26 décembre 2019

La subdélégation de Nontron en 1741

Habitans: 28,000.

Sacs de bled consumez: 112,000.

La récolte ne va qu'au 3 quarts, c'est-à-dire à 84,000, et il manqueroit beaucoup pour la subsistance, sans les châtaignes et les autres grains.

Le pais produit du froment, du seigle, bled d'Espagne, bled sarrazin, de l'avoine, des légumes dans les jardins seulement, chàtaignes qui font le quart de la récolte et de la subsistance des habitans.

Le sac froment pèze 130 livres et le septier de Paris 240 livres. Ainsi les deux sacs pèzent le septier de Paris et vingt de plus.

Le froment se vend 8 livres c'est le septier de Paris 16 livres 10 sols.

Le seigle 5 livres, le septier 10 livres 12 sols 6 deniers.

Le bled d'Espagne 4 livres, le septier 8 livres 10 sols.

Le bled sarrazin 3 livres, le septier 6 livres 7 sols 3 deniers.

L'avoine 3 livres 10 sols, le septier 7 livres, 12 sols 6 deniers.

Les moyens de multiplier les bleds seroient de deffendre de semer du bled d'Espagne, qui ruine absolument les terres. Depuis 40 années que l'usage de ce bled s'est introduit, la récolte du froment est diminuée.

Le Subdélégué ne croit pas que les denrées et surtout celle-là puisse conserver un prix, si l'argent et les espèces diminuent; tandis que les espèces seront hautes, les grains auront leur juste prix. Mais on voit le contraire en l'année 1731 et 1732 où les espèces estant encore hautes, le prix du bled et du vin est tombé.

Légumes. — On n'en sème point en plein champs, mais seulement dans des jardins pour l'usage des propriétaires.

Chamvres. — Ils ne peuvent venir que dans les terres arrosées par les rivières et les ruisseaux. Il n'en vient point dans ce pais.

Foins et paccages. — Il y en a très peu dans le pais, à cause qu'il est pierreux, et on ne peut guères les multiplier.

Vins. — Il y en a assez pour les habitans, et il se consume dans le pais, se vend 18 livres la barrique.

Bois de haute-futaye. — On croit qu'il seroit inutile de les multiplier à cause de l'éloignement des rivières pour le transport, mais ils serviroient à la construction des maisons. Ceux qui ont esté coupez, ont esté convertis en bois taillis que l'on coupe à l'âge de 15 ou 16 ans, pour servir aux forges qui en consument beaucoup.

Terres incultes. — On a défriché les terres qui estoient propres aux grains et à la vigne. On convient que le reste doit demurer inculte pour servir de pàturages aux bestiaux, quand les fourrages leur manquent.

Bestiaux. — Il y en a un grand nombre, et on ne peut les multiplier qu'en laissant incultes les terres qui n'ônt point esté défrichées.

Cette partie du Périgord qui est fort pierreuse, a besoin de ces pâturages pour les bestiaux dont la vente luy sert à payer les impositions publiques.

Brebis et moutons. — Pour en multiplier le nombre, on employé les mêmes moyens de cy dessus, mais pour conserver ces animaux des maladies qui en diminuent le nombre, on croit qu'il leur est nuisible de leur faire des soutrages et des litières de fougère et d'agions (sic) qui gâtent toujours leurs laines et, par leur mauvaise odeur et qualité, influent dans l'air qu'ils respirent et de là dans leurs poumons. La même méthode devroit s'observer pour les bœufs et les veaux. Il n'y a que la paille qui fasse un soutrage sain ou non nuisible.

Cochons. — Il y en a un grand nombre qu'on nourrit de glands et de châtaignes.

Haras. — Il n'y en a aucun parce que les prairies ne sont pas suffisantes pour les bœufs de labeur, on a commencé depuis six mois à établir des haras, mais on manque de belles juments.

Manufactures. — Il n'y en a d'aucune espèce, mais seulement des forges dont on parlera bientôt.

Verrerie. — Aucune.

Papeterie. — Une où se fait seulement du papier commun et d'un médiocre revenu.

Tanerie. — Il y en a plusieurs pour les peaux de bœufs et de vaches qu'on prend dans les gros bourgs, les foires et les marchés, et se consument en partie dans les lieux. L'autre partie est portée à Périgueux, La Rochefoucault, et ne payent de droits que pour le manque des cuirs.

Dans d'autres taneries ou peleteries, on y blanchit les peaux de mouton qu'on fait ensuite passer dans le bas Limosin.

Charpentiers. — Ils n'emploient dans leurs ouvrages que le bois de châtaigner, à cause que celuy de chêne est trop rare.

Forgerons, serruriers, cloutiers, armuriers. — Leurs ouvrages ne sortent point du pais. Ils prennent le fer et l'acier des forges voisines.

Chauderonniers. — Prennent leur cuivre à Angoulème. Le charbon est de bois; on n'a point d'usage de charbon de terre.

Mines de fer. — Il y en a un bon nombre dans les parroisses voisines du Limosin.

Elles ont donné occasion à plusieurs forges qui font le principal commerce de cette Subdélégation.

Des Forges.

Il y a cinq grosses forges à fourneaux où se fondent les mines; on y fond chaque année sept cens milliers en aguse qui se transportent dans les forges voisines pour estre convertis en fer dur et mol. Cinq forges employent chaque année 400 hommes, soit à tirer la mine, soit à la laver, soit à la transporter dans les forges, soit à voiturer, et sont payez à 8 s. par jour.

Ces forges consument par année 4,000 brasses de bois, qui se prennent dans les parroisses voisines et qui se vend trois livres la brasse.

Les matières premières ou les mines se tirent des parroisses voisines.

La fondue des mines se vend i oo livres, doit produire 18 milliers de fonte en aguse son prix actuel est de 40 livres le millier; cette fonte ne sort point du Périgord.

Outre la fonte des mines, on y fabrique 2,500 quintaux de fer dur et mol qui se transportent dans le pais d'Angoulême et de Saintonge et qui payent de droit d'entrée 13 sols 4 deniers par quintal de fer mol et 25 sols par quintal de fer dur, quoique le prix de ces deux fers soit égal sur les lieux. Le quintal de fer pris sur les forges, poids de marc, se vend 20 livres.

Il y a encore 14 forges qui prennent leurs fontes dans les cinq premières, dont nous venons de parler, et les convertissent en fer dur et mol. Le premier sert à l'usage des maréchaux, cloutiers, serruriers et taillandiers. Le second sert à tous gens de marteau. Les 14 forges font par an 12 mille quintaux de fer des deux espèces, et se vend actuellement 20 livres le quintal.

Elles consument 6 mille brasses de bois, qui se prend dans les parroisses voisines. Elles employent 2 cens ouvriers à io sols et 12 sols par jour pendant 5 à 6 mois de l'année.

Le fer des deux espèces est transporté dans l'Angoumois et Saintongeois et paye de droit, comme on a dit cy dessus.

On voit cinq autres forges d'une autre espèce. Elles consument trois mille quintaux de fontes, qui sont convertis en poèles à frire. Elles se transportent dans le Limosin, la Guienne, Languedoc, Béarn, d'où elles passent en partie en Espagne.

Ces cinq forges consument chaque année 2 mille brasses de bois, occupent 60 ouvriers pendant 5 à 6 mois de l'année. Ces poèles à frire entrant dans une de ces provinces seulement, payent de droit 18 sols par quintal.

Ces forges fabriquent encore 2,500 quintaux de fer dur et mol, qui passent dans l'Angoumois et la Saintonge avec les droits cy dessus spécifiez et tous ces droits vont à plus de 30 mille livres pour le Roy. Ces forges au nombre de 24 sont scituées aux environs de la ville de Nontron, qui est le lieu d'entrepôt pour le commerce du fer et des poèles.

Le commerce de cette ville qui est d'un grand objet dans la province du Périgord et dans le royaume, a esté interrompu pendant quelque temps par la difficulté des chemins mauvais et impraticables aux voituriers. Les habitans les ont réparez à leurs frais et dépens, et le commerce se rétablit. Pour conserver le commerce à cette ville et favoriser le travail des forges, il n'y a qu'à rétablir deux ponts qui sont tombés en ruine, ce qui interrompt le commerce de cette ville avec celles de Périgueux et de Bergerac. On estime que la dépense iroit à dix mille livres imposées sur l'Élection de Périgueux.

Meuniers blancs et soye. — On n'a point d'expérience qui puisse répondre à la réussite de ces sortes de plans, et des soyes.

Arts et métiers. — C'est dans les villes où l'on devroit exécuter les règlemens qui regardent les artisans, et cela mériteroit bien attention des officiers, mais dans les campagnes, les artisans y travaillent, comme l'on sçait, sans autre perfection ni bonté d'ouvrages. Aussi ne durent-ils pas aussi longtemps qu'il faudroit.

(Archives historiques du département de la Gironde, 1913)

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La Congrégation de France à Nontron

Élie de Labrousse. * Le Bourdeix, diocèse de Périgueux, 15 déc. 1713. ° Sainte-Geneviève de Paris 27 déc. 1734. † Saint-Vincent de Vieille-Brioude 30 avril 1779 (66 ans, prof. 45). Prieur de Saint-Vincent de Vieille-Brioude sept. 1751-avril 1779. ProA. ChaA. CatB. CatC. Sup66. CatD. Sup78. Nom79. NécD.

François de Labrousse. * Teyjat, diocèse de Limoges, 7 juin 1707. ° Saint-Irenée de Lyon 16 sept. 1728. † prieuré-cure de Saint-Quentin de Chasnay, diocèse d'Angers, 17 janvier 1785 (78 ans, prof. 58). Prieur-curé de Saint-Quentin de Chanais, dépendant de La Celle-Saint-Hilaire de Poitiers, 1773-1785. ProA. CatB. CatC. CatD (confusion avec Léonard). Nom85. NécD.

Jean de Labrousse. * Teyjat, diocèse de Limoges, 3 janvier 1695. ° sept. ou 1er octobre 1715. † prieuré-cure de Saint-Martin d'Asnières 26 avril 1754 (59 ans, prof. 39). Demeure à Notre-Dame de La Couronne 1730. Prieur-curé de Bignay 1743. Prieur-curé de Saint-Martin d'Asnières à son décès. ProA. Factum. CatB. NécD.

Léonard de Labrousse. * Nontron, diocèse de Périgueux, 3 janvier 1716. ° Sainte-Geneviève de Paris 27 déc. 1734. † après 1762 (absent du nécrologe; absent en 1773). Quitte peut-être la congrégation. ProA. CatB. CatC. Absent de CatD, de NécC.

Isaac de Labrousse du Bosfrand. * Nontron, diocèse de Périgueux, 24 déc. 1703. ° Saint-Irenée de Lyon 2 février 1725. † prieuré-cure de Saint-Laurent de Briou, diocèse de Poitiers, 27 juin 1766 (63 ans, prof. 42). Prieur-curé de Saint-Laurent de Briou à son décès. ProA. Nom25. CatB. CatC. NécD.

Antoine Dupeyroux. * Nontron (Dordogne) 11 août 1709. ° Sainte-Geneviève de Paris 31 juillet 1729. † prieuré-cure de Saint-Brice, diocèse de Limoges, 23 janvier 1779 (70 ans, prof. 50). Prieur de Saint-Pierre de Lesterps après 1754 et avant 1772. Prieur-curé de Saint-Brice, dépendant et de Saint-Pierre de Lesterps, 1773-1779. ProA. Nom29. CatB. CatC. CatD. Nom79. NécD.

Germain Grolhier. * Nontron, diocèse de Limoges, 31 juillet 1757. ° Sainte-Geneviève de Paris 27 août 1780. † après 1794. Étudiant à Saint-Volusien de Foix. Demeure à Saint-Jean-de-Côle 1781. Sous-diacre sept. 1783, diacre à la Trinité 1784, prêtre sept. 1784. Curé de Lhéry (Loiret) 17 déc. 1789. Jure le 23 janvier 1791. Remet ses lettres de prêtrise le 20 janvier 1794. Se marie. Nom80. CatD. Pisani.

Augustin Boyer de La Borderie. * Nontron 1692. ° Saint-Irenée de Lyon 1er sept. 1715. † prieuré-cure de Saint-Sulpice de la Dapeyre, diocèse de Limoges, 23 mars 1770 (78 ans, prof. 55). Prieur-curé de Saint-Sulpice de la Dapeyre, à son décès. ProA. CatB. CatC. Nom70. NécD.

Jean-Baptiste Mazerat. * Nontron, diocèse de Périgueux, 15 août 1701. ° Saint-Irenée de Lyon 16 janvier 1724. † prieuré-cure de Saint-Honoré de La Petite-Boissière, diocèse de La Rochelle, 17 juillet 1770 (69 ans, prof. 47). Prieur-curé de Saint-Honoré de La Petite-Boissière à son décès. ProA. Nom24. CatB. CatC. Nom70. NécD.

Source : Prosopographie génovéfaine, répertoire biographique des chanoines réguliers de Saint-Augustin de la Congrégation de France, 1624-1789.

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23 décembre 2019

Une victime de la Terreur du département de la Charente

M. de Lézignac, qui, en sa qualité de noble, était obligé de se cacher dans sa contrée, passait pour, avoir sur lui une forte somme en or; il fut assassiné et volé dans une grange qui lui servait de refuge, pendant la nuit, au village des Châtres, commune de Lézignac-Durand. Il n'y eut encore ni poursuites, ni répression.

Pendant longtemps, on ignora les circonstances de ce meurtre; mais la conscience, cet œil investigateur de l'àme qui se voit tout entière et se juge elle-même sans faiblesse; la conscience, dis-je, qui trouble le criminel le plus endurci, surtout au moment du trépas, suscita le remords chez l'un des complices qui parla, et voici ce que m'a conté une personne honorable qui, dans le pays, avait recueilli les confidences et les révélations.

