26 août 2015

État des cens et rentes dus aux seigneuries de Montbron, Manteresse et La Grelière

État des cens et rentes dus aux seigneuries de Montbron, Manteresse et La Grelière, pour maisons, jardins et terres, par : Pierre Sauvo, marchand, Josué Marvaud, notaire, Jean Perret, tailleur d'habits, Isabeau Trufandier, veuve de Jean Barraud, marchand, Arnaud Grand, marchand, Abraham Allafort, Antoine Terrade, notaire, François Du Rousseau, écuyer, seigneur de Coulgens et de La Pouge, Raimond Redon, laboureur à bras, Junien, Jean et Jacques Du Rousseau, écuyers, sieurs de Marendat, de Ferrières et de La Vue, François Berthoumé, Jean Vallantin, marchand, Isaac Couraudin, écuyer, sieur de Chabrot, Pierre Bradents, receveur de la châtellenie, dans la paroisse de Saint-Maurice de Montbron ; Noël de La Garde, écuyer, François Caperier, notaire, Thévenot Dumas, Jean de La Vallade, Bonaventure Renouard, écuyer, sieur de La Rochebertier, Georges Jourdot, dans la paroisse de Saint-Sornin ; Pierre Bertrade, Guillaume Barrière, Jean et Martin Joubert, Jean Prévereaud, sieur de La Lizière, Micheau Constantin, dans la paroisse de Marillac-le-Franc ; Pierre Abbon, Pierre Demay, Antoine Lériget, marchand, paroisse d'Orgedeuil ; Guillaume Ripe, Léonard Pouvereaud, Jean Sauvo, juge de la juridiction de Manteresse, paroisse du Peyroux ; Bermard Mesnard, Jean Bastier, Giraud et Pierre Thibaud, écuyers, sieur des Joubertières et de Germanas, Joachim Julliem, écuyer, sieur de Chevallerie, paroisse d'Ivrac ; Hélie Dauphin, écuyer, sieur de La Vacherie, Léonard Peychère, Pierre Devaux, paroisse de Saint-Adjutory ; Hugue Fauchier, maréchal, Jacob de Mascureau, écuyer, sieur de Puyravaud, paroisse de Vitrac ; Guillaume Deschamps, Pierre Barjallot, paroisse de Florignac ; Martial de Chevreuse, écuyer, sieur du Champ-Tony, paroisse d'Écuras, etc.

(Archives départementales de la Charente)

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M. de Lavergne aurait dit que...

Le juge de paix du canton d'Oradour était alors Pierre Ribière Desbordes, ci-devant juge sénéchal du comté. Il s'empressa d'obéir aux ordres du District : et le 8 juin 1792, à dix heures du matin, onze témoins vinrent déposer devant lui : son greffier, Me Laurent, écrivit leurs dépositions, que nous résumons.

M. de Lavergne aurait dit :

Que les membres de l'Assemblée nationale étaient tous de la foutute canaille.

Qu'il se foutait de la garde nationale d'Oradour.

Qu'il se foutait des Municipalités, des Districts, des Départements ; qu'il n'avait pour payer deux sacs d'avoine que de foutu papier.

Qu'on avait établi des maires, des municipalités, que tout était de la gueusaille, que nous avions sept couronnes contre nous, que la France serait prise aussi facilement qu'une nichée d'oiseaux.

Que le Département de la Haute Vienne séant à Limoges était un tas de gueux et de fripons, qu'ils nous volaient comme font les voleurs au coin d'un chemin.

Que les membres de l'Assemblée nationale nous ruinaient tous, qu'ils faisaient des dépenses considérables, que les premiers n'avaient pas rendu de comptes, que leurs successeurs en feraient autant.

Que la municipalité de Cussac était de la race des chiens.

Qu'on lui avait porté un quart en sus des terrains qu'il possédait, qu'il se laisserait imposer, et que si quelqu'un venait lui demander de l'argent, qu'il lui foutrait deux balles dans le crâne et foutrait son camp. Il s'étonnait que quelqu'un voulût aller au secours de la nation, que si on pensait comme lui on n'irait pas. vu qu'on les conduisait à la boucherie.

Le 6 juillet suivant, onze autres témoins, assignés par l'huissier Pallier, déposèrent encore :

Que les commissaires qui avaient fait la répartition des impôts étaient de la race des chiens.

Que les assignats étaient une pauvre drogue.

Que, la veille des Rameaux, il avait dit que le 24 juin il y aurait des chapeaux de reste.

Qu'on prendrait les Français de la même manière qu'on prend une nichée d'oiseaux dans une haie.

Que les gardes nationales, les maires, tout cela était de la foutraille, de la gueusaille, des Jean foutre.

Source : Monographie du château du Puy, d'Etienne Rayet.

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Le château de Joseph de Lavergne

Joseph de Lavergne, la malheureuse victime des folies sanguinaires de la Révolution, naquit à Aixe en 1755. On lit sur les registres de cette paroisse :

« Le quatrième août 1755, a été batisé par moi soussigné Jean-Baptiste-Joseph Dominique, né la nuit précédente en cette ville, fils de mesre Gaucher de Lavergne, écuyer, capitaine au régiment de La Fère infanterie, et de dame Anne-Elisabeth de la Biche, son épouse. Ont été parrain mesre Jean Baptiste-Joseph de la Biche, écuyer, seigr de Reignefort, et marraine dame Pétronille Berny, veuve de mre Gaucher de Lavergne, en son vivant écuyer, seigr de Marginier. Lesquels ont signé avec nous. Signé : Brousse, curé d'Aixe, La Biche Reignefort, Berny de Lavergne. »

Pourquoi déclara-t-il plus tard aux autorités révolutionnaires qu'il était né à Saint-Domingue ? La vérité est, comme l'atteste le registre paroissial d'Aixe, qu'il naquit plus d'un an après le retour de son père et de sa mère.

