07 février 2020

François de Lambertie et Hélie de Bourdeille

François de Lambertie, le pieux gentilhomme de la maison du saint archevêque, éprouva aussi, en la personne de son frère et en celle de son neveu, les effets de la protection que son bon maître continuait, d'une manière toute particulière, à ses anciens serviteurs et familiers. Un double miracle, qui offre assez d'analogie avec le triple miracle que, de son vivant, le serviteur de Dieu avait opéré en faveur des frères Chalupt, de Périgueux.

« J'étais dans Poictiers, dépose Lambertie, soignant mon frère et mon neveuf, malades d'une fièvre continüe. Mon maistre estoit mort. Après luy, je n'aimois rien tant que ces deux proches. Les médecins les avoient abbandonnés, advoüant que leur mal estoit plus puissant que leurs remèdes. J'eus la pensée de les voüer au sépulcre d'Hellies, mon bienfaiteur; ce qu'ayant fait, je les conduis presque perdus à Tours, où ils n'eurent pas à très rendre leurs prières au tombeau de ce prélat, que les voilà sur pieds, et hors d'une maladie jugée incurable. »

François de Lambertie, — qui aimait Hélie de Bourdeille plus qu'il n'aimait son propre frère, — n'est pas seul à déposer sur ce miracle instantané, si remarquable, et qui explique, pour sa part, le grand concours de prières qui, dans ce XVIe siècle surtout, illustra le tombeau du saint cardinal. Son frère Raimond, est-ce le miraculé lui-même ? curé de Mialet, la paroisse dont les Lambertie sont seigneurs, apporte un témoignage conforme à celui de François, et y ajoute l'expression de sa reconnaissance personnelle pour toutes les faveurs qu'il a reçues du serviteur de Dieu :

« Remond de Lambertie, presbtre et curé de Mialet, dans le diocèse de Périgueux, dépose la mesme chose, et ne peut se lasser de reconnoistre les bienfaits qu'il avoit receu de nostre Sainct. »

Source : Le saint cardinal Hélie de Bourdeille, de Bonaventure-Théodore Poüan.

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Bans de la noblesse du Périgord

Miallet.

Madame la Comtesse de Lembertye.

Marie d'Aydie, fille de messire Armand, sgr des Bernardières, de Montcheuil, de la Barde, de Vaugoubert, et de sa première femme, Charlotte de Belcier. Née le 15 juil. 1642, son c de m. fut signé 12 ans après le 1er oct. 1654... Elle n'eut que des filles : Marie, dame de Saint-Victurnien, Miallet, Montbrun, mariée le 21 mars 1691 à Hubert, marquis de Choiseul et de la Rivière, comte de Chevigny ; Aymerie et Marie, mortes jeunes.

Source : Rôles des bans et arrière-bans de la noblesse du Périgord de 1689 à 1692, d'Aymar de de Saint-Saud.

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La cloche des seigneurs de Lambertie

Mialet. Pour se débarrasser d'un saint qui avait construit son ermitage dans les gorges de la Dronne, non loin du château de Lambertie, le diable fit gonfler les eaux de la rivière qui atteignirent l'ermitage. Son occupant était sur le point de se noyer quand un ange, dit-on, lui tendit la main et le sauva. L'ermite reconstruisit une cabane sur un plateau, au-dessus de l'ancienne. N'ayant pas de point d'eau, il creusa un étang puis pria. Dieu le remplit en une nuit. Peu après, les paysans construisirent un oratoire dont la cloche fut apportée par un ange. Plusieurs années passèrent. Un beau jour, un capitaine brutal et grossier, à qui le seigneur de la contrée avait donné des terres sur la rive droite de la Dronne, vint visiter son nouveau domaine. Il chassa une biche qui se réfugia dans l'oratoire où l'ermite priait ; l'homme pénétra dans les lieux et tira sur l'animal. L'ermite lui reprocha vivement ce sacrilège et le capitaine ordonna la démolition de l'ermitage et de la chapelle. La cloche, dont il s'était saisi lui-même pour la jeter dans l'étang, demeura dans les airs en sonnant le glas. Le capitaine perdit connaissance et, quand il retrouva ses esprits, eut honte de sa mauvaise action et demanda pardon à l'ermite. « Ta dernière heure a sonné, lui dit le saint homme, je te pardonne et prie Dieu qu'il en fasse autant. Tes fils bâtiront et s'établiront ici, et leur mort sera toujours annoncée par le son de cette cloche. » Aussitôt, le capitaine mourut. Après cet épisode, lorsqu'un seigneur de Lambertie agonisait, la cloche sortait de l'eau et sonnait le glas, plus ou moins longtemps, selon que le mourant avait été « bon ou mauvais » (SASL, I, 254 sq.).

