29 mars 2020

Preuves de noblesse

1. Françoise Catherine Coustin de Masnadeau née et baptisée le 18 juillet 1762 au château de Masnadeau paroisse de Pageas.

2. Messire Alexandre de Coustin de Masnadeau, comte d'Oradour et marquis de Masnadeau, né le 21 octobre 1726, accordé le 11 septembre 1746 à dame Louise de Ravard, fille de messire Philippes Ravard, chevalier, seigneur de Mezieud, et Marie Desarnaud.

3. Messire Annet François de Coustin, chevalier, seigneur comte d'Oradour, seigneur de Masnadeau, La Vallade, Saint-Bazille, né le 1er septembre 1698, accordé le 7 janvier 1721 à Jeanne de Beynac, fille d'Armand de Beynac, baron de La Vallade, etc., et dame Marie de Vertamon.

4. Messire François de Coustin de Masnadeau, marquis de Masnadeau, comte d'Oradour, seigneur de Blanac et autres places, né le 4 novembre 1656, accordé le 12 avril 1687 à Marie Anne de Bermondet, delie d'Aubanie, fille de feu haut et puissant seigneur messire George de Bermondet, chevalier, seigneur comte d'Oradour, Saint-Bazille, etc., et haute et puissante dame Françoise Garnier.

5. Messire Antoine Charles de Coustin de Masnadeau, accordé le 9 décembre 1655 à Charlotte Marie de Reillac (elle testa le 1er mai 1662), fille de feu messire Charles de Reilhac et dame Louise de Tournemire.

6. Messire François de Coustin de Masnadeau, chevalier, seigneur marquis de Masnadeau, Plaux, Blanac et comte d'Oradour, testa le 10 octobre 1628, accordé le 22 novembre 1623 à Renée de Perrière Sauveboeuf.

7. Messire Jean de Coustin de Masnadeau, écuyer, seigneur de Masnadeau, Dumas, Chalard, accordé le 11 novembre 1591 à Françoise de Jussac, fille de feu puissant seigneur messire Raymond de Jussac et dame Magdeleine Jourdain.

8. Noble Louis de Coustin de Masnadeau, écuyer, seigneur de Masnadeau en Limousin testa à Paris le 16 avril 1551, accordé le 6 juillet 1533 à Louise de Lambertie, fille de noble François de Lambertie; elle testa le 28 avril 1581.

9. Foucault de Coustin de Masnadeau, seigneur de Masnadeau et du Mas. Actes de 1526 et du 4 août 1505, fils de noble Pierre et Isabeau de Fougeyrat de Masnadeau.

Certificat du 26 juin 1771.

Source : Preuves de noblesse pour l'entrée à la Maison royale de l'Enfant-Jésus, d'Anne-Marie Armelin.

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La baronnie de Saint-Cyr

Jean Léonard, trésorier de France à Limoges, était seigneur de Saint-Cyr, de Fressanges, et de Puydeau en 1700. Cette famille, qui habitait le château de Puydeau, avait été précédée par les Descubes qui, eux-mêmes, avaient succédé aux de Saint-Fief. Les de Saint-Fief et les Descubes seront également seigneurs de La Laurencie et de Lascaux. Annet de Saint-Fief possédait La Laurencie en 1604. Ses armes sont : d'azur au chevron d'argent, accompagné de trois croisettes de même, 2 et 1. Noble François de Saint-Fief était seigneur de La Laurencie et de Puydeau en 1612. Par son mariage avec Anne de Saint-Fief, Léonard Descubes possède ces lieux en 1628. Léonard Descubes, écuyer, seigneur de La Laurencie en 1650, épousa Anne de Chauveron, dont il eut Anne, mariée en 1671, à Pierre Fornel, écuyer, seigneur de La Faucherie, paroisse de Pluviers, à qui elle porta La Laurencie. Cette terre appartenait encore aux Fornel en 1858, année où mourait Jean de Fornel, qui fut maire de Saint-Auvent. Jean Descubes était seigneur de Lascaux et du Repaire en 1741, et Charles-Joseph Des Cubes, époux de Marie-Thérèse-Rosalie Marcillaud en 1772. Les Armes de cette famille sont : d'azur à trois cubes d'or, 2 et 1. François Descubes était seigneur de Puydeau et de Ferrand en 1670 ; Jean de Saint-Fief, en 1633 ; Jacques de Saint-Fief, en 1578. Les de Saint-Fief sont aussi seigneurs d'Essenat : Jean de Saint-Fief avait épousé en 1445 Agathe de Meillars. Leur fils, François, épousa en 1522, Renée du Breuil, dame de Royère. Le fils de ces derniers, Roland de St-Fief, Ecuyer, seigneur d'Essenat, épousa en 1587 Françoise de La Roumazière. La fille de François de Saint-Fief avait épousé Jean de Leyrisse, écuyer, sieur de La Motte-de-Saint-Cyr. Annet de Leyrisse, sieur de Lascaux, épousa en 1542 Marguerite de Lambertie. Antoine de Léonard, écuyer, président-trésorier de France au bureau des finances de la généralité de Limoges, était seigneur de Saint-Cyr en 1726 ; cette année-là, il acquit la terre de Saint-Laurent-sur-Gorre. Son fils, Jacques- Martial de Léonard, est dit seigneur de Saint-Laurent, de Puydeau, baron de Saint-Cyr en 1772. Anne-Josephe Léonard, fille de feu Antoine Léonard et d'Angélique-Josephe Morin, épousa, le 7 avril 1783, Claude-Etienne-Annet, comte des Roys, sénéchal du Limousin, qui devint par ce mariage, Baron de Saint-Cyr, seigneur de Saint-Laurent-sur-Gorre et de Puydeau.

