18 janvier 2021

Les « marquis » de Mirande

Rameau des marquis de Mirande, cadets de la maison de Galard de Béarn

I. Charles de Galard de Béarn, chevalier, seigneur de Mirande (Rougnac) et du Pouyaud (Dignac) du chef de femme.
Il épousa le 20 septembre 1662, Jeanne de Lespinay, dame du Pouyaud.
Il fit son testament le 20 mai 1664 et mourut quatre jours plus tard à Paris.
Ils eurent pour enfant, un fils unique :

II. Louis de Galard de Béarn, dit le marquis de Mirande.
Il fut capitaine des gardes de l'électeur de Bavière.
Il épousa en premières noces, Pélagie de La Cosse, puis en secondes noces, Marie-Marguerite de La Place.
Il fut inhumé dans l'église de Dignac, le 13 avril 1729.
Du premier lit, il eut pour enfants :
1) Louis qui suit.
2) Autre Louis, seigneur de Mirande, marié à Marie-Henriette de Saunières, il fut inhumé dans l'église de Rancogne, le 17 juillet 1736.
3) Jean, dit le chevalier de Mirande, célibataire, il fut inhumé dans l'église de Gardes, le 1er janvier 1765.

III. Louis de Galard de Béarn, seigneur du Pouyaud.
Il fut inhumé dans l'église de Dignac, le 2 octobre 1747.
Il avait épousé Anne-Thérèse de Vieillard, et en eut pour enfant :
1) Jean, qui suit.
2) Catherine, marié dans l'église de Magnac-Lavalette, le 24 janvier 1782, avec Jacques Rousseau de Magnac, seigneur de La Mercerie. Elle fut inhumée dans l'église de Magnac-Lavalette, le 10 octobre 1786.
3) Marie-Marguerite, célibataire, inhumée dans l'église de Dignac, le 16 novembre 1771.
4) Pélagie, célibataire, inhumée dans l'église de Dignac, le 20 octobre 1784.
5) Jeanne, célibataire.
6) Julie-Elisabeth, religieuse.

IV. Jean de Galard de Béarn, seigneur de Mirande.
Il fut inhumé dans la chapelle du château du Pouyaud, le 23 mai 1766.
Il avait épousé dans l'église de Villebois, Marie-Thérèse Roche, le 23 janvier 1756.
Il eut pour enfant, une fille unique :
1) Catherine, mariée dans l'église de Saint-Front-d'Alemps, le 5 mai 1778, avec Pierre de Malet, seigneur de La Barde.

Source : Notes généalogiques sur les marquis de Mirande, de Julien Roland.

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Le « repaire » de Rougnac

Le repaire de Rougnac : une terre située au nord de celle de La Rochebeaucourt dont elle restera toujours distincte. Ici il n'y a jamais eu absorption et cette terre représentait un fond important de revenus seigneuriaux. Le volume J/1.175 en retrace partiellement l'histoire du XIIIe siècle au XVe avec une succession d'hommages et de reconnaissances censitaires, en particulier en 1243, l'hommage-lige des frères Hélie et Pierre Arnaud de la paroisse de Rougnac à Ytier de Villebois avec « sept sols d'acapte (= d'aide) aux quatre cas... » En 1327 un échange entre Ytier de Villebois et Pierre Arnaud, seigneur du repaire et des paroissiens d'Édon, est consacré par un acte officiel dans J/1.154, avec l'apposition des sceaux du seigneur suzerain de La Rochebeaucourt. Au XVIIe siècle, la terre et seigneurie de Rougnac appartenait à Marie de Ranconnet, lui venant de sa mère Marthe Raymond. Elle entre dans la famille Galard de Béarn par le mariage du deuxième fils de René et de Marie, Louis, avec Marie de Ranconnet, en 1609, mais plus tard elle servira à doter leur cadet René, créant ainsi une nouvelle branche de Galard, seigneurs de Faragorce et du repaire de Rougnac pour plus d'un siècle (XVIIe et XVIIIe siècles). Alors que les autres seigneuries ont disparu, absorbées par La Rochebeaucourt, sans laisser aucune trace dans le paysage, celle de Rougnac, dotée d'une mouvance importante, après l'extinction de la branche secondaire des Galard de Béarn, a poursuivi son existence en d'autres mains et de nos jours le repaire de Rougnac, lui, continue de camper fièrement ses murailles et ses tours enserrant un château composite de l'Ancien Régime à la différence du château de La Rochebeaucourt, presque effacé du paysage.

Source : Du château d'Angoumois à la faillite parisienne, de Jean Jézéquel.

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Le « ressuscité » de Dignac

Devant maître Guillaume Jeheu, le 1er mai 1685, acte fait à la porte de l'église de Dignac, en présence des habitants et à la requête de Pierre Faure, laboureur, natif dudit lieu de Dignac, à l'effet de faire attester par les assistants que c'est faussement qu'on a accusé les seigneur et dame du Breuil de Dignac, le seigneur de Mirande et le nommé Saint-Aignan, d'avoir enlevé ledit Faure le jour de ses noces, en sortant de l'église, de l'avoir battu et mis dans un état déplorable dont mort se serait ensuivie ; affirmant ledit Faure qu'il n'est point « ressussité », les seigneur et dame du Breuil, le seigneur de Mirande et le nommé Saint-Aignan ne lui ayant fait aucun mal, « mais qu'il est vray que le défunt seigneur de La Rochebeaucourt, qui avoit une commission, il y a environ quatorze mois, pour faire une compaignie de gens de pied, s'estant assisté de quelques soldats, l'auroit fait prendre et mener au lieu du Pouyaud, et de là au chasteau de La Rochebeaucourt ; et que comme il n'estoit point engagé au service du Roy, et qu'il auroit esté pris par force, le mesme jour de ses nopces, il se seroit évadé et n'auroit voulu paroistre dans le pays, de crainte qu'on ne luy mesfit, et a prié lesdits habitans de déclarer s'ils ne le reconnoissent pas. A quoy lesdits habitans ont fait response qu'ils connoissent ledit Pierre Faure pour estre l'un des habitans de ladite paroisse.... Et à l'instant, messire Jean de la Marche, prestre, curé de ladite paroisse, estant sorty, ledit Pierre Faure l'auroit abordé dans le cimetière, et l'ayant sallué, ledit sieur de la Marche luy a dit, en la présence du notaire soubsigné et des tesmoings, que c'estoit une sottise aux gens qui disoient qu'il estoit ressuscité, parce qu'il ne l'avoit jamais creu mort, recevant tous les jours de ses nouvelles ».

Source : Archives départementales de la Charente (3 E 1018).

