16 décembre 2019

L'assassinat du lieutenant particulier au présidial d’Angoulême

« Affaire du Sr Roger de Raymond, assassin de Jean Arnauld, écuyer, Sr de Bouex, lieutenant en la Séné­chaussée et Siège Présidial d’Angoulême. »

Trois Mémoires pour cette affaire, les deux premiers de l'année 1722 (Paris, chez Delatour et Simon, impr. du Par­lement, rue de la Harpe, aux 3 Rois, 1722) pour dame Jeanne Dexmier, Vve de Jean Arnault, etc. — le 3me inti­tulé : Précis pour Messire Noël Arnault, chevalier, Sr de Bouex, ancien Maître des Requêtes, etc., etc. (Paris, chez P.-G. Simon, imp. du Grand Conseil du Roy, rue de la Harpe, 1748).

— Arrêt du Conseil du Roi tenu à, Fontainebleau le 30 septembre 1748, qui annule l’arrêt du Parlement de Paris, et ordonne que le jugement du Présidial d’Orléans du 4 dé­cembre 1698 et ceux qui l’ont suivi seront exécutés.

— Le 15 avril 1749, M. de Chenon (Dexmier de Chenon) annonce à M. de Bouex que M. de Raymond est mort en Bavière. En 1746, il avait obtenu des lettres d’abolition.

Exposé de l’affaire

Roger Raymond est fils de Joseph Raymond et de Jeanne de Lespinay : les violences et les excès conti­nuels de ses père et mère sur les gens du pays furent dénoncés en 1686 à M. le Procureur général (c’était alors M. de Harlay), qui fit commettre par arrêt du Parlement le lieutenant-criminel de Poitiers pour en informer, à la requête de son substitut, et faire et par­faire le procès aux accusés. Le procès fut instruit par contumace contre le mari et 8 ou 10 de ses complices ; ils furent condamnés à mort par sentence du 18 mars 1687.

En 1688, lors de la Chambre souveraine des Grands Jours, à Poitiers, Joseph Raymond se confiant sur le crédit de quelques personnes puissantes qui le proté­geaient, se mit en état dans les prisons de la même ville. Dans le cours de l’instruction du procès, sa femme se trouva aussi criminelle que le mari ; elle fut décré­tée et constituée prisonnière ; le procès fut fait à l’un et à l’autre conjointement, et par arrêt du mois de jan­vier 1689 ils furent tous deux condamnés à un bannis­sement de neuf ans, en 10.000 livres d'intérêts civils envers divers particuliers, en des amendes, des aumô­nes et aux dépens. Tous leurs biens étaient saisis réellement et en bail judiciaire, il y avait déjà longtemps, ils étaient accablés de dettes.

Dans cet état malheureux où leur mauvaise conduite les avait réduits, le feu Sr Arnauld fut le seul qui, tou­ché de compassion, leur tendit les mains et leur donna des secours ; il les assista de son crédit et de sa bourse ; il paya de ses deniers, en leur acquit, les condamna­tions pécuniaires prononcées contre eux ; leur procura leur liberté et la main-levée de leurs biens. Il était déjà leur créancier, d’ailleurs, de sommes considérables ; il eut la facilité d’accepter pour son remboursement, et en déduction de partie de ses créances, la vente qu’ils lui firent sous une faculté de réméré de 9 ans de la terre du Breuil, qu’ils avaient inutilement cherché à vendre depuis deux ans, moyennant une somme de 30,800 li­vres, qui était de beaucoup au-dessus de la valeur ; le contrat est du 28 octobre 1691. — Roger Raymond était alors âgé de 18 ans, et émancipé ; il intervint dans le contrat sous l’autorité du sieur de La Motte-Coutan, son curateur, vendit conjointement et solidairement avec ses père et mère, et promit de ratifier après sa majorité. Il s’est trouvé d’un aussi mauvais caractère que ses père et mère et le fit connaître en 1692 par deux assasinats, pour raison desquels il fut poursuivi extraor­dinairement et dont il fut obligé d’arrêter les poursuites par des traités avec les parties civiles. En l’année 1698, il résolut de forcer le sieur Arnauld de lui remettre la terre du Breuil, non seulement sans lui en rembourser le prix et les améliorations, mais encore sans lui don­ner aucune sûreté pour son remboursement ; et, pour cela, il le suivit à Paris, où le Sr Arnauld s’était rendu pour quelques affaires ; mais, pour comble de noir­ceur, il abusa de la simplicité et de la bonne foi de la dame Arnauld. Il tira d’elle les moyens qu’il n’avait pas de lui-même de faire ce voyage, qui devait être si funeste à elle, à son mari et à ses enfants. Roger Ray­mond avait eu 25 ans accomplis au mois d’avril, de cette même année ; il alla trouver la dame Arnauld, rectifia le contrat de vente de la terre du Breuil, et, par ce témoignage apparent de vouloir l’exécuter, il tira artificieusement d’elle le prêt d’une somme de 2.500 livres en lui faisant entendre que c’était pour venir à Paris terminer quelques affaires, dont il devait lui revenir des deniers suffisants pour rembourser son mari et retirer la terre.

