13 janvier 2016

Le château féodal de Nontron

Si la vue de Neuvic est faite pour tenter la curiosité des antiquaires et leur inspirer, suivant notre conseil, le désir de s'y arrêter quelques heures, elle ne leur ménage pas du moins de désenchantement; car ils trouveront le château, à bien peu de chose près, tel que nous le dessinames jadis. Nous ne saurions, pour Nontron, leur promettre même fortune. Depuis 1822, date de la lithographie de M. Delanoue, que nous avons reproduite en tâchant de l'améliorer, il s'est produit sur le plateau où se dressait la forteresse des vicorntes de Limoges de tels changements, des démolitions et reconstructions si radicales, qu'on y chercherait en vain les ruines qui lui donnaient une si belle tournure féodale. S'il faut l'avouer, c'est précisément parce qu'il ne reste pour ainsi dire rien de ce que représente le dessin, qu'il nous a paru utile de le publier, comme un précieux document rétrospectif.

En 1866, m'adressant à une réunion de la Société d'agriculture de la Dordogne qui, en dehors de ses travaux habituels, tenait une séance littéraire et scientifique à Nontron, je m'exprimais en ces tel'mes, que je demande la permission de reproduire : «... Le château occupait le plateau triangulaire qui domine et commande le cours du Bandiat, fort resserré en cet endroit. Défendu de presque tous les côtés par des pentes abruptes et par une double enceinte de remparts et de tours carrées à contreforts plats, du XIIe siècle, il était protégé sur le seul point accessible par uno profonde coupure aeusée dans le roc, sur laquelle s'abattait le pont-levis et s'ouvrait la porte principale flanquée de tours rondes. Un peu en arrière de cette entrée, se dressait un énorme donjon cylindrique; et, sur l'esplanade du château, une église romane assez vaste, dédiée à saint Etienne, terminée au levant par un pignon à contreforts de peu de saillie, et au couchant par un clocher octogonal, servait de chapelle à la garnison et de paroisse à la partie de la ville qu'on désigne encore sous le nom de fort. Placé en avant du promontoire occupé par la forteresse, entouré comme elle d'escarpements naturels et de robustes murailles, séparé de la grand'rue par un fossé, ce fort ajoutait ses défenses à celles du château proprement dit, dont il était toutefois indépendant. C'est dans cette partie de la ville, dans cette annexe du château, que se trouvaient les logis des chevaliers préposés, en quelque sorte héréditairement, à sa défense, ainsi que cela se pratiquait dans la plupart des grandes terres féodales, et dont M. de Laugardière a retrouvé et fait connaître les noms. Le plus important de ces logis, celui dit des Poitevins ou Peytavis, reconstruit au XVIIIe siècle, dans de vastes proportions, par M. de Lavie, président au parlement de Bordeaux, achevé et embelli par la famille de Mazerat, est devenu le château actuel. »

De tout cet ensemble de fortifications, il reste, hélas peu de chose. On peut cependant juger, par les soubassements, des énormes dimensions du donjon, et apprécier son appareil en moëllons de granit, interrompu de distance en distance par des cordons sans saillie de pierre calcaire. Système qui rappelle les tours dit château d'Angers, cerclées, comme la tour de Nontron, par des bandeaux d'ardoise à cela près qu'à Angers les cercles sont noirs et blancs à Nontron. Ce donjon est probablement du commencement du XIIIe siècle et a dü remplacer celui que les troupes de Richard Cœur-de-Lion avaient détruit à la tin du XIIe. Il est d'ailleurs, quoique plus important, de même forme et de même style que ceux de Châlus et de Piégut, reconstruits, selon toute apparence, au même moment et dans des circonstances analogues. On retrouve en avant les tours du pont-levis, en pierres de taille, mais grossierement appareillées et très inférieure." comme construction, aux quelques débris de l'enceinte romane qui sont encore debout. Du côté des basses rues, un fragment considérable de la seconde enceinte est facilement reconnaissable sous le manteau de lierre qui l'enveloppe, et, du côté du Bandiat, un petit bastion avancé, flanqué de tourelles, s'accroche au rocher et produit dans le paysage le plus charmant effet.

« Il y a une quarantaine d'années, nous aurions eu un champ plus riche à offrir à vos explorations. Le donjon s'élevait à une hauteur de 60 à 80 pieds, deux ou trois des tours carrées de l'enceinte étaient à peu près intactes, et enfin l'église Saint-Etienne, notre plus beau monument et le mieux situé, était presque entièrement conservée. »

C'est précisément cet état de conservation relative, auquel nous faisions allusion, que constate la lithographie de 1822. Comme on le voit, ces ruines avaient sur leur piédestal escarpé une fort noble tournure. Le piédestal est toujours le même sans doute; mais il semble qu'il rappetisse lamesquine maison d'école qui a remplacé la vieille église romane, à une époque où les écoles n'avaient pas encore, comme de nos jours, des apparences de châteaux.

La baronnie de Nontron et son donjon ont une histoire plus intéressante que les ruines dont nous venons de parler. C'est à sa situation essentiellement militaire qu'ils doivent leur fondation. Le promontoire formé par la réunion du Bandiat et du petit ruisseau que recouvrent les basses rues a dù ètre utilisé de tout temps comme un lieu de défense, et la supposition qu'un camp retranché, gaulois ou romain, a été remplacé par le château carlovingien, n'aurait rien de téméraire. Quoi qu'il en soit, la première mention qui en est faite se trouve dans un testament de Roger, comte de Limoges, et de sa femme Euphrasie, qui donnent le 19 mai 785 le château de Nontron (castrum Netronense in Lemovicensi pago) aux moines de l'abbaye de Charroux, en Poitou. Dix-neuf ans plus tard, ils y fondèrent un monastére sous le nom de Saint-Sauveur. Nous datons donc très authentiquement de Charlemagne, et c'est déjà assez respectable.

