10 décembre 2019

Léonard Peyroche (1737-1815)

Léonard Peyroche
Limoges (Haute-Vienne) 14 mai 1737 - Saint-Quentin-de-Chabanais 16 avril 1815.

Fils aîné, semble-t-il, de Jean-Baptiste Peyroche du PuyGuichard, bourgeois et marchand de Limoges, et de Catherine Baillot du Queroix. La plus grosse fortune de notable recensée en Charente, dont l'origine et une part importante restent limousines. L'administration plaçait ce notable, en 1804, au deuxième rang des douze plus grosses cotes foncières et au cinquième rang des trente plus imposés du département, avec une contribution de 3 985 F. Mais l'inventaire après décès, en 1815, révélait une face cachée de la richesse, avec un actif mobilier de près de 1 100 000 F qui place l'intéressé en tête des fortunes personnelles de la Charente.

Léonard Peyroche était né et avait grandi dans la bourgeoisie qui exerçait des charges consulaires à Limoges au XVIIIe siècle. Son père, après avoir été colonel de la milice urbaine (charge passée ensuite au fils), était devenu consul. C'est en septembre 1779, devant notaires parisiens, que Léonard Peyroche faisait l'acquisition de la terre et du château de Pressac à Saint-Quentin près de Chabanais, pour une somme de 300 000 livres dont 200 000 payables sous six mois. C'est l'accumulation pendant plusieurs décennies de dettes et d'obligations hypothéquées qui avait conduit à l'aliénation de cette seigneurie appartenant à Marie-Gabrielle d'Abzac, veuve du marquis d'Allogny, remariée à Guillaume Chaignaud de La Gravière. Peyroche, l'acquéreur, se substituait à la débitrice défaillante dans le règlement des créanciers, avec des opérations jusqu'en 1785. Désormais il partage son temps entre Limoges et Saint-Quentin, où il est le nouveau seigneur de Pressac ; ses affaires le conduisent aussi à faire des voyages à Paris. En 1789, il est électeur de la noblesse d'Angoumois, sans que nous connaissions la procédure de son anoblissement, lié sans doute à l'acquisition d'une charge de secrétaire du roi.

Une chose est sûre, même s'il y a eu par la suite achats de biens nationaux, la fortune est antérieure à la Révolution, faite à Limoges, et la part immobilière se situe dans les deux départements de la Haute-Vienne et de la Charente. En l'an XI, le total des contributions (foncière et personnelle, sans patente) se monte à 6 175 F. La notice du notable de l'Empire, inscrit sur la liste des soixante, mentionne la qualité de "négociant et agriculteur" et relate qu'il aurait présidé l'administration du canton de Chabanais. Nous n'en voyons aucune trace ; par contre il a été l'agent de la commune de Saint-Quentin en l'an IV et V, le maire entre 1808 et 1813. Il est aussi, de 1800 à 1815, le président du canton électoral de Chabanais et membre du collège du département.

Marié avec Valérie Barbout des Courières, et divorcé en l'an VII à la demande de l'épouse, pour cause d'incompatibilité d'humeur et de caractère, il est resté sans héritier direct. La fortune est partagée suivant la volonté du donateur entre les descendants d'un frère et d'une soeur.

Marie-Anne Peyroche, fille d'un frère cadet décédé, reçoit en dot de son oncle en mars 1815, à son mariage avec Pierre-Hypolite Martin de La Bastide, de Limoges, et futur grand notable de la Haute-Vienne sous la Restauration, la part charentaise de la fortune ; c'est le point de départ d'une lignée de notables qui ont laissé des noms connus dans les annales charentaises au XIXe siècle et du XXe siècle : le lieutenant-colonel de La Bastide (1824-1904) et son fils le commandant de La Bastide (1866-1957).

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.

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Jean-Jacques Crevelier (1764-1818)

Jean-Jacques Crevelier
Confolens 25 avril 1764 - Aarau (Suisse) 9 février 1818.

Fils d'André, tisserand, et d'Anne Vergnaud. Elevé au collège de Poitiers aux frais d'un oncle prêtre, il refusa d'entrer dans les ordres et ouvrit une maison d'éducation privée en 1786. Un notable qui n'est pas fils de notable et sort du peuple. Il adopte à fond les idées de la Révolution et fonde à Confolens un Club des Amis de la Révolution. En 1791, il est élu administrateur du district de Confolens, puis membre du directoire. En septembre 1792, à La Rochefoucauld, il est dans un premier temps élu dernier député suppléant du département, mais Memineau ayant fait connaître qu'il refusait son mandat, l'assemblée électorale qui n'était pas encore dissoute procéda sur le champ à son remplacement en élisant Crevelier (8 septembre). A la Convention, il allait voter avec les Montagnards, dont il fut l'un des plus fermes soutiens ; en particulier il se prononça pour la mort du roi en ces termes : "Les attentats du tyran, voilé mes motifs. Je vote pour la mort et l'exécution du jugement dans les 24 heures". De Paris il adressait aux sans-culottes charentais des lettres d'engagement avec la formule : "Salut et vigueur permanente". Cependant, sur le plan local, il aurait contribué à faire libérer Memineau, détenu au château d'Angoulême. Aux élections de l'an IV, Crevelier ne fut pas repris parmi les 2/3 des sortants. Il devint alors commissaire du gouvernement auprès de l'administration municipale du canton de Confolens. Après Fructidor, un arrêté du directoire exécutif de Paris le faisait entrer en même temps que Desprez (Jean) à l'administration centrale du département (octobre 1797). A peine installé, il supplée le commissaire en titre Marvaud, et prononce des discours d'une teinte républicaine plus marquée, glorifiant le Dix-Huit Fructidor et invitant les administrateurs à faire respecter et appliquer les lois de sûreté publique de manière plus ferme et plus rigoureuse (voir son discours du 24 vendémiaire - 15 octobre 1797). Au bout de quelques semaines, son zèle s'apaise. En floréal an VI (mai 1798) Crevelier est élu représentant du peuple et il passe au Conseil des Cinq Cents. En Brumaire an VIII, il accepte le coup d'Etat et se rallie à Bonaparte ; "ses opinions s'adoucirent à tel point que le gouvernement de Bonaparte l'admit au Corps législatif" (Babaud-Laribière) . A ce moment il joue ou veut jouer un rôle important en Charente, multipliant les interventions et les recommandations lors de la mise en place de la nouvelle administration du Consulat, tant au niveau du département qu'à l'intérieur de l'arrondissement de Confolens. Lui-même devait rester au Corps législatif jusqu'en 1803. Il entretient alors avec le secrétaire général de la préfecture, Lavauzelle, une correspondance qui nous éclaire sur l'état d'esprit du département après la scission qui s'est faite chez les républicains : ceux qui ne pardonnent pas à Bonaparte le coup d'Etat, avec Dubois de Belle Garde, et ceux qui s'y sont ralliés.

