15 décembre 2019

La Révolution française à Angoulême

L'auteur de cet ouvrage, édité en 1988, est l'historien Jean Jézéquel (1921-2001), membre de l'Académie d'Angoumois.

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13 décembre 2019

Le logis de Saint-Ciers

À proximité de l'église, on retrouve dans une ancienne maison quelques traces du logis seigneurial, en particulier une porte en plein cintre et un bâtiment appelé la chapelle, vaste pièce dotée d'une voûte en berceau haute de six ou sept mètres. Non loin une fuie ronde est en ruine. Dès le XVe siècle, la terre de Saint-Ciers appartient aux Romagne. En 1591, les Devezeau s'en rendent acquéreurs. Au XVIIe siècle, elle passe aux mains des Benoist. Roch Benoist, seigneur de Saint-Ciers décède en 1703. Sa fille, Catherine, mariée à Jean Authier, avocat, hérite. Après son décès, son mari et ses enfants vendent le fief et la seigneurie de Saint-Ciers à Jean Gervais, le 24 janvier 1708. Jean Gervais, fils du précédent, écuyer, seigneur de Lussaud, revend la seigneurie de Saint-Ciers, le 31 juillet 1739, à Jacques Salomon, écuyer, conseiller secrétaire du roi près du parlement de Bordeaux, seigneur du Chastenet. Dès le 4 août suivant, Jacques Salomon fait faire le procès-verbal de son acquisition. La cuisine est voûtée avec deux fenêtres de chaque côté fermées par des panneaux de vitres en losange et deux volets chacune. Un escalier de pierre descend à la cave. Les greniers au-dessus du « fourniou » et de l'orangerie sont éclairés par neuf fenêtres. Les charpentes y sont tenues par trois piliers de pierre de taille et la couverture faite de tuiles plates. La porte de séparation de la cuisine et du salon est en noyer. Dans le salon, au sol pavé, sur la cheminée est attaché un tableau avec les armes du Roi, du duc d'Uzès, de la maison de ville d'Angoulême et du sieur Gervais. Un escalier en chêne, avec une rampe à « pilastres tournés », part du salon. Il dessert au-dessus un grenier en partie tillé éclairé par sept fenêtres. Les murs de la salle à la suite du salon, sur toute leur hauteur, sont recouverts de boiseries faites à panneaux, et blanchies. Les murs d'un autre salon, ouvrant sur les jardins, sont traités comme ceux de la salle. À côté des nouvelles écuries, s'élève une galerie en pierre de taille à huit arceaux. La grange est construite proche de l'endroit où était l'ancienne église. Près du portail de la cour de l'ancien logis, une petite tourasse existe dans le coin du mur du coté du chemin. L'ancien logis comprend un couloir où les pavés sont fort vieux, deux chambres à gauche, un degré de pierre dont la majeure partie des pilastres sont démolis. À l'étage, on trouve un couloir pour aller aux chambres, une à droite, deux à gauche, et deux autres « au-devant dudit degré ». Une petite tourasse renferme le siège de latrines. Une cave existe sous l'ancien logis. De là, le notaire s'est transporté dans la nouvelle batisse qui n'est point finie. Les murs ont douze pieds, de hauteur sans entablement. La voûte de la cave au-dessous et les dix marches de l'escalier sont neuves. Dans le jardin poussent des pommiers, des poiriers et des pêchers. Un petit cabinet, couvert d'ardoise et tillé à l'intérieur, s'élève dans un coin du jardin. La charmille est tracée en étoile et dans l'allée se trouvent vingt-six orangers et trois citronniers en caisse. Dans le « renclos », la fuie est neuve et nouvellement batie. Un inventaire du lieu, réalisé le 4 novembre 1766, après le décès de Jean-Jacques Salomon, permet de compléter la connaissance des lieux. Dans le salon, à l'article 90 est notée une flûte de bois de buis. Dans la salle, à l'article 113, figure la garniture de la cheminée : neuf pots dorés, cinq flacons façon ivoire avec leur bouchon d'étain à vis de différentes grandeurs, deux pots de terre grise, deux pots de faïence. À l'article 120 sont mentionnés deux violons. Dans une chambre de l'étage, à l'article 191, sont cités sans détail « cent quatre-vingt-dix-neuf tomes de livres presque tous vieux et fort petits, de différentes espèces ». Dans une autre chambre, l'article 211 concerne un berceau, l'article 215 une chaise roulante pour enfant et l'article 222 quatorze pièces de tapisserie de haute lisse à personnages ou en verdure. Dans la cour se trouvent « plusieurs quartiers de pierre de taille pour servir à des croisées ou des cheminées, tout quoi étant destiné à parachever ledit logis ». Parmi les nombreux papiers inventoriés figure un marché sous seing privé, non daté mais passé par le défunt Salomon, pour le montage d'une charpente au logis. Jean-Jacques Salomon, fils du précédent, épouse en 1781, Elisabeth Constantin. Ayant émigré, le domaine de Saint-Ciers est divisé en quarante-sept lots. L'ensemble des bâtiments du logis formant les cinq premiers sont adjugés le 21 germinal an II (10 avril 1794). Le premier lot comprend la cuisine, plusieurs chambres, sept arcades de la galerie et est adjugé à Mesmin demeurant à Nanclars. Le second lot, avec l'orangerie, le fourniou, la buanderie, une arcade de la galerie, est acquis par Jean Perrotin de Saint-Ciers. Le troisième lot, avec bâtiment couvert à la Mansart, une portion de cour et sa sortie contre le cimetière est acheté par Pierre Grand de Saint-Front. La quatrième partie comprenant des dépendances revient à Léon Rangier aîné, maire de Saint-Ciers. Le reste des bâtiments avec la fuie est attribué à Jean Nadaud de Saint-Ciers.

Bibliographie : AD Charente 2 E 461, 2 E 462, 2 E 549, 2 E 567, 2 E 1179, 2 E 12453, 2 E 12454, 2 E 15977, Q III 31, Q XII 50, Q XVIII 67.

Source : Châteaux, logis et demeures anciennes de la Charente, 2005.

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La brigade de gendarmerie de Montbron

Le nombre de déserteurs augmentait sans cesse ; on en compta à certains moments plus de 3 000 en Charente, plusieurs centaines de mille en France. Le gouvernement jugea indispensable de prendre d'urgence des mesures sévères pour les forcer à rejoindre leurs unités.

La brigade de gendarmerie de Montbron, commandée par le citoyen Girard, reçut des ordres « pour enteprendre des tournées dans toutes les communes du canton, pour avertir les insoumis qu'ils eussent à se présenter devant l'administration pour faire viser leurs congés, conformément à la loi ».

En janvier 1796, dans un long rapport, le brigadier Girard rend compte de l'insuccès total des efforts des gendarmes.

Nous avons été insultés, écrit-il, suivis à coups de pierres, notamment dans la commune de Rouzèdes, au lieu-dit La Cibarie, et qu'en conséquence de cela, je requiers de l'administration qu'il nous soit donné main forte, à moi et à ma brigade, pour retourner à La Cibarie pour saisir les réfractaires à la loi et la faire respecter.

Le Conseil municipal de Montbron prend aussitôt un arrêté pour faire face à ces désordres : Attendu que notre brigade de gendarmerie n'est point armée, qu'il n'y a que deux membres de montés, même faiblement, que notre garde nationale n'est point organisée, malgré notre sollicitude pour faire exécuter la loi et qu'il n'est pas possible dans ce moment de remplir le voeu du dit Girard sans, au préalable, avoir pris les ordres de l'administration du département, que, de suite, il lui sera donné avis des difficultés qui se présentent pour l'exécution de la loi...

Le Conseil demande à l'administration du département de commander, si elle en juge à propos, une force armée pour renforcer notre brigade de gendarmerie aux fins de s'assurer des réfractaires à la loi, et que force demeure à la justice, d'autant que l'esprit public dans la campagne est infiniment corrompu. Presqu'aucun individu ne veut entendre parler de lois. De fréquentes menaces sont faites aux agents municipaux lorsqu'ils requièrent d'exécuter les lois. (Signé) : Marvaud, Morellet, Broussard, Blanchard, Callandreau-Dufresse, Chesson, Pradignac, Durousseau-Chabrot, Vallentin.

