16 décembre 2019

Bénédiction de la cloche de la cathédrale d'Angoulême

« Aujourd'huy 23 janvier 1786, Madame, comtesse d'Artois, étant à a Versailles, voulant exécuter la promesse qu'elle a faite de nommer avec Monseigneur comte d'Artois la principale cloche de l'église cathédrale d'Angoulême, et ne pouvant la nommer en personne, Madame a nommé et nomme madame sœur Marie-Françoise de Durfort de Civerac, abbesse de l'abbaye royale de Saint-Ausone de la ville d'Angouléme, pour la suppléer et la représenter à la cérémonie du baptême, lui donnant pouvoir de nommer ladite cloche, approuvant dès à présent tout ce qui sera fait à cet égard, et pour assurance de sa volonté, Madame, comte tesse d'Artois, m'a commandé d'expédier la présente procuration, qu'elle a signée de sa main et fait contre-signer par moi, son conseiller, secrétaire de ses commandements, maison et finances.

Signé : Marie-Thérèse, et contresigné : Meulan.

Le tout ainsi signé en l'original : Sœur de Durfort de Civerac, abbesse de l'abbaye royale de Saint-Ausone d'Angoulême; — Le marquis d'Argence; — sœur de Saint-Aulaire, grande prieure; — de La Cropte de Saint-Abre d'Argence; — sœur de Brie, chapelaine; — le chevalier d'Argence; — Durfort de Civrac, marquise de Puyferrat; — la comtesse de Froger; — le comte d'Argence; - de La Faux de Chabrignac, doyen; — le comte de Montbrun-Conan; — Conan d'Hautefaye; — de Chapt de Rastignac; — le comte de Roffignac, premier chrétien du Limousin; — l'abbé de Bonnefoi, official et vicaire général; — le comte de Montbron; le comte de Montalembert; — Conan d'Ocor (ou d'Aucors), capitaine de cavalerie; — le marquis de Cherval, grand sénéchal d'Angoumois; — le marquis de La Loubière, chevau-léger de la garde du roi; — Héraud, chanoine, bayle; — Le Maistre, secrétaire du Chapitre.

Pour expédition, signé : Le Maistre, secrétaire de MM. du Chapitre. »

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1864)

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La culture du lin

Quant au profit, la promesse de substantiels bénéfices apparaît, au détour des courriers, comme une motivation suffisamment forte à l'innovation pour des châtelains soucieux avant tout de leurs revenus. Ainsi, en 1768, le comte Conan de Connezac se fait adresser en son château de Connezac une méthode pour la culture du lin par le curé de Montbrun en Angoumois, terre dont il est baron : "Avec un peu de soin de la part de vos gens pour l'exacte pratique de cette méthode, vous nous scaurés bon gré d'avoir commencé le premier, à metre cette culture en essaye. Le produit en est d'autant plus considérable qu'on peut se donner d'aussi beaux lins que celuy que nous tirons de l'étranger qui n'a pas d'autre secret que de donner au lin la même attention que nous donnons dans nos provinces aux chanvres." (1) Cette dernière culture, combinée avec une nouvelle distribution des terres, suscite un grand enthousiasme du seigneur de Laxion qui en espère des gains importants. Il écrit en 1783 : "Je suis bien éloigné d'avoir seulement pansé, en désirant détailler ma métairie basse à des particuliers de les surcharger,... tous mes nouveaux défrichements devraient être supérieurs pour le chanvre. Ce qui me fai désirer de parvenir à ce détail est le calcul que j'ai fais de la quantité de terin, et du prix qu'il vaudrait s'il étoit détaillé. La différence est si avantageuse qu'il est je crois de mon intérêt de l'entreprendre..." (2) Plus rares, d'autres écrits témoignent encore de l'intérêt pour les questions agricoles et l'adhésion à de nouvelles cultures. C'est notamment le cas de textes à caractère pédagogique, écrits pour servir à l'éducation des jeunes châtelains.

(1) A.D. Dordogne, 2 E 1826 / 13-2.
(2) A.D. Dordogne, 2 E 1851 / 61.

Source : Les marchands bordelais au temps de Louis XI.

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Horoscope d'un enfant en 1769

Du petit-fils de M. le comte de Conan, baron de Montbrun, né au château de Conezac, en Périgord, à deux lieues de Nontron, le 27 mars 1769.

D'un astre fortuné la bénigne influence
Versera sur l'enfant les dons les plus heureux
L'éclatante Vénus éclaira sa naissance
Et, dans son cours rapide, lumineux
Elle éclipsa tout aspect dangereux
Qui pût nuire à sa bienfaisance
En ce moment, je contemplois des cieux
L'ordre sublime et la magnificence
Portant alors un œil audacieux
Vers ces signes mystérieux
Qui du sombre avenir renferment la science
J'osai combiner leur puissance
Et par le secours précieux
Du sybillique télescope
De ce cher fils, l'objet de tant de vœux
J'y lus le brillant horoscope
Que je vais tracer à vos yeux
De l'esprit et du corps il acquerra les grâces
La vertu seule entrera dans son coeur
Et de ses passions exact modérateur
Il bravera du fort les diverses disgraces
Pour guide il choisira la vérité, l'honneur
Pour conseil l'équité, la gloire et la valeur
Il haïra ce goût frivole
Du persiflage si vanté
Enfant de l'ignorance et de la vanité
Goût, dont tant d'élégans ont ouvert une école
Et qui conduit à l'imbécillité
Il fuira cette ardeur, ou plutôt cette rage
Des jeux proscrits qu'évite l'homme sage
Et qui mènent souvent le joueur entêté
Du malheur à l'improbité
Prudent, discret, humain, affable
Sur son front sans nuage on verra la candeur
Et quelquefois une rougeur aimable
Sera témoin de sa pudeur
De la divinité le culte respectable
Formera sa première loi
Et, citoyen courageux, estimable
Ses jours seront ensuite à l'Etat, à son Roi
Au mérite dans l'infortune
Sans attendre qu'on l'importune
Il donnera de généreux secours
Et la sagesse, en ce tems peu commune
Filera constamment le tissu de ses jours
Il chérira les arts, et surtout la musique
(Malheur à qui l'ignore ou qui ne l'aime pas)
L'étude à son esprit offrira mille appas
Sans altérer l'amour patriotique
Et le bonheur marchera sur ses pas
A ses vassaux il servira de Père
Jamais l'accablante misère
Ne désolera son canton
Et sa famille antique, en vertus si féconde
Fera bientôt les délices du monde
En dispersant les fleurs de son noble écusson
Avec tant de dons en partage
Il sera digne de son nom
Eh ! que peut-il désirer davantage ?

Source : Opuscules poétiques et philologiques, d'Aimé Feutry.

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L'hôtel Conan-Hautefaye

Angoulême / Hôtel Conan de Hautefaye

Au 10 de la rue Vauban, derrière une grande porte, on aperçoit sur la droite les murs du logis qui remontent au XVIe et XVIIe siècles. La porte et les trois fenêtres superposées dont l'une est murée occupent toute la hauteur de la façade. Sous le linteau d'une des fenêtres entourée de pilastres, on lit la date de 1573 (certainement l'année de construction de la maison). Le bâtiment qui lui fait face, situé à gauche de la cour, apparaît beaucoup plus récent. Dans la cour se dresse un magnifique puits à colonnes, (fin XVIIe siècle), considéré comme l'un des mieux conservés du vieil Angoulême (classé MH en 1922). Au XVIIIe siècle, cette demeure appartient à Jean-Hélie des Ruaux, seigneur de Plassac. En 1786, elle est acquise par François Conan de Hautefaye.

Bibl. : Forgeaud (James), Le quartier du Minage, SAHC, 1986-2, p. 97

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Foires concédées à Jacques de Conan

Foires et marchés concédés à Jacques de Conan en mai 1633.