Source : Au fil des ans, de Jean Aupetit.

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Le baillage de Rochechouart

Anciennement Rochechouart était le siège d’un baillage, espèce de tribunal d‘appel pour toutes les justices seigneuriales de la vicomté. Ce baillage, peu étendu, fut réuni par la suite à la sénéchaussée de Montmorillon, au présidial de Poitiers et au parlement de Paris.

Il existait dans la vicomté de Rochechouart un grand nombre de justices seigneuriales. Presque tous les châteaux avaient la leur. Ceux qui n’en possédaient pas en avaient été privés par le vicomte, qui, en concédant les châteaux, s‘était réservé le droit de justice. Dans tous ces prétoires les lois étaient de nature différente : les unes, de droit écrit, ressortissaient de Limoges, en appel à Bordeaux ; les autres (Rochechouart était du nombre) suivaient la coutume du Poitou et allaient à Montmorillon, Poitiers, et en appel à Paris. Chaque seigneur avait sa loi, son plaids, son banc et son fisc ; il était souverain législateur, juge, greffier, archer même. Il vendait aux uns leur sûreté et attaquait celle des autres ; souvent il tirait profil des accusations et des crimes, par l’emprisonnement, les amendes, la confiscation.

Dès longtemps Rochechourt avait un baillage : c‘était une justice exercée par un bailli et des juges ; plus tard ce baillage pritle nom de sénéchaussée. Avant 1551 les justices des baillis et des sénéchaux se nommaient présidiaux. Les grandes justices avaient un sénéchal et un lieutenant sénéchal. Le sénéchal était l‘autorité et l‘homme d’honneur ; il rendait la justice ou la faisait rendre sous ses yeux par son lieutenant.

Toute la France était ainsi couverte de justices seigneuriales. Pour l’ordinaire, lesjuges exerçaient plusieurs chargesà la fois ; souvent ils étaient juges de plusieurs justices en même temps ; ils étaient encore juges et notaires, ou juges et procureurs, ou greffiers, en la même justice. Pendant longtemps l’ignorance la plus crasse fut l’apanage de tous ces juges. Comme leurs maîtres ils savaient à peine lire et écrire ; la plupart étaient pris parmi les hommes d’affaires, les domestiques cules familiers du château. Aussi Loiseau et autres ont-ils eu beau jeu de ridiculiser ces praticiens ignorants. Combien ces temps sont loin de nous !

Voici les noms des derniers sénéchaux des justices renfermées dans la circonscription de l‘arrondissement actuel de Rochechouart.

Rochechouart, M. Gourseaud de Laumond-Chandos. (Le dernier lieutenant-sénéchal était M. Goursaud du Mazé, frère du précédent, qui était en même temps sénéchal des justices des Bâtiments et de Saillac.)

Saint-Junien, M. Périgord, de Saint-Junien.

Saint-Brice, M. Codet-Boisse, de Saint-Junien.

Saint-Victurnien, M. de Verdillac.

Une partie d’0radour-sur-Glane et autres lieux, M. Merlin de Chabant.

Autre partie de ce même Oradour et autres lieux, M. Maisondieu, de Mortemar.

Saint-Auvent, Champagnat, Brie et une partie de Saint-Mathieu, M. Berthelot.

Gorre et Saint-Cyr, M. Descubes-de-Saint-Désir.

Oradour-sur-Vayres, Saint-Bazile, Cussac et Cromières, M. Ribière des Bordes.

Montbron, M. Fleurat.

