09 août 2015

Voyage de Napoléon III en Charente

A Louis-Napoléon, sa fidèle Charente ! Vive Napoléon III ! Vive l'Empereur !

M. Gustave de Champagnac, sous-préfet de Barbezieux, l'un des jeunes administrateurs les plus distingués, était arrivé hier dans cette ville pour y organiser, de concert avec M. le maire, la brillante réception qui attendait S. A. I. Malgré le mauvais temps qui a duré toute la matinée, toutes les populations des cantons d'Aubeterre, Brossac et Chalais se sont rendues à la gare, bannières en tête, et elles se sont groupées sur les abords de la voie.

M. Rivière, préfet du département, est arrivé à huit heures pour recevoir le Prince; il était accompagné de M. Baroche, vice-président du conseil d'État; de MM. Ernest de Girardin, sénateur; des généraux Gélibert et Lemaire; de MM. Lemercier et André, députés, et de M. Tesnière, ancien député, à la tête du conseil général dont il est président.

S. A. I. est arrivée à une heure et demie. Le convoi s'est arrêté sous un élégant arc de tri'omphe, orné de deux aigles magnifiques. Quoique le Prince ne dût pas stationner à Chalais, les immenses acclamations de : Vive l'Empereur ! Vive Napoléon III ! qui l'ont accueilli l'ont profondément touché, et il a bien voulu donner une vingtaine de minutes à l'arrondissement de Barbezieux. Les principaux fonctionnaires ont été présentés à S. A. I. par M. le préfet, qui a pris place dans le wagon présidentiel avec M. Baroche. M. le maire de Chalais a prononcé quelques paroles, auxquelles le Prince a gracieusement répondu, et une députation de jeunes filles est venue lui offrir des fleurs. Le Prince a remis un bracelet à celle qui a prononcé le compliment, puis il a quitté Chalais au bruit des mêmes acclamations d'enthousiasme qui avaient accueilli son arrivée.

En prenant congé de S. A. I., le vice-président du conseil général de la Gironde, M. le marquis de la Grange, a témoigné au chef de l'Etat les vœux que le conseil général tout entier faisait pour la perpétuité de ses pouvoirs.

Le Prince a répondu :

« Je remercie le conseil général dela double démarche qu'il a faite en venant au-devant de moi et en m'accompagnant jusqu'aux limites du département. J'en garderai un profond souvenir. Je n'ai qu'un regret : c'est qu'il ne m'ait pas été permis d'avoir de plus fréquentes relations avec vous, messieurs, et de n'avoir pu, en conséquence, apprécier complétement chacun de vous en particulier. Mais quand la voie de fer sera terminée de Paris à Bordeaux, j'espère revenir dans votre belle cité et revoir des hommes qui ont toute mon estime et toute ma sympathie. »

De Chalais, le convoi s'est dirigé sur Montmoreau, où le Prince s'est arrêté quelques instants sous un arc de triomphe. Montmoreau a une physionomie brillante et pittoresque. De vertes prairies entourent de toutes parts une colline gracieuse sur laquelle de jolies maisons aux toits rouges semblent se grouper autour du château de M. Tesnière, auquel ses tourelles et ses vastes proportions donnent l'apparence d'une construction féodale. M. le maire a exprimé au prince les vives sympathies de son canton, et les jeunes filles sont venues offrir des fleurs. Le Prince a repondu avec cette grâce qui semble toujours nouvelle, et il est bientôt parti aux cris mille fois répétés de : Vive l'Empereur !

A quelques kilomètres de Montmoreau, le chemin s'enfonce dans le long souterrain de Livernan, qui franchit le faîte qui sépare la vallée de l'Isle de celle de la Charente, et ressort à travers d'immenses tranchées taillées à pic dans des roches calcaires, dans des plaines riantes qui s'étendent jusqu'à Angoulême.

Rien de charmant comme ces campagnes charentaises ! Leur aspect repose l'âme et les regards. On dirait les fantaisies harmonieuses d'un immense jardin anglais. Des ruisseaux dont les bords sont plantés de peupliers à l'étroit corsage dessinent, comme à plaisir, les courbes les plus capricieuses à travers des prairies dont la verdure fine et délicate ferait honte aux plus frais gazons de nos jardins. Si la nature a fait les principaux frais de cette décoration, le goût des propriétaires l'a encore embellie. Nulle part nous n'avons vu de plantations distribuées avec plus de coquetterie. On devine dans ces campagnes que si la Charente est un pays de culture, c'est aussi un pays de luxe et d'élégance qui tient toujours à faire quelque chose pour le plaisir des yeux.

