18 décembre 2019

La Rochefoucauld au péril du bonnet rouge (3/4)

Le 14 août 1792, le Sr Jean-François de Lambertye de la Marie (ou Lamary), Saint-Sornin, comparaît devant Jean Lériget de Cloroze, procureur de Montbron, assisté de Pierre Mathelon et d'un notable, Jean Lardeau, pour conduite anticonstitutionnelle. Pénétré de sa très ancienne noblesse, désinvolte à la façon d'un gentilhomme de son rang, il ne s'embarrasse pas de nuances. Courant juin, se rendant chez Pierre Varache dit Mayou, ancien maire de Saint-Sornin, il lui avait déclaré :

"... vous, mon cher Varache qui avez eu la bêtise d'acquérir de la Nation la borderie des Combes, dépendante du prieuré de Saint-Sornin, je vous avertis de ne point payer parce que sous peu la constitution sera renversée, l'ancien clergé rentrera dans tous ses droits et vous ne serez point remboursé des sommes que vous avez payées pour cette acquisition".

Il va encore plus loin :

"De plus, un dimanche  du mois de juillet courant au moment où la garde nationale de Saint-Sornin se rendait à Montbron pour faire ses exercices ordinaires, le dt Lambertye qui allait aussi à Montbron dit à quelques uns de la troupe : Vous êtes bien sots, mes amis, de faire de pareilles corvées. Soyez sûrs qu'on se moquera de vous et qu'au lieu de vous fatiguer ainsi, vous feriez mieux de vous en retourner chez vous. Vous savez que l'Assemblée Nationale vous avait fait espérer des douceurs. Cependant, vos charges s'augmentent de jour en jour. Vous voyez donc que tout ce qu'on a fait n'a pour objet que de vous rendre plus malheureux que vous ne l'étiez sous l'Ancien Régime".

L'acquéreur de la borderie des Combes, Varache ; le commandant de la Garde nationale, Martial Boniton, confirment les propos tenus.

Pierre Varache rapporte les déclarations du gentilhomme :

"Si les prêtres et les gentilshommes émigrés viennent à gagner, votre déboursé sera infailliblement perdu. Quant à moi, je vous déclare que je n'en donnerai pas 50 livres (la borderie a été adjugée 852 l.), à quoi le déposant répondit : Si je le croyais vraiment, je ne paierais pas les termes à échoir..."

Bonithon, des Combes ; Alanore, des Chaumes, Raynaud de la Faurie, ne peuvent que confirmer les propos tenus à la Garde nationale. A l'un, il dit :

"Si vous allez à la fête de la Fédération, vous serez contraints de partir bientôt pour la frontière..."

A l'autre, il conseille de se défaire au plus vite des assignats qu'il détient, "attendu qu'ils ne subsisteront pas longtemps".

Aveuglement de gentilhomme dont les siens ont rejoint l'armée des Princes, assuré d'un renversement prochain de la situation... Comment pouvait-on se méprendre à ce point ?

Il proteste de son civisme devant le tribunal mais, passé le 10 août, les propos tenus sont jugés pour le moins compromettants. En attendant de comparaître devant le tribunal de La Rochefoucauld, on le laisse en liberté provisoire sous paiement de la somme de 3.000 livres, cautionnée par le Sr Callandreau. Montbron est "plutôt à droite", mai les temps sont là. Lambertye demande que les témoins soient entendus en sa présence. Ils persistent dans leurs déclarations. On le condamne à la détention.

"... ès prisons du district de La Rochefoucauld l'espace de cinq mois et en 500 livres d'amende au profit de la nation et que défenses lui fassent faites de ne plus à l'avenir récidiver".

Source : La Rochefoucauld au péril du bonnet rouge, d'Yvon Pierron.

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La Rochefoucauld au péril du bonnet rouge (2/4)

Cette ivresse d'une liberté toute neuve (sans compter l'orgueil d'accéder aux fonctions municipales, du moins si l'on est éligible), on l'éprouve partout y compris à l'intérieur du monde rural.

On vote dès le mois de février 1790 pour former les assemblées municipales. Le décret de l'Assemblée porte la date du 12 novembre 1789.

Mais au préalable, il faut former le bureau. La présidence revient généralement au premier citoyen de la commune, seigneur du lieu. Le 3 février 1790, à Brie, François Hélène de Nesmond est élu par 47 voix contre 36, président du bureau. Elu mais contesté ; le « clan Machenaud » a bien l'intention de lui damer le pion. Les Machenaud sont en nombre dans l'assemblée électorale : François Machenaud l'aîné, Machenaud tout court, Pierre Machenaud et Jean Machenaud.

Pierre Machenaud Blanchon est élu secrétaire du bureau. Président et secrétaire prêtent le serment d'usage ; fidélité à la Constitution, à la Nation, à la Loi et au Roi.

On passe alors au vote proprement dit :

Roch Boissier Descombes, licencié ès lois l'emporte par cent onze votes contre seize.

Deux jours plus tard, on passe à l'élection des officiers municipaux. Sur cinq élus, on retrouve Pierre Machenaud, Jean Machenaud Beauchamp et Maurice Machenaud.

L'élection du syndic est presque un vote de routine.