Louis, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, à tous présens et à venir salut :

Notre très cher et amé Jacques de Conan, escuyer sr de Connezac, la Chapelle, Maichinaud, la Bouchardière, Haute-Faye et autres lieux, nous a fait remonstrer que sa terre de Haute-Faye, située en nostre province de Périgord, est de grande estendue, consistant en plusieurs droicts, tenue en justice haulte, moyenne et basse, composée de bourgs et villages peuplés où les habitants des lieux circonvoisins et autres viennent fréquenter et trafliquer, pour la commodité desquels décoration et augmentasion de lad. terre d'Haute-Faye led. exposant nous a très humblement requis vouloir créer et establir au bourg dud. Haute-Faye une foire par chacun an et un marché chacune semaine, et sur ce lui pourvoir de nos lettres nécessaires. A ces causes, désirant favorablement traicter led. exposant en faveur des services qu'il nous a rendus et rend journellement aux occasions qui s'en présentent : Nous avons aud bourg de Haulte-Faye concédé, ordonné et estably, de nostre grâce spécialle, plaine puissance et authorité royalle, concédons, ordonnons, instituons et établissons une foire pour y estre doresnavant annuellement et perpétuellement tenue le seiziesme jour d'aoust et un marché aud. bourg pour y cstre aussy tenu le vendredy de chacune semaine, voulant et ordonnant que esd. jours tous les marchands y puissent aller, venir, séjourner, troquer, eschanger, vendre, et débiter toutes marchandises licites et qu'ils usent et jouis ent de tous et tels droicts accoustumez es autres foires et marchez de nostre royaume, permettant aud. exposant faire bastir et édiffier en lieu commode halles, loges, bancs et estaux nécessaires pour tenir en sûreté et à couvert lesd. marchands et leurs marchandises, et de percevoir les droicts ordinaires et pour ce deubz, tels qu'ont accoustumé les autres seigneurs de nostre province, pourveu qu'à quatre lieues à la ronde dud. bourg il n'y ay aux jours susd. aucunes foires et marchez auxquelles ces présentes puissent préjudicier, et que nos droicls ne soient par ce diminuez. Donnons mandement au senechal de Périgueux ou son lieutenant et autres nos justiciers et officiers qu'il appartiendra, ces présentes faire registrer, et si besoin est, publier à son de trompe en loules les villes, bourgs, villages et bourgades voisines dud. bourg et terre de Haulte-Faye, et icelles faire garder et observer perpétuellement et à toujours, car tel est nostre plaisir. Et affin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons faict mettre nostre scel à cesd. présentes, sauf en autres choses nostre droict et de laultruy en toutes.

Donné à Fontainebleau au mois de may, l'an de grâce mil six cent trente-trois et de nostre règne le vingt-troisiesme...

« On faict assavoir à tous on général que Sa Majesté a créé et estably et ordonné nouvelles foyres au lieu et bourg d'Autefaye pour l'effaict dicelles y estre tenues, sçavoir : la première, le seiziesme du moys d'aoust et feste de monseigneur Saingt-Roc, et la segonde le vingthuitiesme du moys de décembre, jour de Saingt-Thoumas, et les marchés toutes les semaines et jour de vandredy, le tout annuellement. La possession desquelles est fixée à aujourd'huy aud. lieu d'Autefaye par le réformateur général des marchandises, aulnes, poix, crochets et mezures sur les dix heures du matin, et permis à tous marchands et autres personnes en quelles qualités qu'ils puissent estre de porter, vendre, achepter, trafiquer, eschanger toutes sortes de marchandizes quittes et non prohibées par les ordonnances... aller et venir auxd. jours tant que besoingt sera. Et enjoint à tous les marchands d'y assister, apporter leurs lettres comme ils sont... et presté le serment audit estât de marchandize dit de Gosliot, et nommer ung ou deux des plus notables marchands de chascune ville et baronnye ou chastellenye pour y assister à la taxe et debvoyrs des dittes foyres et marchez selon l'ordonnance. Faict par nous Bernard Fougeron, général et réformateur des poix, aulnes et mezures... soubs l'authoryté du grand maistre vizitteur et réformateur de France au bourg d'Autefaye le séziesme jour du moys d'aoust mil six cens trente-troys. »

Fougeron, général des marchés.

« Tableau contenant l'estât des tribus et debvoirs deubs à monseigneur de Connezac, Auteffaye, Plambost, La Bouchardière, La Chapelle Masmoreau et autres places au sujet des foyres et marchetz, par les marchands et autres personnes pour touttes sortes de marchandises et bestailh, sur l'original et pancarte représantés par Bernard Fougeron... — Pour un chascun marchant mercier à une chascune foyre, pour chacung ey taud, pour plassage et péage six deniers, pour chascung marchet deux deniers. — Pour chascung drapier huict deniers troys denyers. — Pour chascung courdonnyer, 4 et 2 deniers. — Pour chascung courroyeur et tanneur, 1 et 2 deniers... — Pour... potlier 2 et 1 deniers. — Pour... pellier (1), 2 et 1 deniers. — Pour clostrier (2), 2 et 1 deniers. — Pour chascung grossier (3) et son eytaud, ung denier. — Pour... pintier (4), 2 et 1 deniers. — Pour... suchier (5), 2 et 1 deniers. —Pour... tamizier (6), boycellier (7), peigneurs (8), pallerier (9), grelleurs (10), et autres petittes menuyerie, 2 et 1 deniers. — Pour cliascune charge de layne, 4 et 2 deniers. — Pour charge daux et Jougnions, 2 deniers. — Pour chaque charge de frutage (11), 2 et 1 deniers. — Pour chascung panettier, ung denier. — Pour chapelier, 2 et 1 deniers. — Pour une paire d'oues (12) et de poulets, 2 et 1. — Pour chascung bœuf, vache ou veau ou autres hommallis (13). 4 et 2 deniers. — Pour chascung pollin (14) non ferré, 4 et 2. — Pour... cheval non vendu, 2 et 1 deniers et, s'il est tout chargé, aultant — Pour douzaine de moutons, 6 et 3. — Pour chascung bouc, 2 et 1 deniers.— Pour douzaine de chèvres, 4 et 2, et s'il y a bouc de la compagnie, 8 deniers. — Pour chascung pourceau, 2 et 1. — Pour boisseau de bled, une pougnée tant de foyre que marchet, et aultres choses mesurées au boisseau et autant pour droict de myne. — Pour chacune charge de chanvre ou lin, 4 et 2 deniers. — Pour chascung pelletier, 2 et I. — Pour chacung fluttier (13), flusotier et jouheur, 2 et 1. — Pour chascung bouchier, 4 et 2. — Pour... poysonnier par charge, 4 et 2. — Pour charge d'huitres ou muscles, 4 et 2, — Pour coustellier, 2 deniers. — Pour quarteau de gros vin, 2 et 1. — Pour commestier (16), 4 et 2. — Pour chaque charge de peaux et graisses, 4 et 2. »

Signé : Fougeron, général des marchés.

(1) Marchand de chiffons. — (2) Cloutier. — (3) Taillandier. — (4) Vendeur de pintes et vases d'étain. — (5) Fabricant de sabots. — (6) Fabricant de tamis. — (7) De boisseaux. — (8) De chanvre. — (9) Rempailleur. — (10) Fabricant de cribles en bois. — (11) Fruits. — (12) Oies. — (13) Bétail. — (14) Poulain. — (15) Joueur de flûte, de flageolet. — (15) Marchand de comestibles.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1888)

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Les milices bourgeoises à Angoulême

Les milices bourgeoises à Angoulême
Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1911

On sait que l'organisation de ces milices bourgeoises, succédant aux milices communales, fut souvent modifiée. Elles avaient pour but primordial et principal de veiller à la sécurité de la ville et de ses habitants. (1) L'année 1701 voyait rayonner à Angoulême 8 compagnies de cette police urbaine, sans compter le faubourg de l'Houmeau. Pour le moment il paraît impossible d'en déterminer l'effectif régulier, très probablement fort restraint, étant donnée alors l'enceinte si étroite de la ville : 1re compagnie, Guitton, capitaine ; 2e compagnie, Arnaud, capitaine, conseiller (2) ; 3e compagnie, Chausse, capitaine ; 4e compagnie, dite du Petit Saint-Cybard, Autier, avocat et colonel ; 5e compagnie, de Saint-Jean, près la cathédrale, Bourdage, capitaine ; 6e compagnie, de Beaulieu, Rochemont, capitaine ; 7e compagnie, de Saint-Paul, Rullier de Bois noir, capitaine, Chenevière, lieutenant ; 8e compagnie, de Saint-Martial, Limousain Maine-Blanc, capitaine ; Faubourg de l'Houmeau, Peynet, avocat, major ; Galliot, capitaine.

