23 mai 2016

Les seigneurs du Nontronnais

Par acte du 18 décembre 1751, reçu par Gervais, notaire à Paris, ratifié le 27 juin suivant, les créanciers et syndics de la dite dame Egon de Courcillon vendirent la terre et baronnie de Nontron à messire Jean-Charles de Lavie, président au Parlement de Bordeaux, pour la somme de vingt-cinq mille livres. Il ne s'agissait d'ailleurs, dans cette vente, que du chef-lieu de la baronnie et de la seule paroisse de Nontron, les trente-cinq, sur soixante-douze qui la composaient en 1553, ayant été successivement et irrévocablement aliénées du XVIIe au XVIIIe siècle. Voici à cet égard le tableau que nous avons relevé dans les Archiil ces de la Charente, en rectifiant l'orthographe fies noms : « 1° Nontron, à M. de Lavie; 2° Javerlhac, à M. Texier de Javerlhac; 3° Abjat, à M. d'Aydie; 4° Savignac, au même; 5° Saint-Martial-de-Valette, à M. Moreau de Villejalet; 6° St-Pardoux-la-Rivière; à M. d'Abzac de Villars, à Mme d'Allonis et à Mme la prieure; 7° Augiguac, à M. de Pompadour, à M. du Lau d'Allemans; 8° Milhac. à M. de La Marthonie; 9° Quinsac, à M. le comte d'Aydie; 10° St-Front-de-Champniers, à M. de Labrousse de Verteillac; il y a d autres fiefs; 11° Pluviers, à M. du Lau d'Allemans à M. de La Ramière; 12° St-Martin-le-Peint, à M. de Labrousse de Verteillac; 13° Marval, à M. de Saint-Auvent, la justice: à M. de Lambertie, le fief; 14° Champagnac, à M. d'Aydie de Saint-Laurent; 15° Saint-Pancrace, à M. de La Garde de Saint-Angel; 16° l'enclave de Champeaux, à M. de Ribérac, à M. le marquis de Laxion, son beau-frère; 17° le bourg de Bussière-Badil, à M. de La Vauguyon, comme prieur de Malte; 18° Nontronneau, à M. de Labrousse de Verteillac; 19° Champniers, à M. du Lau d'Allemans, à M. de La Ramière; 20° St-Front-la-Rivière, ou La Renaudie, à la famille du Barry, à M. le comte des Cars; 21° St-Etienne-le-Droux, à M. de Pompadour, à M. de Lavie, à M. de La Ramière; 22° Villars, M. de Rastignac; 23° Varaignes, à M. Stuart de Quélen de Caussade, à M. Delay; 24° Bondazeau, à M. d'Hastelet; 25° Les Graulges, au même; 26° Saint-Saud, à M. d'Arlot de Frugie; 27° Beaussac, à plusieurs seigneurs de Bellussières, Fayard des Combes, Maillard; 28° Romain, à M. de Vigneras; M. de Roux y a un fief; 29° Saint-Martin-la-Rivière, M. Moreau de Villejalet; 30° Reilhac, M. de Roux de Reilhac; 31° Lussas, à la famille du Faure, à M. d'Aydie; 32° Champeaux, au même; 33° le bourg de Feuillade, à la famille Vigier, à M. de Javerlhac; 34° le bourg de Miallet, à divers seigneurs de Lambertie, d'Aydie, de Rastignac et Grant de Bellussière; 35° I'enclave de Bellussière et de La Beausse, dont le seigneur des Combes s'est emparé. »

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1886)

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22 mai 2016

Les Gardes d'honneur de la Dordogne

Dans les premiers jours de 1808. le bruit se répandit que Napoléon traverserait le département de la Dordogne en allant à Bayonne. Une Garde d'honneur s'organisa alors à Périgueux comme par enchantement nobles, bourgeois, riches marchands s'inscrivirent avec empressemcnt pour en faire partie. Un arrêté préfectoral du 11 janvier stipula qu'il y aurait une seule Garde d'honneur pour tout le département (1).

On donnait, à cette époque, le nom de Gardes d'honneur aux compagnies sédentaires locales, uniquement d'apparat, formées dans les déparlements ou les villes pour le passage des grands personnages de l'Etat.

La Garde d'honneur à cheval s'exerçait pour les manoeuvres et commençait à prendre tournure lorsqu'on apprit les modifications de l'itinéraire impérial Napoléon se rendait à Bordeaux par Angoulême et Barbezieux. Cette Garde ne se réunit plus après le mois d'avril; date du voyage officiel, que pour les cérémonies anniversaires de la naissance et du couronnement de l'Empereur.

Commandée par M. André de Fayolle, ancien pagé du Roi, elle eut pour lieutenants l'ex-capitaine d'infanterie Langlade et M. Jean Borie. Elle comporta un maréchal des logis, deux brigadiers et dix-neuf gardes, parmi lesquels deux jeunës d'Abzac. La tenue consistait dàns un habit vert avec boutons, collet, revers et parements blancs, ayant les poches en long la culotte et la veste blanches, des aiguillettes d'argent, le chapeau français à trois cornes, les bottes à l'écuyère avec éperons d'argent. Elle était armée du sabre. La selle rase ou demi-écuyère était en veau ou daim blanc, housse et chaperon vert dragon galonné d'argent. Les brides avaient une garniture d'argent (2). Une lettre du 2 septembre 1808, écrite au commandant de Fayolle par le brigadier Mazerat-Delor, indique le désir de quelques gardes de voir adopter l'habit sans revers, le pantalon vert et l'épée (3).

Un contemporain (4) a noté comme une circonstance très remarquable et une preuve de la fusion des partis, l'empressement des Périgourdins à se faire inscrire dans la Garde d'honneur : on peut dire, observe-t-il, qu'alors toutes les opinions étaient réunies, tout le monde voulait l'Empereur.

Ce nom de Gardes d'honneur fut ensuite donné par le sénatus-consulte du 3 avril 1813 à quatre régiments de cavalerie, à l'effectif total de 10.000 hommes, dont un décret du 5 avril réglementa l'organisation. Etaient admis à faire partie de ces régiments, sous la condition d'être Français et âgés de dix-neuf à trente ans inclusivement, les membres de la Légion d'honneur ou de l'Ordre de la Réunion el leurs fils, les chevaliers, barons, comtes et ducs de l'Empire et leurs fils, les membres des collèges électoraux et des conseils généraux de département et d'arrondissement, des conseils municipaux des bonnes villes et leurs fils et neveux, les cinq cents, plus imposés de chaque département et, dans chacun des départernents, les cent plus imposés des villes, leurs fils et neveux; les employés des diverses régies et leurs fils. On y admit jusqu'à l'âge de 45 ans, les militaires ayant servi dans les armées françaises, les anciens officiers des armées étrangères et leurs fils. La désignation d'office n'eut lieu par les préfets que si le contingent départemental requis n'était pas rempli par les engagements volontaires.

Les Gardes d'honneur durent s'habiller, s'équiper et se ,monter à leurs frais. Les engagés volontaires versèrent une somme de 1156 francs. Toutefois, les membres de la Légion d'honneur ou leurs fils qui n'avaient pas les facultés nécessaires pour cela pouvaient, sur un rapport du préfet au grand chancelier, être habillés, équipés et montés aux frais de la Légion.

L'uniforme fut identique pour les quatre régiments. La pelisse était vert foncé, doublée de flanelle blanche, bordure, boudin et tour de manches en peau noire, gants olive et tresses blanches; le fond du dolman également vert foncé, doublé de toile à la partie supérieure et de peau rouge à la partie inférieure, avec collet et parements écarlate, tresses du collet, des fausses poches et des parements de la même couleur que celles de la pelisse. La culotte hongroise était en drap rouge avec tresses blanches. Les boutons étaient blancs. La ceinture était fond cramoisi avec garnitures blanches, et le schako rouge surmonté d'un plumet vert, qui, pour le 3e régiment, avait l'extrémité jaune.

En ces temps « avides de soldats », surtout après la désastreuse expédition de Russie, c'était une grande habileté de constituer un corps important de cavalerie, aux frais des hommes. Le pouvoir coercitif des préfets contribua peut-être à leur formation; mais il y eut surtout la séduction de l'uniforme et de l'équipement à la hussarde, l'annonce du grade de sous-lieutenant au bout d'un an de service, l'assimilation pour la solde aux chasseurs de la Garde.

Le 3e régiment, formé à dix escadrons, fut composé des Gardes d'honneur fournis par les départements des 10e, 11e, 12e, 13e, 20e, 22e, 29e et 31e divisions militaires. Avec les Périgourdins, il comprit des Gascons, des Agenais, des Cadurciens, des Corréziens, des Charentais, des Pyrénéens, des Tourangeaux, même des Hollandais, des Suisses et des Toscaus.

D'après l'état annexé au décret impérial, le département de la Dordogne devait fournir de 50 à 100 hommes pour la formation de ce régiment, le plus nombreux des quatre. Un rapport du préfet Maurice au Ministre de l'Intérieur fait connaître, à la date du 10 juin, que le contingent montera à 106 hommes, dont 74 inscrits volontaires. Parmi les 32 désignés, 25 rivalisaient d'empressement avec ceux qui avaient offert d'eux-mêmes leurs services; 2 ou 3 autres pourraient être dispensés pour cause de maladie. Le maximum sera sùrement atteint, si même il n'est pas dépassé. Le préfet ne peut qu'applaudir.au bon esprit que montrent ses administrés. Il note que les mesures prises pour « la formation du fonds commun » n'ont pas aussi généralement déplu qu'il ne le craignait d'abord. Seules, quelques personnalités égoïstes ou disposées à se ficher de tout, n'ont pas fait preuve d'une bonne volonté bien louable dans une situation aussi fâcheuse que celle du plus grand nombre des propriétaires de ce département

« En général, on a bien voulu remarquer que j'avais rempli les intentions de S. M. de la manière la plus douce pour les familles. On a su gré à l'administration d'avoir écarté des désignations les fils uniques et les chefs de famille, et d'avoir observé dans les demandes de fonds les ménagements que commandait l'état de gêne du plus grand nombre des individus atteints » (5).

Dans la Dordogne, en définitive, ce recrutement spécial des fils de familles distinguées s'opéra avec une grande facilité, ainsi que partout ailleurs ou presque. Si le mouvement n'avait pas été spontané pour la France entière, il avait du moins suffi, comme l'a bien dit M. Frédéric Masson, que les portes fussent ouvertes et qu'on poussât un peu cette jeunesse pour qu'elle s'empressât de passer (6). On ne sollicita pas en vain cette jeunesse elle entendit bien vite l'appel et y répondit.

Une portion du contingent départemental, la première, comprit cinquante-quatre gardes. A Périgueux, le 2 mai, le préfet en dressa la liste en y joignaut de curieuses indications sur leurs familles. Voici ce contrôle nominatif auquel nous ajoutons les lieux et dates de naissance des inscrits, leur filiation, leur affectation par escadron et compagnie au régiment des Gardes d'honneur, avec diverses indications sur leur carrière :

Aumassip Jean, né à Périgueux le 11 novembre 1795, d'Etienne et Thérèse Murat. « L'inscrit appartient à une famille de commerçants qui jouit de l'estime et de la considération publiques il se destinait à la médecine ».

Beaupoil de Saint Aulaire Alexis-Armand, de Condat, né à Saint-Genès (Gironde) le 31 octobre 1794 de François et Marguerite de Bellot. « Famille jouissant d'une grande considération et parénte du Comte de Saint-Aulaire, chambellan de l'Empereur et préfet de la Meuse ». — 2e escadron, 12e compagnie.