A ce moment la carrière de Crevelier pose une énigme. En effet, à sa sortie du Corps législatif en 1803, il allait rester inemployé par le régime impérial jusqu'en 1814. Néanmoins, en 1808, le préfet l'avait ajouté à la liste des candidats possibles pour présider le collège électoral de l'arrondissement de Confolens, en quatrième position, avec cette mention : "Crevelier Jacques, négociant, pris hors du collège ; son attachement au gouvernement et les diverses fonctions qu'il a remplies depuis 89 ont déterminé le préfet à le proposer". Il est aussi membre du conseil municipal de Confolens (annuaire de 1812).

En 1815, pendant les Cent Jours, il joue un rôle ultime et éphémère, réagissant à la manière de beaucoup d'anciens républicains, tel Carnot ; il accepte de servir le régime au poste de sous-préfet de Confolens, où il se montre très actif. Atteint par la loi d'exil de 1816 contre les régicides, il se cache à Paris pendant un an avant d'être arrêté et conduit à la frontière belge.

Crevelier de Confolens et Desprez d'Angoulême ont beaucoup d'analogies : origine familiale humble, compensée par l'instruction et les circonstances favorables, maîtres d'école avant de servir la Révolution, itinéraire idéologique et politique identique, dans leurs interventions même discours au style ampoulé et abstrait et qui écorche l'éloquence ; la promotion de ces deux notables, sans antécédents ni fortune, préfigure longtemps à l'avance les réussites beaucoup plus nombreuses à compter de la IIIe République. Un descendant de Crevelier, inspecteur d'académie en Haute-Vienne, a publié en 1927 un roman où intervient son arrière-grand-père, le conventionnel.

De son mariage avec Marie Loudin, Crevelier avait eu un fils, Jean-Diogène ; et une fille, Hortense, qui alla en Suisse soigner son père dans les derniers mois de sa vie. La déclaration de succession en 1818 à Confolens indique : en mobilier, 4 000 F dont un fonds de boutique ; en immeubles, 15 875 F.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.

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Pierre Garnier de La Boissière (1755-1809)

Pierre Garnier de La Boissière
Chassiecq (Charente) 11 mars 1755 - Paris 14 avril 1809.

Fils aîné d'André Garnier du Bois, seigneur de La Boissière, écuyer, chevalier de Saint-Louis, et de Françoise de Salignac de La Maingoterie. Garnier est le patronyme d'une famille noble de la région de Ruffec, divisée au XVIIIe siècle en plusieurs branches, dont deux portent le titre de La Boissière. En 1789 il y a cinq électeurs Garnier dans la noblesse d'Angoumois.

Le général Pierre Garnier de La Boissière est, on peut le dire, le notable le plus distingué du département, avec une carrière militaire doublée de mandats politiques et comblée d'honneurs. C'est presque un notable national. Il est également représentatif de la situation d'une petite noblesse de province condamnée sans doute à végéter sous l'Ancien Régime dans l'armée royale, et qui, acceptant la Révolution, y trouve l'occasion d'une promotion rapide qui la mène au haut de la hiérarchie militaire, parallèlement à un changement de fortune et à une élévation sociale qui se répercutent sur les générations suivantes.

Reçu à l'Ecole royale militaire en octobre 1769, sous-lieutenant au Custine Dragons en juin 1772, ayant rang de capitaine à partir de 1799, affecté à l'armée du Rhin, chef d'escadron en août 1792, il se distingue au combat de Spire le 30 septembre 1792, faisant 300 prisonniers autrichiens à la tête de douze chasseurs de son régiment. Colonel en décembre 1792, faisant fonction de général de brigade à l'armée du Rhin en mai 1793, prisonnier de guerre des Prussiens en juillet 1794, échangé et libéré en avril 1795, général de brigade le 13 juin 1795, il est général de division le 23 février 1799 après être passé dans différentes armées : Rhin-et-Moselle, Allemagne, Angleterre, Mayence, Italie (il aurait joué un rôle important à la bataille de Novi), les Grisons... Inspecteur général de l'infanterie en 1801, inspecteur de la cavalerie en 1802, il est mis à la retraite en 1803. Deux blessures au cours de ses nombreuses campagnes.

Mais une autre carrière a commencé pour lui : en germinal an XI, il est nommé président du collège électoral du département de la Charente, qu'il présidera au moins deux fois, en l'an XI et en 1807 ; en même temps — curieux cumul - il préside le collège électoral du canton de Saint-Claud. Inscrit sur la liste des soixante. Sénateur le 25 août 1802, chambellan de l'Empereur en janvier 1805, pourvu d'une sénatorerie (Bourges) en 1804 ou 1805, grand officier de la Légion d'honneur en juin 1804, il est fait comte d'Empire par lettres patentes du 26 avril 1808. Doté de 20 000 F de rentes annuelles sur la Westphalie par décret du 10 mars 1808, il est désigné pour prendre le commandement de la cavalerie de l'armée du Rhin à Strasbourg en mars 1809, mais il meurt à Paris le 14 avril, à 54 ans. Il est inhumé au Panthéon.

