22 mars 2021

Nicolas de La Brousse, comte de Verteillac, général de Louis XIV

Récit de la vie de Nicolas de La Brousse, élève de Vauban
Première édition : 1735 - Auteur : François Girard

Le comte de Verteillac naquit en 1648, au château de St. Martin en Périgord. Son père après avoir servi s'était retiré dans ses terres pour s'occuper entièrement de l'instruction de la famille : il avait quatre garcons et trois filles, l'aîné prit l'état ecclésiastique. Le comte de Verteillac alors devenu aîné se destina au service ainsi que les deux cadets. Le comte de Verteillac leur père sentit que les avantages du bien et de la naissance sont beaucoup moins considérables que ceux de l'éducation ; la plupart des gentilshommes, n'apprenaient alors qu'à être soldats. On instruisait le jeune Verteillac à être vertueux alors même qu'il n'aurait point d'ennemis à combattre, et on lui inspira tous les principes d'honneur et de raison qui pouvaient l'aider, ou à mériter les faveurs de la fortune, ou à savoir s'en passer avec dignité.

Quand le comte de Verteillac crût avoir suffisamment formé le coeur et l'esprit de son fils, il l'envoya à Paris faire les exercices ; son application et ses succès le distinguèrent bientôt des jeunes gens de son âge, et décelèrent en lui cette envie d'exceller qui annonce les grands talents, et qui l'a caracterisé dans tout le cours de sa vie.

Au sortir de l'Académie, il entra dans les Gardes françaises ; c'était alors comme le noviciat où toute la noblesse de France recevait les premières instructions dans le métier des armes ; à peine y était-il, qu'il en fut tiré n'ayant encore que 19 ans, pour être fait capitaine dans le Régiment Dauphin à sa création. Il servit cette année en Flandre à la campagne de Lille, il fut l'année suivante de l'expédition de la Franche-Comté et on fut si content de ses services qu'à la réforme qui se fait à la paix de 1668, il fut conservé capitaine en pied quoique hors de son rang. Une pareille exception n'est pas une injustice, c'est la récompense due au mérite privilégié.

Ce fut alors que Mr. de Vauban fit les citadelles de Lille, de Tournai, les fortifications d'Ath, d'Audenarde et de Charleroi ; le comte de Verteillac accompagna volontairement partout ce grand homme pour s'instruire à son école : ses amusements pendant la paix étaient un apprentissage de la guerre.

Il fut, en 1670, du camp de St. Germain. Le maréchal de Créquy le commandait et en partit pour la conquête de la Lorraine : Il n'y eut que la Ville et le Château d'Épinal, qui firent quelque résistance. Le comte de Verteillac y fut blessé.

En 1672, il fut aux sièges d'Orloy, de Kimberg, de Kees, de Mevy, d'Osbourg, à la reddition d'Utrecht et au blocus de Maastricht, il fit la guerre presque tout l'hiver sous le maréchal de Turenne. Il tomba dangereusement malade et n'était encore que convalescent alors qu'au commencement de la campagne il joignit l'armée du roi à Courtrai et qu'il alla ensuite au siège de Maastricht. À l'attaque de la contrescarpe, il fut blessé d'un pot à feu qui lui laissa sur le visage toute sa vie une impression d'un rouge vif.

Dans les campagnes de 1673, et 1674, il servit aux sièges de Trèves, de Besançon, de Dole, ou le Régiment Dauphin fait des actions si brillantes qu'à la fin du siège de Dole le roi se fit donner par écrit le nom de tous les officiers de ce régiment, et leur envoya faire des remerciements. Le comte de Verteillac sût se faire remarquer, même au milieu d'une troupe qui se distinguait si fort. Il fut blessé au siège de Dole en trois diverses occasions, le roi lui fit donner trois gratifications, dans un temps où l'usage était de n'en donner qu'une, même pour plusieurs blessures.

Il fut quelque temps malade et servit cependant en 1675, aux sièges de Dinan, d'Huy et de Limbourg.

L'année suivante il eut la survivance de la charge du marquis d'Atis son proche parent et du même nom que lui, c'était celle de capitaine lieutenant des Cent-Suisses de la Garde. On ne la lui accorda qu'à condition que son service militaire n'en serait point interrompu.

Il servit cette même année aux sièges de Condé, de Bouchain et d'Aire, fut ensuite de l'armée que le maréchal de Schomberg conduisit au secours de Maastricht, et sur la fin de la campagne il fut fait major du Régiment Dauphin. L'année suivante, il fut de l'armée qui prit Valenciennes et Cambrai, et servit de major de brigade.

En 1678, il se trouva aux sièges de Gand et d'Ypres, et à la bataille de St. Denis où il fut blessé de deux coups de mousquet.

Il servit en 1679, dans l'armée du maréchal de Créquy. En 1680, il eut l'agrément d'acheter un régiment. Mais sur ces entrefaites étant devenu lieutenant colonel du Régiment Dauphin, tous ses amis lui conseillèrent de ne point sortir d'un corps que le roi honorait d'une faveur singulière et où il avait un grade qui le conduisait à devenir officier général de même que le rang de colonel. Il suivit d'autant plus volontiers cet avis, que tout l'honneur du commandement roulait sur lui : le marquis d'Uxelles colonel de Dauphin était occupé ailleurs par les ordres du roi. Ces mêmes motifs lui firent depuis refuser un régiment qui lui fut offert à la création de ceux de Luxembourg, il y eut plusieurs capitaines de Dauphin qui en obtinrent.

Le comte de Verteillac servit ensuite aux sièges de Courtrai, de Dixmude, et de Luxembourg, et fut de l'armée que le maréchal de Créquy mena contre l'électeur de Brandebourg pour la restitution de la Poméranie.

À la paix le Régiment Dauphin fut envoyé aux travaux de la rivière d'Eure, le roi en fit la revue aux environs de Versailles, il le trouva très beau, mais il parut mécontent d'y voir un officier qui n'était encore qu'un enfant. Le comte de Verteillac dit, que c'était son neveu : je suis persuadé, répondit le roi ( avec un visage d'où le mécontement avait disparu ) que le soin que vous prendrez de le former réparera bientôt ce qui lui manque d'âge.

Le roi lui donna vers ce temps-là une pension de 1500 livres en février 1686. Il fut fait brigadier et employé ensuite dans les camps qui se firent aux environs de Versailles jusqu'en l'année 1688 au mois de septembre de cette même année-là, Monseigneur le demanda pour major général de l'armée qu'il devait commander en Allemagne, et ce fut en cette qualité qu'il servit au siège de Philisbourg, de Frankendal et de Manheim. L'activité et l'étendue de son génie et tous ses talents pour la guerre se développèrent avec tant de distinction dans les opérations de cette campagne, que Monseigneur lui dit en partant de l'armée, qu'il était faché de n'avoir pas son portrait à lui donner, il le pria de porter pour l'amour de lui un diamant dont il lui fit présent, et l'assura qu'il rendrait compte au roi de ses services. En effet, à peine Monseigneur fut-il arrivé à la Cour, que le comte de Verteillac apprit que le roi lui avait donné une nouvelle pension de 3000 livres.

Quelques temps après il fut fait inspecteur général de l'infanterie dans la Basse-Alsace, le Palatinat et les pays conquis par-delà le Rhin, et reçut un gratification de 300 louis.

Le 16 janvier 1689, il arrivait à Heidelberg le jour qu'on y apprit que deux compagnies de dragons et trois du régiment de la reine ( infanterie ) assiégées dans la ville de Berbac sur le Neckar étaient sans pain, et sans munition de guerre, et qu'on n'avait pu ni les secourir, ni les sauver. Mr. le comte de Tessé à la tête de 500 chevaux, et Mrs. de La Lande, et de Gramont, colonels de dragons à la tête de 1200 hommes ( dragons et infanterie ), avaient entrepris de leur porter du secours : ils étaient revenus sur leurs pas n'ayant pu se faire un passage à travers les montagnes couvertes de paysans armés, appelés « chenapans ». Le comte de Verteillac et Mr. de Mélac offrirent de faire une nouvelle tentative, et de partir le lendemain à la pointe du jour, ils ne prirent avec eux que 500 fantassins, et 60 dragons. Ils marchèrent par des sentiers presque inaccessibles, et firent voir combien il est utile aux officiers de s'appliquer à la connaissance du pays, ils laissèrent sur la route 200 hommes en trois postes différents pour assurer leur retraite ; ils passèrent par deux quartiers que les ennemis avaient abandonné à leur approche, arrivèrent vers minuit à Berbac, passèrent le Neckar dans le bac des assiégés, entrèrent dans la ville d'où ils retirèrent la garnison, leur firent repasser le Neckar dans le même bac où ils l'avaient passé, le tout avec tant de diligence que les ennemis qui étaient logés auprès du corps de la place ne s'aperçurent point, et ils rentrèrent le lendemain à Heidelberg avec tout ce qu'ils en avaient emmené d'hommes et tout ce qu'ils en avaient trouvé dans Berbac. Combien l'histoire néglige-t-elle de ces opérations militaires peu considérables par leur objet, et qui ont peut-être été conduites avec plus d'habileté et de courage que les expéditions d'un plus grand éclat.

En 1689, les ennemis se disposèrent au commencement de la campagne à faire le siège de Mayence, le comte de Verteillac eut ordre de s'y jeter, le marquis d'Uxelles était chargé du commandement, M. de Choisy comme gouverneur et maréchal de camp et le comte de Verteillac comme le plus ancien brigadier devaient commander immédiatement apres lui. Le duc de Lorraine accompagné de l'électeur de Bavière, de l'électeur de Saxe et de plusieurs autres princes à la tête d'une armée de 60 mille hommes en forma le siège avec cent pièces de canon. La place était fort mauvaise. Cependant cette armée si puissante commandée par l'un des plus grands généraux de l'Europe, après 49 jours de tranchée ouverte, n'avait pas encore pu s'emparer du chemin couvert ; mais avant de l'avoir perdu, on fut obligée de capituler parce qu'on manquait de poudre. L'ennemi accorda la capitulation telle qu'on la voulut ; le comte de Verteillac eut beaucoup de part à l'honneur d'une si vigoureuse résistance. Son activité et sa valeur le portaient partout, il n'y a point de relation de ce siège qui n'en fasse foi. Le prince de Lorraine qui savait distinguer le mérite et l'honneur jusque dans ses ennemis, voulut quand la garnison française sortit, parler au comte de Verteillac, il l'embrassa plusieurs fois, le combla d'éloges, et lui donna toutes les marques de l'estime la plus flatteuse. La gloire de cette belle defense a été obscurcie pendant quelque temps, parce que le marquis d'Uxelles qui voulait assurer sa fortune, en dût-il coûter à sa reputation, aima mieux soutenir en silence le reproche d'avoir été trop prompt à se rendre que d'accuser M. de Louvois de l'avoir laissé manquer de poudre.

Après la reddition de Mayence, le comte de Verteillac joignit l'armée de M. de Duras près de Landau ; de là il fut envoyé commander à Neustadt.

Les divers commandements, dont il fut chargé, l'empêchant de pouvoir remplir les fonctions de lieutenant colonel du Régiment Dauphin, il jugea n'en devoir plus conserver l'emploi ni jouir de trois cent louis d'appointement qu'il lui rapportait ; son désintéressement allait en toute occasion jusqu'au scrupule. Il renvoya sa commission au marquis d'Uxelles, la Cour ne l'a voulut pas recevoir, il eut ordre d'aller au Montroyal servir en qualité de brigadier d'inspecteur général d'infanterie et des travaux sous M. le comte de Montal lieutenant général.

Monseigneur avait été trop content des services du comte de Verteillac en 1688 pour ne pas vouloir qu'il fut encore major général de son armée en 1690. Il lui fit donner à la fin de la campagne une gratification de 400 louis.

Pendant l'hiver le comte de Verteillac fut envoyé à Ypres et dans toute l'étendue du pays situé entre le Lys et la mer ; ce commandement n'avait pas encore été donné qu'à des lieutenants généraux et renfermait 7 ou 8 places assez mal fortifiées, c'était l'endroit faible par où l'on craignait que l'ennemi n'entamât nos frontières. Le comte de Verteillac non seulement les garantit, mais étendit même nos contributions fort loin.

Il eut ordre en 1691 de venir servir au siège de Mons que le roi prit en personne. Le gouvernement en fut brigué par tous les officiers généraux qui se crurent assez de faveur pour l'obtenir, des maréchaux de France même le demandèrent, cette ville devenait la plus importante de nos places de guerre, on se préparait à y mettre une garnison de dix mille hommes d'infanterie et de quatre milles de cavalerie, le gouvernement du Hainaut y était attaché avec plus de 40 mille livres de rente. Le comte de Verteillac n'était encore que brigadier. Qu'elle fut la surprise quand le roi lui dit, qu'il le nommait gouverneur de Mons, et du Hainaut ? Le roi ne fut guère moins surpris quand il trouva le comte de Verteillac plus sensible au chagrin de se voir à son âge renfermé dans une place, que flatté de la grâce qu'il lui faisait en lui confiant un gouvernement de cette conséquence. S. M. ne lui fit pas mauvais gré de penser ainsi : elle eut même la bonté de trouver un expédient pour concilier la grâce qu'elle lui faisait avec les services qu'il avait envie de lui rendre : ce fut de lui promettre de l'employer dans les armées toutes les fois que sa présence ne serait pas nécessaire à Mons.

Peu de temps après le comte de Verteillac fut maréchal de camp, et conformément à la promesse que le roi avait bien voulu lui faire, il reçut ordre de servir en cette nouvelle qualité au siège de Furnes sous Mr. de Boufflers qui l'avait demandé. Il y porta cette activité ardente et ingénieuse qui l'accompagnait partout, et qui hâte si fort le succès des entreprises les plus difficiles. Il contribua beaucoup à la reprise de cette place. Le marquis de Ximénès lieutenant général avait eu ordre de venir commander à Mons en l'absence du comte de Verteillac, et il en sortit des que M. de Verteillac y entra.

Le roi en 1691 ouvrit la campagne plutôt par des fêtes galantes que par un appareil de guerre. Les princesses et toutes les dames de la Cour étaient à Mons. Deux armées campaient aux environs et ne semblaient être destinées qu'à offrir des spectacles aux Dames. Le comte de Verteillac qui avait toujours fait une grande dépense, l'augmenta si considérablement en cette occasion, qu'il justifia ce que disait un général romain, qu'un « homme destiné au grand par la nature sait être aussi magnifique que brave ».

À la fin de cette campagne, S. M. créa des charges de lieutenants de roi dans les provinces. Le comte de Verteillac eut celle du Périgord.

Enfin, le comte de Verteillac touchait au jour le plus glorieux de sa vie et celui qui devait la terminer. J'en emprunterai le récit de M. de Quincy lieutenant général d'artillerie.