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Pierre Poitevin et la bataille de Canope

Mots-clés : Pierre Poitevin (1775-1850), volontaires, bataillons, révolution (1789), La Rochefoucauld (Charente), Valenciennes (campagne), Vendée (insurrection), Italie (campagne), Égypte (campagne), sous-lieutenant (grade).

Pierre Poitevin est né le 31 mars 1775 à La Rochefoucauld, diocèse d'Angoulême. Son père, autre Pierre Poitevin (1728-1786), est notaire au duché-pairie de La Rochefoucauld. Sa mère, Marie Vidaud (1737-1791), est originaire d'Agris, à une distance d'une lieue et demi.

Son parrain est Jean-Pierre Galliot, garde des eaux et forêts d'Angoumois, et son nom de baptême est donc Jean-Pierre, mais tout le monde l'appelle Pierre.

Le 17 octobre 1791 a lieu la formation du 1er bataillon de volontaires de la Charente.

Le jeune Poitevin est âgé de 16 ans. Il l'intègre et suit son commandant Léchelle.

Il participe ainsi à la campagne de Belgique des premières heures de la Révolution française.

En 1792, il est à la bataille de Jemappes. Le général français est Charles-François Dumouriez (1739-1823), opposé au général autrichien Albert de Saxe-Teschen (1738-1822).

En 1793, son bataillon de volontaires est en garnison dans la citadelle de Valenciennes pendant le siège de cette ville.

Ses compagnons d'armes se nomment Machenaud, originaire de Brie, Chavaud, de Jauldes, ou encore Cambois-Létang, de La Rochefoucauld.

Jean Léchelle (1760-1793), de Puyréaux, et Pierre Fureau (1760-1795), de La Rochette, en sont lieutenants-colonels. Son bataillon prend le nom de 4e demi-brigade d'infanterie légère en 1796-1797 (an V) avec pour chef de brigade (colonel), Mathieu Lacroix (1761-1822), de La Rochefoucauld.

Il est envoyé combattre l'insurrection royaliste en Vendée.

Capturé par les Chouans (rebelles vendééns), il est néanmoins remis en liberté.

Avec la 4e légère, il participe à la campagne d'Italie du consul Bonaparte, de 1796 à 1797.

Et à l'expédition en Égypte de 1798 à 1801.

Forte de 1.200 hommes, la 4e légère se distingue à la bataille des Pyramides en 1798.

En 1800, elle est en garnison au fort de Ramanieh et commandée par Mathieu Lacroix, futur baron Lacroix.

Pierre Poitevin est promu officier (sous-lieutenant) après la bataille de Canope, le 29 mars 1801, pour une action d'éclat.

Dite aussi bataille d'Alexandrie, elle a lieu le 21 mars 1801. C'est une défaite française et la dernière bataille de la campagne avant le siège d'Alexandrie et le rapatriement des troupes. Les généraux français François Lanusse (1772-1801) et anglais Ralph Abercromby (1734-1801) sont mortellement blessés.

Le 20 décembre 1802 (29 frimaire an XI), il épouse Elizabeth Guerry, fille d'Antoine Guerry, ancien maire de La Rochefoucauld, et Marie Migeon.

En 1803, il démissionne de l'armée et obtient un emploi de gendarme dans la brigade de La Rochefoucauld.

Il va s'associer ensuite avec son beau-père négociant et s'installer définitivement à La Rochefoucauld.

Marchand drapier, sa maison de commerce est l'ancêtre de la fabrique de toiles et rubans Migeon-Poitevin, rue de Liancourt, à La Rochefoucauld, récompensée en 1859 à l'exposition de Bordeaux.

Avec sa femme, ils ont une fille unique, Marie-Isoline Poitevin, mariée le 18 septembre 1822 à La Rochefoucauld, avec François Migeon, un négociant originaire de Baignes.

Il meurt le 8 juillet 1850, à l'âge de 75 ans, au domicile de son cousin Cambois, rue Saint-Florent, à La Rochefoucauld.

Le vétéran des guerres de la Révolution est à son décès l'un des derniers survivants du 1er bataillon des volontaires nationaux issus du département de la Charente.

Ce texte fait partie d'une série de quatre portraits de charentais entre deux siècles réalisés par Julien Roland.

Sources :

• Histoire des volontaires de la Charente pendant la révolution, Prosper Boissonnade.
• L'expédition d'Egypte, 1798-1801, Henry Laurens.
• Dictionnaire biographique des officiers charentais de la Grande Armée, Stéphane Calvet.
• Service Histoire de la Défense, Xb 323, 2 Yb 542, Vincennes.
• Association Généalogique de la Charente, Angoulême.

FRAD016_3E_304_0005_254_D Illustration 1 : registre paroissial de l'église Saint-Cybard.

philip_james_de_loutherbourg_-_bataille_ de_canope_21_mars_1801 Illustration 2 : tableau de Philippe-Jacques de Loutherbourg, représentation de la bataille de Canope.

126_002_res Illustration 3 : en-tête d'un document au nom de la fabrique de toiles Migeon-Poitevin, milieu du XIXe siècle.

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27 décembre 2020

Croyances entre Tardoire et Bandiat

Crédule par ignorance et sceptique par tempérament, le paysan de. chez-nous est un catholique tolérant et volontiers railleur à l'endroit des choses de la religion. Sa croyance, faite de penchants ataviques profondément enracinés, detraditions et d'habitudes séculaires, est toute instinctive et irraisonnée.

Il pense que le monde, « qui ne marche pas tout seul », est gouverné par deux puissances également redoutables, par les deux éternels principes du bien et du mal : le bon Dieu et le diable.

Il ne s'embarrasse point des mystères obscurs de la Sainte-Trinité ou de l'Immaculée conception ; ses prières montent peu vers le Fils, et il ignore le Saint-Esprit. Son Dieu, c'est Dieu le père, le Dieu Unique des Hébreux, sorte de Jéhovah puissant, capricieux et vindicatif qui dispose de la gelée, de la grêle et de la sécheresse, qui dispense la chaleur féconde ou la pluie bienfaisante, qui est maître de la vie comme dé la mort.

Le diable est une puissance plus familière, qui daigne se montrer aux pauvres humains. On peut l'évoquer, la nuit, à la croisée des chemins, au pied de ces croix de bois plantées un peu partout, dans nos campagnes. Il vient, sous la forme d'une poule noire, à l'appel des rites mystérieux connus de certains initiés, et donne de l'or à ceux qui lui font le sacrifice de leur âme. De quelqu'un qui s'est enrichi rapidement et d'une façon quelque peu mystérieuse, on dit qu'il « a la poule noire », et je connais tel paysau, dans un village de ma commune, qui jouit de cette singulière réputation.

