25 juin 2015

Succession du seigneur de Maumont

Inventaire des meubles et effets de Jean de la Rochefoucauld, chevalier, seigneur de Maumont, décédé le 21 juin, commencé sans attendre l'arrivée de M. Du Vivier, chevalier de Magnac, fils puîné du défunt, en mer; ce requérant François-Jean-Charles de la Rochefoucauld, chevalier, seigneur de Maumont, Magnac, Le Vivier et autres places, capitaine au régiment de Provence-Infanterie, Louise, Catherine-Hippolyte et Marguerite de la Rochefoucauld, ses enfants majeurs, demeurant au château de Maumont, paroisse de Magnac-sur-Touvre, Marie de la Rochefoucauld de Magnac, Louise-Anne de la Rochefoucauld de Chaumont, François-Alexandre, chevalier de la Rochefoucauld, François-Joseph et Pierre-Louis de la Rochefoucauld, étudiants au collège d'Harcourt, Marie-Charlotte de la Rochefoucauld du Vivier, pensionnaire à l'abbaye de St-Ausone, ses enfants mineurs émancipés, agissant sous l'autorité de Jacques Descordes, leur curateur, intervenant le 18 janvier 1757; et en présence de François Victorien de la Rochefoucauld, chevalier, seigneur de Magnac, oncle paternel desdits enfants, et de Gabriel Decescaud, chevalier, seigneur du Vivier, leur grand-oncle maternel. A signaler : 2 chauffe-Iits de cuivre jaune; — un fusil avec les armes des la Rochefoucauld gravées sur argent; — un habit de drap avec une veste et une culotte de velours noir, à boutons d'or, l'habit doublé de gros de Naple cramoisi et la veste de serge blanche, estimés 72 livres; — une robe et une jupe de damas des Indes couleur bleue avec une bavaroise à dentelle d'or et chenilles, estimées 72 livres; — 7 pièces de tapisserie de Flandre, avec verdures et représentations d'animaux, « faisant 18 aulnes 3/4 de tour sur 2 aulnes 1/4 de hauteur», estimées 468 livres; — une garniture de lit à bandes de velours violet, avec points de tapisserie, doublée de satin jonquille, garnie de chenilles en bordure « daussiel, impérialle, bonnes grâces, courte-pointe, pantés du haut et du bas, sa housse d'une serge d'Aumale couleur bleue bordée d'un ruban blanc, et les petits bras de satin lesquels sont pour tenir la housse », le tout estimé, avec le lit de noyer, 500 livres; — dans la salle : 6 tableaux dont un représentant la descente de croix, un autre St-Jérôme, estimés 70 livres; — une pendule et son boîtier avec son pied de bois doré estimée 100 livres; — 2 cachets d'argent aux armes de M. Decescaud de Cursac; — un chapeau de castor bordé en or, avec bouton et ganse d'or, estimé 15 livres; — la garniture de 11 fauteuils, d'un écran, et d'un tabouret de point à l'aiguille estimée 300 livres; — un diamant avec 6 pierres, et un petit jonc d'or; — un tableau donnant le plan du château; — dans la brûlerie : une chaudière à eaux-de-vie maçonnée, non estimée comme étant attachée au fonds; — dans la bibliothèque : Le testament politique de Richelieu, Mémoire de deux des campagnes de M. de Turenne, Arioste, Les amours de Psychée, Les amours de Molière, Les religieuses esclaves, Don Quichotte, La pierre philosophale des Dames, Les contes et fables de la Fontaine, Les essais de Montaigne, Les délices de la poésie galante, Rousseau, Le cuisinier bourgeois, etc.; — le contrat de mariage du défunt avec Mlle Decescaud, reçu par Ladeil le 27 juin 1722; — le congé donné par le Roi au défunt comme garde de la marine, le 1er mai 1703; — les lettres de réception du môme dans les ordres du Mont-Garmel et de St-Lazare, le 6 février 1705; — l'acte de profession de Marie-Rose-Charlotte de la Rochefoucauld, fille du même, chez les Ursulines de La Valette, le 3 septembre 1741; — les vidimus de contrais de mariage de François de la Rochefoucauld, baron des Baux, seigneur de Bayers, avec Isabeau « Delane », du 22 avril 1543; et de Louis de la Rochefoucauld, chevalier, seigneur de Bayers, avec Angélique Gillier, du 30 novembre 1572; — l'inventaire des meubles de François de la Rochefoucauld, père du défunt, du 30 juin 1716; — le contrat de partage entre François de la Rochefoucauld et ses frères cadets, du 17 novembre 1687; — une liasse de contrats de mariage parmi lesquels est une transaction passée entre MM. Des Ages et de St-Gelais, le 10 août 1471, à l'occasion de la dot de la dame de St-Gelais; — 14 hommages et dénombrements des seigneurs de Maumont aux comtes d'Angoulême; — les reconnaissances des rentes seigneuriales dues à François Des Ages, écuyer, seigneur de Macqueville, comme seigneur de Maumont, la plus ancienne datée du 7 janvier 1593; — autres reconnaissances données à Arthur Des Ages, écuyer, seigneur de Maumont et de Magnac, du 2 octobre 1536 au 6 avril 1538; — autres reconnaissances données à François de la Rochefoucauld, écuyer, seigneur d'Orbé, du Châtenet, de Maumont et de Magnac, reçues Tallut, notaire royal, du 8 avril 1609 au 12 novembre 1616; — autres reconnaissances données a Pierre de la Rochefoucauld, chevalier, seigneur de Maumont, Magnac et Barro, du 1 avril au 29 mai 1648; — L'aliénation faite par les commissaires généraux députés par le Roi pour la vente de ses domaines, le 28 mars 1657, au profit de François-Joseph de la Rochefoucauld, de la justice haute, moyenne et basse de la paroisse de Magnac, et de la rivière de Touvre le long de cette paroisse; — L'hommage et dénombrement de La Védellerie fourni au roi le 10 novembre 1606 par François Des Ages, écuyer, seigneur de Macqueville, de Maumont et de Magnac, tant pour lui que pour Bertrande, sa fille; ledit acte passé devant Tallut; — le dénombrement rendu le 1 août 1553 par Arthur et Antoine Des Ages, frères, seigneurs de Maumont et de Magnac, entre les mains du maire d'Angoulême, au nom du Roi; — une liasse de reconnaissances fournies à Geoffroy Des Ages, écuyer, seigneur de Maumont et Magnac, la plus ancienne datée du 12 mars 1580; — 2 pièces concernant les dîmes inféodées dépendant de la seigneurie de Maumont dans la rivière d'Anguienne; — 2 partages entre François-Pierre et François-Joseph de la Rochefoucauld des 4 avril 1688 et 10 septembre 1687; — la reconnaissance donnée à Jean Des Ages, seigneur de Maumont, par Girard Bodin, marchand, du 14 avril 1581; — le testament de Louis de la Rochefoucauld, religieux de Grandmont, du 23 février 1697; — un partage entre François Joubert, écuyer, seigneur de « Chaptermat », et Louis Joubert, écuyer, seigneur de Puyrambaud, du 3 décembre 1588; — le dénombrement fourni par Hélie de la Croix à Itier de Chanmont, seigneur de Chaumont, le 1 février 1478, de 2 pièces de bois et une pièce de terre; — la suppression de l'hommage de l'arrière fief de La Faye, relevant de Chaumont; il est remplacé par une rente d'un boisseau d'avoine et de 2 chapons, le 6 octobre 1676; — l'échange des terres et seigneuries de Château-Gaillard, Couture et autres entre Jean de Pesnel, écuyer, seigneur de Barro, et Jean Pascaud, sieur de Villars, juge-sénéchal du comté de La Rochefoucauld, du 23 juin 1603; — diverses pièces concernant les seigneuries du Vivier, de Chaumont, de « Chaptermat »; — des hommages et dénombrements rendus à l'abbaye de Charroux, par les seigneurs de Barro, en raison du fief des Limouzines; — des hommages du fief de Barro relevant du château de Verteuil; — l'arrêt du parlement qui confirme au seigneur de Barro le droit de pêche en ce lieu prétendu par le commandeur de Villegats, du 21 mai 1729; — l'adjudication du fief de Barro à Pierre Prévéraud, sieur de La Chaluzière, moyennant 24.000 livres, le 9 septembre 1623. — L'inventaire se clôt, le 9 septembre 1774, en présence de Louise de la Rochefoucauld de Maumont, religieuse de l'Union-Chrétienne, agissant tant pour elle que pour Catherine-Hippolyte de la Rochefoucauld, sa sœur, épouse de M. de Corlieu; et de Pierre Roche, comme procureur de François-Jean-Charles de la Rochefoucauld, marquis de la Rochefoucauld-Bayers, de François-Joseph de la Rochefoucauld de Maumont, docteur en Sorbonne, prieur commandataire de Lanville, vicaire général et grand archidiacre de l'archevêque de Rouen, de Pierre-Louis de la Rochefoucauld-Bayers, bachelier en théologie, prieur commandataire de Notre-Dame de Nanteuil-le-Houdouire, de Marie delà Rochefoucauld de Magnac, et de François-Alexandre, comte de la Rochefoucauld. (Sommaire - AD16, Babinet de Rencogne, 1906)

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Succession du comte de Galard

