22 février 2021

La chasse à courre en Braconne

Les Charentes peuvent au point de vue de la chasse, être considérées comme une annexe du Poitou. Nous avons cité le Comte de St-Légier chassant à Chizé ; nous trouvons non loin de lui M. de Corderoy du Tiers, à Confolens, qui chasse le loup avcc un bon équipage de vingt-cinq bâtards.

MM. Edgard et Henri de Lassé, habitant aux environs de Ruffec réunissent leur meute de bâtards à celle de M. Nebout, veneur poitevin pour chasser loups et renards. Ils découplent ensemble de vingt à trente chiens.

En nous avançant dans la direction du Limousin, voici la Vénerie Charentaise, dans la belle forêt de la Braconne. C'est un vaste massif de 4500 hectares, entre Angoulême et La Rochefoucauld, composé de futaies et de taillis de chêne, assez bien percé, mais accidenté et dont les chemins, établis sur le rocher, sont très-durs. On y remarque un phénomène naturel des plus curieux : par suite de bouleversements géologiques, la roche calcaire du sous-sol présente des excavations de profondeur inconnue, telles que la Grande Fosse, la Fosse Mobile, auxquelles s'attachent naturellement les plus terrifiantes légendes.

C'est dans des fissures de ce genre que se perdent les deux rivières dites infernales, le Bandiat et le Tardoire qui arrosent une partie de la forêt. Elles reparaissent en bouillonnant à 12 kilomètres à l'Ouest et donnent naissance à la Touvre qui a immédiatement 80 mètres de large et porte bateau.

La Braconne a été peuplée de cerfs pris à Compiègne en 1868 ; les animaux sont de belle race, très vigoureux, souvent terribles â l'hallali. La chasse a été affermée par la Vénerie Charentaise, dont le président est M. Joseph de Villemandy de la Mesnière, lieutenant de louveterie.

Les trois équipages associés, composés uniformément de bâtards vendéens, sont :

1° Celui de M. Victor Roux de Reilhac, au château du Châtelard — 20 chiens ; 2° Celui de MM. J. de Villemandy, de la Mesnière, au château du Gazon et Charles Dubouché, au Château-Rocher — 25 chiens ; 3° Celui du vicomte Guillaume de Dampierre, lieutenant de louveterie, au château de Nieuil — 20 chiens.

Le premier de ces équipages est déjà fort ancien: les deux autres datent de 1883. M. Victor de Roux de Reilhac, qui vient de mourir à la fin de la saison, était un veneur consommé et de longue expérience ; à près de 80 ans, il ne manquait jamais une prise, donnant à tous l'exemple de l'ardeur, de l'entrain, de la bonne humeur, faisant revivre ainsi les traditions de l'ancienne vénerie française.

Le jeune président de la Société est d'une intrépidité à toute épreuve ; sans cesse à la queue des chiens, même dans les passages les plus difficiles.

En veut-on un exemples entre bien d'autres ?

Après s'être fait battre dans diverses enceintes, le cerf avait pris son parti sur la forêt de Boixe, l'avait traversée dans toute sa longueur ; puis prenant l'eau à Rehoisy, traversant la Charente, franchissant les murs du parc de Verteuil, il était venu se mettre encore à l'eau à Ruffec ; après ce délacher de plus de cinquante kilomètres, il ne restait en chasse que cinq chiens qui noyèrent l'animal ; M. de Villemandy ne les avait pas abandonnés un instant et l'hallali était pour lui un vrai triomphe.

Parmi les veneurs suivant le plus fidèlement les chasses, il faut citer MM. Yrieix de James, du Jonchay, de Laurière, de Matet, de Montarby, Rizat, de Verneilh et plusieurs officiers des garnisons voisines MM. de Vésian, le gentleman-rider bien connu, de Loisy, René de Villemandy.

La Vénerie Charentaise prend de quinze à vingt cerfs en Braconne, avec des durées de chasse de trois à quatre heures. Pendant les premiers mois de la saison, elle chasse aussi le loup non seulement en Braconne mais dans les forêts voisines de Bel-Air, des Quatre-Vents et de la Boixe : en moyenne elle prend quinze louvards.

Tenue : habit rouge avec parements grenat. Le bouton est d'or et porte un sanglier à l'hallali au dessus duquel se lit sur une banderolle la devise : Hallali-Charente.

Source : La vénerie moderne, de Léon de Jaquier.

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03 février 2021

L'hiver de 1709

Relation de Léonard Blanchier, maître chirurgien à Bouëx.

« Ce grand froit commansa le 6e de janvier aud. an 1709. La foire le landemain se tient à Marthon. On fut obligé de se retirer ce jour-là tant le froid estoit vif. Le 9e dud. mois la neige commansa à tomber et continua pandant 4 jours a plusieurs reprises quy la randit sy épaisse qu'on ne pouvoit sortir hors de chez soy. Elle étoit aussy haute en plusieurs endroits que les maisons.

Sans cette neige il ne se seroit pas conservė d'aucune chose sur la terre, sa n'empescha pas que tous nos nouyers, chastaigners et presque tous autres arbres en sont morts par la grande gellée qu'il fesoit. On entendoit lesdits harbres se fandre par moitié quy faisoit du bruit comme un cout de mousquet. Ceste gellée étoit si grande qu'on ne pouvoit rien garantir quy ne gella, jusque au linceux ou l'on étoit couché dans l'endroit ou alloit la respiration. Les pots a pisser des dames n'en étoit pas plus ézant que le reste; pour tirer du vin falloit faire rougir un fer et l'insinuer dans l'endroit ou l'on tiroit le vin et encore venoit il goutte a goutte.

L'on ne sçauroit dire combien il s'en est perdu de barriques; aux unes les fonds fendoit par moytyé et se jettoit hors des barriques, aux autres il ne restoit rien que de la glasse dans les barriques. Pour couper du pain il falloit un acheraud; point d'aparanse de le faire lever et de manger de pain pandant ce temps de rigueur. Chose qu'on a observé, en faisant routir de la viande aupres d'un gros feu, l'on metoit de l'eau dans la casse, tout le dernier venoit en glasse dans le commancement.

Plusieurs personnes de ma connoissance on péry et sont morts estant dehors, ne pouvant s'en retourner chez eux ; aussy tost qu'on respiroit l'air on étoit glacé, il estoit impossible de pouvoir resister a de long voyages.

Je n'aurois jamais finy syl me falloit raportér tous les malheurs quy ont arrivé par cette maudite gellée. Je me contanteray de raporter seulement icy qu'a la récolte de 1708 le froment mesure de Marthon ne valloit que 18 à 20 l. La plupart des artisans et presque tous ne vouloit point de grosaille, le fromant avoit vogue et encore avoit on de la peine a le debiter.

Le prix du vin n'étoit pas moins a bon marché que le blé cette mesme année et quelques unes precedentes, puisque j'en donna a 50 l. la barrique. Tout le monde vouloit de bon vin. Ce quy obligéoit... (manque un feuillet)... d'estre appelé vin, et encore il ny en a pas presque eu dutout, il n'a ny couleur ny aucun goust que celui de ne valoir rien. Cepandant je l'ay vandu 50 l. la barrique. Dieu nous fasse la grasse qu'il nous répande ses benedictions, et que la recolte prochaine, qui est de 1710, console le pauvre peuple ; presque tous sont à la mendicité et meurent de faim. Nous sommes accablés par l'abondance des pauvres du Limouzin quy ont tous abandonnés leur pays, les chastaigners estant tous gellés aussy bien que les nostres. Je ne sçaurois vous dire autre chose que presque tous sont à laumone et partout l'on ne voit que misere et pauvreté. Sans une abondance de blé despaigne et de milliet qu'on sémat voyant tous nos grands bleds gellés, le peuple n'auroit sçeu de quoy se nourrir, le peu de fromant quy avoit resté les brouillards les dissiperent et firent venir le grain a rien tout mêlé. »

Source : Le docteur Nelson-Pautier, maire d'Aigre en 1888.

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27 janvier 2021

Lettre de Saint-Fief

Lettre de Saint-Fief*** à un autre officier, en date du 21 juillet 1789 :

« Monsieur et cher camarade,

La liberté triomphe, les tirans sont confondus, j’en frémis de plaisir. Vous savez ce qui s’est passé à Paris, voicy ce qui s’est passé icy…

… Mille deux cents jeunes gens se firent inscrire pour former un corps de cavalerie. Ils se portèrent en foule mais en ordre au château qu’ils prirent sans résistance, mais malgré le refus du commandant les salles d’armes et magasins leur furent livrés. Cependant le régiment de Rohan faisoit relever les postes et restoit dans des casernes gardées par les officiers qui craignoient que leurs soldats ne joinissent les bourgeois. On recevoit des courriers de l’Oriant, d’Angers, de Rennes qui apprenoient le bouleversement de ces villes… enfin arrive la nouvelle de la prise des Invalides et de la Bastille. Le courage en augmente, dix mille hommes jeunes et vaillants se présentent pour monter la garde, on n’en admet que quinze cents par jour.

On reçoit une lettre de M. de Villedieul apporté par un courrier du cabinet, cette lettre annonçait la pacification de Paris, la cessation des troubles, la retraite des troupes, on ne veut pas y ajouter foi, on regarde cette manœuvre comme le complément de la perfidie des ministres… Le lendemain on ne peut plus avoir de doute, la joie est dans les yeux, mais la ville ne désarme pas, elle veut se garder elle-même. J’ignore comme on s’est conduit ailleurs, mais si cette contrée eut été de salpetre elle n’eut pas été plus vite enflamée.

Je croyois vous envoyer une lettre de trois pages mais il faut l’allonger. Comme je quitois la plume, j’entends crier, aux armes aux armes, nous sommes trahis, fermez vos boutiques : je mets la tête à la fenestre, on me dit que deux régiments de dragons tombent sur la ville. J’entends sonner le tocsin, battre la généralle, je cours au château : j’y entre malgré la foule, l’intérieur étoit rempli d’hommes armés, 5 000 fusils de 77 fabriqués à Maubeuge dispersés dans les mains les plus maladroites… je m’informe du commandant, on me dit qu’il est pris ainsi que l’aide major, qu’on a eu toutes les peines à l’arracher à la fureur du peuple et que le poignard est sans cesse sous sa gorge pret a le frapper.

Je sors du château… la rage est dans les yeux, les imprécations dans les bouches, je n’entends que les mots de mort, d’exterminer, autant mourir aujourd’hui que demain, imitons les parisiens préférons la mort à la servitude. Cependant on court du côté des ponts par où les troupes devoient arriver, trois cents jeunes gens des premières maisons de commerce très bien montés, les traversent au grand trot, le sabre à la main. Des pioniers et des charpentiers marchent pour couper la chaussée et les ponts s’il étoit nécessaire… (finalement les cavaliers annoncent que l’alerte est fausse) tout rentre dans l’ordre ne criant vive le roi, vive la liberté. »

De tels spectacles éllevent l’homme et décuplent les forces. L’Europe doit voir avec ettonement et admiration l’énergie des françois et le mois de juillet 1789 sera à jamais célébré dans nos fastes. »

***Charles-Barthélemy de Saint-Fief (1752-1841), natif de Salmagne (Meuse) général de brigade (1793), marié dans l'église de Pleuville avec Marie Duverrier de Boulzat (1794), agent municipal de la commune de Pleuville (1795), décédé à Poitiers (Vienne).