C'est au diable qu'on voue, dans les circonstances difficiles, les choses qui se rebellent: une terre trop dure ou trop grasse, un pré difficile à faucher, un outil qui se refuseau travail. Car le paysan de par ici attribue volontiers aux choses inanimées' une personnalité, une volonté hostile ou bienveillante, et presque une âme. Il leur parle, il les invective, il les encourage, il les supplie. « L'enfant et le sauvage, écrit M. Salomon Reinach, sont animistes, c'est-à-dire qu'ils projettent au dehors la volonté qui s'exerce en eux, qu'ils peuplent le monde, en particulier les êtres et les objets qui les entourent, d'une Vie et de sentiments semblables aux leurs ». Les paysans de nos villages sont, eux aussi, animistes. Pour eux, la nature est peu santé et agissante et ils s'emportent contre elle lorsqu'elle ne se plie pas à leur volonté.

J'ai interrogé plusieurs paysans sur l'au-delà : tous s'en font une idée précise et concrète. Pour eux, l'existence des trépassés ne comporte point de mystère ; les uns yont en paradis, les autres en purgatoire, les autres en enfer.

L'enfer et le purgatoire sont des lieux vagues et pleins de feu, situés on ne sait où, peut-être « sous la terre ». Nul ne connaît au juste où il sout, ni le chemin que suivent les âmes pour s'y rendre. Quant au paradis, il est là, c'est bien certain, là tout près, au-dessus de nos têtes, supporté par cette voûte bleue qui ne semble pas très haute : et ce voisinage de Dieu est à la fois une source de craintes et un réconfort.

Un peintre naïf a représenté sur le plafond en bois de l'église d'Eymouthiers, le triomphe de Saint Pierre, patron vénéré du lieu Le saint, porté- par des anges folâtres, monte vers Dieu le pète, respectable et robuste vieillard qui l'accueille d'un bienveillaut sourire, tandis que la Vierge, glorieuse et immaculée dans sa robe candide, s'apprête à lui poser sur la tête la couronne des élus. Dieu le fils, montrant ses mains percées, tend vers son père son visage douloureux et bon ; au centre, le Saint-Esprit, colombe aux ailes étendues, illumine de ses rayons cette scène d'un caractère intime et quasi familial. Telle est ou à peu près l'idée que se font les gens de chez-nous du séjour des bienheureux.

Seules les femmes connaissent quelques mots de prières qu'elles balbutient, en patois, à l'office du dimanche, au chevet des mourants, sur la tombe de leurs défunts, ou le soir, agenouillées devant l'image de la Vierge qu'on trouve, daus les plus pauvres maisons, suspendue au-dessus de la cheminée. Les hommes ne savent pas prier ; ils assistent aux offices et aux processions, avec un livre de messe qu'ils ne peuvent lire ou un chapelet qui pend, immobile, de leurs deux mains croisées ; le soir, avant de se coucher, ils trempent un, doigt dans un bénitier en grès posé sur la pierre de l'évier et ils esquissent gauchement un signe de croix qui n'est suivi d'aucune prière.

Fatalistes, d'ailleurs, comme le sont la plupart des paysans, les gens de chez-nous ne croient guère à l'efficacité de la prière. Ils pensent, comme les orientaux, que. les événements de leur vie, sont écrits à l'avance sur le livre du Destin, que « ce qui arrive devait arriver » et que l'homme ne peut rien pour changer sa destinée. Les malheurs étant irrévocablement prévus, on les attend avec résignation, on les accueille sans surprise, on les supporte sans révolte. Ces malheurs nous sont annoncés d'ailleurs par des présages, comme si la nature bienveillante et avertie, tenait à nous épargner la.douleur trop violente des brusques calamités : le hurlement d'un chien, le chant d'un pinson, le houloulement d'une chouette, le passage d'une belette en travers du chemin.

Mais si la prière est impuissante à changer le cours des évènemenis, il semble que certaines pratiques, mi-religieuses, mi-superstitieuses, aient plus d'efficacité. Car la superstition constamment se mêle à la religion : elle la pénètre, elle la déforme, elle s'y combine au point que les prêtres eux-mêmes ne l'en distinguent plus.

Dans les circonstances critiques, quand les bêtes ou les gens sont malades, quand les vaches vont mettre bas, quand on doit partir pour quelque long voyage, on fait lire au prêtre un évangile ou on brûle devant l'autel de la Vierge un petit cierge de deux sous.

Dans la commune d'Eymouthiers, le 16 août, jour de la Saint-Roch, chaque maison fait lire un évangile pour conjurer la peste bovine et les autres maladies du bétail. Le prêtre, en surplis blanc, accompagné du chantre el d'un enfant de choeur portant le bénitier et l'aspersoir, va de ferme en ferme, pénètre dans les étables et bénit les animaux.

Le jour de la Saint-Jean, (24 juin) on suspend aux portes des étables et aux volets .des maisons, des petits bouquets de roses et des branches de groseillers chargées de leurs fruits mûrs, et cette pratique d'une grâce toute païenne est tellement ancienne qu'on n'en connaît plus la raison. Le même jour, chaque paysan se lève de bonne heure et, au lever du soleil, coupe dans une haie, un pied d'aubépine qu'il plante sur son fumier, après l'avoir enguirlandé d'une tresse de paille : plus les fruits en sont nombreux, plus la récolte de froment sera abondante, autant de sacs que'de fruits. Cette récolte ne serait point bonne, d'ailleurs, si, à l'automne, après avoir chaulé son blé de semence, le laboureur ne traçait, avec un pinceau, sur la porte de sa grange, une croix blanche au lait de chaux.

Les processions des rogations sont régulièrement suivies. Pendant trois jours, par les chemins tortueux et montants, entre les blés qui ondulent et verdoient, on voit se dérouler une colonne silencieuse d'hommes endimanchés et de femmes en cape, précédés du prêtre et de son chantre qui alternent, sur un ton grave et solennel, les versets et les répons.