« Toutes les voix sans exception se sont réunies en faveur de Messire Martial Guilhaud Ducluzeau ».

Les curés des paroisses connaissent leur monde, ils tiennent les registres paroissiaux ; la fonction de syndic leur est fréquemment dévolue. Messire Guilhaud et le clan Machenaud ne vont pas tarder à prendre des voies différentes.

Ces derniers sont nombreux et forment plusieurs branches à Brie comme dans les paroisses alentour, Anais, Coulgens. Certains d'entre eux sont gardes des Eaux et Forêts ; on les retrouve au lieu de Chez Couprie (Brie). Ils appartiennent à la petite bourgeoisie et l'on compte dans leurs rangs, un avocat, Jean-Antoine Machenaud, sr de la Terrière, un curé, etc.

D'autres Machenaud, aux Frauds ou à la Prévôterie proche (Brie) exercent depuis plusieurs générations le métier de voiturier, traînant derrière eux une réputation douteuse ; leur nom revient à plusieurs reprises dans les archives judiciaires.

Maurice Machenaud, des Frauds, va se distinguer fâcheusement à La Rochefoucauld sous la Terreur, inspiré sans doute par la jalousie.

M. G... de M..., auteur de notes sur les Acteurs de la Révolution à La Rochefoucauld les confond de façon péremptoire :

Cette famille (Machenaud) est très étendue, et tous ses représentants ne valent pas mieux les uns que les autres.

Suivent quelques propos dénués d'aménité.

Jean Machenaud dit Du Chais (ou Duchais), maire d'Agris en l'an II, après avoir été agent national confirme cette malheureuse impression.

Né Chez Couprie (Brie) le 21 avril 1751 de Robert Machenaud, sieur de Beauchamp et des Plantes, et de Marie Constantin ; il intervient le 7 février 1793, lors de l'élection du maire, prétextant un vice de forme.

Le dimanche suivant est réservé à l'élection des officiers municipaux. Machenaud crée un nouvel incident mettant en cause le curé Rullier. Il réussit à suborner quelques complices qui s'empressent de le désavouer, bientôt repris en main par le curé qui a toutes les apparences d'un brave homme. Mais le ver est dans le fruit, la Révolution, à peine sonnée, les Machenaud s'emploient à en accélérer le cours comme s'ils avaient des comptes à régler avec les institutions.

Source : La Rochefoucauld au péril du bonnet rouge, d'Yvon Pierron.

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La Rochefoucauld au péril du bonnet rouge (1/4)

C'est une affaire d'un autre ordre et sans doute jugée très inquiétante qui réunit en permanence le Conseil général du district le 24 octobre 1792, l'An Ier de la Révolution française.

A l'ouverture d'un paquet adressé au directoire par le département, les administrateurs du district s'étranglent d'indignation. Un paquet ? Non, un brûlot, un dossier accablant conçu par le fielleux Léonard Planty, juge de paix du canton de Marthon, élu à l'influence, écrit de sa main et adressé, pour les perdre dans l'esprit du ministre. A la veille de la Terreur ! Alors que le souvenir des massacres de Septembre est encore brûlant dans les esprits.

Roland a envoyé la lettre aux autorités du département pour demande d'éclaircissements. Surpris, le département retourne le dossier au district "pour répondre dans le plus bref délai aux inculpations faites contre lui par la municipalité de Marthon". Le drôle a eu la malice de faire signer sa dénonciation calomnieuse par des conseillers quasi analphabètes, et du reste ses dupes.

La réponse ne se fait pas attendre. Quinze pages grand format du registre, quinze pages indignées pour protester point par point contre la calomnie.

Le rédacteur, un juriste sans doute, cite, en exergue Cicéron :

Quo usque tandem Catilina abuterie de patientia nostra ?

Pour les hommes de la Révolution, Catilina est la référence obligée, l'anti-héros, la conjuration prête à fondre sur l'assemblée. C'est faire beaucoup d'honneur au Sr. Planty.

Le Conseil est proprement "saisi d'étonnement comme d'indignation, de la hardiesse et de la passivité" des rustiques qui l'ont mis en cause, "tels que ceux de Marthon, dont aucun ne sait lire et qui à peine peuvent signer leur nom excepté le sergent Lavoix".

"Ignorants mais paisibles", comment se sont-ils prêtés, "oublieux de la fraternelle sollicitude" du district à une machination aussi noire ?

L'étonnement des administrateurs dissipé, ils découvrent la main sacrilège qui est derrière. C'est Planty, bien sûr, ce juge de paix "ou plutôt ce juge de guerre du canton de Marthon qui pour le malheur de ses concitoyens fut élu par un procès-verbal qui dénombre 22 billets de plus que de votants".

Qui ne pourrait vivre s'il ne calomniait, "semant la haine et attisant le feu de la discorde".

Mis en cause dans une affaire douteuse il se venge bassement en écrivant au ministre.

Reproche-t-il au district de ne rien faire ? Il est facile de le confondre par le rappel de toutes les affaires menées à bien, traitées de façon exemplaires dans les délais prescrits.

Mais là où sa dénonciation fait mal, c'est lorsqu'il glisse dans sa lettre au ministre que "le procureur-syndic qui est la cheville ouvrière du district a intérêt à ce que la machine s'éngoue, parce qu'il a deux gendres émigrés".