« Le maréchal de Luxembourg qui commandait l'armée de France méditait des entreprises importantes et se trouvait hors d'état de les exécuter, parce que son camp souffrait depuis longtemps une extrême disette de vivres et d'argent. Il avait à Mons un convoi de sept cent charriots de bled, et de dix charettes d'argent, mais la difficulté était de le faire passer à la vue de la garnison considérable que l'ennemi avait dans Charleroi. Le prince d'Orange l'ayant affaiblie par plusieurs détachements, le maréchal de Luxembourg voulut profiter de cette conjoncture, et ne soupçonnant point d'artifice dans la conduite du général ennemi, il manda au comte de Verteillac qu'il s'agissait du salut de l'armée, qu'il ne croyait le convoi en sûreté qu'entre ses mains, et quoique le roi lui eut défendu depuis quelque temps de découcher de sa place, qu'il prenait sur lui la désobéissance ; cette lettre était accompagnée d'un ordre de remettre le convoi au comte de Guiscard, lieutenant général et gouverneur de Namur, qui devait le recevoir à Beaumont, et de rester auprès de lui avec toutes les troupes, si Mr. de Guiscard le trouvait nécessaire. Le comte de Verteillac sortit de Mons la nuit du 2 juillet avec 600 chevaux, et un gros corps d'infanterie, il conduisit le convoi jusqu'à Beaumont, et le remit au comte de Guiscard, qui l'y attendait avec le régiment de Rassant ( cavalerie ), ceux de dragons de Bretoncelle, et de Breteuil, la compagnie franche des dragons de Rodrigues del Frante italien, un bataillon de Bourbon commandé par le marquis de Vieux Pont ; un bataillon suisse que commandait Mr. de Belleroche, et un détachement de la Mark. On fit parquer les chariots, et le comte de Verteillac ayant fait rafraîchir ses troupes, reprit avec inquiétude le chemin de Mons, parce qu'on avait lieu de croire que l'ennemi y voulait pénétrer. Il etait deja aux portes de Mons, lorsqu'il reçut un courrier du comte de Guiscard, qui le priait de revenir au plus tôt sur ses pas, parce que le baron du Puis général hollandais marchait à lui. Le comte de Verteillac laissa à Mons son infanterie, qui ne pouvait pas fournir à une marche si vive, et il arriva à Beaumont vers minuit, avec les régiments de Lagny, et Savary ( cavalerie ), on fit déployer le convoi avant la pointe du jour ; quand on eut passer le défilé de St. Lenrieux, les ennemis parurent sur la hauteur, et se mirent en bataille, il y avait 19 escadrons de cavalerie, un détachement de cuirassiers de l'électeur de Bavière, un tercio espagnol, commandé par Mr. de Pinaiente, beaucoup d'infanterie et tous les volontaires de Charleroi ( gens très aguerris ). Le prince d'Orange qui avait compris de quelle utilité il ferait pour lui d'enlever le convoi qui était à Mons, avait fait la feinte d'affaiblir la garnison de Charleroi, se doutant bien que le maréchal de Luxembourg saisirait ce moment pour le faire passer, et il avait donné au baron du Puis homme d'une grande experience, l'élite de ses troupes pour l'enlever dans le passage. Cependant le comte de Guiscard croyait pouvoir éviter le combat, mais le comte de Verteillac jugea que les ennemis ne s'étaient pas avancés avec tant de force, et mis en ordre de bataille pour ne rien entreprendre, il opina pour commencer l'attaque quoique fort inférieur en nombre, plutôt que de se laisser attaquer avec désavantage ; on forma deux lignes, la première composée de 4 escadrons de Rassant, du régiment de Breteuil, et de celui de Savary, faisant en tout 9 escadrons, Mr. de Lagny était en 2e ligne avec deux escadrons de son régiment, et deux de Bretoncelle. L'ennemi occupait le même front que les français, et avait disposé les troupes sur trois lignes. Le comte de Verteillac voyant qu'il n'y avait que par un effort extraordinaire de valeur, qu'on put suppléer à l'inégalité du nombre, décida qu'il fallait essuyer la première décharge de l'ennemi, et aussitôt marcher à lui l'épée à la main. Ce qui fut exécuté si heureusement et avec tant de bravoure, que la 2e et la 3e ligne des ennemis furent enfoncées, menées battant plus qu'une grande lieue, sans qu'on eut besoin des troupes de notre 2e ligne. Une partie de l'infanterie ennemie qui était dans le village de Bossu voyant toute la cavalerie battue prit le parti d'en sortir. Elle traversa la petite plaine en très bon ordre et se retira par le même bois par lequel elle avait débouché sans qu'on put l'entamer. Pour la cavalerie ennemie elle fut très maltraitée, il en resta 800 hommes sur la place, on fit 200 prisonniers, le reste se retira avec une extrême diligence à Charleroi. Cette action acquit beaucoup de réputation aux troupes qui s'y trouvèrent. Tous les officiers y marquèrent une extrême valeur, surtout le comte de Verteillac qui y perdit la vie, après avoir donné des preuves d'un courage, et d'une conduite digne des plus grands éloges. Il avait été blessé considérablement à la hanche au commencement du combat, et il ne voulait jamais se retirer qu'il ne vit le convoi en sûreté. Il reçut dans la décharge des fuyards un coup à la tempe dont il mourut sur le champ ; le lendemain le convoi arriva à Namur, et mit le maréchal de Luxembourg en état d'agir offensivement le reste de la campagne, de donner la bataille de Nervinde, et de prendre Charleroi ».

Le corps du comte de Verteillac fut rapporté à Mons, et enterré dans l'église des jésuites avec une pompe militaire, moins honorable pour lui que les regrets marqués sur tous les visages. Le recteur des jésuites prononça son oraison funèbre, et on lui érigea un mausolée de marbre où se voit son épitaphe.

Le comte de Verteillac touchant aux plus grands honneurs de la guerre, aimé et estimé de son maître, périt ainsi à la fleur de son âge, dans une action importante par ses suites, dont le succès lui était dû, et où il avait deployé tout ce que les vertus militaires ont de plus brillant.

Il s'était trouvé à 10 batailles, et à 27 sièges, il se distingua toujours par la valeur, par une activité infatigable dans le service, par une attention à faire observer exactement la discipline, par le talent de savoir prendre son parti, et de conserver la présence d'esprit au fort de l'action.

Le comte de Verteillac possédait si éminemment toutes ses qualités, que le roi dit après sa mort à madame de Verteillac, qu'il avait perdu dans le comte de Verteillac le meilleur officier d'infanterie qu'il eut eu depuis le maréchal de Turenne. Un éloge si flatteur aurait été suspect d'exagération dans toute autre bouche que dans celle de Louis XIV.

Pendant tout le temps qu'il a été gouverneur de Mons, il n'a pas passé six nuits entières dans son lit, on lui a reproché un peu trop d'inquiétude, mais il se trouvait chargé de la garde d'une place qui était l'objet de la jalousie de tous les ennemis du roi, sur laquelle on formait tous les jours de nouvelles entreprises, et qui était peuplée d'habitants entièrement dévoués à l'Espagne. Il était d'ailleurs pénétré d'une maxime qu'il répétait souvent : c'est qu'on s'expose à manquer des précautions nécessaires, lorsqu'on n'en a pas quelque fois d'inutiles.

Cette valeur si brillante, cette vigilance si active, décelent d'ordinaire une vive ambition, passion impérieuse qui s'associait les vices et les vertus, et qui quelque fois les maîtrise.

Le comte de Verteillac semblait ignorer l'usage de tous les plaisirs, rien ne paraissait avoir d'agrément pour lui, que ce qui pouvait l'aider à mériter les honneurs militaires. Ses moments même de loisir il les consacrait à la guerre, il était parfaitement instruit de l'histoire de tous les plus grands capitaines, de leurs vertus, de leurs exploits, de leurs fautes même plus instructives que leurs succès.

Cet homme si livré à l'ambition était encore plus homme d'honneur qu'ambitieux. Les instances de sa famille lui fitent prendre en 1685 la résolution de se marier ; il trouva dans mademoiselle de St. Gilles, ce qu'il pouvait désirer pour un établissement, du mérite, de l'esprit, de la noblesse, des alliances, elle a eu un bien considérable ; des raisons de convenance avaient plus de part à cet engagement que l'amour ; quand les paroles d'honneur eurent été réciproquement données, le comte de Verteillac en alla faire part à Mr. de Louvois. Ce ministre craignit que le mariage ne ralentit l'activité d'un officier qu'il croyait si utile au service du roi ; il y marqua une très forte opposition. Le comte de Verteillac sentit combien la resistance à un ministre si impérieux pouvait lui faire tort : il lui déclara cependant qu'il manquerait plutôt à la fortune qu'à la parole. Mr. de Louvois renouvella inutilement ses instances. Enfin il se restreignit à tirer promesse de lui qu'il n'en servirait pas le roi avec moins d'ardeur qu'avant son mariage, et il jugea que la fidélité que le comte de Verteillac marquait à ses engagements était un bon garant de l'exactitude avec laquelle il remplirait celui qu'il prenait avec lui.

Son humanité était égale à sa probité. Après la bataille de Steinkerque on mit dans Mons 700 officiers blessés, il ne se passa aucun jour que le comte de Verteillac ne les visitât tous, et il fit une dépense considérable pour leur procurer toute sorte de secours. Il fut à sa mort regretté dans son gouvernement comme le père commun du soldat, et du peuple, il avait su se faire aimer du soldat et le contenir dans le devoir, protéger un peuple, secrètement attaché à l'Espagne, et s'en faire craindre.

Jamais personne n'a porté plus loin que lui le désintéressement, jouissant de plus de 50 mille livres de rentes des bienfaits du roi, gouverneur d'une province nouvellement conquise, il est mort moins riche qu'il n'était né.

S'il reçut des biens du roi, il les consacra au service de ce prince. Les vertus qui forcent à l'estime ne sont pas toujours unies à celle qui concilient l'amitié. Le comte de Verteillac les rassemblait toutes, et comme il n'y avait point de général qui ne souhaitât de l'avoir pour second, il n'y avait point de particulier qui ne souhaitât de l'avoir pour ami.

Peu attentif à conserver pour lui son crédit, il semblait vouloir l'épuiser pour tous les hommes de mérite qui en avaient besoin ; plusieurs soldats de fortune lui ont dû leur élévation.

Ami solide, bon mari, bon parent, bon maître, il a toujours été fidèle à ses devoirs qui font comme la pierre de touche de l'honnêteté homme par le peu d'interêt que la vanité y prend.

Sa vivacité naturelle était extrême, on ne s'en apercevait guères dans l'intérieur de sa famille que par les efforts qu'il faisait pour la contenir ; il a même toujours maîtrisé son humeur et mesuré ses discours au point qu'il ne s'est jamais battu en combat singulier, mérite rare pour ces temps-là dans un homme d'une vivacité aussi grande, et d'une valeur aussi décidée.

Le comble de la vertu est de mériter la louange et de ne l'a point désirer. Cette grandeur d'ame n'a jamais été en un degré plus élevé que dans le comte de Verteillac ; on a de lui quelques mémoires de ses campagnes, il ne s'y étend que sur le mérite de ceux avec qui il a servi, prodigue de louanges à leur egard, il semble être injuste au sien, à peine croirait-on qu'il eut été présent à des actions, ou l'Histoire lui donne une part considérable.

Il avait l'esprit infiniment vif, et pénétrant, aussi capable de former des desseins que de combiner les details qui peuvent en faciliter l'execution, et en assurer le succes, il pensait finement, et s'exprimait avec grâce, les mémoires qu'il a laissé quelqu'abrégés qu'ils soient, sont écrits d'un style concis, clair, et noble et justifient qu'il etait né aussi capable d'écrire des choses qui méritassent d'être lues, que d'en faire qui méritassent d'être écrites.

Son tempérament était robuste et propre à féconder son activité, et son ardeur dans le métier des armes : il portait dans les yeux et sur le visage ces lettres de recommendation que la nature ne refuse guères à ceux dont elle a avantagé l'esprit et le cœur.

Ses frères et ses soeurs par les alliances qu'ils prirent, augmentèrent le nombre de celles qu'ils avaient déjà avec la plus ancienne noblesse du Périgord. Tous ont laissé postérité.

Sa veuve a épousé en secondes noces le comte d'Hautefort, lieutenant général des armées du roi, gouverneur de St. Malo. De plusieurs enfants qu'a eu le comte de verteillac il n'est resté qu'une fille mariée à son cousin germain, le comte de Verteillac, gouverneur et sénéchal de Périgord.

Fin.

M5020_LP_45A_036A_04 illustration : gravure conservée au château de Versailles.

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18 mars 2021

Les dernières charrettes de la Terreur

Elie-François de Labrousse-Belleville, ancien lieutenant de chevau-légers, a été lui aussi rendu à la vie civile par la suppression de son corps, en 1788. Agé alors de trente-cinq ans, il s'est retiré dans ses propriétés de la Loire pour se consacrer à l'agriculture.

De tempérament batailleur malgré sa petite taille, à peine un mètre soixante, il est peu de dire qu'il ne s'est pas adapté aux idées nouvelles. Clamant à tout propos son élitisme aristocratique, il régentait son personnel l'épée à la main et répondait aux réclamations légitimes en montrant son derrière. Il faisait passer pour son valet un émigré notoire, lisait les Actes des Apôtres, feuille incivique, faisait baptiser les nouveau-nés du village dans sa chapelle particulière, et par des prêtres réfractaires qu'il y dissimulait.

En outre, il a envoyé un de ses serviteurs à La Rochelle « y transporter des marchandises et les débiter à tel prix que ce fût, pourvu qu'il lui portât l'argent sonnant ». S'il bradait ainsi ses biens, c'était évidemment pour avoir du numéraire et rejoindre son corps à Coblence, où précisément les chevau légers venaient d'être reconstitués par les frères du roi.

Enfin, il boycottait tant qu'il pouvait les engagements, de manière originale, comme l'expose imperturbablement son acte d'accusation :

« Pour se faire un parti, il attirait chez lui la jeunesse, par des bals et des festins qu'il donnait jour et nuit, il y formait des complots contre la sûreté de ceux qui s'étaient voués à la défense de la patrie, et on l'a vu, pour empêcher les enrôlements, menacer les volontaires de la fureur des Uhlans ! »

En somme, il paye cher son goût pour la danse, et les danseurs. Rien n'a pu le sauver, ni d'affirmer qu'il a conseillé lui-même à ses métayers de rejoindre l'armée, ni d'ajouter qu'il n'était pas assez idiot pour se glorifier du titre honteux d'aristocrate, même pas son humble billet à Fouquier Tinville :

« Il serait très important pour moi que tu daignes m'accorder quelques minutes, pour te faire connaître des pièces justificatives que n'a vu ni pu voir le comité de Montrond qui m'a désigné pour être traduit au Tribunal révolutionnaire. Et te parler d'une disposition du décret du 21 messidor qui paraît faite exprès pour le cas où je suis. Daigne accorder à la vérité, à l'humanité, le petit instant qu'elles te demandent. J'ai aussi à te faire une dénonciation instante et importante. »

La loi du 22 prairial, 10 juin, réservait à la Convention et aux Comités le droit exclusif de déférer les suspects au Tribunal, ce qui mettait fin à de nombreux abus commis par les autorités locales. Le décret du 21 messidor, 9 juillet, prévoyait la mise en liberté, après examen de leur cas, des détenus qui auraient pu en être victimes, ce qui les faisait bénéficier rétroactivement des nouvelles dispositions. Labrousse-Belleville pouvait en effet prétendre se trouver dans ce cas.

Source : Les dernières charrettes de la Terreur, de Françoise Kermina.

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Portrait de Jean Allafort

Jean Allafort (collection particulière)

allafort

Né en 1741 au Bourdeix, fils du maître de forges d'Etouars, jouissant d'une fortune plus que médiocre, il n'a rempli avant la Révolution aucune fonction municipale ou de judicature. Licencié en droit, il continue à travailler dans les forges et exerce en même temps la profession d'avocat . En 1790, il est maire de Bussière-Badil. Le 10 août, il est élu membre du Directoire du district de Nontron, avec trois autres avocats, charge qu'il occupe jusqu'à son élection à la Convention, où il vote la mort du Roi. En octobre 1795, les électeurs le renvoient au Conseil des Anciens. Faisant partie du tiers renouvelé en 1797, il rentre avec plaisir dans ses foyers où ses affaires ont été gérées par sa fille. Son fils, qu'il avait poussé à s'engager comme volontaire en 1792, a été tué à l'armée du Rhin en 1795. Il se tient à l'écart de la vie publique sous le Consulat et l'Empire, et doit se cacher à Paris, frappé comme régicide par la loi de 1816. Il y meurt le 5 mai 1818.

Source : Croquants et Jacobins, aspects de la Révolution en Dordogne (1789-1799).

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09 mars 2021

L'assassinat de Louis Regnauld de La Soudière

Louis Regnauld, chevalier, seigneur de La Soudière et de Nieuil, fut assassiné le 13 février 1722 au coin d'un bois par Pierre Rossignol, garde du corps du roi, et son valet, Mingault. Il fut inhumé le 17 dans l'église de Nieuil, âgé d'environ 25 ans. Il avait été page de la Grande Écurie à Versailles. Par contrat du 28 août 1721 devant maître Boissière notaire à Saint-Claud, il avait ensuite épousé Suzanne Green de Saint-Marsault, fille de François-Sylvain Green de Saint-Marsault,, chevalier, seigneur de Nieuil, et Suzanne-Cassandre Green de Saint-Marsault, sa femme. Ses assassins furent condamnés à mort dans un procès par contumace, et sa veuve se remaria avec Jean de Perry, auquel elle porta la seigneurie de Nieuil.

