10 décembre 2019

Geneviève Labrousse contre le citoyen Labrousse-Mirebeau

Affaire Geneviève Labrousse contre le citoyen Labrousse-Mirebeau (an X)

« Placé, magistrats, entre deux écueils également redoutables, les succès brillants de mes contradicteurs et ma faiblesse, quel espoir me serait resté ?... Je me suis rappelé votre indulgence et toutes mes craintes se sont dissipées; j'ai songé que je plaidais la cause du malheur et mon âme que le découragement avait flétrie, réveillée au souvenir de tant de persécutions et d'injustices a brûlé de répandre en votre présence toute l'indignation qui la dévore. Je vais vous révéler la destinée d'un homme qui, né dans un autre siècle, vécut, ainsi que nous, parmi des spoliateurs et des bourreaux. Vous entendrez, comme vous avez entendu naguère, ce son lugubre, mélange affreux du bruit des chaînes et des gémissements des victimes. Comme alors vous verrez la mort, seule puissante pour rendre à la liberté; et puis comme parmi nous encore des orphelins sans appui, mais non sans persécuteurs, malheureux qui ont rencontré toutes les douleurs sur le seuil même de la vie !

Ici commence le roman, car cette affaire, du moins ainsi présentée par Peyronnet, est le plus poignant des romans :

« Dans un canton assez obscur de l'ancienne province du Périgord, vivait, d'orgueil et d'ambition, une famille dont le véritable nom était Labrousse.

Pierre Labrousse, ainsi se nommait le père de celle qui m'a confié ses intérêts. Pierre Labrousse avait eu le tort de naître trop tard. L'amour et les préférences étaient pour son frère aîné; pour lui, indifférence et rebuts; le malheureux ne fut jamais pressé sur le sein de sa mère ! L'enfance est jalouse; les deux frères apprenaient dès lors à se haïr. Pierre Labrousse quitta de bonne heure la maison paternelle. »

On le comprend de reste, d'autant plus que :

« Le 20 mai, Catherine Valleteau, mère de Pierre, faisait son testament. Qui le croirait? elle affirme au notaire qu'elle n'a que six enfants vivants... Pierre Labrousse n'était pas compté... Elle distingue par leur prénom chacun des six enfants qu'elle avoue, et celui de Pierre Labrousse ne se représente pas à son souvenir, et la nature ne l'avertit pas qu'elle fut mère une septième fois. »

Etrange oubli, que Peyronnet commente ainsi :

« Je n'essaierai pas de vous dépeindre la douleur de Pierre Labrousse lorsqu 'il apprit qu'en quittant la vie, sa mère lui avait refusé même un souvenir ! Il se plaignit de son testament. Quel fils n'aurait pas cru de son honneur et de son devoir de faire anéantir cette espèce d'exhérédation. Il fallut avoir recours à l'autorité judiciaire. »

Mais voilà que pour toute réponse le Parlement de Bordeaux enjoint à Pierre Labrousse de s'éloigner de la sénéchaussée de Périgueux. »

De fait interdiction de séjour.

C'est qu'à vrai dire — chagrin, désespérance, rancœurs contre la société — Pierre Labrousse par son insupportable humeur, apparaît aux yeux des siens, aux yeux des juges, comme un fléau à éviter : « né violent, vindicatif, il outrageait, frappait sans cesse, et pour comble, criblé de dettes, fabriqua de la fausse monnaie. »

Un triste sire —, tout cela contre quoi véhémentement, Peyronnet prenant position, s'inscrit en faux. Le passage. encore qu'un peu long, vaut par l'emphase des termes, par l'outrance même de l'accent, que nous le reproduisions comme spécimen de sa manière — quand il veut être grandiloquent.

« La profanation des tombeaux,» — s'exclame-t-il, s'adressant à la famille — n'est-elle plus pour vous tous un sacrilège?

La vénération de tous les peuples pour les morts n'est-elle à vos yeux qu'une vaine puérilité ? Ah ! regrettez-vous donc que le néant ait sitôt dévoré sa victime ? Vous la lui redemandez en quelque sorte pour ajouter l'opprobre aux autres maux qui ont désolé sa vie ! Imprudent, c'était votre frère; son injure devient la vôtre, son crime serait votre crime; sa honte serait votre honte. Voyez la méchanceté publique qui recueille avec soin toutes vos paroles. Voyez vos amis qui vous fuient, si toutefois vous en avez conservé ! Voyez vos enfants que toutes les familles repoussent, condamnés à la flétrissure du célibat. Père, frère, ami coupable, homme inconsidéré ! »

Franchement insupportable, ce passage; aussi bien est-ce du Peyronnet première manière.

Plus tard il s'assagira et même, dès lors, nous l'avons dit, quand il ne sera plus question d'user de procédés de rhétorique, d'effets oratoires à trouver — et d'ailleurs, ne l'oublions pas, fort appréciés des juges du temps — mais de l'exposition des faits ou de raisonnements juridiques, il se calme opportunément.

Et poursuivons :

Labrousse exilé, se marie avec une fille sans naissance et dont Peyronnet fait un ange. Malgré quoi Labrousse père, prit fort mal la chose : « son orgueil en fut irrité ».

Ici le roman tourne au drame :

Lettres de cachet successives. Fuite. Pour dépister la police l'inculpé change de nom se fait instituteur ! Deux ans durant il enseigne, on peut se demander quoi.

Mais découvert, victime de la haine de son frère, il est interné à Bicêtre.

Bicêtre, le cachot, la geôle, le cabanon, l'enfer !

« C'était en 1771 ». Et dans une lettre à sa femme voici le curieux, et sombre, et angoissant tableau qu'il trace du régime de Bicêtre.

