22 décembre 2019

Les mangeurs de cendres

En ce 8 septembre 1872, Pierre Christave se tenait courbé devant le cheminée de la grande salle du Château de la Guisardie. Tout ce qu'un être aurait pu désirer, il l'avait possédé mais il vivait aujourd'hui seul auprès de sa fille Claire qui ne s'était pas mariée, entouré de ses vignes dont il ne s'occupait plus, et passait le temps dans la lecture assidue de l'Évangile.

Il avait un visage de page vieilli, des traits fins, des yeux bleus délavés et un sourire timide. Et puis il était toujours tiré à quatre épingles. Veste et gilet en drap gris perle ou jaune pâle, nœud de soie rayé bleu et blanc. Sa voix était égale et chaleureuse, son regard attentif, un peu mélancolique, comme s'il apercevait un horizon plus éloigné que le nôtre.

Son dernier ami, Alain de Moneys, était mort en 70 et quand il songeait à son martyre, il ne pouvait s'empêcher de verser des larmes amères, comme si celles-ci avaient eu le pouvoir d'éteindre le brasier où l'on avait jeté le jeune homme après l'avoir humilié et torturé des heures durant sur le foirail d'Hautefaye.

Pierre se souvenait de l'incroyable énergie de son ami. Alain parcourait chaque jour le pays dans sa calèche vert foncé attelée à un Orlov blanc, avec près de lui, M. Bouteillé, l'ingénieur des Ponts et Chaussées, pour mettre au point son projet d'assainissement des terres. Pierre sourit au souvenir du cocher Pascal répondant invariablement : « Bien, monsieur le vicomte » même quand celui-ci déraisonnait, s'obstinant à sillonner de mauvaises routes avec crépuscule. Il leur arrivait de croiser le facteur Léon qui terminait bravement sa tournée. Trente-huit kilomètres par jour, toujours d'attaque, avec sa blouse de lin bleu, sa casquette verte à passepoil rouge, ses chaussures à clous et son lourd bâton de marche. Et toujours le même salut :

— J'en fais bien autant avec mes pieds que vous autres à cheval, allez !

— Quand changes-tu ton itinéraire ? plaisantait Pascal.

— Jamais tant que je serai vivant : Hautefaye, La Civale, Le lac noir, Le chemin de La Farge, Le Maine-Rousset. Le petit château de Connezac, Beaussac et Bretanges pour vous, les De Moneys. Puis Macony, La Garde, Pontignac, Plambeau, et pour finir Fayemarteau, c'est cet ordre-là et pas un autre !

Alain voulait curer la Nizonne mais il se désespérait. Son rojet était déposé depuis deux ans à la préfecture et toujours pas d'autorisation légale ni la moindre subvention. Aucun accord de Paris. Rien n'y faisait malgré l'intervention du préfet Lavalette, du père et du fils Magne, de l'oncle d'Alain et du sénateur Hector de Galard. Le projet passait de bureau en bureau. Un moment, la signature avait été proche mais il avait fallu recommencer les démarches. La décision ne dépendait plus à présent du ministère de l'Agriculture mais de celui des Travaux Publics. Dernière complication, il fallait l'accord du ministre de l'intérieur. Pourtant Labatut, le sous-préfet de Nontron, le soutenait. Mille hectares de terres incultes pouvaient être transformés, de Saint-Sulpice à Beaussac en passant par Rudeau. Huit francs les cents kilos de foin, quatre tonnes à l'hectare. On en arrivait à trois cent ving mille francs de revenu.

Pour mieux défendre ses rêves, Alain s'était fait élire adjoint au maire de Beaussac. Pierre le revoyait, la tête inclinée, l'œil brillant, brandissant le Candide de Voltaire et lui affirmant :

— Pierre, il faut cultiver son jardin.

Il n'était pas si fier de ses origines. Il croyait que seul le présent nous juge et que nos actions nous accompagnent. Pierre avait retenu en entier ce qu'il avait écrit dans les Annales de la Société d'agriculture de la Dordogne : « D'un marais fangeux, d'une vallée sans vie couverte de joncs et de flaques d'eau où barbotent les canards sauvages, où grouille ce peuple tapageur qui demande à grands cris un roi, l'homme peut composer un paysage riant, harmonieux, aussi propre à ravir le poète qu'à satisfaire l'homme pratique. »

Après sa communication à la Société d'agriculture, Alain avait reçu une lettre de la préfecture lui annonçant le versement de trois mille francs de fonds de l'État plus mille francs de la région. Pierre n'oublierait jamais l'expression de son visage quand il lui annonça la nouvelle. Il était si heureux qu'il se lança aussitôt dans de nouveaux projets. Il s'était toqué d'un arbre, le Chamaerops Excelsa, sorte de palmier à chanvre, venu de Tchou-San, au large de Shanghai. Une véritable obsession. À l'entendre, l'espèce supportait largement moins douze à moins treize degrés. Là-dessus, Alain était intarissable. D'après lui avec les fibres du troncs, on pourrait fabriquer de la ficelle, de la bourre à matelas, que sais-je encore. Pareil avec les pins qu'il faisait venir par dizaines des Landes et planter autour de La Pouyade.

Tant qu'il s'agissait des arbres, Pierre l'écoutait sans rien dire. Mais là où ils s'étaient presque fâchés, c'est quand Alain s'était mis en tête de prêter sans intérêt aux paysans. Il ne sort jamais rien de bon de ces affaires et à trop vouloir faire le bien, on finit par attiser l'envie, la jalousie et la haine. Quand il se contentait d'organiser la plantation de ses palmiers de Chine, tout allait bien, mais se mettre en questions financières avec les gens d'ici, c'était une folie.

Alain allait avoir trente-deux ans le 9 juillet 1870. Son mariage avec Marie-Gabrielle de Vassoignes, la fille de leurs voisins, les châtelains de la Brechinie, était décidé depuis déjà six mois.

Pascal servit du sirop d'orgeat dont la saveur évoquait les blés mûrs. Alain demanda à Pierre de le suivre dans sa chambre pour y trouver un peu de calme. C'était un lieu à l'image de son ami, d'une austérité élégante et pieuse : juste un lit Henri II, un coffre à bois, une table, trois tabourets et un bouquet buis bénit.

Alain s'assit à califourchon sur un des tabourets, aussi dur qu'une pierre des champs.

— Que deviendra Adhémar, si je ne suis plus là pour veiller sur lui ? Mes sœurs ont leurs maris, bientôt leurs enfants et Gaston va terminer son séminaire. Mais mon malheureux frère n'a pas eu la fortune de pouvoir s'assumer seul. Son handicap le contrait à rester au foyer. Pourtant mes parents vieillissent, père s'est épuisé dans ses achats de terres, dans ses rénovations incessantes. Il a acquis des parcelles un peu partout, installé des métairies, réparé une tuilerie. Il a désormais soixante-quatre ans, il est à bout et c'est à moi de prendre la relève. Mais il m'arrivait quelque chose, qu'adviendra-t-il d'Adhémar ? Tu connais son attachement pour moi. Parfois, quand il me regarde, j'ai envie de pleurer.

— Il ne t'arrivera rien !

— Tu sais que père a fait campagne pour Napoléon. Il était maire de Beaussac puis il est redevenu simple conseiller municipal. J'été nommé premier adjoint de la commune et je reprends toutes ses entreprises. J'en ai d'autres dont je t'ai parlé mais je n'accepte pas que de pauvres gens souffrent et meurent à ma place. C'est déjà assez dur pour eux sans que je me défile en plus. J'ai décidé de partir moi aussi. J'ai fait lever mon exemption et je m'engage. Crois-moi, j'ai longtemps réfléchi à mon choix. Il est définitif.

Pierre ne trouva rien à répondre. Depuis longtemps, sa tête avait filé dans une autre direction. Et s'il cultivait ses vignes, il pensait davantage au vin invisible qu'à celui qui vieillissait dans ses chais.

Ils redescendirent en silence. Alain alla chercher à la cave une bouteille de vin doux. Et il tint à servir à boire lui-même avec une solennité, une lenteur, qui n'étonnaient plus Pierre. Maintenant qu'il était admis dans ses confidences.

Les verres se levèrent. Le vin avait la couleur du miel de printemps et la saveur des jeunes prunes rousses à la fin de l'été.

— Merci, mes très chers parents, de m'avoir appris que la noblesse n'est rien si elle n'est pas d'abord noblesse de cœur, amour des autres, don de soi.

Sa voix limpide se voila. Alain poursuivit plus bas, comme s'il redoutait une indiscrétion :

— À l'exemple de nos frères, vous nous avez enseigné que l'amour du prochain n'a de sens que si nous sommes capables d'offrir notre vie en sacrifice. Oui, notre vie, qui nous appartient si peu, qui nous est prêtée tel un vêtement dont on peut se départir d'un cœur léger, notre vie déjà ancienne et fuyante, pareille entre nos doigts à des grains de sable, à de l'eau, aux rêves qui traversent nos nuits...

Il se tut brusquement comme un essieu se rompt.

Les parents d'Alain pleuraient. À qui pensaient-t-ils tandis que les larmes brouillaient leur regard ? À l'innocence d'Adhémar, à Tristan de Moneys, l'ancêtre martyrisé, lieutenant-gouverneur de Guyenne ? Celui-là croyait à la vérité des mots, à la justice tapie au cœur des hommes que seule la bonté peut faire surgir. Le 21 août 1548, il avait été écorché vif dans les rues de Bordeaux par des paysans exaspérés contre les gabelous. Seul, sans armes, sans escorte, il s'était avancé vers eux pour leur parler. C'est en vain qu'il avait tenté de retrouver sur leurs visages convulsés par la peur la figure du Christ qu'il invoquait dans son agonie. En vain qu'il avait cherché dans leur bouche les mots de miséricorde et de pardon dont il était, ce jour-là, l'unique porte-parole. Son corps, sanglant comme celui d'un lapin qu'on a écorché, était resté couché dans la poussière. PUis on avait traîné son cadavre sur les pavés où il avait rebondi longuement sans faire plus de bruit qu'un sac bourré de paille, de tabac ou de maïs.

Peu à peu, Pierre avait fait sienne cette famille. Et maintenant que son ami n'était plus là, il se sentait, malgré la présence lumineuse de sa fille Claire, plus solitaire que le loup traqué et mis à mort par l'arrogant Camille de Maillard dont la présence sur le foirail d'Hautefaye avait suffi à déclencher le drame.

Source : Les mangeurs de cendres, de Violaine Massenet.

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21 décembre 2019

Le général François Garnier de La Boissière

Voici l'acte de naissance et de baptême du général François Garnier de La Boissière, extrait des registres de la paroisse de Champagne-Mouton :

Le 26 septembre 1781, né et baptisé François, fils légitime de Messire André Garnier, écuyer, seigneur de La Boissière et de Fougère, et de dame Marie Rochette. Parrain François Garnier, écuyer, seigneur de Ballon, chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis, ancien capitaine de grenadiers (régiment de Navarre), oncle paternel ; marraine Catherine Rochette ; Jean Brie, Geneviève Touché, domestiques représentants.

Si l'on rapproche du fait que la Boissière était à ce moment inhabitée l'absence des parrain et marraine, on peut admettre que la mère fut surprise par ses couches hors de la ville où elle était domiciliée, Ruffec. Ses deux frères ainés étaient nés, le premier Jacques à Nanteuil-en-Vallée ; le second Antoine à Champagne-Mouton ; mais sa sœur Augustine naquit en 1783 à Ruffec, où elle épousa en 1802 le capitaine d'artillerie Brumauld de Villeneuve.

Nous dirons ici quelques mots du baron Pierre Brumauld de Villeneuve, né à Villeneuve, commune de Poursac, canton de Ruffec, le 28 janvier 1766, mort général en 1835 à Ruffec et inhumé à Villegats. Son père était capitaine aux grenadiers royaux. Colonel, officier de la Légion d'honneur et baron de l'Empire avec dotation, la Restauration le nomme Mestre de camp honoraire et chevalier de Saint Louis; son cousin, Brumauld de Beauregard, était évèque d'Orléans où son souvenir n'est pas effacé.

Le général Pinoteau, qui avait failli avoir à Surgères, en 1815, le sort de Brune à Avignon, réintégré en 1830, prononça le discours funèbre sur la tombe de son camarade.

Pierre de Villeneuve a pris part à toutes les campagnes de la Révolution et de l'Empire, ainsi que l'atteste la notice officielle de ses services.

Le retard apporté à son avancement, bien moins brillant que celui des La Boissière, ses alliés, s'explique, d'abord par une raison de santé qui l'obligeait à quitter le service actif dès qu'il eût obtenu le grade de capitaine; et aussi par une cir constance particulière dont le souvenir s'est con servé: En 1808, de nombreux officiers séjournant à Ruffec recevaient l'hospitalité à la table des La Bois sière ; Mme de Villeneuve qui était, paraît-il, fron deuse, s'abandonna à une critique acerbe sur l'Em pereur et sur sa politique vis-à-vis des souverains d'Espagne. Ces propos imprudents parvinrent à la connaissance de la police impériale, aussi active que soupçonneuse. Le mari fut nenacé de retrait d'emploi, et il fallut recourir à l'intervention du maréchal Ney. Il en résulta une disgrace, qui éloigna le colonel de la grande armée où il ne fut rappelé qu'en 1812.

A ce moment, il est chargé du commandement de l'artillerie de la 2e division d'infanterie de la garde impériale ; chevalier de l’Empire depuis 1810, il reçoit des lettres de baron le 25 mars 1813. Néan moins, l'Empire le laisse officier de la Légion d'honneur et colonel, grades qui lui appartenaient dès 1807 et 1808.

Dans la bibliothèque du colonel figurait, parait-il, une édition complète de Voltaire : aussi, le voit-on mis en non-activité, d'abord, puis en retraite par la Restauration, qui ne lui accorde qu'en 1824, à titre honoraire, la dignité de maréchal de camp.

Nous sommes heureux de rendre quelque justice à Brumauld de Villeneuve, dont la carrière a été entravée par des causes d'ordre politique, mais qui n'en est peut-être que plus représentative du temps où il servit son pays.

Chapitre I
La campagne de Russie

Nous n'avons pas de renseignements détaillés sur le premières armes du général François. Nous savons seulement, d'après la notice officielle de ses services, que François de La Boissière a été enrolé dans l'an cien régiment de son oncle, 2e régiment de chas seurs à cheval ; qu'il a fait partie de la Grande-Armée de 1804 à 1807 ; qu'il a pris part, de 1808 à 1811, aux campagnes d'Espagne et de Portugal.

Nous savons encore par les souvenirs de sa famille, qu'il fut de bonne heure l'aide-de-camp préféré du Maréchal Ney.

Nous le trouvons en cette qualité dans l'armée qui marche vers Moscou. Les renseignements dont nous disposons résultent de lettres écrites à sa sœur Augustine, à laquelle il portait l'affection la plus tendre. Ces lettres qui toutes sont revêtues du cachet rouge de la « Grande Armée », laissent apercevoir chez leur auteur une nature à la fois vive et affectueuse. Les sentiments qu'il exprime pour les siens, pour « sa chère Augustine », pour « sa bonne mère », le ren dent lui-même très sympathique.

La première lettre, datée du 23 avril 1812 à Francfort (sur Oder), le donne faisant partie du 3e corps d'armée, qui était en effet celui de Ney. « Ton mari, dit-il à sa seur..., je sais qu'il doit commander deux batteries de la garde Imperiale ».

Le 24 juin, bien tard, la Grande Armée entre en Russie.

C'est au mois d'août seulement qu'elle arrive devant l'antique cité de Smolensk, place frontière de la Moscovie. Le 8, les Russes surprennent Sébastiani ; mạis ils sont arrêtés par le corps de Ney, et des lors renoncent à l'offensive.

Le 11, c'est Napoléon qui se met en marche à la tète de ce qui reste de son armée, soit 175,000 hommes.

A partir du 14, les combats ne cessent guère pen dant sept jours : ce jour-là, c'est l'affaire de Krasnoé : l'ennemi perd 8 bouches à feu et 1,000 prisonniers.

Le lendemain, 15 août, lorsqu'on célébre la fête de l'Empereur par des salves d'artillerie, celui-ci se plaint qu'on use des munitions précieuses à une telle distance : mais les maréchaux provoquent un sou rire sur son visage inquiet, en répondant qu'ils brûlent la poudre prise à Krasnoe.

Le 16, Ney essaye d'enlever les murs de Smolensk ; le 17, l'assaut est général, et les Russes sont rejetés dans les faubourgs par Davout et par Ney : après six heures de lutte acharnée, c'est la nuit qui sépare les combattants. Les Russes évacuent la ville, après l'avoir incendiée : la cité si chère est semblable, dit Napoléon dans son Bulletin, à une éruption du Vésuve dans une belle nuit d'été. Nous comptons 6 ou 7,000 hommes tués ou blessés, les Russes 12 ou 13,000.

On voit quelle part les troupes du maréchal Ney prirent aux combats devant Smolensk : La Boissière y conquit le grade de colonel.

Ce qui précède est résumé avec une grande sim plicité par notre jeune héros dans une lettre où il
fait suivre son nom de cette adresse : Colonel aide de camp de S. E. Mgr le maréchal duc d'Elchingen, commandant le 3e corps en Russie :

Ghjas, le 2 septembre 1812, á 38 lieues de Moscou.

J'accepte de grand cæur d'être parrain de ton enfant et le choix de ma commère (sa propre mère) en double ma satisfaction.

J'ai passé toute la journée d'hier avec ton mari ; nous avons voyagé ensemble quelques heures ; puis il m'a donné la moitié de son déjeuner.

Je t'apprendrai que, après les combats des 14, 15, 16, 17, 18 et 19 août, l'Empereur m'a nommé colonel. M. le Maréchal me garde toujours avec lui ; il continue de me combler de bontés. Je lui ai présenté ton mari, qu'il a parfaitement reçu.

Je n'ai pas le temps de t'en écrire davantage : nous marchons toujours, et probablement sous peu nous serons dans Moskou, si l'on ne nous propose la pair.

Dis à ma mère combien je suis fâché de ne pas être près d'elle pour remplir mes fonctions de compère, et. que je lui donnerai beaucoup de bonbons. Je prie mon frère de me remplacer.

C'est cinq jours plus tard, le 7 septembre, que le Maréchal Ney écrasait les Russes à la bataille de la Moskowa.

On sait que c'est aussi le corps de Ney qui, placé à l'arrière-garde, fut chargé de protéger la périlleuse retraite de la Grande-Armée.

Chapitre II
A l'armée d'Allemagne

François de La Boissière fut nommé général de brigade le 8 janvier 1813 ; le 22 mars suivant il était désigné pour commander la cavalerie légère au 3e corps de la Grande-Armée, sous les ordres du maréchal Ney.

A ce titre il assista, le 1er mai, au combat de Weissenfels, qui préparait les victoires de Lutzen et de Bautzen. C'est à ce combat que fut frappé à mort le maréchal Bessières.

Le 20, nous retrouvons le général à la terrible bataille de Bautzen.

L'armée française, comprenait au total 202.500 hommes et 550 bouches à feu ; cette masse de troupes était elle-même répartie en deux armées : celle de l'Empereur et celle du Maréchal Prince de la Moskowa. La dernière comptait 87,500 hommes : Ney commandait en personne le 3e corps sort de 52,000 hommes.

Le général de La Boissière commandait les neuf escadrons de cavalerie légère altachés à cette armée.

L'ennemi retranché derrière la Sprée, occupait de fortes positions que Blücher appelait les Thermopyles de l'Allemagne. La première journée de la bataille, qui en compta deux, fut employée à pré parer un mouvement tournant destiné à faire tomber les positions de l'ennemi. A cette fin, tandis qu'à l'extrême droite Macdonald, Oudinot et Marmont enlevaient la première ligne de défense des alliés Prussiens et Russes, le maréchal Ney, à l'extrême gauche, par un brillant combat contre Barklay de Tolly préparait autour du village de Klix, le mouvement qui, le lendemain déborda les troupes enne mies et les obligea à la retraite. Ney, dans cette action décisive, était secondé par le général Lauriston et soutenu par Kellermann : le comte de Valmy avait sous ses ordres l'avant-garde, composée de la cavalerie du général de La Boissière, six bataillons et une compagnie d'artillerie légère.

Le soir de ce premier jour de bataille, à 10 heures, le prince de la Moskowa écrivait à l'Empereur :

La position de Klix a été emportée avec la plus grande vigueur par les troupes du général Kellermann. L'ennemi a été fort maltraité. De notre côté, la perte n'a été que de 200 tués et 1,000 à 1.200 blessés.

Malheureusement, le Maréchal devait ajouter :

Au nombre des derniers (les blessés) se trouvent le général Kellermann et le général Laboissière qui a un coup de biscayen à travers la jambe gauche.

Le général François de La Boissière ne devait pas jouir de la victoire qu'il avait vaillamment con tribué à préparer : même il devait mourir de sa bles sure à Dresde, où il fut transporté.

Dans les lettres écrites à « sa chère sœur » et où il expose son état, il fait preuve d'une confiance peut-être simulée, se préoccupant surtout de la peine qu'en éprouvera sa mère. Nous lui laissons la parole :

Dresde, le 16 juin 1813.

(D'une écriture autre que la sienne.)

Ma chère Augustine, je n'ai pu te prévenir plustot de la blessure que j'ai reçue le 20 mai, premier jour de la bataille de Bautzen. Un biscayen m'a traversé la jambe gauche, sans heureusement me briser aucune partie précieuse.

