26 février 2016

Babaud-Laribière, un notable franc-maçon

Babaud-Laribière (François Saturnin dit Léonide)

Né le 5 avril 1819 à Confolens (Charente).
Mort le 26 avril 1873 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) à l'hôtel de la préfecture après une très longue malade.

Préfet : Charente.
Date de nomination : 5 septembre 1870.
Date de rémission ou de révocation : (non avenue le 26 septembre 1870), 9 février 1871.

Famille : issu d'une ancienne famille de noblesse de robe, originaire de Mirebeau (ville du Poitou). Sa propre famille s'établit à Confolens au XVe siècle. Elle est composée de propriétaires et de commerçants de la bourgeoisie aisée. Elle compte plusieurs maires perpétuels de Confolens au XVIIIe siècle.

Père : Jean-Baptiste Babaud-Laribière (1783-1850).
Profession du père : propriétaire.
Mère : Françoise Bélore de Lagrange-Labeaudie (1783-1847).

Grand-père paternel : Pierre Babaud-Laroze (1743-1821), sieur de Praisnaud, avocat, puis juge au tribunal civil de première instance de Confolens, époux de Marguerite de Lagrange, fille d'un marchand bourgeois, anobli par l'achat d'une charge de sécrétaire du roi. Pierre Babaud est le fils de Piere Babaud (1699-1749) et de Magdelaine Parrat.

Grand-père maternel : Igance de Lagrange-Labeaudie, propriétaire à Exideuil (Charente), époux de Françoise Verneuil Bourdier de La Maillerie.

Oncles paternels : (1) Guillaume babaud (1774-?), propriétaire à Confolens.
(2) Pierre Babaud-La Belgique (1776-?), propriétaire à Confolens.
(3) Jean-Baptiste Babaud-Praisnaud (1783-1851), avocat à Confolens, sous-préfet de Confolens de 1830 à 1848.

Oncles maternels : (1) Pascal-Eugène de Lagrange-Labeaudie (1785-?), propriétaire, commandant de la garde nationale de Confolens, époux de Marie-Louise Boucheul dont (a) Marie-Antoinette de Lagrange-Labeaudie, (b) Armand de Lagrange-Labeaudie (1812-1848) et (c) Paul de Lagrange-Labeaudie.
(2) François Némorin de Lagrange-Labeaudie (1796-1867), magistrat à Confolens, époux d'Ursule-Lucile Rangier (1804-1880), dont (a) Léontine de Lagrange-Labeaudie (1829-1925), épouse de François-Charles Babaud-Laribière (1824-1890), frère du préfet, et (b) Pascal-Eugène de Lagrange-Labeaudie (1841-?).
(3) François-Emmanuel de Lagrange-Labeaudie (1785-1870), propriétaire, maire d'Exideuil, époux de Marie-Victorine Dupont-Lasserve (1797-1879), dont postérité.
Tante maternelle : Marguerite-Estelle de Lagrange-Labeaudie (1794-1881), épouse de Jean-Baptiste Lagrange-Videaud, propriétaire.

Frères : (1) François-Charles Babaud-Laribière (1824-1890), propriétaire, époux de Léontine de Lagrange-Labeaudie (1829-1925), fille de François Lagrange-Labeaudie (voir plus bas), dont (a) Magdeleine-Anne Babaud-Laribière (1856-1924), épouse de Victor Corderoy-Labussière (1851-1910), propriétaire, conseiller général de la Charente, dont Marie-Anne Corderoy-Labussière (1878-1933), épouse de Charles de Vexiau et (b) Lucile Babaud-Laribière (1859-1943), épouse de Frank Maury, propriétaire dans la Dordogne, dont Marguerite Maury (1881-1943), et Pierre Maury-Laribière (1883-1956), dont postérité.
(2) François-Bélisaire Babaud-Laribière (1811-1841), propriétaire, docteur en médecine, médecin chef de l'hôpital de Confolens, sans alliance.

Sœurs : (1) l'épouse de De La Laurentie, dont Marthe de La Laurentie.
(2) Catherine-Adèle Babaud-Laribière (1812-1813), morte à six mois.
(3) Marie-Julie Babaud-Laribière (1816-1819), morte à trois ans.

Parents : (1) Dominique Babaud-Lacroze (1807-1864), propriétaire, époux de Antoinette Flavier, dont (a) Marthe Babaud-Lacroze (1843-1885) et (b) Pierre-Alfred-François dit Antoine Babaud-Lacroze (1846-1924), homme politique (voir plus bas), époux de Marie-Louis Morichon, dont Léonide Babaud-Lacroze (1876-1949), docteur en droit, commissaire du gouvernement près le conseil de préfecture de la Seine, époux de Yvonne Marchal, (2) Vincent de Lagrange-Labajourderie, avocat, maire de Confolens sous le Second Empire, chevalier de la Légion d'honneur, époux de Marie-Louise Meaudre-Dassit dont Marie-Martin-Octave de Lagrange-Labajourderie (1831-1866), magistrat à Châteauroux puis à Limoges, (3) Jean Lavallée (1806-?), avocat, conseiller général de la Charente, sous-commissaire du gouvernement à Ruffec en février 1848, représentant du peuple en avril 1848, (4) Édouard-Pasquet Labrosse (1833-?), juge de paix à Charroux (Vienne) et (5) Antoine-Jean-Baptiste Babaud-Lafordie, avocat, maire de Confolens sous la Restauration.

Épouse : épouse le 17 avril 1871 à Saint-Maurice-des-Lions (Charente), Magdelaine-Marie-Angéla Duval-Papius (1836-?), fille de Joseph-Cyprien Duval-Papius (1800-1863) et de Marguerite-Célestine Bordier-Lanauve. Angéla Duval-Papius a épousé en premières nonces Clément Janet, et, en secondes noces, Camille-Léonard-Jean-Jacques Codet (1831-?), médecin à Saint-Junien (Haute-Vienne), dont deux enfants.
Descendance : sans postérité.

Opinions ou activités politiques de la famille : La famille domine la vie politique de Confolens depuis plusieurs générations. Elle est d'opinions politiques diverses. Elle a été très divisée au moment de la Révolution. Son grand-père paternel a été député d'Angoumois à l'Assemblée des États Généraux puis président du tribunal de première instance de Confolens en 1792. Son grand-père maternel a été maire d'Excideuil. Son grand-oncle, Jean-Baptiste Babaud de Praisnaud (1783-1851) a été sous-préfet de la monarchie de Juillet et orléaniste militant. Son frère, Charles Babaud-Laribière est un républicain actif, conseiller d'arrondissement et maire de Confolens sous la Troisième République. Son parent, Vincent de Lagrange-Labajourderie a été maire de Confolens sous le Second Empire. Son oncle maternel, Jean Lavallée, « républicain dévoué », a été commissaire du gouvernement à Ruffec en février 1848 et élu représentant du peuple à l'Assemblée constituante. Un autre oncle maternel, François de Lagrange-Labeaudie, un des chefs de l'opposition libérale sous la monarchie de Juillet, a été nommé magistrat en mars 1848, et « depuis sa nomination a été un obstacle constant à la bonne administration de la justice répressive dans son arrondissement » [A.N. BB6 II 233, lettre, Proc. Gén. 8 juillet 1852]. Son « neveu » Antoine Babaud-Lacroze devient maire de Confolens, conseiller général de la Charente et député de la Charente (1890-1919) et le fils de celui-ci, Léonide Babaud-Lacroze devient sénateur de la Charente (1929-1945), et conseiller général de la Charente.

Opinions ou activités religieuses de la famille : famille d'origine protestante — de nombreux Babaud s'exilent à Genève après la révocation de l'édit de Nantes. Sa propre famille est catholique, de tradition gallicane.

Éducation : collège de Confolens, petit séminaire du Dorat, près Poitiers 1836-1837, École de droit à Poitiers, licencié en droit, le 27 septembre 1839.

Carrière professionnelle et politique avant 1870 : octobre 1839-1848 : inscrit au barreau de Limoges, secrétaire de Théodore Bac, puis avocat à Confolens, journaliste à L'École du Peuple à Poitiers, au Progressif de la Haute-Vienne à Limoges, à L'Écho de la Charente, à l'Indépendant et à La Liberté de Pensée ; 1847 : actif dans la campagne des banquets ; février 1848 : commissaire de la République en Charente ; 1848-1852 : conseiller général de la Charente (Confolens) ; avril 1848 : élu représentant à la Constituante pour la Charente. Il vote avec la gauche et combat l'Élysée ; mai 1849 : candidat non élu à l'Assemblée législative ; 1849-1852 : journaliste dans la Charente ; 3 février 1850 : candidat lors d'une élection partielle, non élu ; janvier 1852 : jugé par la commission mixte de la Charente : « un des chefs du parti démocratique ; plutôt théoricien qu'homme d'action », acquitté [A.D. Charente 1 M 156] ; 1852-1870 : devient rédacteur de La Gironde et fonde Les Lettres Charentaises ; mai 1870 : fait une campagne très active contre le plébiscite ; 1870 : élu conseiller d'arrondissement (Confolens) ; 9 juin 1870 : élu Grand-Maître du Grand Orient de France contre Hippolyte Carnot, père de Sadi Carnot (voir notice).

