28 avril 2015

Nicolas de La Brousse, comte de Verteillac, général de Louis XIV

Récit de la vie de Nicolas de La Brousse, élève de Vauban
Première édition : 1735 - Auteur : François Girard

Le comte de Verteillac naquit en 1648, au château de St. Martin en Périgord. Son père après avoir servi s'était retiré dans ses terres pour s'occuper entièrement de l'instruction de la famille : il avait quatre garcons et trois filles, l'aîné prit l'état ecclésiastique. Le comte de Verteillac alors devenu aîné se destina au service ainsi que les deux cadets. Le comte de Verteillac leur père sentit que les avantages du bien et de la naissance sont beaucoup moins considérables que ceux de l'éducation ; la plupart des gentilshommes, n'apprenaient alors qu'à être soldats. On instruisait le jeune Verteillac à être vertueux alors même qu'il n'aurait point d'ennemis à combattre, et on lui inspira tous les principes d'honneur et de raison qui pouvaient l'aider, ou à mériter les faveurs de la fortune, ou à savoir s'en passer avec dignité.

Quand le comte de Verteillac crût avoir suffisamment formé le coeur et l'esprit de son fils, il l'envoya à Paris faire les exercices ; son application et ses succès le distinguèrent bientôt des jeunes gens de son âge, et décelèrent en lui cette envie d'exceller qui annonce les grands talents, et qui l'a caracterisé dans tout le cours de sa vie.

Au sortir de l'Académie, il entra dans les Gardes françaises ; c'était alors comme le noviciat où toute la noblesse de France recevait les premières instructions dans le métier des armes ; à peine y était-il, qu'il en fut tiré n'ayant encore que 19 ans, pour être fait capitaine dans le Régiment Dauphin à sa création. Il servit cette année en Flandre à la campagne de Lille, il fut l'année suivante de l'expédition de la Franche-Comté et on fut si content de ses services qu'à la réforme qui se fait à la paix de 1668, il fut conservé capitaine en pied quoique hors de son rang. Une pareille exception n'est pas une injustice, c'est la récompense due au mérite privilégié.

Ce fut alors que Mr. de Vauban fit les citadelles de Lille, de Tournai, les fortifications d'Ath, d'Audenarde et de Charleroi ; le comte de Verteillac accompagna volontairement partout ce grand homme pour s'instruire à son école : ses amusements pendant la paix étaient un apprentissage de la guerre.

Il fut, en 1670, du camp de St. Germain. Le maréchal de Créquy le commandait et en partit pour la conquête de la Lorraine : Il n'y eut que la Ville et le Château d'Épinal, qui firent quelque résistance. Le comte de Verteillac y fut blessé.

En 1672, il fut aux sièges d'Orloy, de Kimberg, de Kees, de Mevy, d'Osbourg, à la reddition d'Utrecht et au blocus de Maastricht, il fit la guerre presque tout l'hiver sous le maréchal de Turenne. Il tomba dangereusement malade et n'était encore que convalescent alors qu'au commencement de la campagne il joignit l'armée du roi à Courtrai et qu'il alla ensuite au siège de Maastricht. À l'attaque de la contrescarpe, il fut blessé d'un pot à feu qui lui laissa sur le visage toute sa vie une impression d'un rouge vif.

Dans les campagnes de 1673, et 1674, il servit aux sièges de Trèves, de Besançon, de Dole, ou le Régiment Dauphin fait des actions si brillantes qu'à la fin du siège de Dole le roi se fit donner par écrit le nom de tous les officiers de ce régiment, et leur envoya faire des remerciements. Le comte de Verteillac sût se faire remarquer, même au milieu d'une troupe qui se distinguait si fort. Il fut blessé au siège de Dole en trois diverses occasions, le roi lui fit donner trois gratifications, dans un temps où l'usage était de n'en donner qu'une, même pour plusieurs blessures.

Il fut quelque temps malade et servit cependant en 1675, aux sièges de Dinan, d'Huy et de Limbourg.

L'année suivante il eut la survivance de la charge du marquis d'Atis son proche parent et du même nom que lui, c'était celle de capitaine lieutenant des Cent-Suisses de la Garde. On ne la lui accorda qu'à condition que son service militaire n'en serait point interrompu.

Il servit cette même année aux sièges de Condé, de Bouchain et d'Aire, fut ensuite de l'armée que le maréchal de Schomberg conduisit au secours de Maastricht, et sur la fin de la campagne il fut fait major du Régiment Dauphin. L'année suivante, il fut de l'armée qui prit Valenciennes et Cambrai, et servit de major de brigade.

En 1678, il se trouva aux sièges de Gand et d'Ypres, et à la bataille de St. Denis où il fut blessé de deux coups de mousquet.

Il servit en 1679, dans l'armée du maréchal de Créquy. En 1680, il eut l'agrément d'acheter un régiment. Mais sur ces entrefaites étant devenu lieutenant colonel du Régiment Dauphin, tous ses amis lui conseillèrent de ne point sortir d'un corps que le roi honorait d'une faveur singulière et où il avait un grade qui le conduisait à devenir officier général de même que le rang de colonel. Il suivit d'autant plus volontiers cet avis, que tout l'honneur du commandement roulait sur lui : le marquis d'Uxelles colonel de Dauphin était occupé ailleurs par les ordres du roi. Ces mêmes motifs lui firent depuis refuser un régiment qui lui fut offert à la création de ceux de Luxembourg, il y eut plusieurs capitaines de Dauphin qui en obtinrent.

Le comte de Verteillac servit ensuite aux sièges de Courtrai, de Dixmude, et de Luxembourg, et fut de l'armée que le maréchal de Créquy mena contre l'électeur de Brandebourg pour la restitution de la Poméranie.

À la paix le Régiment Dauphin fut envoyé aux travaux de la rivière d'Eure, le roi en fit la revue aux environs de Versailles, il le trouva très beau, mais il parut mécontent d'y voir un officier qui n'était encore qu'un enfant. Le comte de Verteillac dit, que c'était son neveu : je suis persuadé, répondit le roi ( avec un visage d'où le mécontement avait disparu ) que le soin que vous prendrez de le former réparera bientôt ce qui lui manque d'âge.

Le roi lui donna vers ce temps-là une pension de 1500 livres en février 1686. Il fut fait brigadier et employé ensuite dans les camps qui se firent aux environs de Versailles jusqu'en l'année 1688 au mois de septembre de cette même année-là, Monseigneur le demanda pour major général de l'armée qu'il devait commander en Allemagne, et ce fut en cette qualité qu'il servit au siège de Philisbourg, de Frankendal et de Manheim. L'activité et l'étendue de son génie et tous ses talents pour la guerre se développèrent avec tant de distinction dans les opérations de cette campagne, que Monseigneur lui dit en partant de l'armée, qu'il était faché de n'avoir pas son portrait à lui donner, il le pria de porter pour l'amour de lui un diamant dont il lui fit présent, et l'assura qu'il rendrait compte au roi de ses services. En effet, à peine Monseigneur fut-il arrivé à la Cour, que le comte de Verteillac apprit que le roi lui avait donné une nouvelle pension de 3000 livres.

Quelques temps après il fut fait inspecteur général de l'infanterie dans la Basse-Alsace, le Palatinat et les pays conquis par-delà le Rhin, et reçut un gratification de 300 louis.

Le 16 janvier 1689, il arrivait à Heidelberg le jour qu'on y apprit que deux compagnies de dragons et trois du régiment de la reine ( infanterie ) assiégées dans la ville de Berbac sur le Neckar étaient sans pain, et sans munition de guerre, et qu'on n'avait pu ni les secourir, ni les sauver. Mr. le comte de Tessé à la tête de 500 chevaux, et Mrs. de La Lande, et de Gramont, colonels de dragons à la tête de 1200 hommes ( dragons et infanterie ), avaient entrepris de leur porter du secours : ils étaient revenus sur leurs pas n'ayant pu se faire un passage à travers les montagnes couvertes de paysans armés, appelés « chenapans ». Le comte de Verteillac et Mr. de Mélac offrirent de faire une nouvelle tentative, et de partir le lendemain à la pointe du jour, ils ne prirent avec eux que 500 fantassins, et 60 dragons. Ils marchèrent par des sentiers presque inaccessibles, et firent voir combien il est utile aux officiers de s'appliquer à la connaissance du pays, ils laissèrent sur la route 200 hommes en trois postes différents pour assurer leur retraite ; ils passèrent par deux quartiers que les ennemis avaient abandonné à leur approche, arrivèrent vers minuit à Berbac, passèrent le Neckar dans le bac des assiégés, entrèrent dans la ville d'où ils retirèrent la garnison, leur firent repasser le Neckar dans le même bac où ils l'avaient passé, le tout avec tant de diligence que les ennemis qui étaient logés auprès du corps de la place ne s'aperçurent point, et ils rentrèrent le lendemain à Heidelberg avec tout ce qu'ils en avaient emmené d'hommes et tout ce qu'ils en avaient trouvé dans Berbac. Combien l'histoire néglige-t-elle de ces opérations militaires peu considérables par leur objet, et qui ont peut-être été conduites avec plus d'habileté et de courage que les expéditions d'un plus grand éclat.

En 1689, les ennemis se disposèrent au commencement de la campagne à faire le siège de Mayence, le comte de Verteillac eut ordre de s'y jeter, le marquis d'Uxelles était chargé du commandement, M. de Choisy comme gouverneur et maréchal de camp et le comte de Verteillac comme le plus ancien brigadier devaient commander immédiatement apres lui. Le duc de Lorraine accompagné de l'électeur de Bavière, de l'électeur de Saxe et de plusieurs autres princes à la tête d'une armée de 60 mille hommes en forma le siège avec cent pièces de canon. La place était fort mauvaise. Cependant cette armée si puissante commandée par l'un des plus grands généraux de l'Europe, après 49 jours de tranchée ouverte, n'avait pas encore pu s'emparer du chemin couvert ; mais avant de l'avoir perdu, on fut obligée de capituler parce qu'on manquait de poudre. L'ennemi accorda la capitulation telle qu'on la voulut ; le comte de Verteillac eut beaucoup de part à l'honneur d'une si vigoureuse résistance. Son activité et sa valeur le portaient partout, il n'y a point de relation de ce siège qui n'en fasse foi. Le prince de Lorraine qui savait distinguer le mérite et l'honneur jusque dans ses ennemis, voulut quand la garnison française sortit, parler au comte de Verteillac, il l'embrassa plusieurs fois, le combla d'éloges, et lui donna toutes les marques de l'estime la plus flatteuse. La gloire de cette belle defense a été obscurcie pendant quelque temps, parce que le marquis d'Uxelles qui voulait assurer sa fortune, en dût-il coûter à sa reputation, aima mieux soutenir en silence le reproche d'avoir été trop prompt à se rendre que d'accuser M. de Louvois de l'avoir laissé manquer de poudre.

Après la reddition de Mayence, le comte de Verteillac joignit l'armée de M. de Duras près de Landau ; de là il fut envoyé commander à Neustadt.

Les divers commandements, dont il fut chargé, l'empêchant de pouvoir remplir les fonctions de lieutenant colonel du Régiment Dauphin, il jugea n'en devoir plus conserver l'emploi ni jouir de trois cent louis d'appointement qu'il lui rapportait ; son désintéressement allait en toute occasion jusqu'au scrupule. Il renvoya sa commission au marquis d'Uxelles, la Cour ne l'a voulut pas recevoir, il eut ordre d'aller au Montroyal servir en qualité de brigadier d'inspecteur général d'infanterie et des travaux sous M. le comte de Montal lieutenant général.

Monseigneur avait été trop content des services du comte de Verteillac en 1688 pour ne pas vouloir qu'il fut encore major général de son armée en 1690. Il lui fit donner à la fin de la campagne une gratification de 400 louis.

Pendant l'hiver le comte de Verteillac fut envoyé à Ypres et dans toute l'étendue du pays situé entre le Lys et la mer ; ce commandement n'avait pas encore été donné qu'à des lieutenants généraux et renfermait 7 ou 8 places assez mal fortifiées, c'était l'endroit faible par où l'on craignait que l'ennemi n'entamât nos frontières. Le comte de Verteillac non seulement les garantit, mais étendit même nos contributions fort loin.

Il eut ordre en 1691 de venir servir au siège de Mons que le roi prit en personne. Le gouvernement en fut brigué par tous les officiers généraux qui se crurent assez de faveur pour l'obtenir, des maréchaux de France même le demandèrent, cette ville devenait la plus importante de nos places de guerre, on se préparait à y mettre une garnison de dix mille hommes d'infanterie et de quatre milles de cavalerie, le gouvernement du Hainaut y était attaché avec plus de 40 mille livres de rente. Le comte de Verteillac n'était encore que brigadier. Qu'elle fut la surprise quand le roi lui dit, qu'il le nommait gouverneur de Mons, et du Hainaut ? Le roi ne fut guère moins surpris quand il trouva le comte de Verteillac plus sensible au chagrin de se voir à son âge renfermé dans une place, que flatté de la grâce qu'il lui faisait en lui confiant un gouvernement de cette conséquence. S. M. ne lui fit pas mauvais gré de penser ainsi : elle eut même la bonté de trouver un expédient pour concilier la grâce qu'elle lui faisait avec les services qu'il avait envie de lui rendre : ce fut de lui promettre de l'employer dans les armées toutes les fois que sa présence ne serait pas nécessaire à Mons.

Peu de temps après le comte de Verteillac fut maréchal de camp, et conformément à la promesse que le roi avait bien voulu lui faire, il reçut ordre de servir en cette nouvelle qualité au siège de Furnes sous Mr. de Boufflers qui l'avait demandé. Il y porta cette activité ardente et ingénieuse qui l'accompagnait partout, et qui hâte si fort le succès des entreprises les plus difficiles. Il contribua beaucoup à la reprise de cette place. Le marquis de Ximénès lieutenant général avait eu ordre de venir commander à Mons en l'absence du comte de Verteillac, et il en sortit des que M. de Verteillac y entra.

Le roi en 1691 ouvrit la campagne plutôt par des fêtes galantes que par un appareil de guerre. Les princesses et toutes les dames de la Cour étaient à Mons. Deux armées campaient aux environs et ne semblaient être destinées qu'à offrir des spectacles aux Dames. Le comte de Verteillac qui avait toujours fait une grande dépense, l'augmenta si considérablement en cette occasion, qu'il justifia ce que disait un général romain, qu'un « homme destiné au grand par la nature sait être aussi magnifique que brave ».

À la fin de cette campagne, S. M. créa des charges de lieutenants de roi dans les provinces. Le comte de Verteillac eut celle du Périgord.

Enfin, le comte de Verteillac touchait au jour le plus glorieux de sa vie et celui qui devait la terminer. J'en emprunterai le récit de M. de Quincy lieutenant général d'artillerie.

