23 avril 2020

Le dernier grand sénéchal du Haut-Limousin

Claude-Etienne-Annet Comte des Roys baron de Saint-Cyr et des Enclos, seigneur d'Echandelys, les Bordes, Saint-Laurent et autres places, présida le 16 mai 1789 l'Assemblée des Etats généraux du Limousin, tenue à Limoges dans la chapelle des Jésuites, actuellement chapelle du Lycée.

Sa famille (d'or à la bande de gueules chargée de trois étoiles d'argent) était originaire de l'Auvergne et avait contracté alliance avec les de Bourdcilles et les de Verdonnet. La mère de Claude-Etienne-Annet, née Gabrielle de Roquelaure, avait épousé en 1750 Jacques II des Roys, chevalier, seigneur d'Echandelys, des Bordes, baron des Enclos, officier au régiment de la Mothe-Cavalerie.

Le jeune Annet des Roys fut capitaine au régiment Royal-Dauphin (1775) et il ne vint en Limousin qu'en 1783, par suite de son mariage avec Joséphine-Léonard de Saint-Cyr, qui lui apportait en dot la terre de Puydaud, les domaines de la Bourgonie, de Lattérie, la Forêt, Marcillac, les Colombiers, les Champs, Le Noyer, puis la Peyrade et la Pouge.

Cette famille Léonard de Saint-Cyr descendait de Pierre Léonard, avocat à Limoges, dont le fils Jean-Léonard de Fressanges seigneur de Fressanges, trésorier de France en 1678, avait épousé en 1690, Anne Descubes, fille d'un consul de Limoges et de Valérie Barbarin. C'est cette demoiselle Descubes qui apporta en dot la terre de Puydaud dans la famille Léonard de Fressanges. La nouvelle Comtesse des Roys, née Léonard de Saint-Cyr, était, fille de Antoine, ancien officier aux gardes française, et de Angélique Morin qui mourut le 6 août 1813, à 79 ans, au château de Puydaud, ainsi qu'en témoignent les registres de catholicité de la paroisse de Saint-Cyr, sur lesquels ont signé : Parât, curé, Gédéon de Brie. Descubes de Lascaux.

A l'époque de l'édification de l'Eglise qui remonte au XIIe siècle, la paroisse de Saint-Cyr comprenait quatre fiefs : Puydaud, Essenat, Lascaux et la Mothe; à la fin du XVIe, la famille de Saint-Fief (d'azur au chevron d'argent accompagné de trois croix raccourcies de même, posées 2 el 1) possédait, à elle seule, les terres de Puydaud, Essenat et Lascaux, sans comprendre la Laurencie. Peu à peu ces fiefs passèrent entre des mains étrangères : en 1635 Essenat devint la propriété de la famille de Grandsaigne, vers 1639 Puydaud passa aux Descubes et vers 1646 Lascaux appartint à d'autres Descubes, à ceux qui ont formé la branche Descubes de Lascaux.

Le Descubes, nouveau propriétaire de Puydaud, était, le troisième fils de Martial, avocat, on l'appelait le sieur du Ferrant, il était médecin à Limoges, et, ce fut lui qui épousa Valérie Barbarin. De ce mariage naquirent deux filles, dont l'une Marie, née en 1672. se maria dans la famille Martin de la Bastide et la plus jeune, Anne Catherine, épousa Jean Léonard de Fressanges, de la paroisse de Vicq et trésorier de France.

Les registres de catholicité de la paroisse de Saint-Cyr nous apprennent que le 15 mars 1784, au château de Puydaud, naquit Messire Jacques, Gabriel des Roys, fils de Haut et puissant seigneur Messire Claude-Etienne-Annet comte des Roys et de haute et puissante dame Léonard de Saint-Cyr, son épouse. Le parrain de l'enfant était Messire Jacques-Martial-Léonard de Saint-Laurent, bisaïeul maternel et la marraine haute et puissante dame Gabrielle-Marie-Claudine de Roquelaure, marquise des Roys, grand mère du côté paternel, représentée par Angélique Joseph Morin, baronne de Saint-Cyr, grand mère maternelle. Cet enfant devait mourir à douze ans.

Le 24 mars 1786, le comte des Roys perdit son second fils, Jacques Joseph, âgé de onze mois.

Le 31 mai 1787 on baptise à Saint-Cyr Etienne-Annet des Roys, né le même jour. Le parrain est haut et puissant seigneur Etienne des Roys, vicomte des Roys, maréchal des camps et armées du Roi, oncle paternel, actuellement employé par le Ro de France à la cour de Naples et représenté par J.-B. Parat, curé de Saint-Cyr. La marraine est dame Anne Léonard de Saint-Cyr des Essarts, veuve de Jean Léonard, conseiller du Roi. Ce fils du comte des Roys mourut dans l'Allier en 1868, il avait épousé Jenny Hoche, fille du général Hoche, et leur fils Ernest-Gabriel, né en 1836, mort en 1904, fut député de la Seine-Inférieure.

C'est en mars 1789 que le comte des Roys fut pourvu de la charge de sénéchal du haut pays limousin, et, c'est le 2, en l'audience de la Cour, qu'il fut installé. Il fut harangué à la porte du palais par un député de la cour sénéchale, par M. Tanchon, doyen des avocats et par les gens du Roi : après la cérémonie, toute la Cour en robe lui fit sa visite.

Le 16 mai 1789 il présida l'Assemblée des Etats généraux du Limousin, et, comme dans les Martyrs et confesseurs de la Foi, l'abbé Lecler nous décrit l'aspect de cette assemblée, comme d'autre part, M. l'abbé Legros, témoin oculaire, nous a laissé un compte rendu de cette séance mémorable, nous n'en parlons pas.

De 1789 à la fin de 1793 il semble que le Comte des Roys n'ait pas été inquiété, dans tous les cas, le 13 février 1792 la municipalité de Saint-Cyr lui délivre un laisser passer et le signalement qu'on donnne de lui porte qu'il est cultivateur : deux lignes plus loin on mentionne qu'il porte perruque. Ce cultivateur portant, perruque ne devait rien dire qui vaille aux Jacobins de l'époque. Il est probable que le citoyen des Roys se rendait à Paris car, le 29 mars, il est en garni rue du Bouloi, à l'hôtel de Hollande, et, la municipalité de Paris envoie à Saint-Cyr un certificat le concernant.

Le 1er avril 1793, des Roys est de retour dans son château de Puydaud, car il prête serment de fidélité dans la mairie de Saint-Cyr; le 15 du même mois la commune déclare qu'il n'est pas suspect et lui délivre le 28 un certificat de civisme, dans lequel il est dit que « l'opinion publique l'a dénigré ». Cette dernière phrase n'a rien de surprenant, et, l'on serait plutôt tenté de se demander comment le grand sénéchal du Limousin, qui n'a pas émigré, a pu.arriver jusqu'à cette date, sans avoir maille à partir avec son district : comme nous pouvons le deviner, les sociétés populaires commençaient à s'occuper de lui. Toujours est-il qu'en fin de 1793 au début de 1794 la terre de Puydaud était mise sous la surveillance des officiers municipaux par le commissaire Maublanc. C'était prudent, mais ce qui était plus prudent encore c'était d'arrêter le citoyen des Roys; c'est d'ailleurs ce qui fut fait en 1794, et, nous savons que l'ex-sénéchal passa six mois en prison et qu'il n'en sortit que le 22 novembre.

Le 15 prairial an II (3 juin 1794) il donne procuration à sa belle-mère pour toucher les fermages qui lui sont dûs, suivant l'arrêté du représentant du peuple Brival, par les citoyens Lagane jeune et Leylavoix de Saint-Auvent, et, cette procuration est datée de la « maison de réclusion dite cy-devant Visitation » de Limoges.

A ce moment-là, il ne fait guère bon dans la région de Saint-Laurent-sur-Gorre, Oradour-sur-Vayres, Rochechouart : MM. de Merlis et, de Lavergne vont périr sur l'échafaud; à Gorre, les abbés Meytadier, Geay, Massaloux Jean et de Brie de Soumagnac sont déportés, les demoiselles de la Rochetulon sont incarcérées et l'ancien sénéchal du haut pays de Limousin ne pouvait que se livrer à ses pensées tristes.

Tout à coup, sept mois après sa sortie de prison, le 7 messidor an III (25 juin 1795), un véritable coup de théâtre se produit. A 10 heures du matin, Claude Etienne-Annet des Roys se présente à la maison commune de Saint-Cyr et y exhibe un arrêté du représentant du peuple, en mission dans les départements du Cher, de l'Indre et de la Haute-Vienne, qui nomme des Roys juge de paix de Saint-Laurent, en remplacement du citoyen Goursaud. 11 est installé séance tenante et prête serment de fidélité.

Ainsi, voici Haut et Puissant Seigneur Messire Comte des Roys, baron de Saint-Cyr, ancien sénéchal du Haut-Limousin, devenu juge de paix du canton de Saint-Laurent-su-Gorre ! Que s'est-il passé ? Je ne l'ai pas encore découvert. Des Roys avait-il parmi les Jacobins en vue quelque vieux camarade, qui ait voulu le sauver ? ou bien, quels liens personnels d'amitié ou autres le liaient au représentant du peuple en mission dans la région ? Ce serait un point à élucider et qui nous expliquerait pourquoi, en pleine révolution ou à peu près, le premier juge de paix de SaintLaurent fut un cy-devant noble et j'ajouterai un noble de marque.

Des Roys prit-il son rôle au sérieux ? Comment faisait-il la conciliation ? Je l'ignore, mais, ce qui est certain, c'est que sa nouvelle fonction ne le retient pas trop longtemps, car le 26 juillet 1795 (8 messidor an III) la commune délivre un laisser passer à des Roys, juge de paix de Saint-Laurent, à ses fils, à leur gouvernante et à un domestique allant en Puy-de-Dôme. Si nous avons vu tout à l'heure le cultivateur des Roys portant perruque, il faut convenir que la chose était très aristocratique, par contre le voyage de ce juge de paix et de sa suite en 1795 n'a rien de bien démocratique.

En lui-même des Roys devait sourire, il y avait douze ans qu'il était en Limousin et il y avait joué les rôles les plus divers. Est-ce pour cela qu'il n'y revint plus ? Trouva-t-ih le tour trop bien joué pour reparaître à Saint-Cyr ? Mystère. Ce que nous savons c'est que, veuf depuis 1791, il se remaria en 1797 avec Amable de Chauvigny de Blot qui mourut en 1842.

En juillet 1805, nous le trouvons maire de Moulins (Allier) et, en 1809, son fils Etienne-Annet, devenu majeur, ratifia la vente de trois domaines faite par son père à Léonard Rebeyrol, médecin à Gorre : il s'agissait de domaines situés aux Champs, et au Noyer, paroisse de Saint-Laurent, et provenant de Anne-Joséphine Léonard, première épouse du vendeur.

Le 6 août 1813, le Comte des Roys perdait sa belle-mère, Angélique Morin, veuve Léonard de Saint-Cyr, morte en son château de Puydaud, et, à partir de ce moment la terre de Puydaud va être morcelée et vendue. Une légende du pays disait que le château avait autant de fenêtres qu'il y a de jours dans l'année et aujourd'hui, passant devant la maison dite de Puydaud, rien ne dit plus au voyageur la splendeur d'antan : il faut être du pays pour aimer à faire revivre ces souvenirs vieux d'un peu plus d'un siècle.

Le 8 février 1816, M. des Roys donne sa démission de maire de Moulins, le 14 mai 1812 il avait été fait baron de l'Empire, et, le 24 novembre 1816, Louis XVIII l'avait fait chevalier de SaintLouis.

Il est mort à Avrilly (Allier) le 21 septembre 1823. Il n'avait fait, que passer en Limousin, mais l'époque où il s'y était rencontré n'était pas faite pour l'attacher à nos beaux paysages : même dans le placide et riant pays de Gorre les sociétés populaires s'agitaient.

Source : Deux personnalités du pays de Gorre ayant joué un rôle pendant la Révolution, de Pierre de Resbecq.

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21 avril 2020

Baptême de Thomas-Marie d'Allogny

Le dix-sept décembre mil sept cent cinquante sept a été baptisé par moi soussigné faisant les fonctions curiales Thomas-Marie fils légitime de très haut et puissant seigneur messire Thomas d'Allogny chevalier seigneur marquis d'Allogny, baron de Saint-Pardoux la rivière et de Château-Gaillard, seigneur du puy Saint-Astier, de Rolfie, Villars et autres places, et de très haute et puissante dame Marie-Gabrielle d'Abzac, marquise d'Allogny, ses père et mère, né le jour précédent à sept heures du matin. Le parrain très haut et puissant seigneur messire Thomas de Pérusse marquis des Cars, la Motte, Hanqueville et autres places ; marraine très haute et puissante dame Marie-Marguerite Vautier, marquise d'Abzac de Pressac, représentés par sieur Jacques Guindre, maître d'hôtel de messire d'Allogny, et demoiselle Marie Anne Sauzet, femme de chambre de dame Marie-Gabrielle d'Abzac, marquise d'Allogny, qui ont signé avec nous. (Registre de l'église Saint-Martial d'Angoulême)

28 mai 1786.— Le roi, la reine et la famille royale signèrent le contrat de mariage de M. le marquis d‘Aloigny, capitaine de dragons au régiment de Boufflers, avec Mlle du Sauzay. C‘est une excellente alliance, car les d'Aloigny sont de grande maison. Ceux-ci sont les cadets des Rochefort qui ont eu tant d'illustration. La marquise ne fut présentée que le 14 janvier suivant. (Souvenirs d'un chevau-léger de la Garde du Roi)

Source : Généalogie Charente Périgord.

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La famille de Coustin à Quiberon

M. de Coustin du Masnadaud
Sous-Lieutenant au Régiment du Dresnay

La famille de Coustin, d'ancienne chevalerie, a formé plusieurs branches et possédé de nombreux fiefs en Limousin, Marche, Périgord et Quercy. Elle a fourni des officiers aux armées du roi et plusieurs membres au clergé. Elle compte parmi les siens Robert de Coustin, qui prit part aux Croisades avec Saint-Louis, en 1248. Ses armes se voient à Versailles dans les salles des Croisades.