Ce notable intervient beaucoup dans la vie administrative et politique du département après 1800, sa correspondance avec les autorités civiles en fait foi. Manifestement, il a du poids et de l'influence tant à Paris que dans le département, où il est le trait d'union entre l'Ancien Régime et les temps nouveaux. Sous le Consulat, le général intervient en faveur de l'amnistie des émigrés, dont son frère, militaire de l'armée royale comme lui, destitué en 1792, qui avait ensuite servi dans l'armée de Condé. Il avait aussi une soeur, veuve d'un vétéran des guerres de l'Ancien Régime, qu'elle avait suivi en Allemagne en 1792 et qui fut fusillé à Quiberon ; elle se remarie, en 1806, avec un ancien émigré confolentais, ayant combattu, lui aussi, dans l'armée des Princes.

De son mariage avec Marie-Eulalie Boissière, à Saint-Claud en 1790, sont nés quatre enfants dont deux aînés morts en bas âge. Le troisième, Jean-Frédéric (1796-1873), après une carrière militaire jusqu'en 1829, fait une carrière politique en Charente. Député entre 1839 et 1842, il se place dans l'opposition de gauche contre le ministère ; conseiller d'arrondissement, il était l'un des plus gros propriétaires du Confolentais et maître de forges. Il avait épousé Marie Blanchon, la fille d'un révolutionnaire modéré, Jean-François Blanchon (1763-1830), administrateur du département en 1790, député à la Législative en 1791, ensuite commissaire des guerres et pour finir commissaire ordonateur. Le comte de Laboissière, par sa femme, avait hérité d'un ensemble immobilier considérable à Chirac, avec le domaine de Lage (canton de Chabanais). En 1848, il est commissaire de la République à Angoulême et représentant à l'Assemblée constituante. Après 1849, retiré sur ses terres, il ne se rallia pas à l'Empire, malgré "ses souvenirs de famille et l'éducation de sa jeunesse". "Il représente ces grands seigneurs anglais qui mettent leur honneur à persévérer dans la ligne politique où ils sont entrés. On dirait un whig de la Chambre des Lords égaré parmi nous" (Babaud-Laribière, Lettres charentaises, 1865).

Le quatrième, Jean-Adolphe-Edouard (1800-1861), vicomte de Laboissière, épousait, lui, la petite-fille d'un conventionnel régicide de Confolens, Jean-François-Simon Chazaud.

Au décès du général de La Boissière, en 1809, les déclarations de succession, à Ruffec, Mansle et Saint-Claud donnent un total immobilier de 171 050 F, dans lequel les propres du défunt ne représentent que 37 500 F, le reste étant des acquêts de communauté de l'an VII à 1808. L'inventaire fait à Saint-Claud en juillet 1809 atteint 20 438 F en mobilier de toute sorte. Il faut y ajouter les propres de la veuve, décédée en 1830 (50 700 F). Au total une fortune de l'ordre de 250 000 F en Charente ; on est loin du statut du noble d'Ancien Régime, encore capitaine en 1790, au moment de son mariage ; une fortune qui s'est agrandie à marches forcées, surtout dans les dernières années, en mettant sans doute à profit les libéralités de l'Empereur vis-à-vis de ses généraux ; la contribution de 1 113 F en l'an XIII ne reflète plus la réalité.

François Garnier de La Boissière
Champagne-Mouton 26 septembre 1781 - Dresde (Allemagne) 15 septembre 1813.

Troisième fils d'André, écuyer, seigneur de La Boissière et de Fougère, et de Marie Rochette. Il s'agit de la branche aînée de La Boissière, alors que le général Pierre était issu d'une branche cadette. Le père, André (1744-1811), électeur de la noblesse en 1789, était un riche propriétaire établi à Ruffec. De ses trois fils, le second, Antoine, était déjà mort à l'armée du Rhin, en 1794, aide de camp du général Pierre son parent. Une fille, la dernière, épousa le général Pierre Brumault de Villeneuve.

François débuta en 1801 comme surnuméraire près la commission ordinaire de la première division militaire. En août 1803, enrôlé au deuxième régiment de chasseurs à cheval, tour à tour brigadier et maréchal des logis, sous-lieutenant en 1804, lieutenant en 1806 et désormais aide de camp du maréchal Ney, avec le grade de capitaine en 1807, il est chef d'escadron en 1810, et colonel en 1812, pendant la campagne de Russie. Général de brigade en janvier 1813, baron de l'Empire, l'un des commandants des Gardes d'honneur, il reçoit le commandement de la cavalerie légère au troisième corps de la Grande Armée en mars 1813. Blessé le 20 mai 1813 à la bataille de Bautzen, il a reçu la visite du chirurgien Larrey, envoyé par l'Empereur. Il est fait officier de la Légion d'honneur le 10 août 1813. Il meurt des suites de ses blessures à Dresde. Un militaire de l'épopée napoléonienne, mort à 32 ans à peine. Célibataire, il avait hérité du tiers des biens de son père qui représentaient une valeur globale de 60 398 F dans le canton de Ruffec, et de 24 850 F à Champagne-Mouton.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.

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Alexandre-René-Gabriel Terrasson de Montleau (1773-1842)

Terrasson de Montleau (Alexandre-René-Gabriel)
Angoulême 13 mai 1773 - Saint-Estèphe 6 septembre 1842.

Fila de Jean, chevalier, seigneur en partie de La Motte-Montleau, et de Julie-Françoise de Terrasson de Verneuil. Un notable issu de la noblesse d'Ancien Régime, qui a commencé son ascension dans les dernières années de l'Empire, grâce au préfet Boissy d'Anglas, pour la poursuivre sous la Restauration. Il ne faut pas le confondre avec René-Cyprien-Cabriel Terrasson de Montleau, son contemporain et son cousin d'une autre lignée, celle des seigneurs d'Ardenne-en-Moulidars et Tourteron à Saint-Simeux. Tous les deux étaient d'anciens émigrés amnistiés à peu près en même temps en l'an X, mais René-Cyprien-Gabriel, à la différence de notre notable, ne semble pas avoir joué de rôle public.