Il ne faut pas chercher plus loin ; la mollesse du district ne saurait avoir d'autre cause.

Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose.

Le district proteste du patriotisme de J.B. Binet. L'émigration de ses gendres le couvre de honte "et plonge le désespoir dans le cœur de ses deux filles. C'est un père malheureux qu'il faut plaindre et non point accuser".

Mais le brulôt de Léonard Planty pour outrancier qu'il soit a semé un doute dans les esprits ; le ministre manifeste son étonnement ; le département tout "en convenant de la fausseté de l'accusation", "s'est fait un jeu cruel de la délicatesse des membres du district", les jugeant bien chatouilleux, prompts à s'enflammer, "en rangeant enfin sur la même ligne les calomniateurs et les calomniés ; la délibération du département est un mélange adultère d'éloges et d'improbation, en un mot une sorte de transaction entre la vertu et la calomnie".

Ô ! combien, MM. les administrateurs du district eussent préféré que les foudres du département s'abattent sur le sieur Planty et le confondent.

Tout au long de son histoire, La Rochefoucauld s'est fait une réputation de ville frondeuse, jalouse de son indépendance, lorgnant du côté de Paris et snobant Angoulême. On lui fait sentir qu'elle est désormais aux ordres.

Les choses étant ce qu'elles sont, puisque "le citoyen ministre s'est réservé le droit de prononcer sur cette affaire", on s'empresse de lui adresser un exemplaire de la réplique, assuré que "le vertueux Roland saura bien rendre aux membres du district la justice qui leur est due et que l'intérêt public exige".

Mais les jours du "vertueux Roland" sont comptés.

Source : La Rochefoucauld au péril du bonnet rouge, d'Yvon Pierron.

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17 décembre 2019

Mariage de la châtelaine de Nontron

6 février 1884. Mariage de la châtelaine de Nontron ; réception de trois jours. Mademoiselle Marie Lagorsse (Sclaffer de Lagorsse), nièce de M. de Mazerat, épouse un cousin du comte de Laugardière, le vicomte de Laparre de Saint-Sernin, sous-lieutenant instructeur à l'école de cavalerie de Saumur. Il apporte avec son panache les rayons du soleil Toulousain. Et l'imprimerie Réjou, place de l'Hôtel de ville, nous a conservé les 19 couples scintillants du vicomte Lionel de Barbot qui, après les toasts protocolaires, suscitèrent un étonnement charmé et un si délicieux cliquetis de rires, de bagues et de cristal ; « ronrons » en chœur. En voici quelques-uns :

Il était une blond' fille
Et ron ron ron petit patapon
Il était une blond' fille
Au château de Nontron, ron ron.

La belle au cheveux blonds « r'toque en rond » tous ses prétendants ! Pourtant un jour arrive :

Un jeune gentilhomme
Et ron ron ron petit patapon
Un jeune gentilhomme
Du pays des Gascons, ronron

Bien pris : fier de tournure...

Ah ! ma foi ! se dit-elle,
Et ron ron ron petit patapon
Ah ! ma foi ! se dit-elle,
Il s'ra châtelain d'Nontron, ronron

Mes amis, voilà comme
Et ron ron ron petit patapon
Mes amis, voilà comme
Au château de Nontron, ron ron

Théo, quel joli rêve,
Et ron ron ron petit patapon
Théo, quel joli rêve,
Vint mettre le menton, ron ron.

Le comte de Laparre de Saint-Sernin, père du marié, était un ancien zouave pontifical, un des héros de Castelfidardo et de Montana avant de défendre avec l'armée de l'Ouest la frontière française ; son second fils, Fernand, jeune lieutenant s'étant distingué en Tunisie, épousera à Puyraseau le 30 septembre 1886, mademoiselle Félicie de Verneilh.

(Nontron dans l'Histoire)

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Aubin de Jaurias, mousquetaire de Louis XVI

En 1794, fut décapité place du Clautre, à Périgueux, Sicaire Boutonnier, domestique de M. Aubin de Jaurias ; il l'avait suivi dans l'émigration puis avait regagné la France et sa province en 1793 ; dénoncé lâchement, il fut arrêté au cours de l'hiver et demeura interné plusieurs mois, les juges périgourdins cherchant à le faire oublier. Ils ne purent y parvenir. Les terroristes étaient encore assoifées de sang ! M. Aubin de Jaurias, d'une ancienne famille de robe, avait élever sur ses terres une belle demeure ; la considération que s'étaient attirée ses ancêtres et sa valeur personnelle l'avaient fait admettre dans la première Compagnie des mousquetaires de la Garde ordinaire du Roi ; en 1789, il revint sur le domaine dont il portait le nom, s'occupa d'agriculture, fut nommé maire de Goûts et se distingua par sa charité. En 1792, obéissant à un ordre secret de Louis XVI, il regagna Paris se joignant aux gardes du corps. Il assista aux journée du 20 juin et du 10 août, puis partit rejoindre le corps des mousquetaires qui se constituait à Coblence. Il restait dans sa correspondance le conseiller de ses enfants leur recommandant l'amour de Dieu et des pauvres, la pratique de la religion et « la pénsée constante de l'Eternité. » Amnistié, M. Aubin de Jaurias jouit peu de son retour ; il mourut le 28 fructidor, An XII. Ses trois fils avaient franchi la frontière dès qu'ils en eurent l'âge, comme leurs précédesseurs comptant en se leurrant sur une action efficace... Leur sœur dut comparaître à Nontron devant le Tribunal révolutionnaire pour justifier leur conduire. « Si j'avais porté culotte, dit-elle simplement, nous aurions été quatre à partir. » Les juges devant tante de courage, sourirent et lui rendirent la liberté.

