16 mars 2020

Preuves de Pierre Hubert de Devezeau

Devezeau de Chasseneuil (Pierre Hubert de). — Angoumois. D'azur à une fasse d'argent, acompagnée en chef de cinq demi fusées de même, et en pointe d'une étoile d'or.

VII. Guillaume de D., éc., sgr du Treuil.

VI. Claude de D., éc., sgr du Treuil, x c. 2-II-1 535 Jaquette Lauvergnac.

V. Gui de D., éc., sgr de Chasseneuil, x c. 19- VIII- 1591 Suzanne de L'Estang.

IV. René de D., sgr de Chasseneuil, x c. 3-I-1629 Bénigne Thibaut de La Carte.

III. François de D., éc., sgr de Chasseneuil, m. n. le 27-VIII-1666 par d'Aguesseau, int. de Limoges, X c. 3-V-1656 Charlotte de Loubersac.

II. Philbert Joseph de D., chev. sgr de Chasseneuil, x c. 4-XI-1696 Françoise Geneviève de Sainte-Maure.

I. Pierre Hubert de Devezeau de Chasseneuil, né et ond. le 1-VI-1700, bapt. le 29-V-1703 à Chasseneuil, dioc. d'Angoulême.

Preuves du 27-VII-1718. (fr. 32.103, fol. 57).

Source : Les pages de la Grand écurie, de François Bluche.

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13 mars 2020

Un duel en Angoumois au XVIe siècle

Tous « débats » entre gentilshommes n'ont point pourtant ce caractère de rixes d'ivrognes. Il est des querelles plus relevées. Ce sont celles qu'ennoblit le sentiment du point d'honneur. En dépit, de tout, en effet, ces hommes gardent de leur dignité une très haute idée, et douter le moins du monde de leur loyauté, de leur bonne foi, de leur parole leur semble la plus sanglante des insultes, « le préjudice le plus insupportable » qui puisse être causé à la réputation d'un gentilhomme. De tels sentiments, rien, je crois, ne peut donner une idée plus juste que cette histoire du duel des seigneurs de Lubersac et de Lorrières que je trouve longuement racontée dans une lettre de pardon datée de 1546. On y verra comment se règle aux champs une affaire d'honneur.

Et donc Bertrand, seigneur de Lorrières, ayant un jour donné un démenti à Pierre de Lubersac, seigneur de la Mothe, celui-ci n'avait pu supporter de voir son honneur « ainsi foullé sans faire son debvoir », et s'était vengé sur l'heure « en baillant un soufflet audict Bertrand. » Mais les assistants s'estoient mis aussitost entre les adversaires qui avojent esté départis et appointés et avoient promis pour l'advenir ne se demander rien l'un à l'autre ». L'affaire semblait en conséquence devoir en rester là. « Toutefois, continue l'acte auquel j'emprunte ces détails préliminaires, quinze jours ou trois sepmaines après, ledict Lubersac, qui ne pensoit plus à ladicte querelle et estimoit que, puisqu'il avoit donné pour responce dudict desmenti ledict soufflect, son injure estoit réparée, et par ce n'en faisoit plus de compte, se trouva par fortune en la ville d'Angoulesme en quelque compaignie de gentilshommes par lesquels luy fut dict que ledict Bertrand avoit dict que, pour le soufflet qu'il luy avoit baillé, il luy avoit baillé un coup de poing en rescompense, comme s'il eust voulu par cela inférer que icelluy de Lubersac fust demouré desmenty sans en avoir eu autre raison, par tel moyen s'efforçant fouller grandement l'honneur dudict Lubersac qu'il estime plus que tous les biens du monde et que sa propre vie et qu'il voullust souffrir une injure sans se mettre en son devoir d'en avoir réparation ainsi que gentilshommes doivent faire. — Le premier dimanche du mois de septembre ensuivant, ledict Lubersac se délibéra donc aller trouver ledict Bertrand en quelque lieu qu'il foust pour entendre de luy et sçavoir s'il avoit dict lesdictes parolles. Et de fait, accompaigné de Antoine de Barbezières, dit le protonotaire de Bourgon, de Jean de Barbezières et de Jacques Damyer, ayans chacun leurs espées au costé et tous à cheval et icelluy Lubersac vestu d'une chemise de mailles pour n'estre pris à despourvu, partirent ensemblement pour aller trouver ledict Bertrand et, passant par Chasseneuil, allèrent au lieu de la Coustaudière où estoit la maison du père dudict Bertrand, en laquelle gracieusement ils entrèrent et demandèrent où icelluy Bertrand estoit. Et pource que une chambrière ou femme estant en icelle maison ne le leur voulut enseigner, ils la menassèrent de battre, ce qu'ils n'avoient voulloirde faire, tellement qu'elle leur dist qu'il estoit en la maison du sieur de Goursac, son oncle, vers laquelle ils prirent de mesme pied leur chemin. Et estans près d'icelle, ledict de Lubersac envoya lesdicts Antoine de Barbezières et Damyer sçavoir si ledict Bertrand y estoit et s'il avoit dict lesdictes parolles ou non. Et, descendus de leur cheval, lesdicts de Barbezières et Damyer entrèrent en ladicte maison, en laquelle ils trouvèrent ledict sieur de Goursac, sa femme, ledict Bertrand, sa sœur et autres faisans collation. Et, après s'estre entresalués, ledict de Barbezières embrassa ledict Bertrand, luy demandant comme il se portoit, et autant en feit ledict Bertrand audict Barbezières et audict Damyer et les pria faire collation et boyre avec eux dont ils le remercièrent. Et lors ledict Damyer dit audict Bertrand qu'il avoit un mot à luy dire. A quoi ledict Bertrand lui dit et demanda si c'estoit un mot de combat afin qu'il prist ses armes qu'il n'avoit. A quoi fut respondu que non. Et après avoir par ledict Bertrand pris son espée, eux trois sortirent hors de ladicte maison, et les suivirent ledict sieur de Goursac, sa femme, la sœur dudict Bertrand et autres. Et estans hors icelle maison en une grande place, entre ladicte maison et celle d'un nommé Gourrault, lesdicts de Lubersac et Jehan de Barbezières, ayans leurs espées à leur costé, comme avoit ledict Bertrand, allèrent à pied vers ladicte compagnie, et ledict de Lubersac s'adressa audict Bertrand et luy dit telles parolles ou semblables : « Ventre-Dieu ! Lorrières, tu « me donnes grand'peine à te chercher. » — A quoi icelluy Bertrand respondit qu'il ne se cachoit point. — Et lors ledict Lubersac lui dit : « Viens çà, Lorrières; n'as-tu pas mesdit de moy depuys nostre accord ? » — Lequel, sans répondre simplement, luy dit conditionnellement : « Si tu n'as point mesdit de moi, non ay-je pas mesdit de toi. » — A quoy futdict par ledict Lubersac, ne désirant noise : « Ne m'estimes-tu pas homme de bien ? Veux-tu pas que nous demourions amis ? » — Et lors ledict Bertrand respondit conditionnellement comme dessus, que si ledict de Lubersac l'estimoit homme de bien, qu'il estimoit aussy icelluy Lubersac tel. Et quant et quant, sans autre propos, ledict Bertrand demanda audict Lubersac s'il estoit armé. — A quoi icelluy de Lubersac respondit qu'il avoit un jacques de maille et qu'il le laisseroit. Et de fait, en mesme instant et incontinant après lesdictes parolles dictes, icelluy Lubersac despouilla et laissa ledict jacques du maille. Et considérant qu'il ne sçavoit pourquoy ledict Bertrand lui avoit demandé s'il estoit armé et voyant ledict de Lubersac qu'il ne pouvoit prendre aucun advantaige, certitude ou résolution des réponses incertaines dudict Bertrand, et que ledict Bertrand ne le confessoit pas purement et simplement homme de bien, et que au contraire ce n'estoit point audict Lubersac à confesser simplement que ledict Bertrand feust de sa part homme de bien, premier que avoir sceu purement dudict Bertrand s'il avoit contre vérité dit qu'il avoit baillé à icelluy de Lubersac un coup de poing ou non, pour en sçavoir la vérité, icelluy de Lubersac dit alors audict Bertrand : « J'ay encores à te dire un mot. » Et adonques se tenant par les mains se séparèrent de la compagnie et allèrent sous un grand poirier, qui estoit près dudict lieu, où ledict Lubersac lui dit : « As-tu pas dict que tu m'avois baillé un coup de poing en la maison de M. de Rivières, lorsque nous eusmes desbat ensemble, qui estoit lors que, en repoussant le desmenti que tu me donnas, je te donnay un soufflet. » Ausquelles parolles, ledict Bertrand, en parlant toujours conditionnellement comme dessus, dit qu'il avoit dict que s'il lui avoit donné un soufflet, il avoit aussi donné à icelluy Lubersac un coup de poing; de laquelle parolle non veritable et tournant grandement à son déshonneur, icelluy de Lubersac esmeu et en grande colère mit la main à l'épée et desgueyna contre ledict Bertrand, et ledict Bertrand contre lui et lui rua ledict de Lubersac un coup d'estoc dont il fut profondément atteint dedans la poitrine au-dessus de la mamelle senestre; et de sa part aussi ledict Bertrand rua de sadicte épée quelques coups contre ledict de Lubersac, dont il ne fut atteint. Et sur ces entrefaites arrivèrent lesdicts de Barbezières et Damyer qui aussi desguejnèrent leurs espdes et ruèrent quelques coups, desquels ou de l'un d'iceux ledict Bertrand fut atteint et blessé en la main et d'un autre en la cuisse. Et là-dessus se départirent et retirèrent lesdicls Lubersac, Barbezières et Damyer, remontans à cheval pour retourner dont ils estoient venus, et en se départant ledict Lubersac dit tels mots ou semblables : « Lorrières, je t'ay baillé une bonne touche, vas te faire panser », croyant seulement l'avoir blessé en récompense de l'injure qu'il lui avoit faite tant par ledict desmenti que pour avoir dict qu'il avoit baillé audict de Lubersac un coup de poing (1). »