Source : Légendes et mystères des régions de France, d'Éloïse Mozzani.

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Pierre Regnauld contre Anne-Françoise Arnauld

Acte reçu par Jean Bernard, notaire royal à Angoulême. 19-21 janvier 1765.

Procès-verbal de l'état de démeublement de la maison d'Anne-Françoise-Catherine-Marie Arnauld, ce requérant Pierre Regnauld, chevalier de la Soudière, son mari, ancien brigadier des gardes-du-corps du Roi, chevalier de St-Louis, seigneur de Goué, demeurant au logis dudit lieu, paroisse de Mansle ; conformément à l'ordonnance obtenue en raison de la plainte qu'il a formée contre les volences de sadite femme et de certains cuidams, ses « complices ». Mme Arnauld expose qu'elle a épousé le chevalier de la Soudière à 25 ans, étant veuve depuis 7 ans de M. Arnaud de Viville : elle avait vécu pendant son veuvage à Paris où l'attiraient ses parents dont quelques-uns ont l'honneur d'être parmi les premiers membres du Parlement. Sa fortune était de 10.000 livres de rente provenant de M. et Mme Guiot de Chêne, ses aïeuls maternels, et de M. et Mme Arnauld de Bouex, ses parents. M. de la Soudière âgé de 48 ou 49 ans au moment de son mariage « n'avoit pour touts biens et pour toutte ressource qu'une bandoullière de garde du Roy » ; sa femme, cependant, ne stipula point de propres dans leur contrat, et lui fit même donation de tout ce dont elle pouvait disposer. M. de la Soudière la détermina à habiter l'Angoumois, se fit donner procuration par elle, et dans trois voyages à Paris réalisa près de 150.000 livres dont il n'employa que 26.000 ou 27.000 à payer une partie du fief de Goué acquis moyennant 54.000 livres : le surplus fut dissipé au jeu, « au plaisir de table », etc. Il fut établi, à la fin de 1762, qu'il avait, en neuf ans, dépensé 14.900 livres de rente, 154.000 livres de principal, et fait plus de 60.000 livres de dettes : une séparation de biens à l'amiable fut alors décidée. Mais M. de la Soudière changea bientôt d'avis ; il alla jusqu'à vendre les meubles, vêtements et bijoux de sa femme aux fripiers d'Angoulême et de Bordeaux. Celle-ci, était réduite à demander au parlement, au mois d'avril 1764, une provision pour la faire vivre avec les deux enfants de son premier mariage ; M. de La Soudière avait gardé ses deux filles. Un arrêt de septembre 1764 condamnait son mari à lui payer 6.000 livres et à lui rendre ses vêtements et ses bijoux : il « répandit partout qu'on ne lui ôteroit les meubles et la jouissance du fief de Goué qu'après qu'il auroit arraché la vie à son épouse, à ceux qui seroient chargés de le contraindre, ou qu'il l'auroit perdue lui-même ». Maintenant, elle était accusée de vol pour avoir transporté de Goué à Angoulême, au moment où devait se faire leur séparation à l'amiable, quelques meubles et de l'argenterie ! « La dame de la Soudière auroit peut-être soutenu jusqu'à la fin le sacrifice de sa fortune entière, même de sa vie ; mais une foulle des créanciers qu'il faut satisfaire une diffamation publique, ne lui permettent plus déménagements. Ce qui auroit été auparavant prudence et générozité lui dégénéroit actuellement en crime : elle aura la satisfaction de n'avoir publié elle-même la conduitte de son mary que parce qu'il l'y a forcée, et que les sentiments d'honneur l'ont absolument exigé d'elle ».

Source : Archives départementales de la Charente.