Par intervalles, sur le bord de ces gracieux ruisseaux, on aperçoit d'importantes usines. La plupart sont des papeteries mécaniques que de puissantes chutes d'eau ont permis depuis longtemps d'établir. On sait que le génie de Turgot imprima une vive impulsion à cette industrie, qui est aujourd'hui la plus grande richesse de la Charente.

A Mouthiers, on passe au pied des ruines d'un vieux château, ruines austères et sombres qui contrastent avec l'aspect presque riant des ruines d'une église abbatiale qu'on aperçoit bientôt à la Couronne, avec leurs chapiteaux élégants que dévorent la ronce et le lierre, leurs rosaces à jour, encore conservées dans leur pureté primitive, et leurs faisceaux de colonnettes brisées par le sommet.

Enfin, sur une haute colline isolée, apparaît Angoulême avec ses maisons blanches et coquettes, et les hautes terrasses qui l'annoncent au loin. Mais on ne fait qu'entrevoir les édifices de la ville, et l'on se perd bientôt dans le sombre souterrain qui la traverse dans toute son étendue.

Les salves d'artillerie, qui, de la place Beaulieu, avaient annoncé l'arrivée du Prince, aussitôt que des hauteurs on avait aperçu la fumée des locomotives, résonnent sourdement sous les voûtes du tunnel qui, ainsi que le souterrain de Livernan, a été exécuté par M. l'ingénieur Saige.

Enfin le convoi s'arrête, à trois heures, dans la gare située au faubourg l'Houmeau.

Source : Voyage de sa Majesté Napoléon III Empereur des Français, de François Laurent.

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La Guienne historique et monumentale

Dès les premiers jours de l'invasion Franke, la forteresse de Nuntrun (Nontron) avait été bâtie sur la pointe d'un rocher. A ses pieds se groupèrent quelques habitations qui, au huitième siècle, formaient déjà une petite ville, sous la dépendance des vicomtes de Limoges.

Pendant le règne de Charlemagne, le vicomte Roger donna, en 785, la châtellenie de Nontron à l'abbaye de Charroux, en Poitou, et fonda dans cette ville, vers 804, un monastère sous l'invocation du Saint-Sauveur.

Nontron fut impitoyablement ravagée par les Normands; après un long combat, les barbares s'étant emparés de la forteresse, mirent tout à feu et à sang. Au dixième siècle, la flamme avait encore laissé des traces sur les murs noircis et à demi-écroulés du donjon.

Vers l'an 1200, les abbés de Charroux cédèrent la châtellenie aux vicomtes, leurs bienfaiteurs, sous la réserve de l'hommage et la redevance annuelle d'un palefroi dont la valeur fut réglée à la somme de quinze livres tournois. A cette époque, un vaste château fut construit sur les ruines de la forteresse. Il se composait d'un corps principal, situé au nord, et d'un fort situé au sud-ouest, séparés l'un de l'autre par un fossé à pont-levis; une grosse tour et une chapelle dépendant de ce beau manoir existaient il y a peu d'années, mais on ne voit plus aujourd'hui que quelques débris insignifians de l'antique demeure des puissans seigneurs de Limoges.

En 1186, alors que la plupart des barons féodaux de la Guienne cherchaient à secouer le joug de la domination anglaise, une bande, conduite par Mercaders, qui s'autorisait du nom de Richard (depuis surnommé Cœur-de-Lion), se montra dans le Bas-Limousin, parcourant les campagnes et les mettant à contribution. Déjà elle avait saccagé Nontron et d'autres bourgs de peu d'importance. Les chevaliers de la Paix se mirent à sa poursuite et parvinrent à en délivrer le pays.

Richard, débarrassé de la guerre avec ses frères, s'occupa de tirer vengeance des seigneurs qui avaient osé lever l'étendard de la révolte; il assiégea Périgueux, marcha sur Excideuil, et livra la petite ville de Nontron, qui n'était plus défendue par son château-fort, à sa dévastation et au pillage.

Au commencement du quatorzième siècle, l'un des vicomtes de Limoges refusa l'hommage et la redevance que ses ancêtres avaient promis de faire aux abbés de Charroux pour la châtellenie de Nontron. Ceux-ci ne pouvant obtenir justice de leur vassal orgueilleux et puissant, cédèrent leurs droits à Philippe-le-Bel, en échange d'une rente sur la ville de Charroux. Le vicomte dut courber la téte devant la volonté du roi de France, et fit abandon de sa seigneurie.

En 1426, les Anglais étaient maîtres de Nontron, qui avait été de nouveau cédée aux vicomtes de Limoges. Bientôt après, elle passa à la maison d'Albret, par le mariage d'Alain, sire d'Albret, avec Françoise de Bretagne, vicomtesse de Limoges; elle se composait de vingt-deux cbâtellenies ou soixante-douze paroisses.