Inventaire des meubles et effets dépendant de la succession de feu messire Alexandre de Béarn, comte de Galard (sic), chevalier, seigneur du Repaire, Saint-Hermine, Le Fa, Sireuil et autres lieux, ce requérant dame Marie-Élisabeth Chesnel, sa veuve, lesdits meubles situés tant en l'hôtel dudit seigneur à Angoulême que dans les maisons de la forge de Rougnac, le Repaire de Rougnac, Château-Chesnel, Saint-Hermine, et dans les domaines en dépendant. A remarquer audit inventaire; douze fauteuils en tapisserie au petit et au gros point, mi-neufs, estimés ensemble 360 livres; — un tableau de moyenne grandeur, peint sur toile, représentant un paysage, estimé 3 livres; treize autres tapisseries en toile peinte, représentant des paysages et des fontaines, estimées 66 livres; — un assortiment d'argenterie comprenant neuf couverts, quatre grandes cuillers, quatre petites, pour sel, six autres petites à café, une à moutarde, deux salières avec leurs couvertures, six flambeaux, deux mouchettes avec leurs porte-mouchettes, un plat à soupe, deux plats à entrées, quatre plats à rôt, ovales, un gobelet avec sa couverture, une écuelle à bouillon avec sa couverture, le tout pesant 61 marcs 5 onces, valant, suivant le cours du change, 66 livres 18 sous le marc, soit pour le tout 2,860 livres 18 sous; — un assortiment de vaisselle d'étain comprenant troisgrands plats, deux moyens et un petit, trois autres petits, trente-huit assiettes, une écuelle à bouillon avec sa couverture, deux « cartes » (quartes), une grande et une petite, cinq tiers, un porte-diner avec sa couverture, une bouilloire avec sa garniture, deux flambeaux, trois gobelets, deux poi....., une soucoupe et seize cuillers, le tout pesant 108 livres, à 15 sous la livre, estimé ensemble 81 livres; — deux lits jumeaux, garnis, composés de leurs bois de noyer, à colonnes, foncés dessus et dessous, avec leur literie, estimés 320 livres; — cinq pends de tapisserie de Flandre, à bestiaux et verdure, mesurant douze aunes, estimés 180 livres; — deux tableaux, l'un de bonne grandeur, représentant Moïse exposé sur les eaux, et l'autre, plus petit, représentant la Ste-Vierge avec l'enfant Jésus, les cadres dorés et gâtés, estimés ensemble 36 livres; — un autre tableau de bonne grandeur, représentant les Égyptiens (sic) adorant le veau d'or y ledit tableau attaché au-dessus de la porte d'un placard et employé ici pour mémoire; — un autre grand tableau, dans un cadre en bois sculpté, représentant Louis XIV, fixé comme le précédent, aussi employé pour mémoire; — un gros calibre de mousquet ou petit canon en fonte de fer, très vieux et troué, de quatre pieds et demi de long ou environ, estimé 4 sous; — deux coffres remplis d'anciens papiers, mémoires, lettres, titres, le tout très ancien, concernant la famille dudit comte de Galard; — une petite couleuvrine de fonte verte, pesant environ cinquante livres, estimée 23 livres; — cinq pentes de tapisseries ancienne à personnages, tirant environ dix aunes , estimées 60 livres; — un fusil de maître, proprement fait, le canon bronzé et incrusté en or, avec sa poche de cuir, estimé 50 livres; — dans la bibliothèque, environ 200 volumes de divers formats, dont l'Histoire ancienne, de Rollin, la Recherche de la vérité, de Malebranche, les Annales d'Aquitaine, la Nouvelle coutume d'Angoumois, le tout estimé 150 livres; — au château de Saint-Hermine : une table à pièces rapportées et dessinées, très antique, estimée 2 livres; — huit estampes de l'Histoire de don Quichotte, avec leurs baguettes, employées ici pour méipoire; — un petit tableau peint sur toile, représentant le Christ avec la Madeleine à ses pieds, dans son cadre doré, écaillé, estimé 2 livres; — dix estampes de l'Histoire de don Quichotte, estimées, avec les huit employées ci-dessus, la somme de 10 livres; — au château de Chesnel , appartenant au seigneur d'Orvilliers, capitaine commandant des vaisseaux du Roi, les meubles appartenant à ladite dame de Galard, renfermés dans une chambre dudit château; — en l'hôtel de ladite dame, divers papiers dont le testament de Marie de St-Hermine, veuve de François de Pindray, écuyer, sieur de Montesgon, du 10 décembre 1750, reçu par Bourbeau, notaire â Poitiers, et divers autres titres de famille. (Sommaire - AD16, Babinet de Rencogne, 1906)

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22 juin 2015

Maintenue de noblesse d'extraction

Poitiers.

• Gabrielle de Nesmond, veuve de Jean Du Rousseau, chev., sgr de Séchère, de Ferrière et de Chabrot.

• Jacques Du Rousseau, sgr de Séchère et de Ferrière, son fils.

Pièces justificatives : Arrêt du Conseil en faveur de Jean Du Rousseau, sgr de Séchère, et Jacques Du Rousseau, sgr de Fayolle, contre Barthélémy Paris, substitué au lieu et place de Jean Pinet, par lequel ils sont maintenus dans tous les privilèges de la noblesse, en date du 27 juillet 1671, signé Ranchin.

Contrat de mariage de Jean Du Rousseau, sgr de Séchère, compris dans l'arrêt ci-dessus, avec dlle Gabrielle de Nesmond, par lequel il paraît qu'il est fils de Gabriel Du Rousseau et de dame Léonarde Rempenoux, en date du 19 janvier 1670, signé Baruscand, notaire royal en Angoumois.

Contrat de mariage de Jacques Du Rousseau, sgr de Séchère et de Ferrière, avec dame Agnès Poute, par lequel il paraît qu'il est fils de Jean Du Rousseau ci-dessus et de dlle Gabrielle de Nesmond, en date du 12 février 1714, signé Heudebourg, notaire à Pons en Saintonge.

Ordonnance : Maintenus comme noble, écuyer, veuve de noble, le 16 février 1715, signé : de Richebourg.

(Société des archives historiques du Poitou, 1872)

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Liste des prieurs de Bussière-Badil

Liste des prieurs de Bussière-Badil
Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1893

On trouve en :

1291 — Petrus Sulpicius (de Laugardière) aliàs Sulpitius.

1343 — Pierre de Cosnac, prieur de Bussière-Badil, mort à Toulouse, (Nobiliaire du Limousin, t. I, p. 436).

1401 — Frère Simon Guyou, prieur de Bussière.

1474 — Révérend Père André Livenne, prieur de Bussière.

1481 — Me Jean Hélie de Collonges licencié en droit protonotaire du Saint-Siège, prieur de Bussière-Badil, diocèse de Limoges, et de Montbron, diocèse d'Angoulême, fut nommé en 1482 premier premier commendataire de Dalon (1), où il fit faire un terrier. Le 25 septembre 1510, Jean, roi de Navarre, lui permit de faire bâtir une maison forte a Foilhade (2), au diocèse d'Angoulême. Il acheta le fief de Belleville dans le même bourg en 1514, et celui de Maisonnais (3), près le château de Lavauguyon. On le trouve abbé de Tourtoirac (4), en Périgord, en 1489, 1498 et 1530.

Par son testament du 4 septembre 1530, reçu La Jamme, il demande à être enterré par devant l'autel Notre-Dame et en la sépulture que nouvellement il a commencé à faire faire.

Il fit un autre testament le 6 avril 1534 où il demande également également être enterré dans la chapelle de la Sainte-Vierge, qu'il a nouvellement fait bâtir dans l'église de Bussière-BadiI. Jean Hélie de Collonges mourut en 1537 ; mais dès 1533, il est dit ancien abbé de Dalon. (Nob. du Lim., t. II, p. 503.)

Ses armes étaient d'azur, à trois tours d'argent ; ce sont les mêmes que celles des Pompadour, dont il descendait. On voit ses armes dans les églises de Saint-Estèphe (5), du Bourdeix (6) et de Bussière-Badil, églises auxquelles il fit faire de grandes réparations. Ses armes sont supportées par deux anges, et on y remarque aussi une crosse et une mitre, ce qui semble indiquer que les prieurs de Bussière-Badil étaient crossés et mitrés.

1575 — Martial Hélie de Collonges, protonotaire du Saint-Siège et prieur de Bussière-Badil de Nancler, en Angoumois, 1545 ; de Lègueles-Bois, en Poitou, 1574 ; des Salles de La Vauguyon, 1554 ; résigna la cure de Teyjac (7) en 1556 ; prévôt de Feix, paroisse de Saint-Jean de Ligoure (8), 1572.

Avait les mêmes armes que le précédent dont il était parent.

1629 — François de Monssiou, prieur commendataire du prieuré conventuel de Notre-Dame de Saint-Michel de Bussière-Badil.

1643 — De Villedon (Jacques ?), écuyer, prieur commendataire.

1651 — Me Claude de Blanpignon, prieur de Bussière-Badil et autres annexes.

1656 — Gilbert Cuissot, prieur de Bussière-Badil.

1663 — Denis Landin, prêtre, prieur commendataire du prieuré de Notre-Dame de Saint-Michel de Bussière qualifié dans une sentence de 1668 de seigneur haut justicier, direct et foncier dudit lieu.

1672 — Guillaume Duvaucel, prêtre de la congrégation de Saint-Lazare ez Paris, prieur de Notre-Dame de Saint-Michel de Bussière qualifié dans un acte de prêtre et seigneur de Bussière. Il demeurait à Saint-Cyr, près de Versailles.

Guillaume Duvaucel, en mourant, avait légué à la maison de Saint-Lazare de Paris, dont il était membre, tous les immeubles immeubles possédait à Bussière. Ils furent vendus en 1702 à demoiselle Bertrande Faurien, veuve de feu Olivier de Monsalard, docteur en médecine, par Jean Mouillard, prêtre de la congrégation de Saint-Lazare, en vertu d'une procuration délivrée par les religieux de cette maison.

Les immeubles vendus étaient :

1° Une maison située devant la grande porte de l'église, bornée à l'occident par le chemin qui va à la fontaine, au-dessus duquel est une chambre (maisons Delage, Jardry et Dubois), plus les bâtiments en face, servant d'écurie ;

2° Un pré appelé du Moulin-Banaret, contenant un journal et demi, situé dans la prairie des Rivières (c'est le pré dit de M. Rochat) ;

3° Un bâtiment servant de grange, situé à l'entrée du bourg, sur main gauche, en allant à Montbron, ladite grange appelée autrefois de la Trémouille (maison Desplaces). Cette grange avait été saisie pour défaut de paiement d'arrérages de rente et adjugée au sieur Duvaucel ;

4° Un autre pré, contenant un journal et demi, situé dans la prairie dite des Grands-Prés tenue de Montouleix, joignant le ruisseau qui va au moulin de Valette.

Ces quatre immeubles furent vendus 800 livres.

1701 — Gabriel Scavoy ou Scavy, prieur de Bussière, (le nom est effacé et presque illisible).

1701 — Messire J.-B. Le Clerc du Vallon (s'écrit également Duvallon, seigneur abbé du Vallon, était prieur lorsque fut coulée la cloche actuelle, ainsi que l'atteste son inscription :

Jesus, Maria. Je suis faite pour Saint-Michel. — De Laye, seigneur de Varagne. — Duvallon, prieur. — M. S. Poilevé, curé. — M. J. Giri, vicaire. — Elie Nicolas, parrain, bienfacteur. — Suzanne Bernard de Bussière, marrain. — L'an 1725 — Fecit Barreau.

Le clerc du Vallon habitait à Paris chez les Prémontrés.

1753 — Claude d'Anteroche, comte de Brioude (Haute-Loire), maréchal des camps et armées du roi, prêtre du diocèse de Saint-Flour, licencié en théologie de la faculté de Paris, prieur commendataire commendataire Saint-Michel de Bussière-Badil, ordre de Saint-Benoit, Saint-Benoit, de Limoges, et de Saint-Etienne de Rhomy, diocèse de Chartres, seigneur foncier et direct du tènement de Chez-Narot.

Il restait à Paris, rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain. Sa famille tirait son nom du château d'Anteroche, près Murat (Cantal), qui lui appartenait.

Ses armes relevées d'après d'anciens cachets qui scellaient ses lettres sont :

D'azur à la bande d'argent, tachetée de trois mouchetures d'hermine, ayant en chef trois ondes d'argent et de chaque côté de la bande deux flanchis d'argeut en croix, ayant aux angles quatre bezans d'argent. Ces armes sont surmontées de la couronne de comte ; elles sont supportées par deux lions couronnés, et on y remarque, comme dans celles de De Collonges, une crosse et une mitre.

1767 — Paul de Ganderaz, docteur en théologie prêtre et chanoine de Meaux, chapelain de la grande chapelle du roi, chapelain ordinaire ordinaire Madame Adelaïde de France, seigneur et prieur de Bussière, Juillet, Fontenille (9) et ses annexes demeurait ordinairement à Versailles, rue Satory, paroisse de Saint-Louis des Arts.

L'abbaye de Bussière était détruite lorsqu'il était prieur de Bussière, car on employa de son temps les pierres des ruines pour clore le cimetière. Il était encore prieur en 1783, et ce fut probablement le dernier prieur de Bussière.