Joseph de Lavergne fut mis en pension à La Rochefoucauld, chez un monsieur Duplessis, au mois de décembre 1766. Il y resta un an, à raison de 200 livres, 8 sacs de froment et 3 sacs de blé noir.

Il entra à La Flèche en 1771 : d'Hozier délivra, à cette occasion, un certificat attestant qu'il avait « la noblesse nécessaire pour être admis au nombre des gentilshommes que Sa Majesté fait élever dans les écoles royales militaires. »

Il en sortit au mois de mai 1772 pour rejoindre le régiment de La Fère, en qualité de sous-lieutenant, sans appointements. C'est dans ce régiment, on se le rappelle, que son père avait servi pendant plus de vingt ans ; c'est là que servaient alors deux de ses cousins, fils de autre Gaucher de Lavergne et de Pétronille Berny, qui y moururent, l'un capitaine, l'autre lieutenant.

Le 17 septembre 1773, il fut nommé sous-lieutenant en titre, et il partit pour la Corse, où son régiment allait tenir garnison. En 1778, il fut promu lieutenant en second à la compagnie Lieutenante-Colonelle ; puis, le 30 août 1782, lieutenant en premier à la compagnie de Beaudrieux.

Trois ans plus tard, le 11 janvier 1785, il épousa Jeanne de Théfon, née au château de la Barde, fille de Benoît Barbe-Teyfon, marquis de Théobon, chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine au régiment d'Artois infanterie, et de Marie Louise Lataste.

Le contrat de mariage fut passé à Aixe, chez le notaire Cheyrou.

Le marquis de Théobon et Mrac de Théobon donnaient à leur fille 60.000 l. de dot, soit 40.000 l. du chef maternel, et 20.000 l. du chef paternel. 30.000 l. devaient être payées comptant, et les 30.000 autres livres, au décès du dernier mourant des père et mère, sans intérêts jusqu'à ce moment.

Gaucher de Lavergne donnait à son fils son bien noble du Puy, Grafeuille, La Guionie, le Breuilh, cens, rentes, château, préclôture, domaines, moulin, étangs, meubles meublant, vifs et morts. Sous réserve de la jouissance, sa vie durant, sous réserve aussi d'une rente au capital de 3.885 fr. due au seigneur de Gorre.

Il instituait son fils héritier universel de tous ses biens.

Joseph de Lavergne donnait à sa future femme 400 l. de rente et 6.000 l. de capital, plus son logement au Puy, en cas de prédécès. La future faisait à son futur époux un don de 3.000 l. de capital, dans ce même cas de prédécès.

Le contrat porte au bas les signatures suivantes, outre celles des parties : J. B. Duverger, prêtre présent, aumônier de la ville d'Aixe ; Martial, comte de Brie de Soumagnas ; J.-B. Duverger, docteur en médecine ; Christophe Duverger, avocat, juge des Cars ; Guingand, chevalier, seigneur de Joussignac ; marquis Beaupoil de Saint-Aulaire ; chevalier Beaupoil de Saint-Aulaire ; Etienne David, notaire ; J.-B. Rougerie, bourgeois ; Ribeyreix de Feuillade ; Rogier des Essarts.

Peu après son mariage, le 2 octobre 1785, Joseph de Lavergne quitta le service, avec une attestation flatteuse signée à Poitiers par un grand nombre d'officiers de son régiment, disant « qu'il a mérité l'estime de ses supérieurs et l'amitié de ses camarades, et emporte les regrets des uns et des autres ».

En 1786, Joseph de Lavergne et Jeanne Benoite Barbe de Teyfon vendirent à Antoine Fredon, dit le marchand, et à Jeanne Biojou, sa femme, métayers aux Bordes, la métairie de Négrelat, dans la fondalité des Religieuses de Boubon, y compris le cheptel et les semences, au prix de 5.000 livres. Nous ne comprenons pas les motifs qui amenèrent cette vente, au lendemain d un riche mariage qui lui donnait 30.000 livres comptant.

Il semble bien qu'à cette époque aucune gêne financière ne régnait au château du Puy ; c'est alors que les châtelains firent d'importantes acquisitions de toiles, de velours, de coton, de soie, de taffetas, qui paraissent avoir été employés à restaurer le mobilier. Nous en donnons l'énumération dans une note, à la fin du volume. La facture signée Tardieu et Brisset jeune s'élevait à 1.853 l.

Bientôt, les intérêts importants qu'il avait à Saint-Domingue obligèrent Joseph de Lavergne à se rendre dans cette île lointaine. Les acquéreurs de sa terre de Veaux ne payaient pas les pactes convenus ni les intérêts. Il avait bien donné à son frère Charles, écrivain cle la marine à Port au Prince, une procuration pour toucher 12.000 l., mais rien n'avait été payé.

M. de Lavergne, laissant sa jeune femme et ses deux enfants, s'embarqua à Bordeaux dans les premiers jours de novembre 1789, à bord du vaisseau l'Alexandre, qui fît voile vers les Caves Saint Louis, sous le comman dément du capitaine d'Aguerre. Il emportait deux ballots contenant diverses marchandises, vingt caisses bougies de table et un cabriolet à deux roues, pour quoi il paya 245 l. de frais de transport ; pour lui il paya 600 livres. Vrai semblablement ces marchandises, bougies et cabriolet, étaient destinées à être revendues avec profit pour payer les frais du voyage.

Son séjour à Saint-Domingue ne fut guère que de six à sept mois, mais il paraît lui avoir donné des résultats importants. Il toucha, le icr janvier 1790, une somme de 25.712 l., dont 22.500 pour les intérêts de six années, et 3.212 à-compte sur le capital; puis un peu avant son retour, le 30 juin, une autre somme de 21.944 l. dont 1744 l. 10 pour six mois d'intérêts, et 20.200 sur le capital.