Ses principaux fiefs du Limousin furent le marquisat du Masnadaud, paroisse de Pageas, près de Châlus, les comtés d'Oradour-sur-Vayres et de Saint-Basile, la baronnie du Boucheron, etc. Elle eut plus tard par mariage, en 1772, le château de Sazeirat, en la paroisse d'Arrènes (Creuse), qu'elle possède toujours.

Jean-François de Coustin du Masnadaud, écuyer, souslieutenant au régiment du Dresnay, était fils de Martial-François de Coustin, chevalier, comte du Masnadaud, capitaine au régiment de Beauvaisis, puis colonel, gentilhomme de la chambre de Monsieur, frère du Roi, et de Marie-Madeleine Laeüt ; petit-fils de François-Annet de Coustin, chevalier, marquis du Masnadaud, comte d'Oradour-sur-Vayres, seigneur de Saint-Basile et de Blanat, et de Henriette de Beynac.

Né à Rouen le 3 juin 1769, il fut baptisé le 5 dans l'église de Saint-Etienne des-Tonneliers (1). Il eut pour parrain Jean Laeüt, négociant, son grand-père maternel, représenté par Jean Laeüt, capitaine de navire, son neveu, et pour marraine Françoise-Catherine de Coustin du Masnadaud, sa tante, épouse de « messire de Beauvoir » (2), représentée par Jeanne-Elisabeth Laeüt (3).

Le comte du Masnadaud, père, avait un poste important dans l'île de la Guadeloupe (4). Il s'était marié en l'église de Saint-Etienne-des-Tonneliers de Rouen, le 13 janvier 1767, avec Marie-Madeleine Laeüt, âgée de dix-huit ans, fille de Jean Laeut et de Marie-Madeleine Desbonnes. Le mariage eut lieu en présence de François-Jean de Bermondet de Cromières, vicaire général d'Autun et chanoine de Saint-Honoré de Paris, cousin de l'époux ; Jean-Baptiste Néau, habitant de la Guadeloupe, ami de l'épouse ; Jean Laeüt, son père, et Antoine-Adrien le Breton, ancien consul à Rouen (5).

Cette famille Laeüt, qui habitait Rouen quand elle était en France, résidait le plus souvent aux Antilles, soit à la Guadeloupe, soit à la Martinique, où Jean Laeüt, père, avait de gros intérêts. Jeanne-Françoise-Elisabeth Laeüt, sœur cadette de la comtesse de Coustin du Masnadaud, était née en 1756 à Saint-Pierre de la Martinique. Elle épousa dans l'église de Saint-Lô de Rouen, le 14 juillet 1772, étant âgée de seize ans, Christophe de Lobit, chevalier de Monval, lieutenant-colonel du régiment de Navarre, âgé de quarantecinq ans. Sa sœur, la comtesse du Masnadaud, était présente.

Dans l'acte de mariage, son père, Jean Laeüt, est dit « cydevant habitant en l'isle Grande Terre Guadeloupe » (6).

En 1786, à dix-sept ans, Jean-François de Coustin du Masnadaud fit ses preuves de noblesse pour entrer au service du roi (7). Il avait environ vingt-deux ans lorsqu'il émigra (8).

Avant de rejoindre les armées royalistes il épousa en Bretagne Mlle de Kervéatoux laquelle, d'après M. de la Gournerie (9), se maria à Tréguier et, devenue veuve, s'allia dans la maison Audren de Kerdrel, puis mourut dans la région de Morlaix, sous la Restauration, sans laisser de postérité (10).

M. l'Archiviste du département des Côtes-du-Nord, à qui nous nous sommes adressé, est d'avis que Mme de Coustin du Masnadaud, née de Kervéatoux, appartient à la famille de Lesguern qui possédait avant la Révolution la seigneurie de Kervéatoux, en Plouarzel (sur les paroisses de Plouarzel, Ploumaguer et Saint-Renan (Finistère.) Mais les recherches qui ont pu être effectuées grâce à l'obligeance de MM. les Archivistes des Côtes-du-Nord et du Finistère, n'ont pas permis de découvrir son acte de mariage (11). Il ne serait pas impossible que le mariage du jeune de Coustin, sur le point d'émigrer, ait été bénit par un prêtre réfractaire, ce qui expliquerait l'absence de l'acte, car presque tous les registres tenus clandestinement par des réfractaires ont disparu.

Le mariage a très bien pu être bénit également par son oncle, l'abbé Jean-Charles-Armand de Coustin du Masnadaud, frère son père, né à Pageas en 1736, tonsuré à Limoges en 1752, qui, avant la Révolution, était précisément en Bretagne, chanoine-trésorier de l'église cathédrale de Tréguier et vicaire général du diocèse. Il fut aussi chanoine comte de Nancy, puis abbé de Saint-Wilmer de Boulogne.

Il s'exila en Angleterre pendant la Révolution. Rentré en France en 1802 il fut nommé chanoine de Saint-Brieuc, où il mourut en 1811 (12).

Jean-François de Coustin du Masnadaud retrouva dans les armées de l'émigration trois cousins germains, François-Annet et Martial de Coustin du Masnadaud ainsi que M. de Brie de Lageyrat.

Passé en Angleterre où étaient réunis de nombreux gentilshommes français, il fut affecté, en 1795, au régiment du Dresnay faisant partie de la première division de l'armée devant débarquer à Quiberon, commandée par le comte d'Hervilly et conduite par le commodore Warren. Il trouva à son régiment un autre gentilhomme limousin, M. de Féletz. Cette division, embarquée à Lymington le 12 juin 1795, arriva à Quiberon le 27 après avoir capturé, à la hauteur de l'île de Groix, trois vaisseaux républicains, le Tigre, le Formidable et l'Alexandre (13).

Dans la lettre publiée ci-après, écrite à son frère par M. Jarrige de la Morélie des Biards, officier de marine au régiment d'Hector, également de la première division, parti en même temps que du Dresnay, on verra le récit du débarquement sur la côte bretonne, de la prise du fort Penthièvre et des combats de Sainte-Barbe, des 15-16 juillet 1796 auxquels prit part le régiment de M. de Coustin du Masnadaud (14).

Le 21 juillet, après la reddition de l'armée royaliste, dont le comte de Sombreuil avait pris le commandement — M. d'Hervilly, blessé grièvement, ayant été mis hors de combat — les émigrés prisonniers du général Hoche furent conduits à Auray sous une pluie torrentielle. En tête de la colonne marchait Sombreuil avec l'évêque de Dol, Mgr de Hercé. Puis venaient, au milieu de leurs malheureux compagnons, quelques Limousins, dont certains connaissaient sans doute Sombreuil : M. de Coustin du Masnadaud et son cousin M. de Brie de Lageyrat, M. Benoist de Lostende, M. Faulte de Vanteaux, etc. (15).

Condamné à mort par une des commissions militaires qui siégeaient sans arrêt, il fut exécuté le 8 fructidor an III (25 août 1795), dans un pré voisin de Bondon, près de Vannes. Il avait vingt-sept ans. Avec lui furent fusillés le même jour de nombreux jeunes gens âgés de seize à vingt ans : MM. de Vélard, de Vaucouleurs, de Lanjamet, Savatte de Genouillé, du Laurens de la Barre, de Kermoysan, etc. (16).

Le Tableau des victimes de Quiberon imprimé en 1814, à Brest, par Michel, le mentionne ainsi : N° 250. Du Masnadaud J.-F., noble, de Saint-Bertrand, Guadeloupe (17).

Son nom figure deux fois, de la façon suivante, sur le monument de Quiberon : « Jn Fois du Masnadau », « J.-F. de Coustin » (18).

Le comte du Masnadaud, père de la victime de Quiberon, avait un frère aîné, Alexandre de Coustin, chevalier, marquis du Masnadaud, comte d'Oradour-sur-Vayres, etc., qui avait épousé en septembre 1746 Louise de Ravard de Mézieux. Il avait pris part à l'assemblée de la noblesse de la sénéchaussée de Limoges, le 16 mars 1789, pour l'élection des députés aux Etats Généraux (19). C'était le père de François-Annet et de Martial de Coustin qui émigrèrent en 1791 (20), ainsi que de François-Louis-Antoine-Marie de Coustin, chanoine-comte de Saint-Claude, en FrancheComté, qui fut déporté sur les pontons de Rochefort pendant la Révolution, pour refus du serment schismatique.

L'émigration des frères de Coustin entraîna pour leur père, obligatoirement, des perquisitions, des mises sous séquestre, des véxations de toute nature et des arrestations.

La Liste des prisonniers du district de Saint-Yrieix porte les noms de deux Coustin du Masnadaud. Il est à présumer qu'Alexandre était l'un d'eux (ai).

Dans sa séance du 16 décembre 1792, le Directoire du Département de la Haute-Vienne fut saisi d'une pétition d'Alexandre Coustin-Masnadaud qui demandait à être dispensé de subvenir à l'habillement de deux hommes pour les armées de la République auquel il était tenu en vertu de la loi du mois de septembre précédent, par suite de l'émigration de ses fils. La réponse fut brève et catégorique. Le Directoire ordonna que M. de Coustin paierait au receveur du district de Saint Yrieix la somme de 3.442 livres 10 sols pour trois enfants émigrés (22).

Le 26 décembre 1795 (5 nivôse an IV), il sollicita aussi du Directoire l'autorisation de rentrer en jouissance provisoire de ses biens séquestrés situés dans la commune de Pageas, c'est-à-dire de la terre du Masnadaud, pour en surveiller l'exploitation et la culture (23).

Les biens de l'émigré François-Annet de Coustin, un des fils d'Alexandre, situés dans la commune d'Oradour-sur-Vayres, furent séquestrés et vendus, nationalement devant le district de Saint-Junien, le 15 floréal an II (4 mai 1794), moyennant le prix total de 83.325 livres (24).

François-Annet de Coustin était titré chevalier, seigneur du Masnadaud, comte d'Oradour-sur-Vayres, baron du Boucheron, Saint-Basile et autres places, sous-lieutenant des gardes du corps de Monsieur, comte de Provence, frère du Roi, et l'un des gentilshommes de sa chambre (25), chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, lieutenant-colonel de cavalerie. Il avait pris part, le 16 mars 1789, à l'assemblée de la noblesse du Limousin pour l'élection des députés aux Etats Généraux (26).

Né en 1747, il avait épousé, le 18 mars 1772, Marie-Anne de Phelipp de Saint-Viance, dame de Sazeirat et d'Arrènes (27), fille de Claude, écuyer, seigneur des dits lieux, et de Sylvie de la Celle (28).

Leur descendant, M. le marquis Louis de Coustin du Masnadaud, chef des nom et armes de sa maison, possède toujours le château et la terre de Sazeirat, commune d'Arrènes (Creuse).

Les de Coustin possédèrent longtemps le château et la terre du Masnadaud, paroisse de Pageas, dont ils relevèrent le nom. Ce fief avait été apporté en mariage par Isabeau de Faugeyrac, demoiselle du Masnadaud, à Foucaud de Coustin, vers la fin du XVe siècle ou au début du XVIe (29).

Erigé en marquisat au XVIIe siècle, au profit d'Antoine-Charles de Coustin, il sortit seulement de la famille en 1921, après une possession de plus de quatre siècles. Il fut vendu par Mme de Larminat, née de Coustin du Masnadaud, à un habitant de Châlus qui, malheureusement, entreprit presque aussitôt la démolition des mâchicoulis qui couronnaient la vieille gentilhommière'. Nous pouvons néanmoins donner ici une photographie du château, prise avant la vente.

Nous la devons à l'obligeance de M. le marquis Louis de Coustin du Masnadaud et à l'aimable intervention de M. Eugène Muret, d'Arrènes (Creuse).

Armes : d'argent au lion l'arnpant de sable, armé, lampassé et couronné de gueules. Supports : deux lions. Devise : Dulciter et fortiter.

Notes :

(1) Son frère aîné, Antoine-Joseph-Martial de Coustin, né à Rouen le 29 octobre 1767, fut baptisé le lendemain sur la même paroisse.

(2) Elle épousa par contrat du 7 octobre 1760 Jean-Marie de Beauroyre (Nadaud, Nobil. du Lim., tome I, page 738).

(3) Registres paroissiaux de Saint-Etienne des Tonneliers de Rouen.

(4) M. de la Gournerie (Les Débris de Quiberon, page 60) et le Nobiliaire du Limousin de Nadaud (tome I, page 738) disent qu'il exerçait les fonctions de major général dans l'île.

(5) Registres paroissiaux de Saint-Etienne des Tonneliers de Rouen.

(6) Registres paroissiaux de Saint-Lô-de-Rouen.

(7) Notes de M. le marquis Louis de Coustin dit Masnadaud (du château de Sazeirat, commune d'Arrènes, Creuse).

(8) Les registres paroissiaux de Saint-Vincent-de-Tréguler, à la date du 15 mai 1791, mentionnent la présence à un mariage du « comte de Coustin ». S'agit-il du père ou du fils?

(9) Les Débris de Quiberon, page 60.

(10) Elle eut des enfants qui moururent en bas âge.

(11) Des recherches ont été faites dans les Registres paroissiaux de Plouarzel, Ploumaguer et Saint-Renan (Finistère), et dans ceux de Minihy et Saint-Vincent-de-Tréguier (Côtes-du-Nord).

(12) Abbé Lecler. Martyrs et confesseurs de la foi du diocèse de Limoges pendant la Révolution (tome III, page 287). — A noter qu'un limousin, Mgr de Lubersac, fut évêque de Tréguier de 1775 à 1780.

(13) V. notre étude Souvenirs de Quiberon. Mémoire inédit du contre-amiral de Saulnier de Mondevy (Albi, 1926, page 4).

(14) V. infrà l'article Jarrige de la Morélie des Biards.

(15) Bittard des Portes. Les Emigrés à cocarde noire, page 582 et suivantes.

(16) E. de la Gournerie. Les Débris de Quiberon, pages 59 et suivantes et 136.

(17) Louis Guibert. Les Emigrés limousins à Quiberon, page 28.

