12 décembre 2019

Procès-verbal à la requête du comte de Montbron

Chérade de Montbron. — Notice sur les seigneurs de Montbron, par Marvaud. Bulletin de la Société archéologique de la Charente, t. V, années 1851-1852.

Vigier de la Pile, Coutume d'Angoumois, 1720, p. 72, 122, 188, 212.

Archives de l'Empire. Apanage. Carton O. 19,746. Cote 1,562. Titres de propriété de l'Isle-d'Espagnac.

Mémoire sur l'Angoumois, par Gervais. Société archéologique de la Charente, t. I, 1re partie, 1864, p. 270.

Montbron. — Vigier. Coutumes, p. 7, 29, 115, 179, 379, 485.

Acte passé à Angoulême, le 9 décembre 1782, par lequel Adrien-Alexandre-Etienne Chérade de Montbron, fils de feu Adrien-Etienne Chérade, comte de Montbron, lieutenant-général de la sénéchaussée d'Angoulême, qui lui-même était fils d'Etienne Chérade, comte de Montbron, aussi lieutenant-général en ladite sénéchaussée, a déclaré n'avoir absolument rien à prétendre sur 18 journaux de pré, situés en la paroisse d'Espagnac, et 3 sols de rente seigneuriale sur un autre pré au même lieu, engagés à son aïeul par le contrat du 28 mai 1705 ; que ces objets appartiennent aujourd'hui aux héritiers du sieur Mesnard, et qu'ils ont seuls le droit de prétendre au remboursement de la finance d'engagement.

Procès-verbal du 8 novembre 1783, fait par Me Jamain, notaire, à la réquisition de messire Adrien-Alexandre-Etienne Chérade, comte de Montbron, portant qu'après avoir pris communication : 1° d'un partage de la succession de M. Etienne Chérade, lieutenantgénéral de la sénéchaussée, passé le 26 décembre 1715 entre Madeleine Husson, veuve dudit sieur Chérade, épouse en secondes noces de M. Armand de Saint-Martin, tant en son nom que comme tutrice de demoiselle Madeleine Chérade de Marthon, sa plus jeune fille, d'une part, messire Etienne-Adrien Chérade, chevalier, comte de Montbron, assisté de son conseil, et autres héritiers dudit feu sieur Etienne Chérade ; 2° de l'inventaire fait le 24 novembre 1744 après le décès de M. Etienne-Adrien Chérade, chevalier, comte de Montbron, et de demoiselle Marie-Louise Duval, son épouse, à la requête de Madeleine Husson, tutrice honoraire des enfants mineurs desdits feus sieur et dame de Chérade, petits-enfants de ladite dame Husson, ledit Jamain, notaire, a certifié n'avoir trouvé dans lesdits actes aucuns titres ni renseignements relatifs à la vente faite par les commissaires du roi audit sieur Etienne Chérade, d'un pré situé en l'Isle-d'Espagnac.

Et par ledit acte, Adrien-Alexandre-Etienne Chérade a déclaré qu'il n'avait point été fait d'inventaire après le décès d'Etienne Chérade, son aïeul, et qu'après le décès d'Etienne-Adrien Chérade de Montbron, son père, arrivé en 1744, il n'avait été fait aucun partage des biens de sa succession.

15 octobre 1759. Mariage d'Adrien-Alexandre Chérade, chevalier, comte de Montbron, Marthon, etc., fils d'Etienne Chérade, comte de Montbron, lieutenant-général d'Angoumois, et de Louise Deval, tous deux lors décédés, — avec Elisabeth Le Musnier, fille de Jacques Le Musnier, baron de Reix, Blanzac, etc., lors décédé, et de Marguerite Chérade. En présence de Marguerite Chérade de La Garenne et de Pierre-Adrien Chérade de Larochandry, frère et sœur du marié. (Mairie d'Ang. rég. p. Saint-Martial.)

Source : La Charente révolutionnaire, de Victor Bujeaud.

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L'érection de la terre de Montbron en comté

Enquête pour l'érection de la terre de Montbron en comté (11-14 septembre 1767).

A Monsieur le Lieutenant general d'Angoumois, suplie humblemant Adrien-Alexandre-Etienne de Cherade, chevalier, seigneur comte de Monbron, marquis de Clairvaux et autres lieux, qu'il vous plaise lui donner acte de la representation qu'il vous fait des lettres patantes du Roy données à Versailles au mois de decembre mil sept cens soixante six, signées : Louis, et plus bas : Par le Roy, Phelippaux, visa Louis, et scellées du grand sceau de sire verte en lacs de soye rouge et verte, obtenues par le supliant, par lesquelles Sa Majesté permet l'union et incorporation des terres, seigneuries et fiefs de Monbron, La Greliere, Marthon, La Forest d'Horte, La Faye, Rezervat, Peribonis, apartenances et dependances, en un seul et même corps, pour ne faire et compozer à l'avenir qu'une seulle et même terre et seigneurie, de l'erection d'icelle en titre et dignitté de comté sous la dénomination de comté de Monbron et ainsi qu'il est plus au long contenû ez dittes lettres patantes à la Chambre des Comptes du Roy adressantes et l'arrest rendu par laditte Chambre en datte du vingt neuf avril dernier, signé : Henry, qui avant de proceder à l'enregistrement desdittes lettres patantes ordonne qu'à la requeste de Monseigneur le procureur general du Roy en laditte Chambre, poursuitte et diligence de M. le procureur du Roy au present siege, et pardevant vous, Monsieur, il sera informé duemant et dilligemmant de la commoditté ou incommoditté que peut aporter l'union et incorporation desdittes terres et seigneuries de Monbron, La Greliere, Marthon, La Forest d'Horte, La Faye, Rezervat, Peribonis, leurs circonstances et dependances, en un seul et même corps pour ne faire et compozer à l'avenir qu'une seulle et même terre et seigneurie, et de l'érection du tout en comté sous le nom de Monbron, comme aussy du revenû desdittes terres et seigneuries et en quoi il consiste; ordonne en outre que lesdittes lettres seront communiquées aux officiers et procureurs fiscaux desdittes terres et seigneuries unies, aux syndics, habitants, vassaux et justissiables d'icelles, convoqués et assemblés à la maniere accoutumée, aux seigneurs limitrophes, et au receveur general des domaines et bois pour donner leurs consentements à l'enregistrement desdittes lettres, ou dire autrement, ainsy qu'ils aviseront bon estre, et generallementinformer; et laquelle information par vous faitte, Monsieur, en consequence de la commission à vous donnée par ledit arrest estre communiquée à M. le procureur du Roy, au receveur du domaine et autres officiers que verrés estre pour l'interest du Roy, pour vous donner leurs avis pour icelle information et avis ; ensemble votre avis particullier envoyé à la Chambre, communiqué à Monseigneur le procureur general du Roy, et lui ouy, estre sur le tout ordonné ce que de raison ; en concequence et sur la communiquation qui sera faitte à M. le procureur du Roy de la presente requeste, lettres patantes et arrest y enoncés, estre par lui pris telles conclusions qu'il avisera, et par vous ordonné ce qu'il apartiendra; et vous feres bien. — Signé : Teurtas.

Soient la presente requeste, les lettres patantes et arrest y enoncés communiqués au procureur du Roy. Fait à Angoulême le 11 septembre 1767. — Signé : Cazaud.