Vers l'an 1200, les abbés de Charroux cédèrent à leur tour la châtellenie de Nontron aux vicomtes de Limoges, auxquels elle était plus utile qu'aux moines poitevins et qui étaient mieux en état de garder un domaine de ce genre. Il est, en effet, dans la destinée des places fortes d'être attaquées souvent, et le château de Nontron échappa moins qu'un autre à cette loi fatale. Nous pensons même, sans faire tort à Neuvic et aux différents sièges que cette belle demeure eut à subir, à ce qu'affirme la notice du général de Mellet, sans plus de détails circonstanciés, que notre forteresse vit ses murailles battues en brèche par des assaillants plus authentiques et de plus haute volée. Ainsi, pour nous en tenir à une simple nomenclature qui suffit après les développements importants donnés déjà dans ce recueil à l'histoire de Nontron par notre érudit collègue et ami M. de Laugardière, développements qui rendraient indiscrète toute incursion sur son domaine, nous avions l'honneur d'être assiégés en 1199 par l'armée du roi Richard Cceur-de-Lion, si nous n'avions pas celui, plus problématique, de lui lancer la flèche dont il mourut. Bien avant, nous avions été ravagés par les Normands. En 1426, pendant la guerre de Cent-Ans, les Anglais s'emparèrent de Nontron. Comment en furentils débusqués à leur tour ? Par un autre siège qui n'a pas laissé, que nous sachions, de traces historiques. En 1460 ou 1470, Françoise de Bretagne, vicomtesse de Limoges, était à ce titre dame de Nontron, qu'elle apporta en dot à Alain d'Albret, avec ses autres possessions. La baronnie se composait alors de 22 châtellenies et de 72 paroisses. Alain d'Albre, en guerre avec le roi de France Charles VIII, s'était retiré au château de Nontron, ainsi que nous l'apprend le long et curieux traité, mieux vaudrait dire les lettres d'abolition, publié dans le numéro d'avril 1886 de notre Bulletin, et dont nous extrayons ce passage intéressant pour notre histoire locale : «... Et lors icellui, nostre cousin Delbret, s'en partit dud. Chastelgeloux et passa avec sad. armée les rivières de Garonne, Dordogne et autres, et marcha oultre, jusques au pays de Périgord, en une sienne ville nommée Nontron, en intencion de marcher plus avant et soy joindre avec feu nostre cousin, le duc François de Bretaigne, pour certaine alience que nostred. frère d'Orléans et lui avaient à icelluy duc de Bretaigne mais obstant certaine armée » que envoyâmes contre et au devant de lui, il fut empesché tellement qu'il fut par nos gens de guerre assiégé en lad. ville de Nontron, en laquelle aucuns nos lieustenans et chiefs de guerre qui lors y étaient en nostred. armée » reçurent icelluy iostre cousin Delbret, à certain traité, accord et appointement... etc. » Ce qui veut dire que le sire d'Albret, vaincu, sollicita et obtint son pardon.

Plus tard, Alain d'Albret démembra plusieurs fiefs de la baronnie et vendit, à pacte de réméré, la seigneurie dominante à Dauphin Pastoureau, par contrat du 10 janvier 1499 et pour la somme dérisoire de 4,025 livres tournois mais le rachat en fut exercé en 1501, et Nontron revint aux sires d'Albret, dont Henri IV devint l'héritier et joignit à la couronne le Périgord et le Limousin à son avènement au trône. Mais, pour en finir avec les faits de guerre qui eurent Nontron pour théàtre, et avec cette notice déjà trop longue, disons que pendant les guerres de religion, les protestants et les ligueurs furent tour à tour débusqués de notre donjon, notamment par le duc d'Epernon, et que, en 1569, Antoine de La Rochefoucauld-Chaumont, chef d'un parti de protestants, le prit d'assaut et passa au fil de l'épée sa garnison, composée de 80 hommes. On voit que les événements tragiques n'ont pas manqué à notre petite ville, si paisible aujourd'hui.

Faut-il rappeler à nos lecteurs que la terre de Nontron, qui faisait partie de l'apanage de Catherine de Bourbon, sœur d'Henri IV, fut vendue par ue prince par acte du 18 aoùt 1600, à Elie de Colonges, seigneur du Bourdeix et de Piégut, d'une branche de la maison de Pompadour. De cette famille, éteinte aujourd'hui, elle passa par succession aux marquis de Pompadour-Laurière, dont la dernière héritière épousa le marquis de Courcillon, fils unique du célèbre Dangeau, l'ami et le minutieux historiographe de Louis XIV. Et enfin, des Courcillon, des ventes successives la firent passer au président de Lavie, et ensuite au comte de Laramière, qui fut le dernier baron de Nontron, peu de temps avant la Révolution. Bien que fort abrégée et incomplète, cette chronologie montre que notre histoire est en parfaite harmonie avec ce qui reste de nos ruines féodales, et que nos remparts ont honorablement joué leur rôle dans les siècles écoulés.

6k342185 Illustration : dessin de Jules de Verneilh, d'après une lithographie de 1822.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1886)

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12 janvier 2016

La paroisse de Teyjat

La commune de Teyjat est bornée au nord, par celle de Soudat à l'est, par les communes d'Etouars et du Bourdeix; au sud et à l'ouest, par celles de Javerlhac et de Varaignes. Son terrain, granitique au nord, est en majeure partie en calcaire de première formation, avec des collines de 198, 201, 206, 217, 226 et 230 mètres d'altitude. Il contient les bourg, villages, hameaux et lieux ci-après :

« Lauterie, Le Châtelard, Laborie, Le Bouchage, Malibas, Vaubrunet, Brognac, Boueyre, Bos-Bernard, Teyjat, Beaumont, Chauffour, Le Forestier, Laronde, Laudonie, Cailleau, Le Mège, Chez-Gourjon, Boisseuil. »

La population a été successivement : En 1365, de 78 habitants pour treize feux; en 1804, pour 130 maisons, 784 habitants en 1852, de 792; 1856, de 841; 1861, de 794; 1866, de 755; 1872, de 733 ; 1876, de 776; en 1881, de 754.

Cette paroisse, dépendant de la châtellenie de Nontron, eut, dans le principe, le vicomte de Limoges pour seigneur suzerain, et elle dépendait de la justice du Bourdeix. Elle passa successivement, et à partir des premières années du XVe siècle, aux mains de la famille d'Escars et ensuite dans celles de Hélie de Pompadour, par le mariage du 1er mars 1536, de Geoffroy Hélie de Pompadour avec Suzanne d'Escars ou des Cars, fille de François, seigneur de Roussines, La Coussière, Varaignes et Teyjat; plus tard, elle fut vendue à M. de Lavie, ainsi qu'il a été constaté au chapitre de la commune du Bourdeix. Enfin et par contrat reçu Grolhier, notaire, le 25 décembre 1787, M. le comte de La Ramière, acquéreur verbal et fondé de pouvoir de M. Arnaud de Lavie, revendit la terre et seigneurie de Teyjat à dame Marie de Marcillac, veuve de M. Moreau, seigneur de Villejalet, sous la réserve de l'hommage au marquisat du Bourdeix.