Alexandre-René-Gabriel avait été page de la chambre du roi Louis XVI, enseigne au régiment des gardes françaises en 1789, émigré en 1790, officier dans l'armée des Princes, rentré en l'an IX ; il restait sous la surveillance de l'administration. En l'an IX, il se mariait en Dordogne avec Françoise-Victoire-Henriette d'Arlot de Cumont, dont il a eu un fils unique, Joseph-Adrien, né à Angoulême en l'an X. Il figure sur les listes de propositions de l'administration préfectorale à compter de 1812 : ainsi, troisième candidat présenté pour présider le canton électoral d'Angoulême avec la mention : "Agriculteur distingué, grande influence, dix mille francs de revenus". La même année, il remplace Maulde de L'Oisellerie décédé, au Conseil général du département, qu'il présidera plus tard sous la Restauration. Il figure (n° 23) sur la liste des soixante-douze personnes les plus marquantes établie en juillet 1812. Adjoint au maire de Saint-Estèphe en 1812, il en est le maire de 1815 à 1824. Il y possède un bien propre, provenant d'un échange fait en l'an XIII contre une maison à Angoulême. En 1822, il se présente à la députation dans le collège du département ; il est battu par Descordes, mais par contre il est élu en 1824 dans le même collège. En 1827, il démissionnera pour raisons de santé. En fait ce pur royaliste, ne ménageait pas ses critiques au gouvernement ; d'une rude franchise, il s'appelait luimême "paysan du Danube". Le préfet essaya en vain de le faire revenir sur sa décision en lui faisant des promesses alléchantes.

Sur les listes du suffrage censitaire, il figure pour un chiffre supérieur à 1 000 F sous la Restauration, et légèrement inférieur après 1830. La déclaration de succession en mars 1843 indique un capital de 45 320 F, correspondant à son domaine des Andreaux de Saint-Estèphe, et un mobilier de 2 200 F. A quoi il faut ajouter les biens propres de sa femme, en Dordogne, qui figurent pour un cens de 862 F (en 1834) sur les mêmes listes censitaires. Pendant la Révolution, les parents Terrasson de Montleau avaient été en état de détention dans leur maison de Beaulieu, puis le père avait été détenu à la maison des Carmélites. D'après la déclaration fournie en l'an VI, en tant que père d'un enfant émigré, la fortune de la famille semble avoir été plus considérable avant les événements de 1789 : l'ensemble des biens, meubles et immeubles approchant de 200 000 F d'après l'estimation du père qui insiste, il est vrai pour les besoins de sa cause, sur la dégradation de sa fortune qui se situait dans plusieurs cantons du département de la Charente et aussi en Vendée.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.

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Jean Descravayat de Belat (1733-1819)

Jean Descravayat de Belat
Roussines 26 septembre 1733 - Angoulême 10 décembre 1819.

Fils de Jean Descravayat, seigneur de Belat, et de dame Françoise Corderoy. Rien ne semblait prédestiner cet ancien lieutenant de vaisseau, chevalier de Saint-Louis, un homme de l'Ancien Régime, victime de la Révolution, n'ayant jamais exercé le moindre mandat politique ou administratif, à devenir en 1804 le maire d'Angoulême. C'est la nomination la plus insolite de Bonaparte, et la gestion de ce notable à la tête de la première ville du département devait se révéler sur neuf années, jusqu'en 1813, comme la meilleure après les changements fréquents et l'instabilité qui duraient depuis 1790.

Les difficultés financières de la famille de Belat avaient commencé à la génération précédente, vers 1760, et après la mort des parents l'ensemble des biens était resté dans l' indivision entre Jean Des cravayat et ses soeurs, au nombre de trois, auxquelles le frère devait verser des pensions viagères. D'autre part, Jean Des cravayat et sa femme, à partir de 1770, avaient fait des emprunts importants pour acheter le domaine de Balzac près d'Angoulême, en exerçant le retrait lignager sur le comte de Broglie, acquéreur de cette seigneurie ; quelques années plus tard c'était l'acquisition d'un terrain à bâtir, à Angoulême, dans le nouveau quartier d'Artois établi par l'ingénieur Hunier au sud de la vieille ville à la veille de la Révolution. Il y faisait construire un hôtel particulier ayant façade sur la rue d ' Iéna et sur celle qui porte le nom de Belat, juste à l'intersection des deux voies.

La Révolution apporte les ennuis ; à compter de l'an II Des cravayat est soumis à l' inventaire et séquestre de ses biens du fait que son fils cadet, dont il est séparé depuis 1788, est considéré comme émigré. En l'an III il est incarcéré pendant plusieurs mois à Angoulême avant d'être libéré le 14 frimaire an III (4 décembre 1794). En l'an V, Descravayat doit, à cause du séquestre, sortir de l'indivision avec ses trois soeurs, et en l'an VI il s'agit, en exécution des lois sur le partage avec la nation, de verser & l'Etat l'équivalent de la part d'héritage du fils émigré. En vendémiaire an VIII (septembre 1799) Descravayat de Belat est toujours un suspect politique et subit une visite domiciliaire de la part de l'administration municipale. En prairial an X (juin 1802), le père demande à faire bénéficier son fils émigré de l'amnistie accordée à l'occasion de la paix d'Amiens, demande restée sans suite.

En mars 1804, le maire Souchet démissionne, et un arrêté de Bonaparte du 28 germinal an Xll (18 avril 1804) nomme Descravayat à sa place. L'un des premiers actes du conseil municipal présidé par de Belat est de voter une adresse au Premier Consul en faveur de l'établissement de l'Empire, et le maire est nommé à la tête d'une délégation chargée de porter ce voeu à Paris. Désormais les décisions d'une gestion municipale consciencieuse et continue vont se multiplier. Les questions politiques ne sont plus du ressort de la municipalité, sauf à honorer le pouvoir en place.

C'est plutôt le pouvoir par l'intermédiaire du préfet, qui intervient dans les affaires de la ville. Voici les grandes réalisations de l'administration de Belat : liquidation du remboursement des offices municipaux de l'Ancien Régime non encore définitivement réglés ; achat des bâtiments des Jacobins pour y installer les services administratifs municipaux ; mise en place de la première bibliothèque communale avec les livres des anciens couvents et des bibliothèques privées d'émigrés ; installation d'un internat à l'école secondaire qui a remplacé l'école centrale ; tentatives sans succés pour obtenir un lycée ; travaux d'urbanisme : réparation des remparts et des portes, amélioration des communications entre la ville et les faubourgs et en particulier aménagement de la partie allant de la porte Saint-Pierre à la route de Bordeaux, ouverture de nouvelles rues dans les anciens terrains du château... Avec le maire de Belat, les budgets annuels sont proposés, examinés et arrêtés, ce dont il n'y a pas de trace avec les précédesseurs.