(Nontron dans l'Histoire)

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Les religieuses de Sainte Claire

Le 3 novembre 1625, sur le consentement de Mgr Raimond de la Marthonie, évêque de Limoges et à la demande des habitants s'établissent à Nontron les religieuses de Sainte Claire, dépendant de l'ordre et de la juridiction des Frères Mineurs de St François. Elles utiliseront pour leur couvent d'anciennes constructions hâtivement réparées — emplacement Ecole supérieure, au nord de la ville et le faubourg des Oliers deviendra la rue des Religieuses ; elles entreprennent d'élever une chapelle accompagnée d'une sacristie, d'un parloir, et comptent s'agrandir sur le pré qui leur a été cédé par contrat devant Lenoble et Lapouge, notaires. Elles sont au nombre de dix-huit religieuses de chœur, deux sœurs layes et deux novices. Elles ont apporté « une doct » ; la sœur de Ratinos (Ratineau), la sœur Jane de Rios (Eyriaud), la sœur Françoise de Labrousse... Nous voyons dans les prises d'habit ou entrées au noviciat les sœurs du Boucheron, de Monsalard, de la Grange, de Bort, Vidal de Lavergne, de Védrenne, de Bermondet, Dayquem de Saint-Alexis, de Pastoureau, Vieillemard, Larret de Grand-Pré, de Fargeot, de Lubersac... Anticipons. Voici les premières lignes d'un acte notarié : « Au parloir des Dames religieuses de l'ordre de Sainte Claire de la ville de Nontron, cejourduy, quinzième Octobre 1656, avant midy, ont este présents messire François de Conan, escuyer, seigneur de Connezat, la Bouchardière et autres places, et dame Marie du Chastain, son espouse, habitant son château de Connezat, paroisse du dict lieu, es Perigort, et Marguerite de Conan, demoiselle, leur fille naturelle et légitime, laquelle Marguerite, en présence des dicts seigneur et dame de Connezat, ses père et mère, parlant à dame Lageard, abbesse ; Jeanne de Monsalars, mère vicaire ; Marguerite de Labrousse, mère antienne ; Anne de Labreuilhe, Françoise Pastoureau, Anne de la Chatardyt, et Gabrielle de Bermondet, sœurs et mères discrètes, assistées de Jehan Rastineau, sieur de Moissac, leur syndiq apostolique, leur a dit et remontre qu'elle a lintention de se rendre religieuse au dict monastère soubs le bon plaisir de ses dicts père et mère, requerant que les dictes dames la y vouloir recepvoir... etc. » Marguerite de Conan deviendra « Sœur du Sauveur ». Les religieuses tenaient un pensionnat de jeunes filles appartenant à la noblesse et à la haute bourgeoisie. Le prix de la pension était de cent livres. On recevait aussi des dames de haut lignage ; la présidente d'Aguesseau s'était retirée à Sainte-Claire, versant une pension de 145 livres. Deux métairies furent achetées : La Cote et La Bucherie.

(Nontron dans l'Histoire)

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Un Nontronnais dans l'épopée napoléonienne

Nontron, dans l'épopée napoléonienne a eu ses victoires et ses héros. Nombreux sont ceux qui tombèrent au champ d'honneur ; nous voudrions les connaître tous. Le 28 août 1813, Pierre Augustin de Mazerat fut tué lors de la déroute du 11e corps d'armée du maréchal Macdonald au combat de Lutzen en Silésie. Elève de l'Ecole polytechnique, il entra à l'école d'application de l'artillerie à Metz ; sorti lieutenant, il fut attaché au 1er régiment d'artillerie en garnison à la Fère, passa adjudant-major, puis capitaine commandant de la 2e compagnie du 5e régiment faisant partie de la Grande armée ; il débutat au combat de Wagram et fut décoré de la Légion d'honneur sur le champ de bataille. Depuis cette époque il fit toutes les campagnes de Napoléon, le suivit en Russie, reçut la croix d'officier de la Légion d'honneur. Il fit ensuite la campagne d'Autriche jusqu'à l'armistice de 20 jours au bout desquels commença une succession de batailles dont les résultats furent si funestes à la France. Trois jours avant la reprise des hostilités, le vaillant officier écrivit à sa mère pour lui annoncer la nouvelle faveur dont il était l'objet : titre de baron avec majorat de 4.000 francs. Peu de jours après la lecture de cette lettre, une réception étant donnée en son château, Madame de Mazerat se leva brusquement de son fauteuil, porta la main à son cœur et s'écria : « Oh ! ce coup de canon ! J'ai entendu le coup de canon qui vient de tuer mon fils ! » Elle retomba à demi-pâmée ; tous s'empressaient autour d'elle. Et comme le mois qui s'écoula sans nouvelle parut long ! Enfin parvint une enveloppe d'une écriture étrangère. Les dates furent confrontées ; par une sorte de dédoublement, particulièrement douée et sensible, la pauvre mère avait bien entendu la salve meurtrière. Par les états de service de ses enfants, Nontron a donc sa place dans l'épopée. Le lieutenant Excousseau fut également décoré et fait baron par l'Empereur sur le champ de bataille.