Pendant la minorité de Charles VIII, le duc d'Orléans, mécontent de ce que les états-généraux avaient confié la régence du royaume à Anne de Beaujeu, se retira auprès du duc de Bretagne, qui se déclara pour lui. La Bretagne ne tarda pas à être envahie par une armée française. Le duc implora l'appui de l'Angleterre et demanda des secours de tous cotés à ses nombreux amis. L'un d'eux, Alain d'Albret, se hâta de rassembler sur la frontière du Périgord et du Limousin, trois ou quatre mille hommes pour secourir le duc de Bretagne, dont il espérait épouser la fille; mais les seigneurs ses voisins, qui avaient embrassé la cause du roi de France, l'assiégèrent dans son château de Nontron; il fut forcé de capituler et de congédier ses troupes (1488).

Alain d'Albret ne renonça pas à son projet de se rendre en Bretagne; il amena plus tard au duc mille chevaux. Ce secours fut inutile; mais pour faire face à toutes ses dépenses, le sire d'Albret démembra plusieurs fiefs de sa baronnie de Nontrou, et vendit cette seigneurie elle-même à Dauphin Pastoureau, par contrat du 10 janvier 1499, et pour la somme de 4,025 livres tournoises; il la racheta deux ans après. Ainsi la maison d'Albret a continué de posséder cette terre jusqu'à Henri IV.

Nontron eut à souffrir des guerres de religion qui ensanglantèrent la province de la Guienne, durant le seizième siècle. En 1569, pendant que l'armée des princes traversait le Périgord et l'Angoumois pour s'avancer sur la Loire, Coligny détacha Antoine de Larochefoucault-Chaumont, avec un bon corps d'infanterie, pour s'emparer de Nontron, place qui appartenait à la reine de Navarre, et gardée seulement par quatre-vingts hommes. Larochefoucault la prit de force et en fit passer la garnison au fil de l'épée.

Sept ans après, les états du Périgord s'assemblèrent dans celte ville, et le 18 octobre 1597, au rapport de Brantôme, on y décida la vieille querelle de préséance entre les quatre hauts barons de la province, qui durent, en vertu de la décision des états, se placer dans l'ordre suivant: Bourdeillet, Biron, Beynac et Mareuil.

Nontron soutint plusieurs siéges; trop faible pour arborer le drapeau de tel ou tel parti, cette ville subissait la loi du vainqueur, suivant les vicissitudes de la guerre, tantôt recevant une garnison protestante, tantôt ouvrant ses portes à une armée catholique. Au temps de la ligue, elle fut prise par le duc d'Epernon.

En 1654, Nontron obtint un arrêt du conseil par lequel le roi lui remit la moitié des impositions auxquelles elle était soumise. Cette faveur fut accordée, dit l'arrêt, aux fidèles Nontronnais pour avoir fourni bon nombre d'hommes vaillans qui contribuèrent puissamment à la prise de Brantôme, de Bourdeilles et autres petites villes des environs.

Lors de son avénement au trône, Henri IV avait cédé la seigneurie de Nontron à Catherine de Bourbon, sa sœur; plus tard, et du consentement de cette princesse, il la vendit à Elie de Collonges, seigneur du Piégut et du Bourdeix. Le comte de Laramière, dernier possesseur de cette terre, en avait vendu le château avec ses dépendances à M. Mazerat, peu de temps avant la révolution. En 1794, la régie des domaines se crut en droit de saisir cette propriété qu'elle supposait domaniale. D'après les lois de l'époque, la question devait se juger par arbitrage, en présence d'un commissaire de l'administration.

M. Mazerat était mort; malgré l'extrême difficulté des temps, et celle de ma position personnelle, dit M. Verneuilh de Puyraseau, je consentis à défendre ses enfans mineurs. Je cherchai donc à établir par d'anciens titres, 1.° que la baronnie de Nontron avait cessé d'appartenir à Henri IV, par l'abandon qu'il en avait fait à sa sœur; 2.° que les domaines particuliers n'avaient été réellement réunis à la couronne que postérieurement à la vente consentie à la maison de Collonges; qu'ainsi la terre vendue n'avait pu être affectée de domanialité par l'édit postérieur de 1607. Pendant cette discussion, le commissaire du district, M. Boyer, garda un louable silence. Il y eut partage entre M. Duchassaing, mon co-arbitre, et moi; et M. l'avocat Feuillade le vida en faveur de ceux qu'on voulait déposséder.