Immédiatement après ma blessure, il m'est survenu une fièvre de nerfs qui m'a duré jusqu'au 10 de ce mois et qui m'ôtait absolument toute faculté d'écrire. Mais depuis ces cinq jours, la fièvre m'ayant quitté, je me trouve très bien et chaque nouveau jour me donne de nouvelles forces.

Je suis pansé par les meilleurs chirurgiens de l'armée ; l'Empereur même m'a envoyé M. Lharrey qui m'a trouvé si bien depuis trois jours qu'il n'est plus revenu... Fais moi le plaisir de communiquer cette lettre à mon frère ainsi qu'à ton mari. Si on avait pu le cacher à ma mère, j'en eusse été satisfait, car pourquoi l'inquiéter puisqu'il n'y a plus de danger.

(De sa main, mais d'une écriture pénible, trois lignes de tendresses.)

Enfin, sa dernière lettre :

Dresde le 30 juin 1813. (De sa main : d'une écriture de vieillard).

... Depuis quinze jours je vais constamment mieux : je n'écris pas bien comme tu vois, mais enfin c'est moi qui écris... Plus je vais et plus j'ai d'appétit, que je ne cherche qu'à modérer : j'en suis réduit à la moitié d'un poulet par jour ; je pense que demain cela augmentera. Les plaies vont très-bien et je n'ai plus de fièvre.

G. Delaboissière
Gal de brigade blessé à Dresden.

P. S. Voilà plus de deux mois que je n'ai reçu de vos nouvelles.

Le général François de Laboissière mourait le 15 septembre 1813.

Un procès-verbal d'inventaire était dressé le len demain par le commandant de la place de Dresde.

On y trouve mentionnés les titres et faits suivants :

... Le titre de général délivré à Paris le 1er février 1813...

Le dit François Levet, valet de chambre du général, nous a déclaré, sur la demande que nous lui fimes des croix de la Légion d'Honneur pouvant appartenir au général, que ce dernier ayant été nommé récemment Baron de l'Empire, il avait fait cadeau de ses croix d'argent à un de ses parents.

François de La Boissière mourait des suites de sa blessure, général de brigade et baron de l'Empire, à trente et un ans.

Source : Les deux généraux Garnier de la Boissière, de Daniel Touzaud.

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Registre protestant de La Rochefoucauld

Registre protestant de La Rochefoucauld (1679-1680) - transcription - Julien Roland, AGC 2901.

Le 25e decembre 1679 a esté enterré sur les cinq heures du soir le corps de... juzaud fille de jacob juzaud et de marthe barraud, aagée de trois ans ou environ auquel enterrement ont assisté pierre noblet, & jacques pintaud escoliers qui ont signé... PIERRE NOBLET, JACQUE PAINTAUD.

Le 28 decembre 1679 a esté enterré sur les cinq heures du soir le corps de anne peyret de feu jean devillemandy marchant aagée de soixante ans ou environ auquel enterrement on assisté pierre barraud et abraham desaunieres qui ont signé... DELAGE, BARRAUD, A. DESAUNIERES.

Le neuf janvier 1680 a esté enterré sur les six heures du matin le corps de damlle anne pasque aagée de quarante cinq ans ou environ femme dabraham pasquet escuyer sr de luget, auquel enterrement ont assiste charles odet escuyer sr des ombrais et olivier daillon qui ont signé... OLIVIER DE DAILLON, DELAGE, CHARLE ODET.

Le 19e jour du mois de janvier 1680 a esté enterré sur les six heures du matin le corps de daniel thibaud, vivant marchant taneur, aagé de soixante dix ans ou environ, auquel enterrement ont assisté daniel bertrand, marchant taneur, & jozeph ducoux & aussy taneur qui ont signe... BERTRAND, JOSEPH DUCOUX, DELAGE.

Le 28e jour du mois de janvier 1680 a esté baptizee par monsr daillon nostre ministre renee col fille de jean col marchant & marie deschamps presentée par jean pintaud marchant et, anne col qui ont dit lenfant estre né le vingt neuf decembre dernier qui ont signé... PINTAUD, MARIE COL, J. COL.

Le 13e jour du mois de fevrier 1680 a esté baptizé par monsr daillon nostre ministre jean reignaud fils de daniel reignaud marchant et de marthe marvaud presenté par jean pintaud marchant et jeanne raignaud qui ont dit lenfant estre né le dixieme jour du pnt mois sur les onze heures du soir, et ont signé... PINTAUD, REGNAUD, JANE RENARD, DELAGE.

Le 18e jour du mois de fevrier 1680 ont esté baptizés par monsr daillon nostre ministre pierre & jozué du rousseau fil de izaac du rousseau marchant et de jeanne dulignon presentez par pierre pasquet sr de clouslas et anne marvaud, et jozué brissaud sr de la michelie, et marie lousmeau qui ont dit les enfans estre nez le quinze du pnt mois et ont signé... DUROUSSEAU, P. PASQUET, BRISSAUD, ANNE MARVAUD, MARIE LOUSMEAU, DELAGE.

Le mesme jour a lissue de la priere ont estez baptizez par monsr daillon notre ministre marie delage fille de jean delage regent et de marie mazat presentee par paul mongin commis aux aydes, et marie delage qui ont dit lenfent estre né le seze du pnt mois sur les onze heures du soir, et jean saury fils de izaac saury advocat et marie trufandier presenté par jean trufandier sr de la peladie et madelaine saury qui ont dit lenfent estre né le vingt cinq du mois de janvier dernier et ont tous signé... J. TRUFANDIER, M. SAURY, MONGIN, SAURY, MARIE DELAGE, DELAGE.

Le mesme jour que dessous a esté enterré sur les cinq heures du soir le corps de suzanne pasquet aagée de quatre ans ou environ fille de abraham pasquet escuyer sieur de luget et de damoislle anne pasquet auquel enterrement ont assisté theodore mayou docteur en medecine, et daniel mayou me appoticaire qui ont signe... MAYOU.

Le 17e jour de mars 1680 a esté enterré le corps de jacque lurat, sur les six heure du matin aage de quarante ans ou environ, marchant du dauphiné, auquel enterrement ont assisté henry albert marchant et jean durousseau pintier qui ont signé... DUROUSSEAUX, H. ALBERT.

Le 25e jour du mois de mars 1680 a esté enterré sur les six heures du soir le corps de pierre guillemetaud aagé de quatre ans ou environ fils de francois guillemetaud me chaussetier et de marie lazare auquel enterrement ont assisté jozeph ducous taneur, et samuel delage qui ont signé... JOSEPH DUCOUX, DELAGE, SAMUEL DELAGE.

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Déclaration de Devars dans le procès de Louis XVI

Devars a laissé dans ses papiers une longue déclaration qui se présente comme un discours fait à ses collègues de l'assemblée, dans lequel il répond aux quatre questions posées, développant chaque fois un raisonnement argumenté.

A la première question (la culpabilité) : «je ne suis point convaincu de tous les faits imputés à Louis, je suis convaincu qu'il y a eu une conspiration contre la sureté intérieure et extérieure de l'État... qu'enfin Louis est un des principaux chefs de cet horrible complot et le plus coupable de tous... en conséquence je le déclare coupable...».

A la seconde question (l'appel au peuple) : «... quelque soit la prépondérance de vos suffrages, jamais ils ne sauraient dominer ma propre conviction, ni me faire adopter, pour mon vœu, une mesure que je penserai effectivement contraire aux intérêts précieux qui me sont confiés... Je suis bien convaincu que l'opinion du renvoi au peuple pour faire sanctionner le décret... contre Louis ne prévaudra pas et qu'elle sera rejetée...».

Devars parle ensuite très longuement des pressions, des dangers et des menaces auxquels ils sont soumis: «au sortir de cette salle... encore hier au soir 100 ou 150 personnes... sur notre passage et nous poursuivirent par pelotons en nous apostrophant et en nous accablant... mais j'entends ma patrie alarmée qui me dit : si tu prononces sur le sort de Louis sans me consulter, tu me livres aux plus cruelles factions...»

Suit un long passage où l'on retrouve presque mot pour mot la déclaration de Maulde pour justifier l'appel au peuple. Nos deux conventionnels auraient-ils agi de concert ? ou l'un se serait-il inspiré de l'autre ?

A la troisième question (la peine): «...dans mon âme une conviction à laquelle je ne puis résister et qui me dit impérativement que la mort de Louis, bien plus que son existence, peut infiniment compromettre le salut et la gloire de ma patrie, que sa détention pendant la guerre et son bannissement à la paix sont deux mesures salutaires qui concilient parfaitement la sureté générale avec la grandeur, la dignité et la générosité de la Nation française... On ne m'accusera pas sans doute de faiblesse ni de pusillanimité puisque ceux qui ne votent point pour la mort de Louis sont horriblement menacés, que même leur vœu excite des murmures dans un certain côté de cette salle...».

Pour appuyer son choix Devars se réfère à une lettre de la Société patriotique d'Angoulême, à leurs députés Bellegarde et Guimberteau, se prononçant dans le même sens, à savoir l'emprisonnement et le bannissement.

A la quatrième question (le sursis) : «j'ai voté pour le renvoi au peuple, j'ai voté pour la réclusion... invariable dans mes principes, je ne puis que voter pour l'affirmation... en disant oui: et en cela je rends au peuple, mon souverain, le dernier et seul hommage qui me reste dans cette importante affaire. Car si mon vœu est rejeté, tout est fini ; si au contraire il est adopté, il (le peuple) pourra réclamer contre une mesure qui l'intéresse si essentiellement ou l'approuver par son silence.»

Finalement cette déclaration se présente comme un plaidoyer que le conventionnel charentais se forge lui-même, pour se guider dans les réponses aux questions posées. Sa déclaration publique, face à la question n° 3 n'est que le résultat logique de débats intérieurs, qui l'ont conduit à rejeter la peine de mort. Toute l'argumentation tourne autour d'un pivot central auquel le raisonnement le ramène chaque fois, à savoir le principe du peuple souverain qui doit s'exprimer ou celui de l'intérêt supérieur de la Nation qu'il s'agit de sauvegarder.

Comme ses collègues de la Convention Devars à aucun moment ne fait appel à des arguments traditionalistes, tel l'inviolabilité de la personne royale... ou d'autres d'ordre sentimental. Il reste dans le contexte légal du moment, en janvier 1793, où il n'y a plus de Roi et la France est une République.

Est-ce à dire que dans le fond de sa personne ne subsiste aucun attachement à la personne du Roi ou à la monarchie déchue ? Il n'est pas possible de répondre à cette question.

Au total un document humain, resté inédit jusqu'à présent et qui est à l'honneur du Conventionnel charentais. Il nous a été aimablement communiqué par des descendants directs de la famille. Nous n'en publions que des extraits essentiels et significatifs.

Source : La Charente révolutionnaire, de Jean Jézéquel.

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Les Gardes d'honneur de la Dordogne

Dans les premiers jours de 1808. le bruit se répandit que Napoléon traverserait le département de la Dordogne en allant à Bayonne. Une Garde d'honneur s'organisa alors à Périgueux comme par enchantement nobles, bourgeois, riches marchands s'inscrivirent avec empressemcnt pour en faire partie. Un arrêté préfectoral du 11 janvier stipula qu'il y aurait une seule Garde d'honneur pour tout le département (1).

On donnait, à cette époque, le nom de Gardes d'honneur aux compagnies sédentaires locales, uniquement d'apparat, formées dans les déparlements ou les villes pour le passage des grands personnages de l'Etat.

La Garde d'honneur à cheval s'exerçait pour les manoeuvres et commençait à prendre tournure lorsqu'on apprit les modifications de l'itinéraire impérial Napoléon se rendait à Bordeaux par Angoulême et Barbezieux. Cette Garde ne se réunit plus après le mois d'avril; date du voyage officiel, que pour les cérémonies anniversaires de la naissance et du couronnement de l'Empereur.

Commandée par M. André de Fayolle, ancien pagé du Roi, elle eut pour lieutenants l'ex-capitaine d'infanterie Langlade et M. Jean Borie. Elle comporta un maréchal des logis, deux brigadiers et dix-neuf gardes, parmi lesquels deux jeunës d'Abzac. La tenue consistait dàns un habit vert avec boutons, collet, revers et parements blancs, ayant les poches en long la culotte et la veste blanches, des aiguillettes d'argent, le chapeau français à trois cornes, les bottes à l'écuyère avec éperons d'argent. Elle était armée du sabre. La selle rase ou demi-écuyère était en veau ou daim blanc, housse et chaperon vert dragon galonné d'argent. Les brides avaient une garniture d'argent (2). Une lettre du 2 septembre 1808, écrite au commandant de Fayolle par le brigadier Mazerat-Delor, indique le désir de quelques gardes de voir adopter l'habit sans revers, le pantalon vert et l'épée (3).

Un contemporain (4) a noté comme une circonstance très remarquable et une preuve de la fusion des partis, l'empressement des Périgourdins à se faire inscrire dans la Garde d'honneur : on peut dire, observe-t-il, qu'alors toutes les opinions étaient réunies, tout le monde voulait l'Empereur.

Ce nom de Gardes d'honneur fut ensuite donné par le sénatus-consulte du 3 avril 1813 à quatre régiments de cavalerie, à l'effectif total de 10.000 hommes, dont un décret du 5 avril réglementa l'organisation. Etaient admis à faire partie de ces régiments, sous la condition d'être Français et âgés de dix-neuf à trente ans inclusivement, les membres de la Légion d'honneur ou de l'Ordre de la Réunion el leurs fils, les chevaliers, barons, comtes et ducs de l'Empire et leurs fils, les membres des collèges électoraux et des conseils généraux de département et d'arrondissement, des conseils municipaux des bonnes villes et leurs fils et neveux, les cinq cents, plus imposés de chaque département et, dans chacun des départernents, les cent plus imposés des villes, leurs fils et neveux; les employés des diverses régies et leurs fils. On y admit jusqu'à l'âge de 45 ans, les militaires ayant servi dans les armées françaises, les anciens officiers des armées étrangères et leurs fils. La désignation d'office n'eut lieu par les préfets que si le contingent départemental requis n'était pas rempli par les engagements volontaires.

Les Gardes d'honneur durent s'habiller, s'équiper et se ,monter à leurs frais. Les engagés volontaires versèrent une somme de 1156 francs. Toutefois, les membres de la Légion d'honneur ou leurs fils qui n'avaient pas les facultés nécessaires pour cela pouvaient, sur un rapport du préfet au grand chancelier, être habillés, équipés et montés aux frais de la Légion.

L'uniforme fut identique pour les quatre régiments. La pelisse était vert foncé, doublée de flanelle blanche, bordure, boudin et tour de manches en peau noire, gants olive et tresses blanches; le fond du dolman également vert foncé, doublé de toile à la partie supérieure et de peau rouge à la partie inférieure, avec collet et parements écarlate, tresses du collet, des fausses poches et des parements de la même couleur que celles de la pelisse. La culotte hongroise était en drap rouge avec tresses blanches. Les boutons étaient blancs. La ceinture était fond cramoisi avec garnitures blanches, et le schako rouge surmonté d'un plumet vert, qui, pour le 3e régiment, avait l'extrémité jaune.

En ces temps « avides de soldats », surtout après la désastreuse expédition de Russie, c'était une grande habileté de constituer un corps important de cavalerie, aux frais des hommes. Le pouvoir coercitif des préfets contribua peut-être à leur formation; mais il y eut surtout la séduction de l'uniforme et de l'équipement à la hussarde, l'annonce du grade de sous-lieutenant au bout d'un an de service, l'assimilation pour la solde aux chasseurs de la Garde.

Le 3e régiment, formé à dix escadrons, fut composé des Gardes d'honneur fournis par les départements des 10e, 11e, 12e, 13e, 20e, 22e, 29e et 31e divisions militaires. Avec les Périgourdins, il comprit des Gascons, des Agenais, des Cadurciens, des Corréziens, des Charentais, des Pyrénéens, des Tourangeaux, même des Hollandais, des Suisses et des Toscaus.

D'après l'état annexé au décret impérial, le département de la Dordogne devait fournir de 50 à 100 hommes pour la formation de ce régiment, le plus nombreux des quatre. Un rapport du préfet Maurice au Ministre de l'Intérieur fait connaître, à la date du 10 juin, que le contingent montera à 106 hommes, dont 74 inscrits volontaires. Parmi les 32 désignés, 25 rivalisaient d'empressement avec ceux qui avaient offert d'eux-mêmes leurs services; 2 ou 3 autres pourraient être dispensés pour cause de maladie. Le maximum sera sùrement atteint, si même il n'est pas dépassé. Le préfet ne peut qu'applaudir.au bon esprit que montrent ses administrés. Il note que les mesures prises pour « la formation du fonds commun » n'ont pas aussi généralement déplu qu'il ne le craignait d'abord. Seules, quelques personnalités égoïstes ou disposées à se ficher de tout, n'ont pas fait preuve d'une bonne volonté bien louable dans une situation aussi fâcheuse que celle du plus grand nombre des propriétaires de ce département

« En général, on a bien voulu remarquer que j'avais rempli les intentions de S. M. de la manière la plus douce pour les familles. On a su gré à l'administration d'avoir écarté des désignations les fils uniques et les chefs de famille, et d'avoir observé dans les demandes de fonds les ménagements que commandait l'état de gêne du plus grand nombre des individus atteints » (5).

Dans la Dordogne, en définitive, ce recrutement spécial des fils de familles distinguées s'opéra avec une grande facilité, ainsi que partout ailleurs ou presque. Si le mouvement n'avait pas été spontané pour la France entière, il avait du moins suffi, comme l'a bien dit M. Frédéric Masson, que les portes fussent ouvertes et qu'on poussât un peu cette jeunesse pour qu'elle s'empressât de passer (6). On ne sollicita pas en vain cette jeunesse elle entendit bien vite l'appel et y répondit.

Une portion du contingent départemental, la première, comprit cinquante-quatre gardes. A Périgueux, le 2 mai, le préfet en dressa la liste en y joignaut de curieuses indications sur leurs familles. Voici ce contrôle nominatif auquel nous ajoutons les lieux et dates de naissance des inscrits, leur filiation, leur affectation par escadron et compagnie au régiment des Gardes d'honneur, avec diverses indications sur leur carrière :

Aumassip Jean, né à Périgueux le 11 novembre 1795, d'Etienne et Thérèse Murat. « L'inscrit appartient à une famille de commerçants qui jouit de l'estime et de la considération publiques il se destinait à la médecine ».

Beaupoil de Saint Aulaire Alexis-Armand, de Condat, né à Saint-Genès (Gironde) le 31 octobre 1794 de François et Marguerite de Bellot. « Famille jouissant d'une grande considération et parénte du Comte de Saint-Aulaire, chambellan de l'Empereur et préfet de la Meuse ». — 2e escadron, 12e compagnie.

Beaupoil de Saint-Aulaire Hippolyte, né à Cornille le 19 avril 1795 de Jean-Baptiste-Front-Yrieix et Céleste Boistillé. Cousin germain du président. — 2e escadron, 12e compagnie.

Plus tard lieutenant-colonel du 28 Hussards et officier de la Légion d'honneur.

Biran de Lagrèze Jean-Philippe-Guillaume, né à Bergerac le 30 avril 1793 d'Elie-Joseph et Madeleine Pilet. « Famille possédant depuis longtemps une juste considération acquise par des services distingués dans la robe et dans l'épée ». — 10e escadron, 10e compagnie.

Bonvillet Etienne, né à Saint-Privat-des-Prés le le 1er janvier 1795 de Louis et Marie-Anne Tilhard. « Famille ayant toujours donné des preuves d'un bon esprit public. Le frère ainé s'est enrôlé volontairement depuis 1810 ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Bourdelle Pierre, né à Brantôme le 22 mars 1795 de Jean et Marie-Lucrèce Bourdinot. « Le père avocat, membre, du conseil municipal de Thiviers, possède. l'estime publique et est très considéré ». — 4e escadron, 4e compagnie.

Burguet Pierre, né à Ribérac le 4 janvier 1795 de Sieaire et Madeleine Noël. « D'une famille jouissant d'une grande considération. Est neveu de deux officiers qui faisaient partie de l'armée de Russie. Cousin issu de germain du général Morand, ancien gouverneur de la Corse tué du côté de Hambourg ». — 2e escadron, 12e compagnie.

Sous-lieutenant au 59e d'infanterie. Chevalier de la Légion d'honneur en 1832.

Carvès Jean-Baptiste, né à La Roque-Gageac le 22 novembre 1795 de Raymond et Catherine Ampoulange. « Fils d'un riche négociant très considéré ». — 2e escadron, 2e compagnie.

Chabannes de Saint-Georges Guillaume, né à Saint-Rabier le 11 mai 1786 de Jean et Catherine-Thérèse Guibert « D'une bonne famille d'anciens bourgeois jouissant de la considération et de l'estime publiques ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Chassagnie François, né à Bergerac le 29 juin 1795 de Pierre et Marthe Minard. « D'une bonne famille d'anciens bourgeois. Le père a été receveur du district. Deux oncles maternels ont été gardes du corps du Roi ». — 2e escadron, 12e compagnie.

Chevalier de la Galage Elie, né à Prigonrieux le 25 septembre 1787 d'Elie-Simon et Catherine Rose. « D'une bonne famille d'anciensbourgeois privilégiés jouissant de l'estime et de la considération générales ». — 9e escadron, 9e compagnie.

Corron Bertrand-Frédéric, né à La Boissière-d'Ans le 31 octobre 1795 de François-Frédéric-Maurice et Marie Penot. « Le père, excellent homme estimé et considéré, est actuellement en activité à Mayence; il a rempli pendant plusieurs années les fonctions d'inspecteur de la forge et fonderie d'Ans ». 38 escadron, 138 compagnie.