A cette époque, les exempts de la ville étaient Renaudot, concierge de Saint-Pierre (la porte), Sibillotte, sergent du maire, Chambaud, garde maison (sic) du château (3). Dans la formation de ces compagnies il est bon de constater en passant la présence de nombreux hommes de loi : 1re compagnie, 3 procureurs ; 2e compagnie, 1 conseiller, 2 procureurs, 2 avocats, 1 sergent ; 3e compagnie, 10 procureurs, 2 avocats ; 4e compagnie, 6 procureurs, 1 conseiller, 4 avocats, 1 juge de la ville, Dumergue, 2 huissiers, 1 praticien, Bourdin, 1 fondeur, Bernard Sezerat, 1 maître es arts ; 5e compagnie, 3 procureurs, 2 avocats, 1 maître écrivain, 1 maître es arts ; 6e compagnie, 5 procureurs, 1 avocat, 1 huissier, 1 sergent royal ; 7e compagnie, 7 procureurs, 3 sergents royaux, 1 élu, 2 huissiers ; 8e compagnie, 1 avocat, 1 assesseur, 1 sergent royal ; l'Houmeau, 1 huissier en l'élection.

Nous nous trouvons en 1736. Le rôle de la ville s'établit en la présence de Louis Cosson, écuyer, conseiller et maire d'Angoulême, et de Philippe Pigornet, lieutenant en l'élection. La milice bourgeoise est composée aussi de huit compagnies : 1re compagnie, colonelle, 2 imprimeurs, Puinège et Rézé fils aîné, 4 procureurs, 1 marchand, Sazerat, 1 commissaire de police, 2 avocats, 1 huissier, 2 maîtres es arts ; 2e compagnie, lieutenant colonelle, dite de St-Jean, 5 procureurs, 1 huissier, 1 ancien lieutenant de la maréchaussée ; 3e compagnie, dite de Beauchamp, André de La Tache, colonel, 4 procureurs, 1 huissier à la Bourse, 1 avocat, 1 maître es arts, 1 matrone, veuve Fauconnier (4) ; 4e compagnie, dite de Chausse, 8 procureurs, 1 avocat, 1 maître es arts et Marchais, hôtelier du Cheval Blanc ; 5e compagnie, dite de Guitton, 6 procureurs, 1 avocats, 1 maître de danse, 1 huissier en l'élection, 1 premier commissaire de police ; 6e compagnie, de Beaulieu, 4 procureurs, 2 avocats, 1 huissier ; 7e compagnie, de Saint-Paul, 7 procureurs, 4 avocats ; 8e compagnie, de Saint-Martial, 2 procureurs, 1 avocat, 1 sergent royal ; Faubourg l'Houmeau, 1 sergent royal, 1 garde de haras (5).

Cette énumération de membres divers faisant partie de la milice bourgeoise nous révèle une quantité d'hommes de loi. Ainsi et surtout les procureurs se trouvent abondamment dans tous les quartiers de la ville. Il ne s'agit pas ici de procureurs fiscaux, ni des procureurs des décimes, mais bien d'officiers ministériels, venant après les avocats. Ils présentaient les causes des plaideurs, conseillaient ces derniers, et ils devaient s'intéresser à leur faire rendre justice. Ils portaient comme les avocats le titre de « maîtres » et le prenaient dans leurs significations. Leur costume du Palais était la robe noire à grandes manches et le rabat. L'opinion publique les accusait d'avidité. La Révolution supprima ces offices ; le terme fut changé et la fonction réapparut sous le nom d'avoués.

En 1701-1736 on plaidait donc fort et ferme dans cette bonne ville d'Angoulême pour y entretenir tant de procureurs.

Paul Legrand

Notes :

1. Chéruel. Institutions de la France, Tome II.

2. Parfois les compagnies prenaient le nom de leur capitaine.

3. Archives Gilbert à Aignes (Charente).

4. Quel rôle pouvait-elle bien remplir ?

5. Arch. Gilb. à Aign. (Ch.).

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Lettres de rémission

Lettres de rémission
Bulletin de la Société historique et archéologique du Perigord, 1895

Les lettres royales, ou plutôt lettres royaux, que je publie aujourd'hui, ne sont pas les premières lettres de même nature qu'aura publiées le Bulletin de la Société archéologique. M. de Fayolle a déjà publié, tome XVII, troisième livraison, des lettres de 1489, accordées à Arnaud de Fayolle et cinq autres. M. Lespinas en a publié d'autres, de 1738, accordées à François Durepaire-Duchassaint, tome XVIII, deuxième livraison. Toutes ces lettres, les faits mis à part, se ressemblent et les formules n'en varient guère. Bien que, dans leur texte, il soit parlé de grâce, les nôtres sont plus particulièrement des lettres de rémission, et peut-être est-il bon, cela n'ayant pas été déjà fait, d'indiquer, en quelques mots très rapides, la nature et le caractère des lettres de rémission dans notre ancienne procédure criminelle.

Les lettres de rémission étaient accordées pour « les homicides involontaires seulement ou qui seront commis dans la nécessité d'une légitime défense de la vie ». Il semble que, au cas de légitime défense, aucune peine ne dût être encourue. Il en était cependant autrement, et, « bien que le crime ait été commis pour cause raisonnable et dans la nécessité d'une légitime défense, on serait puni d'homicide sans lettres de rémission ». De même pour l'homicide involontaire ou casuel. Toutes les lettres publiées par le Bulletin, -- 1489, 1738, 1686, -- se rapportent à des espèces dans lesquelles l'homicide remis par le roi a été commis dans le cas de légitime défense et sont, naturellement, intervenues, sinon avant toute informatique, tout au moins avant toute action, avant toute condamnation.

Les lettres de rémission, en effet, au contraire des véritables lettres de grâce, de quelque nom du reste que les appelle la législation criminelle d'autrefois, les lettres de rémission arrêtent toute procédure et effacent le crime lui-même ; elles sont comme une amnistie individuelle ou comme un verdict d'acquittement avant le jugement, ne laissant subsister, comme aujourd'hui l'acquittement, que le droit de réparation civile, « s'il y échet », disent les lettres de 1686 et peut-on dire encore aujourd'hui.

Toutes les lettres royales, si nombreuses, intervenant, soit avant, soit après la condamnation, constituent ce qu'on appelait la justice retenue ; toute justice appartenant au roi, les tribunaux constitutaient la justice déléguée. Ces lettres devaient être, cependant, enregistrées, entérinées, et même dans un délai déterminé, par les tribunaux, par les cours, s'il s'agissait de roturiers. Et ce n'était point toujours une formalité, tout au moins sous le régime de l'Ordonnance de 1670. Pour les lettres de rémission notamment, les juges devaient vérifier si les lettres étaient « conformes aux charges et informations », et, au cas où elles ne l'auraient pas été, passer outre au jugement ; « la majesté royale ayant été trompée, le crime qui se poursuit alors n'est pas celui que Sa Majesté a pardonné. » Les lettres de 1686 furent, du consentement du procureur du roi, enregistrées le 29 mai 1688, au registre des patentes du greffe royal de la Sénéchaussée du Périgord, « en conséquence de la sentence rendue en la présente cour, le 22 mars 1687 ».