Nontron est bâtie sur la croupe d'un coteau qui s'élève rapidement des bords du Bandiat. Le coup d'œil en est pittoresque et l'aspect de cette petite ville repose agréablement la vue lorsqu'après avoir parcouru le chemin désert, âpre et sauvage que l'on a suivi depuis Brantôme, on découvre enfin Nontron du haut des sommités de Saint-Martial. Le creux vallon du Bandiat, la ceinture verdoyante dont la ville est entourée de ce côté, les accidens de terrain que présente le passage du sol calcaire au sol granitique, prêtent des charmes à cet agreste tableau! mais l'intérieur de la cité efface bientôt les premières impressions: les rues sont inégales et montueuses; on n'y rencontre aucun édifice remarquable. Une seule maison (rue Désarneaux) laisse voir quelques traces de sculptures qui datent de l'époque de la renaissance.

Noutron eut autrefois trois couvens; l'un de bénédictins, l'autre de cordeliers, le troisième de claristes. Les deux derniers n'existent plus depuis la révolution; le premier avait été détruit lors des guerres de religion, et son église qui remontait à une haute antiquité, était devenue l'église paroissiale.

La partie la plus ancienne de Nontron est vers le sud, aux Fauves. C'est un plateau jadis fortifié, très-escarpé de toutes parts, excepté du côté de la ville, dont il est cependant séparé par une profonde coupure en partie naturelle et en partie faite de main d'homme. L'église bâtie en cet endroit et son clocher sont d'une architecture gothique. On y remarque plusieurs détails intéressans qui rendront plus déplorables les dégradations que ce monument a essuyées à différentes époques.

Source : La Guienne historique et monumentale, d'Alexandre Ducourneau.

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Géographie historique et communale de la Charente

Commune de St-Laurent-de-Belzagot
Superficie = 967 h. 40 ; Population = 390 habitants.
 
Cette commune s’étend en longueur, au sud de Montmoreau, sur une étendue de huit kilomètres, alors que, dans sa plus grande largeur, elle atteint à peine deux kilomètres.

Elle est limitée à l’est par la Tude, qui la sépare des communes de Saint-Amant, de Juignac et de Bors. Un petit affluent de cette rivière, la Cavronne, vient de la commune de Courgeac et parcourt la commune de l’ouest à l’est.

Au nord, un autre petit ruisselet, la Font-Désirade, répand sa fraîcheur et va rejoindre la Cavronne dans la commune de Courgeac.

Les vallées de ces cours d’eau, principalement celle de la Tude, renferment de bonnes prairies. Le haut plateau qui forme le reste de la commune, est parsemé de bois assez importants.

L’agriculture est assez prospère : néanmoins, comme dans beaucoup d’autres endroits, le manque de bras se fait sentir et, depuis quelques années, les propriétaires ont dû accepter les services de nombreuses familles vendéennes, qui ont affermé une grande partie des terres.

La commune de Saint-Laurent contient quelques propriétés importantes parmi lesquelles nous pouvons citer : Beaulieu et les Barrières, appartenant à M. Gerbaud ; Gratteloube, à M. de Lafaye du Bourgoin ; Champrosé, à Mme Veuve Allard.

Cette dernière propriété mérite une mention particulière. Situé dans le sud de la commune, près de la ligne du chemin de fer, le charmant logis de Champrosé fut acquis, vers 1840, par un homme de bien, dont la famille a toujours été des plus estimées dans notre pays, M. Alexis Gellibert des Seguins, docteur en médecine, qui fut maire d’Angoulême et député de la Charente.

Son gendre, qui était également son neveu et qui portait le même nom, lui succéda comme député d’Angoulême et mourut en 1868, jouissant de l’estime générale et laissant de vifs regrets dans le pays qu’il avait grandement honoré. Il laissait deux enfants, un fils et une fille. Le fils, M. Etienne Gellibert des Seguins, devint également député de la Charente et mourut en 1906, sans laisser de postérité  ; la fille, Mme veuve Allard, qui était l’aînée, vit encore et est toujours propriétaire du domaine de Champrosé.

Une autre famille remarquable de Saint-Laurent était la famille Bourdier-Lanauve, dont le dernier représentant avait fait édifier, à Rochefort, un superbe logis aujourd’hui inhabité, où il est décédé en 1889. Le logis de Rochefort appartient aujourd’hui à Mme de Malet-Roque fort.

La principale voie de communication de la commune est la route de Montmoreau à Chalais (route départementale n° 1 d’Angoulême à La Roche-Chalais) qui parcourt la commune du nord-est au sud-ouest. Le sud de la commune est traversé par la route d’Aubeterre à Blanzac (chemin de grande communication n° 21 d’Aubeterre, à Matha) et le nord est desservi par la route de Montmoreau à Barbezieux (chemin de grande communication n° 31 de Barbezieux à Salles-Lavalette). Deux chemins d’intérêt commun et quelques chemins vicinaux ordinaires complètent ce réseau.
 