Veu la presente requeste, les lettres patantes et arrest y enoncés, je requiers pour le Roy qu'il soit informé à la requeste de Mongr le procureur general du Roy en la Chambre des Comptes et à ma poursuitte et diligence de la commoditté ou incommoditté que peuvent aporter l'union et incorporation des terres, seigneuries et fiefs dont s'agist en un seul et même corps et l'érection d'icelluy en titre et dignitté de comté sous la denomination de comté de Monbron, ensemble du revenu desdittes terres unies, ce en quoi il consiste pour, sur laditte information faitte et à moi communiquée, estre par moi donné mon avis au dezir dudit arrest et tout ce qui est ordonné par ledit arrest fait et raporté à la Chambre, estre par elle statué ce qu'il apartiendra sur l'enregistrement desdittes lettres. Fait à Angoulesme le onze 7bre 1767. — Signé : Seguinaud, substitut de Mr le procureur du Roy absent.

Acte au supliant de sa requeste et de la representation qu'il nous a faitte des lettres patantes et arrest y énoncés, soit fait comme il est requis par le substitut du procureur du Roy. Fait à Angoulême les jour et an susdits. — Signé : Cazaud.

Source : Documents historiques inédits sur l'Angoumois, de Gustave Babinet de Rancogne.

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La singulière comtesse de Rouffiac

Marguerite Chérade, fille d'Etienne, lieutenant général de la Sénéchaussée, qui fit une fortune considérable, veuve de Jacques Le Musnier, seigneur de Lartige, mère de cinq enfants adultes, en 1749, épouse, dix mois plus tard, Elie des Ruaux, comte de Rouffiac, lieutenant-colonel au régiment de Rouergue, ayant fait, nous apprend H. Molit, « des sommations respectueuses à sa mère ». « Dès le jour de son mariage, elle quitta son mari pour ne jamais habiter avec lui. Elle lui fit souscrire un engagement d'honneur de la laisser vivre « à sa fantaisie » et lui paya cette liberté 1.000 livres de pension annuelle, outre les 30.000 livres qu'elle lui avait données par contrat de mariage. » « Cette femme bizarre n'avait cherché dans son second mariage qu'un titre sonore et le plaisir de se faire appeler comtesse de Rouffiac. Elle interdit aux religieux de La Couronne de pêcher devant son château de La Rochandry, lesquels nous ont appris dans leur défense « que la dame de Rouffiac, petite-fille d'un marchand d'Angoulême, leur suscite un procès injuste... Elle en suscite à tous ceux qui sont dans ses terres, elle a fait assigner son évêque lui-même pour un objet modique... en un mot c'est une femme inquiète qui ne peut vivre ni avec son mari, ni avec ses enfants et qui, quoique catholique et en bonne santé, ne sort jamais de chez elle même le jour de Pâques pour aller à la messe ». Veuve une seconde fois, à 59 ans, elle pense se remarier une troisième fois. Ses enfants la font interdire.

Source : La Charente au XVIIIe siècle, de Gaston Tesseron.

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Notice sur le comte de Montbron (1762-1841)

Étienne-Pierre Chérade de Montbron
Grassac (Charente), 24 janvier 1762 - Clervaux, 24 janvier 1841.

En raison d'un «inviolable attachement aux Bourbons», Chérade de Montbron s'est refusé à toute responsabilité publique sous l'Empire, préférant s'occuper d'agriculture et de botanique sur ses terres de Clervaux. Sa famille, il est vrai, doit toute sa réussite au système social en vigueur sous l'Ancien Régime et aux faveurs des monarques. À l'origine, les Chérade sont de robe : Étienne Chérade, lieutenant particulier, assesseur et premier conseiller au présidial d'Angoulême est l'un des personnages les plus riches de cette ville et en devient le maire perpétuel en 1695. Il accumule les fiefs titrés, faisant notamment l'acquisition du comté de Montbron en 1699 et du marquisat de Clervaux en 1704, et accède finalement à la noblesse par l'achat d'une charge de secrétaire du roi en 1712. Si son fils Adrien-Étienne, lieutenant-général en la sénéchaussée d'Angoulême, est encore un représentant de l'élite urbaine, son petit-fils Adrien-Alexandre-Etienne est, lui, un gentilhomme campagnard. Il épouse en 1759 sa cousine germaine Elisabeth Le Musnier, veuve de Jean de Lageard, marquis de Cherval, grand-sénéchal d'Angoumois et lieutenant-colonel au régiment d'Harcourt. Pour récompenser les services rendus par ses ancêtres à l'Etat, Louis XV confirme en 1766 l'érection de la châtellenie de Montbron en comté, légitimant ainsi son droit et celui de ses descendants à porter le titre, et réunit en 1768 la baronnie de Thuré au marquisat de Clervaux.

Étienne-Pierre Chérade est le fils d'Adrien-Alexandre-Étienne et d'Élisabeth Le Musnier. Reçu conseiller au parlement de Paris, il renonce vite à la robe pour l'épée et entre comme exempt aux cent suisses de la garde ordinaire du corps de Monsieur le 25 novembre 1783. Le 14 février 1787, il épouse à Saint-Barthélémy-de-La-Rochelle (Charente-Maritime) Marie-Louise-Henriette Harouard, fille de Pierre-Étienne-Louis, chevalier seigneur de La Jarne, Buzay et autres lieux, lieutenant-général de l'amirauté de La Rochelle, et de Marie-Agathe Petit du Petit-Val. Le chevalier de Montbron se constitue en dot les droits mobiliers provenant de la succession de sa mère et s'élevant à la coquette somme de 40 000 livres. Son père y joint le marquisat de Clervaux et son office d'exempt des gardes suisses, pour une valeur totale de 250000 livres. Les apports de l'épouse sont à peine moins spectaculaires qui réunissent 100000 livres en espèce et 112000 livres en principal de rentes. Cette même année 1787, Chérade de Montbron est nommé capitaine conservateur des chasses et lieutenant de la louveterie du comte d'Artois pour les provinces de Poitou et d'Angoumois. Il continue néanmoins à habiter La Rochelle et c'est là qu'il assiste à l'assemblée de la noblesse convoquée pour nommer les députés aux états généraux, déléguant un procureur pour le représenter à Poitiers.

Il fait partie de la première grande vague d'émigration de l'automne 1791 et rejoint le comte de Provence à Coblence. Promu le 25 novembre 1791 lieutenant-colonel dans son corps d'origine, il fait la campagne de 1792 du côté des princes mais, avec l'assentiment de ses chefs, choisit de rentrer en France vers la fin de l'année. On ne connaît pas les motifs qui le poussent à commettre cette imprudence. Le fait est que Chérade est arrêté à Paris en 1793 et condamné à mort «comme royaliste, émigré et fils d'émigré».

«Grâce au dévouement de sa femme», sa peine est néanmoins commuée en emprisonnement : il est alors détenu durant environ treize mois au fort de Montendre jusqu'à sa libération par les thermidoriens. À partir de ce moment là, Chérade se fixe au château de Clervaux, seul vestige de ses biens patrimoniaux qui seraient aux trois quarts perdus en raison de la mort en émigration de son père. Sous le Consulat et l'Empire, il décline les propositions de services qui lui sont faites dans l'armée et se contente d'être au nombre des électeurs du département. L'essentiel de son temps et de son énergie va en fait à l'entretien et au développement du « magnifique établissement d'agriculture» qu'il s'est constitué à Clervaux. Ses efforts sont d'ailleurs récompensés par la prospérité de ses affaires : Chérade de Montbron occupe la cinquième place dans la liste des contribuables de la Vienne en l'an X et il est encore au douzième rang en 1813. L'année suivante, la première Restauration lui offre une seconde jeunesse à 52 ans en même temps qu'une promotion fulgurante. Il réintègre le corps des cent suisses avec le grade de sous-lieutenant surnuméraire le 16 juillet 1814, obtient le brevet de major le 25 du même mois, celui de colonel le 25 août, et la croix de Saint-Louis le 6 septembre 1814. Sa fidélité à la dynastie qu'il sert depuis plus de trente ans n'en est que plus solide : le comte de Montbron accompagne Louis XVIII durant ses cent jours d'exil à Gand. Ce dévouement sans faille lui vaut l'ordre royal de la Légion d'honneur et une nomination par exception au grade honorifique de maréchal de camp par ordonnance du 26 février 1823. Avec cette faveur pour toute retraite, le vieil homme infirme passe ses dernières années au château de Clervaux. Peut-être vibre-t-il une dernière fois lorsque son frère Joseph, ancien rescapé de l'expédition de Quiberon, tente de rallier à la cause légitimiste le peuple limousin lors de l'équipée de la duchesse de Berry en 1832.

