05 janvier 2016

Page 186

Déjà le comité de Nontron avait envoyé plusieurs prétendus suspects à Paris, c'est-à-dire à l'échafaud. M. de Saint-Martial, ce nouvel avocat des pauvres, si bienfaisant, si recommandable à tous égards, fut long-temps défendu par sa popularité ; mais il était mal recommandé par sa fortune et son ancienne présidence d'une cour souveraine, il fut arrêté à son tour. Comme il était souffrant de la goutte, on l'avait déposé dans une auberge, sous la surveillance d'une garde particulière. J'allais l'y voir le plus souvent lorsque j'allais à Nontron. Il me témoigna un jour son impatience d'être jugé, n'ayant rien, disait-il, à se reprocher ; et qui le savait mieux que moi ? Je l'engageai à patienter le plus possible. Enfin son tour arriva lorsque Robespierre venait de tomber ; mais la cruelle guillotine avait gardé quelque temps encore son mouvement destructeur ! M. de Saint-Martial se trouva de la même fournee que le célèbre arrêtiste M. Sirey et M. Moulin de Périgueux, jeune avocat de si grande espérance ; et que MM. Pipaud, de Thiviers, et Lambertie, de Limoges ; ces trois derniers furent victimes, les deux autres eurent le bonheur d'échapper. M. de Saint-Martial, à son retour de cette boucherie, me fit l'amitié de venir me voir à la campagne ; combien j'eus de plaisir à embrasser ce pauvre ressuscité. Un peu avant les plus mauvais jours, j'avais fait avec lui un arbitrage, entre le vieux marquis de Chapt et la veuve d'Odet son fils unique, décédé sans enfans au château de Laborie près de Brantôme. Cette dame, née Debrosses, épousa ensuite M. le comte Trion de Montalambert, que je vis depuis, sous l'empire, questeur du corps législatif. Cette circonstance m'avait mis en relation avec le vieux marquis, dont le frère, archevêque, avait été septembrisé aux carmes de la rue Vaugirard. J'allai deux fois le voir dans son château de Bernardières dont parle Brantôme, pour avoir eu l'insigne honneur d'être assiégé par Duguesclin. Le marquis de Chapt, n'ayant point d'enfans, épousa dans la suite, in extremis, une jeune parente, née Chaban (aujourd'hui madame de Belussière), à laquelle il laissa de grandes terres, mais aussi avec de grandes charges.

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Page 185

La constitution civile du clergé l'avait divisé en deux partis très-opposés : les prêtres insermentés qu'on allait bientôt déporter et ceux qui crurent trouver le repos en prêtant le serment ; mais les habiles ne voulaient ni des uns ni des autres. Notre vénérable curé de Pluviers, M. Basset-des-Rivailles, m'ayant un jour demandé mon avis sur cette grande controverse, je sais, lui dis-je, combien vous êtes attaché à vos paroissiens, et vous savez combien vous leur êtes cher. A votre place, je me jetterais aux pieds de mon crucifix ; j'y prierais Dieu de m'éclairer, et si en me relevant, je n'éprouvais pas une forte répugnance à prêter le serment, je le prêterais. Ce bon pasteur resta ainsi dans sa paroisse ; mais les temps devinrent si mauvais qu'il fallut se retirer dans sa famille au Forestier. Le lendemain de son départ fut un jour de deuil dans la commune. Un grand nombre d'habitans et surtout de simples cultivateurs s'étaient réunie dans l'église. J'y allai moi-même pour observer ce qui se passerait ; madame Durepaire s'y était aussi rendue : au milieu de la douleur publique, elle m'engagea à monter dans la chaire pour donner à ces bonnes gens quelques paroles de consolation et d'espérance ; ce que je fis de mon mieux dans l'idiome du pays. Dès-lors les autels du Christ et de la Vierge furent envahis par les déesses de la raison. Mais ces misérables jongleries tombèrent enfin dans le dégoût, les vrais autels se relevèrent et notre bon curé revint. Lorsque dans la suite j'étais préfet à Chambéry, je me rappelle que cet excellent prêtre m'écrivait qu'il ne m'oubliait point dans les memento efficaces. Et certes il n'en est point en qui j'eusse plus de confiance que dans les siens. Le prieur Bourdeau avait fait comme M. Basset ; quand la place ne fut plus tenable, il s'était retiré dans mon petit castel de Ladomaise ; mais il était là trop près de Saint-Barthélemi. Il fallut se retirer dans sa famille à Rochechouart, non sans l'espoir de revenir un jour à son presbytère, ce qui n'a jamais pu se réaliser.