Il repartit au mois de juillet 1790. sur le même vaisseau. Il rapportait 64 barriques de sucre brut « allant pour son compte, et à l'adresse et consignation de Raymond Fauché, négociant à Bordeaux ». Un autre navire, le Vicomte d'Urtubie, lui ramenait 570 piastres d'Espagne « allant pour son compte et risque, et à l'adresse et consignation de M. Raymond Fauché, négociant à Bordeaux ». Nous ne savons combien valaient ces barriques de sucre et ces piastres ; mais nous venons de voir qu'il avait touché pendant son séjour à Saint-Domingue une somme de 47.656 livres, tant sur le capital que sur les intérêts.

Il reçut encore au mois de mars suivant 29.436 livres, capital et intérêts. Il lui restait dû très vraisemblablement environ 25.000 livres, qui ne furent jamais payées ; ce qui lui faisait dire souvent que la Révolution lui faisait perdre de grosses sommes.

M. de Lavergne quittait Saint-Domingue au moment où arrivait le décret de l'Assemblée appelant brusquement les nègres à jouir des droits civils et politiques, décret qui allait amener le massacre des colons et nous faire perdre cette riche possession. Il fuyait la Révolution dans la colonie, mais il allait la retrouver dans la mère patrie et succomber sous ses coups.

Après un court séjour à Bordeaux, après un petit voyage à Nantes pour y vendre son sucre, Joseph de Lavergne rentra au Puy. Il y passa l'année 1791, écoutant gronder cette Révolution qui devenait plus menaçante, et recevant quelquefois des nouvelles de l'insurrection qui désolait la colonie et allait lui faire perdre ce que lui devaient encore les frères Guilhem.

Les événements se précipitaient. Les nouvelles arrivant de Paris et des provinces devenaient de plus en plus alarmantes; les préoccupations, les craintes grandissaient. A la fin de l'année 1791, après l'arrestation du roi à Varennes, la noblesse passa la frontière pour se mettre en sûreté, avec l'illusion de rentrer bientôt ; mais le xvine siècle, impie et licencieux, avait fait déborder la coupe de la colère divine.

M. de Lavergne ne voulut pas émigrer, imitant son voisin, le marquis de Cromières. Mais il fallait être, comme lui, d'une extrême prudence, se terrer, surtout se taire ; or, il était très difficile au châtelain du Puy de se taire. Ses préoccupations d'intérêt, car il avait toujours en la pensée sa créance de Saint Domingue, perdue par la faute de l'Assemblée constituante, ses préoccupations ajoutaient encore à son agitation naturelle. Il parlait beaucoup, à tout venant, aux bourgeois, aux paysans, à ses ouvriers. Il n'épargnait aucune critique, ni des administrations, ni des assemblées ; critiques bien justifiées, assurément, mais combien dangereuses pour lui. Nous avons cité plus haut, clans une note au bas de la page, l'avertissement que lui donna un jour, à Gorre, son parent M. Teyfon : « Joseph, vous parlez trop : il vous arrivera malheur. »

Les bourgeois de Cussac, sauf le citoyen Duvoisin de Gipoulou, n'étaient point de fougueux jacobins, comme plusieurs de leurs voisins d'Oradour. Aussi, peut être les intempérances de langage de M. de Lavergne ne lui auraient-elles causé aucun ennui grave, si une dernière imprudence n'était venue exciter des colères si faciles à enflammer à cette triste époque. Cette nouvelle imprudence fut la surenchère qu'il fit à la vente du monastère de Boubon.

Une première vente de ce monastère avait eu lieu devant le District de Saint-Junien le 18 mars 1791. L'adjudicataire fut Martial Devoisin de Lagarde, demeurant à Montbrun, commune de Dournazac, au prix de 36.300 fr. Ayant appris, avant de signer l'acte d'adjudication, que la forêt de Boubon, à son grand étonnement, ne se trouvait pas comprise dans la vente, Devoisin refusa de donner sa signature, déclarant qu'il avait cru acheter la forêt avec les bâtiments et les domaines.

A la suite de cet incident, une seconde vente eut lieu, sur folle enchère, le 20 décembre 1791. C'est contre cette seconde vente que protesta M. de Lavergne ; elle fut annulée, et une troisième vente fut faite plus tard, le 15 mai 1794.

Il comprit dans la suite son imprudence ; il l'avoua devant le comité de surveillance de sa commune de Loubès.

« Je me bornerai, dit-il. à citer un dernier fait, lequel a contribué, plus que tout autre, à me susciter des ennemis. Je fis une soumission pour acquérir un couvent de religieux avec une vaste clôture ; ma soumission fut motivée sur ce que m'avait dit un administrateur, le citoyen Sauvo, que les domaines de la dite communauté, précédemment vendus, seraient de nouveau revendus par l'illégalité de la vente. J'ajoutais une enchère de 6.000 l. sur les dits domaines en cas de revente. Cette soumission, de ma part, donna lieu à recherches qxii firent incarcérer cinq ou six ci devant administrateurs du District, et dont j'ai peut-être été la cause innocente ; voilà, citoyens, l'origine de la haine que mes ennemis m'ont vouée ».

Nous ne connaissons pas quel est le mobile qui détermina M. de Lavergne à se mêler de cette vente de Boubon. Voulut-il faire un mauvais tour au citoyen Duvoisin-Gipoulou, qui avait acheté sur folle enchère, et qu'il n'aimait guère? Ne sut-il pas contenir son indignation devant une opération qui lui semblait entachée de fraude ? Voulait il réellement se rendre acquéreur de Boubon pour faire une bonne affaire ?

Source : Monographie du château du Puy, d'Etienne Rayet.