Le décès du comte de Montbron en 1841 laisse ses héritiers en possession d'une fortune considérable. Sa succession comprend 299468 francs de valeurs mobilières, non compris les nombreux legs particuliers dont il a gratifié ses domestiques ou certains de ses parents. À ce pactole, placé pour les deux tiers en actions de la Banque de France et en rentes sur l'État, s'ajoute un capital foncier de 353 400 francs comprenant le château et le parc de Clervaux, trois maisons à Clervaux et dix domaines alentours. Ces biens revinrent à ses deux fils : Adrien-Marie (La Rochelle, (17) 18 août 1788-La Jarne (17), 28 février 1864), comte de Montbron, propriétaire, maire de La Jarne de 1843 à 1864, chevalier de la Légion d'honneur, marié à Paris le 16 novembre 1813 avec Alexandrine Drouyn de Lhuys.

Marie-Étienne-Louis dit le vicomte Ludovic de Montbron (La Rochelle, 21 juillet 1789-après 1833) a épousé Antoinette Personne de Songeons par contrat du 14 juin 1820 passé chez Ducrocq, notaire à Songeons (60). Il vivait à Marseille-en-Beauvaisis (60) en 1833.

(AD86 : 2C 7978 ; SHAT : 8YD/2442 ; AD17 : 3E 955)

Source : Louis Bergès, Guy Chaussinand-Nogaret.

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Le seigneur de Rivières écrit à l'intendant de Limoges

François de Crozant, châtelain de Rivières, chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine au Lyonnais, allié aux Normand de la Tranchade et aux Guitard de Ribérolle, adresse le 13 août 1785 une lettre à l'intendant de Limoges. D'une part, il se fait l'écho d'une pétition des paroissiens de Rivières qui sollicitent un secours suite à la sécheresse persistante, pétition « qui vous représentera leur triste situation ; ils ont tout lieu d'espérer, Monsieur, d'un cœur aussi bienfaisant que le vôtre quelque soulagement à leur peine ». L'affaire expédiée, — trois lignes, c'est une entrée en matière —, il en vient au souci qui le tourmente, à la situation de son fils qu'il souhaite faire inscrire à l'école Militaire. Son parent, le chevalier de la Tranchade l'a engagé à risquer cette démarche. Il s'y est pris un peu tard, confesse-t-il, et sollicite de M. Meulan d'Ablois, intendant de la généralité, la nomination de son deuxième fils au régiment de la Fère, suivant l'assurance que le comte de Saint-Chamant lui avait donnée au cours de l'année passée. C'est une sous-lieutenance qu'il attend pour son fils ; le garçon a l'âge prévu par l'ordonnance royale. L'auteur de la lettre se confond en remerciements, expose sa situation : « Ma médiocre fortune, ne me permettant même pas, de l'y tenir sur ce pied là... » Au siècle passé, on a vu la châtelaine douairière des Deffends de Bunzac hypothéquer l'héritage laissé par son mari pour équiper ses deux fils. Les jeunes gens venus de la noblesse souhaitent faire leurs premières armes au sein du corps le plus prestigieux, la Maison du Roi, gardes, gendarmes de la garde, chevau-légers ou mousquetaires. Ce qui se fait de mieux en matière d'uniformes. Suprême honneur, on veille sur la personne du Roi. On ne fait pas carrière dans ce corps d'élite dont les officiers portent les plus grands noms de France ; après avoir servi en qualité de garde du corps ou de mousquetaire, on acquiert généralement une compagnie de cavalerie.

Source : La Rochefoucauld au péril des Lumières, d'Yvon Pierron.

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L'archiprêtré de Nontron au XVIIIe siècle

Abjat.

M. Jean-Baptiste Masfranc de la Domaise, prêtre en 1744, curé en 1748, homme de condition, d'une bonne figure, de l'esprit et de la politesse, très aimé dans sa paroisse et méritant de l'être.

Vicaire : M. J.-B. Cheyrou, prêtre en 1761; il a du talent, de la douceur, de la régularité, mais il a manqué de prudence en quittant son frère, curé de Peyrilhac, pour venir à Abjat.
Communians : 925.
Sénéchaussée : Périgueux.
Patron : Monseigneur.
Décimateurs : M. le curé par moitié; Mme Dedie un quart et M. de Villejaleix l'autre.
Seigneurs : Mme Dedie de la paroisse; M. le curé du bourg
et M. Defrugie.
Gentilshommes : Point.

Auginiac.

M. Pierre Rousset, prêtre en 1742, curé en 1748, frère du curé de Grenord (?) et aussi inquiet que lui; intéressé et faisant servir les fonctions les plus sacrées de son ministère à son intérêt; litigieux, processif, peu aimé et encore moins estimé dans sa paroisse; il refuse depuis deux ans d'entendre en confession et même de donner la permission de se confesser ailleurs à un père et un fils, sous prétexte que la femme du premier avoit chargé son mary solidairement avec son fîls, au lit de la mort, de lui remettre à lui curé, qui étoit le confesseur de lad. femme, qui passoit pour être aliennêe d'esprit, la somme de 120 livres.

Vicaire : Point.
Communians : 500.
Sénéchaussée : Pêrigueux.
Patron : Monseigneur.
Seigneur : M. Dalman-Dubost.
Décimateur : M. le curé est seul décimateur.
Gentilshommes : Point.

Bussière-Badil.

M. Jean Verneuil, prêtre en 1727, curé en 1733, bon prêtre, bon curé, visiteur; il dèsireroit une meilleure cure et il la mérite; il commence à se casser et à se faire vieux.

Vicaire : M. Eyriaud absent, ancien Cordelier défroqué, d'une santé très foible, talens fort médiocres.
Communians : 800.
Sénéchaussée : Périgueux.
Patron : M. le prieur de Bussiére-Badil.
Décimateur : Id.
Seigneur : Id.
Gentilhomme : M. Labrousse.

Etouars.

M. Antoine-Léonard de Létang, prêtre en 1751, curé en 1753, médiocre au séminaire, curé commun dont on ne dit rien.

Vicaire : Point.
Communians : 280.
Sénéchaussée : Périgueux.
Patron: M. le prieur de Bussière-Badil.
Décimateur : M. le curé.
Seigneur : Madame de Coursillon.
Gentilshommes : Point.

Hautefaye.

M. François Farceas, prêtre en 1751, curé en 1762, bon prêtre, fort charitable, talens médiocres.

Vicaire : Point.
Communians : 250.
Sénéchaussée : Périgueux.
Patron : Monseigneur.
Décimateurs : M. le curé et M. de Conneizat.
Seigneur : M. Deconan.
Gentilshommes : M. Deconan.

Javerlhac.

M. J.-B. Duroux, prêtre en 1751, curé en 1757, caractère assés singulier, chasseur à toute outrance, ce qui occasionne des plaintes contre lui. Je lui ai déjà donné des avis à ce sujet; il convient de les lui renouveler très sérieusement. Il a du talent et s'est très bien comporté pendant qu'il étoit vicaire à Saint-Michel.