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La famille de Balzac

Pour nous, modernes, la famille de Balzac paraît un exemple significatif des formes diverses que prend au XVIIe siècle l'ascension de la bourgeoisie. Mais l'optique du temps diffère. Son père, Guillaume Guez, a d'abord été secrétaire du Grand Ecuyer Roger de Bellegarde, puis « principal Secrétaire » du duc d'Epernon, premier pair de France. Situation de second plan, sans doute. « Valet », aurait même proféré le duc de Montausier. Ce n'en est pas moins un personnage. « Noble homme », disent les premiers actes. « Floruit ex antiqua Galliae Narbonensis nobilitate », répète son épitaphe par Sanson. Et Balzac lui-même évoque complaisamment « les trois paroisses que la comtesse Alix donna à son bisayeul ». Chimères ? Ce serait une erreur que de ne pas en tenir compte pour expliquer le caractère et certaines ambitions et prétentions de Balzac. L'essentiel est qu'il ait cru à cette noblesse ; et qu'il y ait fait croire. Un duc d'Epernon ne s'entoure que de gentilshommes, et exige des preuves aussi rigoureuses que pour l'Ordre de Malte. Ainsi Guillaume Guez participe à la vie des hautes sphères politiques ; il rend au duc des services signalés, notamment en 1588 et 1596 ; c'est lui qui négocie sa réconciliation avec Henri IV, et celui-ci voudrait s'attacher cet homme habile et fidèle. Mais Guillaume Guez poursuit surtout une carrière provinciale : Trésorier de l'extraordinaire des guerres, Maire d'Angoulême en 1612, Conseiller de la Commune de 1614 à 1622, Echevin de 1622 à 1650. Il a en effet de solides assises terriennes, voire industrielles en Angoumois. Par son mariage avec Marie de Nesmond (1588) il s'est allié à l'une des premières familles d'Angoulême, qui compte un lieutenant général au siège présidial d'An goulême, un Président au Parlement de Bordeaux ; il mariera sa fille à François Patras de Campaignol, qui périra les armes à la main au siège de Montauban (1621). Lui-même est seigneur de Roussines, de Balzac, et de Puy-de-Neuville. A Angoulême sa demeure, « la plus commode de la ville », est « embellie et enrichie de raretés exquises », notamment de tableaux. C'est là que voudront loger Marie de Médicis, du 1er mars au 27 août 1619, et plus tard Anne d'Autriche (juillet 1650). A six kilomètres d'Angoulême, les Guez résident volontiers dans le beau domaine de Balzac. Plusieurs moulins à papier ajoutent à leurs revenus fonciers les bénéfices d'une industrie en plein développement. En 1634 Jean-Louis pourra céder et transporter « ses droicts d'aînesse et de legitime » à son frère de Roussines, moyennant « le prix et la somme de soixante mille livres ». C'est donc une famille en plein essor, cliente du duc d'Epernon, le chef du « parti espagnol », dont elle reprend les idéaux conservateurs : préjugés aristocratiques, éthique féodale, catholicisme ultramontain. Le duc d'Epernon fut le parrain de Jean-Louis ; en l'absence de la marraine, la propre mère du duc, Jeanne de Saint-Lari, sœur du Maréchal de Bellegarde, ce fut la fille de celle-ci, Madame de Rouilhat, qui tint l'enfant sur les fonts. Castaigne a retrouvé l'acte de baptême, daté de la Trinité, « 1er jour de juing, an 1597 ». Cet acte constitue un repère fondamental dans la question très discutée de la date de naissance. L'importance en est grande pour la formation de Balzac et les circonstances où virent le jour ses cuvres de jeunesse. L'avis de Bayle, qui le faisait naître en 1595, fit autorité jusqu'à la découverte de Castaigne. Mais celle-ci, au lieu de réduire les difficultés, les grossissait, Balzac semblant prendre un malin plaisir à multiplier les déclarations contradictoires. Mais si l'on fait la part des erreurs de datation, des généralisations, voire d'une indéniable coquetterie, la quasi totalité des dates alléguées par Balzac nous ramène à 1597, et probablement mai 1597. Selon l'usage latin, conservé encore en langue d'oc, Balzac compte en effet toujours l'année en cours, ou bien précise « vingt cinq ans entiers par exemple. D'autre part quand il envisage l'intervalle de temps, et non plus la durée, il fait entrer en compte l'année qui marque le point de départ. D'où un flottement d'un an ou deux. Né dans un tel milieu, le jeune Balzac fut naturellement confié aux Jésuites. Au collège d'Angoulême, limité aux classes de grammaire, il commence donc des études dont il se montrera toujours reconnaissant. Ses liens avec les Jésuites de ce collège resteront étroits : le P. Estrade, joue un rôle dans sa « conversion » de 1623 ; le P. Simon, son confesseur, l'assiste à sa mort ; et sa correspondance se poursuivra toute sa vie avec les Pères anciens et nouveaux de sa ville natale : le P. Fevrier, le P. Vavasseur, le P. Achille d'Attichy, le P. Ducreux, le P. Léonard Frizon. Balzac se rendit ensuite au Collège Puygarreau à Poitiers, où les Jésuites s'étaient provisoirement installés (1607-1610). Il y fut élève en rhétorique de François Garasse, alors qu'il n'avait pas 14 ans : ce fait n'a rien d'exceptionnel à l'époque, mais témoigne de la précocité de ses dons. Son maître semble avoir « prédit » en lui des dispositions au libertinage, entendons une certaine liberté d'esprit, et cette humeur spirituelle et mordante qui caractérisera toujours Balzac. En 1610 les élèves de Puygarreau sont appelés au Collège Royal de Sainte-Marthe enfin terminé. Mais Henri IV est assassiné, le duc d'Epernon monte au faîte de sa puissance, la Régente promet aux Jésuites leur réintégration au Collège de Clermont, et Balzac part pour Paris. Sans doute complétera-t-il son instruction, mais ses études désormais semblent irrégulières, et Garasse n'a peut-être pas tout à fait tort de déclarer que Balzac s'est arrêté à la rhétorique. Car en 1611 les Jésuites perdent leur procès contre l'Université, et leur Collège de Clermont ne rouvrira qu'en 1618. Même interrompu, cet enseignement n'en a pas moins marqué durablement Balzac. Car la Compagnie reflète toutes les tendances du monde moderne, qu'elle a contribué à former ; et tout au cours de sa carrière Balzac restera lié à des Jésuites qui ne cesseront d'affiner la triple formation qu'assurait leur Ordre, en rhétorique, en morale, et en religion.