« Tout récemment on a tenté de me mettre dans un cachot de 20 pieds de profondeur sous terre, les fers aux pieds, aux mains, la chaîne au cou, comme un chien réduit au pain et à l'eau. Je n'ai jamais connu un homme plus malheureux que moi. La justice est morte, la tyrannie a pris sa place sans espérer de la voir revivre; car il est impossible que je vive longtemps après les afflictions qui me sont arrivées... Il y a tout lieu de croire que cet hiver terminera mon malheureux sort, étant réduit dans un cachot très humide, contraire à ma: jambe, où l'on me refuse tout médicament... Je meurs de chagrin de ne pouvoir mettre ordre à mes affaires... Si vous voyez mon entière perte et que vous vous décidiez à prendre ma procuration, vous m'enverrez, je vous prie, neuf livres pour la faire passer, car je m'arracherais la vie pour les amasser. Si vous étiez à Paris vous me tireriez de là ! On vit partout, pourvu qu'on se comporte bien. Peu s'en est fallu que vous n'ayez reçu, pour répondre à la vôtre, mon extrait mortuaire. L'auteur de la nature m 'a conservé la vie dans l'accident qui m'est arrivé... Le chagrin ayant tellement gagné mon esprit, me voyant abandonné de tout le monde depuis la mort de mon père, je me suis hasardé à vouloir me sauver; j aurais réussi si le câble dont je me suis servi n'avait cassé quand j'ai été au milieu. J'ai tombé de 30 pieds de haut et devais me tuer : Je ne me suis foulé que les nerfs de la jambe gauche. L'enflure a monté, et le sang s'est extravasé dans toutes les parties affligées. La maladie sera plus longue que si je m'étais cassé la jambe. Je n'en serai pas estropié, je le crois... Il faut avoir de la tête et du courage. Soyez certaine que si on m'eût joué un semblable tour à votre égard, je vous aurais arraché avec le temps, de l'enfer. Je serais allé jusqu'à m'adresser à la 1re Puissance; m'y transportant plutôt en mendiant mon pain. Ce n'est pas l'intention du Roi de gêner les inclinations de ses sujets et encore moins de les faire périr entre quatre murs, au mépris des formalités légales et leur interdisant toute justification. »

Loyalisme vraiment méritoire.

Ce n'est pas tout. — La femme meurt.

Et ce n'est pas tout encore : — « On inhume celle-ci, mais sur l'acte mortuaire on l'inscrit sous son nom de fille... » D'où l'origine de cette affaire.

Car ceci n'est qu'un préambule.

En effet; — Et Geneviève, a-t-on dit, peut-être ? Geneviève demanderesse. Geneviève la propre fille de Pierre et de la morte — aujourd'hui qui réclame son dû contre les persécuteurs de son père ?

De fait, Geneviève qui n'est pas légitime — puisque sa mère, d'après son état civil, n'est pas mariée — puisque son père est désavoué.

Aussi bien, avec Geneviève la cause devient banale, les détails cessant d'être pittoresques. Revendication d'héritage comme toutes. — Possession d'état — que Peyronnet soutient fort habilement avec son juvénile talent contre l'adversaire redoutable qu'est Lainé — un vieux routier :

Pauvre Labrousse, pauvre Geneviève ! Lui, vandale, selon Lainé, brutal, joueur, escroc, jugé, condamné, tyran des siens, gibier de bagne — sa femme une maritorne sa fille, une intrigante sans état civil et qui veut faire chanter son oncle etc...

Contre partie de Peyronnet; mais qui croire, de celui-ci ou de Lainé ?

Au vrai, que nous chaud, d'ailleurs.

De fait, en tout ceci, c'est la manière de Peyronnet qu'il nous importait de connaître.

Petit roman documentaire que sa plaidoirie, en cette évocation des mœurs et du langage d'une époque.

Il suffit.

Source : Le comte de Peyronnet (1776-1854), d'Émile de Perceval.

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La seconde restauration en Périgord

Escadron de l'arrondissement Nontron : Léonard de Villars, ancien officier; Beaussac, chef d'escadron; Jean-Baptiste du Reclus, officier, Mareuil, adjudant-major.

— 1e Compagnie : Louis de Vaucoucourt ancien garde du corps, Thiviers, capitaine; de Montaigut propriétaire, La Chapelle, lieutenant; Marcillaud percepteur, Nontron, sous-lieutenant; 10 autres gradés; 16 gardes de l'arrondissement; 21 gardes d'honneur.

— 2e Compagnie : César-Pierre-Thibaud de Lageard, Mareuil, capitaine; Pierre-Simon-Louis de Pindray d'Ambelle, Sainte-Croix, lieutenant; Alexis de Conan, Connezac, sous-lieutenant; 7 autres gradés; 20 gardes de l'arrondissement; 18 gardes d'honneur.

Source : La seconde restauration en Périgord, de Georges Rocal.

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Le père de Monsieur de Puyloubard

— Voyons, tante Giraude, puisqu'il s'agit de choses qui se passaient de votre temps, bien avant ma naissance, soyez donc assez bonne pour rappeler vos souvenirs et me dire au juste ce qu'on reproche aux Puyloubard. — Ma fille, tout cela est bien vieux, en effet, et le paraît encore plus. Vers 1789, Monsieur de Puyloubard, père, habitait le château de ce nom, de l'autre côté de la Nizone, non loin d'ici, comme tu vois. C'était alors un homme de trente ans, de plus d'esprit que de raison ; il avait lu beaucoup de livres et s'était farci la tête avec les idées d'un certain Jean-Jacques. — J'ai oublié son autre nom — qui écrivit un tas de sottises, à ce que je me suis laissé dire. De plus, il avait fait tout jeune la guerre d'Amérique et depuis ce temps-là, ne parlait plus que de liberté, d'indépendance, d'égalité entre les hommes qu'il appelait déjà des citoyens et semblables fariboles. Son plus grand tort fut de répandre ses idées en causant ici et là sur la place de l'église, au marché de Brantôme, chez l'armurier de Mareuil : cela le fit bien voir de pas mal de petites gens, en revanche, il mécontenta mon père et les autres nobles qui savaient bien où mèneraient tous ces beaux discours. Lorsque vint l'émigration, on le regarda encore plus de travers parce qu'il ne partait pas ; mais admire ici, ma petite, le juste revirement des choses par la permission de Dieu. Mon sieur de Puyloubard n'avait pas voulu émigrer comme les bons sujets du roi, il y fut forcé par les événements, car il avait beau se dire citoyen, il était tout de même gentilhomme et ses paysans se chargèrent de l'en faire souvenir. Un jour, ils vinrent lui réclamer sa dernière barrique de vin. — Tu sais que dans ce pays-ci ils mangeaient du renard et de la fouine à la sauce au vin. — Comme ils étaient déjà saouls, Monsieur de Puyloubard fit quelques façons ; ils menacèrent, lui le prit d'un peu haut pour tenir tête à la canaille, cela mit le feu aux poudres ; bref, il n'en fût pas sorti vivant si quelqu'un n'avait réussi à le faire s'ensauver à travers bois. Tu vois à quoi cela sert de hurler avec les loups ! Beaulignac est demeuré intact, tandis que Puyloubard fut pillé et brûlé, si bien que lorsque « l'Américain », comme on l'appelait par manière de chaffre (surnom), est revenu vers 1800, il n'a plus trouvé que les quatre murs et la moitié de son avoir disparu.