« Le maréchal de Luxembourg qui commandait l'armée de France méditait des entreprises importantes et se trouvait hors d'état de les exécuter, parce que son camp souffrait depuis longtemps une extrême disette de vivres et d'argent. Il avait à Mons un convoi de sept cent charriots de bled, et de dix charettes d'argent, mais la difficulté était de le faire passer à la vue de la garnison considérable que l'ennemi avait dans Charleroi. Le prince d'Orange l'ayant affaiblie par plusieurs détachements, le maréchal de Luxembourg voulut profiter de cette conjoncture, et ne soupçonnant point d'artifice dans la conduite du général ennemi, il manda au comte de Verteillac qu'il s'agissait du salut de l'armée, qu'il ne croyait le convoi en sûreté qu'entre ses mains, et quoique le roi lui eut défendu depuis quelque temps de découcher de sa place, qu'il prenait sur lui la désobéissance ; cette lettre était accompagnée d'un ordre de remettre le convoi au comte de Guiscard, lieutenant général et gouverneur de Namur, qui devait le recevoir à Beaumont, et de rester auprès de lui avec toutes les troupes, si Mr. de Guiscard le trouvait nécessaire. Le comte de Verteillac sortit de Mons la nuit du 2 juillet avec 600 chevaux, et un gros corps d'infanterie, il conduisit le convoi jusqu'à Beaumont, et le remit au comte de Guiscard, qui l'y attendait avec le régiment de Rassant ( cavalerie ), ceux de dragons de Bretoncelle, et de Breteuil, la compagnie franche des dragons de Rodrigues del Frante italien, un bataillon de Bourbon commandé par le marquis de Vieux Pont ; un bataillon suisse que commandait Mr. de Belleroche, et un détachement de la Mark. On fit parquer les chariots, et le comte de Verteillac ayant fait rafraîchir ses troupes, reprit avec inquiétude le chemin de Mons, parce qu'on avait lieu de croire que l'ennemi y voulait pénétrer. Il etait deja aux portes de Mons, lorsqu'il reçut un courrier du comte de Guiscard, qui le priait de revenir au plus tôt sur ses pas, parce que le baron du Puis général hollandais marchait à lui. Le comte de Verteillac laissa à Mons son infanterie, qui ne pouvait pas fournir à une marche si vive, et il arriva à Beaumont vers minuit, avec les régiments de Lagny, et Savary ( cavalerie ), on fit déployer le convoi avant la pointe du jour ; quand on eut passer le défilé de St. Lenrieux, les ennemis parurent sur la hauteur, et se mirent en bataille, il y avait 19 escadrons de cavalerie, un détachement de cuirassiers de l'électeur de Bavière, un tercio espagnol, commandé par Mr. de Pinaiente, beaucoup d'infanterie et tous les volontaires de Charleroi ( gens très aguerris ). Le prince d'Orange qui avait compris de quelle utilité il ferait pour lui d'enlever le convoi qui était à Mons, avait fait la feinte d'affaiblir la garnison de Charleroi, se doutant bien que le maréchal de Luxembourg saisirait ce moment pour le faire passer, et il avait donné au baron du Puis homme d'une grande experience, l'élite de ses troupes pour l'enlever dans le passage. Cependant le comte de Guiscard croyait pouvoir éviter le combat, mais le comte de Verteillac jugea que les ennemis ne s'étaient pas avancés avec tant de force, et mis en ordre de bataille pour ne rien entreprendre, il opina pour commencer l'attaque quoique fort inférieur en nombre, plutôt que de se laisser attaquer avec désavantage ; on forma deux lignes, la première composée de 4 escadrons de Rassant, du régiment de Breteuil, et de celui de Savary, faisant en tout 9 escadrons, Mr. de Lagny était en 2e ligne avec deux escadrons de son régiment, et deux de Bretoncelle. L'ennemi occupait le même front que les français, et avait disposé les troupes sur trois lignes. Le comte de Verteillac voyant qu'il n'y avait que par un effort extraordinaire de valeur, qu'on put suppléer à l'inégalité du nombre, décida qu'il fallait essuyer la première décharge de l'ennemi, et aussitôt marcher à lui l'épée à la main. Ce qui fut exécuté si heureusement et avec tant de bravoure, que la 2e et la 3e ligne des ennemis furent enfoncées, menées battant plus qu'une grande lieue, sans qu'on eut besoin des troupes de notre 2e ligne. Une partie de l'infanterie ennemie qui était dans le village de Bossu voyant toute la cavalerie battue prit le parti d'en sortir. Elle traversa la petite plaine en très bon ordre et se retira par le même bois par lequel elle avait débouché sans qu'on put l'entamer. Pour la cavalerie ennemie elle fut très maltraitée, il en resta 800 hommes sur la place, on fit 200 prisonniers, le reste se retira avec une extrême diligence à Charleroi. Cette action acquit beaucoup de réputation aux troupes qui s'y trouvèrent. Tous les officiers y marquèrent une extrême valeur, surtout le comte de Verteillac qui y perdit la vie, après avoir donné des preuves d'un courage, et d'une conduite digne des plus grands éloges. Il avait été blessé considérablement à la hanche au commencement du combat, et il ne voulait jamais se retirer qu'il ne vit le convoi en sûreté. Il reçut dans la décharge des fuyards un coup à la tempe dont il mourut sur le champ ; le lendemain le convoi arriva à Namur, et mit le maréchal de Luxembourg en état d'agir offensivement le reste de la campagne, de donner la bataille de Nervinde, et de prendre Charleroi ».

Le corps du comte de Verteillac fut rapporté à Mons, et enterré dans l'église des jésuites avec une pompe militaire, moins honorable pour lui que les regrets marqués sur tous les visages. Le recteur des jésuites prononça son oraison funèbre, et on lui érigea un mausolée de marbre où se voit son épitaphe.

Le comte de Verteillac touchant aux plus grands honneurs de la guerre, aimé et estimé de son maître, périt ainsi à la fleur de son âge, dans une action importante par ses suites, dont le succès lui était dû, et où il avait deployé tout ce que les vertus militaires ont de plus brillant.

Il s'était trouvé à 10 batailles, et à 27 sièges, il se distingua toujours par la valeur, par une activité infatigable dans le service, par une attention à faire observer exactement la discipline, par le talent de savoir prendre son parti, et de conserver la présence d'esprit au fort de l'action.

Le comte de Verteillac possédait si éminemment toutes ses qualités, que le roi dit après sa mort à madame de Verteillac, qu'il avait perdu dans le comte de Verteillac le meilleur officier d'infanterie qu'il eut eu depuis le maréchal de Turenne. Un éloge si flatteur aurait été suspect d'exagération dans toute autre bouche que dans celle de Louis XIV.

Pendant tout le temps qu'il a été gouverneur de Mons, il n'a pas passé six nuits entières dans son lit, on lui a reproché un peu trop d'inquiétude, mais il se trouvait chargé de la garde d'une place qui était l'objet de la jalousie de tous les ennemis du roi, sur laquelle on formait tous les jours de nouvelles entreprises, et qui était peuplée d'habitants entièrement dévoués à l'Espagne. Il était d'ailleurs pénétré d'une maxime qu'il répétait souvent : c'est qu'on s'expose à manquer des précautions nécessaires, lorsqu'on n'en a pas quelque fois d'inutiles.

Cette valeur si brillante, cette vigilance si active, décelent d'ordinaire une vive ambition, passion impérieuse qui s'associait les vices et les vertus, et qui quelque fois les maîtrise.

Le comte de Verteillac semblait ignorer l'usage de tous les plaisirs, rien ne paraissait avoir d'agrément pour lui, que ce qui pouvait l'aider à mériter les honneurs militaires. Ses moments même de loisir il les consacrait à la guerre, il était parfaitement instruit de l'histoire de tous les plus grands capitaines, de leurs vertus, de leurs exploits, de leurs fautes même plus instructives que leurs succès.

Cet homme si livré à l'ambition était encore plus homme d'honneur qu'ambitieux. Les instances de sa famille lui fitent prendre en 1685 la résolution de se marier ; il trouva dans mademoiselle de St. Gilles, ce qu'il pouvait désirer pour un établissement, du mérite, de l'esprit, de la noblesse, des alliances, elle a eu un bien considérable ; des raisons de convenance avaient plus de part à cet engagement que l'amour ; quand les paroles d'honneur eurent été réciproquement données, le comte de Verteillac en alla faire part à Mr. de Louvois. Ce ministre craignit que le mariage ne ralentit l'activité d'un officier qu'il croyait si utile au service du roi ; il y marqua une très forte opposition. Le comte de Verteillac sentit combien la resistance à un ministre si impérieux pouvait lui faire tort : il lui déclara cependant qu'il manquerait plutôt à la fortune qu'à la parole. Mr. de Louvois renouvella inutilement ses instances. Enfin il se restreignit à tirer promesse de lui qu'il n'en servirait pas le roi avec moins d'ardeur qu'avant son mariage, et il jugea que la fidélité que le comte de Verteillac marquait à ses engagements était un bon garant de l'exactitude avec laquelle il remplirait celui qu'il prenait avec lui.

Son humanité était égale à sa probité. Après la bataille de Steinkerque on mit dans Mons 700 officiers blessés, il ne se passa aucun jour que le comte de Verteillac ne les visitât tous, et il fit une dépense considérable pour leur procurer toute sorte de secours. Il fut à sa mort regretté dans son gouvernement comme le père commun du soldat, et du peuple, il avait su se faire aimer du soldat et le contenir dans le devoir, protéger un peuple, secrètement attaché à l'Espagne, et s'en faire craindre.

Jamais personne n'a porté plus loin que lui le désintéressement, jouissant de plus de 50 mille livres de rentes des bienfaits du roi, gouverneur d'une province nouvellement conquise, il est mort moins riche qu'il n'était né.

S'il reçut des biens du roi, il les consacra au service de ce prince. Les vertus qui forcent à l'estime ne sont pas toujours unies à celle qui concilient l'amitié. Le comte de Verteillac les rassemblait toutes, et comme il n'y avait point de général qui ne souhaitât de l'avoir pour second, il n'y avait point de particulier qui ne souhaitât de l'avoir pour ami.

Peu attentif à conserver pour lui son crédit, il semblait vouloir l'épuiser pour tous les hommes de mérite qui en avaient besoin ; plusieurs soldats de fortune lui ont dû leur élévation.

Ami solide, bon mari, bon parent, bon maître, il a toujours été fidèle à ses devoirs qui font comme la pierre de touche de l'honnêteté homme par le peu d'interêt que la vanité y prend.

Sa vivacité naturelle était extrême, on ne s'en apercevait guères dans l'intérieur de sa famille que par les efforts qu'il faisait pour la contenir ; il a même toujours maîtrisé son humeur et mesuré ses discours au point qu'il ne s'est jamais battu en combat singulier, mérite rare pour ces temps-là dans un homme d'une vivacité aussi grande, et d'une valeur aussi décidée.

Le comble de la vertu est de mériter la louange et de ne l'a point désirer. Cette grandeur d'ame n'a jamais été en un degré plus élevé que dans le comte de Verteillac ; on a de lui quelques mémoires de ses campagnes, il ne s'y étend que sur le mérite de ceux avec qui il a servi, prodigue de louanges à leur egard, il semble être injuste au sien, à peine croirait-on qu'il eut été présent à des actions, ou l'Histoire lui donne une part considérable.

Il avait l'esprit infiniment vif, et pénétrant, aussi capable de former des desseins que de combiner les details qui peuvent en faciliter l'execution, et en assurer le succes, il pensait finement, et s'exprimait avec grâce, les mémoires qu'il a laissé quelqu'abrégés qu'ils soient, sont écrits d'un style concis, clair, et noble et justifient qu'il etait né aussi capable d'écrire des choses qui méritassent d'être lues, que d'en faire qui méritassent d'être écrites.

Son tempérament était robuste et propre à féconder son activité, et son ardeur dans le métier des armes : il portait dans les yeux et sur le visage ces lettres de recommendation que la nature ne refuse guères à ceux dont elle a avantagé l'esprit et le cœur.

Ses frères et ses soeurs par les alliances qu'ils prirent, augmentèrent le nombre de celles qu'ils avaient déjà avec la plus ancienne noblesse du Périgord. Tous ont laissé postérité.

Sa veuve a épousé en secondes noces le comte d'Hautefort, lieutenant général des armées du roi, gouverneur de St. Malo. De plusieurs enfants qu'a eu le comte de verteillac il n'est resté qu'une fille mariée à son cousin germain, le comte de Verteillac, gouverneur et sénéchal de Périgord.

Fin.

M5020_LP_45A_036A_04 illustration : gravure conservée au château de Versailles.

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Thibaud de La Brousse, seigneur d'Athis, conseiller d'État

Thibaud de La Brousse, écuyer, le plus jeune des fils de Thibaud Ier, sieur de Rubeyroles, naquit en 1575 et devint en 1630 seigneur d'Athis; il fut marié, le 21 juillet 1615, par contrat passé devant Bassinette, notaire à Verteillac, à Dauphine de Ladoire du Mayne dont il eut plusieurs enfants. Il était déjà, lors de son mariage, enseigne des gardes du corps, emploi dans lequel il venait de succéder à son frère Thibaud de Puyrigard.

Le 16 octobre 1616, il reçut une commission du roi pour se rendre sur-le-champ à la Rochelle. De graves différends et d'aigres altercations s'étaient élevés entre les maire, échevins et habitants de cette ville, et le duc d'Épernon, gouverneur de la province.

La cour craignait que l'on se portât de part et d'autre à des voies de fait. Thibaud fut chargé de faire aux deux partis commandement, au nom du roi, de n'entreprendre aucune chose par ladite voie de fait, et défense de faire pour ce aucunes assemblées, ni levées de gens de guerre.

Il s'acquitta de cette mission avec une fermeté qui en assura le succès.

Le 26 novembre de la même année, il reçut du roi une commission pour opérer la démolition des clôtures et fortifications du château de Rochefort.

Le 28 du même mois, il reçut une autre commission du roi pour faire sortir du château de Surgères les gens de guerre qui l'occupaient et de le garder sous l'autorité de Sa Majesté jusqu'à ce qu'il en eût été autrement ordonné.

Thibaud avait obtenu, le 20 mai 1617, des lettres de Committimus qui l'autorisaient à porter devant la cour des requêtes du Palais, à Paris, toutes actions contre ses débiteurs de dix livres et au-dessus, avec défenses aux tribunaux ordinaires d'en connaître.

Le 18 février 1619, il reçut une commission du roi à l'effet de se transporter le plus diligemment que faire se pourrait ès provinces de Limousin, Périgord, Angoumois et autres lieux circonvoisins desdits pays, pour faire commandement, de par sa Majesté, à tous ceux qui se trouveraient assemblés levés en armes, soit seigneurs, gentilshommes ou autres, de, se séparer incontinent et de se retirer en leurs maisons, avec inhibition et défenses de faire ci-après lesdites assemblées, ou lever aucuns gens de guerre sans avoir commission expresse signée du roi, contresignée d'un secrétaire d'Etat et scellée du grand sceau.

En récompense de ses services il avait été gratifié, le 26 mars 1619, d'une charge de l'un des cent gentilshommes ordinaires du roi, compagnie du seigneur de Crévant.

