança avec une arbalète une flèche qui blessa le roi. Richard mourut le douzième jour après, c'est-à-dire la troisième férie (le mardi) avant le dimanche où l'Eglise célèbre la procession des Rameaux, le 8 des ides d'avril (6 avril), à la première heure de la nuit (sept heures du soir). Pendant qu'il était malade, il avait donné l'ordre à ses soldats d'assiéger le château du vicomte Adémar, qu'on appelle Nontron, et un autre fort (municipium) qu'on appelle Piégut; ce qu'ils firent. Mais, ayant appris la mort du roi, ils se retirèrent confus. Le roi avait formé dans son cœur le dessein de détruire tous les châteaux et les forteresses (municipia) du susdit vicomte de Limoges. »

Source : La vérité sur la mort de Richard-Cœur-de-Lion, roi d'Angleterre, de François Arbellot.

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La légende de la Dame de Montbrun

Le château de Montbrun, dont certains affirment que c'est là que fut tué Richard Cœur-de-Lion et non devant Châlus, possède sa légende. Incendié, détruit par les batailles, ce château doit son éternelle renaissance à la Dame de Montbrun : celle-ci, lors de chaque désastre, appelle deux mules qui ramènent alors d'un bois voisin un trésor caché soigneusement et permettent la reconstruction. Ainsi serait née la devise de Montbrun : “Il était, il est, il sera !”.

Source : Les histoires extraordinaires de mon grand-père, de Christian Pénicaud.

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Le pèlerinage du seigneur de Montbrun

La dévotion du Temple s'exprimait dans sa participation parallèle au pèlerinage de Notre-Dame de Sardenay, dont Burchard de Strasbourg se fit l'écho dès 1175 en concurrence avec un manuscrit sinaïtique exhumé récemment par Daniel Barraz. Un manuscrit éthiopien du XVe siècle témoigne du rayonnement œcuménique de cette abbaye melkite, située à 25 km au nord-est de Damas. L'endroit abritait au Moyen Âge une icône suintante, popularisée en 1186 à travers le récit de pèlerinage des chevaliers Guy Chat et Aymeric Brun, qui auraient obtenu quelques gouttes d'huile d'un templier récemment libéré des geôles damascènes. Le précieux liquide glané par Gauthier de Marangiers aurait fini dans l'église du prieuré d'Altavaux, fondé par Aymeric en 1178. Ce récit de translation est le premier à tenter de retracer l'histoire de cette icône vénérée par les musulmans et les chrétiens de Syrie lors de l'Assomption et de la fête de la Nativité de la Vierge. Une ascète de Saydnaya aurait demandé selon la légende à un marchand de lui rapporter une icône hiérosolymitaine de la Vierge, subitement animée de paroles durant le voyage. Le marchand n'aurait pas eu d'autre choix que de respecter sa promesse, une fois arrivé dans le village. Vénérée en secret dans un souterrain de Saydnaya, l'icône se serait recouverte de chair en laissant échapper de sa poitrine une huile liquide, prenant une couleur rose en séchant.

Source : L'ordre du Temple en Terre Sainte et à Chypre au XIIIe siècle, de Pierre-Vincent Claverie.

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Le château de Montbrun sous la neige

Photos du château de Montbrun, commune Dournazac, département Haute-Vienne.

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Les prieurs d'Altavaux

Il n'existe aucune liste imprimée des prieurs d'Altavaux. La suivante est due à M. de Rancogne.

1253. — Pierre de Saint-Macaire : Petrus de Sancto Macario.
1256. — Arnaud : Amaudus.
Vers 1258. — Bernard : Bernardus.
Vers 1260. — Pierre Brun : Petrus Bruni.
1266. — Arnaud : Arnaldus.
1270. — Etienne : Steplwnus.
1308. — Aimeri de Bussière : Aimericus de Buxeria.
1314. — Pierre Brun : Petrus Bruni.
Entre 1378 et 1393. — Geoffroy : Oaufridus.
Avant 1546. — Jehan de la Roumagière.
1573. — Jehan de Prahec; prit possession le 23 février de cette année.
1579. — Jehan Charretier, encore mentionné en 1584.
1605. — Le prieuré d'Altavaux est réuni au collège des Jésuites de Limoges.

Source : Documents concernant le prieuré d'Altavaux, 1178-1695, d'Alfred Leroux.

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15 avril 2020

Le chanoine de Coustin (1753-1829)

François-Louis-Antoine-Marie de Coustin du Masnadaud appartient à une famille dont un membre accompagnait Saint-Louis à la Croisade; aussi trouve-t-on dans la salle des Croisades, au château de Versailles, ses armes, qui sont d'argent au lion de sable, armé, lampassé et couronné de gueules (1).

Elle a fourni à chaque siècle des prêtres éminents parmi lesquels on peut citer : Etienne de Coustin, prévôt d'Arnac-Pompadour en 1444; Louis de Coustin, abbé du Mont-Saint-Quentin, au diocèse de Noyon, et de Souillac en Quercy en 1506; Hugues de Coustin, tonsuré en 1526, curé d'Alat au diocèse de Sarlat, et chanoine de Saint-Germain, en Limousin, en 1557. Il est frère des deux suivants : Agnez de Coustin, prieur de Mansay vers 1555; François de Coustin, archiprêtre de La Porcherie en 1578 et chanoine de Saint-Germain; Brandelin de Coustin, tonsuré en 1605, curé de Saint-Maixent en 1627; Jean de Coustin, tonsuré en 1659, prieur de Chasseneuil en Bancon en 1665; Annet de Coustin, tonsuré en 1643, prieur du Chalard en 1653, prêtre en 1659, abbé de Fontaine-de-Bèze au diocèse d'Autun, député des Etals de Bourgogne en 1692, mort à Dijon au mois d'août 1709; Jean-Marc de Coustin, tonsuré en 1658, fut prieur de Beaubreuil et de Maubuisson, docteur en théologie de la faculté de Paris, et célèbre missionnaire. Il fut nommé à l'abbaye de Bèze le 9 novembre 1709, à la mort de son frère qui précède, et mourut lui-même le 21 septembre 1722; Jean-Charles-Armand de Coustin, qui se réfugia en Angleterre pendant la persécution, et qui aura une notice biographique.

François-Louis-Antoine-Marie de Coustin, neveu du précédent, naquit au château du Masnadaud, paroisse de Pageas, le 25 septembre 1753. Il était le sixième des douze enfants d'Alexandre de Coustin, marquis du Masnadaud, comte d'Oradour et de Louise de Ravard de Mézieux. Pendant que sa sœur Françoise-Catherine, née le 17 septembre 1752, se faisait religieuse à Boubon, ordre de Fontevrault, deux de ses frères étaient reçus chevaliers de Malte. Pour lui, s'étant destiné à l'état ecclésiastique, il recevait l'ordre du diaconat à Limoges le samedi des quatre temps de la Pentecôte, 20 mai 1780. Il fit ses preuves de noblesse en 1782, et fut admis chanoine-comte de Saint-Claude en Franche-Comté (2).

Lorsque la persécution commença, elle trouva le chanoine de Coustin fidèle à son devoir en repoussant le serment schismatique de la constitution civile du clergé, et lorsque la destruction des chapitres eut été décrétée, il quitta Saint-Claude et revint dans sa famille. Son frère ainé, François-Annet de Coustin, comte d'Oradour, avait épousé, en 1772, Marie-Anne de Philip de Saint-Viance, dame d'Arrênes. C'est dans cette paroisse (aujourd'hui canton de Bénévent, Creuse), qu'il se retira au château de Sazeirat, et où les autorités départementales de la Creuse le firent arrêter comme prêtre réfraclaire. C'est à tort que ces mêmes autorités l'appellent curé de Sazeirat, car ce lieu n'était pas paroisse, et que la liste des prêtres incarcérés le nommé François Coustin, prêtre de Bourganeuf.

Le directoire du département de la Creuse, par son arrêté du 14 ventôse an II (4 mars 1794), le classa parmi les prêtres réfraclaires qui devaient être déportés sans délai (3), et le fit conduire à Bordeaux où l'on réunissait les prêtres condamnés à la déportation au delà des mers. Il fut enfermé dans les bâtiments du Petit-Séminaire transformés en prison, et il y souffrit jusqu'au 22 novembre, jour où il fut embarqué sur le vaisseau le Dunkerque (4).

On a vu plus haut comment les trois vaisseaux, emportant à la Guyane les confesseurs de la foi, avaient abandonné leur route pour venir se réfugier à l'embouchure dela Charente. C'est là, dans leurs prisons flottantes, que nos confesseurs de la foi passèrent l'hiver déjà commencé, et qu'un grand nombre périrent de misère et de maladie. Le chanoine de Coustin fut gravement atteint du scorbut, maladie fort commune parmi les prisonniers, et cause de la mort de la plupart; il put cependant y résister, et on le compte au nombre des survivants qui furent libérés l'année suivante le 12 avril 1795 (5).

Il revint alors dans sa famille, mais la persécution qui recommença bientôt ne l'épargna pas, ainsi que le montre le document suivant:

Châlus, 25 vendémiaire, l'an VI de la République (46 octobre 1797).

Le commissaire du pouvoir exécutif pour l'administration municipale de Châlus aux administrateurs et commissaire du pouvoir exécutif du département de la Haute-Vienne.

Citoyens,

Conformément à votre lettre du 22 courant, relativement à faire arrêter les prêtres susceptibles de déportation sur l'étendue de mon arrondissement, je n'ai pas perdu un seul instant à faire mettre à exécution les dispositions qu'elle renferme, en donnant ordre au chef de la gendarmerie d'arrêter les nommés Louis Coustin, ex-prêtre, du lieu du Masnadaud, commune de Pageas, et André Betoulle, ex-cordelier, de la commune de Lavignac, les seuls qui se soient trouvés compris dans lesdites dispositions. Lesquels ont été traduits, le jour d'hier, pardevant l'administration municipale de ce canton, où il leur a été délivré des lettres de passe à l'étranger, conformes aux modèles qui m'ont été par vous transmis, dont il résulte que ledit Coustin en a reçu une pour Berne, en Suisse, et Betoulle pour Saint-Sébastien en Espagne. Ensuite de quoi j'ai donné de nouveaux ordres au chef de la gendarmerie, pour les traduire dans la maison d'arrêt au chef-lieu du département, qui sans doute devra vous en donner connaissance, s'il ne l'a déjà fait.

Salut et fraternité.

Fr. Moulin De La Faye (6).

Je ne sais comment il passa les dernières années de la persécution, et s'il s'exila en Suisse, comme l'indique la lettre ci-dessus. Pendant ce temps son frère aîné mourait en émigralion, et l'administration départementale de la Haute-Vienne faisait vendre les propriétés de sa famille.