Beaupoil de Saint-Aulaire Hippolyte, né à Cornille le 19 avril 1795 de Jean-Baptiste-Front-Yrieix et Céleste Boistillé. Cousin germain du président. — 2e escadron, 12e compagnie.

Plus tard lieutenant-colonel du 28 Hussards et officier de la Légion d'honneur.

Biran de Lagrèze Jean-Philippe-Guillaume, né à Bergerac le 30 avril 1793 d'Elie-Joseph et Madeleine Pilet. « Famille possédant depuis longtemps une juste considération acquise par des services distingués dans la robe et dans l'épée ». — 10e escadron, 10e compagnie.

Bonvillet Etienne, né à Saint-Privat-des-Prés le le 1er janvier 1795 de Louis et Marie-Anne Tilhard. « Famille ayant toujours donné des preuves d'un bon esprit public. Le frère ainé s'est enrôlé volontairement depuis 1810 ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Bourdelle Pierre, né à Brantôme le 22 mars 1795 de Jean et Marie-Lucrèce Bourdinot. « Le père avocat, membre, du conseil municipal de Thiviers, possède. l'estime publique et est très considéré ». — 4e escadron, 4e compagnie.

Burguet Pierre, né à Ribérac le 4 janvier 1795 de Sieaire et Madeleine Noël. « D'une famille jouissant d'une grande considération. Est neveu de deux officiers qui faisaient partie de l'armée de Russie. Cousin issu de germain du général Morand, ancien gouverneur de la Corse tué du côté de Hambourg ». — 2e escadron, 12e compagnie.

Sous-lieutenant au 59e d'infanterie. Chevalier de la Légion d'honneur en 1832.

Carvès Jean-Baptiste, né à La Roque-Gageac le 22 novembre 1795 de Raymond et Catherine Ampoulange. « Fils d'un riche négociant très considéré ». — 2e escadron, 2e compagnie.

Chabannes de Saint-Georges Guillaume, né à Saint-Rabier le 11 mai 1786 de Jean et Catherine-Thérèse Guibert « D'une bonne famille d'anciens bourgeois jouissant de la considération et de l'estime publiques ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Chassagnie François, né à Bergerac le 29 juin 1795 de Pierre et Marthe Minard. « D'une bonne famille d'anciens bourgeois. Le père a été receveur du district. Deux oncles maternels ont été gardes du corps du Roi ». — 2e escadron, 12e compagnie.

Chevalier de la Galage Elie, né à Prigonrieux le 25 septembre 1787 d'Elie-Simon et Catherine Rose. « D'une bonne famille d'anciensbourgeois privilégiés jouissant de l'estime et de la considération générales ». — 9e escadron, 9e compagnie.

Corron Bertrand-Frédéric, né à La Boissière-d'Ans le 31 octobre 1795 de François-Frédéric-Maurice et Marie Penot. « Le père, excellent homme estimé et considéré, est actuellement en activité à Mayence; il a rempli pendant plusieurs années les fonctions d'inspecteur de la forge et fonderie d'Ans ». 38 escadron, 138 compagnie.

Courtois Desgranges Pierre, né à Grignols le 7 mars 1788 de Raymond et Suzanne Lespinas. « D'une famille jouissant de l'estime générale et de la plus grande considération dans son canton. Un oncle, ancien juge seigneurial, est juge de paix depuis bien des années un autre oncle, ancien administrateur du département, est maire de sa commune ». — 4e escadron, 4e compagnie.

Courtois de Maine André, né à Grignols, le 5 mars 1793 d'André et Marie Lavigne. Cousin germain du précédent. — 10e escadron, 10e compagnie.

Couil de Cluzeau Julien, né à Périgueux le 31 juillet 1790 de Pierre et Marguerite Ducheyron. « Sa famille jouit de beaucoup de considération. Le père, avocat distingué, a été pendant plusieurs années 1er adjoint au maire de Périgueux et est décédé en fonctions. Deux. oncles maternels étaient officiers d'infanterie avant 1789 ». — 4e escadron, 4e compagnie. Nommé brigadier le 17 juillet 1813.

Dalmas Jules, de Nontron, originaire de l'Ardèche, né le 31 avril 1794 de François et Sophie Roger. « Son père, qui occupe un emploi supérieur dans l'administration des droits réunis, est estimé et très considéré; deux de ses fils, officiers, ont péri aux armées ». — 3e escadrons, 13e compagnie.

Darène de Lacroze Joseph-Frédéric, né à Ribérac le 1er avril de Bernard-Joseph. et Jeanne-Sophie Constantin. « Appartient à une famille marquante par le rang qu'elle a toujours occupé dans la société, Deux oncles, dont l'un président du tribunal civil de Ribérac, sont membres de collège. Deux autres oncles sont officiers dans la ligne. Est cousin issu de germain du général Morand ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Dauriac Justin, né à Périgueux le 14 juillet 1794 de Jean-Baptiste et Marie Saulnier, « fils d'un négociant estimable et considéré. La branche aînée de cette famille a fourni plusieurs conseillers au ci-devant présidial de Périgueux ». — 2e escadron, 12e compagnie.

Debord Jean, né à Rouffignac le 26 juin 1793 d'Antoine et Louise Blondel. « Le père est mort juge de paix. Ses oncles maternels étaient gardes du corps du roi Louis XVI ». — 7e escadron, 7e compagnie.

Delage de Lombrière Jean, « d'une famille ancienne, estimée et très considérée dans le canton de Montpon ».

Demagne Pierre, né à Nailhac le 7 octobre 1789 de Pierre et Françoise Doneuve. Famille considérée par d'anciens services militaires et par une excellente et constante moralité. — 2e escadron; 12e compagnie.

Desbrousse ou Rey-Desbrousse François, né à Nailhac le 30 novembre 1789 de Martin et Anne Dubin. Bonne famille d'anciens bourgeois privilégiés, considérée. — 2e escadron, 12e compagnie.

Deschamps François-Louis, d'une bonne famille d'anciens bourgeois privilégiés. Le père est maire de sa commune.

Devianne-Dufraisse Joseph, né à Périgueux le 26 avril 1795 de Joseph et Marguerite Desbordes. « Son grand-père était conseiller au présidial de Tulle. Deux de ses oncles servaiènt l'un aux. Gendarmes et l'autre aux Gardes du corps du Roi. Famille toujours très considérée ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Dubut François, né à Chatelerie, commune de St-Pierre-de-Côle le 12 janvier 1796 de Jean et de Paule Menesplier. Taille 1 m. 72. « Très apte. Famille jouissant d'une grande considération dans le canton ». 10e escadron, 10e compagnie.

Successivement garde du corps du Roi, capitaine au 32e de ligne et major du 74e, chevalier de la Légion d'honneur.

Dumas ou Ribadeau-Dumas Pierre, né à Nontron le 1er mai 1795 de Léonard et Anne Verneuil. « Famille d'anciens bourgeois privilégiés jouissant de l'estime publique et d'unegrande considération dans le canton de GrignoIs (7) ». — 8e escadron, 18e compagnie.

Dumourier de Jammes Jean-Félix-Edouard, né à Beaussac-et-Ladosse, le 19 décembre 1791 de Marc et Marguerite Fayard. Demeurant à Echourgnac. « Famille d'ancienne noblesse, peu riche, mais bien. alliée et très considérée. Le père officier d'infanterie avant 1789, émigré rentré, exerce avec zèle et dévouement les fonctions de maire de sa commune ». — 4e escadron, 4e compagnie..

Ecuyer Guillaume, né à Celles, le 13 février 1796 de Jean et Elisabeth Labonne. « Bonne famille d'anciens bourgeois privilégiés, jouissant de l'estime et de la considération publiques ». — 2e escadron, 2e compagnie.

Fargeot Michel-Philippe, né à Ribérac. le 14 février 1791 de Jacques et Thérèse Limousin. « Famille jouissant de beaucoup de considération. Le père est membre du collège électoral du département, le frère aîné est receveur particulier de l'arrondissement de Ribérac. L'oncle maternel, M. Limousin, a été honoré de deux législatures (8) ». — 7e escadron, 7e compagnie. Mort de fièvre à l'hôpital de Metz le 29 janvier 1814.

Froidefond de La Borde aîné Jean, né à Yélines le 13 septembre 1793 de Jean-François et Jeanne Verger. » — 3e escadron, 130 compagnie.

Froide fond de La Borde cadet Pierre, né à Vélines le 22 septembre 1795. 30 escadron, 130 compagnie. Sous-lieutenant au 90 chasseurs jusqu'en 1819.

« Très ancienne famille de noblesse militaire, qui, quoiqne pauvre, a conservé toute sa considération. Tous deux. ont les meilleures dispositions pour l'état où leurs ancêtres se sont illustrés ».

Cablanc Dureclus de Gageac Emile, né à Bordeaux en 1791, demeurant à Périgueux. « Famille d'ancienne noblesse distinguée dans les armes, justement estimée et considérée ». — 4e escadron, 4e compagnie.

Gerbeaud Jean-Paulin, né à Ribérac le 13 août 1796 de Guillaume et Anne Darene-Lacroze. « Famille distinguée et très considérée. Fils du président du tribunal civil de Ribérac ». — 5e escadron, 150 compagnie. Capitaine au 3e Léger.

Giory Jean, né à Celles le 4 février 1796 de Pierre et Marie Lusseaud. « Famille considérée. Compte parmi ses aieux plusieurs militaires distingués ». — 3e escadron, 13e compagnie. Mort à l'hôpital de Lunéville le 28 décembre 1813.

Gorsse Guillaume, né à Bézenac le 18 février 1796 de François et Marie. Raynal. « D'une famille considérée, qui compte plusieurs militaires distingués ». — 6e escadron, 16e compagnie.

Grenier François-Marc, né à Rochefort (Charente-Inférieure) le 1er mars 1785, demeurant à Périgueux (9). « Son père, ancien officier du régiment de La-Couronne, major de gendarmerie et chevalier de la Légion d'honneur, jouit d'une considération justement acquise par de longs et glorieux services militaires ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Labrousse de Fontenilles Antoine, né à Cadouin le 13 septembre 1788 de Louis et Madeleine Giraud, domicilié à Paunat. « Famille pauvre mais estimée et considérée par d'anciens services militaires, descendant d'un homme d'armes anobli par Philippe-Auguste après la bataille de Bouvines (10) ». — 8e escadron, 8e compagnie.

Mort à l'hôpital de Tours le 23 mars 1814.

Laussinotte Mathieu, né à Saint-Pantaly d'Ans le 7 août 1785 de François et Madeleine Donève, « Bonne famille d'anciens bourgeois privilégiés. Le père a rempli constamment des places administratives ou judiciaires, estimé et considéré dans son canton ». — 2e escadron, 12e compagnie.

Lavergnee du Rocq Joachim, né à Trémolat le 30 octobre 1791 d'Antoine et Louise Girault. « D'une famille noble très estimée et considérée. Le père a exercé avec distinction des fonctions publiques ».

Bornet de Léger François-Hector, né à Neuvie le 10 janvier 1796, « Famille des. plus distinguées par un vrai mérite et par une suite d'aïeux marquant par leurs vertus et par les places qu'ils ont occupées ».

Lieutenant au 4e de Ligne, réformé pour blessures en 1825.