La brigade de Montbron est notoirement insuffisante pour entreprendre des tournées efficaces, chaque quinzaine, dans les huit communes du canton comprenant plusieurs centaines de villages. Il faut d'urgence réorganiser la garde nationale, faire revivre l'enthousiasme qui animait les hommes de 18 à 60 ans au moment de sa création, en 1790 et 1791. On comptait alors à Montbron 730 gardes nationaux commandés par des officiers et des sous-officiers élus par leurs troupes. Ils répondaient aux convocations pour les manifestations patriotiques. Ils assistèrent aux engagements des volontaires de 1791, 1792 et de mars 1793. Mais la mobilisation forcée des hommes de 18 à 25 ans, en septembre 1793 (les requis ou réquisitionnaires) avait heurté les populations de nos campagnes, lasses de tout, lasses des années de guerre et n'aspirant plus qu'à la paix, au pain quotidien, à la saine monnaie.

Le Directoire départemental de la Charente envoya à chaque commune des instructions précises, fort détaillées, enjoignant aux municipalités de réorganiser au plus vite leur garde nationale : 18 ventôse an VI, mars 1796, les agents municipaux auront à user de la plus grande surveillance dans leurs communes respectives pour découvrir les malveillants et corrupteurs de l'opinion publique qui cherchent à éloigner les citoyens de l'exécution des lois, spécialement celles qui ordonnent la réorganisation de la garde sédentaire, en cherchant à les persuader que leur enrôlement en y-celle les exposerait à quitter leur foyer et à être transportés soit à la Vendée, soit aux frontières, soit même à Cayenne, que tous les bruits sont attentatoires au bien de la chose publique et aliènent infiniment l'esprit des citoyens envers leurs magistrats.

Considérant, en outre, que le rapport fait par plusieurs de ses membres, qu'ils ont reçu dans leurs communes des menaces lorsqu'ils ont voulu parler de cette organisation si nécessaire à la tranquillité publique et qu'il est de la plus grande importance qu'il ait pleine exécution. Pour y parvenir, elle croit de sa sagesse de commettre dans chaque commune des citoyens jouissant de la confiance publique pour travailler à effacer les mauvaises impressions et fausses préventions qu'ont pu donner les malveillants et faire sentir aux citoyens combien il est de leur intérêt de se soumettre à l'exécution de cette loi.

En conséquence, le Directoire administratif de la Charente arrête qu'il sera nommé pour Montbron neuf commissaires : les citoyens Léchelle-Dérivières, Juzaud, Lamour fils, Didier Marandout, les deux frères Janot, Didier Redon, Fonchin-Larnaudie, Mathelon-Vignaud.

Rouzèdes : Guerry-Champneuf, Félix de Neuville.

Eymouthiers : Guimbelot et Marcillou.

Vouthon : Grenet et Callandreau.

Saint-Sornin : Chazeau et Bounithon.

Vilhonneur : Picard et Jean Clément.

Orgedeuil : Lamothe, Maigne, Perry-Logeas.

Ces commissaires étaient choisis par l'administration départementale parmi les bourgeois aisés, tous sachant lire et écrire, estimés dans leurs communes.

On leur demandait « d'employer de suite les moyens que leur donne la confiance publique dont ils jouissent et leur zèle accoutumé pour l'intérêt de la chose publique à l'effet de ramener les esprits à la soumission aux lois et aux autorités constituées sans laquelle pratique il ne peut résulter que des maux incalculables ».

On les chargeait, en outre, de faire connaître sous quinzaine, par procès-verbal respectif, le résultat des opérations prescrites. Ce résultat fut, une fois de plus, lamentable. Les rapports remis à la mairie de Montbron se résument en quelques mots : « Pas de succès, seulement des menaces dans plusieurs endroits, spécialement de la part des femmes. Ont accepté plusieurs hommes de la cité de Montbron et un seul de la campagne. »

Le registre des gardes nationaux de la commune de Montbron contient alors une cinquantaine de noms, nombre insuffisant pour constituer une compagnie.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1981)

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Le moulin de La Rochette

Tous ceux qui habitent la vallée de la Tardoire, surtout de la basse Tardoire, reconnaissent la diminu­tion progressive du cours de cette rivière.

Ici à la Société archéologique et historique de la Charente nous n’avons pas à faire une étude géologique et spéléologique du régime de cette rivière mystérieuse qui disparaît dans un sol, fissuré de gouffres. Ce serait une étude évidemment intéressante, mais qui sertirait de notre cadre.

Je voudrais donc me borner à présenter quelques documents qui nous prouvent que cette rivière, depuis au moins plus de deux siècles et demi, diminue pro­gressivement son cours visible, augmentant ainsi son cours souterrain.

Ces documents m’ont été très obligeamment prêtés par Mme la Baronne de. Ribérolle qui voudra bien trouver ici l’expression de ma respectueuse reconnais­sance.

C’est d’abord un acte de ferme du moulin de La Rochette du 13 novembre 1739, passé devant Caillaud, notaire royal à Angoulême, pour M. Alexandre de Paris, « chevallier, seigneur du Courret, La Rochette, Saint-Pardoux, Chenanmoine et autres lieux », demeu­rant à Angoulême. Celui-ci dépose entre les mains du notaire la minute d’un contrat de ferme des « moullins à bled et à huille » de La Rochette, « faitte par Roch Frottier Tizon, chevallier, seigneur de Villars, La Ro­chette et autres lieux, à Jean Lesmerie meunier pour cinq ans, moyennant 80 livres en argent et 80 bois­seaux mesture mesure de La Rochefoucauld, par an. »

La minute de ce contrat de ferme du- moulin de La Rochette est datée du 21 octobre 1679 et l’acte avait été passé par devant Gounin, notaire royal.

Dans la copie de ce contrat de ferme du moulin de La Rochette, j’ai relevé les notes intéressantes sui­vantes.

Avant ce Jean Lesmerie qui vient d’Artenat, paroisse de Saint-Mary, c’était un nommé Jacques Petit qui exploitant ce moulin. Il consiste en « moullin blanc, moullin noir et moull-n à huille ». Il est situé sur la rivière de Tardouëre.

La ferme se fait par paiement de 80 livres et de 80 boisseaux de « bled mesture bonne et raisonnable mesure de La Rochefoucauld », payable annuellement moitié à Noël, moitié à Pâques.

« Dans laquelle ferme est compris la jouissance du bateau, que le dit Seigneur bailleur mettra entre mains du preneur en bon état... »

« Au regard de l’essat du dit moullin les partyes partageront les anguilles qui s’y pourront prendre par moitié et entretiendront le dit essat par moitié. »

Un autre document est l’ordonnance rendue le 14 juillet 1736, par le Maître particulier des Eaux et Forêts d’Angoumois, sur la supplique à lui adressée par M. Alexandre de Paris, Seigneur du Courret, La Rochette et autres lieux en vue de sauvegarder ses droits de pêche, notamment sur la Tardoire, à La Rochette.

D’après cette requête, il était signalé que divers particuliers pêchaient dans la Tardoire, aux endroits dépendant du fief de La Rochette « avecq tramails et paniers et autres engins deffendus » et prenaient ainsi la principale partie des poissons.

Défense est dès lors demandée au Maître particulier des Eaux et Forêts et accordée par lui en faveur de M. Alexandre de Paris, pour que les habitants de la paroisse et des paroisses voisines ne pêchent pas dans les eaux dépendant du fief et n’y prennent aucun pois­son « avecq tramails, filets et autres engins deffendus ». Les contrevenants seront passibles des peines portées par l’Ordonnance des Eaux et Forêts du mois d’août 1669.

Le seigneur suppliant pourra en outre faire « saisir, déposer et mettre en madn tierce les filets et autres engins des particuliers qui seront trouvés peschant dans les dittes eaux et faire publier et afficher la pré­sente requête et ordonnance aux portes des Eglises des dites paroisses le jour de dimanche ou teste issue de messes paroissiales par le premier huissier ou ser­gent royal ».