Ces lettres ne sont assurément pas aussi intéressantes que celles de 1489, qui le sont tout particulièrement ; elles m'ont paru cependant avoir quelque intérêt et mériter d'être publiées. Le document original m'a été communiqué, durant mon passage à la sous-préfecture de Nontron, par M. Jardry, inspecteur primaire, et il doit être, à cette heure, entre les mains d'une personne de Bussière-Badil qui le lui avait confié et dont le nom m'échappe. Je n'ai point respecté l'accentuation et la ponctuation, fort rudimentaires ; j'ai seulement respecté l'ortographe, ou du moins y ai pris garde le plus possible.

Les frères Guillen Bernard, dit Lajarte, et Thomas Bernard, auxquels sont accordés les lettres de rémission de 1686, y sont qualifiés, ou tout au moins leur père, de laboureurs, fermiers de la terre et seigneurie de Varaignes. Je retrouve postérieurement dans les notes de M. de Laugardière, publiées par le Bulletin, ce nom de Bernard, porté non plus par des laboureurs, mais par des greffiers, procureurs d'office, avocats et juges. Ceux-ci sont, à n'en pas douter, les descendants des Bernard de 1686 ; la qualification de sieur de Lajarte ou des Jartres l'indique suffisamment. Un Léonard Bernard, sieur de Lajarte, substitut du procureur d'office de la juridiction de Varaignes, figure dans une affaire criminelle, comme demandeur en réparation du crime d'homicide, et dans cette affaire, la sentence, en date du 23 novembre 1751, est prononcée par Thomas Bernard, sieur de Lajarte, juge sénéchal et criminel de la juridiction de Varaignes, lequel signe Lajarte Bernard. Je crois bien inutile de relever les autres indications.

Ceci dit, voici le texte des lettres de rémission de 1686 :

« Louis par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, à tous présens et à venir salut.

Avons receu l'humble suplication de Guillen Bernard, dit Lajarte, et Thomas Bernard, frères, enfans de deffunt autre Thomas Bernard, vivant laboureur, fermier de la terre et seigneurie de Varaignes, de la religion catholique, apostolique et romaine, contenant que, le 19 septembre 1684, jour que tout le monde vendangeait au dit lieu de Varaignes, le dit Lajarte, l'un des supliants, estant allé vers les huits heures du matin, par l'ordre de son père, dans un morceau de vigne que luy avait été ceddée par le nomme Chasteler, pour le vendanger comme il avait fait les années  précédentes, il rencontra en son chemin le vigneron et le valet que son père y avait envoyé un peu auparavant. Et estants entrés de compaignie dans la dite vigne, il y trouve Jean Du Port dit Lamirande, ayant un fusil sur son épaule, et Pierre Giry dit Cermaine (?), neveu du dit Lamirande, arme d'une épée et d'un pistolet sous son justaucorps, qui luy dirent arrogamment que, s'il prétendoit de vendanger cette vigne, ils l'en empècheroient bien, qu'elle estoit à eux et qu'ils la vouloient vendanger. A quoy le dit Lajarte répondit : C'est à dire, Messieurs, que n'y ayant aucun droit vous vouliez vendanger avec des fusils et aussitost quitta la place et s'en retourna au logis de son père, lequel luy ayant demandé s'ils ne vendangeait pas, il fut obligé de dire ce qui luy venoit d'arriver et l'insulte que lui venoient de faire les dits Lamirande et Giry, de quoy ledit deffunt son père ayant été fort surpris, il se seroit mis en chemin pour en aprendre luy mesme la cause, et que les supliants ayant aperceu dans une juste crainte que leur dit père ne fut insulté par les dits Lamirande et Giry, armés de fusil, d'épée et de pistolets, ils auroient à la haste pris chascun leur fusil chargé seulement de menu plomb dont ils avoient accoutumé d'aller à la chasse comme estans aux droits du seigneur ; et auroient suivy leur dit père jusques à la dite vigne, ou estans arrivés le dit Bernard père auroit dit au dit Lamirande : Il est vray, Lamirande, que vous me voulez empescher de prendre la vendange de la vigne de Chasteler : vous savez que vous l'avez hypotecquée et que j'en ai jouy les années passées. Mais au lieu par le dit Lamirande de répondre à ces parrolles qui luy faisoient connaitre son injuste violance, il auroit au contraire dit plusieurs parrolles choquantes au dit Bernard père, et enfin pour exécuter son mauvais dessin, il auroit couché son fusil en joue, ce que le dit Lajarte, fils aisné, ayant apperceu il se seroit pareillement mis en état de tirer sur le dit Lamirande, ensorte que, le dit ayant eu la témérité de tirer son dit fusil à bout portant sur le dit Bernard père, il le frappe de trois balles au travers du corps et luy brusla sa chemise, duquel coup le dit Bernard pàre tomba mort sur la place, ce qui émeut tellement le dit Lajarte, son fils, qu'il tira pareillement son dit fusil sur le dit Lamirande, mais comme il n'étoit chargé que de menu plomb, il ne le blessa que légèrement. En sorte que, ne laissant pas de s'enfuir, le dit Lajarte le suivit ayant un pistolet à la main d'ou le dit Giry auroit pris occasion de tirer, dans ce mesme temps, au dit Lajarte un coup de son dit pistolet qu'il avoit sous son justaucorps, ce qui obligea le dit Thomas Bernard, freres du dit Lajarte, de lascher aussy son fusil sur ledit Giry qui n'en fut non plus que légèrement blesse, le dit fusil n'estant chargé que de menu plomb. En suite de quoy, le dit Lajarte ayant tiré son dit pistolet sur le dit Lamirande et s'étant retiré de la dite vigne, il a appris à son grand regret que le dit Lamirande est déceddé de ses blessures deux jours après. Et bien que ce cas imprévu soit arrivé par la faute et agression des dits Lamirande et Giry, lesquels n'ont pas deub par force enlever la vendange d'une vigne dont le dit Bernard père avait jouy les annèes prècèdentes, et qu'enfin les supliants, après avoir veu tuer à leurs yeux leur père et se voyant encore dans un péril évident de perdre la vie, n'ayant rien fait que dans une juste deffenses, néammons en ayant esté informé tant par le juge des lieux que d'authorité du présidial de Périgueux, ces supliants, craignans la rigueur des lois, se sont absentés du pays et n'osent y retourner, encores bien qu'ils n'ayent point de partie civile, sans avoir obtenu nos lettres de grâce, par don et rémission, sur ce nécessaires, lesquelles ils nous ont très humblement suplié leur vouloir accorder.

A ces causes voulant préférer miséricorde à rigueur de justice, Nous de nostre grâce spécialle, plaine puissance et authorité royalle, avons aux supliants, quitté, pardonné, remis, quittons, pardonnons et remettons par ces présentes le fait et cas tel qu'il est cy dessus exposé avec toutte peine, amande et offence corporelle, civille et criminelle, qu'ils ont pour raison de ce encourus envers rous et justice, mettons au néant tous décrets, deffaults, contumaces, sentences, jugemens et arrests, qui sen sont suivis, remettons et restituons les supliants en leur bonne renommée et en leurs biens non d'ailleurs confisquez, satisfaction faite à partie civille, si faite n'a este et s'il y echet. Imposons sur ce silence a nostre procureur general, ses substituts, presens et a venir, et a tous autres, si donnons en mendement a nostre senechal de Perigueux, ou son lieutenant criminal, et gens tenans le siege au dit lieu, au ressort duquel le cas est arrive, que du contenu et ces présentes nos lettres de grâce et remission, ils fassent jouir les dits suplians plainement et perpétuellement, cessant et faisant cesser tous troubles et empeschements contraires, à la charge de se présenter par devant nous pour l'entérinement des présentes dans trois mois à peyne de nullité d'icelles. Car tel est noste plaisir, et, affin que ce soit chose ferme et stable à toujours, Nous avons fait mettre nostre scel à ces dites presentes.

Donné à Versailles, au mois de novembre, l'an de grâce mil six cens quatre vingt six, et de nostre règne le quarante quatriesme.

Louis

Par le Roy : Phelypeaux.

Visa : Boucherat.