Le roi l'honora, le 29 janvier 1620, de son ordre de Saint-Michel, dont le cordon lui fut conféré par les mains du comte de Tresmes. En 1621, Sa Majesté lui confia le commandement du château Trompette, à Bordeaux, dont les maires et jurats lui conférèrent le droit de bourgeoisie le 12 octobre de l'année suivante. Une commission du roi, du 24 juillet 1621, lui fut donnée pour faire démolir les fortifications qui avaient été élevées autour de la place de Montflanquin. La reine Marie de Medicis, mère de Louis XIII, lui confia, le 10 juin 1623, le commandement des ville, château et faubourgs de Saumur; il obtint, le 30 mai 1626, le brevet de lieutenant français dans la compagnie des Cent-Suisses de la garde du roi, en remplacement du sieur de Contades; et, le 26 juin 1629, celui de conseiller, maître d'hôtel ordinaire du roi, qui lui accorda, le 9 décembre suivant une pension de 1,500 livres. Dans ce brevet, il est qualifié capitaine-lieutenant et prit, à dater de cette époque, la qualification de seigneur d'Athis dans les actes et, plus tard, celle de baron d'Athis. Dans une pièce du 23 juillet 1631, rappelant une fondation faite par lui à Nontron, il est déjà qualifié de seigneur d'Aras et il y est dit qu'il veut être enterré lui et les siens, à Nontron, sous le maître-autel de l'église des Frères mineurs; il maintint cette clause dans un autre acte du 14 février 1654.

Le même roi Louis XIII lui demandait en mariage, en 1659, pour un sieur de Montesson, sa fille Jeanne, dont l'union projetée avec un de Taleyrand, comte de Grignol, n'avait pas eu lieu.

Il fut nommé, sous le règne suivant et pendant la régence de la reine Anne d'Autriche, le 14 juillet 1643, conseiller aux conseils d'Etat et privé. Le 15 novembre de la même année, se trouvant malade à Périgueux, il y déposa chez de la Barre, notaire, son testament écrit sous sa dictée par un sieur Alexandre. Le 15 juin 1655, lui et son fils traitèrent, en faveur de ce dernier, de la charge de lieutenant dans la compagnie des Cent-Suisses, dont était pourvu le sieur de Chambort; et, le 10 juillet suivant, le roi lui accorda une pension de 2,000 livres, dont le brevet fut enregistré au contrôle général des finances le 24 décembre, et à la chambre des comptes le 17 janvier 1656. Enfin Thibaud, son fils, non encore émancipé et par lui spécialement autorisé à cet effet, accepta, en 1658, l'affectation hypothécaire faite par Louis du Plessis de la Merlière, d'une somme de 10,390 livres, résultant d'une obligation du 2 avril 1655. Il survécut peu de temps à ce dernier acte, mourut dans son château de Verteillac en Périgord, le 7 septembre 1658, et fut enterré à Verteillac, bien qu'il eût établi, dans deux actes de fondation de 1631 et 1654, qu'il voulait qu'il fût dressé trois vases ou tombeaux devant le grand autel de la grande église de Nontron, et qu'il y eût également fondé des messes à perpétuité pour lui, ses prédécesseurs et ses successeurs.

A l'extérieur, Thibaud fut souvent employé dans des négociations importantes et spécialement lors du mariage du roi Louis XIII.

Source : de La Brousse de Verteillac... seigneurs de la Tour-Blanche de La Brousse... marquis d'Athis, comtes, puis marquis de Verteillac, Impr. Jules Boyer (Saint-Ouen).

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24 avril 2015

Un pharmacien devenu viticulteur

Un pharmacien devenu « viticulteur » : Jean Fougerat – 1863-1932.

Jean Fougerat est né le 18 avril 1863 à Saint-Mary, dans le canton de Saint-Claud, au sein d'une modeste famille d'agriculteur. Devenu orphelin, il est élevé aux frais de son oncle qui l'inscrit au lycée d'Angoulême. Une fois bachelier, il poursuit ses études à la faculté de Bordeaux et devient licencié ès-Lettres et diplômé de pharmacie. Quelques années plus tard, il se retrouve à Toulouse pour diriger des travaux pratiques à la faculté de médecine. Rapidement déçu, il gagne Paris où il achète une pharmacie. Par ses nombreux contacts avec des physiciens et des chimistes français et étrangers, il s'investit dans la recherche. En 1894, il découvre la formule d'un sirop antitussif qu'il appelle Rami. En deux ans, le médicament obtient un succès retentissant, ce qui lui permet d'ouvrir une usine à Levallois puis à Milan et à Barcelone, des succursales en Allemagne et en Autriche. À 40 ans, il détient une solide aisance financière et une grande célébrité.

Cependant, il ne renie pas ses origines charentaises. En 1897, son cousin germain, Henri Rambaud lui demande de consacrer une partie de sa fortune à la reconstitution du vignoble charentais. Jean Fougerat investit dans les terres abandonnées par les agriculteurs ruinés par le phylloxéra. Il achète des propriétés à Bois-Charente sur la commune de Graves, à Bourg-Charente, au Chillot près de Saint-Preuil et s'offre le domaine de la Chapelle à Champmillon près d'Angoulême. À Lignières-Sonneville, entre 1898 et 1901, plusieurs hectares de terres sont acquis à Bois Barit aux Justices. Ses propriétés de Sologne deviennent des espaces de chasse. En 1906, il se retrouve à la tête d'un vignoble de 350 ha, produisant chaque année 22 000 hl de vin et 3 000 hl d'eaux-de-vie.

Cette prodigieuse ascension d'un homme extérieur au vignoble cognaçais dérange les maisons de commerce de Jarnac et de Cognac. Son désir de s'impliquer dans la vie politique cognaçaise ne lui favorise pas l'ouverture commerciale. Alors, ne pouvant négocier ses récoltes, il s'engage dans d'importantes campagnes de distillation et de stockage au Chillot sur la commune de Saint-Preuil, à Bourg-Charente et à Champmillon ; il y fait construire des chaudières et des fûts s'entassent dans d'immenses chais surveillés par une centaine d'employés. Sur la commune de Graves, à Bois-Charente, il réalise une station viticole où ses collaborateurs préparent les plantations des futurs vignobles et améliorent les procédés de distillation. Ses revenus inquiètent le négoce de Cognac dans la mesure où un personnage jusqu'alors inconnu peut réussir sans commercialiser sa production. Devenu riche, il lui manque l'accès à la notabilité régionale, il pense l'obtenir par la politique, mais le négoce ne lui laisse aucune chance, il subit un cuisant échec électoral dans le Cognaçais. Humilié, il se replie vers l'action sociale et se fixe en Angoumois. Sans charge de famille, il distribue de nombreux avantages financiers à ses employés et protège les mères de famille de Charente. La ligue des familles nombreuses d'au moins quatre enfants du canton de Hiersac où il est conseiller général, reçoit de nombreux subsides ; le président de l'association, père de douze enfants est largement récompensé.

Lorsqu'il décède le 31 mars 1932, ayant bien vécu grâce aux revenus du sirop Rami, il est à la tête d'une fortune évaluée à 120 millions de francs. Sans héritier, il lègue une rente à ses serviteurs, ouvriers et employés, ainsi qu'aux familles nombreuses attachées à la terre des cantons de Châteauneuf et Hiersac. Le reste de ses biens revient au Bureau de Bienfaisance de la ville d'Angoulême, afin d'affirmer son indépendance vis-à-vis du monde viticole cognaçais. La ville doit s'engager à construire un hospice et dans le parc de Bois-Charente, près de son centre de recherches viticoles, un monument de marbre rouge à la gloire de la viticulture charentaise lui servira également de tombeau. Maître Jobit, avocat à la cour d'appel de Paris, exécuteur testamentaire veille à la réalisation des volontés de Jean Fougerat. Des sculpteurs parisiens sont chargés de la décoration de l'édifice. Le transfert de la sépulture en terre charentaise s'effectue le 27 avril 1934, en présence des autorités préfectorales de Cognac et d'Angoulême, du maire du chef-lieu de département et d'une foule nombreuse. Les journaux départementaux, Le Matin Charentais et La Charente réalisent un reportage précis de la cérémonie tandis que l'Indicateur de Cognac ignore l'événement.

Des Charentais, meneurs d'hommes, disposant aussi de moyens financiers furent les artisans de la reconstitution partielle du vignoble. Une vingtaine d'années de persévérance débouche sur une belle récompense. Par la durée de l'épreuve, la vie agricole régionale en sort totalement bouleversée. Les étendues en vigne sont plutôt réduites et localisées principalement dans le Cognaçais. Le renouveau du vignoble souffre aussi de la nouvelle situation économique de la fin du siècle.

Source : Le cognac à la conquête du monde, de Gilles Bernard.

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23 avril 2015

Pierre Regnauld contre Anne-Françoise Arnauld

Acte reçu par Jean Bernard, notaire royal à Angoulême. 19-21 janvier 1765.

Procès-verbal de l'état de démeublement de la maison d'Anne-Françoise-Catherine-Marie Arnauld, ce requérant Pierre Regnauld, chevalier de la Soudière, son mari, ancien brigadier des gardes-du-corps du Roi, chevalier de St-Louis, seigneur de Goué, demeurant au logis dudit lieu, paroisse de Mansle ; conformément à l'ordonnance obtenue en raison de la plainte qu'il a formée contre les volences de sadite femme et de certains cuidams, ses « complices ». Mme Arnauld expose qu'elle a épousé le chevalier de la Soudière à 25 ans, étant veuve depuis 7 ans de M. Arnaud de Viville : elle avait vécu pendant son veuvage à Paris où l'attiraient ses parents dont quelques-uns ont l'honneur d'être parmi les premiers membres du Parlement. Sa fortune était de 10.000 livres de rente provenant de M. et Mme Guiot de Chêne, ses aïeuls maternels, et de M. et Mme Arnauld de Bouex, ses parents. M. de la Soudière âgé de 48 ou 49 ans au moment de son mariage « n'avoit pour touts biens et pour toutte ressource qu'une bandoullière de garde du Roy » ; sa femme, cependant, ne stipula point de propres dans leur contrat, et lui fit même donation de tout ce dont elle pouvait disposer. M. de la Soudière la détermina à habiter l'Angoumois, se fit donner procuration par elle, et dans trois voyages à Paris réalisa près de 150.000 livres dont il n'employa que 26.000 ou 27.000 à payer une partie du fief de Goué acquis moyennant 54.000 livres : le surplus fut dissipé au jeu, « au plaisir de table », etc. Il fut établi, à la fin de 1762, qu'il avait, en neuf ans, dépensé 14.900 livres de rente, 154.000 livres de principal, et fait plus de 60.000 livres de dettes : une séparation de biens à l'amiable fut alors décidée. Mais M. de la Soudière changea bientôt d'avis ; il alla jusqu'à vendre les meubles, vêtements et bijoux de sa femme aux fripiers d'Angoulême et de Bordeaux. Celle-ci, était réduite à demander au parlement, au mois d'avril 1764, une provision pour la faire vivre avec les deux enfants de son premier mariage ; M. de La Soudière avait gardé ses deux filles. Un arrêt de septembre 1764 condamnait son mari à lui payer 6.000 livres et à lui rendre ses vêtements et ses bijoux : il « répandit partout qu'on ne lui ôteroit les meubles et la jouissance du fief de Goué qu'après qu'il auroit arraché la vie à son épouse, à ceux qui seroient chargés de le contraindre, ou qu'il l'auroit perdue lui-même ». Maintenant, elle était accusée de vol pour avoir transporté de Goué à Angoulême, au moment où devait se faire leur séparation à l'amiable, quelques meubles et de l'argenterie ! « La dame de la Soudière auroit peut-être soutenu jusqu'à la fin le sacrifice de sa fortune entière, même de sa vie ; mais une foulle des créanciers qu'il faut satisfaire une diffamation publique, ne lui permettent plus déménagements. Ce qui auroit été auparavant prudence et générozité lui dégénéroit actuellement en crime : elle aura la satisfaction de n'avoir publié elle-même la conduitte de son mary que parce qu'il l'y a forcée, et que les sentiments d'honneur l'ont absolument exigé d'elle ».

Source : Archives départementales de la Charente.

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05 avril 2015

Arnauld de Chesne et sa famille

A propos de la cloche donnée à l'église de Champoulet par le lieutenant Arnauld de Chesne, voici quelques mots sur sa famille :

Jean-Noël Arnauld, seigneur de Chesne et de Saint-Ezoges, lieutenant des maréchaux de. France en la sénéchaussée et siège présidial d'Angoulême, avait recueilli la terre de Chesne, située près de Rogny et de Châtillon-sur-Loing, dans la succession de sa mère Catherine-Angélique Guyot, épouse de Noël Arnauld de Bouëx, le fameux maître des requêtes qui instruisit l'affaire de Cartouche. Celle-ci la tenait de Nicolas Guyot, seigneur de Chesne, avocat au Parlement, secrétaire du roi maison et couronne de France et de ses finances, son père, marié à Antoinette Le Pelletier, mort en 1733.

Jean-Noël Arnauld témoigna un vif attachement à l'église de Saint-Ezoges, qui était située dans sa seigneurie de Chesne. Il servait une pension de cent écus au curé Le Cavelier, qui, grâce à ses largesses, put décorer l'église et y approprier deux chapelles.

Le grand-père de Jean-Noël, auteur de la branche de Bouëx, Jean Arnauld, lieutenant particulier en la sénéchaussée et siège présidial d'Angoumois, maire d'Angoulême, fut assassiné, près d'Orléans, par un sieur Raymond. En décembre 1698, un jugement du Tribunal de votre ville condamna le meurtrier à 1.000 livres d'amende, dont moitié pour la paroisse sur laquelle avait été commis le crime et moitié pour celle de Saint-André d'Angoulême, à l'effet de fonder une messe à perpétuité ; à une indemnité de 60.000 livres envers la famille de la victime et à la publication de cette sentence à 200 placards. Ces faits résultent d'une correspondance dont j'ai eu communication, mais qui n'est plus à ma disposition.

A. Dujarric-Descombes, vice-président de la Société historique et archéologique du Pèrigord.

(Société archéologique et historique de l'Orléanais, 1916)

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Branche des Arnauld de Bouëx

I. — Jean Arnauld, fils aîné d'autre Jean Arnauld, fut l'auteur de la branche de Bouëx. Il conserva la mairie d'Angoulëme qu'avait son père lors de sa mort; il en fut jugé digne, quoique fort jeune encore, et il la garda jusqu'en 1686. Il fut conseiller du roi, lieutenant particulier au siège présidial d'Angoumois. Il avait acquis la réputation d'être fort habile, actif et soigneux dans les affaires. En 1693 il se présenta de nouveau pour remplir la charge de maire d'Angoulême en concurrence avec Chérade. Mais victime de plusieurs dénonciations, il fut éconduit. Il fut tué traitreusement par le sr de Roismond, qui l'attaqua près d'Orléans, sur le chemin de Paris d'où il revenait. Le refus que nos rois ont toujours fait d'accorder la grâce de ce meurtrier, malgré sa noble origine et la puissance de ses protections, est un trait de justice qui mérite de trouver place dans leur histoire. Le 24 mai 1683, il fit l'acquisition du château et de la terre de Bouëx (près Angoulême), avec tous ses droits de justice, et telle qu'elle avait été donnée, en 1452, à Jean de Livenne par François de Roye de Larochefoucault, comte de Roussy, sr de Marthon. Il épousa Jeanne Dexmier de Chenon, dont trois enfants : 1° Arnauld de Bouëx qui suit; 2° Mme de Charras, épouse du marquis de la Laurencie Charas; 3° Mme de Chenon, épouse de Charles-César Dexmier, marquis de Chenon, lieutenant-général d'épée de la province d'Angoumois.