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Une société homogène

L'image d'ensemble de la région quant au niveau de fortune de ses habitants est celle d'une grande médiocrité. L'étude des successions enregistrées au bureau d'Oradour-sur-Vayres pour les décès survenus entre 1834 et 1836 fait apparaître la faiblesse des fortunes transmises : 44,1 % des successions ne dépassent pas un montant de 500 francs; celles comprises entre 500 et 2 000 francs représentent 37,2 % de l'ensemble. Quant aux transmissions supérieures à 2 000 francs, elles ne forment que 18,7 % des successions enregistrées durant cette période. Ces chiffres sont à rapprocher de ceux fournis par A. Corbin pour le bureau de l'enregistrement de Limoges en 1848, soit respectivement 40,6 %, 33,4 % et 26 %. Les grandes fortunes sont donc moins fréquentes dans ce milieu rural que dans la région de Limoges. Cela ne surprend guère car, sur le « territoire de la bande », on ne compte ni riche industriel, ni propriétaire foncier véritablement important, à part quelques exceptions.

La plus grande fortune enregistrée pendant ces trois années s'élève à 55 088 francs. Il s'agit de Jean Barret-Boisbertrand, demeurant à Maisonnais-sur-Tardoire et, de son vivant, propriétaire. Sa fortune est essentiellement immobilière : il possède cinq « corps de domaine » évalués à 41 000 francs, le quart de la forêt de Lavauguyon, estimé à 6 600 francs et, enfin, une « réserve avec maison de maître, jardin et deux pièces de pré » d'une valeur de 4 000 francs, soit au total 51 600 francs en biens immeubles et 3 488 francs en biens meubles. Même chez un « industriel » les biens immeubles occupent une place importante. Si François Béjard, maître de forge à Dournazac, laisse à sa mort une fortune de 28 280 francs en numéraire et biens meubles, soit la plus importante de cette nature, il possédait également deux métairies et une « réserve » évaluées à 20 000 francs. Ainsi, la proportion de biens immeubles est-elle, de manière générale, très importante dans les successions : 70,4 % du total, alors qu'en 1826 ce taux n'était que de 66 % pour l'ensemble de la France. Cette prédominance des biens immeubles est l'indice d'une stratification sociale reposant principalement sur la possession de la terre, ainsi que d'un certain retard de la région par rapport aux modifications des structures économiques accordant de plus en plus de place aux valeurs mobilières. Il est, à ce propos, révélateur qu'aucun des inventaires après décès ne signale la présence d'actions ou d'obligations. On prête de l'argent au voisin plus pauvre mais on reste indifférent, voire hostile, aux nouveaux types de placement. A l'autre extrémité de l'échelle sociale, les plus pauvres, ceux qui ne laissent rien à leur décès, constituent une part importante de la population. Le bureau d'Oradour-sur-Vayres n'a, en trois ans, enregistré que 479 successions. A ce chiffre, il convient de retrancher les 16 décès survenus dans des communes n'appartenant pas aux deux cantons de Saint-Mathieu et d'Oradour-sur-Vayres et les 44 morts originaires de Dournazac, les registres des décès de cette commune n'ayant pu être consultés. Le chiffre ainsi obtenu de 419 successions est à mettre en rapport avec le nombre des décès intervenus pendant ces trois années sur les mêmes communes, soit 1 759. Cela signifierait donc que plus de trois personnes sur quatre seraient décédées sans laisser d'héritage. Cependant, ce que nous savons des caractères démographiques de la région incite à affiner ce constat. Durant l'année 1836, par exemple, 115 successions ont été enregistrées, correspondant à 577 décès. Si l'on ne prend en compte que successions et décès des individus âgés de plus de 20 ans, on obtient, respectivement, les chiffres de 108 et de 232. Cela signifie donc que 54,5 % des adultes dans la région ne laissèrent rien après leur mort, cette année-là. Ce pourcentage, bien moindre que celui avancé précédemment, n'en est pas moins important. A. Corbin indique que, pour le bureau de l'enregistrement de Limoges, le pourcentage (enfants et adolescents compris) de personnes n'ayant transmis aucun bien déclaré à leur décès s'élève à 69 %, soit un pourcentage inférieur au premier cité (76,2 %).

Le nombre important des domestiques, servantes et journaliers, représentant un tiers de la population active, contribue à expliquer ce résultat. Celui-ci illustre, également, la grande pauvreté qui règne dans ces campagnes car, fréquemment, pèse sur le maigre actif de la plupart des habitants un passif disproportionné, situation issue du poids de l'endettement des habitants. La pyramide des fortunes locales apparaît donc comme particulièrement large à sa base, tandis que son sommet, étroit, n'est guère distant de son assise.

Cette faiblesse relative des contrastes sociaux s'exprime dans la vie quotidienne. Dans son château, le marquis de Cromières, entouré de deux femmes de chambre, d'une cuisinière, d'un jardinier, d'un cocher et d'un régisseur constitue une exception. L'image qui ressort des descriptions d'intérieur, selon les inventaires après décès rédigés par les notaires, est assez uniforme, que l'on soit chez un artisan ou un « propriétaire ». Les maisons se composent d'une ou deux pièces où voisinent instruments aratoires, vaisselle, réserves alimentaires, vêtements, tables et lits. On trouve rarement une spécialisation spatiale des différents éléments constituant l'habitation, si ce n'est au niveau des animaux, toujours cantonnés dans l'étable. La demeure aux pièces nombreuses ayant chacune une fonction précise est extrêmement rare. C'est, par exemple, celle de Léonard Ribet, aubergiste et « militaire pensionné », décédé en 1829 qui possédait une maison à deux étages avec une cuisine , un salon et une autre pièce au rez-de-chaussée (le tout servant, sans doute, aux clients de l'auberge) et deux chambres au premier étage, dont l'une était la chambre du défunt. Cependant, même dans cet exemple, le cloisonnement espace public (l'auberge) et espace privé (le lieu d'habitation) n'est pas établi, si ce n'est au niveau de la chambre. En revanche, cet intérieur se caractérise par une assez grande abondance de meubles : lits, tables, chaises, ce qui n'est pas étonnant, eu égard à la profession du défunt, mais également trois armoires. Or, l'armoire est, apparemment, un luxe dans ces campagnes. Sur les cinquante-huit inventaires dépouillés, elle n'est présente que onze fois. Le coffre constitue, en fait, le seul meuble, avec le lit, présent dans presque tout intérieur (69 % des cas). Dans ce coffre, fermant généralement à clef, s'entassent linge, vêtements et, lorsqu'il y en a, l'argent. Dans presque un cas sur quatre, il constitue, avec le lit et la table, tout le mobilier possédé par le défunt, notamment chez les cultivateurs. Parmi ces cinquante-huit inventaires, dix correspondent à ce schéma pour cette catégorie, deux pour des « propriétaires cultivateurs » et un pour un tisserand. La condition de cultivateur n'est donc pas forcément enviable dans les campagnes de l'époque, même si l'on possède quelques lopins de terre. En outre, pèse sur ces misérables patrimoines le poids des dettes précédemment contractées, obérant souvent la piètre valeur des actifs.