Vicaire : Point.
Communians : 700.
Sénéchaussée : Pêrigueux.
Patron : Monseigneur.
Décimateurs : M. le curé, M. le comte de Javerlhac et M. de Verseillac.
Seigneurs : M. de Javerlhac et M. de Verseillac.
Gentilshommes : M. Puygombert de Jomelière, M. de Couhet.

La Chapelle-Saint-Robert.

M. Louis de Labrousse, prêtre en 1743, curé en ?, homme de condition, très infirme, l'esprit dérangé, mais assès tranquille; il est retiré dans la paroisse de Teyjat, chez Mme sa mère; il conserve le titre de son bénéfice qui est si médiocre qu'à peine peut-il suffire à payer les honoraires du vicaire régent; ce qui a engagé la Chambre à lui accorder une pension. M. François Eyriaud, prêtre en 1750, vicaire régent en 1750.

Communians : 200.
Sénéchaussée : Périgueux.
Patron : M. le prieur de la Chapelle Saint-Robert.
Décimateur : M. le prieur.
Seigneur : M. de Lambertie.
Gentilshommes : Point.

Le Bourdeix.

M. Jean Gaultier, prêtre en 1746, curé en 1757, très bon curé, instruit et parlant bien de son ministère.

Vicaire : Point.
Communians : 270.
Sénéchaussée : Périgueux.
Patron : Monseigneur.
Décimateurs : M. le curé et le seigneur par moitié.
Seigneur : M. le président Lavie.
Gentilshommes : Point.

Lussas.

M. Jacques Lartigues, prêtre en 1712, curé en 1713; vieux curé, infirme, dont on ne dit ni bien ni mal. On croit qu'il pense à se donner un successeur.

Vicaire : Point.
Communians : 460.
Sénéchaussée : Pèrigueux.
Patron : Monseigneur.
Décimateurs : M. le curé et quatre de ses voisins.
Seigneur : Mme de Saint-Projet.

Gentilshommes : Mme de Saint-Projet, morte.

Moutier-Ferrier.

M. François Maisondieu, prêtre en 1728, curé en 1742, bon prêtre, bon curé, talens médiocres, fort attaché.

Vicaire : Point.
Communians : 512.
Sénéchaussée : Périgueux.
Patron : M. l'abbé de Saint-Martial.
Décimateur : Le chapitre de Saint-Martial.
Seigneur : Est le même que celui de Varaigne.
Gentilshommes : M. Dulau de Chambon.

Nontron.

M. J.-B. Turcat, prêtre du diocèse d'Angoulème en 1750, curé en 1752, de l'esprit, mais beaucoup d'hauteur, de vanité; inquiet et processif, d'une grande vivacité qui ne lui donne pas le temps de la réflexion. Il a eu plusieurs procès très désagréables et dans lesquels il a succombé. Il a journellement des mortifications; il est peu aimé, ce qui fait craindre qu'il ne fera jamais aucun bien. Il faut cependant convenir que tous les tors ne sont pas de son côté et que le caractère d!es habitans est porté à la méchanceté et à la chicanne, principallement le juge du lieu. Ils se déchirent entre eux et ne se réunissent que contre leur curé qui n'a pas assés de prudence ni assès de sang froid pour se posséder et ne pas donner prise sur lui.

Vicaire : M. Louis Crozettière, prêtre en 1754, vicaire en 1754; il a de l'esprit et du zèle et un assés bon maintien ecclésiastique; il porte la parole avec aisance et avec dignité. On rend justice à son talent et il n'a d'autre crime que aétre trop lié et d'entrer trop dans les affaires de son curé, ce qui lui a attiré les mêmes ennemis.
Communians : 2,300.
Sénéchaussée : Périgueux.
Patron : Mad. l'abbesse de Sainte- Ausonne.
Décimateurs : M. le prieur et M. le curé.
Seigneur engagiste : M. Delavie.
Gentilshommes : Madame Lagarde de Saint-Angel, la mère, Madame Asselet de Puygoubert.

Le service ordinaire de la paroisse se fait dans l'église du Moutier, située au milieu de la ville et qui appartient au prieur de Nontron. L'ancienne église paroissiale, située hors de la ville et dans l'emplacement du château, d'un accès très difficile et escarpé, est toujours sensée la véritable église paroissiale, et les principales cérémonies, telles que les bénédictions et exposition du Saint-Sacrement et les grandes messes solennelles des annuelles et des quatrièmes dimanches du mois, s'y font.

Il y a encore une très grande et vaste chapelle de dévotion dèdièe à la Vierge, sous le nom de Notre-Dame, riche et bien entretenue, dans laquelle il y a une confrérie très fréquentée qui vient d'être interdite par le parlement de Bordeaux, jusqu'au rapport des lettres patentes; à côté de ladite chapelle est une autre chapelle de dévotion sous l'invocation de Saint-Roch. Cette chanelle est à la tète du cimetière, lequel est interdit faute de clôture.

Il y a une communauté d'Urbanistes de Saint-François, composée de 22 religieuses de chœur et de 3 converses et 6 pensionnaires, dirigées par les Cordeliers et sous leur jurisdiction. Cette communauté est pauvre et ses bâtiments en très mauvais état; malgré cela elles ont plus de sujets qu'elles n'en veulent, quoique les dotes (sic) qu'elles exigent soient de 3,500 livres sans les meubles. Elles n'ont que 22 celules, ce qui fait qu'elles sont obligées de doubler quelques religieuses. Leur église annonce bien leur pauvreté; la supérieure est à son quatrième triennat.

Il y a de plus une communauté de Cordeliers autrefois très nombreuse, réduite aujourd'hui à cause de la disette des sujets et de la misère des temps à neuf pères ou frères. On a beaucoup de dévotion à se faire enterrer chez eux.

L'hôpital. On ne scauroit exprimer jusqu'à quel point cet hôpital est mal tenu et mal administré. En lui-même, c'est une très villaine maison, malsaine, humide, qui n'a ni portes ni fenêtres et dont les couvertures ne sont point entretenues. Il n'y a qu'une seule et unique pauvre qui est une femme âgée de quatre-vingts ans, laquelle par marché fait avec le fermier du ménage qui appartient aud. hôpital, est nourrie à raison de quatre sols par jour; il y a aussi un estropié qui ne loge point dans ledit hôpital et auquel on fait donner depuis plus de sept ans la somme de 132 livres par an; ce çiui est contre toutes les règles. Les lits sont au nombre de six, très mauvais, extrêmement malpropres, en lambeaux et à demy pourris. Je ne voudrois pas donner de tous les meubles dud. hôpital 50 livres.

Quant à l'administration, elle ne peut pas être plus mal gérée. Par la connoissance que j'ai pris des comptes j'y ai reconnu le plus grand désordre dans la perception et la défense et les arrérages considérables dus par les plus notables de la ville, dont plusieurs sont administrateurs. Il y a même des créances qui sont périmées par leur négligence et des mèna^emens mal entendus. En un mot, le principal vice de l'administration c'est que tout s'y fait par compère et par commère et que l'intérêt de l'hôpital est ce qu'on y considère le moins. Leurs comptes m'ont paru en si mauvais ordre que je n'ai pu ni voulu les arrêter. Par l'examen superficiel que j'en ai fait, les revenus fixes m'ont paru monter de 6 à 700 livres par an, en y comprenant le minage que l'on prétend n'être pas affermé la moitié de sa valeur, ce qui a fait soupçonner de mauvaises manœuvres dans cette adjudication.

Le dit hôpital peut avoir actuellement de fonds d'avance environ 1,300 livres et ses arrérages montent au moins à 4,000 livres. Il conviendroit d'instruire le ministre ou M. le procureur général du parlement de l'état de cette maison et de la nécessité d'y envoyer un commissaire pour faire rendre les comptes depuis 50 ans.