Le sort des récoltes, perpétuellement menacées de gelée, de grêle ou de sécheresse, fait la préoccupation constante de ces pauvres gens qu'une mauvaise année réduit aux privations et presque à la misère. Le jour de la Pentecôte, après la messe, les gens, porteurs d'une fiole pleine d'eau bénite, se répandent par les champs et aspergent de cette eau les froments en fleurs. Aux jours d'orage, ils ferment les volets de leur maison, allument un cierge bénit conservé au fond de l'unique armoire, et brûlent dans la cheminée un fragment de buis bénit qu'ils ont gardé depuis la fêté des Rameaux dernière. A Eymouthiers, sitôt que s'élève l'orage à l'horizon, un sonneur désigné à l'avance, ou un homme de bonne volonté, se rend à l'église et sonne la cloche à toute volée. On sonne en même temps la petite cloche d'uue chapelle élevée dans un village voisin, à Chez-Manot, et qui jouit, disent les paysans, d'uue vertu particulière pour la dispersion des orages, à la condition qu'où ne la sonne pas trop tard. Tant que dure l'orage, sous le ciel noir et menaçant, les voix des deux cloches tutélaires, l'une grave et forte, l'autre argentine et grêle, se mêlent, se répondent et montent comme deux prières vers les nuées qui fuient. Le sonneur, qui doit encore sonner l'angelus du soir, reçoit 12 francs par an pour sa peine; puis, à l'automne, quand les blés sont battus et les châtaignes en grange, il va par les villages avec un long sac de toile, et chacun lui donne, qui, une mesure de châtaignes, qui, quelques poinées de blé.

Pour les maladies graves, on fait appeler le médecin, mais génélement trop tard pour que son intervention soit utile. Si le mal se prolonge, on va trouver le « guérisseur ». C'est un homme mystérieux et serviable, vivant à l'écart dans quelque petite maison lointaine où l'on se rend comme en pèlerinage et d'où l'on rapporte, à défaut de la guérison, l'espoir qui aide à mourir. Quand le malade ne peut se déplacer, on lui arrache quelques cheveux qu'on présente au guérisseur : ce dernier eu examine avec soin la racin'e, diagnostique la maladie et prescrit le remède.

Certaines indispositions bénignes, ou jugées telles, sont traitées par les « dévotions ». Pour les rhumatismes, on fait porter au malade une Chemise trempée dans les eaux de la fontaine Sainte-Marguerite, à Varaignes, On raconte qu'un paysan sacrilège combla, un jour, cette fontaine ; il fut aussitôt frappé de paralysie et ne recouvra l'usage de ses membres que par la vertu des eaux qu'il avait profanées. Depuis ce miracle, choque année, vers la mi-septembre; des centaines de gens, atteints de douleurs, trempent des chemises dans cette vénérable fontaine et beaucoup s'en déclarent soulagés.

Pour les convulsions des.enfants, on s'adresse à Saint Antoine, dont la statue de plâtre se tient debout, sur un petit autel, dans l'église de Saint-Sornin. De pauvres gens y viennent de fort loin demander la guérisoh de ce mal redoutable. On les voit arriver, à toute heure du jour, par le soleil ou par la pluie, pèlerins douloureux et crédules, vêtus de leur blouse du dimanche et chaussés de souliers poudreux. Ils suspendent au bras du saint un petit ruban de couleur voyante, disent,une prière et repartent pour leur lointain village, avec l'un des rubans laissés par ceux qni les ont précédés.

Pour certaines maladies dont le saint guérisseur est inconnu, on fait « foncer les charbons » pour découvrir le nom du saint auquel la guérison incombe. On fait brûler dans le foyer quelques sarments de vigne, dont on recueille les braises qu'on laisse tomber une à une dans un verre d'eau, en prononçant, pour chacune, la parole sacramentelle : « Au nom de Saint Pierre, au nom de Saint Paul, au nom de Saint Un Tel ». Quand l'un des charbons s'enfonce, le patient est atteint du mal que le saint dont on a prononcé le nom peut guérir et la guérison s'obtiendra au prix d'uue « dévotion ».

Pour guérir la « poitrine abattue », indisposition assez mal définie qui se manifeste par des nausées et des bâillements continuels, on s'adresse, dans les villages, à certaines personnes,qui jouissent du don bienfaisant de « panser », c'est-à-dire de guérir au moyen d'une formule consacrée. Cette formule qui se transmet par la tradition orale, tels les secrets des anciens druides, n'est jamais dévoilée auxincrédules reconnus, et elle confère à ceux qui l'ont apprise, à condition qu'ils « aient la croyance » et aient été initiés par une personne plus âgée qu'eux-mêmes, la précieuse faculté de guérir. La voici, dans toute sa simplicité :

« Jésus, Marie, Joseph, saints et saintes et tous les anges de Dieu, guérissez Un Tel ; il guérira bien, s'il vous plaît ».

On « panse » également, les « taches » dans les yeux, les panaris, les ulcères, l'eczéma et les maladies de la rate ; mais pour ces dernières, seule la plus jeune de sept soeurs on de trois soeurs qui se suivent, jouit de la « vocation ».

Mais si certaines personnes jouissent, de la sorte, d'une puissance bienfaisante, d'autres, au contraire, sont accusées -de posséder un pouvoir maléfique qui les rend impopulaires et redoutées. On dit qu'elles ont le « mauvais oeil », c'est-à-dire la faculté de nuire « d'ensorceler » par l'effet, même involontaire, de leur regard. On les évite, aux jours de foire, quand on va vendre, ou acheter des animaux ; on redoute leur présence au moment de Conclure un marché ou d'atteler des boeufs de travail pour la première fois.; si un cortège de noce les rencontre sur la route, le mariage ne sera point heureux, et les moindres comme les plus graves événements de l'existence peuvent être fâcheusement influencés par eux.

Le culte des morts est profond et vivace au pays de chez-nous. Sur cette terre mélancolique et grave, l'homme, sans craindre la mort, y pense constamment et, comme le sage, n'est point surpris par elle. Quand le moment est venu de partir, il s'en va sans regret, ne laissant derrière lui, que des labeurs pénibles et des journées sans joie. Porté par des voisins qu'il estime et a désignés lui-même, il monte doucement, par les chemins familiers, entre les champs où il a tant peiné, vers le petit cimetière où il a choisi sa place à côté de son père et où ses enfants le rejoindront un jour.

Chez-nous, les vivants n'oublient pas les morts. Il faut qu'on soit bien pauvre pour n'avoir point au cimetière quelques pierres funéraires sur lesquelles un ouvrier malhabile a gravé le nom des défunts, avec la date de leur naissance et celle de leur mort. Un pied de buis ou de laurier les ombrage. Aux jours de fête, on s'y agenouille et on y dépose des fleurs. « Un rameau béni à la main, on circule au milieu des ronces et des branches déjà couvertes de bourgeons et qui encombrent le passage. A mesure qu'ils arrivent à la hauteur de leurs tombes, les paysans abandonnent le cortège pour aller prier sur leurs morts. Çà et là des coiffes se penchent sur les petits jardins funèbres. L'encens, la cire et le buis se mêlent au parfum de l'air qui a passé sur les prés. De tout côté on découvre la campagne, si vide, si paisible le dimanche, et que les voix et les cantiques font paraître plus vide et plus silencieuse encore ».