Pour lettres de rémission à Guillen Bernard de Lajarte et à Thomas Bernard, frère. »

Gustave Hermann

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La famille de Jacques Roux

La première marche dans l'ordre des professions juridiques, c'est le « praticien », homme de loi formé sur place, possédant la pratique de son art, en connaissant les subtilités et les ficelles. Sa condition ne requiert pas les coûteuses études exigées pour devenir « licencié es lois ». En 1616, Berthoumé Roux, fils d'Adam Roux et de Marie Morcan, exerce cette profession à Pranzac. Propriétaire d'un modeste fief dans le ressort de la paroisse il en est l'un des notables. Les enfants qui suivent forment deux branches ; l'une se fixe à Marthon où Antoine Roux, Me chirurgien, est inhumé en 1693 à l'âge de cinquante-sept ans. On trouve après lui Pierre, notaire et procureur, assesseur de Pranzac, dont le petit-fils, François, bourgeois de Pranzac, meurt sans postérité. De son mariage avec Sébastienne Fontan, il laisse un fils, autre François, mort sans postérité.

L'autre branche est formée par Claude Roux, grand-père du futur révolutionnaire. Juge sénéchal de la juridiction de Pranzac, il porte le titre de sieur des Ajounières (écrit ailleurs : de lajaunière). Outre ses fonctions de juge, il a d'autres sources de revenus, peut-être plus lucratives ; il est dit : « conseiller aux grandes voiries », « voyer particulier en l'Élection d'Angoulême », « directeur des affaires du Roi, intéressé dans les affaires du Roi », « directeur des Francs Fiefs et amortissements pour la généralité de Limoges », charges vénales qui se confondent plus ou moins et qui ont à voir avec la fiscalité. Elles lui sont attribuées en 1714, 1720, 1722 et jusqu'à sa mort tragique le 28 mars 1727. Il réside à Pranzac, en tout cas depuis 1713 jusqu'à sa mort, et il a pour épouse Marie Goursaud (alias Gourceau, Gourseaud...). Un chirurgien de ce nom, Jacques Goursaud, et son fils, autre chirurgien, demeurent à Pranzac sans que l'on puisse établir un lien de parenté.

Claude Roux meurt brutalement dans l'une de ces affaires d'honneur - ou d'humeur - qui mettent en cause des gentilshommes prompts à dégainer. On ferraille beaucoup moins que sous les rois Valois, cependant ce genre d'affrontements se pratique encore.

Une sourde rivalité, une offense, un mot de travers, il n'en faut pas d'avantage pour invoquer le « point d'honneur » ; l'épée est arrachée de son fourreau, le pistolet jaillit des fontes.

On ne saura sans doute jamais pourquoi l'assassin, François Viaud, écuyer, sr. de la Charbonnière, poursuivait la victime au grand galop, l'épée à la main, criant : «Je t'attraperai bien, mon bougre ! » Le motif de la querelle demeure obscur, le juge de Pranzac fait appel à la raison, prie son agresseur de s'arrêter pour lui donner des éclaircissements; l'autre écume, exhibe ses pistolets, le somme de se battre en duel. Claude Roux s'y refuse, assurant néanmoins qu'il « n'était pas poltron ».

La course se poursuit jusqu'à Saint-Germain de Montbron, presque à la porte du logis de la Brande où le juge sénéchal de Marthon, Pierre Bonnin, est informé par les ouvriers qui travaillent dans sa vigne du crime commis sous leurs yeux. Il accourt, l'homme est ensanglanté, le juge l'interroge, il fait effort pour se relever et donne d'une voix entrecoupée le nom de son meurtrier ; puis il expire lorsque survient le curé. Son cheval noir broute tranquillement près de lui. On porte le cadavre du gisant chez l'aubergiste le plus proche. On trouve sur le défunt, dans un habit gris bleu doublé d'écarlate, le mouchoir bleu et l'argent qu'il portait sur lui, les papiers de son état, mémoires, lettres, actes des notaires, insinuations, papier timbré...

Le meurtrier s'est enfui, il sera arrêté, la suite nous est inconnue.

La réparation est prévue dans les textes, rarement suivie d'effet; en expirant, Claude Roux laisse une veuve de trente-sept ans et un fils d'environ cinq ans, Gratien, ou mieux, Gatien Roux.

Se pose alors la question de son éducation, les archives sont muettes à ce sujet. Il est douteux que l'ancien juge sénéchal ait laissé derrière lui un grand héritage, en tout cas l'enfant est trop jeune pour l'administrer. Il ne semble pas avoir suivi la filière commune qui mène à une charge dans la judicature; il s'engage dans l'armée après avoir fait l'acquisition d'un brevet d'officier, démarche commune à l'époque à l'intérieur de la bourgeoisie si l'on se résigne à végéter dans un grade subalterne. Au mois de janvier 1748, Gatien Roux est de retour dans sa famille à la faveur des quartiers d'hiver. Lieutenant d'infanterie au régiment de Hainaut, il quitte son régiment deux ans plus tard. François Duvignaud, seigneur de Sigogne entré dans ce même régiment au mois d'octobre 1708, s'y trouvait encore en 1750, promu lieutenant-colonel. Il n'est pas rare que l'on entre dans un régiment sur la recommandation d'un proche, d'un ami lorsqu'une vacance se manifeste. François Guitard de Beaumont, cadet des Guitard de Ribérolle, vient d'y faire ses premières armes, acquéreur d'un brevet de lieutenant au mois de novembre 1745, à l'âge de quinze ans.

Selon le Pr W. Markov, c'est au cours de la guerre de Succession d'Autriche que Gatien Roux fît l'acquisition de son brevet. Au cours de cette période, le régiment est commandé par le marquis de La Roche-Aymon. En 1742, le régiment est enfermé dans Prague contre les Autrichiens ; présent en 1744 lors de la prise d'Acqui, ville que Bonaparte emportera cinquante-deux ans plus tard sur les Autrichiens et les Piémontais.

Gatien Roux a-t-il participé à la bataille de Fontenoy? Nous ignorons son parcours militaire.

En 1748, la paix est signée à Aix-la-Chapelle. Gatien Roux a pris sa retraite, il regagne ses foyers sans avoir eu le temps d'acquérir la croix de Saint-Louis, pressé sans doute de renouer avec la tradition familiale et de fonder un foyer. Le 16 juillet 1749, il signe son contrat de mariage avec Marguerite de Montsalard à Bussière-Badil, village à l'entrée du Périgord ; la bénédiction nuptiale est donnée le 19 août suivant.

Les Montsalard appartiennent à la bourgeoisie du Périgord vert, là où la province se confond avec l'Angoumois. Les Montsalard ne sont pas nobles, la particule fait ici illusion, mais ils appartiennent à ce milieu où se recrutent vers la fin de l'Ancien Régime les forces vives de la nation. Les professions libérales y sont à l'honneur. On retiendra que l'épouse de Gatien Roux est fille, petite-fille et arrière-petite-fille de docteurs en médecine. François et Olivier de Montsalard, respectivement trisaïeul et bisaïeul de Jacques Roux, exercent leur art à Soufirignac. Un frère d'Olivier, Hélie, est curé de Bouex et de Sers. Catherine, leur sœur, épouse un procureur de Vouzan. Unité de lieu : Soufirignac, Bouex, Sers, Vouzan..., et côté Roux, Marthon, Chazelles, Pranzac..., toutes ces paroisses voisinent. Unité de milieu social : la nébuleuse, l'univers en expansion de la bourgeoisie montante. Joachim de Monsalard, le grand-père maternel de Jacques Roux, né du mariage d'Olivier de Monsalard et de Bertrande Faurien, a quitté Souffrignac pour exercer la médecine à Bussière. Son frère Hélie, neveu de l'ancien curé de Bouex, est tué à Marthon au mois d'avril 1716 dans l'une de ces querelles qui opposent des notables.

Bien que le port des armes soit réprouvé et fréquemment rappelé par les édits royaux, la transgression est fréquente. Une affaire trop banale pour être racontée par le menu ; elle n'est pas sans rappeler le meurtre de Claude Roux qui surviendra onze ans plus tard.