Nontroneau.

M. Louis Moulinier, prêtre en 1753, curé en 1755; sujet très commun et très médiocre, qui aime beaucoup la dissipation et surtout le jeu; il cherche toutes les occasions de jouer le plus OTOS jeu. On m'a même assuré qu'il avoit perdu jusqu'à 50 écus dans une seule séance. Je lui ai donné des avis en conséquence, et il m'a promis de se corriger.

Vicaire : Point.
Communians : 120.
Sénéchaussée : Pèrigueux.
Patron : Monseigneur.
Décimateurs : M. le curé.
Seigneur : M. le comte de Verteilhac.
Gentilshommes : M. Asselet.

Pluviers.

M. Jean Basset des Rivailles, prêtre en 1743, curé en 1759, bon prêtre, bon curé et capable.

Vicaire : Point.
Communians : 600.
Sénéchaussée : Périgueux.
Patron : Monseigneur.
Décimateur : M. le curé.
Seigneur : M. Dalmand.
Gentilshommes : M. de Vassal, M. Demasfranc de la Domaize.

Saint-Barthélémy.

M. François Lidonne, prêtre, chanoine régulier de la congrégation de Chancelade, prêtre en 1732, curé en 1741; il m'a paru bonhomme et assés instruit; il commence à avoir des infirmités oui lui font désirer un successeur de ses confrères avec le()uel il put vivre.

Vicaire : Point.
Communians : 535.
Sénéchaussée : Périgueux.
Patron : M. le prieur des Salles.
Déeimateur : M. le curé.
Seigneur : M. le marquis d'Allemand.
Gentilshommes : Point.

Saint-Estèphe (autrement Saint-Etienne-le-Droux).

M. Pierre Laforest, prêtre en 1739, curé en 1754, bon sujet, paroisse bien tenue et bien instruite, jolie église bien ornée et bien entretenue. Le curé a beaucoup d'ordre et d'arrangement dans sa maison et dans son église; très honorable.

Vicaire : M. Laforest, son frère, ancien curé de Roussine, fait les fonctions de vicaire dans ladite paroisse, autant que ses infirmités et la faiblesse de sa vue peuvent lui permettre; c'est un très honnête homme et un bon prêtre; il a une pension du clergé.
Communians : 560.
Sénéchaussée : Périgueux.
Patron : Monseigneur.
Seigneur : M. le président de Laire.
Décimateurs : M. le curé et M. le président.
Gentilhomme : M. de la Ramière.

Saint-Martial de La Valette.

M. Jean de la Brunie, prêtre en 1743, curé en 1756, bon sujet; il est en procès avec un pourvu par Mad. l'abbesse de Sainte-Ausonne, mais on le laisse tranquile, soit que l'on doute du bon droit ou qu'on craigne la dépense.

Vicaire : Point; cependant, il y seroit bien nécessaire; mais j'ai cru qu'il ne convenoit pas d'yen établir un dans la circonstance du procès avec Mad. l'abbesse de Sainte-Ausonne, de peur qu'elle n'imaginât que c'étoit encore un moyen de la chagriner et de la constituer en dépense.
Communians : 800.
Sénéchaussée : Pêrigueux.
Patron : Monseigneur.
Décimateur : Mad. l'abbesse de Sainte-Ausonne.
Seigneur : M. de Villegealeix, trésorier de France.
Gentilshommes : M. Beaupoil de Saint-Aulaire et Moreau de Villegealeix.

Saint-Martin-le-Peint.

M. Elie Soursac de Lacombe, prêtre en 1742, curé en 1749.

Vicaire : Point.
Communians : 400.
Sénéchaussée : Pèrigueux.
Patron : Monseigneur.
Décimateur : M. le curé.
Seigneur : M. le comte de Verteilhac, gouverneur du Périgord.
Gentilshommes : Point.

Savignac.

M. Jean Martial, prêtre en 1754, curé en 1763, fort simple et fort modeste dans son maintien; on pourroit même ajouter un peu trop négligé, mais très bon prêtre et estimé dans son canton.

Vicaire : Point.
Communians : 200.
Sénéchaussée : Périgueux.
Patron : Monseigneur.
Décimateur : M. le curé.
Seigneur : Mad. Dedie de Javerlhac.
Gentilshommes : Point.

Soudac.

M. Jean Devoisin, prêtre en 1730, curé en 1755, d'une belle figure, d'un maintien fort honnête et fort décent, jouit d'une bonne réputation et passe pour avoir du talent; il m'a paru instruit; on pourroit en faire un bon visiteur par la suite.

Vicaire : Point.
Communians : 260.
Sénéchaussée : Périgueux.
Patron : Mr le prieur de Bussiére-Badil.
Décimateurs : M. le curé.
Seigneur : La terre est en décret.
Gentilshommes : Point.

Teyjat.

M. Joseph Nadaud, prêtre en 1736, curé en 1754, très bon sujet, bon prêtre, bon curé, des mœurs fort simples, excellent caractère, fort régulier; il s'est adonné par un gout particulier d'érudition à la recherche de toutes les antiquités avec un zéle infatigable à déchiffrer et dépouiller les vieux titres et les anciennes inscriptions; il seroit à désirer qu'il y eut un peu d'ordre et de suite dans les notes qu'il ramasse de tous côtés.

Vicaire : M. Barthélémy Lepage, prêtre en 1755, vicaire id., bon prêtre, bon sujet, caractère doux, talens médiocres.
Communians : 520.
Sénéchaussée : Périgueux.
Patron : Monseigneur.
Seigneur: M. le président de Lavie.
Décimateur : M. le curé en partie.
Gentilshommes : Point.

Varaignes.

M. Martial Bardinet, prêtre en 1741, curé en 1747, bon prêtre, bon curé et a du talent.

Vicaire : Antoine Dupuy, prêtre en 1755, vicaire en 1761, très bon su|et à, tous égards.
Communians : 600.
Sénéchaussée : Périgueux.
Patron : Monseigneur.
Décimateur : M. le curé.
Seigneur : La terre est en décret.
Gentilshommes : M. Guillemin de Chaumont, M, Maraudat de Cousset.

Source : Chartes chroniques et mémoriaux pour servir à l'histoire de la Marche et du Limousin, d'Alfred Leroux.

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Les affaires Garat de Saint-Priest et Babaud de la Fordie

L'affaire Garat de Saint-Priest

L'étude de ce cas a déjà été entrepris par C. Gigon. On aurait pu penser qu'il était inutile de reprendre ce travail et que l'on pouvait se borner à en donner un simple résumé. Une certaine familiarité avec les documents de cette époque nous a vite montré les limites de cet auteur. Il n'a utilisé que les archives parisiennes, il a ignoré ou a laissé de côté les documents locaux, ce qui explique sa vision singulièrement courte des événements et son incompréhension des faits. De plus, dans le cas cité ici, il a utilisé les témoignages des descendants de la victime sans les soumettre à la moindre critique, ce qui ne pouvait que fausser son jugement.

Il insiste, dans ce cas comme pour d'autres victimes de la Terreur, sur la faiblesse des accusations portées contre ces malheureux. Il a raison si l'on s'en tient au dossier parisien mais il n'a pas compris ou voulu voir que la véritable cause n'est pas contenue dans ces feuilles. Effectivement, ces gens étaient personnellement innocents à nos yeux et leur condamnations paraît un acte monstrueux, mais aux yeux des contemporains ce n'était pas l'épouse de Joachim-Jacques Dassier-Desbrosses que l'on condamnait mais le chef de file de cette famille depuis l'émigration du mari. La victime a payé pour tout le monde et les vieilles haines accumulées contre la famille Dassier-Desbrosses ont plus pesé dans la balance que les pauvres arguments officiels du dossier d'accusation.