En 1802, au rétablissement du culte, on constate qu'il résidait tantôt à Boussac, tantôt du côté de Gorre. Mgr du Bourg, pensant lui être agréable, lui offrit en 1803 la paroisse d'Arrênes, où sa famille avait put conserver quelques propriétés. Son état de santé ne lui permit pas d'accepter, et M. Philippe Bonneaud fut nommé à sa place.

Il se retira, avec quelques membres de sa famille, au Masnadaud, commune de Pageas, et tout le temps qu'il y resta, quoique sans titre de vicaire, ni autre, mais avec l'approbation de l'évêché, il aida beaucoup à desservir cette paroisse (7).

Un peu plus tard, il accepta la paroisse de Pensol, au canton de Saint-Mathieu, où il était en 1811; puis fut nommé curé-doyen du Grand-Bourg, Creuse, qu'il desservit de 1814 à 1818. Il passa ensuite à la cure de Bénévent, où il devait terminer sa vie sacerdotale. En 1828, sentant ses forces diminuer et ne pouvant plus remplir les fonctions du ministère, il se retira dans sa famille au château de Sazeirat, et y mourut à l'âge de soixante-dix-sept ans, au mois de novembre 1829 (8).

Il était aussi chanoine honoraire de la cathédrale de Limoges.

Notes :

(1) Nobiliaire du Limousin, tome I, 2e édition, p. 737.

(2) Nobiliaire du Limousin, tome I, 2e édition, p. 737.

(3) L. Duval, Archives révolutionnaires de la Creuse, p. 229.

(4) L'abbé Lelièvre, Une nouvelle page au martyrologe de 1793, p. 189, et 340.

(5) L'abbé Manseau, Prêtres et religieux déportés, t. II, p. 428.

(6) Archives de la Haute-Vienne. Q. 243.

(7) L'abbé Legros, Catalogue manuscrit des prêtres du diocèse.

(8) Nécrologe de l'Ordo.

Source : Martyrs et confesseurs de la foi du diocèse de Limoges pendant la Révolution française, d'André Lecler.

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08 avril 2020

Un page de la cour de Louis XIV

Le 1er janvier 1674, Jean de Lambertie, dit le marquis de Lespinassie, fut reçu page à la cour de Louis XIV, à l'âge de 15 ans. 

Il était le fils aîné du seigneur de Marval, Léonard de Lambertie, et de sa femme Marie de Fontlebon, héritière de la seigneurie de La Chapelle-Saint-Robert.

Il suivit la carrière des armes et entra au régiment de Tulle dont il sortit major en 1689.

Le 11 novembre 1693, il assista au baptême de Jean de Rocquard, dans l'église de Saint-Maurice-des-Lions. Il se qualifia alors de seigneur de La Chapelle-Saint-Robert.

Il demeurait au château de Marval en Poitou, en 1694.

C'est lui qui afferma la forge de La Chapelle-Saint-Robert en 1697.

Il épousa dans l'église de Claix, Marie-Rose Boisson, héritière de la seigneurie de Roullet, en 1698.

Le 10 juin 1699, il mourut subitement et fut inhumé le lendemain dans l'église de Roullet, en présence des curés de Claix, Mainfonds, Saint-Estèphe, Aubeville, Trois-Palis, Nersac, Champmillon, Champagne, Mouthiers et d'autres.

Sa veuve se remaria avec Jacques Goulard, dit le marquis de Vervant.

Source : Généalogie Charente Périgord.

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07 avril 2020

Madame de Villemain guillotinée

Madame Claire-Madeleine de Lambertie, épouse de Villemain
Guillotinée le 27 mars 1794

Le jeudi 27 mars 1794 (7 germinal an II), au nombre des victimes du tribunal révolutionnaire qui périrent sur l'échafaud, se trouvaient deux nobles femmes originaires de notre province, l'une religieuse carmélite, dont la notice biographique précède, l'autre, Madeleine de Lambertie, femme de Villemain, à laquelle nous consacrons ici quelques lignes.

La famille de Lambertie, originaire du château de ce nom, placé sur la limite même du Limousin et du Périgord, dans les paroisses de Dournazac et de Miallet, a forme la branche de Marval (canton de Saint-Mathieu, Haute-Vienne), à laquelle appartient Claire-Madeleine de Lambertie. Son père, Jean, comte de Lambertie, chevalier, seigneur de Marval en partie, la Chapelle Saint-Robert, etc., épousa, en secondes noces, à Montluçon, le 13 juin 1747, Elisabeth-Aimée Alamargot de Fontbouillant. De ce mariage sont nés : 1° le 12 avril 1748, Claire-Madeleine (1), 2° le 22 avril 1750, Pierre-Michel; 3° le 9 avril 1755, Emmanuel.

Claire-Madeleine de Lambertie, épousa par contrat passé à Paris le 20 septembre 1770, et le 10 octobre dans l'église de Saint Honoré, messire Nicolas-Pierre-Elisabeth Geoffroy, comte de Villemain, seigneur du Mesnil, d'Ordoux, etc., fils de messire Antoine-Pierre, Geoffroy, écuyer, seigneur de Vandières, etc., conseiller, secrétaire du roi, et de Madame Marie-Marguerite Elisabeth-Françoise de Cuisy de Fey.

Nous avons une lettre dans laquelle elle annonce son mariage à son oncle.

« Le 30 août 1770.

Mon cher oncle,

L'intérêt que j'espère que vous avez la bonté de prendre à ce qui me re garde et ce qui peut m'être avantageux, ne me laisse pas douter que vous voudrez bien donner votre consentement pour un mariage dont il est question, qui est des plus avantageux. Je vous aurais écrit plus tôt, mais le mariage était si indécis que j'ai cru qu'il fallait le laisser ignorer. Mais actuellement on n'attend que votre approbation pour le faire. C'est un jeune homme habi tant Paris, qui jouit d'une fortune aisée, et qui jouira dans peu de 80.000 livres de rente. Le parti est assez bien quant à la naissance. Un ancêtre était secrétaire du roi. Lui compte se mettre au service, il a des titres exigés, il se nomme comte de Villemain. Je ne pouvais pas espérer, avec deux cents livres de rente, épouser quelqu'un de riche et de grande maison. Comme je suis lasse de manquer des choses les plus nécessaires et d'être à la misère, je me suis déterminée, et j'espère que vous l'approuverez.

.... En attendant de vous celle grâce, comme celle de me rendre par la suite plus de justice et de ne pas douter des sentiments respectueux avec les quels j'ai l'honneur d'être votre humble et très obéissante servante.

Votre nièce, Lamberty.

Oserai-je vous prier d'être mon interprète auprès de ma tante et de lui faire agréer mes hommages, en lui faisant part de mon mariage. »

Après son mariage elle continua à habiter Paris. Le comte de Villemain y possédait un hôtel place Vendôme, no 2, où il recevait souvent les membres de la famille de Lambertie. C'est à Paris qu'elle fut arrêtée puis traduite au Tribunal révolutionnaire. Elle était accusée : 1° d'avoir favorisé l'émigration de ses frères, Pierre-Michel de Lambertie, ci-devant colonel au régiment de Normandie, et Emmanuel de Lambertie sous-lieutenant réformé des gardes du corps; 2° d'avoir entretenu une correspondance avec eux; 3° d'avoir soustrait à la confiscation l'argenterie de la famille de Polignac, avec laquelle elle était liée, et même de celle du comte d'Artois.

Elle niait d'avoir fourni de l'argent à ses frères pour leur émi gration; elle avait reçu d'eux des lettres et elle avouait qu'elle leur en avait adressé quelques unes pour les détourner de lui écrire. Elle avouait encore qu'elle avait reçu en dépôt de l'argenterie de Polignac, et qu'elle l'avait cachée dans une chambre murée pour la soustraire au pillage, ignorant d'ailleurs qu'il y en eut aussi du comte d'Artois. Mais ce qu'elle avouait était bien plus que suffisant pour entraîner sa perte (2).

Après que le sanguinaire tribunal eut prononcé la peine de mort contre madame de Villemain, elle fut ramenée en la compagnie de la carmélite de Saint-Denis, avec laquelle on allait la conduire à l'échafaud. C'est en sa compagnie, et peu d'heures avant leur exécution, qu'elle écrivit les lettres suivantes :

Dernières lettres de Madame de Villemain, née Madeleine de Lambertie.

« Ne pleurez pas votre fille, chère maman; elle est morte digne de vous, elle vous a aimé jusqu'à son dernier soupir. Vivez, conservez-vous et priez pour elle.

Adieu, mon dernier soupir sera pour vous.

Lambertye de Villemain.

A la citoyenne Lambertye à Montluçon, par Moulins (3). »

Ces lignes si simples et si émouvantes ont été écrites par la compagne de malheur de sœur de Chamborant, pendant les suprêmes minutes que les deux femmes passèrent ensemble dans la salle des morts, avant l'horrible toilette et le départ sur les charrettes du bourreau. Elles méritent d'être citées pour faire connaître l'état d'esprit de cette victime se préparant à la mort, et aussi pour souligner l'atroce insensibilité de Fouquier-Tinville qui, loin de faire parvenir la lettre à Mme de Lambertie mère, l'a gardée dans ses papiers. Aussi cette lettre, comme les 53 autres, comprises dans le même carton, n'a été connue de personne. C'est donc plus d'un siècle après le jour où elle a été écrite que, grâce aux recherches de M. P. Gaumy aux Archives Nationales, nous pouvons la publier.

Les lettres suivantes nous montrent quels étaient ses senti ments et son affection pour les membres de sa famille et pour les personnes de son entourage, mais personne n'a eu la consolation de les lire, puisqu'elles ont toutes été retenues par Fouquier Tinville.

« Je soussignée, prie le citoyen Villemain, mon mari, de payer au nomme Francois Lhomme, mon laquais, la somme de huit cents livres pour les soins et bon services et fidélité à mon service, et pour le dédommager de sa déten tion dont je suis cause. Je lui fais don et présent comme dédommagement.

A Paris, ce 6 germinal l'an deux de la République (26 mars 1794).

F. Villemain. »

« Pour Francois Lhomme, mon laquais, celui qui est malade (4).

Je soussignée prie le citoyen Villemain, mon mari, de payer en mon acquit à la citoyenne F. Petitfrère, garde, la somme de cent livres pour les soins et bons services qu'elle m'a rendus pendant ma maladie, dont je lui fais don et présent.

A Paris ce 6 germinal de l'an deux de la République (26 mars 1794).

F. Villemain. »

« Pour la citoyenne Petitfrère, garde (5).

Je reçois à l'instant l'ordre de monter au tribunal, Il est dix heures du soir; å peine je puis me soutenir. Mais comme ce qui est à la justice des hommes est incertain, je désire que vous sachiez que j'ai pensé à vous dans mes derniers moments, et que je terminerai ma carrière en cet effet, que je n'ai aucun tort à me reprocher et que le vœu de mon cœur a été, et est, de vous savoir heureux. Je vous demande en grâce de remplir les petits engagements que j'ai pris envers ceux qui m'ont servi et envers mes domestiques. Vous êtes trop honnête pour me refuser. Ce n'est pas un testament; on en fait plus; mais c'est une grâce que je vous demande; je leur ferai remettre chacun un bon.