Louis Sauvo-Desversannes

Notes :

1. Dalon, hameau, commune de Sainte-Trie, canton d'Excideuil (Dordogne).

2. Feuilhade, commune du canton de Montbron (Charente).

3. Maisonnais et Les Salles-Lavauguyon, communes du canton de Saint-Mathieu (Haute-Vienne).

4. Tourtoirac, commune du canton d'Hautefort (Dordogne), ancienne abbaye.

5. Saint-Estèphe, commune du canton de Nontron.

6. Le Bourdeix id.

7. Teyjac id.

8. Saint-Jean de Ligoure, commune du canton de Limoges.

9. Juillet et Fontenille se trouvent près de Mansle (Charente).

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Lapouge de La Francherie, maître de forges originaire de Savignac en Périgord

Autre gros propriétaire foncier fut de même l'ami de Blanchard, le maître de forges de Bonrecueil, Rudeau, Sous-Puyrigard et Jommelières, « François Delapousge, sieur de La Francherie ». ll était vraisemblablement originaire de Savignac-de-Nontron ; nous avons retrouvé, en effet, de nombreux Delapouge, maîtres de forges ou maîtres poêliers, dans les registres paroissiaux de Savignac- de-Nontron, depuis le XVlle siècle. On peut se demander si ce François Delapousge qui se maria, en 1744, à Savignac, avec « Demoiselle Marie Puybareaux », n'était pas le futur maître de forges. On était maître de forges de père en fils dans la famille Delapousge ; il est vrai qu'il s'agissait de forges à battre et non de fonderies de canons !

Quoi qu'il en fût, François Delapousge était qualifié, dès 1750, de « Juge de la juridiction de Feuillade » (en Charente). Ainsi, voilà un deuxième officier de justice devenu maître de forges, au service de Montalembert tout d'abord. De même que Blanchard de Sainte-Catherine, François Delapousge fut un propriétaire foncier important, et qui veilla toujours à arrondir son patrimoine. Nous avons réussi à reconstituer l'étendue de sa fortune foncière. En une dizaine d'années, de 1751 à 1761, Delapousge acheta le fief de La Francherie (commune de Nontron) qui lui coûta 31 667 livres 10 sols ; il se borna ensuite à arrondir ce gros patrimoine. En même temps il voulut avoir pignon sur rue à Nontron. Pour cela, il acheta 3 maisons, « place de la Cahue », c'est-à-dire au coeur de la petite ville, l'actuelle place de l'Hôtel-de-Ville, où habitaient les principaux bourgeois de Nontron. ll acquit même la petite forge de Sous-Puyrigard avec les domaines qui s'y rattachaient. En somme, Delaspouge était à la tête d'un patrimoine foncier de 50 000 livres environ.

Mais il faut ajouter plusieurs autres métairies, louées à divers propriétaires nobles dans le voisinage de Nontron ou des forges qu'il avait louées. En l 758, la liste était la suivante : François Delapousge exploitait une métairie de La Mothe (près de Nontron) ; le domaine de La Francherie représentait 4 métairies. Dans la province d'Abjat, il exploitait les deux domaines de la Vijonie et de Chez Gouyou. ll occupait le château de Bonrecueil, meublé à ses frais ; il exploitait à titre de ferme les deux métairies voisines de Cornau et de Faucherias, à proximité de la forge de la forge de Rudeau (Saint-Sulpice-de-Mareuil) qu'il exploitait. ll tenait, en outre, comme fermier, cinq domaines agricoles : 3 dans le village de Bemadières, l'autre au Grand Sicaire, et le dernier au village de Petit-Sicaire.

Ainsi, François Delapousge était à la tête de 4 forges et d'une quinzaine de métairies. ll est évident que ce maître de forges était, comme Blanchard et d'autres, avant tout un gros propriétaire foncier. Ses nombreux domaines étaient pour lui la meilleure source de revenus ; ses forges ne constituaient qu'un complément de ressources. Ainsi, cet exemple signale-t-il clairement que la sidérurgie nontronnaise se situait dans le milieu rural sans lequel elle n'aurait pas pu vivre tant était profond son enracinement dans la vie paysanne régionale. Toutefois, si Delapousge était un rural riche, il dépassait largement la situation ordinaire des exploitants agricoles de la région. Sa qualité de maître de forges lui donna un certain prestige, et aussi la possibilité d'acquérir un fief noble, acheté au comte de Roffignac le 21 mai 1751, celui de La Francherie. ll avait le droit de lever des rentes et de percevoir des revenus féodaux. ll s'intitulait toujours « sieur de La Francherie, fournisseur pour Sa Majesté». Delapousge orna sa « maison noble » de la Francherie de « 6 petits canons de fonte de fer de trois quarts de livres de balles, .peints en vert et montés sur leurs affûts » : vanité de parvenu fournisseur d'artillerie royale, titre qu'il ne manquait jamais de rappeler. [...]

Le marquis, flairant le danger, avait passé un contrat ferme de fabrication avec trois sous-traitants de la vallée du Bandiat, le 30 août 1755. En voici un extrait significatif : « Nous soussignés, Marc René de Montalembert, d'une part, et Jacques Dereix, sieur des Rivières ; François Delapousge, sieur de La Francherie et Louis Blanchard de Sainte-Catherine, d'autre part, consentons et soumettons à exécuter tous les articles qui suivent : Article l : « Nous, dits associés, ferons couler et fabriquer dans les forges de Bonrecueil, la Chapelle (Saint-Robert), Jommelières et Montizon, la quantité de 12 000 quintaux de fonte de fer en canons, par chacun an et, ce, pendant l'espace de trois ans, faisant un total pendant le dit temps la quantité de 36 000 quintaux, à commencer les dites trois années au premier de novembre prochain ». Ce traité ne fut point exécuté ; il fut résilié par Maritz qui passa avec les trois maîtres de forges ci-dessus, trois autres contrats, les 6 décembre 1766, 8 octobre 1756 et 9 octobre 1756. Maritz voulait achever « l'entreprise Montalembert pour la fourniture des canons de Marine ». Les contractants recevaient l'assurance qu'ils étaient « déchargés des engagements avec Montalembert ». Ce dernier ne l'entendait pas ainsi ; en effet, le 27 juillet 1763, il engagea une longue procédure contre Maritz, Blanchard de Sainte-Catherine et Lapouge de La Francherie. L'affaire, connue sous le nom de « litige avec la marine », eut son dénouement en 1768, après l'intervention du Roi. En fait, Montalembert ne remboursa rien et vendit ses deux forges de Ruelle et de Forgeneuve au comte d'Artois, en 1774, lequel les rétrocéda à son frère, Louis XVl. [...]

Turgot signalait, en particulier, le cas « d'un nommé La P. (il faut dire Lapouge à l'évidence), maître de forges à Bourumil (?) près de Nontron, petite ville du Périgord ». Lapouge était accusé d'abus de confiance, n'hésitant pas à faire de « l'usage de faux pour soutirer de l'argent aux prêteurs accusés d'usure ». Et Turgot de préciser : « J'ai sous les yeux des lettres écrites par La P... qui prouvent qu'il a cherché jusqu'au fond du Limousin des particuliers qui pouvaient avoir payé de gros intérêts aux prêteurs d'Angoulême, et qu'il offrait de conduire leurs affaires... Ce même La P..., poursuivait Turgot, qui, ayant fait de grandes entreprises pour la Marine, avait été plus qu'un autre dans le cas d'emprunter à gros intérêts, a écrit plusieurs lettres à différents particuliers , par lesquelles il exige d'eux des sommes considérables , en les menaçant de les dénoncer... Il avait écrit entre autres à un nommé R..., en lui mandant qu'il lui fallait six sacs de mille francs, et qu'on lui remit un billet de 622 livres qu'il avait négocié avec ce R... J'ai été mis sur le grabat, parce que j'étais maître de forges et honnête homme ; il faut que je tâche de me relever ». ll semble que le fils du sieur R. alla trouver Lapouge et le menaça de voies de fait. Lapouge déposa une « plainte au criminel ».

L'affaire de chantage se retourna finalement contre le sieur de La Francherie. Turgot, devenu « principal ministre », ne fut sans doute point étranger à la condamnation des « cabalistes» en 1776. Lapousge de La Francherie, convaincu de faillite frauduleuse, déchu et déshonoré publiquement, dut s'enfuir « hors de la province ». C'est Abraham Robin qui l'affirmait. Son témoignage n'était-il point suspect de partialité, car Robin fut une des victimes de Lapouge ? ll semble bien que non ; nous avons découvert une preuve tangible de la « fuite » de Lapouge, dans le minutier Boyer. Le 8 juillet 1778, le notaire procéda, nous dit-il, « au procès-verbal du fief de La Francherie au requis de Jean Nadaud, dit Joubert, marchand demeurant ci-devant au village de Montageneix", paroisse de Saint-Martial-de-Valette.

Source : Nontron et le pays nontronnais, de Jacques Lagrange.

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30 mai 2015

Testament de Michel Ravaillac, procureur au Présidial d'Angoulême

Testament de Michel Ravaillac, procureur au Présidial d'Angoulême (1586 [10 mars].)
Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1870

Le testament qui suit a été communiqué à la Société archéologique dans la séance du 21 mars 1868, à l'occasion de la lecture du mémoire de M. le docteur Gigon, intitulé : Le Château de Touvre, dans lequel l'auteur traite incidemment de l'origine de Ravaillac, le détestable parricide. Il était destiné, avec quelques autres pièces des archives départementales, à faire connaître la position sociale dela famille Ravaillac. Si l'on ne peut contester la situation personnelle à l'assassin, telle qu'elle ressort des déclarations faites par lui dans son interrogatoire, il est bon de faire remarquer que celle de sa famille était tout autre. Deux actes analysés dans l'inventaire de la seigneurie de Bellejoie et datés des années 1545 et 1586, donnent les confrontations de la maison de François Ravaillac, procureur au Présidial d'Angoulême, « située dans la paroisse Saint-Paul et où il fait sa demeure, tenant d'une part à celle de Morice Blanchet, d'autre à celle de Guillaume Lecomte et au chemin par lequel on va du Crucifix (porte Périgorge) vers l'église de Saint-André, à main droite.» D'autre part, les minutes de Gibauld, notaire à Angoulôme, contiennent, à la date du 10 mars 1586, le testament de Michel Ravaillac, procureur au Présidial, fils d'un François Ravaillac, par lequel ledit Michel institue pour ses héritiers Pierre et Catherine, ses frère et sœur, exprime le désir d'être inhumé « en l'église paroissiale de SaintPaul, en la sépulture de ses feus père, mère et prédécesseurs, » et nomme pour son exécuteur testamentaire Me Guimard Bourgoing, seigneur du Pourtault, avocat au siège présidial.

Le contenu de ces pièces ne peut laisser le moindre doute dans l'esprit du lecteur: elles révèlent bien en faveur de la famille Ravaillac la situation d'une maison aisée de la bourgeoisie.