Le juge sénéchal de Marthon, Pierre Bonnin, dispute à son beau-frère, syndic perpétuel de la même paroisse, la prérogative de loger les soldats de passage; les particuliers font la grimace lorsqu'on leur présente un billet de logement. La querelle s'aigrit entre le juge et le syndic ; elle rebondit le lendemain : parents et proches s'en mêlent. Une rixe éclate dans la rue. Le juge accourt au bruit, tente vainement de lâcher un coup de pistolet, se saisit de son épée. Il reçoit une décharge de gros plomb, on l'emporte « chancelant et sanglant », mais les gens de sa suite courent sus aux agresseurs. Hélie de Monsalard tombe raide mort à la porte du sieur de Beaulieu, le syndic, son beau-frère. Ce sont les mœurs du temps, il ne faut pas en tirer de conclusions extrêmes. Notons cependant que Marguerite de Montsalard, la mère de Jacques Roux, perd son oncle paternel et son futur beau-père à peu d'années de distance dans des circonstances dramatiques. Masquée par l'habit sacerdotal, cette violence se manifestera un jour dans le caractère de Jacques Roux. Gatien Roux et son épouse passent leur première année de mariage chez les Montsalard à Bussière; convention fréquente au bénéfice d'un jeune ménage. Et c'est à Bussière que naît leur premier enfant, une fille, Jeanne, baptisée le 4 juillet 1750. Douze enfants verront le jour au cours des seize années qui suivent. Ce n'est pas un cas unique; l'enfant est un don de Dieu, la province se tient à l'écart des « funestes secrets » qui s'échangent dans les grandes villes; les familles nombreuses sont très répandues, on compte dix-sept enfants chez Bernard Sazerac des Roches, négociant d'Angoulême; ils sont onze chez son aîné, Louis Sazerac de Forges. Ce sont autant de bouches à nourrir, d'établissements à prévoir. Gatien Roux est loin d'être fortuné. L'héritage laissé par son père, l'ancien juge sénéchal de Pranzac, est des plus minces : une métairie, c'est le pain quotidien assuré, mais encore?

Il n'a plus rien à attendre de l'armée. Selon le Pr Markov, Gatien passe après son mariage au service du comte de Solignac, du nom d'une terre proche de Limoges ; elle ne l'éloignait pas sensiblement de son domicile conjugal. Retenu à Versailles ou dans son hôtel parisien de la rue du Bac, le seigneur du lieu était rarement présent. Roux avait la fonction de juge assesseur.

Désirait-il se rapprocher de Pranzac? C'est dans une maison du bourg que naît son premier fils, François, le 20 août 1751. Promis à une vie brève, l'enfant s'éteint quelques mois plus tard. Troisième enfant de la famille, Jacques Roux vient au monde le 23 août 1752. François est mort le 4 mars précédent. L'acte de baptême est libellé ainsi : 23 août 1752, Baptême de Jacques Roux, fils de M. Gratien Roux et demoiselle Marguerite de Monsalard, né le jour d 'avant-hier au bourg de Pranzac. Le parrain a été M. Jacques Tourette, le grand-père, et a tenu par commission, M. Jacques Tourette, son petit-fils, et marraine, Mette Anne Monsalard, et par commission, Mlle Marie Montsalard, sa mère qui ont signé.

Un point demeure obscur. Sa mère est née Montsalard. Les registres paroissiaux sont très incomplets. Le nouveau titulaire de la cure de Pranzac, l'abbé Marquet, a-t-il confondu grand-père et bisaïeul? Ce qui demeure avéré, c'est la relation d'intimité qui unit les deux familles, Tourette et Roux.

Plus anciennement que les Roux, mieux assis financièrement (pour autant que l'on puisse en juger à distance, d'après les actes des notaires), les Tourette sont les premiers notables de Pranzac, par les biens qu'ils possèdent à Flamenac et à Combe-Brune, par leur présence à l'église et au château. Depuis 1643, quatre générations de Tourette ont desservi la cure : Philippe (1643-1645), un autre Philippe, son neveu (1651-1675), Antoine (1675-1729), enfin Léonard-Sébastien Tourette, de mai 1767 à juin 1794.

Tout contribue à rapprocher les deux familles ; leurs alliances sont confirmées par la similitude des charges et des fonctions, au XVIIe siècle, Jean Tourette est chirurgien à Pranzac, Antoine Roux à Marthon.

À son tour, Jacques Tourette, lieutenant d'infanterie, choisit Gatien Roux pour être le parrain de son fils. Mais l'enfant, né en 1748, ne survivra pas.

Lorsque Léonard Tourette prend possession de la cure de Saint-Cybard et des deux stipendies annexées après la résignation de son oncle Philippe, la famille se presse dans l'église au cours de la cérémonie, le 28 juillet 1766. Au premier rang, Gatien Roux., fabricant, Marguerite de Montsalard, son épouse, les « demoiselles de Montsalard », leurs sœur et belle-sœur...

« Fabricant » (ou pour mieux dire, fabricien), le terme recouvre à la fois un service et une distinction, la marque d'un attachement à l'église. Le fabricien - ailleurs marguillier - veille sur le temporel, sur les revenus, les charges et les libéralités de la fabrique liée à la paroisse.

Nulle charge officielle ne distingue encore sur les actes des notaires l'ancien officier au régiment de Hainaut. C'est seulement plus tard, autour de 1780, à peu d'années de sa mort, qu'il apparaît sous le titre de juge-assesseur du marquisat de Pranzac. Ses fils sont alors hors de page ou sur le point de l'être.

Comment a-t-il réussi à élever les siens depuis la naissance de Jacques, le futur « prédicateur des sans-culottes » en 1752? Jacques-Madeleine viendra au monde en 1756, un autre fils de ce nom en 1759; ils seront suivis de Michel, de Guillaume, de Louis, d'un ultime garçon, Jacques encore, en 1765, de Marie enfin, la quatrième fille à porter ce prénom, treizième et dernier enfant de la famille.

L'histoire s'écrit sur fond de survie quotidienne ; les ressources de la famille sont modestes. Il m'est arrivé de penser que les discours enflammés du futur révolutionnaire devaient beaucoup aux soucis paternels dont son enfance fut le témoin.

De 1748 à 1780, hormis le bref intérim qu'il exerce pour le compte du seigneur de Solignac, Gatien Roux mène le train ordinaire d'un bourgeois. Il possède en propre une métairie, Chez Tarrois, à Pranzac, qu'il afferme en 1754 ; la métairie de la Grande Forêt à Souffrignac appartient à Jeanne Daire, veuve de Joachim de Montsalard, la mère de son épouse ; la dame s'est retirée à Pranzac au sein de la famille Roux; elle afferme sa métairie à Henry Tourette, sr. de Beaumont.

Gatien Roux tente sa chance dans le trafic fluvial qui va bon train. Le 18 janvier 1753, quelques mois après la naissance de son fils Jacques, il affrète une « gabare munie de tous ses cordages et accessoires ». Le bailleur, Jean Poitevin, mari de dame Rose Lescalier, est notaire à Angoulême.

Le fleuve Charente est le cordon ombilical qui relie l'Angoumois et l'arrière-pays à la mer; il est soumis à un trafic intense depuis l'ouverture du port de Rochefort créé de toutes pièces par Colbert dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Le port de Lhoumeau au pied des remparts d'Angoulême reçoit tout ce qui est destiné à l'arsenal, bois d'œuvre, fer, fontes, canons pour armer les vaisseaux, sans compter ce qui transite à destination de l'Angleterre et de l'Amérique. Le trafic triangulaire avec Saint-Domingue, les voies nouvelles ouvertes au commerce maritime, la guerre de course, offrent des perspectives nouvelles. Les gabares sont chargées à Lhoumeau prennent du fret en retour. Le comte de Broglie, marquis de Ruffec, « lieutenant général de ses armées et ci-devant ambassadeur extraordinaire près le Roi et la République de Pologne » ne dédaigne pas ces menus profits ; il possède en propre une gabare sur laquelle il fait charger le bois de construction coupé sur ses terres, livré ensuite au magasin du port de Rochefort. Le fret de retour est constitué de sel et de trois cents pains de fromage de Hollande.