Source : Monsieur de Puyloubard, esquisse du vieux Périgord.

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Jean-Baptiste Devars (1753-1822)

Jean-Baptiste Devars
Lussas 30 novembre 1753 - Montbron 8 avril 1822.

Fils de Georges, et d'Anne Fistugeres. Avocat à La Rochefoucauld avant 1789, membre du premier conseil du district mis en place en juillet 1790, juge au tribunal de ce district quand il fut élu député à la Convention en septembre 1792. Il fut désigné le sixième sur neuf, avec 233 voix sur 537 votants. Il allait siéger avec la Plaine et jouer un certain rôle. Il se distingua surtout en votant avec Maulde de l'Oisellerie pour la détention du roi, alors que les sept autres conventionnels de la Charente se prononcèrent pour la mort. Voici en quels termes il motiva son vote : "Le délit dont Louis est coupable doit être puni de mort d'après les règles de justice éternelle ; je le déclare digne de mort. Cependant nous devons consulter le salut de l'Etat. Or je crois que pour le bonheur de la patrie Louis doit chassé du sein d'une nation qu'il a si lâchement trahie. En attendant qu'il puisse être banni je demande qu'il soit détenu". Après le Neuf Thermidor il joue un rôle conciliant, faisant mettre en liberté beaucoup de détenus, intervenant même en faveur d'anciens responsables révolutionnaires arrêtés à leur tour. En l'an IV, lors de la désignation des assemblées du Directoire, il est élu le premier parmi les sortants (les 2/3), et au Conseil des Anciens il siège parmi les modérés. Sortant en l'an V (mars 1797) il est réélu facilement... pour être invalidé cinq mois plus tard, du fait du coup d'Etat de Fructidor. Durant le "second Directoire" il doit ronger son frein ; la nouvelle majorité et la nouvelle politique ne lui conviennent guère et de Charente, en l'an VIII, il adresse à plusieurs ministres des lettres non exemptes de hargne pour dénoncer l'action de l'administration centrale du département, prédire l'élection d'ultra-révolutionnaires et attaquer par allusions à peine voilées en particulier Albert, de Cognac, qui préside l'administration centrale dans les derniers mois du Directoire.

Il ne peut qu'accueillir favorablement Brumaire, et en prairial an VIII il est nommé juge au tribunal civil d'Angoulême, fonction dans laquelle il sera reconduit jusque sous la Restauration. Inscrit sur la liste des soixante ; il est aussi membre du conseil d'arrondissement. Lors du passage de Napoléon à Angoulême, en 1808 (allant en Espagne), il est en tant que magistrat présenté à l'Empereur qui aurait reconnu (?) et complimenté l'ancien conventionnel : "Vous êtes un honnête homme". L'administration préfectorale, sur place, le juge ainsi en l'an XIII : "Sans talent prépondérant et sans influence". Il semble avoir adhéré à la franc-maçonnerie sous l'Empire. Frappé d'apoplexie en 1814 ou 1815, il ne paraît plus en état de remplir ses fonctions et vit à la campagne.

De son mariage à Montbron, en 1778, avec Marie-Anne Leriget, devait naître un fils qui sera l'unique héritier en 1822 : Gabriel Devars, lui-même juge au tribunal civil d'Angoulême et membre du Conseil général du département sous la Monarchie de Juillet, réélu après 1848, pour le canton de Montbron.

La fortune déclarée à Montbron en 1822 représente un total immobilier de 52 430 F, consistant pour l'essentiel en une grande propriété acquise de communauté et agrandie par achats successifs, avec une partie en Dordogne, et en plus les biens personnels de la veuve. Meubles : 2 000 F Contribution en l'an XIII : 942 F.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.

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Antoine-Sylvain Prevost-Dumarais (1747-1829)

Antoine-Sylvain Prevost des (ou du) Marais
Saint-Germain-de-Confolens (Charente) 22 décembre 1747 - Lessac 11 mars 1829.

Fils de Jean Prevost, sieur du Marais, marchand-tanneur, et de Marie-Monique Charrand. Un riche notable de la Charente limousine, aux confins du département, actif dans le secteur économique et qui a rempli de multiples mandats sur près de quarante ans. Avocat avant 1789, il a participé aux Etats du Poitou mis en place en 1787, au titre de l'élection de Confolens. Il fait partie en 1790 de la première administration du district de Confolens ; réélu en octobre 1791. Il ne fait plus partie de celle nommée en octobre 1792. Riche propriétaire agriculteur, â partir de 1797 il établit sur la Vienne, à Lessac, une minoterie, la seule du département, à quatre roues et qui emploie quatre ouvriers (rapport administratif de 1812). Inscrit sur la liste des soixante, il est le maire de Lessac depuis le Consulat jusqu'en 1822, renommé chaque fois qu'il est sorti par tirage au sort, président du canton électoral de Confolens-Nord du début, semble-t-il, jusqu'en 1816.