Opinions politiques : « idées avancées » dans sa jeunesse. De plus en plus modéré surtout après 1860. Il soutient Thiers après 1871 et se montre très hostile à la Commune
Amitiés politiques : Théodore Bac (chef de file des républicains limousins), Ernest Picard, Adolphe Thiers.

Position de fortune : de milieu très aisé : « par le jeu des héritages, des dots, des mariages, ils [les Babaud] arrivent à rassembler entre leurs mains une grande fortune en terres et en immeubles. Au début du XIXe siècle, ils sont à la tête d'une des plus grandes fortunes en terres de Confolens ». La famille est parmi les plus grandes acheteuses de biens nationaux dans le département [Pierre Boulanger et al., p. 166-172]. Onze membres de la famille sont électeurs censitaires sous la monarchie de Juillet [Annuaire administratif, judiciaire, comercial, agricole et industriel du département de la Charente, Angoulême, 1846]. Son grand-père paternel paie 1 705 francs de contributions en l'an XIII et acquiert des biens nationaux. Sa fortune est évaluée en l'an XI à 150 000 francs. Lui-même jouit toujours d'une assez grande aisance.

Père : Contrat de mariage (1811) : lui-même apporte 800 francs en biens, une maisn et un jardin ainsi qu'une rente de 650 francs. Son épouse apporte « la promesse d'une succession ». Cens : 564 francs en cens en 1824 et 834 francs en 1846 [A.D. Charente 3 M 24]. Succession (1850) : laisse un mobilier évalué à 8 500 francs et des immeubles produisant des revenus de 500 francs. Son épouse, morte en 1847, laisse un mobilier évalué à 850 francs et des immeubles évalués à 35 000 francs.

Lui-même : Revenus : 20 000 francs en 1871 [A.D. Charente M (1871à et A.N. F3b 1 156 (1)] ; en tant que préfet il reçoit des revenus professionnels. Contrat de mariage (1871) : lui-même apporte une dot évaluée à 50 000 francs et une propriété non évaluée. Son épouse à 352 132 francs à Confolens et à 900 francs en effets mobiliers à l'hôtel de la préfecture de Perpignan où il est mort. Beau-père : Succession (1858) : laisse un actif d'une valeur totale de 38 962 francs. Cens : 402 francs en cens en 1841 [Annuaire administratif de la Charente, Angoulême, 1841 ; 307 Mi2]. Autres détails : il laisse un legs de 3 000 francs à l'hospice de Confolens, de 1 000 francs à l'hospice de Chabanais et de 500 francs au bureau de bienfaisances de Saint-Maurice-ès-Lions. L'actif de la communauté laissé par son frère. Charles Babaud-Laribière, en 1890, s'élève à 93 619 francs.

Opinions religieuses : déiste, anti-clérical, un des collaborateurs de La Liberté de Penser. Néanmoins, il est enterré à Confolens après des obsèques religieuses.

Liens maçonniques : 14 septembre 1838 : apprenti à La Vraie Harmonie à Poitiers ; 30 août 1839 : compagnon et maître à la même loge ; 1840 : membre des Artistes Réunis à Limoges ; 29 novembre 1862 : membre fondateur de la loge La Parfaite Union à Confolens ; 1868-1870 : vénérable de cette loge ; 1868 : membre du Conseil de l'Ordre du Grand Orient ; 1870 : élu Grand-Maître provisoire du Grand Orient de France ; septembre 1871 : président du Conseil de l'Ordre du Grand Orient [B.B. FM2 698]. Son grand-oncle, Jean-Baptiste Babaud de Praisnaud, est un des fondateurs en 1870 de la loge La Parfaite Union à Confolens. Son neveu, Antoine Babaud-Lacroze, est également franc-maçon.

Carrière postérieure : février 1871 : rentre à Confolens et appuie la politique de Thiers. Il condamne la Commune, « la criminelle sédition qui a épouvanté l'univers en couvrant Paris de cendres et de ruines » ; 10 août 1872 : nommé préfet des Pyrénées-Orientales. Il garde ce poste jusqu'à sa mort en avril 1873.

Légion d'honneur : aucune décoration.

Ouvrages publiés par lui :

• Position et besoins de l'arrondissement de Confolens, Confolens, 1837.
• Ludovic, Paris, 1838.
• De l'extinction de la mendicité, projet lu à la loge de la Vraie Harmonie de Poitiers dans sa séance du 10 mai 1839, Poitiers, 1839.
• Rapport sur un livre de M. de Montalembert, Paris, 1839.
• Du droit de l'autorité municipale en matière de sépulture, Limoges, 1840.
• Histoire de l'Assemblée Nationale Constituante, Paris, 1850, 2 vol.
• Utilité d'un chemin de fer direct de Nantes à Limoges, Paris, 1860.
• Mémoire sur l'établissement d'une halle aux grains à Confolens, Paris, 1861.
• Notes d'histoire charentaise, Paris, 1862.
• Études historiques et administratives, Confolens, 1863, 2 vol.
• Lettres charentaises, Angoulême, 1865-1866, 2 vol.
• Mémoire à l'appui de la protestation de M. A. Duclaud, Bordeaux, 1866.
• Questions de chemins de fer, Paris, 1867.
• Lettres charentaises (Journal), Confolens, 1868-1872.
• Une polémique (M. Babaud-Laribière contre Le Charentais), Angoulême, 1869.
• Circulaire du F. Babaud-Laribière, Grand-Maître provisoire du Grand Orient de France sur la suppression de la grande maîtrise, Nîmes, 1871.

Sources :

• A.N. F1b 1 156 (1) (dossier préfectoral), BB6 II 233 (dossier de magistrat de son oncle François de Lagrange-Labeaudie).
• A.D. Charente, 1 M 156 (victimes du coup d'État du 2 décembre 1851). J 1781 (divers documents concernant Babaud-Laribière), Q 4017, Chabanais, déclaration de mutation par décès, 19 août 1863, n° 111 (son beau-père), Q 4233, Confolens, déclaration de mutation par décès, 6 septembre 1847, n° 305 (sa mère). Q 4234, COnfolens, déclaration de mutation par décès, 22 juillet 1850, n° 363 (son père), série Q, déficit pour le bureau de Confolens pour 1873 (pour lui-même), U 3368, jugements sur enquête, tribunal de Confolens, 1873, (exemplaire du testament olographe de Babaud-Laribière du 24 septembre 1872), 2 E 17/337, étude Guilhaud, notaire à Chabanais, contrat de mariage Babaud-Laribière-Duval-Papius, 13 avril 1871, 2 E 18/483, étude Pignier, notaire à Confolens, contrat de mariage Babaud-Laribière-Lagrange-Labeaudie, 23 janvier 1811 (ses parents).
• A.D. Pyrénées-Orientales, 124 Q 410, Perpignan, déclaration de mutation par décès, 24 octobre 1873, n° 283 (lui-même).
• Le Charivari, 19 octobre 1848.
• La Charente, 28-29 avril, 1-2 mars 1873.
• Gustave Léony, Notice biographique sur Babaud Laribière, ancien membre de l'Assemblée constituante, Paris, 1851.
• Claude Gigon, Les Victimes de la terreur du département de la Charente : récits historiques, Angoulême, 1866, tome II, p. 9-48 (sur sa famille).
• E. Chassin, O. de Bordeaux, 9 juin 1873, tenue funèbre en mémoire du très regretté F. Babaud-Laribière, Bordeaux, 1873.
• P. Ducourtieux, « Notice biographique sur Babaud-Laribière », Bulletin de la société du Limousin, 1873, tome XXII, p. 156-160.
• Le Monde maçonnique, vol. 15, 1873-1874, p. 42-45.
• Polybiblion, tome IX, janvier-juin 1873, p. 33.
• H. Beauchet-Filleau et B. H. Paul, Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, Poitiers, 1889, tome I, p. 226-229 (sur sa famille).
• Louis Amiable, Grand Orient de France, Assemblée générale de 1894, Discours commémoratif, Paris, 1894, p. 37-40.
• Léonide Babaud-Lacroze, Les Quarante-huitards, Argenton, 1948.
• Martine Giguet, Léonide Babaud-Laribière 1819-1873, Université de Paris I, Mémoire de maîtrise, 1975, A.D. Charente, J 1693.
• Jean Jézéquel, Grands notables du Premier Empire : la Charente, Paris, 1986, p. 41-45
• Pierre Boulanger, Maurice de Poitevin, Joël Giraud, La Révolution Française à Confolens, 1789-1799, Poitiers, 1988.