Adieu, mon ami, je ne puis regretter la vie, puisque vous avez osé me rendre justice. Soyez heureux, pensez quelquefois à moi.

Lambertye de Villemain. »

« Je vous déclare que je dois, il y a quelque temps, 6,000 livres au citoyen Jumilhac, qu'il m'a prétées et dont je lui ai fait un billet. La citoyenne Ferrière me donnera la note de ce que je lui dois. Elle est remplie de probité, vous la connaissez. Je dois 400 livres à Lenormand, marchant d'étoffes. Voilà toutes mes dettes. La citoyenne m'a cautionnée le billet du tapissier; il est de mille écus et vous avez les meubles.

Au citoyen Villemain, rue Ferreti (6).

Je prie le citoyen Villemain, mon mari, de donner à la citoyenne Louise, in firmière, la somme de cent francs pour les soins qu'elle a pris de moi, dont je lui fais don.

A Paris, ce 6 germinal l'an deux de la République (26 mars 1794).

F. Villemain. »

« Pour la citoyenne Louise (7).

Je soussignée prie le citoyen Villemain mon mari de payer à Adeline, ma femme de chambre, la somme de six cents livres et cent francs pour son voyage, comme indemnité de l'avoir fait venir de cent lieues, isolée, à Paris. Je lui fais don et présent de cette somme.

A Paris ce 6 germinal an deux de la République (26 mars 1794).

F. Villemain. »

« Pour Adeline, ma femme de chambre (8).

Je soussignée prie le citoyen Villemain, mon mari, de payer au nommé Langlois et à sa femme la somme de chacun cinq cents livres pour les bons soins qu'ils m'ont rendus pendant ma détention, dont je leur fais don et présent.

A Paris, ce 6 germinal l'an deux de la République (26 mars 1794).

F. Villemain. »

« Pour Langlois, mon cuisinier (9).

Je soussignée prie le citoyen Villemain, mon mari, de payer à la nommée Guillot, mon ancienne bonne, la somme de six cent livres pour les soins qu'elle m'a rendus dans mon absence, dont je lui fais don et présent.

A Paris ce 6 germinal de l'an deux de la République (26 mars 1794).

F. Villemain. »

« Pour la citoyenne Guillot, femme de chambre de la citoyenne Lambertye, à Montluçon (10).

J'ai senti comme je le devais, le prix de vos soins, mon cher concitoyen, et j'emporte au tombeau une reconnaissance immortelle. Ne me pleurez pas, mais faites-moi le plaisir d'accepter le bon ci-joint, et de faire remettre exactement toutes les lettres et bons ci-joints. J'écris avec peine, mes facultés sont anéanties, mais mon cœur existera jusqu'au dernier moment, occupé de tout ce qui m'est cher et vous êtes du nombre.

Soignez Mme de Saint-Serren, je n'ose lui écrire, mais dites lui que je l'aime; si je cesse d'être, gardez lui mes confitures... (trois mots illisibles) provisions. Adieu.

F. Villemain (11). »

« Je soussignée, prie le citoyen Villemain, mon mari, de payer à mon acquit au citoyen Boillard, officier de santé, la somme de deux mille livres pour les soins et bons services qu'il m'a rendus pendant ma maladie, dont je lui fais don et présent.

A Paris ce 6 germinal l'an deux de la République (26 mars 1794).

F. Villemain (12). »

« J'ignore, ma chère amie, quel sera mon sort. On m'avertit ce soir pour monter demain au tribunal. A peine puis-je me soutenir. Je veux que vous sachiez que vous avez été pour mon caur la préférence perpétuelle, que mon dernier soupir sera pour mon amie et mes malheureux parents. Je ne vous parle pas de tout ce que je vous dois; mon mari sera assez honnête homme pour payer mes dettes. Hélas ! Je n'ai ni la force, ni les moyens à peine d'écrire. Ah ! mon amie, que j'ai souffert ! Que je vous aimel je vous embrasse ainsi que vos enfants et nos amis communs. Ne m'oubliez pas.

F. Villemain.

Priez pour moi. A la citoyenne Ferrière, rue Barbette, au Marais, n° 4, à Paris (13). »

Bien entendu, aucune de ces lettres n'est parvenue à son adresse, Fouquier-Tinville a tout gardé. La mère, le mari, l'amie, les serviteurs de Mme de Lambertie-Villemain ont toujours ignoré ses derniers vœux et ses dernières pensées. Le carton des Archives Nationales qui contient ces lettres n'est pas encore inventorié.

Claire-Madeleine de Lambertie épouse de Villemain, fut menée à l'échafaud et guillotinée sur la place de la Révolution, avec Marie-Catherine-Gabrielle de Chamborant, le 27 mars 1794.

Notes :

(1) L'an mil sept cent quarante-huit, est née et a été baptisée Claire-Madeleine Lambertie, fille légitime de Messire Jean de Lambertie, chevalier, seigneur et comte de Lambertie et de l'ordre de Saint-Louis, ancien capitaine du régiment royal de Poitou et de Madame Elisabeth-Aimée Alamargot de Fontbouillant, son épouse. Le parrain est Messire Gilbert Alamargot de Fontbouillant, chevalier, seigneur de Quinsaines, et la marraine est Mlle Claire Madeleine Dorsan, fille de M. le baron Dorval, absents, représentés par Gilbert Chatron, qui n'a su signer, de ce enquis, et par Catherine Chabra, soussignée. (Registres paroissiaux de Montluçon).
(2) Wallon. Histoire du Tribunal Révolutionnaire, tome III, p. 77.
(3) Arch. Nat. Série W 1a. Carton 134. Liasse A. Pièce 25.
(4) Arch. Nat. Pièce 156.
(5) Ibidem, W 1a. Carton 134. Liasse A. pièce 155.
(6) Ibidem, pièce 59.
(7) Ibidem, pièce 58.
(8) Arch. Nat. pièce 57.
(9) Ibidem, série 1a, carton 134, liasse A., pièce 56.
(10) Ibidem, pièce 55.
(11) Ibidem, pièce 49. Probablement au médecin Boillard.
(12) Ibidem, pièce 48.
(13) Arch. Nay. pièce 46.

Source : Le Limousin & la Marche au Tribunal révolutionnaire de Paris, d'André Lecler.

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01 avril 2020

Le château de Blésignac en Bordelais

Le château de Blésignac, appelé aussi La Salle-de-Blésignac, est une construction moderne remplaçant une forteresse des premiers temps du moyen âge. Au commencement du XIIe siècle, Amanieu de Blésignac et son frère furent témoins d'une donation faite à l'abbaye de La Sauve par Bernard de Mouchac. Vers la même époque, Bernard de Blésignac, sentant sa fin prochaine, se fit moine dans ce monastère et lui fit don de la huitième partie de la dîme de Baigneaux, de quatre serfs et de quinze denariates de vigne, d'un autre serf qu'il avait à Boisset et de terres qu'il possédait à Espiet, Montignac, Branne et dans d'autres paroisses.

Le 4 février 1279, Edouard 1er, roi d'Angleterre, comme duc de Guienne, donna à Ebulon de Puyguilhem la permission de construire une maison forte dans son fief nommé la Tour de Turval, à Blésignac; nous croyons qu'il s'agit ici du château de Blésignac.

Après la conquête de la Guienne par Charles VII, nous trouvons Bernard Angevin en possession de la seigneurie de Blésignac qui, probablement, lui avait été donnée par le roi d'Angleterre, et qui lui fut, sans doute, confirmée par le roi de France comme tous ses autres domaines.

La guerre de Cent ans avait mis presque toute la France dans un désordre étrange. « Il y eu, dit Dom Etienne Dulaura, de grands embarras et contestes tant entre les officiers du roi et les seigneurs particuliers, qu'entre ces seigneurs les uns à l'encontre des autres, sur le sujet des limites des juridictions et sur celui des rentes... Les officiers de la prévosté royale d'Entre-deux-Mers s'avisèrent, en 1479, de se servir de l'occasion et de la commodité du temps, en pêchant en eau trouble, avant que les choses ne fussent encore bien remises en leur ancien état, et que les seigneurs de l'Entre-deux-Mers ne se fussent bien rétablis dans la possession de leurs droits par une suffisante jouissance pour prescrire; ils font donc action aux sujets du commandeur de Montarouch, du marquis de Curton, du baron de Blésignac, de l'abbaye de La Sauve et autres, prétendant les obliger à se soumettre à leur jurisdiction et à reconnoistre que leurs terres relevoient immédiatement du roi et lui faisoient rente. Ils étoient poussés en cela par le procureur général de la sénéchaussée de Bordeaux et par le fermier du domaine qui, outre qu'il y avoit à profiter pour eux, vouloient, par là, faire les affaires de la couronne et en procurer les intérêts. Ils n'avoient point d'autres titres que celui de la Majesté royale; et, en effet, il ne leur en falloit pas d'autres étant de droit commun que toutes les terres du royaume en dépendent, si l'on ne fait pas voir, par de bons titres, ou quelles sont nobles ou quelles sont sujettes à d'autres seigneurs ». L'abbaye de La Sauve gagna son procès.

Il est probable que Bernard Angevin, seigneur de Blésignac, gagna également le sien. C'est du moins depuis lors que quelques fiefs de la paroisse de Blésignac furent repeuplés par des étrangers :

Jean Landreau, du pays de Saintonge, attiré, comme Gaufreteau et bien d'autres, par les proclamations des seigneurs de l'Entre-Deux-Mers, reçut à fief nouveau, le 27 mars 1480, de Jacques Angevin, procureur constitué de son père Bernard, une pièce de terre en friche, située au lieu de Landreau, contenant 107 journaux, pour la convertir en terre labourable et y bâtir une maison, plus un autre domaine de 25 journaux et quelques petites pièces détachées, pour en faire des prairies, le tout au devoir de 40 sous bordelais d'exporle à muance de seigneur et de tenancier, et pour 5 francs bordelais, 3 boisseaux de froment, 4 boisseaux d'avoine et une paire de gélines, d'oublies, par an, portés au château de Rauzan ou à La Salle-de-Blésignac à la volonté du seigneur.