Avec cet argent, il se rendit a Paris ; il y pressa le Sr Arnauld par des menaces de lui remettre sa terre sans aucun remboursement et même sans sûreté pour le recevoir. Une proposition si injuste fut rejetée par le Sr Arnauld. Ayant appris qu’il vient de partir avec le messager, pour retourner à Angoulême, le Sr Roger Raymond n’écoute plus que le dépit et la rage. II prend la poste, atteint le messager à Etampes, va trouver le Sr Arnauld dans son auberge et le menace de le tuer s’il ne donne un désistement pur et simple de son acte d’acquisition. Mêmes propositions, mêmes menaces à Toury et à Orléans.

Le Sr Raymond, résolu de ne pas différer plus long­temps l’exécution de son malheureux projet, passe la nuit entière à Orléans à faire raccommoder ses pistolets et a les essayer ; le lendemain, il court après le mes­sager, joint le Sr Arnauld qu’il trouve seul, et, sans lui donner le temps de se reconnaître, ni de se défen­dre (2 septembre 1693), il le tue de deux coups de pis­tolets, prend la fuite et passe en Bavière. La veuve du Sr Arnauld fit instruire à grands frais la contumace au Présidial d’Orléans ; l’instruction fut d’abord sus­pendue par ordre de la Cour. Louis XIV se fit repré­senter les charges : sur la lecture qui en fut faite, il fut donné un nouvel ordre au Présidial d’Orléans pour achever la procédure et juger. — La compétence du Présidial ayant été jugée, sentence le 4 décembre 1698, qui « déclare Roger Raymond atteint et convaincu d’avoir méchamment et de dessein prémédité assassiné le Sr Arnauld, le condamne à être rompu vif, en 3.000 livres pour une fondation de messes, en 60.000 livres de réparations civiles envers la veuve et les enfans du Sr Arnauld, et en 500 liv. d’amende. » Cette sentence fut exécutée en effigie.

Comme on le voit, il y avait un assassinat prémé­dité, fait de guet-à-pens, commis sur un grand chemin en la personne d’un magistrat, à qui l’assassin et sa famille avaient les obligations les plus essentielles ; et la dame Arnauld peut dire, avec confiance, que depuis 16 ans et plus le feu Sr Arnauld son mari servait avec distinction et l’approbation des premiers magistrats et du public, tant dans sa charge de lieutenant parti­culier que celle de lieutenant général qu’il exerçait pour l’absence de M. d’Argenson.

La famille du Sr Ravmond emplova les sollicitations les plus pressantes pour obtenir sa grâce. Des person­nes de considération, qui s’intéressaient pour R. Ray­mond, en ayant demandé la grâce au feu Roi de glo­rieuse mémoire, S. M., qui avait peine de la refuser aux protecteurs, voulut s’instruire du fait par elle-même, et après la lecture qu’elle s’en fit faire par M. de Barbezieux, elle déclara hautement que l’ac­tion était trop énorme pour lui permettre d’en accorder jamais la grâce ; et, depuis, quelque puissance que Ro­ger Raymond ait employée, elle a rejeté les instances et n’a pas même voulu souffrir qu’il profitât des ren­contres qui se sont présentées où les autres criminels trouvent leur grâce.

En 1704, M. le duc de Bavière, pour lors allié de la France, la demanda avec instance : « mon cousin, lui répondit le Roi, je ne l’accorderais pas à mon frère, s’il me la demandait. »

M. de la Vrillière a connaissance de ce fait, et peut témoigner en outre que le Roi l'ayant commis pour arrêter le rolle des criminels qui devaient à l’entrée de Mr l’évêque d’Orléans profiter du privilège de cette église, lui recommanda sur toutes choses de n’y point employer Roger Raymond. M. le Garde des Sceaux sait aussi que dans le même temps et dans la même occasion le Roi lui ordonna d’écrire à Mr l’évèque d’Orléans, son frère, qu’il exigerait de lui de ne point faire espé­rer de grâce à Roger Raymond.