Source : Carrier et la Terreur nantaise, de Jean-Joël Brégeon.

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Campagne d'Égypte

Récit de la campagne d'Égypte entre mai 1798 à août 1801, du point de vue de la 4e demi-brigade d'infanterie légère, chef de brigade Mathieu Lacroix (1761 La Rochefoucauld-1822 Angoulême) à la fin de la campagne.

La 4e demi-légère resta cantonnée à Bassano du mois d'avril au mois d'octobre 1797 ; en décembre elle est à Vicence d'on elle part le 10 janvier 1798 pour aller faire partie de l'armée d'Angleterre. Mais elle reçut contre-ordre en route, et en février elle figure sur les états de situation comme tenant garnison à Pavie ; elle passe ensuite en Corse et le 29 mars elle est à Bastia à l'effectif de 1,219 hommes, dans la 23e division militaire.

Désignée pour faire partie de l'expédition d'Égypte, elle fut embarquée et la flotte mit à la voile le 15 mai. Le 11 juin, le corps expéditionnaire était devant Malte, et la 4e demi-légère débarquée la première à la côte de Saint-Julien repousse daus la place 600 hommes de troupes maltaises.

Embarquée à nouveau le 14 juin à Saint-Paulen, elle est placée dans la brigade Marmont de la division Bon.

Le 25 juin la flotte française est en vue de l'île de Candie.

Le lieutenant Ledku se distingua particulièrement dans un combat qui eut lieu sur le passage de la cite méridionale de cette ile contre un vaisseau de ligne anglais : pendant l'action, le feu s'étant manifesté à bord du vaisseau l'Indivisible par l'explosion de deux gargousses, cet officier arrêta ceux qui s'enfuyaient par crainte d'une seconde explosion et les forca à éteindre le feu, leur donnant lui-même l'exemple et se jetant le premier au-devant du danger.

Prise d'Alexandrie (2 juillet 1798). — Le 30 juin la flotte française est devant Alexandrie et Bonaparte donne l'ordre de débarquement le 16 juillet au soir.

Débarquée une des premières, la 4demi-légère reçoit l'ordre de prendre position à une lieue de la ville sur la route de Bedha.

A 3 heures du matin Bonaparte passe devant le front des troupes débarquées dont la force était de 4,000 hommes; ce nombre lui parut suffisant pour attaquer Alexandrie dont la possession était de la plus grande importance pour l'armée.

Le général Bon prit la droite, Kléber le centre et Menou côtoya la mer. Ces trois colonnes marchaient à la même hauteur lorsque, arrivées à deux portées de fusil de l'enceinte des Arabes, elles se séparèrent; chacune d'elles se dirigea sur le point d'attaque qui lui fut désigné par le général en chef.

La division Bon atteignit bientôt la porte de Rosette qui est enfoncée par les sapeurs de la 4e demi-légère. Les murs sont couverts de Français qui se répandent dans la ville; les Arabes fuient de tous côtés et la terreur est générale.

Quelques heures après la ville est à nous.

Marche sur le Caire. — Bataille de Chebreiss (13 juillet). — L'armée partit d'Alexandrie les 6 et 7 juillet et se dirigea sur le Caire : elle avait 15 lieues de désert à traverser pour atteindre Damanhour.

Le spectacle des troupes à leur départ avait quelque chose de pittoresque; on y voyait des généraux montés sur des chevaux français, richement équipés et à côté d'eux des chameaux hideux portant d'énormes charges, des ânes, des mulets chargés d'eau, des moutons conduits par des soldats pour être tués et mangés dans le désert: beaucoup d'officiers étaient montés sur des ânes.

Le 8 juillet, la 4o demi-légère arrive à Damanhour. Pendant toute la route elle avait été en proie à une soif dévorante, car les puits avaient été comblés par les Arabes qui harcelaient nos hommes brûlés par l'ardeur du soleil.

Pendant le voyage, un aigle ayant attaqué un mouton de notre caravane a été attaqué lui-même par un soldat qui s'est bientôt vu entourer par beaucoup d'autres aigles; des soldats accourent et il s'est engagé un véritable combat entre les militaires et les animaux, ceux-ci n'ont lâché prise qu'après des décharges réitérées de mousqueterie.

Le 9 juillet, l'armée atteint le Nil et Rahmanié où elle séjourne le 10 et le 11; dans la nuit du 12 elle part pour Miniet-Solanié où elle couche, et le 13, avant le jour, elle se met en marche pour livrer bataille aux Arabes.

Ceux-ci étaient rangés en avant de Chebreiss; chaque division française forme aussitôt un carré avec l'artillerie aux angles. Les Mamelucks s'ébranlent en masse, mais malgré leur bravoure, ils viennent s'écraser sur nos baïonnettes et presque tous sont tués par la mousqueterie.

L’armée française continue sa marche sur le Caire et le 19 juillet Bonaparte apprend à Omm-el-Dimar que Mourad-Bey, à la tête de 6,000 Mamelucks et d'une foule d'Arabes et de Fellâhs, est retranché au village d'Embabé vis-à-vis Boulac; il attend les Français pour les combattre.

Bataille des Pyramides (21 juillet). — Le 20 juillet, à 2 heures du matin, la division Desaix qui était en avant-garde aperçoit un corps d'environ 600 Mamelucks qui se replient aussitôt. A 2 heures de l'après-midi, l'armée arrive aux villages d'Ébrerach et de Boutis, à 3 lieues d'Embabé.

La chaleur était brûlante, le soldat extrêmement fatigué;, Bonaparte fait faire halte; mais les Mamelucks n'ont pas plus tôt aperçu l'armée, qu'ils se forment en avant de sa droite dans la plaine. Un spectacle aussi imposant n'avait point encore frappé les regards des Français; la cavalerie des Mamelucks était couverte d'armes étincelantes. On voyait en arrière de sa gauche ces fameuses pyramides dont la masse indestructible a survécu à tant d'empires et brave depuis trente siècles les outrages des temps. Derrière sa droite étaient le Nil, le Caire, le Mokattan et les champs de l'antique Memphis. Mille souvenirs se réveillent à la vue de ces plaines où le sort des armes a tant de fois changé la destinée des empires.

Les Mamelucks s'ébranlent et se précipitent avec impétuosité sur les carrés des divisions Desaix et Régnier qui formaient la droite.

Pendant que ces divisions repoussaient avec succès cet assaut furieux, les divisions Bon et Menou soutenues par la division Kléber marchaient au pas de charge sur le village retranché d'Embabé, la clef de la position.

Le général Marmont à la tête d'un bataillon de la 4e demi-légère, et le général Rampon avec un bataillon de sa brigade sont détachés avec ordre de tourner le village et de profiter d'un fossé profond pour se mettre à couvert de la cavalerie ennemie et lui dérober leurs mouvements jusqu'au Nil.

Il est six heures du soir : les Mamelucks viennent d'être dispersés à Bechtyl, laissant la terre couverte de leurs morts; nos carrés reprennent partout l'offensive.

Une colonne détachée de la division Bon et conduite par le brave général Rampon, attaque les retranchements et s'en empare ainsi que des pièces qui les défendent. Le carré s'est formé : les Mamelucks le pressent de tous côtés, l'attaquent avec furie et viennent expirer en grand nombre sous les baïonnettes de nos soldats. Le désordre est au comble; à gauche il est augmenté par l'explosion d'un baril de poudre. Les Mamelucks veulent fuir dans la direction des Pyramides; mais le général Marmont avec un bataillon de la 4e demi-légère commandé par le chef de bataillon Delzons placé à gauche du géneral Dugua et soutenu par ce dernier s'étend le long du canal jusqu'au fleuve, reçoit l'ennemi à bout portant, en fait un grand carnage et le force à se précipiter dans le Nil.

Quinze cents Mamelucks à cheval et autant de fellà hs, auxquels les généraux Marmont et Rampon ont coupé toute retraite en tournant Embabé, et prenant une position retranchée derrière un fossé qui joignait le Nil, font en vain des prodiges de valeur; aucun d'eux ne veut se rendre, aucun d'eux n'échappe à la fureur du soldat; ils sont tous passés au fil de l'épée ou noyés dans le Nil. Quarante pièces de canon, 400 chameaus, les bagages et les vivres de l'ennemi tombent entre les mains du vainqueur .

Pendant la lutte corps à corps, le sergent Cumin entouré de plusieurs Mamelucks en tue un, en blesse deux et met les autres en fuite.

Récompenses accordées à la 4e demi-légère après la bataille des Pyramides. — Après l'action, le chef de brigade Destaing de la 4e demi-légère est nommé général de brigade sur le champ de bataille; le chef de bataillon Delzons est nommé chef de brigade et le remplace à la tête de la 4e.

Le capitaine Ducouret est proposé pour chef de bataillon et normé peu de temps après.

Les lieutenants Degouth et Gillet sont nommés capitaines pour action d'éclat.

L'adjudant Angelarge est nommé lieutenant; le caporal Angelarge est nommé sergent; les carabiniers Savarrans, Chibret et Guiguard sont nommés caporaus.

Entrée au Caire. — Le 25 juillet Bonaparte porte son quartier général au Caire; les divisions Régnier et Menou prennent position au vieux Caire, les divisions Bon et Kléber à Boulac.

Mouvement de la 4e demi-légère jusqu'à l'expédition de Syrie. — La 4e demi-légère reste au Caire jusqu'au 17 août; elle est alors envoyée à Rosette avec une pièce de canon sous le commandement du général Marmont, pour observer les mouvements des Anglais. Le 22 octobre elle est à Romanieh et en novembre à Alexandrie où elle se tient prête à former une ou plusieurs colonnes mobiles.

Le 17 décembre, le général Menou reçoit l'ordre d'envoyer les 2 premiers bataillons de la 4e demi-légère à Damanhour avec 2 pièces de canon pour mettre l'adjudant général Le Turcq, à même de contenir les Arabes; le 3e bataillon reste à Alexandrie avec le général Marmont.

La situation détaillée du corps à la fin de janvier était la suivante :

A Damanhour, sous le commandement du général Menou, les 1er et 2o bataillons comprenant 34 officiers et 505 hommes; ces 2 bataillons ont 54 hommes aux hôpitaux; 203 hommes sont détachés dans la province avec la pièce de 3 pour la rentrée des contributions; cartouches existant: 25,600.

A Alexandrie, sous les ordres du général Marmont, le 3e bataillon à l'effectif de 30 officiers et 308 hommes; cartouches existant : 14,000

Telle était la situation de la 4e demi-légère lors de la formation du corps expéditionnaire de Syrie.

Les 2 bataillons qui se trouvaient à Damanhour rejoignirent la division Bon au Caire, mais le 1er bataillon reçut l'ordre de partir pour Damiette où il se trouva sous les ordres du général Almeras.

Le 2e bataillon de la 4e demi-légère seul fit partie de la division Bon pendant l'expédition de Syrie.