Courtois Desgranges Pierre, né à Grignols le 7 mars 1788 de Raymond et Suzanne Lespinas. « D'une famille jouissant de l'estime générale et de la plus grande considération dans son canton. Un oncle, ancien juge seigneurial, est juge de paix depuis bien des années un autre oncle, ancien administrateur du département, est maire de sa commune ». — 4e escadron, 4e compagnie.

Courtois de Maine André, né à Grignols, le 5 mars 1793 d'André et Marie Lavigne. Cousin germain du précédent. — 10e escadron, 10e compagnie.

Couil de Cluzeau Julien, né à Périgueux le 31 juillet 1790 de Pierre et Marguerite Ducheyron. « Sa famille jouit de beaucoup de considération. Le père, avocat distingué, a été pendant plusieurs années 1er adjoint au maire de Périgueux et est décédé en fonctions. Deux. oncles maternels étaient officiers d'infanterie avant 1789 ». — 4e escadron, 4e compagnie. Nommé brigadier le 17 juillet 1813.

Dalmas Jules, de Nontron, originaire de l'Ardèche, né le 31 avril 1794 de François et Sophie Roger. « Son père, qui occupe un emploi supérieur dans l'administration des droits réunis, est estimé et très considéré; deux de ses fils, officiers, ont péri aux armées ». — 3e escadrons, 13e compagnie.

Darène de Lacroze Joseph-Frédéric, né à Ribérac le 1er avril de Bernard-Joseph. et Jeanne-Sophie Constantin. « Appartient à une famille marquante par le rang qu'elle a toujours occupé dans la société, Deux oncles, dont l'un président du tribunal civil de Ribérac, sont membres de collège. Deux autres oncles sont officiers dans la ligne. Est cousin issu de germain du général Morand ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Dauriac Justin, né à Périgueux le 14 juillet 1794 de Jean-Baptiste et Marie Saulnier, « fils d'un négociant estimable et considéré. La branche aînée de cette famille a fourni plusieurs conseillers au ci-devant présidial de Périgueux ». — 2e escadron, 12e compagnie.

Debord Jean, né à Rouffignac le 26 juin 1793 d'Antoine et Louise Blondel. « Le père est mort juge de paix. Ses oncles maternels étaient gardes du corps du roi Louis XVI ». — 7e escadron, 7e compagnie.

Delage de Lombrière Jean, « d'une famille ancienne, estimée et très considérée dans le canton de Montpon ».

Demagne Pierre, né à Nailhac le 7 octobre 1789 de Pierre et Françoise Doneuve. Famille considérée par d'anciens services militaires et par une excellente et constante moralité. — 2e escadron; 12e compagnie.

Desbrousse ou Rey-Desbrousse François, né à Nailhac le 30 novembre 1789 de Martin et Anne Dubin. Bonne famille d'anciens bourgeois privilégiés, considérée. — 2e escadron, 12e compagnie.

Deschamps François-Louis, d'une bonne famille d'anciens bourgeois privilégiés. Le père est maire de sa commune.

Devianne-Dufraisse Joseph, né à Périgueux le 26 avril 1795 de Joseph et Marguerite Desbordes. « Son grand-père était conseiller au présidial de Tulle. Deux de ses oncles servaiènt l'un aux. Gendarmes et l'autre aux Gardes du corps du Roi. Famille toujours très considérée ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Dubut François, né à Chatelerie, commune de St-Pierre-de-Côle le 12 janvier 1796 de Jean et de Paule Menesplier. Taille 1 m. 72. « Très apte. Famille jouissant d'une grande considération dans le canton ». 10e escadron, 10e compagnie.

Successivement garde du corps du Roi, capitaine au 32e de ligne et major du 74e, chevalier de la Légion d'honneur.

Dumas ou Ribadeau-Dumas Pierre, né à Nontron le 1er mai 1795 de Léonard et Anne Verneuil. « Famille d'anciens bourgeois privilégiés jouissant de l'estime publique et d'unegrande considération dans le canton de GrignoIs (7) ». — 8e escadron, 18e compagnie.

Dumourier de Jammes Jean-Félix-Edouard, né à Beaussac-et-Ladosse, le 19 décembre 1791 de Marc et Marguerite Fayard. Demeurant à Echourgnac. « Famille d'ancienne noblesse, peu riche, mais bien. alliée et très considérée. Le père officier d'infanterie avant 1789, émigré rentré, exerce avec zèle et dévouement les fonctions de maire de sa commune ». — 4e escadron, 4e compagnie..

Ecuyer Guillaume, né à Celles, le 13 février 1796 de Jean et Elisabeth Labonne. « Bonne famille d'anciens bourgeois privilégiés, jouissant de l'estime et de la considération publiques ». — 2e escadron, 2e compagnie.

Fargeot Michel-Philippe, né à Ribérac. le 14 février 1791 de Jacques et Thérèse Limousin. « Famille jouissant de beaucoup de considération. Le père est membre du collège électoral du département, le frère aîné est receveur particulier de l'arrondissement de Ribérac. L'oncle maternel, M. Limousin, a été honoré de deux législatures (8) ». — 7e escadron, 7e compagnie. Mort de fièvre à l'hôpital de Metz le 29 janvier 1814.

Froidefond de La Borde aîné Jean, né à Yélines le 13 septembre 1793 de Jean-François et Jeanne Verger. » — 3e escadron, 130 compagnie.

Froide fond de La Borde cadet Pierre, né à Vélines le 22 septembre 1795. 30 escadron, 130 compagnie. Sous-lieutenant au 90 chasseurs jusqu'en 1819.

« Très ancienne famille de noblesse militaire, qui, quoiqne pauvre, a conservé toute sa considération. Tous deux. ont les meilleures dispositions pour l'état où leurs ancêtres se sont illustrés ».

Cablanc Dureclus de Gageac Emile, né à Bordeaux en 1791, demeurant à Périgueux. « Famille d'ancienne noblesse distinguée dans les armes, justement estimée et considérée ». — 4e escadron, 4e compagnie.

Gerbeaud Jean-Paulin, né à Ribérac le 13 août 1796 de Guillaume et Anne Darene-Lacroze. « Famille distinguée et très considérée. Fils du président du tribunal civil de Ribérac ». — 5e escadron, 150 compagnie. Capitaine au 3e Léger.

Giory Jean, né à Celles le 4 février 1796 de Pierre et Marie Lusseaud. « Famille considérée. Compte parmi ses aieux plusieurs militaires distingués ». — 3e escadron, 13e compagnie. Mort à l'hôpital de Lunéville le 28 décembre 1813.

Gorsse Guillaume, né à Bézenac le 18 février 1796 de François et Marie. Raynal. « D'une famille considérée, qui compte plusieurs militaires distingués ». — 6e escadron, 16e compagnie.

Grenier François-Marc, né à Rochefort (Charente-Inférieure) le 1er mars 1785, demeurant à Périgueux (9). « Son père, ancien officier du régiment de La-Couronne, major de gendarmerie et chevalier de la Légion d'honneur, jouit d'une considération justement acquise par de longs et glorieux services militaires ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Labrousse de Fontenilles Antoine, né à Cadouin le 13 septembre 1788 de Louis et Madeleine Giraud, domicilié à Paunat. « Famille pauvre mais estimée et considérée par d'anciens services militaires, descendant d'un homme d'armes anobli par Philippe-Auguste après la bataille de Bouvines (10) ». — 8e escadron, 8e compagnie.

Mort à l'hôpital de Tours le 23 mars 1814.

Laussinotte Mathieu, né à Saint-Pantaly d'Ans le 7 août 1785 de François et Madeleine Donève, « Bonne famille d'anciens bourgeois privilégiés. Le père a rempli constamment des places administratives ou judiciaires, estimé et considéré dans son canton ». — 2e escadron, 12e compagnie.

Lavergnee du Rocq Joachim, né à Trémolat le 30 octobre 1791 d'Antoine et Louise Girault. « D'une famille noble très estimée et considérée. Le père a exercé avec distinction des fonctions publiques ».

Bornet de Léger François-Hector, né à Neuvie le 10 janvier 1796, « Famille des. plus distinguées par un vrai mérite et par une suite d'aïeux marquant par leurs vertus et par les places qu'ils ont occupées ».

Lieutenant au 4e de Ligne, réformé pour blessures en 1825.

Maillard de Lafaye Philippe-Paul, né à Saint-Sulpice de Mareuil le 15 juillet 1794 de François et Julie-Rose Chamet. « Ancienne famille noble réunissant tous les genres de considération, surtout celle acquise par les services d'un grand nombre d'officiers ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Mayaudon François, né à Terrasson le 7 novembre 1790 de Jacques et Marguerite Lacoste. « Famille distinguée et considérée par d'excellents services militaires, jouissant à juste titre de l'estime publique ». — 8e escadron, 8e compagnie.

Mérilhou de Verneuil Pierre; né à Cherveix le 7 octobre 1795, de Jean-Baptiste et de Marguerite Debès. « Le père et deux oncles étaient gardes du corps du Roi. » — 3e escadron, 13e compagnie.

Nebout de La Pixolie François-Louis, né à Limeyrat le 24 mars 1795 de Jean et Marguerite Cellerier. « D'une famille de bourgeois privilégiés. Le père, ancien officier au régiment Maréchal-de-Turenne, très estimé et considéré, exerce avec zèle les fonctions de maire ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Passemard Jacques, né à Saint-Rabier le 24 février 1795 de Jacques et Marguerite Larivière. « Famille estimée et considérée. Le père a toujours exercé des fonctions publiques depuis 1790». — 7e escadron, 17e compagnie.

Pontou Jean, né à Domme le 20 décembre 1788 d'Antoine et Anne Folialeau. « Famille de négociants très riches et considérée ». — 5e escadron, 5e compagnie.

Pouchard Jean-Marc, né à Coulaures le 11 mars 1795 de Jean et Marie Deschamps. « Bonne famille bourgeoise estimée et.considérée dans son canton ». — 4e escadron, 4e compagnie..

Reynal Joseph, né à Cénac le 22 juin 1793 de Guillaume et Marie Laville. « Famille bourgeoise estimée et considérée». — 10e escadron, 20e compagnie.

De Ribeyreix ou Ribeyreys de Farges Jean-Francois-Isaac, né a Vanxains le 18 août 1788 d'Elie et Marie-Madeleine de Bonnefond. « Famille très pauvre, mais ayant conservé beaucoup de considération alliée aux meilleures familles du dévartement; a produit beaucoup de personnes qui se sont distinguée, dans la carrière des armes ». — 2e escadron, 12e compagnie.

De Salleton Julien-Joseph, né à Saint-Michel, commune de Cantillac le 29 novembre 1795, de François-Paul et Jeanne-Julie de Châtillon, « Très ancienne famille de noblesse militaire justement considérée. Depuis 1650 les aïeux, paternels et maternels de l'inscrit offrent une série d'officiers distingués dont plusieurs sont morts au champ d'honneur ». — 7e escadron, 17e compagnie. Brigadier le 2 août 1813, chevalier de la Légion d'honneur à dix-huit ans. Officier aux cuirassiers de la Garde royale.

De Saulnier du Plessac André-François-Benoit, de St-Félix de Mareuil. « Famille de noblesse militaire et considérée. Il y avait 'six frères officiers avant 1789 ».

Orfaure de Tantaloup Pierre, né à Ribérac le 10 juin 1793 de Raymond et Anne-Elisabeth Lamy. « Bonne famille de bourgeois privilégiés, bien alliée et considérée. Le père a été gendarme de la Garde du Roi un oncle chef d'escadron a été tué, il y a neuf ans, devant Gaëte ». — 3e escadron, 13e compagnie. Officier de dragons, retraité vers 1845.

De Tarde Joseph, né à La Roque-Gageac en 1795. Le père a été syndic de la marine pendant plus de 20 ans. « Famille ancienne justement considérée par ses vertus et les places qu'elle a occupées ». — 3e escadron, 138 compagnie.

Texier Louis, né à Sainte-Marie-de-Frugie en 1795. « Bonne famille estimée et considérée ».

En récapitulant les noms de la première liste, on trouve une trentaine de Gardes d'honneur qui descendaient de bourgeois anciens ou privilégiés et une quinzaine qui étaient issus de maisons nobles; les neuf autres jeunes gens étaient fils de commerçants, de. fonctionnaires ou de militaires. Tous appartenaient à des familles estimées et considérées du pays. Seuls, les noms de Delage de Lombrière, de Deschamps et de Saulnier du Pessac, inscrits par le préfet, n'ont pas été retrouvés sur les matricules du régiment.

Sur ces mêmes contrôles nous avons noté, à la date du 15 juillet 1813, dix autres incorporations qui concernent des Périgourdins :

Burgairolles Guillaume, de Thiviers, né à Narbonne le 29 septembre 1795 de Guillaume et Marie Peyrat. — 3e escadron, 13e compagnie.

Dupin Antoine, de Sainte-Croix, né à Saint-Saud le 29 avril 1794 de Charles et Marguerite Raymond. — 7e escadron, 7e compagnie.

Duverrier de Monfort Jean-Maurice, né à Pomport le 14 septembre 1795 de Jean et Eléonore Baubal.

Formel Jean, de La Roche-Chalais, né à Saint-Aigulin (Charente-Inférieure), le 19 décembre 1790 de Michel et Françoise Ruisselet. — 9e escadron, 9e compagnie.

Luguet-Desgranges Jean-Joseph, né à Douchapt le 22 août 1795 de Jean-Baptiste et Marie Labonne. — 4e escadron, 4e compagnie.

Mouru-Lacombe Jean, né au Fleix le 11 avril 1795 de Jean et Marie Colignan. — 3e escadron, 13e compagnie.

Pastoureau Louis-François-Alexandre, né à Javerlhac le 21 novembre 1795 de François et Marguerite Janaillac. — 4e escadron, 4e compagnie.

Rey-Lagarde Pierre, né au Bugue le 4 novembre 1782 de Jean et Marie Minard. — 10e escadron, 10e compagnie. Promu brigadier le 21 août.

Saint-Ours Georges, né au Verdon le 12 janvier 1795 de Pierre et Marthe Galina. 10e escadron, 10e compagnie.

Pichel Guillaume, né à Brantôme le 31 janvier 1793 de Guillaume et Jeanne Paris. — 3e escadron, 13e compagnie.

Le 23 juillet eurent lieu vingt-et-une nouvelles incorporarations de jeunes gens de la Dordogne :

Arlot de Saint-Saud Julien, né à Périgueux le 14 février 1788 de Louis et Marguerite de Fayolle. — 5e escadron, 5e compagnie.

Agard Jean, né à Savignac de Nontron le 7 mars 1788 de Pierre et Pétronille Martinot. — 10e escadron, 20e compagnie.

Alix-Dubousquet Etienne, né à Saint-André de Sarlat le 23 mai 1793 de Guillaume et Catherine Ampoulange. — 5e escadron, 5e compagnie.

Antignac-Boissière Jean, né au Bugue le 21 novembre 1790 d'Antoine et Jeanne Albucher.

Bourdet Louis, né à Sarlat le 23 mai 1794 de Jean et Pétronille Labrousse. — 5e escadron, 5e compagnie.

Champagnac-Leyraud Paul-Victor, né à Villars, canton de Bussière-Badil le 10 février 1795 de Louis et Valérie Roussy. — 5e escadron, 50 compagnie.

Deborde-Lalande Antoine, né à Saint-Cernin de Reilhac le 6 mars 1787 de Gabriel et Marie Fournier. 4.0 escadron, 4e compagnie.

Eyriaud-Béchemore Jacques, né à Javerlhac le 4 avril 1788 de François et Marie Jalanihac. — 5e escadron, 15e compagnie.

Gaussen Paul, né à Bergerac le 17 avril 1788 de Mathias et Julie Burette. — 10e escadron, 20e compagnie.

Grézel Jean-François-Xavier-Maurice, né à Sarlat le 18 août 1790 du capitaine Barthélemy-Joseph et Marie Debarry. — 5e escadron, 5e compagnie.

Labrousse Mandegou Pierre, né à Cazoulès le 30 mai 1793 de Pierre-Jacques et Madeleine Tarde. — 7e escadron, 17e compagnie.

Lajarte Jeoffre Raymond, né à Naillac le 20 novembre 1798 de François et Antoinette Pochet. — 7e escadron. 17e compagnie.

Humeau de la Martinie Charles, né à Bergerac le 5 juillet 1792 de Philippe et Jeanne Chanceaulme. — 5e escadron, 5e compagnie.

Laroche Babiard Pierre, né à Saint-Germain de Bf,,rgerac le 10 mai 1794 de Pierre et lllarguerite Charraux.

Lescure Jean-Etienne, né à Saint-Germain de Belvès le 30 mai 1790 de Xavier et Marie Lasure. — 10e escadron, 10e compagnie.

Macary Lagrelière Jean, né à Etouars le 8 juillet 1786 de Jean et Marie Boussarie. — 5e escadron, 15e compagnie.

Dubernad de Monmère Côme, né à Terrasson le 24 février 1795 de Dubernad et Marie Chalard. — 8e escadron, 8e compagnie.

Pohl Henry, de Saint-Georges de Monclar, né à Bordeaux le 1 er juin 1794 de Pierre et Marie-Aimée Tessa. — 5e escadron, 5e compagnie.

Record Jean, né à Sarlat le 24 décembre 1791 de François et Jeanne Pichmajou. — 5e escadron, 5e compagnie.

Teissière Bellecise Louis, né à Sarlande le 19 janvier 1789 de Gabriel et Marie-Rose Decoux. — 10e escadron, 2e compagnie.

Valeton Duroc Antoine, né à Saint-Georges de Monclar le 23 décembre 1795 de Hélie et Marguerite Chanaud. — 7e escadron, 20e compagnie.

Une vingtaine de Gardes d'honneur périgourdins furent encore immatriculés le 29 juillet. En voici les noms :

Villac de Beauroyre Charles, né à Segonzac (Corrèze) le 22 juillet 1791 de Jean-Marc et Suzanne de Calvimont, de Tayac. Promu brigadier le 20 août 1813.

Béchaud François, né à Saint-Martial d'Artenset le 9 août 1794 de François et Anne Teyssandier.

Bertrand de Faugerolas Jean, né à Génis le 13 avril 1794 d'Antoine et Catherine Lacoste.

Bordas Pierre, né à Champagne-Fontaines le 21 février 1795 de Pierre et liarguerite Rousseau.

Cavailler Antoine-Paul, de Bourdellière, né à Paris le 22 avril 1796.

Chadourne dit Beysselance Jean, né à Saint-Martin des Combes le 6 juin 1794 d'Antoine et Marie Cailloux. — 5e escadron, 15e compagnie.

Delarte de Beauchamps Jean, né à Molières le 18 avril 1?94 de Jean et Julienne Dorlit, demeurant à Pontours. — 5e escadron, 15e compagnie.

Dufaure de Montmirail Pierre, né à Beaumont le 30 mai 1796 de Pierre et Catherine Franc, petit-fils et neveu de Gardes du corps du Roi. — 4e escadron, 4e compagnie.

Plus tard maréchal des logis au 3e cuirassiers de la Garde royale (1821) et sous-lieutenant au 12e dragons (1830 à 1837).

Dutard Jean, né au Bugue le 1er septembre 1795 de Mathieu et Madeleine Rey. — 7e escadron, 7e compagnie.

Feriol Giraud, né à Saint-Amand de Belvès le 15 juin 1796 de Jean et Thérèse d'Epignol. 58 escadron, 156 compagnie.

Fompeyre Chevalier Eymeric-Jean, né à Douzillac le 4 avril 1794 d'Antoine et Marie Garrau.

De Grailly François, né à Saint-Remy le 23 décembre 1793 de Pierre et Marie Gregnier.

Guillemot François, né à. Festalemps le 5 décembre 1784 de Léonard et Marguerite Courcelle. — 5e escadron, 15e compagnie.

Labat de Bira dit Lombrière Jean-Hippolyte, né à Manzac le ler février 1796 de Jérôme et Marguerite-Thérèse Massoubié. — 5e escadron, 15e compagnie.

Labonne-Laroche Pierre, né à Tocane le 8 février 1796 d'Antoine et GabrielÏe Desgentils. — 6e escadron, 16e compagnie.

Poumeau Jean, né à Bergerac le 30 janvier 1794 d'Isaac et Marie Mestre. — 5e escadron, 15e compagnie.

Simon Guillaume, né à Saint-Germain du Salembre le 7 juin 1790 de Pierre et Pétronille Lavignac. — 5e escadron, 15e compagnie.

De Royère Jean-Marc, né à Saint-Antoine-de-Chignac le 2 juillet 1795 de Jean et Elisabetb Marquessac. — 10e escadron, 10e compagnie.

Verneuil d'Artensec Claude-Raphaël, né à Creyssensac le 14 octobre 1789 de Léonàrd-François et Françoise de Montolon. — 5e escadron, 15e compagnie.

Durieux ou Du Rieu de Marsaguet Josepb-Charles, né à Coursac le 1er janvier 1785 de François et Claude-Claire Doeneract. — 10e escadron, 20e compagnie.

D'avril à juillet, les Gardes d'honneur du département reçurent à Périgueux les premiers éléments d'instruction militaire. Le préfet avait choisi pour instructeur un sous -lieutenant de cavalerie en retraite, M. Fargeot, de Saint-Apre (11).