Je demande pardon âmes lecteurs de cette trop longue citation, mais où pourraient mieux que dans la pièce, que je viens de mettre sous leurs yeux, et d'une façon plus vivante et plus saisissante, se peindre et se retléter les mœurs, rudes sans doute, des gentilshommes du XVIe siècle et toutefois aussi leur fierté, leur souci de conserver leur nom sans tache, leur orgueil de soldats, leur sentiment raffiné de l'honneur !

Notes :

1. Lettres de rémission accordées à Pierre de Lubersac, seigneur de la Mothe (1551). Archives nationales, Trésor des Chartes, JJ 261, fol. 131-132.

Source : Gentilshommes campagnards de l'ancienne France, de Pierre de Vaissière.

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12 mars 2020

La signature de Deviau

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La Chataigneraie (1), 10 floréal an IV (2). L'adjudant-général Deviau (3) écrit au citoyen Petit Laurent commandant la place de Fontenay. Il lui envoie sous escorte le nommé Lapierre, arrêté sur dénonciation des habitants de Bazoges « qui l’accusent de complicité dans l’assassinat commis à Puimain chez la citoyenne Baudri, sur la personne du citoyen Baudri, maréchal de la Jaudonière. Ils accusent aussi de ce meurtre un nommé Gaillard, actuellement en arrestation à Fontenay… » L’épouse Baudri et ses domestiques pourront témoigner, et « quoique le nommé Lapierre ait rendu ses armes et fait sa soumission depuis cet assassinat, je crois que s’il est coupable, il ne peut profiter de l’amnistie accordée aux rebelles… »

(1) Commune de Vendée.
(2) Calendrier révolutionnaire; 30 avril 1796.
(3) Laurent Deviau de Saint-Sauveur; né à Chazelles en Charente.

Source : Généalogie Charente Périgord.

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La marche sur Le Caire de la 4e légère

Désireux de surprendre l'ennemi par la rapidité de ses mouvements, Bonaparte quitta Alexandrie par la route du désert qui, si elle avait l'avantage d'être la plus courte, allait imposer à l'armée une bien dure épreuve. Les divisions Reynier, Bon et Vial, qui quittèrent Alexandrie les 16 et 17 messidor (5 et 6 juillet), souffrirent particulièrement, car elles Irouvèrent sur leur chemin « les puits presque desséchés ». Le peu de ressources qu'offraient les villages avaient à peine suffi aux premiers venus et la faim et la soif marchaient avec l'armée dans cette âpre solitude. Quand de loin on signalait un réservoir ou une flaque d'eau, c'était à qui s'élancerait vers elle, on se heurtait, on se pressait sur les rives et, après avoir épuisé ce qui restait do cette boisson fétide, on s'arrachait encore la boue humide qui croupissait au fond. D'autres fois, quand, essoufflés et trempés de sueur, les plus agiles arrivaient au bord d'un puits, tout à coup, on les voyait s'arrêter, frappés de stupeur et muets de désespoir, puis on entendait ce cri déchirant : « Il n'y a plus d'eau. » Cri terrible dont on ne peut comprendre la portée que lorsqu'on a souffert les angoisses de la soif. Pourtant il fallait se remettre en route, le gosier sec, la langue aride, aspirer un air étouffant, supporter les reflets du sable et marcher avec effort sous un soleil perpendiculaire.

« Souvent une illusion poignante venait ajouter à ces tourments... A certaines heures on voyait passer l'image fantastique d'un lac, d'une immense étendue d'eau. Trompés par cette apparition, les soldats s'élançaient pour l'atteindre..., mais le lac fuyait à leur approche, insaisissable ».

Le 20, l'armée atteint le village de Birket. Indépendamment de la chaleur et du manque d'eau, elle eut encore à supporter un vent brûlant qui roulait des tourbillons de poussière ; il irritait les yeux et desséchait les gosiers.

Au village de Ouardan, ils trouvèrent enfin du grain qui fut broyé entre deux pierres, à la méthode arabe, ce qui leur permit de faire quelques galettes ou de la bouillie pour accompagner les oeufs, les poulets et les pigeons qu'ils consommèrent en abondance afin de se dédommager des privations des jours précédents, où ils s'étaient presque exclusivement nourris de pastèques... Les Egyptiens refusaient en paiement la monnaie des soldats, car « ils préfèrent des boutons blancs d'infanterie légère a un écu de 6 fr... ; aussi, lorsque nous sommes arrivés au Caire, les soldats des 2e, 4e, 22e d'infanterie légère n'avaient plus de boutons à leurs habits. Ce peuple demi-sauvage, ne connaissant probablement pas l'or, ne voulait que ceux qui étaient blancs, car il les croyait en argent ».

Le 21 messidor (9 juillet), l'armée arriva de bon matin à Damanhour, qui lui avait été annoncée comme une des belles villes d'Egypte.A sa grande surprise, elle la trouva aussi misérablement bâtie que les autres villages et incapable d'offrir aucune ressource pour le logement.

« La ville de Damanhour est un amas de huttes ressemblant beaucoup à des colombiers ; elles sont en terre et en briques cuites au soleil. Quelques mosquées, dont les minarets s'aperçoivent au milieu de hauts palmiers, offrent de loin un coup d'oeil assez agréable ; le prestige cesse quand on s'approche... ; les habitants, très hideux, ont pour habillement de mauvaises chemises bleues en lambeaux. Ils sont méchants et assassinent les Français qu'ils trouvent seuls. Enfoncés dans le désert, ils ont beaucoup de relations avec les Arabes et beaucoup de leur caractère. « Le 23 [4 juillet], l'armée partit de Damanhour pour Ramanieh, village situé au bord du Nil. Nous fûmes harcelés pendant toute la marche par les Arabes ». « Bonaparte courut le plus grand danger ; marchant isolé de toutes les divisions avec un petit nombre de guides et d'officiers supérieurs, il n'échappa à un parti de Bédouins qu'à la faveur d'une élévation de terrain qui le déroba à leurs regards. Ce fut à cette occasion qu'il s'écria : « Il n'est pas écrit là-haut que je doive « être pris par les Arabes. »

« Ramanieh se montrait aux Français comme une terre promise. C'était là qu'ils allaient trouver le Nil et ses bords ombragés. Quand ils aperçurent le fleuve béni, ce fut pour eux un moment de délire. Officiers et soldats, tous s'élancèrent en désordre vers la rive, et là, plusieurs milliers d'hommes armés et habillés se jetèrent dans l'eau jusqu'au cou, l'aspirant par tous les pores, ouvrant leur bouche au courant du fleuve. C'était une joie, une extase universelles ; on voyait quelques-uns de ces hommes, à peine sortis du Nil avec leurs habits ruisselants encore, se rouler dans le gazon qu'ils croyaient perdu pour eux et embrasser avec amour les verts sycomores du rivage ».