En somme, le 17 février, les trois bataillons de la 4e demilégère étaient ainsi répartis :

1er bataillon, à Damiette; 2e bataillon, sous les murs d'El'Argch; 3e bataillon, à Alexandrie.

Expédition de Syrie. — Sièges de Jaffa et de Saint-Jeand'Acre. — Le 2e bataillon de la 4e demi-légère prit part au blocus du fort d’El’Argch et assista à la reddition de la garnison le 20 février.

Après avoir traversé soixante lieues du désert le plus aride, l'armée arrive devant Ghazah et part le 28 février pour la ville de Jaffa devant laquelle l'avant-garde paraît le 3 mars.

Prise de Jaffa (7 mars 1799). — Pendant que la division Kléber va couvrir le siège de Jaffa à 2 lieues sur la route d'Acre, les divisions Bon et Lannes font l'investissement de la place.

Le 4, on fait la reconnaissance de la ville entourée de murailles et flanquée de bonnes tours avec du canon.

Le sergent-major Deschamps, de la 4o demi-légère, fut chargé par le général Caffarelli d'une mission périlleuse sous les murs de Jaffa; il reçut deux coups de feu, l'un au bras droit et l'autre au travers du corps; malgré ses blessures, il s'acquitta de sa mission de la manière la plus satisfaisante.

Dans la nuit du 4 au 5, la tranchée est ouverte et on continue les travaux le 5 et le 6, après avoir repoussé deux sorties de l'ennemi.

Le 6, la brèche est jugée praticable à 4 heures du soir.

Le bruit se répand que la division Bon, chargée d'inquiéter la garnison du côté du port, a trouvé un moyen de pénétrer dans la place et fait les plus grands efforts pour s'y maintenir. Ce bruit se confirme bientôt: à l'instant même les troupes de la division Lannes, chargées de l'attaque principale, s'élancent à la brèche, la franchissent, culbutent l'ennemi, pénètrent dans la ville et se réunissent bientôt aux troupes de la division Bon qui de leur côté ont fait des prodiges de valeur, ayant eu à combattre la majeure partie des forces de la garnison réunies contre leurs efforts'.

Le capitaine Degouth, de la 4e demi-légère, monta un des premiers à l'assaut de Jaffa.

Le 14 mars, la division Bon continue sa route vers Acre; le 15, elle bivouaque à la tour de Zeta, à une lieue de Korsoum; le 16, à Sabarin, au débouché des gorges du mont Carmel. Le 17, l'armée marche sur Saint-Jean-d'Acre.

Les chemins étaient très mauvais, le temps très brumeux, l'armée n'arrive que très tard à l'embouchure de la rivière d'Acre, qui coule à quinze cents toises de la place dans un fond marécageux.

Ce passage était d'autant plus dangereux à tenter de nuit, que l'ennemi avait fait paraitre sur la rive opposée des tirailleurs d'infanterie et de cavalerie. Cependant le général Andréossy fut chargé de reconnaitre des gués; il passa avec le second bataillon de la 4e d'infanterie légère et s'empara, à l'entrée de la nuit, de la hauteur du camp retranché.

Siège de Saint-Jean-d'Acre (du 18 mars au 24 avril 1799). — Nous n'entrons pas dans les détails techniques de ce siège pénible qui devait se terminer par la retraite de l'armée française, exténuée de fatigues et décimée par la peste; nous signalons seulement quelques faits intéressants et les actions d'éclat relevées sur les états de service des braves de la 4e demi-légère.

Notre artillerie manquait de munitions; les Anglais prodiguaient les boulets. Nos soldats avaient été invités, au moyen d'une faible prime, à rapporter au parc les projectiles qu'ils trouvaient dans les tranchées; mais, lorsque les vaisseaux vinrent à les jeter à profusion sur la plage, le général en chef augmenta la prime et, dès ce moment, ce fut à qui serait le plus habile à s'en emparer.

Dès que les premières bordées se faisaient entendre et même aussitòt que les vaisseaux s'approchaient du rivage, nos soldats accouraient en foule, se placaient tout d'abord au milieu de ce singulier champ de bataille, et se précipitaient au-devant des nombreux projectiles que la marine anglaise faisait ricocher dans la plaine; aucun d'eux ne fut jamais atteint. Ces canonnades étaient tellement sans objet qu'on aurait pu croire que le commodore anglais, informé de notre pénurie en projectiles, employait ce stratagème pour nous en procurer.

Pour résister à la cavalerie des Mamelucks, on essayait l'emploi de petites piques de 4 pieds et demi qui se fichaient en terre et s'y maintenaient réciproquement au moyen d'une petite chaînette en fer fixée à chacune d'elles et se liant d'une pique à l'autre; ces piques formaient ainsi une sorte de palissade devant le front des carrés; chaque soldat avait la sienne placée en sautoir derrière son épaule gauche.

La division Kléber s'en servit à la bataille de Mont-Thabor; pas une seule ne fut rapportée en Égypte.

Actions d'éclat et citations. — Le capitaine adjudant-major Senille est cité pour avoir porté des dépêches au général en chef Bonaparte de la part du général Destaing qui commandait alors au Caire; il avait été, à cet effet, obligé de traverser le désert où il était poursuivi et attaqué par l'ennemi qui lui tua six dromadaires.

Le capitaine Ducouret, proposé pour chef de bataillon après la bataille des Pyramides, est nommé à ce grade pendant la bataille de Saint-Jean-d'Acre où il se couvre de gloire.

Le 30 mars, les Turcs firent une sortie; le lieutenant Roy commandait la 1re compagnie. Il repoussa l'ennemi presque sous les murs d'Acre et, en revenant, il aperçut tout à coup trois Français qu'on emmenait prisonniers; sans hésiter, et suivi de quatre des siens seulement, il parvint à les délivrer après avoir tué lui-même deux ennemis.

Le sous-lieutenant Poudroux fut nommé lieutenant sur le champ de bataille au siège d'Acre.

Le 3 avril, le sergent Cumin repousse avec quelques hommes la sortie d'un fort parti turc et lui fait éprouver de grandes pertes.

Le 19 mars, le sergent de carabiniers Menard se précipite au milieu d'un gros de Turcs qui s'était emparé d'une de nos positions; par son courage et son énergie il les força à lui céder la place, après une résistance opiniâtre.

Le même jour, le caporal Comberousse soutient avec trois de ses camarades l'attaque d'une multitude de Turcs qu'il repousse et force à rentrer dans leurs retranchements.

Le sergent Vavasseur et le caporal Vernet obtinrent, l'un et l'autre, un fusil d'honneur pour leur bravoure au siège d'Acre.

La 4e demi-légère était-elle à la bataille de Mont-Thabor ? – Nous avons dit plus haut qu'il n'y avait au siège de SaintJean-d'Acre que le 2e bataillon de la 4e demi-légère; parmi les quelques situations de l'armée d'Égypte déposées aux archives du Ministère de la guerre, se trouvent les suivantes qui prouvent bien ce que nous avons avancé :

Situation du 15 germinal an VII (4 avril 1799). — Le 34 bataillon de la 4e demi-légère à Alexandrie faisant partie de la division du 2e arrondissement de l'Égypte : 27 officiers, 248 hommes.

Situation du 22 germinal an VII (11 avril 1799). — Dans la province de Damiette, le 1er bataillon de la 4e demi-légère; à Damiette, 15 officiers, 236 hommes détachés sur le Nil; en contributions, 50 hommes.

Or, la bataille de Mont-Thabor est livrée le 16 avril 1799 à 26 jours de marche de Damiette.

Récit du maréchal Berthier (Extraits) :

Le général Kléber avait prévenu qu'il partait le 25 germinal (14 avril) pour tourner l'ennemi dans sa position de Fouli et Tabarié, le surprendre et l'attaquer de nuit dans son camp. Bonaparte laisse devant Acre les divisions Régnier et Lannes; il part le 26, avec le reste de sa cavalerie, la division Bon et huit pièces d'artillerie, etc.

Or, le 2e bataillon de la 4e demi-légère faisait-il encore partie de la division Bon?

Nous avons vu au début du siège de Saint-Jean-d'Acre ce bataillon combattre sous les ordres du général Andréossy; deux situations sans date sont classées dans le dossier « Expédition de Syrie » donnant ainsi la composition de la division Bon :

1° La division Bon se compose des 18e et 32e de bataille;
2° La division Bon, généraux Rampon et Vial, comprend un bataillon de la 4e demi-légère et les 1er et 2e bataillons des 18e et 32e de ligne.

Berthier dit au début de l'expédition de Syrie que la division du général Bon comprenait une partie des 4e demi-brigade légère, 18e et 32e demi-brigade de ligne.

Enfin, le maréchal Berthier écrit encore au sujet de la bataille de Mont-Thabor :

Bonaparte, arrivé à une demi-lieue du général Kléber, fait aussitôt marcher le général Rampon à la tête de la 32e, pour le soutenir et le dégager, en prenant l'ennemi en flanc et à dos.

Il donne ordre au général Vial de se diriger avec la 18e vers la montagne de Noures, pour forcer l'ennemi à se jeter dans le Jourdain, et aux guides à pied de se porter à toute course vers Jenin pour couper la retraite à l'ennemi sur ce point, etc...

Il n'est pas du tout question de la 4e demi-légère qui, si elle avait été présente, aurait été certainement première à marcher, étant donné l'usage qu'on faisait à cette époque de l'infanterie légère.

Enfin, un dernier argument qui permet de supposer que le 2e bataillon de la 4e demi-légère n'appartenait plus à la division Bon, c'est que, moins de 7 jours après la bataille de Mont-Thabor, il recut l'ordre de partir le 24 avril pour se rendre à grandes journées au Caire.

Nous avons cherché sur les matricules si un soldat au moins de la 4e demi-légère était porté comme tué ou blessé à la date du 27 germinal an VII (16 avril 1799), mais nous n'avons rien trouvé. Il est juste de dire que les troupes de secours amenées par Bonaparte ont subi ce jour-là des pertes très minimes.

Néanmoins, il résulte de tout ceci :

1° Que la 4e demi-légère n'avait que son 2e bataillon en Syrie;
2° Que ce 2e bataillon de la 4e demi-légère était bien à Saint-Jean-d'Acre, mais qu'il n'est pas sûr qu'il y faisait encore partie de la division Bon;
3° Qu'il n'est pas cité comme ayant pris part à la bataille de Mont-Thabor;
4° Que s'il y était, il n'a rien fait qui puisse justifier l'inscription de « Mont-Thabor » au drapeau du régiment.

A la bataille des Pyramides, la 4e demi-légère a véritablement été en première ligne; un de ses bataillons a coupé la retraite aux Mamelucks; son chef de demi-brigade a été nommé général de brigade sur le champ de bataille; plusieurs officiers et soldats, cités pour bravoure, ont été promus au grade supérieur ou bien ont reçu des armes d'honneur.

L'instructeur parlant aux jeunes soldats des batailles inscrites au drapeau, n'hésitera pas à leur montrer ces vaillants soldats résistant avec héroïsme aux charges impétueuses des cavaliers arabes; il les fera revivre aux yeux de ses hommes, citant leurs noms et leurs grades en racontant leurs hauts faits.