Ainsi, les vivants sont en communion intime avec les morts ; ils vivent tout près d'eux ; un tout petit mur les sépare et les morts le franchissent parfois pour revenir encore parmi ceux qu'ils ont aimés; on les rencoutre, le soir, au détour des chemins, vêtus de leurs habits familiers et portant un outil sur l'épaule ; on ne s'étonne point de les revoir, et, le lendemain, on leur fait dire simplement une messe, craignant que leur âme soit tourmentée. Bercés au murmure des pins qui ombragent le cimetière, il semble qu'ils ne soient qu'endormis. Leur séjour n'a rien de funèbre. Environnés de champs, de prairies, de verdure, on ne peut croire qu'ils ne soient sensibles encore à l'écoulement des jours, au retour du printemps, aux splendeurs de l'été, aux souffrances et aux joies de ceux qui vivent, et là semble se réaliser pleinement le désir-suprême contenu dans la prière des morts : « Que la terre te soit légère ».

Superstitions, vieilles croyances touchantes et naïves, craintes puériles léguées par de lointains ancêtres, pratiques pieuses, gracieuses et poétiques comme une cérémonie païenne, on croit que vous êtes les filles de la faiblesse, de l'ignorance et de l'erreur. En réalité vous êtes la production naturelle d'une terre triste, mystérieuse et sauvage où l'homme se sent entouré de forces inconnues et de volontés hostiles. Vous êtes nées sous la sombre épaisseur des bois, à l'ombre des grands chênes, sur les étangs silencieux, au fond des Combes solitaires et hantée, peuplées d'échos invisibles. Le paysan superstitieux est celui qui entretient avec la nature les relations les plus dramatiques. Il la sent autour de lui, agissante et pleine d'esprits malveillants ou favorables. Il devine en elle une âme multiforme et confuse qui se manifeste à lui dans la puissance du vent, dans le murmure des eaux, dans l'éclat du tonnerre, dans le silence des nuits, dans le scintillement des étoiles. C'est un païen qui peuple le monde de forces multiples, capricieuses et conscientes. C'est un poète, dont l'imagination sensible et toujours en éveil anime les choses inertes et découvre l'invisible là où nous ne voyons rien.

Source : Croyances, superstitions et légendes, entre Tardoire et Bandiat, de Noël Sabord.

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Un portrait du roi Louis XIV

Ce monarque, qui a fait la terreur, l'envie et l'admiration de tous les potentats chrestiens et infidelles, a esté comblé d'honeurs et de gloire, de puissance et de bonheur, jusques environ sa soixantième année. Il a trop survescu de seize à dix et sept ans, puisque la suite d'un règne, si florisant dans son commencement, dans son milieu et même plus avant, la fin n'a esté qu'un tissu de disgraces, de malheurs et de misères de ses peuples, provenant de la foiblesse de l'âge, du mauvais choix de ses ministres et généraux d'armées, du gouvernement des femmes et des trahisons brasée contre les intérest et à l'insceu de ce prince ; dont s'en est suivi de si facheux et lamentables évenements que ce puisant monarque s'est veu a deux doits destre dépouillé de son patrimoine et de sa première gloire, tant estoit sans bornes la haine que les potentats ligués avoint conçeu contre la personne de ce prince, desquels l'envie, la jalousie et la rage ne se sont estaintes qu'après son deceds. Il est bien vray qu'il s'estoit attiré cette foule d'enemis par la hauteur, la fierté et le mespris que luy et ses ministres temoinoint envers les republiques et petits souverains d'Italie, d'Allemagne et les Holandois.

Comme j'ay eut l'honeur d'entretenir diverses fois ce monarque, j'ay soigneusement examiné, l'espace de plusieurs années, ses traits, son port, ses gestes et sa manière de vie ; car, lors de son deceds, j'étois sur la fin de ma trente septieme année. Il a reçeu, durant le cours de sa vie, un si grand nombre d'esloges, tant par divers écrivains, ses sujets, sans doute un peu flateurs, que par de mercenaires italiens, lesquels ont célébré son nom dans leurs chants et dans leurs compositions, sous le titre de Louis le Grand. Il est constant qu'il a exécuté de mémorables entreprises, qu'il estoit de bon conseil, prudent et vaillant, exelent fisionomiste pour le choix de certains sujets ; mais ces bonnes qualités ont esté contre balancées par tant de vices que les esprits neutres et non partiaux sont en doute si sa mémoire ne doit pas estre flestrie. Aussi eut-il esté à souhaiter qu'il n'eusse jamais régné, ou qu'il fusse mort quelque tems avant sa soixantième année.

Le commencement de son règne, durant sa minorité, fut rempli, ainsi que chacun sçait, de troubles et de confusions par les guerres civiles, qui luy ostèrent le gouts pour les sciences humaines et pour la lecture, meme pour l'escriture ; car, à paine sçavait-il signer Louis, n'ayant apris ny mathématiques, ny a designer, ny musique ; seulement par l'usage fréquent de la chasse, il montoit bien a cheval, dançoit avec beaucoup de grace, jouoit à la paume, au billard, aux dés et aux cartes, où il perdit de grosses sommes, tant contre M. Courcillon de Dangeau qu'autres seigneurs de sa cour, souvent en dupe, de quoy il s'aperceut et se corrigeat à la fin, car il n'aymoit pas la perte et n'estoit libéral que pour ses maîtresses ou ses flateurs, exelens courtisans, qu'il combloit de biens, tels estoint les ducs de La Feuillade, de La Rochefoucauld, d'Antin, Dangeau et autres que j'oublie.

Voicy son portrait, en l'an 1690, lors âgé de 52 ans.

Ce monarque estoit d'une riche taille, cinq pieds, huit pouces de hauteurs, membru, quaré et d'une grosseur proportionné à sa hauteur, bien planté sur ses jambes, le visage plein et majestueux, mais fort brun de visage ainsi que des mains, les yeux noirs, petits, mais vifs : ont n'en pouvoit soustenir le feu ny le retard, et obligeoit quiconque à baise la veue, de quoi il estoit fort jaloux, le poil fort noir et la peruque ; le nès aquilain, la bouche grande, desgarnie de dens, qui lui tomberent quasi touttes, environ sa quarantième année, soit à cause de la quantité de confitures qu'il mangeoit à la fin de ses repas ou à ses colations, soit par les viandes choisies qu'il consumoit en quantité et avec avidité ; car il vouloit que sa table fusse servie splendidement, couverte de force mets et par grand nombre d'officiers, gentilhommes. Ses droits, qu'il trempoit dans chaque plat, tenant un morceau de pain au bout, luy servoint de fourchettes et quasi poin du couteaux, ce qui obligeoit ses médecins, Fagon et Dodart, de le purger chaque mois pour luy desgager l'estomac. Ausi la Montespan, l'une de ses maîtresses, lui reprochat diverses fois qu'il sentoit mauvais, ce qui estoit véritable, par la quantité d'alimens qu'il prenoit à table, jusques à empocher des biscuits, des dragées et autres confitures de son désert, dont jay esté temoing plusieurs fois. D'ailleurs il estoit enemy du vin et des liqueurs fortes, car il ne beuvoit que trois fois à ses repas, un tiers de vin de Bourgone et deux tiers d'eau, toujours à la glace, tant l'esté que l'hivert.