Maillard de Lafaye Philippe-Paul, né à Saint-Sulpice de Mareuil le 15 juillet 1794 de François et Julie-Rose Chamet. « Ancienne famille noble réunissant tous les genres de considération, surtout celle acquise par les services d'un grand nombre d'officiers ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Mayaudon François, né à Terrasson le 7 novembre 1790 de Jacques et Marguerite Lacoste. « Famille distinguée et considérée par d'excellents services militaires, jouissant à juste titre de l'estime publique ». — 8e escadron, 8e compagnie.

Mérilhou de Verneuil Pierre; né à Cherveix le 7 octobre 1795, de Jean-Baptiste et de Marguerite Debès. « Le père et deux oncles étaient gardes du corps du Roi. » — 3e escadron, 13e compagnie.

Nebout de La Pixolie François-Louis, né à Limeyrat le 24 mars 1795 de Jean et Marguerite Cellerier. « D'une famille de bourgeois privilégiés. Le père, ancien officier au régiment Maréchal-de-Turenne, très estimé et considéré, exerce avec zèle les fonctions de maire ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Passemard Jacques, né à Saint-Rabier le 24 février 1795 de Jacques et Marguerite Larivière. « Famille estimée et considérée. Le père a toujours exercé des fonctions publiques depuis 1790». — 7e escadron, 17e compagnie.

Pontou Jean, né à Domme le 20 décembre 1788 d'Antoine et Anne Folialeau. « Famille de négociants très riches et considérée ». — 5e escadron, 5e compagnie.

Pouchard Jean-Marc, né à Coulaures le 11 mars 1795 de Jean et Marie Deschamps. « Bonne famille bourgeoise estimée et.considérée dans son canton ». — 4e escadron, 4e compagnie..

Reynal Joseph, né à Cénac le 22 juin 1793 de Guillaume et Marie Laville. « Famille bourgeoise estimée et considérée». — 10e escadron, 20e compagnie.

De Ribeyreix ou Ribeyreys de Farges Jean-Francois-Isaac, né a Vanxains le 18 août 1788 d'Elie et Marie-Madeleine de Bonnefond. « Famille très pauvre, mais ayant conservé beaucoup de considération alliée aux meilleures familles du dévartement; a produit beaucoup de personnes qui se sont distinguée, dans la carrière des armes ». — 2e escadron, 12e compagnie.

De Salleton Julien-Joseph, né à Saint-Michel, commune de Cantillac le 29 novembre 1795, de François-Paul et Jeanne-Julie de Châtillon, « Très ancienne famille de noblesse militaire justement considérée. Depuis 1650 les aïeux, paternels et maternels de l'inscrit offrent une série d'officiers distingués dont plusieurs sont morts au champ d'honneur ». — 7e escadron, 17e compagnie. Brigadier le 2 août 1813, chevalier de la Légion d'honneur à dix-huit ans. Officier aux cuirassiers de la Garde royale.

De Saulnier du Plessac André-François-Benoit, de St-Félix de Mareuil. « Famille de noblesse militaire et considérée. Il y avait 'six frères officiers avant 1789 ».

Orfaure de Tantaloup Pierre, né à Ribérac le 10 juin 1793 de Raymond et Anne-Elisabeth Lamy. « Bonne famille de bourgeois privilégiés, bien alliée et considérée. Le père a été gendarme de la Garde du Roi un oncle chef d'escadron a été tué, il y a neuf ans, devant Gaëte ». — 3e escadron, 13e compagnie. Officier de dragons, retraité vers 1845.

De Tarde Joseph, né à La Roque-Gageac en 1795. Le père a été syndic de la marine pendant plus de 20 ans. « Famille ancienne justement considérée par ses vertus et les places qu'elle a occupées ». — 3e escadron, 138 compagnie.

Texier Louis, né à Sainte-Marie-de-Frugie en 1795. « Bonne famille estimée et considérée ».

En récapitulant les noms de la première liste, on trouve une trentaine de Gardes d'honneur qui descendaient de bourgeois anciens ou privilégiés et une quinzaine qui étaient issus de maisons nobles; les neuf autres jeunes gens étaient fils de commerçants, de. fonctionnaires ou de militaires. Tous appartenaient à des familles estimées et considérées du pays. Seuls, les noms de Delage de Lombrière, de Deschamps et de Saulnier du Pessac, inscrits par le préfet, n'ont pas été retrouvés sur les matricules du régiment.

Sur ces mêmes contrôles nous avons noté, à la date du 15 juillet 1813, dix autres incorporations qui concernent des Périgourdins :

Burgairolles Guillaume, de Thiviers, né à Narbonne le 29 septembre 1795 de Guillaume et Marie Peyrat. — 3e escadron, 13e compagnie.

Dupin Antoine, de Sainte-Croix, né à Saint-Saud le 29 avril 1794 de Charles et Marguerite Raymond. — 7e escadron, 7e compagnie.

Duverrier de Monfort Jean-Maurice, né à Pomport le 14 septembre 1795 de Jean et Eléonore Baubal.

Formel Jean, de La Roche-Chalais, né à Saint-Aigulin (Charente-Inférieure), le 19 décembre 1790 de Michel et Françoise Ruisselet. — 9e escadron, 9e compagnie.

Luguet-Desgranges Jean-Joseph, né à Douchapt le 22 août 1795 de Jean-Baptiste et Marie Labonne. — 4e escadron, 4e compagnie.

Mouru-Lacombe Jean, né au Fleix le 11 avril 1795 de Jean et Marie Colignan. — 3e escadron, 13e compagnie.

Pastoureau Louis-François-Alexandre, né à Javerlhac le 21 novembre 1795 de François et Marguerite Janaillac. — 4e escadron, 4e compagnie.

Rey-Lagarde Pierre, né au Bugue le 4 novembre 1782 de Jean et Marie Minard. — 10e escadron, 10e compagnie. Promu brigadier le 21 août.

Saint-Ours Georges, né au Verdon le 12 janvier 1795 de Pierre et Marthe Galina. 10e escadron, 10e compagnie.

Pichel Guillaume, né à Brantôme le 31 janvier 1793 de Guillaume et Jeanne Paris. — 3e escadron, 13e compagnie.

Le 23 juillet eurent lieu vingt-et-une nouvelles incorporarations de jeunes gens de la Dordogne :

Arlot de Saint-Saud Julien, né à Périgueux le 14 février 1788 de Louis et Marguerite de Fayolle. — 5e escadron, 5e compagnie.

Agard Jean, né à Savignac de Nontron le 7 mars 1788 de Pierre et Pétronille Martinot. — 10e escadron, 20e compagnie.

Alix-Dubousquet Etienne, né à Saint-André de Sarlat le 23 mai 1793 de Guillaume et Catherine Ampoulange. — 5e escadron, 5e compagnie.

Antignac-Boissière Jean, né au Bugue le 21 novembre 1790 d'Antoine et Jeanne Albucher.

Bourdet Louis, né à Sarlat le 23 mai 1794 de Jean et Pétronille Labrousse. — 5e escadron, 5e compagnie.

Champagnac-Leyraud Paul-Victor, né à Villars, canton de Bussière-Badil le 10 février 1795 de Louis et Valérie Roussy. — 5e escadron, 50 compagnie.

Deborde-Lalande Antoine, né à Saint-Cernin de Reilhac le 6 mars 1787 de Gabriel et Marie Fournier. 4.0 escadron, 4e compagnie.

Eyriaud-Béchemore Jacques, né à Javerlhac le 4 avril 1788 de François et Marie Jalanihac. — 5e escadron, 15e compagnie.

Gaussen Paul, né à Bergerac le 17 avril 1788 de Mathias et Julie Burette. — 10e escadron, 20e compagnie.

Grézel Jean-François-Xavier-Maurice, né à Sarlat le 18 août 1790 du capitaine Barthélemy-Joseph et Marie Debarry. — 5e escadron, 5e compagnie.

Labrousse Mandegou Pierre, né à Cazoulès le 30 mai 1793 de Pierre-Jacques et Madeleine Tarde. — 7e escadron, 17e compagnie.

Lajarte Jeoffre Raymond, né à Naillac le 20 novembre 1798 de François et Antoinette Pochet. — 7e escadron. 17e compagnie.

Humeau de la Martinie Charles, né à Bergerac le 5 juillet 1792 de Philippe et Jeanne Chanceaulme. — 5e escadron, 5e compagnie.

Laroche Babiard Pierre, né à Saint-Germain de Bf,,rgerac le 10 mai 1794 de Pierre et lllarguerite Charraux.

Lescure Jean-Etienne, né à Saint-Germain de Belvès le 30 mai 1790 de Xavier et Marie Lasure. — 10e escadron, 10e compagnie.

Macary Lagrelière Jean, né à Etouars le 8 juillet 1786 de Jean et Marie Boussarie. — 5e escadron, 15e compagnie.

Dubernad de Monmère Côme, né à Terrasson le 24 février 1795 de Dubernad et Marie Chalard. — 8e escadron, 8e compagnie.

Pohl Henry, de Saint-Georges de Monclar, né à Bordeaux le 1 er juin 1794 de Pierre et Marie-Aimée Tessa. — 5e escadron, 5e compagnie.

Record Jean, né à Sarlat le 24 décembre 1791 de François et Jeanne Pichmajou. — 5e escadron, 5e compagnie.

Teissière Bellecise Louis, né à Sarlande le 19 janvier 1789 de Gabriel et Marie-Rose Decoux. — 10e escadron, 2e compagnie.

Valeton Duroc Antoine, né à Saint-Georges de Monclar le 23 décembre 1795 de Hélie et Marguerite Chanaud. — 7e escadron, 20e compagnie.

Une vingtaine de Gardes d'honneur périgourdins furent encore immatriculés le 29 juillet. En voici les noms :

Villac de Beauroyre Charles, né à Segonzac (Corrèze) le 22 juillet 1791 de Jean-Marc et Suzanne de Calvimont, de Tayac. Promu brigadier le 20 août 1813.

Béchaud François, né à Saint-Martial d'Artenset le 9 août 1794 de François et Anne Teyssandier.

Bertrand de Faugerolas Jean, né à Génis le 13 avril 1794 d'Antoine et Catherine Lacoste.

Bordas Pierre, né à Champagne-Fontaines le 21 février 1795 de Pierre et liarguerite Rousseau.

Cavailler Antoine-Paul, de Bourdellière, né à Paris le 22 avril 1796.

Chadourne dit Beysselance Jean, né à Saint-Martin des Combes le 6 juin 1794 d'Antoine et Marie Cailloux. — 5e escadron, 15e compagnie.

Delarte de Beauchamps Jean, né à Molières le 18 avril 1?94 de Jean et Julienne Dorlit, demeurant à Pontours. — 5e escadron, 15e compagnie.

Dufaure de Montmirail Pierre, né à Beaumont le 30 mai 1796 de Pierre et Catherine Franc, petit-fils et neveu de Gardes du corps du Roi. — 4e escadron, 4e compagnie.

Plus tard maréchal des logis au 3e cuirassiers de la Garde royale (1821) et sous-lieutenant au 12e dragons (1830 à 1837).

Dutard Jean, né au Bugue le 1er septembre 1795 de Mathieu et Madeleine Rey. — 7e escadron, 7e compagnie.

Feriol Giraud, né à Saint-Amand de Belvès le 15 juin 1796 de Jean et Thérèse d'Epignol. 58 escadron, 156 compagnie.

Fompeyre Chevalier Eymeric-Jean, né à Douzillac le 4 avril 1794 d'Antoine et Marie Garrau.

De Grailly François, né à Saint-Remy le 23 décembre 1793 de Pierre et Marie Gregnier.

Guillemot François, né à. Festalemps le 5 décembre 1784 de Léonard et Marguerite Courcelle. — 5e escadron, 15e compagnie.