(Nontron dans l'Histoire)

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Une veuve contre le maire de Nontron

A Nontron est élu maire en décembre par suffrage restreint, M. Pastoureau de Labesse, en remplacement de M. de Labrousse de Lagrange, démissionnaire. Mauvaise année agricole ; l'hiver s'annonce glacial. Les Nontronnais plaident pour extérioriser leur hargne, ou comme dérivatif. Ces mesquines querelles détourent l'attention bien à propos des catastrophes menaçantes. La lutte est générale : les Nontronnais plaident ! Un cas entre vingt. Mme veuve Forien des Places, Marthe Arbonneau, rappelle aux juges du tribunal du district, qu'elle possède « dans la grande rue, une maison acquise au sieur Vieillemard, homme de loi, par contrat devant Me Grolhier ». Cette maison était séparée de celle de Me de Laborderie par un andronne ou ruette. M. Pastoureau de LAbesse, ayant acheté ce dernier lot il y a une dizaine d'années, a fait démolir la maison ainsi qu'un toit à cochons se trouvant dans l'andronne et il se dispose à élever un nouvel appentis en le surmontant d'une petite pièce, le tout « contre le mur de la maison, des éviers et latrines de l'exposante et avec un transport d'une immensité de pierres » ; elle accuse son voisin de vouloir diminuer la valeur de sa maison en la privant de jour, car elle comptait justement élargir l'étroite fenêtre d'une chambre fort obscure ; elle lui reproche de s'agrandir aux dépens d'une pauvre veuve chargée d'enfants et presque sans fortune, alors qu'il possède, de l'avis de tous, la maison la plus vaste et la plus commode de la ville. Elle revendique à tort la propriété de la ruette, s'en prend à son vendeur qui lui a garanti une paisible jouissance et cherche à faire intervenir le maître maçon Desport qui exécute ses travaux et ceux de la partie adverse. Elle fait monter des piles imposantes pour soutenir les tuyaux de descente de ses éviers et latrines, et fait boucher trois trous préparés pour une pose de solives, profitant pour cela d'une absence du sieur Pastoureau qui le lui reproche violemment. Elle réplique « qu'elle ignorait très certainement qu'il eut été à Toulouse conduire son fils dans une pension gratuite... » Et parce qu'il paraîtrait que le Sr Pastoureau aurait dit qu'il voulait plaider et avait 10.000 Fr. à mettre dans cette affaire, l'auteur de la requeste, Me Ribadeau du Mas, neveu de l'exposante, se laisse entraîner par le lyrisme de cette curieuse époque. « Le temps heureusement où les procès s'éternisaient à la faveur de la fortune d'un adversaire puissant, n'existe plus ; nous sommes tous devenus égaux aux yeux de la loi. Elle est aussi favorable à celui qui occupe une chaumière qu'à celui qui vit somptueusement sous des lambris dorés. » Les pièces s'entassent : tout un dossier pour une si mince affaire ! Elle a débuté ainsi : « Cejourd'hui, second du mois de décembre mil sept-cent quatre-vingt onze, environ les 10 heures du matin en la ville de Nontron et dans la maison du sieur Excousseau aîné où nous tenons ordinairement notre bureau de paix et d'audiences, par devant nous, Léonard Grolhier des Virades, est comparue Dlle Marthe Arbonneau, veuve de feu sieur Forie tant en sa propre qualité qu'en celle de tutrice et curatrice de ses enfants... » Celle-ci réédite donc son éxposé ; celui du Sr Pastoureau est encore plus long. Le sieur Pierre Vieillemard et le maître maçon Desport sont convoqués. « Attendu qu'il s'agit d'une propriété et d'un droit de servitude qui sont des droits rééls », le juge de paix se déclare finalement incompétent et renvoie les parties devant le tribunal de conciliation. Plusieurs notables ont été consultés, mais la situation est délicate ; la solution sera fera longtemps espérer. Les adversaires ont les même relations, la même parenté plus ou moins proche, et les élections ont eu lieu ! M. Pastoureau de Labesse, maire, demande 100 livres de dommages-intérêts reversibles à l'Hôpital. Mme Forien des Places en demande 600 applicables à toute maison gênée ou à tous les citoyens de la ville ayant une nombreuse famille... M. Pastoureau de Labesse épousa Marguerite Marcillaud du Genest dont : un fils, lieutenant-colonel d'artillerie, marié à demoiselle Lapeyre de Bellair ; un fils, officier des Eaux et Forêts, marié à Dlle Marguerite de Labrousse du Bosfrand ; et deux filles représentées au XIXe siècle par le marquis de La Garde, les Marcillaud de Goursac, les de Grandillac et de Jaurias. La veuve Forien des Places ne parvenant pas à s'entendre avec son voisin, a pris le parti de se dessaisir de sa maison. Son acquéreur, le citoyen Fonreau — fin 1792, il n'y a plus que des citoyens — transige à l'amiable le 24 décembre : « Entre les citoyens soussignés, Pierre Pastoureau Labesse et Pierre Emeric Fonreau, tous deux habitants de la ville de Nontron, il a été arrêté et convenu ce qui suit : savoir que pour éviter toutes discussions et terminer en même temps les différents survenus entre la citoyenne Marthe Arbonneau, veuve Forien, actuellement représentée par le cit. Emeric Fonreau, comme acquéreur de la maison de la dite citoyenne veuve Forien qui avait donné lieu aux contestations entre le citoyen Pastoureau et elle relativement aux jours qu'elle prétendait éclairer les appartements de sa maison... » etc. etc. Trois pages de concessions, de mutuels engagements : « De bonne fois... L'An 1r de la République. » Les deux fils de la plaignante, Augustin et Pierre, mariés à Nontron An XI et An XII avec Elisabeth Cuttet et Louise Bignon, quitteront leur ville natale pour s'établir dans la Haute-Vienne où leur nom se déformant deviendra Faurien.

