19 décembre 2019

Le Général de division Jean Rivaud

Le Général de division Jean Rivaud (1755-1803)
Première édition : 1911 - Auteur : S. C. Gigon

Jean Rivaud est né à Angoulême le 24 décembre 1755 (1) ; il appartenait à une famille originaire du Poitou, province que son grand-père avait quittée pour se fixera Angoulême au commencement du XVIIIe siècle. La famille Rivaud, sans être noble, avait toujours vécu noblement ; à Civray elle avait occupé de tout temps des fonctions importantes dans la magistrature ; le père de Rivaud avait suivi la même carrière car en 1772 il était avocat au Parlement. La branche d'Angoulême, dans son pays d'adoption, contracta des alliances distinguées avec des familles nobles et aussi avec d'excellentes familles bourgeoises de la province, dont plusieurs membres avaient suivi la carrière des armes. Cet exemple dut agir sur la vocation de Jean Rivaud qui, une fois ses études terminées, se décida à entrer dans l'armée. Le 1er janvier 1773 il vint à Saumur s'engager comme Volontaire au Régiment des Dragons-Larochefoucauld, commandé alors par le Duc de Larochefoucauld-Liancourt (2).

Le jeune Rivaud se présentait aux Dragons avec la protection spéciale du Comte de Broglie (3) qui lui avait promis de le faire passer dans l'Infanterie avec le grade d'officier, mais le service de la Cavalerie ayant plu au nouvel engagé, il persista à servir dans le régiment où il était entré. Il s'y fit remarquer par sa conduite et ses aptitudes, son avancement fut par suite assez rapide pour l'époque : Maréchal-des-Logis le 12 juillet 1775, il était nommé Fourrier en 1776, Adjudant-Sous-Officier le 17 mars 1782 et enfin il était promu Officier Porte-Guidon le 18 août 1784.

Depuis la création de l'armée permanente il n'y avait jamais eu en France de règlement formel pour l'accession au grade d'officier ; on peut voir par les récits de Brantôme, qu'un grand nombre de capitaines en réputation de son temps étaient sortis du peuple et même des goujats. II profite même de ces exceptions pour faire un magnifique éloge de la profession des armes qui amenait des rustres à valoir noblesse. Au XVIIe siècle Louis XIII nommait officiers de vaillants sergents, Louis XIV faisait Maréchaux de France les roturiers Fabert et Catinat, au XVIIIe siècle même, Chevert était promu Lieutenant-Général en 1748. Aucune réglementation formelle avant la fin du XVIIIe siècle n'interdisait la carrière aux officiers roturiers, mais dans la pratique, leur droit à l'avancement était très restreint. La noblesse jalouse de maintenir à son profit un privilège héréditaire, occupait la plupart des places ; les roturiers parvenus au grade d'officier étaient qualifiés d'officiers de fortune et maintenus le plus souvent dans les grades de Lieutenant et de Sous-Lieulennnt. Cependant jusqu'en 1782 lu barrière n'était pas infranchissable et même sous Louis XV quelques efforts avaient été tentés pour créer en faveur des officiers roturiers une sorte de noblesse militaire. Ces essais avaient du reste provoqué des réclamations de la noblesse et ces réclamations amenèrent l'Ordonnance Royale du 17 mai 1782 par laquelle on exigeait pour suivre la carrière militaire normale la preuve de quatre quartiers de noblesse. Tout espoir de sortir des grades inférieurs était donc ravi aux officiers roturiers ; cependant cette situation ne découragea pas Rivaud qui se fit apprécier rapidement par sa manière de servir et fut nommé Lieutenant en second le 22 mars 1785.

Les régiments de l'ancienne armée n'était guère stables : Les Dragons-Larochefoucauld vinrent à Nancy en 1774, en 1778 on les retrouve à Rouen, en 1783 ils tenaient garnison à Pont-à-Mousson, ils occupaient Epinal en 1788. Cette année même, une réforme générale dans la formation et dans l'assiette des troupes s'opéra ; la France fut répartie en divisions et les régiments furent classés par brigade. L'Ordonnance royale du 1er mai 1788 en même temps qu'elle réorganisait l'armée, fixa définitivement les règles d'avancement. Les grades de Sous-Lieutenant étaient donnés moitié au choix du Roy et moitié aux candidats du Colonel. Le grade de Lieutenant s'obtenait à l'ancienneté, celui de Capitaine était réservé exclusivement au choix; la règle des quatre quartiers de noblesse était maintenue, exception faite pour les candidats fils de Capitaines ou de Chevaliers de Saint-Louis. Les officiers de fortune étaient définitivement relégués dans le grade de Lieutenant. Comme faveur exceptionnelle, on leur permettait d'espérer en fin de. carrière une commission de Capitaine en second, mais sans droit de commandement effectif, le préjugé nobiliaire ne permettant pas qu'un roturier commandât à des gentilhommes.

Rivaud, à raison de la nouvelle organisation, fut donc classé comme Lieutenant surnuméraire à la date du 1er mai 1788. La carrière, se fermant définitivement devant lui, il essaya de forcer l'obstacle. Les difficultés de la carrière militaire pour un roturier étaient connues en 1773 mais elles n'étaient pas insurmontables, aussi, au moment de l'engagement du jeune Rivaud, ses protecteurs et ses parents lui avaient remis un certificat constatant l'honorable situation et les services d'un grand nombre de membres de sa famille. Celle pièce quasi-officielle était destinée à lui faciliter l'accès des grades généralement interdits aux officiers de fortune ; les ordonnances de 1781-1784, toutes sévères qu'elles fussent, pouvaient peut être être tournées avec l'appui de quelque protecteur influent, celle de 1788 au contraire ne pouvait être éludée. Rivaud noté comme un officier de valeur exceptionnelle, se décida à demander officiellement à n'être pas classé parmi les officiers de fortune pour pouvoir suivre la carrière normale.

Si au XVIIIe siècle on a pu souvent constater chez les officiers nobles un parti pris de dénigrement vis-à-vis de leurs camarades roturiers, les chefs de Rivaud, au contraire montrèrent pour lui la plus grande bienveillance. La réclamation (4) qu'il adressa au Ministre au sujet de sa situation personnelle était appuyée du certificat des notables d'Angoulême et d'une lettre très élogieuse du Duc de Liancourt son chef pendant quinze ans. «Cet officier, écrivait l'ancien Colonel, ne doit pas être compté dans les officiers de fortune ; il est, sans être gentilhomme, de la meilleure bourgeoisie d'Angoulême. » Son nouveau Colonel le Chevalier de Puységur (5) disait de son côté : « Je supplie Messieurs du Conseil de la guerre (6) d'avoir égard à la demande de cet officier, il s'est rendu extrêmement utile au régiment d'Angoulême dans la partie du pain et des fourrages, on ne peut servir avec plus de zèle et d'intelligence. « Les chefs supérieurs de la division, MM. de Surgères et Vioménil, appuyait très chaudement le Lieutenant Rivaud : non content de son apostille officielle le Comte de Vioménil l'appuyait près du Ministre d'une lettre très pressante.

L'affaire suivit son cours et un mémoire très favorable fut établi par les bureaux du Ministère pour le Conseil de la Guerre, concluait â ce que Rivaud ne fut pas classé dans la catégorie des officiers de fortune. Le 11 août 1788 le Conseil de la Guerre, jugeant la demande de Rivaud suivant la réglementation stricte, repoussa la requête ; en marge du Mémoire une main a écrit durement : « Officier de fortune ». Cette décision fut notifiée au corps le 26 septembre par le Ministère ; Rivaud devait rester officier de fortune à moins « qu'il ne prouvât sa noblesse ».

Voici la situation qui était faite aux officiers roturiers la veille de la Révolution. Dans le cas particulier de Rivaud, malgré des protections directes, on refusait tout avancement à un officier d'une valeur telle, qu'un de ses chefs, à l'occasion de sa demande, avait pu écrire : « S'il peut y avoir une exception, elle doit être pour lui. » Rivaud, malgré l'injustice commise à son égard ne se découragea pas et continua à bien servir. Ses notes de 1788 et 1789 sont toujours excellentes ; il obtint même en 1789 pour la deuxième fois une gratification pécuniaire du Roi. Le Colonel de Puységur justifiait la demande sur l'état spécial par l'annotation suivante : « Je supplie Sa Majesté d'accorder une gratification extraordinaire de 300 Livres au sieur Jean Rivaud, Lieutenant surnuméraire, cet officier pauvre étantd'une grande utilité au régiment par son intelligence et par son zèle ».

La fermentation initiale de la Révolution ne paraît pas avoir agité beaucoup la Cavalerie, plus disciplinée que les autres armes. Angoulême-Dragons resta en garnison à Epinal toute l'année 1790 sans changement dans le cadre. L'année 1791, au contraire, apporta des changements radicaux à la constitution de l'armée. L'Assemblée Nationale par la loi du 1er janvier 1791 modifia la constitution des corps et les règles d'avancement. Les appellations historiques des régiments furent supprimées ; Angoulême-Dragons devenu le 11e régiment de l'armée fut envoyé sur la frontière de l'Est à Huningue et Belfort. La loi supprimant tous les privilèges de castes, une réorganisation du corps régimentaire s'opéra, à la suite de laquelle Rivaud fut nommé Sous-Lieutenant titulaire en Février 1791, Les mutations se succédèrent rapidement dans tcus les corps de troupe, grâce à l'émigration des officiers nobles. Rivaud fut nommé lieutenant le 25 septembre 1791 puis capitaine le 3 juin 1792. La guerre ayant été déclarée à l'Autriche en avril 1792, le 11e Dragons vint occuper de vive force Porentruy sur la frontière Suisse ; il y resta jusqu'à la fin de l'année. En janvier 1793, le 11e Dragons rejoignit l'armée du Rhin dans le Palatinat.

Il n'entre pas dans mon dessin d'écrire en détail les campagnes où figura Rivaud. Il convient cependant d'en faire un résumé très succinct, pour expliquer les conditions exceptionnelles qui influèrent sur sa carrière comme sur celle des officiers de cette époque.

L'armée du Rhin pendant le premier semestre de 1793 fut commandée par Custine qui après des revers avait été obligé d'abandonner Mayence, dont les Prussiens faisaient le siège. Custine, n'ayant pu secourir cette place, avait ramené son armée vers la frontière ; il fut relevé de son commandement le 17 mai. Beauharnais, qui lui succéda avait promis de tout faire pour secourir Mayence, mais ce général, politicien bavard et militaire sans expérience ne tenta rien de sérieux pour secourir la place qui dut se rendre le 25 juillet 1793. Beauharnais qui avait ramené ses troupes derrière la Sarre et la Lauter demanda à être relevé de son commandement, offrant même de servir en sous ordre. Il fut rappelé à Paris.

La Convention avait établi au 1er août 1793 la dictature du Comité de Salut public renouvelé ; celui-ci, dans son ardeur révolutionnaire surexcitée par les défaites continuelles des armées, envoya aux frontières de nouveaux Commissaires avec pleins pouvoirs. Ces proconsuls devaient par tous les moyens ranimer l'ardeur des généraux, qui tous excitaient la méfiance du gouvernement. Le Ministre de la Guerre, Bouchotte et son entourage d'hebertistes entreprenaient en pleine crise l'épuration de l'armée, (7) tous les généraux étaient en surveillante ; tous étaient suspects et au moindre prétexte on devait les remplacer par de solides Montagnards : la victoire était à ce prix. (8) L'armée du Rhin aux mois de juillet et d'août 1793 reçut les Commissaires Ruamps, Borie, Milhaud et Niou. L'homme influent dn groupe était Ruamps, agriculteur de son métier et député de la Charente-Inférieure.