Depuis son mariage avec l'Infante d'Espagne et après son veuvage, il s'est adonné aux plaisirs et à la galanterie, au dessus de tout ce qu'on en peut exprimer et néamoins il partageoit les soins amoureux avec ceux de la guerre (car il estoit courageux), qui luy servoit de baze pour la gloire personelle et sa demesurée ambition, qui en fin luy suscitat une foule d'enemis et potentats de l'Europe, qui ont mis sa couronne à deux doits de sa chutte et reduit ses peuples, envers lesquels il a toujours esté très dur, à la mandicité. Après avoir épuisé des tresors innombrables, est mort endepté de dix neuf cents milions de livres, tant en rente sur l'hostel de ville de Paris et tontines qu'en charges de nouvelles créations, soit municipales, gouvernemens de toutes les petites villes, que de finances, garde costes, comissaires, gages et apointemens d'officiers tant d'espée que de plume, qu'arérages de soldes de trouples, founisseurs de vivres et d'habillemens pour les armées, caisse d'empruns et munitions de guerre, et la plus part de ses domaines vendus ou engagés.

Ce prince s'habilloit assès modestement, exepté dans les ceremonies et ocasions d'esclat. Il portoit une peruque très noire, nouée par devant, un chapeau bordée d'un poin d'Espagne d'or avec une plume blanche, des cravates et manchetes d'une belle dentelle d'Angleterre. Ses habits estoint dun fin drap, garnis de boutons d'or ou relevés d'une simple broderie. Avant que de se mettre à table, sur son fauteuil, il donnoit à un de ses escuyers ses gands à frange et sa cane à pomme d'or et son chapeau à tenir ; et lorsqu'il avoit essuyé ses mains avec une serviete mouillé, sortant du repas, il reprenoit tout ce equipage, rentroit dans son cabinet, ou il faloit que tous les soirs les princes et princesses, ses enfans batards se trouvasent à son petit coucher, afin de la divertir par divers contes. Par un ne s'en est dispencé jusques à sa mort. Ses premiers princes du sanc se trouvoint à son lever, vers les huit heures, et à son coucher, vers minuit ; lui donoint sa chemise de jour ou de nuict. A leur défaut, le premier gentilhomme de la chambre avoit cet honeur, lequel luy fournisoir tous les ans six pages de la chambre, habillés de elours cramoisy, en broderie d'or sur toutes les coutures. A dix heures, il aloit dans la tribune de sa chapelle ouir la messe, accompagnée d'une exelente musique, bien entretenue ; puis tenoit au retour quelques uns des conseils et l'après dinée aloit à diverses chasses dans une caleche faitte exprès.

Le roi, suivant l'usage de ses devanciers, portoit du commencement une royalle ou petite moustache, qu'il fit couper vers sa quarantième année. La mode vint de rien plus porter et de se raser entièrement le visage, hors les sourcils. S'il fut galand, magnifique et libéral dans sa jeunesse, ont a qua lire son histoire, il ne fut pas moins vaillant et genereux envers ceux quil afectionoit, que doué de bon conseil et de prudence. Il fit des despences tres considerables en festes, tournois, bals, comédies, balets, operats et divertisemens, superbes colations, illuminations, qu'il donoit dans ses jardins de Versailles, à l'occasion de ses maîtresses, dont le nombre ne fut pas médiocre et qui luy cousterent des sommes immenses. La seule dame de Fontanges le ruinoit ; car un seul de ses parfumeurs en eut cinquante mil escus. Elle fut empoisonée, heureusement pour ce princes. Outre ses magnifiques battimens de Versailles, Trianon, la mesnagerie Saint-Germain, quil fit embelir, Compiene, Fontainebleau, quil orna beaucoup, Marly, le monastere de Saint Cir, l'hostel des invalides, Meudon et, peu avant sa mort, sa superbe chapelle de Versailles, qui seule luy coustat sept milions de livres, bien qu'alors il fut épuisé et reduit à la dernière extrémité, les troupes, sans habits, sans solde, sans souliers, faute de fourniseurs ; qui neamoins combatoint en desesperés pour le salut de la patrie, et les siecles passés n'ont jamais fourni d'exemples qu'on ait exercé tant de duretés envers ceux qui versoint chaque jour leur sanc pour la defence de l'estat ; car l'on ne voyoit a la cour et dans les regimens qu'oficiers mutilés de leurs bras, jambes, yieux, mains et coups à travers toutes les parties de leur corps. Mais quoy le roi disoit ne pouvoir les tous recompenser. Grande politique de ce cardinal de Richelieu, lequel, en apauvrisant la noblesse, l'oblige a se faire soldats !

Ce monarque, ainsi que je l'ay dejas remarqués, s'estoit si fort endepté les dix ou douze dernieres années de sa vie, qu'un ami de M. le chevalier de Bouillon, mon camarade de service, luy ayant conseillé d'aler quelques fois faire sa cour au roi à Versailles, répondit plaisament : « Quoy vous voulés que jaille voir ce vieux gentilhomme ruiné qui n'a plus rien à donner ! Je sçay, de plus, qu'il ne luy reste qu'une dente, encore la-t-il contre moi. » Ce chevalier sçavoit que le roi n'aymoit pas sa famille, à l'occasion du cardinal son oncle, qui s'estoit brouillé despuis quelque tems avec la cour, croyant par la se faire eslire pape come doyen des cardinaux ; mais le roi le depouilla de tous ses benefices, et peu s'en falut qu'il ne fusse aresté : sa fuite le sauvat. Or le prince, ayant apris les plaisanteries du chevalier, ne luy pardona jamais, suivant sa coustume, non plus qu'aux parisiens leur révolte durant sa minorité, du tems du grand prince de Condé. Ausi na il voulu faire son séjour parmy eux, ny frequenté leur ville que trois ou quatre fois par necessité. Voici un deuxieme exemple que jay veu. Il n'a jamais pu pardoner au corps de sa marine, en ce que tous les capitaines luy escrivirent pour ne pas les contraindre à se soumettre d'aler chaque jour aux escoles, à Brest, sous le sieur Renaud, homme de fortune, mais doué d'un genie superieur pour les sciences. Ce prince, piqué au vif, cassat deux des plus considerables, les comtes de St Piere et barons des Adrets, et, sans la représentation du chancelier de Pontchartrain, il vouloit se deffaire de toutte sa marine, repetant diverses fois : « Je sçay que j'ay de braves officiers de mer, mais ils sont mutins et seditieux. »