La structure sociale se caractérise par l'importance de la fraction pauvre, voire misérable, de la population locale. On y retrouve les ouvriers agricoles dont les salaires sont les plus bas pour la Haute-Vienne. Peut, également, être comprise dans cette catégorie la plus grande partie des artisans et notamment les tisserands qui, selon A. Corbin, « paraissent les artisans les plus démunis ». En revanche, les artisans du fer semblent jouir — surtout les forgerons — d'une plus grande aisance. En 1848, le juge de paix de Saint-Mathieu estime que « le forgeron est l'ouvrier qui gagne le plus, l'ouvrier de la campagne qui travaille à la terre est celui qui gagne le moins ». Quant aux paysans, leur situation matérielle dépend, en premier lieu, du statut dont ils bénéficient. Si l'on exclut les « grands » propriétaires, la condition la plus favorable est celle du métayer, surtout s'il dispose, au sein de sa famille, de nombreux bras. « Le plus indigent, écrit le même juge de paix, c'est l'agriculteur seul ou avec une famille en bas âge qui n'a que le travail de ses bras. Le colon qui est en famille et associé est peu exposé à l'indigence ». Le colon correspond donc, dans ces régions, à l'élite du monde agricole. Le mode d'exploitation de la terre, bail à mi-fruits avec le propriétaire, la taille de l'exploitation, en général de 20 à 40 ha, le mettent relativement à l'abri lors des années de mauvaise récolte. Aussi, l'évaluation des biens meubles pour cette catégorie d'exploitants agricoles est-elle souvent élevée. Par exemple, en février 1836, l'inventaire de Pierre Clément, colon à Saint-Mathieu fait ressortir un total de biens meubles évalué à 528 francs mais, surtout, il est dû à la succession 2 038 francs par une douzaine de débiteurs, tandis que ce colon laisse, pour toute dette, les seuls frais de médecin et d'enterrement. Cet homme a donc, de son vivant, réussi à se hisser au rang de créancier de village.

Moins enviable apparaît le sort du cultivateur, petit propriétaire. La taille de l'exploitation qu'il possède est, de manière générale, insuffisante : 78,1 % des cotes recensées à l'aide des documents cadastraux sont inférieure à 10 ha et correspondent, en moyenne, à des propriétés d'une superficie de 2,4 ha. Même s'il faut tenir compte du fait qu'une même personne peut être propriétaire dans plusieurs communes, la superficie moyenne de la petite propriété n'excède pas 3 ha. Étant donné la pauvreté des sols, de telles superficies ne peuvent suffire à la subsistance d'une famille, d'où le recours fréquent aux formes d'exploitation mixte du sol, associant le faire-valoir direct de petites parcelles à la location d'autres lopins, sous forme de fermage ou de métayage, à moins qu'une activité artisanale ne vienne compléter le revenu de la cellule familiale.

Cette précarité de condition chez le cultivateur micro-propriétaire apparaît à la lecture des inventaires après décès. Aucune armoire ne meuble son intérieur, le coffre y est plus présent que la commode. Quant au cheptel, il se compose essentiellement d'ovins et de porcins. Sur les dix-huit cultivateurs ou « propriétaires-cultivateurs » recensés à travers ces inventaires, quatorze possèdent des ovins, parfois en nombre important (jusqu'à 65 têtes), mais seulement un sur deux possède un ou plusieurs bovins. Chez certains, l'abondance du bétail est trompeuse ; ainsi, François Preneux, cultivateur, possède vingt et une brebis, trois vaches, deux « velles », une truie pleine et cinq cochons, le tout estimé à 452 francs. Mais, au chapitre du passif, il est précisé que le défunt devait « 1 109 francs dont 1 075, montant du cheptel mentionné et deux obligations et arrérages d'intérêts au sieur Gabriel Hugonneau-Montant ». Il s'agit d'un bail à cheptel, fort courant dans ces campagnes, le propriétaire des animaux confiant son bétail à un cultivateur, le bénéfice du croît des bêtes étant partagé entre propriétaire et locataire. Un seul inventaire ne mentionne aucun bétail. Il porte sur les biens laissés par un certain François Danède, « propriétaire-cultivateur ». Son actif successoral s'élève, en meubles à 376 francs ; mais surtout, il a contracté beaucoup de dettes : réparties entre vingt et un débiteurs, elles représentent un passif de 139 francs.

Le fait d'être propriétaire n'est donc pas le critère essentiel à retenir pour comprendre les hiérarchies sociales dans la région. Comme l'observe A. Corbin, « en milieu rural, l'importance du métayage contribue à brouiller les cartes. Le colon ignare, pauvre, méprisé du propriétaire, dénué d'ambition, se trouve à la tête d'une plus grande exploitation que les autres paysans du village. C'est lui qui embauche les journaliers. Il vit entouré d'une nombreuse famille et se trouve à l'abri des crises alimentaires [...]. Son sort est beaucoup plus enviable que celui du journalier. Or ce sont les métayers qui constituent en majorité le prolétariat rural de la région ; cela rend d'autant plus complexe les formes que revêtent ici les tensions sociales ».