Tous les Officiers Généraux de l'armée du Rhin étaient de récente promotion, le Conseil exécutif provisoire en avait nommé neuf d'un seul coup le 19 mai : l'un d'eux, Landremont (9), vieil officier de cavalerie et gentilhomme, fut improvisé Général en chef. C'était un militaire expérimenté et patriote, mais il ne pouvait supporter la tyrannie inintelligente des Conventionnels et il opposait à leurs rapports emphatiques et mensongers, l'exposé de la stricte vérité. Il dénonçait surtout l'abaissement des effectifs que le Ministre s'obstinait à exagérer, (10) il dépeignait la réduction des approvisionnements, le délabrement des troupes et ne voulait pas compter pour une force réelle, la levée en masse des « citoyens agricoles» des départements frontières. Il devenait donc par là suspect. Une tentative faite par lui pour débloquer Landau ayant échoué à Pirmasens, il ramena son armée dans.les lignes de Wissembourg. Destitué le 25 septembre, Landremont fut envoyé à Paris, c'est-à-dire à la mort et le Comité de Salut public le remplaça par Delmas alors enfermé dans Landau.

La situation de l'armée du Rhin était déplorable (11) ; les Commissaires eux-mêmes, après avoir affirmé des effectifs considérables et l'abondance des ressources, écrivaient au Comité le 29 septembre : « Nous manquons de forces, nous manquons de subsistances, de poudre de guerre, venez à notre secours. » On doit ajouter que ce qui manquait le plus alors, c'était la direction, le commandement de l'armée. Le Maréchal Gouvion Saint-Cyr écrivait plus tard dans ses mémoires : « Landermont destitué, personne ne veut plus être Général en chef. » Il y avait trop de danger à cela et Meynier, le plus ancien Divisionnaire, Général en chef par intérim, se refusait à donner aucun ordre pour n'assumer aucune responsabilité ; à la fin d'Octobre, le Représentant Milhaud écrivait encore : « Nous sommes en disette de généraux. » Les Conventionnels en mission cherchaient donc partout des généraux sans pouvoir en trouver ; Ruamps le plus important d'entre eux demandait des indications à tout le monde à ce sujet ; c'est ainsi que le 25 Septembre sur l'avis d'un ancien Aide-Major du 11e Dragons, il nomma Général de Brigade un Capitaine du 11e régiment nommé Carlenc. Celui-ci qui commandait alors le dépôt de son corps à Benfeld sur les derrières de l'armée, rejoignit de suite son nouveau poste, Dès son arrivée, Ruamps (12) ayant réuni tous les Généraux pour leur demander de désigner un Général en chef, tous s'entendirent pour proposer le nouveau promu. Carlenc, inconnu de tous, fut nommé de suite Général de Division et chargé provisoirement du commandement de l'armée le 1er Octobre 1793. Ce Carlenc, vieux soldat inintelligent, venait d'être le camarade de Rivaud au 11e Dragons; c'est probablement lui qui le signala aux députés comme un officier de valeur. Quoi qu'il en soit, Ruamps et Rorie nommèrent le Capitaine Rivaud Général de Brigade le 8 octobre 1793. Rivaud prit immédiatement le commandement d'une brigade de Dragons composée du 11e et du 17e de l'arme (13), et. même le 10 Octobre il eut à commander provisoirement 20 escadrons comptant 2.248 chevaux.

L'armée du Rhin, réduite à 31.000 hommes, gardait une trop grande étendue de pays, du Rhin aux Vosges, en avant de Wissembourg; le 13 Octobre elle fut attaquée dans ses lignes par les Autrichiens et mise en complète déroute. Les fuyards ne s'arrêtèrent que derrière la Moder en avant de Haguenau. La Brigade Rivaud, couvrant l'Arrière-Garde, combattit avec succès à Detweiler (14).

Le 16 Octobre l'ennemi poursuivant ses succès, attaqua l'armée dans sa nouvelle position où elle ne résista pas longtemps et se retira en désordre derrière la Souffel, occupant la ligne de Saverne à Strasbourg, La Division de droite, celle de Desaix, avait avec elle la Brigade Rivaud cantonnée à Wantzenaù et à Heichstett. Le 25 Octobre, l'ennemi attaqua l'avant garde de Desaix sans pouvoir la déloger, le 17e Dragons se distingua au combat de Berstell. Une affaire malheureuse vint encore le 26 Octobre montrer l'incapacité de Carlenc qui fut relevé de ses fonctions (15) et remplacé par Pichegru nommé Divisionnaire.

L'armée du Rhin diminuée par un détachement de 25 bataillons, était réduite à 4 faibles divisions, elle dut rester immobile pendant près d'un mois et après avoir été ravitaillée tant bien que mal sous l'impulsion révolutionnaire des Conventionnels Saint-Just et Lebas put recommencer le 28 novembre un mouvement offensif vers le Nord (16). Le 8 Décembre, Desaix avec l'avant-garde, livra un combat heureux à Bischviller. Les armées du Rhin et de la Moselle ayant été mises sous le commandement supérieur de Hoche, après une longue suite de combats purent forcer les Autrichiens à évacuer, le 25 Décembre, les lignes de Wissembourg. La Brigade Rivaud s'était distinguée le 23 Décembre en enlevant un convoi important à Sufflenhéim. Le 27 Décembre, elle attaquait l'ennemi à l'entrée de la forêt deBlenwald et lui enlevait des canons. L'armée du Rhin après avoir fait lever le siège de Landau, le 28 Décembre, put enfin prendre ses quartiers d'hiver dans le Palatinat sur la Lauter. Les Autrichiens s'étaient retirés sur la rive droite du Rhin par Manheim, les Prussiens avaient rétrogradé jusqu'à Mayence.

Les opérations de l'armée du Rhin furent peu actives dans le premier semestre de 1794, elle resta immobile derrière la Lauter ; son Général en chef Pichegru passé à l'armée du Nord avait été remplacé par le Général de Division Michaud.

Rivaud tout en accomplissant avec conscience et énergie sa difficile mission de chef de la Cavalerie d'Avant-Garde, devait naturellement penser à faire confirmer sa nomination provisoire par l'autorité centrale. Nommé général par un arrêté des Représentants du peuple il pouvait être suspendu par d'autres missionnaires auxquels il aurait déplu. Le 1er Juin 1794, Rivaud établit donc une demande (17) à l'effet d'être confirmé dans son grade et l'envoya au Ministère de la Guerre. En établissant la dictature du Comité de Salut public, la Convention avait supprimé les Ministères et les avait remplacés par douze Commissions, simples bureaux du Comité. Les chefs de ces Commissions formaient l'organe de direction du Conseil Exécutif provisoire. Le Ministère de la Guerre se nommait, Commission de l'Organisation et des Mouvements de l'armée de terre. La demande du Général Rivaud arriva donc au Ministère, munie de toutes les pièces nécessaires, où le certificat de civisme n'était pas oublié.

La démocratie, dans tous les lieux, dans tous les temps, s'est montrée défiante envers l'armée, elle a toujours cherché à amoindrir à subalterner ses chefs, à diminuer leur force, à entraver leur action, au risque même de détruire l'instrument nécessaire de toute autorité.

Les Jacobins de 1793 ne manquèrent pas à l'observation des rites traditionnels ; ce fut un acte de bon citoyen de surveiller, de dénoncer lés Généraux non affiliés à la secte, de les tenir pour suspects à priori ; pour eux un échec était une trahison facilement punie de mort. Ce danger permanent avait avili un trop grand nombre d'officiers, les transformant en bas flatteurs des Représentants et même des plus minces autorités révolutionnaires.

Pendant la période aigüe de la Terreur qui dura toute une année, le certificat de civisme fut pour plus d'un Général le certificat indispensable pour vivre.

Rivaud fournit donc à l'appui de sa demande un certificat de civisme ; mais au lieu de le demander à des fonctionnaires politiques ou même, comme d'autres, à des Comités révolutionnaires, il le demanda à ses compagnons d'armes, à ceux qui l'avaient vu entrer dans la carrière ou qui l'avaient suivi dans les combats de la dernière campagne : Le certificat de civisme fut signé par les deux Conseils d'Administration de la Brigade (18) de Rivaud ; il fut complété par un certificat élogieux de son Divisionnaire Desaix, et par une attestation flatteuse du Général en chef Michaud. Celui-ci écrivait : « Je ne puis y ajouter — (au précédent certificat) — que le témoignage de satisfaction personnelle que j'ai des talents qui font distinguer le Général Rivaud, auquel je désire qu'on ait les égards qu'il mérite. » La demande de Rivaud, ainsi apostillée, arriva à Paris dans le courant de Juin 1794 ; à ce moment la Terreur battait son plein ; depuis le 22 Prairial (9 juin) le travail du Comité de Salut public devait se ressentir des agitations qui se terminèrent par la Révolution de 9 Thermidor (27 Juillet 1794). A la suite de ces événements, les Comités furent renouvelés et le Comité de Salut public ne garda plus que les affaires de la Guerre et de l'Extérieur. La demande de Rivaud ne fut donc examinée qu'assez tard. Le 9 Pluviôse an III — (25 janvier 1795) — les bureaux de la Guerre proposèrent enfin au Comité de Salut public de confirmer la nomination de Rivaud comme Général de Brigade (19). Le Comité de Salut Public, accédant aux propositions du Ministère, confirma Rivaud dans son grade le 9 février 1795.

L'armée du Rhin au commencement du mois de Mai 1794, occupait la ligne de la Lauter et du Spirebach ; les Autrichiens, commandés par Wurmser vinrent les y attaquer le 23 Mai. La division Desaix (20) rejeta ses adversaires sur Manheim ; ce même jour, la brigade Rivaud eut une belle affaire au pont de la Rebach à Schiffersladt ; elle chargea et mit en fuite, sous les yeux de Desaix, les troupes ennemies qui avaient passé le pont. Cette marche en avant fut interrompue à la suite d'échecs éprouvés par l'armée de la Moselle ; l'armée du Rhin dut rétrograder sur Landau. Le 16 juin, l'armée autrichienne vint l'attaquer, une bataille générale s'engagea dans laquelle Rivaud avec 5 régiments de Cavalerie livra un combat énergique à Anweiller ; l'affaire resta indécise. Le 22 juillet, les ennemis revinrent attaquer les mêmes positions qu'une terreur panique nous fit perdre. Le 13 juillet, l'offensive fut reprise. Desaix avec l'avant-garde longeant le Rhin, força les Autrichiens à repasser le fleuve à Manheim. L'armée du Rhin se retourna alors contre l'armée Prussienne qui avait battu l'armée de la Moselle à Kaiserslautern. Jusqu'au 3 octobre, des escarmouches continuelles tinrent les armées en éveil sur un terrain très accidenté où la Cavalerie fatiguait beaucoup. Enfin, à cette dernière date, les armées du Rhin et de la Moselle combinées reprirent l'offensive et après avoir rejeté les armées ennemies au delà du Rhin vinrent bloquer Mayence.