Copie de la sentence devant la sénéchaussée de Poitiers, du sieur Rossignol, dit Montmorillon, convaincu d'assassinat sur la personne de Messire Louis Regnauld de La Soudière :

« Entre Dame Françoise-Suzanne Green de Saint-Marsaud, veuve de Messire Louis Regnauld, chevalier, seigneur de La Soudière, et de Nieul; et Messire François Regnauld, chevalier, seigneur, marquis du dit lieu de La Soudière, et autres lieux, son père; accusateur en crime d'assassinat et homicide commis en la personne du dit deffund seigneur, Messire Louis Regnauld, le Procureur du Roi, d'une part. Contre les nommés Rossignol, dit Montmorillon, et Mingault, son valet, deffendeurs et accusés, et contumax. Tout ou et considéré le nom de Dieu, à ce premier appelé, nous avons comme autrefois declaré le nommé Rossignol, dit Montmorillon, et Mingault, son valet, contumax, forclos, deboutez d'exception et défense, si aucunes ils avaient et duement atteints et convaincus du crime d'assassinat et homicide commis sur la personne de deffund Messire Louis Regnauld, chevalier, seigneur de La Soudière et de Nieul; et pour reparation les condamnons à être pendus et estranglés jusqu'à ce que mort en suive à une pottence qui sera placée à cet effet en la place de Saint-Nicolas près de cette ville par l'exécuteur de la Haute justice, etc. Donné et fait en vacation en la Chambre criminelle de Poitiers par nous, Aubert Saint-Laud, chevalier, seigneur de Beaumont, conseiller du roy, lieutenant-général criminel en la Senéchaussée du Poitou et sage président au dit Poitiers, avec Messieurs du Tiers, lieutenant particulier et assesseur criminel; J. de Genne, Vincent, tous conseillers du dite seigneur et sages magistrats. Le 19 septembre 1722. Signé Irland, rapporteur; de Genne, Vincent; Prieur, greffier. »

Source : Généalogie Charente Périgord.

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Une habitante de Saint-Mary au tribunal révolutionnaire

Madeleine-Elisabeth Maulmont épouse Regnauld-Lasoudière
Guillotinée le 4 juillet 1794

Le 4 juillet 1794 (16 messidor an II), dans la première section du tribunal révolutionnaire, ce fut une véritable boucherie, dit Wallon dans son Histoire du Tribunal révolutionnaire. Dix- neuf personnes sur vingt furent condamnées à mort. La plupart étaient des gens des frontières, doublement mis en péril quand l’ennemi les envahissait; ils l’avaient subi, et on les accusait de l’avoir reçu. Neuf étaient envoyés par le représentant du peuple Mallarmé, comme ayant eu des intelligences avec l’ennemi, ou ayant continué leurs fonctions à Briey, ou à Etain pendant l’occupation étrangère. Les autres, au nombre desquels était Madeleine-Elisabeth Maulmont, étaient accusés de différents délits. Ils furent tous exécutés le même jour. M. le Docteur Cl. Gigon (1) nous fournit l’histoire de cette malheureuse mère dont le crime principal fut d’avoir essayé de défendre la subsistance et les vêtements de ses enfants contre la rapacité des réquisitionnâmes. Elle était née â Mâche, département de la Creuse (2), et avait épousé M. Regnauld de Lasoudière, d’une famille de l’Angoumois. Ils habitaient ensemble le château de Saint-Mary, canton de Saint-CIaud, département de la Charente.

Au commencement de la Révolution, M. de Lasoudière avait émigré et sa femme, probablement sur son conseil, avait fait prononcer son divorce lorsque la Terreur eût organisé la persécution. contre tout ce qui ne partageait pas ses sanglants appétits. Cette malheureuse mère, après ce sacrifice, essayait de vivre et d’élever dans l’isolement sa famille, composée de quatre jeunes enfants. Mais il n’y avait ni paix ni trêve pour ceux qui habitaient le district de La Rochefoucauld, sous la surveillance de son exécrable comité révolutionnaire, et le divorce de cette dame ne devait pas lui être utile.

Le comité révolutionnaire, toujours aux écoutes, avait appris que la citoyenne Maulmont avait montré de la répugnance à livrer ses dernières couvertures de lit frappées de réquisition; qu’elle avait même dissimulé quelques boisseaux de grains destinés à la nourriture de ses enfants. Le prétexte était trouvé. Le comité révolutionnaire lâcha sur la malheureuse mère sa municipalité de Saint-Mary, qui se chargea de faire une enquête; le comité lui-même procéda à un interrogatoire, et de là résultèrent les charges suivantes.

Mme de Lasoudière, lorsqu’on vint lui enlever scs dernières couvertures, avait, devant le voiturier Héraud, chargé du transport, répandu des larmes en disant : « Je suis bien malheureuse ! Si j’avais su l’être autant, je m’en serais allée aussi : ceux qui sont partis sont moins malheureux que moi. » Et, lorsque le comité lui demandait pourquoi elle avait hésité à livrer ces couvertures destinées aux volontaires du district, pourquoi elle avait pleuré, elle répondit : « C’est que l’hiver approchait, nous avions froid; lorsqu’on m’a pris les couvertures du mobilier de mon mari, au nombre de quatorze, je n’ai rien dit; mais lorsqu’on a pris les miennes, si utiles à moi et à mes enfants, j’ai eu du regret, j’ai pleuré. » Premier crime.

Dans ces temps de liberté et de douce philosophie, comme disaient les sans-culottes, chaque citoyen était obligé de dénoncer la quantité de grains qui était en sa possession; mais chacun cherchait à échapper à cette mesure vexatoire, en dénonçant une quantité moindre que la réalité ; seulement tous n’étaient pas l’objet de la surveillance et de l’inimitié du comité révolutionnaire de La Rochefoucould et de la municipalité de Saint-Mary.

Aussi, seule, Mme de Lasoudière fut signalée comme ayant fait une déclaration inférieure à la réalité. Elle pensait d’abord qu’il y aurait tolérance pour elle comme pour les autres, mais, ayant été prévenue que le maire allait venir vérifier, elle s’empressa d’aller à la mairie faire une nouvelle déclaration. Ce bon vouloir ne lui servit d’ailleurs de rien. La municipalité, fidèle exécutrice des intentions du comité révolutionnaire, délégua le citoyen maire Fournet, qui, après vérification faite, trouva une cinquantaine de boisseaux de plus que la déclaration. Deuxième crime.

On peut ajouter encore quelques autres « attentats » du même genre que ceux-ci. Elle avait dit, un jour, en voyant un grand nombre de volontaires qui parlaient pour l’armée: Ah! avant longtemps, d y aura de la place de reste dans l’église ! « Et son métayer, qu’on faisait déposer contre elle, déclara qu’elle avait ajouté devant lui, en parlant de ces mêmes volontaires : « Le pays ne perd pas grand chose à leur départ; ce sont des câlins, des fainéants, des meurt-de-faim, qui n’ont rien à faire chez eux, et qui s’en vont pour se révolter contre nous. » Les dénonciateurs ajoutèrent qu’elle avait fait des menaces. Comme on la savait seule, sans protections, les patriotes et les pillards de Saint-Mary ne se gênaient pas et ravageaient ses propriétés, et, sans doute pour essayer de les elîrayer, puisque personne ne la protégeait, elle dit : « J’espère bien qu’un jour tout cela se trouvera; mon mari n’est pas si loin qu’on ne le croit. » La malheureuse, elle cherchait encore à s’abriter de la force de son protecteur naturel.

Il y avait bien encore quelques autres propos ou commérages, °n les trouvera dans les pièces de son dossier, dont voici le texte :

Déclaration de témoins et renseignements contre la Maulmont
Extrait du procès-verbal du 4 floréal (23 avril 1794), de la municipalité de Saint-Mary

A l'instant est comparu le citoyen Louis Hébrard, du lieu de Chez-Michot, d'après l'invitation que lui a faite la municipalité, et, après lui avoir dit de nous déclarer la vérité, et rien que la vérité, lui ayant demandé son son âge, il nous a dit avoir environ 60 ans; lui ayant dit de nous déclarer s'il ne s'était point aperçu que ladite Maulmont ait tenu quelques propos contre la République et tendant au détriment de la République, a déclaré qu'il y a environ deux ans que ladite Maulmont lui avait dit que, sous peu de jours, le monde ne serait pas gêné dans l'église, et c'était en parlant d'un grand nombre de volontaires qui partaient; elle dit aussi que son mari, émigré, n'était pas aussi loin qu'on se l'imagine.

Lecture faite a persisté et déclaré ne savoir signer.

Est aussi comparu le citoyen Gaspard (Albert), du lieu de la Grange, présente commune, âgé de 40 ans. Lui ayant aussi demandé de nous déclarer s’il s’est aperçu que ladite Maulmont ait tenu quelques propos contre la Révolution, il nous a déclaré qu’il y a environ deux ans il fut à la foire de Saint-Cloud pour vendre les bœufs de ladite Maulmont, et qu’à son retour de la foire il rentra dans sa chambre pour lui rendre ses comptes; elle lui demanda s’il y avait quelque chose de nouveau; ledit Gaspard (Albert) lui répondit qu’il y avait beaucoup de volontaires qui partaient. Ladite Maulmont lui répondit que c’était tous des câlins, des fainéants et des meurt- de-faim; qu’ils n’avaient rien à faire chez eux, et qu’ils s’en allaient pour se révolter contre nous. Il déclare aussi qu’il y a environ un an qu’il s’était trouvé avec ladite Maulmont; ils regardaient ensemble de l’ouvrage qu’un citoyen avait fait dans une pièce de terre que son mari s’était emparé, disant qu’elle était à lui, et que ce même homme qui avait fait cet ouvrage voulait aussi la réclamer, la dite de Maulmont lui dit que quand son mari serait de retour, qu’il paierait bien cela ainsi que les autres.

Qui est tout ce que le déclarant a dit savoir.

Lecture faite, a persisté et déclaré ne savoir signer.

Est aussi comparu le citoyen J. d’Angou, au lieu de Chez-Ie-Bossu, présente commune. Il nous a répondu être âgé de 38 ans. Lui ayant demandé si la Maulmont, femme Regnauld, émigré, avait tenu quelques propos en sa présence contre la Révolution, il a répondu qu’il y a environ deux ans, ladite Maulmont lui dit que les habitants faisaient beaucoup de dégâts dans ses différents domaines, mais que, quelque jour, tout cela se trouverait bien. Qui est tout ce que le déclarant a dit savoir. Lecture faite, a persisté et déclaré ne savoir signer, Est aussi comparu le citoyen J. Chaland l’aîné, demeurant au lieu de Saint-Mary, présente commune, lequel a déclaré être âgé de 45 ans, et que ladite Maulmont lui avait dit, il y a environ deux ans, qu’ «avant qu’il fût peu de temps, il y aurait des guerres civiles, et que le monde se tuerait tous. » Qui est tout ce qu’il a dit savoir.

Lecture faite, a persisté et déclaré ne savoir signer.

Est aussi comparu le citoyen Hébrard, demeurant au lieu de Chez-Ie- Bossu, présente commune, lequel nous a déclaré être âgé de 38 ans, et que ladite Maulmont lui avait dit, il y a environ deux ans, qu’il fallait semer beaucoup d’avoine, attendu que, si les troupes entraient en France, il en faudrait beaucoup, et que, par conséquent, elle deviendrait très chère.

Qui est tout ce qu’il a dit savoir.

Lecture faite, a persisté et déclaré ne savoir signer.

Est aussi comparu le citoyen Charles-Joseph Héraud, du chef-lieu de la présente commune, lequel nous a déclaré être âgé de 28 ans, et que ladite Maulmont lui avait dit, il y a environ six mois, qu’il avait monté au ci-devant château de Saint-Mary, pour faire conduire les couvertes de ladite Maulmont au district de La Rochefoucauld, en vertu d’une lettre adressée à la municipalité par les administrateurs du district de la Rochefoucauld... en conséquence le citoyen lléraud nous a dit qu’au moment où ladite Maulmont avait vu qu’on enlevait ses couvertes, elle se mit à pleurer, en disant qu’elle était bien malheureuse; que si elle avait su de l’être autant, elle s’en serait allée, elle aussi, en ce que ceux qui s’en étaient allés étaient plus heureux qu’elle, et cela en parlant des émigrés.

Qui est tout ce qu’il a dit savoir.

Lecture faite, a persisté et a signé.

Héraut.

La déposition du citoyen Héraud étant faite, nous avons demandé à d’autres citoyens s’ils avaient quelque chose à dire contre la Maulmont; personne n’a répondu. Est cause que nous avons fait et arrêté la présent procès-verbal les jour, mois et an que dessus, et avons signé :

Fougerat, agent national; Fournet, maire; Philippe Besson, officier municipal; L. Biès, officier municipal.

A l’instant que le procès-verbal a été clos, est comparu le citoyen Charles Rondaud, du lieu de la Grange, présente commune, nous ayant dit qu’il avait quelque chose à déposer contre la susdite Maulmont. A l’instant, lui avons demandé son âge : il nous a dit avoir 35 ans, et qu’il y a environ trois ans que ladite Maulmont lui avait dit, dans une grange, qu’elle voulait tuer quelqu’un elle aussi.

Qui est ce que le déclarant a dit savoir.

Lecture faite, a persisté et a déclaré ne savoir signer.

Pour copie conforme : Machenaud, vice-président; Dubois, secrétaire.

Procès-verbal de visite domiciliaire

Extrait du procès-verbal de la municipalité de la commune de Saint-Mary, contre la nommée Magdeleine Maulmont, femme de Regnaud La Sourdière, émigré, divorcée, relativement aux fausses déclarations qu'elle a faites de ses grains.

Aujourd’hui II octobre 1793, je soussigné, Barthélemy Fournet, officier municipal, en vertu de la commission à nous donnée par délibération du conseil de la commune de Saint-Mary, me suis transporté en la maison de ladite Maulmont, aux fins de visiter sa déclaration de blé, et, éfant monté dans les greniers, j’ai mesuré les grains qui y étaient. Il s’y est trouvé sept boisseaux en farine et six boisseaux de inclure aussi en farine, trente-sept boisseaux froment en grain et huit boisseaux d’avoine aussi en grain, le tout en sus tlu nombre qu’elle avait déclaré. Le présent fait et clos en ladite maison le jour ci-dessus. B. Fournet. Le tout sincère et conforme à la vérité. A Saint-Mary, maison commune, ce 25 nivôse, II e année républicaine (14 janvier 1794).

Sebastien Saulnier, Jean Boulestin, officier; Robin, officier; B. Fournet maire; R. Merceron, agent national.

Pour copie conforme : Machenaud, vice-président; Dubois, secrétaire.

Muni de la dénonciation de la municipalité de Saint-Mary qu’il avait provoquée, le comité révolutionnaire de La Rochefoucauld avait incarcéré Mme de Lasoudière et après son interrogatoire du 24 floréal (13 mai 1794), ses pièces furent adressées . au district, afin d’expédier l’accusée au tribunal révolutionnaire à Paris.

Le directoire du district, à son tour, dès le lendemain, 25 floréal, prit un arrêté pour faire expédier de brigade en brigade Mme de Lasoudière, avec six autres malheureux, à l’accusateur public du tribunal révolutionnaire, « pour, sur le tout, être statué ce qu’il appartiendra », c’est-à-dire pour être envoyés à la guillotine, comme cela arriva à tous en effet.

Voici l’interrogatoire subi devant le comité, l’arrêté du i district, et la feuille de route de la gendarmerie pour les conduire à Paris.

Interrogatoire devant le comité

Extrait du procès-verbal de la séance du comité de surveillance révolutionnaire établi à La Rochefoucauld, du 24 floréal, IIe année républicaine (13 mai 1794).