L'ennemi étant signalé comme ayant pris position au village de Cheibreiss ,l'armée se remit en marche le 24 (12 juillet) au soir ; le 25 au matin elle était en présence de l'ennemi.

« Mourad bey, nous attendait pour nous livrer la bataille... ; sa flottille sur le Nil... avait déjà attacjué la nôtre et abordé plusieurs djermes qui en faisaient partie et se trouvaient en avant des autres. Nous eûmes beaucoup d'hommes égorgés sur ces barques.

« Aussitôt que nous fûmes arrivés, des troupes de Mamelouks sortirent du village et parurent disposées à commencer la charge. Nos bataillons carrés étaient formés ;... cet ordre de bataille les étonna ; ils voltigèrent autour de nous. Quelques-uns des plus braves, sans doute pour animer les autres, se détachèrent et vinrent charger nos tirailleurs... : c'était un superbe coup d'oeil que de voir cette troupe voltiger devant nos bataillons ; leurs brillantes armures, leurs selles, les harnais de leurs chevaux presque tous brodés en or ou en argent produisaient au soleil un très joli effet.

« Plusieurs fois ils s'approchèrent très près ; la vivacité de la canonnade et la bonne contenance de nos carrés leur firent perdre la résolution qu'ils avaient de tomber sur nous. Las de les attendre, Bonaparte ordonna qu'on marchât sur eux. Les divisions s'ébranlèrent au pas de charge, et bientôt on vit les Mamelouks prendre la fuite, abandonnant 26 pièces de canon ; en un clin d'oeil ils disparurent. On continua la marche jusqu'au soir sans revoir l'ennemi ».

Parmi nos compatriotes qui avaient pris part au combat, le chef de bataillon Lacroix se comporta sans doute très brillamment puisqu'il reçut deux coups de feu à la cheville gauche et au pied droit. Aucun renseignement ne nous permet d'affirmer qu'il joua, au cours de ce combat, un rôle particulier, mais il est certain que nous ne pouvons pas considérer que ce fût lui qui repoussa Mourad bey lors de ce combat ; son rôle, quoique glorieux, fut beaucoup plus modeste. Cela n'enlève rien des mérites de Lacroix, qui déjà s'était fait remarquer.

Lacroix était originaire de La Rochefoucauld, où il était né le 29 septembre 1761 ; il semble n'avoir reçu presqu'aucune instruction, puisqu'il était incapable de rédiger une lettre. A 15 ans, il était en apprentissage chez un cordonnier et, clans ses conversations, nous dit son historiographe, M. L. Bertrand, il ne rêvait que guerre et bataille. Ce ne sont point là des indices suffisants pour faire présager sa future carrière, mais ils préviennent notre étonnement de le voir s'engager le 1er janvier 1781 dans Lyonnais Infanterie (plus tard 28s régiment d'infanterie). La même année, il s'embarque sur la frégate Hermione, à destination de l'Amérique. En 1782, il assiste aux sièges de Port-Mahon et Saint-Philippe ; en septembre de la même année, il est à Gibraltar ; il passe successivement caporal le 15 septembre 1784 et sergent le 1er juin 1785.

Ses origines roturières et son manque d'instruction ne lui laissent aucun espoir d'obtenir l'épaulette d'officier ; aussi il prend son congé absolu le 1er janvier 1789 et revient dans sa ville natale.

La Révolution allait lui permettre de donner sa mesure clans une carrière qu'il semble bien avoir embrassée par goût. Dès que la Constituante a ordonné la levée de bataillons de volontaires, il s'enrôle (15 septembre 1791). Le 17 octobre de la même année il est élu à l'unanimité capitaine de la 6e compagnie de fusiliers du 1er bataillon de volontaires de la Charente, (plus tard 4e demi-brigade légère) ; elle comprend 173 hommes. Il rejoignit l'armée du Nord, avec laquelle il combattit en 1792 ; l'année suivante il fit partie de la garnison de Valenciennes, « se replia dans la camp de Famar où il tint tête pendant 15 jours aux Autrichiens ». La même année, il participe en octobre au siège de Lyon et est nommé chef de bataillon le 11 brumaire an II (3 novembre 1793).

En 1794, il figure à l'armée des Alpes au quartier général de Nice ; il prend donc part à la campagne d'Italie. Il est confirmé dans son grade à la 4e demi-brigade lors de l'embrigadement du 1er nivôse an V. Le 29 nivôse an V (14 janvier 1797), il est blessé d'un coup de feu à la poitrine à la bataille de Rivoli.

Remis de sa blessure, il se fait remarquer à l'affaire de Neumark, le 22 mars 1797, où, à la tête de ses tirailleurs, il poursuivit un groupe d'infanterie, appuyé par un grand nombre de paysans, « les mit en déroute, ainsi que la cavalerie nui protégeait leur retraite, et dépassa Brixen tandis qu'une partie des tirailleurs y entrait et en expulsait totalement l'ennemi ». Au moment où s'organise la campagne d'Egypte, il tient garnison en Corse avec la 4e demi-brigade. Il fait partie du corps expéritionnaire : nous avons vu qu'il fut blessé au combat de Cheibreiss.

Du 14 au 19 juillet, l'armée continue sa marche pénible dans les sables brûlants où s'enlisaient les convois et l'artillerie, qui, continuellement harcelés par les Bédouins, n'avançaient qu'au prix d'efforts inouïs. Comment Lacroix, blessé aux jambes, réussit-il à suivre ? Par quels moyens ou par quels prodiges de résistance ou d'énergie ? Rien ne nous permet de nous en faire une idée.

Source : Avec Bonaparte en Egypte, de Marc Leproux.

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Historia pontificum et comitum Engolismensium

Notice dans l'Historia pontificum et comitum Engolismensium ("Histoire des évêques et des comtes d’Angoulême") en 1160, traduction Claude Gigon.

Post quem suscepit electionem Cleri petitione & assensu Hugo natione Engolismensis, Rupis-Focaldi oppidanus, Petro patre, Edoarda matre natus, Ecclesiae Engolismensis Cantor, qui a primaria etate castitatem & munditiam fervavit, etiam verba illa que bonos mores corrumpunt verecunde vitabat. Fuit humilis in omni actu, in locutione gratiosus, nihil habens rusticitatis admixtum, qui cum parvus adhuc, vel habitu esset, tamen in predicatione facundissimus erat. Qui liberalibus artibus imbutus Magistro Gisleberto in Galliis adhaerens, illum maxime in Theologia sequutus est. Cum autem Gaufridus Burdegalensis decessisset, Canonici Burdegalenses vocem suam in electionem dederunt Engolismensi, Agennensi, Pictavensi, Xantonensi, Petragoricensi. Qui cum de electione secreto tractarent, Henricus Rex se intermiscuit concilio eorum, deprecans, quatenus Joannes de Saecli Magister Scholarum Pictavensium per eos in Archiepiscopum eligeretur. Et ipse praesens Rex volebat interesse electioni, ne aliquis Episcoporum contra voluntatem Regis aliquid diceret. Cum vero Rege praesente praedicti Pontifices timido silentio stuperent, solus Hugo Engolismensis Episcopus dixit: Domine Rex nobis quibus electio juste commissa est, de electione in praesentia vestra tractare non licet: quandiu autem hic nobiscum fueritis de officio Ecclesiastico & de ordinatione nobis commissa tacebimus, nec amplius qui voce nostra primo promotus est per nos promovebitur. Quod audiens Rex cum maximo rancore tristis abscessit. Comes itaque Guillermus de itinere Hierosolymitano regressus maximam guerram cum Rannulfo de Agernac sororio suo habuit. Qui Rannulfus quadam die cum magnas militum & peditum copias congregasset & Castrum novum capere pararet, praedicto Guillermo cum paucis sibi occurrente cum illa peditum & militum multitudine ab eo captus est. Item Arnaldo Bocardi praefatum Guillermum graviter infestante G. Mandugot, seu Manigot, cum ad auxiliandum illi properaret, a praedicto Consule captus & in vinculis redactus est. Idem Consul magnas guerras habuit cum Fulcone & Gaufrido fratribus suis, cum Focaudo Archiaci, cum Iterio de Coniaco & multis aliis Baronibus qui abstulerant ei munitionem Macuriae, quam obsidens praefatus Comes repulsis inimicis, honorifice suscepit. Illus quoque eximium illi accidit. Nam cum guerram haberet cum Guidone de Rupe-Foucaudi armata manu intrans castrum Rupis-Foucaudi, quidquid extra turris munitionem invenit aut ignis combustione delevit, aut rapinis dirupit. Cumque saepe nominatus cum Rege Anglorum ad obsidionem Chosae venisset, contigit quod Hugo Engolismensis Episcopus gravissima infirmitate correptus opprimeretur, quem modum infirmitatis cum astantes Medici judicare non possent, multa ignoranter dixerunt. Quantae charitatis praedictus Hugo Pontifex fuerit; quam assiduus in lectione, quam benignus erga subditos, dicere nequimus. Ex quo urbem ingrediebatur cum Cathedralibus in choro omnibus horis & maxime in matutinis Deo psallebat communi voce, non gravata Episcopali auctoritate, & fastidiens palatium in Claustro cum Cathedralibus frequenter residebat, nisi Ecclesiasticae causae traherent illum, qui maxima bona mense Episcopi contulit. Consilio ejus Ecclesia Engolismensis judiciariam de Julac acquisivit. Qui homo summae pacis & summae concordia ex quo ipse discessit, quasi cum eo pax & concordia discessit: tota civitas in seditionem versa est. Vix sexagenarius maximo planctu Clericorum, lamentatione nobilium, luctuoso gemitu utriusque sexus & aetatis post munitionem (inunctionem) & acceptam Eucharistiam obdormivit in Domino pridie Idus Augusti MCLIX anno ab Incarnatione Domini. Sedit annis X. mensibus 2. die uno. Sepultus est intra Ecclesiam Cathedralem a Septentrionali parte. Cessavit Episcopatus usque ad Idus Octobris sequentis.