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Pages 105-108

Non contens de voir les gardes nationales formées dans Paris et dans les principales villes de France, les chefs de la révolution voulaient que toutes les communes fussent armées. Dans ce but, on imagina de répandre partout un certain effroi, par des moyens divers appropriés à chaque division du territoire. Ainsi le même jour, à la même heure, on fit partir de Paris un grand nombre de courriers, porteurs d'instructions secrètes, qu'ils devaient laisser partout sur leur passage. Dans les environs de la capitale, c'était des brigands qui brûlaient les meules de blé et de foin ; au nord, c'était une irruption d'Allemands ; à l'ouest, une colonne de dix mille Anglais qui ravageaient le pays par le meurtre et l'incendie. Le trouble des esprits rendait tout croyable ; le tocsin des communes de campagne portait l'alarme, de proche en proche, dans les chaumières comme dans les châteaux. Je me trouvais ce jour-là à Nexon. Dans l'après-dinée, étant allé voir M. le curé Desthèves, je le trouvai assis sur un banc, au fond de son jardin, avec M. l'abbé Doudet, curé voisin ; je ras invité a prendre place entre eux. Nous causions ensemble de la révolution que nous ne voyions pas tout-à-fait du même œil, lorsque nous vîmes apparaître, au bout de l'allée en face de laquelle nous nous étions placés, M. Labesse, vicaire, qui venait de dîner chez un curé voisin et s'avançait vers nous à grand pas. Aux armes ! aux armes ! s'écria-t-il du milieu de l'allée, d'un ton moitié plaisant et moitié sérieux. Il nous raconta qu'au moment où l'on allait commencer une partie de jeu, il était arrivé, en très grande hâte, un domestique de la maison des Cars, portant pour nouvelle qu'un corps de dix mille Anglais s'avançait de nos côtés, laissant partout la désolation sur son passage. Les villes de Confolent et de Rochechouart avaient été brûlées, et déjà Châlus était en feu ; le tocsin de Saint-Hilaire et des environs sonnait lorsqu'il en était parti. Je rentrai bientôt à la maison et fis part de cette étrange nouvelle à mes vieux parens, qui n'en parurent guère affectés ; je l'étais assez peu moi-même. Ce commun sang-froid me donna l'idée de monter dans ma chambre, examiner une procédure, dans laquelle je devais plaider le lundi suivant, pour un M. Puimoulinier.

A peine s'était-il écoulé un bon quart d'heure, que j'entendis sonner le tocsin ; je quittai alors la plume et me mis à la fenêtre, pour voir, sur la place publique, ce qui se passait. J'y aperçus un groupe nombreux de personnes que pérorait notre estimable pasteur ; j'y accourus et je pus entendre les dernières paroles d'encouragement à nous défendre, proférées par M. Desthèves. L'arrivée inopinée du chevalier de Laplace-Rongeras, qui venait de Limoges, confirma l'alarme. Il avait laissé la ville dans le plus grand émoi ; il n'avait pu en emporter qu'une quantité limitée de poudre et de plomb, dont il venait nous faire part. On convint que le soir après souper, tous les hommes en état de s'armer comme l'on pourrait, se réuniraient au château, pour de là s'aller poster sur les hauteurs qui dominent le village du Courden. Comme nous montions au-dessus du Châtenet pour aller prendre des positions, le baron des Etangs, nouvellement arrivé de voyage, était venu nous joindre en bottes et éperons. Il broncha si fort dans un mouvais sentier, qu'il ne put s'empêcher de tomber. Le Français rit de tout, en toute occasion : Ah ! dit-il, en se relevant, cen est fait des Anglais, s'ils passent par là, nous n'aurons aucun coup à tirer. Quand nous fûmes arrivés au poste, dominant un défilé par où l'ennemi devait arriver, la nuit était déjà très-obscure. D'autres habitans venaient par d'autres sentiers se joindre à nous. Au moindre bruit, on s'avançait pour les reconnaître, en leur criant : Ey co vautreix ? Il était plus de deux heures après minuit et rien n'avait encore apparu ; je pris le parti de me retirer tout doucement et chacun, je crois, en fit de même un peu plus tôt ou un peu plus tard. Une lampe brûlait dans la chambre où mon père et ma mère dormaient paisiblement ; à côté de leur lit, étaient un fusil et une petite hache à long manche, que nos Pères appelaient hachoupy. Je montai me coucher ; je ne me réveillai que lorsque le soleil était déjà haut sur l'horizon, et rien n'avait bougé. Cette alerte eut lieu dans nos contrées un jour de mercredi du mois d'août 1789. Elle était arrivée au marché de Piégut, vers les onze heures du matin, et dès les deux heures après midi elle était parvenue à Nexon, distant de huit bonnes lieues detraverse.