Cette permanence à travers les régimes, et tout particulièrement après les Cent Jours son maintien lors de la seconde Restauration, peut être le fait de la compétence, qualité rare qui oblige à garder les mêmes, surtout si l'on y ajoute le zèle au service de la chose publique, ce qui est présentement le cas, d'après l'appréciation du préfet en 1812 : "Estimable pour son zèle, mérite d'être conservé". Il faut ajouter qu'il était affilié à la franc-maçonnerie dès avant 1789.

De son mariage avec Anne Goursaud (alias Marie Bonnefond), décédée en 1818, sont nés au moins cinq enfants, héritiers en 1818 et 1829. L'une des filles, Françoise, a épousé Charles Memineau, le fils du sous-préfet de Confolens, qui sera plus tard conseiller général.

La fortune est estimée à 200 000 F par l'administration en l'an XII, avec une contribution de 1 774 F en l'an XIII, estimation assez proche des chiffres des déclarations de succession puisque sont indiqués : 94 000 F d'immeubles, biens d'acquêts au décès de la mère (c'est à dire la moitié), et 6 000 F de meubles ; 4 210 F de meubles au décès du père qui avait procédé à un partage de propriétés, en 1827, pour une valeur de 110 000 F, sans oublier 27 000 F d'argent liquide payable après son décès.

Il est décédé au château de Bois-Buché, qui était avec ses dépendances le principal domaine de la fortune.

Jean ou Jean-Baptiste Prevost-Maisonnais
Saint-Germain-de-Confolens (Charente) 8 octobre 1755 - Abzac 4 juillet 1821.

Fils de Jean Prevost, sieur du Marais, et de Marie-Monique Charrand. Il est le frère cadet d'Antoine-Sylvain (qui précède). C'est le seul cas en Charente de deux frères figurant sur la liste des soixante, d'autant plus curieux qu'il est difficile de trouver une notice administrative plus vide que celle du présent notable. Elle contient seulement : "Agriculteur, presque toujours officier municipal". En effet son nom ne figure guère dans les archives de l'administration révolutionnaire : en 1790 on le trouve à titre de citoyen actif, désigné comme scrutateur dans une assemblée primaire du canton de Saint-Germain dont dépend la commune d'Abzac, et dans cette dernière à coup sûr il ne fait pas partie du premier corps d'officiers municipaux formé en 1790. Il n'a jamais été ni maire, ni agent municipal, ni adjoint. Il est vrai que les liens et les relations familiales sont étendus, avec différentes unions matrimoniales entre Duverrier (Pleuville), Prevost des Marais (Lessac), Prevost-Maisonnais (Abzac), Memineau (Confolens), et cela sur plusieurs générations successives.

De son mariage avec Françoise Corderoy, en 1776, Prevost- Maisonnais a eu douze enfants, dont trois garçons qui ont fait souche.

La contribution payée en l'an XIII s'élève à 1 773 F, identique à celle du frère qui paie 1 774 F. Le cadet figure sur la liste des trente contribuables plus imposés, alors que l'aîné, lui, en est absent avec la même imposition !

Après son décès en 1822, au château de Serre d'Abzac, il laisse des acquêts de communauté pour un total de 96 000 F, des biens propres pour 18 000 F et des meubles pour 19 439 F, à quoi il faudrait peut-être ajouter les biens propres de l'épouse décédée en 1838. Dans les acquêts il y a une forte proportion de biens nationaux, et ce notable figure sur la liste des six principaux propriétaires acquéreurs de domaines nationaux dans le département.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.

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Léonard Peyroche (1737-1815)

Léonard Peyroche
Limoges (Haute-Vienne) 14 mai 1737 - Saint-Quentin-de-Chabanais 16 avril 1815.

Fils aîné, semble-t-il, de Jean-Baptiste Peyroche du PuyGuichard, bourgeois et marchand de Limoges, et de Catherine Baillot du Queroix. La plus grosse fortune de notable recensée en Charente, dont l'origine et une part importante restent limousines. L'administration plaçait ce notable, en 1804, au deuxième rang des douze plus grosses cotes foncières et au cinquième rang des trente plus imposés du département, avec une contribution de 3 985 F. Mais l'inventaire après décès, en 1815, révélait une face cachée de la richesse, avec un actif mobilier de près de 1 100 000 F qui place l'intéressé en tête des fortunes personnelles de la Charente.

Léonard Peyroche était né et avait grandi dans la bourgeoisie qui exerçait des charges consulaires à Limoges au XVIIIe siècle. Son père, après avoir été colonel de la milice urbaine (charge passée ensuite au fils), était devenu consul. C'est en septembre 1779, devant notaires parisiens, que Léonard Peyroche faisait l'acquisition de la terre et du château de Pressac à Saint-Quentin près de Chabanais, pour une somme de 300 000 livres dont 200 000 payables sous six mois. C'est l'accumulation pendant plusieurs décennies de dettes et d'obligations hypothéquées qui avait conduit à l'aliénation de cette seigneurie appartenant à Marie-Gabrielle d'Abzac, veuve du marquis d'Allogny, remariée à Guillaume Chaignaud de La Gravière. Peyroche, l'acquéreur, se substituait à la débitrice défaillante dans le règlement des créanciers, avec des opérations jusqu'en 1785. Désormais il partage son temps entre Limoges et Saint-Quentin, où il est le nouveau seigneur de Pressac ; ses affaires le conduisent aussi à faire des voyages à Paris. En 1789, il est électeur de la noblesse d'Angoumois, sans que nous connaissions la procédure de son anoblissement, lié sans doute à l'acquisition d'une charge de secrétaire du roi.

Une chose est sûre, même s'il y a eu par la suite achats de biens nationaux, la fortune est antérieure à la Révolution, faite à Limoges, et la part immobilière se situe dans les deux départements de la Haute-Vienne et de la Charente. En l'an XI, le total des contributions (foncière et personnelle, sans patente) se monte à 6 175 F. La notice du notable de l'Empire, inscrit sur la liste des soixante, mentionne la qualité de "négociant et agriculteur" et relate qu'il aurait présidé l'administration du canton de Chabanais. Nous n'en voyons aucune trace ; par contre il a été l'agent de la commune de Saint-Quentin en l'an IV et V, le maire entre 1808 et 1813. Il est aussi, de 1800 à 1815, le président du canton électoral de Chabanais et membre du collège du département.