Nous croyons que les tenanciers qui consentirent les trois reconnaissances suivantes en faveur de Jacques Angevin, seigneur de Rauzan et de Blésignac, étaient des étrangers établis depuis peu dans cette dernière seigneurie. En premier lieu, le ier septembre 1483, Matalin Mossiteu et sa femme Marion Lambroyn déclarèrent tenir de ce seigneur soixante et un journaux de terre tant labourable que bois et prés avec les masures et maynes deserts (domaines abandonnés et non cultivés) qu'ils renfermaient situés, dans la paroisse de Blezignac, près de l'étang du moulin du Temple et du fief de Jean Mondolet dit Larmabalha (Larmavaille), bornés au nord par le ruisseau du Luc jusqu'au pont et chemin qui vient de La Sauve et va au moulin du Temple, et, ailleurs, par ceux de Dardenac à Loret, de Blésignac au Temple, et du moulin de Rafarin au même lieu.

En second lieu, le Il juin 1484, Etienne et Jean Audigey, frères reconnurent de 140 j.ournaux de terre bois et désert situés dans la paroisse de Blésignac. au lieu appelé à Audigey, confrontant à une borne plantée sur le chemin qui va du Temple à Montarouch et un autre chemin qui va de Montarouch à Branne et sépare les juridictions de Bénauges et de Blésignac; plus une pièce de bois pour convertir en prairie au lieu appelé a Trossapalha; plus 8 journaux de prés au lieu du Cros; un pré à Trossapalha confrontant au ruisseau de la font de Blésignac; le tout au devoir de 32 liards bordelais d'exporle à muance de seigneur et de tenancier, et de 6 francs et 23 ardits bordelais, 3 boisseaux de froment, trois boisseaux d'avoine, une paire de chapons, une paire de gelines, par an. de rente portés à Rauzan ou à Blésignac au choix du seigneur.

On trouve, en troisième lieu, le 11 juin 1486, la reconnaissance par Jean Durandet du domaine de Martin Botilhey, confrontant au pré de Martin Cantinole.

Jacques Angevin, seigneur de Blésignac, se maria avec Marguerite de Montferrand dont il n'eut qu'une fille nommée Jeanne qui épousa, le 13 décembre 1478, Jean de Durfort seigneur de Duras, de Blanquefort et de Villandraut; celui-ci n'eut qu'un fils nommé aussi Jean qui fut héritier universel de Jacques Angevin, son aïeul maternel, mort le 25 juin 1504, et devint ainsi seigneur de Rauzan, Pujols, Civrac, le Cypressac et Blésignac. Jean mourut célibataire après avoir fait, le 9 décembre 1506, son testament par lequel il institua héritier universel François de Durfort, son frère puîné, lequel épousa Catherine de Biron, fille de Paul de Gontaut, baron de Biron, et de sa seconde femme Marguerite de Biron de Montferrand. Il mourut, le 22 février 1525, laissant Symphorien de Durfort sous la tutelle de sa veuve. Catherine de Biron.

C'est à cette époque que nous voyons arriver à Blésignac les membres de la famille de Gaufreteau établis depuis cinquante ans environ à Dardenac. Le 22 mars 1520, Girault de Gaufreteau acheta à honorable homme M. Me Dominique Ram, docteur en droit et avocat au parlement de Bordeaux, le moulin à eau de Ramefort, situé dans Blésignac, pour la somme de 300 francs bordelais. Ce Girault, était fils de Jacques de Gaufreteau ainsi qu'il résulte d'une transaction, portant partage, du 8 janvier 1529, entre M. Jean de Gaufreteau, prêtre, et Girault de Gaufreteau frères, enfants de feu Jacques de Gaufreteau, paroissiens de Dardenac, d'une part; et Peyrot et Jean de Gaufreteau, frères, leurs cousins germains, fils et héritiers d'autre feu Jean de Gaufreteau, frère dudit feu Jacques, d'autre part.

Le 14 mai 1529, Catherine de Biron, dame de Duras, tant en son nom que comme mère et légitime administratrice de Symphorien de Durfort, seigneur et baron de Duras et Pujols, afferma, après s'être entendue avec Jean de Durfort, seigneur de Civrac, «à honorable homme Girault de Gaufreteau, marchand, demeurant à Dardenac et à Guillaume-Arnaud de Cazenove, bourgeois de Bordeaux, tous les cens, rentes, honneurs, les fruits décimaux et agrières tant de blé-que de vin, avec les vignes, forêts et domaines étant des appartenances de la juridiction de Pujols, avec les droits de greffe, prévosté, guet, maneu vres, etc., de cette juridiction; sauf les droits d'amende arbitraire, de prison, d'exporle et de ptélation, d'un jardin et des bêtes épaves, pour le terme de deux ans et pour le prix de huit cents livres par an » que les fermiers devaient payer d'avance; mais il fut convenu que s'il arrivait des accidents sur les fruits, Catherine de Biron en supporterait les conséquences et rembourserait aux fermiers ce qu'ils auraient payé ou avancé.

Le Ier septembre de la même année, cette dame afferma à Girault de Gaufreteau seul tous les droits qu'elle possédait dans la juridiction de Blésignac pour trois ans et pour la somme de cinquante livres par an.

Pendant que Gaufreteau et Cazenove étaient fermiers de Pujols, la grêle enleva toute la récolte; ils réclamèrent à Mme de Biron la somme de onze cent cinquante livres qu'elle leur devait encore des avances qu'ils avaient faites, de sorte que, le 7 juillet 1530, elle vendit, à pacte de réméré de quatre ans, à Girault de Gaufreteau, la maison noble et seigneurie de Blésignac avec tous les cens, rentes, revenus, émoluments, gaudences et autres choses appartenant à cette seigneurie sans en rien réserver, tout le droit de justice haute moyenne et basse, mixte, mère impère, avec puissance d'y établir des juges, prévôts, greffiers, sergents et autres officiers, pour la somme de douze cents livres; Girault de Gaufreteau, avant de passer le contract, avait remis à la dame de Pujols, la somme de cinquante livres restant des onze cent cinquante qu'elle devait, et promit de payer tout ce qu'elle pourrait devoir sur cette dernière somme à Arnaud de Cazenove.

Le 23 décembre 1538, Peyrot et Girault de Gaufreteau frères, marchands, achetaient des terres à Blésignac.

Enfin, le 6 février 1542, Symphorien de Durfort, seigneur de Duras et de Pujols, autorisé par son curateur Me Guillaume de Lur, conseiller du roi au parlement de Bordeaux, seigneur de Longua, vendit à Girault de Gaufreteau, marchand, demeurant à Bordeaux, et à Jean de Gaufreteau, cousins, tout le droit de plus-value (le seigneur de Duras déclarait que la somme de douze cents livres, que Gaufreteau avait payée à Catherine de Biron, était beaucoup trop faible) et autres droits quelconques qu'il prétendait posséder encore sur la seigneurie de Blésignac, moyennant la somme de six cent cinquante livres tournois. Il donna pour garant de cette vente Mre Jacques de Pons, seigneur baron de Mirambaud et de Plassac.

Quelques années après, Syrnphorien de Durfort, seigneur baron de Duras, Pujols, Villandraut et Blanquefort, attaqua Pierre de Gaufreteau et consorts en rescision de contrat; ceux-ci, pour se défendre, furent obligés de fournir un certain nombre de pièces, deux entre autres qui prouvaient que la vente avait été bien faite : la première est une transaction, du Ier mai 1548, entre Jacques de Pons, chevalier, baron de Mirambeau et Catherine de Biron, sa femme, d'une part, et Symphorien de Duras, majeur de vingt-cinq ans; celui-ci et sa sœur Jeanne de Durfort, enfants de Catherine et de François de Durfort, son premier mari, devaient restituer à leur mère sa dot et diverses sommes, montant à trente mille livres, pour lesquelles lui fut vendue la terre et seigneurie de Rauzan, à pacte de rachat. Pour faciliter ce rachat, Catherine consentit que son-fils vendit trois cents journaux de la forêt de Rauzan et que, moyennant qu'il lui payât vingt-quatre mille livres, elle lui revendrait la terre de Rauzan; et quant aux six mille livres restant, elle les lui donnait dès à présent, tant pour son droit de légitime que pour future succession, à la condition que Symphorien approuvât sans réserve l'arrêt des comptes qu'elle avait rendus de l'administration des biens de son fils depuis la mort de François de Durfort, son mari; la seconde pièce est une autre transaction, du même jour, entre les mêmes, portant approbation par ledit de Durfort des comptes rendus par Jacques de Pons et sa femme de l'administration qu'ils avaient eue des biens et revenus de Symphorien, sans pouvoir revenir, plus tard, sur ces comptes approuvés par MI', Mes Guillaume de Lur et Michel Vallon, curateurs dudit Symphorien. Moyennant cette approbation, les seigneur et dame de Mirambeau avaient donné audit de Durfort la somme de seize cents livres huit sous tournois qu'ils lui devaient suivant ce compte et remis, de plus, le prix des réparations et améliorations qu'ils avaient faites au château de Rauzan depuis la vente de cette seigneurie par Catherine.

Pierre de Gaufreteau et les siens gagnèrent leur procès, puisque la seigneurie de Blésignac leur resta; et, le 9 mirs 1557, Pierre et Jean de Gaufreteau et Alixon de Pimpoix, au nom et comme tutrice de Françoise-Marguerite et Alixon de Gaufreteau, héritières de feu Girault de Gaufreteau, seigneurs et dames de Blésignac, présentèrent au grand sénéchal de Guienne le dénombrement de cette terre consistant en deniers, blés et poules de rentes, et valant, toutes charges déduites, 20 francs bordelais, avec le droit de justice qui, disaient-ils, coûtait, les officiers payés, plus qu'elle ne valait.