Source : La « bande à Burgout » et la société rurale de la châtaigneraie limousine, de Philippe Grandcoing.

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25 août 2015

Une victime de la terreur du département de la Charente

M. de Lézignac, qui, en sa qualité de noble, était obligé de se cacher dans sa contrée, passait pour, avoir sur lui une forte somme en or; il fut assassiné et volé dans une grange qui lui servait de refuge, pendant la nuit, au village des Châtres, commune de Lézignac-Durand. Il n'y eut encore ni poursuites, ni répression.

Pendant longtemps, on ignora les circonstances de ce meurtre; mais la conscience, cet œil investigateur de l'àme qui se voit tout entière et se juge elle-même sans faiblesse; la conscience, dis-je, qui trouble le criminel le plus endurci, surtout au moment du trépas, suscita le remords chez l'un des complices qui parla, et voici ce que m'a conté une personne honorable qui, dans le pays, avait recueilli les confidences et les révélations.

M. du Rousseau de Lézignac, assassiné au commencement de 1794, était resté orphelin de bonne heure avec une sœur un peu plus jeune que lui (1).

Il ne prit point de service militaire et resta avec sa .sœur au château de Lézignac-Durand; mais il émigra en 1791 et rentra peu de temps après. Alors il dut se cacher, car on le déclara suspect, et sa qualité d'ancien émigré l'envoyait droit à la guillotine en cas d'arrestation. En rentrant au château de ses pères, il trouva sa sœur mariée de la veille avec un citoyen qui y était installé en maître, et qui, dit-on, refusa de le recevoir et même de le reconnaître. Il s'ensuivit une altercation violente, accompagnée de voies de fait; de là une haine implacable entre les deux beaux-frères, qui autorisa dans le temps certaines rumeurs graves, quoique improbables, et dont je n'entends en rien me rendre ni l'écho, ni l'éditeur responsable.

M. de Lézignac était un homme de haute stature, doué d'une force herculéenne et d'une agilité remarquable. On raconte que, toujours poursuivi par les agents du comité révolutionnaire, il s'était réfugié un jour dans une maison qui fut cernée. Comme il savait parfaitement où son arrestation devait le conduire, il se sauva par les greniers, fit une trouée à la toiture, sauta par terre, bouscula tout sur son passage et s'enfuit dans les bois sans qu'on pût le saisir.

Les qualités de son cœur répondaient à la beauté de son corps; il était humain, compatissant, secourable pour le pauvre, aussi partout, dans la contrée, on lui faisait bon accueil, on le cachait, on le protégeait à raison des recherches dirigées contre sa personne. Il se réfugiait tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre de ses voisins; quelquefois il se cachait dans les bois, où on lui portait à manger, sans qu'on le trahit jamais, ni par vengeance, ni pour toucher la prime offerte au dénonciateur par la République. La famille Fougeron de Lapélusonie surtout fut pour lui une seconde Providence pendant tout ce temps de persécutions. Un soir que M. de Lézignac était excédé de fatigue, car les agents du comité révolutionnaire de Confolens étaient toujours à ses trousses et ne lui laissaient ni trêve, ni merci, il alla se réfugier au village des Chastres, dans une maison occupée par la famille G..., où il se retirait quelquefois. Il y avait là une réunion de buveurs et de joueurs. M. de Lézignac, sans méfiance et toujours généreux, leur donna quelque argent pour s'amuser entre eux, puis il passa dans une grange, déposa ses pistolets sur un coffre et se coucha tout habillé sur un mauvais grabat, où bientôt il s'endormit d'un profond sommeil. Les compagnons du crime, en l'entendant ronfler, résolurent de le tuer, parce qu'ils le savaient porteur d'une forte somme en or, ou peut-être pour d'autres motifs, qui se disent encore tout bas à l'oreille dans la contrée, mais qu'il ne nous appartient pas de répéter, parce que nous n'y croyons pas. Ils prirent une longue barre de fer ou levier servant à extraire la pierre, et deux hommes, la tenant à chaque extrémité, appuyèrent fortement le milieu sur la poitrine de la victime pour l'étouffer, pendant qu'un autre complice, dont on a conservé le nom, la frappait à coups redoublés sur la tête avec une tranche, jusqu'à ce qu'enfin l'infortuné restât sans vie.

Après l'assassinat, on porta le cadavre dans Le bois des Vergues et on le jeta dans le fossé qui touche au clos des domaines de Chez-Raillard. Il y était depuis neuf jours, lorsque des chiens de bergères du village le firent découvrir à leurs maîtresses, qui les entendirent grogner comme pour se disputer une proie. Un rapport fut fait à l'autorité municipale qui fit enlever le cadavre, et on le porta au cimetière sans plus s'en préoccuper. Il n'y eut aucune enquête judiciaire, et, puisqu'il s'agissait d'un chien d'aristocrate, les assassins, quels qu'ils fussent, avaient bien mérité de la patrie.

On raconte encore, dans la localité, que chacun des assassins a fait une mort cynique ou cruelle.

Le vieux M. Fougeron de Lapélusonie fit faire l'enterrement à ses frais, tant il avait d'affection pour ce malheureux qui devait épouser sa fille aussitôt que le temps des persécutions serait passé. Si M. de Lézignac avait pu se soustraire encore quelques mois à l'abominable complot dirigé plus encore contre sa bourse que contre sa vie, il était complétement hors de danger, car la sanglante dictature de Robespierre, cause de tous les maux, touchait à sa fin.