(Nontron dans l'Histoire)

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Nontron dans l'Histoire

L'auteur de cet ouvrage, édité en 1963, est la comtesse Gabrielle de Monneron (1882-1977), née Teyssandier de La Serve.

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Naissance de François de La Rochefoucauld

Naissance de François VI

Premier des sept garçons et sept filles qu'eurent le comte (puis duc et pair à partir de 1622) François V de La Rochefoucauld et Gabrielle du Plessis-Liancourt, François VI naquit le 15 septembre 1613, à deux heures et demie de l'après-midi, rue des Petits Champs, près du Louvre, à Paris. « Le père est un grand féodal, orgueilleux et mécontent ; la mère est de nature tendre et effacée » (Georges Grappe).

Vingt-et-unième descendant de Foucauld Ier, seigneur de La Roche, qui vécut vers l'an 1000, au temps du roi Robert Le Pieux, le nouveau-né fut prénommé François. C'était l'usage pour tous les aînés de la famille depuis que François Ier de La Rochefoucauld, chambellan de Charles VIII et de Louis XII, avait eu l'honneur d'être choisi en 1497 comme parrain du roi François Ier. Celui-ci, par lettres d'avril 1515 enregistrées en 1528, érigea la terre, seigneurie et baronnie de La Rochefoucauld en comté. Dans ces lettres, François Ier de La Rochefoucauld est qualifié de « très cher et aimé cousin et parrain ». Ce titre de cousin sera rappelé dans les lettres par lesquelles Louis XIII érigera, en 1622, le comté en duché-pairie.

Par tradition également, François VI, comme tous les aînés des La Rochefoucauld, porta dès le berceau et jusqu'à la mort de son père, le titre de prince de Marcillac, qui était tiré du nom d'une possession d'Angoumois, où s'élevait un château acquis par Guy VIII de La Rochefoucauld au mye siècle. Saint-Simon parlera, dans ses Mémoires, de ce « vain titre » de prince de Marcillac, et Jean Lafond, dans sa préface aux Mémoires de La Rochefoucauld en 2006, de « prince de fantaisie ».

François VI fut baptisé le 4 octobre 1613 à Paris, en l'église Saint Honoré, par monseigneur Antoine de La Rochefoucauld, évêque d'Angoulême. Au-dessus des fonts baptismaux se penchaient le parrain : le cardinal François de La Rochefoucauld, évêque de Senlis, grand aumônier de France, commandeur des ordres du roi et écrivain fécond ; et la marraine, qui était en même temps la grand-mère de l'enfant : Antoinette de Pons, marquise de Guercheville, épouse de Charles du Plessis-Liancourt.

Les maisons de la famille

L'enfance du petit prince de Marcillac eut pour cadre, en partie, les maisons que sa famille possédait en Angoumois et en Poitou, et surtout le château de Verteuil, situé à une lieue et demie de Ruffec. Verteuil, qui appartenait aux La Rochefoucauld depuis le XIe siècle, était bâti, indique Jean Gervais, lieutenant criminel au présidial d'Angoulême sous Louis XV, dans son Mémoire sur l'Angoumois, sur « une baronnie composée de neuf ou dix paroisses, à la tête desquelles est la petite ville de ce nom, à sept lieues d'Angoulême, composée de cent feux. Les habitants en sont communément pauvres (...). Cette terre seule ne vaut pas plus de cinq mille livres de ferme. »

Forteresse romane à l'origine, Verteuil, ce « moult fort chasteau du Poitou, sur les marches du Limousin et de la Saintonge », selon l'expression du grand chroniqueur Froissart, fut démantelé en 1442, durant la Praguerie, sur ordre du roi Charles VII qui avait décidé de châtier un aïeul indocile de François VI. La chapelle et le donjon furent cependant épargnés, et au milieu du XVe siècle, Guillaume de La Rochefoucauld fit reconstruire la demeure, lui donna sa forme triangulaire, l'orna de trois tours à mâchicoulis et de grandes voûtes longues de soixante-cinq mètres et hautes de dix mètres.