Sire Pierre de Gaufreteau, habitant de la paroisse de Dardenac, fit son testament le 3 septembre 1558. M. Jules Delpit s'est contenté de le signaler, mais nous croyons devoir l'analyser, ne serait-ce que pour faire voir quelle fortune considérable avaient faite, au bout de cent ans environ, ces marchands étrangers venus à Dardenac pour y établir des tanneries, après la guerre de Cent ans : Pierre de Gaufreteau se recommande à Dieu, à la Sainte Vierge et à tous les saints; il demande à être enseveli dans l'église de Dardenac, et laisse, pour faire prier Dieu pour son âme et celles de ses père et mère et amis trépassés, la somme de 100 livres, dont 10 aux couvents de l'Observance de Bordeaux. Il dit que lui et son frère Jean de Gaufreteau ont leurs biens en commun, et, comme ils ont pris sur la communauté diverses sommes, il veut qu'il en soit tenu compte. Il ne veut pas que la grande maison qu'il habite, avec ses bâtisses et jardins, confrontant, d'un bout, à celle des héritiers de feu Girault de Gaufreteau, et, de l'autre, au grand chemin qui va de l'église de Dardenac au Temple, soit partagée, aussi la légue-t-il à Jean de Gaufreteau, son frère; les autres héritiers prendront la maison de Mériot (Meyreau ?) située au village de même nom, dans Dardenac, avec des terres attenantes à ce village. Pendant la communauté, son frère et lui ont acquis la moitié du village de Jauguet, situé dans la paroisse de La Sauve; il le légue à ses héritières nommées ci-après, et il lègue à son frère, pour l'indemniser de ce qui lui appartient sur ce village, ceux de Guabaron et de Saubary, situés à Targon et à La Sauve, et certaines terres et divers droits dans les paroisses de La Sauve, Saint-Léon et Camiac, dans le lieu de Tartenac à Targon, une maison à Blésignac; sa part d'une adouberie (tannerie) située au « Palay-Gallianne alias Fondaudege », dans la ville de Bordeaux, dont il a hérité de Marie, sa sœur; sa part d'une maison située rue des Aydes, à Bordeaux, qu'il a acquise de feu Pierre Boutin, portier de la ville; tout cela valant plus que sa part du village de Jauguet; et, pour les grands services qu'il a reçus de son frère Jean, il lègue à lui et aux siens « sa part et cottité entièrement de tout le cabal et marchandise qu'ils ont ensemble, concistant en peaulx et cuirs tant tanés que à taner dans les fosses et pellains et dehors, graisse, escorce, suifs... et autres choses estans et appartenans audict cabal et marchandise et en dépendantes d'icelluy, avec les douilz, cuves, chaudières, bassines, mulles et moulin à mouldre escorce, couteaulx, ferremens et generallement tous les aultres hostils et choses necessaires au metier de thaneur et à l'abilhage et entretenement tant dudit cabal et marchandise que de la tannerye. a Il lui légue encore toutes les affaires faites et à continuer pour ladite tannerie, tout l'argent qui se trouvera chez lui à sa mort. Il veut que . ledit Jean donne à ses héritières sous-nommées un tiers seulement de sa vaisselle, de son linge, de ses meubles, etc., et, un an après son décès, 1,200 livres en compensation de toutes ces marchandises. Il lègue de plus à son frère toute l'adouberie avec ses appartenances et dépendances et un moulin à eau, le tout situé dans la paroisse de Dardenac et confrontant au grand chemin qui va de l'église de Faleyras au Temple. Il constitue héritières universelles Périnne de Gaufreteau, damoiselle, femme de Blaise de Ligardes, conseiller et avocat du roi et de la reine de Navarre au siège de Castelmoron-d'Albret, et Catherine de Gaufreteau, femme d'Etienne Cruzeau, le jeune, bourgeois et marchand de Bordeaux et contregarde de la monnaie de la même ville, ses filles légitimes, et de feu Jeannette Bardeau, sa femme, par égales portions, ou leurs enfants si elles décèdent ayant lui. Il leur substitue son frère jean qu'il nomme exécuteur testamentaire avec Me Pierre Landreau, curé de Dardenac. Enfin il révoque un testament précédent.

Pierre mourut vers 1562, son testament fut attaqué par ses deux filles qui se prétendaient frustrées au préjudice de leur oncle; mais, par transaction du 30 juin 1563, il fut convenu que le testament aurait son plein effet, sauf sur ce qui regardait certains meubles et ustensiles qui devaient être partagés entre les parties.

Après la mort de Pierre, la seigneurie de Blésignac resta indivise entre Jean de Gaufreteau, habitant de Dardenac, et les héritiers de feus Pierre et Girault de Gaufreteau. Girault laissa trois filles : Marguerite, mariée avec Martin de Hiribéry, écuyer, Alixon, femme de Romain Blays, et Françoise, femme de Guillemot Moreau, marchand habitant de Dardenac; elles devaient toutes les trois une somme de 2000 livres à Etienne de Beaumont, conseiller du roi au parlement de Bordeaux, et Martin Hiribéry avait répondu pour elles; n'ayant pu payer le tout au terme fixé, Beaumont le fit mettre en prison; après sa libération, Françoise lui devait encore 83 livres 5 sous, elle lui ceda pour cette somme, le 4 août 1559, une portion de maison à Dardenac, et une terre labourable située, dans la paroisse de Montarouch, au lieu de Carneau. Le 9 novembre 1568, Martin Hiribéry, coseigneur de Blésignac, acheta à Me François Sieulane, prêtre, bénéficier de Saint-Michel de Bordeaux, une maison située dans la rue de l'Alemandier joignant le cimetière de cette église.

Jean de Gaufreteau, frère de Pierre, avait épousé Françoise Bardeau, sœur de Jeannette Bardeau, femme de Pierre; ils eurent un fils, nommé aussi Jean, qui se maria, le 8 mai 1564, au lieu de Mériot à Dardenac, en présence de Girault de Gaufreteau^ conseiller du roi au parlement de Bordeaux, et de Fort de Perin, lieutenant du juge de Sauveterre, avec Françoise de Ligardes, fille de feu sire James de Ligardes et de Jeanne Gayot, de la ville de Sauveterre; la future était autorisée par sa mère et par Biaise de Ligardes, son frère, mari de Perinne de Gaufreteau, fille de Pierre. Les futurs époux devaient aller habiter chez Jean de Gaufreteau, le vieux; Blaise devait donner à sa sœur 1300 francs, bordelais de dot et l'habiller le jour de ses noces. Jeanne Gayot lui fit don de 200 francs de la même monnaie et du cinquième de tous ses biens.

Le 9 mars 1569, Jean de Gaufreteau, frère de Pierre, et sa femme Françoise Bardeau, sœur de Jeannette, habitants de la paroisse de Dardenac, firent leur testament mutuel; il m'a paru si intéressant que j'ai cru devoir en faire, malgré sa longueur, une analyse détaillée.

Ils commencent par déclarer vouloir que leurs enfants obéissent à la lettre de ce testament et que ceux qui y manqueront n'aient que leur droit de légitime; ils laissent 200 francs bordelais pour faire célébrer des messes, ce dont seront chargés Guillaume et Jean, l'aîné, leurs enfants, qu'ils instituent exécuteurs testamentaires. S'ils meurent à Dardenac, Jean veut être enterré dans l'église de cette paroisse avec feu Pierre de Gaufreteau, son frère, et Françoise veut qu'on l'ensevelisse dans la même église, dans la sépulture de Jeanne Bardeau, sa sœur. Il leur reste douze enfants de leur mariage, huit garçons et quatre filles.

L'aîné est Girault de Gaufreteau, conseiller du roi et magistrat en la cour présidiale de; la grande sénéchaussée de Guienne, auquel ils ont ci-devant fait dcnation, par préciput, de toutes les sommes qu'ils ont employées pour son instruction jusqu'à son office de conseiller; ils lui lèguent en outre tout le droit et part qu'ils ont sur la maison où il demeure, à présent, sur les fossés des Tanneurs, à Bordeaux, avec les meubles qu'elle renferme; la moitié de tous les droits qu'ils ont sur la justice, château, juridiction, etc., de Blésignac, qui est indivise entre eux et les héritiers de feus Pierre et Girault de Gaufreteau, plus ceux du domaine et maison noble de La Font et le village de Durandet la joignant, situés dans ladite paroisse; plus une vigne dans la paroisse de La Sauve, et un bois taillis dans la paroisse de Nérigean.

Jean de Gaufreteau, leur second fils, a toujours demeuré avec eux et passé tout son temps à les servir; ils lui léguent la maison où ils demeurent dans la paroisse de Dardenac avec tcut le domaine et les autres immeubles qui leur appartiennent dans les paroisses de Dardenac et de Daignac, les prés et les aubarèdes, situés près de La Salle, sauf le pré du château qui reste avec la seigneurie; plus les terres et taillis qui sont entre la paroisse de Dardenac et le chemin qui va du château de La Salle au village du Plantier; plus leur part de la grange de Fontonne avec toutes les terres qu'ils possèdent à Faleyras, au comté de Bénauges, plus les terres, vignes, etc., qui sont entre le chemin qui va de La Braude à Landreau, et à la Croix-de-Bernard-du-Néyrat, et celui de ladite croix au château de Montarouch et au village de Geoffre et séparant les juridictions de Bénauges et de Blésignac; plus l'autre moitié de leur droit sur la seigneurie, justice et château de Blésignac. Ils disent avoir marié ledit Jean avec Françoise de Ligardes qui a porté en dot 1500 francs bordelais qu'ils ont reçus, ils lui donnent pour le payement de cette somme les prés situés dans la palu de Bonne-Maison, à Moulon, et les terres qu'ils possèdent au-delà de l'estey, terres confrontant aux fiefs du chapitre de Saint-Emilion et du seigneur de Savignac, et, pour ce que leurs fils et belle-fille ont à prétendre sur les acquêts, ils leur donnent leur droit sur le moulin de Troussepaille avec le taillis de Bardeau, à La Sauve, contenant 7 journaux, enfin tout ce qu'ils ont dans la ville de Saint-Emilion.

Pour ce qui regarde Me Guillaume de Gaufreteau, leur troisième fils, curé de Bellebat en Bordelais et de Soussac en Bazadais, ils déclarent avoir fait toutes les démarches nécessairss pour le faire pourvoir de ces deux cures dont il jouit paisiblement, et avec le revenu desquelles il a fait plusieurs acquisitions; néanmoins ils lui léguent ce qui leur appartient dans la paroisse de Blésignac, au village de Charryer et ailleurs, entre le chemin qui va de l'église de Blésignac au Temple, et celui qui passe à travers la terre de Catherine de Gaufreteau, femme du sieur Cruzeau, leur nièce, tirant au village de Borbonnet, sans y comprendre la maison appelée Du Faure qui est devant le domaine noble de La Font, le tout clos de murailles; plus un pré à Romagne, et enfin son habitation, pendant sa vie, dans la grande maison de Dardenac, avec son frère.

Ils ont marié Peyrot (Pierre) de Gaufreteau avec Guillemette Denis, et lui ont donné 600 francs bordelais; il lui lèguent le village de Bertranet en la paroisse de Blésignac, confrontant au grand chemin qui va du village de Perreau à Montarouch; tous leurs prés situés dans la paroisse de Montarouch et la vigne de Content, dans celle de La Sauve; un pré dans Blésignac; toute la part qu'ils ont en deux maisons neuves et sur une autre maison située sur les Fossés des Tanneurs à Bordeaux, à la condition qu'il leur laissera la maison de. Créon, lui venant de feu Pierre de Gaufreteau, qu'il désirent donner à Jeannot, leur autre fils, et si Peyrot n'y consent pas, Jeannot aura les droits sur les maisons de Bordeaux.

Ils ont marié Jeannot avec Suzanne de la Caussade, et lui ont donné 500 francs bordelais, ils lui léguent la maison de Créon aux conditions susdites; le village de Luquet, autrement dit La Graulat, à Camiac, indivis entre eux et Honoretle Bardon, et onze journaux de terres, près de ce village; le pré de Maynot, à Moulon, enfin la part du moulin du Graveyron, à Nérigean.