Remerciements : La famille Maury-Laribière, de Confolens.

(Les préfets de Gambetta, de Vincent Wright)

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23 février 2016

Arrêté du 18 prairial an II, district de Nontron

Arrêté du représentant du peuple G. Rome, en séance, à Périgueux, le 18 prairial an II (6 juin 1793), tendant à l'administration des biens des détenus, pourvoir à leur nourriture ainsi qu'à celle de leurs families, et établir un régime uniforme dans chacune des maisons d'arrêt, ou une foule de pétitions et réclamations à nous adressées de la part des pères, mères, et enfans des Emigrés détenus.

L'administration du District de Nontron et ce requérant l'agent national.

Arrêté :

Article Premier. — L'arrêté sus-énoncé sera transcrit sur les registres de l'administration et aux formes ordinaires.

Art. II. — II sera incessamment procédé (si fait n'a été) à la ferme pour un an des biens immeubles ayant appartenu aux détenus. Les baux seront faits conformément à la loi du 16 brumaire dernier.

Art. III. — Les effets, d'après la recherche faite des inventaires, qui paroitroient être sujets à dépérir, seront vendus ainsi et de la manière que les meubles provenant des Emigrés, d'après l'arrêté de l'administration sur le rapport du bureau des Domaines nationaux.

Art. IV. — Les détenus des deux sexes seront separés. En conséquence les hommes seront transferés dans la maison de réclusion à Nontron, et les femmes et les filles dans celle des Sables-sur-Dronne, ou étant, ils ou elles seront sous la surveillance des municipalités.

Art. V. — Pour l'exécution de l'article ci-dessus, il sera donné un ordre au Lieutenant de la gendarmerie qui, de concert avec les municipalités de Nontron et des Sables-sur-Dronne, prendront les moyens qui sont en leur pouvoir pour faire les dites translations qui doivent être effectuées dans le courant de cette décade.

Art. VI. — En conformité de la Loi du 26 brumaire dernier, la nourriture des detenus sera frugale. Ils recevront chacun vingt-cinq sols par jour, pour tenir lieu de nourriture, chauffage, blanchissage et autres choses dont ils peuvent avoir besoin.

Art. VII. — Les détenus ou détenues sitôt rendus dans les maisons qui leur seront assignées, nommeront entre eux, ou entre elles, un économe chargé de préparer les repas et auquel il sera payé de décade en décade, à commencer du Ier Thermidor prochain, le montant des vingt-cinq sols par jour à revenir aux détenus existants dans la maison d'arrêt dont il sera l'économe et laquelle somme leur servira pour tous les objets énoncés à l'art. VI.

Art. VIII. — Les détenus des deux sexes ne pourront, sous aucun prétexte, avoir des domestiques. En conséquence les municipalités sont chargées d'expulser ceux ou celles qui existent actuellement dans les dites maisons.

Art. IX. — Les municipalités de Nontron et des Sables-sur-Dronne désigneront une personne stire et recommandable par son civisme, qui sera chargée de faire les provisions nécessaires aux detenus, et d'après l'invitation que lui en fera l'économe de la maison. Les dites provisions, qui ne seront aucunement préparées ou cuites, seront remises au gardien de la maison d'arrêt pour les faire passer à l'économe de la dite maison d'arrêt, et il n'y aura aucune communication entre ledit pourvoyeur et les detenus. Ceux-ci seront seulement obligés de remettre au gardien, pour le faire passer au pourvoyeur, la somme qu'ils croiront nécessaire pour l'achat des dites provisions, soit en viande, pain, vin, bois et autres choses quelconques, ainsi que pour le blanchissage de leur linge. Le pourvoyeur, dont il est parlé cy-dessus, recevra pour ses salaires une indemnite de trente sols par jour qui lui seront payés par ordre de l'administration, par les receveurs de la Régie.

Art. X. — Les dites municipalités fourniront, dans la même proportion des citoyens de leur commune, audit pourvoyeur qui en payera le montant, la quantité de grains, farines ou pain nécessaires aux detenus.

Art. XI. — Les repas seront pris en commun, et sur la même table, à moins qu'il ne se trouvât pas de local assez vaste pour y réunir les détenus, ce qui sera constaté par des commissaires des municipalités qui, dans ce cas, feront former le nombre de tables, bancs ou chèzes qu'ils jugeront nécessaires ; les expenses à faire pour cet objet, ainsi que pour l'exécution des art. 4 et 5 cy-dessus, seront payées ou remboursées aux dites municipalités de Nontron et Sables-sur-Dronne sur les états par elles fournis et certifies.

Art. XII. — Les municipalités de Nontron et des Sables-sur-Dronne déffendront aux gardiens de la maison d'arrêt de laisser entrer dans icelle aucun comestible préparé, de laisser communiquer les dits detenus avec qui que ce soit, si non de la manure indiquée par la loi.

Art. XIII. — II sera incessamment fait compte exact des dépenses payées pour les détenus, lesquelles seront réparties pour chacun d'eux, afin que le remboursement soit fait par les receveurs de la Régie des mains de celui du district qui en a fait les avences.

Art. XIV. — Les receveurs de la Régie ne pourront, sous aucun prétexte, pas même celui de n'avoir aucun fonds provenant du détenu, s'empêcher d'acquitter les mandats qui seront tirés sur eux par I'administration, tant pour le remboursement des avances, nourritures faites ou a faire, et autres objets quelconques enoncés aux art. 15 et 19 de l'arrêt du G. Rome.

Art. XV. — Les municipalités du district sont invitées à exécuter ponctuellement, en ce qui les concerne, les articles de l'arrêté de Rome énoncés et dattés cy-dessus, et de faire connoitre a l'administration, dans la decade qui suivra la réception du présent, le résultat de leurs opérations, et afin de les faciliter, il sera mis au bas d'iceluy les noms et demeures de tous les détenus, même de ceux qui sont encore dans leur domicile à cause de maladie.

Art. XVI. — Coppies du présent arrêté seront incessamment adressées aux municipalités de Nontron, Sables-sur-Dronne, et Comité révolutionnaire à Nontron.

Noms et demeures des détenus tant du district qu'autres.