Pensol et La Chapelle-Montbraudeix, M. Profit, de Miallet.

Autre partie de Saint-Mathieu et Maisonnais, M. Chazeau, des Salles.

Lavauguyon, M. Rougier, des Salles.

Champsac relevait de Châlus.

Les intendants étaient des magistrats que le roi envoyait dans les provinces pour y veiller à tout ce qui pouvait intéresser l’administration de la justice, de la police et des finances. Ils étaient en général chargés de maintenir le bon ordre dans les provinces qu’ils administraient. Ils avaient sous eux des magistrats inférieurs, nommés délégués et sous-délégués. L’intendant de Poitiers avait à Rochechouart un sous-délégué ; le dernier fut M. Périgord de Beaulieu, grand-père de M. Hippolyte Périgord de Beaulieu, qui pendant longtemps fut maire de Rochechouart et membre du conseil général.

Louis XI avait établi en France des bureaux de poste aux lettres. Rochechouart en possédait un. Avant la révolution, le courrier qui portait les dépêches à Rochechouart n’y venait qu’une fois par semaine, le samedi. Il faisait ce service à cheval ; venait de Poitiers par Montmorillon, Saint-Junien et Rochechouart, et s’en retournait par Chabanais, Confolens et Poitiers. On ne portait point les lettres à domicile ; chacun venait les chercher à la poste, même des communes voisines. Combien nos pères seraient étonnés de voir arriver à leur porte, tous les jours, un facteur chargé de leur remettre des lettres, des journaux, partis de Paris depuis moins de vingt-quatre heures ! Le dernier directeur de la poste au moment de la première révolution, et qui n’avait pour tout traitement que cent cinquante livres, était M. Chemison-Dubois.

Depuis la fameuse charte d’affranchissement jusqu’à la révolution, la ville de Rochechouart, imitant le gouvernement de l‘ancienne Rome, était administrée par des consuls ; ils étaient au nombre de quatre. Le titre de consul a particulièrement désigné les officiers gouverneurs de la commune ; ils étaient les chefs de la cité, les premiers magistrats de la ville, avaient un nombre de conseillers qu’ils devaient consulter ; mais, au prévôt du seigneur seul il appartenait de sanctionner les décisions de ces fonctionnaires.

Les consuls sortants nommaient eux-mêmes, en présence du peuple convoqué à cet effet et qui devait approuver, les consuls rentrants. Ils étaient nommés pour deux ou pour cinq ans ; quelques-uns se sont maintenus en charge plus longtemps. Ces magistrats étaient toujours choisis parmi les personnes les plus honorables de la ville. Lors de l’institution des maires, sous Louis XIV, le consulat fut censé aboli ; mais il s’est maintenu à Rochechouart, sans doute par l’autorité du vicomte. En sorte que. les consuls, les maires, les échevins, exerçaient ensemble à peu près les mêmes fonctions.

Les familles qui ont le plus fourni de consuls sont :les Gourseaud, les Chemison, les Lacroix, les Boudeau, les de Lavaud, les Desvergnes, les Maron, les Trouillaud, les Maisondieu, les Boulesteix, les Lachaumette, les Labrunie, les Duchesne, les Pailler, les Rayet, les Leylavoie, les Simon, les Bourdeau, les Soury, les Beaudequin, les Périgord.

Dans l’organisation municipale, le maire était le principal agent de la commune ; il était chargé de l’administration locale et de la gestion des affaires, sous la surveillance des consuls et sous la direction des chefs de province. Le nom de maire vient du latin : m’ai0r ou major, parce que, dans les anciennes communes, ceux qui remplissaient ces fonctions étaient les plus âgés des membres du corps municipal.

Les maires ont aujourd’hui une juridiction bien plus étendue. Au moment de leur création, presque tous furent nommés à vie ; ce qui explique pourquoi, en 1708, on trouve sur les registres de la mairie de Rochechouart, un M. Gourseaud de la Jousseline, conseiller du roi, signant maire perpétuel. Le dernier maire de la ville, sous l’ancien régime, fut M. Gourseaud-Laumond.

Comme de nos jours, les magistrats municipaux ne recevaient aucune rétribution.

Avant 1721, lorsque avaient lieu les élections municipales, ou se réunissait à la maison de ville, vulgairement appelée le Communal ; elle était située près de la place, au-dessous de chez M. Marquet-Lavergne ; son petit jardin occupait l’emplacement du temple des protestants.