A la suite de ces deux documents, M. de Ribérolle épinglait quelques notes, datées de 1838, où il écrivait ce qui suit.

Cette ferme du moulin de La Rochette en 1739, se référant à un autre acte de 1679, prouve ce que j’ai entendu dire bien souvent que la Tardoire manque d’eau beaucoup plus aujourd’hui qu’autrefois. Moi- même je me rappelle, écrit M. de Ribérolle, qu’il y a trente ans, — donc au début du XIXe siècle, — elle manquait encore moins que dans ce moment. Mon père avant la Révolution de 1793 affermait la pêche de Ribérolle. J’ai entendu dire au meunier de Chez-Merlet que. jamais il ne menait moudre hors de son moulin; aujourd’hui il y va au moins six mois dans l’année.

Après la destruction du moulin de La Rochette est venue celle du moulin du Monac, puis la destruction du moulin de Ribérolle.

M. de Ribérolle ajoutait : Le moulin de Chez Merlet ne pourra tenir longtemps. Et de fait actuellement il n’existe plus.

Il est en tout cas bien clair que si la Tardoire pri­mitivement avait manqué d’eau, comme elle en man­que actuellement, jamais on n’aurait eu l’idée d’éta­blir des moulins à La Rochette, au Monac, à Ribérolle et à Chez Merlet.

Nous pouvons également rappeler cette rente an­nuelle de trois livres fondée pour le Curé de Rivières le 6 décembre 1733, à charge par lui d’aller célébrer la messe les dimanches et fêtes à la chapelle du logis de Péruzet, « vu l’éloignement qu’ai y a de ce logis de Péruzet et l’église de Rivières et de l’incommodité de s’y rendre en temps d’hiver et de pluie et des ris­ques qu’il y a lors des inondations de la rivière de Tardoire, qui y passe entre le dit logis et la dite église, en ce qu’il n’y a aucuns ponts ny chaussées ».

Une étude semblable pourrait être également entre­prise sur la diminution progressive du cours du Ban- diat, de la Ligonne, de la Bellonne, etc., où des mou­lins avaient été bâtis et étaient exploités jadis, alors qu’ils n’existent plus maintenant.

Il est encore une fois hors de notre cadre de nous demander : d’où cela vient-il ? Cela provient-il d’une plus grande quantité de gouffres, du fait qu’dis se sont agrandis, qu’il s’en est formé davantage en amont, que les sources ont diminué, que les réparations aux gouffres n’ont pas été suivies, etc...

Et, d’autre part, c’est un fait aussi que plus va et moins la Touvre manque d’eau dans les étés les plus secs, tel l’été de 1929.

Du moins, me bornant à mon rôle d’histonien, il est intéressant de noter, par l’examen des divers docu­ments que je viens de produire, qu’au XVIIe siècle et même eu XVIIIe siècle la Tardoire avait de l’eau vrai­semblablement toute l’année à La Rochette. Non seu­lement on pouvait y faire marcher des moulins, mais l’on pouvait y pêcher avec toutes sortes d’engins et s’y promener en bateau.

Il serait curieux de voir d’autres documents antérieurs et postérieurs à ces XVIIe et XVIIIe siècles pour faire l’histoire de la diminution progressive du cours visible des eaux de la Tardoire et des autres rivières de cette région. Les quelques documents que je viens de présenter ont néanmoins leur intérêt et je serais heureux s’ils pouvaient inciter des chercheurs et des érudits à compléter cette étude qui n’est qu’une ébau­che de l’histoire à écrire de nos rivières de la région de La Rochefoucauld.

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1930)

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Certificats de noblesse délivrés en Angoumois

Angely-de-la-Salle (Antoine), baptisé, le 6 fevrier 1766, dans l'église paroissiale de S.-Denis de Lichères, au diocèse d'Angoulême, fils de François Angely, écuyer, seigneur de la Salle, et d'Elisabeth Richard ; obtint, le 7 août 1782, de M. Chérin, père, le certificat de noblesse requis pour le service militaire.

Chapiteau-de-Raimondias (Charles de), né le 8 août 1764, et baptisé le même jour dans l'église paroissiale de S.-Maurice de Mainzac, au diocèse d'Angoulême, fils de Salomon Chapiteau, chevalier, seigneur de Raimondias, et de dame Thérèse de Rousseau de Chabrol ; obtint, le 12 juin 1784, de M. Chérin, père, le certificat de noblesse requis pour le service militaire.

Cherade-de-Montbron (Étienne-Pierre de), né le 24 janvier 1762, ondoyé le même jour dans la chapelle du château de la Forest-d'Orthe, et a reçu, le 7 août 1765, le supplément des cérémonies du baptême dans l'église paroissiale de Grassat, au diocèse d'Angoulême ; fils d'Adrien-Alexandre de Cherade, chevalier, comte de Montbron, seigneur de Clervaux, de Marthon de Thieré, et d'Elisabeth le Meusnier du Raix ; obtint, le 9 août 1783, de M. Chérin, père, le certificat de noblesse requis pour le service militaire.

Crozant-de-Rivières (Sébastien-François de), né le 24 mai 1770, et baptisé le lendemain dans l'église paroissiale de S.-Cybar de la ville de Rochefoucault, au diocèse d'Angoulême, fils de Maximilien de Crozant, chevalier, seigneur de Rivières et de Chastelard, et d'Anne-Marguerite, aliàs Anne Normand de Garat de la Tranchade. — (Jean-François de), frère du précédent, né le 18 janvier 1773, et baptisé le même jour dans la même église ; les deux frères ont obtenu, le 12 janvier 1782, de M. Chérin, père, le certificat de noblesse requis pour le service militaire.

Lau-de-Lage (Henri du), né le 21 octobre 1764, et baptisé le même jour dans l'église paroissiale de S.-Saturnin de Cellette, au diocèse d'Angoulême, fils de Henri du Lau de Lage, écuyer, sieur de Lage, et de Jeanne de Lord ; obtint, le 18 septembre 1781, de M. Chérin, père, le certificat de noblesse requis pour le service militaire.

Vassoigne-de-Beauchamp (Elie de), né le 26 mars 1769, et baptisé le 30 suivant dans l'église paroissiale de Grassac, au diocèse d'Angoulême, fils de Pierre de Vassoigne, chevalier, seigneur de la Brachenie, de Beauchamp, le Mas, Maillaguet, et de Marie-Claude Prevost de Sansac de Touchimbert ; a obtenu, le 7 août 1784, de M. Chérin, père, le certificat de noblesse requis pour le service militaire.

Source : Recueil de certificats de noblesse délivrés par Chérin, de Louis Foy.

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Justice des eaux et forêts

La rigueur de la réformation n'épargne pas les membres de la maîtrise, les simples négligences sont sanctionnées : Jean Paulte, le maître particulier, paiera 50 livres; Gervais, garde, 100 l., Crozan 100 l., puis 1 000 l. à titre de restitution; Meneau 30 l., Fureau, garde traversier, 150 l.; Louis Delage, Jean Gervais, F. Boissier, Guy Gauvry, gardes, 20 l., les héritiers de feu Benoist, garde, 100 l., Léonard Vidaud, garde, 200 l., Louis Rivaud 100 l. Personne n'a surveillé comme il le devait la forêt dont il avait la charge.

Ces amendes sans trop de frais ont dû secouer le monde forestier.

Sa majesté rappelle qu'elle s'est toujours réservé la jouissance de la haute futaie et les seigneurs usurpateurs n'en ont pas l'exploitation à leur usage (B 140/11).

En 1674 une tentative de restauration de 140 arpents de chaumes dans la paroisse de la Rochette : y sont piqués des glands de chêne, du frêne et autres essences.

En 1677 Jean Gillibert obtient la charge de procureur du roi (B 140/27-28).

En dépit des menaces, les usurpations continuent; chacun espère ne pas être pris; les plus riches invoquent des droits d'usage nébuleux, pour atténuer leur faute.

Les Tison de Coulgens reconnaissent avoir pris du bois en Braconne; Ramade du bourg de la Rochette a pris un gros chêne de 18 pieds; c'était pour la fête de St Roch; Jean Nadaud de Coulgens est coupable d'un délit analogue. Les trois personnages paieront. Les du Rousseau de Coulgens prétendaient avoir des droits d'usage en Braconne pour leurs maisons et leur four banal: droits supprimés.