Sicaire-Adrien Texier, Nontron.
Emery Fonreau, Nontron.
Mazerat Delor, Nontron.
Jean Labrousse-Boffrand ainé, Nontron.
Leonard Faye, Nontron.
Jean Moreau-St-Martial, Valle-des-Eaux.
La femme dudit Moreau, Valle-des-Eaux.
Chaminade, Augignac.
Auvrai St-Remi, ex-curé, Abjat.
La Auvrai, St-Remi, Abjat.
Lagarde, cy-devant vicomte, Boislizonne.
Lagarde, cy-devant chevalier, Nontron.
Roussarie, Sables-s.-Dr.
Pintou, Sables-s.-Dr.
Larret, gd pré, Sables-s.-Dr.
Lapeyronie père, Sables-s.-Dr.
Lapeyronie mère, Sables-s.-Dr.
La veuve Labardonnie, Milhac.
La Royères fille, Les Landes.
Thibeau Lagarde ainé, Les Landes.
Roux Luçon père, Front-sur-Dronne.
La Roux Luçon mère, Front-sur-Dronne.
Roux Luçon grand-père, Front-sur-Dronne.
Dupin St-Cyr père, Coussière-sur-Dronne.
Dupin St-Cyr fils, Coussière-sur-Dronne.
Les quatre filles Dupin St-Cyr, Coussière-sur-Dronne.
Lapeyronie fils, Coussière-sur-Dronne.
Lajear Grézignac jeune, Mareuil.
Lajear Grézignac, fille puinée, Mareuil.
Lajear Grézignac, sceur de la précédente, Mareuil.
Lajear Grézignac ainé, St-Pardoux-de-Mareuil.
Laroussie, femme Lambertie, Vieux-Mareuil.
Camain St-Sulpice et La Bretonneau, sa femme, Lanion-sur-Lizonne.
La Boistillé Desgrosges, St-Pardoux-de-Mareuil, Angoulême.
Marie Moreau St-Martial, Varagnes.
Lamaranda Ducousset, son fils et ses filles, Varagnes.
Moreau St-Martin, Varagnes.
Jean Peyronni, Varagnes.
Labrousse Vaubrunet Teyjat, Angouteme, sa femme et sa fille, Angoulême.
Chaban père, Chapelle-Faucher, Nontron.
Chaban frère, Chapelle-Faucher, Nontron.
Chaban fils, Chapelle-Faucher, Nontron.
Autre Chaban fils, Chapelle-Faucher, Nontron, cy-devant comte de Lion.
La Chaban, ex-religieuse, Chapelle-Faucher, Nontron.
Conan d'Aucors, Beaussac.
Les deux soeurs Conan d'Aucors, Beaussac.
Maillard Lafaye, chevalier, Beaussac.
Vilars Pontignac, Beaussac.
Les Vilars Pontignac tantes, Beaussac.
Jean Duhaumont prêtre, Beaussac.
Raynaud père, Puyrinier.
Raynaud fils, Puyrinier.
Galar Béar et la Dutillé sa femme, Angoumois.
Camain Lacotencie, Felix-Nontron.
Leymarie, sa femme et leurs quatre filles, Cottes-s.-Boulou.
Les trois filles Saulnier, Gottes-s.-Boulou.
La Vaucoucourt, Laiguilhac-s.-Boulou.
Martin Ribeyreix, Monsec.
La veuve Boulouneix, Boulouneix.
Desrivailles et sa femme, Teyjat.
La veuve Moreau Maillard, Puyrinier.
Odet Chapt Rastignac Paris, Paris.
La Roussie, ex-religieuse, Les Landes, Nontron.
Labram Chaumont, Busseroles.
Labram fils ainé, Busseroles.
Lagirou Demaret, Bussières.
La Royère, ex-noble, Bussières.
Escravayat Labarrière, sa femme et ses deux filles, Busseroles.
Charon, ex-curé, Champniers.
La d'Abjat St-Viance, Quinsac.
Desport-Lagrange, Quinsac.
Arlot-Frugie, ex-prêtre, Coussière-sur-Dronne.
Les quatre filles Lacroix-Durepaire, Mareuil, Nontron.
Dereix et la Faure sa femme, Angoulême.
Thomas Mahou, Le Bourdeix, Nontron.
Suzanne Valade, ex-religieuse, Larochebeaucourt.
Lapouraille Belicot, ex-moine, Nontron, Nontron.

Signé Vieillemard.

Source : Une commune rurale du Périgord sous la Première République.

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15 février 2016

Décès de Philibert-Hélie de Pompadour, gouverneur du Périgord

Acte : Messire Philibert-Hélie de Pompadour, marquis de Laurière et du Bourdeix, comte de Puymillon et Soumensac, baron de Nontron, seigneur de Piégut, Augignac, St-Estèphe et autres places, conseiller du Roi en tous ses conseils, maréchal de camp dans ses armées, gouverneur et sénéchal de Périgord, décédé à l'âge de 70 ans, dans son château de Nontron, le 26 juin 1683 ; on fit l'office dans l'église du Moustier de Nontron et on transporta le corps dans celle du Bourdeix, le lendemain 27 juin, en grande solennité, accompagné de plusieurs prêtres et de plusieurs personnes de qualité ; le surlendemain on fit un service solennel avec plusieurs messes pour le repos de son âme.

FRAD024

Source : Archives départementales de la Dordogne.

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La chapelle Notre-Dame des Clercs de Nontron

La chapelle de Notre-Dame des Clercs devint église paroissiale à partir de 1781, ainsi qu'il appert de l'acte précédent et de cette mention, transcrite sur les registres des actes de l'état civil :

« Le 27 février 1781, nous avons, conformément à l'ordonnance de Monseigneur l'illustrissime et révérendissime évêque de Limoges, en date du 20 du même mois, à cause du défaut de confection des réparations par lui ordonnées en son cours de visites du 28 août 1779, transporté dans l'église de Notre-Dame le Très-Saint Sacrement et les fonds baptismaux de l'église paroissiale, pour être la dite église prieuriale tombée, par le défaut susdit, dans l'interdiction le dit transport fait par nous soussigné, vicaire, accompagné de la justice en corps et foule de personnes. M. le curé, détenu en chambre par intirmités, et qui nous a lui-même dicté et écrit sur un registre le dit acte de translation, et l'a signé avec nous Turcat, curé de Nontron Ratineau, vicaire. »

La confrérie de Notre-Dame des Clercs fut fondée, bien qu'il y en eut déjà quatre dans la paroisse, et fut adoptée avec enthousiasme par des fidèles de toutes conditions et placée bientôt au premier rang, ainsi qu'il résulte des actes ci-dessus et des deux suivants :

« Du 21 mai 1747.... Pardevant Me Grolhier, notaire... dans la chapelle de Saint-Joseph de Notre-Dame des Clercs, ont été présents les principaux confrères de la confrérie de l'Assomption de Notre-Dame des Clercs et de celles de la ville... Lesquels ont nommé M. Me Jean Forien, sieur des Chapoulies, avocat en la cour, et Pierre Allemand, sieur de La Boneyge, procureur d'office, pour et au nom de toutes les confrairies et paroisses de la ville, transiger avec Me Jean de Labrousse, sieur Dubosfrand, juge de la dite ville, comme héritier bénéficiaire de Léonard Roy, par suite de légat réglant à quinze cents livres ce qui se!'ait dit, dont cinq cents livres seraient attribuées à la subsistance des pauvres et le surplus placé convenablement... Ont signé : Clédat de Laborie, curé; Patoureau, Forien des Chapoulies, Boyer de Laborderie, Allemand, le chevalier de Masfrand, Labrousse du Peyrat, Pastoureau du Coutirant, ParcelIier, de Mazerat, Labrousse de Lagrange, Feuilhade, Pastoureau de la Serve, Labrousse du Dosfrand, Grolhier du Reclaud, Pierre Feuilhade, Ribadeau, P. Astelet, G. Dumas, Jalanihat, Arbonneau, N. Houmeaux, C. Martin, Noël Ristineaux, F. Mercier, Pierre Delapouraille, Jean Péry, François Dudouble, P. David, F. Mazière, F. Lavaud, Grolhier, not. roy. »

Voici maintenant le dernier acte de nomination de syndics par les confrères

« Le 15 juillet 1781, pardevant Me Lapouge, notaire royal... Après midy et issue de vépres, dans la chapelle de St-Joseph, dépendant de la chapelle de Notre-Dame des Clercs... nomination de sindics en remplacement de MM. Villedary et Feuillade, en la personne de MM. François-Thibaud Fourien de Villopré, avocat, et Guy Tamagnon, procureur en la juridiction de cette ville... Ont signé : Turcat, curé; de Mazerat, avocat et juge de Nontron; Pastoureau du Coutirant, procureur d'office; de Mazerat fils, avocat; Couvrat-Desvergnes, Couvrat, Pastoureau de Labesse, Ribadeau du Mas, Mazière du Reclaud, Cholet de Labrousse, Allemand de La Boige, F. Chabaneau, meunier; F. Dudouble, sergetier; Viclor Yonet; tapissier Jean Delapouge; tailleur; Etienne Ribadeau, sieur du Maine, bourgeois; J. Deribieras, tisserant F. Bernard, coutelier; J. Lapouge, charron. »

Si, maintenant, et en dehors des membres de la confrérie, nous recherchons quels furent les bienfaiteurs de la chapelle de Nutre-Dame des Clercs, nous en trouvons de deux sortes :

1° Les familles qui tinrent à l'honneur d'y être ensevelies de 1627 à 1704, époque à laquelle la permission dut en être retirée, et parmi lesquelles on distingue celles des de Labrousse, Cholet, de Mazerat, Eyriaud, de Laubière: Pourtem, Peyrot, Forien, de Marandat, Faure, Laud, Pecon, Pastoureau, Agard, Rastineau, de Roufignac, du Reclus, de Masfrand, Basset, Favard, Texier, Feuillade, Delapousge, etc.

2° Les donations par testament, dont nous ne rappellerons que celles relatives aux réparations et constructions desdites chapelle et église, à l'ameublement et à l'ornementation :

Du 28 octobre 1663, devant Vielhemart, notaire royal, testament de Pierre Madagon, bourgeois, qui veut être enseveli dans la chapelle de Notre-Dame des Clercs, il laquelle il lègue dix livres, outre les trente léguées par Anne Laud, sa femme, pour .être employées à la réparation de ladite chapelle.