Les échevins furent institués en 1769 ; ils ont subsisté jusqu’à la révolution. Rochechouart était administré par un maire, deux échevins, six conseillers et quelques notables. Les échevins se nommaient aussi scabins, mot celtique qui signifie ceux qui siègent, les juges, les assesseurs. Nommés par le peuple, ils faisaient la police et avaient droit de requérir la force armée.

Les lieutenants de la séhéchaussée s’occupaient aussi d‘administration, de police, et en général de tout ce qui regardait l’ordre et la tranquillité publique.

La police de Rochechouart appartenait au vicomte, dont les prisons se trouvaient dans le donjon seigneurial. La ville avait aussi les siennes ; elles étaient au-dessus de la porte Bereau ; on y montait par un escalier en pierres. Cet édifice, très élevé, garni de fer, surmonté d’une girouette, indiquait une juridiction municipale. L’on voit, en effet, par un acte de 1475, que les consuls affermaient les amendes de la justice au profil de la commune ; qu’ils faisaient emprisonner pour crimes et fautes contre la police. Dans un procès-verbal de 1768, il est dit : « La tradition nous apprend que la ville avait une juridiction de police ; le nom d’amende, celui de sergent de ville, que nous trouvons employés dans des actes, comme aussi celui de greffier, la prison de ville, sur la porte Bereau ayant une girouette, la maison ou hôtel-de-ville, tout cela indique une juridiction, au moins de police, à l’instar de plusieurs autres villes. »

L’association municipale de Rochechouart n’avait point le pouvoir militaire ; il appartenait exclusivement au vicomte, auquel la châtellenie devait en temps de paix soixante hommes armés pour sa suite et sa garde. En temps de guerre, il levait des soldats selon les besoins.

Source : Rochechouart, histoire, légendes, archéologie.

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M. de Lavergne aurait dit que...

Le juge de paix du canton d'Oradour était alors Pierre Ribière Desbordes, ci-devant juge sénéchal du comté. Il s'empressa d'obéir aux ordres du District : et le 8 juin 1792, à dix heures du matin, onze témoins vinrent déposer devant lui : son greffier, Me Laurent, écrivit leurs dépositions, que nous résumons.

M. de Lavergne aurait dit :

Que les membres de l'Assemblée nationale étaient tous de la foutute canaille.

Qu'il se foutait de la garde nationale d'Oradour.

Qu'il se foutait des Municipalités, des Districts, des Départements ; qu'il n'avait pour payer deux sacs d'avoine que de foutu papier.

Qu'on avait établi des maires, des municipalités, que tout était de la gueusaille, que nous avions sept couronnes contre nous, que la France serait prise aussi facilement qu'une nichée d'oiseaux.

Que le Département de la Haute Vienne séant à Limoges était un tas de gueux et de fripons, qu'ils nous volaient comme font les voleurs au coin d'un chemin.

Que les membres de l'Assemblée nationale nous ruinaient tous, qu'ils faisaient des dépenses considérables, que les premiers n'avaient pas rendu de comptes, que leurs successeurs en feraient autant.

Que la municipalité de Cussac était de la race des chiens.

Qu'on lui avait porté un quart en sus des terrains qu'il possédait, qu'il se laisserait imposer, et que si quelqu'un venait lui demander de l'argent, qu'il lui foutrait deux balles dans le crâne et foutrait son camp. Il s'étonnait que quelqu'un voulût aller au secours de la nation, que si on pensait comme lui on n'irait pas. vu qu'on les conduisait à la boucherie.

Le 6 juillet suivant, onze autres témoins, assignés par l'huissier Pallier, déposèrent encore :

Que les commissaires qui avaient fait la répartition des impôts étaient de la race des chiens.

Que les assignats étaient une pauvre drogue.

Que, la veille des Rameaux, il avait dit que le 24 juin il y aurait des chapeaux de reste.

Qu'on prendrait les Français de la même manière qu'on prend une nichée d'oiseaux dans une haie.

Que les gardes nationales, les maires, tout cela était de la foutraille, de la gueusaille, des Jean foutre.

Source : Monographie du château du Puy, d'Etienne Rayet.

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Le château de Joseph de Lavergne

Joseph de Lavergne, la malheureuse victime des folies sanguinaires de la Révolution, naquit à Aixe en 1755. On lit sur les registres de cette paroisse :

« Le quatrième août 1755, a été batisé par moi soussigné Jean-Baptiste-Joseph Dominique, né la nuit précédente en cette ville, fils de mesre Gaucher de Lavergne, écuyer, capitaine au régiment de La Fère infanterie, et de dame Anne-Elisabeth de la Biche, son épouse. Ont été parrain mesre Jean Baptiste-Joseph de la Biche, écuyer, seigr de Reignefort, et marraine dame Pétronille Berny, veuve de mre Gaucher de Lavergne, en son vivant écuyer, seigr de Marginier. Lesquels ont signé avec nous. Signé : Brousse, curé d'Aixe, La Biche Reignefort, Berny de Lavergne. »

Pourquoi déclara-t-il plus tard aux autorités révolutionnaires qu'il était né à Saint-Domingue ? La vérité est, comme l'atteste le registre paroissial d'Aixe, qu'il naquit plus d'un an après le retour de son père et de sa mère.