Le comité, vu les renseignements donnés par la municipalité de Saint- Mary, canton do Chasseneuil, contre la Maulmont, femme de Regnaud de La Soudière, émigré, voulant procéder ii son interrogatoire sur les faits à elle imputés, il l’a fait conduire devant lui par le concierge de la maison de réclusion, et, procédant audit interrogatoire, il a été demandé à ladite Maulmont :
D. — Ses noms, surnoms, âge, profession et demeure,
R. — S’appeler Magdeleine-Elisabeth Maulmont, être âgée de 34 ans, ci-devant noble, demeurant à Saint-Mary, femme divorcée de Reynaud La Soudière.
D. — Si elle n’a pas contribué à l’émigration de son mari.
R. — Que non.
D. Si elle sait eu quel endroit il est maintenant, et si elle n'a pas reçu des lettres de lui :
R. — Ne savoir où il est; qu’elle n’a reçu de lui qu’une lettre datée d’Aix-la-Chapelle, où il était allé prendre les eaux, il y a environ dix-huit mois.
D. — Si elle n’a pas dit, il y a environ un an, qu’on ne serait pas gêné dans la ei-deyant église, parlant d’un grand nombre de volontaires qui partaient, et si. elle n’a pas dit aussi que son mari, émigré, n’était pas aussi loin que l’on se l’imaginait.
R. — Qu’elle n’a jamais tenu ce propos.
D. — Si elle n’a pas tenu des propos contre les volontaires, en disant qu’ils étaient tous des câlins, des meurt-de-faim, et qu’ils n’avaient rien à faire chez eux.
R. — Que tout cela est faux.
D. — Si, un jour, examinant le labourage d’une pièce de terre dont son mari s’était emparé, laquelle pièce était réclamée par le propriétaire, elle ne dit pas : « Quand mon mari sera de retour, il paiera bien, ainsi que les autres. »
R. — Que cela est également faux.
D. — Si, il y a environ deux ans, se plaignant de quelques dommages qu’on lui causait sur ses domaines, elle ne dit pas que, quelque jour, tout cela se trouverait bien, et ce qu’elle entendait par là.
R. — Qu’il peut se faire qu’elle se soit plainte avec justice des dommages qu’on pouvait lui causer, et qu’il peut également se faire aussi qu’elle ait dit que cela se trouverait, entendant par là que la loi était juste et qu’elle lui procurerait la réparation do ces dommages.
D. — Si elle n’a pas dit que, sous peu, il y aurait une ou plutôt des guerres civiles.
R. — Que non.
D. — Si elle n’a pas dit que, si les troupes entraient en France, il faudrait beaucoup d’avoine, et que, pour cette raison, il en fallait semer beaucoup.
R. — Qu’elle n’a point dit que les troupes entreraient en France, mais qu'elle faisait semer de l’avoine, en ce que celte espèce de blé réussissait mieux dans la terre de Saint-Mary que d’autre blé, et que d’ailleurs ce blé se vendait toujours.
D. — Si elle n’a pas eu envie d’émigrer aussi.
R. — Que non; que, si elle en eût eu envie, elle serait partie.
D. — Si elle n’a pas été fâchée quelquefois de ne s’être pas émigrée.
R. — Que non.
D. — Si, lorsqu’on lui fit demander ses couvertes de lit, elle les donna de bon cœur.
R. — Que celles qui étaient à son mari, il lui était indifférent qu’on les prit on qu’on ne les prît pas, mais, quant à celles qui la couvraient et ses enfants, elle fut fâché de se les voir enlever, étant alors aux approches de l’hiver.
D. — Si, étant instruite que ces couvertes étaient destinées à couvrir les défenseurs de la patrie, pourquoi elle semblait les regretter, surtout se disant bonne citoyenne.
R. — Que, quant à celles qui la couvraient et scs enfants, le besoin lui faisait désirer de les garder, voyant qu’on lui en avait déjà enlevé quatorze.
D. — Si elle n’a pas dit qu’elle voulait tuer quelqu’un et de qui elle voulait parler.
R. — Qu’elle n’a point tenu ce propos; qu’elle n’a jamais eu cette intention; que, si elle a eu un désir, ç’à été de faire du bien et de l’exécuter. Qu’elle a fait différents dons à la patrie, selon ses facultés.
D. — Pourquoi elle n’avait pas déclaré la vraie quantité de ses grains.
R. — Que, faisant sa déclaration de grains, involontairement elle déclara moins do blé qu’elle n’en avait, n’en sachant pas la quantité, mais que, s’étant aperçue de l’irrégularité de sa déclaration, elle se transporta le lendemain matin à la municipalité pour faire de nouveau sa déclaration et rectifier celle qu’elle avait déjà faite. Lecture faite, ladite Maulmont a persisté et a signé au registre.
Maulmont.

Le comité arrête que ladite Maulmont, déjà en réclusion, sera, ainsi que l’expédition du présent et des pièces la concernant, renvoyée à l’administration du district dans les vingt-quatre heures, conformément à la loi.
Pour extrait conforme au registre : Machenau, vice-président; Dubois, secrétaire.

Arrêté du directoire de La Rochefoucauld
Liberté, Egalité, Fraternité
Extrait du registre du directoire du district de La Rochefoucauld
Séance du 25 floréal l'an II (14 mai 1794)

Vu copie des pièces de la procédure adressée à l’administration, le jour d’hier, par le comité révolutionnaire de surveillance.
1° Contre Joseph Brébiôn-Lahaye, médecin, au nombre de deux pièces.
2° Contre Jean Gellé, ex-curé de Ville-Joubert, au nombre de trois pièces.
3° Contre Valérie Marentin, femme de Pasquet-Saint-Projet, ci-devant garde du corps, émigré, au nombre de cinq pièces.
4° Contre Magdeleine-Elisabeth Maulmont, femme de Reynaud La Sourdière, émigré, ex-noble;
5° Contre Jean Bonnet-Rassat-Dulac, père et beau père d’émigrés, au nombre de deux pièces.
6° Contre Catherine Duplessis, ex-noble, au nombre de deux pièces.
7° Contre Marie-Rose Chamborant, veuve Duplessis, ex-noble; Ouï Albert, pour l’agent national.

L’administration arrête que les dénommés ci-dessus, seront conduits, demain 26, par deux gendarmes d’ordonnance et de brigade en brigade, au tribunal révolutionnaire de la Convention nationale, et les pièces de la procédure chargées à la poste, et adressées à l’accusateur public dudit tribunal révolutionnaire pour sur tout y être statué ce qu’il appartiendra. Il sera expédié une route aux détenus, laquelle sera remise aux mains des gendarmes de cette résidence, qui la transmettront à ceux de Mansle, ainsi que les détenus, et cela se succédera de brigade en brigade jusqu’au tribunal révolutionnaire, où les détenus seront remis aux mains de l'accusateur public qui en donnera décharge.

Hériard, Philippon-Jolly, administrateurs; Desaunières, président; Albert, pour l’agent national.

Ordre donné à la gendarmerie
Liberté, Egalité, Fraternité ou la Mort

Le citoyen Vinson, lieutenant de la gendarmerie, fera conduire après avoir extrait de la maison de réclusion les nommés : Rose Chamborant Duplessis, La Merlière, Maulmont, femme de l’émigré La Sourdière, ex-noble; Rassat- Dulacq, père et beau père d’émigrés; Valérie Marentin, femme de l'émigré Saint-Projet, ci-devant garde du corps; Brébion-Lahaye, médecin, et Gelé, ex-curé de Villejoubert; les fera conduire, demain 26 courant, par trois gendarmes d’ordonnance, à la brigade de Mansle, où il les remettra, en retirera décharge, et la brigade de Mansle les conduira à la plus prochaine, et de brigade en brigade, jusqu’au tribunal révolutionnaire de la Convention nationale, ii Paris, où les accusés seront remis, ainsi que ces présentes, ès mains de l’accusateur public dudit tribunal, qui en donnera décharge. Les gendarmes recevront l’étape et le logement; les détenus recevront six sols par lieue, et seront conduits sur une voiture à trois colliers.
La Rochefoucauld, séance publique du Directoire, le 25 floréal, l’an II de la République (14 mai 1794).
Philippon-Joly, Albert, Renard, Laroque.

(A Ruffec, un ordre identique est donné à la gendarmerie, le 27 floréal; la seule différence qu’il offre avec le précédent, c’est que l’indemnité de roule des détenus est de cinq sols, au lieu de six sols, par lieue. Il est signé : Pinoteau fils aîné, Rougier, J. Decaze, suppléant et secrétaire.

Suivent les certificats d’étape et de logement fournis dans les localités suivantes :

Floréal, 26. — Mansle.
— 27.—Ruffec.
28. — Poitiers.
— 29. — Châteauroux.
— 30. —
Prairial, 1. — Tours.
— 2. — Amboise.
— 3. — Blois.
— 4. — Beaugency.
— 5. — Orléans.
— 6. — Arthenay.
— 7. — Angeville et Elampes.
— 8. —
— 9. — Commune de l’Egalité.

A Paris, on fit subir à Mme de Lasoudière un interrogatoire insignifiant, que l’on va lire, et cet interrogatoire est tellement écourté, qu’il manifeste qu’on n’avait rien de nouveau à ajouter aux prétendues charges énumérées plus haut. Ces formalités étant remplies, le rôle de l’accusateur public allait commencer. L’acte d’accusation qu’il dresse et le jugement que prononce le tribunal sont les dernières pièces du dossier de Mme de La Soudière.

Interrogatoire devant le tribunal révolutionnaire

Cejourd’hui, 11 prairial de l’an II de la République (30 mai 1794), 1 heure de relevée, nous, Claude-Emmanuel Dobsent, juge au tribunal révolutionnaire, assisté de R. Josse, commis greffier, avons fait amener de la maison d’arrêt de la Conciergerie la prévenue.

D. — Ses noms, âge, profession, pays et demeure.
R. — Magdeleine-Elisabeth Maulmont, femme de La Soudière, âgée de 35 ans, née à Mâche, département de la Charente (3), ex-noble, demeurant à Saint-Mary, département de la Charente, district de La Rochefoucauld.
D. — Où est son mari, et s’il n’est pas émigré.
R. — Qu’elle, l’ignore; qu’elle a fait prononcer son divorce d’avec lui pour cause d’absence.
D. — Si depuis son émigration, elle n’a pas entretenu des correspondances avec lui.
R. — Qu’elle ne lui a jamais écrit; mais qu’elle a reçu une lettre de lui d’Aixe-la-Chapelle, il y a environ vingt mois.
D. — Si elle n’a pas dit, un jour, que son mari n’était pas aussi loin qu’on se l’imaginait.
R. — Que non.
D. — Si elle n’a pas dit qu’avant peu la guerre civile se manifesterait.
R. — Que non.
D. — Si elle n’a pas dit qu’elle désirait tuer quelqu’un, et l’avons sommé de déclarer la personne qu’elle voulait homicider.
R. — Que non.
D. — Si elle a fait choix d’un défenseur.
R. — Que non. Nous lui avons nommé le citoyen Chauveau. Lecture faite, a persisté et signé avec nous. Maulmont, Dobsent, .Iosse.

Jugement commun à Mme De Lasoudière et à M. Derassat
Extrait du jugement du 16 messidor (4 juillet 1794)

Vu, par le tribunal révolutionnaire, l’acte d’accusation porté par l’accusateur public.... 4° Contre Magdeleine-Elisabeth Mormont (sic) (4), femme de La Soudière, âgée de 35 ans, née à Mâche (Creuse), ex-noble, demeurant à Samarie (sic) (Charente);.... dont la teneur suit :
Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public du Tribunal révolutionnaire expose :
Qu’en vertu de divers arrêtés; 4° Magdeleine-Elisabeth Mormont; 5° Bonnet de Rassat-Dulacq ont été conduits au tribunal révolutionnaire;
Qu’examen fait des pièces remises à l’accusateur public, il résulte que la femme Maulmont de La Soudière, dont le mari est au nombre des conspirateurs qui portent les armes contre leur patrie, partage ses principes et ses sentiments, et n’a cessé de déclarer être elle-même l’ennemi du peuple; elle ne cessait d’attaquer, par les discours les plus outrageants et les plus injurieux, la République et ses défenseurs. « Dans peu, disait-elle, nous aurons la guerre civile; mon mari, émigré, n’est pas si loin qu’on le pense. Ces volontaires qui partent par la frontière sont des cillins, des fainéants et des meurt-de-faim, qui n’avaient rien à faire chez eux. »
« C’est, bien malheureux ! disait en pleurant la femme Mormont — parce qu’on enlevait des couvertures de laine pour nos défenseurs de la patrie. Si j’avais su être aussi malheureuse, je me serais en allée. »
Qu’elle « voudrait tuer quelques patriotes (5) », propos qui excitaient l’indignation de tous les citoyens de la commune où elle demeurait...
D’après l’exposé ci-dessus, l’accusateur a dressé la présente accusation contre les susnommés, pour s’être déclarés les ennemis du peuple en provoquant, par des propos et des discours, l’avilissement de la représentation nationale et le rétablissement do la royauté.
En conséquence, l’accusateur public requiert.
Fait au cabinet de l’accusateur public, le 15 messidor, l’an II de la République (3 juillet 1794).
A. Q. Fouquier.

Vu la déclaration du juré de jugement faite individuellement et à haute voix, en l’audience publique du tribunal, portant que Magdeleine-Elisabeth Mormont, femme Lasoudière, et Bonnot de Rassat-Dulacq sont convaincus de s’être rendus les ennemis du peuple, et d’avoir conspiré contre la sûreté et la liberté en provoquant, par des discours, l’avilissement et lu dissolution de la représentation nationale et des autorités constituées et le rétablissement de la royauté.
Le tribunal, après avoir entendu l’accusateur public sur l’application de la loi, condamne à la peine de mort Magdeleine-Elisabeth Mormont, femme Lasoudière, et Bonnet de Rassat-Dulacq.
Déclare les biens des susnommés acquis à la République. Ordonne qu’à la diligence de l’accusateur public le présent jugement sera exécuté dans les vingt-quatre heures, sur la place de la Barrière-de-Vincennes.
Fait et prononcé le 16 messidor, l’an IIe de la République, en audience publique du tribunal, où siégeaient les citoyens Toussaint-Gabriel Scellier, vice- président; Antoine-Marie Maire, et François-Pierre Garnier-Launay, juges, qui ont signé le présent jugement, ainsi que le greffier.
Scellier, Maire, Garnier-Launay, Legris, commis greffier.

Chez Fouquier-Tinville, tout était mensonge et cruauté; tous ses réquisitoires sont de continuels appels au versement du sang innocent. Mais il parlait à un jury et à un tribunal dignes de le comprendre. Dans le cas présent, le verdict fut affirmatif sur tous les points, et un feu de file, comme disaient les révolutionnaires, renversa dans la mort, non seulement la malheureuse femme, mais encore tous ceux qu’avait expédiés le directoire de La Rochefoucauld par son arrêté du 26 floréal. Le jugement condamnant à mort Mme de Lasoudière, rendu le 16 messidor an 11 (4 juillet 1794), fut exécuté le même jour.

L'abbé Lecler

Notes :

1. Les victimes de la Terreur dans le département de la Charente, t. I, p. 14, et t. Il, p. 265.

2. Il est à croire que Madeleine-Elisabeth de Maulmont est née au château du Monteil, paroisse de Luporsac, on Marche, aujourd’hui dans le dé partement de la Creuse. Melchior de Maulmont de Saint-Vitte le était devenu propriétaire du château du Monteil en 1673 par son mariage avec Antoinette de Neuville, dame du Monteil. Pendant la Révolution, leur descendant Annet de Maulmont y vivait avec ses deux filles; et l’une d’elles Marie-Anne-Florentine de Maumont épousa, le 12 juin 1798 Annet-Jean-Baptiste de La Celle. Le château du Monteil fut un asile bien connu des proscrits et des prêtres réfractaires qui y trouvèrent toujours une généreuse hospitalité.

3. Mache est dit précédemment, et aussi dans le jugement que l’on va lire, du département de la Creuse. Mais il n’y a de commune de ce nom ni dans le département de la Creuse ni dans celui de la Charente.