Au nom du pere et du filz et du sainct esperit, amen. Je Michel Ravaillac, procureur au siége présidial d'Angoulesme, saing par la grace de Dieu de ma personne et entendement, considérant n'estre chose plus certaine que la mort ne plus incertaine que l'heure d'icelle, ne voullant decedder de ce mortel monde sans dispozer des biens qu'il a peu à Dieu me donner, ay faict et ordonné mon testament de dernière volunté en la forme qui s'ensuyt :

Premierement je recommande mon ame à Dieu le créateur, à la benoiste Vierge Marye et à tous les sainctz et sainctes de Paradis, affin que Dieu par son filz Jésus Christ aye miséricorde de moy; et veulx et entendz que, en cas de mon depees advenant, estre inhumé en l'eglize parrochialle de Sainct Pol de ceste ville d'Angoulesme es sépultures de mes feuz pere et mere et prédécesseurs; et au jour de mondit enterrement, huictaine et bout de l'an, estre dict tel nombre de messes et faict tels services qu'il sera advisé par mes parans et amys. Et pour le regard de la dispozition de mes biens, je veulx et ordonne, en cas que je décedde sans hoirs procréés de moy en loyal mariage, estre bailhé et payé à Pierre et Catherine Ravailhactz, mes frere et sœur, enffans de deffunct Me Françoys Ravaillac, quand vivoyt mon pere, et de Jehanne Cousseau sa femme en secondes nopees, à chescung d'eux la somme de cent escutz, laquelle je veulx estre prinze sur tous etchescuns mesdictz biens, soient meubles ou immeubles, sans que sur icelles sommes mes austres frères et héritiers leur puissent rien préconpter ou desduire, répéter ne demander des sommes par moy payées et acquictées puys le depces dudict feu maistre Françoys Ravaillac, et desquelz lesdietz Pierre et Catherine Ravailhactz mesdictz frère et sœur estaient tenuz comme donnataires des meubles et acquestz dudict feu, ne que pour ledict don cy-dessus, ilz soient tenuz du payement d'aulcunes debtes par moy dhues.

Item je recougnoys par cestuy mon présent testament que des meubles que j'ai de présent en ma possession en apartient à ladicte Jehanne Cousseau, scavoyr : ung lict de plume avecq son travercier ayant les couestes neufz, ensemble la couverte rouge estant sur icelluy, ensemble deulx courtines, l'une neufve et l'autre uzée, de toille de lin, plus ung grand chandellier et ungmoyenavecques quatre escuelles, quatre assiettes et ung plat et une salliere, le tout d'estaing; ung coffre veulgaipement appellé marche-pied, estant à-deulx estages, quatre linceulx neufz, deulx de lin et deulx de cherve; et oultre, deulx linceulx d'estouppes, six nappes tant de cherve que d'estouppe, lesdictes nappes de cherve estant neufves; une douzaine et demye de serviettes d'estouppe et une douzaine de toille de lin, une pere de landiers, une chaudière, le tout de fert; deulx grandes cuves, l'une escoullant ung thonneau de vin et l'autre pour charoyer ung thonneau de vin. Lesquelz meubles avec ses robbes et vestements et autres meubles et ustencilles appartenant, que je n'ai peu pour le présent plus emplement spécifier, je veulx et ordonne luy estre renduz et délivrés, ensemble luy estre payé la somme qui se trouvera par la cédulle qu'elle a de moy dès le vivant dudict feu Me Françoys Ravaillac, mondict feu pere, pour les causes portées par icelle, de laquelle somme ne suys de présent mémoratif.

Et pour exécuteur de cestuymon présent testament je nomme et ordonne monsieur Me Guimard Bourgoing, advocat au siège présidial d'Angoulesme, sgr du Pourtault, lequel je prye et suplye humblement en voulloyr prandre la charge, et auquel, pour l'acomplissement de cestuy inondit testament, je oblige tous et chescuns mesdietz biens, et veulx qu'il s'en puisse enparer jusques à la parfaicte exécution et acomplissement d'icelluy, et ay voullu en estre jugé et condamné par les notaires royaulx en Angoulmois soubz signez, jurés soubz le seel estably aux contraictz en Angoulmois pour le Roy nostre sire, et pour madame la duchesse d'Angoulesme, par le jugement et condamnation de la court dudict seel, à la juridiction duquel je soubzmetz tous mesdietz biens quand ad ce. — Faict à Angoulesme, en la maison de mondict notaire, le dixiesme de mars mil V° quatre-vingtz-six.

Signé : M. Ravaillac, testateur; Morin, notaire royal; Gibauld, notaire royal.

(Arch. départ. de la Charente, série E; fonds des notaires; minutes de Gibauld.)

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28 mai 2015

Jean François Blanchon (1763-1830)

Avant dernier fils de Jean Baptiste Blanchon, maître chirurgien et de Suzanne Goulmont qui ont eu dix enfants entre 1753 et 1764.

Avocat et homme de loi établi à Confolens après ses études. Il participe à la rédaction des cahiers de doléances du Tiers Etat, de Confolens et des paroisses rurales de la contrée.

En 1790 il est élu au premier conseil général du département où il représente le district de Confolens, et l'année suivante, en septembre 1791 l'assemblée électorale le désigne comme député de la Charente à la Législative. A l'assemblée, il intervient sur les questions militaires, notamment après l'assassinat du général Dillon.

Après la Législative, il quitte la vie politique pour entrer dans l'administration militaire. Nommé commissaire des guerres, il devient bientôt chef de division au ministère de la guerre et en l'an II il est envoyé comme commissaire ordonnateur à l'armée de Sambre et Meuse. Il devait rester à ce titre dans l'armée, jusqu'à sa retraite en 1824 ou 1825.

Il entretenait une correspondance suivie avec le général Dupont de l'Etang.

Ce long passage dans l'intendance militaire, à une époque où les commissaires chargés de réceptionner les fournitures de l'armée pouvaient faire de gros bénéfices, peut expliquer comment ce fonctionnaire civil de l'armée a pu faire fortune.

Sous la Restauration, il est l'un des gros contribuables du suffrage censitaire dans le canton de Chabanais (2.132 F en 1824).

La déclaration de succession atteint en mobilier : 40.540 Frs et en immobilier près de 300.000 Frs dans la seule commune de Chirac, avec le château de l'Age et plusieurs autres domaines. Il laisse 2 filles dont l'une Marie Anne Octavie est mariée avec Jean Frédéric Garnier de la Boissière, fils du général, grand notable de l'Empire. Ce gendre jouera un rôle important en Charente, député opposant sous la Monarchie de Juillet (1839-1842), commissaire de la République à Angoulême en février 1848 et député à l'Assemblée Constituante, riche propriétaire, maître de forges et homme de la gauche libérale, retiré sur ses terres à partir de 1849.

Jean François Blanchon représente un cas de bifurcation de carrière sous la Révolution, avec l'édification d'une fortune dont on ne trouve pas l'équivalent d'enrichissement chez les politiques.

D'autres Blanchon à Confolens, dont un Pierre François, homme de loi, révolutionnaire modéré, détenu en 1793 et remis en liberté en octobre 1794 (d'après Gigon T.I., p. 360).

Source : La Charente révolutionnaire, de Jean Jézéquel.

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30 avril 2015

La famille de Jacques Roux

La première marche dans l'ordre des professions juridiques, c'est le « praticien », homme de loi formé sur place, possédant la pratique de son art, en connaissant les subtilités et les ficelles. Sa condition ne requiert pas les coûteuses études exigées pour devenir « licencié es lois ». En 1616, Berthoumé Roux, fils d'Adam Roux et de Marie Morcan, exerce cette profession à Pranzac. Propriétaire d'un modeste fief dans le ressort de la paroisse il en est l'un des notables. Les enfants qui suivent forment deux branches ; l'une se fixe à Marthon où Antoine Roux, Me chirurgien, est inhumé en 1693 à l'âge de cinquante-sept ans. On trouve après lui Pierre, notaire et procureur, assesseur de Pranzac, dont le petit-fils, François, bourgeois de Pranzac, meurt sans postérité. De son mariage avec Sébastienne Fontan, il laisse un fils, autre François, mort sans postérité.

L'autre branche est formée par Claude Roux, grand-père du futur révolutionnaire. Juge sénéchal de la juridiction de Pranzac, il porte le titre de sieur des Ajounières (écrit ailleurs : de lajaunière). Outre ses fonctions de juge, il a d'autres sources de revenus, peut-être plus lucratives ; il est dit : « conseiller aux grandes voiries », « voyer particulier en l'Élection d'Angoulême », « directeur des affaires du Roi, intéressé dans les affaires du Roi », « directeur des Francs Fiefs et amortissements pour la généralité de Limoges », charges vénales qui se confondent plus ou moins et qui ont à voir avec la fiscalité. Elles lui sont attribuées en 1714, 1720, 1722 et jusqu'à sa mort tragique le 28 mars 1727. Il réside à Pranzac, en tout cas depuis 1713 jusqu'à sa mort, et il a pour épouse Marie Goursaud (alias Gourceau, Gourseaud...). Un chirurgien de ce nom, Jacques Goursaud, et son fils, autre chirurgien, demeurent à Pranzac sans que l'on puisse établir un lien de parenté.

Claude Roux meurt brutalement dans l'une de ces affaires d'honneur - ou d'humeur - qui mettent en cause des gentilshommes prompts à dégainer. On ferraille beaucoup moins que sous les rois Valois, cependant ce genre d'affrontements se pratique encore.

Une sourde rivalité, une offense, un mot de travers, il n'en faut pas d'avantage pour invoquer le « point d'honneur » ; l'épée est arrachée de son fourreau, le pistolet jaillit des fontes.

On ne saura sans doute jamais pourquoi l'assassin, François Viaud, écuyer, sr. de la Charbonnière, poursuivait la victime au grand galop, l'épée à la main, criant : «Je t'attraperai bien, mon bougre ! » Le motif de la querelle demeure obscur, le juge de Pranzac fait appel à la raison, prie son agresseur de s'arrêter pour lui donner des éclaircissements; l'autre écume, exhibe ses pistolets, le somme de se battre en duel. Claude Roux s'y refuse, assurant néanmoins qu'il « n'était pas poltron ».

La course se poursuit jusqu'à Saint-Germain de Montbron, presque à la porte du logis de la Brande où le juge sénéchal de Marthon, Pierre Bonnin, est informé par les ouvriers qui travaillent dans sa vigne du crime commis sous leurs yeux. Il accourt, l'homme est ensanglanté, le juge l'interroge, il fait effort pour se relever et donne d'une voix entrecoupée le nom de son meurtrier ; puis il expire lorsque survient le curé. Son cheval noir broute tranquillement près de lui. On porte le cadavre du gisant chez l'aubergiste le plus proche. On trouve sur le défunt, dans un habit gris bleu doublé d'écarlate, le mouchoir bleu et l'argent qu'il portait sur lui, les papiers de son état, mémoires, lettres, actes des notaires, insinuations, papier timbré...

Le meurtrier s'est enfui, il sera arrêté, la suite nous est inconnue.

La réparation est prévue dans les textes, rarement suivie d'effet; en expirant, Claude Roux laisse une veuve de trente-sept ans et un fils d'environ cinq ans, Gratien, ou mieux, Gatien Roux.

Se pose alors la question de son éducation, les archives sont muettes à ce sujet. Il est douteux que l'ancien juge sénéchal ait laissé derrière lui un grand héritage, en tout cas l'enfant est trop jeune pour l'administrer. Il ne semble pas avoir suivi la filière commune qui mène à une charge dans la judicature; il s'engage dans l'armée après avoir fait l'acquisition d'un brevet d'officier, démarche commune à l'époque à l'intérieur de la bourgeoisie si l'on se résigne à végéter dans un grade subalterne. Au mois de janvier 1748, Gatien Roux est de retour dans sa famille à la faveur des quartiers d'hiver. Lieutenant d'infanterie au régiment de Hainaut, il quitte son régiment deux ans plus tard. François Duvignaud, seigneur de Sigogne entré dans ce même régiment au mois d'octobre 1708, s'y trouvait encore en 1750, promu lieutenant-colonel. Il n'est pas rare que l'on entre dans un régiment sur la recommandation d'un proche, d'un ami lorsqu'une vacance se manifeste. François Guitard de Beaumont, cadet des Guitard de Ribérolle, vient d'y faire ses premières armes, acquéreur d'un brevet de lieutenant au mois de novembre 1745, à l'âge de quinze ans.