Source : Guez de Balzac et le génie romain, de Jean Jehasse.

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L'abjuration d'un bourgeois de Poursac

1685. — Abjuration de Michel Martin, sieur de la Brande.

« Le vingt et neufiesme jour du mois de septembre mille six cent quatre vingt cinq, Michel Martin, sieur de la Brande, paroisse de Poursac, s'est présenté devant Nous, curé de Coutures, lequel nous a dit et déclaré qu'il avait si devant vescu dans l'hérésie du luter-calvinisme (sic), mais qu'en ayant connu la fausseté il renonce présentement au susdites hérésies et proteste de se soumettre à l'avenir à la foy de la religion catholique apostolique et romane, dans laquelle il a promis de vouloir vivre et mourir, dont il nous a requis acte, ce que nous lui avons accordé et lui avons donné l'absolution de l'hérésie ; fait le jour et an que dessus en présence de Jean de la Veine, Maître chirurgien, et de Pierre Vidaud, sieur de Grandchamps, lesquels parties et tesmoins ont signé avec nous. Dupuy, curé de Coutures. »

(Société de l'histoire du protestantisme français, 1932)

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04 février 2020

Le vicomte du Puy-Montbrun à l'évêque d'Angoulême

En 1788, l'évêque d'Angoulême manda au seigneur de Thors, le vicomte du Puy-Montbrun, qu'il eût à lui rendre ses foi et hommage, aveux et dénombrements. M. du Puy-Montbrun répondit par la lettre suivante :

« Paris, hôtel de l'Empereur, rue Tournon, ce 13 juin 1788.

La lettre, monsieur, que vous avez pris la peinne de m'écrire le 1er de may, vient de m'être renvoyée ici, après avoir couru une partie du royaume, et avoir été présentée à plusieurs de mes parents portant le même nom que moy. Vous me dites dans cette lettre, monsieur, que M. l'évêque d'Augoulême désire que je luy rende mes foy, hommage, avœux et dénombrements pour mon fief de Thors; j'ai tout lieux de croire, d'après les termes de cette demande, que vous n'avez surement pas bien examiné les titres relatifs à cet objet, attendu que je n'aye point de fief de Thors relevant de l'évêché d'Angoulême ni d'ailleurs ; je ne possède en Saintonge, que la baronie de Thors et la chatelainie de Prignac. Je scais que le chateau et baronie de Thors avec certaines dépendances, relèvent de l'évêché d'Angoulême ; mais cet objet n'est point un fief, c'est au contraire une terre titrée, avec haute, moyenne et basse justice et tous les droits possibles que les terres peuvent avoir dans la coutume de Saint-Jean d'Angély.