C. Gigon présente cette famille comme étant un milieu idyllique, un beau-père « ... vieillard spirituel, instruit, philosophe et poète... », voire ! Les archives de la justice du comté de Confolens et du présidial d'Angoulême donnent une toute autre image des Dassiers-Desbrosses : des individus violents, voire demi-fous dans quelques cas; un membre de cette famille condamné à mort par contumace et exécuté en effigie sur la place du Minage de Confolens en 1723; des successions qui sont autant de nids à procès à chaque génération; des démélés constants avec leurs voisins, quel que soit leur rang social; une belle-sœur, Marguerite, en procès avec J.-J. Dassier-Desbrosses en 1789 et que le danger révolutionnaire va réconcilier avec son beau-frère. Une famille aussi qui, à l'exemple de beaucoup de nobles, payait mal ou pas du tout ses fournisseurs. L'apurement des comptes après la mort de notre personnage va montrer de vieilles créances antérieures à 1789 et toujours en souffrance : des travaux avaient été exécutés à l'intérieur de l'hôtel Dassier-Desbrosses à Confolens mais un marbrier attendait toujours le règlement de sa facture depuis cinq ans. ll y avait manifestement un ancien et solide fonds de haine accumulé depuis plusieurs dizaines d'années contre cette famille et c'est surtout ceci qui coûtera sa tête à la marquise Dassier-Desbrosses.

Les détails biographiques que donne C. Gigon sur cette victime sont peu fiables. Pleurait-elle vraiment la mort de son époux comme il le prétend alors que personne n'a pu certifier la date de son décès par la suite ? Se laissa-t-elle dépouiller sans réagir comme il l'affirme ? Certes pas, elle sut réagir et sauver dans un premier temps une partie de la fortune de son mari en rachetant une partie des biens patrimoniaux vendus comme biens nationaux après l'émigration de son époux (dont elle aurait divorcé nous dit-on; mais il n'a pas été possible de retrouver trace de cet acte).

De toute façon, les Dassier-Desbrosses avaient déjà vu leur fortune diminuer au XVIIIe siècle. Il y a longtemps qu'ils avaient vendu la terre de Villechaise de St-Maurice-des-Lions et, s'ils s'intitulaient toujours « sieurs du Masmarteau », ce dernier domaine (dans l'ancienne paroisse de Négrat) avait déjà été aliéné à Thibaut de Marcillac d'Oradour avant 1789. Le reste de leurs biens patrimoniaux étaient principalement situé dans la paroisse de St-Maurice-des-Lions où ils possédaient, en plus du château des Brosses en pleine rénovation à cette époque, cinq domaines : la métairie de la Brunie; les métairies haute et basse de Charzac; les deux métairies des Brosses et le moulin banal des Brosses. Lors de la mise en vente, l'ensemble fut estimé à la valeur de 191 957 livres.

La marquise réussit à sauver deux morceaux : la métairie haute qu'elle racheta le 1er frimaire an II (21/11/1793) pour 38 350 livres et le château des Brosses racheté le même jour pour 32 350 livres. Ces deux domaines qu'elle sauva de la vente contribuèrent peut-être encore davantage à la faire condamner car ils pouvaient exciter des convoitises. Totalement dépouillée, elle aurait, si ça se trouve, moins excité la haine contre elle.

Elle fut donc arrêtée en 1792, affirme Gigon, mais on la voit participer au rachat de ses biens, du moins d'une partie, en 1793, ce qui paraît compatible. Son interrogatoire, cité par Gigon, remonte au 4/11/1793, il est surprenant qu'on ait laissé passer presque un an sans l'interroger.

Les accusations effectivement portées contre elles sur le document officiel sont les plus minces (détournement de certains objets lors de l'inventaire de sa demeure, par exemple) mais il est certain qu'il ne s'agit que de prétextes.

Envoyée à Paris, elle fut rapidement condamnée par le tribunal révolutionnaire et exécutée le 13 juillet 1794.

L'affaire Babaud de la Fordie

Jean Babaud de la Fordie, né à St-Barthélémy de Confolens le 13/09/1736, était le troisième enfant et le second fils de Jean Babaud de Bélivier et de Catherine Périgord, cousin germain par sa mère de Jean-Baptiste Goursaud de Merlis, de Rochechouart, lui aussi guillotiné.

Le 18/10/1762, il épousa en l'église St-Maxime Anne Desvaulx de Clairfeuille, petite nièce de Thibaud de Marcillac d'Oradour, très riche propriétaire terrien. De cette union vont naître quatorze enfants dont cinq au moins mourront en bas âge.

Jean Babaud de la Fordie fut receveur des tailles d'élection de Confolens, subdélégué de l'intendant de Poitiers, et à ces titres dut accumuler un certain nombre de rancœurs contre lui car là encore les motifs de sa condamnation sont assez minces et ils ne représentent que la partie émergée de l'iceberg.

Il fut aussi procureur du roi en l'élection de Confolens (et non un hypothétique frère inventé par C. Gigon) et, à ce titre, auteur d'un mémoire remontant à 1783 dans lequel il demande la suppression du couvent des Récollets de Confolens, son remplacement par un collège auquel seraient affectés les revenus de divers établissements ecclésiastiques susceptibles d'être supprimés -entre autres l'abbaye de Lesterps. Ce mémoire, très éclairant sur l'opinion de la bourgeoisie locale, est reproduit in extenso dans le livre de ville de Confolens.

Une charge de secrétaire du roi lui donna la noblesse, autre exemple de ces savonnettes à vilain d'un usage fréquent dans ces milieux.

Il devient juge du district de Confolens sous la Révolution et semble bien, à ce titre, avoir plus ou moins encouragé en sous-main le soulèvement de St-Quentin-le-Brûlé qui agita cette paroisse lorsqu'il fut question de la supprimer et de la rattacher à Lesterps, en 1791.

Son fils Joseph (né le 30/08/1769) émigra en octobre 1791, ce qui n'arrangea pas la situation du père. Ce dernier fût arrêté en même temps que sa fille Catherine et emprisonné cinq mois; puis le 17/08/1793 le conseil général de la commune de Confolens assigne le père et la fille en résidence surveillée dans leur propre demeure. Cette décision est annulée par l'administration départementale (où le personnage ne semble pas avoir eu que des amis) et les deux suspects sont maintenus en prison par arrêté du conseil général du district obéissant aux ordres venus de Paris.

Si l'émigration du fils aîné ne fait aucun doute car il fit partie de l'armée de Condé, pour d'autres de ses enfants la situation est moins claire. Le 24/04/1792, lors de l'inventaire sommaire de ses biens, il déclare :

« ... que de neuf enfants dont il est chargé, cinq sont résidant dans ce département; une fille est au couvent à Poitiers; deux garçons sont embarqués dès le mois de janvier dernier en qualité d'officiers sur le bâtiment marchant... destiné pour Saint-Marc, isle Saint-Domingue; qu'un autre garçon a esté par lui envoyé à Paris il y a quelques mois pour la poursuite de la liquidation et remboursement de ses offices, qu'il ignore si dans ce moment il est à Paris... »

Les offices auxquels il est fait allusion sont ceux de receveurs particuliers des finances de l'élection, deux offices dont il s'était porté acquéreur et estimés 112 000 livres (135 756 livres avec les intérêts courant depuis leur suppression) et liquidés sous forme d'une rente de 6 787 Fcs 16 centimes (donc à 5%) remboursable au bout des deux tiers.