Peu de jours après cette grande panique, un gentilhomme des environs de Saint-Angel (Corrèze), peu favorable au nouvel ordre de choses, fut accusé de vouloir faire une contre-révolution. La multitude égarée se porte à son manoir ; elle y trouve quelques fusils, quelques vieilles armures, notamment une grande arquebuse propre à tirer les canards sauvages. En voilà plus qu'il n'en faut, comme pièces de conviction : mon gentilhomme est aussitôt saisi pour être conduit à Limoges avec une forte escorte. A son approche, je promenais sur la terrasse de M. l'avocat Boissou (boulevart du Saint-Esprit). Un détachement du régiment de cavalerie avait été envoyé à l'avance de l'escorte corrésienne. La population s'était portée en foule au-delà du pont Saint-Martial, pour la voir arriver ; l'intendant lui-même, M. Daine s'y était rendu à pied. Je vis commodément, de l'endroit où j'étais, passer le cortège. Le conspirateur marchait tristement entre deux haies de gardes à cheval, portant en trophée les armes saisies, notamment une vieille conlevrine qui fixait tous les regards. Malheur au prévenu s'il se fût échappé au milieu de la foule ; tant était grande l'irritation. Dans une telle circonstance, par une innovation heureuse, le tribunal criminel voulut que l'accusé subît en public son interrogatoire. Il fut reconnu que l'accusation n'avait aucune espèce de fondement ; chacun eut à rougir d'avoir un moment partagé l'erreur populaire, et le prévenu dut s'en retourner dans son castel, bien surpris de l'honneur qu'on lui avait fait de le croire si redoutable.

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Page 104

Les journaux étaient avidement recherchés dans les provinces comme dans la capitale : chacun voulait assister, de près ou de loin, au grand drame qui se préparait. J'était abonné au journal de M. Brissot-de-Warville, Le Patriote Français, et j'en ai recueilli les premiers numéros en deux vol. in-4° ; c'était mon maître en Droit public ; c'était pour moi, en ce genre, la loi et les prophètes ; mais cette confiance s'affaiblit beaucoup lorsque je pus voir les choses de mes propres yeux. Depuis que le comte de La Ramière était allé mourir dans son château de Nontron, madame la comtesse (née Pichon-de-la-Rivoire), sa seconde femme, était venue de Paris habiter celui de Peucharneau, dans mon voisinage. Avec un esprit vif et cultivé, cette dame se montrait favorable aux idées nouvelles, tandis que son mari en eût été profondément affecté. J'avais l'honneur de la voir quelquefois, et nous changions ensemble nos journaux, pour mieux voir la marche des événemens. Au milieu de l'agitation des esprits, je revins quelque temps après an barreau de Limoges, afin d'être plus près des événemens. Je m'y trouvais lors de la prise de la Bastille, cette grande victoire du peuple, qui répandit partout l'enthousiasme de la liberté. On avait arboré aussitôt la cocarde aux trois couleurs, et il s'était formé des gardes nationales dans toutes les villes un peu considérables. Un jour que j'étais parti, un peu tard de Limoges, pour me rendre à Nexon, M. l'abbé Labesse, mon compagnon de voyage, me proposa d'aller coucher à l'abbaye de Solignac. Il y avait alors un cours de novices, parmi lesquels je trouvai un jeune homme de Nontron, M. l'abbé Lapouraille. Le prieur nous fit bon accueil, quoique un peu offusqué de la cocarde que j'avais à mon chapeau. Cette révolution, nous dit-il, a été produite par les besoins du trésor ; mais, pour remplir le déficit, on aurait pu s'adresser au clergé ; et notre seul Ordre (celui des Bénédictins) aurait fourni plus de neuf millions.