(18) A. Nettement. Quiberon, pages 324 et 327.

(19) De la Roque et de Barthélémy. Catalogue des gentilshommes de la Marche et du Limousin (Etats Généraux de 1789), page 23.

(20) La Liste Générale des Emigrés de toute la République contient les noms de deux Masnadaud, de la Dordogne. (Arch. Dép. H.-V. — Q. 283 bis.)

(21) Arch. Dép. de la Haute-Vienne. L. 007.

(22) Arch. Dép. de la Haute-Vienne. L. 71, n° 882.

(23) Arch. Dép. de la Haute-Vienne. L. 79, folio 37 vO.

(24) Arch. Dép. de la Haute-Vienne. Q. 170.

(25) Il avait remplacé dans cet emploi auprès du prince, Martial-François de Coustin, comte du Masnadaud, son oncle, père du fusillé de Quiberon.

(26) De la Roque et de Barthélémy, ouvrage cité, page 18.

(27) Sazeirat, commune d'Arrenes (Creuse).

(28) D'après le Nob. du Lim. de Nadaud (I, page 739), il serait mort dans le Luxembourg, pendant son émigration à l'armée des Princes.

(29) Nadaud, Nobiliaire du Limousin, tome I, page 451.

Source : Les Emigrés limousins et marchois avec le général comte de Sombreuil à Quiberon, de Joseph Boulaud.

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20 avril 2020

Les frères Perry et la Révolution

Pour les frères Perry, le fait d'avoir un neveu commun avec Dumouriez, et un neveu émigré, aggravait singulièrement leur cas et pouvait les conduire à l'échafaud. Les signataires du brevet de civisme du 21 avril avaient pris de gros risques. Ils durent avoir froid dans le dos quand ils apprirent l'émigration d'Hubert Léonor Perry. Cependant il ne se passa rien dans l'immédiat, mais quatre mois après, en Août 1793, les frères Perry furent incarcérés à la prison de la Visitation de Limoges. Leurs biens furent mis sous séquestre (13 novembre 1793). La municipalité s'installa au Château » et choisit pour y tenir ses séances le salon à manger (29 décembre). Elle n'en continua pas moins à défendre ses ci-devant seigneurs et, c'est sans doute à une nouvelle demande de renseignements émanant du magistrat chargé de l'instruction de leur affaire, que répond le document suivant. Séance du 7 Pluviose-an II, 26 Janvier 1794. Observations de la municipalité et du Conseil général de la Commune : « Nous approuvons et certifions le rapport du comité Révolutionnaire et nous observons que Perry l'aîné est âgé et attaqué d'infirmités et qu'il a préféré de conserver sa charge de Chevalier de Malte, nous ayant observé que la loi lui donne le choix, à celle d'officier municipal qu'il n'a pas voulu accepter la charge de juger des citoyens ». Il a refusé, en raison de ses infirmités, de faire partie de la garde nationale, mais, quelques jours après, il a changé d'avis et s'est fait inscrire. S'il n'a pas déposé dans le temps, sa Croix de Malte, c'est parce qu'il était emprisonné. Voici toutes les observations que nous avons à faire sur Perry aîné. Nous certifions qu'il s'est toujours comporté en honnête homme, et aussi patriote, rendant des secours et de grands services aux habitants de la Commune et s'est toujours occupé d'arrangements sur les contestations qui s'élevaient entre les citoyens de notre dite commune et leur rendant beaucoup de services quand il en trouvait l'occasion. Nous vous observons que Perry cadet n'a pas déposé sa croix de Saint-Louis, attendu qu'il était en arrestation et certifions qu'il s'est toujours bien comporté (suivent les signatures des officiers municipaux et des notables.) Le 18 Pluviose an II, l'agent national de la Commune fait remarquer que le démantèlement des tours du Château etles pluies abondantes pourraient détériorer les meubles de certains appartements, il est décidé que les scellés, seront rompus et les meubles transportés dans les autres chambres. Il est en outre décidé de licencier les domestiques de luxe non occupés à des travaux utiles, qui habitent encore le ci-devant château de Saint-Auvent, appartenant aux Perry, détenus. Dans la séance du 26 Pluviose, il est décidé de notifier cette décision aux deux domestiques en question, Baptiste Bernard et Marie Cania. Le neuf Thermidor (17 juillet 1794) qui ouvrit les portes des prisons n'amena pas la libération des frères Perry. Sans doute l'instruction de leur affaire n'était-elle pas terminée ? Quatre mois encore ils attendirent leur liberté. Le 23 Brumaire (14 Novembre 1794) ils se présentèrent à la Maison commune de Saint-Auvent pour y déposer leurs croix de Malte et de Saint-Louis « en or et diamants ». Olivier Isaac s'excuse de ne pas remettre en même temps que sa Croix de Malte le brevet qui l'accompagnait et « qui a été brûlé avec les titres de féodalité ». Leur billet d'élargissement ne leur parvint qu'un mois après, en raison de l'absence du représentant de la Convention qui devait le signer. « Aujourd'hui 20 Frimaire an III de la République, se sont présentés, à nous Olivier Isaac Pery-Saint-Auvent et Jean Olivier Péry jeune, ensemble leur certificat de civisme. Le représentant du peuple dans le département de la Hte-Vienne, arrête qu'ils seront mis en liberté à Limoges, le 21 Brumaire, 3e année de la République Française, une et indivisible.

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1972)

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La garde-robe de Robert d'Asnières

Les archives du château de Montagrier, récemment étudiées par nous, nous ont fourni des notes assez nombreuses et assez variées.

Nous détachons aujourd'hui du recueil de nos extraits, pour le Bulletin de la Société archéologique de Limoges, quelques indications concernant la garde-robe d'un jeune homme de notre pays, étudiant à Poitiers en 1625.

Il s'agit de Robert d'Asnières, écuyer, seigneur de La Chapelle en Saintonge et de Graine, près Biennac, qui suit les cours de l'Université de Poitiers ; il est en pension chez un sieur Bernier, dont le lils lui donne des répétitions payées. — Les notes que nous avons relevées dans ses papiers domestiques éveillent une idée assez avantageuse de sa toilette. C'est ainsi qu'on le voit porter :

« Un manteau d'escarlate avec des bandes de satin rouge eramoisy, et des boutons à la limace, deux douzaines d esguilhettes et du galon ; »

« Un habit de raz de Londres, acheté à Limoges, du sieur Romanet, marchand, avec de la tavelle et galon ; »

« Un chapeau gris demy castor avec le cordon d'or et d'argent (.coût 11 livres) ; »

« Une espée à guarde argentée et un baudrier couvert de galon d'or et d'argent, avec la ceinture de même (le tout ayant coûté, à Limoges, 20 livres). »

Le linge du jeune homme est en harmonie avec ce brillant équipage. Il porte des chaussettes et des caleçons de toile fine ; ses collets et ses manchettes sont de toile de Hollande avec « des glands et des courdons ». Ses chemises, de toile de Hollande également, ne coûtent pas moins de quatre livres la pièce. Il porte des gants.

Il chausse tantôt des souliers de maroquin de Flandre, tantôt des souliers de cuir de vache, achetés, les uns et les autres, au prix de trois livres 10 sols, du sieur Mordifer, de Rochechouart. Il a de plus une paire de grosses bottes, qu'il a payées dix livres. Et il y ajuste une paire d'éperons, de 20 sols.

Notons quelques autres passages du livre des dépenses de l'étudiant gentilhomme se rapportant à sa garde robe.

Robert s'est fait faire un habit à la mode par un tailleur en vogue du nom de Jean Jouinet : la façon lui a coûté cent sols, plus 3 sols pour le vin des garçons. — Ce pourboire se donnait d'ordinaire lors de l'essayage.- La façon d'un autre habit, celui-ci d'écarlate, lui coûte un peu moins cher, 4 livres.

Un habit de camelot changeant ; un autre de drap d'Usseau marbré, accommodé de boutons d'or et d'argent et un « roquet » lui ont coûté chez le même Jouinet, de façon et garnitures, 32 livres.

Il a, bien entendu, fourni l'étoffe.

Il paye 3 livres 19 sols deux aunes de futaine à grain d'orge pour faire deux paires de « brassières », et la façon des dites brassières ; un peigne, 5 sols ; un baudrier de broderie d'or, acheté à Paris, 17 livres ; un ruban pour mettre à son baudrier, 12 sols.

Un chapeau « bourru », acheté à un chapelier à Oradour-sur-Vayres, est payé 43 sols. Un chapeau « feustre de Paris » coûte cent sols à Limoges. On reteint un chapeau pour 5 sols.

Il y a, à Rochechouart, d'habiles lingères et un gantier au moins : deux paires de gants prises chez ce dernier, ont coûté 39 sols. La lingère fait payer 20 sols la façon de quatre paires de manchettes, six coiffes de bonnet et six mouchoirs.

Ajoutons enfin que Robert donne à l'abbesse de la Trinité du Dorat, pour le trousseau de sa sœur, religieuse dans ce monastère, « 20 aulnes de sarge de deux esteintes, amarante cramoisy, coustant 32 sols 1/2 l'aulne ; il y ajoute pour 60 livres « d'estamine pour faire lincieux et chemises ».

Il serait facile de multiplier les citations.

(Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, 1891)

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18 avril 2020

Cumond en 1789

Joseph d'Arlot de Frugie, septième enfant de messire Léonard d'Arlot de Frugie, marquis de Frugie, de Cumond et de Lalinde, et de Françoise de Jaubert, naquit au château de Cumond le 18 avril 1733, et fut baptisé le lendemain dans l'église paroissiale, par le curé « messire Christophe de Bertancourt ». Il eut pour parrain son oncle Joseph de Montalembert, lieutenant des maréchaux de France en Périgord, et pour marraine Mlle de Lestang (Marie-Aimée de Jaubert), sa grande tante.

Il fit ses études à la « Petite Mission » de Périgueux, et, selon l'usage, avant d'obtenir la concession des ordres mineurs, il fut pourvu du « titre clérical », ou sacerdotal, exigé « pour empescher tout clerc de mendier son pain au déshonneur de l'église », dans le cas où il ne parviendrait pas à posséder un « Bénéfice ».

C'était un patrimoine dont la valeur était déterminée, pour le diocèse de Périgueux, à cent livres de revenu annuel.

Le 12 novembre 1756, son père lui assigna ce revenu sur sa métairie de la Ferracie, dans la paroisse de Cumond, sous la garantie et caution de MM. François de Jaubert, seigneur de Lestang, ancien capitaine au régiment de Saintonge, chevalier de Saint-Louis, et François de Roux de Campagnac, seigneur de la Meynardie; et, selon l'usage encore, ce titre clérical fut publié trois fois au prône de la messe du dimanche, par le curé de Cumond « messire Martin Lafon de Givry ».

Le 5 mars 1757, le jeune clerc obtint le même jour son élévation aux ordres mineurs et au sous-diaconat, et le 4 juin suivant, son élévation au diaconat, par Jean-Chrétien de Machéco de Prémeaux, évêque de Périgueux, conseiller du Roi en tous ses conseils. Il alla alors terminer ses études théologiques à Saint-Sulpice, sous la direction du pieux abbé Eymery, et y acquit bientôt le grade de « Docteur de Sorbonne », c'est-à-dire de « Docteur en droit canon et en droit civil ». A ce titre étaient réservées de grandes prérogatives, tel que la concession de certains Bénéfices qui ne pouvaient être possédés que par des gradués en théologie, et comme le nouvel abbé pouvait encore ajouter à ces prérogatives celles que donnait la naissance, il n'eut faute de l'oublier et fit ses preuves devant Louis-Pierre d'Hozier de Sérigny, juge d'armes de France, le 7 juin 1766.

Pourvu de ces deux diplômes, il pouvait remplir avec fruit et dignité les saintes fonctions du sacerdoce et aussi prétendre aux honneurs et profits qui y seraient attachés.

Il attendait à Paris la faveur de quelque petit Bénéfice vacant, lorsqu'un ami, son contemporain et son compatriote, Léon-François-Ferdinand de Salignac de la Mothe-Fénelon, de cette illustre maison de Fénelon, où chaque génération donnait un prélat à l'Eglise, promu à l'évéché de Lombez, en Gascogne, le prit comme vicaire général de son diocèse, et lui en délivra le titre épiscopal le 20 juin 1772. L'abbé avait alors trente-neuf ans.

L'évêque était le frère d'Hippolyte-Etiennette-Charlotte de Salignac de la Mothe-Fénelon, marquise de la Cropte-Beauvais, dont la fille avait épousé en 1765 le marquis de Cumond, Léonard d'Arlot de Frugie, frère de l'abbé.

Celui-ci remplit les fonctions de vicaire général de Lombez pendant huit ans, au bout desquels, un canonicat étant venu à vaquer dans le Chapitre de l'église cathédrale de Saint-Front de Périgueux, il sollicita et obtint la faveur d'en être pourvu. A ce titre, en effet, étaient attachés de grands avantages avant la Révolution.

Le Chapitre de Saint-Front, d'origine plusieurs fois séculaire, jouissait de droits considérables et de prérogatives que les maires et les consuls avaient souvent été contraints de reconnaître et de respecter.

La bourgeoisie y coudoyait la plus ancienne noblesse. Ses prêtres, pleins de vertus, théologiens de mérite et de grand caractère, formaient un cortège imposant et vénérable autour de l'illustre prélat qui, depuis 1774, gouvernait le diocèse de Périgueux.

Emmanuel-Louis de Grossolles de Flamarens, abbé commendataire de l'abbaye royale de Saint-Just, évêque comte de Périgueux, était, comme tous ceux de sa race, un grand seigneur sachant allier à la gravité, à la sainteté du prêtre, un grand air, une politesse exquise, qui, loin de contraster avec les vertus sacerdotales, les faisaient encore plus apprécier. Son frère, le comte de Flamarens, maréchal de camp, était Grand Louvetier de France.

L'abbé de Frugie, après la mort du marquis son père, avait eu pour sa part de l'héritage paternel la terre de la Coussière avec ses huit métairies, son moulin banal, ses trois étangs, sa forêt, une maison dans le bourg de Saint-Saud, et tous ses droits seigneuriaux. Il était donc assez largement pourvu pour un abbé et un cadet de sept enfants.