Parmi les fiefs particuliers, nous relèverons les suivants :

1° Le Chatelard. — Ce fief appartenait, du XVe au XVIe siécle, à la famille de Chevreuse, qui, par actes des 11 et 23 juin 1562, consentirent à Poncet Hélie de Colonges, seigneur du Bourdeix, reconnaissances de rentes sur le mainement et moulin du Chatelard et sur le moulin de Teyjat. Suivant acte du 11 novembre 1584, reçu par le même notaire Jalanibat, partage entre le dit seigneur du Bourdeix et Annet de Chevreuse.

Par contrat du 22 août 1589., devant Fontaneau, notaire, Marthe de Chevreuse se maria avec Jean de SaintLaurent, écuyer, seigneur de Feuillade, et en eut Jean, né au Chatelard (Nadaud). Du 26 décembre 1590, reçu Masfrand, notaire, vente par Jacques de Chevreuse au seigneur du Bourdeix. Le 7 mars précédent, devant Fontaneau, cession de droits au dit seigneur par Jacques et Marthe de Chevreuse. Le 21 février 1619, par acte reçu Belliquet, notaire, revente du fief du Chatelard par le seigneur du Bourdeix, sous la réserve des cens, rentes et de l'hommage à Nicolas Gaultier, sr de Jomelières, écuyer. Du 5 juin 1660, vente par Hélie de Pompadour de Laurière, seigneur du Bourdeix, au dit Nicolas Gaultier de diverses rentes, sous la foi et hommage d'un oiseau serin des Canaries. De 1722 à 1741, le fief du Chatelard, appartenait à Annet Urtelle, et, en 1748, à Jean Pabot, sieur du Chatelard, dont les descendants le possèdent encore.

1° Vaubrunet. — Au XVIIe siècle, ce fief appartenait à une branche de la famille Labrousse de Nontron, d'après les documents suivants : Le 18 mars 1677, devant Jalanihat, procuration par Louis de Labrousse, sieur de Vaubrunet, comme exerçant les droits de Marie de Labrousse, sa femme, donataire de son père feu Etienne de Labrousse, sr de Mirebeau, à Joseph de Labrousse, sr de Brognac, son frère. Le 3 mai 1705, même notaire, cession par le même à Jean-Baptiste de Marendat, sr du Coussé, gendarme de la garde du Roi, habitant en sa maison noble du Coussé, paroisse de Varaignes. Du 2 avril 1718, partage de la succession du dit Louis entre ses deux filles et son fils Hélie de Labrousse, sr de Vaubrunet. Du 19 mars 1733, vente par le fondé de pouvoir de Mme de Pompadour de diverses rentes à Joseph de Labrousse, sr de Mirebeau, demeurant au lieu noble de Vaubrunet. Cet ancien fief appartient aujourd'hui à M. Perrot du chef de son aïeule, née de Labrousse.

3° Brognac. — A divers membres de la famille de Labrousse, parmi lesquels Jean de Labrousse. sr de Brognac, conseiller du Roi et vice-sénéchal du Périgord, parrain de Jean Ruben, d'après l'acte de baptême de celui-ci, passé à Nontron le 19 octobre 1636. — Du 13 juin 1652, inhumation de Martial de Labrousse, sieur de Brognac, vice-sénéchal du Périgord, en la chapelle de Notre-Dame de Nontron, ès-tombeaux de ses prédécesseurs. — Le 20 janvier 1688, inhumation dans la même chapelle de Joseph de Labrousse, sr de Brognac. — Le 13 juin 1711, mariage de Jean de Labrousse, sr de Brognac, avec Madeleine de Masfrand. — Le 19 juin 1787, vente de Brognac à Antoine Grellet, contrôleur de la monnaie à Limoges, par Benoît de Labrousse de Brognac et de demoiselle Françoise de Brie et par Jean de Labrousse, son fils aîné. Cette branche de la famille est encore représentée par M. de Labrousse-Brognac, propriétaire à Aurnont, commune de Savignac-de-Nontron.

4° Boisseuil. — A la même famille, suivant les actes ci-après : Du 24 mars 1708, devant Jalanihat, testament mutuel fait par Jean de Labrousse, sr de Boisseuil, et François de Labrousse, sr de Lavergne, gardes du corps du Roi, au moment de leur départ de Teyjat pour aller au service de Sa Majesté. Le 14 août 1716, ouverture de ce testament à la requête du dit Jean, en présence de dame Marguerite du Noble, leur mère, veuve d'autre François de Labrousse, sr de Boisseuil, Jean de Labrousse, sieur de Chaufour, messire Jean de Labrousse, docteur en théologie, curé de Souffreignac, Jean de Labrousse, sr de Laudonie, et Marie de Labrousse, veuve de Jean de Labrousse, sieur de Barouffières, frères et soeur. — Du 15 juillet 1735, appel d'une sentence de l'ordinaire de Nontron, à la requête de Jeanne Gaultier, demoiselle, veuve d'autre Jean de Labrousse, sr de Barouffières.

5° Laudonie. — Qualifié de repaire dans un acte de 1691 et qui appartenait en 1708 à Jean de Labrousse.

6° Le Forestier. — Dont le logis avec chapelle privée existe encore. Ce fief appartenait, au XVIe siècle, à la famille de Labrousse, de laquelle il passa à celle de Ruben, établie antérieurement dans la ville de Nontron, par suite du mariage de Jean Ruben avec Guillaumette de Labrousse, desquels provint Pierre Ruben, né et baptisé au dit Nontron, le 3 août 1597. Un autre Jean Ruben se maria avec Catherine de Labrousse, de laquelle il eut Louis, né et baptisé à Nontrou le 21 mars 1655. Plus tard et en 1684, Jean Ruben décéda au dit lieu du Forestier, après avoir, le 9 mai de cette année, devant Jalanihat, fait son testament, par lequel il déclare vouloir « Que son corps soit porté et enterré aux tombeaux de ses prédécesseurs, qui sont dans l'esglise des reverends pères cordelliers de la ville de Nontron et que ses héritiers donnent la somme de cinquante livres pour la réparation du dict couvent, à charge de quarante messes. » Enfin et le 3 juillet 1728, devant Boyer, vente d'une maison à Nontron par Joseph Ruben, habitant au Forestier, paroisse de Teyjat, à Marguerite Ruben, veuve du sieur Grolhier, ancien notaire à Nontron. Le Forestier appartient aujourd'hui à la famille Lidonne du chef des Basset-Desrivailles, dont un membre, François, figuré avec sa femme, Marie de Labrousse, dans un acte de partage, du 2 avril 1718, de la succession de Louis de Labrousse.