Au commencement de 1795 Pichegru, le vainqueur de la Hollande, fut nommé commandant en chef de l'armée de Rhin et Moselle.

Pendant plusieurs mois, une grande partie de cette armée resta immobile sous Mayence ; puis, les opérations grâce à la trahison de Pichegru ayant été malheureuses, l'armée se retira vers les lignes de Wissembourg, en abandonnant le siège commencé. Dans cette retraite, la brigade Rivaud à l'Arrière-Garde eut à livrer de nombreux combats, dont le plus brillant eut lieu à Neustadt, le 15 novembre. Les Autrichiens ayant proposé un armistice le 25 décembre, Pichegru le signa le 31 du même mois. A la suite de cette campagne où la conduite de Pichegru avait éveillé des soupçons sur sa fidélité, ce Général en chef fut destitué.

Le général Rivaud, pendant cette longue campagne, avait déployé la plus grande activité et il s'était fait apprécier de tous par son courage et par ses aptitudes militaires. Dans cette activité de trois années, sa santé s'était altérée ; dès 1794, Rivaud était très fatigué et la campagne de 1795 où il se surmena, finit de l'épuiser ; souffrant de la goutte et de douloureuses coliques néphrétiques, il dut donc, malgré lui, songer à s'arrêter pour se soigner et, le 15 décembre 1795, il demanda un congé de convalescence (21) de quatre mois. Sa demande fut adressée au Ministère de la Guerre appuyée des certificats médicaux exigés, mais l'état de la.santé du Général était si précaire, que le général Pichegru le fit partir sans attendre la réponse du Ministre dont ou ne doutait pas. En janvier 1796, le Ministre répondit à la demande de congé par un refus ; il s'appuyait sur une loi du 24 février 1794, interdisant toute délivrance de congé à l'armée, même en cas de maladie. Rivaud ne fut cependant pas rappelé, el il devait se croire dans une position régulière, car le 9 mai 1796, il faisait remettre au Ministre de la Guerre, par Maulde, député d'Angoulême, (22) une demande de prolongation de trois mois de congé, nécessaire pour compléter son traitement. Le 27 juin, cette demande était accordée, et Rivaud ne rejoignait l'armée du Rhin qu'aptes la belle retraite de Moreau, qui finit le 26 octobre. Les hostilités furent suspendues sur le Rhin pendant tout l'hiver et, le 13 février 1797, Rivaud était envoyé à l'armée du nord.

L'armée du nord ne fit aucun mouvement en 1797 pendant l'accalmie des négociations du traité de Campo-Formio. Rivaud n'y compta d'ailleurs pas longtemps, car, le 25 octobre 1797, il fut désigné pour être employé dans les troupes occupant la Hollande.

La santé du général Rivaud ne s'était pas complètement remise pendant son congé de 1796 et le séjour en Hollande, renouvelant ses douleurs, le contraignit à demander le 18 octobre 1798, un nouveau congé (23) de trois mois qui lui fut accordé. Cette nouvelle maladie nécessita encore une demande de prolongation (24) qui éloigna Rivaud de l'armée pendant toute l'année 1799. Le général n'assista donc pas à la campagne de Brune contre les Anglo-Russes en octobre 1799. Quand Rivaud rejoignit son ancien poste au commencement de 1800, le nouveau Général en chef de l'armée de Hollande, Augereau, lui fit connaître qu'il ne comptait plus à l'armée de Batavie et qu'il eut à se rendre à Paris pour se mettre à la disposition du Ministre de la Guerre.

Rivaud revint donc à Paris le 28 février 1800 et à cette date (25) il demanda un emploi de son grade au Ministre, indiquant son choix pour le corps du général Durutte, à la nouvelle armée du Rhin. Il offrait de procéder à la réorganisation de quelques régiments de Dragons qu'on y envoyait. Le sort réservait à Rivaud une fin de carrière plus glorieuse. Il reçut le 14 mars 1800 une lettre de service (26) qui lui donnait le commandement provisoire de la Cavalerie de l'Armée de Réserve ; il devait partir le plus tôt possible pour la frontière avec ceux de ses régiments stationnés à Paris et aux environs (27).

Les deux branches de la famille Rivaud avaient au même degré produit deux militaires, celle d'Angoulême, Jean Rivaud, celle de Givray, Olivier Rivaud. En 1800, les deux cousins étaient tous deux Généraux de Brigade. Par une singulière rencontre, tous deux allaient servir en même temps dans l'Armée de Réserve : le cavalier à l'Avant-Garde avec Lannes, le fantassin dans le corps du général Victor (28).

L'Armée de Réserve était destinée à passer les Alpes pour secourir notre armée d'Italie rejetée sur Gênes et sur le Var, elle se rassemblait en France dans de nombreuses localités de l'Est et du Sud-Est. Le Général Rivaud partit de Paris avec les régiments sous ses ordres dans le courant de Mars ; à la fin de ce même mois ils étaient cantonnés à Dôle et aux environs. Les régiments de Cavalerie de Rivaud étaient mal fournis en chevaux, en équipements et on dut s'activer pour les mettre en état de faire campagne ; leur effectif était très faible, ils ne comptaient en tout que 1.450 chevaux. Le 10 Mai 1800, toutes les troupes de l'Armée de Réserve étant arrivées à leur destination, le Général en chef Alexandre Berthier, de son Quartier-général à Genève, organisa définitivement son armée, L'Avant-Garde était confiée à Lannes ; elle se composait de la Division Watrin, de la Brigade Mainoni et de la Brigade de Cavalerie Rivaud (29).

L'Armée de Réserve devait franchir les Alpes sur cinq points, la fraction la plus considérable passant par le Grand Saint-Bernard ; l'Avant-Gardé de l'armée passa au col du Grand Saint-Bernard et la Brigade Rivaud. suivit son infanterie les 17 et 18 Mai (30). L'Armée de Réserve devait marcher rapidement vers le Midi pour couper la retraite aux Autrichiens occupés sur le Var et au siège de Gênes : aussi le Saint-Bernard franchi, l'Avant-Garde après la prise d'Aoste descendit rapidement la vallée de la Doria-Baltea où elle fut arrêtée parle fort imprenable de Bard. En présence de cet obstacle infranchissable, Lannes n'hésita pas à engager ses troupes dans les sentiers dangereux d'Albaredo et put ainsi en tournant le fort, continuer sa route. Le 25 Mai le corps de Latines, grossi de la Divisiou Boudet se heurtait à la Chiusella, au corps Autrichien de Haddick qui comptait 10.000 Fantassins et 4.000 Cavaliers. Le combat dura fort longtemps et nos fantassins avaient peine à résister à la brillante Cavalerie Autrichienne, quand, sur la fin de la journée, Rivaud, avec un à-propos décisif lança sa Brigade à la charge contre la Cavalerie ennemie dispersée et décida enfin la victoire.

L'Avant-Garde continuant sa roule par la rive gauche du Pô descendit de Chivasso à Pavie ; elle était arrivée dans celte dernière ville le 3 Juin après une marche rapide de 120 kilomètres exécutée en cinq jours. Lannes, en flanc-garde à droite, couvrait la marche directe des autres corps sur Milan, où Bonaparte entra le 2 Juin.

Les Autrichiens commandés par Mêlas, en remontant du Sud-Ouest devaient nécessairement rencontrer l'armée française et la combattre pour gagner leur base d'opérations sur le Minciq. Le Premier Consul quoique disposant d'un effectif très faible résolut d'arrêter les ennemis par un combat décisif. Il porta ses troupes de Milan vers le Pô qui fut franchi par les seuls corps de Lannes et de Victor. La Brigade Rivaud n'était représentée que par le 12e Hussards. Le 10 Juin le général Ott parti de Tortone se heurtait à Montebello contre les deux corps et après un combat très violent, la victoire se décidait pour les Français grâce à la valeur de la Brigade d'Infanterie du général Olivier Rivaud (31). Son cousin avait avec le 12e Hussards pris sa part delà victoire : le rapport de Berthier constate que le 12e Hussards, « le seul qui ait donné a fait des prodiges de valeur, il a chargé tour à tour l'Infanterie et la Cavalerie ennemies ». Le fait est d'autant plus remarquable que ce régiment de Cavalerie ne comptait pas plus de 330 sabres (32).

Le Général Mélas rentré dans Alexandrie avec les débris de son armée avait encore 32.000 hommes chiffre très supérieur à celui dont disposait le Premier Consul qui venait d'arriver. Le Général autrichien résolut donc de s'ouvrir uu passage vers le Mincio en livrant bataille dans la plaine de la Bormida favorable à sa Cavalerie.

Le 14 Juin, les Autrichiens débouchant d'Alexandrie dans la plaine durent d'abord enlever le village de Marengo occupé par la Brigade d'Infanterie Rivaud. Bonaparte interprétant mal les renseignements qu'il avait reçus s'était privé dès la veille des Divisions Lapoype et Desaix : en présence de l'attaque des Autrichiens, il les rappela trop tard et cette erreur faillit lui faire perdre la bataille. Il ne pouvait en effet mettre à ce moment eu ligne que les deux corps de Lannes et de Victor, à peu près 18.000 hommes.

Dans le dispositif des troupes en vue de la bataille du 14 Juin, la Brigade de Cavalerie Rivaud (33), devait dès le matin occuper Salé, noeud de routes commandant celles d'Alexandrie et de Tortone. D'après l'ordre de Berlhier, elle devait surveiller les mouvements de l'ennemi sur le flanc droit et être au besoin le pivot de la ligue. Rivaud s'élablit doue dans le posle de Salé qui est situé à plus de 15 kilomètres au Nord-Est de Marengo et tout en attendant des ordres il lança des reconnaissances vers Alexandrie. Rivaud devait entendre au loin le canon de Ia bataille niais il ne pouvait en suivre les péripéties. Le Général, inquiet sans doule des résultats du combat mit sa brigade en route vers le Sud dans l'après-midi et à 3 heures il débouchait dans la plaine vers Castel-Ceriolo, et se heurtait alors à la Cavalerie du Général Elnitz qui essayait de percer dans cette direction. La Brigade française marchait en colonne prête à charger, Rivaud la lança immédiatement sur la Cavalerie autrichienne qui sans doute déjà fatiguée par le combat, prit la fuite vers Alexandrie. La Brigade bivouaqua sur le champs de bataille à Castel-Ceriolo où elle apprit la victoire finale de Bonaparte et la conduite héroïque du Général Olivier Rivaud qui avait été blessé dans Marengo (34). L'armistice d'Alexandrie signé le 16 Juin entraîna l'évacuation de l'Italie par les Autrichiens jusqu'au Mincio.