Dans la maison du Sr de la Rochette les gardes trouvent beaucoup de bois de chêne pour faire ouvrage, des bûches en cordes, du bois merrain : confiscation et amendes.

Le duc de la Rochefoucauld, pour le chauffage du château et de bâtiments divers, pour les halles et ses 6 fours, jouira de 200 cordes de bois et de 10 000 fagots annuellement.

En cette fin de XVIIe siècle, Paulte, le maître particulier, Meneau son lieutenant, et Gillibert le procureur du roi, jugent chaque semaine aux audiences de la maîtrise, les mêmes délits.

Le garde même seul était un peu policier; et suivant le train d'une charette (marques des roues de charette) il pouvait arriver au logis d'un petit seigneur; ce qui provoquait des explications délicates avec le seigneur, ou surtout avec sa femme; il y avait parfois des accomodements (B 140/47).

Avec les délinquants roturiers, parfois amis du garde, ce dernier devait au risque de perdre sa charge leur dresser procès-verbal; d'où naissaient au village des rancœurs durables.

En 1704 un édit du roi aggrave les peines: bœufs et charrettes utilisés par les usurpateurs seront confisqués et vendus; les gardes qui souffriraient l'entrée de bestiaux en forêt, auront une amende de 20 livres accrue en cas de récidives; ils risquent même d'être pris de corps et saisis de bien; cet édit sera affiché à la porte de toutes les églises; sa rigueur reflète bien l'état du royaume à cette époque.

Cependant en 1705 le garde Dubournais surprend deux valets du Sr de Guitard emportant dans une charrette tirée par deux bœufs, trois chênes récemment coupés; 48 livres d'amende et restitution des chênes; il n'est pas question de saisir l'attelage; Mr de Guitard est noble !

Le même Dubournais, à partir de quatre souches de chêne coupés depuis peu, suit un train de charrette qui le conduit au logis de la Rochette; le sieur du lieu lui permet de perquisitionner; les chênes coupés ne s'y trouvent pas; Dubournais reçoit l'ordre de la maîtrise de chercher encore (audience du 27.1.1705).

Le 16.04.1705 Gauvry, garde surprend Marry Dars, son fils et un valet emportant des branches dans une charrette tirée par 2 bœufs, le tout est saisi et sera vendu au prochain marché de la Rochefoucauld; avec en plus une amende de 40 livres.

Près de Bunzac en Braconne, 5 petites filles gardent dans des rejets 55 brebis: 165 livres d'amende.

En forêt de Bois Blanc, 4 bergères gardent 45 brebis: 135 livres d'amendes plus dommages et intérêts.

Le garde Vidaud surprend 2 délinquants, s'enfuyant la cognée sur l'épaule; il les poursuit à course de cheval et saisit leurs cognées; à l'audience ils sont condamnés à la prison (9.3.1706).

Jean Rondinaud de Rivières, pris sur le fait, blesse un garde avec sa hache; en prison, Rondinaud (13.4.1706).

Il est interdit à tous marchands d'acheter des bêtes rousses ou noires; l'amende est de 250 livres pour une biche ou un faon (bêtes rousses) ou pour un chevreuil. Pour un sanglier et un marcassin (bêtes noires) l'amende sera de 120 livres; il est interdit de chasser les perdrix avant la fin juillet; filets et nasses sont interdits dans les forêts sous peine de 30 livres d'amende à la première sanction; à la seconde les coupables seront fustigés, flétris et bannis de la maîtrise pour 3 ans. Ces injonctions s'adressaient surtout à ceux qui avaient le droit de chasser.

Les gardes ne pourront porter l'épée et le pistolet de ceinture sauf pour leur défense; il est rappelé qu'ils ne peuvent emmener leurs chiens en forêt sous peine de destitution; personne n'a le droit de porter un fusil en forêt.

Un certain Valette de Brie faisait le guet; surpris par un garde, il le menace de son arme, il ira en prison (B 140/45).

Le 3.12.1709, Bordet, garde, trouve en Braconne la servante de François et de Jean Frotier avec 7 ou 8 autres bergers et bergères «gardant à garde faite» dans des rejets de l'année précédente 180 brebis, 1 chèvre, 1 bourrique et sa suite, ils avaient en outre fait un grand feu avec des rejets de chêne et une grande fourche d'arbre mort. Puis ils s'étaient tous enfuis.

A l'audience, les maîtres et les pères et mères des bergers et bergères sont condamnés à payer solidairement 540 livres pour les brebis, 5 pour la chèvre, 20 pour la bourrique et sa suite, 30 pour avoir fait du feu en forêt et 40 sols pour les rejets. La confiscation du bétail eut été trop cruelle à cette époque et n'est pas signalée.

Le terrible hiver de 1709 avait contraint les pauvres gens qui n'avaient plus rien à donner à leurs bêtes à les conduire en Braconne; les sanctions n'étaient pas très sévères lorsqu'ils s'agissait du vol de rejets morts par la gelée; les gardes cherchent à excuser les coupables, sur lesquels est toujours suspendu l'édit du roi : le bétail pris en forêt sera saisi et vendu à la prochaine foire, qu'il s'agisse de veaux, de vaches ou de bœufs au profit de sa majesté; et il fallait payer les amendes.

Les exigences des maîtrises sont de plus en plus contraignantes; il faut absolument faire rentrer de l'argent dans le trésor royal; les agents de la maîtrise qui délivreraient des bois à ceux qui prétendent avoir des droits de chauffage, sans en avoir vérifié leurs titres, seront condamnés à 300 livres d'amende. (Ordonnance du Sr Milon, chevalier, Sr du Mesne) (B 140/45)

Le 20.10.1710 Jean Joseph Gilbert (ou Gillibert) de Vassigny, reçoit de sa majesté l'office de conseiller et de procureur du roi de la présente maîtrise; la réception de cet office faite à la table de marbre à Paris a été adressée au greffe de la maîtrise qui l'a enregistrée (Sr Milon grand maître des eaux et forêts de France).

Ce Jean Joseph Gilbert, fils de Jean et de Marie Bourdage succédait dans le même office à son père qui le tenait lui-même d'un certain Jean Gros; il aura des ennuis financiers au début de sa carrière et sera menacé de la saisie de son office et de ses biens; son mariage avec Marie Barreau de Montbron semble l'avoir tiré d'affaire; il achètera et restaurera le château de Marendat près Montbron; il mourra sans avoir eu d'enfant en 1740, à Angoulême au n° 19 de notre rue St Etienne et sera enterré dans l'église St André (B 140/27 et registres paroissiaux de St André).

A l'audience du 10.9.1711 Jean Paulte, maître particulier présidait, assisté de Jean Ducluzeau, greffier de la maîtrise; Jean Gilbert de Vassigny, procureur du roi y assitait l'épée au côté; privilège que n'ont pas les procureurs du roi s'écria Jean Paulte. Il y aura entre les deux nommes d'autres algarades.

Il est interdit de faire élever aucun moulin, bâtardeaux, écluses, pertuis ou murs, de mettre des amas de pierre dans les rivières, d'y faire planter des arbres et d'être tant soit peu nuisible au cours de l'eau, aucune ordure ne doit être déposée sur les quais sous peine de 500 livres d'amende.

Il doit être laissé sur les rives un espace de 24 pieds (8 mètres) pour le chemin du roi.

En 1712 des paysans des Rigalloux de Brie sont surpris par Boissier, garde, portant leur faix de rejets de chêne tués par la gelée; amende minime de 40 sols et restitution; des bornes de la forêt ont été déplacées; il s'agit assurément d'usurpation, elles seront remises en place par les paysans coupables et à leurs frais.