Lors du renouvellement administratif de 1807, de Belat est reconduit avec l'appréciation du préfet : "A des talents, de la bonne volonté mais accablé d'infirmités, suite de son grand âge. Très estimable". En juin 1807 le préfet le propose même parmi les trois candidats qu'il doit présenter pour présider le collège électoral du département. Il n'en sera pas de même en 1812 avec le préfet Boissy d'Anglas, qui demande le remplacement du maire octogénaire, sourd et infirme, et de son premier adjoint Cratereau aîné, atteint lui par la goutte qui l'empêche de sortir de chez lui, et auquel il reproche l'insuffisance de ses facultés intellectuelles. Le préfet propose comme premier candidat Pierre Lambert des Andreaux, qui sera nommé à la place de Belat et prendra ses fonctions en mai 1813. Lors de l'installation du nouveau maire, le préfet, dans son discours, n'aura aucun égard pour le partant, sauf pour dire son "juste espoir de voir bientôt rendu à toute sa dignité une magistrature dont jusqu'ici on a méconnu l'importance !" Par contre Lambert et la commission municipale chargée de vérifier la gestion des sortants sauront rendre hommage à la qualité de leur administration.

Aucun des cinq enfants de Belat n'a laissé de descendance, et la famille s'est définitivement éteinte en 1849.

Les déclarations de succession faites en 1820, après le décès du père indiquent un montant global immobilier de 48 000 F tant à Angoulême qu'à Roussines où se trouvait le domaine de Belat. Plus 10 800 F en meubles à Angoulême. Il n'est plus fait mention du domaine de Balzac, qui semble avoir été aliéné à la fin du Directoire pour liquider l'énorme passif qui résultait des dettes et obligations de toutes sortes, à quoi s'ajoutait alors le prélèvement de la nation.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.

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François Pougeard-Dulimbert (1753-1837)

François Pougeard-Dulimbert
Confolens 3 juillet 1753 - Limoges 19 mars 1837.

Fils aîné de Jean-Baptiste, juge sénéchal à Confolens, et de Marie-Radegonde Babaud. Il est difficile de trouver une carrière publique plus remplie que celle de ce descendant de magistrats confolentais, carrière commencée sous l'Ancien Régime en 1777 et qui s'achève sous la Monarchie de Juillet. Orphelin de bonne heure, il se destina à la magistrature comme les générations précédentes. Après des études de droit d'abord à Poitiers, puis à Paris où il fut reçu avocat en parlement en 1777, il revint se fixer à Confolens comme homme de loi. Esprit pratique, réfléchi et laborieux, il se signala très jeune par ses mérites. En 1787, il est membre de la nouvelle assemblée provinciale du Poitou et en 1789, d'abord député à l'assemblée du Tiers de Confolens et chargé de rédiger le cahier de doléances, avant d'être élu en mars député aux Etats généraux sur les recommandations de Memineau, un autre confolentais.

A l'Assemblée Constituante, il fait partie de nombreux comités ; il est commissaire à la Caisse de l'Extraordinaire, secrétaire de l'assemblée en 1791. En septembre 1791, il est administrateur et président du district de Confolens et en novembre 1791, maire de la ville de Confolens. En novembre 1792, juge de paix du canton, il reste en dehors de l'administration du district dans les années cruciales de la Révolution. En février 1795, il refuse le poste d'agent national du district où le représentant Bordas l'a nommé ; comme quelques mois plus tard il refuse d'être le procureur syndic du département sur proposition du représentant Penières. Il préfère rester juge de paix jusqu'au moment où, en vendémiaire an IV (septembre 1795), il est élu député au Conseil des Anciens. Il y joue un rôle à la fois modeste et utile ; en particulier il fait partie d'une commission chargée d'examiner le projet de loi concernant la contribution foncière. Il aurait démissionné du Conseil des Anciens après le Dix-Huit Fructidor et il se rallie au régime issu de Brumaire. En 1800 il est l'une des trois personnalités que l'opinion publique désigne pour la place de préfet du département, mais comme il n'est pas question d'exercer cette fonction dans son département d'origine, Pougeard-Dulimbert est nommé préfet de la Haute-Vienne où il exerce de l'an VIII à l'an X. Il est le seul charentais à être promu à cette charge par Napoléon. Il figure sur la liste des soixante de l'an XIII, en Charente, et sur celle des soixante-douze de 1812. Membre du Tribunat de l'an X à 1807, il en sort pour devenir préfet de l'Allier, d'octobre 1807 à juin 1814. Membre de la Légion d'honneur en l'an XII, il est fait baron de l'Empire sans dotation en 1809. En mai 1814, il sollicite de revenir à la préfecture de la Haute-Vienne, mais une ordonnance royale le met à la retraite avec une pension de 6 000 F bientôt réduite de moitié. Pendant les Cent Jours il est nommé préfet de la Somme, mais quelques jours plus tard un contre-ordre le fait retourner à Moulins. A ce sujet il écrit au ministre de l'Intérieur, Carnot : "Le bien du service de l'Empereur encore plus que mon agrément personnel aurait peut-être exigé que je fusse placé ailleurs (qu'à Moulins), où je trouverai les hommes qui auront peine à me pardonner le mal qu'ils m'ont fait... Quel que soit le poste qu'on m'assigne je vous prie, Monseigneur, d'être persuadé que le gouvernement peut compter sur mon zèle et mon dévouement". Dans la société de Moulins, il s'était formé un parti d'opposition au préfet, à qui on reprochait, disait-il, de n'avoir pas protégé suffisamment leurs enfants contre la conscription, acceptable tant qu'elle n'avait touché que les fils des classes inférieures. Sa carrière préfectorale s'achevait définitivement en juillet 1815. En octobre 1821, il sera élu député de l'opposition dans la circonscription de Confolens contre le général Dupont, candidat du gouvernement. En 1823 il proteste contre l'expulsion de Manuel. En février 1824, c'est Dupont qui l'emporte, mais en 1827 Pougeard redevient député et en mars 1830 il est l'un des 221 signataires de l'adresse au Roi. En juin 1830 le collège électoral de Confolens lui renouvelle son mandat. En 1831 il ne se représente pas à la députation ; cependant il accepte encore les fonctions de membre du Conseil général, qu'il préside trois fois . De son mariage avec Anna Goumat, décédée en 1832, étaient nés un fils et trois filles. Le fils, Jean-Joseph, élève de l'une des premières promotions de l'Ecole militaire de Fontainebleau, fait une carrière militaire jusqu'en 1818 avant de se retirer comme agriculteur sur le domaine de Saint-Maurice. Rallié à la Monarchie de Juillet, il reprend alors du service pour finir inspecteur général de la Gendarmerie ; il fut en même temps, à plusieurs reprises jusqu'en 1846, député de l'arrondissement de Confolens et membre du Conseil général de la Charente. Marié avec la fille du maréchal Jourdan ; un petit-fils du préfet de l'Empire, sera à son tour sous-préfet d'Argelès sous la Monarchie de Juillet et préfet dans d'importantes villes sous le Second Empire.