M. du Rousseau de Lézignac, assassiné au commencement de 1794, était resté orphelin de bonne heure avec une sœur un peu plus jeune que lui (1).

Il ne prit point de service militaire et resta avec sa .sœur au château de Lézignac-Durand; mais il émigra en 1791 et rentra peu de temps après. Alors il dut se cacher, car on le déclara suspect, et sa qualité d'ancien émigré l'envoyait droit à la guillotine en cas d'arrestation. En rentrant au château de ses pères, il trouva sa sœur mariée de la veille avec un citoyen qui y était installé en maître, et qui, dit-on, refusa de le recevoir et même de le reconnaître. Il s'ensuivit une altercation violente, accompagnée de voies de fait; de là une haine implacable entre les deux beaux-frères, qui autorisa dans le temps certaines rumeurs graves, quoique improbables, et dont je n'entends en rien me rendre ni l'écho, ni l'éditeur responsable.

M. de Lézignac était un homme de haute stature, doué d'une force herculéenne et d'une agilité remarquable. On raconte que, toujours poursuivi par les agents du comité révolutionnaire, il s'était réfugié un jour dans une maison qui fut cernée. Comme il savait parfaitement où son arrestation devait le conduire, il se sauva par les greniers, fit une trouée à la toiture, sauta par terre, bouscula tout sur son passage et s'enfuit dans les bois sans qu'on pût le saisir.

Les qualités de son cœur répondaient à la beauté de son corps; il était humain, compatissant, secourable pour le pauvre, aussi partout, dans la contrée, on lui faisait bon accueil, on le cachait, on le protégeait à raison des recherches dirigées contre sa personne. Il se réfugiait tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre de ses voisins; quelquefois il se cachait dans les bois, où on lui portait à manger, sans qu'on le trahit jamais, ni par vengeance, ni pour toucher la prime offerte au dénonciateur par la République. La famille Fougeron de Lapélusonie surtout fut pour lui une seconde Providence pendant tout ce temps de persécutions. Un soir que M. de Lézignac était excédé de fatigue, car les agents du comité révolutionnaire de Confolens étaient toujours à ses trousses et ne lui laissaient ni trêve, ni merci, il alla se réfugier au village des Chastres, dans une maison occupée par la famille G..., où il se retirait quelquefois. Il y avait là une réunion de buveurs et de joueurs. M. de Lézignac, sans méfiance et toujours généreux, leur donna quelque argent pour s'amuser entre eux, puis il passa dans une grange, déposa ses pistolets sur un coffre et se coucha tout habillé sur un mauvais grabat, où bientôt il s'endormit d'un profond sommeil. Les compagnons du crime, en l'entendant ronfler, résolurent de le tuer, parce qu'ils le savaient porteur d'une forte somme en or, ou peut-être pour d'autres motifs, qui se disent encore tout bas à l'oreille dans la contrée, mais qu'il ne nous appartient pas de répéter, parce que nous n'y croyons pas. Ils prirent une longue barre de fer ou levier servant à extraire la pierre, et deux hommes, la tenant à chaque extrémité, appuyèrent fortement le milieu sur la poitrine de la victime pour l'étouffer, pendant qu'un autre complice, dont on a conservé le nom, la frappait à coups redoublés sur la tête avec une tranche, jusqu'à ce qu'enfin l'infortuné restât sans vie.

Après l'assassinat, on porta le cadavre dans Le bois des Vergues et on le jeta dans le fossé qui touche au clos des domaines de Chez-Raillard. Il y était depuis neuf jours, lorsque des chiens de bergères du village le firent découvrir à leurs maîtresses, qui les entendirent grogner comme pour se disputer une proie. Un rapport fut fait à l'autorité municipale qui fit enlever le cadavre, et on le porta au cimetière sans plus s'en préoccuper. Il n'y eut aucune enquête judiciaire, et, puisqu'il s'agissait d'un chien d'aristocrate, les assassins, quels qu'ils fussent, avaient bien mérité de la patrie.

On raconte encore, dans la localité, que chacun des assassins a fait une mort cynique ou cruelle.

Le vieux M. Fougeron de Lapélusonie fit faire l'enterrement à ses frais, tant il avait d'affection pour ce malheureux qui devait épouser sa fille aussitôt que le temps des persécutions serait passé. Si M. de Lézignac avait pu se soustraire encore quelques mois à l'abominable complot dirigé plus encore contre sa bourse que contre sa vie, il était complétement hors de danger, car la sanglante dictature de Robespierre, cause de tous les maux, touchait à sa fin.

J'ai laissé courir le récit sans l'interrompre, tel qu'il m'a été transmis, tant il m'a paru vrai et inattaquable. Ici les faits palpitent; il semble qu'on assiste à ces scènes lugubres, si bien en rapport avec les idées et les habitudes de ces temps malheureux.

Notes :

1. Nous n'avons pas pu obtenir les actes de naissance et de décès de celle victime, car les registres de celle commune manquent pour celle époque. — Voici l'acte de décès de son père :

« Le vingt-deux septembre de l'an mil sept cent cinquante-cinq, est décédé dans le bourg de Lézignac-Durand, dans la communion de l'Église, et a été inhumé, le vingt-trois du courant, messire Martial du Rousseau, écuyer, âgé de cinquante-cinq ans ou environ, veuf de Marie-Suzanne Pasquet. L'enterrement a été fait en présence de messieurs Germain Berthoumet, sieur de La Vue, habitant Orgedeuil en Angoumois, et de Jean de Plas de Fontaubière, habitant de Cherves, ses neveux, soussignés, et de plusieurs autres parents et amis. »

(Suivent les signatures.)

Les du Rousseau de Lézignac étaient de même souche que les du Rousseau de Ferrière, de Fayolle, de Coutgens, de Magnac, etc.

Source : Les victimes de la terreur du département de la Charente, de Stéphane-Claude Gigon.

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Des suspects pendant la Révolution française

La famille Besse Desmoulières était « suspecte » . Le chef de famille était alors Gérôme. Son frère Jean-Baptiste, qui était prêtre, parlait de prendre le chemin de l'exil. Au début de 1792, de mauvaises langues ont dû jaser. Un des fils de Gérôme, Pierre Besse, est absent depuis longtemps. Où est-il ? N'aurait-il pas rejoint l'armée des Emigrés ? Pour calmer les soupçons malveillants, le « sieur Desmoulières père » demande à la municipalité de Milhac de se faire délivrer par la municipalité de Dôle, dans le Jura, où se trouve son fils, un certificat de résidence. « L'attestation certifiant que le sieur Pierre Besse Desmoulières, cavalier au 7e Régiment précédemment Royal-Etranger, en garnison » à Dôle, se trouve bien « dans cette ville où il réside en cette qualité », est datée du 3 février 1792.

Jeanne Pourtent, du Chastenet, avait un frère, Jean, qui était chanoine et résidait à Arras. Sans doute aussi pour se défendre contre des calomnies, Jeanne demanda « verbalement » un certificat prouvant que le chanoine était toujours en France. Le 6 octobre 1792, la municipalité d'Arras signait pour celle de Milhac un papier « attestant que Jean Pourtent, ci-devant chanoine, a résidé à Arras » depuis le 29 avril 1791 jusqu'à ce jour.

En 1793 vivait à Croze la veuve Faurichon. Elle était née Marie Guichard de Verzinas. En 1769, elle avait épousé Elie-Noël-Jean Faurichon, écuyer, seigneur de Labardonnie, qui demeurait à Croze.

En 1793, elle pouvait donc avoir quelque 45 ans.

Son fils aîné, prénommé Elie comme son père, selon une coutume fréquente, pouvait, lui, être âgé d'environ 23 ans.

La veuve résidait à Croze avec «ses filles ». Mais son fils Elie avait émigré.

Les Faurichon de Croze étaient donc « suspects » .

A la fin de 1792, un « officier municipal » avait été envoyé tout exprès à Croze pour rappeler à « ladite Guichard et à Georges Puyrenier son homme d'affaires » que « les biens des émigrés étaient mis sous la sauvegarde de la Nation » et qu'ils ne devaient pas « être dilapidés ». La veuve avait fait au messager « des réponses irrévérentielles » et lui avait dit que le Conseil se mêlait de ce qui ne le regardait pas. Sur quoi elle avait donné l'ordre de « couper des arbres sur les limites du pré de réserve attenant la maison appartenant à son fils, émigré français ». Le 18 janvier 1793, la municipalité votait un blâme à « Marie Guichard veuve La Bardonnie », et en donnait connaissance au District « à telles fins que de droit ».

Au printemps de 1793, un « bruit commun » avait couru jusqu'à Nontron accusant les deux « dames » des Moulières et de Croze d'avoir tenu des « propos peu républicains ». Le District en prit prétexte pour ordonner une visite domiciliaire aux deux « maisons suspectes » des Besse et des Faurichon. La visite eut lieu le 29 mars 1793 après midi. Elle était dirigée par le commissaire Ladorie, envoyé par le District, auquel faisaient escorte le maire, le procureur de la commune, deux officiers municipaux, deux notables et quatre gardes nationaux.

Bien que Gérôme Besse Desmoulières fût alors « commandant de la Garde nationale », on commença par sa maison « environ les 2 heures de relevée ». Aussi bien était-ce à sa femme qu'on en avait. Les enquêteurs sont reçus par la fille de Besse. Elle leur dit que sa mère est absente, qu'elle est partie à Bonnefond. Elle va appeler son père. Quand Besse est là, on lui demande de donner « les clefs du cabinet de son épouse » et « les journaux ou lettres et papiers qui, dans les circonstances (présentes) , peuvent être suspects ». Besse répond que sa femme a sur elle « les clefs des deux cabinets ». Il les montre et on y appose des scellés. Puis il ouvre « un tiroir » où sont « des lettres et des papiers ». On les examine : « Rien n'est trouvé suspect ». Puis la fille Besse doit ouvrir un « cabinet » lui appartenant. On y trouve « parmi des papiers deux lettres qui ont paru suspectes » et que confisquent les commissaires.

Après la visite des papiers, on s'occupe des armes. On inventorie : 3 fusils simples, 1 fusil à 2 coups, 2 pistolets « de fouraud », l'épée, 1 couteau de chasse et 2 pique. Toutes ces armes seront « transférées de suite en la maison commune ».

On se rendit ensuite aux écuries. Les deux juments qui s'y trouvent sont mises « en réquisition permanente ».

Avant de se retirer, les commissaires déclarent « au citoyen Desmoulières » que sa femme est mise « en état d'arrestation ». Desmoulières « promet » qu'elle se rendra demain à la maison commune où elle restera détenue jusqu'à la décision du District.

Les enquêteurs se rendirent alors aussitôt à Croze « en la maison de la citoyenne Guichard » . Elle ouvre « tous ses cabinets » et « produit tous ses papiers ». Rien de suspect.

Quant aux armes, elle donne ce qu'elle a : 2 pistolets « à foureaud », 1 épée fort rouillée, 1 mauvais fusil simple et 1 autre à 2 coups. Mais ce dernier ne lui appartient pas. Il est à Puyrenier, son homme d'affaires. Par contre, elle en possède un « assez en bon état », qui est actuellement «chez !e citoyen Laurandie ». Les armes de Croze sont emmenées. Le fusil de Laurandie sera apporté demain à Milhac.

Ladite Guichard » est, elle aussi, mise « en état d'arrestation ». Qu'elle se rende demain en la maison commune où elle aura à se justifier des « paroles pour lesquelles elle a été dénoncée ». Elle accepte et promet.

Le lendemain 30 mars, les deux dames sont à Milhac. Elles demandent que le commissaire du District vienne enquêter sur leur culpabilité et lever les scellés sur les deux cabinets des Moulières. Aussitôt le Conseil envoie un « exprès » à Nontron pour demander à Ladorie de revenir dès le lendemain. Le conseil général de la commune se trouvera de nouveau réuni, et lui, Ladorie, aura à procéder à un complément d'enquête.

Le commissaire du District vient seulement le 1er avril. Aux Moulières, dans les deux cabinets de la dame Besse, il ne trouve rien de suspect, sinon une « Représentation du Clergé de France faite à Louis XVI » et une « lettre dont le citoyen Ladorie s'est emparé ».

Après avoir examiné les accusations portées contre les deux dames au sujet des propos subversifs qu'elles auraient tenus, et après avoir pris « l'avis du Conseil » municipal, Ladorie rend son verdict. Les deux dames ne sont pas coupables, qu'elles soient remises en liberté. Il leur donne cependant le conseil d'être à l'avenir «plus circonspectes envers leurs concitoyens». Les dames « promettent d'être exactement réservées, et de ne nourrir dorénavant que de pures intentions au bien public, et de se comporter en vraies républicaines ». Elles sont simplement condamnées « à payer les frais dus aux gardes nationaux ». Ce « dont le citoyen des Moulières commandant a répondu ».

Source : Milhac-de-Nontron, de Marc Chassaing.

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22 décembre 2019

Le château de Touvre

Pendant plusieurs siècles encore, ce château restait l'état de masure, protégé par son titre de propriété du roi; mais au commencement du XVIIIe siècle, sur la fin du règne du grand Louis, le gouvernement, aux abois, chercha à se procurer de l'argent en aliénant, comme il l'avait fait souvent, une partie du domaine public. Le roi vendit ou plutôt engagea, d'après Vigier de la Pile, moyennant 12,500 livres, ce terrain où il ne restait que de mauvaises masures, et quelques domaines adjacents, ainsi que tous les droits seigneuriaux, les rentes, la justice haute, basse et moyenne, la pôche sur la rivière, au sieur Guillaume Deval, président de l'Election d'Angoumois, qui dès lors possédait le domaine de la Lesche, tout près situé. En effet, à partir de cet instant, les Deval prirent le titre de seigneurs de Touvre jusqu'à la Révolution et adoptèrent même un blason. Mais ils ne gardèrent pas longtemps l'ensemble du château, car à la date du 26 avril 1738 Jean Deval, seigneur de Touvre, avocat en la cour de Parlement de Paris, fils du précédent, donnait en baillette, à la charge de trois livres de rente, à Antoine Bataille, un mas appelé les masures du petit-château, séparé par les fossés des masures de l'ancien château. Par acte du 8 octobre 1736, il avait déjà cédé, pour pareille rente, à Marie Catafort, veuve Demay, un terrain proche les fossés de l'ancien château, avec droit de pacage sur cet emplacement; il lui donnait également la permission de prendre du moellon et du sable dans l'enceinte du vieux château, pour construire deux chambres sur le terrain vendu, ce qui semble prouver qu'il existait encore des débris assez considérables.