L'armée d'Italie après le départ de Bonaparte et de Berltier fut réorganisée et confiée à Masséna. Elle comptait près de 80.000 hommes divisés en 4 corps sous Moncey, Suchet, Soult et Duhesme. La Cavalerie avait pour commandant supérieur le Général La Boissière et comprenait 3 Divisions; la première commandée par Kellerman Général de Division, les deux autres par les Généraux de Brigade Quesnel et Rivaud. Ce dernier commandait la grosse Cavalerie. Les négociations pour la paix avec l'Autriche s'étant rompues au mois de Novembre, l'armée d'Italie alors commandée par Brune dut prendre l'offensive à partir du 12 Novembre 1800. Sa composition avait un peu changé, le corps de gauche et celui du Centre restaient sous les ordres de Moncey et de Suchet, le corps de droite était passé à Dupont, le Général Michaud commandait la réserve. Davoust Commandant supérieur de la Cavalerie n'avait pi us que deux Divisions, celle de Kellerman et celle de Rivaud. Au 21 Décembre celle cavalerie comptait 93 escadrons avec 9.300 cavaliers (35).

Les premières opérations de Brune traînèrent en longueur ; le Général en chef avait l'ordre de passer le Mincio et l'Adige puis de marcher sur Vienne en liaison avec Moreau opérant alors en Bavière, il résolut donc de forcer le passage du Mincio à Monzambano le 26 Décembre. Pour faciliter l'opération, il ordonna à sa droite de faire le 25 une diversion en s'emparant de Pozzolo village de la rive gauche. Cette attaque secondaire devait attirer sur ce point l'armée autrichienne et faciliter ainsi en amont, le passage du gros de l'armée à Monzambano. Le 25 Décembre Dupont fit passer rapidement son corps d'armée sur la rive gauche du Mincio et enleva Pozzolo. Cetie action hardie attira sur lui le Général Bellegarde avec 10.000 hommes. Dupont fit dans Pozzolo une résistance héroïque, mais il eût été écrasé, car Brune ne le secourait pas, si Suchet n'eût marché au canon. Ce Général arriva au secours de son camarade avec la Division Gazan qui rétablit le combat. A la fin de la journée Davoust arriva avec ses deux Divisions mais seulement à cinq heures du soir, le soleil étant couché depuis une heure. Dupont dans son rapport sur le combat mentionne seulement que Davoust « se porta à Pozzolo avec 40 sapeurs du 6e Dragons au moment où le Général Monnier s'en emparait pour la troisième fois. » La Cavalerie ne pouvait agir dans l'obscurité mais le lendemain elle poursuivit les Autrichiens et favorisa ainsi le passage de Brune à Monzambano (36)

La campagne fut courte et se termina par l'armistice du 16 Janvier 1801. On détacha alors 12.000 hommes de l'armée de Brune qu'on envoya en Toscane pour en chasser les Napolitains. Rivaud faisait partie de cette colonne que Murat nommé Général en chef vint grossir avec 10.000 hommes. Cette armée devait marcher de la Toscane sur Naples, mais l'expédition n'eut pas lieu, car les Napolitains battus à Sienne par Miollis signèrent un armistice. Murat, chef de l'armée du Midi confia au Général Rivaud le commandement de la Toscane, troupes et territoire, tout en lui donnant le commandement en chef de la Cavalerie de l'armée. Les aptitudes militaires de Rivaud mises au jour par la dernière campagne avaient attiré sur lui l'attention du Premier Consul et il ne devait plus avoir que des commandements dignes de son mérite.

En 1801, le Premier Consul avait formé sous les ordres du général Leclerc le corps d'observation de la Gironde (37) destiné à une expédition contre le Portugal, de concert avec l'Espagne. Le 27 avril 1801, Rivaud fut nommé au commandement de la Cavalerie de cette armée. Le Général en fut sans doute averti officieusement, car avant d'avoir sa lettre de service, il écrivait le 10 mai de Florence à Murat, pour le prier de le faire maintenir à l'armée du Midi, il lui exposait que sa santé délabrée ne lui permettait pas d'entreprendre en ce moment une longue route et qu'il savait d'ailleurs, l'expédition étant commencée, ne pouvoir arriver en Espagne qu'à la fin de la campagne. Il se déclarait d'ailleurs prêt à marcher s'il était nécessaire. La demande du Général Rivaud fut transmise au Ministre par Murat, Rivaud fut maintenu à l'armée du Midi en Toscane (38). Au mois de février 1802, le traité de Lunéville céda la Toscane à la France pour en faire un royaume d'Etrurie en faveur du fils du Duc de Parme ; les troupes Françaises devant par suite évacuer la Toscane, Rivaud demanda à être employé dans la 20e Division militaire sous le Général Gardanne.

La demande de Rivaud n'ayant pu sans doute être accordée, il revint à Angoulême en disponibilité. Murât, son ancien Général en chef rentré à Paris, dont il allait être gouverneur, écrivit au Ministre de la Guerre demandant en faveur de Rivaud le commandement du département de la Charente. Dans cette lettre, il faisait de son ancien subordonné ce bel éloge. « C'est un officier qui a parfaitement servi et principalement en Toscane où par sa conduite sage il s'est acquis l'estime des troupes qui servaient sous ses ordres et celle des habitants ». Le 21 juillet, le Ministre de la Guerre répondant à Murat lui faisait connaître que le commandement de la Charente n'était pas vacant mais qu'il pourrait proposer une permutation.

A Angoulême, Rivaud put se donner les soins que réclamait sa santé toujours précaire; à ce moment il avait eu à subir la mortification de voir son cousin Olivier Rivaud, beaucoup plus jeune que lui d'années, de services et de grade, être nommé Général de Division, le 15 mai 1802 (1). Les deux parents étaient présentés depuis Marengo pour le grade de Général de Division et l'on comprend que les services éminents d'Olivier Rivaud aient primé ceux de son cousin quelque fut d'ailleurs leur valeur. On ne doit pas cependant s'étonner de voir Jean Rivaud adresser le 2 août 1802, une réclamation contre l'oubli où l'on mettait sa proposition ; il en appelait aux Généraux sous lesquels il avait servi, écrivant : « si les Généraux Moreau, Saint-Cyr, Ste-Suzanne, Michaud, Defrance, Hatry, Rrune, Oudinot doivent être consultés, tous sans doute rendront justice à ma manière de servir et à ma conduite ». En cas de nouveaux retards dans sa promotion, Rivaud demandait instamment le commandement de la Charente, son pays natal, indiquant que le général Malet, titulaire de l'emploi, ne répugnerait pas à une permutation. Il demandait en outre à être présenté pour l'ordre nouveau de la Légion d'honneur.

La juste réclamation de Rivaud fut immédiatement accueillie et le Premier Consul le nomma Général de Division, le 20 septembre 1802. Le Ministre de la Guerre l'avisait en même temps qu'il était porté sur la liste dés Officiers-Généraux, désignés pour être employés dans l'an XI, faveur dont le Général remerciait le Ministre le 16 octobre 1802.

La promesse d'emploi fut rapidement tenue et Rivaud reçut le 1er novembre, le commandement de la 27e Division militaire à Turin ; on lui enjoignait en même temps de rejoindre de suite son poste. Ce magnifique commandement combla de joie le nouveau Divisionnaire, mais il était entré dans une phase de maladie qui lui enlevait toute activité ; au lieu de partir immédiatement, il dut s'attarder à Angoulême et le 3 avril 1803, il réclamait encore un délai pour rejoindre. Le Ministre fit connaître au malade, qu'il l'avait remplacé par son compatriote le général Dupont-Chaumont, le poste de Turin étant trop important pour rester plus longtemps vacant. Le 9 avril, en accusant réception de sa lettre au Ministre, Rivaud protestait de ses regrets pour le commandement perdu et il espérait que le gouvernement n'y verrait de sa part aucune mauvaise volonté. Berthier, le 29 avril, crut devoir rassurer le Général et lui promettre une compensation.

Le Ministre ne perdit pas de vue sa promesse, la valeur du Général Rivaud comme officier de Cavalerie était trop bien appréciée tant par lui que par Murat qui l'avait vu à l'oeuvre. A la formation du Camp de Boulogne, on ne l'oublia pas et le 12 septembre 1803, il était nommé chef de Cavalerie du Camp de Saint-Omer sous les ordres de Soult. Rivaud en signant l'accusé de réception de sa lettre de service fit connaître qu'il réjoindrait son poste dès que sa santé le lui permettrait.

Le général Rivaud ne devait jamais rejoindre son poste. Sa maladie cruelle ne fit que s'aggraver, et il mourut à Angoulême le 29 septembre 1803. Le général Malet, commandant le département de la Charente rendit compte de sa mort au Ministre par une lettre où il spécifiait que Rivaud était mort « après une maladie longue et des plus douloureuses, il a été inhumé avec tous les honneurs militaires qu'il était en notre pouvoir de lui donner ».

Murat, son ancien chef, alors Gouverneur de Paris, présenta au Premier Consul la demande de la veuve du Général Rivaud pour l'obtention d'une pension, il demandait aussi pour le fils aîné du Général une place au Prytanée. Un arrêté Consulaire concéda à Mme Rivaud une pension de 1.500 francs.

La carrière du général Rivaud commencée sous l'ancien régime s'est terminée pendant le Consulat. Par suite de la diversité des époques où elle s'est effectuée elle offre des particularités qui ne peuvent plus se reproduire. Rivaud en 1789 était confiné dans les bas grades de l'armée, par des lois sans justice ; la faveur inconsciente de Proconsuls de hasard le porta en un jour dans les premiers rangs. Une telle faveur ne fut pas rare à cette époque, mais peu la justifièrent par des services. En 1793, Rivaud quoique de second plan, est représentatif de toute une catégorie nombreuse, celle des officiers de l'ancienne armée, de ces bons serviteurs qu'avaient préparé au commandement les travaux du temps de paix, et qui ne profitèrent d'une fortune inattendue que pour se perfectionner dans leur art afin de mieux servir le pays. Rivaud d'ailleurs ne voulut être qu'un soldat ; étranger à la politique, qui amena pendant la Révolution tant d'élévations injustifiées, il se fit aimer des soldats par sa bravoure et des populations qu'il administra par sa modestie et son affabilité. Il n'a donc pas été inutile de rappeler le souvenir d'un Français qui en toute occasion fut un bon soldat et un bon citoyen.

Claude Gigon

Régiment d'Angoulême-Dragons

11 May 1788,

Mémoire

Le sieur Jean Rivaud, âgé de 31 ans, lieutenant au régiment de Dragons d'Angoulême dans lequel il sert depuis le 1er janvier 1773, demande quoiqu'il ait passé par les grades de Maréchal de Logis et d'Adjudant à reprendre son rang pour être lieutenant en pied et à ne plus être mis désormais dans la classe des officiers dits de fortune. Il a toujours servi volontairement jusqu'à l'époque de son brevet, il appartient à une très bonne famille etaeuplusieursparentsau service, ce qu'il prouve par la copie du cerficat cy-joint et d'une lettre de M. le Duc de Liancourt.