Quant à Paulte le maître particulier, il est condamné à 300 livres d'amende envers le roi; «nous lui faisons défense de connaître des bois dépendant de l'abbaye de la Couronne sous plus grande peine et nous révoquons toute connaissance que nous lui avions donné sur ces bois; la présente ordonnance sera lue et publiée à l'audience, tenant à la diligence du procureur du roi» signé Hénin le 5/10/1712; il est difficile d'être plus sévère.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1994)

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12 décembre 2019

Léon de Maumont sur le Palmier

Voici à présent un autre témoignage, celui de Léon de Maumont (1752-1794). Soldat au régiment de Poitou en 1767, lieutenant en 1773, il se retrouve aux Antilles à faire la même campagne que Saint-Exupéry. Les différentes lettres qu'il adresse au duc de La Rochefoucauld nous renseignent beaucoup sur l'état général des troupes françaises, état lamentable. Les troupes embarquées souffrent particulièrement. Scorbut et fièvres font plus de ravages que les canons anglais, quand les ouragans ne viennent pas drosser les navires à la côte, comme ce malheureux convoi anéanti par les éléments déchaînés à la Jamaïque. A côté de ces dures réalités humaines, l'intérêt purement militaire est relégué au second plan (arrivée de la flotte espagnole par exemple) :

« Le 28 juin 1780, à bord du palmier (escadre du comte de Grasse)

Monsieur le Duc,

Nous sommes sortis le 9 juin pour aller au devant de douze vaisseaux espagnols et de deux frégates ; le tout commandé par M. de Solano qui a aussi sous sa protection cent trente huit voiles marchandes richement chargées, il y a en plus sur ces vaisseaux marchands douze mille hommes de troupe de terre.

Le vent a dispersé cette belle flotte le 11 juin, au moment où nous l'avons rencontrée près de la dominique ; elle a restée huit jours à se rassembler devant cette isle ; les vents continuant a nous êtres contraires pour faire entrer ces vaisseaux marchands a la martinique, nous avons pris le parti de les faire mouiller dans une autre isle (La Guadeloupe) ; et pour leur sureté nous leurs avons laissé deux vaisseaux de lignes espagnols, les autres sont entrés avec nous à la martinique. Il y a eu dans les trois combats dont il a été question dans ma dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire cent quatre vingt hommes de tués et cinq cents de blessés. M. de Guichen a perdu son fils ainé d'une blessure qu'il avoit reçu dans le second combat. »

La lettre en question n'est peut-être jamais parvenue au duc, en tout cas, elle n'a pas été retrouvée. Le 17 août, toujours à bord du Palmier, Maumont poursuit : « Nous sommes partis le 5 de juillet de la martinique ainsi que les douze vaisseaux de lignes espagnols dont il a été parlé dans la dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous adresser. Et nous avons passés à la Gouadeloupe pour y prendre les vaisseaux marchands espagnols que nous avions fait mouiller à la basse terre de cette isle. De là nous avons pris le chemin du Cap François et M. de Bouillé celui de la Grenade, avec le vaisseau l'Expérimen et deux frégates.

Le 12 a la vue de Saint Domaingue, M. de Monteil reçut l'ordre de prendre le commandement de six vaisseaux de lignes, d'une frégate et d'un coter (cotre) pour faire le tour de cette isle, du côté de la ville du meme nom (ou nous y primes cent bœufs en passant) de celle de Saint Louis, du Cap Tiberon, du port au prince et du mole Saint Nicolas, dans l'intention de prendre dans ces ports les vaisseaux marchands qui pourroient être et les conduire au cap François tandis que M. de Guichen prit de l'autre coté de l'isle, acompagné les Espagnols jusqu'à l'isle de Cubat, de là les Espagnols s'en allèrent a la havane et M. de Guichen au Cap François.

Et nous sommes aujourd'hui douze du mois d'aout devant le Mole, ne pouvant pas gagner le Cap François a cause des vents contraires. M de Guichen viendra nous joindre ici, nous croiserons jusqu'à ce tems là, il prendra les vaisseaux marchands que nous avons trouvé dans notre cource et dirigera la sienne sans s'arreté vers la France avec dix sept ou dix huit vaisseaux de lignes (ou du moins tel est le projet). M. de Grace et M de la Mote Piquet passent en France avec lui, et monsieur de Monteil reste ici avec neuf vaisseaux (Saint Exupéry assiste au départ de de Guichen le 13 août avec ses 18 vaisseaux et un convoi de 15 voiles à destination de Cadix). Roden (Rodney) étoit à Sainte Lucie lorsque nous partimes de la Martinique, le trente juillet on a vu quatorze de ses vaisseaux près du Cap Tiberon qui allaient a la jamaïque. Vous savez que Chalerstown est pris. On dit M. de Terné (Ternay) à Boston. Voilà Monsieur le Duc toutes les nouvelles que je sais, elles viennent difficilement joindre ceux qui sont au milieu des mers ; le plaisir n'y vient pas non plus ; je n'y goute que celui de vous écrire et de me ressouvenir des bontés attentivent que vous avez bien voulut avoir pour moi. Grande mortalité dans ce pays ci, vous allez en juger ; de cent quatorze soldats que nous avons mené dans le palmier il y a six mois, dix huit sont morts, vingt et un sont en hôpitaux, la plus part d'eux rongés de scorbut, nous avons encore a rester dans ce pays ci, concevez la perte que nous feront. J'avois en partant de la Martinique une fièvre chaude des plus dangereuses, actuellement je suis convalescent... »

Source : La question américaine au 18ème siècle, de Daniel Vaugelade.

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Les 13 archiprêtrés de l'Angoumois

Les 13 archiprêtrés du diocèse d'Angoulême :

1° Archiprêtré de Saint-Jean. — Saint-Jean, Saint-Pierre, Saint-Cybard, Grosbos, Saint-Ausone, La Couronne, Saint-André, Beaulieu, Saint-Augustin, Saint-Jean de la Palud, Saint-Antonin, Saint-Martial, Lhoumeau, Saint-Martin, Le Petit Saint-Cybard, Saint-Yrieix, Saint-Michel d'Entresgues, Nersac, Saint-Nicolas de Beaulieu.

2° Archiprêtré de Rouillac. — Rouillac, Saint-Cybardeaux, Saint-Séverin, Hiersac, Moulidars, Genac, Mérignac, Bonneville, Vibrac.

3° Archiprêtré d'Ambérac. — Ambérac, Saint-Amant-de-Boixe, Vindelle, Lanville, Montignac, Vouharte, Gourville, Vars, Balzac, Champniers, Brie, Xambes.

4° Archiprêtré de Saint-Projet. — Saint-Projet, La Rochefoucauld, Rivières, Marillac, Les Pins, Yvrac, Rancogne, Bunzac, Agris, Saint-Constant, Montembœuf.

5° Archiprêtré de Garat. — Garat, Cloulas, Villars, Mornac, Dirac, Touvre, Dignac, Sers, Bouëx, Beaulieu, Soyaux, L'Isle d'Espagnac, Magnac, Ruelle.

6° Archiprêtré de Jauldes. — Jauldes, Aussac, La Rochette, Touriers.

7° Archiprêtré de Pérignac. — Pérignac, Blanzac, Montmoreau, Mouthiers, Chavenat, Saint-Laurent-de-Belzagot, Saint-Eutrope, Courgeac, Fouquebrune, Torsac, Voulgézac, Aignes, Saint-Léger, Chadurie, Rouffiac, Bécheresse, Champagne, Charmant, Puypéroux, Juillaguet, Puymoyen, Vœuil, Magnac, Porcheresse.

8° Archiprêtré de Grassac. — Grassac, Pranzac, Charras, Marthon, Feuillade, Chazelles, Vouzan, Souffrignac, Charras, Mainzac.

9° Archiprêtré de Chasseneuil. — Chasseneuil, Saint-Mary, Saint-Claud, Chatelars, Taponnat, Vitrac, Saint-Adjutory, Saint-Laurent-de-Céris, Vieux-Cérier, Suaux, Nieuil, Chantrezac, Saint-Vincent.

10° Archiprêtré de Jurignac. — Jurignac, Châteauneuf, Angeac, Saint-Estèphe, Mainfonds, Plassac, Birac, Étriac, Mosnac, Roullet, Pereuil, Éraville, Aubeville.

11° Archiprêtré de Saint-Genis. — Saint-Genis, Linars, Trois-Palis, Asnières, Dignac, Fléac, Saint-Saturnin, Champmillon.