Les Périgourdins firent bientôt comme leurs collègues des autres départements une fois enrégimentés, tous ces jeunes hommes prirent l'esprit militaire au plus haut degré de perfection (12).

Rassemblés à Tours, les Gardes du 3e régiment, venus d'un peu partout, furent les uns casernés, d'autres logés chez l'habitant, d'autres enfin cantonnés, de l'autre côté de la Loire, à l'abbaye de Marmoutiers, sous le haut commandement de leur colonel, qui était le général Philippe de Ségur (13). Bien instruits et entraînés durant plusieurs mois, ils étonnèrent à maintes reprises, par la précision et la rapidité de leurs manœuvres et exercices, les vieux régiments qui passaient à Tours, rappelés de la péninsule espagnole par la guerre d'Allemagne. A la fin de 1813, le 3e Gardes d'honneur partit, à son tour, pour le Rhin, aux avant-postes de Fort-Vauban à Germersheim, où il débuta par un hiver rigoureux, et avec le typhus. Les Périgourdins se distinguèrent dans de nombreuses affaires. Rapportons simplement quelques-unes de leurs prouesses.

Lors du blocus de Landau, pendant une sortie, le garde Orfaure charge sur quatre cosaques et, en compagnie d'un sousofficier de cuirassiers, fait face à une douzaine d'ennemis pour défendre un camarade qui s'est cassé la cuisse dans une chute. A la bataille de Hanau, Hippolyte de Saint-Aulaire est blessé avec Froidefond cadet-- il est démonté et fait prison= nier, mais s'échappe et rejoint son corps. A Brienne, BornetLéger reçoit une blessure qui lui vaut à dix-huit ans la croix d'honneur.

A Reims surtout, le 13 mars 1814, les Gardes d'honneur firent une charge superbe et folle sur les dragons russes et rien ne résista à leur valeur héroïque huit canons furent enlevés les Gardes acharnés à la poursuite dépassèrent les fuyards dans le faubourg de Vesle et se trouvèrent pris entre deux feux (14). Ils. subirent de grosses pertes. Le colonel-major de Belmont Briançon. fut mortellement frappé Ségur fut blessé ainsi que Saint-Aulaire, Salleton, Rey-Desbrousse qui, ayant eu son cheval tué sous lui et atteint lui-même, de dix coups de baïonnette, ne pouvait plus se défendre (15). De même Aumassip, cité parmi les chargeurs héroïques, blessé comme il l'avait été à Wassy et devait l'être encore à Arcis. Aussi Napoléon se plut à citer dans le bulletin de la journée les Gardes du 8e régiment qui, dit-il, s'étaient couverts de gloire.

Les Gardes d'honneur de 1813-14 ont mérité les hommages, les éloges et l'admiration que le Gouvernement de la défense nationale devait donner à nos petits Mobiles de 1870-71, cités à l'Ordre pour leur conduite à Coulmiers. La Dordogne a le devoir de se rappeler ses Gardes d'honneur d'il y a un siècle, le patriotique effort de ces jeunes gens, leurs vertus militaires, leur abnégation, leur vaillance et leur dévouement.

Elle a le droit aussi de s'en montrer fière.

Notes :

1. Une Garde d'honneur existait déjà dans la Dordogne. Elle comptait au mois de novembre 1805 sept inscrits de 16 à 20 ans, auxquels d'autres noms furent ajoutés par la suite. Cf. d'Hauterive, La Police sous le Premier Empire, Il, nrs 512, 582, 577, 716.

2. Lt Bucquoy, Les Gardes d'honneur, p. 210.

3. Bull. de la Soc. hist. du Périgord, 1912, p. 55.

4. Dr Poumiès de la Siboutie : Souvenirs d'un médecin de Paris, p. 69-70.

5. Arch. nat., F1(c) III, 11. Rapport publié par M. Robert Villepelet dans le Bull. de la Soc. hist. du Périgord, 1911, p. 206. — Les Archives départmentales ne possèdent sur la formation des Gardes d'honneur aucun document dans la série militaire ni dans la série M. On trouve seulement dans le Recueil des actes de la préfecture les instructions du préfet baron Maurice, du 15 avril 1813, données aux maires des communes à la suite du décret mais aucun nom n'y figurer.

6. Cavaliers de Napoléon, p. 126.

7. Actuellement canton de Saint-Astier.

8. Jean Limousin, avocat, député et sous-préfet, né à Ribérac en 1751.

9. Il fut habillé, équipé et monté aux frais de la Légion d'honneur (1200 fr. le 10 mai et supplément de 200 fr. le 26 aoùt).

10. Les milices de Périgord se distinguèrent à Bouvines où le sire de Mareuil fit prisonnier Ferrand comte de Flandre le 12 mars 1214.

11. Jean Fargeot aîné (177-1846), hussard au 1er régiment en 1794, brigadier en 1800, maréchal des logis en 1802, sous-lioutenant en 1806 et chevalier de la Légion d'honneur en 1807, fut retraité en 1810, pour blessures reçues en PortugaI. Dans toutes les circonstances il avait été un exemple de bonne conduite, de bravoure audacieuse et de subordination parfaite. Il avait emporté les regrets et l'estime de tout son régiment.

12. Mémoires du duc de Rovigo, VI, 76.

13. Philippe-Paul de Ségur, né et mort à Paris (1780-1873), aide de camp de l'Empereur, membre de l'Académie française en 1830, fils du grand maître des cérémonies de Napoléon et pelit-fils du maréchal ministre de Louis XVI, appartenait à une branche de cette maison établie depuis longtemps en Périgord.

14. A Dry : Reims en 1814, p. 212

15. Général comte de Ségur : Du Rhin à Fontainebleau, p. 366, 370.

Source : La Dordogne militaire, de Joseph Durieux.

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Les gentilshommes de Saint-Maurice-des-Lions

Il est remarquable qu'à Saint-Maurice la bourgeoisie était presque absente, à la différence de ce qu'on a vu à Tusson.

Sur le territoire que nous parcourons, on ne trouve guère qu'un notaire et un chirurgien. Il n'existe point de justice seigneuriale, par conséquent aussi point d'officiers y rattachant une existence qui participe de la vie urbaine. Pas de groupement de propriétaires vivant au centre du bourg, puisque les domaines sont agglomérés avec habitation centrale. Du reste, l'élément intermédiaire entre le cultivateur et le noble fait défaut. Nous venons de voir qu'il n'est pas facile au métayer de se hausser au rang de propriétaire; élever une famille nombreuse, là est le terme de son ambition. En revanche, devenir propriétaire, j'entends propriétaire d'un domaine, c'est ici, à ce qu'il semble, devenir seigneur. La constitution facile, ou, pour mieux dire, naturelle, des domaines isolés, et par suite, en un sens tout au moins, indépendants, a manifestement favorisé l'établissement d'un nombre considérable de fiefs ou maisons nobles. J'en compte cinq dans Saint-Maurice, trois dans Lézignac, un autre sur le petit territoire du Chambon, en outre de la commanderie. On sait qu'à Masson il n'y avait pas une seule maison noble, à part le prieuré. Ce ne sont pas de hauts et puissants seigneurs, loin de là; ils n'exercent aucune juridiction; ce sont, à proprement parler, des propriétaires indépendants, des soldats du roi. Ils sont chargés d'enfants et ne possèdent que des revenus restreints. Aussi, lorsqu'en 1689 le roi fait appel au ban et arrière-ban, voici quelles sont les déclarations présentées par nos modestes propriétaires ruraux :

— Barbarin fils, écuyer, sieur du Ponteuil, demeurant audit lieu, paroisse de Saint-Maurice-des-Lions, possède noblement les deux métairies du Ponteuil, pouvant valoir, avec les rentes et (limes qui en dépendent, trois cents livres de revenu au plus; huit enfants vivants, hors d'état de se mettre en équipage.

— Barbarin fils, écuyer, sieur de Laage d'Eschambon, de la paroisse de Saint-Maurice-des-Lions. Sept setiers de froment, seigle et avoine de rente, un moulin sur la rivière de Confolens, tenu à hommage du seigneur dudit lieu, de cent livres de rente; s'offre à marcher, mais prie qu'il lui soit alloué trois années sur le prix des bois.

— Barbarin de Fontéroux (Louis de), sieur de La Touderie, y demeurant, paroisse de Saint-Maurice, au service dans les armées d'Italie, où il a épuisé ses ressources pour subsister et a même contracté des dettes; Les deux petits fiefs de La Touderie et de Peunir, paroisse de Pressignac; revenu total, 600 livres.

— Dassier (Jean), chevalier, seigneur des Brosses, fils de feu François Dassier, en son vivant chevalier, seigneur dudit lieu, et de dame Marguerite Guimard, demeurant au château des Brosses, paroisse de Saint-Maurice, déclare que ladite dame Guimard est exempte du ban et arrière-ban, étant chargée de sept enfants mâles et trois filles, et que, d'ailleurs, quatre de ses fils sont au service, savoir Dassier, écuyer, sieur de Charzat, garde du roi dans la compagnie de Noailles; François Dassier, lieutenant au régiment des fusiliers, dans le bataillon de Bovincourt; les deux autres, qui sont Joseph et Paul, étant dans la compagnie des cadets qui tient garnison dans la ville de Tournay.

— La Cour de Rocquart, demeurant en la paroisse de Saint-Maurice, déclare posséder le fief du Petit-Pressac, qui peut valoir, tant en rentes que dîmes, cent livres de revenu, plus un autre fief dé la paroisse de Loubert de vingt livres, un autre de quinze livres dans la châtellenie de Chabanais.

— Rouziers (François de), écuyer sieur de Lézignac, prêt à partir, possède deux fiefs héréditaires, l'un dans la paroisse de Lézignac-sur-Doire, de la valeur de cinq cents livres de revenu, l'autre dans la paroisse de Sainte-Marie-la-Claire en Limousin, pouvant valoir vingt-cinq écus.

— Rouziers (Paul de), écuyer, sieur de Saint-Romain, demeurant à La Chenaud, paroisse de Lézignac-sur-Goire, déclare qu'il est prêt à servir, mais qu'il ne peut le faire à ses frais, n'ayant pas cent livres de revenu.

— Du Pin (Charles), écuyer, seigneur des Cozières, y demeurant, paroisse de Saugon, possède le fief de Lézignac, dans la paroisse de ce nom, de cinquante livres de revenu, un petit fief de cent livres dans Saint-Germain en Poitou, un domaine noble dans Saugon de cinquante livres.

Source : Monographie de Saint-Maurice-des-Lions, de Daniel Touzaud.

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20 décembre 2019

La maison de détention de Saint-Pardoux en 1793

Le 1er octobre 1792, les religieuses quittèrent le couvent dont tous les objets mobiliers furent vendus aux enchères du 14 au 22 du même mois ; l'argenterie fut seule réservée pour être portée à la Monnaie de Limoges, mais quand le Directoire voulut en prendre possession, il se trouva que les pièces les plus précieuses avaient été enlevées : à la suite d'une enquête prescrite le 5 novembre, suivant, la sœur Versaveau fut arrêtée et incarcérée à Nontron sous la prévention d'avoir soustrait des objets servant au ci-devant culte catholique ; elle était encore en prison en avril 1793.

Le 10 novembre 1792, les bâtiments du couvent furent adjugés au citoyen Planchas-Lavalette moyennant 18.721 l.

Les portes du monastère s'étaient à peine fermées sur les religieuses, emportées par la tourmente révolutionnaire, qu'elles se rouvrirent pour donner passage, comme au temps de sa splendeur, aux femmes des premières familles du pays.

En effet, M. Planchas, pour tirer parti de son acquisition, avait loué ces bâtiments au Département qui y installa une prison pour les suspects : dès le 16 pluviôse an II, on y transportait de Nontron les dames Moreau de Saint-Martial fille, Rose Maillard, Royère fille, Marie Villard, Rose du Haultmont, d'Ancors, veuve Maranda du Cousset, et ses deux filles, Royère, veuve la Bardonnie, sœur Saint-Remys, Cammin. Les hommes étaient : Milhate du Hautmont, Desmarets, Texier, Alexis Cammin, Raynaud père et fils, Roux-Luçon ; d'autres vinrent bientôt les rejoindre : Basset de Rivailles, Roussarie, Pinton, Larret-Grandpré, Lapeyronnie père et mère.

Le 23 messidor suivant, le district décidait que cette prison serait exclusivement affectée aux femmes ; on y conduisit alors mesdames Roux-Luçon mère, Roux-Luçon grand'mère, les quatre sœurs Dupin de Saint-Cyr, la Roussie, les deux Lajard-Gresignac, Cammin-Saint-Sulpice, Boistillé-Desgroges, Marie Moreau-St-Martial, la Brousse-Vaubrunet et ses deux filles, Chaban ci-devant religieuse, les deux sœurs Conan d'Ancors, les deux Villars-Poutignac, tantes, Gallard-Béarn née du Tillet, Leymarie et ses quatre filles, les trois sœurs Saunier, Vaucocour, veuve Boulouneix, Desrivailles, la Roussie, ci-devant religieuse, Girou-Desmarets, Escravayat-la-Barrière et ses deux filles, d'Abzac-St-Viance, les quatre filles de La Croix du Repaire, Dereix, Suzanne Valade, ex-religieuse, Delezon fille, Auvrai-St-Remy, veuve Moreau-Maillard, soit au total 53 personnes appartenant tant à la bourgeoisie qu'à la noblesse.

Les détenues recevaient chacune 25 sous par jour pour leur nourriture, chauffage et blanchissage ; seul le pain leur était fourni par la municipalité. Elles devaient choisir parmi elles une économe chargée d'acheter les denrées et de les payer.

Il était obligatoire pour elles de prendre leurs repas en commun et elles devaient se contenter de l'ordinaire ; défense absolue leur était faite d'acheter d'autres vivres au dehors. L'assistance de domestiques leur avait été refusée et elles devaient elles-mêmes préparer leurs repas, nettoyer la prison et entretenir leur linge. Cependant plusieurs d'entre elles étant tombées malades, le district se départit de ses cruelles rigueurs en leur permettant, le 9 thermidor an II, d'engager à leurs frais trois filles de chambre.

Le 26 messidor, le pourvoyeur de la maison de détention informait la municipalité « que les détenues manquaient totalement de pain et qu'il ne savait où en prendre. » Celle-ci, vu la pénurie des grains, arrêta de prendre le blé de Lapeyronnie, père d'émigré, alors en prison, à charge de verser 750 l. à la caisse du séquestre.

Des temps plus calmes revinrent et la prison de Saint-Pardoux laissa échapper ses détenues : bientôt les bâtiments d'un entretien difficile furent transformés en carrière où chacun vint puiser les pierres nécessaires à ses constructions. Le vandalisme accomplit son œuvre ; l'église, les cloîtres, les ailes disparurent et le couvent se trouva réduit au corps de logis lépreux qu'on voit encore et qui fait songer à ces paroles d'un illustre écrivain : « Il y a deux sortes de ruines très distinctes, l'une ouvrage du temps, l'autre ouvrage des hommes. Les premières n'ont rien de désagréable, parce que la nature travaille auprès des ans. Font-ils des décombes, elle y sème des fleurs, entrouvrent-ils un tombeau, elle y place le nid d'une colombe. Sans cesse occupée à reproduire, elle environne lamort des plus douces illusions de la vie.

Les secondes ruines sont plutôt des dévastations que des ruines : elles n'offrent que l'image du néant, sans une puissance réparatrice. Ouvrage d'un malheur et non des années, elles ressemblent aux cheveux blancs sur la tête de la jeunesse. »

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1899)

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19 décembre 2019

Le Général de division de Villemalet

Le Général de division de Villemalet (1760-1795)
Première édition : 1912 - Auteur : S. C. Gigon

La révolution, en donnant un avancement immodéré aux militaires patriotes, n'avait pas détruit chez beaucoup de ces favorisés le sens du devoir et de l'honneur militaires. Ces qualités puisées dans les rangs de l'armée royale, étaient peu appréciées des Représentants en mission aux armées. Pour ces derniers, l'obéissance aveugle aux décrets inhumains de la Convention et à leurs propres arrêtés, était seule admise. Ces sectaires, surtout pendant le ministère de l'hébertiste Bouillotte, semaient à plaisir l'indiscipline dans la troupe en jetant la suspicion aur les généraux et en provoquant contre eux les délations. Les généraux modérés, furent naturellement les plus exposés, Kléber et Marceau, pour ne parler que des plus illustres, sentirent le poids de la disgrâce au moment où la Terreur était à son comble. A ce moment même, d'ailleurs des généraux Sans-Culottes étaient brisés, s'ils montraient quelque répugnance à approuver le système des délations, imposé par les Représentants et s'ils osaient défendre leurs officiers.

L'histoire du général Villemalet montre un exemple bien frappant du désaccord forcé, entre les vertus civiques des sectaires de 1793, et les vertus militaires de toutes les époques. A ce titre, une moralité peut h encore en être tirée de nos jours.

Pierre Furaud de Villemalet est né (1) à Villemalet, commune de La Rochette, canton de Jauldes (Charente), le 20 mars 1760. Il appartenait à une famille de propriétaires aisés et il reçut une certaine instruction constatée par ses lettres et son écriture. La vocation militaire ne se déclara pas chez lui de bonne heure, car il n'entra au service qu'à 22 ans. Le 28 janvier 1782, il s'engageait au 6eme régiment de Chasseurs (2) à cheval, mais il permuta bientôt pour entrer au Bataillon de Chasseurs des Ardennes où nous le retrouverons caporal en 1785. Il quitta le service actif par congé absolu le 1er octobre 1788 et rentra dans son pays. Au moment où Villemalet revint à La Rochette, il trouva le Bataillon de la Garde Nationale du canton de Jauldes en formation; on chercha naturellement pour commander ces milices les anciens gradés de l'armée active, Villemalet, dont la famille était connue dans le pays fut naturellement désigné au choix de ses concitoyens. Il avait embrassé, comme la plupart des jeunes gradés inférieurs de l'armée les principes révolutionnaires qui devaient ouvrir à tous l'avancement et il manifesta alors dans les réunions populaires des sentiments attestés par le certificat de civisme (3) qui lui fut délivré à Jauldes en 1794. Ce certificat s'exprime ainsi : « Il fut nommé commandant du Bataillon du Canton par un scrutin qui lui donna généralement tous les suffrages, il fit le serment d'être toujours fidèle à la Nation et à la Loi, de soutenir, et défendre de tout son pouvoir la Liberté, l'Egalité et la Constitution française et de faire la guerre au despotisme jusqu'à sa mort... Il le fit faire également (le serment) à tout le Bataillon, qu'il s'est acquitté de sa charge avec tant de régularité, d'assiduité et a enseigné avec une si grande patience et douceur les défenseurs de la Patrie, sa conduite a été si régulière qu'il est estimé de tout le Bataillon d'une manière incomparable, il a donné des preuves de son véritable civisme de son courage puisqu'aussitôt que l'Assemblée a demandé des Compagnies de Volontaires, il s'est enrôlé le premier et a engagé par son exemple et ses discours les citoyens de le suivre, sa bonne conduite était tellement connue qu'il fut nommé Capitaine de 3eme Compagnie dans le 1er Bataillon de la Charente. »

Villemalet n'était pas seulement un orateur de club, c'était un soldat instruit et zélé aussi, on comprend que ses services antérieurs lui aient valu le 17 octobre 1791, les suffrages de ses camarades de la 3me Compagnie du 1er Bataillon de la Charente. Villemalet avec sa compagnie suivit le sort du Bataillon et prit part avec lui à la campagne de l'armée du Nord. Sa conduite comme Capitaine fut assez estimée, ses principes de républicain exalté aidant, pour le faire élire Lieutenant-Colonel en second, le 28 février 1793, en remplacement de Rochette-Pluzet destitué pour absence illégale. Le 1er Bataillon de la Charente se trouvait alors cantonné à Aix-la-Chapelle.

Villemalet participa donc à tous les combats de la campagne de Dumouriez, de Jemmapse, à Nerwinde, et vint s'enfermer avec son bataillon dans Valenciennes. Pendant la retraite de Nerwinde il fut blessé au bras gauche au combat du 7 avril, livré entre Condé et Valenciennes, au siège de cette dernière place, le 23 juillet, il fut blessé à la joue gauche.

Le Bataillon de la Charente, après la reddition de Valenciennes, fut dirigé sur l'armée des Alpes chargée du siège de Lyon; en route Léchelle, commandant du Bataillon, fut mandé, le 14 août, à Paris, par le Ministère de la Guerre, et nommé Général de Brigade. Le commandement du Bataillon resta donc entre les mains de Villemalet qui amena sa troupe devant Lyon à la fin d'août et itablit au camp de Caluire (4).

La similitude des convictions politiques avait certainement rendu intimes les deux Lieutenant-Colonels du 1er Bataillon de la Charente, Léchelle nommé général par l'influence du Conventionnel Bellegarde, dut appuyer son camarade auprès du Ministre Bouchotte, non seulement en raison de ses qualités militaires, mais surtout pour la pureté de ses principes républicains. Le Général en chef de l'armée de Lyon, Doppet, bon Sans-Culotte lui-même, avait du bien noter le Commandant Villemalet. En tout cas, le le 7 octobre 1793, Villemalet fut nommé Général de Brigade par le Conseil exécutif provisoire. Le 15 octobre, il accusait réception de sa lettre de service au Ministre (5), et il remettait aussitôt son commandement au Capitaine Lacroix, élu chef de Bataillon à sa place.