Copie du premier certificat :

Nous soussignés, certifions à tous ceux à qui il appartiendra que M. Jean Rivaud, âgé de seize à dix-sept ans, fils légitime de M. Jean-Louis Rivaud, avocat au Parlement et de Dame Marie Philippe Mioulle, que lui et ses Ancêtres paternels et maternels ont toujours vécu noblement ; il est parent et allié à la plupart des familles les plus distinguées de cette ville, qu'il a eu plusieurs de ses parents au service, notamment M. des Reaulx, Comte de Rouffiac (1) vivant Maréchal des Camps et armées au Roy et Commandant dans l'île d'Oléron. M. de Plassac, Capitaine dans le régiment du Rouergue, M. de Plassac et Moussac, Commandant de Bataillon au même régiment. M. de Paris (2), Commandant du château, de Neuf-Brisach, M. de Bardine, ancien garde du corps, M. des Forges (3), aussi anciennement garde du corps et depuis capitaine d'Invalides. MM. Mallat (4) de l'Etanche, garde du Roy, dont l'aîné est retiré avec la croix de Saint-Louis et décédé pourvu de la charge de lieutenant de Maréchaussée à Angoulême et le pouyné tué à la Bataille d'Ettenghen et le troisième décoré de la croix de chevalier de Saint-Louis est pourvu de la même charge de lieutenant de la Maréchaussée. M. de la Gravière, chevalier de Saint-Louis et pensionné du Roy, et M. Mioulle (5), son oncle officier dans le régiment de Royal-lnfanterie. En foy de quoy, nous lui avons délivré le présent certificat pour lui servir et valoir ce que de raison. Faict à Angoulême le 2 août 1772. Signé : J. A. Evêque d'Augoulême (6), le Marquis de Chauveron, Commandant à Angoulême, le Chevalier Dassier, Latouche de Cherval, Chapitau de Rémondias, Saint-Laurent, Thomas de Bardines, le Chevalier de Reymonde, Des Forges et Des Réaulx de Plassac.

Nous soussigné, subdélégué de l'Intendance de la généralité de Limoges à Angoulême, certifions que les signatures ci-dessus sont véritables et que foy doit y être ajoutée.

A Angoulême, le 14 août mil sept cent soixante-douze. Signé : De Boisbedeuil.

Extrait de la lettre de M. le Duc de Liancourt.

Paris le 24 avril 1788.

Le sieur Rivaud, lieutenant en second dans le régiment d'Angoulême-Dragons, est arrivé au régiment de Larochefoucauld, volontaire recommandé par M. le Comte de Broglie qui avait le projet de le tirer promptement de ce régiment pour le placer officier dans un régiment d'infanterie dont il avait la promesse ou gendarme. Le service du régiment ayant plu au sieur Rivaud et M. le Duc de Liancourt ayant conçu une bonne opinion de ses services, il est resté au régiment de Larochefoucauld, où il a été fait promptement Maréchal des Logis, Adjudant et Officier.

Cet officier ne doit pas être compté dans les officiers de fortune, il est, sans être gentilhomme, né de la meilleure bourgeoisie d'Angoulême, allié à des familles nobles, il peut prouver par des certificats dûment signés et légalisés qu'il a eu beaucoup de parents officiers dans le service et même Officiers-Généraux.

Signé, le Duc de Liancourt.

Je supplie, MM. du Conseil de la Guerre d'avoir égard à la demande de cet officier, il s'est rendu extrêmement utile au régiment d'Angoulême, dans la partie des fourrages et dans celle du pain. On ne peut servir avec plus de zèle et d'intelligence, M. de Liancourt en a rendu les mêmes témoignages.

Signé, le Chevalier de Puységur

Le Comte de Surgères se joint à M. le Chevalier de Puységur pour demander à MM. du Conseil de la Guerre, une décision sur la demande du Sieur Rivaud. Il est dans le cas d'y prendre intérêt d'après les bons témoignages que M. le Duc de Liancourt lui a rendus et l'opinion de M. de Puységur.

Surgères (1)

L'opinion de M. le Duc de Liancourt et le suffrage de M. le Chevalier de Puységur, sur la demande et la conduite du Sieur Rivaud, me paraissent mériter l'attention de MM. du Conseil de la Guerre.

Je supplie M. le Comte de Brienne de vouloir bien me faire connaître la décision sur la réclamation de cet officier.

A Paris, le 27 juin 1788.

Vioménil (1)

Lettre de M. de Vioménil au Ministre de la Guerre (2).

Monsieur le Comte,

J'ai l'honneur de vous envoyer un mémoire qui vient de m:être adressé par M. le Comte de Surgères, en faveur de M. Rivaud, lieutenant au régiment d'Angoulême-Dragons, qui demande à reprendre son rang pour être lieutenant en pied et ne plus être mis désormais dans la classe des officiers, dits de fortune.

Je vous supplie, M. le Comte de vouloir bien en prendre la décision, l'intérêt qu'y prennent M. le Duc de Liancourt et M. le Chevalier de Puységur, est une preuve que cet officier mérite qu'on lui soit favorable.

J'ay l'honneur d'être arec l'attachement le plus respectueux, Monsieur le Comte, votre très humble et très obéissant serviteur,

Vioménil.

Notes :

1. D. G.-A. A. — Jean Rivaud, fils de Jean-Louis et de Marie-Philippe Mioulle. — Copie de l'acte de naissance exisle au dossier personnel du Général Rivaud, il est extrait des registres de la paroisse Saint-Paul, la pièce établie en 1802 est certifiée par Limousin, greffier et visée par Marvaud, maire.

2. François-Alexandre-Frédéric do Larochefoucauld-Roye, Duc de Liancourt, Mestre de Camp, 1770-1786.

3. Comte de Broglie (Charles-François), Lieutenant-Général-Ambassadeur, Chef de la diplomatie secrète de Louis XV.

4. D. G.-A. H. — Travail du Roy, 1788, p. 16.

5. Herculin de Chastenay, Chevalier de Puységur, Colonel effectif des Dragons-Angoulême du 10 mars 1788 au 10 juin 1792. Le Colonel propriétaire était le Duc d'Angoulême prince du sang.

6. Le Conseil de la guerre créé par Ordonnance Royale du 9 octobre 1787 fut supprimé le 14 juillet 1789 par le Maréchal de Puységur. C'était un organe directeur du ministère de la guerre pour toutes les questions de législations. Ses décisions étaient définitives sauf appel au Ministre et au Roy.

7. Un décret du 2 Septembre avait exclu les officiers nobles de l'armée. De Saix fut un des rares exceptés de l'armée du Rhin.

8. Le Comité de Salut public écrivait aux Commissaires le 25 Septembre 1793 : « Vous verrez que lorsqu'elle n'aura plus à sa tête que de francs républicains, des Sans-culottes dévoués à la défense de la Patrie, elle pourra tomber sur les cohortes de tyrans et les exterminer. »

9. Landremont avait servi 35 ans au 17e Dragons. Il était chef d'escadrons en 1789.

10. Bouchotte, Ministre de la Guerre, d'après les situations comptait l'armée du Rhin à 117.000 hommes et Landremont un effectif réel de 31.000 combattants.

11. Voir pour de plus grands détails sur cette situation : Camille Roussel, Les Volontaires, chapitre XIX.

12. A. Chuquet. — Guerres de la Révolution. — Wissembourg. — « La probité de Ruamps et son patriotisme étaient à toute épreuve, mais à l'armée du Rhin en plusieurs circonstances il se conduisit comme un fou. Cet homme qui manquait de lumières décidait tout de son autorité supérieure... Ils — (les Commissaires) — suspendaient les généraux à tort et à travers, ils protégeaient les intrigants et les mauvais sujets qui abandonnaient leur poste pour aller déblatérer au club de Wissembourg contre leurs chefs... Ruamps fut maltraité non par les généraux qu'il avait vexés, ni par les officier qu'il avait proscrits, mais par les soldats qu'il' avait flagornés...

13. 11e Dragons, Colonel de Neuilly ; 17e Dragons, Colonel Kuder. Tous deux anciens officiers de l'armée royale. — Le 11e Dragons au cours de l'année 1794 passa à l'armée de Sambre et Meuse, il revint en 1795 à l'armée du Rhin.

14. Les mémoires du Maréchal Gouvion Saint-Cyr racontent que dans cette retraite Ruamps fut hué et menacé par les troupes qui le rendaient responsable de la défaite et qu'il dut se réfugier à l'Etat-Major de la Division Meynier. Cette expérience l'aurait rendu plus traitable et plus juste envers les officiers.

15. Bouchotte avait destitué Carlenc le 23 Octobre, il fut envoyé à Paris et emprisonné ; il eût été condamné comme les autres généraux, pour l'exemple, sans une pétition courageuse des officiers et sous-officiers du 11e Dragons qui se portèrent fort de son civisme. Remis en liberté le 22 Décembre 1793, il fut replacé à l'armée du Nord où Saint-Just le suspendit encore une fois le 9 Mars 1794. Il fut retraité en 1799.

16. L'armée du Rhin fut toujours fort mal.outillée à tous points de vue; Desaix écrivait,le.22 mai 1796 à l'Adjudant-général Pinoteau, qui avait fait avec lui la campagne de 1794, cette phrase significative: « Les hostilités recommencent et avec elles nos souffrances et nos peines, les chevaux et les ; yivres manquent comme par le passé. »

17. D. G.-A. A.—Demande de brevet de Général de Brigade datée d'Obertusstadt. 1er Juin 1794. (12 Prairial, an II.)

18. D. G.-A. A. — Le Conseil d'Administration du 11e Dragons certifiait que le Citoyen Rivaud a servi à leur régiment depuis le 1er Janvier 1773 jusqu'au 8 octobre 1793 — (V.-S.) — où il a pris le commandement de la Brigade de Dragons de l'armée du Rhin dont notre régiment a toujours fait partie. Il a continué à mériter les plus grands éloges par ses talents militaires, son empressement à faire exécuter les lois de la République et son patriotisme soutenu — Au cantonnement de Valsheim le 18 Floréal (7 mai 1794) deuxième année de la République une et impérissable. (Suivent les signatures des neuf membres du Conseil.)

19. D. G.-A.. A. — Mémoire de proposition d'emploi.

20. Desaix pendant la campagne de 1794, avait sous ses ordres l'Adjudant-Général Pinoleau, récemment promu. Pinoteau précédemment Capitaine de la 5e Compagnie du i« Bataillon des Volontaires de la Charente, avait quitté ce corps comme Aide de Camp de Lechelle. Après la mort de ce Général (11 novembre 1793), il avait élé placé à l'armée du Rhin.

21. Dans sa demande, Rivaud écrivait : « Je ne saurais plus être quelques heures à cheval sans uriner du sang ». Desaix dans sou apostille disait: « J'ai servi à l'Avant-Garde toute la guerre avec le général Rivaud, je lui ai toujours connu une activité incroyable et j'ai été témoin qu'il a toujours fait son service malgré les douleurs do la gravelle qui le mettait souvent hors d'état de servir. Celte maladie a augmenté d'une façon alarmante.

22. Maulde-Loiselleiie, député de la Charente à la Convention, puis ' aux Cinq-cents.

23. Congé demandé à Bréda (Hollande), le 13 Vendémiaire, an VII. - Le 14 octobre 1798.

24. Le certificat de visite délivré à Angoulême par l'officier dosante Robin, aîné, déclare le général Rivaud atteint de rhumatismes goutteux aux pieds et aux genoux.

25. D. G. — A. A. — Lettre du 28 février 1800. Rivaud au Minislre.de la Guerre.

26. ld. — Le Ministre de la Guerre au général Rivaud, 1^ mars 1800. Lettre de service pour l'armée de réserve.