Après Lambert, Hugues fut élevé au siège épiscopal avec l'assentiment et même sur la demande expresse du clergé. Il était de la province d'Angoumois et né dans la ville de La Rochefoucauld, de Pierre et d'Édoarde. Comme dignitaire ecclésiastique, il était chantre de l'église d'Angoulême. Hugues avait conservé la chasteté et la candeur du premier âge; il évitait toute conversation susceptible de porter atteinte aux bonnes mœurs; il était humble dans ses actions, agréable dans ea conversation où rien de rude ne venait se mêler, et bien qu'il eût un défaut de prononciation, il était fort éloquent dans ses sermons. Nourri dans les arts libéraux, il était étroitement uni à Gilbert, son maître dans les Gaules, dont il suivit en tout point les opinions théologiques. Peu après l'élévation de notre évêque, Godefroy, archevêque de Bordeaux, vint à mourir. Les chanoines du chapitre embarrassés donnèrent leurs suffrages aux évêques d'Angoulême, d'Agen, de Poitiers, de Saintes et de Périgueux, pour confier l'élection à leurs soins; et pendant'qu'ils s'occupaient en secret de cet objet important, Henri, roi d'Angleterre et d'Aquitaine, s'introduisit dans leur réunion, recommandant vivement Jean de Sechius, maître écolâtre de Poitiers, afin qu'ils relevassent à l'archiépiscopat; le rôi voulait même que la chose se décidât devant lui, dans la crainte que quelqu'un des évêques ne parlât contre sa volonté; et comme tout le monde en présence du monarque gardait un timide silence, Hugues seul, osant élever la voix, dit: « Seigneur roi, il ne convient pas que nous qui sommes seuls chargés de celte élection nous délibérions en votre présence; donc, aussi longtemps que vous serez parmi nous, nous nous tairons sur les affaires ecclésiastiques et sur l'ordination qui nous est confiée; quant à celui que vous, le premier, avez recommandé à nos suffrages, il ne sera pas élu de préférence. » Ce qu'entendant le roi, il se retira méconlent et plein de rancunes. Vers ce même temps, Guillaume, comte d'Angoulême, revint de son voyage à Jérusalem et eut une gnerre formidable avec son beau-frère, Ranulfe de Jarnac. Celui-ci ayant prémédité d'enlever Châteauneuf, assembla une grande troupe de soldats de pied; mais Guillaume, accourant au-devant de lui avec une poignée des siens, s'empara de sa personne et des soldats qu'il avait assemblés. Dans ce même temps, notre comte était gravement attaqué par Arnaud, fils de Bouchard, et Mandugot, allié de celui-ci, accourait en toute hâte pour lui prêter main-forte; mais, prévenu par Guillaume, il fut pris et retenu dans les fers. Il eut encore plusieurs autres guerres avec Fulcon et Godefroy, ses frères; avec Foucaud d'Archiac, Hier de Cognac et beaucoup d'autres barons, qui lui avaient enlevé la forteresse de Macurie. Le comte mit à son tour le siège devant la place, et, après avoir repoussé ses ennemis qui l'inquiétaient, il la reprit avec honneur. Enfin, il accomplit un autre haut fait éclatant. Ayant eu guerre avec Guy de La Rochefoucauld, il s'introduisit dans sa forteresse à main armée, et tout ce qui se trouvait en dehors des tours fut détruit par le feu ou ravagé par le pillage. Ensuite notre comte, de concert avec le roi d'Angleterre, vint mettre le siége devant Cozes, et alors il arriva que l'évêque Hugues, frappé tout à coup d'une maladie extrêmement grave, tomba dans la stupeur, et les médecins qui l'assistaient n'ayant pu juger de quelle maladie il était atteint, dissertèrent sur le sujet avec une extrême ignorance. Jamais nous ne saurons dire combien fut grande sa charité, combien il était assidu dans ses lectures, combien il fut doux pour ses subordonnés. Chaque fois qu'il entrait dans sa ville épiscopale, il se rendait au chậur avec ses chanoines, et là, à toute heure et surtout à matines, il psalmodiait avec eux d'une voix grave les louanges de Dieu, oubliant pour ainsi dire son rang et son autorité ; fuyant son palais, il résidait le plus souvent dans le cloître avec ses chanoines, à moins qu'il n'en fût arraché par l'intérêt de l'Église. Pendant son gouvernement, il apporta les plus grands biens à la manse épiscopale; par son conseil encore, l'église d'Angoulême fit l'acquisition de Juillac-le-Coq. Homme de concorde et de paix sublimes, il se retira de la vie, et il sembla qu'avec lui s'étaient aussi retirées la paix et la concorde, car après lui la cité tout entière fut en proie à la sédition. Bientôt, au milieu des cris de douleur du clergé, des lamentations de la noblesse, des pleurs et des gémissements du peuple, sans distinction d'âge ni de sexe, il s'endormit dans le Seigneur, à peine âgé de soixante ans, l'an de l'incarnation 1159, la veille des ides d'août, après avoir reçu l'onction sainte et avoir accepté l'Eucharistie. Il avait occupé le siège épiscopal dix ans deux mois et un jour. Il fut enseveli dans la cathédrale, vers la partie septentrionale.

La crosse épiscopale du XIIe siècle conservée au musée d'Angoulême appartenait à Hugues Tizon, évêque d'Angoulême de 1149 à 1159.

Hugues Tizon était chantre et l'un des chanoines de la cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême avant son élection en 1149, suite au décès de Lambert de La Palud. Celui-ci l'avait désigné comme successeur.

Dans les chartes en latin, il était alternativement appelé Ugo Ticio, Ugo Tizo, Ugone Ticione, Hugonem Ticionem. Après il sera simplement connu sous le nom d'«évêque Hugues».

En 1144, le chanoine Hugues Tizon était témoin d'une donation de terre par le comte Guillaume Taillefer au chapitre d'Angoulême. Dans un traité relatif à sa chantrerie, il apparaissait aux côtés de l'évêque Lambert.

Issu d'une famille noble de La Rochefoucauld. Fils de Pierre Tizon, damoiseau.

Les Tizon ou Tison à Dirac figuraient parmi les prévôts de l'évêché aux côtés des Jourdain à Marsac. Ces deux familles étaient fortement soupçonnées d'accaparer les forêts sous leur administration et de s'enrichir indûment.

Le lignage aîné éteint au XVIIe siècle, allié aux maisons de Volvire, de La Rochebeaucourt... etc., prit le nom de Tizon d'Argence (Champniers) pour se distinguer des autres lignages cadets : par exemple Tizon de La Rochette, Tizon de Coulgens, Tizon de Jauldes.