Le siège de Lyon terminé, Villemalet connu pour son ardeur republicaine, reçut du Général Doppet, la mission d'inspecter les départements du Puy-de-Dôme et de la Lozère, où des tentatives d'insurrection avaient été signalées et où quelques bataillons de l'Armée des Alpes étaient envoyés; le Général se dirigeant vers la Lozère se trouvait à Saint-Etienne le 21 octobre. Ici se place un épisode caractéristique de l'époque qui faillit tourner bien mal pour Villemalet.

Après la prise de Lyon, les Conventionnels en mission s'étaient partagé la besogne de répression et de vengeance; les uns restaient à Lyon, les autres opéraient dans les départements voisins. Le 20 octobre, deux des plus féroces missionnaires de la Convention, Javogues et Bassal, un légiste et un moine défroqué opéraient à Saint-Etienne (6).

La suspicion et la délation démocratiques étaient à l'ordre du jour (7) dans l'armée républicaine, surtout depuis l'installation de Bouchotte au Ministère de la Guerre; celui-ci avec ses adjoints et ses Commissaires spéciaux aux armées n'avait cessé de pousser à la désorganisation en excitant les soldats contre les officiers en faisant distribuer des journaux démagogiques aux troupes, en proclamant la délation le plus saint des devoirs, la plus haute vertu républicaine. Il n'est pas étonnant de constater à cette époque de tristes défaillances dans l'armée. Parmi les Représentants en mission, Javogues s'était fait remarquer par son exaltation, ses cruautés et son cynisme, il devait inspirer confiance aux délateurs.

Le 20 octobre, le 1er Bataillon de la Charente, faisant étape à Saint-Etienne alors nommée Armeville, un sergent de la 2me Compagnie, nommé Vové, vint dénoncer son Capitaine aux Représentants. Le Capitaine Jarriges, en effet, avait fait marcher dans les rangs de sa compagnie un émigré et trois soldats de Précy. Ces hommes probablement faits prisonniers le 9 octobre, devaient à la pitié du Capitaine, d'avoir échappé à la mort. L'indignation de Javogues fut sans bornes, il fit arrêter de suite Jarriges et cita devant lui le Commandant du Bataillon : l'attitude du Commandant Lacroix stupéfia les Représentants qui écrivaient au Comité de Salut public que cet officier : « Dans le cours d'une longue conversation ne manifesta d'autres sentiments que beaucoup d'intérêt pour le Capitaine coupable et un grand ressentiment contre le Sergent du Bataillon qui nous avait donné connaissance de la perfidie de son Capitaine. » Le Sergent Vové qui avait été envoyé par les Représentants à la recherche de deux des Lyonnais qu'on n'avait pu arrêter, fut rencontré par les hommes de sa Compagnie et menacé en raison de la délation qu'il venait de commette « Croiriez-vous, écrivaient les Représentants, que la dénonciation qu'il nous avait faite avait déjà excité la haine de quelques-uns de ses camarades, qu'il a été menacé et que nous avons été obligés de le soustraire à la vengeance. »

Cette indignation des Représentants en présence des sentiments d'honneur et de pitié des soldats charentais, devait s'augmenter encore beaucoup le lendemain. « Aujourd'hui matin, écrivent-ils, est arrivé le Général Villemalet sorti depuis quelques jours de ce bataillon dont il était Commandant, et nommé par le Général Doppet pour aller surveiller les contre-révolutionnaires de la Lozère. Nous avons raconté à ce Général, avec l'indignation dont nous étions pénétrés, l'événement de la veille, nous lui avons témoigné nos inquiétudes sur son bataillon, dont les officiers montraient tant d'intérêt pour un homme qui recevait dans sa Compagnie des émigrés et des traîtres et où on ne pouvait les dénoncer sans danger. »

Evidémment, des gens qui méprisaient et menaçaient des délateurs ne pouvaient être que des traîtres et la stupéfaction des Représentants du Peuple augmenta en constatant que le solide montagnard Villemalet, choisi spécialement par le Sans-Culotte Doppet, pour une mission plus politique que militaire était encore un soldat loyal.

Javogues continuait donc sa lettre, en disant: « Le Général ne m'a paru occupé que du soin de justifier le Capitaine coupable, et pour mieux sonder s'il n'était pas plus animé de l'Esprit de corps que des intérêts de la République, nous lui avons demandé si cet officier qu'il cherchait à justifier sur sa droiture et ses bonnes intentions n'était pas au moins inutile dans son corps, puisqu'il n'avait jamais fait la guerre et que pendant le siège de Valenciennes il n'était sorti de sa chambre ou de son lit. » On voit que les Représentants avaient soigneusement recueilli les propos du sympathique sergent Vové, propos sans doute démentis par Villemalet, car la lettre continuait ainsi : « Ses réponses nous persuadèrent que la plupart des officiers ne sont guidés que par l'Esprit de corporation et ne comptent pour rien le salut de la République. »

Les Représentants, déjà inquiets sur la mentalité de Villemalet, lui firent connaître qu'ils gardaient près d'eux le sergent Vové pour le soustraire aux mauvais traitements de ses camarades et qu'ils récompenseraient son civisme en le nommant officier dans l'armée révolutionnaire organisée par eux, pour la sûreté du pays, la dispersion des malveillants et la garde des biens séquestés. »

Villemalet, en apprenant cette décision des Conventionnels, ne put se tenir de leur écrire une lettre (8) où la modération forcée de la forme laissait transparaître son indignation. Javogues et Bassal ne s'y trompèrent pas, car ils joignirent cette lettre à une dépêche au Comité et ils spécifiaient : « La lettre que le Général Villemalet nous a écrite à cette occasion vous donnera la mesure du civisme de ce Général et des officiers. Nous avons cru devoir l'arrêter à Saint-Etienne et empêcher qu'il aille commander dans un pays où il faut être si sévère contre les émigrés et les réfractaires. »

Le Bataillon charentais ne pouvant être emprisonné, les Représentants lui laissèrent continuer sa route, avec son mauvais patriote de commandant. Jarriges lui-même, le Capitaine coupable d'humanité eût la chance rare d'échapper à la guillotine, car il mourut à Toulon, le 21 Thermidor an II (8 août 94). Villemalet, moins heureux que ses anciens officiers, resta emprisonné à Saint-Etienne, à partir du 21 octobre.

La plainte des Conventionnels avait aliéné au Général le Ministre de la Guerre, car celui-ci lui cacha la faveur dont il était l'objet à ce moment même. En effet, pendant que les Représentants arrêtaient Villemalet à Saint-Etienne, ses amis du Ministère de la Guerre l'avaient présenté pour un avancement extraordinaire, le 26 octobre, le Conseil exécutif provisoire nommait Villemalet Général de Division. Le Comité de Salut public n'avait pas encore reçu la plainte des Représentants Javogues et Bassal.

Le 27 février 1794, après une détention de plus de quatre mois, Villemalet obtint sa liberté de la Commission de surveillance établie à Lyon par les Représentants du peuple, en mission, Fouché, Laporte et Meaulle (9). Il était tombé malade et les Conventionnels lui accordèrent au mois de mars 1794, une permission d'un mois pour aller se soigner à La Rochette, à charge pour lui d'en prévenir le Ministre de la Guerre. Villemalet adressa donc au Ministre copie de la décision des Représentants et dans sa lettre rédigée avec le tutoiement républicain; il expliquait sa situation et réclamait la prolongation de sa permission jusqu'à la fin de Germinal (avril 1794), se déclarant d'ailleurs prêt à se rendre au poste qu'on lui assignerait avant cette date si sa santé le lui permettait.

La captivité de Villemalet n'avait pas été longtemps ignorée du Ministre de la Guerre, car le 9 novembre 1793, le Comité de Salut public lui avait transmis la lettre des Représentants, datée du 21 octobre et qu'accompagnait la copie de la lettre du Général aux Représentants. La lettre du Comité signée Carnot et Billaud-Varennes, porte les traces d'une enquête ultérieure sur Villemalet et aussi sur l'esprit de son bataillon. Une conclusion en marge détermine la situation de l'affaire. « Villemalet, dit-on, n'a pas été suspendu par les Commissaires, il a au contraire été fait Général de Division le 6 Brumaire (27 octobre 93), les Représentants du Peuple ne disent pas qu'ils l'ont suspendu, mais l'on't fait arrêter à Saint-Etienne. »

En tout cas, suspendu ou arrêté, Villemalet, pendant sa détention, n'avait plus communiqué avec le Ministère de la Guerre; ses amis des bureaux qui avaient favorisé son avancement, doutaient sans doute de lui en présence des accusations d'incivisme venant des Représentants; on trouva bon de lui laisser ignorer sa dernière promotion..

Villemalet arrivé à La Rochette dans le courant du mois de mars, rentra de suite en communication avec les autorités influentes du pays. Le 3 avril 1794, il assistait à la séance de la Société populaire de Ruffec, patrie d'un grand nombre de ses anciens soldats, et il fit le tableau des persécutions qu'il venait d'éprouver (10).

A la fin de sa permission, Villemalet n'ayant reçu aucune communication officielle, vint à Paris chercher à être employé. Se défiant de la bonne volonté du Ministre, il.demanda au Comité de Salut public de lui faire obtenir une audience de Bouchotte afin de se justifier et d'obtenir de l'emploi. Cette lettre ayant été envoyée le jour même avec avis favorable par le Comité au Ministre, celui-ci l'adressa à son adjoint Vincent, chef de la 1re Division, avec l'annotation suivante: « Le citoyen Villemalet est employé à l'Armée des Alpes, tu peux lui expédier son passe-port pour s'y rendre. » Bouchotte voulait éloigner Villemalet sans lui faire connaître sa promotion au grade de Général de Division. Le Charentais était tenace, il persista à réclamer son audience au Ministre, qui mis au pied du mur, ne put continuer à lui refuser justice; la lettre écrite par Villemalet au Ministre, porte en marge l'abrégé de la réponse qui allait apprendre enfin au Général sa véritable situation. « Cet officier a été nommé Général de Division à l'Armée d'Italie le 4 Brumaire, la lettre de service a été adressée au Général de cette armée, le même courrier qui emporta les lettres de cette armée était chargé de remettre une lettre d'avis au Général Villemalet, sans doute le courrier ne l'a pas trouvé, puisqu'il ignorait sa nomination. » Villemalet reconnu enfin Général de Division, reçut une lettre de service pour l'Armée d'Italie, et il obtint une prolongation de congé jusqu'à la fin d'août 1794.

La Terreur était arrivée à son apogée pendant le congé de Villemalet; celui-ci rendu méfiant par une pénible expérience personnelle, pensa à se garantir d'accidents toujours possibles au moyen d'une manifestation populaire en sa faveur, constatée dans un certificat de civisme indiscutable. Très populaire dans son canton, sympathique aux ardents patriotes de Larochefoucauld, Villemalet sut faire organiser en sa faveur une grande manifestation régionale.

Le 30 Messidor an II (8 juillet), les maires du canton de Jauldes, les agents nationaux, les officiers et les soldats du bataillon sédentaire de la Garde-Nationale et de nombreux patriotes se réunirent : « sur la place d'Armes de Jauldes » et spontanément un certificat de civisme des plus chauds fut rédigé par les compatriotes de Villemalet. On y affirmait qu'il était: « un vrai Sans-Culotte, un sincère Montagnard, un véritable républicain. » Les Administrateurs du district de Larochefoucauld, le Comité révolutionnaire de cette ville donnèrent leur approbation à cet acte. Pour plus de garantie, Villemalet se fit encore délivrer un certificat de civisme particulier par la commune de la Rochette (11).

Le Général, muni de ces moyens de défense, put attendre en paix chez lui la fin de son congé, et nous le trouvons à l'Armée d'Italie seulement à la fin d'août 1794 (12).

L'armée d'Italie destinée aux opérations offensives occupait alors la crête des Alpes, de Briançon à Savone. Depuis la reprise de Toulon (27 décembre 1793), une 'Division côtière avait été créée dont le commandement territorial comprenait les côtes de Nice au Rhône, ainsi que les départements adjacents, le quartier-général de la Division était à Nice. Au centre de ce commandement trop étendu, la ville de Marseille et ses dépendances était confiée au Général de Division Voulland.

Depuis la répression si dure du mouvement fédéraliste de Marseille pendant laquelle Barras et Fréron avaient fait couler tant de sang, (mai 1793), la Provence supportait difficilement le joug des terroristes. La Révolution du 9 Thermidor rendit plus visible les sentiments du pays, des bandes royalistes s'organisèrent, courant sus aux Patriotes, campagnes et villes étaient en fermentation permanente. La grande Marseille ruinée par la politique économique de la Convention et par la guerre étrangère, aspirait à la chute d'un pouvoir ennemi de la liberté et insensible aux intérêts naturels des populations du Midi. Cet état de révolte imminente inspira de telles craintes aux Conventionnels en mission, qu'ils se décidèrent pour mieux surveiller et tenir le pays à former deux Divisions côtières. La première garda le pays de Nice à Toulon, la deuxième comprit le littoral de Toulon à l'embouchure du Rhône, plus le territoire des départements de Vaucluse et des bouches-du-Rhône.

Le 1er septembre 1795, Villemalet fut mis à la tête de la deuxième Division avec quartier général à Marseille. Le Général ayant retrouvé à la Ciotat le premier Bataillon de la Charente récemment, arrivé de la Lozère, eut la satisfaction d'y choisir ses aides de camp, le Capitaine de Grenadiers Mondion et le Lieutenant Fayon. L'effervescence méridionale croissant toujours surtout à Marseille. Les Représentants du Peuple, en mission, Auguis et Serres (13), quoique modérés, se virent contraints de faire proclamer l'état de siège le 15 septembre 1794; le Général commandant le territoire dut en exercer les pouvoirs exceptionnels.

Les premières libertés à supprimer étaient la liberté de Réunion et celle de la Presse, puisqu'elles ne s'exerçaient pas en faveur du pouvoir établi, on commença par dissoudre les assemblées populaires. Dans la nuit du 25 au 26 septembre, Les locaux de la Société populaire de Marseille furent cernés, on opéra vingt arrestations; un membre de la Société, en voulant s'évader par une fenêtre, tomba et se tua. Le lendemain Marseille était soulevée, et une troupe de deux mille émeutiers vint à l'hôtel des Représentants, réclamer la liberté des personnes arrêtées et le retrait des décrets attentoires aux libertés du pays. Villemalet avait peu de troupes à sa disposition, il montra de la prudence, dégagea les Parlementaires fortement rudoyés, et finit par dissiper l'émeute sans verser de sang. Cette victoire pacifique remplit d'orgueil le Général, qui le 23 septembre, rendit compte de son succès au Ministre de la Guerre dans un rapport d'une naïveté et d'une emphase presque méridionales. « Je dois vous entretenir aussi, écrivait-il, des troubles qui agitent cette commune. Ils ont été grands, Citoyens, et pendant quelques jours le cri de « Vive la République une et indivisible, signe de ralliement de tout bon républicain, a été méconnu, et dans la Société populaire, et au Temple de la Raison ». Suit le récit pathétique des événements de la Société populaire et de l'émeute du lendemain. « Le moment faillit être terrible, lorsque, au nom de la Loi, à six heures du soir, les Représentants m'ont sommé d'arrêter une trentaine des plus opiniâtres qui auraient désiré être massacrés pour que le bon peuple prit leur défense. » Le flair de Villemalet lui permit de déjouer cette machination étonnante, et notre Général put finir le récit de cette importante victoire par cette modeste appréciation de son rôle : « J'espère que cette heureuse journée aura encore une fois sauvé la République dans le Midi (14). » Villemalet, pour finir dans la note du temps, annonçait la constitution de tribunaux militaires pour juger les conspirateurs.

Le brave Villemalet eut dès lors un commandement paisible, mais il ne pouvait laisser ignorer son éclatante victoire sur la Réaction à ses fidèles du pays natal. Il adressa son rapport officiel à la Société populaire de Ruffec, et ce document fut lu à la séance publique de cette Société, le 18 Vendémiaire, an III (9 oct. 1794).

Une belle carrière s'ouvrait devant Villemalet, âgé seulement de 34 ans, mais il mourut à Marseille le 27 Pluviôse, an III (15) (15 février 1795).

La mort du Général Villemalet ne put passer inaperçue au Ministère de la Guerre, puisqu'il fut remplacé le 19 février dans son commandement par le général Bagdelaune, mais la cinquième Direction, par une négligence inexplicable, continua à maintenir Villemalet sur les contrôles des Officiers généraux. Cette négligence amena même quelques mois plus tard, un épisode administratif assez piquant.

Le trop grand nombre d'officiers de toute provenance qui encombrait alors l'armée, appelait une révision des grades ; le gouvernement par décret du 30 mars 1795, ordonna cette opération. Les titres de chacun furent examinés, ceux de Villemalet, ayant sans doute été trouvés légers, la Commission décida de le rayer des contrôles. Le 13 juin 1795, le Comité de Salut public porta cettte décision à la connaissance de l'intéressé, en le priant de ne pas quitter son poste avant l'arrivée de son remplaçant et de prévenir le Général en chef Kellermann. Villemalet n'avait garde de désobéir. Il reste d'ailleurs inexplicable que l'avis de réforme revenu au Ministère n'ait pas alors éclairé la cinquième Direction sur le sort de Villemalet.

La mort du Général continua à être ignorée, car un notaire de la Rochette, ayant réclamé en 1806, l'extrait mortuaire de Villemalet, le Ministre fit réponse « que cet officier ayant cessé d'être employé depuis le 15 Prairial, an III, le décès de cet Officier-Général n'est pas constaté dans mes bureaux. »

Le dossier personnel du Général, aux Archives administratives de la Guerre, continue à ignorer le sort de Villemalet.

Notes :

1. L'extrait de naissance relevé le 27 Messidor an II (15 juillet 1794) indique — Furaud de Villemalet (Pierre), né le 20 mars 1760, à Villemalet, commune de la Rochette, canton de Jauldes, de Pierre Furaud sieur de Villemalet et de dame Anne Constantin.

2. D. C. A. A. — Dossier Villemalet. — Etats de service.

3. D. C. A. A. — Dossier Villemalet. — Certificat de civisme.

4. D. G. A. II. — Le 25 août il passait à Mâcon. Il occupa le camp de Caluire dans le mois de septembre. Le Bataillon charentais se distingua spécialement à la poursuite de la colonne, de Precy, le 9 octobre 1793.

5. D. C. A. A. — Dossier Villemalet. — Villemalet au C*» Joùrdeuil, I Adjoint au Ministre de la Guerre.

6 .Javogues (Claude), né à Montbrison, député de Rhône et Loire à la Convention prit part au complot de Babœuf et fut fusillé à Grenelle le 9 octobre 1795. Jean Bassal, prêtre de la Congrégation des Missions, curé constitutionnel à Marseille en 1790, député de Seine-et-Oise à l'Assemblée Législative puis à la Convention,  — mort à Paris en 1802.

7. Voir. Ct Rousset, Les Volontaires, chap. XXIV.

8. A St-Etienne, le 21 octobre 1793. Copie de la lettre du Général de brigade Villemalet aux Représentants du Peuple dans le Département de la Loire : « Le citoyen Vouvé, sergent au Ier Bataillon de la Charente vient de m'apprendre Citoyens, que pour récompenser la dénonciation qu'il vous a faite il venait d'être nommé par vous à une place d'officier dans un autre corps; vous ne trouverez pas mauvais que j'en rende compte au Général Doppet chef de l'armée des Alpes comme aussi de l'arrestation du Cien Jarrige, Capitaine de la 2e compagnie au dit Bataillon dénoncé par le dit Vouvé. Signé : Villemalet. — Pour copie conforme à l'original, Claude Javognes-Bassal.

9. Fouché (Joseph), né à Nantes en 1763, mort, à Trieste en I820. — Laporte, avoué au tribunal de Belfort se signala par sa dureté dans les missions aux armées. Après la Convention, devenu fournisseur à l'Armée d'Italie, il fut accusé de malversations et disparut avec la caisse. Mort en 1823. — Meaulle (Jean), Député de la Loire-Inf. à la Convention. — Régicide, fut magistrat sous l'Empire. Mort en exil en 1816.

10. Boissonade. — Histoire des Volontaires du Dt de la Charente. - Angoulême, 1890.

11. A. A. — Voir ci-après le certificat.

12. A. II. — Le nom du Général Villemalet ne figure dans les Situations de l'Armée d'Italie qu'à partir du 1er septembre 1794.

13. Auguis (Pierre), 1745—1746, né à Melle. — Fut membre de la Législative. — Membre de la Convention (non régicide) fut membre du Corps Législatif sous l'Empire. — Seres (Jean), 1762-1830. Les Hautes-Alpes l'envoyèrent à la Convention (non Régicide), fut sous-préfet sous l'Empire et la Restauration.

14. D. C. A. A. — Dossier Villemalet. — Lettre adressée au Ministre de la Guerre le 28 septembre 1794.

15. D. G. A. H. — Situation générale de l'Armée d'Italie du 1er Ventôse An III (19 fév. 95). — Acte de décès. — Mairie de Marseille. — L'acte de décès de Pierre Furaud Villemalet, natif de la commune de la Rochette, district de La Rochefoucault, département de la Charente, âgé de 35 ans, dont on n'a pu savoir les noms de ses père et mère. Général divisionnaire, commandant la 2e division de la Cote de l'Armée d'Italie — a été inscrit le 28 Pluviose An III, dans le registre de l'état-civil de cette ville.

Certificat de civisme :

Canton de Jauldes, district de Larochefoucauld, département de la Charente.