Dès qu'il fut en possession de son canonicat il fit l'acquisition du petit hôtel des Faure de la Lande, nobles bourgeois de Périgueux, à proximité de Saint-Front, dans la rue Taillefer.

Après y avoir fait d'importantes réparations et l'avoir meublé, il y était venu demeurer et y vivait paisiblement, « faisant le bien et remplissant avec zèle les fonctions de sa charge », lorsque la mort prématurée de son frère, le marquis de Cumond, en 1787, vint brusquement l'appeler à d'autres devoirs. La marquise de Cumond, MarieJacqueline-Augustine de la Cropte de Chantérac, était morte, elle aussi, prématurément, en 1777, à l'âge de trente ans. Le marquis laissait orphelins une jeune fille de seize ans, Françoise-Henriette, née le 23 décembre 1771, et un enfant de quatorze ans, Louis-Marie d'Arlot marquis de Frugie et de Cumond, né à Cumond, le 5 janvier 1773, filleul de Louis Charles de la Cropte chevalier de Chantérac, frère de sa mère, et de Mlle de la Courre, Marie d'Arlot de Frugie, devenue plus tard Mme de Vassal, sœur de son père.

Dès l'âge de six ans, on l'avait mis à cheval, il suivait la chasse, s'endurcissait à la fatigue et aux intempéries, et devenait un écuyer consommé, ce qui ne l'empêchait pas de s'instruire aux leçons d'un précepteur habile qui lui enseignait la littérature et l'histoire. Il cultivait aussi les arts et jouait agréablement du violon.

Le conseil de famille du jeune orphelin, réuni à Périgueux le 17 décembre 1787, désigna l'abbé de Frugie pour être son tuteur, et celui-ci vint alors habiter le château de Cumond où il se dévoua tout entier, avec le plus grand désintéressement et la plus touchante sollicitude, aux intérêts de son neveu.

« Servir l'Etat, aller aux coups, exposer sa vie, acquitter sa dette héréditaire, l'impôt du sang, le plus lourd des impôts, et après quinze ou vingt ans de service, s'il n'avait pas atteint par un prodigieux hasard la fortune, les hauts grades réservés d'ordinaire aux courtisans de Versailles, rentrer au logis avec le brevet de capitaine et la croix de Saint-Louis, content d'avoir fait son devoir et d'être honorable à ses propres yeux, telle était alors la destinée d'un jeune gentilhomme. »

« D'où venait ce préjugé antique qui faisait dire : le noble métier des armes ? D'où venait cette distinction profonde entre l'officier et le soldat dans notre ancienne société ? Il venait de ce que le soldat était racolé, embauché, de ce qu'il recevait un prix pour servir, tandis que l'officier donnait ce prix au lieu de le recevoir. Il avait dans l'ancienne société française le privilège de se ruiner au service de la patrie en lui donnant son temps, sa santé, son patrimoine, souvent sa vie. »

De là l'attrait de la noblesse pour ce noble métier.

Imbu de ces idées dès sa première jeunesse, l'imagination enflammée aux récits que son père et ses oncles avaient faits devant lui de leurs faits d'armes, de leurs campagnes, le jeune marquis s'était accoutumé à considérer leur état comme le seul qu'il pût embrasser. L'abbé, de son côté, envisageait pour lui dans cet état l'obligation d'un noble devoir à remplir, d'une tradition de famille à continuer. Il le fit entrer dès l'âge de quatorze ans, en 1787, comme cadet gentilhomme, au régiment de « Royal Champagne ».

Il était donc, dès cet âge, de « cette élite de citoyens patriotes, ainsi que le dit Taine, autant que militaires par naissance, éducation et condition, qu'il importait le plus de préserver, puisqu'elle fournissait des instruments tout fabriqués de défense, à l'intérieur contre les scélérats et les bandits, à l'extérieur contre l'ennemi. »

Ils furent les premiers frappés.

Les compagnies de « cadets », la pépinière naturelle et spéciale de l'officier d'élite, ayant été supprimées en 1789, le jeune cadet du Régiment de Champagne fut contraint de rentrer dans ses foyers après deux ans d'école, au moment où il allait être gradé. Il revint à Cumond auprès de son oncle et tuteur.

C'est là qu'ils étaient réunis quand la Révolution éclata.

A l'assemblée des trois États de la province de Périgord tenue à Périgueux en l'église de Saint-Front, sous la présidence du marquis de Labrousse Verteillac, maréchal de camp, gouverneur et grand sénéchal de Périgord, le 16 mars 1789, l'abbé vota comme appartenant au clergé et comme chanoine, avec le Chapitre de Saint-Front représenté par l'abbé de Chabans-Richemont, grand archidiacre, et les chanoines de Ladoire de Chamizac et de Malet.

Comme seigneur de la châtellenie de la Coussière, Saint-Saud, Romain, la Besse, il vota aussi avec l'ordre de la noblesse, s'étant fait représenter par haut et puissant seigneur messireJean-François Faubournet, chevalier de Montferrand, ancien capitaine de cavalerie, chevalier de Saint-Louis.

Enfin, en qualité de curateur de haut et puissant seigneur messire Louis-Marie d'Arlot marquis de Frugie, et de Françoise-Henriette d'Arlot de Frugie, ses neveux, il donna mission à haut et puissant seigneur messire Jacques d'Arlot de Frugie, comte de la Roque, Lieutenant Général des armées du Roi, commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, leur grand-oncle, de les représenter dans le même ordre de la noblesse et d'y voter en leur nom.

En Périgord, les premiers événements de la Révolution furent tempérés par le caractère pacifique et honnête des populations, par les liens de respect et d'estime qui les unissaient à ceux qu'ils considéraient plutôt comme des amis et des protecteurs que comme des tyrans et des oppresseurs, avec lesquels ils vivaient sur le pied de la plus grande familiarité. Aussi les explosions, au début, furent rares et isolées.

Le 23 juillet 1789, neuf jours après la prise de la Bastille, « le Conseil des communes de la ville de Périgueux » avait été nommé par les mêmes électeurs qui, au mois de mars précédent, avaient voté pour les Etats Généraux, avec Pipaud des Granges pour président, et l'on avait vu le Lieutenant général comte de la Roque, Jacques d'Arlot de Frugie, le fondé de pouvoir du jeune marquis de Frugie et Cumond, à la tête d'une délégation de la noblesse, se présenter devant le conseil et mettre solennellement la main dans la main de son président, au nom de son ordre, et Pipaud des Granges le prier de rassurer la noblesse et l'assurer que les communes, n'étant animées que de l'amour du bien public, s'empresseraient, dans toutes les circonstances où le concours des ordres serait nécessaire pour opérer le bien, de convaincre messieurs de la noblesse de la réalité de leurs sentiments.

Le 16 août, ces mêmes députés de la noblesse, conduits encore par le même comte de la Roque, s'étaient présentés de nouveau au conseil pour lui renouveler leurs offres de service :

« Lui demander de les comprendre au nombre de ses » concitoyens pour être employés comme tels partout où le bien commun et la sagesse du conseil le croiraient nécessaire. »

Quatre jours après, tout le Chapitre, où figurait en personne l'abbé de Frugie, était venu à son tour adhérer à ce traité fraternel.

« Venez donc, Messieurs, s'écriait Pipaud, venez nous apprendre par votre doctrine et votre exemple l'attachement que nous devons au bien commun. Venez nous montrer que vos vertus doivent consolider et assurer la paix de toute une famille qui cherche à se réunir après avoir été divisée longtemps par de vains préjugés ! Jouissez, Messieurs, de l'avantage que vous avez d'être les guides des autres citoyens. »

Le 23 août, ce pacte d'union avait reçu sa consécration solennelle dans la vaste basilique de Saint-Front, où le maire Pipaud, l'archidiacre du chapitre l'abbé de Chabans, le comte de la Roque, comme présidents de leur Ordre, avaient discouru tour à tour et s'étaient engagés par serment.

« Et tous les délibérants, remplis de la joie de l'union qu'ils venaient de contracter, votaient qu'ils assisteraient, ainsi que toutes les compagnies patriotiques, à un Te Deum, qui serait chanté le mardi matin dans l'église cathédrale, à l'issue duquel il serait allumé un feu de joie, et qu'il y aurait illumination le soir. »

Deux cent quarante-sept signatures figurent au bas de cet acte. On y voit, du côté de la noblesse, les Arlot de Frugie, les Abzac de la Douze, les Beaupoil de Sainte-Aulaire, les Chapt de Rastignac, les Lestrade, les La Rocheaymon, les Touchebœuf, et vingt autres; du côté du clergé, dix-huit chanoines, dont l'abbé de Frugie, l'abbé de Chabans-Richemont, l'abbé de la Doire, et seize autres ecclésiastiques; enfin, du côté du Tiers, le maire Pipaud, tous les consuls, Lamarque, Moulinard, Chillaud la Rigaudie. Prêtres, nobles, bourgeois, artisans, mettaient en commun leur généreuse abnégation et leur mutuel appui.

C'est que dans l'intervalle de ces deux réunions avait éclaté par toute la France « le jour de la grande peur ». Dieu avait voulu que « la fille aînée de l'Eglise » eût, elle aussi, comme le Divin Fils au Jardin des Oliviers, l'horrible et sanglante vision du lendemain.

La nouvelle qu'une bande de brigands et de malfaiteurs avait pris la Bastille, massacré sa garnison, promené au bout d'une pique la tête coupée du gouverneur Delaunay, égorgé Flesselles, le prévôt des marchands, avait gagné la province; et en ces temps où le chemin de fer, le télégraphe, le téléphone étaient inconnus, les nouvelles, colportées de ville en ville par les voyageurs et les postillons, arrivaient tardives, toujours grossies et défigurées en proportion des distances.

La journée du 14 Juillet avait ainsi pris peu à peu la forme d'une invasion. Les brigands échappés de Paris marchaient, disait-on, sur la province, et tous les regards, fixés du côté de Paris, entrevoyaient déjà, dans des tourbillons de poussière, la forme indécise des objets à l'horizon, les « Carrier », les « Couthon », les « Marast », les « Collotd'Herbois », les têtes coupées, les demeures incendiées et pillées, les fusillades de Lyon, les noyades de Nantes, le sang coulant à flots du nord au midi.

Les gens demandaient avec des cris lamentables de leur envoyer du secours contre les meurtriers qui allaient les égorger. Les cloches sonnant le tocsin, les tambours battant aux champs, augmentaient encore l'effroi. Dans les campagnes, les habitants affolés accouraient armés de haches, de faux, de fusils, de fourches et de volants; et aussitôt s'orgamisèrent de toute part, contre « le péril national », les milices populaires dénommées pour cette raison « les gardes nationales ».

« Sur la crainte générale où est toute la province du Périgord de se voir assaillie de moment à autre par les brigands qui roulent dans le royaume, et pour se conformer à ce qui a été établi dans différents endroits de la campagne relativement à la sécurité publique; ensemble, sur l'invitation du Roi et de l'Assemblée Nationale à tous les fidèles sujets du Royaume de s'aviser des précautions nécessaires pour prévenir tous troubles et séditions, du consentement unanime, il a été formé une troupe pour remplir les intentions du Roi, de la Nation, et des bons citoyens. »

Les gentilshommes, à raison de leurs titres militaires, étaient désignés de plein droit pour le commandement et l'instruction de ces milices; et les officiers municipaux et citoyens assemblés se donnèrent pour chefs ou capitaines des Lestrade, des Bayly, des Sanzillon, des Marqueyssac, des Fayolle, des Rastignac, des Beynac, des Comarque, pendant que le Conseil des communes de la ville de Périgueux, qui espérait bien tenir sous sa direction cet armement provincial, nommait le lieutenant général comte de la Roque, Jacques d'Arlot de Frugie, « inspecteur général des troupes de la province ».

L'alerte de « la grande peur » avait été particulièrement vive dans la région de Ribérac, où le juge de la châtellenie de la Rochechalais, Galaup, avait demandé par exprès envoyé à Coutras, le 30, un prompt secours, dans la crainte où l'on était, à la Roche et dans le pays voisin, d'être attaqué par une troupe de brigands que les uns portaient de six à dix mille, d'autres de vingt à trente mille, qui mettaient tout à feu après avoir pillé et égorgé ce qui leur résistait.

A Saint-Privat, ce même jour, 30, un messager était arrivé sur les dix heures du matin, annonçant que les « Anglais » pillaient, brûlaient, saccageaient tout, et devaient être à cette heure à Aubeterre, passant la Dronne « au grand pont », et « au port de la Bernarde », dans Cumond.

« En conséquence, dit un contemporain, l'alarme formée partout, les gens en armes, épieux, fourches, partent et vont en avant, sans savoir où, se rencontrent mutuellement, se prennent respectivement pour ennemis, décampent. Les plus sages envoient des estafettes vérifier les endroits indiqués, et par là on vérifie partout que ce n'est que de la peur. »

Comme dans toutes les bourgades de la province, une milice s'était aussitôt formée à Saint-Privat, sous le commandement d'un jeune homme de dix-neuf ans, mais déjà dans les chevau-légers de la garde du roi, Léonard de Belhade-Taudias, seigneur de la Mothe, du Mas de Montet, du Repaire-Brunet, dans Saint-Privat, et du Désert, dans Montpaon, habitant alors avec sa mère, le château de La Mothe Saint-Privat, neveu de l'abbé de Frugie.

Par une singulière ironie du sort, ce fut cette milice, instituée pour défendre le pays et y maintenir l'ordre, qui, au contraire, y donna naissance aux premiers troubles; une misérable querelle de gentilshommes qui y provoqua le désordre.

Les Belhade étaient dans Saint-Privat les héritiers universels et les représentants de la noble et ancienne famille des Malleret du Mas de Montet de Saint-Privat et du Repaire Brunet possessionnée dans cette paroisse depuis plus de trois siècles.