II. — Arnauld de Bouëx, sgr de Bouëx, Mère, Vouzan, Les Bournis, La Bigrie, enclaves de Garat, maitre des requêtes, conseiller particulier du roi en tous ses conseils, fut un des hommes les plus remarquables de son époque. A vingt-huit ans il était conseiller au parlement et à vingt-neuf ans maître des requêtes. Il fut très remarquable dans la grande affaire de Cartouche et de ses complices, affaire dont il était le rapporteur. Très en faveur auprès de Mme de Prie, maltresse du régent, il se rangea de son parti contre le Blanc, ministre de la guerre, et partageant la mauvaise fortune de Mme de Prie, il fut exilé dans sa terre de Bouëx, où il resta jusqu'à sa mort, 1749. Il avait épousé Mlle Guyot de Chenizot, fille du célèbre avocat au Parlement. Il en eut : 1° Arnauld de Chesne, qui suit; 2° Arnauld de Méré, chevalier, sgr de Mère, qui mourut sans être marié, laissant sa fortune à M. de Vouzan, son frère, et à Mlle de Viville, sa sœur; 3° Arnauld de Vouzan, sr de Vouzan, La Bergerie, Le Châtelard, épousa sa cousine, Mlle de Charras. Il perdit ses deux enfants et laissa sa fortune à M. de Chesne, son frère; 4° Mlle Arnauld de Bouëx (Anne-Françoise-Catherine), mariée à son cousin, Arnauld de Viville.

III. — Arnauld de Chesne, sgr de Chesne et de Bouëx, lieutenant des maréchaux de France, épousa Mlle de Puleu, dont il n'eut pas d'enfants. Possesseur de la belle terre de Chesne, près Paris, il fut obligé de la démembrer pour faire honneur aux dettes de son père, et racheter la terre de Bouëx, également compromise. Il resta à Bouëx pendant l'émigration, et fut nommé président de son district. Mort en l'an VIII de la République, il laissa pour héritier de son nom et de sa fortune Louis Arnauld de Viville, son neveu.

Source : Nobiliaire du diocèse et de la généralité de Limoges, de Joseph Nadaud.

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Fontbrune

Chaque année, depuis que je pouvais marcher, mon père m'y emmenait ce matin-là. Nous partions à la pique du jour et il en profitait pour cueillir avant le lever du soleil, comme il convient, les fleurs de mille-pertuis qu'on fait macérer dans l'huile pour les blessures, les feuilles de noyer dont l'infusion dissipe, au printemps, les tournements de tête et soulage les maux d'yeux. Puis il montait au cerisier, sans échelle, à la force des bras et des genoux et, tout petit, là-haut, dans les feuilles, à côté de son fin panier de bois suspendu par un crochet à une branche, il me contait des histoires lointaines et, de temps à autre, me jetait un rameau lourd de fruits qui tombait à mes pieds comme un perdreau blessé. Il voulut m'y emmener encore cette année-là, et ce fut la dernière... De retour à la maison, il planta sur le fumier, comme de coutume, un pied d'aubépine enguirlandé d'une poignée d'épis, tandis que ma mère suspendait en ex-voto aux contrevents de la maison et aux portes des étables des bouquets de roses rouges et des branches de groseillier. Ensuite il chaula le froment de semence et marqua d'une croix le portail de la grange, comme cela se fait encore aujourd'hui. En prévision de la nuit suivante que nous devions passer sur les routes, nous nous mîmes au lit avec le soleil, à l'heure où les jeunes gens, pour célébrer la fête de l'été, font sonner les cornes à plein souffle et où les jeunes filles s'assemblent pour la danse autour des feux de joie. Le lendemain matin, ma mère me fit mettre mes meilleurs habits et, par des sentiers détournés où je sentais bien qu'elle voulait cacher sa honte, elle m'emmena à l'église d'Eymouthiers pour y entendre la messe, y brûler une chandelle devant l'image de saint Pierre et faire lire sur ma tête l'évangile du jour. Toute la clarté du plus beau jour de l'été ne pouvait dissiper la tristesse de ce vallon où se tient encore le même village et qui a peu changé depuis. Des fonds humides où croît le jonc, où fleurit la reine-des-prés, montait une buée chaude, endormante, lourde et chargée d'inquiétude, imprégnée de fièvre comme un air de maladie. Le vert sombre des châtaigniers, qui commençaient tout juste à fleurir, mais dont les fleurs ont cette teinte grise qui est comme la nuance propre de cette terre sans joie ; l'air farouche des côtes de Fontbrune que nous laissions derrière nous et qui, dans le lointain, semblaient plus escarpées, plus rocheuses, moins amènes ; enfin la pauvre mine de ce village auquel faisait vis-à-vis, sur l'autre versant, un frère tout pareil, Puyservaud, tout cela donnait une impression de misère, presque de désolation, qui s'accordait à notre ennui et que notre ignorance de toute poésie ne nous privait point de sentir. L'église, aujourd'hui disparue, était petite, basse et sombre, ne prenant jour que par de chiches fenêtres dont l'embrasure, évasée en dedans, allait mourir au ras des murs épais en d'étroites meurtrières. On y éprouvait la crainte d'un dieu plus sévère que juste, et froid comme ces ténèbres où il se tenait invisible et muet. Partout les maisons de Dieu ressemblent aux maisons de l'homme. Une église claire et gaie se pouvait-elle imaginer parmi ces sombres masures ? Une dévotion où la pensée du malheur et de la mort est toujours présente s'accommoderait-elle de clarté ? Nous étions seuls, ma mère et moi, et nous eûmes pour nous deux toutes les bénédictions du vieux prêtre qui, les mains écartées à hauteur du visage, se tournait de temps en temps vers nous. De l'autel pauvrement éclairé, ses mains blanches et son visage pâle semblaient rayonner sur nous une tendre pitié. Il nous parlait, seuls avec lui, un langage incompréhensible et magnifique dont le murmure endormait notre douleur; puis il se tournait vers l'autel et semblait, détaché de nous qui ne pouvions lui répondre, s'entretenir avec soi-même ou causer avec son Dieu.

(Noël Sabord, 1943)

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Jean Valleteau de Chabrefy (1740-1798)

Fils de Jacques Valleteau de Chabrefy, écuyer, conseiller du Roi, contrôleur des aides, receveur des tailles en l'élection d'Angoulême, et de Marie Chaban, dans une famille où il y eut huit enfants.

Jean Valleteau exerçait les mêmes charges quand il se maria le 9 août 1768, à Moulidars, avec Jeanne Anne Navarre, la fille d'un président trésorier de France au bureau des finances de La Rochelle. Veuf dès 1770, de son union lui restait un fils unique Thomas Jean 1769-1801, décédé sans postérité.

Électeur de la noblesse d'Angoumois en 1789 Jean Valleteau de Chabrefy prenait une part très active au travail du Comité établi à Angoulême à la fin de juillet 1789, faisant la transition entre l'ancienne et la nouvelle municipalité. Monsieur de Chabrefy, seigneur de Gourville, occupait dans le comité un poste de trésorier, chargé de débloquer les crédits.

En février 1790 il avait une belle élection de maire d'Angoulême par 561 voix sur 1741 votants, dès le premier tour, alors que les autres autorités n'étaient élues qu'après de multiples scrutins. Le 28 février avec une autre grande solennité on installait officiellement le nouveau Conseil Municipal, et le soir les cérémonies se terminaient par la conduite du maire, en cortège à son bel hôtel particulier, rue des Cordeliers, aujourd'hui rue de Beaulieu face à l'hôpital. Son mandat allait durer moins de quatre mois, ne laissant guère le temps de se distinguer, surtout que l'on baignait toujours dans l'unanimisme et l'euphorie des réformes et des nouveautés.

En juillet, Valleteau était porté à la présidence du département. Sa fonction allait consister à présider les sessions du Conseil Général et aussi les séances du directoire départemental, du moins quand il assistait au travail de ce dernier. La fonction de président tend par nature à neutraliser dans ses options personnelles celui qui l'exerce. Valleteau est un représentant typique d'une noblesse libérale et riche, qui collabore aux réformes dans les premiers temps de la Révolution Française, et on est en droit de penser qu'il était plus ouvert aux idées nouvelles et aux changements que son beau-frère Perrier de Gurat avec lequel il était très lié, et qui allait lui succéder à la mairie en août.

La présidence de Valleteau s'achevait à l'ouverture de la session du Conseil Général au 15 novembre 1791 et l'on eut beaucoup de mal à trouver un nouveau président. Valleteau restait l'un des 36 administrateurs et il assistait encore à la session extraordinaire ouverte le 19 juillet 1792, il y intervenait en septembre pour se plaindre de la municipalité de Genac qui avait confisqué dans sa propriété un ensemble d'armes utilisées par ses domestiques.

Durant la Terreur, à la différence de beaucoup de responsables de la première Révolution, Valleteau, semble-t-il, n'a jamais été détenu.

Dans son testament dicté le jour même de sa mort, il donne à sa sœur Françoise, ex religieuse, la jouissance de la petite maison attenante à son hôtel et il fait différents legs à ses six domestiques, trois à la ville et trois à la campagne.

C'est au décès du fils, moins de 3 ans après son père, que l'on saisit mieux la fortune de Valleteau de Chabrefy, qui va être partagée en deux moitiés, l'une s'en va en legs de toutes sortes et l'autre revient aux héritiers collatéraux.

Selon les dernières volontés de Thomas Valleteau de Chabrefy dans son testament du 25 floréal an VIII, la totalité des legs font la somme de 85.100 F ; parmi eux un capital de 24.000 F à l'École centrale du département pour la fondation d'un prix annuel de 1200 F et à la ville d'Angoulême un autre de 12.000 F destiné à venir en aide aux indigents.

La fortune se décompose ainsi :

1°) l'ensemble des mobiliers d'Angoulême et des maisons de campagne (Genac et Gourville) avec les autres ustensiles et le matériel d'exploitation pour les dernières, les effets actifs... le tout estimé provisoirement à 60.000 F par les héritiers collatéraux dans la déclaration de succession du 16 germinal an X, après un inventaire fait par Mathé-Dumaine.

2°) l'hôtel particulier dit de Thomas de Bardines (qui l'avait fait construire face à l'hôpital de Beaulieu) estimé dans sa totalité 24.000 F.

3°) l'immobilier dans la commune de Genac (Gourville n'est plus cité) qui consiste en un vaste domaine dit du Moulin : revenu 4.248 F, capital 84.969 F d'après la déclaration de succession faite à Rouillac le 19 germinal an X.

Ainsi les déclarations de succession rejoignent l'estimation du testateur lui-même, soit une fortune de l'ordre de 170.000 F. À l'échelle charentaise une très belle fortune !

Source : La Charente révolutionnaire, de Jean Jézéquel.

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30 mars 2015

Une seigneurie à la belle étoile, la baronnie de Manteresse

Une seigneurie à la belle étoile, la baronnie de Manteresse
Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1903

Avant-propos

A la suite d'une récente communication sur « la station gallo-romaine des Boissières, à trois kilomètres environ N.-E de Montbron », un membre de la Société Archéologique et historique de la Charente (1) « demandait si les Manteresses, dont les ruines sont dans le voisinage des Boissières, n'auraient point été le siège de la fameuse sénéchaussée du même nom dont il est si souvent question dans les pièces de procédure du XVIIIe siècle. Il serait utile, selon lui, de fixer à cet égard un point de notre histoire charentaise, afin que plus tard on n'en soit pas réduit à consulter la tradition populaire, toujours incertaine... »

En effet, dans sa Statistique monumentale de la Charente (2) Michon s'était borné à noter l'importance probable de cette Baronnie, et à constater que les traces en avaient presque entièrement disparu.

« La Baronnie de Manteresse appartenait dans les derniers temps aux seigneurs de Montberon. Elle est située à peu de distance, de Montberon. On ignore à quelle époque le château fut détruit. La motte sur laquelle s'élevait le château indiquerait, par les ruines qu'elle conserve encore et par son diamètre, un édifice important ». Et le savant archéologue transcrivait sans commentaire une légende suspecte, empruntée à l'auteur des Etudes historiques sur l'Angoumois : « M. Marvaud rapporte une vieille tradition d'après laquelle deux frères, seigneurs de Manteresse, opprimaient le peuple des environs et rançonnaient les passants ; le peuple indigné courut aux armes, s'empara des tours féodales et les rasa ».

Un peu plus tard, M. Marvaud, sans rejeter les fables légendaires, mais aussi faisant œuvre d'historien, enseigna que « la Baronnie des Manteresses était un des fiefs principaux de la seigneurie de Montbron : elle exerçait les droits féodaux sur une partie de la ville de Montbron et sur les paroisses de Cherves, Suaux, Chatelars, Mazerolles et Rouzède... (3) ».

Ajoutons enfin, pour ne rien omettre de ce qui a été écrit sur cette mystérieuse Baronnie, que Gauguier, dans son ouvrage : La Charente communale illustrée (4), rattachant la découverte de vestiges gallo-romains que recèle le lieu dit actuellement les Boissières, au grand nom de qui Manteresse appartient à l'histoire, a conjecturé qu'ici se trouvait « le Montbron de l'époque romaine » ?

La vérité est que l'origine de la Baronnie de Manteresse et la ruine prématurée du château qui en était le siège, se rapportent à l'établissement du régime féodal ; qu'elle constitua une terre considérable ; mais que la disparition à peu près totale de toute possession territoriale au profit des seigneurs qui en devinrent successivement les titulaires, révèle pourquoi le souvenir même en a été si vite effacé : effacé pour l'histoire, mais non pour la légende populaire.

Rien peut-être n'explique mieux la rancune héréditaire des populations rurales pour l'ancien régime que l'exemple d'une seigneurie telle que Manteresse en Angoumois. Voilà un baron qui dans cinq paroisses, Mazerolles, Rouzède, Cherves, Châtelars et Suaux, exerce la justice haute, moyenne et basse, y prélève des rentes, et qui n'a pas même un gîte sur ce qu'il appelle sa terre !