Nous, Maires, et officiers municipaux, agents nationaux et membres des Comités de surveillance révolutionnaire du canton de Jauldes et nous, officiers et troupes des Compagnies qui forment le Bataillon du dit Canton; certifions à tous ceux qu'il appartiendra qu'aussitôt que l'Assemblée générale a la décrété (sic) — qu'il n'y aurait qu'un Commandant chef par Canton que le citoyen Pierre Fureau Villemalet, du lieu dit de Villemalet commune de la Rochette, qui avait servi pendant huit ans dans le Bataillon de Chasseurs des Ardennes, avec une conduite irréprochable fut nommé Commandant du Bataillon du dit Canton par scrutin qui lui donna généralement tous les suffrages. Il fit le serment d'être toujours fidèle à la Nation et à la Loi, de soutenir et de défendre de tout son pouvoir la Liberté, l'Egalité et la Constitution française et de faire la guerre au despotisme jusqu'à sa mort. En présence des Municipalités on en dressa procès-verbal, il le fit faire de suite également à tout le Bataillon. Qu'il s'est acquitté de sa charge avec tant de régularité, d'assiduité et a enseigné avec une grande patience et douceur les défenseurs de la Patrie, que sa conduite a été si régulière qu'il a été estimé aimé de tout le Bataillon d'une manière inexprimable. Il a donné des preuves de son véritable civisme et de son courage puisqu'aussitôt que l'Assemblée a demandé des Compagnies de volontaires, il s'est enrôlé le premier et a engagé par son exemple et ses discours les citoyens à le suivre, sa bonne conduite était tellement connue qu'il fut nommé capitaine de la troisième compagnie dans le Bataillon de la Charente. Nous disons la plus sincère vérité qu'il est un vrai Sans-Culotte, un sincère Montagnard, un véritable Républicain.

En foi de quoi nous lui avons donné et signé pour lui valoir et servir ce que de raison.

Fait sur la place d'armes, le 20 Messidor, l'An II de la République Française une et indivisible (8 Juillet 94).

Suivent de nombreuses signatures.

Les Administrateurs du district de Larochefoucauld, certifient la signature du présent et ajoutent qu'ils connaissent que le citoyen Villemalet a mené dans ce district une conduite digne d'exemple et agréable aux républicains. 26 Thermidor. (13 août 94). Suivent sept signatures.

Le Comité révolutionnaire de Larochefoucauld ajoute son adhésion le 11 Fructidor. (28 août 1794). Suivent quatre signatures.

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Le Général de division Jean Rivaud

Le Général de division Jean Rivaud (1755-1803)
Première édition : 1911 - Auteur : S. C. Gigon

Jean Rivaud est né à Angoulême le 24 décembre 1755 (1) ; il appartenait à une famille originaire du Poitou, province que son grand-père avait quittée pour se fixera Angoulême au commencement du XVIIIe siècle. La famille Rivaud, sans être noble, avait toujours vécu noblement ; à Civray elle avait occupé de tout temps des fonctions importantes dans la magistrature ; le père de Rivaud avait suivi la même carrière car en 1772 il était avocat au Parlement. La branche d'Angoulême, dans son pays d'adoption, contracta des alliances distinguées avec des familles nobles et aussi avec d'excellentes familles bourgeoises de la province, dont plusieurs membres avaient suivi la carrière des armes. Cet exemple dut agir sur la vocation de Jean Rivaud qui, une fois ses études terminées, se décida à entrer dans l'armée. Le 1er janvier 1773 il vint à Saumur s'engager comme Volontaire au Régiment des Dragons-Larochefoucauld, commandé alors par le Duc de Larochefoucauld-Liancourt (2).

Le jeune Rivaud se présentait aux Dragons avec la protection spéciale du Comte de Broglie (3) qui lui avait promis de le faire passer dans l'Infanterie avec le grade d'officier, mais le service de la Cavalerie ayant plu au nouvel engagé, il persista à servir dans le régiment où il était entré. Il s'y fit remarquer par sa conduite et ses aptitudes, son avancement fut par suite assez rapide pour l'époque : Maréchal-des-Logis le 12 juillet 1775, il était nommé Fourrier en 1776, Adjudant-Sous-Officier le 17 mars 1782 et enfin il était promu Officier Porte-Guidon le 18 août 1784.

Depuis la création de l'armée permanente il n'y avait jamais eu en France de règlement formel pour l'accession au grade d'officier ; on peut voir par les récits de Brantôme, qu'un grand nombre de capitaines en réputation de son temps étaient sortis du peuple et même des goujats. II profite même de ces exceptions pour faire un magnifique éloge de la profession des armes qui amenait des rustres à valoir noblesse. Au XVIIe siècle Louis XIII nommait officiers de vaillants sergents, Louis XIV faisait Maréchaux de France les roturiers Fabert et Catinat, au XVIIIe siècle même, Chevert était promu Lieutenant-Général en 1748. Aucune réglementation formelle avant la fin du XVIIIe siècle n'interdisait la carrière aux officiers roturiers, mais dans la pratique, leur droit à l'avancement était très restreint. La noblesse jalouse de maintenir à son profit un privilège héréditaire, occupait la plupart des places ; les roturiers parvenus au grade d'officier étaient qualifiés d'officiers de fortune et maintenus le plus souvent dans les grades de Lieutenant et de Sous-Lieulennnt. Cependant jusqu'en 1782 lu barrière n'était pas infranchissable et même sous Louis XV quelques efforts avaient été tentés pour créer en faveur des officiers roturiers une sorte de noblesse militaire. Ces essais avaient du reste provoqué des réclamations de la noblesse et ces réclamations amenèrent l'Ordonnance Royale du 17 mai 1782 par laquelle on exigeait pour suivre la carrière militaire normale la preuve de quatre quartiers de noblesse. Tout espoir de sortir des grades inférieurs était donc ravi aux officiers roturiers ; cependant cette situation ne découragea pas Rivaud qui se fit apprécier rapidement par sa manière de servir et fut nommé Lieutenant en second le 22 mars 1785.

Les régiments de l'ancienne armée n'était guère stables : Les Dragons-Larochefoucauld vinrent à Nancy en 1774, en 1778 on les retrouve à Rouen, en 1783 ils tenaient garnison à Pont-à-Mousson, ils occupaient Epinal en 1788. Cette année même, une réforme générale dans la formation et dans l'assiette des troupes s'opéra ; la France fut répartie en divisions et les régiments furent classés par brigade. L'Ordonnance royale du 1er mai 1788 en même temps qu'elle réorganisait l'armée, fixa définitivement les règles d'avancement. Les grades de Sous-Lieutenant étaient donnés moitié au choix du Roy et moitié aux candidats du Colonel. Le grade de Lieutenant s'obtenait à l'ancienneté, celui de Capitaine était réservé exclusivement au choix; la règle des quatre quartiers de noblesse était maintenue, exception faite pour les candidats fils de Capitaines ou de Chevaliers de Saint-Louis. Les officiers de fortune étaient définitivement relégués dans le grade de Lieutenant. Comme faveur exceptionnelle, on leur permettait d'espérer en fin de. carrière une commission de Capitaine en second, mais sans droit de commandement effectif, le préjugé nobiliaire ne permettant pas qu'un roturier commandât à des gentilhommes.

Rivaud, à raison de la nouvelle organisation, fut donc classé comme Lieutenant surnuméraire à la date du 1er mai 1788. La carrière, se fermant définitivement devant lui, il essaya de forcer l'obstacle. Les difficultés de la carrière militaire pour un roturier étaient connues en 1773 mais elles n'étaient pas insurmontables, aussi, au moment de l'engagement du jeune Rivaud, ses protecteurs et ses parents lui avaient remis un certificat constatant l'honorable situation et les services d'un grand nombre de membres de sa famille. Celle pièce quasi-officielle était destinée à lui faciliter l'accès des grades généralement interdits aux officiers de fortune ; les ordonnances de 1781-1784, toutes sévères qu'elles fussent, pouvaient peut être être tournées avec l'appui de quelque protecteur influent, celle de 1788 au contraire ne pouvait être éludée. Rivaud noté comme un officier de valeur exceptionnelle, se décida à demander officiellement à n'être pas classé parmi les officiers de fortune pour pouvoir suivre la carrière normale.

Si au XVIIIe siècle on a pu souvent constater chez les officiers nobles un parti pris de dénigrement vis-à-vis de leurs camarades roturiers, les chefs de Rivaud, au contraire montrèrent pour lui la plus grande bienveillance. La réclamation (4) qu'il adressa au Ministre au sujet de sa situation personnelle était appuyée du certificat des notables d'Angoulême et d'une lettre très élogieuse du Duc de Liancourt son chef pendant quinze ans. «Cet officier, écrivait l'ancien Colonel, ne doit pas être compté dans les officiers de fortune ; il est, sans être gentilhomme, de la meilleure bourgeoisie d'Angoulême. » Son nouveau Colonel le Chevalier de Puységur (5) disait de son côté : « Je supplie Messieurs du Conseil de la guerre (6) d'avoir égard à la demande de cet officier, il s'est rendu extrêmement utile au régiment d'Angoulême dans la partie du pain et des fourrages, on ne peut servir avec plus de zèle et d'intelligence. « Les chefs supérieurs de la division, MM. de Surgères et Vioménil, appuyait très chaudement le Lieutenant Rivaud : non content de son apostille officielle le Comte de Vioménil l'appuyait près du Ministre d'une lettre très pressante.

L'affaire suivit son cours et un mémoire très favorable fut établi par les bureaux du Ministère pour le Conseil de la Guerre, concluait â ce que Rivaud ne fut pas classé dans la catégorie des officiers de fortune. Le 11 août 1788 le Conseil de la Guerre, jugeant la demande de Rivaud suivant la réglementation stricte, repoussa la requête ; en marge du Mémoire une main a écrit durement : « Officier de fortune ». Cette décision fut notifiée au corps le 26 septembre par le Ministère ; Rivaud devait rester officier de fortune à moins « qu'il ne prouvât sa noblesse ».

Voici la situation qui était faite aux officiers roturiers la veille de la Révolution. Dans le cas particulier de Rivaud, malgré des protections directes, on refusait tout avancement à un officier d'une valeur telle, qu'un de ses chefs, à l'occasion de sa demande, avait pu écrire : « S'il peut y avoir une exception, elle doit être pour lui. » Rivaud, malgré l'injustice commise à son égard ne se découragea pas et continua à bien servir. Ses notes de 1788 et 1789 sont toujours excellentes ; il obtint même en 1789 pour la deuxième fois une gratification pécuniaire du Roi. Le Colonel de Puységur justifiait la demande sur l'état spécial par l'annotation suivante : « Je supplie Sa Majesté d'accorder une gratification extraordinaire de 300 Livres au sieur Jean Rivaud, Lieutenant surnuméraire, cet officier pauvre étantd'une grande utilité au régiment par son intelligence et par son zèle ».

La fermentation initiale de la Révolution ne paraît pas avoir agité beaucoup la Cavalerie, plus disciplinée que les autres armes. Angoulême-Dragons resta en garnison à Epinal toute l'année 1790 sans changement dans le cadre. L'année 1791, au contraire, apporta des changements radicaux à la constitution de l'armée. L'Assemblée Nationale par la loi du 1er janvier 1791 modifia la constitution des corps et les règles d'avancement. Les appellations historiques des régiments furent supprimées ; Angoulême-Dragons devenu le 11e régiment de l'armée fut envoyé sur la frontière de l'Est à Huningue et Belfort. La loi supprimant tous les privilèges de castes, une réorganisation du corps régimentaire s'opéra, à la suite de laquelle Rivaud fut nommé Sous-Lieutenant titulaire en Février 1791, Les mutations se succédèrent rapidement dans tcus les corps de troupe, grâce à l'émigration des officiers nobles. Rivaud fut nommé lieutenant le 25 septembre 1791 puis capitaine le 3 juin 1792. La guerre ayant été déclarée à l'Autriche en avril 1792, le 11e Dragons vint occuper de vive force Porentruy sur la frontière Suisse ; il y resta jusqu'à la fin de l'année. En janvier 1793, le 11e Dragons rejoignit l'armée du Rhin dans le Palatinat.

Il n'entre pas dans mon dessin d'écrire en détail les campagnes où figura Rivaud. Il convient cependant d'en faire un résumé très succinct, pour expliquer les conditions exceptionnelles qui influèrent sur sa carrière comme sur celle des officiers de cette époque.

L'armée du Rhin pendant le premier semestre de 1793 fut commandée par Custine qui après des revers avait été obligé d'abandonner Mayence, dont les Prussiens faisaient le siège. Custine, n'ayant pu secourir cette place, avait ramené son armée vers la frontière ; il fut relevé de son commandement le 17 mai. Beauharnais, qui lui succéda avait promis de tout faire pour secourir Mayence, mais ce général, politicien bavard et militaire sans expérience ne tenta rien de sérieux pour secourir la place qui dut se rendre le 25 juillet 1793. Beauharnais qui avait ramené ses troupes derrière la Sarre et la Lauter demanda à être relevé de son commandement, offrant même de servir en sous ordre. Il fut rappelé à Paris.

La Convention avait établi au 1er août 1793 la dictature du Comité de Salut public renouvelé ; celui-ci, dans son ardeur révolutionnaire surexcitée par les défaites continuelles des armées, envoya aux frontières de nouveaux Commissaires avec pleins pouvoirs. Ces proconsuls devaient par tous les moyens ranimer l'ardeur des généraux, qui tous excitaient la méfiance du gouvernement. Le Ministre de la Guerre, Bouchotte et son entourage d'hebertistes entreprenaient en pleine crise l'épuration de l'armée, (7) tous les généraux étaient en surveillante ; tous étaient suspects et au moindre prétexte on devait les remplacer par de solides Montagnards : la victoire était à ce prix. (8) L'armée du Rhin aux mois de juillet et d'août 1793 reçut les Commissaires Ruamps, Borie, Milhaud et Niou. L'homme influent dn groupe était Ruamps, agriculteur de son métier et député de la Charente-Inférieure.

Tous les Officiers Généraux de l'armée du Rhin étaient de récente promotion, le Conseil exécutif provisoire en avait nommé neuf d'un seul coup le 19 mai : l'un d'eux, Landremont (9), vieil officier de cavalerie et gentilhomme, fut improvisé Général en chef. C'était un militaire expérimenté et patriote, mais il ne pouvait supporter la tyrannie inintelligente des Conventionnels et il opposait à leurs rapports emphatiques et mensongers, l'exposé de la stricte vérité. Il dénonçait surtout l'abaissement des effectifs que le Ministre s'obstinait à exagérer, (10) il dépeignait la réduction des approvisionnements, le délabrement des troupes et ne voulait pas compter pour une force réelle, la levée en masse des « citoyens agricoles» des départements frontières. Il devenait donc par là suspect. Une tentative faite par lui pour débloquer Landau ayant échoué à Pirmasens, il ramena son armée dans.les lignes de Wissembourg. Destitué le 25 septembre, Landremont fut envoyé à Paris, c'est-à-dire à la mort et le Comité de Salut public le remplaça par Delmas alors enfermé dans Landau.

La situation de l'armée du Rhin était déplorable (11) ; les Commissaires eux-mêmes, après avoir affirmé des effectifs considérables et l'abondance des ressources, écrivaient au Comité le 29 septembre : « Nous manquons de forces, nous manquons de subsistances, de poudre de guerre, venez à notre secours. » On doit ajouter que ce qui manquait le plus alors, c'était la direction, le commandement de l'armée. Le Maréchal Gouvion Saint-Cyr écrivait plus tard dans ses mémoires : « Landermont destitué, personne ne veut plus être Général en chef. » Il y avait trop de danger à cela et Meynier, le plus ancien Divisionnaire, Général en chef par intérim, se refusait à donner aucun ordre pour n'assumer aucune responsabilité ; à la fin d'Octobre, le Représentant Milhaud écrivait encore : « Nous sommes en disette de généraux. » Les Conventionnels en mission cherchaient donc partout des généraux sans pouvoir en trouver ; Ruamps le plus important d'entre eux demandait des indications à tout le monde à ce sujet ; c'est ainsi que le 25 Septembre sur l'avis d'un ancien Aide-Major du 11e Dragons, il nomma Général de Brigade un Capitaine du 11e régiment nommé Carlenc. Celui-ci qui commandait alors le dépôt de son corps à Benfeld sur les derrières de l'armée, rejoignit de suite son nouveau poste, Dès son arrivée, Ruamps (12) ayant réuni tous les Généraux pour leur demander de désigner un Général en chef, tous s'entendirent pour proposer le nouveau promu. Carlenc, inconnu de tous, fut nommé de suite Général de Division et chargé provisoirement du commandement de l'armée le 1er Octobre 1793. Ce Carlenc, vieux soldat inintelligent, venait d'être le camarade de Rivaud au 11e Dragons; c'est probablement lui qui le signala aux députés comme un officier de valeur. Quoi qu'il en soit, Ruamps et Rorie nommèrent le Capitaine Rivaud Général de Brigade le 8 octobre 1793. Rivaud prit immédiatement le commandement d'une brigade de Dragons composée du 11e et du 17e de l'arme (13), et. même le 10 Octobre il eut à commander provisoirement 20 escadrons comptant 2.248 chevaux.

L'armée du Rhin, réduite à 31.000 hommes, gardait une trop grande étendue de pays, du Rhin aux Vosges, en avant de Wissembourg; le 13 Octobre elle fut attaquée dans ses lignes par les Autrichiens et mise en complète déroute. Les fuyards ne s'arrêtèrent que derrière la Moder en avant de Haguenau. La Brigade Rivaud, couvrant l'Arrière-Garde, combattit avec succès à Detweiler (14).

Le 16 Octobre l'ennemi poursuivant ses succès, attaqua l'armée dans sa nouvelle position où elle ne résista pas longtemps et se retira en désordre derrière la Souffel, occupant la ligne de Saverne à Strasbourg, La Division de droite, celle de Desaix, avait avec elle la Brigade Rivaud cantonnée à Wantzenaù et à Heichstett. Le 25 Octobre, l'ennemi attaqua l'avant garde de Desaix sans pouvoir la déloger, le 17e Dragons se distingua au combat de Berstell. Une affaire malheureuse vint encore le 26 Octobre montrer l'incapacité de Carlenc qui fut relevé de ses fonctions (15) et remplacé par Pichegru nommé Divisionnaire.

L'armée du Rhin diminuée par un détachement de 25 bataillons, était réduite à 4 faibles divisions, elle dut rester immobile pendant près d'un mois et après avoir été ravitaillée tant bien que mal sous l'impulsion révolutionnaire des Conventionnels Saint-Just et Lebas put recommencer le 28 novembre un mouvement offensif vers le Nord (16). Le 8 Décembre, Desaix avec l'avant-garde, livra un combat heureux à Bischviller. Les armées du Rhin et de la Moselle ayant été mises sous le commandement supérieur de Hoche, après une longue suite de combats purent forcer les Autrichiens à évacuer, le 25 Décembre, les lignes de Wissembourg. La Brigade Rivaud s'était distinguée le 23 Décembre en enlevant un convoi important à Sufflenhéim. Le 27 Décembre, elle attaquait l'ennemi à l'entrée de la forêt deBlenwald et lui enlevait des canons. L'armée du Rhin après avoir fait lever le siège de Landau, le 28 Décembre, put enfin prendre ses quartiers d'hiver dans le Palatinat sur la Lauter. Les Autrichiens s'étaient retirés sur la rive droite du Rhin par Manheim, les Prussiens avaient rétrogradé jusqu'à Mayence.

Les opérations de l'armée du Rhin furent peu actives dans le premier semestre de 1794, elle resta immobile derrière la Lauter ; son Général en chef Pichegru passé à l'armée du Nord avait été remplacé par le Général de Division Michaud.

Rivaud tout en accomplissant avec conscience et énergie sa difficile mission de chef de la Cavalerie d'Avant-Garde, devait naturellement penser à faire confirmer sa nomination provisoire par l'autorité centrale. Nommé général par un arrêté des Représentants du peuple il pouvait être suspendu par d'autres missionnaires auxquels il aurait déplu. Le 1er Juin 1794, Rivaud établit donc une demande (17) à l'effet d'être confirmé dans son grade et l'envoya au Ministère de la Guerre. En établissant la dictature du Comité de Salut public, la Convention avait supprimé les Ministères et les avait remplacés par douze Commissions, simples bureaux du Comité. Les chefs de ces Commissions formaient l'organe de direction du Conseil Exécutif provisoire. Le Ministère de la Guerre se nommait, Commission de l'Organisation et des Mouvements de l'armée de terre. La demande du Général Rivaud arriva donc au Ministère, munie de toutes les pièces nécessaires, où le certificat de civisme n'était pas oublié.

La démocratie, dans tous les lieux, dans tous les temps, s'est montrée défiante envers l'armée, elle a toujours cherché à amoindrir à subalterner ses chefs, à diminuer leur force, à entraver leur action, au risque même de détruire l'instrument nécessaire de toute autorité.

Les Jacobins de 1793 ne manquèrent pas à l'observation des rites traditionnels ; ce fut un acte de bon citoyen de surveiller, de dénoncer lés Généraux non affiliés à la secte, de les tenir pour suspects à priori ; pour eux un échec était une trahison facilement punie de mort. Ce danger permanent avait avili un trop grand nombre d'officiers, les transformant en bas flatteurs des Représentants et même des plus minces autorités révolutionnaires.

Pendant la période aigüe de la Terreur qui dura toute une année, le certificat de civisme fut pour plus d'un Général le certificat indispensable pour vivre.