Enfin, il y a deux ans (1720) que Mgr le comte de Charolais étant de retour de Bavière, R. Raymond eut re­cours à la protection de Mgr le duc, mais S. A. S. ayant été informée de la qualité de l’action en eut tant d’hor­reur qu’il eut la bonté de faire dire à la dame Arnauld qu’il n’en parlerait point.

Nouvelles tentatives en 1722 et 1727 ; nouveaux refus. Ce n’a été qu’en 1746, après avoir tenté inutilement de faire casser, par le Conseil, la procédure du Présidial d’Orléans, que le Sr de Raymond est parvenu, en dé­guisant les faits principaux, à surprendre de la reli­gion de S. M. des lettres d’abolition.

N. B. Il faut observer que par la mort du Sr Arnauld la charge de lieutenant particulier, dont il était revêtu, qu’il avait achetée 30.000 livres, tomba aux parties ca­suelles et fut enlevée à la famille ; d’un autre côté, les frais que la veuve du Sr Arnauld a faits en différents temps, pour venger la mort de son époux, montent à plus de 25.000 livres.

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1920)

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15 décembre 2019

Mercure de France

Dame Catherine-Valérie de RenneI, veuve de Messire René de Lageard, marquis de Gresignac, ancien capitaine au régiment Dauphin-Infanterie, mourut au château de Beauregard en Périgord, le 13 février dernier. Elle étoit fille de Charles-Jean de Rennel d'Audilly, Comte du S. Empire, conseiller d'Etat & maître des requêtes de S. A. R Léopold I. Duc de Lorraine. Cette Dame étoit extrêmement recommandable par la beauté de son génie, sa grande érudition & encore plus par toutes les vertus qu'elle a pratiquées avec édification jusqu'à sa mort. Elle réunissoit en elle toutes les rares qualités qui peuvent former une personne accomplie; ce qui lui avoit attiré l'admiration de sa province, dont elle a fait les délices pendant le cours de sa vie, qui a été d'environ 80 ans.

Source : Mercure de France, 1752.

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Propos contre-révolutionnaires en prairial II

Léonard Lageard Gresignac Jeune ci-devant noble dit Chevalier habitant la commune du Jeune Mareuil (?), est dénoncé par la Société populaire de Mareuil ; cet ami de Montardy émigré, dit « que les assignats provoquent la vie chère, qu'on trouve à Rayonne toutes sortes de marchandises anglaises pourvu qu'on ne les paye pas en assignats, et aussi que les français ne réussiraient pas leur révolution car les pots de terre ne cassent jamais les pots de fer. »

Source : Nontron et le pays nontronnais, de Jacques Lagrange.

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Lageard émigré

Lageard (Léonard, Chev. de) : fils de Jean-François, Sgr de Grésignac et de Madeleine de La Pisse - lieut.-col. - attaché à la personne des enfants du Cte d'Artois pour la partie des mathématiques et des fortifications.

Emigra - campagne de 1792, armée des Princes, aide-maréchal gén. des logis de l'armée - gentilh. de la manche du duc de Berri, 1794 - col. de dragons - maréchal de camp, 1er août 1795 - envoyé en mission en Ecosse, 1800.

A. G. : 3501 - Espinchal.

Source : L'émigration militaire, de Jean Pinasseau.

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Preuves de René de Lageard

Lageard de Gressignat (René de). — Périgord. D'azur à un lion d'argent armé et lampassé de gueules etun croissant d'argent posé au dessus de la queue du lion.

VII. Laurent de L., cons. au go conseil, sénéchal d'Angoumois, viv. 1555, x Gabrielle de Salignac.

VI. Geoffroy de L., chev., sgr de Cherval, sénéchal d'Angoumois, x c. 1-X-1571 Geneviève Arnauld.

V. Philippe de L., chev., sgr de Cherval, sénéchal d'Angoumois, x c. 27-VI-1599 Renée Goullard de Thouvenac.

IV. Pierre de L., chev., sgr de Beauregard, m. n. par Pellot le 9-XII-1666, x c. 17-I-1655 Antoinette de La Brousse.

III. René de L., chev., cap. au rég. Dauphin, x c. 19-X-1696 Catherine Valerie Renel d'Andilly.

II. Jean François de L., chev., sgr de Grezinat, x c. 23-I-1737 Madeleine de La Pisse.

I. René de Lageard de Gressignat, né le 23-XII-1737, bapt. le 24 à Mareuil (St-Pardoux).

Preuves du 27-IV-1756. (fr. 32.108, fol. 151)

Source : Les pages de la Grand écurie, de François Bluche.