Des droits ainsi exercés ne révèlent aux esprits simples qu'usurpation, arbitraire et oppression. Comment attriuber à de tels démembrements de la Souveraineté une source légitime dans un Etat reconstitué ? Comment soupçonner même que ces impôts particuliers représentés par des profits de judicatures, par des rentes foncières, étaient justifiés à leur création, et que, constituant une propriété privée, ils se sont transmis par les modes ordinaires, succession ou bien ventes à beaux deniers comptants? Seule, l'étude désintéressée d'un passé que la monarchie commit la faute de laisser se perpétuer au lieu d'en ménager la réformation, permet de comprendre qu'ici comme en toutes choses, ce qui a vécu et duré répondait à un besoin du temps ou pour mieux dire à une nécessité sociale.

En effet, lorsque la pensée se reporte aux origines de la féodalité, on se représente sans peine le territoire dépourvu de toute organisation. Rien ne subsiste plus de l'administration toute fiscale que la conquête romaine avait établie sur notre sol ; rien de cette monarchie franque qu'avait parée d'un éclat passager le prestige de Charlemagne. Dans le chaos des races juxtaposées, que peut faire l'habitant sinon se grouper autour des plus forts, des plus braves, des plus avisés, et leur donner son bras, sa confiance, sa « foi », en échange de l'aide et de la protection qu'il en reçoit ? L'esprit de clan reparaît nécessairement et se développe sous une forme nouvelle qui, grâce à l'influence du christianisme, dépouille les allures grossière des âges primitifs et revêt le caractère chevaleresque du lien « féodal ». Un échange de services réciproques s'établit entre les individus réduits à leurs propres forces ; ceux-ci défendent ceux-là, les gardent, les protègent et conséquemment les gouvernent et règnent sur eux.

C'est pourquoi, visitant ce qui reste des demeures seigneuriales, nous reconnaissons, d'une part, à l'abri des douves profondes et des tours massives, une cour intérieure où s'exerçaient des hommes d'armes, et d'autre part, dans une vaste enceinte enveloppée de remparts, des espaces fortifiés où, sur l'alarme donnée, les laboureurs accourant avec leurs bestiaux venaient se réfugier. Tel était, par exemple, dans notre région, le château de La Rochefoucauld. Sous la garde du donjon du IXe siècle, la cour intérieure compte plus de 1.000 mètres carrés ; autour du château, un arc de cercle dont la Tardoire forme la corde, et qui ne mesure pas moins de deux hectares, est entouré de murailles et flanqué de tours : dans ce périmètre, du côté du nord, la Basse-Ville se trouve protégée, avec son église St-Pierre ; et tout le plateau sud-ouest, comprenant les trois quarts environ de l'enceinte, reste libre pour servir d'abri aux populations voisines.

Tout autres seront les châteaux de la Renaissance. On y pourra trouver encore le signe de la domination, mais non le caractère de la protection. L'élégante demeure bâtie à Montchaude par les Saint-Gelais, ne sera plus qu'un objet d'art. On s'acheminera vers les fantaisies gracieuses du XVIIIe siècle. Le maître de la maison lui-même, que sera-t-il devenu ? Souvent, un objet de parure, au lieu d'une force nationale (5).

A Manteresse, dès longtemps, on ne trouvait même plus trace d'habitation. Dans un acte du 6 avril 1773, il est dit que « l'ancien chasteau ou forteresse de Manteresse situé dans la paroisse de St-Maurice de Montberon, est entièrement ruiné et détruit » (6). Effectivement, la disparition de toute résidence en ce lieu remonte beaucoup plus haut.

Chapitre premier : ce qui reste des « tours » de Manteresse

Au nord de Montbron, entre Orgedeuil à l'ouest et Rouzède à l'est, à distance à peu près égale du hameau de Chez-Bruchier au dessous, et du village de Vergnas au-dessus, se trouve un espace de terrain formant triangle, limité à la partie supérieure par la jonction de la route de Montbron à l'Arbre et du chemin de Chez Bruchier à Vergnas. Ce lieu est dit, sur le plan cadastral de la commune de Montbron (7) « Tour de Montaressé », suivant le langage du pays adopté par les auteurs du cadastre. Parmi les 25 parcelles qui se le partagent, on en remarque 2, au nord-est, du côté de chez Bruchier, portant les nrs 327 et 328 (section B). Ces deux parcelles forment ensemble une figure presque géométrique, une sorte de polygone, sur le sol duquel s'élève une motte de terre d'un mètre cinquante seulement de hauteur, et ne mesurant pas plus de cinquante mètres de long sur quarante de large. Cette motte a été coupée et fouillée au mois de juillet 1902, par le propriétaire actuel, M. Jean Laborde, de Vergnas, qui n'y a trouvé que des débris sans caractère de pierres et de tuiles courbes.

Tel était aussi, en 1749, l'état des lieux, décrit dans un arpentement établi à cette date (8). Ce document révèle trois lieux-dits se rapportant à « la terre » qui nous occupe : 1° « Les Tours » (n° 2376 à 2395) ; 2° « Les Manteresses » (n° 2398 à 2411) ; — et 3° « Les Tours de Manteresses » (n° 2412 à 2445). Toutes les parcelles comprises sous ces droits désignations sont exclusivement constituées par des « terres », ou « châtaigniers », ou simples « chaumes » ; aucune construction n'y figure. Elles sont dites « tenantes » soit « au chemin de Rozède à Orgedeuil », soit à celui « de chez Bruchier à Vergnas », ou « à l'Arbre ». Le n° 2409 est ainsi décrit : « chirons tenant de toutes parts aux domaines de Monsieur de Montbron, appartenant à monsieur le comte de Montbron ». On sait que le mot « chiron » désigne en Angoumois un amas de pierrailles recouvertes de terreaux et de végétations. Tel est bien l'état actuel. C'était aussi tout ce qui restait, en 1749, de « la tour » ou « des tours » de Manteresse. L'espace occupé par ces chirons est porté pour 150 carreaux, soit environ 24 ares. Or, il est à remarquer que les deux parcelles appartenant à M. Labarde comprennent au total 18 ares, mais qu'il ne possède l'une d'elles que pour partie seulement.

Le rédacteur de l'arpentement a désigné le chiron comme appartenant à M. le Comte de Montbron, et tenant de toutes parts aux domaines de M. de Montbron ; ces expressions rapprochées dans une même phrase sont caractéristiques : le chiron « appartient au Comte » ; le surplus fait partie  « des domaines de M. de Montbron ». C'est qu'effectivement le numéro 2409 seul appartient en propre au titulaire de la seigneurie de Montbron, laquelle jouit sur l'ensemble du domaine supérieur. Toutes les autres pièces de terre constituant les numéros énoncés sous les noms de « les Manteresses », « les Tours », « les Tours de Manteresses », appartiennent à des particuliers, les Boutinon, les Madigou, les Plaisir. C'est précisément par suite de ce fait que l'antique emplacement des Tours de Manteresses étant seul demeuré la propriété exclusive des seigneurs du lieu, deux parcelles en seront formées qui, en en reproduisant le contour, décriront dans le cadastre actuel un polygone, conservant ainsi à l'histoire la figure plane d'un château-fort de l'époque féodale.

Chapitre II : Manteresse et Montbron

Les faibles dimensions de la motte féodale, qui constitue tout ce qui reste de la Baronnie de Manteresse, donneraient à penser qu'il n'y eut jamais là que des « tours », une forteresse, ainsi que semblerait l'établir le document le plus ancien qui soit venu jusqu'à nous.

C'est un acte du XIIIe siècle, d'où résulte, comme on va le voir, que le seigneur de Montbron étant en même temps titulaire d'autres seigneuries, avait fait donations à sa femme des « forts » de Manteresse et de Mazerolles. Mais, il faut bien remarquer que si la motte actuelle ne dépasse guère 200 mètres carrés, l'emplacement des « chirons » de 1749, aujourd'hui représentés par les parcelles cadastrées 327 et 328, est dix fois plus étendu (plus de 20 ares, au lieu de 2). Aussi bien, il ressort du même acte que Manteresse n'était point, même à l'époque féodale, un simple château-fort, un ouvrage avancé destiné à couvrir Montbron, puisque le puissant seigneur de cette haute baronnie en détache les fortalicia de Manteresse et de Mazerolles, non pour les confier à un soldat, mais pour en faire don à une femme : ce n'étaient conséquemment pas de simples ouvrages militaires, mais des chefs-lieux de seigneuries productives de revenus. Baronnie ou non, avec ou sans habitation personnelle, Manteresse apparaît dès l'origine comme constituant une véritable seigneurie.

L'acte que nous visons est un aveu fourni à l'évêque d'Angoulême par Robert de Montbron. La seigneurie de Montbron relevait de l'évêché d'Angoulême, « si ce n'est partie des paroisses de St-Pierre et de St-Maurice de la ville de Montbron, désignées par des confrontations qui n'ont pas demi-lieue d'étendue, et qui renferment la ville et le château : dans ces limites, les droits du roi etde l'évêque sont très mêlés » (9). Le Baron (plus tard Comte) de Montbron devait à l'Évêque foi et hommage de sa persnne, aveu et dénombrement de ses biens. Or, le 19 des calendes de janvier 1281, Robert de Montbron, fils d'autre Robert, donne son aveu ; il en excepte les forteresses de Manteresse et de Mazerolles : « A predicta autem avocatione exceperunt hec duntaxat que sequuntur : scilicet... fortalicia de Mentereszeas et de Mazerollis... que fuerunt in dotem assignata dicte domine Margarite a predicto domino Rotberto marito suo » (10). Ainsi, Manteresse avait été précédemment uni à Montbron ; Robert le père en fit don « in dotem seu in donationem propter nuptias » (11) à sa femme, de sorte que Robert son fils n'a plus à comprendre ces biens dans son aveu. La seigneurie n'en demeure pas moins : si le baron de Montbron la laisse de côtés, c'est qu'elle subsiste par elle-même et relève directement de l'Évêché.

A vrai dire, il y a tout lieu de croire que la séparation des deux seigneuries ne fut que momentanée et ne survécut pas à la veuve, qui sans doute la laissa par héritage à son fils. C'est pourquoi, de nouveau, en 1456, François de Montbron « donne en partage à Marguerite, sa sœur, les paroisses de Mazerolles, Rouzède, Cherves, Suaux et Chatelard, qui composent (12) la terre de Manteresse, avec droit de haute justice sous réserve de l'hommage, du ressort à Montbron, et du droit de guet qui est de 5 sols par feu, que payent encore aujourd'hui tous les habitants de la terre au château de Montbron. » Ainsi, de l'union constatée à deux reprises de la baronnie de Manteresse à celle de Montbron, il subsiste, au profit de cette dernière, deux avantages : le ressort de la justice, et un droit pécuniaire perçu au profit de ce nouveau suzerain.

La baronnie de Manteresse n'en jouit pas moins d'une véritable autonomie. Aussi, lorsque quinze ans plus tard, le 16 septembre 1471, la terre de Montbron change de mains, elle n'est pas cédée sans réserves. A cette, « la vente à Marguerite de Rohan, comtesse d'Angoulême, veuve de Jean d'Orléans (13), par François de Montbron, seigneur de Martha et de Maulévrier, vicomte d'Aulnay et Eustache de Montbron, son fils, de la ville, chatel, baronnie et seigneurie de Montbron, ses appartenances et dépendances, pour la somme de 10.000 écus ayant cours pour XXVII sous VII deniers tournois la pièce », cette vente n'est faite qu'à l'exception des domaines qui faisaient primitivement partie de ladite chatellenie, mais qui en étaient sortis par alliances et successions.

Chapitre III : à la belle étoile

Manteresse conserve, notamment, le plein exercice du droit de haute justice.

On constate seulement que dès la fin du XVe siècle la forteresse est en bien mauvais état, si même elle subsiste encore, puisquele baron de Manteresse est obligé d'emprunter la prison du château de Montbron. C'est ce qui est dit formellement dans cette curieuse sentence criminelle des officiers de la baronnie, en date du 26 juin 1498 :

« Étienne Tilhou, juge, Jourdin de la Faye, procureur, Pierre Dechièvre, prévost, et Pierre Dumas-Guygou, greffier de la terre et seigneurie de Manteresse, pour noble et puissante Dame Andrée de Nouroy, dame de St-Jannerin de La Creste de Targe et dud. Manteresse,

« A tous ceulx qui ces présentes lettres verront, scavoir faisons que, l'an présent mil quatre cent quatre vingt dix juit, ont esté par nous en lad. seigneurie dud. Manteresse prins et aprehendez au corps Thomas Nardoutaud, Jehan Doulcet dit Boret et Pierre Delaige dit Gros, lesqueulx ont esté par nous condampnés, scavoir est : lesd. Nadoutaud et Doulcet à estre batuz et fustiguez par les quarettours de lad. seigneurie dud. Manteresse, et le dit Pierre Delaige dit Gros pareilhement et davantage avoir couppé et outsé l'oureilhe droicte ; et tous troys bannis de lad. seigneurie pour quatre ans. Lesqueulx furent, ainsi que dit est, exécutés en nostre présence par deulx exécuteurs de la haulte justice, et leur procès fait au chasteau de Montberon par prison empruntée. En témoignage dud. nous avons signé ces présentes de nos mains le XXVIe jour du moys de juyn, l'an mil IIIIe IIIIxx dix huyt.

« Signé : P. Duchièvre prévost ; Tilhou, juge ; Jourdin de la Faye, pr ; Dumas Guygou, greffier » (14).

En 1527, le baron de Manteresse est François de Blanchefort ; le 27 mai, il rend hommage de sa terre au connétable Anne de Montmorency, seigneur de Montbron (15).

Moins d'un an après, le 22 février 1528, M. de Montmorency achète cette terre de M. de Blanchefort et la réunit à la baronnie de Montbron. La vente est faite suivant acte de Duchièvre notaire à Montbron : il y est dit que messire de Montmorency acquiert « la juridiction, terre et seigneurie de Manteresse, avec ses appartenances et dépendances, pour la somme de 22.600 livres tournois que M. de Blanchefort a reçu comptant et manuellement dudit Montmorency en douzains et carolins » (16).

Mais ce n'est pas tout. Le droit requiert « une prise de possession ». Comment prendre possession de cette seigneurie qui n'a ni siège, ni feu, ni lieu ? Comment « tenir la Cour » ? A défaut de greffe, le greffier réside quelque part, à Cherves par exemple : on y fera remise des registres ; à Manteresse même, se trouvent encore des ruines : on y assignera la Cour, qui se tiendra à la belle étoile !

« Aujourdhui diziesme jour de may l'an mil cinq cent vingt-neuf, au bourg de Cherves, terre, juridiction et seigneurie de Manteresse, s'est présenté et comparu devant nous messire Claude de Durant, chevalier (en vertu de la procuration de messire Anne de Montmorency maréchal de France) ; et led. de Blanchefort l'a mis et met en la possession reale de ladite terre et seigneurie de Manteresse par le bail, tradition et octroi des Registres et papiers du greffe de ladite Cour de Mantheresse, en présence de Jehan de La Faye escuyer, seigneur de Menet, de Monnet de Carbonnières, escuyer, seigneur de La Greslière, de Françoys de Couraudin, escuyer, sieur de Ferrières, de maistres Marc de la Brousse et JOurdan de Cherfallot, assesseurs et procureurs dud. Mantheresse, de maistre Forgemoult, notaire et greffier dudit Mantheresse, et de plusieurs autres... Après laquelle prinse de possession, le dit Dudurant, on dit non et presence des susdits a fait assigner ladite Cour de Mantheresse à icelle tenir au jeudi vingt jour du moys de may prochain venant devant la maison noble dudit Mantheresse » (17).