En 1764, le sieur Caminade du Chateney, avocat du roi au siège de Cognac, était substitué au sieur Deval comme engagiste de la seigneurie de Touvre, et en 1779 il s'y trouvait encore. Mais alors lecomte d'Artois, apanagiste de la duché d'Angouléme, voulut rembourser les engagistes et rentrer dans les domaines qui avaient été cédés en 1703. On sait, en effet, que le droit féodal n'admettait aucuns biens personnels aux rois; tout ce qu'ils avaient appartenait à la France, et lors de leur avènement au trône, les biens de toute sorte qu'ils avaient pu acquérir auparavant étaient réunis au domaine de l'État. Le roi ne pouvait donc vendre; dans les moments de détresse, il engageait ses domaines, mais la clause de résolution ou de retrait y était toujours insérée ou sous-entendue ; aussi ces cessions étaient faites aux engagistes, on peut le dire, à vil prix. Ainsi, la seigneurie de Touvre, qui avait été engagée pour 12,500 livres, comprenait, outre les droits féodaux, de justice, de chasse dans la Braconne et Bois-Blanc, de pêche sur la rivière, 147 boisseaux trois quarts de froment, 17 boisseaux avoine, 18 chapons, 6 gélines et 107 liv. 2 s. 4 d. en argent, au devoir envers le roi de l'hommage d'une perdrix rouge à chaque muance ou mutation de vassal. En 1779, le sieur Caminade dut donc produire ses comptes pour être remboursé, et le château, ou du moins son emplacement, déjà en culture, rentra dans le domaine royal, d'où il était sorti depuis soixante-seize ans. Mais au moment de la Révolution, ces biens furent saisis sur la tête de Charles-Philippe Capet, émigré, et vendus de nouveau.

Source : Le château de Touvre, de Stéphane-Claude Gigon.

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Le logis des Dumas à Chazelles

Si on la rencontre assez fréquemment en Périgord voisin, il faut bien convenir que l'appellation « manoir » est peu usitée dans notre pays charentais. S'agissant du logis qui tire son nom de la longue lignée de ses possesseurs - les Dumas en deux mots - nous l'avons maintes fois rencontrée. Aussi l'utilisons nous à dessein, comme l'une des exceptions qui confirment la règle angoumoisine. Cette ancienne maison discrètement installée derrière l'actuelle Mairie (1908) de Chazelles fut le fief noble des Du Mas relevant d'une part de la Cure « au devoir de 5 sols, à muance de seigneur et de vassal et de 22 sols 6 deniers de rente annuelle » et d'autre part du château de Marthon « à hommage lige et 10 sols, à muance de seigneur et de vassal ». À la fin du XVe siècle, on trouve comme premier propriétaire Penot Dumas, marchand, marié à Marguerite Devigne, veuve en 1483, selon Adolphe Mondon qui nous dit que ces possesseurs n'étaient pas nobles. Par contre au début du XVIe siècle, selon un document daté du 26 mai 1512, déposé aux Archives Départementales - dont l'érudit ecclésiastique semble ne pas avoir eu connaissance car il ne l'évoque pas - hommage est rendu par « Jehan du Mas », fils de feu Pierre du Mas (il pourrait s'agir de Pierrot pour Penot ou Perrot) et de « Marguerite des Vignes », « pour ce qu'il tient en paroisse de chaselles en la châtellenie de Marthon à Jean de la Vassoignes, écuyer, sieur de la Forest ». Est-il le bâtisseur de la partie ancienne du logis ? En tout cas beaucoup d'indices architecturaux - petites ouvertures à chanfreins du grenier, grandes croisées dont les meneaux ont été supprimés, mais dont les traces sont toujours visibles, embrasures obliques pour le guet - nous font pencher pour une construction au XVIe siècle, plutôt qu'au XVIIe siècle comme l'affirment quelques historiens. L'abbé Mondon avance même la date de 1628, dont nous n'avons trouvé trace nulle part, pour l'édification de « cette sorte de manoir ». À la fin du XVIIe siècle, Marguerite du Mas se marie à Jean Rossignol, sieur de la Tour, de la ville de La Rochefoucauld. Leur fils, Jean Rossignol, vend maison et terres, en 1710, à Louis Penot procureur fiscal habitant à Touvre. On trouvera tout au long du XVIIIe siècle, la famille Penot propriétaire du lieu. L'arpentement nous donne une description, consignée le 2 Juin 1746, par Tourette de Flamenac, sommaire mais précieuse : « Maison composée d'une cuisine, un vestibulle, un sellier, une tour, une chambre haute, un cabinet, deux greniers, écurie, un coulombier, étable, grange, cour, jardin, le sinfoin tenant d'un costé au chemin de Pranzac à Marton à senextre, des autres parts aux Domaines apartenant à Gerosme Penot, Sieur des Dumas, contenant deux journaux trente sept carreaux ». Le registre d'arpentage, décidément riche en informations, nous fait connaître que le Moulin du Got (got signifiant gué) appartient « au sieur Gerosme Penot des Dumas », qu'il est « composé d'une roue noire ». Une inscription à la plume, semble-t-il postérieure, nous fait connaître que le moulin fut acquis par le sieur Callée. Pour être exhaustif, signalons un ensemble de prés, situés au « trou des Dumas » ! Les Penot possèdent toujours le logis à la Révolution et nous n'avons pas trouvé de trace de sa vente comme bien national à tel ou tel citoyen « initié ». C'est au XIXe siècle qu'il acquiert une nouvelle affectation, celle d'Hôtel ou de Relais de Poste. Les écuries, construites pour accueillir une centaine de chevaux selon la tradition orale, figurent déjà sur le plan cadastral établi vers et constituent un long bâtiment perpendiculaire au corps de logis. Elles existent encore aujourd'hui. De la poste, impériale peut-être, puisqu'elle connut un essor important sous Napoléon, il reste encore un porte-enseigne fiché sur l'arête nord-ouest. Le petit pigeonnier à section carré, couvert de tuiles plates, qui ne figure pas sur ce plan, est donc d'édification postérieure et du XIXe siècle. Le puzzle historique en grande partie reconstitué, il nous reste à dire qu'a été conservé le portail d'entrée monumental festonné de créneaux, à l'image de celui du château de Vouzan, nous dit Charles Daras. Est toujours visible la tourelle coiffée en poivrière avec de l'ardoise, surmontée d'une girouette représentant un cheval. Elle abrite un magnifique escalier tournant, en vis, aux épaisses marches de chêne que l'on pouvait aisément se procureur dans la forêt de Braconne voisine. Sont installées symétriquement, de part et d'autre de la tour-escalier, les fenêtres aux meneaux supprimés déjà évoquées. Sous cette partie ancienne existe toujours la cave voûtée enterrée, avec soupirail donnant sur pierre et une bien curieuse cheminée en noyer de style Restauration, pour clore l'évocation d'une demeure au charme désuet.

CynHLsdKw Illustration : Les Dumas, dans le bourg de Chazelles.

(Châteaux logis et demeures anciennes de la Charente, 2005)

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Liste des émigrés du district de Nontron

Liste des noms, surnoms et ci-devant état ou grade des émigrés du district de Nontron, département de la Dordogne.

Saunier-Dupleissac les six frères, un ci-devant garde-du-corps, un autre ci-devant officier d'infanterie.
Moreau-Monjulien, ci-devant gendarme.
Hienier-Beaupoil-St-Aulaire, ci-devant noble.
Claude Royère, idem.
Jean Sauvo-Puifort, idem.
Lamberterie, ci-devant garde-du-corps.
Les deux Escravayat-Labarrière, l'aîné ci-devant gendarme, l'autre ci-devant officier d'infanterie.
Alexandre Chareyroux, ci-devant noble.
Marenda-Ducousset, idem.
Lacroix-Durepaire, idem.
Gratereau-Desgroges, idem.
Pierre Basset-Desrivailles, ci-devant cordelier.
Lassalle-Duvignau, ci-devant gendarme de la garde.
Antoine Faurichon.
D'Escars, ci-devant cordon-bleu, maître d'hôtel du ci-devant roi.
Beaumont, ci-devant noble.
Pierre Champagnac, ci-devant officier d'infanterie.
Aubin Boulouneix, ci-devant noble.
Jean Roinial-Desmoneix, ancien page.
Brie-Delagera, ci-devant noble.
Roux-Romain, ci-devant garde-du-corps.
Manadeau.
François et Alexis Conan, tous deux ci-devant officiers d'infanterie.
Déjean-Jovelle, ci-devant noble.
Saunier-Mondevy, idem.
Les deux Texier frères, idem.
Joseph Astellet, idem.
Camain-St-Sulpice fils, idem.
Les deux Lafaye plus jeunes, ci-devant officiers d'infanterie.
Dussieux, ci-devant noble.
Monbadur-Desport.
ViIIars-Pontignac aîné, ci-devant officier de cavalerie.
Montardi-Lapalurie père et fils, ci-devant gardes-du-corps.
Pierre Lamberterie, ancien officier d'infanterie.
Les deux Fayard fils, ci-devant noble.
St-Paul, idem.
Lagarde fils, idem.
Moreau-Moncheuil fils aîné, idem.
Pindray-Dambelle, idem.
Jean Beliard-Baupré, volontaire du 2e bataillon de la Haute-Charente.
Javerlhac, sa qualité et état inconnus.
Teyssonnière, idem.
Trion-Legurac, idem.
Dordière, idem.
Villars-Pontignac cadet, ci-devant garde-du-corps.

(Le Chroniqueur du Périgord et du Limousin, 1856)

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Les mœurs nontronnaises

Les La Roussie de La Pouyade. — Étude de mœurs nontronnaises.
Auteur : Aymar de Saint-Saud

Grâce à notre collègue, mon cousin, le marquis de La Garde Saint-Angel, dont j'ai pu consulter à loisir les importantes archives de son château de La Pouyade, d'autant plus intéressantes qu'à l'encontre de la plupart des chartriers existants elles contiennent des lettres de famille et quelques documents presqu'intimes, j'ai pu faire l'historique d'une famille de Nontron, historique qu'on pourrait aussi bien intituler Grandeur et Décadence. On verra dans les pages suivantes où pouvaient bien conduire l'amour-propre de certains enrichis, leur manie de procès d'une part et, d'autre part, l'inimitié de nobles d'extraction jaloux des nouveaux anoblis.

I. — Les La Roussie de Nontron, XVIe siècle.

I. — Pierre de La Roussie, dit Le Vieux (1496-1537). — Dans une des rues hautes de Nontron, au fond d'une maison, dont une large baie en plein cintre s'ouvrait sur la chaussée étroite aux acheteurs au détail que servaient des commis, se tenait un homme qui, au commerce de la boutique, joignait celui du gros et celui plus lucratif des monnaies d'or et d'argent, qu'il pesait avec soin sur son trébuchet, gagnant — ou même perdant, mais ce plus rarement — au change, tout comme les agioteurs véreux actuels de l'Europe centrale. Pierre de La Roussie — c'était son nom — maniait les écus sonores et savait fort bien les faire sortir de sa bourse pour entrer dans celle de ceux, artisans ou gentilshommes, que la Renaissance naissante amenait à commercer ou à emprunter pour compléter des achats d'offices lucratifs ou honorables, de terres roturières ou nobles, ou simplement pour faire figure aux, armées soit par eux seuls soit par les troupes qu'ils tenaient à honneur de lever et d'entretenir. Si des prêtres eux-mêmes sont couchés sur ses registres, c'est que la chasse aux bénéfices ecclésiastiques commença dès le concordat signé entre Léon X et François Ier.

Pierre était majeur dès 1496. Il est cité dans une reconnaissance en faveur du seigneur de Puycheny, au 15 février, concernant le village de Masfourens, dont les rentes furent vendues, en 1583, à Bertrand de Fayard, seigneur des Combes, par P. de La Roussie (1). Il mourut peu avant juin 1537.

Dans plusieurs pièces de cette époque sont nommés Jean de La Roussie, dit Le Jeune, notaire à Nontron, une Anne de La Roussie, mariée à Jean Drouin. Je les crois frère et sœur de Pierre Le Vieux. Du reste, à cette époque-là, une autre branche des La Roussie faisait fortune par les forges — on sait leur importance dans le Nontronnais — et se faisait anoblir en 1639 en la personne de Méric de La Roussie, dont les fils n'en durent pas moins payer 1747 livres pour confirmation de noblesse, lors de la Recherche de la Noblesse de 1666-1671 (2).

Un de leurs descendants Pierre, du château de Bonrecueil, fut conseiller en l'Election de Périgueux ; quand, en 1716, il épousa Marie de Maillard, il se qualifiait de seigneur justicier des paroisses de Ladosse, Beaussac et Saint-Sulpice-de-Mareuil. Le fer se changeait alors en or. Que n'en est-il de même de nos jours, où les jetons dorés prennent rapidement une teinte ferreuse ?