Selon le Pr W. Markov, c'est au cours de la guerre de Succession d'Autriche que Gatien Roux fît l'acquisition de son brevet. Au cours de cette période, le régiment est commandé par le marquis de La Roche-Aymon. En 1742, le régiment est enfermé dans Prague contre les Autrichiens ; présent en 1744 lors de la prise d'Acqui, ville que Bonaparte emportera cinquante-deux ans plus tard sur les Autrichiens et les Piémontais.

Gatien Roux a-t-il participé à la bataille de Fontenoy? Nous ignorons son parcours militaire.

En 1748, la paix est signée à Aix-la-Chapelle. Gatien Roux a pris sa retraite, il regagne ses foyers sans avoir eu le temps d'acquérir la croix de Saint-Louis, pressé sans doute de renouer avec la tradition familiale et de fonder un foyer. Le 16 juillet 1749, il signe son contrat de mariage avec Marguerite de Montsalard à Bussière-Badil, village à l'entrée du Périgord ; la bénédiction nuptiale est donnée le 19 août suivant.

Les Montsalard appartiennent à la bourgeoisie du Périgord vert, là où la province se confond avec l'Angoumois. Les Montsalard ne sont pas nobles, la particule fait ici illusion, mais ils appartiennent à ce milieu où se recrutent vers la fin de l'Ancien Régime les forces vives de la nation. Les professions libérales y sont à l'honneur. On retiendra que l'épouse de Gatien Roux est fille, petite-fille et arrière-petite-fille de docteurs en médecine. François et Olivier de Montsalard, respectivement trisaïeul et bisaïeul de Jacques Roux, exercent leur art à Soufirignac. Un frère d'Olivier, Hélie, est curé de Bouex et de Sers. Catherine, leur sœur, épouse un procureur de Vouzan. Unité de lieu : Soufirignac, Bouex, Sers, Vouzan..., et côté Roux, Marthon, Chazelles, Pranzac..., toutes ces paroisses voisinent. Unité de milieu social : la nébuleuse, l'univers en expansion de la bourgeoisie montante. Joachim de Monsalard, le grand-père maternel de Jacques Roux, né du mariage d'Olivier de Monsalard et de Bertrande Faurien, a quitté Souffrignac pour exercer la médecine à Bussière. Son frère Hélie, neveu de l'ancien curé de Bouex, est tué à Marthon au mois d'avril 1716 dans l'une de ces querelles qui opposent des notables.

Bien que le port des armes soit réprouvé et fréquemment rappelé par les édits royaux, la transgression est fréquente. Une affaire trop banale pour être racontée par le menu ; elle n'est pas sans rappeler le meurtre de Claude Roux qui surviendra onze ans plus tard.

Le juge sénéchal de Marthon, Pierre Bonnin, dispute à son beau-frère, syndic perpétuel de la même paroisse, la prérogative de loger les soldats de passage; les particuliers font la grimace lorsqu'on leur présente un billet de logement. La querelle s'aigrit entre le juge et le syndic ; elle rebondit le lendemain : parents et proches s'en mêlent. Une rixe éclate dans la rue. Le juge accourt au bruit, tente vainement de lâcher un coup de pistolet, se saisit de son épée. Il reçoit une décharge de gros plomb, on l'emporte « chancelant et sanglant », mais les gens de sa suite courent sus aux agresseurs. Hélie de Monsalard tombe raide mort à la porte du sieur de Beaulieu, le syndic, son beau-frère. Ce sont les mœurs du temps, il ne faut pas en tirer de conclusions extrêmes. Notons cependant que Marguerite de Montsalard, la mère de Jacques Roux, perd son oncle paternel et son futur beau-père à peu d'années de distance dans des circonstances dramatiques. Masquée par l'habit sacerdotal, cette violence se manifestera un jour dans le caractère de Jacques Roux. Gatien Roux et son épouse passent leur première année de mariage chez les Montsalard à Bussière; convention fréquente au bénéfice d'un jeune ménage. Et c'est à Bussière que naît leur premier enfant, une fille, Jeanne, baptisée le 4 juillet 1750. Douze enfants verront le jour au cours des seize années qui suivent. Ce n'est pas un cas unique; l'enfant est un don de Dieu, la province se tient à l'écart des « funestes secrets » qui s'échangent dans les grandes villes; les familles nombreuses sont très répandues, on compte dix-sept enfants chez Bernard Sazerac des Roches, négociant d'Angoulême; ils sont onze chez son aîné, Louis Sazerac de Forges. Ce sont autant de bouches à nourrir, d'établissements à prévoir. Gatien Roux est loin d'être fortuné. L'héritage laissé par son père, l'ancien juge sénéchal de Pranzac, est des plus minces : une métairie, c'est le pain quotidien assuré, mais encore?

Il n'a plus rien à attendre de l'armée. Selon le Pr Markov, Gatien passe après son mariage au service du comte de Solignac, du nom d'une terre proche de Limoges ; elle ne l'éloignait pas sensiblement de son domicile conjugal. Retenu à Versailles ou dans son hôtel parisien de la rue du Bac, le seigneur du lieu était rarement présent. Roux avait la fonction de juge assesseur.

Désirait-il se rapprocher de Pranzac? C'est dans une maison du bourg que naît son premier fils, François, le 20 août 1751. Promis à une vie brève, l'enfant s'éteint quelques mois plus tard. Troisième enfant de la famille, Jacques Roux vient au monde le 23 août 1752. François est mort le 4 mars précédent. L'acte de baptême est libellé ainsi : 23 août 1752, Baptême de Jacques Roux, fils de M. Gratien Roux et demoiselle Marguerite de Monsalard, né le jour d 'avant-hier au bourg de Pranzac. Le parrain a été M. Jacques Tourette, le grand-père, et a tenu par commission, M. Jacques Tourette, son petit-fils, et marraine, Mette Anne Monsalard, et par commission, Mlle Marie Montsalard, sa mère qui ont signé.

Un point demeure obscur. Sa mère est née Montsalard. Les registres paroissiaux sont très incomplets. Le nouveau titulaire de la cure de Pranzac, l'abbé Marquet, a-t-il confondu grand-père et bisaïeul? Ce qui demeure avéré, c'est la relation d'intimité qui unit les deux familles, Tourette et Roux.

Plus anciennement que les Roux, mieux assis financièrement (pour autant que l'on puisse en juger à distance, d'après les actes des notaires), les Tourette sont les premiers notables de Pranzac, par les biens qu'ils possèdent à Flamenac et à Combe-Brune, par leur présence à l'église et au château. Depuis 1643, quatre générations de Tourette ont desservi la cure : Philippe (1643-1645), un autre Philippe, son neveu (1651-1675), Antoine (1675-1729), enfin Léonard-Sébastien Tourette, de mai 1767 à juin 1794.

Tout contribue à rapprocher les deux familles ; leurs alliances sont confirmées par la similitude des charges et des fonctions, au XVIIe siècle, Jean Tourette est chirurgien à Pranzac, Antoine Roux à Marthon.

À son tour, Jacques Tourette, lieutenant d'infanterie, choisit Gatien Roux pour être le parrain de son fils. Mais l'enfant, né en 1748, ne survivra pas.

Lorsque Léonard Tourette prend possession de la cure de Saint-Cybard et des deux stipendies annexées après la résignation de son oncle Philippe, la famille se presse dans l'église au cours de la cérémonie, le 28 juillet 1766. Au premier rang, Gatien Roux., fabricant, Marguerite de Montsalard, son épouse, les « demoiselles de Montsalard », leurs sœur et belle-sœur...

« Fabricant » (ou pour mieux dire, fabricien), le terme recouvre à la fois un service et une distinction, la marque d'un attachement à l'église. Le fabricien - ailleurs marguillier - veille sur le temporel, sur les revenus, les charges et les libéralités de la fabrique liée à la paroisse.

Nulle charge officielle ne distingue encore sur les actes des notaires l'ancien officier au régiment de Hainaut. C'est seulement plus tard, autour de 1780, à peu d'années de sa mort, qu'il apparaît sous le titre de juge-assesseur du marquisat de Pranzac. Ses fils sont alors hors de page ou sur le point de l'être.

Comment a-t-il réussi à élever les siens depuis la naissance de Jacques, le futur « prédicateur des sans-culottes » en 1752? Jacques-Madeleine viendra au monde en 1756, un autre fils de ce nom en 1759; ils seront suivis de Michel, de Guillaume, de Louis, d'un ultime garçon, Jacques encore, en 1765, de Marie enfin, la quatrième fille à porter ce prénom, treizième et dernier enfant de la famille.

L'histoire s'écrit sur fond de survie quotidienne ; les ressources de la famille sont modestes. Il m'est arrivé de penser que les discours enflammés du futur révolutionnaire devaient beaucoup aux soucis paternels dont son enfance fut le témoin.

De 1748 à 1780, hormis le bref intérim qu'il exerce pour le compte du seigneur de Solignac, Gatien Roux mène le train ordinaire d'un bourgeois. Il possède en propre une métairie, Chez Tarrois, à Pranzac, qu'il afferme en 1754 ; la métairie de la Grande Forêt à Souffrignac appartient à Jeanne Daire, veuve de Joachim de Montsalard, la mère de son épouse ; la dame s'est retirée à Pranzac au sein de la famille Roux; elle afferme sa métairie à Henry Tourette, sr. de Beaumont.

Gatien Roux tente sa chance dans le trafic fluvial qui va bon train. Le 18 janvier 1753, quelques mois après la naissance de son fils Jacques, il affrète une « gabare munie de tous ses cordages et accessoires ». Le bailleur, Jean Poitevin, mari de dame Rose Lescalier, est notaire à Angoulême.

Le fleuve Charente est le cordon ombilical qui relie l'Angoumois et l'arrière-pays à la mer; il est soumis à un trafic intense depuis l'ouverture du port de Rochefort créé de toutes pièces par Colbert dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Le port de Lhoumeau au pied des remparts d'Angoulême reçoit tout ce qui est destiné à l'arsenal, bois d'œuvre, fer, fontes, canons pour armer les vaisseaux, sans compter ce qui transite à destination de l'Angleterre et de l'Amérique. Le trafic triangulaire avec Saint-Domingue, les voies nouvelles ouvertes au commerce maritime, la guerre de course, offrent des perspectives nouvelles. Les gabares sont chargées à Lhoumeau prennent du fret en retour. Le comte de Broglie, marquis de Ruffec, « lieutenant général de ses armées et ci-devant ambassadeur extraordinaire près le Roi et la République de Pologne » ne dédaigne pas ces menus profits ; il possède en propre une gabare sur laquelle il fait charger le bois de construction coupé sur ses terres, livré ensuite au magasin du port de Rochefort. Le fret de retour est constitué de sel et de trois cents pains de fromage de Hollande.

Alors que le marquis Marc-René de Montalembert, encouragé par le ministre de la Marine, Rouillé, crée les forges à canons de Ruelle et de Forge-Neuve, le duc de La Rochefoucauld forme le projet de relier Poitiers à Angoulême par voie fluviale via le Clain et la Charente.

La France change de visage et s'ouvre aux Lumières. Les prix s'envolent, une tempête monétaire secoue Angoulême. « Un grand nombre de faillites et de banqueroutes, causées la majeure partie par le luxe, le gros jeu et la dissipation des négociants et fournisseurs d'artillerie » agite la société du lieu. Turgot, Intendant du Limousin, s'emploie à calmer le jeu : il ne faut pas diaboliser l'usure.