Ne semble-t-il pas que le drapeau du 79e, héritier de ces gloires d'autrefois, devrait porter dans ses plis cette inscription sacrée : Les Pyramides.

Les 1er et 2e bataillons se réunissent au Caire. — Le 24 avril 1799 le 2e bataillon de la 4e demi-légère qui était au siège de Saint-Jean-d'Acre reçut l'ordre de se rendre à grandes journées au Caire.

Le 23, le chef de bataillon Redon, avec son bataillon, 3 compagnies de grenadiers et 2 pièces de canon, repoussa les hordes innombrables d'El Mobdy, lutta contre elles pendant 5 heures et effectua ensuite sa retraite dans le plus grand ordre.

Le 1er bataillon, qui était à Damiette, arriva seulement au Caire le 22 juin.

Situation de la demi-brigade après l'expédition de Syrie. — La 4e demi-brigade avait été bien éprouvée par la peste et les fatigues; elle avait débarqué en Égypte avec un effectif de 1,132 hommes qui, le 2 février, s'était élevé à 1,192, par suite de l'incorporation de 60 matelots. Le 13 juillet 1799, la demi-brigade ne comptait plus que 893 hommes présents, officiers compris.

Bataille d'Aboukir (25 juillet 1799). — A la fin de juin, le corps expéditionnaire de Syrie était revenu au Caire où Bonaparte s'occupait activement de sa réorganisation. Il dirigeait lui-même une expédition contre Mourad-Bey, lorsqu'il reçut, le 14 juillet, une lettre d'Alexandrie lui apprenant qu'une flotte turque de 100 voiles annonçait des vues hostiles sur la ville.

Le 23, le chef de bataillon Redon, avec son bataillon, 3 compagnies de grenadiers et 2 pièces de canon, repoussa les hordes innombrables d'El Mobdy, lutta contre elles pendant 5 heures et effectua ensuite sa retraite dans le plus grand ordre.

Le 1er bataillon, qui était à Damiette, arriva seulement au Caire le 22 juin.

Situation de la demi-brigade après l'expédition de Syrie. — La 4e demi-brigade avait été bien éprouvée par la peste et les fatigues; elle avait débarqué en Égypte avec un effectif de 1,132 hommes qui, le 2 février, s'était élevé à 1,192, par suite de l'incorporation de 60 matelots. Le 13 juillet 1799, la demi-brigade ne comptait plus que 893 hommes présents, officiers compris.

Bataille d'Aboukir (25 juillet 1799). — A la fin de juin, le corps expéditionnaire de Syrie était revenu au Caire où Bonaparte s'occupait activement de sa réorganisation. Il dirigeait lui-même une expédition contre Mourad-Bey, lorsqu'il reçut, le 14 juillet, une lettre d'Alexandrie lui apprenant qu'une flotte turque de 100 voiles annonçait des vues hostiles sur la ville

Il partit aussitôt avec la cavalerie de Murat et une partie des divisions Lannes et Rampon; arrivé à Rahmanié, il apprit le débarquement de 3,000 Turcs à Aboukir. Le 23 juillet, le quartier général de Bonaparte est à Alexandrie et les troupes qui occupaient la place partent aussitôt sous les ordres du général Destaing et forment l'avant-garde de l'armée française.

Cette colonne était composée du 36 bataillon de la 4e demi-légère, de deux de la 61e de bataille et du 3e de la 75e. Le 25 juillet, à la pointe du jour, l'armée se met en mouvement; l'avant-garde est commandée par Murat, qui a sous ses ordres 400 cavaliers et le général Destaing avec ses 3 bataillons et 2 pièces de canon.

Après deux heures de marche, l'armée française est en présence de l'ennemi; la fusillade s'engage avec les tirailleurs.

Le général Destaing, avec ses 3 bataillons, enlève au pas de charge la hauteur occupée par la droite de l'ennemi; en même temps, la cavalerie lui coupe la retraite et force un corps de Turcs de 2,000 hommes à se jeter dans la mer.

Destaing marche ensuite sur Aboukir contre la seconde ligne ennemie et tourne le village pendant que la 32e l'attaque de front.

L'ennemi fait une vive résistance, envoie des secours considérables; mais, enfin, le village est emporté et les Turcs sont poursuivis, la baïonnette dans les reins, jusqu'à une forte redoute qui fermait à droite la presqu'île d'Aboukir jusqu'à la mer.

Pendant que les troupes reprennent haleine, on met des canons en position au village et le long de la mer; le 3e bataillon de la 4e demi-légère formait avec les autres troupes du général Destaing le centre d'attaque en face de la redoute.

Après de nombreux efforts, les retranchements des Turcs sont enlevés de vive force par notre infanterie, pendant que la cavalerie, qui avait coupé la retraite à l'ennemi, sabre tout ce qu'elle rencontre.

10,000 Turcs se jettent à la mer; ils y sont fusillés et mitraillés; aucun ne se sauve, car les vaisseaux étaient à deux lieues dans la rade d'Aboukir.

Bonaparte quitte l'Égypte et rentre en France. — Peu de temps après cette éclatante victoire, Bonaparte s'embarquait pour la France, laissant le commandement à Kléber.

La 4 demi-légère fait alors partie des troupes qui occupaient l'arrondissement d'Alexandrie; elle éprouve de grandes pertes par les maladies qu'elle contracte à Aboukir. Son habillement, qu'on avait dû renouveler, avait d'abord été confectionné en toile bleue; mais on reconnut bientôt l'utilité des vêtements de laine, et comme il n'y avait aucune fabrique de draps en Égypte, on dut employer des étoffes arabes de toutes couleurs. Chaque demi-brigade eut sa couleur particulière; la 4e demi-légère avait un habit vert clair, avec collet, parements et retroussis puce, les passepoils et le pantalon puce.

C'est dans cette bizarre tenue qu'elle acheva la campagne d'Égypte.

Le 25 septembre 1799 la demi-brigade, à l'effectif de 483 hommes, occupait Alexandrie et Aboukir, lorsque le 1er bataillon fut détaché sous les ordres du général Rampon pour faire une expédition contre Mourad-Bey; il rentra à Alexandrie dans le courant d’octobre.

Combat de Horeh (16 décembre 1799). — Au mois de dé. cembre, le 2e bataillon de la 4e demi-légère, commandé par le chef de bataillon Stieler fut détaché dans la province de Bohireh; ce bataillon ent affaire, le 16 du même mois, à 2,000 révoltés. Il combattit contre eux pendant seize heures et fut sauvé d'une ruine certaine par l'audace de son commandant.

Cette action, si honorable pour cet officier supérieur et pour son bataillon, est connue sous le nom de « Combat de Horeh ».

En janvier 1800, un sabre d'honneur est décerné au fourrier Maraille; le caporal Guignard et le carabinier Bouard obtiennent chacun un fusil d'honneur, en récompense de leur bravoure dans le combat précédent.

Révolte du Caire (21 mars 1800). — Ce bataillon se trouvait au Caire avec la 32e de bataille, pendant que Kléber remportait la fameuse victoire d'Héliopolis. Cette bataille n'était pas engagée qu'une insurrection éclatait au Caire; excités par quelques Turcs, les habitants massacrèrent une partie de la garnison.

La lutte dura deux jours; la ville fut reprise et les insurgés réduits à l'impuissance, à l'arrivée des généraux Lagrange et Friant, qui amenaient des secours. A la même époque, les 1er et 36 bataillons de la 4e demi-légère sont à Alexandrie; le 10 avril suivant, le 3e bataillon est embarqué pour Rosette.

Mort de Kléber (14 juin). — Kléber ayant été assassinė, le général Menou lui succéda dans le commandement de l'armée.

La 4e demi-légère qui était à Mansourah, faisant partie de la division Lanusse, est dirigée à marches forcées sur Ramanieh et là un de ses bataillons est renvoyé à Alexandrie.

Elle se réorganise pendant la période de tranquillité qui s'écoula du mois de juin 1800 au mois de mars 1801, et lorsque la flotte anglaise parut devant Aboukir, la 4e demi-légère était au Caire; à l'effectif de 790 hommes, elle faisait partie de la brigade Silly de la division Lanusse.

Débarquement des Anglais. — Combat du 13 mars 1801 devant Alexandrie. – A la nouvelle du débarquement des Anglais, le général Lanusse reçut l'ordre de partir, le 5 mars, avec trois demi-brigades, dont la 4e demi-légère, pour porter secours au général Friant qui avait toute l'armée ennenie contre lui.

Le 8, le général Lanusse, arrivé à Ramanieh, entend le canon d'Aboukir et part sur-le-champ; il effectue sa jonction avec le général Friant le 10, en avant d'Alexandrie. Le 13 mars, les deux généraux français résolurent de retarder la marche de l'ennemi et eurent l'audace d'attendre avec 4,000 hommes et 22 pièces de canon les 18,000 Anglais qui se portaient sur Alexandrie.

Ils se jettent sur leur première ligne et l'enfoncent; la 4e demi-légère, dirigée par l'adjudant-commandant Boyer, combat avec avantage contre la première ligne et la fait ployer; mais, trop inférieure pour soutenir seule le combat, elle commença sa retraite. Une belle charge, exécutée par le 3e de dragons, protège la demi-brigade qui était fort engagée et ralentit la marche des Anglais.

Le sous-lieutenant Deschamps resta plus d'une demi-heure à quinze pas de distance d'une colonne anglaise, excitant ses hommes et tâchant, par son exemple, de les engager à courir sur l'ennemi à la baïonnette; il ne quitta ce poste dangereux qu'après avoir été atteint de deux coups de feu.

Enfin, trop inférieures en nombre, les troupes françaises se retirent en bon ordre et viennent prendre position sur les hauteurs de Nicopolis; les Anglais n'osent attaquer et campent, la droite à la mer, la gauche au canal d'Alexandrie.

Le capitaine Degouth se fit remarquer dans cette affaire où il réussit, grâce à son courage, à sauver une pièce de canon.

Le capitaine Chamas est cité aussi pour sa brillante conduite.

Les généraux français résolurent alors de se rapprocher d'Alexandrie; l'ennemi, s'apercevant de notre premier mouvement de retraite, suivit d'assez près la 4e demi-légère qui était à l'arrière-garde et occupa les hauteurs que nous tenions le matin; c'est cette position que l'armée anglaise garda jusqu'à la bataille du 21 mars.

Bataille de Canope (21 mars). — L'armée française, commandée par le général Menou, arriva enfin et se rassembla à Alexandrie; le 21, avant le jour, elle attaquait la position fortifiée des Anglais.

Le général Lanusse était au centre; la brigade Silly, la 4e demi-légère en tête, fut chargée d'attaquer une forte redoute anglaise.

Les dromadaires, chargés de faire une fausse attaque, commencent l'action avant le crépuscule et s'emparent d'un pramier retranchement ennemi par surprise. Aussitôt le général Lanusse se met en mouvement, et une compagnie de carabiniers de la 4e demi-légère enlève un premier redan et y prend une pièce de canon. La brigade Silly marche alors sur la grande redoute, mais dans l'obscurité elle se heurte à la 32e demi-brigade, ce qui cause un peu de désordre. Aussi, la 4e ne peut franchir les fossés de la redoute, et, glissant sur son flanc gauche, elle est repoussée par la première ligne anglaise.