Joseph de Lavergne fut mis en pension à La Rochefoucauld, chez un monsieur Duplessis, au mois de décembre 1766. Il y resta un an, à raison de 200 livres, 8 sacs de froment et 3 sacs de blé noir.

Il entra à La Flèche en 1771 : d'Hozier délivra, à cette occasion, un certificat attestant qu'il avait « la noblesse nécessaire pour être admis au nombre des gentilshommes que Sa Majesté fait élever dans les écoles royales militaires. »

Il en sortit au mois de mai 1772 pour rejoindre le régiment de La Fère, en qualité de sous-lieutenant, sans appointements. C'est dans ce régiment, on se le rappelle, que son père avait servi pendant plus de vingt ans ; c'est là que servaient alors deux de ses cousins, fils de autre Gaucher de Lavergne et de Pétronille Berny, qui y moururent, l'un capitaine, l'autre lieutenant.

Le 17 septembre 1773, il fut nommé sous-lieutenant en titre, et il partit pour la Corse, où son régiment allait tenir garnison. En 1778, il fut promu lieutenant en second à la compagnie Lieutenante-Colonelle ; puis, le 30 août 1782, lieutenant en premier à la compagnie de Beaudrieux.

Trois ans plus tard, le 11 janvier 1785, il épousa Jeanne de Théfon, née au château de la Barde, fille de Benoît Barbe-Teyfon, marquis de Théobon, chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine au régiment d'Artois infanterie, et de Marie Louise Lataste.

Le contrat de mariage fut passé à Aixe, chez le notaire Cheyrou.

Le marquis de Théobon et Mrac de Théobon donnaient à leur fille 60.000 l. de dot, soit 40.000 l. du chef maternel, et 20.000 l. du chef paternel. 30.000 l. devaient être payées comptant, et les 30.000 autres livres, au décès du dernier mourant des père et mère, sans intérêts jusqu'à ce moment.

Gaucher de Lavergne donnait à son fils son bien noble du Puy, Grafeuille, La Guionie, le Breuilh, cens, rentes, château, préclôture, domaines, moulin, étangs, meubles meublant, vifs et morts. Sous réserve de la jouissance, sa vie durant, sous réserve aussi d'une rente au capital de 3.885 fr. due au seigneur de Gorre.

Il instituait son fils héritier universel de tous ses biens.

Joseph de Lavergne donnait à sa future femme 400 l. de rente et 6.000 l. de capital, plus son logement au Puy, en cas de prédécès. La future faisait à son futur époux un don de 3.000 l. de capital, dans ce même cas de prédécès.

Le contrat porte au bas les signatures suivantes, outre celles des parties : J. B. Duverger, prêtre présent, aumônier de la ville d'Aixe ; Martial, comte de Brie de Soumagnas ; J.-B. Duverger, docteur en médecine ; Christophe Duverger, avocat, juge des Cars ; Guingand, chevalier, seigneur de Joussignac ; marquis Beaupoil de Saint-Aulaire ; chevalier Beaupoil de Saint-Aulaire ; Etienne David, notaire ; J.-B. Rougerie, bourgeois ; Ribeyreix de Feuillade ; Rogier des Essarts.

Peu après son mariage, le 2 octobre 1785, Joseph de Lavergne quitta le service, avec une attestation flatteuse signée à Poitiers par un grand nombre d'officiers de son régiment, disant « qu'il a mérité l'estime de ses supérieurs et l'amitié de ses camarades, et emporte les regrets des uns et des autres ».

En 1786, Joseph de Lavergne et Jeanne Benoite Barbe de Teyfon vendirent à Antoine Fredon, dit le marchand, et à Jeanne Biojou, sa femme, métayers aux Bordes, la métairie de Négrelat, dans la fondalité des Religieuses de Boubon, y compris le cheptel et les semences, au prix de 5.000 livres. Nous ne comprenons pas les motifs qui amenèrent cette vente, au lendemain d un riche mariage qui lui donnait 30.000 livres comptant.