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Quelques négociants et hommes d'affaires

Un nom très répandu dans le monde économique de la ville à la fin du XVIIIe siècle, celui des Sazerac. Non pas qu'ils détiennent les plus grosses fortunes du négoce local ni qu'ils aient atteint le plus haut degré de la notabilité (cela viendra plus tard) mais ils comptent par le nombre et la somme de leurs activités. Dans la décennie révolutionnaire, ils sont tous issus des mariages de deux frères Sazerac avec deux sœurs Clavaud, autre grand nombre sur la place. Louis, l'aîné (1709-1788), avait épousé Marguerite Clavaud dont il a eu onze enfants, Bernard le cadet (1715-1774) dit Sazerac des Roches et Marie Charlotte Clavaud ont eu dix-sept enfants. Une maison de commerce au nom de Louis Sazerac l'aîné et fils existe, rue des Trois-Notre-Dame, paroisse Saint-André à compter de 1766, et elle sert de commissionnaire dans deux commandes de canons pour le gouvernement des États-Unis en 1779 et 1780 pendant la guerre d'Indépendance. Elle pratique le commerce avec le nord de l'Europe, et elle est versée dans la production et le négoce des eaux-de-vie et des papiers. La tradition est continuée par le second des fils de Louis, Bernard, le fondateur de la lignée des Sazerac de Forge (1741-1791) et c'est lui qui propose au comité de la ville d'Angoulême, en septembre 1789, de passer une commande de blés en Allemagne. Quant aux enfants de Bernard Sazerac des Roches, poursuivant une tradition de famille, ils sont faïenciers et négociants, et l'aîné Jean-Baptiste finira directeur des carrosses et de la messagerie royale d'Angoumois à la suite de son beau-père. C'est aussi un Sazerac qui tient la blanchisserie de cire.

Autre réussite dans les affaires, celle de la famille Clavaud sur deux générations au XVIIIe siècle. Le père Laurent Clavaud, « maître boutonnier » dans les années 1720, gros négociant dans la quincaillerie, les outils en fer importés d'Allemagne, la tonnellerie, les graines et les épices dans les années 1760. Les deux fils : Jean l'aîné (1733-1834) et surtout Guillaume le cadet (1739-1816) continuent l'entreprise paternelle et lui donnent un nouvel essor. Guillaume entrera à la mairie d'Angoulême en 1790 comme notable. Tout un réseau de liens matrimoniaux, contrats d'affaires, prêts d'argent, engagements familiaux s'est établi entre différentes familles : Sazerac, Clavaud, Buchey (orfèvre), Huet (marchands de draps), Caillaud (notaire).

Mais le principal négociant de la ville dans l'époque révolutionnaire, semble devoir être Marchais-Laberge, le fils aîné du maire de l'Ancien Régime (1758-1833) : dans les moments les plus critiques de la crise des subsistances, c'est à lui que les responsables révolutionnaires ont recours, et en prairial an II, au plus fort de la Terreur, le représentant en mission Romme le fait entrer à la mairie comme notable, en même temps qu'un simple cordonnier.

L'un des effets de l'inflation et du dérangement économique général sous la Révolution, sera de bouleverser la hiérarchie des revenus et des bénéfices. Certains négociants, avantagés par leurs chiffres d'affaires, passeront devant les propriétaires fonciers dont les loyers et les baux à ferme prenaient du retard par rapport au coùt de la vie. Cette évolution des revenus et des bénéfices a ses répercussions sur les emprunts forcés payés par les riches : alors que celui de septembre 1793 semble frapper en tête les propriétaires de biens-fonds, l'emprunt forcé de frimaire an IV (décembre 1795), au paroxysme de l'inflation et deux mois avant l'arrêt de l'émission de l'assignat, qui prévoyait seize classes d'imposables, place toute à fait en haut, au taux le plus élevé : Laberge père, négociant (il ne peut s'agir que de Marchais-Laberge), pour une somme de 4 000 livres en numéraire ou 400 000 en assignats, et derrière lui trois autres imposés dont un maître de poste pour 1 500 livres ou 150 000 et le député Maulde de l'Oisellerie pour les mêmes chiffres... et immédiatement après, dans la deuxième classe des plus imposés, Jean Sazerac pour 1 200 livres ou 120 000... Ainsi pour un temps, les agents du monde économique, à cause de leurs liquidités, pouvaient rejoindre dans l'échelle des impositions les gros propriétaires fonciers. Il s'agissait, il est vrai, de taxes révolutionnaires assez mal et injustement réparties (surtout le second emprunt forcé) ne présentant pas la fiabilité de la contribution foncière.