A ce moment critique, la demi-brigade se ralliait sous le feu de l'ennemi; pour inspirer plus de confiance aux soldats, le capitaine Monnier s'élance sur une butte où il est exposé aux plus grands dangers; blessé d'un coup de feu qui lui traverse le cou avec fracture de la mâchoire, il ne se retire qu'après que ses forces sont épuisées.

Après de vains efforts pour reprendre l'offensive, la division Lanusse, qui venait de perdre son général et la plupart de ses officiers supérieurs, resta en face de l'ennemi pendant toute la journée, tiraillant et s'accrochant au terrain.

Elle restait sous le feu des batteries anglaises et perdait à chaque instant une foule de braves; le capitaine Degouth s'avança alors avec l'artillerie de la demi-brigade jusque sur la ligne des tirailleurs et démonta deux pièces de canon qui, placées en avant des tranchées ennemies, faisaient beaucoup de mal à nos troupes. Les munitions étant épuisées et les Anglais ayant fait avancer quelques corps qui la prirent en flanc, la 4e demi-légère fut obligée d'abandonner les mamelons qu'elle occupait; ses tirailleurs, qui étaient sous la grande redoute, suivirent le mouvement en bon ordre.

Les Anglais n'osèrent pas sortir de leurs retranchements pour les suivre !

Les capitaines Lacroix et Chanas furent nommés chefs de bataillon sur le champ de bataille; les lieutenants Gillet et Berne furent nommés capitaines.

L'armée reprit les positions qu'elle occupait la veille en avant d'Alexandrie.

La 4 demi-légère resta à Alexandrie jusqu'au 14 avril, époque à laquelle elle fut envoyée à Rosette pour renforcer le général Valentin qui essayait de reprendre cette ville aux Anglais et aux Turcs.

Marche contre le vizir. — Capitulation du Caire. — Après s'être battue du 5 au 9 mai à Ramanieh, le 4e demi-légère suivit les troupes commandées par le général Lagrange, et, quittant cette localité le 10, elle arriva, le 14, à 10 heures du matin, au Caire qui était commandé par le général Belliard.

L’armée partit du Caire, le 16, pour aller combattre le vizir; elle rencontra l'ennemi le lendemain et livra un combat pénible au milieu des sables. Après avoir usé les deux tiers de ses munitions, le général Belliard, craignant que l'ennemi ne se portât sur le Caire, rentra le lendemain dans la place.

Les Anglais parurent devant Giseh, du 17 au 19 juin, et se joignirent aux troupes du vizir; le 22, ils cernaient la place et commençaient des batteries. Le jour même, le général Belliard conclut un armistice de trois jours avec l'ennemi; le soir, il réunit un xonseil de guerre et le 23 juin, il envoya trailer avec l'ennemi deux généraux de brigade qui conclurent, le 28, une convention aux termes de laquelle la garnison du Caire se retirait avec armes et bagages sur Rosette pour y être embarquée, et, de là, transportée dans les ports français de la Méditerranée aux frais des puissances alliées.

La 4e demi-brigade légère débarqua à Toulon au mois d'août; elle comprenait 3 officiers supérieurs, 45 capitaines, lieutenants ou sous-lieutenants et 618 sous-officiers et soldats, dont 38 malades.

La demi-brigade avait débarqué à Alexandrie avec 1,132 hommes; elle avait donc perdu la moitié de son effectif dans la campagne d'Égypte.

Ces pertes glorieuses ne montrent-elles pas que nos aînés savaient se sacrifier sans compter pour la Patrie ? Épuisés par les privations, décimés par les maladies, perdus dans les déserts immenses, ces vaillants soldats de l'armée d'Égypte donnaient chaque jour des preuves nouvelles de dévouement, de courage et d'abnégation.

Source : Historique du 79e régiment d'infanterie, de Léon-Jean-Baptiste Clerc.

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25 janvier 2021

Demoiselles de Saint-Cyr

Liste de pensionnaires de la Maison Royale de Saint Louis à Saint-Cyr, admises entre 1686 et 1793, originaires du territoire de l'actuel département de la Charente.

Nom, lieu de naissance, dates de baptême, des preuves et de sortie.

Marie-Eléonore de la Rochefoucauld-Magnac, née 29 avril, baptisée 12 mai 1675, à Maignac-sur-Touvre en Angoumois (Charente), fille de François de la Rochefoucauld et de Marie-Eléonore de Chesnel. — Pr. 5 juin 1688. Morte, à Saint-Cyr, le 14 janvier 1692 (mairie de Saint-Cyr).

Angélique de Livenne-Verdilles, baptisée 23 juin 1678 (née 18), à VilleJésus (Charente), diocèse de Poitiers, fille de Louis de Livenne et d'Angélique Audouin de Balan. — Pr. 20 mai 1687. Morte, à Saint-Cyr, le 13 octobre 1691 (mairie de Saint-Cyr).

Marie de Livenne-Verdille, née 4, baptisée 7 septembre 1689, à VilleJésus (Charente), diocèse de Poitiers, fille de Louis de Livenne et de Marie-Françoise Chastré. — Pr. juin 1697. B. S. 5 septembre 1709.— Dot 18 janvier 1710.

Marie Goumard-Tison d'Argence, née 12, baptisée 13 novembre 1696, à N.-D.-de-la-Paine, diocèse de Limoges, fille de François Goumard et de Marguerite de Forgues-Lavedan. — Pr. 22 juillet 1705. B. S. 3 novembre 1716. — Dot 25 février 1717.

Jeanne-Marguerite-Françoise de Devezeau-Chasseneuil, née et ondoyée mercredi 19 novembre 1698, à Chasseneuil (Charente), diocèse d'Angoulême, baptisée 3 janvier 1708, fille de Gilbert-Joseph de Devezeau et de Françoise- Geneviève de Sainte- Maure. — Pr. 23 février 1708. B. S. novembre 1718. — Dot 1er mars 1720.

Marie-Madeleine de Nesmond des Etangs, née 12 septembre 1699, baptisée 24 juin 1701, à Massignac (Charente), diocèse d'Angoulême, fille d'André de Nesmond et de Marie de Gibert. — Pr. 8 mars 1708. B. S. 4 septembre 1720. — Dot 18 février 1721.

Marie-Anne de Saluces-Aizec, née 27, baptisée 29 mars 1702, à Aizecq (Charente), diocèse de Poitiers, fille d'André de Saluces et de Louise Preveraud. — Pr. 27 mai 1711. B. S. 18 mars 1722. — Dot 18 février 1724.

Marie-Thérèse du Laux-Cellettes, née 27 juin, baptisée 1er juillet 1704, à (Saint-Saturnin) Cellettes (Charente), diocèse d'Angoulême, fille d'Henri de Lau et d'Elisabeth de Cladier. — Pr. 16 décembre 1715. B. S. 30 juin 1724. — Dot 30 juin 1724.

Françoise de Saluces-Aizecq, baptisée 18 janvier 1708, à Aizecq (Charente), fille d'André de Saluces et de Louise Preveraud. — Pr. novembre 1715. Pens. pour infirm. 1727-1728-1729. B. S. 17 octobre 1727. - Dot Ig juin 1728.

Marie-Jeanne-Adélaïde de Saluces-Aizecq, née et baptisée le 25 septembre 1709, fille d'André de Saluces et de Louise Preveraud. Sortie, pour cause d'infirmité, avant le 29 octobre 1728. B. S. 31 octobre 1729. — Dot (28 avril 1731).

Barbe-Louise de la Place-la-Tour-Garnier, née et baptisée 19 avril 1720, à Chermans (auj. Charmant) (Charente), diocèse d'Angoulême, fille de Pierre de la Place et de Catherine Jaubert. — Pr. 22 juillet 1732. B. S. 15 avril 1740. — Dot 28 mars 1743.

Florence de James des Fregnaudies, née et baptisée 12 avril 1721, à Saint-Laurent-de-Céris (Charente), diocèse d'Angoulême, fille d'Elie de James et de Jeanne de Pons. — Pr. 5 juin 1731. B. S. 18 mars 1741. Dot 16 novembre 1745.

Anne-Henriette de la Place-Torsac, née et baptisée, le 5 mars 1727, à (Saint-Maurice) Fouquebrune (Charente), diocèse d'Angoulême, fille de François-Alexandre de la Place et d'Anne d'Escoublant. — Pr. 30 octobre 1738. B. S. 4 avril 1747. — Dot 3 juin 1749. Elle épousa (11 novembre 1754) Jean-Charles-René de Chouppes.

Marie-Julie de Galard-Béarn, née 6, baptisée 7 août 1744, à (Saint-Jean) Angoulême (Charente), fille de Clément de Galard et de Catherine-Jeanne de Bologne. — Pr. 16 mai 1755. B. S. 31 août 1764. — Dot 25 octobre 1766.

Marie de James-Longeville, née et baptisés 3 juin 1751, à (Saint-Vincent) la Rochefoucault (Charente), fille de Jean de James et de Marie-Elisabeth de Volvire. — Pr. 24 septembre 1761.

Dorothée-Euphrasie de Montalembert-Cers, née 13, baptisée 14 avril 1755, à Fouquebrune en Angoumois (Charente), fille de Jean-Charles de Montalembert et de Marie-Suzanne Hinault. — Pr. 8 juillet 1766. B. S. 29, avril 1775. — Dot 14 septembre 1776.

Claudine-Césarie-Marie du Lau, née 28, baptisée 29 septembre 1756, à (Saint-Pierre-ès-Liens) Eymoutiers-Ferrier (Charente), diocèse de Limoges, fille d'Arnaud-Joseph du Lau et de Marie-Madeleine-Marguerite-Suzanne-Charlotte de Lesmerie. — Pr. 12 septembre 1769. B. S. 17 juillet 1776. — Dot 2 juin 1778.

Marie-Julie de Lestang, baptisée 9 août 1759, à Saint-Gervais-en Angoumois (Charente), fille de Jean-Charles-César de Lestang et d'Anne-Julie de Couvidou. — Pr. 2 octobre 1770. B. S. 22 juin 1779. — Dot 14 février 1780.

Françoise-Marie-Souveraine de Rousseau-Ferrières, née 6, baptisée 7 avril 1760, à (Saint-Maurice) Montbron-en-Angoumois (Charente), fille de Louis de Rousseau et de Marie de Perry- Saint-Ovant. — Pr. 5 avril 1771. B. S. 16 avril 1780. — Dot 18 avril 1780.

Antoinette de Lambertie, née 27, à Lanmary, baptisée 28 octobre 1760, à Saint-Sornin (Charente, canton de Montbron), fille de Jean-François de Lambertie et de Marie-Philippe Thibeaud. B. S. 1er obtobre 1780.

Anne-Rosalie de Lestang, née et baptisée 31 août 1769, à Saint-Gervais (Charente) en Angoumois, fille de César-Charles de Lestang et d'Anne-Julie de Couvidou. B. S. 7 septembre 1789. — Dot 10 décembre 1789.

Source : Les demoiselles de Saint-Cyr, de Fleury Vindry.