La petite bourgeoisie attachée à son mode de vie, réduite à ses revenus médiocres, suit avec peine les changements qui s'annoncent. Confronté dès son adolescence au pouvoir de l'argent, aux prétentions qu'il fait naître, Jacques Roux en concevra de l'amertume et comme un désir de revanche. Un mal plus profond ronge la société française, il prend à l'approche de l'orage la forme d'un malaise. On commence à parler de « régénération », le mot fera fortune. Tocqueville évoque à ce sujet « la voix de Jean criant du fond du désert que les nouveaux temps étaient proches ». Brûlant les étapes, une jeunesse impatiente attend le millenium, en avance de deux siècles.

Source : Jacques Roux, de Jean-Marc Le Guillou.

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29 avril 2015

Idée générale du commerce d'Angoulême

Pour donner une idée juste de la manœuvre des dénonciateurs de faits d'usure, pour en faire connaître l'origine, et mettre en état d'apprécier les effets qu'elle a dû produire, il est nécessaire d'entrer dans quelques détails sur la nature du commerce d'Angoulême, et des négociations qui s'y sont faites depuis quelques années.

La ville d'Angoulême, par sa situation sur la Charente, dans le point du cours de cette rivière où elle commence à être navigable, semblerait devoir être très commerçante : elle l'est cependant assez peu. Il est probable qu'une des principales causes qui se sont opposées au progrès de son commerce, est la facilité que toute famille un peu aisée trouve à y acquérir la noblesse en parvenant à la mairie. Il résulte de là que, dès qu'un homme a fait fortune par le commerce, il s'empresse de le quitter pour devenir noble. Les capitaux qu'il avait acquis sont bientôt dissipés dans la vie oisive attachée à son nouvel état, ou du moins, ils sont entièrement perdus pour le commerce. Le peu qui s'en fait est donc tout entier entre les mains de gens presque sans fortune, qui ne peuvent former que des entreprises bornées faute de capitaux, qui sont presque toujours réduits à faire rouler leur commerce sur l'emprunt, et qui ne peuvent emprunter qu'à très gros intérêts, tant à cause de la rareté effective de l'argent, qu'à cause du peu de sûreté qu'ils peuvent offrir aux prêteurs.

Le commerce d'Angoulême se réduit à peu près à trois branches principales la fabrication des papiers, le commerce des eaux-de-vie, et les entreprises de forges, qui sont devenues très considérables dans ces derniers temps, par la grande quantité de canons que !e roi a tait fabriquer depuis quelques années dans les forges de l'Angoumois et du Périgord, situées à peu de distance d'Angoulême.

Le commerce des papeteries a un cours, en général, assez réglé il n'en est pas de même de celui des eaux-de-vie : cette denrée est sujette à des variations excessives dans le prix, et ces variations donnent lieu à des spéculations très-incertaines, qui peuvent ou procurer des profits immenses, ou entrainer des pertes ruineuses. Les entreprises que font les maîtres de forges pour les fournitures de la marine exigent de leur part de très-grosses et très-longues avances, qui leur rentrent avec des profits d'autant plus considérables qu'elles leur rentrent plus tard. Ils sont obligés, pour ne pas perdre l'occasion d'une grosse fourniture, de se procurer de l'argent à quelque prix que ce soit, et ils y trouvent d'autant plus d'avantages, qu'en payant la mine et le bois comptant, ils obtiennent une diminution très-forte sur le prix de ces matières premières de leurs entreprises.

Source : Mémoire sur les prêts d'argent, de Turgot.

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28 avril 2015

Herminie de La Brousse de Verteillac, duchesse de Rohan, poètesse

Dans les premières années de mon séjour à Paris, vers 1875, j'habitais une maison peu éloignée de l'église Sainte-Clotilde. A la fin de la journée, en été, il m'était doux de descendre la rue de Varenne, en méditant et en rêvant, puis de contourner le paisible boulevard des Invalides, et de remonter vers la gare Montparnasse. Il y là de l'air et de l'espace, les passants sont clairsemés, les bruits de la grande cité expirent au loin, et le promeneur, en ces parages privilégiés, jouit de deux biens précieux, le silence et la solitude.

Quels beaux soirs mélancoliques j'ai connus dans ce quartier peuplé d'hôtels aristocratiques, enrichi de vastes jardins, et qui semble abrité, protégé, mis hors de pair par le dôme doré des Invalides où dort le grand Empereur...

En ce temps, si loin déjà, hélas! je ne connaissais presque personne encore à Paris : cette pensée de mon isolement attristait mes promenades, mais la beauté de la nuit descendant sur la ville m'enivrait, je respirais le parfum des plantes, des fleurs, des arbustes répandus en abondance autour des riches demeures et je me sentais moins seul ; la nature m'a toujours consolé de tout.

Au coin de la rue de Babylone et du boulevard des Invalides, je m'arrêtais toujours, et je considérais le bel hôtel Louis XV qui est bâti en cet endroit, entre cour et jardin. Je lui trouvais l'air débonnaire à travers la grille, et j'aurais voulu connaître les maîtres de la maison, dont j'ignorais le nom, mais que je supposais affables, simples, bons, sympathiques.

— Vous ne vous trompiez pas! me répondront tous ceux qui ont franchi le seuil de ce bel hôtel. Le duc de Rohan. la duchesse, leurs enfants possèdent au plus haut point les qualités que vous indiquez, et il n'est personne de leur entourage qui ne les aime, et ne soit honoré et fier de les approcher.

Que d'affinités mystérieuses dans notre vie! Les lettres, la poésie devaient me ramener plus tard en ce coin de Paris qui, dès le début, m'avait captivé, et je devais y trouver uh foyer d'art et d'élégance plein de vie, et la muse douce et riante, la femme si bien douée que tout Paris connaît, respecte et admire, et à laquelle je viens avec bonheur consacrer ces quelques pages. Mes impressions juvéniles me prédestinaient à les écrire.

* * *

La duchesse de Rohan, fille du marquis et de la marquise de Verteillac, est née à Paris. Sa famille appartenait à l'armée. Les Verteillac étaient grands sénéchaux du Périgord de la ville de Verteillac. Son aïeul maternel, le marquis de la Roche du Maine, dont le portrait est au château de Josselin, accompagna François 1er à Madrid, durant sa captivité. Charles-Quint posa un jour cette question au gentilhomme : «A combien de journées sommesnous de Paris? » Il répondit fièrement : « Sire, à autant de journées que de batailles, à moins que vous ne soyez battu à la première ! »

Le marquis de Verteillac, père de la duchesse, était entré à 17 ans à l'Ecole Polytechnique. Il fit partie à Versailles de la Maison-Rouge, et entra dans le corps des pages de Napoléon pendant les Cent Jours. Il en fut le dernier survivant, quand il mourut à l'âge de 89 ans. Il servit son pays dans l'artillerie, fit les campagnes d'Espagne, de Grèce, du siège d'Anvers, fut porté à l'ordre du jour de l'armée, et fut décoré de la Légion d'honneur.

Après une brillante éducation, qui porta à leur plus haut point de culture les dons brillants de cœur et d'intelligence qu'elle tenait de la nature, Herminie de Verteillac fut mariée très jeune au prince de Léon qui, à la mort de son père, prit à son tour, en sa qualité d'aîné, ce nom fameux de Rohan, qui s'est si fièrement transmis d'âge en âge depuis le XIe siècle, et qui signale à l'historien une longue suite d'aïeux héroïques.

La jeune femme brilla d'un vif éclat à l'horizon mondain. Nous retrouvons sa trace dans les études documentaires faites sur la société de Paris, il y a une quinzaine d'années.

Voici ce qu'écrivait alors le comte Vasili : « Le prince de Léon s'est adonné de bonne heure à la politique. Envoyé à la Chambre par les électeurs du département du Morbihan, il se montre assidu au Palais-Bourbon et déploie dans les travaux parlementaires un zèle et une activité qui le font remarquer. Il est fort instruit, son esprit est solide et brillant, son jugement très sûr.

« La princesse de Léon est la bonne grâce personnifiée; sa gaîté communicative, sa parfaite simplicité, son naturel et le tour plaisant de sa conversation en font l'une des personnes les plus agréables de la société. Son salon est très hospitalier, elle en fait les honneurs avec une grâce prévenante. Sa physionomie est piquante et jolie. Elle s'habille bien, se parant des joyaux superbes qui sont un héritage de famille, avec beaucoup de goût. Esprit, simplicité, tel est l'air qu'on respire dans cet agréable intérieur. »

La femme aimable et spirituelle qui signait « Etincelle » ses chroniques mondaines, et que tous les salons ont regrettée lorsqu'elle mourut, a laissé quelques pages charmantes sur la princesse de Léon. Combien je m'applaudis de les avoir conservées!

« Le pinceau, dit-elle, qui trace le portrait de la princesse doit peindre les traits d'une personnalité pleine de relief et d'originalité. Mlle Herminie de Verteillac est une vraie Parisienne, et le charme inhérent à cette origine est resté dans ses manières et dans ses goûts.

« Elle a, sous la torsade de ses beaux cheveux, la blancheur, le teint éclatant, les dents de perles, les yeux pétillants d'esprit d'une duchesse de Louis XIV. La physionomie surtout est admirable de mobilité, de sincérité, de naturel et d'intelligence. Ses mains et ses pieds feraient bonne figure en statuettes de Saxe, car ils sont tout petits.

« La princesse possède un de ces esprits couleur de feu et couleur d'aurore, comme eût dit Mme de Sévigné, qui reste toujours brillant et ne saurait demeurer inactif. C'est du repos qu'il souffrirait et non d'un excès de mouvement. »

Je veux citer encore un troisième témoin qui vit la duchesse de Rohan dans les premières années de son rayonnement et de sa maîtrise mondaine : je veux parler de M. le comte de Puiseux, qui a publié sur elle une notice fort intéressante, fort bien écrite, mais malheureusement devenue introuvable. Voici quelques passages caractéristiques :

« Le fond de votre caractère est l'indépendance, dit-il en s'adressant directement à la princesse : c'est là la note caractéristique de votre tempérament moral. Voulez-vous savoir maintenant d'où vient en grande partie le charme que vous exercez ; pourquoi tous ceux qui vous connaissent, sans être même de votre intimité, recherchent attentivement ce qui peut vous causer une joie, vous procurer un plaisir? Uniquement de la conviction que l'on a que vous êtes sincère, que vous êtes vraie, et que derrière la pensée que vous exprimez, ne s'en cache pas une seconde, en contradiction avec elle. Vous aimez la comédie sur la scène d'un théâtre, mais vous la détestez dans le commerce habituel de la vie, et vous l'avez impitoyablement chassée de la vôtre. »

Plus loin, je note ces détails qui ont leur importance : « Restée fille unique, vous aviez concentré sur vous toute, la tendresse, toutes les câlineries d'une mère qui vous adorait, et d'un père très fier de retrouver en vous, dès le premier âge, les reflets de sa haute intelligence. C'est à l'école d'un parfait gentilhomme et d'un homme d'esprit que vous avez grandi. »

Voilà, à mon sens, des lignes précieuses : je les reproduis bien volontiers, car, par elles, nous pouvons constater une fois de plus l'influence heureuse des parents pour former l'intelligence d'un fils, le caractère d'une fille, bref pour donner aux enfants qui doivent perpétuer leur race des qualités solides, un haut sentiment de l'honneur, l'amour de l'humanité, un entraînement généreux vers le Beau, le Vrai, le Bien.