Si nous ignorons le nom de la femme de Pierre de La Roussie, nous connaissons celui de ses enfants : Etienne, qui « tenoit bouticque » à Nontron et fut héritier universel de son frère Jean, marchand à Nontron. Celui-ci testa le 15 décembre 1553, demandant que cent prêtres assistent à ses obsèques, nommant sa femme, Anne Rasson, léguant à sa sœur Marguerite, veuve de Pierre Pailhet, la propriété (sic) qu'il avait acquise à la Bussière, paroisse d'Agonac. Il fait des legs à ses neveux Arbouneau. En effet ses sœurs, Anne et Agnès, épousèrent deux frères, Jean et Jacques Arbouneau. Le contrat de Jacques fut signé le 18 juin 1536, en présence de « honorable mestre Pierre de La Roussie... le Vieulx », père d'Agnès.

II. — Etienne de La Roussie (1510 ?-1578 ?) — S'il nous avait été possible de consulter les anciennes minutes des notaires de Nontron, que de renseignements nous y aurions trouvés, complétant d'autant plus les nôtres que, même au XVIIe siècle, les La Roussie d'alors, quoiqu'ayant fermé boutique, résidaient fréquemment dans cette ville et y passaient tous leurs actes ! Ainsi sur Etienne nous ne connaissons que peu de chose. La date approximative de sa naissance est connue et nous savons seulement qu'il dut mourir vers 1578, parce que, le 28 mai de cette année-là, ses enfants adressaient une supplique au sénéchal du Périgord pour procéder au partage des biens paternels.

J'ai parcouru quelques-uns de leurs livres de comptes et, pour prouver que lui comme son père, sans cesser de tenir boutique, faisait la banque, je relève, rien que pour avril 1554 par exemple, que 60 obligations lui sont consenties par sousseings notariés.

Etienne chercha à faire un mariage avantageux et il y réussit assez bien. Par articles du 13 juin 1541, passés au château de Montcheuil paroisse de Saint-Martial-de-Valette, portant règlement et partage de famille, « maistre Estienne de La Roussye, fils de mestre Pierre... marchant » épousa Françoise de Puyzilhon, à qui il était fiancé depuis un an et demi, fille de feu « honnorable maistre Helies de Puyzhillon », juge de Nontron, seigneur de Villejalet, sœur de « honneste homme Iacques de Puyzilhon, marchant de Nontron, tuteur de Estienne, Jehan et François de Puyzilhon ».

Jean de Puyzilhon susdit, d'abord prieur de Nontron, devint prévôt et doyen des chanoines des églises cathédrales (sic) de Limoges et de Saint-Martial. On parlera de lui plus loin. Est-ce par cette alliance que l'esprit des La Roussie devint processif ? C'est possible. La mère de Françoise était une Audier de Montcheuil, prénommée aussi Françoise, d'une famille de riches maîtres de forges, si je ne fais erreur. Or, voilà que quelques années après ce mariage, en 1559, Martial Audier, seigneur de Montcheuil, s'empare du village et du moulin noble de Villejalet, en Nontronneau, bien que vendus pour 750 livres à feu Hélie de Puyzilhon, juge de Nontron, par feu Pierre Audier, prieur de Nontron, et par Jean et Martial Audier, seigneurs de Montcheuil, frères, et par Jean Rey, curateur de Marie et de Marguerite Audier. Est-ce cette affaire, là qui se termina par la mort de M. de Montcheuil, 12 jours après avoir été attaqué et blessé par un nommé Deschamps ?

Etienne de La Roussie n'eut à ma connaissance comme enfants que : Jean, dont il sera parlé plus loin ; Guillaume, vivant encore en 1559 ; Etienne, mort sans hoirs après son père ; Marguerite, mariée par contrat du 28 octobre 1568 à Jean de Labrousse, fils de Dauphin, alliance qui détermina de sanglantes contestations ; et autre Jean, peut-être aîné. Celui-ci naquit en 1533. Qualifié de « Me Jehan de Laroussie, me ez harts » il reçut, par bulle du Saint-Siège, en janvier 1597, sa nomination de prieur commendataire de l'abbaye de Saint-Sauveur de Nontron, à la suite de la résignation de Justin de Barghac (3). Il en prit possession en mars suivant. Nul doute que ce ne soit lui qui détermina la vocation ecclésiastique de son neveu.

J'inscris, mais aussi avec doute un autre Jean (serait-ce ce Jean, le cadet ?) marié avant 1581, avec Jeanne du Barry, née vers 1558 (4). Il sera parlé d'elle plus loin.

III. — Jean de La Roussie (1560 ?-1606 ?). — Tout marchand à Nontron qu'il soit, il n'en possède pas moins des fiefs nobles, moyen assez sûr de conserver la fortune léguée par ses aïeux du XVIe siècle, de nouvelles mœurs ont pris racine et ont créé « une atmosphère d'appétits sans frein. Elles étaient nées de la guerre, engendrées par l'oisiveté, des camps, la vie facile chez l'habitant, l'habitude des aventures. Celui qui, de près ou de loin était mêlé au trafic, en avait subi l'influence (5) ».

Jean de La Roussie est qualifié de seigneur du Breuilh, repaire noble dans Saint-Martial-de-Valette ; des Verrières, maison noble dans la ville de Nontron, sise sur la grande rue du cimetière ; du repaire des Courrières, qu'il échangera, en 1587, avec M. de Saint-Mathieu « qui m'a laissé, dit-il dans son livre de raison, en retour la rante qu'il avait sur Lapouyade. Il s'en est réservé la iustice et l'hommaige ». Ceci indique bien que, dès 1587, Jean avait acquis la terre de La Pouyade, dans Saint-Angel.

Nommons de suite sa femme, Marguerite Drouin, fille de Jean Drouin ou Drouyn, négociant en fer, sinon maître de forges, en relation avec les Bertin, les Bascharetie, les du Theil, seigueurs de Pommiers, tous maîtres ferrons, comme on dirait en Normandie. Disons aussi, avant de parler des procès de ce ménage, car ils n'avaient pas un caractère facile — les biens hérités ou acquis furent l'objet de terribles compétitions — que, veuve dès 1607, Marguerite vivait encore en 1630.

En 1599, Jean de La Roussie était en procès avec Jean de Seguin, seigneur de Saint-Front-de-Champniers, décédé peu avant septembre 1630, laissant comme héritier Nicolas de Châteauneuf, seigneur du Breuilh et dudit Saint-Front. Celui-ci dut céder à Bertrand de La Roussie, fils de Jean, coseigneur déjà de la tenance de la Brousse, dans Saint-Angel, l'autre partie de cette tenance que Jean de Seguin tenait de feu Hélie de Labrousse, sieur des Chapoulies. J'insiste sur ce point parce qu'il est possible que le nom patronymique des Labrousse, marquis de Verteillac, vienne de cette terre. Il ressort en effet, de plusieurs actes des archives de La Pouyade, que ceux-ci descendent de la famille nontronnaise, alliée aux La Roussie et avec laquelle ils eurent plusieurs difficultés.

Le seigneur de la Pouyade fut accusé d'assassinat (à ces époques-là ce mot ne signifiait pas toujours homicide), conjointement avec Jean Faure, seigneur de la Roche-Pontissac (6), par une certaine Jeanne Pouyade, veuve de Mathias Bouthet, laquelle récusa nombre de parlementaires bordelais comme proches parents des Faure. En 1603, il eut ses biens et fruits saisis par Thibaud de Camain, conseiller au Parlement de Bordeaux, et par son frère, Pierre, ce fut le début de la haine mortelle qui dura près d'un siècle. D'autre part, Alain Faure (7) obtint contre lui ni plus ni moins qu'une condamnation à mort, par défaut ou contumace il est vrai.

Une fois Jean de La Roussie mort (vers 1606), sa veuve continue les procès. Elle envoie à Bordeaux son neveu de Labrousse, fils de sa belle-sœur, Françoise de La Roussie, soutenir une cause contre MM. de Marquessac et Faurichon. Mais elle néglige, semble-t-il, de garnir son escarcelle. En lui accusant réception de 12 livres, réduites à « onze livres moins un sou six deniers » parce qu'on lui a fait perdre sur « une grande pistole de Gênes 18 sous » qui ne fut prise que pour six livres et un tesson de Gênes, le jeune Labrousse écrit qu'il en coûtera 4 écus pour le 1er acte, un écu pour l'avocat, un écu pour le greffier criminel, un demi écu pour faire chercher le procès, et « pour faire porter chez messieurs les gens du roy c'est deux cents esculz », puis pour plaider à l'audience, 4 écus.

Plus tard, Marguerite Drouin plaide contre François de Veyrières, seigneur, de Fontpatour et de la Renaudie par sa mère, Marie du Barry (8), et Jean de Saint-Aulaire, seigneur de Quinsac, époux de Jeanne du Barry. Dans cette affaire, est relaté que « un contract faict entre le sieur de Sainct-Aulaire à Jehanne du Barry, espouze de Jehan de La Roussye fust faict le 2 may 1581 ».

Le chanoine de Puzilhon, oncle de Jean de La Roussie, ayant été habiter chez Marguerite Rougier, veuve d'Etienne de Labrousse, conseiller au présidial de Limoges, celle-ci le circonvint et mit le grappin sur une partie des biens des La Roussie. Marguerite Drouin, devenue veuve, ne voulut pas que ses enfants fussent frustrés de toute ou partie des biens de leur grand oncle, le chanoine. Alors, trouvant sans doute trop lentes les formalités procédurières pour leur rendre ces terres, résolut-elle de se faire justice elle-même, ainsi que l'apprend une requête au Parlement de 1609, de Philippe de Labrousse, seigneur de Teyssonnière. Il raconte qu'au moment où il allait vendanger la vigne de la Costaire, près de Milhac, arrivent en furie Marguerite Drouin et deux de ses filles, accompagnées de sept ou huit soldats « armés d'espées et de poignards » qui le forcent de déguerpir sous menace de mort, bien que ce tènement lui appartienne comme dernier enchérisseur des biens du feu chanoine. Ah ! elles n'y allaient pas de main morte, ces dames !

La susdite dame de La Pouyade devait posséder des forges, d'où procès d'un autre genre, d'après une lettre qu'elle écrivait à l'un de ses fils, Bertrand probablement, alors à Paris :

« (Votre lettre) m'a balhée beaucoup de joye et a toute nostre companye du bon arrest qu'avez obtenu, dont nous en louhons Dieu. A Perigueux il a esté ordonné qu'ung commissaire de la Cour prevottable se transporteroyt sur les lieux pour la vizitte des fourneaux. » En mère pratique, elle ajoute : « Je vous prie de n'oublier les chappeaux de vos frères, que vous promettez que si travaillent fort à l'étude. »

Quels étaient donc les enfants de la dite dame ? Nous parlerons d'abord des cadets car Bertrand l'aîné et ses enfants feront le sujet d'un chapitre spécial.

D'abord deux Jean, dont l'un fut avocat et un Etienne morts sans alliance. Dans son livre de raison leur père s'étend longuement sur leur naissance et leur baptème. Un Etienne-Jean, sieur du Breuil, officier, décédé avant 1636, puis Françoise, morte de la peste avec son mari, Hélie Rousseau, et un de ses enfants, à la Pouyade, où leur mère s'était réfugiée, fuyant Nontron, où sévissait l'épidémie. Marguerite, unie le 20 février à Hélie du Faure, sieur de la Loubière. Anne, dont le contrat de mariage avec le notaire, Joseph Fonreau, fut signé à Nontron en 1610. Elle n'eut en dot que 2000 livres, deux robes en serge de Florence et en camelot de soie, un cotillon de soie et un d'écarlate. Marie alliée en 1614 à Hélie Eyriaud, fils de Dauphin, marchand. Ils eurent une fille recueillie par sa grand'mère après la mort de sa mère ; elle fut enlevée à 16 ans. Ces rapts étaient bien dans les mœurs de cette époque. Autre Marguerite, religieuse à Boubon, avec promesse de 500 livres de dot ou 46 livres de pension annuelle (le salaire d'une semaine pour bien des servantes de nos jours).

Sa vocation était-elle bien sérieuse ? On peut en douter : d'après ses vers, dont voici un échantillon :

Nous estions en l'automne et ia l'oiseau cresté
Qui annonce le iour deux foys avoit chanté,
Les trois pars de la nuit estoient desia passées
Quand, lasse de travaille d'amoureuses pensées,
Je reçus le sommeil qui, coulant gratieux,
Fit cesser les ennuis de mon cœur soucieux.

Sur ce Jean, assez de choses à dire. Il est bon de connaitre. les mœurs et coutumes ecclésiastiques de cette époque, à peine remise des secousses de la Réforme, Jean, qualifié de sieur de Bénechet et appelé aussi de Puyzilhon, à cause de son parrain le « provost de Verneuil », doyen du Chapitre de Limoges, « nasquit le jour de la Magdeleine 1594, sa marryne madamoiselle de Montcheuil. » Il entra dans les Ordres et son désir d'être prieur à côté de chez lui, lui causa un long procès que nous allons détailler pour faire comprendre combien les bénéfices ecclésiastiques étaient recherchés.

La cure de Saint-Angel et son annexe de Quinsac étaient un prieuré commendataire de l'Ordre de Saint-Benoit, dépendant de l'abbaye de Saint-Pierre d'Uzerche (9). Quand Pierre de Chabans, titulaire du prieuré à la fin du XVIe siècle, décéda, son neveu et héritier, Louis de Chabans, seigneur de Lavignac, s'empara des droits utiles du prieuré qu'il aliéna même plus tard à Guy d'Aydie, seigneur des Bernardière, lequel afferma les dîmes à des gens de Saint-Angel et à Hélie Pourtenc, notaire. Comme il fallait qu'un prêtre fut titulaire (spirituel) du prieuré, L. de Chabans en fit pourvoir, le 8 juin 1601, Pierre Boueyron, alias Boeyron, par Mgr Martin, évêque de Périgueux (10).