Le bourg de Saint-Laurent (141 hab.), à deux kilomètres sud de Montmoreau et à vingt-sept kilomètres de Barbezieux, est construit dans une admirable situation, au sommet d’une colline de cent-dix mètres, dominant la vallée de la Tude et la voie du chemin de de fer. C’était autrefois le siège d’un prieuré dépendant de l’abbaye de Cluny. Ce prieuré ne paraît pas avoir été conventuel. Il a été à peu près complètement ruiné pendant les guerres religieuses du seizième siècle. De sa vaste et belle église il ne reste que de hautes murailles et un magnifique portail ogival. Près de ces ruines a été édifiée l’église actuelle qui ne présente aucune particularité remarquable.

En dehors du bourg, la population est disséminée dans une trentaine de hameaux, dont aucun n’a une grande importance. Parmi les principaux nous pouvons citer : tes Côtes (21 hab.), que l’on peut rattacher à l’agglomération de Montmoreau ; Frésignac (19 hab.), dans le nord de la commune, près de la source de laFont-Désirade ; le Marchais (22 hab.), à la limite de la commune de Montmoreau ; la Côte (15 hab.), où l’on remarque une abondante fontaine qui donne sa fraîcheur à un charmant vallon ; Champrosé (21 hab.) et Gratteloube (8 hab.), dans le sud de la commune ; Chez-Bastard (12 hab.), au sud du bourg ; Beaulieu (16 hab.), où l’on remarque la belle propriété de M. Gerbaud, etc., etc.

Commune de Courgeac
Superficie = 1842 h. 30 ; Population = 392 habitants.
 
La commune de Courgeac est une des plus étendues du canton : elle tient le cinquième rang comme superficie, mais elle ne vient qu’au huitième rang comme population et la densité de cette population est des plus faibles, puisqu’elle atteint à peine le chiffre de vingt-et-un habitants par kilomètre carré.

Un petit affluent de la Tude, la Cavronne, arrose la commune et reçoit lui-même plusieurs petits ruisselets ; mais ces cours d’eau sont fort peu importants.

De grands bois sont répandus un peu partout, principalement dans l’ouest et couvrent une vaste superficie. Aussi l’espace réservé aux différentes cultures est assez restreint.

Cependant les vallons sont assez fertiles et renferment principalement d’excellentes prairies ; un petit vignoble a été également reconstitué.

L’industrie est absolument nulle ; autrefois les ruisseaux faisaient mouvoir quelques moulins, qui sont aujourd’hui complètement arrêtés.

La route de Blanzac à Montmoreau (route départementale n° 10 de Cognac à Ribérac) limite la commune au nord et la route d’Aubeterre à Blanzac (chemin de grande communication n° 21 d’Aubeterre à Matha) lui sert de limite méridionale. La principale voie de communication est la route de Montmoreau à Barbezieux (chemin de grande communication n° 31 de Barbezieux à Salles-Lavalette), qui traverse toute la commune, de l’est à l’ouest. Le réseau routier est complété par plusieurs chemins d’intérêt commun. L’un de ces chemins unit le bourg de Courgeac d’un côté, au bourg de Nonac et de l’autre côté, à l’ancien bourg de Peudry. Un autre unit Courgeac à Saint-Martial. Enfin un troisième dessert le sud de la commune.

Le petit bourg de Courgeac (26 hab.), à cinq kilomètres ouest de Montmoreau et à vingt-quatre kilomètres de Barbezieux, est agréablement situé au sommet d’une colline qui domine de frais vallons.

La plupart des hameaux ne comptent qu’une ou deux maisons. Nous citerons cependant : Valy (38 hab.), au sud du bourg ; Bournet (22 hab.), dans le nord de la commune, où se trouvent les ruines de l’abbaye dont nous parlons plus loin et où l’on voit un joli château moderne ; Chabreville (15 hab.), à la limite de la commune de Saint-Laurent ; Magnac (19 hab.), près de la route de Barbezieux ; la Robinière (15 hab.) ; Chez-Triboire (18 hab.), Chez-Guérinaud (17 hab.), Chez-Châtaigner (25 hab.) et Chez-Tisseraud (16 hab.), dans le sud de la commune, etc., etc.
 