Un certain Dubreuilh, simple procureur d'office de la juridiction de Saint-Privat, qui avait pris femme chez les Malleret en 1574, en avait aussi pris le nom. Ses descendants se qualifiaient sans droit seigneurs de Malleret, de Saint-Privat, de la Mothe, etc. Il en était résulté un procès entre les Malleret et les Dubreuilh, à la suite duquel ces derniers avaient été condamnés comme usurpateurs de noblesse en 1660, et contraints de vendre leur terre de la Renaudie aux Duchazeaud de la Reynerie qui l'avaient transmise par alliance aux Tessières de Miremont, en 1769, avec toutes les prétentions seigneuriales et honorifiques des Dubreuilh de Malleret, d'où étaient provenus de nouveaux et interminables procès entre les Belhade et les Tessières, une haine invétérée entre les deux familles.

M. de Tessières, donc, pour faire échec au commandant de la milice de Saint-Privat, réunit un parti de dissidents, détourna quelques gens de la troupe, prétendit faire bénir son drapeau, et mit dans cette compétition un acharnement tel que M. de Belhade dut en appeler au « comité » qui s'était constitué à Saint-Privat dès la première heure, à l'instigation et sous l'égide du « Conseil des communes de Périgueux ».

Le Comité de Saint-Privat en avait référé aussitôt à celui de Périgueux, qui s'était empressé d'expédier sur les lieux un détachement de grenadiers commandé par le notaire Lavergne, son capitaine.

L'intrépide notaire s'empara de quelques mutins et les emmena à Périgueux. Le Conseil se chargea de l'information, qui fut longue, vu les péripéties du conflit. En effet, « le Conseil des communes de la ville de Périgueux et province de Périgord » vit bientôt surgir à côté de lui, et bien plus redoutable que messieurs de la noblesse, le « comité des subsistances», puis, à la formation des communes, le Conseil municipal.

Pipaud, très conciliant, crut qu'il était prudent de faire préciser dans un pacte en règle, par les deux assemblées, les conditions de leur association mutuelle dans le partage de l'autorité.

C'est encore le comte de la Roque, Jacques d'Arlot de Frugie, qui, avec Lamarque, La Rouverade, Louveret, Dubouché et Foncrose, fut chargé par le Conseil municipal de Périgueux d'examiner le plan proposé par Pipaud.

Dans ce conflit d'ambitions locales, l'entente était impossible; un sourd antagonisme ne tarda pas à se manifester entre les deux comités. La municipalité contesta au Conseil des communes la juridiction qu'il s'était attribuée vis-à-vis des milices nationales, particulièrement dans l'affaire de Saint-Privat.

Les prisonniers de la troupe du chevalier de Tessières avaient été incarcérés dans les prisons de Périgueux. Le chevalier n'en était pas. Il était cependant impliqué comme les autres dans les poursuites, sous l'inculpation de violation des règlements militaires. Des murmures s'élevèrent dans la ville. Les ennemis du Conseil des communes excitaient contre lui l'opinion. A sa séance du 9 décembre, deux personnages importants, Poumeyrol, juge de la ville, et Giry, notaire apostolique, cousin des Giry de Saint-Privat, vinrent lui demander compte de son coup d'autorité.

Pipaud répondit que le Conseil, régulièrement requis par la municipalité de Saint-Privat, n'avait agi que dans l'exercice de sa juridiction militaire, attendu qu'il s'agissait d'un cas d'insubordination et de menaces violentes contre le chef de la garde nationale de Saint-Privat, commis par une partie de cette garde. Le Conseil se montra néanmoins disposé à accorder aux prisonniers leur liberté provisoire sous caution.

Ceux-ci repoussèrent cette condition. Il devenait imprudent d'éterniser la détention, alors surtout que Tessières restait en liberté.

Le Conseil fit amener les prisonniers à sa barre. Le chevalier, cette fois, y fut aussi mandé et il s'y présenta ponctuellement. On exigea des inculpés le serment de se représenter toutes les fois qu'ils en seraient requis, « avec injonction, tant audit sieur de Tessières qu'à tous autres commandants de la troupe patriotique de Saint-Privat, de n'assembler la troupe, sous aucun prétexte, à moins de requis du comité local ».

Le chevalier jura, les prisonniers de même, et chacun s'en revint chez soi, mais non sans rapporter et répandre alentour de terribles ferments de haine et de rancune.

Source : Cumond, une commune rurale du Périgord sous la première république.

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Le prieuré de Tavaux

C'est dans la vallée de la Dronne, sur les confins du Limousin et du Périgord, entre Dournazac et Firbeix, que s'élève le prieuré de Tavaux. J'ai visité avec respect ce lieu solitaire, qui semble n'avoir pas d'échappée sur le monde, car c'est là que, pendant des siècles, des moines Augustins ont prié et travaillé; c'est de là aussi qu'est sortie une influence religieuse, intellectuelle et artistique, qui a dû avoir sur l'histoire du plateau de Châlus une importance considérable. Peu de personnes pensent encore aux moines de Tavaux, seule la tradition a gardé leur souvenir et quand un bruit léger rompt le silence de la nuit, le colon superstitieux, qui habite l'ancien prieuré, peut se demander si l'ombre effrayante de quelque moine Augustin ne va pas se dresser devant lui.

Il y a quelque analogie entre la situation choisie pour construire le prieuré et celle du château de Montbrun, demeure du fondateur. A Tavaux, comme à Montbrun, la mélancolie, qui encadre nos paysages Limousins, a comme des airs de tristesse; ce ne sont pas les sapinières noires de l'Auvergne, c'est un paysage spécial, où le soleil a un éclairage particulier, et, où l'horizon est borné de toutes parts par des collines, des châtaigneraies et des rochers. A Tavaux, comme à Montbrun, seul le bruit de l'eau, qui dévale, donne l'idée de la vie : c'est bien le recoin isolé du monde, propre à la méditation de l'au-delà.

Ce fut le X des calendes de septembre, le 23 août 1180, que les Augustins s'établirent à Tavaux, Hautevaux, Altavaux, ou quelquefois Haut-en-Vaux. Ils étaient envoyés dans ces « hautes vallées » (altis vallibus) de la paroisse de Dournazac par l'abbaye de la Couronne, située à quelques kilomètres au Sud d'Angoulême : à cette date, 1180, l'abbaye de la Couronne venait elle-même de reconstruire son église.

Dès 1179, Emery Brun ou Bruni, du lieu de Trados, devenu Montbrun, manifestait son désir de contribuer à une fondation pieuse; les pourparlers eurent lieu au Peyrat, où il y avait alors un monastère de Saint-Benoît et où se trouvait le légat du pape Alexandre III. La fondation fut décidée et le 27 février 1181, le pape Alexandre III confirmait les négociations de son légat et prenait sous sa haute protection le prieuré d'Altavaux; la première installation dut être sommaire, car il est dit qu'en 1186 on rebâtit le prieuré, et que Brun fournit 1.500 sols. Ce n'est que le 6 octobre 1213. que la nouvelle église fut consacrée par l'évêque de Limoges, Jean de Veyrac, entouré de l'abbé de Solignac, Elie; de l'abbé de Peyrouse, Hugues; du prieur de Saint-Jean-de-Côle, Emery, et de nombreux seigneurs de la région, parmi lesquels Emery Brun et le vicomte de Rochechouart. Déjà, le 19 août 1212, l'autel du Midi avait été consacré par Guillaume de Brun, évêque d'Angoulême, et le 17 février 1225, l'autel du milieu du choeur est consacré par Bernard de Savenne. évêque de Limoges. Si l'on en croit la chronique, les Augustins d'Altavaux ne faisaient pas souvent bonne chère,, car en 1270, Guillaume de Chandry, 14e abbé de la Couronne, trouve que les pitances servies aux frères d'Altavaux sont trop exiguës et il prescrit d'y porter remède.

En 1181, le prieur Georges Dinsel reçut de Jean, abbé de la Couronne, « des reliques venant du Quercy et de l'Auvergne » : ces reliques étaient celles de saint Pierre, de saint Vincent, de saint Laurent et de saint Genest. L'année suivante, un ermite, ami de Pierre, prieur de Tavaux, incliqua des reliques qui se trouvaient à Chassenon; enfin, Emeric Brun, ne faisant en cela qu'imiter les seigneurs croisés, envoya de Jérusalem des reliques au prieuré d'Altavaux. Les reliques de ce prieuré ont beaucoup fait parler d'elles et je tiens à citer ici en entier ce passage de l'histoire de Lavisse.

« Nous possédons une sorte de journal des acquisitions de reliques faites par le prieur de Tavaux (Hte-Vienne), entre les années 1180 et 1213. Le document est très curieux. En 1181, c'est l'abbé de la Couronne, le chef de la maison-mère, qui donne au prieuré des reliques de saint Pierre, saint Vincent, saint Laurent, saint Genest. L'année suivante, un ami du prieur lui signale une chapelle abandonnée, où se trouvait une très vieille châsse pleine de reliques anonymes : on l'emporte au prieuré. La même année, un prêtre offre aux moines de Tavaux un morceau du vêtement du martyr saint Thomas, un fragment du saint Sépulcre et une des pierres avec lesquelles on lapida saint Etienne. Un prévôt envoie des reliques de saint Basile et de sainte Flavie. De son côté, le prieur de Tavaux se met en quête, il rapporte du fameux sanctuaire de Saint» Yrieix deux dents du prophète Amos, des reliques de saint Martin et de saint Léonard, et par une autre série d'acquisitions, des reliques cle la légion Thébaine, de saint Priscus, des ossements, des cheveux et des fragments d'une robe de saint Bernard; enfin, un morceau de la vraie croix. Mais personne ne pouvait être comparé au cellérier du prieuré, Gérard, comme chercheur et découvreur de reliques. C'est à lui que les moines de Tavaux durent, les reliques de saint Pierre, de saint Jean l'Evangéliste, de saint Sébastien, de saint Saturnin, de saint Eustelle, de saint Patria..., Abraham, Isaac et Jacob, etc. Telles sont les reliques de provenance » connue, mais le journal de Tavaux en cite beaucoup d'autres : des morceaux de la robe de la Vierge, des cheveux de saint Etienne, un fragment de la crèche de Bethléem, un morceau du soulier de la Vierge, un peu de l'encens que les Mages apportèrent à Bethléem, des cheveux de saint Paul, un fragment de la croix de saint André et de la pierre sur laquelle s'était tenu le Christ, quand il s'éleva au ciel, un doigt de saint Jean Baptiste, une dent de saint Maurice, un côté de saint André, un fragment du cilice de Marie-Magdeleine, un morceau de la mâchoire de sainte Radégonde, etc. Il faut songer que tous ces objets ont été acquis seulement en quelques années et se trouvaient dans l'église du prieuré du Poitou, qui n'avait pas grande notoriété ».

Il n'y a pas lieu de se montrer autrement surpris de ce qui se passait à Altavaux, il y avait à cette époque, et depuis le vne siècle, un véritable engouement pour les reliques et les papes durent parfois intervenir pour prévenir moines et laïques contre une véritable manie, qui n'était pas sans dangers. Mais comme il faut juger les choses avec l'esprit clu temps, il faut convenir que cette chasse aux reliques, pour extraordinaire qu'elle nous paraisse, avait des causes. D'abord, l'esprit encore primitif de ce temps jugeait la présence du saint dans un endroit attachée à la possession de ses reliques, et, dans la pensée de nos ancêtres, l'action du saint était plus efficace, si on possédait quelqu'une de ses reliques; j'irai même plus loin et je dirai que cette idée, qui tient beaucoup de la superstition, existe encore dans nos campagnes. Ensuite, la présence des reliques dans un endroit était une protection, car, peur ou superstition, bien des malandrins du temps auraient hésité à pressurer les moines Augustins, redoutant peut-être la vengeance des saints. Enfin, ces reliques étaient une source de revenus, parce qu'elles attiraient le pèlerin.

A vrai dire, nous savons peu de choses sur les moines d'Altavaux, M. l'abbé Le Cler, dans sa Monographie du canton de Saint-Mathieu, a publié les noms de la plupart des prieurs, les Archives de la Charente et la brève chronique du prieuré nous donnent quelques détails, mais les Archives départementales de la Haute-Vienne possèdent deux registres qui nous permettent de suivre les ventes, les acquisitions et les difficultés du prieuré.

Nous savons que vers le milieu du xme siècle, Hélie et Aymeric de Bussières vendirent au prieur leur mas d'Arsac, situé dans la paroisse de Cussac, qu'Aymeric de Boschan, ancêtre des Boschan de Brie, vendit au prieuré ses droits sur la paroisse de Dournazac et que les religieux achetèrent d'Hélie de Bussières le mas de Bussin, dans la paroisse de Sainte-Marie-de-Frugie. Nous savons encore qu'en 1253, Pierre de saint Macaire, prieur d'AItavaux, acheta des enfants de feu Aymeric de Bussières. six rentes montant ensemble à la somme de 108 sols, 4 setiers de seigle, et dus sur les mas de Bussin, de la Vergne, de la Faye, de la Reille, du Gipoulou et du Châtenet, moyennant 50 livres monnaie de Limoges. La puissance territoriale et foncière des religieux d'Altavaux va toujours en grandissant; en 1256, Eble, seigneur de Châlus, vend au prieuré son mas ou château de Grateloube, en la paroisse de Sainte-Marie-de-Frugie; en 1290, le prieur achète encore les mas de Feiryas-de-Teilliolie et de la Bernardie. En 1443, les moines font une acquisition importante et Pierre de Maumont leur vend « le domaine utile et féodal » du Mas, appelé le Puy-de-Cussac, paroisse de Cussac, avec pacte de réméré. En 1452, Adhémar Creton Ceret, prieur d'Altavaux, afferme le Mas-du-Puy et celui de Graffeuille, à Jean du Cluzeau, de la paroisse d'Eyjaux, diocèse de Limoges, « sous le devoir annuel de rente foncière et directe d'un setier froment, d'un setier seigle, quatre éminaux d'avoine.à l'a mesure d'Altavaux, de trente sols d'argent et deux poules ». En 1536, le Puy passe aux d'Hautetort, qui reconnaissent le tenir en « fief fondalité et directe seigneurerie de noble et vénérable homme Jean de la Roumagière protonotaire apostolique, prieur commandataire du prieuré conventuel de N.-D. d'Altavaux en Limousin ». En 1610, alors que les du Dousset, héritiers des d'Hautefort, posséderont le manoir du Puy et que le prieuré d'Altavaux sera passé aux mains des pères Jésuites du collège de Limoges, ces derniers auront des difficultés au sujet des rentes que le Puy devait à Tavaux.