Pierre, dit Parme de Gaufreteau, aura le village de Gabarron, dans la paroisse de Saint-Léon; la vigne dé Friquet, située dans les trois paroisses de Saint-Léon, La Sauve et Targon; un pré à la Sauve, le droit qu'ils ont sur une maison de la rue des Ayres, à Bordeaux, en face de la mairie.

Pierre, le plus jeune, aura la maison du Faure, à Blésignac, avec la terre joignant, le tout clos de murailles; le pré qui les touche, situé devant l'église, confrontant aux villages de Duraudet et de Perreau; une pièce de terre dans la même paroisse, au lieu de La Narguegrue, confrontant au chemin qui va de la maison du Faure au Temple, et qui leur vient de feu Pierre de Gaufreteau, leur frère; un pré à Saint-Léon; une vigne à Montarouch; leur part du bois de Tartenac, à Targon, indivis entre eux et les héritiers de feu Girault de Gaufreteau, leur cousin; leur part du moulin de Bourret, à Saint-Quentin.

Guillaume, le plus jeune et dernier de leurs enfants, aura la métairie de Ricard, située dans la paroisse de La Sauve,près de l'abbaye, donnée par M. Cluzeau, curé de Soussac; une maison avec terre et jardin au bourg de La Sauve, en général ce qui a été donné par ledit Cluzeau.

Louise de Gaufreteau, l'aînée des filles, a été mariée deux fois; la dernière avec M6 Michel de Lorrière, huissier; il lui a été donné ses habits nuptiaux et 700 fr. bordelais de dot; et, pour lui parfaire les 1,000 francs qu'ont eus ses autres sœurs, ils lui léguent l'adouberie située au Palais-Gallien à Bordeaux, autrement à Fontdaudège, et la vigne appelée de Gratecap, près du boulevard de Sainte-Croix-lès-Bourdeaux.

Ils ont marié Catherine, leur seconde fille, avec Pierre Lambert, .bourgeois de Bordeaux; elle a reçu 1,000 francs de dot et ses habits nuptiaux.

Quant à Marie et l'autre Louise, elles auront, lors de leur mariage, pareille somme et leurs habits de noce.

Ils veulent que leurs quatre filles, Louise, Catherine, Marie et autre Louise aient, toutes ensemble, pour leur part, le village de Rougerie, avec ses appartenances situées à Camiac et à Espiet; leur part du Petit-Moulin, autrement appelé de Ramefort, dans la paroisse de Blésignac; la gaudence des Droyneaux, qui est une barrique de vin, trois boisseaux de blé et 35 hardits par an; la maison de Par-le-Bas, à La Sauve, et un pré dans cette paroisse.

Comme Jean l'aîné, a eu, ci-devant, le maniement de leur cabal et administré leurs affaires, il sera déchargé de la reddition de compte et ne devra pas être inquiété là-dessus par ses frères et sœurs; les dots des filles à marier seront prises sur le cabal et sur les meubles seulement. Ils veulent que la maison où ils demeurent reste audit Jean avec les bestiaux, meubles, etc.

Girault et Jean, qui ont leur part de la seigneurie de Blésignac, payeront les rentes dues au seigneur de Blésignac.

Si un ou plusieurs de leurs enfants meurent avant eux sans enfants, leur part sera partagée entre tous les autres.

Celui des deuxtestateurs qui survivra aura l'usufruit de tousles biens sans être obligé d'en rendre compte. Les enfants qui inquietteront le survivant n'auront, pour tout héritage, que leur part légitime, et le reste sera partagé entre les autres.

Le 27 mars 1571, Jean de Gaufreteau et Françoise Bardeau ajoutèrent un premier codicille à ce testament. Ils léguent par préciput et avantage à Jean de Gaufreteau, leur second fils, à Pierre de Gaufreteau, leur septième fils, le plus jeune de ceux qui ont le nom de Pierre, pour les récompenser d'avoir toujours demeuré avec eux et de les avoir servis, à tous deux conjoinctement toutes les acquisitions qu'ils ont faites depuis leur testament, plus tous les meubles, cabal, argent, etc., qui se trouveront à leur décès, avec les adouberies qui joignent la grande maison où ils résident, laquelle doit demeurer à Jean l'aîné; mais ils payeront à Louise de Gaufreteau, leur sœur à marier, la somme de 1000 francs bordelais, ses habillements nuptiaux, son lit, etc., Les adouberies qui leur ont été laissées doivent être en commun; ils substituent les deux frères l'un à l'autre; ils veulent que les prés et les terres labourables et une grange située dans la paroisse de Vignonet, près de l'église, qu'ils ont légués audit Jean, appartiennent à Pierre, le jeune. Le Petit-Moulin, la gaudence des Droyneaux et la maison de Parle-Bas, qu'ils avaient léguée à leurs filles, appartiendront auxdits Jean et Pierre. Jean payera par mois 150 livres tournois pour les dépenses que Guillaume le plus jeune fera pour ses études. Ils émanciperont, en outre, Jean et Pierre de sorte que tout ce qu'ils gagneront dorénavant, leur appartiendra. Ils veulent que leur fils Guillaume, prêtre, ait une chambre garnie, un grenier et un cellier dans la grande maison.

Le 3 mai suivant, les testateurs firent un second codicille par lequel ils veulent que tout ce qu'ils avaient laissé à Jean, leur second fils, dans la ville et juridiction de Saint-Emilion, soit indivis entre lui et Pierre leur septième fils.

Girault de Gaufreteau, fils aîné de Jean et de Françoise Bardeau, faisait à cette époque divers achats dans la paroisse de Blésignac; il était ordinairement représenté, dans ces occasions, par son frère Guillaume, bachelier en décrets et curé de Bellebat; ainsi, le 16 mai 1569, Pierre Alegret, habitant de Blésignac, lui vendit une terre située au village de Durandet, confrontant à celle d'Annette Chicou; le 10 mars 1572, Elaxion ou Alixon de Chevery, mère et héritière de feu Martin de Hiribery, une certaine quantité de biens-fonds; le 16 du même mois, Philippe Chicou, dit Bertault, 7 règes de terre au village de Durandet; le 3 novembre 1572, le même Philippe Chicou lui vendit une autre rièce de terre dans le même village. Gaufreteau, qui était absent, était représenté par Marie de Cadouin, sa femme. Mais l'acquisition la plus importante que fit Girault fut celle de la moitié de la seigneurie de La-SalIe-de-Blésignac, que lui vendit, le 27 février 1573, moyennant la somme de 2,000 fr., Marguerite de Gaufreteau, pour se délivrer de quelques dettes. Marguerite, après avoir perdu son mari, Martin de Hiribery, devait une certaine somme à sa belle-mère; celle-ci fit saisir les biens de sa débitrice qui furent adjugés, par arrêt du 10 mai 1572, pour la somme de 2,500 livres, et vendus par la créancière à Pierre de Gaufreteau, second mari de Marguerite, et à Girault de Gaufreteau frères; le premier, fils aine de Jean de Gaufreteau et de Françoise Bardeau, et le second, sixième fils des mêmes. Girault de Gaufreteau éprouva, à l'occasion de l'achat de la moitié de Blésignac, une difficulté assez curieuse et qu'il est bon de signaler pour faire connaître à quel état de désorganisation notre pays était tombé pendant les guerres de religion. La famille de Gaufreteau ne possédait pas d'expédition du contrat de vente qui lui avait été faite de cette seigneurie, le 7 juillet 1530. Géraud Chauvelle, lenotaire qui l'avait rédigé, demeurant à Romagne, juridiction de Blaignac, était mort, bientôt après, pendant les derniers troubles, sans avoir délivré le contrat en forme, et une partie de ses papiers avaient été volés. Girault de Gaufreteau apprit que la minute était entre les mains de Jean Dalby, lieutenant de juge de la juridiction de Curton; mais il ne pouvait en faire faire une expédition, parce que, à cause des troubles,

il n'y avait, dans la juridiction de Blaignac, ni juge, ni greffier, ni officiers de justice; il fut obligé de s'adresser au Parlement, afin d'obtenir un arrêt pour se la faire délivrer.

Nous venons de voir que Marguerite de Gaufreteau, veuve de Martin d'Hiribery, avait épousé son cousin, Pierre de Gaufreteau; elle mourut bientôt après, et Pierre, qui était alors gouverneur du château du marquisat de Curton et coseigneur de Blésignac et de Perreau, se remaria, par contrat du 4 mars 1575, avec Jeanne de Puch, dame de Lugagnac en Pellegrue. Ce Pierre de Gaufreteau, seigneur de La Motte-de-Curton ou La Motte-Bourrue, à Espiet, Jean de Gaufreteau, le vieux, et Jean de Gaufreteau, le jeune, conseillers du Roi au parlement de Bordeaux, assistèrent comme parents, le 25 avril 1584, au contrat de mariage d'entre M. Me Guillaume de Gaufreteau, avocat au Parlement de Bordeaux, y demeurant, paroisse Sainte-Eulalie, et Jeanne Girault ou Géraud, demoiselle, fille de feus Pierre Giraud, écuyer, et de Betrande Amilton, damoiselle. Les témoins furent Me Romain Pic-de-Blays et sieur de Gaufreteau le jeune, conseillers. Le 24 février 1585, Pierre de Gaufreteau, écuyer, coseigneur de Blésignac et de la maison noble de Lugagnac, et sa femme Jeanne de Puch, habitants de Blésignac, vendirent à Jeannot de Busserolles, écuyer, sieur de La Forest, habitant de la paroisse de La Reyre, en la juridiction de Pellegrue, six pièces de terres, faisant partie de la métairie de Lugagnac, au village ae La Pellade et situés dans les paroisses de La Reyre et de Saint-Martin-de-Servolle, pour la somme de 150 francs bordelais. Pierre de Gaufreteau, comme coseigneur de Lugagnac, fit, à cette époque, une certaine quantité d'achats dans les environs de cette maison; il fit aussi, le 23 mai 1591, une échange de terres, situées à La Reyre, contre des rentes assices sur le village des Viauts, dans la même paroisse, avec Lucrèce de Beaupoil, damoiselle, veuve de Jean de Busserolles, écuyer, sieur de La Forest, comme mère et tutrice d'autre Jean de Bussexxylleo, son fils.

Outre Pierre de Gaufreteau, coseigneur de Lugagnac, la seigneurie de Blésignac avait d'autres copropriétaires, c'étaient les filles de feu noble Pierre de Gaufreteau : Catherine, femme d'Étienne Cruzeau, et Perinne, femme de Blaise de Ligardes, laquelle vendit à sa sœur, le 4 août 1588, pour la somme de 600 livres, tous les droits que son père lui avait légués dans cette seigneurie, sauf les terres qu'elle y possédait noblement. C'était aussi Jean de Gaufreteau, conseiller au parlement de Bordeaux, et autre Jean de Gaufreteau, aussi conseiller en la même cour, qui, en novembre 1592, font planter de la vigne à Blésignac. Un de ces Jean achetait, le 26 juillet 1594, des vignes dans le village de Moucheteau, et le II juillet 1597, des terres dans la même paroisse. Jean de Gaufreteau, seigneur dudit lieu et coseigneur de la baronnie de Blésignac, et Pierre de Gaufreteau, écuyer, sieur de Perreau, assistent, le 7 novembre 1593, Louise. de Gaufreteau, leur nièce, fille de Pierre de Gaufreteau, sieur de la maison noble de la Motte-Curton et de Guillaumire Denis, dans son contrat de mariage avec Pierre de Nolibois, écuyer, sieur de Bouliac.