12° Archiprêtré de Orgedeuil. — Orgedeuil, Montbron, Saint-Sornin, Vilhonneur, Écuras, Mazerolles

13° Archiprêtré de Saint-Ciers. — Saint-Ciers, Cellefrouin, La Tâche, Lichères, Nanclars, Luxé, Ventouse, Mansle, Saint-Angeau, Puyréaux, Turgon.

Source : Statistique monumentale de la Charente, de Jean-Hippolyte Michon.

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La mort des frères Sardain (Chabanais 1791)

Les deux frères « héros » de cette histoire sont fils de Pierre Sardain, sieur de Saint-Michel, seigneur de Beauregard, et de Marguerite Dereix des Rivières. De ce ménage, uni le 10/X/1763 à Chabanais, sont issus neuf enfants dont trois interviennent dans cette histoire : Louis, sieur de Saint-Michel, le quatrième enfant et le premier fils du couple, né le 27/11/1768 ; Luc, sieur de Beauregard, le sixième enfant et le deuxième fils. Il est aussi question d'une fille, Françoise, née le 22/IX/1766, qui au moment des faits réside à Saint-Junien.

Le décor de cette histoire, c'est la petite ville de Chabanais et surtout le logis dit de Saint-Michel, sis paroisse Saint-Pierre-Saint-Michel, à côté de l'église Saint-Michel dont ne subsiste plus actuellement que le clocher fortement remanié d'ailleurs à la fin du XIXe siècle.

C'est là que résident les deux frères Sardain, deux petits nobles, apparentés à une autre famille Sardain, celle dite des Sardain de la Soutière.

L'un des deux a laissé un « livre de la marchandise que j'ay pris chez Crouzit de l'année 1790 », écrit d'une grosse écriture de quasi illettré, ce qui montre que l'éducation intellectuelle de ces deux personnages paraît avoir été assez déficiente.

Depuis le huit mai de cette année 1791, Luc, le plus jeune, vit maritalement avec Jeanne Rougier, épouse de Biaise Gabry, « ...marchand-orlogier... » de la ville d'Angoulême, laquelle après « ... s'être dérobée nuitament de la maison de son mary... » avait rejoint son amant.

Leur père est mort depuis 1781 et la situation de Louis et de Luc paraît financièrement assez critique. Le dossier qui contient le récit des faits parle de la visite d'un commis des aides venu contrôler leur réserve de vin et qui semble les avoir menacés d'une saisie. Cherchant désespérément de l'argent, les deux frères ont d'abord recours au procédé classique dans ce milieu : acheter sans payer. Puis ils essayent d'emprunter à des gens de leur milieu, ce qui ne semble pas avoir eu de résultats tangibles sinon d'occasionner un conflit avec François-Gilbert de Saingareau à qui un des frères, Luc, avait écrit pour solliciter un prêt. La nouvelle de cette demande se répand dans tout Chabanais et Louis, l'autre frère, menace verbalement Saingareau lors d'une partie de billard.

Ces procédés ne donnant pas les résultats escomptés, les deux frères passent à l'extorsion de fonds à main armée, purement et simplement. Un des témoins entendu par la justice après la mort des deux frères, Pierre Terracher, maréchal, explique comment les deux frères lui ont extorqué sous la menace 72 livres : « ... le dix-sept avril dernier, le Sr de Saint-Michel l'ainé l'envoya chercher... ledit Sr de Saint-Michel luy demanda à emprunter soixante-douze livres, que le déposant ayant dit qu'il n'avoit point d'argent ledit Sr de Saint-Michel s'emporta, luy fit des menaces, luy dit qu'il le payeroit et qu'il fesoit de l'argent à ses dépens. Led. exposant, craignant pour sa vie, dit aud. Sr de Saint-Michel : « M., ne crioit pas tant, je m'en vais trouver un de mes amis qui me prestera ». Le déposant parti et revint porter aud. Saint-Michel lad. somme de soixante-douze livres qui luy est encore düe.

Qu'au commencement de janvier précédent, Le Sr de Saint-Michel le plus jeune avoit aussi envoyé chercher le déposant ; que celuy-ci s'étant rendu dans la salle de la maison dud. Saint-Michel, celui-ci ferma les portes et fit un grand feu, qu'il y avoit sur la table un fusil à deux coups et deux pistolets, que ledit Sr de Saint-Michel luy dit qu'il avoit fait les quatre (cents) coups... que ledit sieur de Saint-Michel demanda audit exposant cent livres à emprunter, qu'iceluy déposant répondit qu'il n'avoit point d'argent, qu'alors ledit Sr de Saint-Michel le traita de Jean-F. et de F.-gueux ; que le déposant, craignant pour sa vie, s'en alla sous la promesse de raporter les cent livres. Que le neuf may dernier, ledit Sr de Saint-Michel vint dans la vigne du déposant qui y fesoit travailler des ouvriers, qu'il luy dit : « Adieu, mon B. ! » que le déposant luy ayant souhaité le bonjour s'apperçut qu'il avoit deux pistolets dans ses poches de veste et un gros bâton à la main, qu'au même instant ledit Sr de Saint-Michel dit au déposant : « Il faut que je te donne une rincée (?) et ces deux B. là ferons le trou pour t'enterrer ! » ; que le déposant répondit : « En voulés-vous à ma vie, monsieur ? Tué moi, qu'en auroit vous davantage ?

Qu'alors led. Sr de Saint-Michel luy donna de son gros baton dans la poitrine et se retira environ quatre pas de lui et luy dit que s'il n'avoit pas parlé si poliment, sa vie n'auroit pas duré une minute ; ajoutant qu'il pouvoit labourer sa vigne, qu'il ne lèveroit pas la récolte, que c'en étoit pas fini encore... »

Ce n'est que le début d'un processus qui va amener les deux frères à passer des paroles aux actes.

Le 19 mai, ils agressent Bernard Goursaud, aubergiste et beau-frère du témoin précédent.

Les blessures sont sérieuses puisque le chirurgien qui dresse le procès-verbal de l'état du blessé lors du dépôt de la plainte estime qu'il faudra quinze jours à trois semaines pour qu'elles guérissent.

C'est cette agression qui va déclencher le drame que les dépositions des différents témoins permet de reconstituer.

C'est donc le jeudi 19 mai que les frères Sardain passent à l'attaque.

« ... en passant sur le pont de Vienne de ladite ville de Chabanois, il (le déposant, Bernard Goursaud, l'agressé) rencontra les nommés Louis et Luc Sardain, que ce dernier, en lui adressant la parole : « Hé bien, Goursaud, ne veux-tu pas me remettre ce livre de rente ! » ; qu'à cela le déclarant luy répondit que volontiers mais qu'il luy faloit une décharge. Aussitôt, ledit Luc Sardain s'approcha dudit déclarant, luy porta le poing sous le manton en le luy relevant très fortement ; que bientôt après ledit Luc Sardain, en ayant répété ces mots : « Tu demande une décharge, te la voilà !» et en même tems son frère et luy tombèrent sur le déclarant à coups de bâtons dont ils étoient armés tous deux et luy firent deux blessures à la tête et luy cassèrent le poulce de la main gauche ; que ces coups qui renversèrent le déclarant luy firent perdre connoissance... »

Le dossier ne contient aucun autre détail sur le fameux livre de rentes auquel il est fait allusion. On peut supposer que ces rentes étaient dues par les frères Sardain non à B. Goursaud lui-même mais à un crédirentier dont il était le représentant et qu'ils espéraient, en récupérant ce document et peut-être en le détruisant annuler leurs dettes.

Les deux frères Sardain ne s'arrêtent pas en chemin et continuent, après cette agression, à parcourir Chabanais avec trois compagnons et à terroriser la population. Ils entrent chez François Bouyat, aubergiste, boivent de l'eau-de-vie en se vantant de leur exploit. Rencontrant après Jean Autier, marchand, ils s'en prennent également à lui. A Noël de l'an 1790, ils avaient demandé à lui emprunter de l'argent et ce dernier avait refusé, il est frappé à coups de bâtons et c'est la plainte qu'il dépose devant la municipalité qui va déclencher toute l'affaire. B. Goursaud et J. Autier ne sont pas les seules victimes des deux excités ; Pierre Rivet, aubergiste, est lui aussi bastonné par les deux frères qui rejoignent leur logis pendant que la population entre en ébullition.