4. Au lieu de Maulmont; le texte du jugement ci-après porte aussi Mormont.

5. S’il était nécessaire d’un témoignage matériel pour prouver les falsifications que Fouquier-Tinville faisait subir aux dépositions des témoins pour aggraver le sort des accusés, on le trouverait ici. Dans l’enquête de la municipalité de Saint-Mary, on voit que le citoyen dénonciateur spontané Charles Rondeau est venu déclarer que trois ans auparavant, ladite Maulmont avait dit qu'elle voulait tuer quelqu’un. Ce propos, tenu depuis trois ans, m’a paru si invraisemblable, si insignifiant même, que je n’ai pas voulu le relever. Mme Lasoudière, d’après cela, aurait dit qu’elle voulait tuer quelqu’un, mais n’avait pas dit qui. Le même propos fut relevé dans l’interrogatoire du tribunal révolutionnaire, et, malgré l’interpellation directe du juge, on ne put trouver à qui appliquer le mot. Par conséquent, cette accusation était nulle el même ridicule. Mais Fouquier-Tinville, avec l’odieuse perfidie mensongère qui était si bien dans ses habitudes, ajouta à la déposition; il accusa la malheureuse d’avoir voulu tuer un patriote, créant ainsi un mot, une idée qui n’avait pas existé : c’était afin de prouver que la malheureuse dame était contre-révolutionnaire, crime alors sans rémission.

Lors du procès, qui vengeant l’humanité, envoya Fouquier-Tinville à la mort, au mois de pluviôse an III, celui-ci prétendit et prouva en effet que c’était sur l’ordre du Comité de Salut public qu’avaient eu lieu tant de sanglantes exécutions; qu’il allait chaque jour au comité prendre ses ordres et ses inspirations. Mais si Billaud-Varennes, Collet, Robespierre, David, Carnot, avaient été plus scélérats que lui comme moteurs, il faut avouer que l’accusateur public s’était aussi assimilé la responsabilité à lui-même par son obéissance passive aux ordres criminels du comité et les développements qu’il y avait ajouté, par les interprétations qu’il avait données aux actes les plus innocents des accusés, par les mensonges dont il n’avait cessé de surcharger ses innombrables réquisitions.

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La Soudière émigré

Regnauld de La Soudière (Louis) : fils de Louis-François-Gabriel, seigneur de La Soudière, et de Anne de La Ramière, sa première femme - né à Saint-Mary, diocèse d'Angoulême, 13 septembre 1747 - reçu mousquetaire dans la 1re compagnie, 27 mai 1768 - supprimé avec la compagnie, 15 décembre 1775, et breveté capitaine de cavalerie - conserve le quart de ses appointements jusqu'à son remplacement, soit 180 livres, pension réduite 159 livres 6 sols en 1779 - Commissaire chargé de la rédaction du cahier de doléances à l'Assemblée provinciale de 1789.

Emigra, mars 1792 - campagne de 1792, armée des Princes, dans la 2e compagnie noble d'ordonnance (Mousquetaires), 8e brigade - joint l'armée de Condé en septembre 1799, servit jusqu'au licenciement dans la cavalerie noble - Chevalier de Saint-Louis en 1796 (?).

Il mourut à Altona (Holstein), 9 mars 1811.

Il épousa, contrat du 30 décembre 1783, Madeleine-Elisabeth de Maumont - fille de Jean-Léonard et de Marie Blondeau de Laurière - née à Mache (alias au château de Monteil, aujourd'hui Creuse) - condamnée à mort par le tribunal révolutionnaire de Paris, 16 messidor an II.

Une indemnité de 89.430,13 F fut attribuée en 1826 à ses fils François-Gabriel et Louis-Gabriel.

A. G. : YB 69 - 350(1) - Callandreau - Gigon : « Victimes de la Terreur ».

Source : L'émigration militaire, de Jean Pinasseau.

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25 février 2021

Le dernier duc d'Angoulême

L'Angoumois était, depuis 1773, l'apanage du frère de Louis XVIII, Charles Philippe, comte d'Artois, qui fut plus tard Charles X. Ce titre de duc d'Angoulême passa ensuite aux mains de l'un de ses fils Louis-Antoine de Bourbon, époux de Marie-Thérèse Charlotte, dite madame Royale, fille de Louis XVI, duchesse d'Angoulême.

Le duc et sa femme furent d'ardents royalistes, qui rêvaient la chute de l'Empire et le rétablissement de l'ancienne monarchie.

En janvier 1814, alors que le cabinet de Londres déroulait son plan de restauration, le duc d'Angoulême débarqua à Saint-Jean-de-Luz et alla se cacher à Saint-Sever d'où il communiqua avec les chefs catholiques de l'Ouest, tels que La Rochejaquelin et de Taffart, pour former des associations secrètes qui devaient instruire les alliés sur la situation de la France.

Pendant que Soult faisait retraite en remontant l'Adour pour rejoindre l'armée de Suchet, les royalistes se proposèrent de prendre Bordeaux pour le remettre au roi Louis XVIII.

Le maire de la ville, le comte de Lynch, sollicita le duc d'Angoulême de venir et l'informa que les Bordelais lui ouvriraient leurs portes et leur coeur.

Défiant la police secrète de l'Empereur, le duc d'Angoulême fit appel à des volontaires royaux. Aussitôt, de tous les points des villes du Sud-Ouest, arrivèrent des partisans équipés et montés à leurs frais et, le 12 mars 1814, malgré la décision de Wellington qui envoya 15.000 anglais sous la conduite de Beresford pour empêcher le complot royaliste, le duc entra dans Bordeaux avec son escorte de volontaires royaux conduits par son premier écuyer, le comte de Guiche; il occupa la ville jusqu'au 17 juillet.

Au cours de ce séjour, Marie-Thérèse Charlotte et son mari visitèrent un grand nombre de villes qui les avaient invités. Le 6 mai une délégation composée de MM. Gounin-Pompinaud, maire, Pasquet de Laurière, Sibilet Mathieu, le général Lacroix partit à Bordeaux pour aller déposer, au nom de la ville, les hommages des habitants de La Rochefoucauld, aux pieds du duc d'Angoulême. En reconnaissance, Louis-Antoine de Bourbon fit halte à La Rochefoucauld le 23 mai et il y fut reçu par plusieurs maires du canton en uniforme officiel : écharpe blanche, chapeau retroussé à la Henri IV, cocarde blanche et plumet blanc.

Bordeaux fut conservé à la cour royale par Marie-Thérèse Charlotte plus de dix jours après le retour de Napoléon aux Tuileries. En récompense, le roi Louis XVIII nomma le duc d'Angoulême Grand Amiral de France. Parmi les volontaires royaux, venus de la Charente, il faut citer Dexmier de Chenon, Dumas de la Rogue, de Chambre, etc.

En leur décernant le titre d'officier, le duc d'Angoulême avait remis à chacun des volontaires un insigne qu'on appela l'ordre du Brassard, dirigé par S. A. R. Louis-Antoine de France. L'insigne était formé d'un ruban en soie blanche, orné d'une belle plaque en émail qu'on portait sur l'uniforme militaire; pour le civil, il était remplacé par une médaille. Un brevet parchemin confirmait le titre. En tête du brevet figurait le brassard gravé à l'eau forte, scellé du sceau de la Grande Chancellerie de la Légion d'honneur et contre scellé du sceau du capitaine de chaque compagnie.

Au 20 juillet le roi Louis XVIII y ajouta la décoration du Lys, imitation de la croix de Saint-Louis, avec couronne royale supportant la décoration et, à l'avers, une fleur de lys avec la légende « Vive le roi ! »

Dans les derniers jours de février 1815, les volontaires royaux de l'ordre du Brassard se réunirent à nouveau à Bordeaux pour y fêter l'anniversaire du 18 mars 1814 et y revoir le duc et la duchesse d'Angoulême, qui devaient arriver le 7 mars.

C'est au milieu des fêtes données à cette occasion par le commerce que le duc apprit la nouvelle du retour de Napoléon. A cinq heures du matin, sentant le danger qui le menaçait, il partit pour Nîmes, confiant la duchesse, sa femme, aux volontaires royaux qui l'accompagnèrent jusqu'à Pauillac, d'où elle s'embarqua pour l'Espagne (3 avril 1815). Le duc fut arrêté et envoyé à Barcelone. En quittant ses volontaires, il adressa à chacun une lettre conçue en ces termes :

« Je me fais un plaisir de témoigner aux volontaires royaux ma vive satisfaction du zèle qu'ils n'ont cessé de manifester depuis l'époque mémorable du 16 mars. Je leur en fais mes remercîments en mon nom et en celui du Roi.

« Je les invite à se retirer par congé dans leurs familles et à attendre que mon retour, ou l'arrivée de la Duchesse d'Angoulême, ou de quelque prince, rendent de nouveau leurs services aussi utiles qu'ils m'ont été agréables. Ils peuvent au surplus toujours compter sur mon sincère attachement : Signé : Louis-Antoine. »

Après les Cent jours, les volontaires demandèrent à être admis dans la garde de Monsieur; on ne leur répondit pas. Plus tard, une députation fut envoyée près de Louis XVIII pour le prier d'autoriser le port de la décoration; le roi ne la reçut pas et les volontaires royaux subirent le sort des compagnies rouges des gendarmes et de celles des chevau-légers et gardes de Monsieur. Cependant Charles X, par une lettre de la Grande Chancellerie de la Légion d'honneur, signée Macdonal (4 septembre 1824), autorisa les anciens volontaires royaux à porter la décoration du Brassard.

Le dernier duc d'Angoulême, qui avait reçu le titre de Dauphin à la mort de Louis XVIII, signa avec son père Charles X (juillet 1830) sa renonciation au trône en faveur du duc de Bordeaux, et, tous les deux, ils se retirèrent à l'étranger avec lé dernier rejeton de leur race.

Il mourut à Goritz en 1844.

Source : Histoire de l'Angoumois, de Léon Bertrand.

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24 février 2021

Un cavalier de la Grande Armée

Jean-François Faure de Saint-Romain (1791-1882), sous-lieutenant au 22e chasseurs à cheval

saint-romain

La Sabretache s'est donné la noble mission d'évoquer te souvenir de nos gloires militaires et de chercher dans cette fidélité au passé des exemples pour les générations futures (1). Chacun de ses membres apporte sa collaboration à la tâche commune et du concours de tous naît une œuvre saine et réconfortante, à notre époque surtout où le scepticisme et l'indifférence semblent devenir de mode. La commission de réduction du Carnet a bien voulu. accueillir une étude trop hâtive et trop incomplète faite par nous sur un Niortais peu connu, le général Chabot, le vaillant défenseur de Corfou. Nous tenant dans une sphère moins haute, nous allons dans une brève notice esquisser la biographie d'un modeste héros de la Grande Armée, le sous-lieutenant Jean-François Faure de Saint-Romain, du 22e chasseurs à cheval.

Jean-François Faure de Saint-Romain naquit à La Rochefoucauld (Charente), le 31 décembre 1791. Il était fils de Bertrand de Saint-Romain, officier au régiment d'Agenais (2), et de Jeanne-Hippolyte de Rassat du Lacq. Troisième entant issu de ce mariage, il ne devait jamais connaître son père. Celui-ci avait, émigré quelques mois avant sa naissance et tomba sous les balles du peloton d'exécution à Auray, après l'expédition de Quiberon. L'aïeul maternel de Saint-Romain, M. de Rassat du Lacq fut guillotiné sur la place du Trône en 1793.

La première enfance de Saint-Romain s'écoula dans sa ville natale. Quand le représentant du peuple Pénière fut envoyé en mission dans le département de la Charente pour apporter quelques soulagements et quelques consolations aux victimes de la tourmente révolutionnaire. il vint a La Rochefoucauld. Cette petite ville n'avait pas été l'une des moins troublées par les excès des terroristes. Pensant que la voix d'un enfant pourrait peut-être toucher davantage le cœur du représentant, les concitoyens de Saint-Romain le chargèrent d'adresser à Péniére les paroles suivantes « Rends-nous, rends-nous les biens que les méchants nous ont pris. » La gentillesse de l'entant émut, le représentant qui le prit sur ses genoux et l'embrassa.

La famille de Saint-Romain l'envoya faire ses études classiques à Paris, au collège Sainte-Barbe.

L'épopée impériale était alors à sa phase la plus brillante; le bruit des victoires gagnées sur l'Europe entière franchissait les murs de ce paisible établissement; que pouvait faire Saint-Romain, fils de soldat, au milieu de cet enfièvrement guerrier, si ce n'est un soldat.

A peine âgé de dix-sept ans, il s'engage, le 12 octobre 1808, au régiment de chasseurs a cheval qui va partir pour l'Espagne. Ses débuts dans la carrière militaire sont des plus heureux; car dès le 26 décembre de la même année, il est nommé brigadier et peu après fourrier (4 janvier 1809). Le Ier septembre 1809, il reçoit le galon de maréchal des logis. Un temps d arrêt va se marquer pour lui; maigre son instruction très complète, malgré son endurance et son courage, il n'est encore que sous-officier le 22 juillet 1812, a la bataille des Arapiles, devant Salamanque (3). Ce jour-là, il reçoit quatre coups de sabre dont un au poignet droit, un au coté gauche, et deux à l'épaule gauche.

C'est seulement le Ier mars 1813 que Saint-Romain est nommé maréchal des logis-chef. Son stage dans ce grade sera de courte durée; car le 19 juin de la même année, on lui donne enfin l'épaulette. Quelle joie pour une nature ardente et généreuse comme la sienne d'être nommé sous-lieutenant à vingt-deux ans, âpres avoir combattu pendant près de cinq ans, toujours en alertes, toujours en lutte avec les guérillas!

L'occasion de se distinguer ne va pas se faire attendre pour le jeune officier. Son régiment a quitté l'Espagne et prend part en Allemagne à cette campagne, dans laquelle Napoléon, appelant à lui toutes les ressources de son génie, cherchait, à conjurer pour la France les horreurs de l'invasion.

A Juberbogt (Prusse), le 7 septembre 1813, Saint-Romain est envoyé en reconnaissance avec vingt-cinq hommes. Il est enveloppé par un régiment de cavalerie prussienne. Se rendre était un sentiment inconnu de cette âme fière de soldat « Mes enfants, suivez-moi ! » s'écrie-t-il. Il s'élance courageusement et arrive à passer au travers des rangs ennemis. Des vingt-cinq hommes qu'il commande, un seul, le trompette est vivant et peut le suivre. Quant à lui, il est en piteux état. Cinq coups de sabre lui ont tailladé le corps un à la figure, un derrière la tête, un sur l'index de la main gauche et deux au bras gauche. Le vaillant officier rejoint son régiment; transporté dans la voiture de son général, il reçoit les soins empressés du médecin de celui-ci.

Les heures sombres sonnent pour la patrie. C'est la France envahie ! C'est son sol foulé par ceux qu'elle avait naguère fait passer sous le joug. Le 22e chasseurs a cheval est chargé de défendre Crépy-en-Valois. Bousculé dans une charge, relevé tout sanglant, Saint-Romain est secouru par son capitaine, M. Dupuys-Vaillant.

La Restauration réduit le nombre des régiments de chasseurs à cheval a la suite du licenciement de son corps, Saint-Romain passe au 3e régiment de lanciers, le Ier septembre 1814. Napoléon a quitté l'île d'Elbe et l'armée reprend la cocarde tricolore; certains régiments manifestent hautement leur joie de retrouver celui qui les a conduits tant de fois a la victoire. Le 3e lanciers est du nombre et peu s'en faut que ses cavaliers ne s'emparent de Louis XVIII fuyant vers la frontière. L'Europe coalisée se lève de nouveau contre la France et dans la plaine de Waterloo va se jouer la dernière partie. Saint-Romain, avec son nouveau régiment, dénie devant son empereur (4) la veille de la bataille et prend part aux charges immortelles de cette journée, son cheval est tué sous lui.