Rivaud fournit donc à l'appui de sa demande un certificat de civisme ; mais au lieu de le demander à des fonctionnaires politiques ou même, comme d'autres, à des Comités révolutionnaires, il le demanda à ses compagnons d'armes, à ceux qui l'avaient vu entrer dans la carrière ou qui l'avaient suivi dans les combats de la dernière campagne : Le certificat de civisme fut signé par les deux Conseils d'Administration de la Brigade (18) de Rivaud ; il fut complété par un certificat élogieux de son Divisionnaire Desaix, et par une attestation flatteuse du Général en chef Michaud. Celui-ci écrivait : « Je ne puis y ajouter — (au précédent certificat) — que le témoignage de satisfaction personnelle que j'ai des talents qui font distinguer le Général Rivaud, auquel je désire qu'on ait les égards qu'il mérite. » La demande de Rivaud, ainsi apostillée, arriva à Paris dans le courant de Juin 1794 ; à ce moment la Terreur battait son plein ; depuis le 22 Prairial (9 juin) le travail du Comité de Salut public devait se ressentir des agitations qui se terminèrent par la Révolution de 9 Thermidor (27 Juillet 1794). A la suite de ces événements, les Comités furent renouvelés et le Comité de Salut public ne garda plus que les affaires de la Guerre et de l'Extérieur. La demande de Rivaud ne fut donc examinée qu'assez tard. Le 9 Pluviôse an III — (25 janvier 1795) — les bureaux de la Guerre proposèrent enfin au Comité de Salut public de confirmer la nomination de Rivaud comme Général de Brigade (19). Le Comité de Salut Public, accédant aux propositions du Ministère, confirma Rivaud dans son grade le 9 février 1795.

L'armée du Rhin au commencement du mois de Mai 1794, occupait la ligne de la Lauter et du Spirebach ; les Autrichiens, commandés par Wurmser vinrent les y attaquer le 23 Mai. La division Desaix (20) rejeta ses adversaires sur Manheim ; ce même jour, la brigade Rivaud eut une belle affaire au pont de la Rebach à Schiffersladt ; elle chargea et mit en fuite, sous les yeux de Desaix, les troupes ennemies qui avaient passé le pont. Cette marche en avant fut interrompue à la suite d'échecs éprouvés par l'armée de la Moselle ; l'armée du Rhin dut rétrograder sur Landau. Le 16 juin, l'armée autrichienne vint l'attaquer, une bataille générale s'engagea dans laquelle Rivaud avec 5 régiments de Cavalerie livra un combat énergique à Anweiller ; l'affaire resta indécise. Le 22 juillet, les ennemis revinrent attaquer les mêmes positions qu'une terreur panique nous fit perdre. Le 13 juillet, l'offensive fut reprise. Desaix avec l'avant-garde longeant le Rhin, força les Autrichiens à repasser le fleuve à Manheim. L'armée du Rhin se retourna alors contre l'armée Prussienne qui avait battu l'armée de la Moselle à Kaiserslautern. Jusqu'au 3 octobre, des escarmouches continuelles tinrent les armées en éveil sur un terrain très accidenté où la Cavalerie fatiguait beaucoup. Enfin, à cette dernière date, les armées du Rhin et de la Moselle combinées reprirent l'offensive et après avoir rejeté les armées ennemies au delà du Rhin vinrent bloquer Mayence.

Au commencement de 1795 Pichegru, le vainqueur de la Hollande, fut nommé commandant en chef de l'armée de Rhin et Moselle.

Pendant plusieurs mois, une grande partie de cette armée resta immobile sous Mayence ; puis, les opérations grâce à la trahison de Pichegru ayant été malheureuses, l'armée se retira vers les lignes de Wissembourg, en abandonnant le siège commencé. Dans cette retraite, la brigade Rivaud à l'Arrière-Garde eut à livrer de nombreux combats, dont le plus brillant eut lieu à Neustadt, le 15 novembre. Les Autrichiens ayant proposé un armistice le 25 décembre, Pichegru le signa le 31 du même mois. A la suite de cette campagne où la conduite de Pichegru avait éveillé des soupçons sur sa fidélité, ce Général en chef fut destitué.

Le général Rivaud, pendant cette longue campagne, avait déployé la plus grande activité et il s'était fait apprécier de tous par son courage et par ses aptitudes militaires. Dans cette activité de trois années, sa santé s'était altérée ; dès 1794, Rivaud était très fatigué et la campagne de 1795 où il se surmena, finit de l'épuiser ; souffrant de la goutte et de douloureuses coliques néphrétiques, il dut donc, malgré lui, songer à s'arrêter pour se soigner et, le 15 décembre 1795, il demanda un congé de convalescence (21) de quatre mois. Sa demande fut adressée au Ministère de la Guerre appuyée des certificats médicaux exigés, mais l'état de la.santé du Général était si précaire, que le général Pichegru le fit partir sans attendre la réponse du Ministre dont ou ne doutait pas. En janvier 1796, le Ministre répondit à la demande de congé par un refus ; il s'appuyait sur une loi du 24 février 1794, interdisant toute délivrance de congé à l'armée, même en cas de maladie. Rivaud ne fut cependant pas rappelé, el il devait se croire dans une position régulière, car le 9 mai 1796, il faisait remettre au Ministre de la Guerre, par Maulde, député d'Angoulême, (22) une demande de prolongation de trois mois de congé, nécessaire pour compléter son traitement. Le 27 juin, cette demande était accordée, et Rivaud ne rejoignait l'armée du Rhin qu'aptes la belle retraite de Moreau, qui finit le 26 octobre. Les hostilités furent suspendues sur le Rhin pendant tout l'hiver et, le 13 février 1797, Rivaud était envoyé à l'armée du nord.

L'armée du nord ne fit aucun mouvement en 1797 pendant l'accalmie des négociations du traité de Campo-Formio. Rivaud n'y compta d'ailleurs pas longtemps, car, le 25 octobre 1797, il fut désigné pour être employé dans les troupes occupant la Hollande.

La santé du général Rivaud ne s'était pas complètement remise pendant son congé de 1796 et le séjour en Hollande, renouvelant ses douleurs, le contraignit à demander le 18 octobre 1798, un nouveau congé (23) de trois mois qui lui fut accordé. Cette nouvelle maladie nécessita encore une demande de prolongation (24) qui éloigna Rivaud de l'armée pendant toute l'année 1799. Le général n'assista donc pas à la campagne de Brune contre les Anglo-Russes en octobre 1799. Quand Rivaud rejoignit son ancien poste au commencement de 1800, le nouveau Général en chef de l'armée de Hollande, Augereau, lui fit connaître qu'il ne comptait plus à l'armée de Batavie et qu'il eut à se rendre à Paris pour se mettre à la disposition du Ministre de la Guerre.

Rivaud revint donc à Paris le 28 février 1800 et à cette date (25) il demanda un emploi de son grade au Ministre, indiquant son choix pour le corps du général Durutte, à la nouvelle armée du Rhin. Il offrait de procéder à la réorganisation de quelques régiments de Dragons qu'on y envoyait. Le sort réservait à Rivaud une fin de carrière plus glorieuse. Il reçut le 14 mars 1800 une lettre de service (26) qui lui donnait le commandement provisoire de la Cavalerie de l'Armée de Réserve ; il devait partir le plus tôt possible pour la frontière avec ceux de ses régiments stationnés à Paris et aux environs (27).

Les deux branches de la famille Rivaud avaient au même degré produit deux militaires, celle d'Angoulême, Jean Rivaud, celle de Givray, Olivier Rivaud. En 1800, les deux cousins étaient tous deux Généraux de Brigade. Par une singulière rencontre, tous deux allaient servir en même temps dans l'Armée de Réserve : le cavalier à l'Avant-Garde avec Lannes, le fantassin dans le corps du général Victor (28).

L'Armée de Réserve était destinée à passer les Alpes pour secourir notre armée d'Italie rejetée sur Gênes et sur le Var, elle se rassemblait en France dans de nombreuses localités de l'Est et du Sud-Est. Le Général Rivaud partit de Paris avec les régiments sous ses ordres dans le courant de Mars ; à la fin de ce même mois ils étaient cantonnés à Dôle et aux environs. Les régiments de Cavalerie de Rivaud étaient mal fournis en chevaux, en équipements et on dut s'activer pour les mettre en état de faire campagne ; leur effectif était très faible, ils ne comptaient en tout que 1.450 chevaux. Le 10 Mai 1800, toutes les troupes de l'Armée de Réserve étant arrivées à leur destination, le Général en chef Alexandre Berthier, de son Quartier-général à Genève, organisa définitivement son armée, L'Avant-Garde était confiée à Lannes ; elle se composait de la Division Watrin, de la Brigade Mainoni et de la Brigade de Cavalerie Rivaud (29).

L'Armée de Réserve devait franchir les Alpes sur cinq points, la fraction la plus considérable passant par le Grand Saint-Bernard ; l'Avant-Gardé de l'armée passa au col du Grand Saint-Bernard et la Brigade Rivaud. suivit son infanterie les 17 et 18 Mai (30). L'Armée de Réserve devait marcher rapidement vers le Midi pour couper la retraite aux Autrichiens occupés sur le Var et au siège de Gênes : aussi le Saint-Bernard franchi, l'Avant-Garde après la prise d'Aoste descendit rapidement la vallée de la Doria-Baltea où elle fut arrêtée parle fort imprenable de Bard. En présence de cet obstacle infranchissable, Lannes n'hésita pas à engager ses troupes dans les sentiers dangereux d'Albaredo et put ainsi en tournant le fort, continuer sa route. Le 25 Mai le corps de Latines, grossi de la Divisiou Boudet se heurtait à la Chiusella, au corps Autrichien de Haddick qui comptait 10.000 Fantassins et 4.000 Cavaliers. Le combat dura fort longtemps et nos fantassins avaient peine à résister à la brillante Cavalerie Autrichienne, quand, sur la fin de la journée, Rivaud, avec un à-propos décisif lança sa Brigade à la charge contre la Cavalerie ennemie dispersée et décida enfin la victoire.

L'Avant-Garde continuant sa roule par la rive gauche du Pô descendit de Chivasso à Pavie ; elle était arrivée dans celte dernière ville le 3 Juin après une marche rapide de 120 kilomètres exécutée en cinq jours. Lannes, en flanc-garde à droite, couvrait la marche directe des autres corps sur Milan, où Bonaparte entra le 2 Juin.

Les Autrichiens commandés par Mêlas, en remontant du Sud-Ouest devaient nécessairement rencontrer l'armée française et la combattre pour gagner leur base d'opérations sur le Minciq. Le Premier Consul quoique disposant d'un effectif très faible résolut d'arrêter les ennemis par un combat décisif. Il porta ses troupes de Milan vers le Pô qui fut franchi par les seuls corps de Lannes et de Victor. La Brigade Rivaud n'était représentée que par le 12e Hussards. Le 10 Juin le général Ott parti de Tortone se heurtait à Montebello contre les deux corps et après un combat très violent, la victoire se décidait pour les Français grâce à la valeur de la Brigade d'Infanterie du général Olivier Rivaud (31). Son cousin avait avec le 12e Hussards pris sa part delà victoire : le rapport de Berthier constate que le 12e Hussards, « le seul qui ait donné a fait des prodiges de valeur, il a chargé tour à tour l'Infanterie et la Cavalerie ennemies ». Le fait est d'autant plus remarquable que ce régiment de Cavalerie ne comptait pas plus de 330 sabres (32).

Le Général Mélas rentré dans Alexandrie avec les débris de son armée avait encore 32.000 hommes chiffre très supérieur à celui dont disposait le Premier Consul qui venait d'arriver. Le Général autrichien résolut donc de s'ouvrir uu passage vers le Mincio en livrant bataille dans la plaine de la Bormida favorable à sa Cavalerie.

Le 14 Juin, les Autrichiens débouchant d'Alexandrie dans la plaine durent d'abord enlever le village de Marengo occupé par la Brigade d'Infanterie Rivaud. Bonaparte interprétant mal les renseignements qu'il avait reçus s'était privé dès la veille des Divisions Lapoype et Desaix : en présence de l'attaque des Autrichiens, il les rappela trop tard et cette erreur faillit lui faire perdre la bataille. Il ne pouvait en effet mettre à ce moment eu ligne que les deux corps de Lannes et de Victor, à peu près 18.000 hommes.

Dans le dispositif des troupes en vue de la bataille du 14 Juin, la Brigade de Cavalerie Rivaud (33), devait dès le matin occuper Salé, noeud de routes commandant celles d'Alexandrie et de Tortone. D'après l'ordre de Berlhier, elle devait surveiller les mouvements de l'ennemi sur le flanc droit et être au besoin le pivot de la ligue. Rivaud s'élablit doue dans le posle de Salé qui est situé à plus de 15 kilomètres au Nord-Est de Marengo et tout en attendant des ordres il lança des reconnaissances vers Alexandrie. Rivaud devait entendre au loin le canon de Ia bataille niais il ne pouvait en suivre les péripéties. Le Général, inquiet sans doule des résultats du combat mit sa brigade en route vers le Sud dans l'après-midi et à 3 heures il débouchait dans la plaine vers Castel-Ceriolo, et se heurtait alors à la Cavalerie du Général Elnitz qui essayait de percer dans cette direction. La Brigade française marchait en colonne prête à charger, Rivaud la lança immédiatement sur la Cavalerie autrichienne qui sans doute déjà fatiguée par le combat, prit la fuite vers Alexandrie. La Brigade bivouaqua sur le champs de bataille à Castel-Ceriolo où elle apprit la victoire finale de Bonaparte et la conduite héroïque du Général Olivier Rivaud qui avait été blessé dans Marengo (34). L'armistice d'Alexandrie signé le 16 Juin entraîna l'évacuation de l'Italie par les Autrichiens jusqu'au Mincio.

L'armée d'Italie après le départ de Bonaparte et de Berltier fut réorganisée et confiée à Masséna. Elle comptait près de 80.000 hommes divisés en 4 corps sous Moncey, Suchet, Soult et Duhesme. La Cavalerie avait pour commandant supérieur le Général La Boissière et comprenait 3 Divisions; la première commandée par Kellerman Général de Division, les deux autres par les Généraux de Brigade Quesnel et Rivaud. Ce dernier commandait la grosse Cavalerie. Les négociations pour la paix avec l'Autriche s'étant rompues au mois de Novembre, l'armée d'Italie alors commandée par Brune dut prendre l'offensive à partir du 12 Novembre 1800. Sa composition avait un peu changé, le corps de gauche et celui du Centre restaient sous les ordres de Moncey et de Suchet, le corps de droite était passé à Dupont, le Général Michaud commandait la réserve. Davoust Commandant supérieur de la Cavalerie n'avait pi us que deux Divisions, celle de Kellerman et celle de Rivaud. Au 21 Décembre celle cavalerie comptait 93 escadrons avec 9.300 cavaliers (35).

Les premières opérations de Brune traînèrent en longueur ; le Général en chef avait l'ordre de passer le Mincio et l'Adige puis de marcher sur Vienne en liaison avec Moreau opérant alors en Bavière, il résolut donc de forcer le passage du Mincio à Monzambano le 26 Décembre. Pour faciliter l'opération, il ordonna à sa droite de faire le 25 une diversion en s'emparant de Pozzolo village de la rive gauche. Cette attaque secondaire devait attirer sur ce point l'armée autrichienne et faciliter ainsi en amont, le passage du gros de l'armée à Monzambano. Le 25 Décembre Dupont fit passer rapidement son corps d'armée sur la rive gauche du Mincio et enleva Pozzolo. Cetie action hardie attira sur lui le Général Bellegarde avec 10.000 hommes. Dupont fit dans Pozzolo une résistance héroïque, mais il eût été écrasé, car Brune ne le secourait pas, si Suchet n'eût marché au canon. Ce Général arriva au secours de son camarade avec la Division Gazan qui rétablit le combat. A la fin de la journée Davoust arriva avec ses deux Divisions mais seulement à cinq heures du soir, le soleil étant couché depuis une heure. Dupont dans son rapport sur le combat mentionne seulement que Davoust « se porta à Pozzolo avec 40 sapeurs du 6e Dragons au moment où le Général Monnier s'en emparait pour la troisième fois. » La Cavalerie ne pouvait agir dans l'obscurité mais le lendemain elle poursuivit les Autrichiens et favorisa ainsi le passage de Brune à Monzambano (36)

La campagne fut courte et se termina par l'armistice du 16 Janvier 1801. On détacha alors 12.000 hommes de l'armée de Brune qu'on envoya en Toscane pour en chasser les Napolitains. Rivaud faisait partie de cette colonne que Murat nommé Général en chef vint grossir avec 10.000 hommes. Cette armée devait marcher de la Toscane sur Naples, mais l'expédition n'eut pas lieu, car les Napolitains battus à Sienne par Miollis signèrent un armistice. Murat, chef de l'armée du Midi confia au Général Rivaud le commandement de la Toscane, troupes et territoire, tout en lui donnant le commandement en chef de la Cavalerie de l'armée. Les aptitudes militaires de Rivaud mises au jour par la dernière campagne avaient attiré sur lui l'attention du Premier Consul et il ne devait plus avoir que des commandements dignes de son mérite.

En 1801, le Premier Consul avait formé sous les ordres du général Leclerc le corps d'observation de la Gironde (37) destiné à une expédition contre le Portugal, de concert avec l'Espagne. Le 27 avril 1801, Rivaud fut nommé au commandement de la Cavalerie de cette armée. Le Général en fut sans doute averti officieusement, car avant d'avoir sa lettre de service, il écrivait le 10 mai de Florence à Murat, pour le prier de le faire maintenir à l'armée du Midi, il lui exposait que sa santé délabrée ne lui permettait pas d'entreprendre en ce moment une longue route et qu'il savait d'ailleurs, l'expédition étant commencée, ne pouvoir arriver en Espagne qu'à la fin de la campagne. Il se déclarait d'ailleurs prêt à marcher s'il était nécessaire. La demande du Général Rivaud fut transmise au Ministre par Murat, Rivaud fut maintenu à l'armée du Midi en Toscane (38). Au mois de février 1802, le traité de Lunéville céda la Toscane à la France pour en faire un royaume d'Etrurie en faveur du fils du Duc de Parme ; les troupes Françaises devant par suite évacuer la Toscane, Rivaud demanda à être employé dans la 20e Division militaire sous le Général Gardanne.

La demande de Rivaud n'ayant pu sans doute être accordée, il revint à Angoulême en disponibilité. Murât, son ancien Général en chef rentré à Paris, dont il allait être gouverneur, écrivit au Ministre de la Guerre demandant en faveur de Rivaud le commandement du département de la Charente. Dans cette lettre, il faisait de son ancien subordonné ce bel éloge. « C'est un officier qui a parfaitement servi et principalement en Toscane où par sa conduite sage il s'est acquis l'estime des troupes qui servaient sous ses ordres et celle des habitants ». Le 21 juillet, le Ministre de la Guerre répondant à Murat lui faisait connaître que le commandement de la Charente n'était pas vacant mais qu'il pourrait proposer une permutation.

A Angoulême, Rivaud put se donner les soins que réclamait sa santé toujours précaire; à ce moment il avait eu à subir la mortification de voir son cousin Olivier Rivaud, beaucoup plus jeune que lui d'années, de services et de grade, être nommé Général de Division, le 15 mai 1802 (1). Les deux parents étaient présentés depuis Marengo pour le grade de Général de Division et l'on comprend que les services éminents d'Olivier Rivaud aient primé ceux de son cousin quelque fut d'ailleurs leur valeur. On ne doit pas cependant s'étonner de voir Jean Rivaud adresser le 2 août 1802, une réclamation contre l'oubli où l'on mettait sa proposition ; il en appelait aux Généraux sous lesquels il avait servi, écrivant : « si les Généraux Moreau, Saint-Cyr, Ste-Suzanne, Michaud, Defrance, Hatry, Rrune, Oudinot doivent être consultés, tous sans doute rendront justice à ma manière de servir et à ma conduite ». En cas de nouveaux retards dans sa promotion, Rivaud demandait instamment le commandement de la Charente, son pays natal, indiquant que le général Malet, titulaire de l'emploi, ne répugnerait pas à une permutation. Il demandait en outre à être présenté pour l'ordre nouveau de la Légion d'honneur.

La juste réclamation de Rivaud fut immédiatement accueillie et le Premier Consul le nomma Général de Division, le 20 septembre 1802. Le Ministre de la Guerre l'avisait en même temps qu'il était porté sur la liste dés Officiers-Généraux, désignés pour être employés dans l'an XI, faveur dont le Général remerciait le Ministre le 16 octobre 1802.

La promesse d'emploi fut rapidement tenue et Rivaud reçut le 1er novembre, le commandement de la 27e Division militaire à Turin ; on lui enjoignait en même temps de rejoindre de suite son poste. Ce magnifique commandement combla de joie le nouveau Divisionnaire, mais il était entré dans une phase de maladie qui lui enlevait toute activité ; au lieu de partir immédiatement, il dut s'attarder à Angoulême et le 3 avril 1803, il réclamait encore un délai pour rejoindre. Le Ministre fit connaître au malade, qu'il l'avait remplacé par son compatriote le général Dupont-Chaumont, le poste de Turin étant trop important pour rester plus longtemps vacant. Le 9 avril, en accusant réception de sa lettre au Ministre, Rivaud protestait de ses regrets pour le commandement perdu et il espérait que le gouvernement n'y verrait de sa part aucune mauvaise volonté. Berthier, le 29 avril, crut devoir rassurer le Général et lui promettre une compensation.