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Page 198

Il fut un temps, pendant lequel le cours de la justice avait été suspendu dans la Dordogne, en vertu d'un arrêté de je ne sais quel représentant. Tous les procès devaient être jugés par des arbitres ; et quand le litige existait entre des parens ou co-héritiers, les arbitres prononçaient en tribunal de famille. La régie avait mis sous le séquestre le château de Nontron et ses dépendances, comme faisant partie du domaine public. Cette propriété avait passé de M. de Laramière aux enfans mineurs Mazerat. Le procès devait être jugé par deux arbitres respectivement nommés et en présence du commissaire du pouvoir exécutif. La régie avait nommé pour son arbitre l'avocat Duchasseing ; je fus prié d'être celui des mineurs. Les temps étaient des plus mauvais ; je m'excusai auprès de madame Mazerat, tutrice de ses enfans (par ce motif qu'elle avait dans sa propre maison deux avocats bien capables de la défendre, M. Mazerat, son beau-frère et M. Delage). A mon premier voyage, j'allai lui renouveler mes excuses, sur des motifs généraux. Je dinais, ce jour-là, chez M. l'avocat Feuillade. A la fin du dîner, dans un moment où M. Feuillade et moi étions seuls à causer, madame Mazerat vint encore me renouveler sa demande. Cette fois, je lui parlai des deux défenseurs qu'elle avait à sa disposition... Voyant alors couler des larmes, je m'empressai de lui dire que je me chargeais de sa défense. Il me fut ensuite remis an bon nombre de vieux titres, provenant du Chartrier de Peucharnaud. D'après leur examen , la prétention de la régie me parut mal fondée, en ce que la baronnie de Nontron, vendue en 1600 par Henri IV à Elie de Collonges, provenait de Marguerite de Bourbon, sa sœur, au nom de laquelle Henri l'avait vendue. C'est en ce sens que je rédigeai un mémoire pour écarter la domanialité. La discussion eut lieu en présence du commissaire exécutif. Il y eut partage ; ce partage fut ensuite vidé à l'avantage des mineurs, et la saisie nationale fut annulée.

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Page 194

Nous étions partis de Bergerac avec M. de Rastignac et son régisseur, pour venir coucher à Villamblard ; nous y trouvâmes plusieurs commissaires-voyers que Lakanal envoyait dans tous les cantons, pour presser l'exécution de son arrêté relatif à la réparation des routes. C'était l'auberge pleine ; malgré le nombre des voyageurs, le souper fut satisfaisant et surtout bruyant. On chanta force chansons patriotiques ; on dansa ensuite avec la demoiselle et les filles de l'auberge. Quand nous arrivâmes à Nontron, on y avait arrêté, depuis quelques heures seulement, deux officiers municipaux destitués (M. Duboffranc, ancien subdélégué et M. Mazerat, ancien juge). Nous étions porteurs de la parole du représentant, que tout devait rester en l'état, jusqu'à ce qu'il vînt à Nontron. Je fus appelé au comité pour attester la chose ; mais le comité persista à dire froidement : Nous avons le pouvoir de lier et non de délier. Par suite de cette arrestation précipitée, le malheureux Duboffranc alla peu de mois après porter sa tête sur l'échafaud. M. Mazerat, en sortant de prison, se retira à Paris, où il avait épousé une jeune femme, aussi honnête qu'elle était aimable et bonne ; il y fut nommé juge au tribunal de la Seine et mourut quelque temps après. A mon retour à Puiraseau, j'allai travailler à la corvée pour réparer les chemins de notre commune ; j'y avais amené dans un tombereau ma femme et mes enfans, pour qui c'était une fête. De son côté, madame la comtesse de Laramière, affublée d'un petit tablier de chambrière, s'était rendue avec sa fille, depuis madame de Wismes, à l'atelier le plus voisin. Ce grand œuvre devait être terminé au-bout de trois jours, et chaque canton en dressait procès-verbal. Dans celui de Bussière, comme sans doute dans tous les autres, les travaux étaient loin d'être achevés. Le rédacteur du procès-verbal hésitait à ce sujet, lorsque l'honnête voyer lui dit : Mettez que tout est fini, Lakanal le veut ainsi.