Grâce au dévoûment d'un cavalier du train qui lui procure une monture, il peut se diriger vers la frontière française et arrive à Philippeville. Là, épuisé de fatigue et de souffrance, il se jette sur un lit d'auberge et s'endort profondément. Le lendemain, en s'éveillant, quelle ne fut pas sa surprise de voir couché à côté de lui un onicier dont l'habit rouge indiquait, sans aucun doute possible, la nationalité. Ils échangèrent leurs impressions et tel avait été le désarroi de la bataille que l'officier anglais la croyait perdue par les coalisés ! (5)

Dans ce court espace de six ans et demi, Saint-Romain, âge seulement de vingt-quatre ans, avait bien payé de sa personne, car il avait reçu neuf blessures quatre aux Arapiles, cinq a Juberbogt. Il peut sembler étrange que ce jeune officier n'eut pas encore reçu la croix de la Légion d'honneur. Le 31 juillet 1814, le chevalier Bertèche, son chef d'escadron, avait, réclamé pour lui la décoration en ces termes :

« Le major soussigné a l'honneur de proposer à Son Excellence le Ministre Secrétaire d'Etat de la Guerre d'accorder la décoration de la Légion d'honneur au sieur de Saint-Romain pour qui elle a déjà été demandée en février et mars de l'année courante. Cet officier est plein de bravoure et de noblesse; il appartient à une famille toute dévouée à ses Rois. Depuis environ six ans qu'il est au régiment, il n'a cessé d'être en activité et présent à l'armée que pour se rétablir des blessures qu'il avait reçues en combattant avec intrépidité.

« Enfin, le soussigné trouve avec plaisir l'occasion de témoigner au sieur de Saint-Romain l'intérêt qu'il lui porte en renouvelant pour lui une demande dont les circonstances ont empêché le succès.

« A Cambrai, le 31 juillet 1814.

« Signé : le chevalier Bertèche. »

On pouvait croire que Saint-Romain échapperait la proscription qui frappa les oniciers de t'Armée impériate à la deuxième Restauration. Il ne devait malheureusement rien en être. Après le licenciement de l'armée, Saint-Romain tente des démarches pour être admis a continuer ses services. Le général de Broglie, auquel il se présente, lui demande s'il n'a pas fait partie de ce régiment de lanciers qui avait donné la chasse à Louis XVIII dans sa fuite vers Gand. Avec cette franchise qui fut l'honneur de sa vie, Saint-Romain le reconnaît en déclarant que lui, soldat, n'avait pas à discuter les ordres de ses chefs et qu'il n'avait fait que s'y conformer. Cette réponse n'eut pas le don de plaire au général de Broglie. Aussi, malgré les preuves de fidélité au Roi données par sa famille, malgré le dévouement à la Royauté, de son père, fusillé a Auray, il est mis a la retraite « pour blessures », le 10 février 1810. Sa pension était peu élevée : 350 francs !

Comprenant qu'il doit diriger son activité d'un autre côté, Saint-Romain revient à La Rochefoucauld et se consacre à l'agriculture, luttant contre l'ignorance des paysans et contre leur routine. Le 4 avril 1819, il épouse Mlle Marie-Louise Mariveau. Sa compagne meurt le 19 mars 1828, le laissant sans enfants. La Révolution de Juillet ramène des jours meilleurs pour les officiers des armées impériales en demi-solde. Élu commandant de la garde nationale de La Rochefoucauld, il sollicite sa réintégration dans l'armée comme sous-lieutenant de gendarmerie. Affecté au 3e bataillon mobile de gendarmerie, comme sous-lieutenant faisant fonctions de lieutenant, par décision du 31 décembre 1830, confirmée par ordonnance royale du 17 mars 1831, il passe à la compagnie de la Vendée le 31 décembre 1831, puis à celle de la Haute-Loire le 17 mars 1831, en qualité de commandant de l'arrondissement d'Yssingeaux. Dans cette petite ville, il se lie d'amitié avec M. Haussmann, le futur auteur des embellissements de Paris, alors sous-préfet. Une décision du 19 juin 1832 le nomme lieutenant; une autre du 22 août 1833 le fait passer à la compagnie de la Charente. Les fatigues d'un service actif à cheval lui étaient pénibles, bien qu'il ne fût âgé que de quarante-deux ans, sa robuste constitution ayant été mise à une rude épreuve par ses nombreuses blessures. Aussi, sur sa demande, une décision royale du 25 juillet 1834 l'autorisa-t-il à rentrer en jouissance de la pension qui lui avait été accordée le 10 février 1816. Sa carrière militaire était finie.

Saint-Romain se consacra de nouveau à l'agriculture, fonda un comice agricole et, le 4 mai 1844, se remaria avec Mme Annette-Henriette Juzeaud de Beauregard, veuve de M. Jacques de Rippe de Beaulieu (6). Maire de La Rochefoucauld, conseiller général (7), il reçut en 1847 la croix de chevalier de la Légion d'honneur comme doyen de l'assemblée départementale. Eu 1868, on lui conféra la croix d'officier, décoration bien méritée, tant pour ses services militaires que pour son influence salutaire dans le canton de La Rochefoucauld. Personne ne fut surpris de cette distinction bien justifiée, si ce n'est celui qui en était l'objet. Le 14 novembre 1882, M. de Saint-Romain s'éteignit doucement avec le calme de celui qui fut toute sa vie un honnête homme, c'est-à-dire un homme sachant regarder en face le devoir et l'accomplir virilement. Il quitta cette terre entouré du respect et de l'estime de tous, emportant au fond de sa conscience le sentiment d'avoir bien et dignement employé les longs jours que Dieu lui avait donnés. Parmi les personnes qui suivaient son cercueil, on pouvait voir un vieillard aussi âgé que lui, c'était son compatriote et son ancien ordonnance qui avait charge à ses côtes a Waterloo.

Nous avons fait appel à l'obligeance des enfants du lieutenant de Saint-Romain : M. et Mme de Montégut, M. Elie de Saint-Romain. Malheureusement, nous n'avons pu retrouver dans les papiers de famille que des détails trop succincts pour tracer une biographie complète de leur père, biographie qui aurait pu être très intéressante. Nous espérons que, malgré les lacunes de cette notice, nos collègues seront heureux de connaitre ce brave et modeste soldat de la Grande Armée.

La médiocrité de sa carrière, inexplicable en raison de sa vaillance et de son instruction plus complète que celle de la plupart de ses collègues, ne troubla du reste jamais la sérénité de l'âme vraiment antique de Saint-Romain.

Louis Besson.

Notes :

(1) Praetiriti fides, exemplumque futuri, devise de Colonel-Général-infanterie, adoptée par la Société « la Sabretache »

(2) Aujourd'hui 16e régiment d'infanterie de ligne, Bertrand de Saint-Romain signa le procès-verbal de l'assemblée plénière de la noblesse de l'Angoumois, tenue le 19 mars 1789.

(3) Le portrait qui accompagne cette notice est la reproduction agrandie d'une miniature communiquée par la famille et faite à Poitiers en 1812. Saint-Romain porte la tenue de sous-officier.

(4) Saint-Romain aimait à rappeler qu'en défilant devant son « Empereur », il avait fait caracoler son cheval, animal superbe, et que Napoléon, d'un geste bienvaillant, l'avait invité à calmer l'ardeur de sa monture.

(5) L'officier anglais, en liant conversation avec Saint-Romain, lui dit ces mots : « Vous nous avez beaucoup abîmés. » Cette phrase peint l'inconscience de la situation dans laquelle il se trouvait.

(6) De cette union naquirent deux enfants, Mme de Montégut et M. Élie de Saint-Romain.

(7) Coïncidence à signaler : Trois jeunes Charentais, MM. de Saint-Romain, de Châteigner et de la Tranchade, s'étaient engages le même jour au 22e chasseurs à cheval. Ils parvinrent tous trois à l'épaulette; rentrés dans la vie civile, ils devinrent maires de leurs communes natales La Rochefoucauld, Bunzac, Angoulême, et se retrouvèrent collègues au conseil général de la Charente.

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22 février 2021

Chevau-légers de la Garde du Roi

La compagnie des deux cents Chevau-légers de la Garde ordinaire du Roi, qui datait de 1598, prenait rang après les Gendarmes et avant les Mousquetaires. Les Chevau-légers constituaient avec eux la Maison Rouge dont elle était la plus ancienne compagnie. Le Roi en était capitaine el figurait sur le rôle de la Compagnie. Elle comprenait deux cents cavaliers, y compris huit brigadiers, huit sous-brigadiers, quatre porte-étendard et quatre aides-majors de brigade. Il y avait, en plus, le capitaine-lieutenant, deux sous-lieutenants, quatre cornettes et dix maréchaux-des-logis parmi lesquels étaient choisis deux aides-majors, quatre trompettes et le timbalier.

Pour être admis, il fallait être gentilhomme de nom et d'armes.

Quand un gentilhomme se présentait, le généalogiste des Ordres (1) rendait compte de sa noblesse : il fallait justifier de cent ans de bonne noblesse paternelle. Le capitaine-lieutenant le présentait au Roi qui l'agréait. Le brevet lui était délivré par le capitaine-lieutenant, en son propre nom. Les surnuméraires ne recevaient le brevet qu'en devenant chevau-léger (2).

Le règlement du 1er janvier 1741 exigeait, les mêmes preuves que pour Saint-Cyr en remontant jusqu'à cent quarante ans, un acompte de six cents livres sur l'habillement uniforme, l'obligation de servir pendant trois mois comme surnuméraire (3).

Le capitaine-lieutenant donnait à chacun d'eux le litre de Monsieur mon Compagnon et il terminait sa lettre en mettant « votre affectionné serviteur ».

Au XVIIIe siècle, ces capitaines furent les ducs de Montfort, de Chaulnes, de Picquigny, de Chaulnes et d'Aiguillon.

Il y avait parmi les Chevau-légers beaucoup de Picards et d'originaires du Ponthieu. Louis XV disait à la fin de 1750 : « Le duc de Chaulnes a raison de mettre dans mes Chevau-légers des gentilshommes de sa province ils sont fidèles et me servent bien. » Nous avons relevé sur les contrôles un certain nombre de Périgourdins auxquels le même éloge pouvait être décerné.

Les rôles de la Compagnie existent à partir de 1627, mais ils n'indiquent pas, pour la période antérieure à 1740, la province d'origine. Au cours des recherches effectuées de côté et d'autre, nous avons glané quelques noms de cette époque ancienne :

Jean de Rouveron, écuyer sr du Mazeaupin (4), élève du collège de Brive en 1667, et dont la veuve, Charlotte Leber, se remaria avec Messire Jean Chancel de la Chalupie.

François Durand de la Rolphie, écuyer sr de Bourgonniac, habitant du bourg de Bars, marié en 1678 à Sarrazac avec Odette de Vaucocourt, delle de Chasteau.

Jean Lenoble, écuyer sr des Isles, marié en 1672 à Nontron avec Marie de Lapeyre, devenu ensuite sous-brigadier.

Jean de Masfranc, écuyer sr de Longchamp, qui épousa en 1709, « à Pluviers en Périgord diocèse de Limoges », Marie Merlanjon, de la paroisse de Saint-Barthélémy.

En 1677, entra dans la Compagnie François Alamigeon, de la Resnerie, paroisse d'Auriac de Bourzac (5), écuyer sr de la Cipière et de la Guillermie, né vers 1650, dont un ancêtre, Isaac Alamigeon, avait été l'un des deux cents gentilshommes de l'ancienne garde de Louis XIII. Fils de François, lieutenant au régiment de Montausier, et de Marguerite de Saint-Aulaire, François Alamigeon avait servi comme lieutenant en 1672 au régiment Royal-infanterie, puis en 1674 au régiment de la Reine. Après s'être distingué aux sièges de Courtray et de Fribourg, ses blessures l'obligèrent à se retirer en 1682. Il mourut en sa maison de la Tour-Blanche le 18 septembre 1747, à l'âge de cent deux ans. Marié avec Catherine de Testard de la Caillerie, le 21 janvier 1682, en l'église Saint-Grégoire de Léguillac de Lauche (6), il eut un fils, Joseph, et quatre filles (7).

Vers 1678, fut admis aux Chevau-légers Gabriel de Giris ou de Giry, né en 1654, écuyer, sr de la Tourette, de Chastenet, du Mouly Raphary, du Pont du Vivier.

Il devint maréchal des logis de la Compagnie. Il fut anobli en 1712.

Un beau parchemin de 1719, tombé en notre possession par le hasard des ventes, fera connaître la vaillante carrière de Gabriel de Giris :

Extrait des registres du Conseil d'Etat

Sur la requête présentée au Roy étant en son Conseil, par la veuve du sr Gabriel de Giris écuyer sr de Chatenet, un des maréchaux des logis de la Compagnie des Chevau-légers de la Garde ordinaire de Sa Majesté, contenant qu'au mois de mai 1712 il plut au feu Roy accorder au mari de la suppliante des lettres d'anoblissement (8), en considération des services qu'il avait rendus pendant trente-cinq années, tant aux sièges d'Offenbourg et de Namur, aux combats de Leuze et de Steinkerque, ci la bataille de Nerwinde (9) où il reçut deux blessures, qu'aux batailles de Ramillies, d'Oudenarde et de Malplaquet (10), et quoique la suppliante ni ses enfants ne puissent appréhender d'être jamais inquiétés dans une noblesse qui est accordée sur des motifs si justes et si légitimes, néanmoins Sa Majesté, ayant par édit du mois d'août 1715 révoqué les anoblissements accordés depuis le 1er janvier 1689, moyennant finance ou autrement, à la réserve toutefois de ceux qu'elle jugerait à propos d'excepter en considération de services rendus à l'Etat, la suppliante a cru que pour lui assurer et a sa famille l'effet et la grâce portés par lesdites Lettres du mois de mai 1712, il était nécessaire que Sa Majesté eut la bonté d'expliquer ses intentions ; requérait à ces causes la suppliante qu'il plut à Sa Majesté déclarer qu'EIle n'a entendu comprendre dans la révocation portée par l'édit du mois d'août 1715 les lettres d'anoblissement accordées à Gabriel de Giris, son mari, pour les causes et motifs énoncés aux Lettres, vu lad. requête, les Lettres patentes du mois de mai 1712, l'édit du mois d'août 1715, ouï le rapport et tout considéré, Le Roi étant en son Conseil, de l'avis de Monsieur le Duc d'Orléans, régent, a déclaré et déclare n'avoir entendu comprendre dans la révocation portée par ledit du mois d'août 1715 les Lettres de noblesse accordées and. S. de Giris de Chatenet au mois de mai 1712, ce faisant Ordonne Sa Majesté que lad. veuve et ses enfants jouiront de l'effet desd. Lettres tant et si longtemps qu'ils ne feront acte de dérogeanee, sans qu'ils puissent être troublés ni inquiétés à ce sujet pour quelque cause et prétexte que ce puisse être. Et pour l'exécution du présent arrest toutes Lettres nécessaires seront expédiées si besoin est.

Fait au Conseil d'Etat du Roy, Sa Majesté y étant tenu, à Paris, le vingt août mil sept cent dix-neuf.

Phelypeaux.

Gabriel de Giris de Chastenet était chevalier de l'Ordre de Saint-Louis.

Le 18 septembre 1714, il fut enterré dans l'église de Saint-Vincent Jalmoutier (11). Son acte de décès, dressé par le curé Rochon et conservé aux archives de cette commune, lui attribue l'âge d'environ soixante ans et se termine par cette mention « Lequel demeurait à La Font du Vivier, paroisse de Saint-Privat des Prés (12). » Il s'y trouve désigné sous le nom de Giry de Chastenet.

De son mariage avec Marie-Anne Bardon de Segonzac, il avait eu six enfants. Une de ses trois filles, Cathenne-Antoinelle, épousa en 1723 Bertrand de Sanzillon Mensignac.

1729.
Louis de Bridat de la Pradelie, sr de la Barrière, à Périgueux.
Avait servi six années au régiment de Beaujolois comme lieutenant.