Au nord de la commune, dans un site solitaire, se dressent quelques vieux pans de murailles, seuls restes de l’abbaye de Bournet. Cette abbaye fut fondée, en 1113, par Giraud de Sales, qui la soumit à la règle de Saint-Benoît. Soumise, douze ans plus tard, par l’évêque d’Angoulême, Girard II, avec le concours du seigneur de Montmoreau, à la règle cistercienne, l’abbaye de Bournet revint peu à peu à ses premiers statuts et tous les documents qui la concernent depuis le commencement du quinzième siècle, la montrent comme appartenant à l’ordre de Saint-Benoît. Une bulle du pape Eugène III, confirmée, en 1460, par le pape Pie II, avait rattaché l’abbaye de Bournet directement au Saint-Siège. Cependant, à partir de l’année 1480, ses abbés rendent hommage à l’évêque d’Angoulême. A partir de la domination anglaise et surtout après les guerres religieuses, on la voit complètement soumise à ce prélat.

L’abbaye de Bournet n’eut jamais de revenus bien considérables. Cependant c’est pendant la fin du seizième siècle et la première moitié du dix-septième qu’elle fut le plus malheureuse. En 1565, les protestants la pillèrent, prirent ses biens, brûlèrent ses charte-et renversèrent son église. En 1615, Jacques Goulard, baron de Touvérac et seigneur de La Faye, s’installa dans l’abbaye et substis tua ses serviteurs aux religieux.

Il fallut une sentence les envoyant dans la jouissance de leurs droits (13 novembre 1617), pour que les religieux pussent rentrer dans leur couvent. Ce fut seulement dans la dernière moitié du dix-septième siècle, sous les abbés Jacques de Rochechouart et Guillaume de La Roche, que le monastère fut restauré. Jusqu’à cette époque les quatre religieux, formant la communauté, avaient dû se loger dans une maison particulière prise en location.

Parmi les principaux abbés de Bournet, nous pouvons citer Charles de Bony, qui, nommé évêque d’Angoulême, conserva néanmoins son abbaye jusqu’à sa mort et Jacques de Rochechouart, qui fut en même temps seigneur de Montmoreau.

L’abbaye de Bournet ne compta jamais un grand nombre de moines, et vers le milieu du dix-huitième siècle, l’abbé nommé d’autorité par l’évêque, réunit entre ses mains tous les offices. Cet abbé, Hélie Galliot des Roys était encore en titre en 1791.

Source : Géographie historique et communale de la Charente, de Jules Martin-Buchey.

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Vente de Nanthiat

On a dit que Napoléon 1er avait fait l'acquisition de la terre de Nanthiat pour en gratifier l'un de ses lieutenants, le glorieux mutilé de Wagram, notre compatriote Daumesnil.

L'empereur n'a pas acheté cette terre, mais il est très probable qu'il fournit au général les fonds nécessaires pour la payer.

Ce fut le 20 mai 1812 que, devant son compatriote Me Fournier-Vemeuil, notaire à Paris, Mme veuve de Bonneval et son fils vendirent à Daumesnil la terre de Nanthiat.

II ne la garda pas longtemps, car, après dix mois de possession, nous le trouvons à Nontron signant, devant Me GroIhier, notaire de cette ville, la revente de la propriété qu'il devait à la munificence impériale.

Le contrat en fut passé le 12 décembre 1813. Nous y lisons que M. Pierre Daumesnil, baron de l'Empire, général de brigade, commandeur de la Légion-d'Honneur, chevalier de la Couronne de fer et gouverneur du château impérial de Vincennes, vend à Mme Marguerite Pautier de Labreuille, veuve de M. Jean de Labrousse du Bosfrand, ancien magistrat, demeurant à Nontron, moyennant un prix de 120,000 francs la terre de Nanthiat, située au lieu du môme nom et communes circonvoisines, écuries, étables, volières, cour, jardin, pigeonnier, terres, vignes, bois, moulin dit de Madame, étang, pressoir à huile, dix domaines ou métairies, meubles et objets ornant et décorant le château.

Mme Anne-Fortunée-Léonie Garat, épouse du baron Daumesnil, n'ayant pas concouru à la vente, il fut procédé à la purge de son hypothèque légale.