Les contributions du préfet de l'Empire montaient en Charente à 2 039 F en 1806, faisant partie de la liste des trente plus imposés du département, avec acquisition de biens nationaux assez importants. Le cens : 2 377 F en 1824. A son décès en 1837, il laissait un total mobilier de 65 800 F, dont 58 800 F en numéraire, et seulement 18 400 F en immobilier dans le canton de Confolens, ce qui ne correspond pas, à coup sûr, à l'ensemble de la fortune qui avait dû être transmise, à cette date, par donation.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.

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Etienne-André Souchet (1731-1824)

Souchet (Etienne-André)
Angoulême 4 décembre 1731 - 24 novembre 1824.

L'aîné de deux frères, fils de Pierre, procureur au présidial, et de Marie Mesnard. Homme de loi et avocat sous l'Ancien Régime, après avoir prêté serment d'avocat le 19 août 1754 à Angoulême, et le 1er avril 1756 au parlement de Paris. Il est l'auteur de la "Coutume de l'Angoumois commentée et conférée avec le droit commun du royaume de France", publiée en 1780 en deux volumes, éditée à Paris et précédée en 1776 d'un traité sur l'usure. En 1789, il était colonel de la milice bourgeoise de la ville ; en juillet 1790 il est élu procureur de la commune d'Angoulême, et à plusieurs reprises il s'oppose au maire Perrier de Gurat. En mars 1791 il démissionne de sa fonction à la suite d'un discours du maire prononcé lors de l'installation des juges de paix ; mais le corps municipal ne veut pas prendre position et, quelques jours plus tard, les électeurs réélisent Souchet. En juillet 1791, c'est au directoire du département que le procureur de la commune se heurte en protestant contre la décision de fermer les chapelles des communautés pour donner satisfaction aux exigences des comités révolutionnaires. En novembre 1791, Souchet n'est plus le procureur de la commune, mais on le retrouve dans la même fonction à la fin de 1792. La situation politique est de plus en plus tendue ; en mai 1793 la municipalité et l'assemblée communale en entier trouvent que leur autorité est bafouée par les interventions quotidiennes des comités révolutionnaires, et menacent de démissionner. En juillet 1793 éclate un conflit ouvert entre la commune et le département à la suite de la mise en liberté de prisonniers politiques détenus à la tour du château, décidée par la municipalité. Le maire Resnier et le procureur Souchet sont suspendus par l'autorité départementales, puis traduits à la barre de la Convention nationale. Souchet ne retrouvera plus sa fonction, considéré comme suspect et écarté définitivement de la vie municipale. Il faut attendre sept ans pour voir réapparaître Souchet dans la vie municipale d 'Angoulême, lorsqu'il se présente, le 9 vendémiaire an IX (1er octobre 1800) et exhibe au président de la municipalité, Blandeau, chargé depuis des mois d'expédier les affaires courantes et attendant son successeur, l'arrêté du Premier Consul en date du 18 fructidor qui le nomme maire d' Angoulême. On peut s'étonner de ce choix, à la tête du chef-lieu du département, vu l'âge et le passé du promu. Il est vrai que l'on assiste à un renouvellement complet du corps municipal, avec la volonté évidente d'en écarter ceux qui ont exercé des responsabilités entre 1793 et 1795 et après 1797. La compétence juridique d'Etienne Souchet, même s'il n'exerce plus en tant qu'homme de loi, fait autorité. Sa première décision de maire est de mettre en place l'octroi municipal. Il restera à la tête de la mairie d'Angoulême jusqu'en mars 1804, où il démissionnera sans que l'on en sache les raisons ; peut-être à cause de l'opposition et des critiques du corps municipal à l'égard de sa gestion budgétaire manquant de rigueur. La mésintelligence entre le maire et le conseil est manifeste et éclate à chaque occasion. Retenons que le premier éclairage des rues avec cinq réverbères date de l'administration Souchet. Etienne Souchet disparaît alors de la vie publique ; il n'est pas inscrit sur la liste des soixante notables les plus distingués établie par le préfet Rudler en l'an XIII, c'est-à-dire après la démission du maire. Il mourra à près de 93 ans, laissant un livre de raison où il a consigné les principaux faits de sa famille.

Marié en 1760 avec Elisabeth-Andrée de La Tache, décédée en 1804, il a eu neuf enfants dont quatre moururent en bas âge. En juin 1824 il fait donation entre vifs à ses cinq héritiers, quatre fils et une fille, contre une pension annuelle de 1 000 F. Montant des biens : immobilier, 40 000 F ; mobilier, 1 526 F ; capital de rentes, 6 300 F.