Me Jean de Gaufreteau, avocat en la Cour, donne procuration, le 28 décembre 1592, comme chapelain d'une chapellenie fondée en l'église Saint-Seurin de Bordeaux et d'une autre chapellenie fondée à Saint-Remy de la même ville, par Arnaud-Guillaume de La Caze alias de Bruges, à Jean Cruseau, avocat au Parlement, pour gérer les biens de ces chapellenies. Il n'est pas dit dans cet acte, extrait des archives de Blésignac, que ce Jean fût prêtre ni coseigneur de cette terre; mais Guillaume de Gaufreteau, seigneur du Cau et de Montaigne, était qualifié, le 10 mai 1593, coseigneur de Blésignac.

Nous avons vu que Catherine de Gaufreteau, femme d'Etienne Cruseau, avait acheté à sa sœur Perinne, femme de Biaise de Ligarde, ses droits sur la seigneurie de Blésignac; lors de sa mort, elle laissait quatre enfants : Marie Cruzeau, femme de Me Jean Donzeau, conseiller, magistrat en Guienne; Me Etienne Cruseau, contrôleur en l'élection de Guienne; Me Jean Cruzeau, chanoine de Saint-Seurin; et Anne Cruzeau, veuve de Pierre de Salignac, bourgeois et marchand de Bordeaux. Ils partagèrent, le 8 août 1599, les biens délaissés par leurs père et mère, en firent quatre lots, dont trois pour les deux fils et le quatrième pour les filles, sauf les deux tiers du moulin du Luc qui demeurèrent aux fils pour les réparations qu'ils y avaient faites.

Les deux filles de Catherine de Gaufreteau, qui demeuraient à Bordeaux, vendirent, le 6 novembre 1602, à M. Me Jean de Gaufreteau, conseiller du roi au Parlement de Bordeaux, où il demeurait, dan3 la paroisse Saint-Projet, chacune une seizième partie, les deux parts faisant une huitième partie, de la justice haute, moyenne et basse, des rentes et devoirs seigneuriaux de la terre et seigneurie de Blésignac, à elles obvenus par le décès de leur mère et suivant le partage qui avait été fait entre elles et leurs frères Etienne et Jean Cruzeau, moyennant la somme de 360 livres tournois.

Pierre de Gaufreteau, fils de Jean de Gaufreteau et de Françoise Bardeau, épousa Guillaumine Denis dont il eut, entre autres, Pierre de Gaufreteau, moine de l'abbaye de La Sauve, et Joseph de Gaufreteau, jésuite, dont nous aurons l'occasion de parler plus tard. Le 16 janvier 1608, Pierre, âgé de 19 ans, et au moment de prononcer ses vœux, fit son testament pour distribuer les biens dont il avait hérité de Pierre de Gaufreteau, écuyer, sieur de Perreau, et de Jean de Gaufreteau, écuyer, capitaine pour le service du roi, ses oncles. Il légua à jean de Gaufreteau, son frère, avocat au Parlement de Bordeaux, alors à Paris, tout ce qui lui. revenait de ces successions ne s'en réservant que 90 livres tournois d'usufruit par an, pour son entretien, acheter des livres et continuer ses études. Il lui substituait Jean et Joseph, ses frères, par égales portions, et à ceux-ci Françoise et Louise de Gaufreteau, ses sœurs ou leurs enfants. D'ailleurs, son héritier ne devait jouir de cette succession qu'après la mort de Guillaumine Denis, sa mère. Ce jeune religieux devint, plus tard, prieur de La Sauve et général des Bénédictins de France; les rigueurs du cloître n'avaient pas assoupli son caractère; il était violent, et, les mœurs de l'époque aidant, il se laissait aller à commettre des actes indignes d'un religieux et surtout de la haute position qu'il occupait. Il résulte, en effet, de deux informations faites, les 26 et 27 novembre 1631, à la requête de Pierre-Louis de Fisson, seigneur de Rougerie, que les cotisateurs, de La Sauve, probablement, ne pouvant obtenir de lui la somme à laquelle il était taxé, ne s'étaient pas contentés, le vendredi précédent, de saisir ses meubles, ses grains et un cheval, mais avaient rossé son valet qui en conservait une large plaie à la tête; parmi les assaillants, se trouvait le domestique du prieur de La Sauve. Le dimanche suivant, les mêmes individus, mais cette fois accompagnés du R. P. Prieur, d'un de ses valets et d'un nommé Nolibois, s'étaient rendus, pendant l'office, à la maison de Rougerie, avaient brisé les portes, volé les meubles, s'étaient emparé du domestique du sieur Fisson, l'avaient attaché derrière la charrette sur laquelle ils avaient chargé les meubles, l'avaient ainsi traîné jusqu'à La Sauve où le R. P. de Gaufreteau l'avait roué de coups de bâton et fait jeter ensuite dans les prisons de l'abbaye, les fers aux pieds. Fisson porta plainte à Jean-Pierre de Maleret, prêtre, licencié en droit, archiprêtre de Bourg, et official de Bordeaux, qui chargea un prêtre, assisté d'un autre ou notaire catholique, d'informer secrètement contre le prieur de La Sauve. Les documents nous manquent pour suivre ce procès qui dut avoir de curieux incidents.

Dom du Laura place Pierre de Gaufreteau au nombre des grands hommes de La Sauve : « Pierre de Gaufreteau, dit-il, de la noble famille de ce nom en ce pays, fit profession dans cette abbaye, le 20 janvier de l'an 1608, il étoit âgé d'environ vingt ans, entre les mains de dom Jean d'Arnal, docteur en décrets, chambrier de Sainte-Croix de Bordeaux et provincial de la Congrégation des Exempts. Il a exercé les principales charges de cette congrégation, dont il fut créé syndic général en 1620, provincial des provinces d'Aquitaine et d'Auch au chapitre général tenu à Marmoutiers en 1623, et, enfin, plusieurs fois supérieur général, entre autres ès chapitres généraux tenus à Saint-Benoît-sur-Loire, le 30 aoust 1626, et, dans ce monastère, le dernier jour du même mois de l'an 1643. Je le trouve encore nommé en cette qualité ès années 1630, 34, 36, 46, 51, etc.; enfin, il ne quitta cette charge qu'à sa mort, laquelle arriva en 1653, le 29 aoust. » Jean de Gaufreteau, conseiller au Parlement, un des coseigneurs de Blésignac eut, entre autres, pour fils, Jacques de Gaufreteau, chevalier, baron de Francs et Puynormand, seigneur de Blésignac, Bonne-Maison et La Chapelle-aux-Eymars. Il acheta, le 7 octobre 1630, à François de Treilles, écuyer, et à demoiselle Marie de Salignac, sa femme, pour la somme de 8,000 livres tournois, tous les droits de justice haute, moyenne et basse, rentes et devoirs seigneuriaux qu'ils possédaient dans les paroisses de Blésignac, Saint-Léon, Dardenac, Daignac, Espiet, Montarouch et Moulon. Ces biens consistaient en une maison, basse-cour, fuie, jardin, etc., et une autre petite maison, terre et vigne, le tout en un tenant appelé le Bourdieu-de-devant-l'église, près du bourg de Blésignac; ces biens avaient jadis appartenu à feue demoiselle Anne de Cruseau, fille de Catherine de Gaufreteau, et mère de ladite de Salignac. Jacques de Gaufreteau rendit, le 18 mai 1632, par devant les trésoriers généraux de France, hommage au roi de ses diverses maisons nobles et seigneuries, mouvant de Sa Majesté à cause de son duché de Guienne.

Guillaume de Gaufreteau, seigneur de Montaigne et du Cau, étant décédé, sa veuve Marie de Cazeau prétendait que Pierre de Gaufreteau, écuyer, son fils, et ses autres enfants, avaient droit de quotité dans la seigneurie de Blésignac; elle s'adressa à Jacques de Gaufreteau et lui remontra que, de temps immémorial, son mari et ses auteurs possédaient dans Blésignac des droits indivis avec les siens; elle le pria de vouloir venir à une liquidation amiable : ce qu'il accorda. Ils firent arpenter, en conséquence, la paroisse et il se trouva que Mme de Montaigne y possédait, au nom de ses enfants, 114 journaux de fonds que son mari y avait eus, tant comme successeur de Jean de Gaufreteau, écuyer, son père, après le partage fait par celui-ci avec autre Jean de Gaufreteau, père de Jacques, et ses consorts, que autrement; elle prouva aussi que, du chef de son beau-père, elle pouvait prétendre à la huitième partie de la justice et autres droits seigneuriaux de cette juridiction, de sorte qu'il fut convenu, par transaction du 22 mai 1635, que les enfants de Guillaume jouiraient d'abord de la huitième partie de la justice avec le huitième des revenus et émoluments de la seigneurie, à la charge de payer leur cote-part des frais; et qu'en outre, ils jouiraient noblement des droits sur les 114 journaux susdits.