Nous avons vu la puissance foncière du prieuré s'étendre sur Dournazac. Sainte-Marie-du-Frugie, Bussière-Galant, La Chapelle-Montbrandeix, Firbeix et Cussac. Il semble que Champagnac soit un terrain réservé aux dames de la Règle et que l'abbaye de Pérouse, de la paroisse de Saint-Saud, limite le prieuré d'Altavaux de ce côté, mais alors il va étendre sa puissance vers Miallet et Thiviers. Massavit, le Mas-Goubert et le Montet-Chabroulet payent redevances aux moines d'Altavaux. Quant à Châtelavit, il fut plus tard l'objet d'une contestation entre le comte de Lambertie et le collège cle Limoges : « Un acte du 22 septembre 1650, signé d'Arfeuille, fait connaître une transaction entre messire François, comte de Lambertie, et le recteur du collège de Limoges ». Il est reconnu, dans cette transaction, que le comte de Lambertie est seigneur foncier, de Châtelavit, mais que le collège, à cause du prieuré d'Altavaux, a sur ce tènement une rente annuelle et perpétuelle.

Les pères Jésuites, successeurs des Augustins à Altavaux, eurent nombre de difficultés avec les curés des environs, comme nous le verrons, mais le prieur Adhèmar Céret eut, lui aussi, maille à partir avec l'abbé Aymeric de Fayolles, vicaire perpétuel de Dournazac. Il s'agissait des dîmes de Mardelou et de la Gaudonie; il ressort des documents des Archives départementales, que le vicaire perpétuel de Dournazac n'avait pas raison et il dut restituer au prieur des Augustins. En 1536, les Augustins ont une maison à Dournazac, elle est dite « confrontant » au chemin public de Dournazac à Châlus et au chemin » de Dournazac à la Font-Saint-Sulpice. ». Cette même année 1536, nous voyons que le mas de Goursolas a pour tenanciers Jean Granier et Jean Fayoulaud, qui reconnaissent le tenir clu prieur d'Altavaux; ce n'est guère qu'à la fin du XVIe siècle que nous trouverons les Rolle à Goursolas et à Matibois, et si les Rolle de Goursolas ont possédé Goursolas jusqu'à la fin du XIXe siècle, ils durent payer une rente au prieuré bien longtemps, car une sentence de la cour sénéchale de Limoges, de 1778, les y oblige.

Le prieuré d'Altavaux a également possédé fort longtemps le mas de Dournadille; en 1460, le prieuré y a pour tenancier Jean Redon et cette famille semble y être restée fort longtemps.

Les métairies des Gadauds, des Catinats, celles de la Porte et de Puy-Roby faisaient également partie des domaines de Tavaux : il y avait en plus le moulin de la Porte, qui était le moulin banal, et voici les villages ou tènements qui étaient tenus d'y aller moudre : la Bussière-Montbrun, l'Erodie, l'Artige, Puy-Roby, Dournadille, Fenyas. La Valette, l'Age, Chabrerie et Barbou. Enfin. Altavaux avait aussi ses forges : celle de Tavaux et celle du Mas-du-Bosc achetée plus tard aux de Chapt de Rastignac, seigneurs de Firbeix.

Pendant la guerre de Cent ans, le prieuré fut vraisemblablement sinon détruit, du moins profané, et il est certain qu'il dût succomber sous les invasions des troupes anglaises qui accomplirent tant de ravages dans notre région. Comment le prieuré, sans défense, eut-il pu échapper à la cupidité des mercenaires qui brûlaient Montbrun et Lambertie, ces deux forteresses toute voisines, qu'elles pouvaient lutter. Cest ce qui exqlique pourquoi le prieuré tel qu'il est aujourd'hui n'est plus celui du XIIe siècle, mais bien une reconstruction postérieure à la guerre de Cent ans. Il y a bien encore quelques fragments de la construction primitive, à la lenêtre du cellier, par exemple, on peut apercevoir un superbe chapiteau romain massif, dont un des côtés est usé par les denrées que l'on fait glisser par la fenêtre, mais ce qui irappe surtout, c'est l'économie qui a présidé à cette reconstruction. On trouve, ça et là, dans la maçonnerie, des pierres sculptées que l'on a utilisées comme pierres de taille, et on a l'impression que l'on a replâtré des ruines. Nous sommes au XVe siècle, les seigneurs sont moins généreux et peut-être aussi moins riches et les beaux jours de la fondation sont passés.!

On ne peut se défendre d'une impression de tristesse, en visitant le Tavaux d'aujourd'hui et les fenêtres aux grillages de fer donnent à l'ancien prieuré un aspect de prison; c'est bien là la vallée des larmes dont l'âme ne s'échappe que pour le bonheur éternel, c'est bien là aussi la vie monastique telle qu'on peut la concevoir clans notre coin mélancolique du plateau de Châlus.

La construction des monastères reposait sur des principes, sinon invariables, du moins presque toujours respectés; ainsi, la sacristie et le chartrier, situés à des étages différents, étaient près de la chapelle, et, pour éviter les dégâts de l'incendie, le chartrier était presque toujours voûté; là, m'inspirant de ces principes généraux, tels qu'ils sont donnés dans l'architecture monacale de M. Enlart, j'ai pu arriver à reconstituer le prieuré, non pas d'une façon absolue, mais d'une façon bien probable. Ainsi, le rez-de-chaussée se composait, en allant de l'Est à l'Ouest, de la sacristie, de la salle capitulaire, de l'escalier, de la cuisine et du réfectoire. La sacristie et la salle capitulaire, actuellement habitée par les colons de M. Gondaud, ont conservé des traces de leur destination. On trouve dans la sacristie des placards anciens et dans la salle capitulaire des voûtes, des piliers et des chapiteaux qui remontent à la construction primitive. Au premier étage, il y a le chartrier, qui est au-dessus de la sacristie et voûté, on ne peut y arriver qu'après avoir traversé tout le monastère, ce qui est conforme aux règles de l'architecture monacale; à côté du chartrier est le chauffoir, vaste salle chauffée où se réunissaient les moines pour travailler. Dans ce chauffoir, il y a une échauguette curieuse par un regard oblique, qui permet, aux religieux de surveiller la porterie. C'est de là, que les moines au travail, avertis par la cloche du frère portier, pouvaient être prévenus de l'arrivée d'un seigneur de marque. A côté du chauffoir sont des appartements, qui pouvaient être ceux du prieur, mais plus probablement des appartements disponibles pour le visiteur ou le révérendissime père abbé. Enfin, plus à l'Ouest, il y a le réfectoire, qui semble occuper à la fois le rez-de-chaussée et le premier, car à hauteur du premier se trouve une sorte de grande niche cintrée qui devait servir au lecteur. Au deuxième étage sont les dortoirs des moines communiquant avec la chapelle par un escalier, puis les appartements du prieur, je suppose. Enfin, le troisième étage est composé d'un vaste grenier.

Quant à la chapelle, qui devait être somptueuse « comme l'oratoire d'un roi », elle était orientée liturgiquement et adossée au bâtiment, que les documents appellent « le château »; elle devait donner dans le préau qui s'ouvrait derrière la salle capitulaire. Il reste fort peu de choses de cette chapelle, car si le prieuré a connu les hautes faveurs des seigneurs du plateau de Châlus et en particulier des seigneurs de Montbrun, qui ne dédaignèrent pas devenir là parfois revêtir la robe des moines Augustins; le prieuré a aussi connu des épreuves cruelles. Quand on compare tout, ce qui reste du monastère et le peu qui reste de la chapelle, on comprend que la profanation et le pillage des lieux saints étaient la plus infaillible expression des entreprises militaires des guerres de religion. A vrai dire, il reste de la chapelle un ou deux piliers, un fragment de nervure délicate et un ensemble de ruines, qui permet de supposer que l'on avait dû percer des baies vastes et nombreuses, pour augmenter la lumière et diminuer la résistance des murs. Faut-il voir là une des raisons pour lesquelles la chapelle a si peu résisté au temps ? Admettons le pour l'humanité, ce sera cela de moins à la charge des vandales.

Si Tavaux était en dehors du monde par sa situation géographique, il n'en était pas moins près de Châlus, près de Bussière-Galant, où passait l'ancienne voie romaine Limoges-Périgueux, près de Lambertie, près de Montbrun, dont les seigneurs ne l'oublièrent jamais; puisqu'en 1346, Guy de Montbrun et son épouse; en 1457, Pierre de Montbrun, évêque de Limoges; en 1486, autre Guy de Montbrun, évêque de Condom, font des libéralités au prieuré d'Altavaux. « C'est là, disent-ils, le plus souvent que nos prédécesseurs sont enterrés ». Oui, c'est là, quelque part, autour du vieux prieuré, que dorment le fondateur, une partie de sa famille et les religieux; on voudrait pénétrer avec respect dans l'endroit où ils reposent, on voudrait se recueillir un instant auprès de la nécropole de ceux qui ont travaillé là et prié à travers les âges, mais il n'y a plus de traces de cimetière, la charrue a tout emporté. Bref, si isolé que soit Altavaux, les bruits du dehors, ceux de l'Aquitaine, comme ceux de la vicomte, pouvaient parvenir jusqu'au prieuré. Et, il est hors de doute qu'à une époque, où l'instruction se réfugiait dans les cloîtres, Altavaux ait dû exercer sur le plateau de Châlus une influence intellectuelle considérable; comment les moines n'auraient-ils pas eu un certain prestige sur la noblesse peu instruite de cette époque ! Est-ce que les seigneurs des environs ne venaient pas à Altavaux visiter les Augustins du seigneur Emery Bruni ! Puis, les religieux n'étaient-ils pas probablement les seuls à avoir des livres ! Oui, il y a certainement eu entre le prieuré, les seigneurs, le clergé, un échange d'idées, qui n'a pas été sans influence; venait-on visiter leurs peintures sur velin, leurs transcriptions de manuscrits, ou venait-on seulement à Altavaux, pour apprendre ou pour causer ? Nul ne le saura, mais personne n'osera nier que Tavaux et peut-être même l'abbaye royale de la Couronne, aient eu de l'influence sur le développement intellectuel de nos ancêtres. Le prieuré a-t-il eu une influence surles arts en général dans la région ? Ici encore, on ne sait rien de précis, aucun document ne vient en aide à l'histoire et elle est contrainte de s'en tenir aux hypothèses. Ce qui est certain, c'est que la règle des Augustins a beaucoup de points de ressemblance avec celle des Bénédictins, et que, par conséquent , les religieux de Dournazac partageaient leur temps entre-la prière et l'étude. Et alors, comment, à une époque où les architectes étaient en général des moines, le prieuré aurait-il pu ne pas avoir d'influence artistique dans sa région ? Non seulement les architectes étaient des moines, mais encore les architectes étaient du terroir; il se peut que les Augustins n'aient été ni des architectes ni des sculpteurs, mais ils étaient sûrement les détenteurs de la tradition, on devait venir voir leur chapelle, leurs reproductions de sculptures et de moulures, et s'ils n'ont pas façonné, ils ont sûrement guidé des artisans. De plus, nous savons que si l'ouvrier du moyenâge était adroit et habile, c'est à l'ombre des cloîtres qu'il se formait. Il y avait certainement sur place des charpentiers, des maçons, qui devaient être heureux de venir prendre au prieuré des idées, des conseils; car Altavaux devait être pour eux le refuge du savoir. Il faut se représenter un curé du plateau de Châlus au XIIe et XIIIe siècle, son église, son oratoire, sa cella menace ruine, le seigneur lui a promis son concours et la population pieuse de la paroisse est heureuse à l'idée de travailler pour son Dieu et d'apporter une pierre à l'édifice. Limoges est loin de Dournazac et de Cussac; il y a bien dans la paroisse des ouvriers habiles, mais il laut une direction, il faut un plan, et alors je me représente le seigneur et le curé chevauchant côte à côte au travers des châtaigneraies et allant demander conseil aux religieux d'Altavaux. Les moines de Dournazac furent-ils les architectes de quelque église de nos régions. Nous l'ignorons, mais à supposer que Tavaux ne fut pas en état de donner des conseils d'art, il est plus que probable que le prieur en référait au père abbé cle la Couronne et que l'abbaye royale a peutêtre exercé dans notre pays une influence, qu'il serait .intéressant d'étudier au point cle vue de l'architecture. Qui sait, si dans le plateau de Châlus, il n'y a pas eu une sorte d'infiltration artistique, dont les racines étaient clans l'Angoumois ! Enfin, comment peut-on supposer qu'au point de vue de l'art, le prieuré d'Altavaux n'a pas eu d'influence dans notre pays ? Mais le monastère avait ses ouvriers, qu'il guidait lui-même; est-ce que tel sculpteur, qui avait travaillé pour Tavaux n'était pas sollicité par un seigneur voisin, de faire ou de refaire telle ou telle moulure, qu'on avait aperçue au prieuré ? Car on allait beaucoup à Altavaux, on y allait prier près des reliques, on y allait demander conseil ou assistance au prieur, on y allait aussi entendre les beaux offices des religieux.

En dehors de l'art, Altavaux a une influence morale et religieuse : influence sur la noblesse, puisque les nobles du plateau du Châlus prennent l'habit des moines Augustins, séduits par l'idéal cle l'exemple; influence sur le peuple, qui venant en dévotion près des reliques, en profitait probablement pour demander conseil au prieuré; influence sur le clergé, qui n'était pas sans voir les succès des religieux. Il est probable que bien des curés des alentours ont trouvé là des conseils pour la vie sainte; enfin, les moines étaient riches, ils dépensaient peu pour eux et devaient donner beaucoup à cette population pauvre.