Une profession du monde des affaires, absente d'Angoulême en 1789 et pendant la Révolution, celle de banquier, comme si l'affaire de 1769 avait porté un coup fatal à cette activité, il est vrai encore mal organisée en dehors des grandes villes, se présentant comme un prolongement du négoce lui-même. Cette absence signifiait aussi que le prêt privé était à peu près le seul à être pratiqué et il faut aller aux inventaires après décès pour le découvrir, caché au sein des familles.

(La Révolution française à Angoulême)

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La fête de la déesse Raison

Bien avant la venue d'Harmand, depuis l'été 1792, une nouvelle législation se développait et se renforçait, atteignant à présent le clergé constitutionnel : le nouveau serment de liberté-égalité, d'août 1792, mieux accepté d'ailleurs que celui de la Constitution civile du clergé, et auquel les curés adhèrent sans difficultés, la loi autorisant et encourageant le mariage des prêtres, l'interdiction du port du costume ecclésiastique, la suppression des vicaires épiscopaux (septembre 1793). C'est à l'automne de 1793, dans une campagne organisée et généralisée à l'ensemble de la République, que le coup fatal était porté à l'Église constitutionnelle, et en Charente c'est l'ancien séminariste Harmand qui en fut le promoteur et l'agent. L'un des moments clefs de l'entreprise fut la fête de la déesse Raison le 10 frimaire dans la ci-devant cathédrale d'Angoulême. Le représentant Harmand s'était occupé personnellement de la transformation de l'église en faisant disparaître toutes les marques de l'ancien ordre des choses. Pendant une quinzaine de jours, une équipe d'une trentaine d'ouvriers y avait travaillé jour et nuit, à raison de 50 sous par jour ou nuit. Il n'est pas sûr que toutes les autorités du lieu, même les plus avancées, aient approuvé l'initiative du représentant en mission. Dès le lendemain de la fête, Harmand commandait de nouveaux travaux, alors que Latreille du département faisait savoir à l'entrepreneur qu'il n'y avait pas de fonds pour les continuer, et c'est ainsi qu'en l'an VII la deuxième tranche de travaux exécutés n'était pas encore payée. D'autre part, certains responsables semblent avoir boudé la cérémonie du 10 frimaire, et le récit qu'en fait Quignon, qui n'est pas toujours fiable, ne correspond ni pour la date ni pour les discours prononcés à ce que nous en savons par ailleurs. Une absence remarquée, celle du maire Marvaud. Les discours de Harmand et François Trémeau, le procureur général syndic du département, ont célébré l'athéisme officiel et la supériorité de la philosophie rationaliste qui trouve son idéal en l'homme. Une demoiselle de la ville du nom d'Aubert-Bouniceau, fort belle d'après Quignon, symbolisait en l'occurrence la déesse Raison. Cette fête devait être reprise dans les chefs-lieux des districts et des cantons. Notons pour terminer que les registres officiels (département, district et municipalité) sont soit silencieux soit seulement allusifs à son sujet.

(La Révolution française à Angoulême)

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Noblesse récente et bourgeoisie

C'est dans la noblesse de robe ou de cloche que nous trouvons les plus belles fortunes de la place d'Angoulême. Mais il suffit de remonter quelques générations en arrière pour trouver le marchand qui est à l'origine de l'ascension sociale, doublée d'un enrichissement matériel, mais les deux ne vont pas nécessairement de pair, tantôt il peut y avoir seulement maintien, et, dans d'autres cas, appauvrissement. De toute manière ce n'est pas la fonction judiciaire ou administrative qui enrichit, et l'office n'est qu'un élément évalué comme les autres biens de la famille.

D'ailleurs, bourgeois seulement titrés et bourgeois anoblis sont entremêlés et ne se distinguent guère, mais lorsqu'il va falloir voter pour les états généraux chacun devra rejoindre son ordre.