Effectivement, pour exercer la haute justice sur Mazerolles, Rouzède, Cherves, Chatelard, Suaux, et en percevoir les amendes et droits de greffe, pour toucher les rentes qui grèvent ces paroisses, encore faut-il sauvegarder le principe de la « juridiction et terre » de Manteresse.

Quand le Sénéchal de Montbron, François Corlieu, rend une « ordonnance pour informer secrètement, diligemment et bien sur plusieurs larcins commis » dans Mazerolles, il a soin de la dater de ce lieu : « Donné avons un mandement au premier sergent de la baronnie de Montbron... » ; c'est le juge de Montbron qui commande ; c'est le sergent de Montbron qui marche ; mais l'ordonnance se termine ainsi : « donné à Mazerolles le vingt-septiesme jour de décembre mil cing cent trente-quatre. »

Dans les comptes de la terre de Montbron, figurent pour la seigneurie de Manteresse, en 1537, les gages de Pierre Bouyer, procureur, 5#  (ceux de Pierre Duchièvre, procureur de Montbron étant de 10#). En 1565, la recette du greffe de Manteresse s'élève à 150#, celle de la prévôté dudit lieu à 5# 10 sous. En 1637, Pierre Sauvo, procureur fiscal de Montbron, avec 17# 10 sous de gages, reçoit, en outre, comme juge de Manteresse, 25# ; enfin, 10# sont allouées à Jean Sauvo, procureur fiscal.

Chapitre IV : Loménie de Brienne et Chérade de Montbron

A cette date de 1637, la terre de Manteresse, suivant le sort de celle de Montbron, était passée de la maison de Montmorency dans celle de Loménie de Brienne.

La vente des seigneuries de Montbron, Manteresse et La Grelière avait été consentie, moyennant 210.000#, suivant acte reçu par Burthon et Turgis, notaires au Châtelet de Paris, le 4 mars 1624. Le prix en avait été payé à Marie de Luxembourg, veuve de Bernard de Béon, baron de Bouteville, lieutenant général pour le roy aux pays d'Angoumois, Saintonge, Aunis, Haut et Bas Limousin, par Henri-Auguste de Loménie, son gendre, seigneur de Laville-aux-Clercs, conseiller d'État, à l'acquit des venderesses, Marguerite, Charlotte et Luce de Luxembourg et de Ventadour (18).

Le seigneur de Manteresse, un Loménie de Brienne, est de plus en plus étranger à « sa terre ». Ce qui ne l'empêche pas de revendiquer tous ses droits, même simplement honorifiques. C'est ainsi qu'une procédure est suivie au Parlement de Paris, par Claude de Thou, tuteur de Henri-Louis de Loménie, comte de Montbron et baron de Manteresse, contre Raymond de Maignac, écuyer, seigneur de Mazerolles, qui, « se prétendant patron de l'église dudit lieu, voulait s'attribuer les droits honorifiques en ladite église, à l'encontre de la possession immémoriale des barons haut-justiciers de Manteresse » (19).

Le XVIIe siècle n'était pas achevé, que Montbron lui-même échappait aux hauts et puissants seigneurs pour faire entrer à son tour dans la haute noblesse un maire d'Angoulême. Suivant acte de Monnerat, notaire à Paris, du 15 avril 1699, était reçue la vente faire par le Comte Loménie de Brienne à Étienne Chérade, maire perpétuel de la Ville d'Angoulême, de la terre et comté de Montbron, la Chastelenie et Baronnie de Manteresse et la Seigneurie de La Grelière, moyennant 150.000# : icelles terres, Comté, Baronnie et Seigneurie mouvantes et relevantes du roy et pour la plus grande partie du seigneur-évêque d'Angoulême (20). La part du roi était d'ailleurs si faible que l'évêque d'Angoulême, Cyprien-Gabriel Bénard de Rezé, donna seul quittance du droit de lods et ventes, et se chargea d'acquitter les droits du roi : il reçut 7.000# et en paya 563 au fermier des domaines.

Voilà comment un bourgeois, simple marguillier de sa paroisse, voyait son fils devenir, d'abord noble de robe ou de cloche, et, incontinent après, haut et puissant seigneur : ce qui démontrerait une fois de plus s'il était nécessaire, que sous l'ancien régime, comme toujours et partout, une habile administration des fortunes privées conduit à la richette et par elle au pouvoir, nonobstant tous privilèges, lois et tradiitons (21). Et c'est pourquoi « le 24 octobre 1714, est enterré en l'église St-Maurice de Montbron, messire Etienne Chérade, mort dans sa maison noble du Mas, paroisse de Montbron, en son vivant chevalier, comte de Montbron, marquis de Clairvaux, baron de Marthon, Blanzac, La Rochechandry, Thué, Manteresse et autres lieux, conseiller du roy, lieutenant-général d'Angoumois ; l'enterrement fait par Emery, curé de Montbron, assisté de messieurs les curés des terres de Montbron, Marthon, Manteresse et autres » (22).

Chapitre V : Manteresse démembré

Depuis deux siècles, manteresse est réuni au comté de Montbron. Nous allons voir cette baronnie s'en détacher, pour partie cette fois, et se démember elle-même : tant le but originaire et la raison d'être de ces souverainetés privées sont oubliés, leur objet méconnu et en quelque sorte dénaturé. La Baronnie, nonobstant son droit haut-justicier, est en réalité semblable à cette « Seigneurie de La Grelière » dont un légiste nous dit qu'elle « consiste seulement dans quelques rentes d'un modique revenu confondues depuis (l'acquisition qu'en avait faite le connétable de Montmorency) avec les autres revenus de la terre» de Montbron (23). Dès lors, pourquoi ne pas la dépecer en lots, suivant la commodité des partages ?

C'est ce qui va être fait, en janvier 1760. Partage par M. de Montbron, Adrien-Alexandre-Etienne Chérade, avec ses frères et sœurs : il cède à Madame de La Garélie les paroisses de Rouzède et Mazerolles faisant partie de la terre de Manteresse, à la charge de les tenir de la terre et comté de Montbron, de la même manière qu'elles étaient anciennement relevantes et mouvantes de la terre de Montbron, et conformément aux articles XXV, XXVI, XXVII de la Coutume d'Angoumois relatifs au Parages (24). Moins que jamais, on le conçoit, le seigneur de résidera sur « sa terre ». Messire Arnault Souc du Plancher, chevalier, seigneur de La Garélie, La Rousselière et La Rochette, et coseigneur de la Baronnie de Manteresse, et dame Magdeleine Chérade son épouse, demeurent en leur château de La Rousselière, paroisse de Beaussac en Périgord. Aussi les coseigneurs de Manteresse ne tiennent guère à cette « terre » et ne soucient que d'en faire argent. Dès le 6 mai 1762, ils s'empressent d'opérer la vente de « la moitié de la baronnie de Manteresse » moyennant 50.000# et 720# de pot de vin, à Gabriel Louis de La Ramière fils, chevalier, seigneur de La Ramière, auquel Etienne Chérade ne tarde pas lui-même (novembre 1762) à consentir, à de peu brillantes condiitons, moyennant 131.500# seulement, plus 2.400# de pot de vin, la vente de la terre et comté de Montbron (25). L'acte de La Garélie à La Ramière nous apprend ce que rapportait moitié de la terre de Manteresse, en quoi consistaient ses revenus, et nous montre aussi comment on résolvait le problème d'exercer le droit de justice, non plus seulement sans logis, mais à deux ; en voici les principaux extraits :

« ... Moitié de la terre et baronnie de Manteresse relevant de toute ancienneté à hommage plain et sans devoir de la terre et comté de Montbron en Angoumois, savoir :

1° (Sur Rouzède) 151 boisseaux de froment,
160 — de seigle,
187 — d'avoine,
73# 15 sols 10 deniers d'argent, le tout de rentes seigneuriales dues sur la paroisse de Rouzède ;
le tout mesure de Montbron (26) ;

2° (Sur Mazerolles) 141 boisseaux de froment,
136 — de seigle,
117 — d'avoine,
79# 15 sols d'argent, de rentes seigneuriales dues sur la paroisse de Mazerolles ;
même mesure ;

3° Rente seconde foncière de 100# annuellement due sur la métairie de L'Arbre, en ladite paroisse de Mazerolles ;

4° Le moulin banal de Bourny (27), avec tous les droits de banalités et de contraintes sur les sujets de la dite terre de Manteresse ;

Enfin, la justice haute, moyenne et basse où elle s'étend, qui est commune avec l'autre moitié de la dite baronnie, dont la nomination du juge sera faite successivement entre les deux seigneurs et alternativement, à commencer par la nomination première à faire par le seigneur acquéreur. »

M. de La Ramière n'ayant pas, du reste, acquitté le prix de la terre de Montbron, parce que son beau-père n'avait pu lui-même réaliser en argent la dot promise à sa femme et ce « à cause d'un procès de conséquence qui dure encore », un jugement de de résiliement faute de paiement fut rendu, le 4 septembre 1765, en la sénéchaussée d'Angoulême, auquel La Ramière, acquiesça grâce à une transaction rendue nécessaire « à raison de certaines acquisitions et améliorations » qu'avait faites le nouveau propriétaire, Etienne Chérade fut obligé de reprendre le comte de Montbron. Et La Ramière, « pour ne pas redevenir vassal de M. de Montbron », vendit, le 21 octobre 1765, à Mre Julien-René de La Grève, seigneur de Poensensat, contrôleur ordinaire des guerres, et à dame Marie-Anne de Chalvière son épouse, demeurant au logis de La Forge, paroisse de Rancogne, « la moitié de la terre et baronnie de Manteresse », située dans les communes de Rouzède et Mazerolles, avec tous les droits qui en dépendent » (28).

Cette « partie » même de la baronnie de Manteresse conservait encore une autonomie : le droit féodal survivait à ce point au fait économique, qu'il y avait lieu de ce chef à un hommage et à un dénombrement séparé. C'est ce qu'atteste une déclaration du comte de Montbron, écrite de sa main en 1770 : « Je déclare et promets à Mgr l'évêque d'Angoulesme que dans le cas où j'acquière la totalité des rentes vendues à Madame de La grève par contrat du 21 octobre mil sept cent soixante cinq, ou partie d'icelles, je les réunirai au corps de fief mouvant de l'évêché, pour ne former dans l'avenir qu'un seul hommage et dénombrement de la terre de Montbron. A Paris, le quinze juillet mille sept cent soixante dix ».

Signé : MONTBRON.

Chapitre VI : Les coseigneurs de Manteresse

La réunion des deux démembrements de la baronnie de Manteresse n'eut jamais lieu.

Quelques mois après la date de la déclaration que nous venons de rapporter, le 26 décembre 1770 (29), dans son contrat de mariage avec demoiselle Françoise-Elizabeth de Livron, messire Jean-Louis-Marie de Ruffray, demeurant au logis de La Forge de Rancogne, fils de feu Charles-Pierre, seigneur de Lhoumeau, et de Marie-Anne de Chalvière, mariée en secondes noces à Julien-René de La Grève, écuyer, seigneur de Porsansal en Bretagne, se qualifie « Seigneur de la baronnie de Manteresse ». On a vu plus haut qu'en 1765, M. et Mme de La Grève s'étaient rendus acquéreurs « de la moitié de la terre et baronnie de Manteresse » ; dans un acte du 21 juin 1763, Julien-René de La Grève, époux de Marie-Anne de Chalvière, est encore qualifié « Seigneur de Manteresse » en même temps que de Porzensa : (30) il est probable que c'est aux termes des « actes de réglement de partage entre madame sa mère, monsieur son frère et lui », auxquels il est fait allusion dans le contrat de mariage de 1770 comme passés antérieurement, que les époux de La Grève avaient transféré à leur beau-fils et fils Jean-Louis-Marie de Ruffray, leurs droits sur la baronnie de Manteresse, que la maison de Ruffray a toujours conservés.

Nous avons la preuve qu'en 1774, il y avait bien deux « Seigneurs de la baronnie de Manteresse ». Voici des lettres desdits seigneurs instituant un notaire et procureur « dans la dite baronnie » : elles sont datées de Baruffaud, vieux logis en la paroisse de Cherves : le procès-verbal d'installation de cet officier, dressé par le sénéchal de Montembœuf, « juge assesseur de la baronnie », porte que la cérémonie a lieu « en la chambre du conseil de la baronnie de Manteresse » ? L'acte ne nous dit pas où se trouvait cette chambre du conseil ; dans tous les cas, ce n'était point à Manteresse ! (31).

« Nous soussignés Seigneurs de la Barronnie de Mantheresses avons donné et octroyé à Maître Jacques Vincent Ducluzeau, procureur en la chatellenie de Montembœuf et Barronnie du Lindoix, demeurant aux Bourrières paroisse de Montembœuf, l'état et office de notaire et procureur dans notre dite Baronnie de Mantheresses, pour par lui en jouir aux honneurs, prérogatives et émoluments y attribués pendant le temps qu'il nous plaira, mandons aux officiers de notre dite Barronnie de le recevoir en ladite charge et office. Fait à Baruffaud ce dernier octobre mil sept cent soixante quatorze. Lareinerie. »

« Aujourd'huy dernier jour du mois d'octobre mil sept cent soixante quatorze en la chambre du Conseil de la Barronnie de Mantheresses, par devant nous Joseph Veyret, sieur des Mazollières, sénéchal de Montembœuf et autres justices, juge accesseur de la présente Barronnie, ayant avec nous notre greffier ordinaire, a comparu maître Jacques Vincent Ducluzeau, procureur en la chatellenie de Montembœuf et barronnie du Lindoix ; lequel nous a remontré que les Seigneurs de la présente cour lui ont accordé des provisions de notaire et procureur en leurdite Barronnie en datte de ce aujourd'huy signées de La Reinerie, requérant en conséquene qu'il nous plaise le recevoir à la dite charge audit état et office, aux offres qu'il fait de ce faire attester au pareil cas requis et a signé, signé Vincent.

Et à l'instant a fait comparoir maître Jacques Veyret Ducluzeau, notaire et procureur, et maître François Pelletant de Préfontaine, aussi notaire et procureur en la présente Barronnie ; après avoir fait serment en pareil cas requis nous ont déclaré que ledit maître Vincent professe la religion catholique, appostholique et romaine, qu'il est de bonne vie et mœurs, capable d'exercer la dite charge et d'âge compétent et ont signé. — Signé Pelletant, Veyret, Ducluzeau, attestant.