En 1569, lors des guerres de religion, le prieuré d'Altavaux, qui se composait « d'un château avec deux girouettes », d'une chapelle, d'une boulangerie, d'une écurie,de deux granges, de trois poulaillers, un colombier, un jardin fut pillé par les calvinistes et les papiers ou titres, qui se trouvaient dans le chartrier furent brûlés. Cette région du plateau de Châlus fut particulièrement éprouvée, Lambertie fut incendié; Montbrun, d'après les uns, eut le même sort, d'après les autres, il fut mis au pillage par trente huguenots qu'avait détachés Coligny, dans tous les cas, les archives du département nous apprennent que l'Eglise de Dournazac lut saccagée, elle aussi, et qu'en 1605, elle n'était pas encore recouverte. Il est vrai, que l'armée de Coligny s'était arrêtée à Pensol, à la redoute qui porte encore son nom sur le cadastre et que, se dirigeant sur Châlus pour y opérer sa jonction avec Wolfgang, duc des Deux-Ponts, elle trouvait forcément devant elle Tavaux, Lambertie et Montbrun.

Le prieuré ne se releva jamais, et, en 1604, alors que Michel Augereau était prieur, Monseigneur de la Marthonie, évêque de Limoges, désireux d'installer les Jésuites dans sa ville épiscopale, tant comme éducateurs que comme prédicateurs, leur donna du consentement de l'abbé de la Couronne, les revenus d'Altavaux. On dit que le prieur Augereau abandonna à regret Altavaux, et les documents prouvent que Monseigneur de La Marthonie obtint sa démission, « non sine magnis la boribits ». Comment en eût-il été autrement ! Il y avait plus de quatre siècles (424 ans) que les moines Augustins avaient été installés dans les hautes vallées de la Dronne, par Emeric Bruni, c'est là qu'ils avaient travaillé, prié, souffert à travers les âges, et, quand ce souvenir confus du passé se présentait à l'esprit du prieur Augereau, la voix des moines trépassés et celle des Brun de Montbrun, qui reposaient à Altavaux, lui rappelaient qu'en abandonnant Tavaux, même contraint et forcé, il fermait les pages d'un livre glorieux pour l'ordre des Augustins, pour la famille de Montbrun et pour tout le plateau de Châlus. On ne sait pas au juste quelles furent les résistances du prieur Augereau avec son évêque ou avec le révérendissime père abbé de la Couronne. Ce que l'on sait, c'est qu'il obéit, les larmes dans les yeux, et celui qui, connaissant l'histoire du prieuré, va visiter ce qui en reste, ne peut s'empêcher de compatir au déchirement que dut éprouver le dernier prieur des Augustins.

D'Altavaux dépendait :

1° Le prieuré, cure de Massignac;
2° La vicairie de la moitine en l'église Saint-Martial de Limoges;
3° La vicairie de Dournazac;
4° La vicairie de Sainte-Marguerite en l'église de SaintPierre-du-Queyroix;

Et voilà tout ce que nous savons du prieuré d'Altavaux de l'ordre des Augustins; maintenant, nous allons y suivre les pères Jésuites de Limoges, mais disons tout de suite que les pères Jésuites ne l'habitèrent pas bu peu, et qu'ils l'affermèrent; ce sera dire que l'influence d'Altavaux va aller sans cesse diminuant; d'un centre intellectuel religieux et artistique, il va devenir une exploitation agricole et c'est tout.

L'abbaye de la Couronne ne semble pas avoir perdu tous ses droits sur le prieuré au XVIIe siècle, car, en 1640, quand elle se réunit au collège de Clermont, ce fut le recteur de ce collège qui nomma le curé de Dournazac, Dournazac ne fut d'abord qu'une vicairie, il devint ensuite cure et prieuré-cure, sa fête patronale est encore le 27 août, fête de la translation des reliques de Saint-Sulpice-de-Bourges. Tout d'abord, ce fut le père abbé de la Couronne qui nomma le curé; à la fin du XVIe siècle, ce fut le prieur de Tavaux, et de 1611 à 1640, cette nomination revint à l'évêque de Limoges. A partir de 1700 et jusqu'à nos jours, le curé de Saint-Sulpice-de-Dournazac fut toujours nommé par l'évêque de Limoges.

Voici, en peu de mots, l'arrangement qui avait été fait entre l'abbaye de la Couronne et les pères Jésuites de Limoges; les Jésuites devaient faire l'éducation d'un religieux de la Couronne ou d'un écolier' nommé par le chapitre, mais l'histoire de l'abbaye royale de N.-D de la Couronne nous apprend que la chose était peu à peu tombée en désuétude; en tout cas, un procès allait avoir lieu, quand en 1695 intervint une transaction. Le collège de Limoges s'obligea à payer une pension de 120 livres au chapitre régulier de la Couronne, « au lieu de la pension ou éducation religieuse ». Le paiement devait être fait en deux fois : à Pâques et à la Toussaint.

Altavaux est donc devenu une exploitation rurale, une ferme et les Archives nous ont conservé les noms de quelques-uns de ces fermiers, et aussi l'histoire continue des difficultés des pères Jésuites avec les seigneurs, avec le clergé, avec la population comme avec le fermier. En 1649, le fermier s'appelle Jean Desbordes; en 1687. c'est le sieur Croizier : en 1771, Benoit Labrousse afferme pour neuf années et il paye 4.250 livres par an; ces neuf années terminées, il afferme de nouveau pour sept ans, moyennant 5.000 livres et un millier de 1er. Mais la gestion de Tavaux n'est pas sans difficultés, la rentrée des dîmes est pénible et les paysans font des infidélités au moulin banal; aussi, Labrousse échange-t-il toute une correspondance avec les révérends pères, il commence par se plaindre beaucoup et souvent, et finit par demander des indemnités. En 1783, Tavaux est donné à ferme au sieur du Genest, négociant, demeurant au Mas-du-Loup et à Jacques de La Couchie, mais cette même année, un débordement de la Dronne emporte la chaussée de l'étang, le moulin et la maison du forgeron, puis les déprédations prennent une telle proportion, particulièrement dans les taillis, que les Jésuites sont obligés de prendre un garde.

Le plus proche voisin des Jésuites était, sans contredit, le seigneur de Firbeix; cette propriété fut tour à tour aux Arlot, aux de Nesmond, aux de Chapt de Rastignac et aux La Rochefoucauld. Les Arlot ne devaient pas être en fort bons termes avec Altavaux, car en 1625, Jean Arlot est accusé d'avoir enlevé, avec des complices, le marteau, les soufflets et d'autres outils de la forge. Le curé de Firbeix prit-il le parti du seigneur Arlot ? On n'en sait rien, mais il souleva, lui aussi, des difficultés au prieuré, au sujet de certaines dîmes auxquelles les Jésuites avaient droit. Mais ce fut sans contredit avec les curés de Montbrun que le prieuré eut les difficultés les plus graves, car, nous passons sous silence les réclamations continuelles que les curés de Dournazac faisaient au prieuré au sujet des dîmes.

Il semble bien que jusqu'en 1663, il n'y ait eu ni cure ni curé à Montbrun; mais, à cette date et en 1757, deux tentatives furent faites, l'une par l'abbé Lamotte, curé de Pensol, l'autre par un certain abbé de Bruxelles, pour ériger Montbrun en cure. C'était porter un préjudice assez grave aux Jésuites d'Altavaux, qui percevaient la moitié des dîmes de Montbrun. Les deux affaires sont assez semblables et je ne conterai que la tentative de l'abbé de Bruxelles, faite en 1757, qui paraît avoir eu une certaine importance. L'abbé de Bruxelles prend possession de la cure de Montbrun pour « obitum ultimi possessoris », et il base l'existence de la cure de Montbrun sur l'affaire Lamotte, de 1663, et sur ce fait que le curé de Dournazac, l'abbé Taraud, signe : curé de Dournazac et Montbrun. Le baron de Campniac, seigneur de Montbrun, déclare qu'il n'y a jamais eu de cure à Montbrun, qu'il n'y a « aucun vestige de paroisse, cloches, clocher, fonts baptismaux, cimetière, logement de curé, ni ornements »; il y a, dit-il, « une chapelle domestique, dédiée à Saint-Roch, qui, pour tout ornement, a une méchante image de Saint-Roch et pour toute couverture le simple toit ». Monseigneur de Cœtlosquet était alors évêque de Limoges et il est bien certain que l'abbé de Bruxelles avait l'approbation de son évêque; dans tous les cas, les Jésuites ayant perdu leur procès à la sénéchaussée de Montmorillon, l'affaire alla à la Tournelle, à Paris.

Il est bien difficile de se faire une opinion sur la question en litige, mais j'avoue que si la haute personnalité de Monseigneur de Cœtlosquet ne couvrait pas l'abbé de Bruxelles, je serais bien tenté de croire que le bon droit se trouvait du côté des Jésuites. D'abord, l'abbé de Bruxelles est l'obligé des Jésuites, et il est dit qu'il « aurait eu bien de la peine à subsister sans leur secours » et en suscitant seul l'affaire de la cure de Montbrun, il ne paraît pas avoir uniquement obéi à des sentiments de reconnaissance. De plus, il y a dans le dossier des phrases peu flatteuses à son égard, entre autres celle-ci : « Impatient de servir en qualité de vicaire dans diverses paroisses du diocèse de Limoges, sans pouvoir être pourvu d'aucun bénéfice, il a prétendu s'en former un au préjudice des pères Jésuites ». Enfin, il y a un fait certain, c'est qu'au milieu du XVe siècle, Montbrun était de la paroisse de Dournazac; qu'au XVIIe siècle, le curé de Pensol, Lamothe, a échoué dans une tentative analogue, et que voici trois cents ans que le prieuré d'Altavaux perçoit la moitié des dîmes de Montbrun. Mais ce qu'il y a de plus probant, à mon sens, ce sont tous les titres, actes de vente ou autres, que produisirent les pères Jésuites et dans lesquels Montbrun et tous les villages de l'enclave sont dits de la paroisse de Dournazac.

En 1786, on installe dans la chapelle de Tavaux, un nouvel autel « dont la dorure et la peinture sont confiées au sieur Bernard, sculpteur »; le sanctuaire est également réparé et muni d'un balustre. De quelle chapelle s'agit-il ? Je ne pense pas qu'il puisse être question de la chapelle du prieuré, qui a dû être détruite pendant les guerres de religion. S'il en était ainsi, Altavaux aurait été saccagé en 1793, et il est invraisemblable que la tradition n'ait pas gardé le souvenir d'un fait relativement récent. Bien plus, à partir de 1786, le silence se fait autour d'Altavaux, on ne sait pas comment le prieuré a fini, et il est permis de supposer que peut-être comme Grandmont. il cessa d'être un bien d'église, avant que le culte de la raison ne vint s'étaler dans les maisons de la prière.

Aujourd'hui, la vieille cloche qui a appelé tant de moines à la prière, ne tinte plus; derrière l'échauguette, aucun regard ne sonde plus l'horizon borné de ce vallon sauvage; le chauffoir et les dortoirs sont vides, la chapelle est détruite : Tavaux n'a plus d'influence. Il semble qu'autour de lui, tout veuille faire silence, le moulin banal n'est plus, et seule, la Dronne fait quelque bruit clans cet endroit solitaire, que n'avait pas effilé des hommes qui avaient consacré leur vie à Dieu.

Pauvre Prieuré ! Comme il a souffert depuis le XIIe siècle, des injures des temps et des hommes ! Que de choses oubliées ou ignorées pourraient redire les nombreuses pierres, qui sont encore debout ! En visitant Altavaux, on est étonné de tout ce qui en reste et l'on a envie de redire les vers de La Prade :

Voix fécondes, voix du silence,
Dont les lieux déserts sont peuplés,
Parlez.

Source : Le plateau de Châlus au point de vue historique, de Pierre de Resbecq.

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17 avril 2020

L'abbé Chapt de Rastignac

Armand-Anne-Auguste-Antonin-Sicaire Chapt de Rastignac était clerc-bénéficier du diocèse de Périgueux lorsqu'il fut reçu maître ès-arts à Paris le 20 juillet 1748. Sous-diacre à Paris en juin et diacre en décembre 1753, il fut docteur de la Faculté et Société de Sorbonne le 19 décembre 1754. Nommé par ses deux oncles vicaire général d'Arles et prévôt du Chapitre de Tours, puis devenu abbé commendataire de Saint-Mesmin (Orléans), il refusa trois fois l'Episcopat. D'une modestie et d'une charité remarquables, il n'hésita pas un jour d'inondation à se jeter à l'eau (1788) pour porter secours à une famille réfugiée sur le toit d'un moulin. Il habitait son Abbaye de Saint-Mesmin. La confiance du Clergé orléanais, après l'avoir nommé deux fois député aux Assemblées du Clergé, l'envoya siéger aux Etats-Généraux. Les écrits qu'il publia font preuve d'une attention scrupuleuse à se tenir toujours sur le terrain de la stricte vérité : « Questions sur la propriété des biens-fonds ecclésiastiques en France. — Accord de la révélation et de la raison contre le divorce. — Lettre synodale de Nicolas, patriarche de Constantinople , à l'empereur Alexis Commène sur le pouvoir des Empereurs relativement à l'érection des Métropoles ecclésiastiques » avec des notes toutes d'actualité : tels sont les ouvrages qui, avec son refus de serment à la Contitution civile comme député, le firent à juste titre considérer comme réfractaire et interner à l'Abbaye le 26 août 1792. Le dévouement de sa nièce, la marquise de Fausse-Lendry, qui avait voulu partager sa capacité, ne put l'arracher à la fureur des assassins.

Source : Les martyrs de septembre 1792 à Paris, de Joseph Grente.