Il mourut le 12 août 1159, âgé de 60 ans environ, et fut inhumé le lendemain.

Source : Généalogie Charente Périgord.

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Le plan du château d'Aunac

plan-aunac

Aunac est un des châteaux gothiques les plus gracieux et les mieux conservés de l'Angoumois. Il est situé sur la rive gauche de la Charente, entre Verteuil et Mansle. Il attend qu'une main intelligente vienne lui rendre sa beauté primitive; comme il n'a encore subi aucune mutilation, c'est peut-être de nos jolies demeures féodales, celle qui se prêterait le mieux à une restauration bien comprise. Un homme de goût, M. de Montalembert, pair de France, a admiré Aulnac et a presque jeté l'anathème sur l'insouciance qui laisse tomber, une à une, les pierres d'encorbellement de ses mâchicoulis.

La première entrée du château, du côté du bourg, est protégée par deux tourelles percées de meurtrières.

La seconde entrée A est la porte proprement dite ; elle avait autrefois son pont-levis. Elle est surmontée de mâchicoulis et de créneaux, et flanquée de deux tours rondes à l'extérieur du côté de l'ouest, et carrées de l'autre. Les armoiries des La Rochefoucauld se trouvents culptées aux clefs de voûte du rez-de-chaussée des deux tours. On les voit aussi répétées en plusieurs endroits du donjon B.

Ce donjon, d'une magnifique construction, s'élève sur un très-beau plan. A l'est, vous avez devant vous une tour d'un immense diamètre, terminée dans le haut par un mâchicoulis crénelé; à l'ouest, c'est une tour d'un moindre diamètre formant avant-corps sur une façade carrée à ses extrémités. L'exécution ne le cède en rien à l'originalité du plan : tout y est sobre d'ornements, mais l'œuvre brille par la noblesse des lignes et l'harmonie de toutes les parties qui la composent. C'est un des bons morceaux de l'architecture du XVe siècle.

Les arts, en Angoumois, ont dû beaucoup à cette grande maison de La Rochefoucauld. La Rochefoucauld, Verteuil, Aunac, Bayers, Barbezieux attestent le goût éclairé de cette famille illustre. Du reste, le beau pays où ils ont élevé ces gracieux monuments méritait ce luxe de princes ; les bords de la Charente sont un pays enchanté.

Source : Statistique monumentale de la Charente, de Jean-Hippolyte Michon.

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11 mars 2020

Lettre du représentant Crévelier

Paris, le 2 prairial, l'an 6e de la République françoise, une et indivisible.

Citoyens administrateurs,

Je m'empare, ainsi que je l'avois promis, du premier instant disponible pour vous annoncer que je suis à mon poste. Hier, j'ai eu l'honneur de siéger au Conseil avec les députés de l'an 6, et nous avons prêté ce serment qui sera toujours fatal et aux vils partisans des rois et aux sectaires immoraux de l'anarchie. L'organisation de notre bureau et de celui des Anciens est selon moi d'un heureux présage : il paroit qu'on fait ici quelque cas de ces exconventionnels tant déchirés, tant calomniés depuis trois ans. Le Directoire s'avise même de donner des fonctions très importantes à ceux qui ne sont pas réélus au Corps législatif; et de tout cela, mes amis, vous en conclurez ce qu'il appartiendra. Bellegarde qui s'avise aussi d'avoir quelque confiance en ces mêmes conventionnels, va beaucoup mieux, et avec du ménagement sa santé sera bientôt rétablie.

On attend l'ex conventionnel Threillard qu'on s'est encore avisé de porter au Directoriat et l'ex conventionnel Syeis est aussi envoyé à Berlin, de manière que cette race au lieu de s'éteindre semble pulluler plus que jamais. Elle a dans les deux Conseils des ramifications très étendues. Comment voulez vous donc que les incroyables et les exclusifs puissent parvenir à leur but ? Non, ils n'y parviendront pas, j'en jure par le génie de la liberté. La Constitution de l'an 3 résistera à toutes les attaques. Je n'ai point encore assez examiné la phisionomie du nouveau Corps législatif pour en porter un jugement solide, mais les amis de la République ont beaucoup d'espoir.

La loi relative aux élections vous donne quelque idée des principes qui ont dirigé les Conseils et le gouvernement, et qui vraisemblablement seront à l'ordre du jour pendant cette session; au surplus, vous en verrez les développemens et l'applications. Il est temps que les factions disparoissent et que le peuple françois ne soit plus dupe et victime de ses adulateurs royaux, ou démaguogues. La Constitution de l'an 3, voilà l'unique but et l'unique objet des désirs républicains.

Continuez, administrateurs patriotes, à faire aimer la République par une administration sage; et de l'énergie et de la prudence, justice égale pour tous, et vous trouverez dans la tranquillité commune et le bonheur de vos administrés la seule récompense qu'il vous soit permis de désirer et glorieux d'obtenir.

Salut et fraternité.

Crévelier.

Mon adresse : Au représentant du peuple Crévelier, député par le département de la Charante au Conseil des Cinq Cents, Rue Honnoré, n° 52.

Source : Revue des bibliophiles.

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La Société des Amis de la liberté et de l'égalité de Montbron

Extrait des registres de la Société des Amis de la Constitution du club de la ville de Montbron. du département de la Charente, le 30 de la 3e décade du 1er mois de l'an II de la République française une et indivisible.

Citoyens représentants,

Depuis trop longtemps l'agiotage et l'accaparement. ces deux fléaux de l'humanité, pcsaient sur la classe du peuple la plus infligent; déjà vous aviez pris des mesures importante qui semblaient en opérer la destruction, mais ces deux mesures étaient insuffisantes parce qu'elles n'attaquaient pas le mal dans sa source; pour parvenir à ce but si digne de vos vues paternelles, il fallait nécessairement fixer le maximum de toutes les denrées de première nécessité et c'est ce que vous venez de faire par le décret des 11 et 29 septembre. Par là, vous avez encore obtenu un avantage essentiel, citoyens représentants, celui d'augmenter en quelque sorte, sans création, la masse des assignats.

Toutes les dispositions contenues dans ces deux décrets attestent d'une manière bien frappante que vous n'avez négligé, citoyens représentants, aucune des précautions possibles pour en assurer le succès mais plus ces précautions sont importantes, et plus aussi elles imposent l'obligation à tout bon citoyen de concourir de toutes ses facultés à leur exécution.

C'est dans ces vues, citoyens représentants, et pour nous conformer à vos sollicitudes, que nous croyons devoir voue représenter qu'il est urgent d'obliger le minière de l'intérieur à mettre toute l'activité possible dans l'exécution de l'article 22 de votre décret du 11 septembre les mesures proscrites par cet article nous paraissent être le véritable fondement de ce décret, et nous en regardons la prompte exécution comme tellement importante que, s'il en était autrement, nous craindrions qu'un décret aussi bienfaisant et qui fait le plus grand éloge des motifs qui vous l'ont dicté, ne devint très désastreux pour les départements qui ont un déficit de subsistances.

Il est tels départements citoyens représentants, dont le plus grand produit étant en vins, ne recueillent presque jamais les grains nécessaires à leur consommation, tandis que d'autres, au contraire, dont presque toute la culture est en grains, en ont toujours un excédent à offrir en échange. Veuillez bien, citoyens représentant, peser dans votre sagesse cette considération applicable à d'autres départements selon le genre de leurs productions : elle pourra vous conduire à examiner en même temps s'il ne serait pas à propos que le ministre de l'inférieur, sans attendre le complément du recensement de tous les grains de la République, fît passer provisoirement une partie de l'excédent manifeste de certains départements dans ceux dont le genre de culture annonce d'une manière également frappante leur défaut d'approvisionnement.

Ah ! sans doute, et nous aimons à en juger par les sentiments fraternels qui nous animent, les départements qui ont un excédent de grains s'empresseront, à la première réquisition, de le faire circuler pour le soulagement de leurs frères ! Comme nous, ils ont fait le serment de maintenir l'unité et l'indivisibilité de la République et ils savent bien que ces attributs essentiels qui la caractérisent n'en sont les plus fermes appuis que parce qu'ils imposent à tous les Français les devoirs sacrés de cette douce fraternité qui les oblige à se secourir mutuellement comme membres d'une famille une et indivisible.