Jean de la Roussie, dont la famille habitait à un quart de lieue de l'église Saint-Angel, se fit pourvoir par le Saint-Siège et confirmer par l'évêque de Périgueux le 18 juin 1616, du prieuré en question. N'avait-il pas en effet appris sur Boueyron nommé « par confidance et simonnie » les choses les plus graves, qui semblent confirmées dans une comparution du dit « confidancier du sieur de la vignac » devant son évêque, où « interrogé en plusieurs articles de la charge d'un curé il n'auroit sceu en façon quelconque repondre ni mesmement lire » (!) Si vraiment il n'y a pas d'exagération cela dépasse les bornes. Naturellement, ni le dit Boueyron, qui demeurait à Lisle (11), ni MM. de Chabans et d'Aydie ne voulurent accepter la suppression d'une possession qu'ils prétendaient légitime ; et procès de s'ensuivre.

Ces messieurs, semble-t-il, ne devaient point avoir raison ; les enquêtes démontrèrent que Boueyron non seulement était un incapable mais qu'il ne put même pas exhiber ses lettres de tonsure. (Oh ?). Bien plus, il n'aurait jamais pris possesssion officielle de son prieuré et, partant, n'y aurait jamais célébré d'offices. Le vicaire perpétuel de la paroisse, François de Puyhardy, déclara ne l'y avoir jamais vu depuis sa nomination, en 1612 ; des marguillliers ajoutèrent qu'ils ignoraient jusqu'au nom de Boueyron.

Il est vraisemblable que les seigneurs de Lavignac et des Bernardières furent convaincus de la médiocrité de leur cause, en Cassant aux gages ce minus habens de Boueyron. Mais ne voulant pas se tenir pour battus, après avoir fait enlever les dîmes en nature par M. de La Barde (Pourtenc), grand-père de Madame des Bernardières (12), ils firent instituer canoniquement, comme prieur de Saint-Angel, par le Pape, puis confirmer par l'évêque le 1er janvier 1618, l'Abbé de Saint Astier, Jacques-Louis d'Aydie.

Quel désarroi profond régnait alors en matières ecclésiastiques ! Comment ! voi là trois prieurs pourvus camoniquement du même siège et vivant en même temps !...

Sommé, le 18 janvier 1618, par F. de Fayard, curé de Léguilhac, d'agréer comme prieur le nouveau titulaire, le vicaire perpétuel installa l'abbé d'Aydie (13). Colère de l'abbé de la Roussie, ne pouvant accepter qu'on se jouât ainsi de lui. Aussi, en mai suivant, en exécution de sentences ou d'arrêts en sa faveur, fit-il procéder à un supplément d'enquêtes par André Favard, juge de la prévôté de Thiviers. Jean dut obtenir gain de cause, car, à partir de cette date, il semble en possession paisible de son prieuré, tout jeune qu'il fut — il n'avait pas 25 ans et avait été pouryu à 23 ans.

Il est vrai que le vicaire perpétuel (vulgo curé) de Saint-Angel révéla le très grave fait suivant. Un certain dimanche, l'abbé de La Roussie s'était fait installer en présence de trois prêtres, dont un religieux augustin de Limoges, délégué de son oncle et parrain, le chanoine Puyzilhon. Après la célébration officielle de la messe dans la petite église de Saint-Angel, ces messieurs, une fois la cérémonie religieuse terminée s'en allaient tranquillement dîner à la Pouyade, quand surviennent tout à coup des gens armés, qui à pied, qui à cheval, conduits par M. de Lavignac qui, la Semaine précédente, avait commis des dépradations sur cette terre. « Prieur, clament-ils, parais donc si tu n'es pas un lâche ! » Celui-ci prend bravement la fuite d'un côté, le vicaire, craignant « d'estre offencé » d'un autre. L'Augustin s'agenouille dans un fossé, criant « Miséricorde ! »

La semaine suivante, les mêmes hommes armés envahirent l'église, mais n'en trouvèrent pas le prieur qui s'était méfié. Ah ! On aimait alors à se faire justice Soi-même. La main de fer de Richelieu eut mal à mettre borne à ces us fâcheux.

L'abbé de La Roussie a laissé plusieurs livres de raison dont l'un est la continuation de celui de son père. A côté de sentences et de recettes empiriques, il y a des notes de famille. Je ne puis résister à en donner quelques extraits ; c'est entrer dans le détail de nos mœurs provinciales.

En juin 1621 Jean est à Saint-Jean d'Angély, en juillet à Saint-Julien chez « l'apoticaire » (Louis Eyraud). « Le mardy ie dis la messe au maistre autel et je reviens coucher à Boubon (14), non j'avais dit la messe le lundy et viens coucher à Balevau chez ma cousine du Souchet... Je donna l'argent de 4 douzaines de chappeletz, de 3 livres des statuts, de 4 practiques de Bonal à Couturon... J'ay faict couvrir l'église de Quinsac et mettre une croix sur le clocher et ay payé le tont 15 livres. J'ay achepté une cloche pezant unze nus (sic) à six livres à petit poids, qui monte à escutz... à Quinssac. La Nouaille, filz ayné d'Estienne de La Brousse mena sa femme fille de M. de Cougnassac (un Conan) le 15 aoust. » On était donc alors en paix avec ces parents. Ces cortèges de mariées quittant la demeure paternelle pour aller prendre possession de celle maritale sont bien dans les mœurs de cette époque. L'abbé énumère une partie des cavaliers, car ils formaient, selon l'usage, une chevauchée nombreuse. On y voit un Roffignac de Belleville, le président Nesmond de Chézac, des Conan d'Aucor, des Villars de Minzac. « On courust la bague (15) qui fut donnée à Mr. de Grospuy (Brun), qui la gaigna pour la nouvelle espouze. La Barde gaigna l'autre que sa femme donna et regaigna, puis l'autre madame de Grospuy. Et y estoit aussi la fille de la Roderie (16). et les filles des Combes (17)... Je benitz la cloche de Minzac, le premier dimanche de septembre 1622 et suis esté parrin. » « Le 21 d'aoust 1623 Msr le cardinal de Sourdis feut à Saint-Pardoux et M. l'évesque, et firent deffance d'entrer et de sortir. »

L'abbé décida de se faire « bastir une maison joignant l'esglize de Saint-Angel, moyennant 15 livres, une barrique de vin et deux charges de bled. » Même pour l'époque c'était bon marché. Il donne sur les Loménie, famille de sa belle-sœur, de nombreuses notes. « L'an 1626, le 30 janvier... Sont venus en cette ville (Nontron) les religieuses de Sainte Claire... Ce jour de dimanche, le 12 iour du moys de janvier 1620 (sic) (18) une heure avant le jour est venu un tremblement de terre en cette ville de Nontron. » A ces époques là, les prêtres ne disaient pas la messe tous les jours ; ainsi du 26 décembre 1619 au 28 janvier 1620, c'est-à-dire en 33 jours, l'abbé ne célébra que 14 fois.

Parmi les recettes empiriques, qu'on trouve sur les carnets de Jean La Roussie, en voici une assez curieuse : « Pour faire paroistre la mousse aux joues d'un homme à cheval. Il faut prendre du sçavon de poisson et le mestre entre l'arson et la couverture de la selle qu'aura le cheval, pourvu qu'elle ne soit guère épaisse et qu'il fasse fort chaud. La chaleur fera fondre le dit sçavon, qui se glissera le long des habits du cavalier et lui viendra sortir en escume au collet du pourpoint. »

L'abbé de La Roussie devait mourir jeune, à 33 ans, le 27 octobre 1627. A sa mort les difficultés du prieuré de Saint-angel de recommencer, car l'avait-il résigné ou non ? Voici ce que dit, à ce sujet, une consultation d'avocat. « Néanmoingts par alliance, qui estoit entre Bertrand de La Roussie, frère dud. sieur prieur, et Yzabeau de Romanet sa femme, niepce de Jean Loudeys baron de Veyrac (19), beau-père de mestre Jehan de Grandssaigne, lequel avoit un fils nommé Jehan. » Ceux-ci engagèrent le sieur de la Pouyade à faire une fausse résignation du prieuré qu'il fit accepter pour 200 livres par un notaire de Nontron. Les temoins de cet acte faux auraient reçu un habit complet, une charge de blé, une barrique de vin, on aurait falsifié le sceau du prieur. Mais après son décès, feu François du Barry, curé de Milhac, et Jean Guimbelot, prêtre, impétrèrent le prieuré, supposant bien que Jean de La Roussie était décédé sans avoir fait de résignation et que Jean de Grandsaigne n'était qu'un prieur fictif. L'avocat ajoute que dans le mémoire à présenter en Cour de Rome, il ne faudra pas manquer de dire que le prieur de Saint-Angel n'y réside pas car il possède deux autres cures.

Jean de Grandsaigne morrt, son frère Jacques lui succède et prend possession du prieuré. Mais les d'Aydie battus par les La Roussie reparaissent et voilà qu'en 1641 le jeune Charles d’Aydie, seigneur de la Barde et futur commendataire de Boschaud, se prétendant pourvu des biens prioraux de Saint-Angel, en saisit les fruits, à main armée naturellement. Un arrêt du parlement de Bordeaux, du 30 mai 1644, rend non recevable sa poursuite. Alors apparaît François d'Aydie, clerc tonsuré, futur prieur commendataire de la chapelle Saint-Robert (20), au lieu et place du curé de Saint-Paul-Lizonne, Jean Guimbelot, quand, le 10 mars 1645, intervient un nouvel arrêt du Parlement maintenant les Grandsaigne em possession.

Est-ce enfin terminé ? Non ! Le 22 juillet 1651 surgit un certain Jacques Andrieu, qui se prétend à son tour prieur de Saint-Angel. Il exhibe devant Pierre Martin, curé de Milhac, des provisions reçues de Rome et impétrées à la chancellerie épiscopale de Périgueux, quatre jours plus tôt ; il le requiert de le mettre en possession, ce qui fut exécuté et à Saint-Angel et à Quinsac. Grandsaigne l'attaque. Que s'ensuivit-il ? Je l'ignore ; je sais seulement qu'en 1659 l'affaire n'était pas terminée. Elle durait depuis vingt-cinq ans. O tempora ! O mores !

En août 1659, Jacques de Grandsaigne, prêtre, « prieur de Saint-Angel », et son frère François, seigneur de la Borderie et du Teil d'Essenat, demandent au parlement d'obliger Bertrand de La Roussie de leur payer la dîme paroissiale et d'en terminer avec le procès Andrieu. Pour en finir : en 1683, Jean de Grandsaigne se disait prieur commendataire de St-Angel, et en 1686 David Estève prenait possession de ce prieuré, qui venait d'être le sujet de compétitions déplorables.

II. — Elévation de la famille.

La fortune acquise lentement et honorablement par ses aïeux dut tourner un peu la tête de Bertrand de La Roussie, fils aîné de Jean et de Marguerite Drouin. Rien d'étonnant non plus à ce que celle-ci ne lui ait mis en l'esprit des idées de grandeur qui lui furent plutôt nuisibles qu'utiles. Où Bertrand fit-il son éducation ? A Paris peut-être. Quand, pourquoi et comment fut-il anobli ? Je n'ai pu en trouver trace, mais il se qualifiait d'écuyer dès 1633 (son contrat de mariage), puis, alors et dans la suite, de seigneur de la Pouyade, du Breuil, du Cluzeau, de la Brousse, de Teyssonnière, de la Jartre. Lorsqu'il décéda en juillet 1666, l'inventaire de ses biens indique des métairies dans Saint-Angel, dont Tourbanié ; dans Saint-Martial-de-Valette, dont le Bourdeilhou ; des maisons dans Nontron, dont celle dite de Mr le Doyen. Peu après son mariage il se qualifie de chevalier, de conseiller du Roi en ses Conseils (les mots d'Etat et Privé ne figurent pas), de chevalier de l'Ordre de Saint-Michel et de gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi.

De tels honneurs ne vont pas sans dépenses, aussi Bertrand dut-il aliéner de ses biens ; il vendit jusqu'à de son argenterie. On verra plus loin qu'il laissa ses enfants dans une situation assez précaire. Il est regrettable de ne pouvoir connaître ce qu'il fit pendant sa jeunesse. Sa position le tint certainement éloigné du Périgord, et, chose anormale, il se maria non seulement longtemps après la mort de son père, mais à l'âge de 37 ans, car il fut tenu sur les fonts baptismaux le 16 août 1589 par M. de Montcheuil et Anne du Reclus.

C'est le 28 octobre 1626 que ledit seigneur de la Pouyade épousa Isabeau de Romanet, fille de Léonard, avocat, prévôt de la juridiction de Limoges, et de Marie des Cordes. De cette union naquit une fille unique, Marguerite, dont la dot, 1200 livres, quand elle épousa en 1654 un des meilleurs gentilshommes du pays, François du Barry, seigneur de la Beytour, ne semble guère avoir été payée, car leur fils réclamait en 1696 à son oncle, l'abbé de La Roussie, du blé ou de l'argent, disant que « l'on ne peut demeurer sans manger pain ». En 1659 son père du reste s'était uni avec son beau-père, Bertrand, pour assigner en justice les nommés Gassion et Merlanion, qui à la tête de 10 ou 12 hommes « armés de pistollets et mousqueton » s'étaient emparés de bœufs de métairies, sous prétexte de non paiement des droits de francs-fiefs.

Mlle de Romanet vécut peu d'années et Bertrand convola en secondes noces. Cette nouvelle union était faite pour augmenter son amour-propre. S'allier aux Loménie, même au XVIe siècle, était des plus flatteurs. Cela ressort de plusieurs documents que j'ai eus sous les yeux ; le prieur La Roussie ne manquait aucune occasion d'en faire parade. C'est à Faye, paroisse de Flavigny, que, le 9 août 1633, fut signé le contrat de mariage du seigneur de la Pouyade et autres lieux, avec Marie de Loménie, fille de Guillaume et de Simone de Loménie, dont le père, Pierre, était conseiller à Limoges. Un frère de Marie fut évêque de Marseille, conseiller d'Etat et prédicateur du Roi ; il laissa une meilleure réputation que son arrière neveu, le cardinal Loménie de Brienne. Cette famille était alors plus riche en enfants (ils étaient quatorze) qu'en écus.