Il semble bien qu'à cette époque aucune gêne financière ne régnait au château du Puy ; c'est alors que les châtelains firent d'importantes acquisitions de toiles, de velours, de coton, de soie, de taffetas, qui paraissent avoir été employés à restaurer le mobilier. Nous en donnons l'énumération dans une note, à la fin du volume. La facture signée Tardieu et Brisset jeune s'élevait à 1.853 l.

Bientôt, les intérêts importants qu'il avait à Saint-Domingue obligèrent Joseph de Lavergne à se rendre dans cette île lointaine. Les acquéreurs de sa terre de Veaux ne payaient pas les pactes convenus ni les intérêts. Il avait bien donné à son frère Charles, écrivain cle la marine à Port au Prince, une procuration pour toucher 12.000 l., mais rien n'avait été payé.

M. de Lavergne, laissant sa jeune femme et ses deux enfants, s'embarqua à Bordeaux dans les premiers jours de novembre 1789, à bord du vaisseau l'Alexandre, qui fît voile vers les Caves Saint Louis, sous le comman dément du capitaine d'Aguerre. Il emportait deux ballots contenant diverses marchandises, vingt caisses bougies de table et un cabriolet à deux roues, pour quoi il paya 245 l. de frais de transport ; pour lui il paya 600 livres. Vrai semblablement ces marchandises, bougies et cabriolet, étaient destinées à être revendues avec profit pour payer les frais du voyage.

Son séjour à Saint-Domingue ne fut guère que de six à sept mois, mais il paraît lui avoir donné des résultats importants. Il toucha, le icr janvier 1790, une somme de 25.712 l., dont 22.500 pour les intérêts de six années, et 3.212 à-compte sur le capital; puis un peu avant son retour, le 30 juin, une autre somme de 21.944 l. dont 1744 l. 10 pour six mois d'intérêts, et 20.200 sur le capital.

Il repartit au mois de juillet 1790. sur le même vaisseau. Il rapportait 64 barriques de sucre brut « allant pour son compte, et à l'adresse et consignation de Raymond Fauché, négociant à Bordeaux ». Un autre navire, le Vicomte d'Urtubie, lui ramenait 570 piastres d'Espagne « allant pour son compte et risque, et à l'adresse et consignation de M. Raymond Fauché, négociant à Bordeaux ». Nous ne savons combien valaient ces barriques de sucre et ces piastres ; mais nous venons de voir qu'il avait touché pendant son séjour à Saint-Domingue une somme de 47.656 livres, tant sur le capital que sur les intérêts.

Il reçut encore au mois de mars suivant 29.436 livres, capital et intérêts. Il lui restait dû très vraisemblablement environ 25.000 livres, qui ne furent jamais payées ; ce qui lui faisait dire souvent que la Révolution lui faisait perdre de grosses sommes.

M. de Lavergne quittait Saint-Domingue au moment où arrivait le décret de l'Assemblée appelant brusquement les nègres à jouir des droits civils et politiques, décret qui allait amener le massacre des colons et nous faire perdre cette riche possession. Il fuyait la Révolution dans la colonie, mais il allait la retrouver dans la mère patrie et succomber sous ses coups.

Après un court séjour à Bordeaux, après un petit voyage à Nantes pour y vendre son sucre, Joseph de Lavergne rentra au Puy. Il y passa l'année 1791, écoutant gronder cette Révolution qui devenait plus menaçante, et recevant quelquefois des nouvelles de l'insurrection qui désolait la colonie et allait lui faire perdre ce que lui devaient encore les frères Guilhem.

Les événements se précipitaient. Les nouvelles arrivant de Paris et des provinces devenaient de plus en plus alarmantes; les préoccupations, les craintes grandissaient. A la fin de l'année 1791, après l'arrestation du roi à Varennes, la noblesse passa la frontière pour se mettre en sûreté, avec l'illusion de rentrer bientôt ; mais le xvine siècle, impie et licencieux, avait fait déborder la coupe de la colère divine.

M. de Lavergne ne voulut pas émigrer, imitant son voisin, le marquis de Cromières. Mais il fallait être, comme lui, d'une extrême prudence, se terrer, surtout se taire ; or, il était très difficile au châtelain du Puy de se taire. Ses préoccupations d'intérêt, car il avait toujours en la pensée sa créance de Saint Domingue, perdue par la faute de l'Assemblée constituante, ses préoccupations ajoutaient encore à son agitation naturelle. Il parlait beaucoup, à tout venant, aux bourgeois, aux paysans, à ses ouvriers. Il n'épargnait aucune critique, ni des administrations, ni des assemblées ; critiques bien justifiées, assurément, mais combien dangereuses pour lui. Nous avons cité plus haut, clans une note au bas de la page, l'avertissement que lui donna un jour, à Gorre, son parent M. Teyfon : « Joseph, vous parlez trop : il vous arrivera malheur. »

Les bourgeois de Cussac, sauf le citoyen Duvoisin de Gipoulou, n'étaient point de fougueux jacobins, comme plusieurs de leurs voisins d'Oradour. Aussi, peut être les intempérances de langage de M. de Lavergne ne lui auraient-elles causé aucun ennui grave, si une dernière imprudence n'était venue exciter des colères si faciles à enflammer à cette triste époque. Cette nouvelle imprudence fut la surenchère qu'il fit à la vente du monastère de Boubon.