Le Ministre ne perdit pas de vue sa promesse, la valeur du Général Rivaud comme officier de Cavalerie était trop bien appréciée tant par lui que par Murat qui l'avait vu à l'oeuvre. A la formation du Camp de Boulogne, on ne l'oublia pas et le 12 septembre 1803, il était nommé chef de Cavalerie du Camp de Saint-Omer sous les ordres de Soult. Rivaud en signant l'accusé de réception de sa lettre de service fit connaître qu'il réjoindrait son poste dès que sa santé le lui permettrait.

Le général Rivaud ne devait jamais rejoindre son poste. Sa maladie cruelle ne fit que s'aggraver, et il mourut à Angoulême le 29 septembre 1803. Le général Malet, commandant le département de la Charente rendit compte de sa mort au Ministre par une lettre où il spécifiait que Rivaud était mort « après une maladie longue et des plus douloureuses, il a été inhumé avec tous les honneurs militaires qu'il était en notre pouvoir de lui donner ».

Murat, son ancien chef, alors Gouverneur de Paris, présenta au Premier Consul la demande de la veuve du Général Rivaud pour l'obtention d'une pension, il demandait aussi pour le fils aîné du Général une place au Prytanée. Un arrêté Consulaire concéda à Mme Rivaud une pension de 1.500 francs.

La carrière du général Rivaud commencée sous l'ancien régime s'est terminée pendant le Consulat. Par suite de la diversité des époques où elle s'est effectuée elle offre des particularités qui ne peuvent plus se reproduire. Rivaud en 1789 était confiné dans les bas grades de l'armée, par des lois sans justice ; la faveur inconsciente de Proconsuls de hasard le porta en un jour dans les premiers rangs. Une telle faveur ne fut pas rare à cette époque, mais peu la justifièrent par des services. En 1793, Rivaud quoique de second plan, est représentatif de toute une catégorie nombreuse, celle des officiers de l'ancienne armée, de ces bons serviteurs qu'avaient préparé au commandement les travaux du temps de paix, et qui ne profitèrent d'une fortune inattendue que pour se perfectionner dans leur art afin de mieux servir le pays. Rivaud d'ailleurs ne voulut être qu'un soldat ; étranger à la politique, qui amena pendant la Révolution tant d'élévations injustifiées, il se fit aimer des soldats par sa bravoure et des populations qu'il administra par sa modestie et son affabilité. Il n'a donc pas été inutile de rappeler le souvenir d'un Français qui en toute occasion fut un bon soldat et un bon citoyen.

Claude Gigon

Régiment d'Angoulême-Dragons

11 May 1788,

Mémoire

Le sieur Jean Rivaud, âgé de 31 ans, lieutenant au régiment de Dragons d'Angoulême dans lequel il sert depuis le 1er janvier 1773, demande quoiqu'il ait passé par les grades de Maréchal de Logis et d'Adjudant à reprendre son rang pour être lieutenant en pied et à ne plus être mis désormais dans la classe des officiers dits de fortune. Il a toujours servi volontairement jusqu'à l'époque de son brevet, il appartient à une très bonne famille etaeuplusieursparentsau service, ce qu'il prouve par la copie du cerficat cy-joint et d'une lettre de M. le Duc de Liancourt.

Copie du premier certificat :

Nous soussignés, certifions à tous ceux à qui il appartiendra que M. Jean Rivaud, âgé de seize à dix-sept ans, fils légitime de M. Jean-Louis Rivaud, avocat au Parlement et de Dame Marie Philippe Mioulle, que lui et ses Ancêtres paternels et maternels ont toujours vécu noblement ; il est parent et allié à la plupart des familles les plus distinguées de cette ville, qu'il a eu plusieurs de ses parents au service, notamment M. des Reaulx, Comte de Rouffiac (1) vivant Maréchal des Camps et armées au Roy et Commandant dans l'île d'Oléron. M. de Plassac, Capitaine dans le régiment du Rouergue, M. de Plassac et Moussac, Commandant de Bataillon au même régiment. M. de Paris (2), Commandant du château, de Neuf-Brisach, M. de Bardine, ancien garde du corps, M. des Forges (3), aussi anciennement garde du corps et depuis capitaine d'Invalides. MM. Mallat (4) de l'Etanche, garde du Roy, dont l'aîné est retiré avec la croix de Saint-Louis et décédé pourvu de la charge de lieutenant de Maréchaussée à Angoulême et le pouyné tué à la Bataille d'Ettenghen et le troisième décoré de la croix de chevalier de Saint-Louis est pourvu de la même charge de lieutenant de la Maréchaussée. M. de la Gravière, chevalier de Saint-Louis et pensionné du Roy, et M. Mioulle (5), son oncle officier dans le régiment de Royal-lnfanterie. En foy de quoy, nous lui avons délivré le présent certificat pour lui servir et valoir ce que de raison. Faict à Angoulême le 2 août 1772. Signé : J. A. Evêque d'Augoulême (6), le Marquis de Chauveron, Commandant à Angoulême, le Chevalier Dassier, Latouche de Cherval, Chapitau de Rémondias, Saint-Laurent, Thomas de Bardines, le Chevalier de Reymonde, Des Forges et Des Réaulx de Plassac.

Nous soussigné, subdélégué de l'Intendance de la généralité de Limoges à Angoulême, certifions que les signatures ci-dessus sont véritables et que foy doit y être ajoutée.

A Angoulême, le 14 août mil sept cent soixante-douze. Signé : De Boisbedeuil.

Extrait de la lettre de M. le Duc de Liancourt.

Paris le 24 avril 1788.

Le sieur Rivaud, lieutenant en second dans le régiment d'Angoulême-Dragons, est arrivé au régiment de Larochefoucauld, volontaire recommandé par M. le Comte de Broglie qui avait le projet de le tirer promptement de ce régiment pour le placer officier dans un régiment d'infanterie dont il avait la promesse ou gendarme. Le service du régiment ayant plu au sieur Rivaud et M. le Duc de Liancourt ayant conçu une bonne opinion de ses services, il est resté au régiment de Larochefoucauld, où il a été fait promptement Maréchal des Logis, Adjudant et Officier.

Cet officier ne doit pas être compté dans les officiers de fortune, il est, sans être gentilhomme, né de la meilleure bourgeoisie d'Angoulême, allié à des familles nobles, il peut prouver par des certificats dûment signés et légalisés qu'il a eu beaucoup de parents officiers dans le service et même Officiers-Généraux.

Signé, le Duc de Liancourt.

Je supplie, MM. du Conseil de la Guerre d'avoir égard à la demande de cet officier, il s'est rendu extrêmement utile au régiment d'Angoulême, dans la partie des fourrages et dans celle du pain. On ne peut servir avec plus de zèle et d'intelligence, M. de Liancourt en a rendu les mêmes témoignages.

Signé, le Chevalier de Puységur

Le Comte de Surgères se joint à M. le Chevalier de Puységur pour demander à MM. du Conseil de la Guerre, une décision sur la demande du Sieur Rivaud. Il est dans le cas d'y prendre intérêt d'après les bons témoignages que M. le Duc de Liancourt lui a rendus et l'opinion de M. de Puységur.

Surgères (1)

L'opinion de M. le Duc de Liancourt et le suffrage de M. le Chevalier de Puységur, sur la demande et la conduite du Sieur Rivaud, me paraissent mériter l'attention de MM. du Conseil de la Guerre.

Je supplie M. le Comte de Brienne de vouloir bien me faire connaître la décision sur la réclamation de cet officier.

A Paris, le 27 juin 1788.

Vioménil (1)

Lettre de M. de Vioménil au Ministre de la Guerre (2).

Monsieur le Comte,

J'ai l'honneur de vous envoyer un mémoire qui vient de m:être adressé par M. le Comte de Surgères, en faveur de M. Rivaud, lieutenant au régiment d'Angoulême-Dragons, qui demande à reprendre son rang pour être lieutenant en pied et ne plus être mis désormais dans la classe des officiers, dits de fortune.

Je vous supplie, M. le Comte de vouloir bien en prendre la décision, l'intérêt qu'y prennent M. le Duc de Liancourt et M. le Chevalier de Puységur, est une preuve que cet officier mérite qu'on lui soit favorable.

J'ay l'honneur d'être arec l'attachement le plus respectueux, Monsieur le Comte, votre très humble et très obéissant serviteur,

Vioménil.

Notes :

1. D. G.-A. A. — Jean Rivaud, fils de Jean-Louis et de Marie-Philippe Mioulle. — Copie de l'acte de naissance exisle au dossier personnel du Général Rivaud, il est extrait des registres de la paroisse Saint-Paul, la pièce établie en 1802 est certifiée par Limousin, greffier et visée par Marvaud, maire.

2. François-Alexandre-Frédéric do Larochefoucauld-Roye, Duc de Liancourt, Mestre de Camp, 1770-1786.

3. Comte de Broglie (Charles-François), Lieutenant-Général-Ambassadeur, Chef de la diplomatie secrète de Louis XV.

4. D. G.-A. H. — Travail du Roy, 1788, p. 16.

5. Herculin de Chastenay, Chevalier de Puységur, Colonel effectif des Dragons-Angoulême du 10 mars 1788 au 10 juin 1792. Le Colonel propriétaire était le Duc d'Angoulême prince du sang.

6. Le Conseil de la guerre créé par Ordonnance Royale du 9 octobre 1787 fut supprimé le 14 juillet 1789 par le Maréchal de Puységur. C'était un organe directeur du ministère de la guerre pour toutes les questions de législations. Ses décisions étaient définitives sauf appel au Ministre et au Roy.

7. Un décret du 2 Septembre avait exclu les officiers nobles de l'armée. De Saix fut un des rares exceptés de l'armée du Rhin.

8. Le Comité de Salut public écrivait aux Commissaires le 25 Septembre 1793 : « Vous verrez que lorsqu'elle n'aura plus à sa tête que de francs républicains, des Sans-culottes dévoués à la défense de la Patrie, elle pourra tomber sur les cohortes de tyrans et les exterminer. »

9. Landremont avait servi 35 ans au 17e Dragons. Il était chef d'escadrons en 1789.

10. Bouchotte, Ministre de la Guerre, d'après les situations comptait l'armée du Rhin à 117.000 hommes et Landremont un effectif réel de 31.000 combattants.

11. Voir pour de plus grands détails sur cette situation : Camille Roussel, Les Volontaires, chapitre XIX.

12. A. Chuquet. — Guerres de la Révolution. — Wissembourg. — « La probité de Ruamps et son patriotisme étaient à toute épreuve, mais à l'armée du Rhin en plusieurs circonstances il se conduisit comme un fou. Cet homme qui manquait de lumières décidait tout de son autorité supérieure... Ils — (les Commissaires) — suspendaient les généraux à tort et à travers, ils protégeaient les intrigants et les mauvais sujets qui abandonnaient leur poste pour aller déblatérer au club de Wissembourg contre leurs chefs... Ruamps fut maltraité non par les généraux qu'il avait vexés, ni par les officier qu'il avait proscrits, mais par les soldats qu'il' avait flagornés...

13. 11e Dragons, Colonel de Neuilly ; 17e Dragons, Colonel Kuder. Tous deux anciens officiers de l'armée royale. — Le 11e Dragons au cours de l'année 1794 passa à l'armée de Sambre et Meuse, il revint en 1795 à l'armée du Rhin.

14. Les mémoires du Maréchal Gouvion Saint-Cyr racontent que dans cette retraite Ruamps fut hué et menacé par les troupes qui le rendaient responsable de la défaite et qu'il dut se réfugier à l'Etat-Major de la Division Meynier. Cette expérience l'aurait rendu plus traitable et plus juste envers les officiers.

15. Bouchotte avait destitué Carlenc le 23 Octobre, il fut envoyé à Paris et emprisonné ; il eût été condamné comme les autres généraux, pour l'exemple, sans une pétition courageuse des officiers et sous-officiers du 11e Dragons qui se portèrent fort de son civisme. Remis en liberté le 22 Décembre 1793, il fut replacé à l'armée du Nord où Saint-Just le suspendit encore une fois le 9 Mars 1794. Il fut retraité en 1799.

16. L'armée du Rhin fut toujours fort mal.outillée à tous points de vue; Desaix écrivait,le.22 mai 1796 à l'Adjudant-général Pinoteau, qui avait fait avec lui la campagne de 1794, cette phrase significative: « Les hostilités recommencent et avec elles nos souffrances et nos peines, les chevaux et les ; yivres manquent comme par le passé. »

17. D. G.-A. A.—Demande de brevet de Général de Brigade datée d'Obertusstadt. 1er Juin 1794. (12 Prairial, an II.)

18. D. G.-A. A. — Le Conseil d'Administration du 11e Dragons certifiait que le Citoyen Rivaud a servi à leur régiment depuis le 1er Janvier 1773 jusqu'au 8 octobre 1793 — (V.-S.) — où il a pris le commandement de la Brigade de Dragons de l'armée du Rhin dont notre régiment a toujours fait partie. Il a continué à mériter les plus grands éloges par ses talents militaires, son empressement à faire exécuter les lois de la République et son patriotisme soutenu — Au cantonnement de Valsheim le 18 Floréal (7 mai 1794) deuxième année de la République une et impérissable. (Suivent les signatures des neuf membres du Conseil.)

19. D. G.-A.. A. — Mémoire de proposition d'emploi.

20. Desaix pendant la campagne de 1794, avait sous ses ordres l'Adjudant-Général Pinoleau, récemment promu. Pinoteau précédemment Capitaine de la 5e Compagnie du i« Bataillon des Volontaires de la Charente, avait quitté ce corps comme Aide de Camp de Lechelle. Après la mort de ce Général (11 novembre 1793), il avait élé placé à l'armée du Rhin.

21. Dans sa demande, Rivaud écrivait : « Je ne saurais plus être quelques heures à cheval sans uriner du sang ». Desaix dans sou apostille disait: « J'ai servi à l'Avant-Garde toute la guerre avec le général Rivaud, je lui ai toujours connu une activité incroyable et j'ai été témoin qu'il a toujours fait son service malgré les douleurs do la gravelle qui le mettait souvent hors d'état de servir. Celte maladie a augmenté d'une façon alarmante.

22. Maulde-Loiselleiie, député de la Charente à la Convention, puis ' aux Cinq-cents.

23. Congé demandé à Bréda (Hollande), le 13 Vendémiaire, an VII. - Le 14 octobre 1798.

24. Le certificat de visite délivré à Angoulême par l'officier dosante Robin, aîné, déclare le général Rivaud atteint de rhumatismes goutteux aux pieds et aux genoux.

25. D. G. — A. A. — Lettre du 28 février 1800. Rivaud au Minislre.de la Guerre.

26. ld. — Le Ministre de la Guerre au général Rivaud, 1^ mars 1800. Lettre de service pour l'armée de réserve.

27. Ces régiments étaient, 12e Hussards, 8° et 9° Dragons à Paris, el le 11e Hussards à Saint-Geriuaiu-en-Laje.

28. Celle coïncidence et l'identité des noms a fait commellie des cireurs darts l'histoire des deux cousins, erreurs existant même dans les dossiers personnels des deux officiers au Ministère de la Guerre.

29. Avant-Garde. — Lannes Général de Division, Lieutenant Général. — Division Watrin, 6e demi-Brigade légère. — 22e demi-Brigade de Bataille, 40e demi-Brigade de Bataille, Brigade Mainoni. — 28e demi-Brigade de Bataille— Un Bataillon Helvétique. — Un Bataillon Italien. — Brigade de Cavalerie Rivaud. — 12e Hussards et 21e Chasseurs.

30. La Brigade Rivaud cantonnée à Vevey avait reçu l'ordre de partir le 15 mai pour venir coucher à Bourg-Saint-Pierre, c'était une étape de 76 kilomètres avec une dénivellation de 1.200 mètres. Elle dut s'arrêter à Martigny (étape de 49 kilomètres). — Le lendemain 16 Mai elle coucha à Bourg-Saint-Pierre.

31. La Brigade Olivier Rivaud était composée des 4e et 96e de Ligne.

32. Historique du 12e Hussards. — (D. G. A. H.).

33. La Brigade de Cavalerie Rivaud comptait : 12e Hussards, 340 chevaux, 21e Chasseurs, 359 chevaux, en tout 699 chevaux.

34. Les états de service du Général Rivaud portent une blessure reçue à Marengo ; il y a eu confusion avec la blessure reçue par Olivier Rivaud dans la défense du village de Marengo. Le rapport du Général en chef Berthier ne parle de blessure que pour Olivier Rivaud.

35. La Division Rivaud comprenait les régiments de cavalerie (grosse cavalerie) 1er, 2e, 14e, 15e, 21e , 22e et 25e en tout 2.285 chevaux.

36. D. G. A. H. — Les rapports officiels du Chef d'Etat-Major Oudinot et du Général Dupont montrent que la Cavalerie n'a joué aucun rôle important-dans l'affaire de Pozzolo. Le récit de cette bataille dans « Victoires et Conquêtes », est donc fort exagéré en ce qui concerne les Généraux Davoust et Rivaud.

37. Par une singulière coïncidence, les deux cousins Rivaud étaient affectés au corps de la Gironde. Olivier Rivaud, chef d'état-major, rejoignit son poste à Bordeaux et fit toute la campagne. Le 20 octobre, l'expédition une fois terminée, le général Saint-Cyr lui laissa à Valladolid, le commandement du corps expéditionnaire el il en rendit compte au Ministre. — Celte lettre a été placée, par erreur, dans le dossier personnel de Jean Rivaud, aux Archives administratives du Dépôt de la Guerre.

38. D. C. A. A. — Lettre du Ministre de la Guerre à Murat, 3 juin 1802.
 
39. L'identité de nom des deux généraux Rivaud embarrassa à cette occasion le Ministre de la Guerre lui-même. Le 22 mai 1802, Berthier écrivait au Ministre d'Etat Maret : « J'ai reçu, citoyen, un arrêté du 26 Floréal — (15 Mai) — qui nomme Général de Division le Général de brigade Rivaud. Gomme il existe deux Généraux de brigade de ce nom sur le tableau de l'Etat-Major de l'armée, je vous prie de me faire connaître celui que le Premier Consul a nommé par cet arrêté. L'un appelé Jean Rivaud, officier général de Cavalerie, était employé à l'armée du Midi, il est encore en Italie. L'autre nommé Olivier Macoux-Rivaud, faisait partie du corps de la Gironde, il est à Paris ».

40. Vigier de la Pile. — Histoire de l'Angoumois P. C. VII. — La terre de Rouffiac fut érigée en Comté en 1654.— Hélie-Jean des Ruaux, brigadier en 1747. — Le cadet du Brigadier, fut connu sous le nom de Plassac. — François des Ruaux, surnommé le Ch. de Moussac, fut major au régiment de Rouergue, Ch. de Saint-Louis, mort en 1734.

41. Probablement le même qui est indiqué par Vigier, en 1756, comme Lieutenant-Colonel au régiment d'Anjou.

42. Indiqué en 1756, comme Garde du Corps (P. C. VII).

43. D. C. A. A. — Contrôle de la Maréchaussée, Election de Limoges, folio 340. — Philippe-Léon Mallat de l'Estanche, commissionné le 28 mai 1748, fut 16 ans Garde du Corps du Roi. Certificat de M. d'Argenson, du 4 juin 1749 pour l'agrément, d'être pourvu de cette charge. — Alexandre Mallat, Seigneur de l'Estanche, 12 ans Garde du Roi, Chevalier de Saint-Louis — en survivance, sans solde ni gages. Agrément du 29 mars 1752.

44. Probablement, Mioulle (Jean), assesseur de Maréchaussée, fut Lieutenant à Larochefoucauld (18 juin 1752).

45. Joseph, Amédée de Broglie, Evêque d'Angoulême (1755-1784).

46. Comte de Surgères — Puy Guillon — Maréchal de Camp, 19 mai 1788, inspecteur de Cavalerie.

47. Antoine du Houx, Comte de Vioménil, Lieutenant-Général (1728-1792).

48. Comte de Lomenie-Brienne (Louis-Marie-Athanase), Lieutenant-Général, Ministre de la Guerre (24 septembre 1787 au 30 novembre 1788).

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18 décembre 2019

La Rochefoucauld au péril du bonnet rouge (4/4)

Juin 1790. Une rumeur fâcheuse court le district. Il est question de fixer à Montbron le siège royal de justice accordé au nouveau district de La Rochefoucauld. Requête jugée ridicule par l'assemblée municipale de Saint-Projet. Géographiquement, Montbron, à l'est du district, est mal choisi ; au contraire, La Rochefoucauld se trouve au centre, et puis, "la petite ville ou plutôt le bourg de Montbron est trop peu important par lui-même pour être susceptible de l'établissement d'un siège royal".

Même son de cloche à Montembœuf : La Rochefoucauld est desservie par des chemins "superbes" :

... parfaitement bien placée pour la commodité et l'avantage de toutes les communautés qui en forment le territoire, qui y ont déjà leurs habitudes, leurs relations d'affaires, et contentieuses et de commerce.

Le choix de Montbron "est un projet aussi ridicule que contraire à l'intérêt général des habitants du district", Montbron, "petite ville, ou plutôt un bourg, trop peu important par lui-même pour être le siège du district. Situé à son extrémité, il touche le Périgord".

Tiens ! Tiens ! On a déjà entendu ce langage, alors on pétitionne, on lance une adresse à l'Assemblée nationale. Il se trouve que Jean Marchais, l'un de ses membres, appuyé par le duc de La Rochefoucauld, verrait sans plaisir l'exil du siège à Montbron, aux portes de la sierra limousine.

Source : La Rochefoucauld au péril du bonnet rouge, d'Yvon Pierron.

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