Surplombant fièrement la Charente et ses rives ombragées, entouré de bois giboyeux, Verteuil était agrémenté de parcs dont la beauté força l'admiration des contemporains. Jean Gervais en témoigne dans son Mémoire sur l'Angoumois : Les issues de Verteuil, connues sous le nom de parc de Vauguay, ont des beautés naturelles qui surpassent peut-être tout ce qu'on peut voir en France. Le parc, d'une étendue des plus spacieuses, s'est trouvé contenir un terroir très propre à élever des arbres, et les plants de charmilles et autres espèces y ont si bien réussi, qu'il n'y en a point ailleurs d'une semblable hauteur, de si belles tiges et si bien fournies. On y entretient aussi une orangerie superbe.

Le parc de la Tremblaye, qui y est joint, est une forêt entière, brute, tout enfermée de hauts murs, dans laquelle il y a nombre de bêtes. Les arbres en sont aussi forts beaux. Elle est coupée au milieu par une grande allée dont le point de vue, qui répond par d'autres allées à la porte du château, forme une des plus belles perspectives du monde. »

Cette résidence agréable et magnifique, dotée d'une bibliothèque remarquable pour l'époque, accueillit des hôtes de marque, en particulier Charles Quint, de passage en France en 1539 et qui, de Verteuil, se rendit au château de Loches pour y rencontrer le roi François Ter. Bien que victime d'un rhume tenace depuis Hendaye, Charles Quint ne put s'empêcher d'exprimer son admiration à l'égard des endroits qu'il traversait. Il disait avoir vu cinq merveilles en France : un monde, une ville, un village, un jardin et une maison, à savoir : Paris, Orléans, Poitiers, Tours et la maison de La Rochefoucauld. À propos de celle-ci, il ajouta qu'il n'avait jamais été maison qui sentît mieux sa grande vertu, honnêteté et seigneurie que celle-là. » Il planta, dans le parc de Verteuil, un conifère qu'on voit encore aujourd'hui. Pendant les guerres de Religion, du fait que François III s'était converti au protestantisme, le château abrita le sixième synode de l'église réformée.

Les La Rochefoucauld, attirés par le charme de ces lieux, séjournaient moins dans leurs autres domaines disséminés, en majeure partie, du Périgord à la Loire. Parmi ceux-ci, la place prééminente revient à la baronnie, puis comté et enfin duché de La Rochefoucauld, berceau de la famille. Au IXe siècle, un fort destiné à défendre la contrée contre les envahisseurs normands, fut édifié sur la roche qui domine la vallée traversée par la rivière Tardoire. Ensuite, Foucauld Ier, seigneur de La Roche, fit bâtir sur l'emplacement du fort primitif, à six lieues d'Angoulême, un puissant château qui, depuis 1026, exprime avec éclat la majesté féodale. Sous Foucauld II, la bourgade, qui s'étendait au pied de la construction guerrière, commença d'être appelée La Roche Foucauld.

Le château de La Rochefoucauld, surnommé da perle de l'Angoumois », flanqué d'un donjon carré haut de trente-cinq mètres, hérissé de tours rondes, s'élève sur une rive de La Tardoire. Les initiatives architecturales, au XVIe siècle, de François II de La Rochefoucauld et de son épouse Anne de Polignac témoignent encore aujourd'hui d'un goût très sûr si l'on considère les ailes principales, les trois galeries superposées et ajourées conçues selon certains à partir de dessins de Léonard de Vinci initialement commandés pour un autre château, l'ingénieux grand escalier de cent-huit marches, les plafonds à caissons. Marguerite de Valois, auteur de l'Heptaméron, sœur du roi François Ier, séjourna dans cette demeure. Parmi les pièces qui étaient mises à sa disposition, on peut encore admirer un petit salon entièrement lambrissé.

Jean Gervais indique, dans son Mémoire sur l'Angoumois, que la terre de La Rochefoucauld comprenait vingt paroisses et rapportait dix-mille livres de rente.

Autre demeure, beaucoup plus rustique mais pourtant prisée par François VI de La Rochefoucauld, qui en fera en quelque sorte une maison des champs où il écrira notamment des lettres et deux de ses testaments : le château de la Terne, grande bâtisse sans tour allongée sur une rive de la Charente, près de Luxé. La Terne était située sur la baronnie de Montignac. Celle-ci, « à quatre lieues d'Angoulême, explique Jean Gervais, appartenant au même seigneur, contient vingt-quatre paroisses et peut valoir huit mille livres de revenu. Le chef-lieu du même nom est un petit bourg qui contient, compris Saint-Étienne joint, quelque quatre-vingt-onze feux. Il n'y a que quelques petits cabaretiers et artisans que les foires y entretiennent. Le reste est bas peuple et pauvre. Le château est presque tout en vieille masure. »

Encore à proximité d'Angoulême s'élevait le château de Marcillac, construit vers le IXe siècle. Depuis François II de La Rochefoucauld, le fils aîné de la famille, du vivant de son père, porte le titre de prince de Marcillac.