J'ai laissé courir le récit sans l'interrompre, tel qu'il m'a été transmis, tant il m'a paru vrai et inattaquable. Ici les faits palpitent; il semble qu'on assiste à ces scènes lugubres, si bien en rapport avec les idées et les habitudes de ces temps malheureux.

Notes :

1. Nous n'avons pas pu obtenir les actes de naissance et de décès de celle victime, car les registres de celle commune manquent pour celle époque. — Voici l'acte de décès de son père :

« Le vingt-deux septembre de l'an mil sept cent cinquante-cinq, est décédé dans le bourg de Lézignac-Durand, dans la communion de l'Église, et a été inhumé, le vingt-trois du courant, messire Martial du Rousseau, écuyer, âgé de cinquante-cinq ans ou environ, veuf de Marie-Suzanne Pasquet. L'enterrement a été fait en présence de messieurs Germain Berthoumet, sieur de La Vue, habitant Orgedeuil en Angoumois, et de Jean de Plas de Fontaubière, habitant de Cherves, ses neveux, soussignés, et de plusieurs autres parents et amis. »

(Suivent les signatures.)

Les du Rousseau de Lézignac étaient de même souche que les du Rousseau de Ferrière, de Fayolle, de Coutgens, de Magnac, etc.

Source : Les victimes de la terreur du département de la Charente, de Stéphane-Claude Gigon.

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La Fête-Dieu d'Oradour en 1735

Les deux cloches sonnent à toute volée ; la croix sort de l'église portée par Jean Pénifaure de la Barbarie, et suivie par la bannière de la Sainte-Vierge, confiée aux jeunes filles du bourg et des villages, réunies en une confrérie de la Vierge.

La bannière de la confrérie du Saint-Sacrement apparaît, tenue par Laurent Andrieux, du village de Parade, qui a payé cet honneur une livre six sols; les confrères et les sœurs suivent en longue file, portant les flambeaux achetés à Limoges chez Mlle Poncé. Le rov Léonard Pruniaud, du village de la Tronchèze, accompagné du dauphin Pierre Valéron de Puymoreau, et de la dauphine Jeanne de la Brunie, du village de Parade ; les deux bayles, le sieur Jean Mandon de Forgeas et le sieur Léonard Faure du Caillau, précédent le dais porté par MM. Pierre Longeaud sieur de Charbonnières, Pierre Lathière, Martial Morlon Mazenty sieur de la Côte, Gabriel Parquet sieur de la Morelle.

Derrière le dais marchent les marguillers, les syndics fabriqueurs, le juge sénéchal M. François Jude de Larivière, le procureur fiscal Me Jean Rebière sieur de Morinas, peut-être aussi Mgr François-Annet de Coustin, marquis de Masnadaud, comte d'Oradour, seigneur de Blanac, de Boucheron et de Saint-Bazile, s'il était de passage en son château du Boucheron, pour entendre les comptes de son fermier M. Gabriel Hebière sieur de Larivière, bourgeois, avocat et juge sénéchal de Cussac et de Saint-Mathieu.

Tous ont leurs plus belles tenues des dimanches. Les paysans portent l'habit bleu, coupé à la mode du temps par le tailleur du village, l'étoffe en a été fabriquée à la maillerie de la Monneraie avec la laine de leurs brebis, filée par leurs femmes et leurs filles ; leurs culottes sont du même drap ainsi que le gilet ; leurs bas de laine brune ou grise sont fixés à la culotte par un large galon servant de jarretière. Ils traînent aux pieds leurs lourds sabots en bois de noyer. Leurs cheveux longs retombent sur le collet de l'habit, leurs chapeaux à larges bords, en feutre noir et roide comme une planche, reposent, pour la circonstance, à l'extrémité du long bâton de chêne ou d'aubépine bruni au feu, qu'ils ont fixé à la main gauche par un lien de cuir ; ces chapeaux ont été faits à Oradour chez Gabriel Faure, ou à la Maurie chez Pierre Arnaud ou chez J. Ileyraud, chapelier au village de Chez-Blancher. Les femmes ont des jupes coupées dans la même pièce de drap que les habits et culottes de leurs maris, des corsages ou brassières du même, par dessus de petits fichus ou coulets, blancs ou à grands ramages rouges et jaunes, croisant sur la poitrine; des tabliers de cotonnade bleue ou de bure grossière, appelés davantières, sont attachés autour de la taille ; leurs cheveux sont entièrement cachés sous des coiffes en toile blanche et même quelquefois écrue, toujours très simples et de peu d'effet.

Messieurs les bourgeois sont bien un peu plus élégants. C'est le maître tailleur du bourg, Jean de la Côte, qui a confectionné leurs beaux habits en fin drap marron ou canelle, ou puce, ou bleu ; quelques-uns ont l'habit en cadis noir ou brun, et sous l'habit est la veste de ras de Maroc, ou de cadis, ou de carlatte, bordée d'un petit galon d'or, ou de toile grise bordée d'une petite dentelle en argent avec boutons en fil d'argent. Le sieur Martial Mandon de La Gasne, bourgeois et marchand aux Petites Brégères, est allé acheter ces belles choses fort loin, à Bordeaux ou à Rouen. Des boucles d'argent, avec ardillons d'acier, fixent les bas de fil et la culotte de drap de Rouen, ou de ras, ou de cadis bleu ; d'autres boucles d'argent ornent les souliers. Les cheveux longs sont liés derrière la tête avec un ruban suivant la mode du xviii'1 siècle, car la mode vient à Oradour comme partout, lentement peut-être, mais elle y vient.

Les dames de Messieurs les bourgeois, ou plutôt les demoiselles, comme on disait alors en parlant des bourgeoises, ne sont point toutes dépourvues de quelque petite coquetterie honnête ; les femmes ont su être gracieuses en tous les temps et sous tous les costumes que leur ont faits les fantaisies de la mode. Elles ont, en l'année 1735, de belles robes de siamoise, ou d'indienne bleue, à raies ou à manches, par dessus la robe elles portent des mantes d'étamine et de mousseline dans les beaux jours, ou des mantelets d'indienne avec de petits tabliers de coton ou de mousseline attachés autour de la taille. Des coiffes blanches, à grands tuyaux, couvrent la tête et encadrent la figure...