7° Beaumont. — A Pierre Bounython, en 1683; Pierre Cheyrade, sr de Beaumont, en 1692. Le 23 février 1748, Michel Cheyrade, sr de Beaumont, épousa Anne de Fornel. Plus tard, enfin, à la famille de Labrousse, qui se trouva ainsi, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, posséder une grande partie de la paroisse de Teyjat.

Passant du régime civil aux institutions religieuses, nous trouvons dans Nadaud :

« Teijat, cure de 810 communiants décimes, 190#; patron, saint Pierre-ès-Liens. L'évèque de Limoges y nommoit dès 1476. »

L'église romane, à deux nefs voûtées en pierre, est antérieure au testament de 1291, par lequel Bernard Ranulphi, seigneur de Javerlhac, légua une réfection de pain et de vin au chapelain de Teyjac (Teyjaco). On y remarque un autel dédié à saint Roch et devant lequel les mères de famille viennent en grande dévotion faire offrande à ce saint de leurs enfants atteints de maux d'entrailles, pour en obtenir la guérison. Une autre dévotion a lieu à une fontaine dite de Sainte-Marguerite et située sur la limite des communes e Teyjat et de Varaignes. On y de fort loin, nous a dit M. Mounier, curé actuel, pour boire de l'eau et demander à cette sainte la guérison des douleurs rhumatismales. Enfin, la fête votive a lieu le premier dimanche du mois d'août de chaque année.

Parmi les principaux curés des derniers siècles, nous relevons les suivants : En 1658, Puyarges; 1682, Etienne Bounitbon; 1688, André Pallot; 1699-1703, Etienne Jaubert; 1707, Jean de Labrousse; 1717, François-Antoine Salviat; 1730, Isaac Artiguye, licencié en Sorbonne, qui plaida en 1733-34 contre Jean Barrière, marchand de Nontron, fermier de la seigneurie du Bourdeix, en paiement d'une somme de 300# annuellement donnée par le seigneur de Pompadour, outre la moitié des fruits décimables de la paroisse, par transaction du 6 mars 1722 entre le dit seigneur et M. Salviat, alors curé. Joseph Nadaud, mort le 5 octobre 1775, fut aussi curé de Teyjat, où il écrivit la majeure partie de ses chroniques sur le Limousin, le Périgord et l'Angoumois, dont les manuscrits sont conservés au grand séminaire de Limoges.

Quant aux revenus de la cure, voici quel était, en sus du casuel, le produit annuel des dimes, d'après l'acte suivant, reçu Jalanihat, le 7 juillet 1717 :

« Aujourd'huy... au bourg de Teijat, en Périgord, et place publique du dit lieu. Pardevant nous, notaire royal. Ont estés presents Messire François-Anthoine Salviat, docteur en théologie, prestre, curé de la dite paroisse, y demeurant, lequel a affermé. les dismes du bled de la paroisse de la manière qui suit : Premièrement, le village du Cailleau a esté délivré à 35 sestiers de bled... a scavoir tiers froment, tiers bonne mesture, tiers advoine, sept boisseaux pour quatre et un boisseau bled d'Espaigne, bon et marchand et permis à M. le curé de faire vaner le dit bled audevant de sa porte, en cas qu'il ne fut marchand, aux despens des dits fermiers. Plus le village de Forestier... pour 33 sestiers dans les mesmes proportions et deux boisseaux de bled d'Espaigne aux mesmes conditions. Plus le village du Chastelard... pour 26 sestiers et deux boisseaux de bled d'Espaignes aux dites conditions. Plus Vaubrunet et Malibas... pour 25 sestiers, comme dessus. Plus Bosbernard et Larondet... pour 16 sestiers deux boisseaux, comme dessus. Beaumont... pour 25 sestiers, comme dessus. Brogniat... pour 15 sestiers et rm sestibr de bled d'Espaigne, comme dessus. Chaufour... donné a lever au boisseau les dits bleds comme dessus. Boischeuil. donné a lever au boisseau comme dessus. Boyret... pour 2.5 sestiers et deux boisseaux de bled d'Espaigne comme ci-dessus. Le dit bled livrable pour le plus tard a Nostre-Dame de septembre. »

Le 7 juillet 1717, par autre acte, afferme par le même : « Des dismes des vins, layne, chanvre et lin, moyennant le prix et somme de soixante livres par année... »

Par trois autres actes du 20 juin 1723, même notaire, afferme par le dit curé « de toutes les dismes tant de bled que de vin, chanvre, layne et toutes autres sur le village de Brogniat. pour la somme annuelle de 160#... » Des dismes du Forestier pour 300#. Et des dismes de tous les autres villages s'élevant à 239 sestiers de bled... « A partager par moitié entre le curé et le seigneur de Pompadour, sous la réserve m. de 300# que celui-ci s'est engagé à payer annuellement au premier, par transaction du 6 mars 1722, reçue Danède, notaire à Nontron, sur procès pendant en la Cour de Bordeaux et de toutes les dismes de vin adjugées, il y a longtemps, à lui et à son prédécesseur. »

Terminons maintenant ce chapitre en signalant, parmi les curiosités du sol : 1° Dans le terrain calcaire et près de l'église une grotte à cristallisation; 2° au nord de la commune, sur le terrain granitique, entre Chatelard et Vaubrunet, un demi-dolmen, désigné ainsi qu'il suit par nos savants confrères, MM. Philippe de Bosredon et A. de Roumejoux, dans le Bulletin de la Société historique du Périgord, de 1877 et 1879 :

« Commune de Teyjat — Dolmen renversé près du Chatelard. (G. de Mortillet, d'après de Gourgues.) »

« Demi-dolmen de Teyjat. Ce demi-dolmen, dit Pierre plate, est en granit du pays et placé dans une vigne appartenant à M. Féraud. Il a 1m82 de longueur, 1m55 de largeur et 6m35 de hauteur. Le cercle qui figure au centre est-il primitif ? Aux alentours, on trouve des fragments de silex travaillés. »

Source : Monographie de la ville et du canton de Bussière-Badil, de Pierre-Henri Ribault de Laugardière.