Un des fils, Philippe (né le 18/10/1771), dit Babaud-Clairfeuille, a sinon émigré mais du moins a disparu comme le montre une lettre du 26/06/1793 expédiée par Degonde, chef du bataillon de la Liberté, aux citoyens du district de Confolens :

« ... il (Philippe Babaud-Clairfeuille feignit d'être malade et obtint de son capitaine d'aller passer quelques jours aux Sables, étant à Chalans, distance de huit lieues. Son séjour y fut de 10 à 12 jours. Il étoit sur le point de rejoindre le bataillon... suivant ce qu'il avoit fait espérer à ses camarades qui étoient aussi malades et même le rendez-vous donné et jour indiqué mais ce ne fut pas pour rejoindre le bataillon puisqu'il prit une autre route opposée et tellement opposée que je n'ai reçu aucune de ses nouvelles, ce qui me fait présumer qu'il est passé d'un autre côté. En conséquence, citoyens administrateurs, je vous le dénonce comme traître à la patrie. »

Comme dans le cas de son cousin J.B. Goursaud de Merlis, ancien administrateur du département de la Haute-Vienne dont les richesses foncières vont causer la perte (à l'instigation, semble-t-il, de Pierre Longeaud, le beau-frère du conventionnel J.F.S. Chazaud), de même la richesse de J. Babaud de la Fordie va causer sa perte. Il possédait de nombreux biens-fonds dans au moins deux métairies à Baracou de Lesterps; une au Chassain de Saulgond; une à la Guicherie de Confolens; cinq dans la commune de St-Maurice-des-Lions (la Judie, la Janadie, Sellas et deux à la Fordie) plus d'autres biens à Brillac, Chirac, etc... Tout ceci a pu contribuer à faire pencher la balance du mauvais côté.

Autre grief à lui adressé : l'apurement de ses comptes montre qu'il était redevable d'environ 30 000 livres au titre des tailles versées depuis 1788 et dont, c'est à peu près certain, il avait détourné une partie dès avant la Révolution, pratique courante sous l'ancien régime mais que la « vertu » républicaine condamnait sévèrement.

Envoyé à Paris avec quatre autres suspects de la région, il fut condamné à mort le 28 ventôse an III et exécuté (18/03/1794).

Le 19 ventôse an VI (9/03/1798), sa veuve fait sa déclaration de succession. Elle mentionne ses neuf enfants parvenus à l'état adulte : « ... trois ont été dans la marine; un à l'armée de l'ouest tué à la bataille de Léger (?)... » (peut-être Philippe, porté comme déserteur cependant); un autre décédé; un en service et un qui vient d'avoir son congé. Il lui reste :

- Joseph, l'émigré, qui, d'après Pinasseau, ne serait rentré en France qu'en 1801, mort sans alliance à Confolens le 5/08/1829.

- Catherine (née le 20/05/1765), prisonnière avec son père, qui a épousé le 27/09/1796 Jean Périgord de Villechenon.

- Madeleine-Sylvine (née le 18/09/1768), épouse de Jean Moreau-Saint-Martin-Villejalet.

- Joseph-Antoine (né le 7/11/1775), mort sans alliance à Confolens le 9/09/1836.

- Madeleine-Anne (née le 6/11/1778).

- Charles (né le 28/11/1776) qui, d'après sa mère, aurait été fait prisonnier par les Anglais. Il mourut à Confolens le 21/04/1825.

- Thibaud (né le 15/03/1780).

Dans ces deux affaires, revient souvent le nom de Jean-Georges Stanga-Labarre; personnage chargé de convoyer avec Louis Ygier, voiturier à Lesterps, les suspects à Paris et de les mener à une mort presque certaine. C'était un étranger à la société locale puisqu'il était d'origine suisse (né à Trasquoire, diocèse de Novare), il était fixé à Confolens depuis environ cinq ans —à la suite de quelles pérégrinations?— lorsqu'il y épouse le 23/11/1767 Marie Nougier. Il y meurt le 9/07/1809. Il était vitrier de profession et il semble assez représentatif d'un groupe mal connu mais qui a existé : le sans-culotte confolentais. Non un de ces éléments troubles qui, à chaque période agitée, refont surface et profitent des désordres, mais, comme l'a montré A. Soboul dans son étude sur les sans-culottes parisiens, un élément stable : un petit artisan, marié, établi assez souvent à son compte mais vivant dans une situation difficile dès qu'une crise économique se profile. Malheureusement, les documents locaux éclairant ce groupe sont rares et le personnage cité est un des mieux documentés de cette catégorie.

Source : La Révolution française à Confolens, de Pierre Boulanger.

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Le messager d'Angoulême à Paris attaqué par des gens de guerre

C'était à l'époque de la Fronde... Le 28 octobre 1651, François Desbordes, « messager ordinaire d'Angoulême à Paris, se plaignit au Lieutenant-Criminel, disant que son homme était parti de Paris le dimanche 15 octobre, accompagné de cinq ou six hommes et trois femmes, chargé de plusieurs hardes, outre celles qu'il avait prises dans la ville de Poitiers. Et étant sondit homme arrivé vis-à-vis du bourg de Lizant, le samedi 21 octobre, sur le grand chemin ordinaire par lequel on va de la ville de Civray en celle de Verteuil, il fut attaqué par le sieur Dauriou et des chevaliers armés de pistolets, mousquetons et épées. Lesquels par force et violence se saisirent de la personne dudit homme qui faisait le voyage pour le compte dudit messager, et de tous ceux qui étaient dans sa troupe, les traduisirent dans le village de Moussac, paroisse de Charmé, où ils prirent et volèrent toutes les hardes et l'argent que conduisait ledit homme appelé Pierre de Saint-Simon, déclarant qu'ils mettaient lesdits homes et femmes à rançon.

Mais Monseigneur le marquis de Sillery ayant eu avis d'un vol si qualifié, fait sur un messager, personne à laquelle on ne touche point, envoya un gentilhomme devers le sieur Dauriou pour lui déclarer qu'il trouvait son action fort mauvaise pour n'être aucunement dans la loi et l'ordre de la guerre, et qu'il fallait rapporter toutes les choses et ramener les hommes et femmes qui étaient retenus. Et de fait, le sieur Dauriou avait conduire une partie desdites hardes chez le nommé Moulinard, hôte du Dauphin à Verteuil, fait remettre les chevaux audit messager et fait mettre les hommes et femmes en liberté...

Mais Antoine Desbordes, fils du messager, étant retourné mercredi 25 octobre à Verteuil, avec deux hommes à cheval, pour recouvrer lesdites hardes déposées dans les mains dudit Moulinard, étant même porteur d'un passeport du sieur de Sillery, il fut guetté et attendu en retournant de Verteuil, le lendemain jeudi, village du Pont-de-Churet par d'autres cavaliers du sieur Dauriou, qui l'arrêtèrent et le conduisirent au village d'Argence où ils lui volèrent ses habits, lui prirent quatre pistolets, sept livres qu'il avait en argent, ses bottes et deux chevaux, et ne le renvoyèrent que le lendemain 27 octobre. »

Le dossier ne dit rien d'autre sur cette dernière affaire. Par contre, il contient les témoignages de plusieurs des passagers qui furent pris comme « otages » par les gens de guerre.