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Mort du seigneur des Ombrais

Le seigneur des Ombrais, Charles Odet, se rendait à cheval, le 5 mai 1687, aux Lignons (Saint-Projet). « Il avait eu à se plaindre d'un domestique que le sieur Laforcade, horloger audit lieu, avais pris à son service. Que se passa-t-il alors ? Ce que nous savons, c'est que peu de temps après, il fut rencontré par plusieurs témoins sur le chemin des Ombrais, distant des Lignons d'une demi-lieue, la tête couverte de sang, auxquels il n'eut la force que de dire ces mots : « Les valets de Laforcade m'ont tué ! » À peine arrivé aux Ombrais, on le descendit de cheval ; il fut étendu sur son lit chez le métayer Delâge et rendit le dernier soupir. Sa femme, Anne Pasquet, aussitôt prévenue, le fit transporter à L'Âge-Baston, sa demeure ordinaire, et enterrer dans son jardin sans aucune cérémonie religieuse. » Une longue enquête fut ouverte ; elle ne semble pas avoir donné de résultats mais nous éclaire sur l'état d'esprit de l'époque, quelques années après la révocation de l'Édit de Nantes. Ne lisons-nous pas une déposition qui se termine ainsi : « Que foi ne doit être ajoutée à ce que pourrait avoir dit le seigneur des Ombrais avant sa mort, d'autant qu'il était mort hérétique, sans avoir abjuré l'hérésie, et même ayant refusé les sacrements de l'Église et s'est fait enterrer dans son jardin. » Sa fille Sarah préféra s'expatrier qu'abandonner sa religion.

Source : Histoire d'un vieux logis en Angoumois, le château des Ombrais, d'Henri de Montégut.

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21 janvier 2021

Le sacerdoce du curé d'Aussac

« M. Gui de Ponlevain, curé d'Aussac en Angoumois, est mort en odeur de sainteté, le 11 Septembre dernier, dans sa 70e. année.

Ce pieux ecclésiastique s'est toujours distingué par la simplicité de sa vie, par la régularité de ses moeurs par la pureté de la doctrine, & surtout par sa libéralité envers les infortunés.

Il vivoit seul sans domestique, ne s'occupant que de la prière, & du soin de remplir dignement les fonctions de son état ; il se nourrissoit de pain bis, de racines, de plantes bulbeuses, de légumes, & il distribuoit tout le produit de son bénéfice aux pauvres de sa paroisse.

Son exemple est suivi de plusieurs curés du même diocèse, particulièrement de MM. Debresme, archiprêtre de Garat, Sauvage, curé d'Amberat, & Fruchet, curé de Marsac : ces pasteurs respectables se sont accoutumés depuis longtems à vivre de peu, & à verser tous leurs revenus dans le sein de l'indigent.

Ce dernier, surtout, est devenu, par l'estime qu'on a conçue de lui, le médiateur de tous les différends de son voisinage : il n'est point de réconciliation qu'il ne fasse, de procès qu'il n'éteigne, & de soins qu'il ne se donne pour le bien de la religion & de l'humanité. »

Source : Le journal encyclopédique, de Pierre Rousseau, 1775, tome VIII, partie I.

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Les chanoines de Pranzac

Dans l'ancienne et primitive circonscription du diocèse d'Angoulême, alors fort restreinte, Pranzac était la seule paroisse rurale, si nous nous en rapportons au pouillé de 1597, dans laquelle il y eût un chapitre. Ces chanoines formaient-ils seulement un chapitre collégial, ayant ses dignitaires, ses insignes et ses prérogatives, ou bien n'étaient-ils que de simples chapelains chargés du service de la paroisse ? Jusqu'à présent, aucune lumière n'a été faite sur ce sujet. Le souvenir des chanoines de Pranzac ne nous est resté que grâce aux quelques lignes de l'auteur de la Statistique monumentale de la Charente, quand il nous dit « que les chanoines de cette paroisse envoyérent leur député aux assemblées du clergé pour l'élection de la députation aux Etats généraux en 1789 ». Aujourd'hui, nous pouvons émettre une idée plus nette sur l'existence et le rôle de ce chapitre durant une période de plus de deux siècles.

En l'an 1520, Jean Renouard, seigneur de Pranzac, mû par un sentiment de haute piété à l'égard de ses parents tant vivants que trépassés, désireux lui-même d'assurer le salut de son âme et sur le point de quitter la terre, institue de son plein gré quatre stipendies dans l'église de Pranzac. Que faut-il entendre par cette donation ?

L'acte de fondation, que nous donnons pour la première fois dans toute sa teneur, nous indiquera les clauses diverses de ces bénéfices. Avec le consentement de l'évêque d'Angoulême, ces stipendies doivent être desservies en l'église paroissiale de Pranzac par quatre prêtres; ceux-ci seront tenus chaque jour et à perpétuité d'y célébrer une messe « en notte avec vigiles de morts en haut répons et oraisons accoutumées pour le salut de l'âme du donateur, ses parents et amis, vifs et décédés; ils feront annoncer lad. messe en sonnant la cloche quinze coups à loisir et après en bransle; à l'issue de chaque messe, un Libera en haut; le jour de la Fête-Dieu, ils diront matines, primes, tierces, sexte, none, vespres et complies, etc.; en faisant led. office, ils seront revêtus chacun d'un surplis, et pour chaque deffaut que chacun d'eux fera aux susd. obligations, seront tenus mettre douze deniers tournois en un tronc qui sera mis par eux dans lad. église; en retour, le seigneur de Pranzac donne et lègue à perpétuité les dixmes et droits que lui et ses prédécesseurs ont accoutumé jouir, prendre et percevoir audit lieu ».

Il ressort de ce document que ces quatre stipendies n'ont pas été instituées pour le service de la paroisse de Pranzac, aussi les prêtres ou gens d'église qui doivent jouir de ces bénéfices ne peuvent-ils être regardés comme prêtres auxiliaires. Ils ne sont point non plus affectés au service spécial d'une chapelle, ils ne peuvent donc pas être considérés comme chapelains; et si, dans le texte de cette donation, ils ne sont pas, il est vrai, qualifiés de chanoines, ne sont-ils pas néanmoins assujettis à une règle commune ? Ne doivent-ils pas, en dehors des cérémonies de la paroisse, chanter ensemble les prières liturgiques à des heures déterminées et suivant certaines prescriptions ? Ne sont-ils pas obligés, à une époque fixe de l'année, de réciter en habit de chœur le saint office tout entier ? En un mot, ne sont-ils pas tenus d'accomplir les fonctions annexées à leurs titres plus particulièrement dans cette église de Pranzac, à laquelle, selon le désir du pieux donateur, les quatre stipendies devaient être unies à perpétuité ?

Ainsi, que manque-t-il donc à toutes ces raisons pour que ces futurs bénéficiers soient assimilés aux ecclésiastiques attachés à une église collégiale et qu'ils puissent comme eux s'intituler chanoines ? Est-ce l'érection canonique de la fondation ?

Elle fut formulée l'année suivante, le 4 avril 1521, par Antoine d'Estaing, évêque d’Angoulême.

L'autorité religieuse vient de parler; elle a consacré par son approbation le legs du seigneur de Pranzac; désormais, les quatre stipendies formeront un chapitre collégial et les titulaires seront qualifiés de chanoines. Qui ne connaît l'adage : « Tres faciunt capitulum » ? Le désir exprimé par le fondateur de voir une stipendie unie à perpétuité à l'église de Saint-Cybard de Pranzac est réalisé, et l'évêque d'Angoulême, en nommant au bénéfice-cure de cette paroisse, conférera en même temps le bénéfice d'une stipendie. De son côté, le curé de la paroisse, en vertu de son titre curial, jouit aussi du droit de nommer à la seconde chanoinie; il devient par là le doyen du chapitre, dénomination qu'il conservera dans certains actes jusqu'à l'abolition des bénéfices; il en est aussi le seul et unique dignitaire. Quant aux deux autres stipendies, c'est au seigneur de Pranzac qu'il appartient d'y pourvoir. Ainsi, les chanoines stipendiés voient leur institution confirmée, à la condition toutefois qu'ils rendront à l'évêque d'Angoulême et à ses successeurs l'hommage qui leur est dû, comme les seigneurs dudit lieu l'ont toujours fait.

Avant que l'acceptation du legs fût agréée par l'autorité compétente, le donataire, Jean Renouard, était mort; son fils, Pierre Renouard, nouveau seigneur de Pranzac, hésita probablement quelque peu à acquitter les engagements paternels, puisqu'il fut sommé par les parties intéressées de se prononcer à cet égard. Quoi qu'il en soit, il consentit par-devant témoins à exécuter les clauses de cette donation (1521).

C'est donc sous le régime de cette organisation que le chapitre de cette paroisse subsistera durant une période de près de trois siècles. Néanmoins, d'après une déclaration fournie par ces chanoines le 8 septembre 1640, il semble résulter que quelque modification fut apportée au règlement primitif de la fondation. Ces derniers reconnaissent « qu'ils sont au nombre de quatre, qu'ils ont été fondés et établis en titre de chanoines et stipendiés en l'année 1520 par Jehan Renouard, écuyer, sieur de Pranzac, et depuis ont été augmentés par dame Gabrielle de Mareuil ». Faut-il, d'après cela, admettre que le nombre des bénéficiers se soit accru, grâce à des générosités de cette noble bienfaitrice ? Nous ne le croyons point.

Vers la fin du XVIIIe siècle, Gratien Roux, le père de ce Jacques Roux qui conduisit Louis XVI à l'échafaud et dont nous aurons à nous occuper plus loin, écrivant à l'un de ses neveux au sujet des stipendies de Pranzac, « assure que les seigneurs dudit lieu sont fondateurs de quatre stipendies dans l'église de cette paroisse, dont l'une appartient à M. le curé de Pranzac. Comme doyen, il a droit de nommer à une autre..... Le seigneur de Pranzac s'est réservé le droit de nommer les deux autres chanoinies ou stipendies..... ».

Ainsi, à cette époque, les nominations se font encore de la même manière qu'aux premiers jours de la donation; il n'y a donc pas eu de changement dans le nombre des titulaires; dès lors, l'augmentation dont il est parlé plus haut doit s'entendre plutôt de certains revenus ajoutés aux anciens par la dame de Mareuil.

D'ailleurs, un autre document en date du 25 mai 1792, relatant en entier les pieuses libéralités de la dame de Mareuil, vient corroborer notre assertion : c'est la transcription d'un legs qu'elle fit en 1590 au chapitre de cette église.

Mais ces chanoines furent-ils toujours bien fidèles à observer la résidence ? N'étaient-ils pas, comme il arrivait pour d'autres chapitres, promus à cette dignité sans qu'ils pussent en remplir toutes les obligations ?

Généralement, jusque vers la moitié du XVIIIe siècle, ces dignitaires résidaient pour la plupart dans le bourg de Pranzac ou dans les paroisses limitrophes; des actes notariés en font foi. Chaque jour, revêtus d'un simple surplis, devant leurs stalles modestes et sans relief, que l'on voyait encore en 1860 et qui ont été vendues depuis, ils satisfaisaient à leurs devoirs. Si parfois il survenait que de jeunes clercs fussent nommés à ces bénéfices sans pouvoir en remplir les charges, ils devaient, en vertu de l'acte de fondation, pourvoir à leur remplacement moyennant une rétribution. Et c'est de la sorte que l'oeuvre pie du seigneur de Pranzac se maintint jusqu'à la Révolution.