Citoyens représentants, la patrie, en vous plaçant au poste éminent que vous occupez, vous a chargés d'une manière toute particulière de veiller sur ses destinées, nous vous invitions à y demeurer jusqu'au moment où vous aurez consolidé les bases de sa prospérité.

Les membres composant la Société des Amis de la liberté et de l'égalité de Montbron (département de la Charente).

Suivent 68 noms.

Pour expédition : J.-B. Raoul, président; Vallantin, secrétaire.

Source : Archives parlementaires de 1787 à 1860, tome 78.

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La Révolution dans le Canton de Jauldes

I) Les premiers temps :

Jauldes est le septième canton du district de La Rochefoucauld (Charente). Ce canton a existé de 1790 au Consulat (le 18 brumaire). Il comprenait neuf communes : Agris, Anais, Aussac, Brie, Coulgens, Nanclars, La Rochette, Tourriers et Jauldes.

Le 14 juillet 1789 reste une date clef. Pour la première fois, le peuple est apparu plus fort que les Rois. Dès la fin de 1788, l'effervescence avait grandi à Paris, Le 14 juillet au matin, la foule, désireuse d'avoir des armes, alla en chercher à l'hôtel des Invalides, puis à la forteresse de La Bastille. Suite à ces faits, les premiers départs pour l'immigration vont s'effectuer. Le 1er août 1789, toutes les frontières furent fermées ou surveillées de très près. Les passeports ne s'obtinrent qu'au marché noir, Le prix monta jusqu'à dix mille livres (plus de 300 francs).

Dans notre canton, dès le mois de mai, des pillages de grain sont signalés. Au mois de juillet 1789, commencent des aftentats personnels. La situation va bientôt être aggravée par la carence des pouvoirs publics. Les nobles et les prêtres attaqués, ne pouvant plus espérer les secours de la Maréchaussée, se verront livrés sans défense à la populace en furie. Le départ de ces jeunes nobles, ou supposés nobles, n'allait point sans déchirement. Ils laissaient leurs terres, leurs maisons, leurs familles pour prendre le chemin de l'exil. Un parcours semé d'embûches.

Les victimes

1) Quelques personnes exilées

Marc Pierre René Bareau, Marquis de Girac et Seigneur de Fayolle, émigra en 1791 avec une partie de sa famille. Il se rendit au cantonnement de Cardou, le 21 mai 1792. Il rentra dans la compagnie des officiers du Régiment de Normandie comme aide de camp. Il fait les campagnes de Hollande de 1794 à 1795. Il rejoint l'Angleterre où il séjourne jusqu’en 1799. Rayé de la liste des émigrés par arrêté des consuls, le 15 avril 1802, il rentre alors en France. Néammoins, ses biens, dont le château de Fayolle, sont vendus au profit de la République. Le château contenait le nombre de 272 journeaux et 190 carreaux. A la menne du pied de Guienne, divisé en dix-huit lots estimés à la somme principale de 49.250 livres par le citoyen Lesenne, géomètre du district Révolutionnaire de La Rochefoucauld, demeurant au village de Magnac en paroisse Jauldes. Le quartidé de la troisième décade de Nivose de la deuxième année républicaine. (Archives Départementales de la Charente. Série Cartes et Plans n° 8.)

Jean-François Crozan, chevalier alias François, fils de Maximilien Crozan, Seigneur de Rivière et de Marguerite Normand de La Tranchade, Il n'a que dix-huit ans quand il émigre, en 1791. Il se retrouve dans l'armée le 20 octobre, au cantonnement d'Andérrarde. Il enfre dans une compagnie d'infanterie (pas la 7e), commandée par des officiers de divers régiments. Le tout commandé par le Comte de Ronault, il part pour Coblenz, le 5 décemre 1791. A Munster-Mayenfeld, il rejoint les gentilshommes d'Angoumois, de Saintonge et d'Aunis. En janvier 1792, nommé officier, il rentre dans le Régiment de Normandie, où il fait la campagne dans l'armée des princes.

2) Quelques personmes executées:

Logis du Bois de Jauldes

Anne de Crozant, née en 1715, mariée à Jean de Labrosse. Veuve de celui-ci, décédé en 1744, elle fut arrêtée pour « conspiration avec l’ennemi » et « correspondance clandestine avec des prêtres exilés. » Dénoncée au District révolutionnaire de La Rochefoucauld par un de ses domestiques, qui avait découvert une correspondance avec son fils émigré. On la conduisit dans les sous-sols du château de La Rochefoucauld qui servaient de prison et de « salle d'attente » avant de partir à Paris pour être guillotinée. Déjà âgée, elle ne put résister aux mauvais traitements (froid, humidité, faim) et y décéda.

Sa belle-soeur, Anne Marguerite Normand de La Tranchade, veuve de Pierre François de Crozant avant la Révolution. Elle eut deux fils : l'aîné, Jean François de Crozant, émigré dès le début de la Révolution. Tls furent saisis en tant que propriétaires ainsi que son frère du logis et dépendance du Bois de Jauldes. Elle fut arrêtée et conduite au château, elle aussi. Le dossier de Mme Marguerite Normand de La Tranchade, conservé aux archives nationales, permet de suivre la longue marche vers l'échafaud, où seuleument dans les différents arrêts on pouvait se reposer un peu dans un très court sommeil. Pour repartir au relais suivant.

Le parcours était immuable : La Rochefoucauld-St. Junien, Limoges-Argenton sur Creuse, Vierzon-Etampes, et... l'échafaud. Le voyage durait deux semaines, où l'on avait le temps de méditer sur son propre sort ou ceux des passagers du même charroi. Mme. De La Tranchade fut décapitée le 16 juillet 1794.

Les pillages

Le 28 juillet 1789, dans le Canton de Jauldes, des bruits circulent sur la venue de briqands, d'un nombre considérable. Ils se dirigeraient vers les villes d’Angoulême et de La Rochefoucauld. Le commandant provisoire de la milice de Jauldes ne possède pas d'armes lourdes (canons). Il partit donc avec ses hommes et parcourut les forêts circonvoisines. Puis les bois situés au Nord-Ouest de notre commune, en quête de débusquer ces fameux brigands. Au retour de notre brave milice, sur le rapport qu'elle fit, le calme fut rétabli dans l'esprit de tous les habitants du Bourg et des hameaux voisins. Ce n'était qu'un bruit sans fondement.

Organisation militaire

Le 1er mars 1790, un futur général de la Révolution est nommé par le district révolutionnaire de La Rochefoucauld commandant de la garde de Jauldes. Il s'agit de Pierre Fureau, dit Villemalet, citoyen de La Rochette. Il quitte l'armée du Roi Louis XVI en 1789 après avoir été seulement nommé caporal suite à neuf ans de service (!). Ne pouvant pas prétendre à une retraite, à défaut de ne pas avoir plusieurs titres de noblesse, il s'engage dans les premiers volontaires de la Révolution. L'année suivante, le 17 octobre 1791, il est nommé capitaine de la troisième compagnie du 1er bataillon de volontaires de la Charente. Dans ce dernier bataillon, figurent les noms des quarante volontaires de la garde nationale de la ville de La Rochefoucauld, les noms des 188 volontaires, originaires des soixante-quinze communes du district révolutionnaire.

Regroupés à Angoulême le 17 octobre 1791, ils quittent le département le 5 décembre. Ils suivent à pied l'itinéraire suivant, par étapes : Angoulême-Chabanais, St. Junien-Limoges, Ste. Maure-Tours, Amboise-Blois, Beaugency-Orléans, puis Dormans en Champagne. Ils arrivent en avril 1792 à Maubeuge où ils restent jusqu'en mai. De juin à août, ils tiennent garnison à Valenciennes, où ils sont adjoints au 29ème Régiment d'Infanterie, dans l'ordre de la Bataille de Dumouriez. Les deux citoyens Jean Chauvaud et Louis Petit de la commune de Jauldes, en firent parti.

III) La Révolution chez les habitants de Jauldes :

Vu le peu d'engagés volontaires, le District de La Rochefoucauld sous les ordres de l'Assemblée, durcit sa position en matière de recruterments. Le 2 mai 1793 face à la coalition des puissances étrangères et des Ennemis de la République, aux pertes supportées par la France, le Comité de salut public du District ordonne une levée d'hommes. Le Commandant Lechelle fut appelé par un arrêté départemental du 27 mai 1793 pour former un régiment de cavalerie à raison de neuf hommes pour Jauldes.