Labat de Bira dit Lombrière Jean-Hippolyte, né à Manzac le ler février 1796 de Jérôme et Marguerite-Thérèse Massoubié. — 5e escadron, 15e compagnie.

Labonne-Laroche Pierre, né à Tocane le 8 février 1796 d'Antoine et GabrielÏe Desgentils. — 6e escadron, 16e compagnie.

Poumeau Jean, né à Bergerac le 30 janvier 1794 d'Isaac et Marie Mestre. — 5e escadron, 15e compagnie.

Simon Guillaume, né à Saint-Germain du Salembre le 7 juin 1790 de Pierre et Pétronille Lavignac. — 5e escadron, 15e compagnie.

De Royère Jean-Marc, né à Saint-Antoine-de-Chignac le 2 juillet 1795 de Jean et Elisabetb Marquessac. — 10e escadron, 10e compagnie.

Verneuil d'Artensec Claude-Raphaël, né à Creyssensac le 14 octobre 1789 de Léonàrd-François et Françoise de Montolon. — 5e escadron, 15e compagnie.

Durieux ou Du Rieu de Marsaguet Josepb-Charles, né à Coursac le 1er janvier 1785 de François et Claude-Claire Doeneract. — 10e escadron, 20e compagnie.

D'avril à juillet, les Gardes d'honneur du département reçurent à Périgueux les premiers éléments d'instruction militaire. Le préfet avait choisi pour instructeur un sous -lieutenant de cavalerie en retraite, M. Fargeot, de Saint-Apre (11).

Les Périgourdins firent bientôt comme leurs collègues des autres départements une fois enrégimentés, tous ces jeunes hommes prirent l'esprit militaire au plus haut degré de perfection (12).

Rassemblés à Tours, les Gardes du 3e régiment, venus d'un peu partout, furent les uns casernés, d'autres logés chez l'habitant, d'autres enfin cantonnés, de l'autre côté de la Loire, à l'abbaye de Marmoutiers, sous le haut commandement de leur colonel, qui était le général Philippe de Ségur (13). Bien instruits et entraînés durant plusieurs mois, ils étonnèrent à maintes reprises, par la précision et la rapidité de leurs manœuvres et exercices, les vieux régiments qui passaient à Tours, rappelés de la péninsule espagnole par la guerre d'Allemagne. A la fin de 1813, le 3e Gardes d'honneur partit, à son tour, pour le Rhin, aux avant-postes de Fort-Vauban à Germersheim, où il débuta par un hiver rigoureux, et avec le typhus. Les Périgourdins se distinguèrent dans de nombreuses affaires. Rapportons simplement quelques-unes de leurs prouesses.

Lors du blocus de Landau, pendant une sortie, le garde Orfaure charge sur quatre cosaques et, en compagnie d'un sousofficier de cuirassiers, fait face à une douzaine d'ennemis pour défendre un camarade qui s'est cassé la cuisse dans une chute. A la bataille de Hanau, Hippolyte de Saint-Aulaire est blessé avec Froidefond cadet-- il est démonté et fait prison= nier, mais s'échappe et rejoint son corps. A Brienne, BornetLéger reçoit une blessure qui lui vaut à dix-huit ans la croix d'honneur.

A Reims surtout, le 13 mars 1814, les Gardes d'honneur firent une charge superbe et folle sur les dragons russes et rien ne résista à leur valeur héroïque huit canons furent enlevés les Gardes acharnés à la poursuite dépassèrent les fuyards dans le faubourg de Vesle et se trouvèrent pris entre deux feux (14). Ils. subirent de grosses pertes. Le colonel-major de Belmont Briançon. fut mortellement frappé Ségur fut blessé ainsi que Saint-Aulaire, Salleton, Rey-Desbrousse qui, ayant eu son cheval tué sous lui et atteint lui-même, de dix coups de baïonnette, ne pouvait plus se défendre (15). De même Aumassip, cité parmi les chargeurs héroïques, blessé comme il l'avait été à Wassy et devait l'être encore à Arcis. Aussi Napoléon se plut à citer dans le bulletin de la journée les Gardes du 8e régiment qui, dit-il, s'étaient couverts de gloire.

Les Gardes d'honneur de 1813-14 ont mérité les hommages, les éloges et l'admiration que le Gouvernement de la défense nationale devait donner à nos petits Mobiles de 1870-71, cités à l'Ordre pour leur conduite à Coulmiers. La Dordogne a le devoir de se rappeler ses Gardes d'honneur d'il y a un siècle, le patriotique effort de ces jeunes gens, leurs vertus militaires, leur abnégation, leur vaillance et leur dévouement.

Elle a le droit aussi de s'en montrer fière.

Notes :

1. Une Garde d'honneur existait déjà dans la Dordogne. Elle comptait au mois de novembre 1805 sept inscrits de 16 à 20 ans, auxquels d'autres noms furent ajoutés par la suite. Cf. d'Hauterive, La Police sous le Premier Empire, Il, nrs 512, 582, 577, 716.

2. Lt Bucquoy, Les Gardes d'honneur, p. 210.

3. Bull. de la Soc. hist. du Périgord, 1912, p. 55.

4. Dr Poumiès de la Siboutie : Souvenirs d'un médecin de Paris, p. 69-70.

5. Arch. nat., F1(c) III, 11. Rapport publié par M. Robert Villepelet dans le Bull. de la Soc. hist. du Périgord, 1911, p. 206. — Les Archives départmentales ne possèdent sur la formation des Gardes d'honneur aucun document dans la série militaire ni dans la série M. On trouve seulement dans le Recueil des actes de la préfecture les instructions du préfet baron Maurice, du 15 avril 1813, données aux maires des communes à la suite du décret mais aucun nom n'y figurer.

6. Cavaliers de Napoléon, p. 126.

7. Actuellement canton de Saint-Astier.

8. Jean Limousin, avocat, député et sous-préfet, né à Ribérac en 1751.

9. Il fut habillé, équipé et monté aux frais de la Légion d'honneur (1200 fr. le 10 mai et supplément de 200 fr. le 26 aoùt).

10. Les milices de Périgord se distinguèrent à Bouvines où le sire de Mareuil fit prisonnier Ferrand comte de Flandre le 12 mars 1214.

11. Jean Fargeot aîné (177-1846), hussard au 1er régiment en 1794, brigadier en 1800, maréchal des logis en 1802, sous-lioutenant en 1806 et chevalier de la Légion d'honneur en 1807, fut retraité en 1810, pour blessures reçues en PortugaI. Dans toutes les circonstances il avait été un exemple de bonne conduite, de bravoure audacieuse et de subordination parfaite. Il avait emporté les regrets et l'estime de tout son régiment.

12. Mémoires du duc de Rovigo, VI, 76.

13. Philippe-Paul de Ségur, né et mort à Paris (1780-1873), aide de camp de l'Empereur, membre de l'Académie française en 1830, fils du grand maître des cérémonies de Napoléon et pelit-fils du maréchal ministre de Louis XVI, appartenait à une branche de cette maison établie depuis longtemps en Périgord.

14. A Dry : Reims en 1814, p. 212

15. Général comte de Ségur : Du Rhin à Fontainebleau, p. 366, 370.

Source : La Dordogne militaire, de Joseph Durieux.

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Le château Trompette

De La Brousse (Thibault), seigneur de Puyrigard, enseigne des gardes du corps du Roy, gentilhomme ordinaire de sa maison, gouverneur de la ville de Nontron en Périgord, et capitaine de cent hommes de guerre à pied français au régiment du comte de Ribérac qu'il commanda dans le château Trompette à Bordeaux dont le baron d'Athis son frère était gouverneur, avait servi dans sa jeunesse sous les ordres du seigneur de Strozzi qui commandait pour lors une armée navale, et aussi dans la compagnie des gendarmes du Dauphin, il fut nommé chevalier de l'ordre de Saint-Michel le 23 avril 1623, et reçu le 15 janvier 1624 par le comte de Bourdeilles chevalier des ordres du Roy, il fallait cependant que cette décoration lui eut été promise quelques temps auparavant puisqu'on le trouve qualifié de chevalier de l'un des ordres du Roy (qui était celui de Saint-Michel) dans son acte de réception au nombre des bourgeois de Bordeaux du 12 octobre 1622, qualité que la noblesse recherchait alors, et qui était une distinction, il mourut âgé d'environ 85 ans.

Source : Recueil historique de l'Ordre de Saint-Michel.

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Les Cazes de 1853 à 1957

Geoffroy Bourinet, juge d'instruction à Nontron, François Bourinet dit Boyer, propriétaire à Beauséjour, commune de Varaignes, Geoffroy Bourinet jeune, propriétaire chez Raby, commune de Varaignes, se partagent la succession de leur père suivant acte sous-seing privé du 5 janvier 1853 passé devant maître Fonreau, notaire à Nontron. Geoffroy, l'aîné, reçoit une maison à Nontron, une métairie au Menissou, une autre métairie au Petit-Villars à charge pour lui de verser une soulte de sept cents francs à chacun de ses frères qui héritent «de l'entière propriété des Cazes, y compris les cheptels, semences, vaisseaux viniaires, outils arratoires...»

Geoffroy Bourinet jeune meurt le 16 octobre 1853. La famille Bourinet décide alors de se séparer des Cazes. Ainsi, le 21 septembre 1854, par devant maîtres Jules Pierre Excousseau et Adrien Fonreau, notaires associés à Nontron, François Bourinet, veuf en premières noces de Françoise Lapouge, et son épouse Marie Pauline Pichon d'une part, Marie Clarisse Coquet, veuve de Geoffroy Bourinet, d'autre part, vendent Les Cazes pour la somme de 60 000 F à Jean-Baptiste-Lucien Boyer (1798-1874).

Jean-Baptiste-Lucien Boyer, fils de Jean-Baptiste Boyer, avocat et avoué, maire de Nontron en 1815, et de Marie Larret-Ladorie, exerce à Nontron la profession de négociant en nouveautés (draperie, soieries, tulles, toiles, mérinos, schals, rouennerie...) avec son épouse Jeanne Dufraisse (1807-1880), fille de Hugues Dufraisse, négociant, et de Jeanne Arbonneau, qu'il a épousée suivant contrat du 27 septembre 1826 par maître Guy Lapouge, notaire à Nontron. ll est l'instigateur des travaux de transformation du manoir, à partir de 1869. Jean-Baptiste-Lucien et Jeanne ont une fille unique, Jeanne-Lucia, qui hérite des Cazes. Elle épouse suivant contrat du 11 juillet 1847 reçu par maître Fonreau Adrien, notaire à Nontron, Etienne Titus Laforest (1818-1852), avocat, membre du conseil d'arrondissement de Périgueux, fils de Jean-François Laforest, notaire à Brantôme et Marie-Amélie Pironneau.

Etienne Titus Laforest est l'auteur de nombreuses publications parmi lesquelles «Sur l'établissement d'une filature de soie à Périgueux» (Echo de Vésone et Annales agricoles et littéraires de la Dordogne- 1846), «Note adressée à l'Académie morales et politiques au sujet de l'enquête sur la situation des classes agricoles» (Annales de la société d'agriculture de la Dordogne- 1850), «Le mûrier en Dordogne» (idem-1851). Il se passionne également pour tout ce qui touche à la vigne qu'il cultive dans le jardin de la maison familiale de Brantôme, comme aux Cazes.