De tout quoi nous jugesusdit avons donné acte et ouï maître Léon Texier, procureur fiscal de la présente cour, nous avons reçu et installé ledit maître Vincent Ducluzeau audit état et office de notaire et procureur en la présente cour pour par lui en jouir conformément auxdites lettres, et avons de Lui pris et reçu le serment en pareil cas, requis et ordonné que les susdites lettres seront transcriptes au bas des présentes et signées de son seing dont il entend se servir, à la charge par ledit Vincent de n'exercer ladite charge de notaire qu'il n'ait atteint l'âge de vingt cinq ans, et a signé avec nous ledit procureur de la Cour et notre greffier. Ainsi signé J. Vincent, Veyret, Texier procureur d'office et E. Dubournais, greffier » (32).

Ainsi, la baronnie subsiste jusqu'à la dernière heure mais divisée en deux démembrements.

Elle ne consistait plus, d'ailleurs, qu'en droits de justice et en rentes; il n'existait plus de terres dans cette « terre de Manteresse ». Que l'on dépouille les dossiers des biens nationaux adjugés à la Révolution, l'on ne trouvera dans Mazerolles, Rouzède, Cherves, Chatelard ou Suaux, aucune trace des noms qui figurent dans cette étude. A Mazerolles, le « ci-devant château » est vendu sur la tête de l'ex-seigneur du lieu, Villars de Poutignac ; à Rouzède, Le Bourny est racheté par les frères de Barbot d'Auteclaire, émigrés, eux-mêmes habitants de Champniers ; à Chatelard-la-Rivière, la vente du colombier et du moulin constituent la liquidation d'un Prieuré ; à Cherves et à Suaux, on ne rencontre également que des noms étrangers à l'histoire de la baronnie de Manteresse.

Les seigneurs de notre baronnie avaient de bonne heure suivi l'heureux exemple de tant d'autres et notamment du baron de Marthon, dont les nombreuses « mises aux enchères » de ses domaines, ont été signalées au XVe siècle (33). Ainsi se constituait la petite propriété, par des aliénations à charge de rentes. C'était un bien.

Mais, d'autre part, comment s'étonner que les concessionnaires aient peu à peu oublié l'origine de leur qualité de propriétaire ? Sans doute, les seigneurs administraient la justice, mais souvent de bien loin, de leur manoir en Périgord, ou de leur hôtel à Paris. Sans doute aussi, le roi leur rappelait parfois leurs obligations. C'est ainsi qu'en 1477, Louis XI, à la suite d'une enquête prescrite par Philippe de Commynes, son conseiller chambellan et sénéchal de Poitou, signifiait « de la partie de son très cher et très amé cousin le comte d'Angoulesme », à Marie de Montbron, qu'elle était « tenue de réparer et tenir en estat les ponts et passages de la chatellenie et baronnie de Montbron », par cette raison que « le péage en a été jadis introduit pour ce faire », et ordonnait aux sénéchaux de Poitou, Saintonge et Périgord, de contraindre ladite dame de réparer lesdits ponts et passages de ladite chatellenie de Montbron (34).

Mais c'étaient là des obligations que l'organisation monarchique suppléait elle-même de plus en plus ; et les barons de Manteresse, quant à eux, n'étaient plus en réalité que les créanciers de rentes annuelles, acquises au même titre qu'une simple rente foncière, en tout ou en partie, comme on ferait aujourd'hui d'une valeur quelconque.

Ainsi s'explique la suppression brusque et totale, avec les seigneuries et baronnies elles-mêmes, de ces rentes, terrages et agriers, dont la monarchie eut l'imprévoyance de ne pas préparer l'extinction graduelle, régulière et légale, rendant ainsi inévitable l'explosion violente et fatale de la Révolution.

Daniel Touzaud

Notes :

1. M. Bastier, 14 juin 1902. Bulletin de la Soc. arch. et hist. de la Charente, 1901-1902, pp. LXXXVI-LXXXVIII.

2. Paris et Angoulême, 1844, p. 205.

3. Notice sur les seigneurs de Montbron, p. 76. Bulletin de la Soc. arch. et hist. de la Ch. 1851-1852.

4. P. 301, Angoulême, 1868.

5. Cf. A. Babeau, Le Village sous l'ancien régime, L. III, Ch. I.

6. Dans Michon, Statistiq. monument., p. 205, en note.

7. Voir cette partie du plan reproduite ci-contre.

8. Archiv. dép., C. 207.

9. Consultation et Mémoire de 1765 (Archiv. départ. E. 48, fonds des familles).

10. Livre des fiefs de l'évêché d'Angoulême, f° 82 V°.

11. Copie collationnée de 1529. Arch. dép. G. 134, fonds de l'Évêché, Montbron.

12. Consultation et mémoire, déjà cité.

13. Arch. dép. E. 45. Marguerite de Rohan rendit, en 1489, hommage-lige à Robert de Luxembourg, évêque d'Angoulême. L'hommage noble comprenait le baiser : Marguerite ne recula pas devant cette formalité vis-à-vis du noble évêque ; c'est ce qui résulte du procès-verbal officiel, où une distinction très nette est faite entre l'hommage proprement dit rendu par la princesse en personne et le devoir incombant au baron de Montbron, lors de la première entrée de l'Évêque dans sa ville épiscopale, de porter un pied de « sa chaire », lequel devoir fut rempli par son procureur : « Nous, Robert de Luxembourg, par la grâce de Dieu évesque d'Angoulesme, Savoir faisons qu'aujourduy, date de ses présentes, très haute et puissante madame Margarite, comtesse d'Angoulesme, nous a fait les hommages liges, foy, baisiers et serment de féaulté qu'elle nous est tenue de faire à cause de noustre dignité épiscopalle d'Angoulesme des chouses qu'elle tient de nous en la chastellenie et baronnie de Montberon comme ailleurs, et tout ainsi et par la forme et manière qu'elle et ses prédecesseurs ou ceulx dont elle a droict en ceste matière ont faict à noz prédecesseurs évesques d'Angoulesme accoustumé de faire ; ausquelx homages liges, foy, baisiers et serment l'avons receue par ces présentes sauf nostre droit, et l'autry; et laquelle nous a payé et rendu le devoir qu'elle nous doit à cause des chouses susdites, assavoir est qu'elle, par son procureur, nous a porté ou fait porter en nostre première entrée par le pié darnier et senestre de nostre chaire. En outre, luy avons enjoingt qu'elle nous rende ou face rendre ces denombremens par escrit dedensle tempsdela coustume, autrement dès lors comme dès à présent et dès à présent comme dès lors, avons mis et mectons par ces présentes les chouses susdites en noustre main. Fait et donné au chastel d'Angoulesme presens ad ce nobles personnes messire Françoys Bouschart, seigneur d'Aubeterre, senneschal d'Angoulmoys, Jacques de St-Gelays, escuier, seigneur de Maumont, Olivier Guy, escuier, seigneur de Fontenilles, maitres François Corlieus, lieutenant, et Jeha de Lomellet, advocat d'Angoulesme, licentié en loix, et plusieurs aultres, soubz nostre scel de chambre, le VIIe jour du mois d'octobre l'an mil IIIIeIIIIxx et neuf, POUGIER, par le comandement de mondit Seigneur. » (Archiv. dép. G. 134. Évêché. Montbron).

14. Archiv. Dép. E. 59.

15. Consultation et Mémoire de 1765, supra cit.

16. Archiv. Dép. G. 134.

17. Archiv. Dép. G. 134.

18. Archiv. Dép. E. 47.

19. Archiv. Dép. E. 59.

20. Archiv. dép. E. 47. Le père d'Etienne Chérade n'avait d'autre dignité que celle de fabricien de l'église St-André d'Angoulême. Etienne fut avocat au Parlement, puis lieutenant particulier au siège présidial ; enfin, comme il était extraordinairement pourvu d'écus grâce au négoce de ses pères « marchands de draps de soie », il acheta, moyennant 80.000 livres, de Marc-René de Paulmy marquis d'Argenson, l'office de lieutenant-général ; il acheta aussi à beaux deniers comptants Marthon, Blanzac, Larochechandry, en Angoumois, Clairvaux et Thuré, en Poitou (Beauchet-Filleau, Dict. hist. et généal. des familles du Poitou, 1895). Maire perpétuel d'Angoulême de 1697 à 1712, Etienne Chérade concurut avec l'Intendant de Bernage à faire « relever les murs de la place de Beaulieu, embellir la dite place et la faire planter en arbres » (Desbrandes, Hist. d'Ang. ms. t. II p. 1003-4). C'était des ormes qu'on plantait ; en 1758, comme « ils étaient d'une hauteur et d'une grosseur excessives et n'offraient rien d'agréable », ils furent arrachés et vendus 1.200# ; l'année suivante, on planta, à leur place, des ormes d'Orléans qui ne réussirent pas, et auxquels on substitua, en 1761, des tilleuls « qu'on voit encore en 1816, écrit Desbrandes, ayant été pour ainsi dire renouvelés par les tailles réitérées qu'on leur a fait, ce qui ne peut leur assurer une carrière de beaucoup d'années. » (Desbrandes, ibid.)

21. Le fait n'est pas une nouveauté, au XVIIe siècle ;  dès le XIIIe, on le voit déploré dans le Lai de l'Oyselet, qui nous décrit un merveilleux domaine, paré d'un si beau donjon, d'une si belle tour comme on n'en a jamais vu, mais que le gentil chevalier vendit à un vilain, car les villes et les châteaux, en changeant de maîtres, vont toujours de mal en pis. (Conteurs français, Ch. Louandre, Paris, 1873.)

22. Archiv. Dép. E. 81.

23. Consultation et Mémoire, suprà cit.

24. Ibid.

25. Archiv. Dép. E. 48.

26. Le boisseau de Montbron était de 8 mesures ou 24 litres. Le boisseau valait :

En 1537, froment, 5 et 6 sous,
seigle, 3 & 4 —
avoine, 2 & 3 —

En 1566, froment, 28 sous,
seigle, 25 —
avoine, 10 —

En 1637, froment, 26 —
seigle, 16 —
avoine, 16 —

27. Affermé 123# en 1637. Archiv. Dép. E. 53.

28. Arch. Dép. E. 48.

29. Caillaud, notaire à Angoulême. Archives dép. E. 1855.

30. Même notaire. E. 1840.

31. Nous devons ces documents à M. Raballet, juge d'instruction au Tribunal civil de Confolens, qui les a découverts au greffe de ce Tribunal, où ils avaient été déposés par M. Vincent Ducluzeau, avec deux autres commissions de notaire qu'il tenait des Seigneurs du Lindois et des Étangs, en vertu de l'art. 22 de la loi du 29 ventôse an II.

32. Sur le pli est écrit « Du 7 prairial an II ». Titres déposés au greffe par le citoyen Vincent, notaire à Montembœuf. (Suit la transcription littérale de la pièce n° 1).

33. Bulletin de la Soc. arch. et hist., séance du 9 mai 1900, (p. LXI et LXIV).

34. Archives départ. E. 45.

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28 mars 2015

Pastoureau de Nontron

D'après une tradition conservée dans cette famille, un cadet de maison noble du Poitou, fourvoyé dans l'une des bandes de Pastoureaux de 1251, fut blessé dons une rencontre et laissé à Nontron, où il se fixa en prenant et gardant le nom de Pastoureau. Si, à l'appui de cette tradition, nous consultons les documents écrits, nous y trouvons que deux Pastoureau étaient propriétaires à Nontron en 1357, d'après les titres suivants, mentionnés par Doat, vol. 241 :

« 1357... Instrument mentionnant que certaine maison assise au bourc de Nontron, entre le four d'Aixe et la maison de Jacques Peytoureau, est de la fondalité du vicomte die dominica post festum beati Marcialis anno Domini M° CCC° quinquagesimo septimo. — 1857... Acte de la rente due au vicomte sur certain solar portal et autres biens sis à Nontron et appartenant à Jehan Pestorele et Pierre Savenya. Die lune post hiemale festum beati Martini anno Domini millesimo trecemtesimo quinquagesimo septimo. »

Ce Jehan Pastoureau (Pastorelli) serait-il fils ou frère de Jacques, et celui mentionné dans le Dictionnaire de jurisprudence de Guyot, v° ministère public, en ces termes :

« Il n'y eut pas au Parlement d'avocats ou de procureurs du roi avant 1300, Jean Le Bossu et Jean Pastoureau sont cités dans toutes nos annales comme les premiers officiers qui furent appelés avocats du roi. »

Après eux, dans le cours des XIVe et XVe siècles, apparaissent Eymeric, Pierre et Jehan Pastoureau qui descendent probablement du Jacques ou du Jehan Pastoureau de 1357. Il est question des trois frères dans des titres de rente de 1430, 1438, 1439, déjà cités, de Pierre et de Jehan dans une autre du 26 mai 1472 et de Pierre, seul dans deux autres des 24 août 1474 et 3 juin 1476, dans lesquelles ledit Pierre est qualifié de : Prudente et honesto viro petro Pastourelli mercatore et burgeni ville de Nontronii.

Les descendants de Jehan et de Pierre Pastoureau formèrent deux branches : 1° Jehan, qui dut avoir pour fils Dauphin Pastoureau, marié avec sa cousine, Marion Pastourelle, qui ne lui donna que quatre filles et laissa tomber cette branche en quenouille, ainsi que nous l'avons suffisamment démontré plus haut. Jehan Pastoureau eut aussi une fille, Marguerite. 2° De Pierre Pastoureau provinrent Jehan, dit le Vieux, et une fille, Marion, unie à Dauphin. Jehan dit le Vieux se maria avec sa cousine, Marguerite Pastourelle, ainsi qu'il appert du testament dudit Dauphin et de divers titres de rente, notamment d'un acte du 15 avril 1495 consenti par lui et Marguerite Pastourelle, sa femme, Prudente viro Johannes Pastourelli senore mercatore et proba muliere Margarite Pastourelle sua uxore, et portant cession de six sous de rente sur un jardin joignant les prés de Janot, de maître Gérald et de maître Pierre Pastoureau frères, prati Janoti, magistri Geraldi et magistri Petri Pastourelli fratribus.