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Inventaire du château de Puyguilhem

A la suite du décès, arrivé au château de Puyguilhem, en juillet 1766, de Pierre-Louis Chapt de Rastignac, comte de Puyguilhem, un inventaire de ses meubles fut dressé au mois d'octobre suivant, à la requête de ses trois enfants, « très haut et très puissant seigneur messire Jacques-Gabriel Chapt de Rastignac, comte de Rastignac, baron de Luzech, première baronnie du Quercy, sgr de Combebonnet, Clermont dessous, Villars, Milhac, l'Encontrade de Champagnac, Firbeix et autres places, enseigne des gendarmes-Dauphin, mestre de camp de cavalerie et chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis; très haut et très puissant sgr Gabriel Chapt de Rastignac, chevalier de Puyguilhem, mousquetaire de la 1re compagnie, et très haute et puissante dlle Jeanne-Charlotte Chapt de Rastignac, dlle de Puyguilhem », en présence de Joseph de Lestrade de Bouilhem, chevalier, sgr de la Trémouille.

Dans la grande salle à manger du château de Puyguilhem citons 6 pièces de tapisserie d'Aubusson en verdure, dont 3 fort usées; dans la chambre, appelée chambre boisée, au bas de la tour, un sopha garni de damas des Indes et dans le milieu d'une étoffe à fleurs, un lit garni de même. Le ciel, dossier et tour de lit d'étoffe en soie avec fleurs d'or et d'argent, 6 portraits de famille et 8 petits tableaux à cadres dorés, une carte de France.

La salle de compagnie est parquetée, plafonnée et boisée, en entier à l'exception de la place qu'occupent 6 tableaux encastrés, représentant l'histoire de Aieleagre et Alalante et 3 autres petits tableaux de paysage; au-dessus de la cheminée qui est en marbre, il y a une glace à cadre doré de 4 pieds 1/2 de haut; en face une autre glace de 3 p. sur 5 1/2, surmontée d'un fronton en bois sculpté et doré, fauteuils à l'ancienne mode de tapisserie à gros points.

Le petit salon à manger est tendu de 4 pièces de tapisserie à personnages.

Une salle vernie en bleu contient 2 tables couvertes de tapis d'Aubusson sur l'une desquelles se trouve une bourse de velours brodé d'or renfermant 91 jetons d'argent, dont partie aux armes de la maison de Rastignac.

Dans l'office, le notaire rencontre l'argenterie : « une écuelle, une huilière, une paire de mouchettes, un sucrier, 2 petits flambeaux, autre paire de mouchettes sans porte mouchettes, 4 cuillers à ragoût, 27 couverts, 12 cuillers à café, une ancienne cuiller, une cafetière, le tout d'argent du poids de 20 livres; 11 couteaux à manche d'argent, une paire de girandoles d'argent aché, 7 plats et 52 assiettes de faïence, 4 tasses à café en porcelaine, 3 saliers et 3 huiliers de cristal.

Une armoire placée dans la chambre dite de la Cabane renferme une livre d'étain, un calice d'argent, une seringue d'étain fin avec sa boite de cuir, 4 boites à toilette, une couverture de toilette en velours cramoisi, des rideaux de lit en pequin ou satin des Indes en velours cramoisi avec son impériale contenant les petits et grands pentes, dossier, bonnes grâces et 3 soubastements.

Dans la chambre placée au-dessus de la salle de compagnie « la cheminée est à l'antique en sculptures en pierres et à personnages assez en bon état »; elle est garnie de 3 tapisseries, l'une à personnages, les 2 autres à ramages. La salle placée au-dessus du petit salon à manger est boisée et vernie en jaune, à l'exception de la place qu'occupent 5 tableaux et 4 pièces de tapisserie d'Aubusson à ramages et verdures où sont les armes de la maison de Rastignac; à signaler dans cette salle, une pendule à répétition, une table à écrire avec une grande écritoire fermant à clef garnie de sa boite et sablier, une petite clochette de composition.

Tapisseries à personnages dans la pièce haute dite de la Tour, 3 tapisseries d'Aubusson à personnages dans une autre chambre.

Une armoire à quatre portes placée dans une petite pièce renferme les titres et papiers de la maison et terre de Puyguilhem : notons parmi ceux décrits par le notaire, le contrat de mariage du défunt avec Suzanne-Anne Dulaux d'Allemans du 27 mars 1734 (Saunier nro); le testament de cette dernière du 3 septembre 1754 (Pindrai); celui de Jacques-Gabriel Chapt de Rastignac comte dud. lieu, baron de Luzech, sgr de Clermont, Combebonnet et Sarrazac, du 28 octobre 1738 (Combe); celui de Françoise Chapt de Rastignac, marquise de Laxion, de Puyguilhem, Villars, Milhac, Firbeix, Montchapeix et la Glandie, du 28 janvier 1748 (Grandcoing); les hommages rendus au roi par Jacques-François Chapt de Rastignac en 1710, des terres de Puyguilhem et Firbeix, hommages pour les mêmes terres rendus par le défunt en 1764, de Rastignac, Clermont dessous. Contrat de mariage de Charles Chapt de Rastignac et de la dlle de Prugues (1687); une procédure et procès-verbal du 10 juillet 1652 à l'occasion du pillage, brulement et enlèvement des papiers du présent chasteau; testament de Marie de Roquart, épouse du marquis de Laxion du 19 mars 1704 (Besse); inventaire fait au château de Coupiat après le décès de Jacques-André Chapt de Rastignac, sgr desd. lieux, Firbeix. et autres places, époux de Anne du Barry, du 5 décembre 1699 (du Gadonneix); cession de la justice de Coupiat par la dame de Puyguilhem à la marquise d'Aubusson du 12 mars 1720 (Grandcoing); partage des terres de la Marthonnie et Puyguilhem, entre Gaston, Jacques, Henry et Geoffroy de la Marthonnie du 15 septembre 1571 (Pailhet); vente par M. de Marquessac au marquis de Laxion de Puyguilhem de la justice de L'incontrade de Champagnac du 13 avril 1714 (Labrousse); contrat de mariage d'Armand de la Marthonnie sgr de Puyguilhem, et de Marie de Roquart du 22 novembre 1666 (Fredurens); contrat de mariage de Jacques-François Chapt de Rastignac, chevalier, sgr de Laxion, Puyguilhem, Villars et Milhac, avec Françoise Chapt de Rastignac, dlle de Firbeix du 9 avril 1709 (Andrieu); vente par le sgr de Roffignac de Saunat père et fils, à la marquise de Laxion, de la terre de Monchapeix du 19 janvier 1743 (Lacongerie); un terrier de Puyguilhem fait en 1573 par Delapierrc notaire.

La bibliothèque renferme 64 volumes de piété et 41 ouvrages d'histoire ou généalogie : Mezeray, Le Ragois, Varillas, le P. Anselme, etc.

Dans deux bourses se trouve une somme de 4,786 livres 4 sols; les frais funéraires, services et aumônes se sont élevés à 600 livres.

A la suite inventaire des meubles du château de Firbeix, visite de la halle de Villars et des « fourniaux où sont les fours bannaux » de ce bourg.

Le 7 décembre, jour de la clôture, M. de Puyguilhem évalue à 42,000 livres la valeur des meubles et cheptels inventoriés.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1896)

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Pardon pour le sire de Montbrun

Lettres de rémission pour Gui Brun, sire de Montbrun, et ses complices.
Cognac, 27 janvier 1353 (n. s.).

Johannes, Dei gratia Francorum rex, notum facimus universis tam presentibus quam futuris, nos infrascriptas vidisse litteras, formam que sequitur continentes :

Arnoul, sire d'Audenehan, mareschal de France, lieutenant du roy mon seigneur ès pais d'entre les rivieres de Loire et de la Dourdoigne, à tous ceulz qui ces presentes lettres verront et orront, salut. Comme noble homme messire Guy Brun, chevalier, sire de Montbrun, nous ait signifié que pour cause de pluseurs griez qui li ont esté faiz ça en arrieres par pluseurs gens puissans dont il ne se povoit aidier bonement, et aussi pour ce que l'en li avoit donné à entendre que aucunes informations avoient esté faites de nostre commandement ou de nos lieuxtenans ou commissaires ou autres officiers contre lui, et que nous ou nos lieux tenans ou le seneschal ou autres officiers de Poitou et de Limosin ou autres pour mon dit seigneur voulions proceder contre lui à prise et punicion de corps et de biens senz nulle grace faire à li, tant pour ce que ça en arrieres le dit chevalier fist pleges, obligations ou convenances envers messire Jaque de Bourbon, lors lieutenant du roy mon dit seigneur, pour messire Helies de Lastrade ou pour Le Boyer, son fil, ou pour chascun d'eulz ou envers ses receveurs, et aussi pour cinq cens livres que ledit Boyer ot pour rendre le lieu de Nontron et ne demoura pas par ledit monseigneur Guy que les convenances et choses ne fussent acomplies.

Item, et pour ce que il ot convenances au roy mon dit seigneur, qui maintenant est, de rendre aucuns de ses ennemis, laquelle chose ne peut mettre à effet, dont il fut et est moult dolenz, presens monseigneur le connestable de France, qui maintenant est, et Pierre de Labatut, secretaire du roy mon dit seigneur, et car il estoit tenus en pluseurs peinnes, multes ou amendes pour ce qu'il avoit fait fondre le lieu de Losbesteur, avecques pluseurs autres ses complices, et pour ce que li et ses diz complices estoient tenus à mon dit seigneur en pluseurs deffaus esquieux il estoient cheus en Parlement à Paris pour la cause dessus dite; et aussi pour ce que ledit monseigneur Guy et ses complices ou consentens estoient ou povoient estre tenuz au roy mon dit seigneur pour ce que aucuns François, du mandement, voulenté ou coumandement dudit monseigneur Guy ou lui aiant ferme et estable, chevaucerent sur le lieu de Crouvieres ou aillieurs contre la teneur d'un acort fait entre lui et Jehan de Lobesteur jadiz et monseigneur Rompueulz Helies, tuteur ou curateur dudit Jehan, et arrest de Parlement, et aussi pour ce qu'il avoit esté desobeissans à pluseurs commandemens, inhibicions et injunctions à lui faites de par mon dit seigneur ça en arrieres et aussi qu'il estoit tenus à mon dit seigneur en pluseurs deffaus et contumaces ès quieux il estoit cheuz en la court de mon dit seigneur et de son sénéchal de Poitou et de Limosin ou d'autres commissaires de mon dit seigneur ou de nous pour cause, du fait du lieu de la Monestrie ou autrement, promouvant le procureur du roy mon dit seigneur ou autres parties conjunctement ou divisement; et aussi pour ce que l'en disoit lui estre tenu à mon dit seigneur en pluseurs peinnes, multes et amendes pour cause de sauves gardes enfraintes et autrement et que pour tant il se doubtoit et n'osoit venir ne comparoir par devant mon dit seigneur, nous ne autres officiers de mon dit seigneur, pour doubte qu'il avoit d'estre prins et dommagiez de son corps par force de prison à l'instigacion de ses malvellanz et ennemis.

Il, pour eschiver aus choses dessus dites ot autres traitemens et parlemens, ou les ennemis de mon dit segneur contre ycellui seigneur et le pais et leur fist aucunes convenances seelées de son seel ou autrement par serment ou par paroles, senz licence de mon dit seigneur et de ses genz aians povoir à ce, non mie toute voies pour mal ne dommage qu'il vousist à mon dit seigneur ne à son royaume, mais pour obvier à la puissance de ses ennemis et aus choses dessus dites et que les diz traitemens et parlemens qu'il ot ou les diz ennemis ne viendrent mie à effet, ne nul dommage, Dieu mercy, ne s'en est ensuiz et tous jours, sens les choses mettre autrement en fait, il a attendu se il porroit avoir grace et misericorde de mon dit seigneur et nous en a pluseurs fois humblement supplié et supplie de nouvel humblement, que nous qui savons que pluseurs grans ennemis il a heu, dont il forment doubtoit, pour consideracion des choses dessus dites et en recompensacion de pluseurs et grans pertes et domages que nous savons qu'il a soustenus ça en arrieres pour cause de ces presentes guerres tant pour les liex de Nontron, de Moncheroulz, de Mazonnes et pour le lieu de Saint Ament, que pour pluseurs autres liex d'environ, ou temps qu'il estoient ès mains des ennemis de mon dit seigneur, entre les quiex liex son dit lieu de Montbrun estoit et est asiz bien près, et aussi pour cause des liex d'Exiduil et de Combor les quiex sont à present ès mains des diz ennemis, et aussi pour ce qu'il ot mout grant travail et fit bone diligence et la mist à effect et soustint moult de despens, frais et mises pour recouvrer le lieu de Haas des mains des diz ennemis, nous à lui et ses complices et consentans et à toutes ses pleeges et cautions, se aucunes en y a, et à tous autres à qui ces choses touchent ou pevent toucher conjointement ou divisement et à chascun d'iceux, se aucuns en y a, e[t] si et en tant comme chascun touche ou peut toucher et appartient en aucune maniere à present ou pour le temps avenir porroit appartenir, vousissons remectre, quittier et pardonner les cas et choses dessus dites et toutes peinnes, multes et amendes que eulz et chascun d'eulz, si comme il li peut toucher, peut avoir encourues envers mon dit seigneur pour les choses dessus dites et chascune d'icelles, savoir faisons que. .... remetonz, quittons et pardonnons par ces presentes. .... au dit messire Guy Brun et à ses diz complices, plaiges et caucions, etc.

Et supplions au roy mon dit seigneur que nostre dite grace veillie approver, louer, ratifier et confermer en las de soye et en cire vert. En tesmoing de ce, nous avons fait mettre nostre seel à ces lettres en las de soye et en cire vert. Donné et fait à Compignac, le XXVIIe jour de janvier, l'an de grace mil CCC LII.

[Suit la commission d'Arnoul comme lieutenant du roi, de Paris, 6 mars 1352 n. st.]

Nos autem omnia et singula contenta in litteris suprascriptis rata et grata habentes, ipsa volumus, laudamus, ratifficamus, approbamus et tenore presentium auctoritate regia de speciali gratia confirmamus; mandantes, etc. .... Quod ut firmum et stabile permaneat in futurum, nostrum presentibus litteris fecimus apponi sigillum. Datum Parisius, anno Domini millesimo ccc° quinquagesimo tercio, mense aprilis.

Per regem : P. Blanchet.

Collatio facta est per me : P. Blanchet.

(Mémoires présentés par divers savants à l'Académie des inscriptions & belles-lettres, 1883)

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