Source : Monographie d'Oradour-sur-Vayres, d'Etienne Rayet.

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Vente de l'abbaye de Grosbos

Département de la Charente.

District de La Rochefoucauld.

Distance de Paris, 115 lieues.

Municipalité de Charras.

L'abbaye de Grosbos.

La maison bâtie à la moderne, de toute beauté et de toute solidité, forme trois aîles, l'église la quatrième, elle est située au milieu d'une belle prairie, arrosée par les eaux d'une fontaine abondante, qui passe dans les cours, la cuisine, et va entretenir deux pieces d'eau au bout du jardin.

Cette maison est entourée de jardins et de prés ; toutes les propriétés se touchent et contiennent 458 journaux, le journal de huit cents toises de six pieds quarrés ; et consitent dans prés de réserve, une métairie, six borderies, un moulin à huile, un étang, la moitié d'un autre étang, le surplus en bois et allées avec une belle avenue en ormeaux ; l'abbaye de Grosbos près des villes de Marthon et de la Rochebeaucourt, à 4 lieues d'Angoulême, à pareille distance de la Rochefoucauld, et est estimée 61,978 liv.

Il y a de plus pour 1242 liv. de bestiaux et outils, le tout sur l'enchère de 63,400 l.

L'adjudication définitive des biens ci-dessus est annoncée pour le vendredi 27 mai.

Source : Tableau des biens à vendre, 14-05-1791.

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Un suisse de La Rochette

suisse

NB : Clément Boissier est un soldat du régiment des Gardes suisses, né le 30 novembre 1722, baptisé le jour suivant, à La Rochette (Charente). Fils de Roch Boissier, officier au régiment de Ponthieu, et Madeleine Lériget. Il sert 27 ans dans la compagnie d'Erlach. Le 8 octobre 1789, il est reçu à l'hôtel des Invalides, avec une pension de 120 livres sur le trésor royal, et y meurt le 23 nivôse an 8 (13 janvier 1800).

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Guerry-Duclaud et le Suriname

passeport

NB : Antoine Guerry dit Duclaud est un ancien résident du Suriname. Baptisé le 28 mai 1741 dans l'église Saint-Cybard de La Rochefoucauld, il est le fils de Pierre Guerry, sieur du Claud, procureur au siège ducal, et Marie Pintaud, sa femme. Son parrain est Antoine Juzaud, notaire royal, et Anne Maignen, épouse du sieur Albert de Beauregard. Ancien soldat, il s'installe en Hollande à 18 ans, et commence son apprentissage du négoce et de la langue néerlandaise. De 1762 à 1771, il est employé dans la Compagnie des Indes occidentales au Ghana. Il quitte ensuite l'Afrique pour le Suriname, avec l'intention de devenir planteur. C'est un échec. En 1775, Guerry-Duclaud rentre en France. Il peut se marier avec Marie Migeon, dont le père est un ancien régent des écoles de Confolens, et au moins deux filles naissent de cette union. Il est marchand drapier établi à La Rochefoucauld avant la Révolution française. Lors de la convocation des États généraux, il assiste à plusieurs assemblées locales. La paroisse de Saint-Adjutory, le 8 mars 1789, l'élit député pour porter son cahier de doléances à Angoulême. Membre du conseil municipal de La Rochefoucauld en 1790, élu maire en 1792, succédant à Jean-Paul Sibilet. Il est aussi juge de paix. Sous le Directoire, Guerry-Duclaud est l'agent municipal de la commune, remplacé ensuite par Jean Dubois. Le 30 mars 1803, il s'éteint à l'âge de 62 ans, dans sa ville natale. Ses papiers font partie aujourd'hui des collections de l'université de Princeton.

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Nobles dans la paroisse de Maisonnais au XVIIIe siècle

Aucune déclaration ne fut faite, en 1609, pour la paroisse de Maisonnais. Les registres du bureau des finances de Poitiers ne nous fournissent non plus aucune quittance de droit de franc-fief la concernant. En revanche, l'état des biens nobles et celui des sommes imposées aux possesseurs de ces biens en 1764 pour le rachat du droit d'échange, nous donnent d'utiles indications.

Etat des biens nobles de la paroisse de Maisonnais vers 1755

1° Les terres de Maisonnais et de La Vauguyon sont saisis par les créanciers de la succession de feu M. le Président Delage.

2° Le fief du Puy, Le Gouëneix et Vieux-Chateau, consistant en château, prés, bois, étangs, huict septiers de rente, sur le village de Vieux-Chateau, quatre métairies et un moulin de Fontfroide, appartient à Pierre Mousnier, écuyer, sieur de St-Etienne (noble).

3° Le fief de Château-Rocher, consistant en château, prairie, étangs, moulin, une métairie appelée de La Rousserie et quelques rentes sur le village du Dognon, appartient à M. Armand François du Laud de Château-Rocher, écuyer (noble).

Sommes imposées aux possesseurs de biens nonbles de la paroisse de Maisonnais pour le rachat du droit d'échange en 1764

(N° 171) Les héritiers du sieur de Lage, à cause de la seigneurie de La Vauguyon, paroisse de Maisonnais, payeront 240 livres.

(N° 172) Le sieur de St-Etienne, à cause du fief du Puy, payera 60 livres.

(N° 173) Le sieur Dulau, écuyer, à cause des fiefs de Chateaurocher et du Gouëneix, payera 120 livres.

(N° 174) Le sieur d'Asnières, écuyer, à cause du fief de L'Ecanie, payera 60 livres.

(Bulletin de la Société Les Amis des sciences et arts, 1911)

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