27. Ces régiments étaient, 12e Hussards, 8° et 9° Dragons à Paris, el le 11e Hussards à Saint-Geriuaiu-en-Laje.

28. Celle coïncidence et l'identité des noms a fait commellie des cireurs darts l'histoire des deux cousins, erreurs existant même dans les dossiers personnels des deux officiers au Ministère de la Guerre.

29. Avant-Garde. — Lannes Général de Division, Lieutenant Général. — Division Watrin, 6e demi-Brigade légère. — 22e demi-Brigade de Bataille, 40e demi-Brigade de Bataille, Brigade Mainoni. — 28e demi-Brigade de Bataille— Un Bataillon Helvétique. — Un Bataillon Italien. — Brigade de Cavalerie Rivaud. — 12e Hussards et 21e Chasseurs.

30. La Brigade Rivaud cantonnée à Vevey avait reçu l'ordre de partir le 15 mai pour venir coucher à Bourg-Saint-Pierre, c'était une étape de 76 kilomètres avec une dénivellation de 1.200 mètres. Elle dut s'arrêter à Martigny (étape de 49 kilomètres). — Le lendemain 16 Mai elle coucha à Bourg-Saint-Pierre.

31. La Brigade Olivier Rivaud était composée des 4e et 96e de Ligne.

32. Historique du 12e Hussards. — (D. G. A. H.).

33. La Brigade de Cavalerie Rivaud comptait : 12e Hussards, 340 chevaux, 21e Chasseurs, 359 chevaux, en tout 699 chevaux.

34. Les états de service du Général Rivaud portent une blessure reçue à Marengo ; il y a eu confusion avec la blessure reçue par Olivier Rivaud dans la défense du village de Marengo. Le rapport du Général en chef Berthier ne parle de blessure que pour Olivier Rivaud.

35. La Division Rivaud comprenait les régiments de cavalerie (grosse cavalerie) 1er, 2e, 14e, 15e, 21e , 22e et 25e en tout 2.285 chevaux.

36. D. G. A. H. — Les rapports officiels du Chef d'Etat-Major Oudinot et du Général Dupont montrent que la Cavalerie n'a joué aucun rôle important-dans l'affaire de Pozzolo. Le récit de cette bataille dans « Victoires et Conquêtes », est donc fort exagéré en ce qui concerne les Généraux Davoust et Rivaud.

37. Par une singulière coïncidence, les deux cousins Rivaud étaient affectés au corps de la Gironde. Olivier Rivaud, chef d'état-major, rejoignit son poste à Bordeaux et fit toute la campagne. Le 20 octobre, l'expédition une fois terminée, le général Saint-Cyr lui laissa à Valladolid, le commandement du corps expéditionnaire el il en rendit compte au Ministre. — Celte lettre a été placée, par erreur, dans le dossier personnel de Jean Rivaud, aux Archives administratives du Dépôt de la Guerre.

38. D. C. A. A. — Lettre du Ministre de la Guerre à Murat, 3 juin 1802.
 
39. L'identité de nom des deux généraux Rivaud embarrassa à cette occasion le Ministre de la Guerre lui-même. Le 22 mai 1802, Berthier écrivait au Ministre d'Etat Maret : « J'ai reçu, citoyen, un arrêté du 26 Floréal — (15 Mai) — qui nomme Général de Division le Général de brigade Rivaud. Gomme il existe deux Généraux de brigade de ce nom sur le tableau de l'Etat-Major de l'armée, je vous prie de me faire connaître celui que le Premier Consul a nommé par cet arrêté. L'un appelé Jean Rivaud, officier général de Cavalerie, était employé à l'armée du Midi, il est encore en Italie. L'autre nommé Olivier Macoux-Rivaud, faisait partie du corps de la Gironde, il est à Paris ».

40. Vigier de la Pile. — Histoire de l'Angoumois P. C. VII. — La terre de Rouffiac fut érigée en Comté en 1654.— Hélie-Jean des Ruaux, brigadier en 1747. — Le cadet du Brigadier, fut connu sous le nom de Plassac. — François des Ruaux, surnommé le Ch. de Moussac, fut major au régiment de Rouergue, Ch. de Saint-Louis, mort en 1734.

41. Probablement le même qui est indiqué par Vigier, en 1756, comme Lieutenant-Colonel au régiment d'Anjou.

42. Indiqué en 1756, comme Garde du Corps (P. C. VII).

43. D. C. A. A. — Contrôle de la Maréchaussée, Election de Limoges, folio 340. — Philippe-Léon Mallat de l'Estanche, commissionné le 28 mai 1748, fut 16 ans Garde du Corps du Roi. Certificat de M. d'Argenson, du 4 juin 1749 pour l'agrément, d'être pourvu de cette charge. — Alexandre Mallat, Seigneur de l'Estanche, 12 ans Garde du Roi, Chevalier de Saint-Louis — en survivance, sans solde ni gages. Agrément du 29 mars 1752.

44. Probablement, Mioulle (Jean), assesseur de Maréchaussée, fut Lieutenant à Larochefoucauld (18 juin 1752).

45. Joseph, Amédée de Broglie, Evêque d'Angoulême (1755-1784).

46. Comte de Surgères — Puy Guillon — Maréchal de Camp, 19 mai 1788, inspecteur de Cavalerie.

47. Antoine du Houx, Comte de Vioménil, Lieutenant-Général (1728-1792).

48. Comte de Lomenie-Brienne (Louis-Marie-Athanase), Lieutenant-Général, Ministre de la Guerre (24 septembre 1787 au 30 novembre 1788).

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18 décembre 2019

La Rochefoucauld au péril du bonnet rouge (4/4)

Juin 1790. Une rumeur fâcheuse court le district. Il est question de fixer à Montbron le siège royal de justice accordé au nouveau district de La Rochefoucauld. Requête jugée ridicule par l'assemblée municipale de Saint-Projet. Géographiquement, Montbron, à l'est du district, est mal choisi ; au contraire, La Rochefoucauld se trouve au centre, et puis, "la petite ville ou plutôt le bourg de Montbron est trop peu important par lui-même pour être susceptible de l'établissement d'un siège royal".

Même son de cloche à Montembœuf : La Rochefoucauld est desservie par des chemins "superbes" :

... parfaitement bien placée pour la commodité et l'avantage de toutes les communautés qui en forment le territoire, qui y ont déjà leurs habitudes, leurs relations d'affaires, et contentieuses et de commerce.

Le choix de Montbron "est un projet aussi ridicule que contraire à l'intérêt général des habitants du district", Montbron, "petite ville, ou plutôt un bourg, trop peu important par lui-même pour être le siège du district. Situé à son extrémité, il touche le Périgord".

Tiens ! Tiens ! On a déjà entendu ce langage, alors on pétitionne, on lance une adresse à l'Assemblée nationale. Il se trouve que Jean Marchais, l'un de ses membres, appuyé par le duc de La Rochefoucauld, verrait sans plaisir l'exil du siège à Montbron, aux portes de la sierra limousine.

Source : La Rochefoucauld au péril du bonnet rouge, d'Yvon Pierron.

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La Rochefoucauld au péril du bonnet rouge (3/4)

Le 14 août 1792, le Sr Jean-François de Lambertye de la Marie (ou Lamary), Saint-Sornin, comparaît devant Jean Lériget de Cloroze, procureur de Montbron, assisté de Pierre Mathelon et d'un notable, Jean Lardeau, pour conduite anticonstitutionnelle. Pénétré de sa très ancienne noblesse, désinvolte à la façon d'un gentilhomme de son rang, il ne s'embarrasse pas de nuances. Courant juin, se rendant chez Pierre Varache dit Mayou, ancien maire de Saint-Sornin, il lui avait déclaré :

"... vous, mon cher Varache qui avez eu la bêtise d'acquérir de la Nation la borderie des Combes, dépendante du prieuré de Saint-Sornin, je vous avertis de ne point payer parce que sous peu la constitution sera renversée, l'ancien clergé rentrera dans tous ses droits et vous ne serez point remboursé des sommes que vous avez payées pour cette acquisition".

Il va encore plus loin :

"De plus, un dimanche  du mois de juillet courant au moment où la garde nationale de Saint-Sornin se rendait à Montbron pour faire ses exercices ordinaires, le dt Lambertye qui allait aussi à Montbron dit à quelques uns de la troupe : Vous êtes bien sots, mes amis, de faire de pareilles corvées. Soyez sûrs qu'on se moquera de vous et qu'au lieu de vous fatiguer ainsi, vous feriez mieux de vous en retourner chez vous. Vous savez que l'Assemblée Nationale vous avait fait espérer des douceurs. Cependant, vos charges s'augmentent de jour en jour. Vous voyez donc que tout ce qu'on a fait n'a pour objet que de vous rendre plus malheureux que vous ne l'étiez sous l'Ancien Régime".

L'acquéreur de la borderie des Combes, Varache ; le commandant de la Garde nationale, Martial Boniton, confirment les propos tenus.

Pierre Varache rapporte les déclarations du gentilhomme :

"Si les prêtres et les gentilshommes émigrés viennent à gagner, votre déboursé sera infailliblement perdu. Quant à moi, je vous déclare que je n'en donnerai pas 50 livres (la borderie a été adjugée 852 l.), à quoi le déposant répondit : Si je le croyais vraiment, je ne paierais pas les termes à échoir..."

Bonithon, des Combes ; Alanore, des Chaumes, Raynaud de la Faurie, ne peuvent que confirmer les propos tenus à la Garde nationale. A l'un, il dit :

"Si vous allez à la fête de la Fédération, vous serez contraints de partir bientôt pour la frontière..."

A l'autre, il conseille de se défaire au plus vite des assignats qu'il détient, "attendu qu'ils ne subsisteront pas longtemps".

Aveuglement de gentilhomme dont les siens ont rejoint l'armée des Princes, assuré d'un renversement prochain de la situation... Comment pouvait-on se méprendre à ce point ?

Il proteste de son civisme devant le tribunal mais, passé le 10 août, les propos tenus sont jugés pour le moins compromettants. En attendant de comparaître devant le tribunal de La Rochefoucauld, on le laisse en liberté provisoire sous paiement de la somme de 3.000 livres, cautionnée par le Sr Callandreau. Montbron est "plutôt à droite", mai les temps sont là. Lambertye demande que les témoins soient entendus en sa présence. Ils persistent dans leurs déclarations. On le condamne à la détention.

"... ès prisons du district de La Rochefoucauld l'espace de cinq mois et en 500 livres d'amende au profit de la nation et que défenses lui fassent faites de ne plus à l'avenir récidiver".

Source : La Rochefoucauld au péril du bonnet rouge, d'Yvon Pierron.

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La Rochefoucauld au péril du bonnet rouge (2/4)

Cette ivresse d'une liberté toute neuve (sans compter l'orgueil d'accéder aux fonctions municipales, du moins si l'on est éligible), on l'éprouve partout y compris à l'intérieur du monde rural.

On vote dès le mois de février 1790 pour former les assemblées municipales. Le décret de l'Assemblée porte la date du 12 novembre 1789.

Mais au préalable, il faut former le bureau. La présidence revient généralement au premier citoyen de la commune, seigneur du lieu. Le 3 février 1790, à Brie, François Hélène de Nesmond est élu par 47 voix contre 36, président du bureau. Elu mais contesté ; le « clan Machenaud » a bien l'intention de lui damer le pion. Les Machenaud sont en nombre dans l'assemblée électorale : François Machenaud l'aîné, Machenaud tout court, Pierre Machenaud et Jean Machenaud.