Marié avec Valérie Barbout des Courières, et divorcé en l'an VII à la demande de l'épouse, pour cause d'incompatibilité d'humeur et de caractère, il est resté sans héritier direct. La fortune est partagée suivant la volonté du donateur entre les descendants d'un frère et d'une soeur.

Marie-Anne Peyroche, fille d'un frère cadet décédé, reçoit en dot de son oncle en mars 1815, à son mariage avec Pierre-Hypolite Martin de La Bastide, de Limoges, et futur grand notable de la Haute-Vienne sous la Restauration, la part charentaise de la fortune ; c'est le point de départ d'une lignée de notables qui ont laissé des noms connus dans les annales charentaises au XIXe siècle et du XXe siècle : le lieutenant-colonel de La Bastide (1824-1904) et son fils le commandant de La Bastide (1866-1957).

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.

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Jean-Jacques Crevelier (1764-1818)

Jean-Jacques Crevelier
Confolens 25 avril 1764 - Aarau (Suisse) 9 février 1818.

Fils d'André, tisserand, et d'Anne Vergnaud. Elevé au collège de Poitiers aux frais d'un oncle prêtre, il refusa d'entrer dans les ordres et ouvrit une maison d'éducation privée en 1786. Un notable qui n'est pas fils de notable et sort du peuple. Il adopte à fond les idées de la Révolution et fonde à Confolens un Club des Amis de la Révolution. En 1791, il est élu administrateur du district de Confolens, puis membre du directoire. En septembre 1792, à La Rochefoucauld, il est dans un premier temps élu dernier député suppléant du département, mais Memineau ayant fait connaître qu'il refusait son mandat, l'assemblée électorale qui n'était pas encore dissoute procéda sur le champ à son remplacement en élisant Crevelier (8 septembre). A la Convention, il allait voter avec les Montagnards, dont il fut l'un des plus fermes soutiens ; en particulier il se prononça pour la mort du roi en ces termes : "Les attentats du tyran, voilé mes motifs. Je vote pour la mort et l'exécution du jugement dans les 24 heures". De Paris il adressait aux sans-culottes charentais des lettres d'engagement avec la formule : "Salut et vigueur permanente". Cependant, sur le plan local, il aurait contribué à faire libérer Memineau, détenu au château d'Angoulême. Aux élections de l'an IV, Crevelier ne fut pas repris parmi les 2/3 des sortants. Il devint alors commissaire du gouvernement auprès de l'administration municipale du canton de Confolens. Après Fructidor, un arrêté du directoire exécutif de Paris le faisait entrer en même temps que Desprez (Jean) à l'administration centrale du département (octobre 1797). A peine installé, il supplée le commissaire en titre Marvaud, et prononce des discours d'une teinte républicaine plus marquée, glorifiant le Dix-Huit Fructidor et invitant les administrateurs à faire respecter et appliquer les lois de sûreté publique de manière plus ferme et plus rigoureuse (voir son discours du 24 vendémiaire - 15 octobre 1797). Au bout de quelques semaines, son zèle s'apaise. En floréal an VI (mai 1798) Crevelier est élu représentant du peuple et il passe au Conseil des Cinq Cents. En Brumaire an VIII, il accepte le coup d'Etat et se rallie à Bonaparte ; "ses opinions s'adoucirent à tel point que le gouvernement de Bonaparte l'admit au Corps législatif" (Babaud-Laribière) . A ce moment il joue ou veut jouer un rôle important en Charente, multipliant les interventions et les recommandations lors de la mise en place de la nouvelle administration du Consulat, tant au niveau du département qu'à l'intérieur de l'arrondissement de Confolens. Lui-même devait rester au Corps législatif jusqu'en 1803. Il entretient alors avec le secrétaire général de la préfecture, Lavauzelle, une correspondance qui nous éclaire sur l'état d'esprit du département après la scission qui s'est faite chez les républicains : ceux qui ne pardonnent pas à Bonaparte le coup d'Etat, avec Dubois de Belle Garde, et ceux qui s'y sont ralliés.

A ce moment la carrière de Crevelier pose une énigme. En effet, à sa sortie du Corps législatif en 1803, il allait rester inemployé par le régime impérial jusqu'en 1814. Néanmoins, en 1808, le préfet l'avait ajouté à la liste des candidats possibles pour présider le collège électoral de l'arrondissement de Confolens, en quatrième position, avec cette mention : "Crevelier Jacques, négociant, pris hors du collège ; son attachement au gouvernement et les diverses fonctions qu'il a remplies depuis 89 ont déterminé le préfet à le proposer". Il est aussi membre du conseil municipal de Confolens (annuaire de 1812).

En 1815, pendant les Cent Jours, il joue un rôle ultime et éphémère, réagissant à la manière de beaucoup d'anciens républicains, tel Carnot ; il accepte de servir le régime au poste de sous-préfet de Confolens, où il se montre très actif. Atteint par la loi d'exil de 1816 contre les régicides, il se cache à Paris pendant un an avant d'être arrêté et conduit à la frontière belge.

Crevelier de Confolens et Desprez d'Angoulême ont beaucoup d'analogies : origine familiale humble, compensée par l'instruction et les circonstances favorables, maîtres d'école avant de servir la Révolution, itinéraire idéologique et politique identique, dans leurs interventions même discours au style ampoulé et abstrait et qui écorche l'éloquence ; la promotion de ces deux notables, sans antécédents ni fortune, préfigure longtemps à l'avance les réussites beaucoup plus nombreuses à compter de la IIIe République. Un descendant de Crevelier, inspecteur d'académie en Haute-Vienne, a publié en 1927 un roman où intervient son arrière-grand-père, le conventionnel.