Pierre de Saint-Simon, 31 ans, « serviteur domestique de François Desbordes, messager ordinaire d'Angoulême à Paris », s'expliqua longuement. « Le samedi 21 octobre, il revenait de Paris par l'ordre de son maître, en la compagnie de François Ballue, sieur de Coursac; des nommés Sauvestre, huissier audiencier au Présidial d'Angoumois, et Pigorget, religieux minime; du père d'Orléans, cordelier; d'un homme et de deux femmes qu'il avait pris à Poitiers pour venir à Angoulême; d'une autre femme et du nommé Mathé de la ville de Poitiers. Etant parvenus au-dessus du lieu de Lizant, ils furent abordés par le sieur Dauriou et neuf à dix autres cavaliers qui lui firent commandement de les suivre. Et n'ayant de quoi se défendre, ils furent contraints de les suivre jusqu'au village de Moussac. Où étant, les gens de guerre firent décharger deux chevaux qu'il conduisait, chargés de diverses marchandises. Et ayant couché deux nuits audit village, le lundi suivant, le sieur Dauriou ayant reçu ordre du sieur de Sillery, il les fit tous conduire en la ville de Verteuil, et ensuite furent mis en liberté et se retirèrent à Angoulême, les marchandises et hardes ayant demeuré dans les mains de Moulinard, hôte de Verteuil. »

Le témoignage le plus détaillé fut celui de l'huissier audiencier, Pierre Sauvestre. « Environ les trois à quatre heures du soir, il vit venir dix cavaliers à bride abattue, montés avantageusement, qui les abordèrent en criant 'Tue ! tue ! Il faut tuer !', deux desquels lui présentèrent le pistolet à la tête et lui prirent son épée, ce qu'ils firent pareillement aux autres. Et pour lors, le commandant dit hautement de ne point frapper, ni tuer, mais qu'il fallait emmener le tout. En chemin faisant, l'huissier apprit par la bouche du commandant qu'il se nommait le sieur de Saint-Amant Dauriou, capitaine d'une compagnie dans le régiment de Conty, et que ledit régiment était logé dans la paroisse de Charmé, terre de Ruffec, à trois grandes lieues de là, que leur quartier était au village de Moussac en ladite paroisse où ils les menaient.

Etant arrivés, environ les neuf à dix heures du soir, en la maison du nommé Guiochon, incontinent après y avoir mis pied à terre, le sieur Dauriou lui demanda les lettres et papiers qu'il avait sur lui, autrement qu'il le ferait fouiller, lesquels lettres et papiers il fut contraint de lui donner. Ensuite, le sieur Dauriou fit mettre toutes les hardes du messager, les coffres et les boîtes qu'il menait, dans une chambre haute de la maison de Guiochon, et commanda à ses cavaliers de garder les prisonniers, disant qu'il allait avoir le sieur de Moussac, Conseiller du Roi au Présidial d'Angoulême qui était pour alors en sa maison, audit lieu de Moussac. Et lors, l'huissier pria le sieur Dauriou de lui permettre d'aller avec lui, ce qu'il lui accorda. Et étant au logis du sieur de Moussac, le sieur Dauriou lui dit en entrant qu'il était venu pour le prier de le coucher pour cette nuit, qu'il venait de prendre le messager d'Angoulême et ceux de sa compagnie qu'il voulait envoyer le lendemain prisonniers de guerre à Bordeaux, ce qui surprit fort le sieur de Moussac qui fit dresser des lits, tant pour le sieur Dauriou que pour l'huissier. Et le lendemain dimanche 22 dudit mois, le sieur Dauriou alla retrouver ses cavaliers en la maison de Guiochon. Quelque temps après, l'huissier s'y rendit avec le sieur de Moussac. Ils y trouvèrent tous les cavaliers qui avaient coupé les cordes et toiles des boîtes et des coffres qui étaient emballés, tous lesquels coffres ils rompirent. Dans l'un, appartenant au sieur Desbordes, avocat, il y avait quelques meubles d'argent, des papiers, du linge, des habits et autres choses. Et dans les autres, beaucoup de marchandises de diverses façons et, entre autres, quantité de bas pour hommes et femmes, de toutes couleurs. Le témoin vit qu'ils se partagèrent le tout entre eux, à la réserve des papiers, d'un calice et d'une écuelle à oreille en argent, avec sa couverture, qu'on disait appartenant à Mr. l'évêque d'Angoulême, que le sieur Dauriou mit dans les mains du sieur de Moussac pour lui rendre en cas qu'elle lui appartînt. Et après le partage fait, arriva audit lieu le fils dudit Desbordes (le messager) qui venait de Verteuil avec le marquis de Chersays qui commandait ledit régiment de Conty, et un autre gentilhomme avec lui, qui venaient de voir Mr. le marquis de Sillery audit lieu de Verteuil. Ils baillèrent de l'aller trouver à Verteuil, de lui mener ledit messager, sa compagnie et tout ce qui avait été pris. Et ils lui témoignèrent que le sieur de Sillery et eux n'approuvaient pas cette action. Mais comme le sieur Dauriou ne put pas trouver partie de ses cavaliers et complices, ni ce qu'ils avaient eu dudit vol chacun en leur part, le voyage de Verteuil fut différé jusqu'au lendemain 23 dudit mois... Le sieur de Sillery fit rendre les chevaux du messager et lui donna un passeport pour lui et ses gens pour se rendre à Angoulême, ce qu'ils firent le lendemain mardi 24 dudit mois. »

Source : Emotions populaires en Angoumois, de Gabriel Delâge.

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Le monastère de Boubon

La communauté de Boubon avait à sa tête une prieure élue par toutes les religieuses, dont le choix devait être approuvé par Madame l'Abbesse Générale de Fontevrault. Elue pour trois ans, elle pouvait être réélue et était aidée dans l'administration par des soeurs discrètes qui remplissaient les charges de célérière, dépositaire, boursière, grainetière ou portière ; il exista, parfois, des sous-prieures.

Il y avait aussi à Boubon des soeurs "cherches" dont le rôle n'est pas très bien défini, mais qui semblaient chargées d'inspecter, chaque soir, la communauté pour voir si tout était en ordre, les portes fermées, et les religieuses dans leurs cellules.

Parfois, mais rarement, on recevait, dans le monastère des personnes pieuses qui désiraient se retirer dans cet asile de prière pour terminer leur vie plus saintement ; on les appelait soeurs de grâce.

Boubon fut, avant tout, un monastère aristocratique et le rendez-vous des jeunes filles nobles du pays qui voulaient, de leur propre gré, ou selon le voeu de leur famille, se consacrer à Dieu ou y faire des études. Les Lambertie y envoyèrent plusieurs de leurs filles qui y prirent des fonctions importantes, achevant ainsi de dominer, dans tous les domaines, la vie de la région.

Une Henriette de lambertie y prit I'habit le 20 février 1643, et une autre Lambertie, reçue au monastère le 20 octobre 1644, fut nommée supérieure de cette maison. Dans la lignée des Lambertie-Gerbevillier, Charlotte, religieuse à Boubon en 1676, devint également supérieure du monastère.

Les religieuses avaient aussi ouvert un pensionnat où les familles nobles de la contrée vinrent chercher I'instruction et se former à la vertu chrétienne ; plusieurs de leurs élèves y firent profession et les remplacèrent, continuant leur tradition de piété.

Le caractère aristocratique de cette institution ne semble pas, cependant, avoir apporté de grandes richesses à Boubon, malgré la légende du trésor qui court encore de nos jours.

Source : Cussac et sa région, de Pierre Macaire.

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Le comte de Haumont émigré

Jean-Joseph comte de Haumont : né à La Garde, paroisse de Beaussac, en Périgord, 1736 - lieutenant dans Enghien, 26 mars 1747 - capitaine, 1er sept. 1755; de grenadiers, 1er juil. 1774, de chasseurs formation, 23 juin 1776 - major, 7 mai 1777 - lieutenant-colonel., 5 oct. 1779 - retiré avec 2.200 l. de pension, 1er mars 1784. Chevalier de Saint-Louis, 1771 - blessé d'un coup de canon au pied à Bergen.

Emigra - campagne de 1792, armée des Princes, commandant la Compagnie d'infanterie formée des gentilshommes du Périgord - passé à l'armée de Condé - demanda un certificat pour la Russie, 22 avril 1796.

Source : L'émigration militaire, de Jean Pinasseau.

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