La municipalité, réunie sous la direction du maire Pierre-Isaac Dupont demande aux quatre gendarmes de la brigade de la maréchaussée d'intervenir. Ces derniers se rendent devant le logis des deux frères et les trouvent barricadés, armés et prêts à résister à toute intervention des forces de l'ordre.

Les gendarmes demandent au maire l'appui de la garde nationale de la localité et le maire délivre à Pierre-Joseph Dupont de Chaumont, le commandant de cette troupe, un ordre écrit de réquisition. Les gendarmes et les gardes nationaux se réunissent sous les halles : une troupe de seize hommes dont l'armement — en ce qui regarde les gardes nationaux — est assez hétéroclite : l'un n'a qu'un pistolet, un autre est muni en tout et pour tout d'une simple fourche. Par les petites rues de l'ancien Chabanais disparu lors de l'incendie de 1944, cette troupe gagna la place du Pau (actuelle place du quatorze-juillet) puis monte en direction de l'église Saint-Michel et de la demeure des deux frères Sardain. Comme toujours, en temps d'émeute, le réflexe des riverains est le même : on ferme précipitamment les boutiques, referme les volets des fenêtres et on se barricade chez soi ; ce qui assure non seulement une relative sécurité mais permet ensuite, s'il y a enquête, de dire que l'on a rien vu (c'est ce que feront certains voisins lors de leurs dépositions).

Juste au moment où les forces de l'ordre arrivent devant le logis de Saint-Michel, elles en voient sortir un petit domestique qui est immédiatement arrêté et qui révèle que les deux frères l'avaient chargé d'aller chez Crouzit acheter de la poudre ; ce qui montre bien qu'ils avaient l'intention de résister. Avant de passer à l'attaque du logis, François-Guillaume Duval-Papius, major de la garde nationale, essaie de parlementer, il ne s'attire que cette réponse :

— Comment toi, Duval, toi qui est mon ami, tu es assés coquin pour te mettre à la tête de cette canaille, de ses coquins, de ses geusards pour tourner les armes contre moi ! » ; que led. déposant luy répondit :

— Je ne viens point tourner mes armes contre toi mais je viens pour te sauver et tu sçais ce que j'ai fait pour toi. Rend-toi, je t'en prie et je te répond d'arranger tout ! ».

Les témoignages ensuite divergent sur ce qui s'est exactement passé. D'après F.G. Duval-Papuis, son intervention, ainsi que celle du sieur de Rocquard, ami des Sardain, se serait soldée par un échec et que, loin de calmer les deux frères ivres de fureur et d'alcool, elle leur aurait plutôt semblé être un signe de faiblesse. Luc Sardain,  vite las de parlementer, menace de faire parler la poudre :

« ... il (Luc) se déboutonna et montra à ce déposant (Duval-Papius) deux pistolets qu'il avoit sous sa redingotte, qu'il les arracha et les porta sur la poitrine du déposant ; que led. déposant ne perdît pas courage et continua toujours ses suplications amicales aud. Sr de Saint-Michel ; que celui-ci rentra de quelques pas dans sa cuisine, qu'il s'y arma d'un fusil à deux coups et paru avec ledit fusil et deux pistolets dont un à la main et toujours tenu vers ledit Sr Duval qui dépose ; que le déposant, craignant pour sa vie menacée tant par led. Sr de Saint-Michel le jeune que par son frère aîné qui se tenoit à costé aussi armé d'un fusil à deux coups et qui injurioit luy déposant, se retira vers la porte en réitérant ses instances et ses prières aud. Sr de Saint-Michel... »

Pendant cet épisode, le reste de la troupe, gendarmes et gardes nationaux confondus, est resté un peu à l'écart, en contrebas du côté de l'église proche. C'est peut-être ce qui explique les quelques divergences entre les témoignages et le fait que cette première partie ne soit pas rapportée par tous les témoins (à moins que F.G. Duval-Papius n'ait voulu par la suite se donner le beau rôle et légèrement « arrangé » la situation).

Jean-Baptiste Desbordes, garde national, lui, n'a pas vu cette scène. Il n'a qu'entendu Luc Sardain crier à l'adresser de ses assaillants :

— Où sont-ils ces B. là, où sont-ils ? Les voilà ! », en même tems led. Sr Michel (sic) et son frère ainé tirèrent chacun un coup de fusil sur la troupe où étoit le déposant, que personne ne fut blessé, qu'alors le détachement fit feu sur lesd. Sr de Saint-Michel, que le plus jeune d'entreux tomba sur la place presque mort et que l'ainé reçu plusieurs blessures mortelles et que, n'étant pas tombé, il prit la fuite, qu'il fut poursuivi par plusieurs gardes nationales (sic), cavaliers de la maréchaussée ; que l'un d'eux, le Sr Grellier le jeune, luy porta un coup de bayonnette dans le flanc et qu'à ce coup led. Sr de Saint-Michel laissa tomber le fusil qu'il portoit et, pendant qu'il s'enfuyoit, il luy fut tiré plusieurs coups de fusil par les nommés Felon l'ainé et d'autres dont il ne se souvient pas ; que ceux qui étoient à sa poursuite l'ayant atteint, l'un d'eux, François Brunet, qui luy avait tiré un coup de fusil, luy porta sur la tête plusieurs coups de la crosse ; que led. Sr de Saint-Michel en se rendant et conduit par un cavalier de maréchaussée et des gardes national reçu encore un coup de sabre à la tête qui luy fut porté par le nommé Pineau en luy disant :

— Je ne t'ai pas encore donné ce que je te dois ! »...

On a donc affaire à une véritable scène de lynchage qui entraîne la mort de Luc Sardain.

Quant à son frère, il ne survivra que quelques heures et décédera le lendemain.

Leurs actes de décès ne mentionnent pas les circonstances de leur mort : « Le vingt mai mil sept cent quatre-vingt onze, a été inhumé Luc Sardain, décédé d'hyer, fils légitime de feu Pierre Sardain, sieur de Saint-Michel, et de demoiselle Marguerite Dereix... »

« Le vingt-un mai a été inhumé Louis Sardain, décédé d'hyer, âgé d'environ vingt-quatre ans, fils légitime de feu Pierre Sardain, sieur de Saint-Michel, et de demoiselle Marguerite Dereix... »

L'affaire n'en reste pas là. Saisie, la justice du tribunal du district de Confolens décide, à l'audition des événements, d'ouvrir une enquête. Le 24 mai, elle ordonne l'exhumation des cadavres et leur examen auquel procède Goursaud-Verniolet, chirurgien à Chabanais. Le 1er juin, les témoins sont appelés à la barre. Certains sont manifestement gênés et Jean Crouzit, celui qui fournissait les deux frères en poudre et munitions, fournit un certificat médical comme quoi il est malade et ne peut se déplacer pour apporter son témoignage. Vingt-six témoins sont entendus et c'est l'ensemble de ces dépositions, plus ou moins cohérentes, qui a permis de reconstituer cette histoire. Déposent les responsables municipaux ; Dupré, le procureur de la commune, Jean-Duval-Papius-Serbuisson, officier municipal ; par contre le maire ne dépose pas ; le témoignage de Dupon, juge de paix de la ville de Chabanais ; les victimes des exactions des deux frères dont les noms ont déjà été cités ; aucun gendarme mais une partie de la garde nationale : Pierre-Joseph Dupont de Chaumont, le commandant ; François-Guillaume Duval-Papius, le major ; François-Gilbert de Saingaraud et Daniel-Pierre de Rempnoulx, les capitaines ; Duval-Rochemont, officier dont le grade n'est pas autrement précisé ; Pinaud fils, sergent major de la garde nationale et Junien Pinier, sergent ; Jean Desbordes, simple garde national.

Si l'effectif de la garde nationale était au complet, on aurait donc eu sept gradés sur douze hommes ! Les conclusions rendues par le tribunal de Confolens ne sont pas connues et il est impossible de connaître la suite de cette affaire.