15 avril 1735
Jean Durieux ou du Rieux, écuyer sr de la Couture (13), présenté par M. de Fortisson.
Fit les campagnes de 1743 à 1747. Blessé à Dettingen.
Premier sous-brigadier, 9 août 1766.
Nous avons noté un De la Couture, chevau-léger, ayant fait les campagnes de 1734-1735, mort à Château-Thierry le 9 avril 1743.

16 décembre 1738
Jean de Bridat, écuyer sr de la Barrière, proposé par Mr soit père.
A été dix-huit mois cadet au régiment de Champagne. Second porte-élendard, 9 août 1766.
Décédé, 8 novembre 1781.
Son fils Jean, âgé de treize ans, fut admis surnuméraire aux Chevau-Iégers le 24 avril 1765.

1740.
Vers cette époque servait Louis-Ferdinand de Saint-Eloy de Rochon, de La Linde en Périgord, qui fit notamment les campagnes de 1744 à 46 et 48.

De même, François de Puiffe sr de Fermigier, maréchal des logis, breveté mestre de camp, chevalier de Saint-Louis, décédé au château de Pensol le 18 juin 1751 (14).

25 juillet 1743.
François de Malet de Chatillon de la Jorie, baptisé le 14 mai 1710 à Cornille, fils d'Antoine chevalier sr Chastenet, de la Garde, etc. et d'Elisabeth de Beaupoil de Sainte-Aulaire.
De la branche aînée des Malet.
Avait été quinze mois cadet au régiment de lîrelagnecavalerie, et six ans lieutenant au régiment de Poitou-infanterie. Campagne de 1743.
Adresse à la Grosle (Angoumois) et à la Jorie par Saint-Pardoux la Rivière.
Campagnes de 1744, 45, 47, 48.
Ayant fait la campagne de 1761 avec le détachement des chevau-Iégers, il reçut une des trois croix de Saint-Louis destinées au détachement (Souvenirs du marquis de Belleval, p. 65).

25 août 1743
Charles de La Roussie de La Pouyade, né en 1727 à La Pouyade par Saint-Pardoux la Rivière, « fils et petit-fils de M de La Poyade qui sont morts chevau-légers après avoir servi avec distinction dans la Compagnie ». (M. de La Pouyade père (15) mourut le 1er mai 1733.)
Surnuméraire à Versailles, novembre et décembre 1744. Campagnes de 1745 à 47. De quartier en 1748. Servait encore en 1763. Chevalier de l'Ordre de Saint-Louis. Mort à 62 ans en 1789 et inhumé dans l'église de Saint-Angel. Il ne laissa que des filles de Suzane de Chasteigner de La Rocheposay (16).

4 mars 1744
Louis de Lamberterie chevalier sgr du Chaylard, à Ruffignand (17) en Périgord.
Suivit le Roi dans la campagne de 1744. Fit les campagnes de 1745-46, et fut fait prisonnier à la fin de la dernière. Campagnes de 1747-48.
Décédé le 14 janvier 1700.

24 avril 1744
Jean Le Blanc écuyer sr de Saint-Just, à Périgueux, né le 1er août 1718 et baptisé le 7 à Saint-Just, paroisse de Brouchaud (18), fils d'Antoine et de Marie de Bancs.
Campagnes de 1745 à 47. De quartier en 1748.
Brigadier, 5 juin 1785 capitaine de cavalerie. Réformé avec brevet de mestre de camp, 1er octobre 1787.
Chevalier de Saint-Louis, 26 mai 1770.
Mort à Quiberon avec son fils Pierre-Nicolas, qui servit lui aussi aux Chevau-légers de la Garde (1773-1778) avant de devenir garde du Corps du Roi a la Compagnie de Luxembourg (19).
Il avait épousé le 24 novembre 1751 Marguerite d'Alesme de Vige et eut pour fils Nicolas, né au repaire noble de Vige, paroisse de Sorges, le 23 octobre 1764, et marié en 1783 à Serges avec Françoise-Madeleine Levallois, originaire de l'île de Saint-Domingue, morte en 1787.

28 novembre 1744
Henri de Chambon baron de Lissac sgr de Cendrteux, à Périgueux.
Campagne de 1746. Fait prisonnier dans la campagne de 1747, Campagne de 1748. Retiré, 23 février 1759, ayant obtenu une compagnie de cavalerie au régiment d'Henrichemont. Congé absolu, 16 avril 1759.

1er avril 1750
Louis de Testard de la Caillerie, né à Paris, paroisse Saint-Laurent, le 28 décembre 1734, fils de Bertrand et d'Antoinette-Françoise Pesne
D'une famille du Périgord. Sa tante Calherine, née à Léguilhac de Lauche, fut reçue demoiselle à Saint-Cyr en 1700; trois cousines et sa jeune sœur Apolline-Antoinette y furent également reçues.
Présenté, avril 1748. N'a point fait la campagne à cause de sa grande jeunesse.
Se trouva à la tète des exercices de l'Hôtel, à Versailles. Mort, 9 lévrier 1763.

1er juin 1750
Jacques de Jay de Beaufort, de Barrière et de Malvi, né le 4 août 1731, fils de Pierre chevalier sgr de Beaufort et d'Elisabeth du Puy de Barrière, baptisé à Sainl-Front de Périgueux.
Servit aux Chevau-légers jusqu'au 30 septembre 1787.
Chevalier de Sainl-Louis, 24 juin 1775.
Emigra à Coblence. Campagnes de 1792-93, comme fourrier major à la 1re compagnie noble d'ordonnance du Roi.
Maréchal de camp, 14 avril 1815.
Retraite de lieutenant-colonel, 5 juin 1816.
Mort à Périgueux, paroisse de la Cité, 7 novembre 1823.
Epoux delle de Paty.

15 septembre 1751.
Jacques Claude sr de Lenelle et de la Roderie, né le 4 décembre 1734.
Enseigne aux Gardes-françaises.
Congé absolu, 12 avril 1759.

1er avril 1754.
Louis-Marie-Anne de Talleyrand de Périgord, né à Paris, paroisse Saint-Sulpice, le 11 octobre 1738, fils de Daniel-Marie-Anne marquis de Talleyrand comte de Grignols, colonel du régiment de Normandie, brigadier d'année, tué au siège de Tournay en 1745, et de Marie-Elisabeth Chamillart.
Retiré surnuméraire, 10 juillet 1756.
Voir sa biographie aux Maréchaux de camp.

19 avril 1754.
Zacharie D'Amelin de la Sartie ou la Sarretie, né à Brive (Bas Limousin) le 22 février 1737, de Joseph et de Marie de Brounie.
Présenté à Mgr le duc de Chaulnes, le 19 avril 1754.
Fils unique. A perdu Monsieur son père.
Présenté au roi le 3 juin 1754 et admis surnuméraire.
Mort le 20 juin 1754.
Son grand-père Jean d'Amelin seigneur de Rochemorin était viguier de Sarlat.

3 juillet 1754.
François de Tauzia, né à Saint-Martin de Flaujagues, diocèse de Bazas (20).
Son grand-père, anobli en 1703, demeurait paroisse de Saint-Séverin, juridiction de Montravel en Périgord.

25 juillet 1754.
Louis Cosme comte de Beaupoil de Sainte-Aulaire, né en 1741 à Condat-sur-Vezère.
D'après les notes de Clairambault, la famille était originaire de Bretagne et acquit la seigneurie de Sainte-Aulaire en Bas-Limousin. Louis marquis de Sainte-Aulaire, maréchal de camp, colonel du régiment d'Enghien-infanterie, tué au combat de Rumersheim (Alsace) en 1709, ne laissa qu'une fille mariée dans la maison d'Harcourt-Beuvron. Il y eut les branches de Lanmary, de Fontenilles, de Castelnouvel.
Cosme fut présenté aux Chevau-légers par son oncle, aumônier de la Reine. Il commença ses exercices le 25 septembre 1754. Il se retira comme surnuméraire, par congé, le 5 mai 1757.
Nous avons donne sa biographie aux Gardes du Corps (Cie de Villeroy) et dans la Chronologie des Maréchaux de camp, pages 88-90. La 1re Restauration le créa lieutenant général des armées du Roi.

28 août 1754
Jean de Constantin de Pechegut de Montégu, né le 18 juillet 1738, baptisé le 20 à Capdrot diocèse de Sarlat, fils de Pierre et de Marie de Saint-Clar.
Présenté par M. de Laval, capitaine d'infanterie, lieutenant de roi de la place d'Aire.
Arrivé à l'hôtel le 28 août 1754.
Agréé de Mgr le duc de Chaulnes.
Adresse de Mr son père à Monpazier.
Il vota pour l'élection des députés de la noblesse aux Etats-Généraux. Du château de Marsalès en Périgord, il écrivit le 20 juillet 1791 pour s'offrir lui-même avec son gendre comme otages de Louis XVI (21). Il émigra deux mois plus tard et fit à l'armée des Princes la campagne de 1792.
Chevalier de Saint Louis.
Mort en 1826.
Il avait épousé en 1702 Marie-Valérie de Paty de Luziers. D'où une fille, Marie-Thérèse, unie à J.-F. Deshoms de Favols.

29 septembre 1754.
Pierre-Paul de Méredieu d'Ambois de Naillac, né le 16 août 1737, baptisé le 17 à Saint-Front de Périgueux, fils d'Eymeric sgr d'Ambois, Borie Bru, etc., et d'Elisabeth de Vaucocour de Naillac.
Avait eu deux parents, Pierre et Eymeric, anciens lieutenants au régiment de Cambrésis, reçus chevau-légers en 1720 et 1721.
Présenté le 10 septembre 1754, proposé par M. de Teslard, a commencé ses exercices le 29 septembre.
Retiré par congé absolu, 10 octobre 1759. Va en Russie « aïant eu une place d'écuyer de l'impératrice de Russie ». Rentré, fin novembre 1760, en conservant son rang. Rayé, n'ayant pas joint pour faire la campagne de 1761. Naillac fit alors différents voyages à Vienne, à Varsovie, en Suède, Danemark, Hollande et Angleterre, où il se lia avec Dumouriez en 1766.
Conseiller d'ambassade à Vienne, en 1771. Il se trouva ensuite à Moscou. A la fin de 1776, le chevalier de Corberon, charge d'affaires de France en Russie, notait que le chevalier de Naillac, agent du Ministère des Affaires étrangères, roulait le monde avec 10.000 I. de pension, et qu'il envoyait au ministre « un tas de notes absurdes, mal digérées et recueillies à la hâte dans les sociétés » (22). En 1789, il se rendit à Venise, où le comte d'Espinchal, qui l'avait connu à Paris, le rencontra au mois de mai 1790 : « Je trouve ici établi depuis quelques mois le baron de Naillac avec son épouse. Ils étaient en Dauphiné, à Valence. Naillac y avait accepté la majorité de la garde nationale et en est parti depuis le massacre du marquis de Voisins, colonel d'artillerie et maréchal de camp. Quoique Naillac assure de la pureté de ses principes, cependant il ne passe pas à Venise pour être très pur, et je n'ai pas été contenl de ses raisonnements sur nos affaires (23). » Choisi par le Roi le 12 ou 13 juin pour remplacer Dumouriez, et connu de Marie-Antoinnette, le baron de Naillac ne fut qu'un instant ministre des Affaires étrangères. Quand il arriva à Paris, il ne put prendre possession de son poste, auquel avait été appelé, le 14 juin, M. de la Garde marquis de Chambonas. On l'envoya ministre à Gènes le 1er juillet, et il y fut remplacé le 18 décembre (24).
Il commanda la garde nationale de Périgueux, vint à Marseille en juin 1793, passa en Toscane et à Naples. En 1797, il demanda sa radiation de la liste des émigrés.
Une pension de 2.400 l. lui fut concédée le 24 mai 1803 pour 27 années de service.

1er avril 1755
Jean-Baptiste du Lau marquis d'Allemans, àgé de 15 ans à la Saint-Jean prochain.
Présenté par M. le comte d'Allemans, rue Garancière près Saint-Sulpice à Paris.
Arrivé à l'hôtel, 1er avril 1755.
Retiré surnuméraire, 1er octobre 1756.
Passé enseigne aux Gardes-françaises, 1759.
A eu son congé absolu, 20 novembre 1760.

Il y avait aux Chevau-légers, à la même époque, Charles de Gontaut de Monferrand, de Montréal (25), né en 1737, reçu à dix-huit ans, ayant cessé ses exercices le 11 septembre 1755 et pris son congé absolu le 5 avril 1757, rentré en 1707, chevalier de Saint-Louis, mort en 1787, et Jean de Gontaut de Montferrand, reçu à dix-sept ans, qui prit un congé absolu le 29 avril 1761 et se retira cornette au régiment de Crussol-cavalerie.

16 mai 1755
Jean de Calvimont, né le 29 janvier 1739 à Saint-Martial diocèse de Sarlat, fils de Jean chevalier qualifié seigneur et baron de Belcastel et de Saint-Martial, et de Marie-Elisabeth de Peyronenc de Saint-Chamaran.
Proposé le 21 avril 1755 par M. Poinsonet, sous-brigadier des gendarmes de la Garde du Roi.
Arrivé à l'hôtel le 16 mai 1755.
Présenté au roi, 20 mai 1755.
Son grand-père, Jean de Calvimont, avait été six ans mousquetaire du Roi en la 1re compagnie en laquelle ses trois frères servaient depuis plusieurs années en 1666.

6 décembre 1755
Henry de Tauzia de Monbrun, né le 21 avril 1740 à Longwy, diocèse de Trêves, dont le père, originaire du Périgord et seigneur de Monbrun en Dordogne, avait été major au régiment de Sassenage.

7 avril 1757
Nicolas-François-Camille de Lambertie comte de Torniolle, né à Nancy le 27 novembre 1739, fils d'un chambellan du roi de Pologne, petit-fils d'un capitaine des gardes du corps du même roi, arrière petit-fils d'un gouverneur de Nancy. Il appartenait à une maison originaire du Périgord qui s'était, dès le commencement du XVIe siècle, partagée en diverses bandes répandues en Guyenne, Poitou, Limousin, et alliée notamment aux D'Aydie et aux D'Abzac de Ladouze.

2 avril 1758.
Antoine-Joseph de la Romagèe marquis de Roncessy, du château de Filolie près Thiviers.
Agé de seize ans, neveu de M. l'Evêque de Tarbes, proposé par le baron de Planeau, arrivé a l'hôtel le 2 avril 1758, ayant fait ses preuves le 25 juin 1758.

1er février 1759.
Hilaire de Vaucocourt, âgé de 28 ans, ancien officier d'infanterie, décédé le 20 octobre 1764.

1er juin 1759
François de Montozon chevalier seigneur de Puydegand et de Monchâteau né le 7 juillet 1731 et baptisé le 8 à Saint-Front de Périgueux, fils de François écuyer seigneur de Rimolas et de Puydegaud, et de Marie-Berthe de la Coste. Commence son service, 16 octobre 1759.
Réformé, 1er octobre 1787.

23 juin 1759.
Charles Pasquel de Saint-Meymy, page de la Grande Ecurie, âgé de dix-huit ans.

15 décembre 1760 ou 11 janvier 1761.
Louis-Joseph de Pourquery, de Liorac, âgé de seize ans trois mois, né le 18 octobre 1743.
Réformé, 1er janvier 1776.
Il fut parrain le 3 décembre 1772 dans un baptême célébré à Périgueux, paroisse Saint-Front.

6 avril 1761
Jean de Boulède, de Bergerac, né le 27 février 1734, relire le 30 décembre 1770, et autre Jean de Boulède, âgé de dix-neuf ans, retiré le 12 novembre 1703.