L'aîné de ses fils, Pierre, (1761-1824) était avocat à Bordeaux, et le cadet, Philippe-Jean-Baptiste (1764-1852), maire de Dirac sous l'Empire, avait épousé la fille aînée de Guillaume Lambert, négociant à L'Houmeau.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.

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René Doche-Delisle (1760-1834)

René Doche-Delisle
Saint-Claud 21 septembre 1760 - Lichères 14 octobre 1834.

Fils de Pierre Doche, chirurgien, et de Léonarde Gueri. Avocat au parlement de Paris jusqu'en 1790, où il revient pour épouser à Lichères Marie Delisle, d'où son patronyme composé qui n'a rien à voir avec la ville de Lille où biographes et dictionnaires du XIXe siècle l'ont fait naître. En juillet 1790 il est nommé administrateur du conseil du département en voie de formation, mais un an plus tard il siège comme administrateur dans le deuxième conseil du district de Confolens, ce qui ne peut s'expliquer que par une démission du premier mandat, ou une sortie par tirage au sort. En septembre 1791, juge au tribunal civil de Confolens ; en mars 1792 il est le premier en Charente à être admis, après un examen devant un jury départemental, à exercer la fonction de notaire public à Lichères. En octobre 1797, après le coup d'Etat anti-royaliste de Fructidor, il refuse la place d'administrateur du département. Il exerce la fonction de commissaire du Directoire exécutif près l'administration municipale du canton de Mansle, lorsque le 24 germinal an VI il est élu au Conseil des Cinq Cents. Il y intervient assez souvent, en particulier pour demander plus de fermeté face à l'opposition qui monte dans l'été de 1799. Il est le seul représentant de la Charente à protester contre le coup d'Etat du Dix-Huit Brumaire, ce qui lui vaut d'être arrêté le 23, mais remis en liberté très peu de temps après. Sur sa demande il est nommé directeur des contributions directes de la Charente et il restera à la tête de ce service jusqu'en 1815, en même temps qu'inspecteur pour le cadastre. Inscrit sur la liste des soixante de l'an XIII.

Son ralliement au Consulat lui fait écrire et publier avec l'appui du préfet une brochure intitulée "La supériorité de la Constitution de l'an VIII sur celle de l'an III". Appréciation du préfet, en 1807, sur ce fonctionnaire : "Attaché à l'ordre des choses, beaucoup de talents". Il perd sa place lors de la deuxième Restauration seulement, sans doute 9 la suite d'un engagement politique dans un éphémère comité de fédérés qui, en juin 1815, se prononçait à Angoulême en faveur de Napoléon. Auparavant, en janvier 1815, le préfet Milon de Mesne écrivait à son sujet : "A eu une opinion révolutionnaire très exagérée dont le souvenir se perd difficilement dans ce département, mais depuis les premiers moments de la Restauration il en est complètement revenu, manifeste les meilleurs principes... fait très bien servir les agents sous ses ordres".

De 1815 à 1830, il ne remplit plus aucune fonction publique. En 1831, il est nommé membre du conseil d'arrondissement de Ruffec et en janvier 1832, à son décès, il est maire de la commune de Lichères. Membre actif de la Société d'Agriculture du département, dont il fut le secrétaire général et l'archiviste. Initié très jeune dans une loge parisienne avant 1789, il joua un rôle important dans la maçonnerie charentaise sous l'Empire.

De son premier mariage, un fils, lieutenant, décédé, célibataire à 23 ans. Veuf, il avait épousé en secondes noces Marie-Françoise Guery, dont il eut cinq enfants. La déclaration de succession en 1835 indique une fortune faite surtout d'acquêts des communautés successives, pour une valeur globale qui approche de 47 500 F. Contributions directes : de l'ordre de 400 F.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.

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Gabriel Gros-Montemboeuf (1769-1853)

Gabriel Gros-Montemboeuf
Maisonnais (Haute-Vienne) 3 décembre 1769 - Marillac (Charente) 23 novembre 1853.

Fils de Michel Gros et de Marie Monnerie. Trop jeune pour exercer des responsabilités au début de la Révolution, il est cependant dès 1790 officier de la Garde nationale de Montemboeuf. Dans le rapport Penières, établi à la demande du représentant en mission en prairial an III pour relever les excès et les abus commis dans le district de La Rochefoucauld en 1793-1794, le jeune Gros-Montemboeuf est cité comme enchérisseur d'une superbe propriété nationale, travaillant pour le compte de Léonard Grosdevaux, président du comité révolutionnaire de La Rochefoucauld, devenu l'agent national du district et principal responsable des excès commis dans la contrée, qui s'est fait adjuger ce bien national de façon irrégulière et à un prix très au-dessous de la valeur réelle, avec la complicité de l'administration. Grosdevaux et Gros-Montemboeuf sont parents et un peu plus tard lorsqu'il s'agira de remettre en liberté surveillée, à domicile, Grosdevaux un moment emprisonné à La Rochefoucauld, Gros-Montemboeuf se portera caution pour lui. En l'an II - an III, Gros-Montemboeuf est l'agent national de la commune de Montemboeuf. Sous le Directoire, il est le premier président de l'administration municipale du canton jusqu'en germinal V où il démissionne.

De 1800 à 1831, pendant plus de trente ans, il est le maire de ladite commune, et président du collège électoral du canton à compter de 1805. En l'an XII il est nommé au conseil d'arrondissement de Confolens, dont il sortira par tirage au sort en 1805. Sa fortune est alors estimée par l'administration à 150 000 F. En l'an XIII il est sur la liste des soixante, avec une contribution de 1 369 F. De nouveau conseiller d'arrondissement entre 1820 et 1824 ... Voilà comment un notable de canton qui semble avoir commencé dans le sillage d'un révolutionnaire très marqué, est devenu un représentant de la droite la plus traditionnelle sous la Restauration, au point de perdre tous ses mandats sous la Monarchie de Juillet, où l'administration le classe dans les opposants de droite.

A présent on l'appelle Monsieur de Montemboeuf ; déjà sous l'Empire, dans ses notices administratives, on le présente comme l'ancien seigneur de la commune. Il est vrai aussi qu'en 1789 on le pare du titre d'écuyer à un moment où, très jeune, il semble déjà affilié à la franc-maçonnerie.