Les descendants de Mme du Bosfrand détiennent encore aujourd'hui l'ancienne seigneurie des Jaubert.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1874)

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07 août 2015

Le docteur Armand Lapeyre-Mensignac

Armand Lapeyre-Mensignac. Médecin auxiliaire. Promu médecin aide-major de 2e classe et médecin-major de 1re classe. Croix de guerre. Trois citations à l'ordre de la division, de la brigade et du corps d'armée. Chevalier de la Légion d'honneur, novembre 1920 : « Médecin aide-major de 1re classe, an 18e C. A., s'est toujours prodigué sans compter en assurant ses soins dévoués et éclairés aux blessés, sous les bombardements ennemis, dans des conditions très périlleuses. Une blessure. Trois citations. » (Le livre d'or de la Grande Guerre, 1923)

NB : Le docteur Lapeyre-Mensignac est né le 13 février 1891, à Saint-Pardoux-la-Rivière, et décédé le 22 janvier 1948, à Nontron. Thèse de médecine en 1919 : Le soufre colloïdal en injections intra-veineuses dans le traitement du rhumatisme articulaire. Ancien président du club sportif « La Nontronnaise », actionnaire de l'entreprise « La Coutellerie Nontronnaise » et membre de la Société Française de Secours aux Blessés Militaires en 1931. Époux de Marie Marsan et père des frères Lapeyre-Mensignac : Jean, né en 1922, et Pierre, né en 1925.

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La carrière médicale

Cet intérêt pour la carrière médicale est signalé par les contemporains : la série F des archives du fonds ancien de la faculté de médecine de Montpellier conserve la correspondance ; parmi les lettres reçues, quelques-unes, envoyées par des parents soucieux, demandent des renseignements. Au mois de septembre 1773, le sieur Durousseau de Lagrange sollicite des précisions pour l’entrée de son fils à la faculté ; le choix de la médecine est inattendu pour le père du jeune homme : « Je prends la liberté de vous écrire au sujet d’un fils âgé de 19 ans qui vient de finir ses cours de philosophie au collège de Périgueux ; il m’avait toujours fait croire qu’il voulait être ecclésiastique, mais, à son arrivée, il a témoigné un grand changement et a déclaré que son inclination était d’étudier la médecine, je lui ai proposé d’étudier en droit, il m’a répliqué que c’était trop commun (1). »

Les études médicales apparaissent donc comme un choix universitaire attractif. Le père souhaite ce qu’il y a de meilleur pour la formation de son fils, il s’adresse à Montpellier, écartant les centres les plus proches de son lieu de résidence – Montbron, diocèse d’Angoulême –, à savoir Bordeaux ou Toulouse. Le jeune homme s’immatricule deux mois plus tard et poursuivra jusqu’à son terme son cursus universitaire (2).

Notes :

1. BIMM, F 58, pièce n° 3, correspondance de la Faculté. Lettre de Monsieur Durousseau de Lagrange du 13 septembre 1773.

2. BIMM, S 39, 1ère inscription de Jean Durousseau de Lagrange, originaire de Montbron, diocèse d’Angoulême, trimestre de novembre 1773.

Source : Hélène Berlan.

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Baptême de Joseph-Philippe de Labrousse

Le dix huit mil sept cent soixante douze est né et baptisé le même jour, Joseph-Philippe de Labrousse sieur de Mirebeau écuyer fils naturel et légitime de messire mestre Joseph de Labrousse sr de Mirebeau écuyer seigneur de Vaubrunet et autres places ancien garde du corps du roy et gouverneur pour sa majesté de la ville de La Rochefoucauld et de dame Marie Rochecorail. Le parrain a été messire Joseph-Philippe du Ponceau et la marraine Elisabeth de Labrousse de Belleville et a été porté pour eux Pierre Marchat et Léonarde Peseau qui n'ont su signé de ce enquis et qu'a signé avec moi messire Joseph de Labrousse de Mirebeau père du baptisé... Delacroix vicaire de Teyjat, Labrousse de Mirebeaud.

N'étant ni appelé ni présent à l'acte de baptême ci-dessus, dicté par le père, j'y ai vu une création de titres, qualités et seigneuries non conformes au certificat des annonces de mariage donné le six février mil sept cent soixante neuf, rapporté dans le registre de l'année et dans la copie déposée au greffe de Périgueux. Toutes les qualités du père se réduisent à celle de bourgeois, ci-devant garde du corps du roi, où il a servi pendant cinq ans au plus, ce qui ne suppose pas un ancien ni vétéran. Sa commission de gouverneur de La Rochefoucauld avec la réception et prise de possession dans cette ville, où il ne fait aucune résidence, me sont aussi inconnues que les seigneuries de Mirebeau, autres places, les qualités d'écuyer données au fils et au père, de dame à la mère. Le véritable nom de celle-ci est Marie Favret, celui du parrain Joseph-Philippe Favret. De sorte que la marraine est la seule personne de condition, qu'on n'ait pas jugé à propos de qualifier damoiselle. Dans une exacte vérité, pour constater l'état de l'enfant, voici l'acte :

Le dix huit décembre mil sept cent soixante douze est né au village de Vaubrunet et a été baptisé Joseph-Philippe, fils légitime de monsieur Joseph Labrousse, bourgeois, et de demoiselle Marie Favret. Parrain sr Joseph-Philippe Favret, marraine damoiselle Elisabeth de La Brousse de Belleville. En leur absence ont porté sur les fonts de baptême Pierre Marchat et Léonarde Peseau, qui n'ont su signer de ce enquis... Joseph Nadaud curé de Teyjat.