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08 janvier 2016

Les Pourtent

Les Pourtent, des bourgeois enrichis, se qualifiaient de nobles à la fin du XVIe siècle. Nous n'avons pu débrouiller leur généalogie : le 9 mai 1528, Hélie Pourtent, marchand, de Saint-Pardoux, sieur de la Barde, Aixe et Vaugoubert, cédait sa part dans le moulin du Gué de Jamaye à ses neveux, Pierre et Jean Pourtent. Un autre Hélie Pourtent, sieur d'Aixe, épousa Marie Pupuy qui lui donna Bonne, mariée en novembre 1559 à René de Jaubert, seigneur de Cumont.

Pierre Pourtent, sieur de la Barde et de Vaugoubert, qui assista au mariage de Bonne, laissa : 1° Marie, femme de Jean Dalvy, avocat; 2° Isabeau, mariée par contrat du 5 mars 1552 à Pierre Reynier, écuyer, sieur de Pondalsie (?); 3° Jeanne; 4° Marie, unie dans la maison de M. de la Barde, sis dans le fort de Saint-Pardoux, le 18 avril 1581, à Léonard du Mas, écuyer ; 5° Jean, licencie ès lois; 6° Etienne, écuyer, sieur de la Barde et de Vaugoubert, époux de Léonarde alias Narde Faure, qui vivait encore en 1601. Elle lui donna quatre enfants : Isabeau, mariée par contrat du 4 juin 1611 à François de Bart, écuyer, sieur du Cluzeau; Antoinette, qui épousa, le 26 juin 1594, Bertrand Audier, sieur de Moncheuil; Anne, femme de Jean de Ribeyreix, baron de Courbeffy; Antoinette, épouse de Jean Beaupoil, sieur de Quinsac, et peut-être aussi Jeanne, demoiselle de la Barde, en 1601.

Une autre branche de cette famille, qu'on ne peut souder à la précédente, commence à François Pourtent, avocat en parlement, juge de Saint-Pardoux, époux de Jeanne Darpes, dont entre autres François, écuyer, sieur de Magnac, né en 1619 ; il fui garde du corps du roi, compagnie, de Comminges, gentilhomme seyant près de S. M., puis maréchal des logis des gardes du corps de la reine-mère : il mourut le 1er novembre 1662, laissant Jean, sieur de la Jaunie; Pierre, sieur des Bellodies, et Jean, sieur du Breuil qui suivent : Jean, sieur de la Jaunie, reçut en novembre 1662 une commission de garde du corps en remplacement de son père; de Marie de Curmont il eut : 1° Jean, sieur de la Jaunie (1674-1710), époux, le 14 février 1708, de Françoise Fourichon, d'où Jeanne, mariée en 1781 à Jean Pastoureau, sieur de la Grange et de Lannet; 2° François, sieur de Magnac, écuyer, marié en 1721 à Guillemette Delarret et en secondes noces à Marie Mousnier; de ce second mariage vint Catherine, épouse en 1738 do Jean-Gautier de Londeix, chevalier, seigneur de Savallon.

Pierre Pourtent, écuyer, sieur des Bellodies, garde du corps de la reine-mère, testa, le 30 août 1678, ayant eu de Marie Pourtent, Jean, sieur des Bellodies, qui lui succéda dans sa charge, mort le 29 avril 1692, et Marie, femme de François de Champagnac.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Perigord, 1898)

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Le Correspondant

Quels étaient les négoces qui n'enrichissaient pas à la longue ? Ne voyons-nous pas de simples marchands de petites villes ou de bourgades, acheter tout à coup des terres seigneuriales et passer dans les classes privilégiées ? Qu'on nous permette d'en citer quelques-uns, pris dans notre pays natal, qui feront voir qu'il n'était besoin ni d'héberger les rois, ni de courir les mers, pour changer tout doucement de condition. Nous ferons remarquer que, ce qui se passait en Périgord, avait lieu dans le reste de la France.

Dauphin Pastoureau, marchand à Nontron en 1494, seigneur du Breuil quatre ans après, puis de Javerlhac achète en 1500, à Alain d'Albret, comte de Périgord et vicomte de Limoges la baronnie de Nontron et une dizaine de paroisses en dépendant. Bientôt il est qualifié de noble-homme, élu à Périgueux, et demande par son testament, qui fait foi de son opulence et de sa charité, à être enterré avec les honneurs réservés aux gentilshommes. Il ne laisse que des filles, qui portent ses nombreuses terres dans différentes maisons distinguées.

Un autre marchand de Nontron (car cette petite ville, peuplée en ce temps-là d'un millier d'habitants, était décidément favorable au commerce), Jean Baillot, dit Faure, achète, en 1502, les paroisses de Lussas et de Fontroubade, en devient seigneur, comme de raison, pousse ses nombreux enfants dans les charges de la magistrature ou de finance, et, à la quatrième génération, l'un de ses descendants, maréchal de camp, gentilhomme de la chambre du roi, épousait tout naturellement une fille de l'illustre maison Des Cars. C'est à cette famille du Faure qu'est due la construction du château de Beauvais, près de Lussas, qui, avec ses deux grosses tours à machicoulis, ses hautes toitures et ses lucarnes à frontons coupés a si grand air.

Dans le même pays, une autre famille, les Pourtent, originaires du bourg de Saint-Pardoux Larivière, où le cartulaire de cette abbaye, fondée au treizième siècle par une vicomtesse de Limoges, nous lesmontre successivement laboureurs, puis petits marchands, n'en trouve pas moins le moyen, avec le temps il est vrai, de devenir seigneur de la paroisse de Quinsac et de Vaugoubert, d'y bâtir un château, dont-il ne reste que deux tours, et de finir honorablement, au dix-septième siècle, dans la noble maison d'Aydie de Ribérac, dont un membre rebâtit plus tard le château.

Source : Le Correspondant, 1879.