En 1804 il avait épousé Françoise-Marie-Magdeleine-Eulalie Briand, elle-même née du premier mariage de Françoise-Magdeleine Baynaud qui, veuve, s'était remariée avec Michel Gros, veuf de son côté. De ce mariage étaient nés quatre enfants, mais l'aîné décédé à 17 ans, il n'y a que trois héritiers au moment où en novembre 1837, Gabriel Gros de Montemboeuf, veuf, fait une donation partage entre ses enfants. Sa fortune est considérable, provenant à la fois de ses parents, dont il est l'unique héritier, et d'une tante. L'ensemble des revenus des immeubles en Charente et en Haute-Vienne s'élève à 13 350 F, soit un capital de 267 000 F, partagé en réservant au fils la quotité disponible, "par prêciput", les deux filles recevant chacune le quart. A son décès, en 1853, il ne restera à partager que des biens mobiliers pour 15 826 F. Le fils et les deux gendres sont des électeurs, gros censitaires vivant du revenu de leurs propriétés sous la Monarchie de Juillet. Le cens de Gros-Montemboeuf père, en 1835, avant la donation, était de 1 785 F, ramenée à 388 F en 1840-1841. Mais Gros-Montemboeuf fils à son tour paie un cens de 1 707 F.

Les deux gendres sont Louis de Maret, de Saint-Adjutory, et Louis Roux de Reilhac, de Cherves-Châtelard.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.

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Jean Marchais-Laberge (1758-1833)

Jean Marchais-Laberge
Champmillon 4 septembre 1758 - Angoulême 19 mai 1833.

Fils de Pierre, et de Catherine Rambaud de La Rocque. Le grand- père, Jean-Baptiste, était marchand orfèvre, juge consulaire, domicilie dans le faubourg de L'Houmeau. Le père, Pierre (21 avril 1730-7 janvier 1811), avec un frère exerçait la profession de négociant, avant d'être maire et capitaine de la ville d'Angoulême de 1772 à 1790, conseiller du roi ; il en a été le dernier maire sous l'Ancien Régime, anobli à ce titre après que l'édit royal de novembre 1771 eût modifié une dernière fois la composition du corps de ville. C'est en octobre 1789 que ce maire signe pour la dernière fois le cahier de délibérations alors que, sans la Révolution, il eût dû remplir son office pendant 20 ans, jusqu'en 1792. Sans mandat ni fonction dans la décennie révolutionnaire, à partir du Consulat son état de notable fait de Marchais-Laberge père un membre du conseil d'arrondissement d'Angoulême, jusqu'à son décès en 1811.

Le fils aîné, Jean, est né du deuxième mariage de son père, veuf d'Anne de Vars, avec Catherine Rambaud de La Rocque, de Bassac, fille d'un bourgeois, fermier de Châtellenies. Il est négociant de son état. Lors de son mariage en juillet 1784 avec Catherine Brun, la fille d'un homme de loi d'Angoulême, les parents ont fait de leur fils aîné leur héritier universel dans tous leurs biens présents et futurs, sous réserve de sommes à verser aux cadets, frères et soeurs, en guise de légitimes. En prairial an II, au plus fort de la Terreur, le représentant Romme l'avait nommé à la municipalité d'Angoulême. En l'an IX, il est inscrit sur la liste des notables communaux de l'arrondissement d'Angoulême, mais en 1804-1805 il devient un notable départemental, inscrit sur la liste des soixante, membre du collège du département ; il est en tête de la liste des trente plus imposés du département, avec une contribution de 5 433 F, classé parmi les plus gros contribuables fonciers. L'administration estime alors sa fortune à 600 000 F et il est proposé pour le conseil municipal en l'an XII. Finalement il n'y entre qu'en 1809

Il ne remplit pas d'autres mandats et c'est avant tout un notable du secteur économique. Alors que le père, du fait de son office de maire, et de la mentalité alors en cours avait évolué vers l'état de noblesse, le fils, lui, reste dans le monde des affaires et abandonne la particule, à la différence de bon nombre d'anciens révolutionnaires bon teint qui retrouvent les titres portés avant 1789 dans leur famille. Il figure sur la liste des négociants et manufacturiers les plus notables du département de la Charente en 1810, avec une erreur de prénom (Pierre au lieu de Jean) : "Il pratique tous les genres de commerce, les principaux partenaires sont le Nord de l'Europe, l'Angleterre en temps de paix, l'Amérique du Nord". Aucune indication de chiffre d'affaires, mais le capital de l'entreprise sous son nom propre est estimé à 450 000 F ; l'affaire est âgée de 45 ans. "Des opérations hardies de sa part n'ont pas eu toutes le même succès et l'ont fait accuser d'un peu de témérité. En particulier il y a six ans (vers 1804) il essuya un échec dans son commerce, sa maison eut quelque défaveur, mais de nouveau son crédit s'améliore et il lui serait rendu tout entier sans le retard du commerce". Ajoutons que l'universalité de ses activités commerciales en fait encore un négociant issu de l'Ancien Régime et des traditions du port de L'Houmeau sur la Charente, alors que la spécialisation est en marche et réalisée dans les eaux-de-vie. Il y a là une source de difficultés dont les effets ne tarderont pas à se faire sentir. La conjoncture commerciale semble s'être répercutée sur l'état de la fortune ; par exemple en l'an VI, Marchais-Laberge fils aîné et sa femme font l'acquisition d'un important domaine de 150 000 F, dans la région de Ruffec, qui ne figure plus dans le patrimoine lors de la donation de vivant de 1832 faite par le père, ancien négociant, veuf depuis l'an VII. De son mariage avec Catherine Brun étaient nés huit enfants, dont six vivent en 1832 : deux filles et quatre fils, dont deux sont aussi négociants et deux propriétaires. En 1832, le capital immobilier est estimé 270 000 F mais la fortune est grevée de dettes et d'obligations importantes, au point que les donataires sont autorisés à aliéner une partie des biens jusqu'à concurrence de 100 000 F. Le total mobilier approche de 64 000 F.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.

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