De son mariage avec Marie Loudin, Crevelier avait eu un fils, Jean-Diogène ; et une fille, Hortense, qui alla en Suisse soigner son père dans les derniers mois de sa vie. La déclaration de succession en 1818 à Confolens indique : en mobilier, 4 000 F dont un fonds de boutique ; en immeubles, 15 875 F.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.

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Pierre Garnier de La Boissière (1755-1809)

Pierre Garnier de La Boissière
Chassiecq (Charente) 11 mars 1755 - Paris 14 avril 1809.

Fils aîné d'André Garnier du Bois, seigneur de La Boissière, écuyer, chevalier de Saint-Louis, et de Françoise de Salignac de La Maingoterie. Garnier est le patronyme d'une famille noble de la région de Ruffec, divisée au XVIIIe siècle en plusieurs branches, dont deux portent le titre de La Boissière. En 1789 il y a cinq électeurs Garnier dans la noblesse d'Angoumois.

Le général Pierre Garnier de La Boissière est, on peut le dire, le notable le plus distingué du département, avec une carrière militaire doublée de mandats politiques et comblée d'honneurs. C'est presque un notable national. Il est également représentatif de la situation d'une petite noblesse de province condamnée sans doute à végéter sous l'Ancien Régime dans l'armée royale, et qui, acceptant la Révolution, y trouve l'occasion d'une promotion rapide qui la mène au haut de la hiérarchie militaire, parallèlement à un changement de fortune et à une élévation sociale qui se répercutent sur les générations suivantes.

Reçu à l'Ecole royale militaire en octobre 1769, sous-lieutenant au Custine Dragons en juin 1772, ayant rang de capitaine à partir de 1799, affecté à l'armée du Rhin, chef d'escadron en août 1792, il se distingue au combat de Spire le 30 septembre 1792, faisant 300 prisonniers autrichiens à la tête de douze chasseurs de son régiment. Colonel en décembre 1792, faisant fonction de général de brigade à l'armée du Rhin en mai 1793, prisonnier de guerre des Prussiens en juillet 1794, échangé et libéré en avril 1795, général de brigade le 13 juin 1795, il est général de division le 23 février 1799 après être passé dans différentes armées : Rhin-et-Moselle, Allemagne, Angleterre, Mayence, Italie (il aurait joué un rôle important à la bataille de Novi), les Grisons... Inspecteur général de l'infanterie en 1801, inspecteur de la cavalerie en 1802, il est mis à la retraite en 1803. Deux blessures au cours de ses nombreuses campagnes.

Mais une autre carrière a commencé pour lui : en germinal an XI, il est nommé président du collège électoral du département de la Charente, qu'il présidera au moins deux fois, en l'an XI et en 1807 ; en même temps — curieux cumul - il préside le collège électoral du canton de Saint-Claud. Inscrit sur la liste des soixante. Sénateur le 25 août 1802, chambellan de l'Empereur en janvier 1805, pourvu d'une sénatorerie (Bourges) en 1804 ou 1805, grand officier de la Légion d'honneur en juin 1804, il est fait comte d'Empire par lettres patentes du 26 avril 1808. Doté de 20 000 F de rentes annuelles sur la Westphalie par décret du 10 mars 1808, il est désigné pour prendre le commandement de la cavalerie de l'armée du Rhin à Strasbourg en mars 1809, mais il meurt à Paris le 14 avril, à 54 ans. Il est inhumé au Panthéon.

Ce notable intervient beaucoup dans la vie administrative et politique du département après 1800, sa correspondance avec les autorités civiles en fait foi. Manifestement, il a du poids et de l'influence tant à Paris que dans le département, où il est le trait d'union entre l'Ancien Régime et les temps nouveaux. Sous le Consulat, le général intervient en faveur de l'amnistie des émigrés, dont son frère, militaire de l'armée royale comme lui, destitué en 1792, qui avait ensuite servi dans l'armée de Condé. Il avait aussi une soeur, veuve d'un vétéran des guerres de l'Ancien Régime, qu'elle avait suivi en Allemagne en 1792 et qui fut fusillé à Quiberon ; elle se remarie, en 1806, avec un ancien émigré confolentais, ayant combattu, lui aussi, dans l'armée des Princes.

De son mariage avec Marie-Eulalie Boissière, à Saint-Claud en 1790, sont nés quatre enfants dont deux aînés morts en bas âge. Le troisième, Jean-Frédéric (1796-1873), après une carrière militaire jusqu'en 1829, fait une carrière politique en Charente. Député entre 1839 et 1842, il se place dans l'opposition de gauche contre le ministère ; conseiller d'arrondissement, il était l'un des plus gros propriétaires du Confolentais et maître de forges. Il avait épousé Marie Blanchon, la fille d'un révolutionnaire modéré, Jean-François Blanchon (1763-1830), administrateur du département en 1790, député à la Législative en 1791, ensuite commissaire des guerres et pour finir commissaire ordonateur. Le comte de Laboissière, par sa femme, avait hérité d'un ensemble immobilier considérable à Chirac, avec le domaine de Lage (canton de Chabanais). En 1848, il est commissaire de la République à Angoulême et représentant à l'Assemblée constituante. Après 1849, retiré sur ses terres, il ne se rallia pas à l'Empire, malgré "ses souvenirs de famille et l'éducation de sa jeunesse". "Il représente ces grands seigneurs anglais qui mettent leur honneur à persévérer dans la ligne politique où ils sont entrés. On dirait un whig de la Chambre des Lords égaré parmi nous" (Babaud-Laribière, Lettres charentaises, 1865).

Le quatrième, Jean-Adolphe-Edouard (1800-1861), vicomte de Laboissière, épousait, lui, la petite-fille d'un conventionnel régicide de Confolens, Jean-François-Simon Chazaud.