Pierre Machenaud Blanchon est élu secrétaire du bureau. Président et secrétaire prêtent le serment d'usage ; fidélité à la Constitution, à la Nation, à la Loi et au Roi.

On passe alors au vote proprement dit :

Roch Boissier Descombes, licencié ès lois l'emporte par cent onze votes contre seize.

Deux jours plus tard, on passe à l'élection des officiers municipaux. Sur cinq élus, on retrouve Pierre Machenaud, Jean Machenaud Beauchamp et Maurice Machenaud.

L'élection du syndic est presque un vote de routine.

« Toutes les voix sans exception se sont réunies en faveur de Messire Martial Guilhaud Ducluzeau ».

Les curés des paroisses connaissent leur monde, ils tiennent les registres paroissiaux ; la fonction de syndic leur est fréquemment dévolue. Messire Guilhaud et le clan Machenaud ne vont pas tarder à prendre des voies différentes.

Ces derniers sont nombreux et forment plusieurs branches à Brie comme dans les paroisses alentour, Anais, Coulgens. Certains d'entre eux sont gardes des Eaux et Forêts ; on les retrouve au lieu de Chez Couprie (Brie). Ils appartiennent à la petite bourgeoisie et l'on compte dans leurs rangs, un avocat, Jean-Antoine Machenaud, sr de la Terrière, un curé, etc.

D'autres Machenaud, aux Frauds ou à la Prévôterie proche (Brie) exercent depuis plusieurs générations le métier de voiturier, traînant derrière eux une réputation douteuse ; leur nom revient à plusieurs reprises dans les archives judiciaires.

Maurice Machenaud, des Frauds, va se distinguer fâcheusement à La Rochefoucauld sous la Terreur, inspiré sans doute par la jalousie.

M. G... de M..., auteur de notes sur les Acteurs de la Révolution à La Rochefoucauld les confond de façon péremptoire :

Cette famille (Machenaud) est très étendue, et tous ses représentants ne valent pas mieux les uns que les autres.

Suivent quelques propos dénués d'aménité.

Jean Machenaud dit Du Chais (ou Duchais), maire d'Agris en l'an II, après avoir été agent national confirme cette malheureuse impression.

Né Chez Couprie (Brie) le 21 avril 1751 de Robert Machenaud, sieur de Beauchamp et des Plantes, et de Marie Constantin ; il intervient le 7 février 1793, lors de l'élection du maire, prétextant un vice de forme.

Le dimanche suivant est réservé à l'élection des officiers municipaux. Machenaud crée un nouvel incident mettant en cause le curé Rullier. Il réussit à suborner quelques complices qui s'empressent de le désavouer, bientôt repris en main par le curé qui a toutes les apparences d'un brave homme. Mais le ver est dans le fruit, la Révolution, à peine sonnée, les Machenaud s'emploient à en accélérer le cours comme s'ils avaient des comptes à régler avec les institutions.

Source : La Rochefoucauld au péril du bonnet rouge, d'Yvon Pierron.

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La Rochefoucauld au péril du bonnet rouge (1/4)

C'est une affaire d'un autre ordre et sans doute jugée très inquiétante qui réunit en permanence le Conseil général du district le 24 octobre 1792, l'An Ier de la Révolution française.

A l'ouverture d'un paquet adressé au directoire par le département, les administrateurs du district s'étranglent d'indignation. Un paquet ? Non, un brûlot, un dossier accablant conçu par le fielleux Léonard Planty, juge de paix du canton de Marthon, élu à l'influence, écrit de sa main et adressé, pour les perdre dans l'esprit du ministre. A la veille de la Terreur ! Alors que le souvenir des massacres de Septembre est encore brûlant dans les esprits.

Roland a envoyé la lettre aux autorités du département pour demande d'éclaircissements. Surpris, le département retourne le dossier au district "pour répondre dans le plus bref délai aux inculpations faites contre lui par la municipalité de Marthon". Le drôle a eu la malice de faire signer sa dénonciation calomnieuse par des conseillers quasi analphabètes, et du reste ses dupes.

La réponse ne se fait pas attendre. Quinze pages grand format du registre, quinze pages indignées pour protester point par point contre la calomnie.

Le rédacteur, un juriste sans doute, cite, en exergue Cicéron :

Quo usque tandem Catilina abuterie de patientia nostra ?

Pour les hommes de la Révolution, Catilina est la référence obligée, l'anti-héros, la conjuration prête à fondre sur l'assemblée. C'est faire beaucoup d'honneur au Sr. Planty.

Le Conseil est proprement "saisi d'étonnement comme d'indignation, de la hardiesse et de la passivité" des rustiques qui l'ont mis en cause, "tels que ceux de Marthon, dont aucun ne sait lire et qui à peine peuvent signer leur nom excepté le sergent Lavoix".

"Ignorants mais paisibles", comment se sont-ils prêtés, "oublieux de la fraternelle sollicitude" du district à une machination aussi noire ?

L'étonnement des administrateurs dissipé, ils découvrent la main sacrilège qui est derrière. C'est Planty, bien sûr, ce juge de paix "ou plutôt ce juge de guerre du canton de Marthon qui pour le malheur de ses concitoyens fut élu par un procès-verbal qui dénombre 22 billets de plus que de votants".

Qui ne pourrait vivre s'il ne calomniait, "semant la haine et attisant le feu de la discorde".

Mis en cause dans une affaire douteuse il se venge bassement en écrivant au ministre.

Reproche-t-il au district de ne rien faire ? Il est facile de le confondre par le rappel de toutes les affaires menées à bien, traitées de façon exemplaires dans les délais prescrits.

Mais là où sa dénonciation fait mal, c'est lorsqu'il glisse dans sa lettre au ministre que "le procureur-syndic qui est la cheville ouvrière du district a intérêt à ce que la machine s'éngoue, parce qu'il a deux gendres émigrés".

Il ne faut pas chercher plus loin ; la mollesse du district ne saurait avoir d'autre cause.

Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose.

Le district proteste du patriotisme de J.B. Binet. L'émigration de ses gendres le couvre de honte "et plonge le désespoir dans le cœur de ses deux filles. C'est un père malheureux qu'il faut plaindre et non point accuser".

Mais le brulôt de Léonard Planty pour outrancier qu'il soit a semé un doute dans les esprits ; le ministre manifeste son étonnement ; le département tout "en convenant de la fausseté de l'accusation", "s'est fait un jeu cruel de la délicatesse des membres du district", les jugeant bien chatouilleux, prompts à s'enflammer, "en rangeant enfin sur la même ligne les calomniateurs et les calomniés ; la délibération du département est un mélange adultère d'éloges et d'improbation, en un mot une sorte de transaction entre la vertu et la calomnie".

Ô ! combien, MM. les administrateurs du district eussent préféré que les foudres du département s'abattent sur le sieur Planty et le confondent.

Tout au long de son histoire, La Rochefoucauld s'est fait une réputation de ville frondeuse, jalouse de son indépendance, lorgnant du côté de Paris et snobant Angoulême. On lui fait sentir qu'elle est désormais aux ordres.

Les choses étant ce qu'elles sont, puisque "le citoyen ministre s'est réservé le droit de prononcer sur cette affaire", on s'empresse de lui adresser un exemplaire de la réplique, assuré que "le vertueux Roland saura bien rendre aux membres du district la justice qui leur est due et que l'intérêt public exige".

Mais les jours du "vertueux Roland" sont comptés.

Source : La Rochefoucauld au péril du bonnet rouge, d'Yvon Pierron.

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17 décembre 2019

Mariage de la châtelaine de Nontron

6 février 1884. Mariage de la châtelaine de Nontron ; réception de trois jours. Mademoiselle Marie Lagorsse (Sclaffer de Lagorsse), nièce de M. de Mazerat, épouse un cousin du comte de Laugardière, le vicomte de Laparre de Saint-Sernin, sous-lieutenant instructeur à l'école de cavalerie de Saumur. Il apporte avec son panache les rayons du soleil Toulousain. Et l'imprimerie Réjou, place de l'Hôtel de ville, nous a conservé les 19 couples scintillants du vicomte Lionel de Barbot qui, après les toasts protocolaires, suscitèrent un étonnement charmé et un si délicieux cliquetis de rires, de bagues et de cristal ; « ronrons » en chœur. En voici quelques-uns :

Il était une blond' fille
Et ron ron ron petit patapon
Il était une blond' fille
Au château de Nontron, ron ron.

La belle au cheveux blonds « r'toque en rond » tous ses prétendants ! Pourtant un jour arrive :

Un jeune gentilhomme
Et ron ron ron petit patapon
Un jeune gentilhomme
Du pays des Gascons, ronron

Bien pris : fier de tournure...

Ah ! ma foi ! se dit-elle,
Et ron ron ron petit patapon
Ah ! ma foi ! se dit-elle,
Il s'ra châtelain d'Nontron, ronron

Mes amis, voilà comme
Et ron ron ron petit patapon
Mes amis, voilà comme
Au château de Nontron, ron ron

Théo, quel joli rêve,
Et ron ron ron petit patapon
Théo, quel joli rêve,
Vint mettre le menton, ron ron.

Le comte de Laparre de Saint-Sernin, père du marié, était un ancien zouave pontifical, un des héros de Castelfidardo et de Montana avant de défendre avec l'armée de l'Ouest la frontière française ; son second fils, Fernand, jeune lieutenant s'étant distingué en Tunisie, épousera à Puyraseau le 30 septembre 1886, mademoiselle Félicie de Verneilh.

(Nontron dans l'Histoire)

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Aubin de Jaurias, mousquetaire de Louis XVI

En 1794, fut décapité place du Clautre, à Périgueux, Sicaire Boutonnier, domestique de M. Aubin de Jaurias ; il l'avait suivi dans l'émigration puis avait regagné la France et sa province en 1793 ; dénoncé lâchement, il fut arrêté au cours de l'hiver et demeura interné plusieurs mois, les juges périgourdins cherchant à le faire oublier. Ils ne purent y parvenir. Les terroristes étaient encore assoifées de sang ! M. Aubin de Jaurias, d'une ancienne famille de robe, avait élever sur ses terres une belle demeure ; la considération que s'étaient attirée ses ancêtres et sa valeur personnelle l'avaient fait admettre dans la première Compagnie des mousquetaires de la Garde ordinaire du Roi ; en 1789, il revint sur le domaine dont il portait le nom, s'occupa d'agriculture, fut nommé maire de Goûts et se distingua par sa charité. En 1792, obéissant à un ordre secret de Louis XVI, il regagna Paris se joignant aux gardes du corps. Il assista aux journée du 20 juin et du 10 août, puis partit rejoindre le corps des mousquetaires qui se constituait à Coblence. Il restait dans sa correspondance le conseiller de ses enfants leur recommandant l'amour de Dieu et des pauvres, la pratique de la religion et « la pénsée constante de l'Eternité. » Amnistié, M. Aubin de Jaurias jouit peu de son retour ; il mourut le 28 fructidor, An XII. Ses trois fils avaient franchi la frontière dès qu'ils en eurent l'âge, comme leurs précédesseurs comptant en se leurrant sur une action efficace... Leur sœur dut comparaître à Nontron devant le Tribunal révolutionnaire pour justifier leur conduire. « Si j'avais porté culotte, dit-elle simplement, nous aurions été quatre à partir. » Les juges devant tante de courage, sourirent et lui rendirent la liberté.