Alors que le marquis Marc-René de Montalembert, encouragé par le ministre de la Marine, Rouillé, crée les forges à canons de Ruelle et de Forge-Neuve, le duc de La Rochefoucauld forme le projet de relier Poitiers à Angoulême par voie fluviale via le Clain et la Charente.

La France change de visage et s'ouvre aux Lumières. Les prix s'envolent, une tempête monétaire secoue Angoulême. « Un grand nombre de faillites et de banqueroutes, causées la majeure partie par le luxe, le gros jeu et la dissipation des négociants et fournisseurs d'artillerie » agite la société du lieu. Turgot, Intendant du Limousin, s'emploie à calmer le jeu : il ne faut pas diaboliser l'usure.

La petite bourgeoisie attachée à son mode de vie, réduite à ses revenus médiocres, suit avec peine les changements qui s'annoncent. Confronté dès son adolescence au pouvoir de l'argent, aux prétentions qu'il fait naître, Jacques Roux en concevra de l'amertume et comme un désir de revanche. Un mal plus profond ronge la société française, il prend à l'approche de l'orage la forme d'un malaise. On commence à parler de « régénération », le mot fera fortune. Tocqueville évoque à ce sujet « la voix de Jean criant du fond du désert que les nouveaux temps étaient proches ». Brûlant les étapes, une jeunesse impatiente attend le millenium, en avance de deux siècles.

Source : Jacques Roux, de Jean-Marc Le Guillou.

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Jean François Blanchon (1763-1830)

Avant dernier fils de Jean Baptiste Blanchon, maître chirurgien et de Suzanne Goulmont qui ont eu dix enfants entre 1753 et 1764.

Avocat et homme de loi établi à Confolens après ses études. Il participe à la rédaction des cahiers de doléances du Tiers Etat, de Confolens et des paroisses rurales de la contrée.

En 1790 il est élu au premier conseil général du département où il représente le district de Confolens, et l'année suivante, en septembre 1791 l'assemblée électorale le désigne comme député de la Charente à la Législative. A l'assemblée, il intervient sur les questions militaires, notamment après l'assassinat du général Dillon.

Après la Législative, il quitte la vie politique pour entrer dans l'administration militaire. Nommé commissaire des guerres, il devient bientôt chef de division au ministère de la guerre et en l'an II il est envoyé comme commissaire ordonnateur à l'armée de Sambre et Meuse. Il devait rester à ce titre dans l'armée, jusqu'à sa retraite en 1824 ou 1825.

Il entretenait une correspondance suivie avec le général Dupont de l'Etang.

Ce long passage dans l'intendance militaire, à une époque où les commissaires chargés de réceptionner les fournitures de l'armée pouvaient faire de gros bénéfices, peut expliquer comment ce fonctionnaire civil de l'armée a pu faire fortune.

Sous la Restauration, il est l'un des gros contribuables du suffrage censitaire dans le canton de Chabanais (2.132 F en 1824).

La déclaration de succession atteint en mobilier : 40.540 Frs et en immobilier près de 300.000 Frs dans la seule commune de Chirac, avec le château de l'Age et plusieurs autres domaines. Il laisse 2 filles dont l'une Marie Anne Octavie est mariée avec Jean Frédéric Garnier de la Boissière, fils du général, grand notable de l'Empire. Ce gendre jouera un rôle important en Charente, député opposant sous la Monarchie de Juillet (1839-1842), commissaire de la République à Angoulême en février 1848 et député à l'Assemblée Constituante, riche propriétaire, maître de forges et homme de la gauche libérale, retiré sur ses terres à partir de 1849.

Jean François Blanchon représente un cas de bifurcation de carrière sous la Révolution, avec l'édification d'une fortune dont on ne trouve pas l'équivalent d'enrichissement chez les politiques.

D'autres Blanchon à Confolens, dont un Pierre François, homme de loi, révolutionnaire modéré, détenu en 1793 et remis en liberté en octobre 1794 (d'après Gigon T.I., p. 360).

Source : La Charente révolutionnaire, de Jean Jézéquel.

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La seigneurie de Connezac

La commune de Connezac est bornée à l'est par celle de Lussas; au sud et à l'ouest, par celle de Beaussac, canton de Mareuil et au nord, par la commune d'Hautefaye. On y trouve les bourg, villages et hameaux suivants :

« La Farge. — Fontenille, à 201 mètres d'altitude. — Maine-Rousset. — Le Pouyeau. — Le Petit-Château. — Le Maine-du-Bost. — Connezac, bourg avec chàteau. »

Le sol en est également calcaire, en grande partie crétacé, avec carrières de pierre de taille et mines de fer.

Le chiffre de sa population a été successivement : en 1365, de 54 habitants pour neuf feux. — De 449 au XVIIe siècle. — De 273 en 1804 pour 64 maisons. — De 315 en 1852. — 296 en 1856. — 265 en 1861. — 272 en 1866. — 234 en 1872. — 248 en 1876. — 246 en 1881.

Au sujet des anciennes institutions, nous avons recueilli les documents ci-après :

« Connezac, dit M. de Gourgues, Sanctus-Martinus de Conazac (pouillé du XIIIe siècle). Conazacum, 1365 (Lesp. Chatell.) — Ancien repaire noble mouvant de la châtellenie de Nontron. Depuis ayant haute justice sur la paroisse et Hautefaye, 1760. (Alm. de Guy.) — Patron : saint Laurent. »

D'après la pancarte du diocèse de Périgueux, mise en vigueur le 16 avril 1556, la cure de St-Martin-de-Connazac dépendait de l'archiprêtré du Vieux-Mareuil et était à la nomination de l'abbé de St-Cybar d'Angoulême.

Du 9 décembre 1378, testament signé Fagus R., passé in castello Conazati, par lequel nobilis homo Andreus de Conantis, domicellus, lègue au chapelain qui fera ses funérailles summam quatuor numerorum signatarum ad figuram Regis Francie ad edificandam ecclesiam dicti Conazati. — Du dernier avril 1475, testament par lequel Agnès de Maulmont, veuve de Thibault Conan, fait un legs ecclesie Sancti Martini de Conazaco, d'où il résulterait que le patron de cette paroisse devait ètre saint Martin, et non saint Laurent.

Parmi les curés, nous avons recueilli les noms de Venerabilis homo Beomitus, pastor et capellanus parochie Conazati, témoin dans le testament de 1378. — Venerabilis Regnatus, pastor et capellanus, en 1383. — Thibaud Bourcin en 1711.

Le 21 messidor an IV, l'administration centrale de la Dordogne aliéna le presbytère pour la somme de 444#, et cette petite paroisse est depuis longtemps desservie par M. le curé de Beaussac.

La seigneurie de Connezac appartenait, avant 1284, à la famille de Roux, et à cette époque elle passa, par mariage, dans celle de Maulmont, ainsi qu'il résulte d'un acte de partage, en deux parts égales, passé à cette date, et le 20 juillet, entre Agnan de Lage, Agnonis de Agia, miles, de l'hérédité d'Arnaud Roux, hereditatem que fuit domini Darnaudi Ruphi, militis, frère dudit Agnan, et Valérie, fille unique et héritière dudit Arnaud, femme de Jourdan de Maulmont, et Valerie file unice el heredis dicti Arnaudi Ruphi, uxoris Jordani de Malomonte, domicelli filii Helie de Malomonte, militis; dans lequel partage figure, en première ligne, domum arbgamentum quam habitant Agnonis et Valeria apud Conazac, Petragorencis diocesis, et juribus et pertinentiis suis et colombarii ortis... et omnes juridictionem justitiam altam et bassam... Item juridictio alta et bassa in burgo et parochia de Alta Fagia...