Au décès du général de La Boissière, en 1809, les déclarations de succession, à Ruffec, Mansle et Saint-Claud donnent un total immobilier de 171 050 F, dans lequel les propres du défunt ne représentent que 37 500 F, le reste étant des acquêts de communauté de l'an VII à 1808. L'inventaire fait à Saint-Claud en juillet 1809 atteint 20 438 F en mobilier de toute sorte. Il faut y ajouter les propres de la veuve, décédée en 1830 (50 700 F). Au total une fortune de l'ordre de 250 000 F en Charente ; on est loin du statut du noble d'Ancien Régime, encore capitaine en 1790, au moment de son mariage ; une fortune qui s'est agrandie à marches forcées, surtout dans les dernières années, en mettant sans doute à profit les libéralités de l'Empereur vis-à-vis de ses généraux ; la contribution de 1 113 F en l'an XIII ne reflète plus la réalité.

François Garnier de La Boissière
Champagne-Mouton 26 septembre 1781 - Dresde (Allemagne) 15 septembre 1813.

Troisième fils d'André, écuyer, seigneur de La Boissière et de Fougère, et de Marie Rochette. Il s'agit de la branche aînée de La Boissière, alors que le général Pierre était issu d'une branche cadette. Le père, André (1744-1811), électeur de la noblesse en 1789, était un riche propriétaire établi à Ruffec. De ses trois fils, le second, Antoine, était déjà mort à l'armée du Rhin, en 1794, aide de camp du général Pierre son parent. Une fille, la dernière, épousa le général Pierre Brumault de Villeneuve.

François débuta en 1801 comme surnuméraire près la commission ordinaire de la première division militaire. En août 1803, enrôlé au deuxième régiment de chasseurs à cheval, tour à tour brigadier et maréchal des logis, sous-lieutenant en 1804, lieutenant en 1806 et désormais aide de camp du maréchal Ney, avec le grade de capitaine en 1807, il est chef d'escadron en 1810, et colonel en 1812, pendant la campagne de Russie. Général de brigade en janvier 1813, baron de l'Empire, l'un des commandants des Gardes d'honneur, il reçoit le commandement de la cavalerie légère au troisième corps de la Grande Armée en mars 1813. Blessé le 20 mai 1813 à la bataille de Bautzen, il a reçu la visite du chirurgien Larrey, envoyé par l'Empereur. Il est fait officier de la Légion d'honneur le 10 août 1813. Il meurt des suites de ses blessures à Dresde. Un militaire de l'épopée napoléonienne, mort à 32 ans à peine. Célibataire, il avait hérité du tiers des biens de son père qui représentaient une valeur globale de 60 398 F dans le canton de Ruffec, et de 24 850 F à Champagne-Mouton.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.

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Alexandre-René-Gabriel Terrasson de Montleau (1773-1842)

Terrasson de Montleau (Alexandre-René-Gabriel)
Angoulême 13 mai 1773 - Saint-Estèphe 6 septembre 1842.

Fila de Jean, chevalier, seigneur en partie de La Motte-Montleau, et de Julie-Françoise de Terrasson de Verneuil. Un notable issu de la noblesse d'Ancien Régime, qui a commencé son ascension dans les dernières années de l'Empire, grâce au préfet Boissy d'Anglas, pour la poursuivre sous la Restauration. Il ne faut pas le confondre avec René-Cyprien-Cabriel Terrasson de Montleau, son contemporain et son cousin d'une autre lignée, celle des seigneurs d'Ardenne-en-Moulidars et Tourteron à Saint-Simeux. Tous les deux étaient d'anciens émigrés amnistiés à peu près en même temps en l'an X, mais René-Cyprien-Gabriel, à la différence de notre notable, ne semble pas avoir joué de rôle public.

Alexandre-René-Gabriel avait été page de la chambre du roi Louis XVI, enseigne au régiment des gardes françaises en 1789, émigré en 1790, officier dans l'armée des Princes, rentré en l'an IX ; il restait sous la surveillance de l'administration. En l'an IX, il se mariait en Dordogne avec Françoise-Victoire-Henriette d'Arlot de Cumont, dont il a eu un fils unique, Joseph-Adrien, né à Angoulême en l'an X. Il figure sur les listes de propositions de l'administration préfectorale à compter de 1812 : ainsi, troisième candidat présenté pour présider le canton électoral d'Angoulême avec la mention : "Agriculteur distingué, grande influence, dix mille francs de revenus". La même année, il remplace Maulde de L'Oisellerie décédé, au Conseil général du département, qu'il présidera plus tard sous la Restauration. Il figure (n° 23) sur la liste des soixante-douze personnes les plus marquantes établie en juillet 1812. Adjoint au maire de Saint-Estèphe en 1812, il en est le maire de 1815 à 1824. Il y possède un bien propre, provenant d'un échange fait en l'an XIII contre une maison à Angoulême. En 1822, il se présente à la députation dans le collège du département ; il est battu par Descordes, mais par contre il est élu en 1824 dans le même collège. En 1827, il démissionnera pour raisons de santé. En fait ce pur royaliste, ne ménageait pas ses critiques au gouvernement ; d'une rude franchise, il s'appelait luimême "paysan du Danube". Le préfet essaya en vain de le faire revenir sur sa décision en lui faisant des promesses alléchantes.

Sur les listes du suffrage censitaire, il figure pour un chiffre supérieur à 1 000 F sous la Restauration, et légèrement inférieur après 1830. La déclaration de succession en mars 1843 indique un capital de 45 320 F, correspondant à son domaine des Andreaux de Saint-Estèphe, et un mobilier de 2 200 F. A quoi il faut ajouter les biens propres de sa femme, en Dordogne, qui figurent pour un cens de 862 F (en 1834) sur les mêmes listes censitaires. Pendant la Révolution, les parents Terrasson de Montleau avaient été en état de détention dans leur maison de Beaulieu, puis le père avait été détenu à la maison des Carmélites. D'après la déclaration fournie en l'an VI, en tant que père d'un enfant émigré, la fortune de la famille semble avoir été plus considérable avant les événements de 1789 : l'ensemble des biens, meubles et immeubles approchant de 200 000 F d'après l'estimation du père qui insiste, il est vrai pour les besoins de sa cause, sur la dégradation de sa fortune qui se situait dans plusieurs cantons du département de la Charente et aussi en Vendée.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.