1er octobre 1762
François du Rieu, né à Coursac le 10 juin 1749 (ou le 14 octobre 1747 selon d'autres documents), fils de Jean écuyer seigneur des Rives cl de la Couture, el de dame Antoinette de Gravier.
Présenté par son oncle, il fut admis le 1er octobre 1762 (ou seulement le 18 août 1763).
Il était pelit-fils de François du Rieu, écuyer seigneur de la Couture, successivement mousquetaire du Roi dans la 2e compagnie el gendarme de la Garde de Sa Majesté arrière petit-fils de Pierre écuyer, seigneur de Marsaguet, de la Couture et des Rives, gentilhomme de Sa Majesté, anobli au mois de juin 1653 pour les services importants rendus au Roi dans les mouvements du Périgord, et maintenu dans sa noblesse, en 1667. Pierre du Rieu était fils de noble Jean du Rien seigneur de la Couture et des Rives, et de Marguerite de Montmège, très proche parente de Jean de Souillac, Ve du nom, seigneur de Montmège, etc, capitaine-colonel des Cent Suisses de la Garde du Roi, lieutenant-général de ses armées, conseiller d'Etat, nommé chevalier des Ordres du Roi le 15 janvier 1652 el mourut en 1655 sans avoir été reçu.
Il émigra en 1791 et se retira à Coblenz, où son fermier du Pont-d'En-bas, François Guimard, lui porta depuis le Périgord une soixantaine de louis d'or cousus « entre le bois et la futaine » dans chaque bouton de sa veste et de son gilet. L'académicien René Bazin a raconté dans La douce France la louchante histoire de celle odyssée à l'époque révolutionnaire.
Il mourut à Marsaguet, commune de Razac-sur-l'Isle, le 16 mai 1812.
De son mariage avec Claudine-Claire de Doenneraël, il avait eu huit entants. L'un d'eux, Joseph Charles, né à Coursac le 6 mai 1789, officier payeur, enleva un drapeau espagnol à l'affaire de Visillo le 8 juin 1823, comme nous l'avons signalé à l'époque du centenaire, le 28 mai 1923. Son petit-fils Philibert (1807-1890) a été conseiller général de Vergt. Son arrière petit-fils Alexandre, né a Saint-Martial de Valette le 27 septembre 1848, précepteur du duc de Vendôme, a été professeur à la Faculté libre de droit d'Angers où il fut le collègue de René Bazin il fut nommé en 1900 chevalier de l'Ordre de Pie IX.
A la même date du 1er octobre 1762, son frère cadet Jean du Rieu de la Couture, né à Coursac le 16 janvier 1750 (ou 1752), fut présenté également par son oncle, mais il ne devait prendre rang qu'après l'âge de quinze ans « qui seront révolus le 16 janvier 1765 ».
Celui-ci fut chevau-léger d'octobre 1765 à septembre 1787. Il eut rang de chef d'escadron et devint chevalier de Saint-Louis.
Emigré lui aussi en 1791, il servit à l'armée des Princes, dans la 1re compagnie noble d'ordonnance, et à l'armée de Coudé, de 1795 à 1801, dans la cavalerie noble.
Il mourut à la Couture en 1834.

Furent inscrits surnuméraires : le 29 juin 1763, Gabriel-Isaac de Sollière, de Nanteuil, demeurant à Mareuil, et La Croix de Saint-Aulaire du Repaire, âgé de 21 ans, des environs de Mareuil; le 5 avril 1764, Jean de Briançon, 16 ans, du château de Perron, près Bergerac; le 12 mai, Jean-Geoffroy de Leymarie, 17 ans, page de la Grande Ecurie le 5 juin, Jean-Léonard de Clergeau, 21 ans, de Périgueux le 24 avril 1765, Jean de Bridat, de Périgueux, fils du brigadier; le 1er mars 1765, Jean Giversac de Nadal, 20 ans, de Bergerac, et Jean-Martin chevalier de Nadal, 19 ans, de Bergerac le 27 mars, Gabriel Rochon de Vormezelle de Queyssac, 16 ans, de Bergerac, élève de l'école royale militaire.

16 juin 1764.
Jean de Benoist de Manon, né le 3 décembre 1745, baptisé le 8 à Coursac, fils de Jean-Joseph chevalier seigneur de Manou et de Laubresset, el de dame Françoise de La Bonne delle de la Roche.
Le 12 décembre 1769, il épousait à Périgueux, paroisse Saint-Front, Suzanne-Catherine de Roche delle de la Veixière.

21 décembre 1765.
De Regniac (Rignac) de Vassal, de Montignac-le-Comte, ayant servi dans les Gardes du Roi.
La généalogie de cette famille mentionne Jean-Armand de Vassal Rignac, fils de Jean et d'Isabeau de Mirandol, demeurant au château de Rouflac, paroisse Saint-Pierre de Montignac en Périgord. Il fut l'un des 200 chevau-légers de la Garde du Roi et chevalier de Saint-Louis. De son mariage, en 1775, avec Marie-Claire d'Abzac de Limeyrac, ancienne élève de Saint-Cyr et sœur des célèbres écuyers, il laissa trois fils.

11 juin 1767.
Jean-Nicolas de Gratereau des Groges, né le 13 août 1751, baptisé à Saint-Pardoux de Mareuil (26), fils de Jean-Philippe chevalier sgr des Groges, lieutenant dans le régiment Royal-Carabiniers, et d'Anne-Radegonde de Marcillac (27).
D'après Clairambault, il était petit-fils de Jean-Baptiste chevalier seigneur des Groges, Beaulieu, la Gotherie, lieutenant-colonel du régiment Royal-Carabiniers (28), chevalier de Saint-Louis, maintenu dans sa noblesse en 1716 sur titres remontant à 1543.
Surnuméraire aux Chevau-légers jusqu'au 26 juillet 1773.
Emigra en 1791 et servit à l'année des Princes et à l'armée anglaise.
Les immeubles qu'il possédait sur la commune de Trélissac, deux métairies aux Maurilloux et le moulin du Mounard, furent déclarés biens nationaux et vendus aux enchères.
Coinmissionné capitaine de cavalerie, 8 février 1797 avec rang du 1er janvier 1793.
Chevalier de l'ordre de Saint-Louis.
En 1789, il épousa Melle Jourdin de Rouffiac, près La Rochefoucauld (Charente).

1768.
Guillaume-Marie de La Rochc-Aymon. né le 27 juillet 1753 a Paris.
Rang de capitaine de dragons en 1771. Mestre de camp de Belsunce-dragons, 1777. Aide de camp de Monsieur pendant l'émigration. Maréchal de camp, 28 novembre 1792. Lieutenant-général, 30 août 1814.

2 avril 1769.
Claude Grand de Luxolière, 17 ans, de Tintéliac (29).
Surnuméraire jusqu'en 1770.

1769.
Jean Baptiste de Foucauld de Dussac, né le 26 octobre 1746.
II était seigneur de Dussac, Vaux et autres places. Capitaine, 1780. Réformé, 1787. Emigré, 1791, il fit, la campagne de 1792 à l'armée des Princes, et celles de 1791 à 1801 à l'armée de Condé.
Chevalier de Saint-Louis, 1796.
Epousa en 1766 Marie de Lascoups delle du Cluzeaud, de la paroisse de Saint-Georges de Monclar.
Mort en 1827.

3 février 1776.
Jacques de Vassal de Montviel, né le 5 décembre 1738 à Cadillac, diocèse d'Agen.
Garde du Corps du Roi depuis le 2 juin 1756.
Chevalier de Saint-Louis. Mort en émigration.
Il avait épousé à Rions (Bordelais), en 1768, Melle de Raoul. D'où sept enfants dont trois fils. L'un d'eux, J.-B. François, émigré avec lui, fut plus tard député du Lot-et-Garonne, et mourut en 1853.
Deux filles de Jacques de Vassal furent élevées à Saint-Cyr. Une autre naquit en 1785 à Razac en Périgord.

28 novembre 1778.
Estienne-Antoine-Marc-Richard du Tour, né a Bordeaux le 24 juin 1744, et son frère Joseph du Tour, né à Mauzac, diocèse de Périgueux, le 29 octobre 1747. Ils étaient fils d'Etienne-Marc-Antoine, écuyer, capitaine d'une compagnie de dragons blancs et commandant du quartier des Terriers Rouges à Saint-Domingue, et de Renée Sauvage.

12 juin 1778
Bertrand de La Brousse, né le 3 novembre 1762, baptisé le 15 décembre en l'église paroissiale Saint-Brice de Proissans, diocèse de Sarlat, fils de Pascal-François chevalier sgr de Messès, Barettes et La Combe, ancien mousquetaire de la Garde ordinaire du Roi, et de Louise de Salès.

11 septembre 1784.
Léonard-François de Belhade, né le 2 décembre 1770 à Cumond, de François chevalier sgr du Dezert el de la Motte, et de Anne d'Arlot de La Linde, petit-fils de Jean capitaine au régiment de Beauvaisis, arrière petit-fils de François. Ensuite servit dans la garde constitutionnelle de Louis XVI. Guillotiné à Paris le 3 juillet 1794, place de la Barrière du Trône, et inhumé au jardin de Picpus.
Il avait épousé Melle Perier : d'où deux enfants (30).

A cette liste, déjà longue, on pourrait encore ajouter Léonard Jarrige de La Morélie (31), écuyer sgr de Masvieux, baptisé le 1er décembre 1749 à Saint-Yrieix, mort a Liège le 22 mai 1793.

De son mariage en 1780 avec Louise-Damienne de La Vergne, naquirent plusieurs enfants, notamment une fille qui épousa M. J.-B. Tenant de La Tour (32).

Pierre de Gentil de la Faye (1746-1824), du village de la Faye, paroisse de Quinsac en Limousin, près de Saint-Yrieix.

Paul de Manny, écuyer, chevalier sgr de Beaumont, de la paroisse de Charmant en Angouinois, marié en 1780, à Léguillac de Cercles, avec dame Jeanne Dumais.

Philippe Cadiot de Saint-Paul, chevalier sgr d'Apremont, la Cotte, Juillaguet et autres lieux, marié en 1780, à Saint-Pardoux de Mareuil, avec Madeleine Gratereau delle de Laprade.

Les Chevau-légers portaient un habit écarlate galonné d'or. Leur étendard, blanc, bordé d'or, représentait Jupiter foudroyant les géants cl portail ecllc inscription : Sensere gigantes.

Les Chevau-légers avaient une brillante réputation. Ce sera toujours, observait le chevalier de Chabo en 1749, un escadron d'élite, très courageux, très bien monté et très bien exercé. Ils furent réduits à un demi-escadron le 19 janvier 1770, et supprimés le 30 septembre. 1787.

Rétablis en juillet 1814, ils furent licenciés par la deuxième Restauration, le, 1er janvier 1816.

Nous citerons parmi ces derniers, Pierre-Alphonse comte de la Roque de Mons, né à Bergerac, fils aîné du député de la noblesse, aux Etats-généraux, qui s'était réfugié à Bordeaux pendant les Cent-Jours et se signala comme un des principaux auteurs du mouvement du 12 juillet 1815, en obtenant, au Roi, du chef de bataillon Boisson, au milieu des soldats de Clauzel, que le drapeau tricolore fût abattu sur la place de la Comédie. Rentré à Paris le 7 août, il reçut la croix de Saint-Louis le 30 décembre de la même année; il avait le grade de capitaine de cavalerie.

Citons également Charles-Hippolyte de La Chapelle, né a Versailles, paroisse Notre-Dame, le 20 octobre 1784, fils de messire Charles-Gilbert de La Chapelle, ancien capitaine de cavalerie, premier commis de la Maison du Roi, secrétaire des commandements de Mgr le Dauphin, et « de delle Marie-Emilie Leschevin, son épouse ». Il devint chevalier de la Légion d'honneur le 14 février 1815 et officier du même ordre le 1er mai 1821. Entré au service en qualité de gendarme dans la compagnie d'ordonnance de M, de Montmorency le 4 octobre 1806, nommé sous-lieutenant au 3e Cuirassiers le 16 juillet 1807, démissionnaire le 16 janvier 1809, il passa maréchal des logis dans la Garde nationale à cheval de Paris le 1er avril 1814, puis entra dans la compagnie des chevau-légers de la Garde du Roi en qualité de maréchal des logis, nommé chef d'escadron le 24 août 1814. Il fut nomme lieutenant général d'épée de la compagnie des gardes de la Prévôté, de l'hôtel du Roi le 1er février 1815 et eut ensuite le titre de commandant de la Prévoté de l'Hôtel.

Il mourut le 12 février 1829.

Notes :

1. M. de Clairambault, avocat général, conseiller honoraire de la Cour des aides de Guyenne, généalogiste des Ordres du Roi, certifiait que le candidat présenté avait la qualité requise pour être reçu chevau-léger.

2. Mis L. R. de Belleval, Souvenirs d'un Chevau-léger du la Garde du Roi, publiés en 1866 par son arrière petit-fils (in 8° de 823 pages).

3. Fonds Clairambault, volumes 812 et 820 (Bibl. Nat., Manuscrits).

4. Village de la paroisse de Sainte-Marie de Teilhoux (Teillots, canton d'Hautefort).

5. Commune du canton de Verteillac, arrondissement de Ribérac.

6. Commune du canton de Saint-Astier, arrondissement de Périgueux.

7. Paul Huet, Alamigeon en Périgord, p. 19.

8. Elles sont mentionnées par A. de Froidefond, Armorial de la noblesse du Perigord, I, 236.

9. Le combat de Leuze, livré par 28 escadrons (Duc de Luxembourg) contre 75 escadrons (Prince de Waldeck), eut lieu le 11 septembre 1691. Celui de Steinkerque est du 3 août 1692 la bataille de Newinde, du 29 juillet 1693.

10. Ces trois batailles furent livrées les 23 mai 1705, 11 juillet 1708 et 11 septembre 1709.

11. Commune du canton de Saint-Aulaye.

12. Commune du canton de Saint-Aulaye.

13. La Couture, commune de Manzac sur Vern, canton de Saint-Astier.

14. D'après une communication de M. Bourrinet. Bull. Soc. hist. P., 1926, p. 77.

15. Pierre de la Roussie, né en 1685, fils de Pierre et de Jeanne Gay de Nexon, pupille de l'abbé de la Jartre son oncle, avait épousé Gabrielle de Nesmpmd. Cf. Comte de Saint-Saud, Les La Roussie de La Pouyade, Bulletin de 1924, p. 373.

16. Comte de Saint-Saud, Op. cit.

17. Rouffignac, commune du canton de Montignac.

18. Brouchaud, commune du canton de Thenon.

19. Cf. Nos Gardes du Corps, p. 105.

20. Canton de Pujols, arrondissement de Libourne (Gironde).

21. Bull, de la Soc. Hist. et arch. du Périgord, 1925, p. 206, étude du baron Yves de Constantin.

22. Journal intime publié en 1901. Tome II, p. 46.

23. Journal d'émigration du comte d'Espinchal publié par E. d'Hauterive (1912), p. 119.

24. Il avait été aussi ministre de Deux-Ponts.
Sa carrière diplomatique mériterait une étude spéciale pour laquelle les Correspondances du Ministère fourniraient des détails nombreux. Cf. Fréd. Masson, Le Dépt des Affaires Etrangères pendant la Révolution.

25. Château de Montréal, cummune d'Issac, canton de Villamblard.

26. Commune annexée à Mareuil, où se trouve le château de Beaulieu, près la gare de Mareuil-Gouts.

27. Elle mourut à Périgueux, dans la maison de réclusion, en 1794.

28. Il fut aussi ordonné brigadier ds cavalerie en 1748, Cf. notre Chronologie des Brigadiers des armées du Roi.

29. Tenteillac, commune de Bourg-des-Maisons.

30. Bull. de la Soc. hist. du Périgord, 1925, p. 169, communication de M. de Saint-Saud.

31. Château de la Morélie, paroisse de Payzac.

32. P. Huet, Additions aux généalogies des familles d'Abzac et de Jarrige.

Source : Le Périgord militaire, de Joseph Durieux.

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Le rendez-vous des revenants

Vendredi dernier, un domestique de la commune d'Agris, passant à la nuit noire au lieu dit la Croix-de-la-Tuilière, a été vivement effrayé par l'apparition d'une troupe de soi-disant revenants.

Il est bon de dire que la Croix-de-la-Tuilière passe dans le pays pour être le lieu préféré de rendez-vous des revenants, loups-garous, etc.

Ces derniers feront bien, cependant, de ne pas se montrer trop souvent, car un beau jour ils — ou elles — pourraient se trouver en face de gens assez hardis pour leur infliger une correction qui ne serait pas volée.

(Journal La Charente, 11 novembre 1904)

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