Jamais il ny a eut de retour dans son esprit envers' la maison de Condé, de celle de Conti et ses princes du sanc, à cause des guerres civiles durant sa minorité, qu'ils avoint exitées. Il ne leur acordoit ny gouvernements, ny commandemens d'armées : ils servoint sous les mareschaux de France durant les guerres. Les Hollandais s'advisèrent de diffamer sa reputation dans leurs gazettes. Il trouva moyen datirer leur gazetier dans un vaisseau d'Amsterdam, qui l'enlevat ; fut conduit au Mont Saint Michel, ou il mourut dans une cage de fer. Je citerois bien d'autres exemples, mais passons outre.

Vint et deux ans avant sa mort, ne trouvant plus de resource pour recompenser les services de ses officiers militaires, au mois de may l'an 1693, il créa et institua son ordre royal et militaire de St Louis, auquel il donnat des statuds tres amples. Peu de prégoratives dans leurs comisions, puisque ceux qui se retiroint du service, même avec des pensions, n'estoit pas exemps de payer la taille. Il dotat cet ordre de cent mil escus de revenu annuel, principalement pour les estropiés et blesés, à prendre sur les confiscations, droits d'aubaine, biens vacquans des religionaires fugitifs ; et du quel il honora ses princes du sanc, mareschaux de France, admiral, vice amiraux, lieutenans generaux, mareschaux de camps, brigadiers, gouverneurs de places, colonels, capitaines de ses vaisseaux et de ses galeres, et autres officiers blessés ou estropiés de terre ou de mer, accommpagné de pensions atachées à leurs croix ou celles des commandeurs ou grands croix du dit ordre, garnies de rubans couleur de feu. Je fus honoré de la Croix de Saint Louis, peu après sa mort, par Louis quinze, 27 ans après son institution.

Ce monarque est le premier de nos rois qui ai fait agir et entretenu cinq grosses armées tout à la fois, sans y comprendre les garnisons ordinaires desplaces, ports de mer, forteresses, isles d'Amerique, colonies et camps volans ou milices pour la garde des costes maritimes, montans environ quatre cent mil hommes, entretenus afin de soustenir la guerre contre tous les princes de l'Europe ligués ensemble, j'en 'excepte le turc et les princes du nord.

Source : Portrait et gestes du roi Louis XIV, de Louis de Lagrange-Chancel.

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Un curé de La Rochette

François Machenaud-Desplantes, né aux Frauds, paroisse de Brie : 16-4-1758, de Robert Machenaud-Desplantes, garde des eaux et forêts d'Angoumois, et de Marie-Anne Constantin, d'après l'acte de décès; ancien religieux franciscain qui se trouvait au couvent des Cordeliers à Saintes, au début de la Révolution. Au Directoire de cette ville, il avait déclarer se retirer à La Rochefoucauld où il était déjà le 2-4-1791, époque où le Directoire de cette dernière ville fixa sa pension à 700#. Transféré de Xambes à La Rochette, le 1-10-1803, il y mourut le 17-3-1828 dans la maison des demoiselles de la Garélie. François Machenaud, vicaire de Taponnat, Marie et Roch Machenaud, ses frère et sœur, demeurant à Chez-Couprie, étaient devenus, par un premier partage, propriétaires d'une métairie aud. lieu, et par un second, d'une autre métairie à la Breuille de Chasseneuil. Le 13-9-1792, François abandonna à sa sœur Marie, pour 10.900# ses droits dans les deux métairies. Le 28-2-1822, alors qu'il était curé de La Rochette, il donna sous forme de vente 20.000 fr., à Jean Roudy, de Fougères de S. Angeau, le domaine de Fraudières qu'il tenait de son frère Machenaud-Duchaix. Des anciens racontent avoir entendu dire que cet acte fut dans la suite l'objet d'un différend sans pouvoir en dire le motif ni les suites, et ajoutent, non sans malice, que l'acquéreur ne le paya pas bien cher.

Source : Histoire de La Rochette, de l'abbé Beau.

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Une épidémie de choléra au XIXe siècle

Mais c'était surtout vers le nord-est que l'épidémie étendait ses ravages. Cette partie de notre département est traversée du nord au sud par l'importante forêt de la Braconne. A l'ouest de cette forêt et sur sa limite, se trouvent les communes de Mornac, de Champniers, de Brie, de Jauldes, de Coulgens; à l'est et près de la même forêt sont placées les communes d’Agris, de Rivières, de Saint-Projet, de La Rochefoucauld. Cette profonde et épaisse couche de végétation étendue sur une surface de 4,500 hectares ne put servir de barrière contre l'envahissement du choléra. La maladie gagna presque en même temps les communes placées sur les parties opposées de la forêt. D'une part, Brie, Jauldes, Coulgens; de l'autre, Rivière, Saint-Projet, Agris, La Rochefoucauld furent frappés par l'épidémie à de très courts intervalles. Les communes de Bunzac, de Marillac, et plus au nord celle de Suaux, éprouvèrent presque simultanément l'influence épidémique. Dans toutes ces localités, la cholérine, soit sudorale soit intestinale, précéda de quelques jours l'apparition du choléra à caractère violent. Dans la commune de Jauldes, la maladie débuta le 16 juillet. Ce fut le village de Glanges qui fut le premier attaqué. Ce village, qui contient 13 feux, est situé dans un enfoncement de la forêt de la Braconne. Tous ses habitants sont riches et bien logés, et cependant il fut la localité la plus vivement éprouvée : il eut seize décès cholériques. La première victime a été l'adjoint de la commune. Le village de Cherves, contenant 35 feux, situé à l'ouest du bourg de Jauldes sur un terrain sec et élevé, et distant de 2 kilomètres de la forêt de la Braconne, ne fut frappé par la maladie qu'après sa cessation au village de Glanges. Vingt habitants de Cherves succombèrent au fléau. Le bourg eut à souffrir de l'épidémie, mais dans des proportions moins considérables. Quelques cas isolés se manifestèrent également dans quelques villages voisins. Des 1,282 habitants qui composent la commune de Jauldes, quatre-vingt-cinq moururent du choléra. Là, la cholérine sudorale prit une très grande extension et fut l'occasion de la mort de quelques personnes qui cherchèrent par la réfrigération à supprimer la sueur. Plusieurs cas foudroyants de choléra, de cinq à six heures de durée totale, furent observés dans cette localité. Les crampes, la diarrhée et les vomissements par fusées, la soif excessive, l'amaigrissement rapide, l'algidité, la cyanose se manifestèrent chez ceux qui succombèrent à l’affection cholérique. La commune de Coulgens, adjacente à celle de Jauldes, se trouve habitée par une population généralement pauvre, tandis que cette dernière est peuplée d'habitants vivant dans l'aisance ; et cependant la commune de Coulgens n'a présenté que dix-huit décès cholériques. Ce ne fut qu'après la décroissance de l'épidémie au village de Glanges situé à l'ouest, que Coulgens fut atteint. Puis l'épidémie cessa de s'y manifester pour se porter à l'est, au village de Cherves, où elle exerça ses ravages. Dans la commune de Coulgens, où la maladie a présenté le même appareil symptomatique qu'à Jauldes, sa durée a été courte. Elle ne s'est manifestée que du 5 au 25 août.