Une première vente de ce monastère avait eu lieu devant le District de Saint-Junien le 18 mars 1791. L'adjudicataire fut Martial Devoisin de Lagarde, demeurant à Montbrun, commune de Dournazac, au prix de 36.300 fr. Ayant appris, avant de signer l'acte d'adjudication, que la forêt de Boubon, à son grand étonnement, ne se trouvait pas comprise dans la vente, Devoisin refusa de donner sa signature, déclarant qu'il avait cru acheter la forêt avec les bâtiments et les domaines.

A la suite de cet incident, une seconde vente eut lieu, sur folle enchère, le 20 décembre 1791. C'est contre cette seconde vente que protesta M. de Lavergne ; elle fut annulée, et une troisième vente fut faite plus tard, le 15 mai 1794.

Il comprit dans la suite son imprudence ; il l'avoua devant le comité de surveillance de sa commune de Loubès.

« Je me bornerai, dit-il. à citer un dernier fait, lequel a contribué, plus que tout autre, à me susciter des ennemis. Je fis une soumission pour acquérir un couvent de religieux avec une vaste clôture ; ma soumission fut motivée sur ce que m'avait dit un administrateur, le citoyen Sauvo, que les domaines de la dite communauté, précédemment vendus, seraient de nouveau revendus par l'illégalité de la vente. J'ajoutais une enchère de 6.000 l. sur les dits domaines en cas de revente. Cette soumission, de ma part, donna lieu à recherches qxii firent incarcérer cinq ou six ci devant administrateurs du District, et dont j'ai peut-être été la cause innocente ; voilà, citoyens, l'origine de la haine que mes ennemis m'ont vouée ».

Nous ne connaissons pas quel est le mobile qui détermina M. de Lavergne à se mêler de cette vente de Boubon. Voulut-il faire un mauvais tour au citoyen Duvoisin-Gipoulou, qui avait acheté sur folle enchère, et qu'il n'aimait guère? Ne sut-il pas contenir son indignation devant une opération qui lui semblait entachée de fraude ? Voulait il réellement se rendre acquéreur de Boubon pour faire une bonne affaire ?

Source : Monographie du château du Puy, d'Etienne Rayet.

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Une société homogène

L'image d'ensemble de la région quant au niveau de fortune de ses habitants est celle d'une grande médiocrité. L'étude des successions enregistrées au bureau d'Oradour-sur-Vayres pour les décès survenus entre 1834 et 1836 fait apparaître la faiblesse des fortunes transmises : 44,1 % des successions ne dépassent pas un montant de 500 francs; celles comprises entre 500 et 2 000 francs représentent 37,2 % de l'ensemble. Quant aux transmissions supérieures à 2 000 francs, elles ne forment que 18,7 % des successions enregistrées durant cette période. Ces chiffres sont à rapprocher de ceux fournis par A. Corbin pour le bureau de l'enregistrement de Limoges en 1848, soit respectivement 40,6 %, 33,4 % et 26 %. Les grandes fortunes sont donc moins fréquentes dans ce milieu rural que dans la région de Limoges. Cela ne surprend guère car, sur le « territoire de la bande », on ne compte ni riche industriel, ni propriétaire foncier véritablement important, à part quelques exceptions.