(Nontron dans l'Histoire)

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Les religieuses de Sainte Claire

Le 3 novembre 1625, sur le consentement de Mgr Raimond de la Marthonie, évêque de Limoges et à la demande des habitants s'établissent à Nontron les religieuses de Sainte Claire, dépendant de l'ordre et de la juridiction des Frères Mineurs de St François. Elles utiliseront pour leur couvent d'anciennes constructions hâtivement réparées — emplacement Ecole supérieure, au nord de la ville et le faubourg des Oliers deviendra la rue des Religieuses ; elles entreprennent d'élever une chapelle accompagnée d'une sacristie, d'un parloir, et comptent s'agrandir sur le pré qui leur a été cédé par contrat devant Lenoble et Lapouge, notaires. Elles sont au nombre de dix-huit religieuses de chœur, deux sœurs layes et deux novices. Elles ont apporté « une doct » ; la sœur de Ratinos (Ratineau), la sœur Jane de Rios (Eyriaud), la sœur Françoise de Labrousse... Nous voyons dans les prises d'habit ou entrées au noviciat les sœurs du Boucheron, de Monsalard, de la Grange, de Bort, Vidal de Lavergne, de Védrenne, de Bermondet, Dayquem de Saint-Alexis, de Pastoureau, Vieillemard, Larret de Grand-Pré, de Fargeot, de Lubersac... Anticipons. Voici les premières lignes d'un acte notarié : « Au parloir des Dames religieuses de l'ordre de Sainte Claire de la ville de Nontron, cejourduy, quinzième Octobre 1656, avant midy, ont este présents messire François de Conan, escuyer, seigneur de Connezat, la Bouchardière et autres places, et dame Marie du Chastain, son espouse, habitant son château de Connezat, paroisse du dict lieu, es Perigort, et Marguerite de Conan, demoiselle, leur fille naturelle et légitime, laquelle Marguerite, en présence des dicts seigneur et dame de Connezat, ses père et mère, parlant à dame Lageard, abbesse ; Jeanne de Monsalars, mère vicaire ; Marguerite de Labrousse, mère antienne ; Anne de Labreuilhe, Françoise Pastoureau, Anne de la Chatardyt, et Gabrielle de Bermondet, sœurs et mères discrètes, assistées de Jehan Rastineau, sieur de Moissac, leur syndiq apostolique, leur a dit et remontre qu'elle a lintention de se rendre religieuse au dict monastère soubs le bon plaisir de ses dicts père et mère, requerant que les dictes dames la y vouloir recepvoir... etc. » Marguerite de Conan deviendra « Sœur du Sauveur ». Les religieuses tenaient un pensionnat de jeunes filles appartenant à la noblesse et à la haute bourgeoisie. Le prix de la pension était de cent livres. On recevait aussi des dames de haut lignage ; la présidente d'Aguesseau s'était retirée à Sainte-Claire, versant une pension de 145 livres. Deux métairies furent achetées : La Cote et La Bucherie.

(Nontron dans l'Histoire)

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Un Nontronnais dans l'épopée napoléonienne

Nontron, dans l'épopée napoléonienne a eu ses victoires et ses héros. Nombreux sont ceux qui tombèrent au champ d'honneur ; nous voudrions les connaître tous. Le 28 août 1813, Pierre Augustin de Mazerat fut tué lors de la déroute du 11e corps d'armée du maréchal Macdonald au combat de Lutzen en Silésie. Elève de l'Ecole polytechnique, il entra à l'école d'application de l'artillerie à Metz ; sorti lieutenant, il fut attaché au 1er régiment d'artillerie en garnison à la Fère, passa adjudant-major, puis capitaine commandant de la 2e compagnie du 5e régiment faisant partie de la Grande armée ; il débutat au combat de Wagram et fut décoré de la Légion d'honneur sur le champ de bataille. Depuis cette époque il fit toutes les campagnes de Napoléon, le suivit en Russie, reçut la croix d'officier de la Légion d'honneur. Il fit ensuite la campagne d'Autriche jusqu'à l'armistice de 20 jours au bout desquels commença une succession de batailles dont les résultats furent si funestes à la France. Trois jours avant la reprise des hostilités, le vaillant officier écrivit à sa mère pour lui annoncer la nouvelle faveur dont il était l'objet : titre de baron avec majorat de 4.000 francs. Peu de jours après la lecture de cette lettre, une réception étant donnée en son château, Madame de Mazerat se leva brusquement de son fauteuil, porta la main à son cœur et s'écria : « Oh ! ce coup de canon ! J'ai entendu le coup de canon qui vient de tuer mon fils ! » Elle retomba à demi-pâmée ; tous s'empressaient autour d'elle. Et comme le mois qui s'écoula sans nouvelle parut long ! Enfin parvint une enveloppe d'une écriture étrangère. Les dates furent confrontées ; par une sorte de dédoublement, particulièrement douée et sensible, la pauvre mère avait bien entendu la salve meurtrière. Par les états de service de ses enfants, Nontron a donc sa place dans l'épopée. Le lieutenant Excousseau fut également décoré et fait baron par l'Empereur sur le champ de bataille.

(Nontron dans l'Histoire)

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Une veuve contre le maire de Nontron

A Nontron est élu maire en décembre par suffrage restreint, M. Pastoureau de Labesse, en remplacement de M. de Labrousse de Lagrange, démissionnaire. Mauvaise année agricole ; l'hiver s'annonce glacial. Les Nontronnais plaident pour extérioriser leur hargne, ou comme dérivatif. Ces mesquines querelles détourent l'attention bien à propos des catastrophes menaçantes. La lutte est générale : les Nontronnais plaident ! Un cas entre vingt. Mme veuve Forien des Places, Marthe Arbonneau, rappelle aux juges du tribunal du district, qu'elle possède « dans la grande rue, une maison acquise au sieur Vieillemard, homme de loi, par contrat devant Me Grolhier ». Cette maison était séparée de celle de Me de Laborderie par un andronne ou ruette. M. Pastoureau de LAbesse, ayant acheté ce dernier lot il y a une dizaine d'années, a fait démolir la maison ainsi qu'un toit à cochons se trouvant dans l'andronne et il se dispose à élever un nouvel appentis en le surmontant d'une petite pièce, le tout « contre le mur de la maison, des éviers et latrines de l'exposante et avec un transport d'une immensité de pierres » ; elle accuse son voisin de vouloir diminuer la valeur de sa maison en la privant de jour, car elle comptait justement élargir l'étroite fenêtre d'une chambre fort obscure ; elle lui reproche de s'agrandir aux dépens d'une pauvre veuve chargée d'enfants et presque sans fortune, alors qu'il possède, de l'avis de tous, la maison la plus vaste et la plus commode de la ville. Elle revendique à tort la propriété de la ruette, s'en prend à son vendeur qui lui a garanti une paisible jouissance et cherche à faire intervenir le maître maçon Desport qui exécute ses travaux et ceux de la partie adverse. Elle fait monter des piles imposantes pour soutenir les tuyaux de descente de ses éviers et latrines, et fait boucher trois trous préparés pour une pose de solives, profitant pour cela d'une absence du sieur Pastoureau qui le lui reproche violemment. Elle réplique « qu'elle ignorait très certainement qu'il eut été à Toulouse conduire son fils dans une pension gratuite... » Et parce qu'il paraîtrait que le Sr Pastoureau aurait dit qu'il voulait plaider et avait 10.000 Fr. à mettre dans cette affaire, l'auteur de la requeste, Me Ribadeau du Mas, neveu de l'exposante, se laisse entraîner par le lyrisme de cette curieuse époque. « Le temps heureusement où les procès s'éternisaient à la faveur de la fortune d'un adversaire puissant, n'existe plus ; nous sommes tous devenus égaux aux yeux de la loi. Elle est aussi favorable à celui qui occupe une chaumière qu'à celui qui vit somptueusement sous des lambris dorés. » Les pièces s'entassent : tout un dossier pour une si mince affaire ! Elle a débuté ainsi : « Cejourd'hui, second du mois de décembre mil sept-cent quatre-vingt onze, environ les 10 heures du matin en la ville de Nontron et dans la maison du sieur Excousseau aîné où nous tenons ordinairement notre bureau de paix et d'audiences, par devant nous, Léonard Grolhier des Virades, est comparue Dlle Marthe Arbonneau, veuve de feu sieur Forie tant en sa propre qualité qu'en celle de tutrice et curatrice de ses enfants... » Celle-ci réédite donc son éxposé ; celui du Sr Pastoureau est encore plus long. Le sieur Pierre Vieillemard et le maître maçon Desport sont convoqués. « Attendu qu'il s'agit d'une propriété et d'un droit de servitude qui sont des droits rééls », le juge de paix se déclare finalement incompétent et renvoie les parties devant le tribunal de conciliation. Plusieurs notables ont été consultés, mais la situation est délicate ; la solution sera fera longtemps espérer. Les adversaires ont les même relations, la même parenté plus ou moins proche, et les élections ont eu lieu ! M. Pastoureau de Labesse, maire, demande 100 livres de dommages-intérêts reversibles à l'Hôpital. Mme Forien des Places en demande 600 applicables à toute maison gênée ou à tous les citoyens de la ville ayant une nombreuse famille... M. Pastoureau de Labesse épousa Marguerite Marcillaud du Genest dont : un fils, lieutenant-colonel d'artillerie, marié à demoiselle Lapeyre de Bellair ; un fils, officier des Eaux et Forêts, marié à Dlle Marguerite de Labrousse du Bosfrand ; et deux filles représentées au XIXe siècle par le marquis de La Garde, les Marcillaud de Goursac, les de Grandillac et de Jaurias. La veuve Forien des Places ne parvenant pas à s'entendre avec son voisin, a pris le parti de se dessaisir de sa maison. Son acquéreur, le citoyen Fonreau — fin 1792, il n'y a plus que des citoyens — transige à l'amiable le 24 décembre : « Entre les citoyens soussignés, Pierre Pastoureau Labesse et Pierre Emeric Fonreau, tous deux habitants de la ville de Nontron, il a été arrêté et convenu ce qui suit : savoir que pour éviter toutes discussions et terminer en même temps les différents survenus entre la citoyenne Marthe Arbonneau, veuve Forien, actuellement représentée par le cit. Emeric Fonreau, comme acquéreur de la maison de la dite citoyenne veuve Forien qui avait donné lieu aux contestations entre le citoyen Pastoureau et elle relativement aux jours qu'elle prétendait éclairer les appartements de sa maison... » etc. etc. Trois pages de concessions, de mutuels engagements : « De bonne fois... L'An 1r de la République. » Les deux fils de la plaignante, Augustin et Pierre, mariés à Nontron An XI et An XII avec Elisabeth Cuttet et Louise Bignon, quitteront leur ville natale pour s'établir dans la Haute-Vienne où leur nom se déformant deviendra Faurien.

(Nontron dans l'Histoire)

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