Segondement si vous aves parcouru les titres de cette mouvence, vous aves deu y voire, que le seigneur de Thors, ne peut et ne doit rendre son hommage au seigneur évêque d'Angoulême, que sur le bord des premiers fossés du château de la baronie de Thors, ou le seigneur eveque est tenu de venir le recevoir en personne , vous voyés donc par la, que je ne peut être en retard vis à vis de M. l'eveque, à qui je ne peut rien fournir, qu'au preallable il ne soit venu recevoir son hommage sur les lieux même, comme le porte et l'exige les titres. Comme je suis pas dans cette terre, que le service du roy ne me permet pas de sçavoir au juste le moment ou j'aurés la faculté de my rendre pour estre a porté d'y recevoir M. l'eveque, et de luy servir son hommage, je vous prie de lui faire part de ce que je vous mande icy et de luy adjouter que j'aurés l'honneur de le voire lorsque je serés en Saintonge, pour conférer avec luy sur cet objet, et qu'enfin je me ferés toujours un vraye plaisir de luy rendre tout ce que je pourés luy devoir à cet égard comme à tous autres, autent que les sirconstences pouront le permettre, sans compromettre nos droits respectifs ; voilla tout ce que je peut repondre dans le moment présent, en vous assurent des sentiments avec lesquels

J'ai l'honneur d'etre, monsieur, votre très-humble et obeissant serviteur,

Le Vicomte du Puy-Montbrun.

Si vous désirés que vos lettres me parviennent promptement, il faut, monsieur, en souscrire l'adresse : A Mr le Vte du Puy-Montbrun, colonel d'infanterie.

(Suscription) : A Monsieur Monsieur de Sain, avocat en parlement, au palais épiscopal d'Angoulème, à Angoulème. »

Source : Terres et fiefs relevant de l'évêque d'Angoulême au ler janvier 1789, de Edmond Sénemaud.

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L'élection de Dassier maire d'Angoulême