À la tête du duché de La Rochefoucauld, de la principauté de Marcillac, des baronnies de Verteuil, Marthon, Tourriers, Montignac, des chastellenies de Saint-Laurent de Céris, Saint-Claud, Cellefrouin, Aunac, Bayers, Saint-Amant-de-Bonnieure, des seigneuries de Saint-Angeau et autres fiefs, les La Rochefoucauld possédaient encore bien d'autres terres, notamment en Périgord et en Agénois. Mais d'étendue de ces domaines, observe Antoine Adam, ne doit pas faire illusion sur l'importance de leurs revenus. Les embarras d'argent que La Rochefoucauld a connus ne s'expliquent pas seulement par les dépenses qu'entraînèrent pour lui les guerres civiles. »

Éducation de François VI

Dans ces résidences solennelles, enfouies au sein de calmes paysages, François VI vécut paisiblement ses premières années. « C'est là que (François V) élève son fils, si les soins qu'il prend de son éducation méritent ce nom. Dès que l'adolescent est assez robuste, il lui fait enseigner le métier des armes. Il l'associe à ses plaisirs favoris, le cheval et la chasse. Au cours de ces randonnées communes, il ressasse à l'enfant toutes les choses de sa caste et de sa race, ses orgueils et ses rancœurs, ses héroïsmes et ses préjugés. C'est là, vraisemblablement, dans le plein des bois, dans les taillis sans espions qu'il invective contre le cardinal, destructeur des privilèges de la noblesse. C'est là qu'il nourrit son fils dans ces sentiments. On ne voit pas au-delà trace de son influence sur ce jeune caractère. » (Georges Grappe). Il reçut l'éducation d'un grand seigneur, c'est-à-dire apprit les arts nécessaires à un homme d'épée » (Marius Roustan).

Les documents sur cette période sont rares, et on suppose que l'éducation de l'enfant fut assez négligée, essentiellement tournée vers le développement de l'être physique. François VI reconnaîtra dans une lettre qu'il n'entendait pas bien le latin. « M. de La Rochefoucauld n'avait pas étudié ; mais il avait un bon sens merveilleux, et il savait parfaitement le monde », nota le poète Segrais qui le connaissait bien, et dont l'opinion est confortée par celle de Mme de Maintenon : « Il avait (...) beaucoup d'esprit, mais peu de savoir ». Selon Sainte-Beuve, « il n'avait pas étudié et ne mêlait à sa vivacité d'esprit qu'un bon sens naturel encore masqué d'une grande imagination. »

Jusqu'à l'âge de douze ans, François VI eut pourtant un précepteur : le poitevin Julien III Collardeau de la Mongie (1596-1669), homme de lettres (il publiera Larvina Satyricon en 1619 et Tableaux des victoires de Louis XIII en 1630) et juriste, procureur du roi à Fontenay-le-Comte. Celui-ci lui apprit à lire, un peu de latin, et, ajouta Edmée de La Rochefoucauld, « peut-être le goût de faire le procès des humains. » Dans un billet du 8 novembre 1626, Julien Collardeau déclare « avoir reçu de M. l'abbé de La Réau, agissant au nom de Mgr de La Rochefoucauld, la somme de soixante livres tournois, en deniers ayant cours, pour le dernier quartier de la gratification à moi allouée par ledit seigneur en récompense d'avoir enseigné les lettres à M. le prince de Marcillac, et du tout l'en tient quitte. »

François VI passa cette période d'éducation à Fontenay-le-Comte, dans la « maison du gouverneur » de cette ville, qui était son père, nommé à cette charge en 1621 par Louis XIII : à l'intérieur de la province du Poitou qui était placée sous l'autorité d'un gouverneur général, les villes de Poitiers, Loudun, Châtellerault, Niort, Melle et Fontenay étaient dotées d'un gouverneur particulier.

Le prince de Marcillac, dont une des futures maximes dira qu' « il est plus nécessaire d'étudier les hommes que les livres », montra cependant très tôt du goût pour la littérature : régulièrement, il se plongeait dans le fameux et interminable roman des amours du berger Céladon et de la bergère Astrée, qu'Honoré d'Urfé publia de 1610 à 1625. Il garda sans doute cette habitude toute sa vie puisque Mme de Sévigné, dans une lettre de 1671, dira qu'elle partageait avec lui son goût prononcé « pour ces sottises-là ». L'Astrée, et l'Astrée seul, a été le premier éducateur de La Rochefoucauld, comme homme et comme gentilhomme. C'est dans ce livre qu'il a puisé ces leçons romanesques qui, jusqu'à sa trentième année, ont fait de lui un personnage poétique, noble entre tous, imaginant le monde à la ressemblance de la société idyllique réunie sur les bords du Lignon. C'est pour avoir cru à cette fable — de toute son âme — qu'il s'est voué au service des dames, au service de la reine Anne, de Mlle de Hautefort, de la duchesse de Chevreuse : "La jeunesse est une ivresse continuelle ; c'est la fièvre de la raison", a-t-il écrit dans les Maximes » (G. Grappe).

Mais l'enfant accorda sans doute beaucoup plus d'importance à la chasse dans les bois de Tusson et d'Avon, ou à la pêche dans la Charente et ses affluents, qu'à l'acquisition des connaissances générales qui forment la base intellectuelle d'une vie.

Source : La Rochefoucauld le duc rebelle, d'Alain Mazère.

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