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Jean Descravayat de Belat (1733-1819)

Jean Descravayat de Belat
Roussines 26 septembre 1733 - Angoulême 10 décembre 1819.

Fils de Jean Descravayat, seigneur de Belat, et de dame Françoise Corderoy. Rien ne semblait prédestiner cet ancien lieutenant de vaisseau, chevalier de Saint-Louis, un homme de l'Ancien Régime, victime de la Révolution, n'ayant jamais exercé le moindre mandat politique ou administratif, à devenir en 1804 le maire d'Angoulême. C'est la nomination la plus insolite de Bonaparte, et la gestion de ce notable à la tête de la première ville du département devait se révéler sur neuf années, jusqu'en 1813, comme la meilleure après les changements fréquents et l'instabilité qui duraient depuis 1790.

Les difficultés financières de la famille de Belat avaient commencé à la génération précédente, vers 1760, et après la mort des parents l'ensemble des biens était resté dans l' indivision entre Jean Des cravayat et ses soeurs, au nombre de trois, auxquelles le frère devait verser des pensions viagères. D'autre part, Jean Des cravayat et sa femme, à partir de 1770, avaient fait des emprunts importants pour acheter le domaine de Balzac près d'Angoulême, en exerçant le retrait lignager sur le comte de Broglie, acquéreur de cette seigneurie ; quelques années plus tard c'était l'acquisition d'un terrain à bâtir, à Angoulême, dans le nouveau quartier d'Artois établi par l'ingénieur Hunier au sud de la vieille ville à la veille de la Révolution. Il y faisait construire un hôtel particulier ayant façade sur la rue d ' Iéna et sur celle qui porte le nom de Belat, juste à l'intersection des deux voies.

La Révolution apporte les ennuis ; à compter de l'an II Des cravayat est soumis à l' inventaire et séquestre de ses biens du fait que son fils cadet, dont il est séparé depuis 1788, est considéré comme émigré. En l'an III il est incarcéré pendant plusieurs mois à Angoulême avant d'être libéré le 14 frimaire an III (4 décembre 1794). En l'an V, Descravayat doit, à cause du séquestre, sortir de l'indivision avec ses trois soeurs, et en l'an VI il s'agit, en exécution des lois sur le partage avec la nation, de verser & l'Etat l'équivalent de la part d'héritage du fils émigré. En vendémiaire an VIII (septembre 1799) Descravayat de Belat est toujours un suspect politique et subit une visite domiciliaire de la part de l'administration municipale. En prairial an X (juin 1802), le père demande à faire bénéficier son fils émigré de l'amnistie accordée à l'occasion de la paix d'Amiens, demande restée sans suite.

En mars 1804, le maire Souchet démissionne, et un arrêté de Bonaparte du 28 germinal an Xll (18 avril 1804) nomme Descravayat à sa place. L'un des premiers actes du conseil municipal présidé par de Belat est de voter une adresse au Premier Consul en faveur de l'établissement de l'Empire, et le maire est nommé à la tête d'une délégation chargée de porter ce voeu à Paris. Désormais les décisions d'une gestion municipale consciencieuse et continue vont se multiplier. Les questions politiques ne sont plus du ressort de la municipalité, sauf à honorer le pouvoir en place.

C'est plutôt le pouvoir par l'intermédiaire du préfet, qui intervient dans les affaires de la ville. Voici les grandes réalisations de l'administration de Belat : liquidation du remboursement des offices municipaux de l'Ancien Régime non encore définitivement réglés ; achat des bâtiments des Jacobins pour y installer les services administratifs municipaux ; mise en place de la première bibliothèque communale avec les livres des anciens couvents et des bibliothèques privées d'émigrés ; installation d'un internat à l'école secondaire qui a remplacé l'école centrale ; tentatives sans succés pour obtenir un lycée ; travaux d'urbanisme : réparation des remparts et des portes, amélioration des communications entre la ville et les faubourgs et en particulier aménagement de la partie allant de la porte Saint-Pierre à la route de Bordeaux, ouverture de nouvelles rues dans les anciens terrains du château... Avec le maire de Belat, les budgets annuels sont proposés, examinés et arrêtés, ce dont il n'y a pas de trace avec les précédesseurs.

Lors du renouvellement administratif de 1807, de Belat est reconduit avec l'appréciation du préfet : "A des talents, de la bonne volonté mais accablé d'infirmités, suite de son grand âge. Très estimable". En juin 1807 le préfet le propose même parmi les trois candidats qu'il doit présenter pour présider le collège électoral du département. Il n'en sera pas de même en 1812 avec le préfet Boissy d'Anglas, qui demande le remplacement du maire octogénaire, sourd et infirme, et de son premier adjoint Cratereau aîné, atteint lui par la goutte qui l'empêche de sortir de chez lui, et auquel il reproche l'insuffisance de ses facultés intellectuelles. Le préfet propose comme premier candidat Pierre Lambert des Andreaux, qui sera nommé à la place de Belat et prendra ses fonctions en mai 1813. Lors de l'installation du nouveau maire, le préfet, dans son discours, n'aura aucun égard pour le partant, sauf pour dire son "juste espoir de voir bientôt rendu à toute sa dignité une magistrature dont jusqu'ici on a méconnu l'importance !" Par contre Lambert et la commission municipale chargée de vérifier la gestion des sortants sauront rendre hommage à la qualité de leur administration.

Aucun des cinq enfants de Belat n'a laissé de descendance, et la famille s'est définitivement éteinte en 1849.

Les déclarations de succession faites en 1820, après le décès du père indiquent un montant global immobilier de 48 000 F tant à Angoulême qu'à Roussines où se trouvait le domaine de Belat. Plus 10 800 F en meubles à Angoulême. Il n'est plus fait mention du domaine de Balzac, qui semble avoir été aliéné à la fin du Directoire pour liquider l'énorme passif qui résultait des dettes et obligations de toutes sortes, à quoi s'ajoutait alors le prélèvement de la nation.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.

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