Les vivres commencèrent à manquer aux soldats. Le 9 juin 1793, sur la commune, il fut enjoint aux habitants de déclarer sous huit jours les farines et grains qu'ils possédaient. La commission passa dans chaque foyer. Il fut défendu expressément de détacher ou de ramasser aucune espèce de fruits tombés sous les arbres ou d'y laisser passer les bestiaux sous peine de quarante-huit heures de prison. Il fut également interdit à compter du 25 août 1793 d'aller acheter des animaux dans les pays contaminés par la maladie, sous peine de cent Francs d'amende.

Le 12 septembre 1793, ce fut le recensement général des fourrages, avoine, orge, paille et foin, Puis vint la réquisition des armes. En application du décret de la Convention Nationale du 29 septembre 1793, fixant le maximum des prix des denrées et marchandises de première nécessité, la municipalité fixa le maximum des salaires, gages, main-d'œuvre et journée de travail, qui fut consigné sur le registre, et lu par le procureur public devant l'Assemblée :

1°) Un laboureur à bœuf pour charroyer sans être nourri, ni ses bœufs, avait droit à cinq livres par jour.

2°) Le même bouvier pour labourer lorsqu'il ne sera pas nourri, ni ses bœufs, aura droit à quatre livres. Lorsqu'il sera nourri lui seul, trois livres.

3) Menuisier, Charpentier, tonnelier, Charron, Scieur de long, tailleur de pierres non nourris, une livre dix sols. Nourris : quinze sols.

4°) Maçon, recouvreur, piqueur sans être nourris : une livre quatre sols. Nourris : quinze sols. Tailleur d'habits : dix sols. Tailleuse d'habits : trois sols.

5°) Laboureur à bras sans être nourri : dix huit sols. Nourri : huit sols. Femme en journée nourrie : huit sols.

Il n'est pas anodin de préciser que les journées de travail commençaient à cinq heures du matin pour finir à huit heures le soir.

***

Le 10 mai 1794, le citoyen Ravaud de St. Angeau, fut chargé par le Comité des réquisitions de venir prélever chez les habitants de Jauldes possédant des cochons, et d'en prendre 1/8. La majeure partie des cochons étant aux champs, il accepte après bien des tractations de remettre la levée au lendemain. La Cavalerie manquant de chevaux, on établit également une réquisition de ceux-ci.

Le 29 prairial de la seconde année républicaine, s'est présenté le citoyen Boissier Louis, maître de poste au pond de Churet (Anais), avec un extrait des registres du Directoire de La Rochefoucauld, portant commission du recensement des pailles et des foins, et chargeant la municipalité de Jauldes d'accompagner le dit Boissier dans l'exécution de sa mission. De plus, nul ne devra couper son seigle et son orge sans prévenir la municipalité, s'il ne veut pas être dénoncé au Comité Révolutionnaire et encourir une sanction.

Le district révolutionnaire supervise les notaires pour toutes les ventes de biens. C'est Pierre de Ray De Labrosse qui va effectuer la vente du Logis du Bois de Jauldes à Michel Roux, le 11 de Nivose de l'An II de la Révolution. Le 21 messidor de l'an II (9 juillet 1794), le citoyen Ravaud et le citoyen Commandant des réquisitions Charles Lechelle furent chargés de visiter les communes du canton de Jauldes pour réquisitionner toutes les vieilles fontes, les poteries de fer hors-d’usage, les plaques de cheminées, et d'autres objets en fer coulé.

La poudre manquait pour les armes des soldats. On désigna Cambois-Robinière, et Boissier-Descombes, pour recueillir du salpêtre dans les écuries et sur les vieux murs de notre commune. Vers le 16 juillet 1794, le Commandant Lechelle avait pour mission de recueillir les plantes propres à faire du salpêtre. Telles que : fougère, Genévrier, Genêt, Buisson, Bruyère et Yelle.

III) L’église de Jauldes sous la Révolution :

La constitution civile du clergé

Ce jour même du 4 août 1789, un paquet de verges fut accroché à la porte de l'église avec cette inscription : Avis aux dévotes aristocrates, ici, médecine purgative distribuée it gratis. L'église prit le nom de « Temple de la Raison ». Le 27 novembre 1790, l'Assemblée Nationale vote le projet contraignant tous les prêtres fonctionnaires publics à prêter serment de maintenir de tous leurs pouvoirs la Constitution, décrétée par l'Assemblée et acceptée par le Roi. En cas de refus du serment exigé, ils perdaient leur place. Et s'ils continuaient malgré tout d'exercer leurs fonctions, ils seraient poursuivis comme « rebelles ».

A cette époque, le curé Faverau, dernier archiprêtre, sous la crainte, prêta serment à la Constitution civile. Huit jours après, il se rétracte de tous ces mauvais serments, et préfère l'exil à la honte. Il est déporté en Espagne. Il disait dans sa correspondance clandestine avec les gens de Jauldes : « Le bouillon qu'on nous sert ne vaut pas votre eau de vaissesse ». Son exil prit fin après la Révolution et il put rentrer en France. Notre église a eu malheureusement deux intrus, comme dans la plupart des paroisses de France. Le premier, Etienne Ferrand, resta très peu de temps (jusqu'en mai-juin 1791). Il fit tous les serments demandés par la Révolution et quitta Jauldes pour la paroisse de St. Martial à Angoulême. Il y est établi le 12 Juin 1791.

Le second fut appelé par le pouvoir civil à l'exclusion du pouvoir religieux. Il se nommait « Sauvage ». Il était vicaire de Cellefoin, quand il prêta le premier serment. Le 18 septembre 1791, il avait refusé la cure de St. Sernin à laquelle on le conviait. La cure de Jauldes étant libre, celle-ci l'influença dans son choix. Il la demande et s'y installe le 1er avril 1792.

Il exerce le culte à Jauldes jusqu'en 1793. Il exerça encore ses fonctions ecclésiastiques sans rétracter ses erreurs. On le retrouve à Beaulieu en 1800.

Du 27 novembre au 20 février 1790, tous les paroissiens fortunés ou nobles de Jauldes qui avaient obtenu du conseil de fabrique des bancs à l'intérieur de l'église se les voient retirés dans l'esprit de l'abolition des privilèges. On procéda à l'inventaire de tout ce qui dans l'église était à l'usage du culte. L'argenterie fut enlevée et déposée au Directoire du District. La cloche fut elle-même enlevée pour récupérer le bronze, afin de fondre des canons. Les gens de Jauldes, ne reprendront une des deux cloches de Brie qu'à la fin de la Révolution. La corde de cette cloche ne fut pas épargnée. Elle fut remise à Louis Meslier, maître des gabarres au port de l'Houmeau. Tous les biens du clergé passent à la disposition de la nation. La condamnation par le pape de cette loi au printemps 1791, interdisant formellement de prêter serment entraîna la scission entre l'église et l'Etat.

Entre les fêtes qui vont avoir lieu pendant la Révolution, une grande partie passera par le « Temple de la Raison » : Fête de la jeunesse, des époux, de la vieillesse, même la plus suivie, celle de l'Agriculture. Le rituel de ces cérémonies étaient toujours le même. Le Commissaire, représentant le Directoire, donnait lecture des lois. Tous les gens présents, même l'intrus, y re-prêtent serment civique. L'intrus officiera peu avec une grande modération, sous une certaine surveillance, ne fut-ce que pour être toujours là.

Votée le 10 juin 1794, la loi de « La Terreur », supprime l'interrogatoire de l'accusé avant l'audience publique. Elle laissait l'audition des témoins à la discrétion du tribunal, et refusait à l'accusé l'aide d'un défenseur. En outre, une seule peine était prévue : la mort. Les têtes tombaient alors comme des ardoises. Du 10 juin au 27 juillet 1794, on compte plus de 1.380 personnes guillotinées.