Source : Pierre Boulanger.

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La maison du Comte de Montbron à Angoulême

Inventaire des meubles appartenant à Monsieur le Comte de Montbron en sa maison d'Angoulême
Par Albertine Cadet

Cet inventaire non daté et non signé a eu lieu après le décès, le 21 novembre 1758, de Madame de Saint-Martin, née Madeleine Husson, veuve en premières noces d'Etienne Chérade, Comte de Montbron (1) et en deuxièmes de Monsieur de Saint-Martin.

L'héritier n'est pas l'aîné de ses fils Etienne Adrien Chérade décédé en 1742, mais son petit-fils Adrien, Alexandre, Etienne né en 1731, époux de sa cousine Elisabeth Le Musnier, qui habite pour l'heure en son hôtel Cul de sac de Notre Dame des Champs, Faubourg St Germain Paris, et qui mourra émigré à Lograno (Espagne) le 7 mai 1795.

Il fait donc état de :

— Premièrement, dans la Salle une tapisserie de verdure de Flandre contenant neuf aunes et demie de court sur deux aunes et demi de haut en trois pièces ; dix fauteuils de tapisserie, les uns de point et les autres d'Aubusson, un soffa, le millieu de petit point (2), le bois à la Reine ; une glace entre les deux fenêtres avec un tableau au-dessus ; une commode de bois de noïer avec ses garnitures de cuivre ; en couleur le portrait de Monsieur ; trois tables de jeux que Monsieur a fait faire ; une thèse (3) au-dessus de la cheminée avec un cadre doré ancien, deux autres portraits, une autre thèse de satin, un parravent de papier doublé de toille en 6 feuilles, un écran de point ; le bois sculpté, deux chaises communes de paille, deux chenets et une pincette de fer.

Estimé le tout : 650 livres

— Dans la chambre de Monsieur une tapisserie d'indienne contenant quatre aunes et demi de court, dont Monsieur le Comte a fourni la doublure et payé la façon ; un lit à baldaquin (4) aussi d'indienne garnie de ses tringles grandes et petites pantes, la couchette, deux matelas, un lit de plume avec son traversin, une couverture de laine et une paillasse ; un secrétaire de bois de noïer et une table à écrire toute nue, un fauteuil et quatre chaises communes de paille, un petit miroir de toilette, une thèse de satin avec un cadre doré et ancien, une grille à feu de fer, une pincette et un soufflet.

Estimé le tout : 280 livres

— Plus, dans l'antichambre à côté, deux demi-cabinets de peuplier et un cabinet de bois de noïer à quatre battants estimés 24 livres avec deux chaises communes de paille.

Plus dans la chambre au-dessus du salon, une tapisserie verdure contenant cinq aunes trois quarts de verdure Flandre pareil à celle de la Salle et quatre autres de verdure felletin (5), un lit à impériale (6) le dedans d'étoffe à fond blanc encadré avec du satin vert et autre satin blanc avec des bouquets, les grandes et petites pentes de tapisserie de point à fond blanc et des ornements cramoisi (7) sans bonnes grâces (8) les tringles en dessus, les rideaux de cadis (9) vert, la couche composée de deux matelas, lits de plume, traversin, couverte de laine, deux couvrepié et la courte-pointe (10) pareille au dedans du lit, la paillasse, un lit à tombeau (11) dans la dite chambre, le bord garni d'une housse bleu très mauvaise, galonnée autour d'un ruban jaune, d'un matelat, lit de plume, traversin, une méchante couverte d'étoffe ; un grand miroir à chapiteau et bordure de glace avec des ornements dorés, une commode de bois de noïer au-dessous sans garniture, un confessionnal de tapisserie de point à fond rouge, quatre fauteuils aussy de point, bois à la capucine (12), deux chenets de fer garnis de cuivre, une pelle, un soufflet et une chaise commune de paille, une petite table à écrire.

Estimé le tout 600 livres

— Dans la garde robe de la dite chambre, un lit de sangle (13) garni d'un lit de plumes, traversin, couverture de laine, une table à écrire, un fauteuil et une chaise de paille, une autre table à écrire.

Estimé 36 livres

— Dans la chambre où est décédée Mme de Saint Martin, une tapisserie de verdure felletin contenant dix aunes de court, un lit à impériale d'un raz (14) de Sicile à fond brun et quelques bandes de satin rayé, les petites pantes pourvues de tapisserie et parties de satin rouge et blanc, les grandes pantes de tapisserie, la courtepointe pareil au dedans, la couchette garnie d'un matelas lit de plume, traversin, couverte de laine et paillasse ; trois fauteuils et trois chaises de tapisserie de point, une espèce de coffre, quatre chaises de paille communes, un demi-cabinet de noïer, deux chenets de fer garni de cuivre, estimé le tout : 380 livres.

— Dans la chambre des officiers de cuisine, deux lits à tombeau dont l'un garni de bazin (15) brun et l'autre de damas (16) de cauté chaqu'un un matelas lit de plumes, traversin et couverte de laine et paillasse ; un grand cabinet de peuplier et une caisse au-dessus, deux méchantes chaises, un grand coffre en bois de noïer, le tout estimé 130 livres.

— Dans le salon à manger, une tapisserie de cuir doré contenant cinq aunes environ de court sur deux aunes un tiers de haut ; un grand cabinet de bois de noïer, un bas de buffet de peuplié, une grande et une petite table à manger de peuplié avec deux tréteaux une fontaine de fayence avec sa cuvette et support de fer ; deux fauteuils et un écran de tapisserie de point, un fauteuil de paille et neuf chaises de paille communes estimé le tout : 130 livres plus un fauteuil et une chaise de paille : 30 sols.

— Dans l'office une table de bois blanc estimée 40 sols.

— Dans la chambre au bout de l'escalier, un lit de domestique garni d'un matelas lit de plume, traversin, deux méchantes-couvertes de laine, une paillasse et deux petites cassettes.

Estimé le tout 36 livres.

— Dans la cuisine, 8 casseroles et leurs couvercles tant grandes que petites, une casserolle sans queue, une tourtière, une poissonnière, un grand passoir et 2 petits écumoires, 2 marmites de cuivre, 5 couvre plats de fer blanc, 2 poêlions, un four de campagne avec son dessus ; une braisière, 4 flambeaux de cuisine, 5 autres flambeaux, un chaudron de taulle et un petit chaudron de cuivre, une marmitte de fer, un gril, une cuillère à pot de fer, une broche, 2 chenets, une pelle plus 26 plats de fayence, 6 autres plats à feu, 18 assiettes d'étain fin, 5 douzaines d'assiettes de fayence, 200 bouteilles...

Notes :

(1) Ses parents étaient marchands de soie à Angoulème où il était né en lfi63. Il était lieutenant général d'Angoumois, maire en 1693. Laborieux et actif, il acquit en peu de temps Montbron. Marthon, Blanzac, La Rochandry, Clarvaux, etc.

(2) Nom de plusieurs ouvrages de tapisserie.

(3) feuille ae papier ou de satin sur laquelle on imprimait autrefois les thèses, c'est-à-dire les propositions que l'on avance, que l'on soutient.

(4) Edifice de tapisserie ou d'architecture destiné à servir de couronnement à un lit.

(5) Tapisserie.

(6) Pas de définition dans le Larousse.

(7) Rouge foncé, vieux rose.

(8) ?

(9) Tissu de laine étroit et léger.

(10) Couverture de lit rnauée.

(11) ?

(3) feuille ae papier ou de satin sur laquelle on imprimait autrefois les thèses, c'est-à-dire les propositions que l'on avance, que l'on soutient.

(12) Surmonté d'un talon.

(13) Châssis pliant et portatif dont le fond est garni de sangles ou d'une grosse toile.

(14) Sorte d'étoffe de laine ou de soie dont le poil ne paraît point.

(15) Etoffe croisée dont la chaîne est de fil et la trame de coton.

(16) Etoile de soie à fleurs autrefois fabriquée à Damas.

Source : Archives départementales de la Charente — Série E.66 papiers de famille.

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