Dès le 25 avril 1631, Philippe de Gaufreteau, fils de Guillaume de Gaufreteau et de Marie de Cazeau, était aussi coseigneur de Blésignac; le 22 janvier 1648, il est qualifié seigneur desmaisons nobles de Gaufreteau et de Montaigne dans une transaction entre lui et demoiselle Hilaire des Appas, veuve de feu Jean de Gaufreteau, écuyer, sieur de La Motte, fils de Pierre de Gaufreteau et de Guillaumine Denis; Hilaire réclamait 100 livres de pension annuelle qui lui avaient été accordés tant par son contrat de mariage que par le testament de son mari des 23 juillet 1642 et 15 novembre 1645; Philippe déclarait que le sieur de la Motte ne pouvait disposer d'une pareille somme; cependant tout s'arrangea à la satisfaction des parties. Le sieur de La Motte fit faire, en 1654, un mémoire de son avoir après le décès de son frère, prieur de La Sauve, arrivé, le 29 août 1653; on y voit qu'il possédait, outre les acquets qu'il avait faits, deux sortes de biens : ceux qu'il tenait des successions paternelle et miternelle, et ceux qui lui étaient obvenus par succession collatérales. Ces derniers étaient : 1° le quart des biens de feu Jean de Gaufreteau, capitaine, sieur de La Graulet, lequel, par son testament du 30 janvier 1595, avait donné le quart de ses biens aux quatre enfants mâles de Pierre de Gaufreteau, sieur de La Motte : Jean l'aîné, Pierre, Jean le jeune et Joseph; il avait recueilli tout ce quart tant en conséquence de ce testament que par des donations qui lui avaient été faites par ses frères. Cette quatrième partie avait été confondue avec la succession de feu M. de Blésignac, ainsi qu'il appert par le contrat de partage du 22 octobre 1611; de plus, il avait la quatrième partie de tous les biens de feu Pierre de Gaufreteau, sieur de Perreau autrement de Blésignac, tant en conséquence du testament dudit Pierre, du 23 novembre 1600, que des donations deses frères. Viennent ensuite la nomenclature de ses possessions; mais nous ne pouvons pas les indiquer, parce que la suite du mémoire est perdue. En 1657, Pierre et Jean de Gaufreteau, pèreet fils, eurent un procès désagréable avec Jean de Fisson, sieur de Rougerie, valet de chambre du roi : ce procès était intenté par les Gaufreteau à Geneviève, Louise, Marie et Catherine de Nolibois, niècesdu curé d'Espiet dont nous avons raconté les exploits. Geneviève était mariée avec Jean de Fisson. Il s'agissait dans ce procès d'un action en désistement à propos de la métairie de Gazeneau, située à Camiac, et vendue le 20 octobre 1630 par Jeanne Géraud, aïeule des demoiselles de Nolibois, à feu Jean de Nolibois, seigneur de Bouliac, leur père. Il y avait eu, le 12 septembre 1657, une sentence du sénéchal qui déboutait les-dites demoiselles du renvoi qu'elles demandaient devant le iuge ordinaire de l'Entre-deux-Mers où était située la métairie: le sénéchal se fondait sur ce que, les Gaufreteau étant nobles, l'action devait être portée de plein droit d'avant lui, mais Jean de Fisson avait, le 23 décembre 1660, prié la cour de faire extraire certaines pièces qui lui permettaient de déclarer que, bien que les Gaufreteau prissent le titre d'écuyers, ils n'étaient pas nobles, car leur bisaïeul, dans son testament, ne se qualifiait que marchand corroyeur, et que, depuis, ils ne pouvaient produire aucun titre d'anoblissement. Les demoiselles de Nolibois obtinrent, en conséquence, le Ier avril 1661, un arrêt ordonnant que les parties procéderaient en la Cour. La cause paraissant mauvaise aux Gaufreteau, ils se retournèrent en disant que la métairie avait été vendue pour une somme inférieure à sa valeur : ce qui n'était pas exact. Les Nolibois demandèrent que les Gaufreteau fussent déclarés non recevables, condamnés aux dépens tant au sénéchal qu'en la Cour, et elles relaxées. Les documents nous manquent pour nous faire connaître le résultat de ce procès. Cependant, il exite un mandement du 26 mai 1662 pour contraindre Jean et Pierre de Gaufreteau à payer et rembourser deux écus sol et un écu sol et 15 écus sol pour les épices taxées aux arrêts d'entre les parties.

A cette époque, Pierre et Jean de Gaufreteau étaient coseigneurs de Blésignac avec Jean-Jacques de Gaufreteau, fils de Jacques de Gaufreteau, chevalier, baron de Puynormand, Francs, Blésignac et autres lieux, et de Marie Le Berthon.

Le 8 avril 1682, dame Anne de Vincent, femme de noble Izaac du Vergier, écuyer, seigneur de Bauclos, et Pierre et Jean de Gaufreteau, père et fils, écuyers et avocats au parlement de Bordeaux, y demeurant, le fils âgé de vingt-cinq ans, vendirent, pour la somme de 525 livres, à Jean-Jacques de Gaufreteau, tous les biens et tous les droits qu'ils possédaient par indivis dans la paroisse de Blésignac, comme les tenant de Mre Jean Donzeau, prêtre, curé de La Teste. Ce prêtre et sa sœur Mathurine Donzeau, décédée, les avaient recueillis de la succession de leurs père et mère qui les tenaient de feu Etienne Cruzeau, conseiller du roi en Guienne, mari de Catherine de Gaufreteau.

Jean-Jacques de Gaufreteau s'était porté caution de M. de Fournel, tuteur du fils mineur de M. de Noaillac pour une somme de 500 livres qu'il devait à feu M. de Feydeau, chevalier, seigneur de Peyres, Romazières et les Giraudières, mari de Catherine de Gaufreteau, celle-ci, qui demeurait aux Giraudières, en la paroisse de Champniers, agissant comme mère et tutrice de François de Feydeau, chevalier, son fils, le déchargea de cette caution par acte du 2 novembre 1682.

Jean-Jacques était marié avec Olive de Bergeron, fille de Pierre de Bergeron, écuyer, conseiller secrétaire du roi, et d'Olive de Gaufreteau.

Il mourut vers 1685. Sa veuve, qui demeurait ordinairement au château de Blésignac, passait, le 6 mai 1695, au château de Francs, comme tutrice de Pierre de Gaufreteau, seigneur de Blésignac, son fils, une transaction avec dame Charlotte Fortin de La Hoguette, dame de Puynormand, Francs, Bonnemaison, La Chapelle-aux-Eymars et autres places, veuve de Mre Jean-François de Gaufreteau, tant en son nom que comme ayant charge et procuration de Mre Ardouin de Gaufreteau, chevalier, seigneur et baron desdites places, officier aux gardes, son fils, étant alors au service du roi, à propos d'une somme de 1730 livres que son mari devait au feu seigneur de Puynormand et dont 300 livres avaient été payées, il ne restait donc plus à solder que 1430 livres; mais, comme par son testament du 23 juin 1676, feue dame Marie Le Berthon d'Aiguille, dame de Francs et Puynormand, leur belle-mère, avait légué 1000 livres audit seigneur de Blésignac, son fils, cette somme devait être déduite de celle de 1430 livres,parce que ce legs devait être acquitté par la dame de Puynormand; de sorte qu'il ne restait plus à payer par la dame de Blésignac que 430 livres; d'un autre côté, comme elle pouvait avoir droit à quelque portion dans l'héritage de feu Marc-Antoine de Gaufreteau, seigneur de Bonne-maison, leur beau-frère, bien que son testament dût être considéré comme inutile, puisqu'il avait consommé sa légitime au service du roi en achetant diverses charges, il fut convenu entre ces deux dames que Mme de Puynormand abandonnerait les 430 livres restant à Mme de Blésignac pour ce qu'elle pourrait retirer de la succession du sieur de Bonnemaison.

En 1703, Olive de Bergeron fit dresser un terrier de la seigneurie de Blésignac, dans lequel sont signalés les villages de Martin-Boutilhey, de Landreau et Biron, d'Audigey, de Raffarin ou Charrier, de Moucheteau ou La Bareyre, de La Boulangerie, de Tiffonet-Niauton ou des Couders, etc., et parmi les tenanciers on trouve, dans le village de Martin-Boutilhey, Jean de Gaufreteau, écuyer, seigneur du Luc, et Philippe de Fisson, sieur de Monavau, et Jean de Gallateau dans les villages de Landreau et Biron.

Une des filles de Jean-Jacques de Gaufreteau et d'Olive de Bergeron, Marguerite-Rose, se maria, le 29 décembre 1705, avec Jean de Ségur, chevalier, seigneur de Montazeau, de Montaigne et autres places, et lui apporta la terre de Blésignac, où il habitait lorsqu'il acheta, le 2 décembre 1714, à Philippe de Gaufreteau, écuyer, habitant de la maison de Soussac à La Sauve, et à Arnaud et Philippe de Gaufreteau, ses frères, une pièce de terre située dans la paroisse de Blésignac, au tènement de La Boulangerie, près de l'étang du moulin de Romefort; en 1729, il en vendit une autre, située près de ce moulin, au commandeur de Montarouch. Jean de Ségur eut pour fils Alexandre de Ségur, chevalier, seigneur de Montaigne, Blésignac et autres places, habitant ordinairement son château de Montaigne en la paroisse de Saint-Michel, juridiction de Montravel en Périgord; il fit faire, en 1744, un terrier de la juridiction de Blésignac. En 1747, il parait dans un acte de vente comme fils et unique héritier de Marguerite-Rose de Gaufreteau, elle-même héritière testamentaire de dame Françoise de Bergeron, sa tante, veuve de Joseph de Fisson, sieur de Rougerie.

Alexandre de Ségur avait épousé, en premières noces, Marie-Jeanne Sans qui avait apporté 60,000 livres de dot; puis, en secondes noces, Anne de Borie dont il eut, entre autres, Charles-Joseph de Ségur; elle se remaria avec M. Joseph de Ségur de La Roquette, chevalier de Saint-Louis. Après ce second mariage, Marie-Laurence Sans, sœur de Marie-Jeanne et femme de M. de Conseil, conseiller en la grand chambre du Parlement, poursuivit Augan, tuteur onéraire des enfants mineurs de M. de Ségur, pour la restitution de la dot de sa sœur; d'un autre côté, Anne de Borie représenta à M. Aubry, tuteur honoraire de ses enfants, qu'elle désirait qu'il fut incessamment procédé à la liquidation des droits et reprises qu'elle avait sur ks biens de son premier mari, lesquels s'élevaient à des sommes considérables; mais qu'elle voulait que cette liquidation fut faite à l'amiable. En conséquence, un conseil de famille, composé de M. de Maleret, lieutenant criminel en Guienne, M. de La Chassaigne, le chevalier de Pontac, M. de Gaufreteau de Chateauneuf, M. Augan, tuteur onéraire, et M. Aubry, tuteur honoraire, se réunit, sur l'invitation de ce dernier, le 26 juillet 1771, dans la maison de M. de Maleret, et, après avoir examiné les droits réciproques des deux pàrties, jugea qu'il n'y avait d'autres ressources, pour arriver à mettre d'accord leurs intérêts réciproques, qu'à vendre la terre de Blésignac par autorité judicaire.

Elle dut être achetée, au moins en partie, au nom des enfants d'Alexandre de Ségur, puisque, le 15 septembre 1774, Charles-Joseph de Ségur, seigneur de La Roquette et de Blésignac, reconnut de Jean-Baptiste de Thaon, grand-croix de Saint-Jean de Jérusalem, commandeur d'Arcins, de Montarouch, etc., du moulin de Raulet, autrefois de Rafarin situé à Blésignac.

Quelque temps après la Seigneurie fut vendu à M. de Cassaigne qui garda le château de Blésignac pendant la Révolution, et le laissa à M. Vincent, son neveu, dont les héritiers l'ont vendu, vers 1868, à M. Saujon, qui le possède encore.

Source : Un coin de l'entre-deux-mers ou Étude de moeurs au XVIIe siècle en pays bordelais, de Léo Drouyn.

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