Source : Généalogie Charente Périgord.

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03 août 2015

Souvenirs de la comtesse de Béarn

L’année 1814 s’ouvrit sous des auspices plus menaçants encore. La victoire abandonnait les drapeaux de Napoléon qu’elle avait si longtemps suivis. L’étranger avait pénétré sur notre territoire, les armées coalisées marchaient sur Paris; le sort de cette grande ville était bien incertain.

Nous quittâmes Paris; nous nous mîmes en route pour la Rochebeaucourt; nous emmenâmes nos enfants, tout notre monde, dans un lieu inhabité depuis cinquante ans, dans un château sur lequel vingt ans de révolutions avaient passé en laissant des traces de leur passage. Vous pouvez vous rappeler, mon cher fils, quel étrange établissement nous fîmes à la Rochebeaucourt. Vous rappelez-vous que, pour nous rendre dans nos chambres nous traversions les corridors un parapluie sur la tête ? Il me semble encore entendre votre oncle nous raconter qu’il a été tourmenté toute la nuit par un cauchemar horrible, et qu’il a découvert le matin que ce cauchemar avait été causé par un filet d’eau qui, filtrant à travers le plafond de sa chambre, lui était tombé goutte à goutte sur le creux de l’estomac.

Enfin, tout mal que nous fussions, nous pensions être à l’abri des dangers dont nous croyions Paris menacé. Nous attendions les événements sans pouvoir les prévoir. Cette immense fortune qui avait rempli le monde allait-elle tomber ?

Source : Souvenirs de Pauline de Tourzel, comtesse de Béarn (1789-1830).

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29 juillet 2015

L'attaque des croquants

M. Dujarric-Descombes nous apporte l'extrait d'un acte authentique qui confirme les renseignements donnés par Chevalier de Cablanc et Pierre de Bessot sur la mort tragique de Jean de Labrousse, sieur de Brognac, conseiller du roi et son vice sénéchal au pays de Périgord.

C'est l'inventaire fait à Périgueux le 25 février 1638 par Me Magot, notaire royal, à la requête de la veuve, demoiselle Narde Vidal, « laquelle, expose le notaire, nous a dict et représenté que led. feu sr de Broignac auroit esté le septiesme de janvier dernier proditoyrement tué et assassiné au lieu appelé de La Papussonne, paroisse de Breuilh, par plusieurs voleurs et autres personnes de mauvaise vie, ainsin qu'il conduisoit prisonnier ès prisons de la présent ville, sellon le deub de sa charge, avec aulcuns de ses archiers, le feu nommé Jean Pinel, qui avoit voulu souslever de nouveau le peuple, qu'est la cause que led. feu sr de Broignac seroit décédé. »

La fille de l'infortuné magistrat, Françoise de Labrousse, devait épouser, par contrat du 10 novembre 1640, Pierre-Jean Chancel, sr de La Grange, avocat en la cour de parlement de Bordeaux, et elle devint aussi la grand'mère du poètre Lagrange-Chancel.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1897)

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Un marthonnais à Saintes

Le capitaine des francs-tireurs saintais était un homme de trente-quatre ans, marié et père de quatre enfants, situation extraordinaire si l'on considère qu'à la même époque aucun homme marié n'avait été appelé sous les drapeaux et qu'un grand nombre de jeunes célibataires demeuraient dans leurs foyers. Il était né à Marthon (Charente) d'une famille aisée qui avait amassé une petite fortune depuis deux siècles dans le tissage de la serge. Lors de la vente des biens nationaux elle avait acquis le château féodal de Marthon qu'elle devait conserver plus d'un siècle jusqu'à son acquisition en 1905 par M. Raynaud, alors député de la Charente. De brillantes études au lycée d'Angoulême incitèrent les parents de Louis Planty à rêver pour lui d'une destinée honorable. Ils l'envoyèrent à Paris, au lycée Henri IV, pour y préparer l'école militaire de Saint-Cyr. Mais cet exode coïncida avec des revers de fortune qui contraignirent le jeune homme à rejoindre sa famille installée depuis peu à Saintes, quai des Roches, dans le « Logis des Quatre-Portes » où désormais devait s'écouler toute la vie de Louis Planty.

(Les Cahiers de l'Ouest, 1956)

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