Le domaine des Cazes, qui outre la vigne, axe son activité sur l'élevage des cochons et l'engraissage des boeufs, devient ensuite la propriété de Jean- Baptiste-Lucien Laforest (1850-1936), fils de Jeanne-Lucia et d'Etienne Titus. Avocat puis conseiller de préfecture à La Roche-sur-Yon, après avoir plaidé une seule et unique fois, il se retire jeune à Nontron où en 1885 il est adjoint du maire de la ville, Pécon-Laugerie.

De son mariage avec Lucie-Thérèse Denuelle (1856-1939), il a une fille, Thérèse, morte en bas âge, filleule de l'épouse du philosophe, critique et historien Hippolyte Taine et un fils, Jean-Jacques-Georges.

Jean-Jacques-Georges Laforest (1881-1964), diplômé de l'école d'agriculture de Grignon, après avoir occupé différents postes à Bourg-Saint-Andéol, Civray, Rioms, Le Puy-en-Velay et Niort, devient finalement ingénieur en chef des services agricoles de la Dordogne. Officier de la Légion d'honneur, croix de guerre 14-18, vice-président de la chambre d'agriculture de la Dordogne, il épouse Emma Picaud (1880-1966), fille du docteur André Picaud (1851-1905), maire de Nontron de 1892 à 1905 et de Marthe Pabot Chatelard qui lui donne quatre enfants : Henri (1904-989), avocat, maire de Nontron de 1953 à 1977, conseiller général, député de la Dordogne, secrétaire d'Etat aux Etats associés d'lndochine et à la Défense Nationale, ministre de l'Air ; Suzanne (née le l 8 janvier 1906 ; Odette (née le 10 juillet 1907) ; Charles (2 janvier 1909-1981).

Finalement, en 1957, Jean-Jacques-Georges Laforest vend Les Cazes à la famille Allafort-Rougier qui en exploite les terres et assure une bonne conservation des bâtiments.

Source : Nontron et le pays nontronnais, de Jacques Lagrange.

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Le conventionnel Jean Allafort et ses enfants

Le conventionnel Jean Allafort et ses enfants
Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1968

Jean Allafort, député de la Dordogne à la Convention nationale et membre du Conseil des Anciens, est né au Bourdeix, en 1740. Issu d'une ancienne et riche famille bourgeoise, qui possédait des terres dans le Nontronnais, à Bussière-Badil, Jean Allafort, revêtu du titre de licencié en droit, entre très jeune dans la magistrature. Tout d'abord, il témoigne d'une grande âpreté à défendre les justes causes et d'une même indépendance à l'égard des autorités ou de la tyrannie de l'opinion. Avocat talentueux, il sait qu'il peut se sauver par l'esprit et sauver les autres par sa présence d'esprit, mais sa « scrupuleuse conscience l'effraye sur l'étendue des devoirs imposés à la profession d'avocat et il se croit obligé de réparer à ses dépens la perte des causes qu'il ne fait pas triompher... » C'est, du moins, ce qu'affirme Frédéric Dumas-Ribadeau dans l'Eloge funèbre de son oncle Allafort, paru à Limoges, chez Chapoulaud, en 1838.

En réalité, Jean Allafort possède au plus haut point le goût de l'indépendance, l'amour de la terre et le sens des affaires. Il renonce donc à plaider, mais donne des consultations à tous les habitants du Nontronnais. Y a-t-il un compte à régler, un litige à vider, on se soumet, de part et d'autre, au jugement du légiste. Ses activités sont variées : en 1779, c'est en qualité de maître de forge qu'Allafort s'engage envers Mgr. de Sartine, ministre et secrétaire d'Etat au département de la Marine, à « surveiller les fondages qui seront exécutés à la forge de la Chapelle-Saint-Robert par le sr. de Versanne, en conséquence de son marché passé avec M. le comte de Roffignac le 12 août 1777 et de son adhésion à la cession qui a été faite de ce marché à Sa Majesté le 22 mars 1779. Dont il me sera délivré ampliation... ». Jean Allafort promet, aussi, de « présider au choix et au mélange des mines, de veiller à ce que la fabriquation soit bien faite, et à ce que les bouches à feu qui seront coulées le soient sur les proportions et d'après les plans qui lui seront fournis... ». II s'engage, enfin, à faire les avances nécessaires pour acquitter les frais de transport de toutes les pièces d'artillerie provenant des-dits fondages depuis la forge de la Chapelle jusqu'à Rochefort, ainsi que celles pour le payement du droit de la marque des fers auquel lesdites pièces seront sujettes. Moyennant quoi, il sera payé au sr. Allafort par le Trésorier général de la Marine, tant pour le remboursement de ses avances que pour ses peines et soins, la somme de quatre livres par quintal de toutes les pièces d'artillerie qui, après avoir été visitées et éprouvées, seront admises en recette par les officiers du port de Rochefort. Le sr. Allafort se soumettra, au surplus, « à la retenue de quatre deniers pour livre attribués aux Invalides de la Marine, ainsy qu'aux frais de quittance et de controlle... ». L'acte, qui porte la signature d'Allafort et celle du ministre Sartine, est daté de Chènedières, paroisse de Bussière-Badil, le 16 octobre 1779. La bonté officielle d'Allafort — encore que l'usage y soit pour beaucoup dans l'octroi de ces 4 deniers par livre — ne fait aucun tort à sa bonté domestique. C'est — en partie — pour cette raison qu'il accepte, quelques années plus tard, de représenter sa région à la Convention nationale. Il cède, alors, aux sollicitations réitérées des électeurs périgourdins, et « va défendre en face de l'Europe les droits de tout un peuple... ». Le 16 janvier 1793, Jean Allafort vote en ces termes la mort de Louis XVI : « Louis, en conscience, tu as mérité la mort. Je la prononce. » Logé à Paris, à l'hôtel de Cambrai, rue Pagevin, près de la place des Victoires, il vit au milieu des agitations avec « sa frugalité et sa simplicité de mœurs habituelles ». Sa mission civique qui, certes, n'exclut pas en lui l'amour paternel, lui a imposé un dur sacrifice : dès 1792, quand la patrie a été déclarée en danger, il a autorisé son fils, un enfant de moins de 15 ans, à s'engager : « Va, mon fils », lui a-t-il dit au milieu de ses larmes, « Va et sois digne de ta patrie et de ton père... ». Le jeune garçon, volontaire dans la 7e compagnie du 1er bataillon de la 14e demi-brigade d'infanterie légère, armée du Bas-Rhin, envoie à son père, de Belfort, le 5 novembre 1792, cette missive touchante et truffée de savoureuses fautes d'orthographe :

« Mon très cher père, je vous écris celle ci pour m'informer de l'état de votre santé et en même temps pour vous donner de mes nouvelles. Quand à moi, je me porte bien. Je vous assure que j'ai été bien maurtifié de ne pas avoir pu vous donner de mes nouvelles aussitôt que nous sommes arrivés à Belfort. Mais les occupations que nous avons tous les jours m'en on empêché. Vous devès avoir reçu une de mes lettres que je vous ai écrit de Fontainebleau. Je vous disais que nos assignats de 5 livres ne valent que trois livres et ceux de cinquante ne valent que 30 livres et pressisément je me trouve avoir acheté une montre à Fontainebleau. Comme vous savès que l'or ne valet pas plus pour nous que les assignais, j'ai mieux aimmé la payer en or parce que en la payan en or, cela fit que je la paya moins chère de 80 livres que çi je l'avè payé en assignats. Je vous prie de bien vouloir me faire passer un louis d'or, comme je n'en u pas assé pour payer ma montre, je pria Vilardou de m'en prêter un. Il u la complaisance de me le prêter, ainsi par consaiquand il faut le luy remettre. Et pour cela il faut que vous ayé la bontai de me le faire passer... Je crois fort que nous passons notre ivert à Belfort, ci non nous passerons tout de suite le Rins et nous irons dans l'armée de monsieur Laférière. Je vous prie de vouloir bien donner de mes nouvelles à ma sœur, car il ne m'est pas paussible de lui écrire : nous montons la garde le matin à 8 heures, il faut alé à l'ordre à midit, il faut aller à l'exercice jusqu'à 2 heures et le soir à quatres heures jusqu'à sis heures, ainsi vous voyé ci nous avons le tems de reste... Je finis en vous embrassant de tout cœur, votre très humble et très obéissant fils. Allafort fils. »

Jean Allafort pourvoit aux besoins de son fils, pour qui il tremble sans cesse. Le 18 thermidor an 3 (3 août 1795), il écrit au directeur de l'hôpital de Belfort : « Citoyen, permettès que je m'adresse à vous pour avoir quelques renseignemens sur la situation de mon fils... Le sergent major de sa compagnie me dit dans sa lettre du 23 Messidor que mon fils est parti pour l'hôpital le 9 pluviôse et qu'on n'a pu savoir de ses nouvelles depuis cette époque. Comme on présume que d'hôpital en hôpital, il a été transféré dans celui de Besançon, veuillez bien vérifier et me marquer s'il y est encore ou s'il en est sorti, où il a passé, enfin ce qu'il est devenu. Je vous prie, de grâce, de ne pas me refuser une prompte réponse car je suis vivement inquiet sur le sort de cet enfant. Il était dans l'usage de m'écrire tous les quinze jours et cependant je n'ai rien reçu de lui depuis la fin de nivose. Soyez sensible, bon citoyen, à ma sollicitude en me donnant le plus promptement possible les renseignements que je vous demande. Pardon de la peine que je vous donne. Rceevès d'avance toute ma reconnaissance. Salut et fraternité. Allafort. »

La réponse arrive bientôt : à la première bataille, la mort a fait tomber des mains encore sans expérience du jeune Allafort l'arme qu'elles pouvaient à peine porter. Le malheureux père en éprouve un cruel chagrin. Il ne peut trouver de réconfort que dans la correspondance qu'il échange presque quotidiennement avec sa fille Marie — gardienne de la propriété périgourdine de Bussière-Badil — sa fille qu'il chérit doublement à présent, puisqu'il n'a pas d'autre enfant et que sa femme, Marie Monsalard, n'est plus. Le 16 germinal an 2 (5 avril 1794), il lui avait écrit : « ...Chaque député à la Convention, ma chère fille, est obligé de rendre compte à la nation de la fortune qu'il possédait à l'époque de la Révolution et de celle qu'il possède actuellement affin de faire connaître ceux qui se sont enrichis aux dépens du peuple dans les places qu'ils ont occupées. Tu sais bien que je n'ai jamais été un fripon mais il faut que je le prouve. Il est donc nécessaire que tu déclares la somme que tu as entre (les) mains et ce qui t'es dû... »

Sans doute — et nous en aurons plus tard la confirmation — Jean Allafort n'est-il pas toujours aussi désintéressé qu'il le prétend. Du moins, peut-on certifier qu'à maintes reprises il ouvrit sa bourse pour arracher aux fureurs révolutionnaires la fortune ou la vie des proscrits. Il protégea efficacement un de ses « pays », François-Xavier de Lamberterie, qui, émigré à la suite d'une querelle d'amour-propre avec sa prolifique parentèle, souhaitait rentrer en France.

Les autres lettres d'Allafort à sa fille s'échelonnent du 4 brumaire an 5 (25 octobre 1796) au 24 pluviôse an 5 (9 février 1797). Elles nous apprennent que le conventionnel est un paysan qui adhère à sa terre comme un arbre, par ses racines les plus profondes. Pour lui, le paysage n'est que le « pays », et, seuls, comptent les êtres qui l'habitent.