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03 janvier 2016

La municipalité de Nontron contre Mazerat

Les conflits locaux relatifs aux offices municipaux suscitent une plus grande inquiétude, tant dans les bureaux de l'intendance que dans ceux des ministres à Versailles, lorsqu'ils provoquent l'intervention du Parlement de Bordeaux. Un incident mineur, survenu à Nontron, petit bourg du Périgord septentrional, pendant la guerre d'Indépendance d'Amérique, va très vite être exploité par les parlementaires bordelais pour aboutir à l'interdiction provisoire faite aux officiers municipaux d'exercer leurs fonctions. Le juge de la localité, le sieur Mazerat et son fils, créatures affidées du seigneur de cette cité, le président à mortier Paul-Marie de Lavie, s'en prennent aux officiers municipaux qui ont assisté à un Te Deum et organisé un feu de joie, conformément aux ordres du maréchal de Mouchy, en octobre 1779. Or, dès le lendemain, les édiles reçoivent un acte d'opposition du président de Lavie, pour avoir tenu une assemblée avec port d'armes. Informé, le maréchal rassure les édiles nontronnais car il a demandé au baron de Nontron de clore discrètement cette affaire. La réaction d'orgueil des magistrats municipaux va se retourner contre eux. En effet, prévenu à son tour, le ministre Bertin réagit et adresse un avertissement à la famille Mazerat, avec inscription sur le registre des délibérations de la communauté. Confortés par ce succès, les édiles nontronnais évoquent avec le président de Lavie la saisie du Conseil du roi en cas de nouvelles menaces de la part de la famille Mazerat. Le magistrat bordelais répond par deux arrêts du parlement de Bordeaux qui enjoignent aux officiers municipaux de remettre leurs titres à la Cour souveraine et de cesser leurs fonctions, sous peine d'emprisonnement. Alerté, le subdélégué Duboffrand, après avoir relaté à l'intendant Dupré de Saint-Maur les diverses péripéties de cette affaire, réclame la cassation de ces deux arrêts et la condamnation des Mazerat, père et fils, à une forte amende, pour s'être opposés à l'application de l'édit de novembre 1771.

Source : Anne-Marie Cocula, 2009.

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Lettre de Boisbertrand

La polémique engagée à propos du chemin de fer projeté d'Angoulême à Nontron vient de provoquer, de la part de M. Ad. B. de Boisbertrand, une lettre, datée de la fonderie de Lachapelle-Saint-Robert, et dont nous extrayons les passages suivants :

Le Bandiat a ses hauts fourneaux en partie en activité ; mon beau-frère, M. de Bourdage, propriétaire des hauts-fourneaux de Lachapelle-SaintRobert, et M. Masse, propriétaire à Jommelières, fournissent des fontes à la fonderie impériale de Ruelle, non pas par mille kilogrammes, mais par millions de kilogrammes ; les épreuves faites ces jours-ci encore à Ruelle, avec les fontes provenant de ces hauts-fourneaux, ont donné les plus beaux résultats; la dernière épreuve faite avec les fontes de Lachapelle-Saint-Robert a été des plus décisives. En effet, un canon de trente a tiré 200 coups poussés à outrance sans éclater, et il est montré a la fonderie impériale comme une victoire remportée par les minerais du Bandiat sur les minerais étrangers.