Il nous reste à faire le dénombrement des chanoines de cette paroisse; nous n'avons pu l'établir d'après des documents certains, par exemple les minutes des notaires, les registres dudit lieu et des paroisses circonvoisines, que sur un intervalle de deux siècles. Durant ce temps, il en est peu de ces dignitaires, suivant nos recherches, qui soient parvenus à tenir un rang distingué dans la hiérarchie ecclésiastique; quelques-uns seulement, vers la fin du XVIIIe siècle, ont acquis une renommée tristement bruyante; nous commencerons par ces derniers.

Jacques Roux, chanoine de Pranzac, naquit au bourg de cette paroisse le 21 août 1752; par la mort de son frère François, il devint l'aîné de douze enfants. Son père, Gratien, qui se trouve lieutenant d'infanterie en 1748, plus tard qualifié d'ancien officier au régiment de Hainaut, apparaît comme juge assesseur au marquisat de Pranzac (1780); il était lui aussi, croyonsnous, originaire de cette même paroisse, car nous voyons vers 1713 un Claude Roux, sieur des Ajounières, conseiller aux grandes Voiries, posséder la charge de juge de Pranzac et y résider. Sa mère, Marguerite de Montsalard, sortait de la paroisse de Bussière en Périgord. Quoique l'aîné, le jeune Jacques se sentit porté vers le service de l'autel; à peine âgé de quinze ans, il est clerc tonsuré, puis le comte des Cars, voulant donner une marque de bienveillance à sa famille et lui faciliter le cours de son éducation, le nomme chanoine de Pranzac (1767). Ses études terminées, il enseigne, en qualité d'auxiliaire des Lazaristes, la philosophie au séminaire d'Angoulême (1779); en même temps il prête son concours au curé de SaintMartial pour les fonctions du ministère de la paroisse. Nous le trouvons sûrement prêtre en 1780, car il dessert à différents intervalles l'église de Pranzac. Plus tard, par les soins de Pierre-Auguste Mignot, clerc tonsuré du diocèse d'Angoulême et prieur de La Chapelle-Saint-Robert, il est nommé à la cure de Varaignes en Périgord (1784).

Les événements politiques de 1789 surviennent; la tête surchauffée de Jacques Roux s'exalte; suivant l'impulsion de son caractère violent, il annonce, dans des prérégrinations à travers la Saintonge, les bienfaits futurs de cette aurore qui se lève si rayonnante de promesses; il célèbre cette régénération qui se prépare pour la société, il salue dans un enthousiasme délirant la chute de la Bastille; il agite si vivement les populations, il sème sur ses pas tant de germes de dissension, particulièrement à Saint-Thomas de Cosnac, que des troubles graves éclatent (1790).

Vicaire à Ambleville (mai 1790), les habitants font des démarches pour l'avoir comme curé; l'autorité religieuse refuse. Il quitte alors la province, après avoir été interdit de ses fonctions sacrées, et va s'établir à Paris (1791).

Louis Roux, frère du précédent, chanoine de Pranzac vers 1780. Les nouveaux principes de la Révolution l'exaltent lui aụssi; il prête les serments à la Constitution.

Voici la nomenclature de quelques membres de ce chapitre :

1520-1521-1522. Jean de Matthieu, prêtre et curé de Pranzac.
Guillaume Pacquet, prêtre.
Étienne de Glane, prêtre.
1521-1522. Jamet Texier, prêtre.
1554. Jean de Massiac se démet de la cure de Pranzac.
1590. Jean de Glane.
Barthélemy Mingault.
André Favereau.
1590-1622. Jean Monceyron, enseveli dans l'église de Pranzac, 10 mars 1622.
1612. Lambert, curé de Pranzac.
1619-1627-1630. Henry Moire, prêtre et curé. 1621-1675. Léonard Trilhon, prêtre, fut enseveli dans l'église le 28 décembre, âgé de quatre-vingt-huit ou quatre-vingt-dix ans.
1625-1645. Thomas Rondard, prêtre, résidait à Pranzac, dans sa maison, sise près du four banal (1637). – Il fut chargé par le seigneur de cette paroisse — 24 juin 1627 – « du droit de jaugeage, chaque année, au jour de la Saint-Jean-Baptiste, à Bunzac et à Pranzac », où il décéda.
1629-1667. Jean Babel, prêtre, bachelier en théologie, neveu du susdit Thomas Rondard, qualifié en 1645 curé de Notre-Dame de Massac, en Saintonge. — Le 24 août 1659, en présence de Mathurin Charpantier, sous-diacre et curé de Mouton, il prend possession de la cure de Saint-Michel de Fontenille et il y meurt en 1667.
1630. Gaspard de Rougnac, prêtre, résigne son bénéfice de chanoine.
1630-1633. Jean Janesthault, prêtre.
1633-1675. Philippe Tourette, sous-diacre du diocèse d'Angoulême, nommé chanoine le 5 mars 1633, prêtre le 23 mai de la même année, résigne son canonicat le 7 avril 1641, prend possession de la cure de Pranzac le 12 mars 1643 et est enseveli dans l'église de cette paroisse le 23 décembre 1675, âgé de soixante-dix-neuf ans. 1633-1641. Jacques Soubrane, prêtre.
1635. Jean de Nesmond, prêtre, curé de Pranzac.
1639. Claude Girard, prêtre, se démet de la cure de Pranzac.
1639-1643. Jacques Laisné, diacre, prend possession de la cure de Pranzac et donne sa démission en 1643.
1645. Étienne Lameau, curé de Notre-Dame de Birac et chanoine de Blanzac en Angoumois, prend possession d'une stipendie vacante par le décès de feu Rondard.
1647. Pierre Mignault, prêtre.
1653–1664. Philippe, alias Pierre Bouchier, prêtre et curé de Saint-Paul, près Marthon.
1665-1675. Jean Audouin, prêtre, curé de Saint-Paul de Marthon, sous-promoteur du diocèse d'Angoulême en 1667, est nommé, le 20 septembre 1673, prieur-curé de Saint-Sornin, par permutation avec Jean Ythier, institué curé de Saint-Paul.
1668. Pierre Daguin, prêtre, curé de Bunzac, résigne entre les mains de N. S. P. le Pape (24 octobre) son bénéfice de chanoine en faveur de Léonard Trilhon, qui en est pourvu (novembre 1670).
1673-1675. Jacques Morpain, prêtre.
1684-1686. Louis Ythier, chanoine; en 1686, vicaire de Bourg-Charente.
1680-1702. Jean Poitevin, prêtre, pourvu par le Pape de la cure de Sainte-Eulalie de Champniers; il en prend possession le 12 avril 1680, meurt à Pranzac et est enseveli dans l'église de cette paroisse le 17 avril 1702, âgé de quarante-huit ans.
1675-1729. Antoine Tourette, prêtre, curé de Pranzac (9 novembre) après la démission du dernier possesseur, Philippe Tourette; il est enseveli dans le chœur de l'église le 17 janvier 1729, à l'âge de quatre-vingts ans.
1724-1740. Hélie-François Col de La Chapelle, prêtre, prend possession de la cure de Saint-Sauveur, près Marthon, le 12 mai 1729; en outre de son bénéfice de Pranzac, chanoine de La Rochefoucauld (1731); – en la même année, 21 septembre, il est nommé et prend possession de la cure de Saint-Remi de Fleurignac, par suite de la résignation pacifique faite par François de Langlard, prêtre, auquel il abandonne en échange så chanoinie de La Rochefoucauld.
Il fut nommé, 2 février 1729, par la paroisse « fabriqueur » pour ramasser les revenus de la fabrique de Pranzac, en la place de Pierre Chaigneau, notaire royal, qui fut destitué de sa charge à cause de sa mauvaise gestion.
1729-1751. Antoine Jeudy, prêtre du diocèse d'Angoulême, chanoine de Saint-Arthémy de Blanzac, demeurant à Châteauneuf, prend possession de la cure de Pranzac, vacante par le décès d'Antoine Tourette, dernier possesseur, le 14 juin 1729; il résigne son bénéfice le 30 avril 1751, en faveur de Jacques Marquet.
1732-1773. François Marginière, prêtre, docteur en théologie, curé du Maine-de-Boixe en 1738, de Saint-Sauveur, près Marthon, en 1739, prend possession de la cure de Saint-Martin de Marthon le 18 mai 1749, résigne ce bénéfice en faveur de Jean Albert, maître és arts, gradué de la Faculté de théologie de Bourges, 18 octobre 1760, et est enseveli dans l'église de Saint-Cybard de La Rochefoucauld le 25 octobre 1773.
1738. Sébastien Dallançon, prêtre du diocèse de Poitiers, chanoine de Pranzac, demeurant au bourg de Lonnes, résigne ce canonicat (décembre).
1751-1766. Jacques Marquet, prêtre du diocèse de Limoges, prend possession de la cure de Pranzac (8 septembre), du bénéfice-cure de Bunzac, par suite de la démission de Michel Duphénix, promu archiprêtre de Pérignac le 15 octobre 1759, et est enseveli dans l'église de Pranzac le 18 janvier 1766.
1754. Léonard Chaigneau de La Gravière, clerc tonsuré du diocèse d'Angoulême, étudiant en l'Université de Poitiers (12 juillet).
1767. Rullier.
1767. Jacques Roux, clerc tonsuré.
1767-1793. Léonard Tourette, prêtre, curé de Pranzac, précédemment curé de Beaulieu et Cloulas (1738-1763), assiste à Angoulême à la réunion du clergé (1789), prête serment à la nouvelle Constitution, demeure à Pranzac jusqu'à la fermeture des églises et meurt le 22 messidor an II.
[?]. Jacques-Magdeleine Roux, clerc tonsuré.
1780. Louis Roux, clerc tonsuré.
1780. Louis Decombe, clerc tonsuré.
1789. Les chanoines du chapitre de Pranzac se font représenter à l'assemblée du clergé par M. Sudraud.

Source : L'église et le chapitre collégial de Pranzac en Angoumois, de Paul Legrand.

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19 janvier 2021

Le dolmen de Garde-Epée

M. Jean Deval de Beauregard s'en revenait, par un orageux après-midi, à travers la lande angoumoisine. Avec amertume, il regardait se profiler le mur crénelé du logis de Garde-Epée, l'un des domaines de Mlle de Jarnac, dont pour son malheur M. Deval avait fait connaissance aux fêles données par M. le gouverneur de Cognac. Pour son malheur, dis-je, car la belle appartenait à la haute noblesse de sa province et l'amoureux n'était que de petit état.

Une large goutte de pluie tira M. Deval de ses pensers. Il leva la tête et vit le ciel tout envahi par des nuées d'orage qui ne lui laisseraient pas le temps de gagner quelque asile chrétien. Un boqueteau de bois fermait bien là campagne, mais ce n'était pas abri convenable par ce temps. Le gentilhomme décida de giter sous le dolmen qui domine la lande.