« 4 brumaire : J'ai reçu, ma chère fille, ta lettre du 15 vendémiaire dont l'adresse est écrite par une main étrangère. Je suis étonné de ce retard et encore plus d'une écriture qui peut me faire soupçonner que la lettre a pu être décachetée. Ce n'est point la défiance dans les biens nationaux d'émigrés qui m'ont engagé à te proposer de chercher des acquéreurs pour le domaine de Lessard; mais la crainte de ne pouvoir payer la somme que je dois pour cet objet dans le temps et aux époques fixés par la loi. Et il est impossible que les biens nationaux vendus puissent éprouver la moindre atteinte contre les acquéreurs, à moins que la contre-révolution ne s'opère et que la République ne périsse, mais comme elle se soutiendra malgré les efforts et la rage des émigrés, j'espère conserver le bien de Lessard pourvu que je puisse le payer. Je ne veux pas me voir privé d'un bien aussi précieux et aussi productif... C'est sur les moyens de pouvoir payer que je t'ay fait part de ma sollicitude. Je t'ay dit ce que je puis faire de mon côté à force de privations et lu ne me dis rien des efforts que tu peux faire de ton côté. D'après ce que tu m'écris, tu es sans doute en ce moment en possession du ci-devant presbytère de Souffraignac. Je suis bien aise que cela se soit passé sans secousse. Il est vraisemblable que tu en jouiras paisiblement et que la malveillance s'appaisera peu à peu... Je n'ai point écrit au capitaine du fils des métayers de Souffraignac parce que je ne sais où le prendre. Il se peut faire qu'il soit en ce moment dans l'armée aux ordres du général Bonaparte, mais j'ignore dans quelle partie du territoire occupée par cette armée ce bataillon se trouve en ce moment. Si je puis découvrir où il est, j'écrirai au conseil d'administration pour savoir s'il existe ou non. D'ailleurs ses père et mère ne doivent point être inquiets sur ses besoins parce que nos troupes ne manquent de rien dans un païs où tout est abondant. Je t'envoie par le courrier de ce jour un paquet chargé que tu retireras au bureau de la poste de Nontron, le contrat d'acquisition du bien de Lessard avec les quittances du receveur des domaines nationaux de Périgueux. Tu produiras le tout au receveur de Nontron pour lui prouver que je persiste dans cette acquisition. Comme il pourrait se faire qu'il te demande ce qui revient à la Nation sur le prix de ton contrat de ferme depuis le jour de ce contrat jusqu'à celui de ton acquisition, tu lui observeras que tu ne dois que depuis le dit jour de ton contrat ferme jusqu'au 6 messidor, que tu as consigné le second quart et même plus, de ta soumission suivant la quittance finale du receveur de Périgueux du 19e du même mois, attendu que, suivant l'article 3 de la loi du 22 prairial additionnelle à celles du 28 ventôse et 6 floréal concernant les mandats territoriaux, tu devrais entrer en jouissance dudit domaine dès l'instant que tu as consigné le second quart et que par conséquent les revenus de ce bien nous appartenaient à commencer du dit jour six messidor. Comme il me semble que tu m'as marqué que ton contrat de ferme a été passé le 21 prairial, il s'en suit qu'à toute rigueur tu ne dois payer à la Nation que pour 12 jours, ce qui serait si modique que je ne peux croire que le receveur de Nontron exige la moindre chose... Comme tu as vraisemblablement un temps affreux pour faire tes vendanges, tu ne pourras pas faire d'aussi bon vin que tu me l'as annoncé. Tant pis, car il me faudrait du bon vin pour ma vieillesse... Adieu, ma chère fille, je t'embrasse de tout cœur... »

Pour l'ex-conventionnel, devenu membre du Conseil des Anciens, un homme de bien, c'est, avant tout, un homme qui soigne son bien ! C'est, aussi, un être capable de satisfaire à la confiance de ses compatriotes, ainsi que le prouvent ces lignes : « ...Quant au militaire dont tu me parles, ma chère fille, et qui désire obtenir un congé absolu, ne pouvant pas continuer son service à cause d'une blessure qu'il a reçue, il doit, pour parvenir à obtenir ce congé, se faire visiter par deux officiers de santé devant l'administration de son canton et devant la commission du pouvoir exécutif de ce canton. Des officiers de santé lui donneront un certificat qui constatera que sa blessure ne lui permet plus de porter les armes. Ce certificat sera visé par celle administration et par le commissaire. Il fera en conséquence une pétition au ministre de la guerre à l'effet d'obtenir ce congé. Il peut me la confier. Je l'appuieyrai de tout mon pouvoir sans cependant promettre aucun succès parce que, suivant ta lettre, il s'est retiré chez lui sans permission de son corps, et qu'il peut bien être poursuivi comme déserteur... »

Le 22 brumaire an 5 (12 novembre 1796), Jean Allafort constate, avec soulagement, que les « dangers qui semblaient menacer sa tille, à présent en possession de la maison cy-devant curiale de Souffraignac ont disparu, grâce au savoir-faire de Marie Allafort, à sa prudence, à sa douceur... Il est vraisemblable que les vignes sont si vieilles qu'elles ne peuvent plus produire. Si cela est ainsi, ne serait-il pas utile, et même nécessaire de faire faire d'autres plantations soit par les métayers soit par des vignerons ? Si les champs incultes sont proprès à la vigne, il faudrait les y employer et les préparer de bonne heure. Concertes toi pour cela avec les métayers... Adieu, le courrier va partir. Je t'embrasse de tout mon coeur. Ecris moi souvent et cherche à vendre ton vin de bonne heure pour payer, hélas, quand nous serons sortis de nos dettes... »

Il semble que, ses revenus étant devenus insuffisants, Allafort ait dû vendre une partie de ses biens. Vers 1794, on a dit qu'il « ne consentit pas à violer la loi qu'il avait votée en refusant de recevoir pour sa valeur nominale un papier-monnaie frappé d'un discrédit général... » Avec l'hiver de 1795, survient l'habituel cortège des maladies et des inquiétudes qu'elles soulèvent :

« Le citoyen Labrousse Lagrange, ma chère fille, m'a remis les six bonnets de coton dont tu m'as chargé ainsi que la lettre que tu lui as confiée. Elle est datée de la Ronchie ainsi que plusieurs autres que tu m'as écrites depuis que tu as un autre azile et que le cy-devant curé a évacué son ancien presbytère. Je puis t'assurer que je n'ai pas été sans inquiétude sur ce que tu n'habitais pas encore cette maison. J'attribuais, à la vérité, cela à des causes bien différentes de celles qui t'en ont empêchée, parce que je ne soupçonnais pas qu'après une maladie aussi longue et aussi grave à laquelle tu as échappée, j'aurais la cruelle douleur d'apprendre que tu en éprouves une autre qui est peut-être aussi dangeureuse. Ton commissionnaire en aurait gardé le secret si je n'eusse été averti par une des lettres qu'il m'a remises. Je lui ai donc fait avouer qu'il t'a vue avec une maladie telle qu'elle t'a empêchée de déménager. Grand Dieu ! Quel est mon sort ? Je suis donc condamné à te voir sans cesse dans les maux et dans les souffrances et ta vie en danger. Ecris moi promptement si tu veux que je puisse résister au chagrin qui me dévore. Je viens d'envoyer au receveur des Domaines nationaux d'Angoulême le montant de ce qui restait sur la maison cy devant curiale de Souffraignac. J'attends ma quittance finale. Ainsi je n'aurai plus à m'occuper de cet objet... Mais, je crains bien qu'en achetant la maison curiale, nous n'ayons, en même temps, acheté une pomme de discorde, à cause de la terre qui est devant la cour. Ou bien tu ne tiendras ni poules ni dindes car la volaille en sortant de la cour ne manquera pas d'aller gratter cette terre et y causer du dommage. Si elle était à vendre, et que nous puissions avoir la commodité de la payer, il serait bien essentiel d'éloigner un voisin qui peut violemment nous incommoder... Je dois encore 3 428 l. mais il me sera impossible de pouvoir faire, par mes économies, plus de 1 428, en suposant même qu'il ne m'arrive aucun accident. Aussi, il faudra trouver 2.000 dans notre médiocre revenu pour finir ce payement sans compter les impositions de cette année... J'ai cessé depuis le commencement de ce mois de l'envoyer le Rédacteur parce que depuis ce temps-là je ne le reçois plus. Il faut bien que je fasse la dépense pour un abonnement. En vérité, je ne sais à quel journal donner la préférence, tellement les journalistes sont puans d'aristocrates, désorganisateurs et dangereux... »

L'état de Marie Allafort s'aggrave en novembre 1796.

« Je viens de recevoir, ma chère fille, ta lettre du 25 Frimaire. Les détails qu'elle me donne me jettent dans la plus affreuse mélancolie. En vérité, je ne sais plus où j'en suis, car dans le moment où je crois du moins pouvoir espérer que tu le portes bien, c'est alors que tu es presque dans la tombe... » Après avoir échappé à une maladie dont le ressouvenir me fait frissonner, tu viens d'en supporter une autre non moins dangeureuse et qui rouvre la plaie que la première avait faite dans mon âme. Je vois bien que tu n'as jamais été bien rétablie de la première parce que la peine, les fatigues et les injures du temps auxquelles nos affaires sont constamment exposées étaient autant d'obstacles à une heureuse convalescence. Il te faut absolument du calme et du repos. Heureusement, le moment approche où je pourrai partager tes embarras et adoucir le poids qui t'accable si souvent... Je te charge de faire agréer toute ma reconnaissance à l'officier de santé qui t'a conservé la vie... »

Allafort parle, ensuite, de la mort du « pauvre Pierre » (son métayer de Souffrignac) :

« Il était laborieux, honnête, et il nous était si attaché. Je le regrette infiniement. Je désire que son frère ait un meilleur sort et que la Providence nous le conserve. Quant à son fils, il n'est que trop évident qu'il aurait besoin de son secours, mais il est impossible qu'il puisse l'avoir auprès de lui qu'après la paix, attendu que le Directoire n'accorde point de congé aux volontaires qui sont en présence de l'ennemi. Et, précisémment, il est dans l'armée d'Italie qui combat tous les jours les Autrichiens. Je fus hier dans les bureaux de la guerre pour tâcher d'en savoir quelques nouvelles. J'ai trouvé dans les extraits mortuaires un Jean Borderon, mort à l'hôpital de Strasbourg. Mais, il était natif de Saint-Tron, dépt de la Charente, ce ne doit pas être le fils du métayer, puisqu'il s'appelle Nicolas Borderon. Je vais écrire au conseil d'administration de son bataillon qu'on m'a dit être à Crémone en Italie, pour savoir s'il est vif ou mort. Ne parle pas de tout cela aux métayers. Dis leur simplement que je fais tous les efforts possibles, pour les tranquiliser... »

La convalescence de la jeune fille s'annonce bientôt satisfaisante :

« J'ai reçu, ma chère enfant, ta lettre du 28 Nivôse dernier. Je suis donc tranquille sur ta santé, puisque tu m'assures que tu te portes bien. Je suis content, pourvu que cela soit bien vrai. Je viens d'apprendre que tu as d'excellent vin blanc, cela par un de mes bons amis. C'est d'autant plus remarquable que les vins blancs, sont, en général très faibles. Je lui ai annoncé, il y a deux jours, que je ne manquerai pas de te donner des applaudissements de ce que tu as su l'engager à en boire. J'espère que dans trois mois et quelques jours je serai à portée de juger de la qualité de ce vin. Mais, je ne réponds pas de lui trouver quelques défauts. S'il en a je ne dissimulerai pas. S'il n'en a pas, je prépare un gros volume d'éloges pour celle qui a si bien réussi en le faisant... J'ai été chez un libraire pour acheter les deux grands- maires (sic) et les dictionnaires que tu me demandes. On n'a pas voulu me les donner à moins de 56, comme cette somme et le prix du port m'ont paru trop fort, je n'ai pas fait cette emplette. Il faut bien que je puisse accumuler avant de partir d'ici une somme de 1.800 pour payer deux dixièmes du bien de Lessart, et il faut bien que je conserve quelque argent pour payer les frais de mon voyage. Sans ces deux motifs, je n'aurais pas hésité à satisfaire sur le champ ton goût pour ces deux langues étrangères... Les métayers de Souffrignac font très bien de marier leur fille ; le nouveau venu remplacera le pauvre Pierre que je regrette. Hélas ! ma fille, si mes vœux avaient été exaucés, tu ne serais pas aujourd'hui dans le cas de plaisanter sur le mariage d'une fille qui a six ans de moins que toi... »