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05 janvier 2016

Page 10

Mon père m'avait donné les premières leçons de lecture. Aussi vif de caractère que tendre pour moi, il m'avait un jour châtié assez rudement ; c'était la veille d'un jour de fête ou de ballade à Laroche-Labeille. Comme pour me consoler, il m'y mena en trousse derrière lui ; je n'étais plus sorti de la maison, j'allais faire, à cheval, un voyage deplus d'une lieue. Quelle bonne fortune ! Que d'objets nouveaux allaient frapper mes avides regards ! A mesure que nous trottions, il me semblait voir les moissons, les prés et les bois s'enfuir derrière nous, comme le rivage d'une rivière. La petite bourgade était tout encombrée de monde ; l'embarras de la circulation pour arriver à un cabaret était encore augmenté par les nombreux étalages de petits marchands de comestibles, de riortes d'Aixe et d'autres objets de toute espèce. La foule pressée entrait dans l'église par une porte et en sortait par l'autre ; de là elle se dirigeait en silence, un cierge ou un chapelet à la main, vers une croix de pierre, à travers un champ rocailleux, parsemé par intervalles de rares brins d'herbe ou de mousse ; et cependant plusieurs des fidèles y marchaient nu-pieds. On cheminait ain à pas lents, au milieu des clameurs d'un grand nombre de pauvres étendus çà et là et montrant des plaies sanguinolentes : spectacle hideux, peut-être fruit de la fraude et qu'on ne tolère sans doute plus aujourd'hui ; il m'en est toujours resté une impression pénible. Pendant notre station dans l'église, j'avais adressé à Marie la prière de l'innocence ; et depuis, malgré toute la philosophie de notre époque, je me suis plu à l'invoquer avec ferveur dans plus d'une circonstance de ma vie. Mon père avait en elle une dévotion sincère que j'ai dû respecter ; il avait fait en son honneur un pieux voyage à Roquemadour, peut-être poar lui demander ma conservation. J'eusse été bien curieux de la voir, cette chapelle que l'on disait avoir été bâtie dés les premiers temps du christianisme, au sommet d'un très-grand rocher. Long-temps après j'ai vu dans l'histoire que Henri le Jeune, un des trois fils de Henri II, duc d'Aquitaine et roi d'Angleterre, y était allé en dévotion, et qu'il était mort dans ces environs, des suites d'une blessure qu'il avait reçue au siège de la cité de Limoges.

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Page 92

En me donnant sa fille en mariage, M. de la Vallade espérait retrouver en moi un fils, qu'il avait perdu bien malheureusement à Périgueux ; nous vécûmes toujours ensemble, de manière à prouver que ce n'était pas de sa part une vaine illusion. Ma femme avait été élevée dans un couvent, à Angoulême, sous les auspices de madame de Chabrol, sœur du respectable chevalier de ce nom, que j'eus depuis l'honneur de connaître beaucoup, et qui venait parfois dans mon voisinage voir la comtesse de la Ramière ; elle avait puisé toutes les vertus de son sexe, et toutes les qualités de bonne fille, de bonne épouse, de bonne mère, et de bonne maîtresse de maison. Depuis longtemps orpheline de mère, elle avait perdu son aïeul maternel, M. Lidonne de Puifranc, remarié, et ayant de son second mariage une autre fille, qu'il avait instituée son héritière universelle. M. Puifranc avait ainsi laissé deux filles ou leurs représentant, avec une assez belle fortune. D'après les lois peu libérales d'autrefois, il avait pu donner à sa plus jeune fille, madame de Lépine, les cinq sixièmes de cette fortune, tandis que l'autre n'en aurait qu'un sixième. Mais il était venu gendre chez sa première femme, au lieu noble de Lafarge (dans cette même maison qu'habite aujourd'hui ma bonne Vernille, ma fille aînée) ; il y avait fait beaucoup d'acquisitions particulières, qu'il s'agissait de distinguer des propres de son épouse ; de là un procès de liquidation : procès d'autant plus difficile, que le mélange et la confusion des biens remontaient à une époque déjà ancienne. Ce procès, après avoir été jugé en faveur de mon épouse, au siège seigneurial de Piégut, était pendant par appel au sénéchal de Périgueux, à l'époque de mon mariage ; il convenait de lui donner mes premiers soins ; je fus donc obligé de renoncer, pour ainsi dire, à ma clientelle de Limoges. Je remplaçai dans cette défense M. Latour, tandis que madame de Lépine, tante et partie adverse de mon épouse, était défendue par M. Bayle de la Grange, son parent, avocat du roi au présidial de Périgueux : par un abus que la révolution a supprimé, les gens du parquet pouvaient alors plaider ou écrire dans les affaires où le ministère public n'était pas intéressé.

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Pages 175-178

Ma famille avait été engagée à m'empêcher d'aller de quelque temps à Nontron ; quand je le sus, je ne pus différer ce voyage. Outre qu'il m'était précieux de faire voir que j'étais sans crainte, j'avais un prétexte dans une grave maladie que venait d'essuyer l'avocat Duchassing, avec lequel on savait que j'étais extrêmement lié. Je partis donc pour ce petit voyage, seul, à cheval et bien armé. En descendant à mon auberge, je quittai une ceinture de pistolets, mais je gardai mon sabre. En suivant une assez longue rue, je remarquai sans avoir l'air d'y faire attention deux personnes qui cherchaient à m'éviter. Pendant les 4 ou 5 heures que je passai chez mon ami, je reçus les visites de M. Dumas, avoué, et de dom Menut, ancien bénédictin. Ce dernier m'exprima en particulier tout son étonnement de me voir à Nontron. On sait, me dit-il, que vous êtes ici, et les gens du fort sont disposés à vous insulter ; je répondis que je devais m'en retourner ce soir même, et que j'espérais ne pas les trouver sur mon passage. En effet, après avoir pris congé du convalescent, j'allai reprendre mon cheval et je revins tranquillement à Puiraseau. Avant d'en partir avec mon frère pour nous rendre à Nexon, prévoyant bien que tout le pouvoir allait tomber dans les clubs, je crus devoir écrire au président de celui de Nontron une lettre où j'exprimais ma surprise et ma peine sur les préventions qui s'étaient élevées contre moi. Je suis revenu, lui disais-je, le même que lorsque j'étais parti pour Paris ; à mon retour d'un voyage indispensable que je vais faire dans ma famille, je me présenterai à la société, pour détromper les hommes de bonne foi ; quant aux autres, je m'estime trop pour descendre à une justification pour eux : ces dernières paroles avaient pour but de signaler deux hommes influens, dont j'avais beaucoup à me plaindre. J'indiquais dans cette lettre le jour précis où j'espérais me présenter, et je signai bravement : le citoyen libre Verneilh.