Du 8 juillet 1670, même notaire, testament par lequel Pierre Eyriaud, curé d'Hautefaye, veut qu'il soit donné à la chapelle de Notre-Dame de Nontron un ciboire et un calice d'argent, le tout de la valeur de cinquante écus et entend que ledit calice et ciboire servent journellement dans ladite chapelle, sans qu'il soit permis à qui que ce soit de les transporter ailleurs.

Du 3 mars 1678, devant Laud, notaire royal, testament de Jeanne de La Brousse, femme de Joseph de Mazerat, laquelle lègue « à la réparation de la chapelle de Nostre-Dame des Clercs la somme de dix livres, pareille somme à l'esglize des dames religieuses de Sainte-Claire, et pareille somme aux dames de la Charité. »

Le 2-1 septembre 1693, devant Delapousge, notaire royal, Henry Dupeyroux, bourgeois, lègue « aux réparations de la chapelle de Nostre-Dame des Clercs la somme de dix livres. »

Du 26 rovembre 1712, devant Boyer, notaire royal, François Agard, clerc, lègue cinquante livres « à la chapelle de Nuatre-Dame des Clercs, partie pour les réparations et partie pour les messes à faire dire pour les eonfra:res.

Le 14 aoùt 1721, décès de François de Mazerat, lequel avait légué trente livres à Notre-Dame des Clercs, suivant quittance du 18 août 1726, donnée à dame Marie Eyriaud, sa veuve, par MM. de La Brousse et Forien, syndics, pour, y est-il dit : « vingt livres ait moyen des pierres que nous avons pris pour la lutissc de Nostre-Dame, et la somme de dix livres en argent. »

Le 31 septembre 1743, Bertrande Pastoureau, épouse Feuillade, lègue à la chapelle de Notre-Dame des Clercs trente livres pour la décoration du principal autel de la Sainte-Vierge.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1886)

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18 janvier 2016

Notice sur le marquis de Verteillac (1763-1854)

François-Gabriel-Thibault de La Brousse, marquis de Verteillac, baron de La Tour-Blanche
Paris (Saint-Sulpice), 17 janvier 1763 - Vouneuil-sur-Vienne, 26 octobre 1854.