Bertrand, ayant contracté des dettes, fut dur par force pour ses enfants, qui ne cessaient de crier misère. Il eut aussi procès sur procès ; sa faconde, peu en harmonie avec sa modeste naissance, contribua à le faire malvenir de ses voisins, gentilshommes de meilleur crû, les Lamberterie du moins, car les Camain... On lui pardonnait difficilement l'origine de ses ducats provenant en partie des gros intérêts de prêts consentis à des ancêtres.

Tout conseiller aux Conseils du Roi qu'était Bertrand de La Roussie, il n'en fut pas moins mis en prison... Son beau-frère, Romanet, lui écrivait en effet de Limoges, le 2 août 1655, « vostre prizon m'ayant donné beaucoup de desplaysir, j'ay reçu les nouvelles de votre liberté avec grande satisfaction. Je n'ay peu voir M. de Labeytour vostre gendre ni madamoizelle sa femme ma niepce ». Qu'avait donc pu faire l'orgueilleux seigneur de la Pouyade pour passer la geole ? Fut-il compromis dans une sédition qui éclata à Nontron ? Le 22 juin 1663 — bien postérieurement à 1654, il est vrai — M. de Saint Luc enjoignit au vice-sénéchal de Périgueux d’ordonner au garde, qui était à la Valade, de faire rendre les bestiaux saisis sur M. de La Pouyade, parce qu'il n'avait pas pris part à la sédition de Nontron (21).

Il s'allia naturellement avec ses frères, pour les revendications de la fortune de l'oncle de Puyzilhon, le chanoine.

Comme je l'ai dit on aimait que trop encore, à ces époques, à se faire justice soi-même. En mars 1640, il fut procédé à une enquête judiciaire à la demande de Bertrand, demandeur en excès contre « le sieur de la Mothe, filz du seigneur comte d'Escars (22), Louis Dubreuil musnier, le sieur des Eyssartz, troisième fil du sieur des Méolles », etc. Les témoins déposent que sur les 4 heures de relevée le dit des Cars se présenta, à la tête de 40 à 50 hommes armés, devant le portail de la basse cour de la Pouyade, le brisa, escalada la muraille intérieure, brisa les vitraux de la chapelle, pilla le château. Il aurait commis des excès pires, au dire des « damoizelles de la Pouyade » sans l'intervention de MM. de Mirabel et de Langlade, père et fils (23), qui devaient plus tard tourner le dos à leurs voisins la Roussie.

Ce n'était pas une raison suffisante pour diffamer l'illustre famille des Pérusse des Cars, comme on le voit dans un papier de la Pouyade, où, pour mieux corser la plainte, il est dit qu'ils descendent de « Jacques qui vint en France avec la Reyne Catherine de Médicis, lui servant de valet de piet... son cognom estait de Pérouch, ce qui est le nom d'une ville d'Italie, dont il étoit natif ». La raison de cette calomnie absurde provient de dires qui couraient à cette époque sur les Pérusse comme étant venus au moyen âge de Pérouse.

Après une vie agitée et non sans déboires — il ne devait s'en prendre qu'à lui-même, — Bertrand de La Roussie mourut en juillet 1666.

Il est utile, avant d'aborder le récit tragique de l'assassinat de son fils, Guillaume, de parler succinctement de ses enfants, sauf de l'aîné, Pierre, dont l'article commencera le chapitre suivant, à cause de détails originaux et typiques les concernant.

D'abord les fils : Jean, baptisé à Nontron en 1635, décédé jeune ; Guillaume, sieur de Faumeaux, mort avant 1677 ; puis Etienne, sieur de la Jartre, qui suit, et François, le Jésuite, dont il sera ensuite question.

Etienne, docteur en théologie, eut son celebret en 1684. Son frère, le Jésuite grondeur, lui rappelant que des prêtres, jaloux de ce qu'il disait la messe à la Pouyade les jours de fête, veulent l' « inquieter auprès de l'évêque » ajoute dans une lettre « Vous omettez beaucoup de mots, surtout à l'introit, au crédo, à la préface... vous faites de tems en temps des grimaces. »

Tuteur de son neveu, Pierre, Etienne eut comme tel bien des difficultés, car les dettes paternelles n'étaient pas payées ; il fallut emprunter. Quand aux échéances capital et intérêts n'étaient pas réglés, on devait trouver des moyens de procédure. C'est ainsi que nous le voyons en 1700 poursuivi tout personnellement comme tuteur par des parents auxquels il avait cru bon de s'adresser, tels que Pierre de La Roussie, sieur de Fontenelle, maître des forges du Rudeau et des Bernardières, et autres fils de Léon, juge des Combes (24).

Il fut l'objet d'une tentative d'assassinat, comme on le verra à l'article de son neveu. Cela prouve — car il n'y a pas de fumée sans feu — que lui aussi avait excité l'ire de ses voisins.

Quant à François, appelé d'abord le sieur du Cluzeau, entré dans la Compagnie de Jésus, ce fut la forte tête de la famille. Mme de Loménie, religieuse à Saint-Léonard, dans une lettre adressée, en 1656, à sa nièce, Marie de La Roussie, religieuse à Boubon, se plaint de la famille de celle-ci et dit que le père de François, qui alors faisait ses études, laissait son fils manquer de tout. Elevé ainsi à rude école, François comprit, jeune encore, quels devoirs lui incombaient ; aussi morigène-t-il souvent. N'écrit-il pas : « Il est étonnant que vous autres (ses frères), estant si avares à mon esgard, vous fassiez un plaisir de me chagriner par vos ports de lettres... ? A chaque fantaisie, qui vous monte par la teste, vous m'écrivez par la poste surtout pour des bagatelles. » Suivent forcé conseils à son frère, l'abbé, sur leurs procès.

Aux procès provenant de la mauvaise gestion paternelle; n'en ajoutaient-ils pas eux-mêmes ? Dans une lettre à son frère, Pierre, le chevau-léger, le Jésuite récrimine au sujet du testament de leur oncle, le prieur du Verdois (un Loménie), et il l'incite, avant de partir pour l'armée, de bien expliquer, dans ses dispositions testamentaires, tout ce qui leur est dû par la maison de Faye (25). Il ajoute « vous sçavez que Nexon, l'aisné qui est mort, par son testament substitue à son frère les enfants de La Judie sans rien-vous donner (26). Nexon, qui fut tué à l'armée, ne fit nullé mention de vous dans son testament. Vous devez lui rendre la pareille. »

Une autre fois, à propos d'un précepteur que M. de La Pouyade venait de prendre pour son fils, le bon Père écrit : « Je vous conseille de faire appliquer tout de bon le petit libertin à l'estude ; c'est un petit coureur. Je ne voudrois point que son précepteur lui permit de parler la mais que françois, il sait déjà assez de jargon périgourdin. » Il ajoute, le coquet ! tout religieux qu'il est : « Nostre tante de Saint-Léonard m'a mis entre les mains un très beau bonnet, piqué et enrichi de beaux ouvrages avec la coeffe garnie de dentelle, pour nous servir la nuict. » Puis en esprit pratique : — son frère devait être veuf — « Je voudrois bien que nous puissions maintenant vous trouver un party, où il y eust de l'argent, pour vous ayder à sortir d'affaire... Les partys de Limoges sont très peu de choses. » — Les coureurs de dot sont donc de toutes époques !

Passons aux filles du second mariage de Bertrand. Je n'en connais que deux : Marie, baptisée en 1639, et Marguerite. Sur cette dernière, il est utile de s'arrêter un peu.

L'aînée, dite Mademoiselle du Breuil, entra dans l'Ordre de Fontevrault, à Boubon, en Limousin, où une de ses tantes avait été religieuse. Elle dut faire sa profession vers 1656, car sa tante de Loménie, religieuse à Saint-Léonard, lui écrivait cette année-là à Boubon pour lui demander si elle avait fait sa profession. Quant à Marguerite, elle fut mise en pension à Saint-Léonard, dans l'espoir que sa tante la religieuse l'accepterait pour rien. « Envoyez à vostre fille, écrivait la même religieuse en 1666 à Madame de La Pouyade, des brasières divers pour s'abiller les matins et des souliers et des bas, les siens ne valle rien. » La pauvre enfant, trois ans après, crie misère et dit combien les religieuses sont mécontentes de ce que sa pension ne soit pas payée. Elle réclame un cotillon de dessous, des coeffes, des souliers... Je suis reduitte dans une sy grande messecité que ie n'é pas un denier pour avoir un laset » L'abbé avait promis de l'argent, mais la supérieure ne reçut rien. » Il cause à cette communauté la perte de plus de mille escus ; il ne vous sauroit dire la colère où toutes sont. » Le 4 août 1670, la Sœur de Loménie de Faye envoie un valet de la communauté chercher à la Pouyade de l'argent et de la toile. A sa lettre est jointe une lettre de la pensionnaire où elle dit combien elle « ressent le peut de soing que vous avez de moy, car je suis reduite dans une grande messe cité... avoir compation et m'envoyer de l'argent pour avoir un habit car le mien est tout en pièces... des soulliers et de la toille pour faire des chemises... » Elle ajoute ce cri du Cœur, qui ne fut pas plus entendu que le reste : « faites vostre possible pour venir me retirer, car il é bien temps. » Rien ! En 1672 elle supplie sa sœur religieuse à Boubon. Rien ! On espère sans doute que la vocation lui viendra.

En 1677, la Sœur de Loménie écrit à son neveu de La Roussie que sa sœur « désire... étrangement la sortie » du couvent. « Vous aurez de la peine à vous en défaire surtout si la laissez dans le cloistre ; qu'en plus elle paroit tout à fait âgée. » Et on demande des vêtements, de la chaussure. On finit par la lâcher et elle se maria le 18 février 1685 avec Jacques de Monfanges de Boisroulet ou Bosrolet.

Néanmoins sa pension resta impayée. Voici ce que la prieure de Boubon écrivait, en juillet 1691, à M. de La Pouyade : « Cet nés pas sans subiet que nous avons lieu de nous plaindre car enfin, après avoir atendu le dot de madame votre sœur quinze années... vous pourriées bien faire un effort pour trouver les mille livres... Vous nous remettez pour nous amuser de belles parolles... » Les religieuses avaient essayé, quelques années auparavant d'avoir des à-comptes en nature. « J'anvois chercher, écrivait l'une d'elles à la Pouyade, le reste du vin et l'uille... en déduction de la pension de vostre sœur. Je vous supplie de nous envoier de meilleur vin que celuy... C'est le moindre que ce soyt iamais bu ; quand il demeure une heure tiré il vient épais comme de la moutarde... vous nous avez très mal abreuvées et fort cher. » Bonum vinum non tœdificat cor mulieris : texte de l'Ecriture supprimé, prétendent les mauvaises langues.

III. — Assassinat d'un aumônier du Roi.

L'aîné des enfants de Bertrand de La Roussie se prénommait Guillaume ; il était docteur en théologie et il fut pourvu de l'abbaye Bonlieu (27). Ce qui prouve qu'il avait de la valeur, c'est qu'il eut le titre d'aumônier et de prédicateur ordinaire de Louis XIV, et celui de chapelain du Palais et de la Sainte Chapelle.

Vaincus (on l'a vu plus haut à propos du prieuré de Saint-Angel) mais non désarmés, les voisins soulèvent des difficultés à propos d'autres sujets. Aujourd'hui c'est Raphael de Lamberterie, sieur de la Tour et seigneur de la Chapelle-Montmoreau, qui, au mépris d'une sentence des Requêtes de l'Hôtel du Palais, adjugeant en 1659 la tenance de la Brousse à l'abbé Guillaume, y place un paysan de sa propre autorité. Demain ce sera Louis de Camain, seigneur de la paroisse voisine de Saint-Front-de-Champniers et sieur du Repaire, qui fera de nouveau saisir les fruits et les revenus de ce tènement. Plus tard c'est Pierre de La Garde, seigneur engagiste de Saint-Angel, qui se joint à eux, traquant partout les La Roussie, chassant sur leurs terres nobles, obligeant leurs métayers à faire charrois et Corvées.

Le clergé s'interpose (il s'agissait de deux des siens). Mgr Le Boux, évêque de Périgueux, intervient et obtient qu'on accepte sa médiation : M. de La Garde, décide-t-il, ne chassera plus dans la garemme de la Pouyade et... genou terre, tête nue, fera amende honorable à l'abbé de la Pouyade, dans le cimetière de Saint-Angel, à l'issue de la messe. Oh ! cela, c'était beaucoup exiger d'un gentilhomme fier et irascible.

On ne tient aucun compte de la décision épiscopale. Tout continue avec plus de violence. Cette fois on lutterà autrement qu'avec la plume d'oie ; le fer et la poudre vont entrer en jeu. « Nous aurons bien raison, s'écrient les Camain et consorts, de ces pseudo nobles qui nous font condamner devant toutes les juridictions. Donner 4000# à cet abbé de Beaulieu, comme l'a ordonné un arrêt du Grand Conseil à MM. de Labrousse et de Langlade ! Nous agenouiller devant lui ! Jamais de la vie ! Plutôt mourir, et c'est lui et les siens qui périront. »

Certain dimanche MM. de La Garde et de Labrousse, même Mme de La Garde, née Labrousse, attendent Etienne de La Roussie à la sortie de la messe et le rouent de coups. Le 3 février 1672, pareil fait se renouvelle, toujours à Saint-Angel. Cette fois c'est Pierre de La Roussie qui est attaqué ; on sonne le tocsin pour ameuter le peuple ; des coups de fusil et de pistolet sont tirés, mais Pierre n'est pas blessé. Il ne perdra rien pour attendre, car, au mois de décembre suivant, des journaliers de M. de La Garde, l'attaquent dans un chemin, le frappent à la tête avec une hache et le laissent pour mort. Or, savez-vous à quoi sont condamnés, par sentence arbitrale, les fauteurs de ces désordres ? A rendre visite à MM. de La Roussie et à leur faire des excuses. C'est peu, du moins à mon avis, pour une tentative d'assassinat, et cependant ce fut trop.