Ce dernier acte nous révèle l'existence dune troisième branche qui doit provenir d'Eymeric Pastoureau, de 1430, qui dut avoir aussi pour fils Daniel marchand, qui, le 6 août 1480, consentit au seigneur de Nontron une reconnaissance de rente sur une maison dans la ville vieille de Nontron. Nous trouvons encore sur cette branche les renseignements suivants :

« Le 20 avril 1486, noble Pierre de Beaulieu vendit à Jeannot et Gérald Pastoureau diverses rentes sur le tènement de Lascouts, paroisse de la Chapelle-Pommier. Par testament du 33 juin 1503, reçu Blois, notaire, maistre Gérald Pastoureau, licencié ès-lois de la ville de Nontron, fonda dans l'église du monastère de St-Pardoux-la-Riviere quatre anniversaires à célébrer après quatre festes de Noël, Toussaints, Pasques et la Pentecoste, pour un sestier froment, huit sols argent et une poule sur le mainement de Cossevigne, paroisse d'Abjat, plus quatorze boisseaux froment, quinze seigle, dix advoine et dix sols argent sur le village de Lascouts, paroisse de la Chapelle-Pommier. Avant sa mort, et le 2 octobre 1505, ledit Gérald fonda à Nontron une vicairie dite Nostre-Dame-de-Pitié, à laquelle ses descendants nommèrent le titulaire en 1514. Jeannot dut se marier avec Louise Pastoureau qui, dit Nadaud dans ses mémoires manuscrits I, p. 114, fut femme de Jean, marchand de Nontron, testa le 22 mars 1523 et veut trois cents prêtres à son enterrement, autant à la septaine et autant au bout de l'an. Ils durent avoir pour fille Jeanne, veuve de Mathurin Poisson, avocat au présidial de Périgueux, d'après deux reconnaissances de rentes à elle consenties le 9 décembre 1535 et où elle est ainsi dénommée : Nobilia Johanna Pastoureau vidua honorabili et seneschali viri magistri Pissis cum vivebat advocati in curia presidiali et seneschali petrocorensis. Quant à Pierre Pastoureau, licencié ès-lois, nous ne trouvons sur lui aucun document écrit, à moins de supposer qu'il devint le chef de la branche des Pastoureau, seigneurs d'Ordière en Poitou et à lui rattacher, ou à ses descendants, les alliances suivantes, indiquées par Nadaud : Louise Pastoureau éponsa N. Paulte, dont la fille, Antoinette, épousa François de Bousiers, écuyer, le 29 novembre 1579. Le 27 mai 1515, Françoise ou Antoinette Pastoureau épousa Martial Audier, conseiller au parlement de Bordeaux, seigneur de Montcheuil. Le 1er août 1594, Josias de Livron, écuyer, épousa Esther Pastoureau, fille de Jean Pastoureau, escuyer, seigneur d'Ordières, et de Jeanne Travers. Le 5 décembre 1512, Hélie Couradin, sr du Vignaud, épousa Anne Pastoureau. Le 14 mai 1623, Jeanne Pastoureau épousa Jean des Hoches, fils de Jonathan, sr de Douzat, et de Marguerite du Sault. Le 23 avril 1628, Pierre de Moneys, chevalier, épousa Esther Pastoureau. En 1650, Jean de Montfrebœuf, sr de La Nadalie, épousa Marie Pastoureau.

Mais revenons aux Pastoureau de Nontron et à la branche de Jehan dit le Vieux, qui, de son mariage avec Marguerite Pastourelle, eut : l° Jean, qui suit; 2° François, d'après le testament, en 1505, de son oncle Dauphin Pastoureau.

Dauphin, dit le Jeune, Prudente viro Pastourelli junior burgeni et mercator ville Nontronii, d'après des titres de rentes de 1487 et de 1508. De son mariage avec Marguerite Régis ou Roy, il eut trois enfants, ainsi qu'il appert d'une reconnaissance du 9 janvier 1514 consentie en faveur de sa veuve, honesta muliere Regina vidua Pastourelli junior, comme légitime administratrice de François, Jean et Estienne, leurs fils François, entré dans les ordres, devint abbé de Blanzac, et Etienne paraît être décédé sans postérité, car ses deux frères figurent seuls dans divers titres de rente des années 1519, 29, 30, 31, 32 et 1535 en ces termes : « Au profit de saige homme Jehan Pastoureau, marchan, fils de Jehan Pastoureau, dict Capduc, par le temps qu'il vivoit, marchand de Nontron, tant pour luy que pour vénérable personne mestre François Pastoureau, prestre, abbé de Blanzac. »

Jehan Pastoureau est aussi qualifié de Toutbon dans une reconnaissance du 4 janvier 1524, consentie au seigneur de Nontron par lui et François Pastoureau, son frère.

Jehan Pastoureau, dit Toutbon, se maria avec N..., dont il eut Thibeaud et, probablement : 1° Louise, à laquelle fut consentie le 10 janvier 1542, par Anne Goulard, veuve de maistre Jehan de Puisillon, seigneur de La Faye, une reconnaissance mentionnée dans le terrier de la famille Pastoureau. Elle se maria, d'après Nadaud, avec N... Paulte et en eut Marguerite, qui épousa, le 29 novembre 1579, François de Hougier, écuyer; 2° et Charlotte, qui se maria, vers 1564, avec noble Martial Guyot.

Thibeau Pastoureau, seigneur de La Grange, qualifié de lieutenant des Roy et Reyne de Navarre dans leur ville et baronnie de Nontron, dans divers actes de rentes de 1550, 77, 82, 84, 86, 88 et 1597. Il se maria avec Marguerite de Labrousse, de laquelle il eut : 1° Florence, mariée le 4 janvier 1617 avec Annet de Pindray, écuyer, sr de La Neulhie, dont 1° Pierre, marié le 28 août 1647 à Charlotte de Saint-Laurent, de laquelle Jacquette, mariée le 3 juin 1692 à Claude de Conan, dans les archives duquel nous avons recueilli une partie des terriers et des titres de la famille Pastoureau; 2° François de Pindray, décédé sans enfants, et 3° Isabeau, mariée à Hereuillais de Massougnes, escuyer, seigneur du lieu noble de Chamfaron, suivant contrat de mariage du 20 janvier 1649 par lequel le père de la future lui constitue :

« Tant dans la succession de deffuncte damoiselle Florence Pastoureau, sa mère, que de deffunct Pierre Pastoureau, escuyer, sr de La Grange, son oncle maternel, de demoiselle Marguerite de Labrousse, son ayeule maternelle, que de feu François de Pindray, escuyer, son frère germain, la moityé de certaine maison noble sittuée en la place appelée de La Cayo, en la ville de Nontron, commune et indivise avec Pierre de Pindray. escuyer, sr de Lacau, son frère germain, avecq la moityé de toutes les rentes aussy indivises par moityé entre sondit frère... et tout ainsi que lesdites maisons et rentes leur sera escheus par la succession dudit Pierre Pastoureau... par le contrat de transaction partage du 26 mars 1630, devant Amblard et Lenoble, notaires royaux ».

III° Ledit Pierre Pastoureau, décédé au repaire noble de La Grange, paroisse de Nontron le 27 août 1627 et sans enfants de son mariage du 25 septembre 1623 avec Jehanne Védrenne fille de Léonard Védrenne, juge des juridictions d'Augignac et Savignac.

IV° Autre Pierre Pastoureau, marié avant 1596 avec Florence de Lacroix, d'après l'acte de baptême d'Honorette, leur premier enfant, du 20 octobre 1596, et décédé avant 1603, suivant acte du 14 avril de cette année, portant vente de certains fonds à M. Pierre Maillard, seigneur de Lafaye, par Florence de Lacroix, veuve de Pierre Pastoureau. De ce mariage : 1° Honorette, baptisée en 1596, ayant pour parrain Thibeaud Pastoureau, son grand-père, se maria le 17 janvier 1617 avec François Texier, docteur en médecine; 2° et François, marié avec Marguerite de Labrousse, dont Helie, baptisé le 30 novembre 1636.

V° François Pastoureau, sr de La Serve, marié, le 29 novembre 1626, à Bertrande de Labrousse, fille d'Helie de Labrousse, sr des Chapoulies, et de Jehanne de Camain, de laquelle provinrent : 1° Helie, baptisé le 6 janvier 1628, ayant pour marraine Marguerite de Labrousse, sa grand-mère, marié à Marie Villariaud, dont François et Anne, d'après le testament de leur tante, Honorette, du 20 janvier 1697 ; ledit François marié avec Marie Pastoureau, dont Pierre qui, de son mariage, eut une fille, Françoise, mariée le 16 février 1749 à Léonard Bouthinon, sr de Beaumont ; et un fils, François, baptisé le 18 septembre 1721, ayant pour parrain François Pastoureau, son bisayeul. Ledit François, sr du Buisson, se maria avec Marie Bouthinon des Essards, dont il eut une fille, Marie, qui, suivant contrat du 8 février 1776, avec Pierre Grolhier, assistée de ses père et mère, et de Pierre Pastoureau, sr de Lasserve, son ayeul, habitant tous, y est-il dit, au fief noble du Buisson, paroisse de Javerlhac, et deux fils, Pierre, sr du Buisson, et autre Pierre, sr du Coutirand, d'après une assignation du 18 janvier 1787, à la requête de Léonard Grolhier, contre ces derniers, et Marie Bouthinon, leur mère, veuve de François Pastoureau. Ledit Pierre Pastoureau, sieur du Coutiran, se maria avec Marie Bernard, dont Martial, marié le 10 août 1831, avec Catherine Pastoureau-Lannet, représentés de nos jours par leurs quatre fils, parmi lesquels Pierre-Henri Lorenzo Pastoureau, actuellement chef de bataillon au 61e régiment de ligne et chevalier de la Légion d'honneur ; 2°  Thoynette, baptisée le 4 novembre 1629, ayant pour parrain Charles Pastoureau, frère de son père ; 3° Honorette, le 13 novembre 1633 ; 4° François, le 19 janvier 1635, marié avant 1671 à Catherine Chaperon et en 1675 avec Anne Laud, dont plusieurs enfants; 5° Antoinette, mariée en août 1653 avec Jean Dubarry ; 6° et Estienne, baptisé le 2 août 1642, et dont les descendants se divisèrent en plusieurs branches, dont deux sont encore représentées de nos jours, savoir :

Du mariage d'Etienne Pastoureau, sr du Coutiran, avec Sibille Desages, du 22 novembre 1695, provinrent trois enfants qui partagèrent leurs successions le 12 mai 1730 : François, Helie et autre François.

1° François Pastoureau, baptisé le 29 août 1699, fut avocat et juge de St-Martial et de Bernardière, et se maria avant 1734 avec Marie de Labrousse, dont il eut, de 1734 à 1754, onze enfants, parmi lesquels François, baptisé le 21 juin 1753 et marié le 19 mai 1787 avec Marguerite de Jalanihat, habitant à Javerlhac, suivant contrat où il est qualifié d'ancien sergent-major du régiment de la marine, fils de feu François Pastoureau du Coutiran et de Marie de Labrousse.

2° Helie Pastoureau, sr de La Besse, second fils d'Etienne, se maria avec Anne Reynier avant 1742. Leur premier ne, Mathurin, ayant été baptisé le 24 avril de cette année ; leur second fils, Pierre, le fut le 1er août 1750. Ce dernier fut avocat en parlement, juge d'Abjat et Savignac de 1770 à 1789, maire de Nontron, puis juge de paix de 1823 à 1830. Il eut de son mariage avec Marguerite Marcillaud du Genest deux filles, dont l'une représentée aujourd'hui par M. le marquis de La Garde, son petit-fils, et l'autre par les familles Marcillaud de Goursac, de Gandillac et de Jaurias. Il en eut aussi deux fils, l'un, lieutenant-colonel d'artillerie, officier de la Légion-d'Honneur, marié à demoiselle Lapeyre de Bellair, dont un fils, ancien officier des eaux et forêts, et deux filles entrées dans les familles de Teyssière et Baignol, enfin, Jean, fils aîné, marié à demoiselle Marguerite de Labrousse, fille de Pierre de Labrousse, sr du Bosfrand, avocat et subdélégué de l'intendance de Bordeaux, et de demoiselle Françoise de Reix. De ce mariage provinrent quatre enfants, dont celui qui représente actuellement cette branche de la famille Pastoureau, Jean-Baptiste, ingénieur en chef de la marine en retraite, officier de la Légion-d'Honneur, résidant à Bordeaux, a épousé demoiselle Henriette Perrier, fille de sir Anthony Perrier, chevalier, consul de Sa Majesté Britannique, de laquelle sont provenus trois filles et un fils, André William-Paul, capitaine, en premier, d'artillerie.

3° Autre François, sr du Coutiran, qui, de son mariage avec Marie de Labrousse, en eut François, baptisé le 6 août 1731, lequel se maria avec Marie Pourteyrou, laquelle lui apporta le fief noble de La Meynardie, paroisse de Siorac-de-Ribérac, dont il prit le nom. Le 26 mai 1757, il fut nommé contrôleur ordinaire des guerres, et décéda célibataire, après avoir légué tous ses biens au susdit Pierre Pastoureau, son cousin-germain.

VI° Le sixième enfant de Thibaud Pastoureau et de Marguerite de Labrousse fut Charles, qui fit les branches du Tallet, de La Grange et de Lannet. Le 31 décembre 1609, ledit Charles, sr du Tallet, donna à bail à rente le moulin Vicomteau, près de Nontron. Il se maria en 1615 avec Marguerite Cholet, de laquelle il eut huits enfants, parmi lesquels : Dauphin, né le 7 juin 1620, sr de La Grange et de Lannet, qualifié de « capitaine de Nontron » dans l'acte de baptême du 4 décembre 1651 d'autre Dauphin Pastoureau. Il se maria en 1642 avec Anne Dufaure, décédée en 1652, se remaria en 1655 avec Jeanne-Zélie Dohet et décéda le 11 janvier 1690 à La Grange-de-Lannet, paroisse de la Chapelle-Nontronneau, lieu de sa résidence. Il fut inhumé dans la chapelle St-Jean-des-Cordeliers, dans les tombeaux de la famille et selon les prescriptions de son testament de 1689, mentionnées dans notre chapitre des institutions religieuses. Du second mariage provint Jean Pastoureau, marié en 1695 avec Françoise Feuillade, de laquelle il eut autre Jean, marié à Jeanne Pourten, de Magnac, et dont la descendance est aujourd'hui représentée par le commandant Pastoureau, fils de Catherine Pastoureau-Lannet, mariée en 1831 avec Martial Pastoureau, de la branche Coutiran du Buisson.

Un autre des enfants de Charles fut François Pastoureau, né en 1626, lequel devint avocat, conseiller du roi, écuyer, conseiller enquêteur et examinateur en l'élection de Périgueux. De son mariage avec Marguerite Roy, il eut Pierre, qui fut aussi avocat et conseiller du roi en ladite élection. Ledit Pierre Pastoureau, sr de Goulières, se maria en 1699 avec Marguerite Eyriaud, dont il eut dix enfants, réduits à quatre d'après le partage de sa succession du 2 février 1737, suivant acte reçu Grolhier, notaire, savoir : 1° Suzanne, épouse de Michel Martin, écuyer, seigneur de Jaillac, demeurant au château des Landes, paroisse de Merlande, et dont un oncle avait été prieur de Nontron ; 2° Jean de Labrousse, sr du Bosfrand, avocat et juge du marquisat du Bourdeix et de la baronnie de Champniers, subdélégué, comme administrateur légal des enfants issus de son mariage avec demoiselle Bertrande Pastoureau ; 3° autre Bertrande Pastoureau, épouse de Jean Feuillade, sr de Laterrière ; 4° et Pierre Pastoureau, sr de La Serve, comme mari de demoiselle Marie Pastoureau. Cette branche, tombée en quenouille, est représentée, du côté des Feuillade, par les familles Ribeyrol et Roussilles Laforet, et, du côté des Labrousse, par les familles Nadaud, Devars et par M. l'ingénieur Pastoureau.

Telles ont été les principales branches de cette famille Pastoureau, dont le nom se retrouve à chacune des époques et des phases de notre histoire locale, ainsi que de la majeure partie du Nontronnais.

Ribault de Laugardière

(Société historique et archéologique du Périgord, 1888)

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