Possessionné en Poitou mais Parisien d'origine et de résidence, le marquis de Verteillac est en grande partie absent du Poitou sous l'Empire. Aussi, il apparaît tardivement parmi les notables de la Vienne : seule attestation mais conséquente, son nom figure en quatrième position sur la liste de 1813 des trente principaux contribuables du département. Sa famille, issue du Périgord, a été anoblie par lettres patentes d'octobre 1644 pour services rendus à la monarchie. À partir de cette date, ses ancêtres avaient acquis une position considérable dans l'appareil de l'État : son arrière-grand-père Pierre de La Brousse avait été intendant de La Rochelle, son grand-père Thibault de La Brousse gouverneur et grand sénéchal du Périgord, de même que son père César-Pierre de La Brousse (Périgueux, 1729-Dourdan, 1807). La famille royale avait signé son contrat de mariage le 20 mars 1759 avec Marie-Louise-Alexandrine de Saint-Quentin de Blet; il devenait ainsi le beau-frère du marquis de Simiane. François-Gabriel-Thibault s'oriente comme ses aïeux vers une carrière militaire : il entre en 1777 dans la compagnie des gendarmes de Monsieur, où son père était alors capitaine ; il est reçu au rang de capitaine au régiment de maître de camp général cavalerie le 12 juillet 1781, puis passe au régiment de Ségur-dragons ; enfin, le 1er juin 1789, il passe dans les chasseurs à cheval de Bretagne. Il mène alors une existence sans doute dissolue, puisque par sentence du lieutenant civil du Châtelet de Paris du 29 décembre 1786 son père l'a mis en interdit. Lorsque la Révolution éclate, il n'émigre pas mais fait partie des défenseurs de Louis XVI aux journées du 20 juin et du 10 août, aux côtés du marquis de La Roche du Maine, son futur beau-père, qui périt guillotiné en 1794. La période est cependant pour lui l'occasion de s'affranchir ; il obtient la levée de son interdit le 18 février 1792, alors que son père a émigré ainsi que son unique sœur, Françoise-Louise-Angélique, épouse d'Auguste-Joseph de Broglie de Revel, prince du Saint-Empire, « mestre de camp en second du régiment de la couronne infanterie ». Il se cache sous la Terreur et attend la Convention thermidorienne pour épouser l'héroïque orpheline de Charles-Gabriel-René d'Appelvoisin de La Roche du Maine, maréchal des camps et armées du roi, chevalier de Saint-Louis, et d'Adélaïde-Louise-Félicité Chaspon de Verneuil. Ce mariage, célébré à Paris le 19 germinal an III (8 avril 1795), est à l'origine de son enracinement poitevin : Charlotte-Jeanne partage le 24 floréal an VII (13 mai 1799) chez Me Gibé à Paris, avec sa sœur Aglaë-Louise, les biens échus de leurs parents, grands-parents, tante et sœurs. La jeune marquise de Verteillac obtient le château du Fou à Vouneuil-sur-Vienne et la terre de Plessis-Bosnay (Deux-Sèvres) avec vingt-deux métairies. Cette puissance foncière dont elle reste maîtresse s'ajoute à un autre héritage, immatériel celui-là: le pouvoir d'influence prêté aux siens. Son père, le marquis de La Roche du Maine (Poitiers, 1743-Paris, 1794), avait déchaîné les passions ; un des chefs de la noblesse du Poitou, partisan de l'abolition des privilèges, ses idées avancées et ses allures de grand seigneur avaient indisposé beaucoup de petits gentilshommes. Il n'avait pas réussi à être élu aux états généraux et avait dû se contenter d'être député suppléant. Dans l'opinion publique, il apparaissait comme lié à la Cour et tout-puissant : son beau-père, Eusèbe-Félix Chaspon de Verneuil, grand échanson de France, avait su y nouer de solides contacts. En juillet 1789, une rumeur prétendait que soixante gentilshommes se réunissaient dans son château du Fou pour préparer une réaction nobiliaire. La milice de Châtellerault lui confisqua, par mesure de prudence, d'antiques canons qui devaient orner son château. Cette suspicion populaire ne calma pourtant pas les ressentiments aristocratiques contre lui; il renforça les haines implacables des petits nobles en devenant le plus gros acquéreur de biens nationaux du département : 291 580 livres d'achats constitués par les biens du couvent de Lencloitre, la terre de Montgamé, les prieurés de Savigny et de Chitré. Sa participation à une coalition secrète, contre-révolutionnaire dès 1791, ne leva pas les préventions des privilégiés contre lui, mais expliqua en grande partie son exécution sous la Terreur. Verteillac et sa jeune épouse sont donc tous les deux coupés de leur milieu au moment de leur mariage. Le jeune couple profite dans un premier temps des relations nouées par la famille maternelle de Charlotte-Jeanne. Sa tante Marie-Pauline Chaspon de Verneuil, épouse de Louis-Victor-Hippolyte Luce de Montmorin, maire et gouverneur de la ville de Fontainebleau, lui apporte un atout décisif : ses liens d'amitié formés dès l'Ancien Régime avec la future impératrice Joséphine. Cette dernière assure à madame de Montmorin sa protection financière durant tout l'Empire : elle lui alloue la plus grosse des pensions de sa clientèle. L'influence de cette tante est probablement décisive pour l'engagement tardif mais réel de Verteillac sous l'Empire. Nommé membre du conseil d'arrondissement de Rambouillet (Yvelines) le 14 juillet 1812, il profite de la politique de ralliement de l'ancienne noblesse menée par l'Empereur qui le fait chambellan par décret du 29 mars 1813 puis comte d'Empire par décret, non suivi de lettres patentes. En janvier 1814, il est nommé chef de la légion de la Garde nationale du département de Seine-et-Oise. Le dernier jour de l'Empire, le 5 avril 1814, il obtient la Légion d'honneur et, présent à Fontainebleau, témoigne avec panache de son « dévouement sans bornes » à l'Empereur. Une correspondance privée, celle d'Alexandre Dauvillier, payeur de la Vienne, illustre sa réputation de bonapartiste en se faisant l'écho de rumeurs ; il écrit le 10 avril, au sujet de l'impératrice : « [...] elle est au château du Fou chez M. de Marsillac [sic], gendre de M. de La Roche du Maine, qui était son premier écuyer ». Cet engagement patent ne l'empêche pas de revenir en grâce lors de la première Restauration. Présenté en 1814 au comte d'Artois, lieutenant général du royaume, celui-ci lui déclare avec ambiguïté : « J'aimais beaucoup votre père. » Il est nommé officier de la Légion d'honneur le 17 août 1814, nette confirmation de la décision impériale si récente. Pour obtenir la croix de chevalier de l'ordre de Saint-Louis, il est recommandé en octobre 1814 par le major général comte Dessolle, l'inspecteur général de la Garde nationale à cheval, le comte de Castries, le maréchal de camp comte de Talleyrand. Il rappelle alors l'émigration de son beau-frère et les campagnes menées par ses trois neveux dans l'armée russe, morts l'un à Austerlitz, un autre à Leipzig. Le seul survivant, Alphonse-Gabriel-Octave de Broglie, prince de Revel, rentré en France en 1816, deviendra en 1826 commandant de l'école de Saint-Cyr et renouera des liens étroits avec Verteillac. Ce brillant rétablissement est rompu par les Cent-Jours. Contre toute prudence, il est élu député par l'arrondissement de Rambouillet le 12 mai 1815, avec 34 voix sur 45 votants et 86 inscrits. Son fils aîné César-Augustin, âgé de 17 ans, dans le même temps sert dans les pages de la Maison impériale. Aussi la seconde Restauration lui est-elle moins favorable. Il lui faut attendre janvier 1817 pour devenir chevalier de Saint-Louis et obtenir le grade honorifique de chef d'escadron sans appointement ni pension. Il faut dire que dans un opuscule, publié en 1818, Observations sur la note secrète, il dénonce les ultras, et récidive les deux années suivantes dans de courtes publications. Aussi la carrière militaire de ses fils est freinée, malgré ses sollicitations inlassables et vaines dans sa correspondance au ministère de la Guerre, rappelant les bravoures de ses aïeux et les martyrs familiaux de la Révolution et de l'Empire. César-Augustin de Verteillac, bien que polytechnicien et ayant fait la campagne d'Espagne en 1823, reste lieutenant jusqu'en 1830 ; il est promu capitaine au lendemain de la révolution de Juillet. Durant cette période, les séjours de Verteillac dans son château du Fou se prolongent, au point de devenir presque définitifs après 1828, lorsqu'il eut marié sa dernière fille. Seule consolation due à son rang, le sous-préfet appuie fortement et avec succès sa candidature comme maire cette même année. Là encore, il fait figure d'opposant et est révoqué par décision du ministre de l'Intérieur le 1er juillet 1830. L'arrêté est abrogé dès le 17 août et il est rétabli dans ses fonctions par le nouveau régime. Consécration tardive, il est élu en 1833 membre du conseil général de la Vienne dont il devient ainsi le doyen. Il exerce ses fonctions jusqu'en 1848. Ses soucis ne sont plus désormais que d'ordre personnel : la mésalliance de son dernier fils Victor-Gabriel avec une roturière, veuve et plus âgée. Mais surtout son impécuniosité chronique, sans doute explicable par son train de vie. Il emprunte 130000 francs à la famille Barentin de Montchal par acte du 10 juin 1833, ce qui l'oblige à hypothéquer la terre du Fou, avec toutes ses annexes situées sur les communes de Vouneuil-sur-Vienne, Moussay, Cenon, Naintré, Saint-Cyr, Dissais. Cette terre était déjà grevée d'hypothèques remontant aux années 1808, 1811, 1822, 1832 ; l'emprunt de 1833 a pour but essentiel d'éteindre les dettes précédentes, d'autant plus qu'à la même période le marquis de Verteillac et son épouse vendent leurs biens patrimoniaux. Pour elle, la terre d'Appelvoisin dans le département des Deux-Sèvres, et pour lui, le restant de la forêt de Saint-Jame en Périgord. Enfin en novembre 1833 le couple vend aux enchères une partie du domaine du Fou, commune de Saint-Cyr. En partie ruiné, Verteillac concentre ses activités sur la gestion de son domaine poitevin. Ultime geste politique du vieillard, le 15 octobre 1852, revêtu de son habit de cour, il accueille le prince-président en gare de Châtellerault et l'exhorte à rétablir le trône de son oncle. Au total, un parcours politique semblable à celui de son beau-frère Achille-Louis-Eustache-François, baron de Borne de Saint-Sernin (1761-1820), grand notable du département de l'Indre-et-Loire : même milieu militaire à l'origine, même ralliement à l'Empire caractérisé par les mêmes honneurs à la Cour, même train de vie entre Paris (Verteillac demeurait 5, rue des Saints-Pères) et la province, mêmes fluctuations en 1814 et 1815, soldées par la même amertume. Ressort commun à leurs destins, ils tiraient leur fortune des deux sœurs La Roche du Maine, épousées à quelques jours d'intervalle. Le contrat de mariage de Verteillac, signé le 18 germinal an III, 7 avril 1795, marque cependant des limites : « [...] la future épouse se marie dans tous les biens et droits qui lui appartiennent. » C'étaient les successions attendues de sa mère pour une moitié - celle de son père étant alors sous séquestre -, le quart de celle de son grand-père, le sixième de celle de sa tante ; le contrat établit la liste de ses meubles parmi lesquels la bibliothèque, de toute évidence paternelle, caractérisée par l'abondance des livres historiques et des livres de géographie. Car la famille de La Roche du Maine sans doute méfiante sur la réputation du futur marié, avait imposé la séparation des biens. Aussi, dans son château du Fou, le marquis de Verteillac n'est qu'un usufruitier ; assez symboliquement il disparaît peu de temps après le décès de son épouse, survenu à Paris le 21 janvier 1854. Les trois enfants survivants s'empressent de vendre le château l'année suivante, rompant ainsi les liens avec leurs ascendances poitevines. La déclaration fiscale faite en 1855 estime les mobiliers à 22000 francs (après inventaire fait en mars 1854 par Me Champigny, notaire à Châtellerault, non déposé) et le capital du château et du domaine encore conservé à 329 740 francs. Le marquis de Verteillac laissa de son mariage quatre enfants dont trois conclurent de prestigieuses alliances : Césarine-Fortunée-Marie-Charlotte (Paris VIIIe, 17 avril 1796-5 août 1885), mariée à Paris Xe le 8 juillet 1822 à Amédée-Jean-Antoine de Gars, vicomte de Courcelles. Leur fille Marie-Élisabeth-Antoinette épousa à Paris en 1853 Marie-Anne-Antoine Ysoré d'Hervault, marquis de Pleumartin, noble du Poitou. Angélique-Herminie (Paris, Ier, 17 juin 1797-VIIe, 31 janvier 1881), épousa en premières noces le 10 avril 1828 à Paris Marie-François-Félix Chevalier de Bourbon-Conti, maréchal des camps et armées du roi, fils reconnu de Louis de Bourbon, prince de Conti, et en secondes noces à Paris Xe le 18 août 1841 Louis-François Sosthènes de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville ; sans postérité de ces deux mariages, Herminie de Verteillac fut poétesse et journaliste. César-Augustin (Paris Ier, 14 décembre 1798-VIP, 10 octobre 1887), capitaine d'artillerie puis rentier, marié en premières noces à Versailles le 10 juin 1844 à Caroline-Ferdinande-Adélaïde-Louise de Montalembert d'Essé, et en secondes noces par contrat de mariage du 3 juillet 1850 chez Me Charon à Anderluen (Belgique) avec Marie-Henriette de Leuze. Sa fille unique du second lit épousa en 1872 le duc de Rohan-Chabot. Victor-Gabriel comte de Verteillac (Paris Ier, 1er juillet 1800-Naples (Italie), 18 février 1850), marié à Toul en 1828 (contre la volonté de son père) avec Marie-Josèphe Vincent, veuve de François Balland, quitta la carrière militaire à l'occasion de ce mariage. Sous la monarchie de Juillet, il fut sous-préfet de Rochechouart, La Tour-du-Pin et Saint-Omer, et enfin préfet de la Haute-Saône de 1847 à 1848. Sans postérité.

Source : Louis Bergès, Guy Chaussinand-Nogaret.

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13 janvier 2016

Le Noble, sieur des Isles

Le Noble, sieur des Isles.

Martial Le Noble, écuyer, sieur des Isles, gendarme de la compagnie du roi, obtient des lettres de vétéran en 1631. Il fut successivement parrain à Nontron de deux enfants de Geoffroy Le Noble et Marguerite de Labrousse : Martial Le Noble, d'après un acte du 7 novembre 1641, puis autre Martial Le Noble, d'après un acte du 21 octobre 1647.

Il peut être père de Jean Le Noble, sieur des Isles, sous-brigadier des chevau-légers de la garde ordinaire du roi, se disant écuyer, qui fut enterré chez les Cordeliers de Nontron en 1682, et qui avait épousé 10 février 1672 Marie de Lapeyre, dont 1° Jean, né à Nontron le 11 octobre 1678; 2° François, né le 9 octobre 1680. Ces derniers figurent au rôle de la noblesse de la sénéchaussée de Périgueux.