Cette missive est datée du 24 pluviôse an 5 (9 février 1797). Un mois plus tard, Jean Allafort, qui avait été appelé au Conseil des Anciens alors qu'il siégeait encore à la Convention, refuse de renouveler ce second et plus honorable mandat, et retourne à la vie privée. Cet exil parisien pèse trop lourd au père qui souhaite marier sa fille et à l'homme des champs qui brûle de gérer à nouveau ses propriétés. Le registre d'état-civil de Souffrignac mentionne, à la date du 20 brumaire an 6 (10 novembre 1797) qu'il y a « promesse de mariage entre Jean-Baptiste-Michel Grolhier, fils de Pierre Grolhier, ancien notaire, et de Marie Mazeau, et Marie Allafort, demeurant à Souffrignac, canton de Montbron, dépt de la Charente, fille de Jean Allafort, représentant du peuple, et de feue Marie Monsalard. »

Ce mariage comble les vœux de Jean Allafort qui reprend, aux côtés du jeune ménage, sa douce vie familiale. Il accepte, pourtant, sa nomination de commissaire du Directoire dans son département.

Tant que durent le Consulat et l'Empire, il refuse, en jacobin impénitent, toutes les charges et tous les honneurs. Frappé par la loi du 12 janvier 1816, qui exclut à perpétuité du royaume les conventionnels qui ont voté la mort de Louis XVI et leur accorde un délai d'un mois pour sortir de France, Jean Allafort trouve assez de courage pour consoler ceux qui l'entourent :

« Mes amis, dit-il, laissez-moi subir ma destinée, moi seul l'ai encourue ! Je m'en irais trop malheureux si j'emportais avec moi la pensée qu'elle pourrait rejaillir sur quelqu'un de vous... »

Pourtant, à 76 ans, abandonner sa patrie, sa famille, ses amis, ses champs, pour aller quémander une hospitalité précaire en Hongrie ou en Silésie, pour Jean Allafort, c'est pire que la mort !

Des personnes influentes s'entremettent pour obtenir la grâce du proscrit. Celui-ci obtient un certificat de prolongation : « Le Préfet de la Charente, assuré de l'état d'infirmité où se trouve le sr Allafort compris dans la loi du 12 janvier, lui accorde une prorogation jusqu'au 15 avril prochain pour se conformer aux dispositions de l'article 7 de cette loi. Fait à Angoulême, le 8 mars 1816. Signé : Creuze de Lesser. »

Le comte Decazes, ministre de la Police, qui est un ancien obligé de Jean Allafort, l'autorise à résider à Paris. Pour lui faire accepter cette faveur accordée en dehors de la loi, Marie Grolhier trompe son père et lui fait croire que le gouvernement de Louis XVIII a ordonné un sursis de départ, et qu'on ne tardera pas à rapporter la loi.

Deux ans s'écoulent dans le provisoire. L'incognito qu'il est tenu de garder et l'éloignement du sol natal altèrent gravement la santé du vieillard, qui meurt le 5 mai 1818, à 2 heures du malin, après une agonie de trois jours. Ses restes, d'abord ensevelis au cimetière du Père Lachaise, sont transférés dans un enclos de son jardin de Souffrignac, puis au cimetière de Souffrignac. On peut lire sur la tombe de Jean Allafort et sur celle de sa fille, deux inscriptions respectivement gravées sur stèle de bronze et sur marbre :

« Ici repose Jean Allafort, né au Bourdeix (Dordogne) en 1740, mort à Paris le 5 mai 1818, ancien député à la Convention nationale, membre du Conseil des Anciens. En 1838, sa fille a fait rapporter ses cendres dans cette retraite d'où il avait été arraché en 1816. Vous qui l'avez connu, redites à vos enfants ses vertus modestes, son patriotisme et son malheur. Faites que ce monument comme sa mémoire soient ici à jamais un objet de respect. Marie Allafort, veuve Grolhier, aux mânes de son malheureux et excellent père. Marie Allafort, veuve Grolhier, décédée le 22 mai 1847. »

Christian de Sèze

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18 mai 2016

L'enseignement élémentaire dans le Nontronnais

Voici l'état des régents dans le Nontronnais en 1771, donné par Jean de Labrousse du Bosfrand, subdélégué pour l'intendance de la généralité de Bordeaux :

Nontron... 4 donnent l'enseignement de la grammaire; 1 médiocre; 3 apprennent à lire et à écrire.

Mareuil... 2 enseignent la grammaire; 1 médiocre.

La Rochebeaucourt... 1 enseigne à lire et à écrire; médiocre.

Saint-Pardoux... 2 enseignent à lire et à écrire; 1 mauvais.

Abjat... 1 enseigne à lire et à écrire; médiocre.

Saint-Saud... 1 enseigne à lire et à écrire.

Augignac... 1 enseigne à lire et à écrire.

Champniers... 1 enseigne à lire et à écrire; mauvais.

Bussières... 2 enseignent à lire et à écrire; passables.

Busserolles... 2 enseignent à lire et à écrire.

Miallet... 1 enseigne à lire et à écrire; 1 enseigne la grammaire.

Avec la note suivante : « Il manque beaucoup de régents pour apprendre à lire et à écrire, l'arithmétique, car dès que les enfants savent un peu lire, écrire, et les deux ou trois premières règles d'arithmétique, ce qui est appris dans autour d'une année, ils ne vont plus aux écoles, et de bons régents de cette espèce gagnaient considérablement pendant les trois ou quatre premières années, ensuite ils n'ont plus de quoi vivre. »

Source : La vie intellectuelle en Périgord, 1550-1880.

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Liste des sous-préfets de Nontron

Liste des sous-préfets de Nontron entre le Premier Empire et la Seconde Guerre mondiale.

• Boyer (Geoffroi) 5 floréal an VIII
• Trompéo (Charles) 26 décembre 1811
• Boyer (Jean-Baptiste) mars 1815
• Courssou (Jean-Jacques de) 12 août 1815
• Durand-Durepaire (Michel) 22 septembre 1824
• Boyer (Jean-Baptiste) 27 août 1830
• Lucas-Lagane 7 août 1833
• Boisjolin (Constant de) 29 septembre 1833
• Boullay 5 janv. 1835 (non installé)
• Poret de Morvan (Abel) 29 mars 1835
• Amothe-Disaut (Edouard) 3 février 1838
• Bost (Alexandre) 24 août 1840
• Calvimont (Albert de) 24 janvier 1841
• Monfanges (Désiré) 13 mars 1848
• Gautier-Laguionie (Pierre) 15 juillet 1848
• Castaing (G.) 21 février 1849
• Rivaud 27 mars 1851
• Desaix 23 septembre 1858
• Laborie de Labatut (de) 26 avril 1865
• Dusolier (Alcide) 8 septembre 1870
• Duteuil 17 septembre 1870
• Du Grosriez (Fernand) 7 mai 1871
• Bouquerel (Gabriel) 30 mai 1873
• Blanche (Raymond) 18 juin 1873
• Célières (Eugène) 24 mai 1876
• Du Bled (Victor) 7 juillet 1876
• Tinseau (Antoine de) 21 février 1877
• Pabot-Chatelard (Juste) 30 décembre 1877
• Gélinet 4 avril 1883
• Beaune de Beaurie (de) 7 décembre 1883
• Eyguière (Jean-Fernand) 21 février 1885
• Hermann (Guillaume) 24 mai 1889
• Bois (Jean-Eugène) 19 janvier 1893
• Itam (Gabriel) 10 juin 1899
• Guillemaut (Pierre) 26 septembre 1899
• Zimmermann (Joseph) 30 décembre 1905
• Gouzy (Pierre) 4 janvier 1906
• Fourcade (Jean-Raymond) 3 août 1909
• Veisset (Justin) 16 janvier 1915
• Peroni (Paul) 24 octobre 1919
• Graux (Henri) 22 octobre 1920
• Borderie (Georges) 8 septembre 1924
• Rochefort (Louis) 6 juillet 1930
• Lalanne (Jean) 16 novembre 1932
• Andrieu (Robert) 17 janvier 1936
• Barbier (Jacques) 29 octobre 1936
• Bonneau (Albert) 19 septembre 1939

Source : Archives départementales de la Dordogne.

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15 mai 2016

La chasse des loups en Charente

Roux de Reilhac coopéra, avec le vicomte de la Besge et F. de Chassay, cité plus loin, à la prise extraordinaire du fameux grand vieux loup que leurs meutes promenèrent près de trois heures dans toute la forêt de la Braconne, avant de faire ce prodigieux débûcher, qui finit par un hallali en plein Limousin, après dix-sept heures de course. Il détruisit un millier de louvarts environ. Lorsque leur repaire était découvert, ils étaient forcés à tour de rôle. Un coup de bâton derrière la nuque les faisait passer de vie à trépas. Ce remarquable veneur mourut à quatre-vingt-douze ans, en 1903. Il portait, sur ses boutons de vénerie, un loup accompagné de la devise : « Où fuir ? ». Courageux et infatigable, il demeura longtemps lieutenant de louveterie de l'arrondissement d'Angoulême. Il fonda, avec F. de Chassay, la Société de la Braconne, et ils peuplèrent, de concert, de cerfs et de biches venus de Rambouillet, cette belle forêt. Un air de fanfare, « La Braconne », lui fut dédié. Toutes les chasses à courre organisées dans son arrondissement, de 1840 à 1900, le furent par lui. Son souvenir est impérissable dans sa commune et tous les environs. Il était très gai, affable, spirituel, généreux, et les vieillards qui le connurent ne l'évoquent pas sans émotion. Très attaché à son pays natal, il tenta d'y moderniser l'agriculture. Il laissa des successeurs dignes de lui et de son renom. Son fils, Auguste, qui fut aussi un grand chasseur, et mourut en 1925 ; son petit-fils, Jacques, et son arrière-petit-fils, Président de la Chambre d'Agriculture de la Charente, maire de Cherves-Châtelars. Son chenil est vide maintenant. Les derniers chiens « Montembœuf », fragiles, ont disparu. En 1813, était né, au château du Poirier, dans la commune de Verneuil, boisée à souhait, Fernand des Roches de Chassay, qui s'attacha à régénérer la culture dans sa contrée sauvage et délaissée. Il possédait une célèbre meute de vingt-cinq chiens « Montemboeuf » qui, eux aussi, firent sur le loup des chasses homériques. Deux sujets surtout : Baliveau et Senora étaient réputés. Il demeura lieutenant de louveterie de l'arrondissement de Confolens, de 1840 jusqu'à sa mort, en 1879. Sa femme, née de Lenchères, aussi passionnée par la chasse que son époux, n'hésitait pas, si on signalait des loups aux environs, en l'absence de celui-ci, de faire découpler seule, crânement, la meute sur leurs traces.