Le seigneur de Saint-Angel se dérobe, prétextant une maladie, dont le remède était... de se promener tous les jours, comme par le passé. Guillaume de La Roussie réclame 10.000 livres pour non exécution de la sentence. Fureur de ses voisins, qu'un arrêt du Parlement avait déjà condamnés à lui verser 8.000# (ce qui n'empêche pas l'abbé de laisser sa sœur, comme on l'a vu, dans le dénûment le plus complet ; — mais vivre à la Cour, même pour un prêtre, cela coûte). N'ose-t-il pas réclamer en outre l'exécution d'une promesse verbale, faite par Lamberterie, d'ériger en justice seigneuriale un petit hôtel noble dans le modeste bourg de Saint-Angel où il voulait habiter ?

L'orgueil devait perdre ce pauvre Abbé de Beaulieu. Il le perdit. Les La Roussie étaient trop exigeants, de l'avis du moins des gentilhommes leurs voisins. Ceux-ci ne font pas mystère de leurs projets. Le bruit du complot, qui s'ourdissait, arrive jusqu'à Limoges, où se trouvait François de La Roussie, le Jésuite. Justement ému, celui-ci les engage à prendre de minutieuses précautions. « Le Repaire et Champniers sont des espions, écrit-il ; je vous ay assez souvent recommandé de tenir vos portes fermées, d'engager vos métayers de venir tous ensemble puiser de l'eau, à fermer en entrant, mais vous ne tenez compte des bons avis qu'on vous donne. Quelque brisement de porte qu'on puisse avoir, il est très difficile d'entrer dans notre maison, où les portes sont merveileuses et les fenestres bien grillées. Mais il est inutile, estant de l'humeur que vous estes, de vous donner aucun avis. »

On ne pouvait pourtant pas constamment rester enfermé, Ou en promenade se faire accompagner par des gens armés, Puis, le gouverneur de Guyenne avisé n'avait-il pas mis MM. de la Pouyade « sous la sauvegarde du Roy ? » Protection platonique s'il en fut.

Le 2 janvier 1677, MM. de Lamberterie (28) et de Camain (29) dînent chez le juge de Quinsac et dînent bien, comme on dînait à cette époque, surtout en jours de fête. Ils ne venaient pas de loin : Saint-Front-de-Champniers et La Chapelle sont à une petite lieue de la Pouyade et guère plus loin de Quinsac. Peut-être avaient-ils été souper, le jour de l'An, à Vaugoubert, chez leurs amis et cousins, les d'Aydie, ennemis eux aussi des La Roussie. Durant ce repas, ils parlent du complot ourdi contre les La Roussie à mots couverts, mais pas si couverts que cela — in vino veritas — car le juge de Quinsac comprend ce dont il s'agit ; toutefois, en homme prudent, il ne dit rien, il se contentera de suivre de loin ces nobles Seigneurs qui ont honoré sa table, pour instrumenter... après coup, si c'est nécessaire.

Les dits gentilshommes quittent Quinsac et se dirigent à cheval vers la Pouyade, non sans réunir en route quelques hommes armés, dissimulés dans le bois et prévenus sans nul doute. Le bonheur pour eux — le malheur pour les autres — veut que l'abbé de La Roussie et son frère, Pierre, se promenaient tranquillement sur le chemin de Mars, à une demi-lieue de la Pouyade. Les charger à fond est l'affaire d'un instant. « Tue ! Tue ! » crient-ils, et arrivés sur l'abbé, MM. de Lamberterie lui tirent deux coups de pistolet à bout portant et l'étendent raide mort ; un prélat ! un aumônier du Roi !... Puis, se retournant contre son frère, Pierre, ils déchargent leur pistolet sur lui et lui font envoyer un coup de fusil qui l'atteint aux reins. Pierre tombe grièvement blessé ; il reçoit quelques coups d'épée ; on le croit mort. Les assassins — car comment les appeler autrement ? — s'arrêtent comme atterrés de leur forfait.

La Roussie In'était qu'étourdi, il fait alors un mouvement, saisit un fusil, chargé de plomb, qui était à ses côtés, le coup part et frappe le cadet des Lamberterie, qui mourut peu après sa blessure. Le frère, furieux de cette défense inattendue, se retourne et va achever Pierre, quand l'un des paysans, accourus au bruit de la fusillade, se place entre le sieur de La Chapelle et le blessé et, bravement, prend sa défense. Craignant qu'on ne leur fasse un mauvais parti, les agresseurs, dont l'un était blessé, jugent plus prudent de se retirer. Marie de Loménie, mère des victimes, accourt ; elle les fait transporter à la Pouyade et, en pleurant l'aîné, elle soigne le cadet, dont les jours furent en danger. Le médecin ou son apothicaire le vinrent voir souvent (3 livres par visite).

Vous vous attendez à une condamnation sévère, car, bien que je n'aie eu que le son d'une cloche (les papiers de la Pouyade), je trouve des jugements et des arrêts en faveur des La Roussie — il s'agit du meurtre, je le répête, d'un abbé mitré, d'un prédicateur du Roi. — De condamnation sévère, point ! Quels protecteurs devaient donc avoir ces Camain et consorts !

D'abord, c'est M. Dalesme (30), lieutenant-général criminel au siège de Périgueux, qui, prévenu au lendemain du crime, se rend sur les lieux, interroge, enquête, que sais-je, et... refuse de verbaliser sous prétexte de parenté ! Dix jours après, le Parlement charge bien le juge royal de Thiviers d'instruire l'affaire, mais je n'ai pu savoir quelle suite exacte lui fut donnée.

Ce que je sais, c'est que Pierre de La Roussie, qui a obtenu des lettres de rémission, pour avoir blessé à mort le Lamberterie qui avait voulu le tuer, a toutes les peines du monde à obtenir leur entérinement. Ce que je sais, c'est qu'en 1689, Etienne de La Roussie demande qu'il soit décrété de prise de de corps contre les Camain et Lamberterie (douze ans après le meurtre !). Ce que je sais encore, c'est que la bonne vieille dame de La Pouyade qui, frappée par cette mort affreuse, en mourut peu après, supplie de son côté Mme la Grande Chancelière de lui accorder sa protection pour qu'elle puisse arriver auprès de « messieurs du Grand Conseil, députtés par Sa Majesté » pour instruire le procès, car on n'a pu aboutir à cause des protections qui couvrent les accusés. Bien plus, en 1690, le seigneur de Saint-Angel trouve le moyen de faire saisir féodalement le fief de la Pouyade qui, pourtant, relevait directement de l'évêché d'Angoulème ou de la Couronne. Il s'entendait avec les autres pour ruiner les La Roussie et, chose triste à constater, ils y parvenaient.

Puisqu'il s'agit des Camain et de mœurs montronnaises, voici, d'après une enquête au chartrier de la Pouyade, une histoire peu édifiante. Le 6 juin 1596, devant Joseph de Labrousse, juge ordinaire de Javerlhac « au parti du sieur de La Chassaigne », Etienne de Camain vint déclarer que la veille au soir son frère, maître François de Camain, fut tué par des gens de Javerlhac. Le juge s'y transporta et interrogea Marguerite, fille de « l'homicidé ». Il apprit que les meurtriers, après avoir forcé les portes de sa maison, lui avaient déchargé un coup d'arquebuse dans la tête et fait une blessure au côté, puis avaient traîné son corps sur la place publique. Les témoins déclarèrent que le seigneur de Javerlhac (31) venu à cheval, guidant les meurtriers, avait commençé par interpeller F. de Camain pour savoir s'il voulait ou non payer la dîme et, qu'à la suite de propos échangés, il tira sa dague et l'en perça.

Un témoin, il est vrai, dit que Camain (qui était procureur d'office de la juridiction) ayant blessé M. de Javerlhac, un serviteur de celui-ci tira le coup d'arquebuse mortel.

IV. — Déclin.

Pierre de La Roussie avait 26 ans quand son père Bertrand décéda, puisqu’il fint baptisé en 1640 à Nontron ; il devint seigneur de la Pouyade, parce que son frère aîné était entré dans les Ordres. Bien qu'il fut alors en âge de se marier, il ne fut pas pressé de prendre femme, comme on dit, car ce n'est que dix-huit ans plus tard qu'il épousa, vers 1684, Jeanne Gay de Nexon, fille de François, brigadier des chevau-légers de la garde. Il avait 44 ans. Deux ou trois ans auparavant, son frère le Jésuite, se tourmentait de la solitude de la Pouyade. « Est-il possible que nostre bonne mère, lụi écrivait-il de Périgueux où il était à la Résidence, ne soit plus vivante... Vous voyez que maintenant vous estes en necessité de vous establir afin d'avoir femme... Vous avez plus de quarante ans. »

La raison des hésitations de Pierre provient certainement de son état militaire. Il était chevau-léger de la Garde. Depuis quelle époque ? Je n'ai pu le trouver ; certainement dès avant 1666, bien que dans sa maintenue de noblesse du 28 septembre 1667 (32), il n'en prenne pas la qualification. Dans son testament, janvier 1694, ouvert en janvier 1696 (ce qui donne la date approximative de sa mort), il se qualifie de brigadier des chevau-légers. On peut donc conclure qu'il servit toute sa vie. Lui, comme ses sœurs, criait misère ; il demandait, en 1666, de l'argent provenant de la fonte d'argenterie de famille pour payer une culotte de chamois qui avait coûté 6 écus.

On n'avait pas qu'à s'équiper, il fallait aussi reprendre les quartiers (on sait qu'on servait à tour de rôle) avec des chevaux de race ou de types fixés d'avance. Ainsi, un jour, il reçut ordre de rejoindre à Château-Thierry avec un cheval « à longue queue ». En 1712, en convoquant son fils, aussi chevau-léger, le duc de Chaunes ne lui écrivait-il pas : « de se rendre avec un cheval d'escadron digne d'être agréé à la paix... le présenter bien gras, ce me donnera le moyen de vous procurer les grâces de Sa Majesté ? » Dans les lettres de Pierre et dans ses notes de campagne, il y a d'intéressants détails. Il devint veuf assez promptement et n'écouta pas les conseils de son frère, en vue d'un second mariage, qui aurait relevé sa situation de fortune, bien compromise par son père et que ses séjours à l'armée, dans ce milieu élégant de la Garde royale, ne pouvaient améliorer, au contraire.

On a vu qu'il fut blessé dans les rixes avec ses voisins. Et 1684 et en 1689, il adresse des placets au Grand Chancelier. Conséquence de ces demandes de poursuites, justifiées capendant, contre les assassins de son oncle : animosité redoublée de la part des irascibles voisins ; en 1690, le baron de Saint-Angel « fit saisir le fief de la Pouyade et establir comme commissaires... deux coquins ». L'abbé, en prévenant son frère alors à l'armée, ajoute, il est vrai, qu'il espère faire casser la saisie. L'évêque d'Angoulême ne lui créa-t-il pas du reste des ennuis parce que Pierre avait rendu hommage en 1679 à la Couronne pour Lapouyade en Saint-Angel (qui était du Domaine engagé) ? Le prélat s'en disait suzerain comme seigneur de Mouton (sic) (33). — Mon Dieu ! que ces pauvres de La Roussie étaient donc peu aimés !

Pierre de La Roussie n'eut qu'un fils, prénommé comme lui, né ou baptisé le 29 novembre 1685, et dont la première éducation laissa à désirer ; son oncle le disait petit coureur, ne parlant que patois, jurant, buvant trop de vin pur. Cela se comprend : plus de mère, un père à l'armée. Il avait à peine onze ans, quand celui-ci mourut ; alors le jeune Pierre, sous la tutelle de son oncle, l'abbé de la Jartre, dut changer et travailler. « Nexon, écrivait l'abbé, dit que nostre neveu sera reçu dans les chevaulegers, comme fils d'un officier, qu'on le relaschera pour l'age et Neixon se chargera de l'équipper. » Et le bon prêtre, se souvenant que père et grand-père s'êtaient mariés sur le tard, ajoute : « Je voudrois bien que nostre neveu se mariast avant de s'engager dans le service. » Ah !. comme tout ce qui touchait de près ou de loin à la Cour, effrayait, à bon droit, les âmes candides et sans ambition des Périgourdins !

Pierre fut officier de la Garde (chevau-léger) avant vingt ans, nous l'y retrouvons encore en 1729, âgé de plus de quarante. De Gabrielle de Nesmond, il n'eut qu'un garçon, Charles. La situation de la famille avait dû être réglée ; elle était devenue modeste et ses revenus les plus clairs permettaient bien juste à l'officier de la Garde de tenir son rang.

Charles de La Roussie entra lui aussi dans les Chevau-légers de la Garde ; il servait encore en 1763 avec la croix de Saint-Louis, modeste ambition de bien des gentilshommes caumpagnards. Il mourut à 62 ans en 1789, ne laissant que des filles de Suzanne de Chasteigner de La Rocheposay, sa cousine au quatrième degré. Or, qui épousa, en 1780, l'une d'elles, Gabrielle ? Pierre de Lamberterie, Seigneur de la Chapelle-Montmoreau, qui n'était ni plus ni moins que l'arrière petit-fils du Raphael de Lamberterie, qui avait assassiné son grand-oncle, l'aumônier du Roi. Que le temps fait donc oublier les choses ! Puis, aux coutumes de violences en Nontronnais avaient succédé l'apaisement dans les mœurs et, partant, le pardon des injures.