Le 6 juillet 1765, l'assemblée des notables enfreignait l'article 5 de l'édit royal en nommant directement maire d'Angoulême un gentilhomme populaire le chevalier Dassier qui, d'ailleurs, résidait à Angoulême depuis moins de dix ans. Une ordonnance royale ne tarda pas à casser cette élection doublement irrégulière et prescrivit, en outre, l'envoi du double du procès-verbal de désignation des trois sujets au duc d'Uzès, pair de France et gouverneur de l'Angoumois « pour, sur sa présentation, être agréé par S.M. celui des trois sujets qu'il estimera le plus capable d'en exercer la fonction ». Après la lecture de l'ordonnance qui cassait son élection, le chevalier Dassier prit longuement la parole devant l'assemblée des notables pour remercier ses commettants et évoquer les « représentations » possibles tout en conseillant finalement l'obéissance et la présentation de trois sujets. Le roi nomma comme maire le sieur Dumas « lieutenant criminel et assesseur civil en la sénéchaussée et siège présidial d'Angoumois » et déjà premier échevin. Dumas devait être installé le 4 septembre mais l'assemblée des notables, toujours frondeuse, se déclara solidaire du sénéchal d'Angoumois dont les prédécesseurs avaient joui sans interruption, depuis 1373, du droit de choisir le maire d'Angoulême sur une liste triple présentée par la communauté. L'assemblée des notables décida donc « de se joindre à M. le Comte de Cherval, sénéchal d'Angoumois pour demander à Nosseigneurs de la grand'chambre du Parlement, chargés par l'article 6 de l'édit du mois de mai 1765 de faire droit sur les contestations de cette nature, la conservation des droits et privilèges accordés à ladite ville par Charles V, confirmés par les rois ses successeurs et par Louis XV glorieusement régnant auxquelles lois le roi n'a pas dérogé par ses édits des mois d'août 1764 et de mai 1765 ». Les officiers municipaux en place installèrent quand même le nouveau maire trois jours après et, dans un esprit de conciliation, celui-ci proposa aussitôt de demander au Contrôleur général si on pouvait élire comme échevin le chevalier Dassier dont l'élection comme maire avait été cassée. Laverdy voulut bien dispenser celui-ci du temps de domicile requis par l'édit et Dassier fut élu premier échevin le 27 octobre 1765. Mais les contestations autour de la mairie n'étaient pas closes. Le 16 avril 1766, le sénéchal de Cherval obtenait un arrêt du Parlement qui lui conservait le droit de choisir le maire parmi trois sujets présentés par la ville et qui confirmait l'élection à la mairie du chevalier Dassier. Les notables, prudents, se gardèrent toutefois de procéder à la réinstallation immédiate de ce dernier et décidèrent de « dénoncer » l'arrêt au duc d'Uzès gouverneur de la province « pour qu'il ait à entrer en contestation avec le comte de Cherval ainsi qu'il en aviserait » Ils adoptèrent une attitude analogue quand, enhardis par ce succès, les officiers de la sénéchaussée demandèrent qu'en l'absence du sénéchal la ville présentât les trois noms pour la mairie au lieutenant général et aux autres officiers. Les notables d'Angoulême s'émurent, en revanche, quand le duc d'Uzès prétendit les obliger à comprendre parmi les trois sujets celui qu'il souhaitait nommer à la mairie. Alléguant que les interventions royales qui avaient pu se produire dans ce sens étaient toujours restées occasionnelles et que la réforme municipale avait rendu aux villes la pleine liberté de leurs suffrages, les notables décidèrent de demander à l'intendant l'autorisation d'agir en justice pour conserver « la liberté des suffrages » lors de l'élection des trois sujets proposés pour la mairie. Le chevalier Dassier fut même envoyé à Paris pour défendre les intérêts de la ville auprès du Parlement et on lui fit une avance de 600 livres. Quelques jours après, le chevalier figurait parmi les trois sujets proposés par la ville pour le choix du nouveau maire mais son nom ne fut pas retenu par le duc d'Uzès ni par le roi qui, au cours du mois d'avril, nommèrent un ancien échevin, Sigogne; le procès-verbal de l'élection avait été envoyé au secrétaire d'Etat Saint-Florentin et le brevet du roi portait que Sigogne avait été présenté par « le duc d'Uzès, premier pair de France, gouverneur général en Saintonge et Angoumois, gouverneur particulier de la ville d'Angoulême ».

Source : La réforme municipale du contrôleur général Laverdy et son application (1764-1771), de Maurice Bordes.

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L'économie du Confolentais avant 1789