« Ceux qui veulent vous plaire, dit encore M. de Puiseux, doivent laisser à la porte de votre hôtel cet esprit de critique quand même, qui pénètre partout. En votre présence, il faut être bon, équitable, sincère et vrai. On est récompensé de ce carême en emportant avec soi la conviction que l'on vous a été agréable, et ce qui dédommagera les plus mauvaises langues d'avoir pour un moment cessé de l'être, c'est la certitude que vous aurez découvert chez elles quelques bonnes qualités jusqu'ici ignorées de tous et d'elles-mêmes. »

Ce passage ne manque ni de finesse, ni de malice, et prouve que M. de Puiseux connaît bien la société. Mais. quel hommage rendu à la femme qui nous occupe! Elle veut ignorer le mal, la méchanceté, tout ce qui divise et peut nuire, et elle a su acquérir assez de prestige pour qu'on s'en souvienne toujours quand on l'approche. Ce trait prouve mieux que de longues pages l'excellence de sa nature. Les âmes douées de la sorte sont rares. Forcer par sa seule présence les mauvaises langues à se taire, mais c'est presque un miracle : J'en appelle à M. le comte de Puiseux !

Par ce côté, et par d'autres encore, la duchesse de Rohan nous rappelle une des femmes les plus captivantes du XVIIIe siècle, la douce, la bonne comtesse d'Houdetot qui jamais ne prononça une parole aigre et malveillante, et qui fermait les yeux pour ne pas voir les défauts et les vices de l'humanité, mais les ouvrait doublement et longtemps pour admirer les heureuses qualités, le bon naturel, les belles actions, la vertu.

Ah! ne craignons pas de faire hautement l'éloge des cœurs d élite, hommes ou femmes, qui sont doués ainsi de cette puissance et de cet amour du bien, car leur exemple est une consolation au milieu des vanités et des déceptions du monde.

Estimons-nous heureux si nous en rencontrons quelques-uns sur notre route, et entourons leur souvenir de vénération, d'affection et de respect. Ils sont dignes de vivre dans la mémoire d'une époque, autant, sinon plus, que les savants, les lettrés, les artistes.

* * *

La duchesse de Rohan surveilla avec un grand soin l'éducation de ses trois filles et de ses deux fils. Poussée à l'action, au mouvement par son tempérament et ses goûts, elle fut et elle est encore une grande voyageuse. Elle a visité tous les pays de l'Europe. Elle possède un livre précieux qui l'a suivie dans ses voyages, et qui renferme des autographes des personnages célèbres, princesses, souverains, ministres, hommes d'Etat, poètes, musiciens. C'est pour elle un guide éloquent à travers ses souvenirs. Il lui suffit de feuilleter les pages de ce livre, de relire telle pensée et tel nom, pour revoir avec précision les splendeurs et les attraits de ses voyages.

Sa vie se trouve partagée, d'autre part, entre Paris et le château de Josselin, dans le Morbihan. L'ancien hôtel de Verteillac, devenu l'hôtel de Rohan, est un véritable musée où chaque œuvre d'art est un souvenir de famille.

« Quand on a gravi le perron de l'hôtel, et traversé deux salons, où les portraits d'ancêtres vous sourient au passage, on ne peut se défendre d'une impression de solennité en franchissant la porte du grand salon de réception, qui tient toute la largeur de la maison. Les boiseries blanches sculptées avec art, les meubles en vieux Gobelins, la vaste cheminée surmontée d'une royale pendule Louis XVI, le beau portrait historique placé en face, tout a l'air grave et très noble. »

C'est Etincelle qui a écrit jadis ces lignes. Elles expriment exactement l'impression que ressent le visiteur accueilli pour la première fois dans cette demeure aristocratique. L'aspect du grand salon est vraiment imposant.

Le beau portrait, que mentionne Etincelle, est celui de Mme Dubarry, par Mme Vigée-Lebrun. La favorite est coiffée d'un chapeau d'été qui donne à sa physionomie un air de douceur rayonnante et de bonheur apparent.

L'œuvre que j'ai le plus admirée dans ce vaste salon, c'est un buste en marbre de Mérard, représentant le prince de Conti. Cousin du roi, on le sait, doué d'une haute intelligence, ami de Jean-J acques Rousseau et de Beaumarchais, il donnait au Temple et à l'Isle-Adam des fêtes magnifiques, dignes de la cour : sa physionomie est restée dans l'histoire comme l'incarnation du véritable grand seigneur au XVIIIe siècle; ce n'est pas peu dire : aussi, je me suis incliné devant son image, et j'ai salué sa mémoire. En examinant ses traits, je me rappelais les admirables lettres qu'il écrivit à Rousseau, lettres où il lui témoigne l'affection d'un frère, et où on constate qu'il le protégea comme il aurait protégé son propre fils. Il fut, avec la maréchale de Luxembourg, l'ami le plus dévoué du philosophe.

Dans le cabinet du duc, qui fait suite, le souvenir de ce prince est rappelé encore par un tableau d'Ollivier, le Salon du Prince de Conti au Temple, dont une réplique appartient au Louvre. C'est une toile exquise où nous voyons, dans le salon des Quatre-Glaces, au Temple, les familiers du prince, au nombre desquels se trouvent le comte de Chabot et le comte de Jarnac. Au premier plan, debout, apparaît dans toute sa grâce sémillante et pimpante, la jeune comtesse d'Egmont, l'amie de Gustave III. Mozart, enfant, est au clavecin, l'acteur Jéliotte va chanter. Nous sommes au commencement de l'année 1764.

Au nombre de ces grandes dames, la duchesse de Rohan actuelle eùt fait bonne figure, à côté du prince de Beauvau, de la maréchale de Mirepoix, de la comtesse de Boufflers. Oh ! l'élégante et aimable société ! Le tableau d'Ollivier est plus précieux qu'un livre. D'un coup d'œil, nous pouvons saisir la vie de cette heureuse époque.

Que de merveilles encore j'aurais à signaler dans l'hôtel de Rohan, des tapisseries anciennes, des portraits et des miniatures de famille, des estampes rares, des bonbonnières, des écrans, des œuvres d'art de toute sorte ! Sur le bureau de travail du duc, j'ai remarqué un buste du grand Condé, vraiment digne du héros de Rocroy. Tout le prestige de Monsieur le Prince rayonne dans ce vieux bronze.

Parmi les œuvres modernes, je ne puis oublier de mentionner un tableau de Chartran, représentant le maître et la maîtresse de la maison. Le duc est assis; la duchesse, près de lui, est debout. Tous deux, est-il besoin- de le dire, ont fort grand air.

J'aperçois aussi du même artiste le portrait d'Anne de RohanChabot, comtesse de Périgord, la fille aînée de la famille, enlevée si prématurément à l'affection des siens, en 1903. C'était une véritable sainte, elle soignait les pauvres avec une sorte de volupté surhumaine, sa vie ne fut qu'une suite de bonnes œuvres, et tous ceux qui l'ont connue ne peuvent évoquer son souvenir sans une émotion affectueuse, et sans l'idée d'une perfection idéale. Elle s'en est allée avant l'heure : telle une fleur de choix, orgueil d'un parterre embaumé, qu'on trouve un matin brisée par un vent d'orage. Sa mort, on le comprend, amena la désolation dans la famille de Rohan. Elle y sera à jamais pleurée. Qualité rare, la sainteté qu'elle pratiquait n'altérait en rien son enjouement, sa grâce, sa bonne humeur.

En résumé, Etincelle le disait justement :« L'hôtel du boulevard des Invalides, plein de luxe et de goût, modernisé par les recherches à la mode et gardant pourtant son grand air d'habitation seigneuriale, offre à Mme de Rohan les plaisirs du monde, les réceptions qu'elle organise avec tant d'art, les conversations qu'elle dirige avec tant de tact, enfin l'étourdissement délicieux de Paris. »

Les réceptions de la duchesse resteront célèbres. Son bonheur était d'avoir dans son entourage des esprits distingués, des savants, des lettrés, des artistes. Son ambition s'était réalisée, elle était devenue l'âme d'un cénacle intellectuel, lorsque le deuil cruel, dont nous venons de parler, ferma le salon si vivant du boulevard des Invalides.

Maîtresse de maison accomplie, Mme de Rohan a l'œil à tout, rien n'échappe à sa vigilance et à son activité, aussi les services sont admirablement réglés autour d'elle; sa volonté, que rien ne fatigue, préside à la belle ordonnance au milieu de laquelle elle apparaît, et qui semble être son atmosphère naturelle. Mais ce qu'elle aime par dessus tout, c'est l'art, musique, peinture, déclamation. Dans sa jeunesse, il fallait ajouter le chant et la danse. Elle parle quatre langues.

Quand elle quitte son cadre parisien, où tant de précieux souvenirs la retiennent et l'attachent, la duchesse se rend dans le Morbihan, au château de Josselin, le vieux manoir gothique qui, depuis des siècles, appartient à la race, et dont l'aspect imposant fait mieux comprendre sa devise fameuse :

Roi ne puis,
Prince ne daigne,
Rohan suis !

On pourrait écrire un livre, en racontant l'histoire du château de Josselin, de ces tours féodales qui disent la puissance d'une lignée illustre, de ces pierres qui racontent ses hauts faits, de tout ce magnifique domaine qui enferme et conserve sa gloire. Il semble que la fierté et la fidélité légendaire de la Bretagne soient incrustées à jamais dans ce castel qui porte gaillardement le poids des siècles -il date de 1026 — et brave les injures du temps.

Là, comme à Paris, comme partout où elle a été et partout où elle ira, la duchesse est aimée. Qui n'aimerait, en effet, une femme qui est affable et compatissante, qui répand discrètement ses bienfaits, trouve une parole consolante pour chaque tristesse, ne dit de mal de personne, comprend le sort de chacun et les passions de tous, loue les uns, plaint les autres, bref, pour laquelle, suivant le mot de Térence, rien d'humain ne paraît étranger? Aux champs comme à la ville, une pareille femme sera chère au cœur des grands et des petits, des riches et des pauvres, des savants et des ignorants. Le cri de l'opinion sera partout le même. Dans les palais comme sous le chaume, on dira :

— C'est la meilleure des femmes !

C'est ce qu'on dit de la duchesse de Rohan dans l'arrondissement de Ploërmel et dans tout le Morbihan. Là, a-t-on écrit avant nous, elle sent l'amour de toute une population l'envelopper de reconnaissance et de dévouement. La châtelaine, dans ses simples robes de laine, est restée pour ses paysans une reine des temps évanouis. Elle les connaît tous par leurs noms, comme eux la connaissent par ses bienfaits.

* * *

Maintes fois le château de Josselin a été décrit par les érudits et les archéologues. Une étude récemment parue dans une revue illustrée montre le duc et la duchesse de Rohan accueillant leurs invités, et rendant eux-mêmes tous les devoirs de la vieille et bonne hospitalité française.