Comte de Saint-Saud.

Notes :

1. Arrêt du Parlement de Bordeaux du 6 juin 1714, entre P. de La Roussie de La Pouyade et Alexis de Fayard des Combes.

2. Sur ces La Roussie et sur ceux de La Pouyade voir la notice généalogique que je viens de publier dans mon livre Généalogies Périgourdines, seconde série.

3. Dans l'étude sur Nontron, par M. de Laugardière, parue dans notre Bulletin, il y a lacune des prieurs de Saint-Sauveur pour tout le XVIe siècle.

4. Elle était fille de Jean, décédé en 1560, fils aîné de Bertrand, fils lu même de Jean qui testa en 1518. Sa mère se nommait Jeanne Louvain.

5. Les Richelieu, par M. Deloche, p. 82.

6. Je laisse ce prénom de Jean, bien qu'à cette époque le seigneur de la Roche-Pontissac fut François Faure baron de la Roderie, marié vers 1595 à Judith Filhot de La Curée. François avait un frère, Alain, qualifié aussi de seigneur de La Roche-Pontissac, décédé sans hoirs vers 1621.

7. Cet Alain semble être le coseigneur de la Roche-Pontissac, le frère de François, dont il a été parlé dans la note précédente.

8. Branche des du Barry, dont était le célèbre conspirateur La Renaudie et qui n'a jamais été étudiée. Elle semble s'être éteinte lors des mariages ci-dessus ; en tout cas, le fief de la Renau lie fut vendu en 1613 par les maria de Jeanne et de Marie.

9. Pierre d'Aytz en était prieur en 1509.

10. En 1604 et 1605 devant ce prélat, assisté de l'Abbé de Chancelade, du chanoine Aymeric de Mèredieu et de Baptiste de Chancel, commissaires désignés par le roi pour l'aliénation du domaine des églises du diocèse, Pierre Boueyron déclara que son prieuré avait été taxé à 104 livres 1 sol, 6 deniers.

En 1624, le prieur de Saint-Angel paya au receveur héréditaire des décimes du diocèse 42 livres se décomposant ainsi (je néglige les deniers) :

Pour l'ordinaire. 24 liv. 10 s.
Pour l'autre. 3 liv. 12 s.
Gages du receveur ancien. 2 liν. 9 s.
Gages de l'alternatif. 2 liv. 3 s.
Affaires du clergé. 3 liv. 6 s.
Ministres convertis. 3 s.
Assemblée de Paris. 7 s.
Séminaire. 48 s.
Commission de décembre. 43 s.
Six deniers pour livre. 3 s.

11. En 1617, ce Boueyron ne voulut-il pas disputer la cure de Lisle à Arnaud Mézard, qui s'en ćtait fait pourvoir par l'Abbé de Chancelade à la résignation de Pierre Gaignerie et en avait légitimement pris possession en novembre 1611 ?

12. Etienne Pourtenc, seigneur de la Barde et de Vaugoubert. Observer que : les dîmes avaient été inféodées à un de ses parents, que sa fille Antoinette, mère de la femme de Guy d'Aydie, avait épousé Bertrand Audier de Montcheuil, que ces Audier avaient eu des difficultés avec les La Roussie. On voit ainsi sous quelles formes variées se perpétuaient ces ressentiments de famille.

J'ajoute que Vaugoubert avait été acheté par Etienne, qui semble avoir oublié que son père et son grand-père avaient tenu boutique à Saint-Pardoux.

13. Cet Abbé ne devait avoir que des Ordres bien mineurs. La Gallia ne le mentivnne pas comme Abbé de Saint-Astier, dont il ne dut avoir la commende qu'en... sollicitation. En tout cas, il prit du service sous le nom de comte de Ribérac et fut blessé mortellement, en 1630, en défendant Casal, à la tête d'un régiment de cavalerie.

14. Dans ce monastère de la paroisse de Cussac, dont il ne reste plus que des ruines, sa sœur était religieuse.

15. Ce jeu, devenu un simple divertissement de foire ou de fête publique, consistait alors à enfiler et à enlever, au galop d'un cheval, avec une lJnce ou une épée, une ou plusieurs bagues suspendues à un poteau.

16. Marie-Madeleine du Faure, demoiselle de la Roderie, qui devait épouser, en 1626, Henri Texier de Javerlhac, puis Henri de Beynac.

17. Les filles de Pierre de Fayard des Combes, dont l'une, Claude, fut religieuse aux Alloix ; une Marguerite de Fayard, Bénédictine en ce monastère, fut pourvue en 1614 du prieuré de Courpière, mais elle résigna. Voir mon volume Généalogies Périgourdines, seconde série, p. 261.

18. Il est exact que le 12 janvier 1620 tomba un dimanche. Cette mention prouve que l'abbé avait oublié de relater le fait en temps voulu.

19. Jean de Londeix venait d'acheter Veyrac à Olivier de Saint-Georges. Le nom s'écrit aussi Londays et Loudeys.

20. Il n'avait que 18 ans ! Il jeta le froc aux orties pour épouser, en juin 1659, Catherine de Morilhères, mariage dont l'ignorance semble voulue par les généalogistes. Voir mes Généalogies Périgourdines, seconde série, p. 489 et 488.

21. Malgré leur importance, les archives de la Pouyade présentent bien des lacunes. A tous points de vue il eût été intéressant de connaître cette affaire. Je n'ai pu savoir ce que fut cette sédition de Nontron.

22. Annet de Pérusse des Cars, comte de Lamothe, appelé ensuite le marquis des Cars, d'abord chevalier de Malte, décédé en 1692.

23. René de La Garde, seigneur de Mirabel et de Langlade, et son fils Pierre, fils et petit-fils de François, baron de Saint-Angel.

24. En vraiment dignes Nontronnais de ces temps malheureux, ces La Roussie laissaient eux aussi bien à désirer. Deux des fils de feu Simon, juge des Combes, les sieurs de Fontenelle et du Maine, furent condamnés vers 1680, par contumace il est vrai, à être pendus pour avoir occis plus ou moins légalement en duel François de Vassoigne de Sillac.

25. Mme de La Roussie, leur mère, était fille d'une Loménie de Faye.

26. Il s'agit des Gay de Nexon et de la Judie. Pierre devait plus tard entrer dans cette familie.

27. Les Cisterciens avaient trois abbayes de ce nom ; je ne sais laquelle Guillaume avait en commende.

28. Raphael, seigneur de la Chapelle-Montmoreau et de la Tour, et un de ses frères cadets. Par leur grand'mère, Marie Pourtenc de La Barde, ils étaient proches parents des Camain,

29. Hélie, seigneur du Repaire et de Champniers, et son frère cadet, Louis dit le chevalier du Repaire. Leur grand'mère était aussi une Pourtenc.

30. Louis-François de-Paule d'Alesme, dont l'oncle, Annet, venait d'être assassiné par le chanoine Mèredieu.

31. François Texier, coseigneur de Javerlhac.

32. Bibliot Nat. Mss, Carrés 555.

33. Archives municipales de Bordeaux, JJ 153. — Saint-Angel payait 1206 livres pour la taille.

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Elle a usé de tant de cajoleries qu'elle lui a donné de l'amour

Le 8 février 1667, messire Pierre Regnault, chevalier, seigneur de L'Âge de Chirac, se plaint au lieutenant-criminel d'Angoumois. « De son premier mariage avec défunte dame de Barbezières, dit-il, sont issus Louis Regnault, chevalier, seigneur de La Soudière, son aîné, et deux filles. Auquel aîné il s'est principalement attaché, le considérant comme l'appui et la colonne de sa maison, n'ayant rien oublié de tout ce qui pouvait contribuer à l'éducation d'une personne de sa qualité, et le destinant pour être son héritier principal et recueillir tous les avantages à lui déférés par les coutumes des lieux sur lesquels sont situées les terres et seigneuries lui appartenant », ainsi qu'à sa défunte femme. De tout cela, son fils ne pouvait « espérer moins de dix à douze mille livres de rente, libre de toutes dettes et charges ».

Or, il est arrivé que « ledit Louis Regnault a été attiré dans la maison de Gabriel de La Chétardie, écuyer, sieur du Bureau, et dans la fréquentation de sa jeune fille, laquelle a usé envers lui de tant d'artifices et cajoleries qu'elle lui a donné de l'amour.

En ayant été averti, voyant l'inégalité du parti, attendu que c'est une fille qui ne peut espérer de légitime de ses père et mère que sept ou huit mille livres tout au plus », Pierre Regnault, le père, s'était aussitôt « pourvu en justice et avait obtenu des défenses contre le père, la mère, la fille et sondit fils, contre tous notaires de recevoir aucunes promesses, ni célébration de mariage entre ledit Louis Regnault et ladite de La Chétardie »...

En réponse à toutes ces interdictions, les parents de cette dernière, « les sieur et dame du Bureau, voyant que Louis Regnault est un jeune gentilhomme âgé de 22 ans seulement au mois de mars prochain, qu'il est hors d'état de se pouvoir marier et que son père n'y prêtera jamais son consentement, se sont vantés en tous lieux que, quelque résistance qui y fût par lui apportée, le mariage ne laisserait pas de se faire et qu'ils feraient indirectement ce qui directement ne se pouvait faire... En conséquence de quoi, et de la résolution concertée et arrêtée entre eux de faire ledit mariage contre le consentement paternel, se prévalant de la jeunesse dudit Louis Regnault et de l'amour que ladite de La Chétardie lui avait donné, ils la lui ont mise entre les mains. Etant maîtresse de son esprit, elle l'a conduit dans la maison noble de La Soudière, dans laquelle ils sont tous deux, du samedi dernier, cinquième du présent mois de février, ce qui est un rapt public, d'impression, persuasion, su et connu de tout le monde ».

Et Pierre Regnault, l'infortuné père, termine sa requête en disant qu'il est important pour la justice et pour l'intérêt public de pourvoir à cette affaire, attendu que si ce mariage se faisait, « toutes les dispositions de l'Ordonnance et du Concile demeureraient inutiles et que les enfants de famille auraient pouvoir de se marier sans la permission de leurs pères où bon leur semblerait ». Il n'avait pourtant rien négligé pour empêcher le mariage de son fils avec Françoise de La Chétardie. Il l'avait « fait admonester par des gentilshommes de qualité, ses proches parents», qui témoignèrent au cours de l'information qui suivit la plainte.

Izaac Perry, sieur de La Roche de Genouillac, étant allé à L'Âge de Chirac, Pierre Regnault lui apprit « que le sieur de La Soudière, son fils aîné, avait dessein de se marier avec la fille du sieur du Bureau, que ce n'était pas son avantage, et il le pria de parler à sondit fils pour lui dire de sa part que s'il faisait ledit mariage, il ne le verrait jamais ». Izaac Perry s'étant acquitté de cette tâche, le jeune Louis Regnault lui répondit « que c'était sa volonté d'épouser ladite fille quelque résistance que son père y pût apporter ». On crut pourtant qu'il avait cédé à son père puisqu'en présence de témoins, il finit par lui dire « que puisqu'il ne voulait approuver son mariage avec la fille dudit sieur du Bureau, il ne la verrait jamais et ne voulait point lui désobéir, mais qu'ayant reçu une bague et quelques lettres de ladite demoiselle, il voulait les lui renvoyer ». Izaac Perry fut encore mis à contribution et chargé d'aller « dans la maison dudit sieur du Bureau et de lui faire entendre, et à sa fille, la résolution dudit sieur de La Soudière ». Mais la fille lui répondit « qu'elle ne désespérait pas d'être nore (bru) » de Pierre Regnault. François de Rocquard, sieur de Saint-Laurent, demeurant à St-Maurice-des-Lions, oncle de Louis Regnault l'amoureux, fut aussi prié de lui parler pour le détourner de ce mariage. Mais le jeune homme ne voulut rien « lui accorder ».

De leur côté, la dame du Bureau et Françoise de La Chétardie sa fille ne demeuraient pas inactives. En visite chez François de Rocquard, elles se plaignirent à lui « dudit sieur de L'Âge en ce qu'il résistait au mariage de son fils et qu'il les traitait comme les dernières personnes du monde », ajoutant « qu'elles étaient bien fâchées de n'avoir pas passsé un contrat de mariage d'entre lui et ladite demoiselle de La Chétardie dès la première fois qu'il leur en avait parlé, mais que s'il retournait dans leur maison, il serait le très bien venu et qu'ils passeraient ledit contrat de mariage ». Louis Green de Saint-Marsaud, sieur de Nieuil, fut aussi prié par le sieur de L'Âge d'empêcher le mariage. Ce fut en vain. Françoise de La Chétardie lui répondit « qu'il ne la tînt jamais pour fille d'honneur s'il ne la voyait en peu de temps femme dudit sieur de La Soudière ». Ce témoin, comme tous les autres, ajouta qu'il avait appris depuis que Louis Regnault, sieur de La Soudière, et Françoise de La Chétardie s'étaient mariés clandestinement (Bl-995.2).

Le mariage se fit en effet, et de cette union naquirent des enfants... Le père et le fils, Pierre et Louis Regnault, se réconcilièrent-ils ? Une quinzaine d'années plus tard, le père demeurait toujours dans son château de L'Âge, et le fils était au lieu de La Soudière, paroisse de St- Mary. Le 26 décembre 1681, pour terminer leurs différends, ils choisirent ensemble trois arbitres qui décidèrent que le seigneur de L'Âge devait donner à son fils un « état de la consistance des effets de la communauté contractée entre lui et Louise de Barbezières, sa première femme, au temps de son décès ».

Source : Enlèvements rapts et séductions en Angoumois, de Gabriel Delâge.

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Alain de Monéys, l'horreur à Hautefaye

France 3 « Illustres en Périgord » : Alain de Monéys, l'horreur à Hautefaye

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