La nue, crevant à grand bruit, faisait sombre la plaine ét, sous ces vieilles pierres, c'était quasi la nuit. M. Deval se crut d'abord seul mais, ayant mieux fouillé l'ombre, il découvrit qu'il partageait ce refuge avec une femme tassée dans une mante à coflueluchon, et qui regardait tomber l'eau sans doute une matrone en route pour quelque affaire, et que l'ondée retenait en ce lieu.

M. Deval n'était ni duc, ni pair, ni riche mais il était né. Il prit au poing son chapeau et s'approcha, déférent, de la bonne femme; celle-ci marqua un mouvement de surprise en le voyant jaillir d'entre les pieds du dolmen.

— Ne craignez point, madame, fit-il. Apprenez seulement que, je vous quitte la place, pour ne pas vous obliger à partager votre asile avec un inconnu.

Déjà il ébauchait un pas en dehors, quand une main vive en-: core le retint par son habit :

— N'en faites rien, monsieur ! Avant deux minutes, la foudre va tomber sur le bois que voici.

La voix sortait assez fraîche, malgré l'âge, des plis du coqueluchon. Elle rappelait vaguement quelque chose à M. Deval... mais il n'eut point loisir de se demander quoi: dans l'instant même, une nappe de feu illumina l'espace, tandis qu'un vacarme effroyable emplissait l'air. En face du dolmen, un pin secouait comme une torche ardente sa chevelure embrasée.

Le jeune homme recula d'un pas :

— Hé là ! Seriez-vous sorcière, madame ?

La réponse fut sans fard :

— Pourquoi non ! N'avez-vous jamais entendu dire à votre nourrice que ce sont là habitantes communes, pour lès dolmens et autres monuments de même sorte ?

M. Deval de Beauregard; à ce coup, demeura coi. Point effrayé, certes, mais pensif. Et voici que la femme reprit, de l'ombre où elle s'était reculée et comme perdue, toute petite en sa vaste mante :

— Et la preuve que je suis sorcière, c'est que je sais qui vous êtes, monsieur de Deauregard. Vous n'en pourriez dire autant de moi. Non, le gentilhomme n'aurait pu dire à qui il avait affaire. Cette inconnue était peut-être vraiment une sorcière. On n'a pas tous les jours l'occasion de voisiner avec ces cousines du diable. Il fit :

— Madame, sur les preuves que vous m'en donnez, je croirais bien ce que vous me dites touchant votre état, encore que, dans ce réduit où nous sommes, votre manteau ne fleure point du tout le soufre, mais la bergamote. M'est-il permis de vous demander un avis, pour une cause qui me tient fort au cœur ?

Parmi le tumulte de l'orage faisant furieusement vacarme, il y eut un son léger, comme si la sorcière étouffait de rire, ou peut-être qu'elle éternuât. Déjà, d'ailleurs, elle répondait :

— Je mets à votre service les dons que j'ai reçus, si je puis.

Et M. Deval conta ses tourments, c'est-à-dire les sentiments qu'il éprouvait pour Mlle de Jarnac et la crainte qu'il avait de ne voir pas couronner un si grand amour. La sorcière écoutait, enveloppée jusqu'aux yeux, les vieilles gens sont si frileux ! — dans la mante plus sombre que les entrailles du dolmen. Quand le gentilhomme yint dire que la belle ne voulait point de lui, vu la mesquinerie de son train, la bonne femme se fâcha :

— Voilà qui est mal parler, monsieur. Mlle de Jarnac ne vous pardonnerait point si elle savait que vous doutez d'elle pour une question de rang ou d'écus.

— Pourtant...

— Point du tout. Laissez cela, vous dis-je, ou votre cause'ëst perdue. Or, il faut la gagner.

— Et comment donc ? fit M. de Beauregard, ivre d'une espérance.

— Demain, au petit jour, entrez dans la cour du logis de Garde-Epée. Vous y trouverez une fille de !ferme dispensant le grain aux volatiles. Allez à elle, faites-lui la déclaration de votre amour.

— Pardonnez-moi, madème, je ne le ferai point.

La sorcière secoua les épaules :

— Voyez-moi ces lunatiques ! Ils demandent secours et renâclent à saisir la perche tendue ! Et pourquoi cela, s'il vous plaît ?

— J'aime trop Mlle de Jarnac pour lui être infidèle, fût-ce par feintise. Et aussi, si petit état que -je tienne, une fille basse-courière...

— Alors, ne vous plaignez pas de votre infortune. Bonsoir !

Sur ce petit mot sec, la sorcière, rassemblant ses cottes, disparut dans l'ondée.

Elle s'éloigna fort vite, comme font seulement les filles très jeunes et les sorcières très vieilles. Un moment, M. de Beauregard tâcha à surprendre la direction vers laquelle elle fuyait. Mais le moyen, avec cette pluie faisant rage, et dont l'inconnue s'enveloppait comme d'un manteau ? Le feu était-il, par ailleurs, au dolmen, pour que la devineresse s'en écartât si vivement ?

Ennuyé et songeant à ce qui venait de lui être dit, M. de Beauregard se mit en devoir de regagner son logis. La pluie cessait tout justement, un arc-en-ciel lançait l'écharpe d'iris sur la lande.

Notre chevalier habitait une gentilhommière croulante demi. Tout son domestique se composait d'un vieux serviteur qui salua le retour de son maître par ces mots prononcés d'un ton sans grâce :

— Cela a-t-il du bon sens, de s'en aller par ce temps courir le garou sur la lande, et remuer je ne sais quels fagots à vous rompre la tête ?

Le jeune homme prit les choses à la bonne, car son valet, tout grognon qu'il fût, était le seul être humain qui lui tint compagnie. Il répondit gaiement :

— Pour les fagots que je remue en ma cervelle, cela ne regarde que moi, s'il te plaît quant à ce qui est de courir le garou.... eh ! eh ! j'ai rencontré quelqu'un qui m'a tout l'air de le courir à ses heures !

Thibaud dressa l'oreille il s'informa :

— Ho ! monsieur ! Vous n'auriez point trouvé la Grand-Beste, j'espère?

— Non pas, Thibaud; mais sous le dolmen de Garde-Epée, où j'avais pris refuge, une sorcière, bel et bon, m'a accueilli. Elle m'a annoncé que la foudre allait tomber sur le bois, et, l'instant d'après, un pin a flambé.

— Cela... fit Thibaud en hochant la tête.

— Elle m'a dit encore...

Le gentilhomme s'arrêta, et, sans vouloir toucher à son repas, s'en alla dans le bout du parc déchevelé entourant son logis.

Le conseil donné par la sybille trottait en sa tête, et de la belle façon. Si, vraiment, il était si simple de conquérir Mlle de Jarnac, il y aurait sottise de ne le point tenter. Mais feindre — et pour quel objet ! — des sentiments qu'il n'éprouvait point, répugnait au gentilhomme à l'extrême. Sans parler qu'il y aurait de gros risques, car Mlle de Jarnac, survenant, pouvait fort bien surprendre des propos qui n'étaient point pour ses oreilles. Alors, tout espoir serait à jamais perdu.

M. Deval passa une nuit bien perplexe. Au matin, et s'étant juré cent fois de n'en rien faire, il se trouva devant la muraille de Garde-Epée. Il franchit la poterne, et, dans la grand'cour, il trouva une fille jetant le grain aux oisons. La pécore se mêlait d'avoir tournure avenante, encore que sa tête fût dérobée par les bavolets de sa capeline. La pénitence n'en parut pas moins amère à l'amoureux de Mlle de Jarnac; il avança, recula, hésita, tortilla de cent manières avant que de lancer tout d'une haleine :

— Ma belle enfant, que je vous aime ainsi !

Ce n'était pas tout à fait une déclaration d'amour, mais le gentilhomme ne pouvait dire plus. Sans doute, cela suffisait : brusquement, la drôlette se retourna, montrant un minois qui était bien Jarnac :

— Et moi donc ? Fol qui n'en auriez rien voulu voir sns que j'aie fait la sorcière !... Vous ai-je bien floué ?

Ainsi fut décidé le mariage de haute demoiselle Henriette de Jarnac avec noble homme Jean Deval de Beauregard.

Source : Jean Mauclère.

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18 janvier 2021

Une maintenue de noblesse

Olivier Sardain, éc, sr de Saint-Michel,
François Sardain, éc, sr de Beauregard, son frère.

Pièces justificatives : Edit du roi du mois de mars 1696, portant Niort anoblissement de cinq cents personnes.

Quittance de finance de la somme de six mille livres payée par Joseph Sardain, sr de Borde, pour acquérir des lettres de noblesse en exécution de l'édit ci-dessus, en date du 23 novembre 1696, signé Brunet, enregistrée au contrôle général des finances le 7 avril 1697, signé Phelypeaux.

Lettres patentes de Sa Majesté portant anoblissement de la personne de Joseph Sardain, sr de Borde, données au mois de décembre 1696, signé Louis, et sur le repli, par le roi, Colbert, enregistrées en la Chambre des comptes, Cour des aides et Bureau des finances de la Généralité de Limoges, suivant les actes insérés sur le repli.

Autres lettres patentes expédiées en faveur du même Joseph Sardain, sr de Borde, contenant même anoblissement, à défaut par lui d'avoir fait enregistrer les premières au Parlement, données au mois d'avril 1698, signé Louis, et sur le repli, Par le roi, Colbert, registrées en Parlement le 13 août 1698, suivant l'acte inséré sur le repli, et scellées en lacs de soie du grand sceau de cire verte.

Quittance de finance de la somme de trois mille livres payée par Joseph Sardain, sr de Borde, pour jouir de cent cinquante livres de rente et de la confirmation de sa noblesse, en date du 16 mars 1705, signé de Turmenye, enregistrée au contrôle général des finances le 11 avril 1705, signé Chamillard, et la quittance des deux sols pour livre.

Ordonnance des srs présidents trésoriers de France de la Généralité de Limoges, contenant l'enregistrement de ladite quittance de finance, en date du 31 mai 1706, signé desdits sieurs et de Dachet, greffier commis.

Quittance de finance de la somme de douze cents livres, payée par Joseph Sardain, sr de Borde, pour jouir de soixante livres de rente et de la confirmation de sa noblesse, en date du 1er juin 1712, signé Lebas de Montargis, enregistrée au contrôle général des finances le 25 juin 1712, signé Perottin, et la quittance des deux sols pour livre.

Contrat de mariage d'Olivier Sardain, sr de Saint-Michel, avec dlle Anne de la Court, par lequel il paraît qu'il est fils de Joseph Sardain, sr de Borde, et de dlle Renée de la Chalonie, en date du 10 septembre 1681, signé Saulnyer, nre.

Contrat de mariage de François Sardain, sr de Beauregard, avec dlle Madeleine de la Court, par lequel il parait qu'il est fils de Joseph Sardain, sr de Borde, et de dlle Renée de la Chalonie, en date du 14 novembre 1685, signé Saulnyer, nre.

Ordonnance : Maintenus comme nobles et écuyers, le 14 mars 1715, signé de Richebourg.

(Archives Historiques du Poitou, 1893)

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