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Sources : Armorial de la noblesse du Périgord, base Périgen, collection Pierre Arrivetz.

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Faire-part de décès du marquis de Malet

Henri-Auguste-Olivier de Malet, dit le marquis de Malet, est né le 25 mai 1809 à Paris et décédé le 28 juillet 1882 à Angoulême (Charente).

- Fils de Charles-François de Malet (1761-1840), dit le baron de Malet, et sa femme Anne-Françoise-Laure Vatebois du Mets de Ferrières.

- Colonel d'artillerie, vice-président de l'Union des Syndicats agricoles du Périgord et du Limousin, grand propriétaire terrien.

- Deux mariages, avec Simone-Marie-Guilhemine Hurault de Vibraye, le 16 mai 1838 à Bazoches (Nièvre), sans postérité, puis avec Louise-Marie-Elisabeth de Blocquel de Croix de Wismes, le 17 juin 1847 à Chaville (Hauts-de-Seine), dont un fils unique : Guillaume-François-Victor-Jean de Malet (1848-1922), dit le marquis de Malet, élève de l'École polytechnique, colonel au 21e régiment d'artillerie à Angoulême, directeur de l'école d'artillerie de Brest.

- Conseiller général pour le canton de Bussière-Badil de 1856 jusqu'à son décès, il est notamment responsable de la construction de l'important château de Puycharnaud à Saint-Estèphe (Dordogne) dans la seconde moitié du XIXe siècle. Sa seconde femme est une héritière de Claude-Louis-Gabriel de La Ramière (1728-1789), son grand-père maternel, dernier seigneur de Puycharnaud, marquis de Saint-Estèphe et baron de Nontron.

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Le château féodal de Nontron

Si la vue de Neuvic est faite pour tenter la curiosité des antiquaires et leur inspirer, suivant notre conseil, le désir de s'y arrêter quelques heures, elle ne leur ménage pas du moins de désenchantement; car ils trouveront le château, à bien peu de chose près, tel que nous le dessinames jadis. Nous ne saurions, pour Nontron, leur promettre même fortune. Depuis 1822, date de la lithographie de M. Delanoue, que nous avons reproduite en tâchant de l'améliorer, il s'est produit sur le plateau où se dressait la forteresse des vicorntes de Limoges de tels changements, des démolitions et reconstructions si radicales, qu'on y chercherait en vain les ruines qui lui donnaient une si belle tournure féodale. S'il faut l'avouer, c'est précisément parce qu'il ne reste pour ainsi dire rien de ce que représente le dessin, qu'il nous a paru utile de le publier, comme un précieux document rétrospectif.

En 1866, m'adressant à une réunion de la Société d'agriculture de la Dordogne qui, en dehors de ses travaux habituels, tenait une séance littéraire et scientifique à Nontron, je m'exprimais en ces tel'mes, que je demande la permission de reproduire : «... Le château occupait le plateau triangulaire qui domine et commande le cours du Bandiat, fort resserré en cet endroit. Défendu de presque tous les côtés par des pentes abruptes et par une double enceinte de remparts et de tours carrées à contreforts plats, du XIIe siècle, il était protégé sur le seul point accessible par uno profonde coupure aeusée dans le roc, sur laquelle s'abattait le pont-levis et s'ouvrait la porte principale flanquée de tours rondes. Un peu en arrière de cette entrée, se dressait un énorme donjon cylindrique; et, sur l'esplanade du château, une église romane assez vaste, dédiée à saint Etienne, terminée au levant par un pignon à contreforts de peu de saillie, et au couchant par un clocher octogonal, servait de chapelle à la garnison et de paroisse à la partie de la ville qu'on désigne encore sous le nom de fort. Placé en avant du promontoire occupé par la forteresse, entouré comme elle d'escarpements naturels et de robustes murailles, séparé de la grand'rue par un fossé, ce fort ajoutait ses défenses à celles du château proprement dit, dont il était toutefois indépendant. C'est dans cette partie de la ville, dans cette annexe du château, que se trouvaient les logis des chevaliers préposés, en quelque sorte héréditairement, à sa défense, ainsi que cela se pratiquait dans la plupart des grandes terres féodales, et dont M. de Laugardière a retrouvé et fait connaître les noms. Le plus important de ces logis, celui dit des Poitevins ou Peytavis, reconstruit au XVIIIe siècle, dans de vastes proportions, par M. de Lavie, président au parlement de Bordeaux, achevé et embelli par la famille de Mazerat, est devenu le château actuel. »

De tout cet ensemble de fortifications, il reste, hélas peu de chose. On peut cependant juger, par les soubassements, des énormes dimensions du donjon, et apprécier son appareil en moëllons de granit, interrompu de distance en distance par des cordons sans saillie de pierre calcaire. Système qui rappelle les tours dit château d'Angers, cerclées, comme la tour de Nontron, par des bandeaux d'ardoise à cela près qu'à Angers les cercles sont noirs et blancs à Nontron. Ce donjon est probablement du commencement du XIIIe siècle et a dü remplacer celui que les troupes de Richard Cœur-de-Lion avaient détruit à la tin du XIIe. Il est d'ailleurs, quoique plus important, de même forme et de même style que ceux de Châlus et de Piégut, reconstruits, selon toute apparence, au même moment et dans des circonstances analogues. On retrouve en avant les tours du pont-levis, en pierres de taille, mais grossierement appareillées et très inférieure." comme construction, aux quelques débris de l'enceinte romane qui sont encore debout. Du côté des basses rues, un fragment considérable de la seconde enceinte est facilement reconnaissable sous le manteau de lierre qui l'enveloppe, et, du côté du Bandiat, un petit bastion avancé, flanqué de tourelles, s'accroche au rocher et produit dans le paysage le plus charmant effet.

« Il y a une quarantaine d'années, nous aurions eu un champ plus riche à offrir à vos explorations. Le donjon s'élevait à une hauteur de 60 à 80 pieds, deux ou trois des tours carrées de l'enceinte étaient à peu près intactes, et enfin l'église Saint-Etienne, notre plus beau monument et le mieux situé, était presque entièrement conservée. »

C'est précisément cet état de conservation relative, auquel nous faisions allusion, que constate la lithographie de 1822. Comme on le voit, ces ruines avaient sur leur piédestal escarpé une fort noble tournure. Le piédestal est toujours le même sans doute; mais il semble qu'il rappetisse lamesquine maison d'école qui a remplacé la vieille église romane, à une époque où les écoles n'avaient pas encore, comme de nos jours, des apparences de châteaux.

La baronnie de Nontron et son donjon ont une histoire plus intéressante que les ruines dont nous venons de parler. C'est à sa situation essentiellement militaire qu'ils doivent leur fondation. Le promontoire formé par la réunion du Bandiat et du petit ruisseau que recouvrent les basses rues a dù ètre utilisé de tout temps comme un lieu de défense, et la supposition qu'un camp retranché, gaulois ou romain, a été remplacé par le château carlovingien, n'aurait rien de téméraire. Quoi qu'il en soit, la première mention qui en est faite se trouve dans un testament de Roger, comte de Limoges, et de sa femme Euphrasie, qui donnent le 19 mai 785 le château de Nontron (castrum Netronense in Lemovicensi pago) aux moines de l'abbaye de Charroux, en Poitou. Dix-neuf ans plus tard, ils y fondèrent un monastére sous le nom de Saint-Sauveur. Nous datons donc très authentiquement de Charlemagne, et c'est déjà assez respectable.