Dans l'intervalle, j'avais rédigé un précis des événements de 1792 ; quelques mois plus tard, j'aurais dû le faire avec moins de franchis et de bonne foi. N'importe, au jour que j'avais indiqué, je me présentai à la société, et j'y lus, dans une réunion nombreuse, l'écrit que j'avais préparé ; je m'étais surtout attaché à expliquer mon vote sur le général Lafayette. Je fus écouté dans un silence flatteur, et, sur la proposition de M. l'avocat Excousseau, il fut déclaré que j'avais toujours conservé l'estime et la confiance de la société. Mais bientôt les jours devinrent plus mauvais ; on s'occupa d'épurer la société ; malheur à qui subirait ce stigmate, à moi surtout, ancien député et Fayétiste ! cependant je n'y pensais pas, lorsque deux amis de Nontron, MM. Boyer et Forien, me firent sentir tout le danger de rester chez moi à l'écart, et m'engagèrent à me présenter au plus tôt, à certain jour convenu entre nous. Me voilà donc de nouveau à la tribune, et cette fois la poitrine en quelque sorte découverte, pour recevoir les traits qu'on voudrait y lancer. Un ancien avoué me reprocha mon vote pour Lafayette ; je crus d'abord que c'était pour me servir, tant la chose me semblait simple. Bientôt je fus désabusé ; il insista avec aigreur. Cependant je fus maintenu à une très-grande majorité ; mais l'attaque pouvait se reproduire ; quel parti prendre ? Je me concertai avec quelques personnes de mon voisinage pour élever, comme on dit, autel contre autel, et nous formâmes une société populaire à Piégut, lieu d'un marché hebdomaire, très-fréquenté ; c'est ainsi que nous nous affranchîmes de la domination un peu incommode de nos voisins. On faisait peu de motions dans ce nouveau club ; on y lisait seulement les journaux, c'est-à-dire les exploits de nos armées avec les effrayantes listes des malheureux guillotinés ! Le jour de la fête à l'Etre Suprême, je fus appelé à y prononcer un discours qui reçut les honneurs de l'impression, et tout s'y passa paisiblement jusqu'à la chute inopinée de Robespierre. Bientôt après, le club inoffensif de Piégut se dissout de lui-même ; la société-mère et ses nombreux affiliés ne firent plus que languir, jusqu'à leur extinction si généralement désirée.

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Page 186

Déjà le comité de Nontron avait envoyé plusieurs prétendus suspects à Paris, c'est-à-dire à l'échafaud. M. de Saint-Martial, ce nouvel avocat des pauvres, si bienfaisant, si recommandable à tous égards, fut long-temps défendu par sa popularité ; mais il était mal recommandé par sa fortune et son ancienne présidence d'une cour souveraine, il fut arrêté à son tour. Comme il était souffrant de la goutte, on l'avait déposé dans une auberge, sous la surveillance d'une garde particulière. J'allais l'y voir le plus souvent lorsque j'allais à Nontron. Il me témoigna un jour son impatience d'être jugé, n'ayant rien, disait-il, à se reprocher ; et qui le savait mieux que moi ? Je l'engageai à patienter le plus possible. Enfin son tour arriva lorsque Robespierre venait de tomber ; mais la cruelle guillotine avait gardé quelque temps encore son mouvement destructeur ! M. de Saint-Martial se trouva de la même fournee que le célèbre arrêtiste M. Sirey et M. Moulin de Périgueux, jeune avocat de si grande espérance ; et que MM. Pipaud, de Thiviers, et Lambertie, de Limoges ; ces trois derniers furent victimes, les deux autres eurent le bonheur d'échapper. M. de Saint-Martial, à son retour de cette boucherie, me fit l'amitié de venir me voir à la campagne ; combien j'eus de plaisir à embrasser ce pauvre ressuscité. Un peu avant les plus mauvais jours, j'avais fait avec lui un arbitrage, entre le vieux marquis de Chapt et la veuve d'Odet son fils unique, décédé sans enfans au château de Laborie près de Brantôme. Cette dame, née Debrosses, épousa ensuite M. le comte Trion de Montalambert, que je vis depuis, sous l'empire, questeur du corps législatif. Cette circonstance m'avait mis en relation avec le vieux marquis, dont le frère, archevêque, avait été septembrisé aux carmes de la rue Vaugirard. J'allai deux fois le voir dans son château de Bernardières dont parle Brantôme, pour avoir eu l'insigne honneur d'être assiégé par Duguesclin. Le marquis de Chapt, n'ayant point d'enfans, épousa dans la suite, in extremis, une jeune parente, née Chaban (aujourd'hui madame de Belussière), à laquelle il laissa de grandes terres, mais aussi avec de grandes charges.

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Page 185

La constitution civile du clergé l'avait divisé en deux partis très-opposés : les prêtres insermentés qu'on allait bientôt déporter et ceux qui crurent trouver le repos en prêtant le serment ; mais les habiles ne voulaient ni des uns ni des autres. Notre vénérable curé de Pluviers, M. Basset-des-Rivailles, m'ayant un jour demandé mon avis sur cette grande controverse, je sais, lui dis-je, combien vous êtes attaché à vos paroissiens, et vous savez combien vous leur êtes cher. A votre place, je me jetterais aux pieds de mon crucifix ; j'y prierais Dieu de m'éclairer, et si en me relevant, je n'éprouvais pas une forte répugnance à prêter le serment, je le prêterais. Ce bon pasteur resta ainsi dans sa paroisse ; mais les temps devinrent si mauvais qu'il fallut se retirer dans sa famille au Forestier. Le lendemain de son départ fut un jour de deuil dans la commune. Un grand nombre d'habitans et surtout de simples cultivateurs s'étaient réunie dans l'église. J'y allai moi-même pour observer ce qui se passerait ; madame Durepaire s'y était aussi rendue : au milieu de la douleur publique, elle m'engagea à monter dans la chaire pour donner à ces bonnes gens quelques paroles de consolation et d'espérance ; ce que je fis de mon mieux dans l'idiome du pays. Dès-lors les autels du Christ et de la Vierge furent envahis par les déesses de la raison. Mais ces misérables jongleries tombèrent enfin dans le dégoût, les vrais autels se relevèrent et notre bon curé revint. Lorsque dans la suite j'étais préfet à Chambéry, je me rappelle que cet excellent prêtre m'écrivait qu'il ne m'oubliait point dans les memento efficaces. Et certes il n'en est point en qui j'eusse plus de confiance que dans les siens. Le prieur Bourdeau avait fait comme M. Basset ; quand la place ne fut plus tenable, il s'était retiré dans mon petit castel de Ladomaise ; mais il était là trop près de Saint-Barthélemi. Il fallut se retirer dans sa famille à Rochechouart, non sans l'espoir de revenir un jour à son presbytère, ce qui n'a jamais pu se réaliser.