IV) La mairie sous la Révolution :

Depuis la Révolution, le rôle de la Mairie est de tenir l'Etat Civil de la Commune. Les premiers signataires du registre déposé par le Directoire ne sont pas des maires mais plutôt des secrétaires mandatés pour le faire. En 1791, il n'y avait pas de local spécial pour la mairie, qui était dans la maison du maire. Il n'y eut qu'une pièce affectée comme mairie, prise au presbytère, qui était vide de son occupant. Je pense au curé Faverau exilé en Espagne. Cette pièce fut nommée chambre commune. En 1792, un citoyen approuvé par le district révolutionnaire, Mr. Barthélémy Couroy, habitant et membre du Conseil Général de Jauldes fut élu par délibération du 20 pluviose. Pour rédiger les actes destinés à constater : les naissances, les mariages, et les décès des citoyens.

Le 1er janvier 1793, par accord de Louis Desaunière, représentant le District, le citoyen Clément Sauvage va remplacer Mr. Couroy dans ses fonctions administratives. Après, l'arrêté du 23 avril 1798, rendant obligatoire l'observance du décadi, donne lieu à diverses arrestations et emprisonnements dans les sous-sols du château de La Rochefoucauld. Il fut rapporté qu'une femme non-citée à l'époque, habitant La Motte de Jauldes, fut arrêtée pour avoir travaillé ce jour-là. On ne l'a jamais revue. Un maçon de Jauldes, lui, eut un peu plus de chance (en la forçant), Jean Lurat, se présente à la Chambre Commune un jour de décadi en vêtements de travail. On lui fit remarquer qu'il ne célébrait point la fête décadaire. Le ton monte. Lurat répond en « blasphémant ». Le Commissaire et les Conseillers requièrent le Capitaine de la Garde, Boisroultes. Avant que ce dernier n'arrive, Lurat prend la porte et s'enfuit. Il restera deux ans dans la clandestinité.

Source : Pierre Tallon.

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La Révolution française et le régime féodal

Parmi les épisodes de jacquerie périgourdine contre la féodalité, un des plus intéressants est l'échauffourée de Saint-Martin-de-Viveyrol, canton de Verteillac, arrondissement de Ribeirac, que Bussière a pu conter d'après les pièces de l'instruction judiciaire.

Le marquis de Cherval, sénéchal d'Angoumois, était seigneur foncier de cette paroisse. Absent, il avait laissé seule, au château du Bourdet, la marquise, qui était femme de tête. En octobre 1790, elle, fit afficher, par les soins du maire, l'ouverture de la recette de ses rentes (cens ou champart). Le maire lui dit qu'on ne paierait que si elle produisait ses titres. Les vendredi et samedi 22 et 23 octobre, elle causa avec les tenanciers, les calma, accorda des remises et des quittances pro Deo, crut que c'était fini.

Mais, du samedi au dimanche, l'état des esprits changea.

Le dimanche 24, quand Mme de Cherval se rendit à Saint-Martial, accompagnée de deux dames du château et d'un jeune homme dévoué, M. de Badillac, elle trouva les paysans en nombre sur la place (les vêpres venaient de s'achever). Le maire lui dit : « Madame, vous m'avez dit de parler à la paroisse. La voilà assemblée. Nous pouvons lui expliquer vos raisons et vos intentions. » La marquise préféra s'expliquer elle-même. Habilement elle commença par offrir une victime expiatoire : « Mes amis, dit-elle, vous vous plaignez, dit-on, d'un nommé Bernard, qui a fait la recette des rentes dues au château de Saint-Martial. Je ne le connais pas. S'il a fait des concussions avant la jouissance de mon mari, les bienfaits et la justice de M. de Cherval auraient dû en effacer le souvenir. Bernard a pu vous tromper sur les mesures; mais je ne crois pas qu'il ait pu augmenter le devoir, puisque j'ai porté des lièves très anciennes, que j'ai laissées entre les mains de tous ceux qui l'ont désiré, que le maire les a feuilletées hier et qu'elles sont parfaitement d'accord avec les livres de quittances de ceux qui ont payé. » Les paysans s'écrièrent : « Nous voulons voir les titres primitifs ! -- Eh ! mes enfants, reprit la dame, ni vous ni moi ne savons les lire. S'il faut les produire en justice, c'est une affaire fort chère. Je vous propose un moyen plus avantageux. Ne payez que ce que vous savez bien devoir en votre âme et conscience. Laissez tout le reste en arrérages. Marquons un jour pour cela. Je prendrai des notes sur les tenances et les noms de ceux qui auront des inquiétudes, et, lorsque M. de Cherval sera de retour, il trouvera des litres relatifs aux renseignements que vous m'avez demandés et les fera déchiffrer. Alors, vous serez satisfaits, vous de vous acquitter de ce que vous nie devez, et moi de vous restituer si j'ai trop reçu. -- Nous vous enverrons un latiniste, cria-t-on. -- Non, je n'ouvrirai pas mes archives en l'absence de mon mari. C'est sa fortune; c'est celle de mes enfants; je dois la leur conserver, et je ne les confierai à personne sans son aveu. -- Eh bien ! nous attendrons son retour pour payer. -- Vous en êtes les maîtres. Mais vous vous y refusâtes l'année dernière, lorsque M. de Cherval était présent. Celle-ci, encore, voilà deux ans : vous serez accablés d'arrérages. D'ailleurs, considérez que, malgré les sacrifices que j'ai pu faire, je suis dans l'impossibilité absolue de payer mes impositions. Vous ferez comme vous voudrez. »

Mais les censitaires ne se laissèrent pas convaincre : pas de titres, pas de rentes, disaient-ils. Le matin môme, ils avaient « mis en prison et imposé d'un louis d'amende l'un d'entre eux qui avait payé deux années de sa rente sur trois. » Un nommé Sénillon, dit Brisetout, somma la marquise de dire le blé qu'elle avait déjà reçu; il s'avança jurant et gesticulant. M. de Badillac fit le geste de l'écarter : « Aussitôt, les bâtons se levèrent. » Badillac fut frappé et prit la fuite. Les dames se réfugièrent dans une maison voisine, qui fut aussitôt cernée. Les paysans et surtout les paysannes criaient : A mort ! Le curé intervint : « Il fit consentir la châtelaine à remettre la rente qu'elle avait reçue; et, s'avançant vers le peuple, avec le maire à ses côtés, il lui fit part de la promesse. Tout n'était pas fini cependant. Pas plus qu'elle n'avait voulu livrer ses titres, la marquise n'entendait livrer son château à la populace. Conformément à ces vues, le curé, en bon stratégiste, se chargea de faire immédiatement la restitution, au presbytère, mais avec son propre froment. A ce dessein, il se mit en route avec le maire et quelques grenadiers. La foule ne suivit pas; elle voulait entrer au château. Les hommes du château et la châtelaine eurent beau dire qu'ils n'avaient pas les clés; la foule voulait, non le blé du curé, mais celui du seigneur, c'est-à-dire son blé, à elle. C'est alors que dans le cimetière, au bord de la place, deux habitants de la paroisse de La Chapelle-Grézignac, tous deux fils d'un tenancier de la seigneurie, amenèrent une potence : un homme du bourg fit le trou, et l'instrument fut hissé en un instant. Le maire, que la marquise accusa pourtant « de n'avoir pas fait son devoir », accourut aussitôt. « Pourquoi cette potence ? » demanda-t-il. -- Sans doute, répondit un paysan, pour y attacher le premier qui payera les rentes. » Les potences n'avaient en pareil cas que ce sens comminatoire; elles ne visaient que les vilains. Mais, en même temps, l'on criait : « Il faut brûler le château. -- Et la dame avec ! » -- clamaient quelques enragés. Enfin, l'on retrouva les clés; douze hommes montèrent au grenier, en bon ordre; quinze furent postés dans l'escalier pour faire la garde; le grain dernièrement perçu fut enlevé dans ses sacs. La justice populaire était satisfaite. Sur l'ordre du maire, le gibet fut abattu sans résistance. La justice se termina au cabaret, où le sentiment qui se manifesta entre tous fut l'orgueil de la victoire. A un bourgeois de l'endroit, qui le blâmait, l'un des meneurs, bon propriétaire, répliqua sans crainte et sans remords : « Nous avons bien de quoi répondre de 17 boisseaux de blé ! »

L'avocat du Roi au sénéchal de Périgueux requit des poursuites contre quatorze des factieux et obtint décret de prise de corps contre huit d'entre eux.

Ces paysans ne voulaient plus payer les droits du seigneur. Mais les privilèges honorifiques des seigneurs les irritaient autant que leurs droits utiles.

Source : La Révolution française et le régime féodal, d'Alphonse Aulard.

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