Aussi trouvons-nous, à la date du 11 novembre 1403, un acte passé à Nontron et signé Cazati, par lequel nobilis Johannes de Malomonte, dominus de Conazaco, assence à Pierre Forien une terre et un bois châtaignier dans la paroisse de Boussaco (Beaussac). — Autres baillettes des 27 septembre, 11 décembre 1411, passées à Nontron et signées : Depodiezilho, et consenties par le même nobilis vir Johannes de Malomonte, domicellus, dominus parte de Conazaco.

Cette seigneurie passa ensuite à la famille de Conan, par le mariage d'Agnès de Maulmont, fille dudit Jean, avec Thibaud Conan, dont la famille originaire était venue en Périgord et Limousin avec Jean III, duc de Bretagne. Ce mariage fut célébré avant le 20 octobre 1438, date d'une transaction de famil le passée à Nontron et signée Poyalibus. — Viennent aussi à l'appui diverses baillettes des 22 février 1450, 5 avril 1458 et 5 décembre 1471, signées Veterimary, Maultrot et Fretelly, portant arrentements de fonds divers par nobili viro Theobaldi Conan, domicello et nobili muliere Agnes de Malomonte, domicella, domina de Conazaco. —  De ce mariage, provinrent six enfants, parmi lesquels Thibaud Hélie, auquel sa mère donna la terre d'Hautefaye, par acte du 5 septembre, signé Robin, Guillaume et Jean, qui fit souche et continua la filiation au sujet de laquelle nous renvoyons au Nobiliaire de Nadaud, pour en revenir à la seigneurie et paroisse de Connezac.

Devenue veuve, Agnès de Maulmant ayant eu, dans la succession de son père, la terre de Connezac, en rendit hommage au vicomte de Limoges le 24 avril 1464, au château de Nontron, avec toute justice haute, moyenne et basse. (Doat.)

Suivent divers hommages que nous avons en main et dont nous donnons les extraits suivants :

Le 21 octobre 1541, Joachim Cosnan, escuyer, seigneur de Conazac, rend hommage à Rollet, bastard d'Albret, au nom du roy de Navarre, vicomte de Limoges, « de la moytié de la maison et seigneurye de Conazac, avec la justice haute, moyenne et basse, cens rentes et autres appartenances et deppendances, siz, le tout, en la baronnie de Nontron... »

Le 16 novembre 1643, en la ville de Périgueux, bommage rendu par le même et pour la même seigneurie entre les mliins de Jacques Dupré, escuyer, seigneur de la Mabilière au nom d'Henri, roy de Navarre, en présence de Ramond de La Porte, escuyer, seigneur de la Salle-de-Lisle et maitre Hélie André, juge d'appeauls.

Le 18 février 1583, en la ville de Thiviers Jehan Jammet notaire royal, fondé de pouvoir de François Conan, escuyer, conseigneur de Connezac rend à Armand de Gontaud de Biron seigneur baron de Salaignac, etc., à ce commis :

« Les foy et hommaiges et serrement de fidélité que doit ledit tenancier au seigneur Roy de Navarre, pour raison de la moittié de la seigneurie et justice haulte, moyenne et basse de Conazac, avec ses appartenances et deppendances, situées en la baronnie de Nontron, vicomté de Limoges. et généralement de ce qu'il tient au dit seigneur, recongnoit et atteste tenir à foy et hommaige dudit seigneur, à cause de son vicomté. Et ce faisant, ledit Jammet audit nom, estant teste nue, deux genoux ell terre, lespée desseinte, tenant ses mains jointes entre les miennes, a promis et juré sur la Sainte Bible qu'il sera bon et loyal vassal dudit seigneur et de ses soccesseurs, son bien et honneur pourchassera et gardera et son mal évitera. Ne rentrera, ne se trouvera en lieu aucun contre sa personue, et ses femme, enfants, biens et gens de son conseil, sans aucune chose conspirer ou machiner, et quand saura avoir esté faict, l'en advertira au plus tôt qu'il luy sera possible. Et suivra, gardera et défendra, ledit seigneur, son honneur de ses femme, enfants et biens, contre toutes personnes, le Roy souverain excepté. A la charge aussy que ledit Conan bailhera en forme, dedans le temps deu, le dénombremen. des biens et fief dont il a faict à présent hommaige, à peine de main mise... »

Le 7 novembre 1667, hommage fait a Périgueux par Anthoine de Conan, escuyer, au roy Louis XIV, pour raison de son chasteau et seigneurie de Connezat-Autefaye.

Le 21 décembre 1764, même hommage par messire Alexis de Conan pour sa terre et seigneurie de Connezac et Hauleraye, avec dénombrement du 1er septembre 1769. (1)

Enfin, le 19 février 1783 méme hommage fait à Bordeaux au roy Louis XVI, par messire Louis-Thomas de Conan, chevalier, baron de Montbrun, seigneur de Connezac et autres lieux.

A partir de cette époque, jusqu'à nos jours, le château de Connezac et les propriétés en dépendant ont été possédés par la famille de Conan, dont les derniers représentants sont actuellement M. de Moneis et Mmes de Rolland et Moreau de Saint-Martin.

Enfin, quant au droit de justice, nous trouvons parmi les officiers, à partir du XVIe siècle :

En 1551, Jean Chambon, juge. — 1604, Jean de Puyrénier, idem. — 1611, Pierre de Puyrénier, idem. — 1675, Pierre Vieilhemard, notaire royal et juge. — 1680, Pierre de Marendat, procureur d'office. — 1697, Eymeric Martin, idem. — 1703, François Desvars, juge. — 1715, Pierre Janet: sieur de Lasfons, juge. — 1716, Pierre Devillars, procureur d'office. — 1789, Petit de Cheyllac; juge Pichon, greffier. — Notaires : 1580, Pierre de Puyrénier. — 1648, Desmoulins. — 1707, Emery Martin. — 1716, Pierre Devillars. — 1780, Petit de Cheyllac.

Notes :

1. Voici, quant à la construction du château et de l'état de la seigneurie de Connezac, un extrait de ce dénombrement :

« Article premier. — Consistant en l'hôtel et château noble de Connezac, composant un corps de logis, plusieurs pavillons, écuries, cour, jardin, fuye, guarenne, terres labourables, preds, vignes et bois taillis, le tout contigu, situé sur ladite paroisse. (Suivent les confrontations)... — Art. 2. La haute, moyenne et basse justice (mere, mixte et impere), domaine, fiefs, cens etrentes en touts droits de fondalité, droits d'échange, de péage et autres droits et devoirs seigneuriaux dans les paroisses de Connezac et Authefaye. (Suivent l'étendue et les confrontations). — Articles 3, 4, 5, 6, relatifs à diverses rentes foncières sur divers villages et tènements dans la paroisse de Connezac, en froment, seigle et avoine, mesures de Connezac et de Mareuil, châtaignes, gellines et argent. — Art. 7. Plus les droits de lods et ventes, échange et contréchange dus dans l'étendue de ladite paroisse et en vertu de laquisition qu'en fit haute et puissante dame Marie de Pindray, dame de Connezac, le 12 octobre 1700, reçu par Tardieu, notaire à Périgueux. — Art. 8. La haute, moyenne et basse justice dans ladite paroisse et l'étendue des confrontations cy-après. — Articles 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, relatifs à des rentes foncières sur village et tènements de la paroisse d'Authefaye. — Art 20. La tierce partie des dimes inféodées de la paroisse d"Authefaye. — Art. 21. Plus la foy et bommage du repaire, fief et tènement de Barroufières, paroisse de Nontron, tenu par Jean de Labrousse de Baroufières. Art. 22. Une rente de douze deniers sur une vigne au mas des Places dépendant du repaire noble de Barouffières... — Art. 23. Autre rente de 4 deniers sur un jardin, autrefois maison rue du Rieu, à Nontron. — Art. 24. Rente de 15 deniers sur maison à Nontron, Grande-Rue. — Articles 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, autres rentes sur divers fonds dans la paroisse de Saint-Martial de Volette. »

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1889)

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