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Pages 105-108

Non contens de voir les gardes nationales formées dans Paris et dans les principales villes de France, les chefs de la révolution voulaient que toutes les communes fussent armées. Dans ce but, on imagina de répandre partout un certain effroi, par des moyens divers appropriés à chaque division du territoire. Ainsi le même jour, à la même heure, on fit partir de Paris un grand nombre de courriers, porteurs d'instructions secrètes, qu'ils devaient laisser partout sur leur passage. Dans les environs de la capitale, c'était des brigands qui brûlaient les meules de blé et de foin ; au nord, c'était une irruption d'Allemands ; à l'ouest, une colonne de dix mille Anglais qui ravageaient le pays par le meurtre et l'incendie. Le trouble des esprits rendait tout croyable ; le tocsin des communes de campagne portait l'alarme, de proche en proche, dans les chaumières comme dans les châteaux. Je me trouvais ce jour-là à Nexon. Dans l'après-dinée, étant allé voir M. le curé Desthèves, je le trouvai assis sur un banc, au fond de son jardin, avec M. l'abbé Doudet, curé voisin ; je ras invité a prendre place entre eux. Nous causions ensemble de la révolution que nous ne voyions pas tout-à-fait du même œil, lorsque nous vîmes apparaître, au bout de l'allée en face de laquelle nous nous étions placés, M. Labesse, vicaire, qui venait de dîner chez un curé voisin et s'avançait vers nous à grand pas. Aux armes ! aux armes ! s'écria-t-il du milieu de l'allée, d'un ton moitié plaisant et moitié sérieux. Il nous raconta qu'au moment où l'on allait commencer une partie de jeu, il était arrivé, en très grande hâte, un domestique de la maison des Cars, portant pour nouvelle qu'un corps de dix mille Anglais s'avançait de nos côtés, laissant partout la désolation sur son passage. Les villes de Confolent et de Rochechouart avaient été brûlées, et déjà Châlus était en feu ; le tocsin de Saint-Hilaire et des environs sonnait lorsqu'il en était parti. Je rentrai bientôt à la maison et fis part de cette étrange nouvelle à mes vieux parens, qui n'en parurent guère affectés ; je l'étais assez peu moi-même. Ce commun sang-froid me donna l'idée de monter dans ma chambre, examiner une procédure, dans laquelle je devais plaider le lundi suivant, pour un M. Puimoulinier.

A peine s'était-il écoulé un bon quart d'heure, que j'entendis sonner le tocsin ; je quittai alors la plume et me mis à la fenêtre, pour voir, sur la place publique, ce qui se passait. J'y aperçus un groupe nombreux de personnes que pérorait notre estimable pasteur ; j'y accourus et je pus entendre les dernières paroles d'encouragement à nous défendre, proférées par M. Desthèves. L'arrivée inopinée du chevalier de Laplace-Rongeras, qui venait de Limoges, confirma l'alarme. Il avait laissé la ville dans le plus grand émoi ; il n'avait pu en emporter qu'une quantité limitée de poudre et de plomb, dont il venait nous faire part. On convint que le soir après souper, tous les hommes en état de s'armer comme l'on pourrait, se réuniraient au château, pour de là s'aller poster sur les hauteurs qui dominent le village du Courden. Comme nous montions au-dessus du Châtenet pour aller prendre des positions, le baron des Etangs, nouvellement arrivé de voyage, était venu nous joindre en bottes et éperons. Il broncha si fort dans un mouvais sentier, qu'il ne put s'empêcher de tomber. Le Français rit de tout, en toute occasion : Ah ! dit-il, en se relevant, cen est fait des Anglais, s'ils passent par là, nous n'aurons aucun coup à tirer. Quand nous fûmes arrivés au poste, dominant un défilé par où l'ennemi devait arriver, la nuit était déjà très-obscure. D'autres habitans venaient par d'autres sentiers se joindre à nous. Au moindre bruit, on s'avançait pour les reconnaître, en leur criant : Ey co vautreix ? Il était plus de deux heures après minuit et rien n'avait encore apparu ; je pris le parti de me retirer tout doucement et chacun, je crois, en fit de même un peu plus tôt ou un peu plus tard. Une lampe brûlait dans la chambre où mon père et ma mère dormaient paisiblement ; à côté de leur lit, étaient un fusil et une petite hache à long manche, que nos Pères appelaient hachoupy. Je montai me coucher ; je ne me réveillai que lorsque le soleil était déjà haut sur l'horizon, et rien n'avait bougé. Cette alerte eut lieu dans nos contrées un jour de mercredi du mois d'août 1789. Elle était arrivée au marché de Piégut, vers les onze heures du matin, et dès les deux heures après midi elle était parvenue à Nexon, distant de huit bonnes lieues detraverse.

Peu de jours après cette grande panique, un gentilhomme des environs de Saint-Angel (Corrèze), peu favorable au nouvel ordre de choses, fut accusé de vouloir faire une contre-révolution. La multitude égarée se porte à son manoir ; elle y trouve quelques fusils, quelques vieilles armures, notamment une grande arquebuse propre à tirer les canards sauvages. En voilà plus qu'il n'en faut, comme pièces de conviction : mon gentilhomme est aussitôt saisi pour être conduit à Limoges avec une forte escorte. A son approche, je promenais sur la terrasse de M. l'avocat Boissou (boulevart du Saint-Esprit). Un détachement du régiment de cavalerie avait été envoyé à l'avance de l'escorte corrésienne. La population s'était portée en foule au-delà du pont Saint-Martial, pour la voir arriver ; l'intendant lui-même, M. Daine s'y était rendu à pied. Je vis commodément, de l'endroit où j'étais, passer le cortège. Le conspirateur marchait tristement entre deux haies de gardes à cheval, portant en trophée les armes saisies, notamment une vieille conlevrine qui fixait tous les regards. Malheur au prévenu s'il se fût échappé au milieu de la foule ; tant était grande l'irritation. Dans une telle circonstance, par une innovation heureuse, le tribunal criminel voulut que l'accusé subît en public son interrogatoire. Il fut reconnu que l'accusation n'avait aucune espèce de fondement ; chacun eut à rougir d'avoir un moment partagé l'erreur populaire, et le prévenu dut s'en retourner dans son castel, bien surpris de l'honneur qu'on lui avait fait de le croire si redoutable.

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