Voilà des preuves éclatantes de l'existence de ces minerais du Bandiat qu'on prétendait épuisés ! Je disais en 1864, dans un rapport que m'avait prié de lui faire M. Turgan, ingénieur attaché à la maison de l'Empereur, que les minerais du Bandiat étaient inépuisables, et tout vient à l'appui de mon assertion, car la fonderie de Lachapelle-Saint-Robert a passé, au mois de septembre, avec le gouvernement, un marché de 1,200,000 kilogrammes de fonte, dont 600,000 livrables dans la campagne courante; à cette époque, et ceci est à bien noter, les parterres de la fonderie de Lachapelle n'avaient aucun approvisionnement, et dans le courant de juin prochain Lachapelle aura livré ses 600,000 kilogrammes.

Si les minerais du Bandiat étaient épuisés, les fourneaux n'auraient pu trouver d'approvisionnements aussi abondants en aussi peu de temps, et je ne doute nullement que si une compagniecvoulait exploiter en grand les gisements miniers du Bandiat, elle fournirait bien au-delà des besoins des hauts-fourneaux du pays.

Je disais encore, dans mon rapport à M. Turgan, que le gouvernement qui, alors, abandonnait le Bandiat, reviendrait plus tard sur celte décision. Du reste, c'était parfaitement l'avis du commandant Larma, qui était alors à Ruelle. Je ne me trompais donc pas, puis qu'aujourd'hui, d'après les dernières épreuves, nous ne serons plus à la merci des minerais étrangers, et je le dis bien hautement, il n'y a pas de fontes en Europe à pouvoir donner de meilleurs résultats que celles du Bandiat.

(Moniteur des métaux ouvrés et de la métallurgie en général, 1869)

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Visite de Ruelle

La fonderie de canons de la marine à Ruelle, que le ministre de la marine a visitée aujourd'hui, est située sur la Touvre, l'un des affluents de la Charente, à sept kilomètres d'Angoulême.

Cette usine, créée en 1750 par le lieutenant général Marc-René de Montalembert, fut acquise par l'Etat en 1755. Etablie à cheval sur la Touvre, dont le niveau est invariable, qui ne gèle jamais, et qui lui distribue l'eau nécessaire comme force aux moteurs de l'usine, à proximité de fort belles forêts et des abondantes minières de la vallée du Bandiat très riches en gisements de minerais d'excellente qualité, elle était, à l'origine, à même de produire les bouches à feu en fonte réglementaire à un prix de revient relativement minime.

Aujourd'hui, l'adoption de l'artillerie en acier et l'abandon presque complet des bouches à feu en fonte n'ont pas diminué les facilités de production de l'établissement. Des ateliers puissamment outillés où tous les procédés mécaniques les plus perfectionnés ont été concentrés mettent Ruelle au premier rang des usines de ce genre de la France et de l'étranger.

Ruelle constitue actuellement l'unique usine où la marine puise son matériel d'artillerie. Les fonderies de Saint-Gervais et de Nevers ayant été supprimées et leur matériel concentré à Ruelle, cette concentration a donné à l'établissement une importance considérable.

800 bouches à feu de tous calibres (depuis le canon de 42 centimètres jusqu'à celui de 65 millimètres), destinés à la flotte, y sont en ce moment en voie de fabrication. L'effectif du personnel qu'y entretient l'Etat est actuellement de 1,000 officiers, employés et ouvriers. Un colonel d'artillerie de marine en a la haute direction.

C'est de Ruelle qu'est sortie toute la grosse artillerie de notre flotte de combat. Ses communications par voie ferrée sont assurées avec chacun de nos ports militaires.

Depuis un an, sur l'impulsion donnée par M. Barbey, les fabrications d'artillerie ont reçu à Ruelle un grand développement par de nouvelles commandes considérables et surtout par la création d'un outillage spécial à la confection des canons à tir rapide nécessaires à l'armement de nos escadres. Nous ne croyons pas devoir nous étendre sur ce sujet intéressant la défense nationale. On comprendra notre réserve. Mais la visite que fait aujourd'hui le ministre de la marine à Ruellë montre l'importance de l'effort que l'on attend du personnel de cet établissement et témoigne de l'intérêt que le gouvernement attache au fonctionnement régulier de cette usine nationale.