MM. E. Rizat et Ernest Astier, de Saint-Claud-sur-le-Son, possédèrent un chenil renommé. Voisins de M. Roux de Reilhac, ils couplaient souvent avec lui. Emile Rizat, né en 1841, mourut en 1918 : « Terrien jusque dans les profondeurs de son âme, chasseur intrépide, cavalier infatigable dans sa jeunesse et veneur émérite ; après avoir fredonné à ses petits-enfants les sonneries de chasse à courre, il avouait avoir à son actif la prise de plus de trois cents loups. »

Céleste Nebout fut encore un vieux louvetier opérant aux environs de Ruffec et ne chassant guère que le loup, assisté d'une petite meute de douze à quinze chiens de races Céris et Larye. Il était très fin veneur, entraîné, sportif, endurant.

Edmond et Edouard Guichard des Ages, habitant aux limites de la Charente et du Poitou, étaient également de modestes, mais vrais et passionnés Nemrods qui passèrent une partie de leur vie à courir le loup dans les forêts de Brillac, des Vieilles-Forges, et maintes autres forêts charentaises, poitevines et limousines. Ils manquaient rarement leur animal. Un de leurs chiens, Clairon, avait un tel flair qu'il reconnaissait une voie de loup en plein midi, par une chaleur torride, au milieu des piétons, des voitures et des cavaliers en grand nombre. Leurs douze à quinze chiens poitevins et saintongeais, superbes, sélectionnés, prenaient sans fatigue deux ou trois grands louvarts dans leur journée. En 1869, chassant chez un propriétaire charentais de leurs amis, à vingt-sept kilomètres des Ages, les chiens coururent de 9 heures du matin à 8 heures du soir une voie de loup. L'animal fut fusillé par un braconnier à l'affût, aux portes de Châtellerault.

M. Corderoy du Tiers, de Confolens, chassa aussi le loup ; et Paul et Raoul de Lassée, de Ventouse, ainsi que leur fils Edgard, qui fut lieutenant de louveterie à Ruffec, en 1887.

M. de Jansac, du logis de la Jansaquière d'Aigre, l'avait précédé à ce poste, tuant bon nombre de fauves.

M. Simon de Lasfonds, de Combiers, garde la réputation de grand chasseur de la fin du dernier siècle. Il aurait détruit, grâce à sa belle meute, plusieurs centaines de loups.

M. Auguste Hennessy, lieutenant de louveterie à Cognac, contemporain des précédents, chassait également les bêtes féroces avec succès. Ses chiens de Saintonge, issus des chenils de MM. de Saint-Léger et de La Porte-aux-Loups, croisés avec des Anglais, dégénérèrent.

M. Boutelleau, grand-père de Jacques Chardonne, lieutenant de louveterie du Barbezilien, tua, en 1887, à Montchaude, un couple de loups, les derniers qui furent détruits dans le canton. Il chassait avec sa meute en Braconne. Ses deux fils s'adonnèrent également à ce sport, pourchassant les derniers fauves.

Faut-il ajouter à cette énumération de chasseurs charentais du XIXe s., le poète Alfred de Vigny qui, en forêt de Chardin, de Claix, etc., participa à maintes équipées contre les fauves, puis quelques autres qui naquirent à une époque où les loups disparaissaient, mais qui, dans leur jeunesse, en détruisirent encore, tels le comte de Beynac, propriétaire du logis des Fouilloux, hantés par les manes des chasseurs de jadis, qui organisa, en Braconne, les dernières chasses à courre ; le commandant de la Bastide, du château de Pressac, ainsi que M. de Labarre, de Champniers.

Malgré les chevauchées épiques, les exploits cynégétiques de tous ces Nemrods infatigables, vigoureux et désintéressés, alliant à l'amour de la chasse celui de leurs chiens, de leurs chiens, de leurs semblables et de la terre qui les vit naître, les loups nombreux constituaient toujours un grave péril, et il fallait songer à les combattre par d'autres moyens.

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1959)

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Le chevalier servant de Gabrielle Chanel

Adrienne (1) avait un chevalier servant.

Le comte de Beynac (2) était de ces aristocrates aux solides attaches terriennes, aux vigoureuses moustaches, passionné de chasse à courre, et pourvu de cette pointe d'extravagance qui, tout en faisant de lui un personnage, constituait, aux yeux de ses familiers, l'essentiel de son prestige. Jamais on n'entendait parler des mots, des collections ni même des châteaux du comte de Beynac, moins encore de sa fortune, mais toujours de son, accent et de son originalité. Et si l'on se répétait quelque anecdote le concernant, c'était pour mieux mettre en valeur son pittoresque : M. de Beynac était ce Nemrod qui venait avec sa meute de forcer non point un cerf mais un loup, le dernier que l'on ait vu en Limousin; M. de Beynac était ce joueur qui, d'un seul coup de dés, avait gagné quatre danseuses du Casino de Paris à quatre de ses camarades, et qui, pour fêter sa victoire avait embarqué les demoiselles dans son break, puis, chantant à tuetête et en patois, avait fait remonter les Champs-Elysées à tout son monde, au grand galop de ses quatre anglo-normands; M. de Beynac, enfin, était ce gaillard qui, à quelque temps de là, ayant aussi joué ses chevaux et les ayant perdus, s'était vu contraint de regagner sa province à pied... ce qu'il avait fait comme en se jouant.

Tel était l'homme qui s'était épris d'Adrienne.

Plus qu'au trois quarts ruiné, il avait trouvé en la personne de son meilleur ami – le marquis de Jumilhac – une sorte de mécène, toujours prêt à lui faciliter ses frasques à condition d'y être associé. L'un et l'autre, tout en courtisant Adrienne, servaient de mentors au fils d'un châtelain de la région. Fort joli garçon, le jeune homme était déjà bon chasseur et excellent cavalier. En ce domaine ils n'eurent rien à lui apprendre. Mais ils s'attachèrent à le guérir du sérieux provincial. Sachant faire son profit de l'expérience de ses mentors, le jeune homme était devenu en peu de temps un club-man d'une élégance ébouriffante.

C'était donc un trio d'admirateurs qui se disputaient la compagnie d'Adrienne.

S'il ne faisait nul doute qu'en sa qualité d'aîné, c'était au comte de Beynac qui revenait le rôle de protecteur en titre, il ne semblait pas aussi évident qu'il fût le seul favori.

Notes :

1. Adrienne Chanel (1882-1955), tante de Coco Chanel.

2. Joseph de Las Escuras de Beynac, né le 8 octobre 1863 au château du Châtelard à Teyjat (Dordogne), décédé en 1951.

Source : L'irrégulière ou mon itinéraire Chanel, d'Edmonde Charles-Roux.

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14 mai 2016

Les nobles de Saint-Maurice-des-Lions

Il est remarquable qu'à Saint-Maurice la bourgeoisie était presque absente, à la différence de ce qu'on a vu à Tusson.

Sur le territoire que nous parcourons, on ne trouve guère qu'un notaire et un chirurgien. Il n'existe point de justice seigneuriale, par conséquent aussi point d'officiers y rattachant une existence qui participe de la vie urbaine. Pas de groupement de propriétaires vivant au centre du bourg, puisque les domaines sont agglomérés avec habitation centrale. Du reste, l'élément intermédiaire entre le cultivateur et le noble fait défaut. Nous venons de voir qu'il n'est pas facile au métayer de se hausser au rang de propriétaire; élever une famille nombreuse, là est le terme de son ambition. En revanche, devenir propriétaire, j'entends propriétaire d'un domaine, c'est ici, à ce qu'il semble, devenir seigneur. La constitution facile, ou, pour mieux dire, naturelle, des domaines isolés, et par suite, en un sens tout au moins, indépendants, a manifestement favorisé l'établissement d'un nombre considérable de fiefs ou maisons nobles. J'en compte cinq dans Saint-Maurice, trois dans Lézignac, un autre sur le petit territoire du Chambon, en outre de la commanderie. On sait qu'à Masson il n'y avait pas une seule maison noble, à part le prieuré. Ce ne sont pas de hauts et puissants seigneurs, loin de là; ils n'exercent aucune juridiction; ce sont, à proprement parler, des propriétaires indépendants, des soldats du roi. Ils sont chargés d'enfants et ne possèdent que des revenus restreints. Aussi, lorsqu'en 1689 le roi fait appel au ban et arrière-ban, voici quelles sont les déclarations présentées par nos modestes propriétaires ruraux :

— Barbarin fils, écuyer, sieur du Ponteuil, demeurant audit lieu, paroisse de Saint-Maurice-des-Lions, possède noblement les deux métairies du Ponteuil, pouvant valoir, avec les rentes et (limes qui en dépendent, trois cents livres de revenu au plus; huit enfants vivants, hors d'état de se mettre en équipage.

— Barbarin fils, écuyer, sieur de Laage d'Eschambon, de la paroisse de Saint-Maurice-des-Lions. Sept setiers de froment, seigle et avoine de rente, un moulin sur la rivière de Confolens, tenu à hommage du seigneur dudit lieu, de cent livres de rente; s'offre à marcher, mais prie qu'il lui soit alloué trois années sur le prix des bois.

— Barbarin de Fontéroux (Louis de), sieur de La Touderie, y demeurant, paroisse de Saint-Maurice, au service dans les armées d'Italie, où il a épuisé ses ressources pour subsister et a même contracté des dettes; Les deux petits fiefs de La Touderie et de Peunir, paroisse de Pressignac; revenu total, 600 livres.

— Dassier (Jean), chevalier, seigneur des Brosses, fils de feu François Dassier, en son vivant chevalier, seigneur dudit lieu, et de dame Marguerite Guimard, demeurant au château des Brosses, paroisse de Saint-Maurice, déclare que ladite dame Guimard est exempte du ban et arrière-ban, étant chargée de sept enfants mâles et trois filles, et que, d'ailleurs, quatre de ses fils sont au service, savoir Dassier, écuyer, sieur de Charzat, garde du roi dans la compagnie de Noailles; François Dassier, lieutenant au régiment des fusiliers, dans le bataillon de Bovincourt; les deux autres, qui sont Joseph et Paul, étant dans la compagnie des cadets qui tient garnison dans la ville de Tournay.

— La Cour de Rocquart, demeurant en la paroisse de Saint-Maurice, déclare posséder le fief du Petit-Pressac, qui peut valoir, tant en rentes que dîmes, cent livres de revenu, plus un autre fief dé la paroisse de Loubert de vingt livres, un autre de quinze livres dans la châtellenie de Chabanais.

— Rouziers (François de), écuyer sieur de Lézignac, prêt à partir, possède deux fiefs héréditaires, l'un dans la paroisse de Lézignac-sur-Doire, de la valeur de cinq cents livres de revenu, l'autre dans la paroisse de Sainte-Marie-la-Claire en Limousin, pouvant valoir vingt-cinq écus.

— Rouziers (Paul de), écuyer, sieur de Saint-Romain, demeurant à La Chenaud, paroisse de Lézignac-sur-Goire, déclare qu'il est prêt à servir, mais qu'il ne peut le faire à ses frais, n'ayant pas cent livres de revenu.

— Du Pin (Charles), écuyer, seigneur des Cozières, y demeurant, paroisse de Saugon, possède le fief de Lézignac, dans la paroisse de ce nom, de cinquante livres de revenu, un petit fief de cent livres dans Saint-Germain en Poitou, un domaine noble dans Saugon de cinquante livres.

Source : Monographie de Saint-Maurice-des-Lions, de Daniel Touzaud.

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