Les habitants du Confolentais étaient nombreux sur un sol difficile et vivaient souvent mal. Malgré l'incertitude due aux dénombrements par feux et en recoupant les estimations de 1789 avec les statistiques plus précises de l'époque impériale (conscription oblige...), nous pouvons estimer sûrement la population dans les limites de l'actuel arrondissement comprise entre 55 000 et 60 000 habitants en 1789 c'est-à-dire beaucoup plus qu'au recensement de 1982 (près de 40 000 habitants). Après une réelle poussée démographique au XVIIIe siècle, les campagnes étaient plus chargées que les villes : la population de St Maurice des Lions (limites de l'actuelle commune) peut être estimée supérieure à celle de Chabanais et de peu inférieure à celle de Confolens (comprise entre 2 200 et 2 500 habitants). Les productions agricoles reposaient sur l'élevage et les brandes et landes incultes mentionnées par Munier n'étaient pas forcément inutilisées. Les assolements très variés pour les cultures permettaient aussi des jachères pâturées étendues. Ajoutons-y les prés de fauche et les prairies nombreuses, quoique mal drainées, et nous obtenons la base d'un élevage bovin étroitement relié au commerce vers les centres de consommation. Un rapport circonstancié présenté au district en 1790 par un riche propriétaire, Prévost Du Marais, avocat résidant à Lessac, décrit l'agriculture et le commerce du bétail avant 1789; on en retire l'impression d'une réelle prospérité jusque vers 1786 où le Confolentais envoyait force boeufs gras aux marchés de Sceaux et de Poissy. Ensuite vient la crise qui plonge les habitants «dans l'abattement et le désespoir» avec l'effondrement les prix : un veau de 3 à 4 mois ne trouve plus d'acquéreur pour l'embouche et se voit céder aux boucheries pour 30 livres contre 150 «ce qu'il vendait en premier lieu». Prévost Du Marais estime la baisse de production à un tiers entre 1786 et 1789 et il accuse ouvertement les importations de bœufs étrangers «le plus funeste des abus» autorisées par le ministre Calonne. Gros propriétaires et négociants se plaignent de la conjoncture parfois en exagérant mais leurs difficultés semblent bien réelles et n'ont pu manquer de rejaillir sur la masse des métayers, bordiers et colons partiaires qui dominaient numériquement nos campagnes. Ces derniers ont dû pâtir aussi des aléas climatiques à partir de 1785 : hivers rudes, sécheresse se conjuguent pour amputer les productions et faire grimper les prix : le témoignage du curé de Mauprévoir (paroisse poitevine proche du Confolentais) est éloquent : «L'hyver qui commença de se faire ressentir le 2 décembre 1784 n'a cessé que le 28 may 1785. Ces cinq mois se sont passés en neiges continuelles», «les pâturages ont été totalement perdus». Vient l'été «le bled étouffé par la sécheresse a jeté le désespoir dans tous les esprits». Une disette s'ensuit avec la classique envolée des prix qui fait murmurer le peuple contre les accapareurs. Le rapport de Prévost Du Marais mentionne aussi la prépondérance du seigle parmi les grains cultivés, le froment est présent de façon inégale et nous savons par Munier que le blé noir, les méteils voire le «blé d'Espagne» (le maïs) sont cultivés notablement dans le Confolentais d'avant 1789. Les châtaigniers fournissaient un appoint apprécié, les récoltes habituelles de grains ne suffisant pas à la nourriture des habitants. Les vignes étaient rares mais non absentes : les doléances de Saulgond mentionnent les «vins médiocres» de la paroisse vendus dans le Limousin et les habitants de St Maurice et Lésignac sur Goire vocifèrent à propos des droits sur le commerce du vin «source de l'inquisition la plus révoltante». L'artisanat textile assez répandu permettait de subsister malgré l'absence de manufacture d'étoffes : le district déplore en 1790 la laine achetée par les marchands de Limoges qui la revendent travaillée à Confolens et cherche «un entrepreneur intelligent». Chanvre et lin étaient vendus à la foire de Verteuil. La tannerie était assez active et travaillait les peaux locales surtout dans les quartiers de la Fontorse et du Pont du Goire à Confolens. Le Confolentais ne vivait donc pas en autarcie complète et dépendait des flux commerciaux et de leur dégradation juste avant 1789. La crise multiforme des pouvoirs de l'Ancien Régime entraîne la convocation des États Généraux, les Confolentais allaient être appelés à délibérer en mars 1789 pour exprimer leurs «plaintes, remontrances et doléances», et désigner leurs délégués des trois ordres dans le cadre judiciaire des sénéchaussées.

Source : La Révolution française à Confolens, de Pierre Boulanger.

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Une lettre au sous-préfet de Confolens

Montembœuf, 30 août 1830.

Monsieur le sous-préfet,

M. de Landrevie, auquel je suis attaché par les liens de la plus sincère amitié, ayant donné sa démission de sous-préfet, je m'empresse de vous féliciter et de vous dire combien le choix que sa majesté vient de faire de votre personne, pour le remplacer, m'est agréable, ainsi que de tout l'intérêt que je mettrai à cultiver votre connaissance, soit comme administrateur, soit comme simple individu.

Toutefois, monsieur le sous-préfet, je crois devoir vous faire ici ma profession de foi, qui toujours a été depuis le commencement de la Révolution la même. Je me rattache de cœur et d'âme au gouvernement de Philippe 1er, comme je me suis rattaché dans le temps à la République, au Consulat, à l'Empire, à la régence de Marie-Louise, à Louis XVIII, aux Cent-jours, encore à Louis XVIII et à Charles X. Je veux un gouvernement. Sous quelque forme qu'il soit, je l'accepte ; il ne m'appartient pas, simple individu, de décider lequel serait le meilleur. Il me suffit d'en avoir un pour que je désire ardemment qu'il se maintienne, parce quejeneveux pasl'anarchie ; je la déteste, je l'abhorre ! Voilà ma profession de foi la plus sincère; je veux l'ordre, et sans gouvernement il n'y en a pas. Agréez, etc...

Gros-Montemboeuf (*).

* Gabriel Gros de Montemboeuf (1769-1853) : maire de Montembœuf, conseiller d'arrondissement de Confolens.

Source : Études historiques et administratives, de Léonide Babaud-Laribière.

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