Arrivé à Ruelle aujourd'hui mercredi par le train de 5 h. 40 du matin, le ministre a reçu la visite de tout le personnel officier et s'est rendu ensuite dans l'usine qu'il a visitée dans ses moindres détails. Un canon de 32 centimètres a été coulé devant lui. Il a également assisté à un tir d'expérience avec un canon de 10 centimètres transformé à tir rapide. Cette dernière opération a paru vivement l'intéresser.

Sa réussite va en effet amener une révolution complète dans l'armement de la flotte, par la transformation en canons à tir rapide de tout notre armement en canons ordinaires de 10, 14 et même 16 centimètres.

Le ministre a quitté Ruelle dans la soirée, se rendant aux forges industrielles de Commentry.

(Le Figaro, 1891)

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Les industries nontronnaises

La région nontronnaise ayant un sous-sol abondamment pourvu de minerai de fer et étant couverte d'immenses étendues boisées, avait à pied d'œuvre la matière première nécessaire à la fabrication du fer, aussi cette industrie se développa-t-elle dès une époque très reculée et au moyen âge, dut être déjà très florissante.

Sur la rivière le Bandiat et dans le voisinage immédiat de Nontron on trouvait quatre hauts fourneaux et sept forges à martinet, ainsi nommées, du lourd marteau mu par l'eau.

Les maîtres de forge

La forge à haut fourneau de Lavenaud produisait tous les vases en fonte, celle de Jommelières, de Forge-Neuve et de La Chapelle Saint-Robert, fondaient aussi des canons. Des forges à martinet sortaient des instruments divers et surtout un acier particulièrement renommé. Les plus actives étaient celle de Brouillaud, de Lamendeau, du Huisseau-de-l'Etang, qui exportaient jusqu'en Angleterre des poêles à frire particulièrement appréciées.

Une industrie si prospère enrichissait de nombreuses familles, nobles et bourgeoises, et faisait vivre sans aléa un nombre croissant d'ouvriers; jusqu'au milieu du siècle dernier cette industrie connut une prospérité sans éclipse, la forge de Jommelières, pour n'en dire qu'une, employait 110 ouvriers et produisait 12.000 à 13.000 quintaux de fonte. A leur apogée, en 1860, ces forges si florissantes, richesses du pays allaient s'éteindre l'une après l'autre, et disparaître en l'espace de moins de 10 ans. Le traité de commerce que la France signa le 23 janvier 1860 avec l'Angleterre devait ruiner cette industrie. La France passait subitement du régime de la protection douanière au régime du libre échange, qui abaissait considérablement les droits d'importation sur la houille et la fonte anglaise. Les vieux procédés au charbon de bois ne purent tenir devant les nouveaux procédés de traitement des minerais de fer par la houille, qui amenèrent la chute verticale des prix du fer et de la fonte; les voies de communication et la houille manquant dans notre pays, l'industrie locale dut capituler.

Les tanneries

Après celle des maîtres de forge, la principale industrie était celle des maîtres tanneurs. L'annuaire de la Dordogne de 1803 parle de cette industrie en ces termes :

« Les meilleures tanneries sont à Nontron; cette ville en a douze où l'on fabrique parfaitement le veau blanc, la basane, la vache, en croute ou lissée. Tous ces cuirs sont supérieurs à ceux des départements voisins; on attribue en partie cette supériorité aux eaux du Bandiat qui ont la propriété de rendre la matière souple et très moelleusse. »

Plus tard, ces tanneries furent au nombre de quatorze, mais depuis le libre échange, elles ont successivement périclité et la dernière a disparu il y a une soixantaine d'années.

Seule une filiale de ces industries si florissantes a survécu. Les aciers fournis par certaines forges étaient d'une qualité spéciale et il était tout naturel qu'on les employa dans la région; ainsi naquit et se développa la coutellerie nontronnaise, qui, dès la seconde partie du XVIIIe siècle, était déjà appréciée dans toute la France. Aujourd'hui la coutellerie nontronnaise ne pouvant avoir le privilège exclusif de la qualité, s'est spécialisée pour garder un cachet tout à fait propre et particulier.