En 1789 le personnage le plus considérable, sinon le plus représentatif, de cette noblesse de robe, et qui a réussi, est Pierre Arnaud de Ronsenac, le procureur du roi au présidial. La famille avait été anoblie, deux générations auparavant, avec Pierre Arnaud, conseiller au présidial et maire d'Angoulême, en 1721-1723, la fortune s'est considérablement agrandie sous André Arnaud pour atteindre son apogée avec la troisième génération Pierre Arnaud de Ronsenac (1731-1813). Ce dernier atteint un niveau de fortune qu'il faut se garder de généraliser et qui représente même un cas limite de réussite par une meilleure gestion de ses biens immobiliers et seigneurieux, un train de vie plus calculé, moins dispendieux et moins généreux, partagé entre la maison de la paroisse Saint-André et les différentes demeures à la campagne. Mais ce personnage riche et puissant avant 1789, était aussi affairiste et intriguant, il avait des ennemis dans la ville à cause de son action dans l'affaire des banquiers. La Révolution met fin à sa toute-puissance, Arnaud-Ronsenac est hostile aux changements, père d'émigré, suspect et détenu... mais ces malheurs feront disparaître toute différence entre noblesse traditionnelle et noblesse plus récente.

(La Révolution française à Angoulême)

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Activités multiples de L'Houmeau

L'Houmeau, à cause du port, est le principal faubourg industriel de la ville, et la paroisse de Saint-Jacques est la plus taxée, en fonction, non des fortunes, mais du grand nombre d'activités. Une partie du commerce du vin et des eaux-de-vie de l'Angoumois passe par L'Houmeau, en direction des provinces de l'intérieur. Les marchands du commerce du bois mérain sont établis ici, et pour une fois Munier donne des chiffres : une centaine d'ouvriers occupés toute l'année à fabriquer douze à quinze mille barriques, trois mille tierçons et le volume du bois non fabriqué et destiné surtout à Cognac est encore plus considérable, ce mérain venant essentiellement du Limousin. Autres trafics : le bois à brûler, le charbon, le bois de construction et de charronnage, dont une partie passe par L'Houmeau en direction de Rochefort, le fer forgé et le fer fondu. Le port reçoit aussi le sel marin des îles de Ré et d'Oléron, débarqué ici pour être en grande partie revendu aux voituriers du Limousin et du Poitou qui apportent bois mérain et grains, mais le commerce du sel est à présent aléatoire et moins lucratif qu'autrefois. Les registres des taxes foncières de 1791-1792, pour le quartier de L'Houmeau, indiquent beaucoup de maisons à trois étages, rares sur le plateau et témoignent de l'activité et de la richesse de quelques familles qui ont acquis ou sont en train de bâtir une fortune foncière par l'économie, au milieu d'un monde de fabricants, artisans, commerçants, gabarriers, postillons, charrons, selliers, maréchaux, tonneliers, faïenciers... et c'est dans ce faubourg que l'on retrouve le plus grand nombre d'auberges et de cabarets.

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Le voeu d'appeler Angoulême Montagne-Charente

Le 7 frimaire, Marc Joubert officier municipal et Buchey, le procureur, rapportent au bureau municipal le vœur unanime des Amis de la Société Populaire, que le nom de Montagne-Charente remplace celui d'Angoulême, et dès le lendemain le vœu est présenté à la séance du conseil général, présidé par Desbrandes officier municipal, sur nomination d'Harmand, cependant que le maire, Marvaud, est toujours absent. Le vœu est adopté à l'unanimité, une motion est adressée à la Convention nationale, qui est d'abord un acte de foi montagnarde, avec le serment de suivre « la ligne sans-culottide », et en même temps la demande de changer le nom d'Angoulême « ... odieux, il rappelle à notre mémoire le souvenir honteux ou exécrable de nos ci-devant fils de France, ducs d'Angoulême et surtout de ce brigand nommé François Ier... ».

La loi du 14 frimaire, en réorganisant le gouvernement révolutionnaire, donne plus d'attributions aux districts aux dépens du département, le procureur général syndic disparaît, et quelques jours plus tard Trémeau par nomination de Roux-Fazillac, depuis Périgueux, est placé au directoire départemental.

Harmand parti, le département reste quelques mois sans visite de représentant en mission. Cependant Lequinio, un député breton du Morbihan en tournée dans la Charente-Inférieure, et qui a reçu une délégation pour la Charente-Supérieure, annonce à plusieurs reprises sa viste, mais en fait il ne vient pas.

(La Révolution française à Angoulême)

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