Vers l'an 1200, les abbés de Charroux cédèrent à leur tour la châtellenie de Nontron aux vicomtes de Limoges, auxquels elle était plus utile qu'aux moines poitevins et qui étaient mieux en état de garder un domaine de ce genre. Il est, en effet, dans la destinée des places fortes d'être attaquées souvent, et le château de Nontron échappa moins qu'un autre à cette loi fatale. Nous pensons même, sans faire tort à Neuvic et aux différents sièges que cette belle demeure eut à subir, à ce qu'affirme la notice du général de Mellet, sans plus de détails circonstanciés, que notre forteresse vit ses murailles battues en brèche par des assaillants plus authentiques et de plus haute volée. Ainsi, pour nous en tenir à une simple nomenclature qui suffit après les développements importants donnés déjà dans ce recueil à l'histoire de Nontron par notre érudit collègue et ami M. de Laugardière, développements qui rendraient indiscrète toute incursion sur son domaine, nous avions l'honneur d'être assiégés en 1199 par l'armée du roi Richard Cceur-de-Lion, si nous n'avions pas celui, plus problématique, de lui lancer la flèche dont il mourut. Bien avant, nous avions été ravagés par les Normands. En 1426, pendant la guerre de Cent-Ans, les Anglais s'emparèrent de Nontron. Comment en furentils débusqués à leur tour ? Par un autre siège qui n'a pas laissé, que nous sachions, de traces historiques. En 1460 ou 1470, Françoise de Bretagne, vicomtesse de Limoges, était à ce titre dame de Nontron, qu'elle apporta en dot à Alain d'Albret, avec ses autres possessions. La baronnie se composait alors de 22 châtellenies et de 72 paroisses. Alain d'Albre, en guerre avec le roi de France Charles VIII, s'était retiré au château de Nontron, ainsi que nous l'apprend le long et curieux traité, mieux vaudrait dire les lettres d'abolition, publié dans le numéro d'avril 1886 de notre Bulletin, et dont nous extrayons ce passage intéressant pour notre histoire locale : «... Et lors icellui, nostre cousin Delbret, s'en partit dud. Chastelgeloux et passa avec sad. armée les rivières de Garonne, Dordogne et autres, et marcha oultre, jusques au pays de Périgord, en une sienne ville nommée Nontron, en intencion de marcher plus avant et soy joindre avec feu nostre cousin, le duc François de Bretaigne, pour certaine alience que nostred. frère d'Orléans et lui avaient à icelluy duc de Bretaigne mais obstant certaine armée » que envoyâmes contre et au devant de lui, il fut empesché tellement qu'il fut par nos gens de guerre assiégé en lad. ville de Nontron, en laquelle aucuns nos lieustenans et chiefs de guerre qui lors y étaient en nostred. armée » reçurent icelluy iostre cousin Delbret, à certain traité, accord et appointement... etc. » Ce qui veut dire que le sire d'Albret, vaincu, sollicita et obtint son pardon.

Plus tard, Alain d'Albret démembra plusieurs fiefs de la baronnie et vendit, à pacte de réméré, la seigneurie dominante à Dauphin Pastoureau, par contrat du 10 janvier 1499 et pour la somme dérisoire de 4,025 livres tournois mais le rachat en fut exercé en 1501, et Nontron revint aux sires d'Albret, dont Henri IV devint l'héritier et joignit à la couronne le Périgord et le Limousin à son avènement au trône. Mais, pour en finir avec les faits de guerre qui eurent Nontron pour théàtre, et avec cette notice déjà trop longue, disons que pendant les guerres de religion, les protestants et les ligueurs furent tour à tour débusqués de notre donjon, notamment par le duc d'Epernon, et que, en 1569, Antoine de La Rochefoucauld-Chaumont, chef d'un parti de protestants, le prit d'assaut et passa au fil de l'épée sa garnison, composée de 80 hommes. On voit que les événements tragiques n'ont pas manqué à notre petite ville, si paisible aujourd'hui.

Faut-il rappeler à nos lecteurs que la terre de Nontron, qui faisait partie de l'apanage de Catherine de Bourbon, sœur d'Henri IV, fut vendue par ue prince par acte du 18 aoùt 1600, à Elie de Colonges, seigneur du Bourdeix et de Piégut, d'une branche de la maison de Pompadour. De cette famille, éteinte aujourd'hui, elle passa par succession aux marquis de Pompadour-Laurière, dont la dernière héritière épousa le marquis de Courcillon, fils unique du célèbre Dangeau, l'ami et le minutieux historiographe de Louis XIV. Et enfin, des Courcillon, des ventes successives la firent passer au président de Lavie, et ensuite au comte de Laramière, qui fut le dernier baron de Nontron, peu de temps avant la Révolution. Bien que fort abrégée et incomplète, cette chronologie montre que notre histoire est en parfaite harmonie avec ce qui reste de nos ruines féodales, et que nos remparts ont honorablement joué leur rôle dans les siècles écoulés.

6k342185 Illustration : dessin de Jules de Verneilh, d'après une lithographie de 1822.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1886)

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05 janvier 2016

Page 10

Mon père m'avait donné les premières leçons de lecture. Aussi vif de caractère que tendre pour moi, il m'avait un jour châtié assez rudement ; c'était la veille d'un jour de fête ou de ballade à Laroche-Labeille. Comme pour me consoler, il m'y mena en trousse derrière lui ; je n'étais plus sorti de la maison, j'allais faire, à cheval, un voyage deplus d'une lieue. Quelle bonne fortune ! Que d'objets nouveaux allaient frapper mes avides regards ! A mesure que nous trottions, il me semblait voir les moissons, les prés et les bois s'enfuir derrière nous, comme le rivage d'une rivière. La petite bourgade était tout encombrée de monde ; l'embarras de la circulation pour arriver à un cabaret était encore augmenté par les nombreux étalages de petits marchands de comestibles, de riortes d'Aixe et d'autres objets de toute espèce. La foule pressée entrait dans l'église par une porte et en sortait par l'autre ; de là elle se dirigeait en silence, un cierge ou un chapelet à la main, vers une croix de pierre, à travers un champ rocailleux, parsemé par intervalles de rares brins d'herbe ou de mousse ; et cependant plusieurs des fidèles y marchaient nu-pieds. On cheminait ain à pas lents, au milieu des clameurs d'un grand nombre de pauvres étendus çà et là et montrant des plaies sanguinolentes : spectacle hideux, peut-être fruit de la fraude et qu'on ne tolère sans doute plus aujourd'hui ; il m'en est toujours resté une impression pénible. Pendant notre station dans l'église, j'avais adressé à Marie la prière de l'innocence ; et depuis, malgré toute la philosophie de notre époque, je me suis plu à l'invoquer avec ferveur dans plus d'une circonstance de ma vie. Mon père avait en elle une dévotion sincère que j'ai dû respecter ; il avait fait en son honneur un pieux voyage à Roquemadour, peut-être poar lui demander ma conservation. J'eusse été bien curieux de la voir, cette chapelle que l'on disait avoir été bâtie dés les premiers temps du christianisme, au sommet d'un très-grand rocher. Long-temps après j'ai vu dans l'histoire que Henri le Jeune, un des trois fils de Henri II, duc d'Aquitaine et roi d'Angleterre, y était allé en dévotion, et qu'il était mort dans ces environs, des suites d'une blessure qu'il avait reçue au siège de la cité de Limoges.

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Page 92

En me donnant sa fille en mariage, M. de la Vallade espérait retrouver en moi un fils, qu'il avait perdu bien malheureusement à Périgueux ; nous vécûmes toujours ensemble, de manière à prouver que ce n'était pas de sa part une vaine illusion. Ma femme avait été élevée dans un couvent, à Angoulême, sous les auspices de madame de Chabrol, sœur du respectable chevalier de ce nom, que j'eus depuis l'honneur de connaître beaucoup, et qui venait parfois dans mon voisinage voir la comtesse de la Ramière ; elle avait puisé toutes les vertus de son sexe, et toutes les qualités de bonne fille, de bonne épouse, de bonne mère, et de bonne maîtresse de maison. Depuis longtemps orpheline de mère, elle avait perdu son aïeul maternel, M. Lidonne de Puifranc, remarié, et ayant de son second mariage une autre fille, qu'il avait instituée son héritière universelle. M. Puifranc avait ainsi laissé deux filles ou leurs représentant, avec une assez belle fortune. D'après les lois peu libérales d'autrefois, il avait pu donner à sa plus jeune fille, madame de Lépine, les cinq sixièmes de cette fortune, tandis que l'autre n'en aurait qu'un sixième. Mais il était venu gendre chez sa première femme, au lieu noble de Lafarge (dans cette même maison qu'habite aujourd'hui ma bonne Vernille, ma fille aînée) ; il y avait fait beaucoup d'acquisitions particulières, qu'il s'agissait de distinguer des propres de son épouse ; de là un procès de liquidation : procès d'autant plus difficile, que le mélange et la confusion des biens remontaient à une époque déjà ancienne. Ce procès, après avoir été jugé en faveur de mon épouse, au siège seigneurial de Piégut, était pendant par appel au sénéchal de Périgueux, à l'époque de mon mariage ; il convenait de lui donner mes premiers soins ; je fus donc obligé de renoncer, pour ainsi dire, à ma clientelle de Limoges. Je remplaçai dans cette défense M. Latour, tandis que madame de Lépine, tante et partie adverse de mon épouse, était défendue par M. Bayle de la Grange, son parent, avocat du roi au présidial de Périgueux : par un abus que la révolution a supprimé, les gens du parquet pouvaient alors plaider ou écrire dans les affaires où le ministère public n'était pas intéressé.

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