« Afin, écrit M. Camille Gronkowski dans ce travail, de ménager à votre surprise la vue saisissante des tours et de la façade moyen âge, le duc de Rohan vous fera traverser le parc dans sa largeur, descendre le raidillon qui conduit à l'Oust, et c'est là, sur cet étroit chemin, resserré entre la rivière et les murailles, que vous contemplerez avec une sorte d'effroi, la formidable masse de granit qui se dresse, cyclopéenne, jusqu'aux nuages blancs, tout là-haut. — Vrai Dieu, ils étaient en sécurité dans ce nid d'aigle, les seigneurs féodaux, et sans risque ils pouvaient narguer le roi d'Angleterre! La muraille noirâtre monte, monte à pic et nue au-dessus des rochers; trois tours colossales la coupent à intervalles réguliers, et se terminent en toits coniques que la hauteur fait paraître ridiculement pointus du basfond où nous sommes. On distingue trois étages de fenêtres à meneaux, et la pierre marque en cet endroit quelque velléité d'élégance, au-dessus de cette noble et impressionnante sévérité. »

Josselin fut un moment fief royal, sous Philippe le Bel. Jean II le donna ensuite à Charles de Valois, son oncle. En 1370, Pierre, comte d'Alençon, et Robert, comte du Perche, vendirent le château à Olivier de Clisson, qui le fit embellir, et y mena une large existence. Il faudrait tout un volume pour raconter dignement les destinées de cette demeure célèbre.

Dans l'intérieur du château de Josselin, comme à l'hôtel du boulevard des Invalides, les chefs-d'œuvre abondent. Là aussi, il y a un grand, très grand salon où les portraits des ancêtres, dus au pinceau des maîtres, et pieusement conservés, semblent prendre part à la vie de leurs descendants.

Voici un majestueux Louis XIV, d'après Rigaud, et un solennel amiral du Casse, revêtu de la Toison d'Or. Plus loin, Henri, duc de Rohan, mort en brave en 1638; la fille du grand Sully, Mar- guerite de Béthune, duchesse de Rohan; une nièce de Louis XIV, Charlotte d'Orléans, duchesse de Lorraine; Françoise de Roquelaure, princesse de Léon; la princesse de Rohan-Soubise, par Nattier; Elisabeth de Montmorency, par Gérard; le cardinal prince de Rohan, grand aumônier de France; le grand-père du duc actuel, Anne-Louis de Rohan-Chabot,prince de Léon, duc de Rohan. Les poutres du plafond sont décorées d'écus armoriés qui rappellent les alliances de la famille, et en disent la noblesse et la grandeur.

Dans la bibliothèque, de nombreux portraits de femmes attirent le regard. Voici une première Marguerite de Rohan, fille d'Alain VII, puis une seconde, qui fut la femme de Alain IX, enfin une troisième qui épousa Jean, comte d'Angoulême, et fut la grand'mère de François Ier. « Pauvre bouquet de Marguerites, écrit d'une plume émue M. Gronkowski, jolies quand même dans leurs vertugadins, mais envahies chaque jour par l'ombre et les craquelures de la toile,— ces rides inévitables dont l'ironique morsure va poursuivre encore celles qui pensèrent fixer un jour, en pleine beauté, leur image définitive. »

A côté de ces Marguerites, deux Annes revivent sur la toile, Anne de Rohan-Chabot, duchesse d'Epinay, vêtue en guerrière, et Anne-Julie de- Rohan, princesse de Soubise, tenant dans sa main un lis.

A la vue de ces grandes dames qui furent belles, rayonnantes, aimantes et aimées, et qui brillèrent d'un vif éclat dans les Avrils défunts d'un passé si lointain, la pensée est émue, et un sentiment saisit l'âme, celui de la fuite rapide des jours, celui de nos fragiles destins.

Quel charme, quel regret d'une beauté passée,
Devant ces vieux portraits saisissent la pensée !
Quel espoir séducteur, quelle plaie à guérir,
Quel rêve enseveli, quelles secrètes flammes
Se rallument soudain devant ces grandes dames
Qu'une toile légère empêche de mourir !

L'artiste qui vous fit de son pinceau fidèle
Dut souvent, j'en suis sûr, en face du modèle,
Interrompre, troublé, la tâche qu'il aimait,
Pour causer avec vous, pour s'envelopper l'âme
De ce frisson divin qui l'imprègne et l'enflamme,
Et de l'art immortel lui montre le sommet.

Vos attraits, vos printemps vivent dans ma mémoire :
Je trouve une douceur mystique en votre histoire;
Je songe à vous parfois le long de mon chemin,
Et, captivé longtemps par votre frais sourire,
C'est pour vous émouvoir que je voudrais écrire
Ces vers que l'oubli sombre emportera demain !

Revenons au château de Josselin qui renferme bien d'autres objets d'art. Il faudrait faire une longue halte au musée, rempli de souvenirs et de curiosités historiques, tels qu'une miniature de Henri IV donnée par Sully à Henry de Rohan, des émaux de Petitot, l'escabeau fringant de la bibliothèque de Mme de Pompadour, le missel du cardinal de Rohan, la lorgnette de MarieAntoinette, celle que Napoléon portait à Austerlitz. Parmi les souvenirs modernes, le fanion du général Voyron, commandant en chef de l'expédition de Chine, en 1901 : le prince de Léon actuel, fils aîné du duc de Rohan, fut porte-fanion du général dans cette expédition.

La duchesse a été la créatrice de ce musée. Comme beaucoup de nos contemporains, elle est collectionneuse. L'archéologie, les faïences, les armes, les costumes la passionnent, même les costumes de femmes, les costumes pittoresques des provinces et des pays étrangers. Sa collection, composée de poupées habillées, est fort intéressante; elle s'enrichit tous les jours et finira par devenir une source précieuse de documents qui diront ce qu'ont été les temps révolus dans la parure et le vêtement féminin.

Si les réceptions de Paris ont fait époque, que dire de celles de Josselin? L'hospitalité du duc et de la duchesse est vraiment royale. Aussi, bien des princes y ont été reçus ; citons, entre autres : LL. AA. R. et I. le comte et la comtesse d'Eu et l'archiduc Charles d'Autriche. La bonté préside à ces réceptions, le cœur s'y épanouit, l'affection y règne. N'est-ce point là le suprême attrait! Les élégances mondaines y abondent par surcroît, sans compter les grands souvenirs du passé qui colorent toute chose d'une impression magique. Aussi, dans la haute société de tous les pays, à l'étranger comme en France, il n'est pas rare d'entendre ces paroles : « Nulle part on ne reçoit comme à Josselin! »

* * *

A l'exemple d'une aïeule de sa famille, Anne de Rohan-Soubise qui vivait au xvie siècle et a laissé des vers touchants ; à l'exemple aussi d'une comtesse de Verteillac, sa grand'mère, qui, au XVIIIe siècle, avait un salon de beaux esprits, et dont les strophes furent justement appréciées, la duchesse actuelle, en dehors de ses collections et de ses bonnes œuvres, a une autre passion, celle de la poésie. Il ne faut pas s'en étonner, car il résulte de ce que nous avons dit que tout en elle est harmonieux, ses paroles, ses actions, ses jugements. Longtemps elle se contenta de dire les vers des autres, et c'était un plaisir de l'entendre, car sa diction est vraiment remarquable, et sa voix musicale fait tressaillir les auditeurs. Un de ses amis, fin connaisseur, lui dit un jour :

— Vous qui déclamez si bien les poésies d'autrui, pourquoi n'en composez-vous pas vous-même? Vous écririez des pièces charmantes! Essayez!

Elle hésita d'abord, puis se mit à l'œuvre avec timidité, comme tous ceux qui ont le respect de la muse. Bientôt, de son âme sincère et droite, jaillirent des strophes émues, pleines d'aperçus ingénieux et de pensées délicates. Une philosophie douce y est répandue, la bienveillance y respire, des vœux d'affection, de bonheur y sont exprimés avec grâce.

Je viens de lire ces premiers essais : L'impression ressentie est pareille à celle qui nous vient d'une riante aurore, ou de l'aspect d'un beau jardin. La pièce du début, souvent citée, a pour titre les Branches. La noblesse d'âme du poète s'y révèle déjà tout entière. La duchesse procède par images pour arriver à la pensée sérieuse qu'elle veut exprimer. Le spectacle de la nature lui fournit des comparaisons qu'elle rapporte à l'homme, et de ce rapprochement naît une attrayante et utile émotion. Dans cet ordre d'idées, le petit poème intitulé l'Automne est un modèle du genre. Que de grâce en ces vers :

Voici venir l'Automne et l'arrière-saison
Qui voit mourir les roses,
Se faner toute fleur et jaunir le gazon
Au fond des parcs moroses.

La brise qui s'élève emporte loin de nous
Les fougères dorées,
Au pays de la ronce et des buissons de houx,
Mourantes et fanées.

Et quel charme pourtant, quelle austère beauté
Dans ce naissant Automne,
Charme que n'auront point le printemps ni l'été,
Quand tout germe et frissonne !

Automne aux jours si beaux, malgré les feuilles mortes,
Saison aux tons pourprés,
Reste encor près de nous, et de tes senteurs fortes
Embaume encor nos prés !

Automne de la vie, ô jours de paix pour l'àme,
Ralentissez vos pas;
Soleil, réchauffe-les des rayons de ta flamme,
Et que l'hiver ne vienne pas !

Comme tous les poètes, la duchesse de Rohan est impressionnée par la fuite rapide des années, dont nous parlions plus haut, et sa plainte mélancolique voudrait en arrêter le cours.De là dans ses vers cette douceur attristée qui correspond si bien au sentiment intime que nous avons de nos faiblesses et de nos misères.

Voici encore deux pièces dont les lecteurs de cette étude auront la primeur. L'une a pour titre : A ma Bretagne. C'est un cri d'amour pour ce pays qui impressionne si fortement ceux qui l'observent et l'étudient.

J'aime les landes violettes,
Les piquants verts de ses ajoncs,
Les bruyères, roses fleurettes,
Et sur l'eau les flexibles joncs.

J'aime les toits couverts de chaume
Les sveltes clochers ajourés,
La senteur forte et tout l'arome
Qui sort des bois, monte des prés.

J'aime entendre sous la feuillée
Les chants d'Arvor, tous nos vieux chants,
Et les récits qu'à la veillée
Fait une aïeule à cheveux blancs.

J'aime les cal vaires de pierre,
Antique granit aux tons roux,
Et je suis très noblement fière
De ma Bretagne aux ciels si doux!

La seconde pièce est un chant de bonté à l'égard de l'humanité tout entière. Tels devaient en faire entendre, en s'accompagnant du luth, les ménestrels et les trouvères des vieux âges.

Semez, semez toujours du soleil en passant
Au bord de la rivière !
Semez, semez toujours du soleil en parlant
Au seuil de la chaumière !

Semez, semez toujours du plaisir en dansant
Dans les bois, sur la mousse !
Semez, semez toujours du plaisir en chantant
De votre voix si douce !

Semez, semez toujours le bonheur en prenant
Les cœurs par tant de grâce !
Semez, semez toujours le bonheur en aimant,
Temps fuit, jeunesse passe!

Se montrer humain, sentir, aimer, c'est là le premier secret de toute poésie : Pour peu qu'on sache y joindre la clarté du style, la magie du verbe, le rayon pur de l'art, on est sûr de plaire et d'émouvoir. En naissant, Mme de Rohan a reçu tous c dons en partage; la haute situation sociale qu'elle a toujours occupée a été un cadre merveilleux pour leur développement et leur floraison.

Cette aimable femme a donc été favorisée des Dieux, mais sa volonté a beaucoup fait pour seconder leurs desseins : De là son mérite personnel, de là aussi la grande place qu'elle tient si dignement au milieu des hautes personnalités de Paris, et de toute la société française.

Hippolyte Buffenoir

Paris, juin 1904.

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