La coutellerie

Les principales spécialités de couteaux de Nontron sont : le couteau à virole et à manche en buis pyrogravé et de formes particulières, en queue de carpe ou en sabot et les petits couteaux miniature. Cette dernière production de la coutellerie nontronnaise excite au plus haut point la curiosité et la surprise des visiteurs; comment pourraitil en être autrement quand il vous est présenté douze petits couteaux dans une coquille de noix, de noisette et même dans un noyau de cerise, et lorsqu'on s'aperçoit que ces couteaux s'ouvrent, se ferment et coupent comme leurs grands frères.

On peut obtenir un noyau de cerise contenant 150 couteaux ne pesant ensemble qu'un gramme! On avouera qu'il y a là de la part de cette industrie un véritable tour de force.

A côté de cette industrie il faut en citer quelques autres, qui, sans avoir l'originalité de la coutellerie, n'en sont pas moins des sources de richesses pour le pays.

Le chausson de feutre

En premier lieu, la fabrication du chausson de feutre. Cette industrie qui prit naissance tout de suite après la guerre, fait travailler plus de 400 ouvriers, se répartissant dans une douzaine d'usines de différente importance. Se pratiquant comme on le voit sur une vaste échelle cette industrie nontronnaise concurrence les gros centres producteurs de chaussons, tant par ses prix avantageux que par la qualité, ceci grâce à des conceptions de travail toutes modernes qui font honneur aux actifs Nontronnais qui en ont pris l'initiative.

Cette industrie devait en faire naître une autre. En effet, sur le Bandiat, un peu en dehors de la ville, une usine tisse, foule et teint le feutre de laine destiné à la confection des chaussons.

Les paillons

Les pays avoisinants, granitiques, cultivent beaucoup de seigle, il était normal qu'une industrie utilise cette paille spéciale, longue et élastique; c'est ce qui amena la création de trois fabriques de paillons pour bouteilles : une à Saint-Pardoux, une à Jommelières et une autre à Brouillaud, tout près de Nontron. Ces industries bien que touchées par la loi de prohibition en Amérique n'en sont pas moins prospères, et le touriste, que la fabrication du paillon intéresse, trouvera à Brouillaud un site admirable qui le dédommagera amplement des trois kilomètres qu'il aura fait.

Les fers à sabots

Une autre usine a vu récemment le jour dans notre cité; usine modeste certes, mais qui ne manque pas d'originalité, ne serait-ce que par la rareté de ses pareilles; deux centres seulement en France de production rationnelle de fers à sabots : Tours et Nontron. Originale aussi par son mode de fabrication des fers, dont la façon est uniquement et entièrement menée par pression et sans l'aide du feu.

Autres industries

La qualité des roches du pays les font rechercher dans de nombreuses carrières à ciel ouvert; tantôt c'est un calcaire approprié comme à Jommelières, qui sert à faire un macadam spécial pour le revêtement des routes, tantôt c'est un granit ou un grès que l'on extrait de notre sol pour faire des pavés ou pour construire des monuments qui se riront des injures du temps.

Enfin, si on ajoute nombre de petites industries urbaines particulières, telles que la fabrication des sabots, des conserves alimentaires, des biscuiteries, qui méritent une mention toute spéciale pour l'importance de leurs exportations, trois imprimeries (2 journaux hebdomadaires), des eaux gazeuses, des scieries, des minoteries le long du Bandiat, des fabriques de tuiles et de briques près des gisements argileux; si on ajoute que Nontron possède des ébénistes remarquables par la façon moderne avec laquelle ils travaillent les beaux bois du terroir, on se rend compte que le Nontronnais n'a rien perdu de son caractère industrieux, que malgré les revers de ses ancêtres, il a su remonter, puis franchir la mauvaise passe et qu'il cherche à augmenter sans cesse la prospérité de sa ville en même temps que la sienne propre, grâce à ses merveilleuses facultés d'adaptation, à son énergie et à ses connaissances des possibilités du pays.

(Revue économique du Centre-Ouest, 1937)

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