Source : De l'épidémie de choléra qui a régné dans le département de la Charente, pendant l'année 1855.

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Une charte du comte d'Angoulême au XIIIe siècle

Charte d'inféodation, année 1247, parchemin.

Hugues le Brun, comte d'Angoulême, donne en fief à Aimeri de Rivières, chevalier, la châtellenie d'Agris, les villages de Glange et de Riberolle, l'élagage et le droit de pacage dans la forêt de Braconne à condition que le dit Aimeri rende à Hugues hommage lige pour les villages de Caillère, de Villemalet, le bois de Chassagne et la garenne de Riberolle qu'il possède déjà.

Hugo Bruni (1) Comes Engolismensis, omnibus presentes litteras inspecturis, salutem et pacem. Ad univ... considerantes... diligenter attendentes fidelitatem ac devotum servicium que dilectus noster Aymericus de R...eriis, miles, nobis et nostris inpensus est, dedimus in recompensacionem servicii sui eidem Aymerico et eius heredibus, in feodum perpetuum, castellarium de Agrisio (2) et totum mansum de Glenges (3) que ad nos pertinent et quicquid iuris habemus vel habere debemus in ipsis castellario et manso et eorum pertinenciis universis ; necnon et usum plenarium domui de Ripperiolis (4) et calfagium furni sui de Rupe Focaldi (5) ad domum de Ripperiolis pertinentis de ramis et frondibus in foresta nostra de Bracona (6). Ita quod dictus Aymericus vel eius heredes nichil possint exinde vendere seu dare ; et pasturagium eciam in eadem foresta ad opus IIIIer boum, quindecim vaccarum cum suis vitulis et quadraginta porcorum. Ita tamen quod ipse Aymericus et eius heredes a nobis et nostris heredibus capient et habebunt in feodum mansum de Quailleres (7) et domum sitam in eodem manso ; et borderiam de Villa Baleil (8) et quicquid habet in nemore de Chaseigne (9) et defensum sive guarenam cuniclorum quam habet circa domum de Ripperiolis, infra leugam, sub homagio ligio et achaptamento, quandoque solvet monete currentis apud Engolismam vel quorumdam calcarium deauratorum reddendorum nobis vel nostris heredibus in mutacionibus dominorum. Et si dictum Aymericum absque liberis mori contingeret, ad propinquiorem successorem sive tornarium suum qui tenebit domum de Ripperiolis volumus quod omnia supradicta libere devolvantur. Et in testimonium promissorum, dedimus et concessimus eidem Aymerico presentes litteras sigillatas. Datum anno Domini millesimo ducentesimo quadragesimo septimo, mense... bri.

Notes :

1. Hugues le Brun, comte d'Angoulême (1245-1260).
2. Agris, c. de La Rochefoucauld (Charente).
3. Glange, com. de Jauldes, c. de La Rochefoucauld (Charente)
4. Riberolle, com. de Rivières, c. de La Rochefoucauld (Charente).
5. La Rochefoucauld (Charente)
6. La Braconne (Charente).
7. Caillère, com. de Rivières.
8. Villemalet, com. de La Rochette, canton de La Rochefoucauld.
9. Chassagne, com. de Taponnat, c. de Montembœuf.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1923)

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15 décembre 2020

Portrait d'un maire de La Rochefoucauld

Mathieu Pasquet de La Garde, né le 2 février 1757 à La Rochefoucauld et décédé le 5 avril 1831 à La Rochefoucauld, est un officier de cavalerie et maire de la Restauration.

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Famille

Il est le fils de Pierre Pasquet du Bousquet, chevalier de Saint-Louis, et Suzanne de Maret. Cette dernière est la fille du capitaine du château de La Rochefoucauld.

Sa famille est l'une des plus riches et anciennes de la ville, et sa branche a été anoblie sous Louis XIV. Selon le dictionnaire de la noblesse, ses armes sont les suivantes : d'azur, au chevron d'or, accompagné en chef d'un croissant d'argent, accosté de deux étoiles du même, & en pointe d'une sphère d'argent, posée sur un pied d'or; l'écu timbé d'un calque de profil, orné de ses lambrequins d'or, d'argent & d'azur.

Il est élevé dans un hôtel particulier dans le centre de La Rochefoucauld. Il est émancipé avec ses cinq frères et trois sœurs après le décès de leur père en 1769.

Carrière militaire

Le 30 septembre 1770, il obtient une commission de sous-lieutenant dans le régiment de Limoges. Il intègre le corps des gardes du corps du roi en 1774.

Au moment de la Révolution, il sert auprès de Louis XVI et la famille royale. Il participe aux journées historiques des 5 et 6 octobre 1789.

Il émigre et rejoint l'armée des Princes en Allemagne en 1792. Les révolutionnaires le portent sur la liste des émigrés, et son dernier domicile est Taponnat, district de La Rochefoucauld. De 1793 à 1795, il est lieutenant dans les hussards de la Légion de Béon.

Carrière politique

Il rentre en France en 1804, après le couronnement de l'empereur Napoléon Ier, et épouse une veuve, Anne-Henriette Juzaud, en 1806. Il est définitivement amnistié le 21 mars 1808.

Le roi Louis XVIII lui offre le rang de major en 1814 et le fait chevalier de la Légion d'honneur. Il est promu au rang de colonel en 1815 et reçoit la croix d'officier. Le 31 octobre 1815, il est retraité et pensionné.

Pasquet de La Garde est nommé maire de La Rochefoucauld en 1816. Il abandonne la municipalité avec la chute de Charles X en 1830. Il décède sans postérité l'année suivante.

Source : Généalogie Charente Périgord.

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