La plus grande fortune enregistrée pendant ces trois années s'élève à 55 088 francs. Il s'agit de Jean Barret-Boisbertrand, demeurant à Maisonnais-sur-Tardoire et, de son vivant, propriétaire. Sa fortune est essentiellement immobilière : il possède cinq « corps de domaine » évalués à 41 000 francs, le quart de la forêt de Lavauguyon, estimé à 6 600 francs et, enfin, une « réserve avec maison de maître, jardin et deux pièces de pré » d'une valeur de 4 000 francs, soit au total 51 600 francs en biens immeubles et 3 488 francs en biens meubles. Même chez un « industriel » les biens immeubles occupent une place importante. Si François Béjard, maître de forge à Dournazac, laisse à sa mort une fortune de 28 280 francs en numéraire et biens meubles, soit la plus importante de cette nature, il possédait également deux métairies et une « réserve » évaluées à 20 000 francs. Ainsi, la proportion de biens immeubles est-elle, de manière générale, très importante dans les successions : 70,4 % du total, alors qu'en 1826 ce taux n'était que de 66 % pour l'ensemble de la France. Cette prédominance des biens immeubles est l'indice d'une stratification sociale reposant principalement sur la possession de la terre, ainsi que d'un certain retard de la région par rapport aux modifications des structures économiques accordant de plus en plus de place aux valeurs mobilières. Il est, à ce propos, révélateur qu'aucun des inventaires après décès ne signale la présence d'actions ou d'obligations. On prête de l'argent au voisin plus pauvre mais on reste indifférent, voire hostile, aux nouveaux types de placement. A l'autre extrémité de l'échelle sociale, les plus pauvres, ceux qui ne laissent rien à leur décès, constituent une part importante de la population. Le bureau d'Oradour-sur-Vayres n'a, en trois ans, enregistré que 479 successions. A ce chiffre, il convient de retrancher les 16 décès survenus dans des communes n'appartenant pas aux deux cantons de Saint-Mathieu et d'Oradour-sur-Vayres et les 44 morts originaires de Dournazac, les registres des décès de cette commune n'ayant pu être consultés. Le chiffre ainsi obtenu de 419 successions est à mettre en rapport avec le nombre des décès intervenus pendant ces trois années sur les mêmes communes, soit 1 759. Cela signifierait donc que plus de trois personnes sur quatre seraient décédées sans laisser d'héritage. Cependant, ce que nous savons des caractères démographiques de la région incite à affiner ce constat. Durant l'année 1836, par exemple, 115 successions ont été enregistrées, correspondant à 577 décès. Si l'on ne prend en compte que successions et décès des individus âgés de plus de 20 ans, on obtient, respectivement, les chiffres de 108 et de 232. Cela signifie donc que 54,5 % des adultes dans la région ne laissèrent rien après leur mort, cette année-là. Ce pourcentage, bien moindre que celui avancé précédemment, n'en est pas moins important. A. Corbin indique que, pour le bureau de l'enregistrement de Limoges, le pourcentage (enfants et adolescents compris) de personnes n'ayant transmis aucun bien déclaré à leur décès s'élève à 69 %, soit un pourcentage inférieur au premier cité (76,2 %).

Le nombre important des domestiques, servantes et journaliers, représentant un tiers de la population active, contribue à expliquer ce résultat. Celui-ci illustre, également, la grande pauvreté qui règne dans ces campagnes car, fréquemment, pèse sur le maigre actif de la plupart des habitants un passif disproportionné, situation issue du poids de l'endettement des habitants. La pyramide des fortunes locales apparaît donc comme particulièrement large à sa base, tandis que son sommet, étroit, n'est guère distant de son assise.

Cette faiblesse relative des contrastes sociaux s'exprime dans la vie quotidienne. Dans son château, le marquis de Cromières, entouré de deux femmes de chambre, d'une cuisinière, d'un jardinier, d'un cocher et d'un régisseur constitue une exception. L'image qui ressort des descriptions d'intérieur, selon les inventaires après décès rédigés par les notaires, est assez uniforme, que l'on soit chez un artisan ou un « propriétaire ». Les maisons se composent d'une ou deux pièces où voisinent instruments aratoires, vaisselle, réserves alimentaires, vêtements, tables et lits. On trouve rarement une spécialisation spatiale des différents éléments constituant l'habitation, si ce n'est au niveau des animaux, toujours cantonnés dans l'étable. La demeure aux pièces nombreuses ayant chacune une fonction précise est extrêmement rare. C'est, par exemple, celle de Léonard Ribet, aubergiste et « militaire pensionné », décédé en 1829 qui possédait une maison à deux étages avec une cuisine , un salon et une autre pièce au rez-de-chaussée (le tout servant, sans doute, aux clients de l'auberge) et deux chambres au premier étage, dont l'une était la chambre du défunt. Cependant, même dans cet exemple, le cloisonnement espace public (l'auberge) et espace privé (le lieu d'habitation) n'est pas établi, si ce n'est au niveau de la chambre. En revanche, cet intérieur se caractérise par une assez grande abondance de meubles : lits, tables, chaises, ce qui n'est pas étonnant, eu égard à la profession du défunt, mais également trois armoires. Or, l'armoire est, apparemment, un luxe dans ces campagnes. Sur les cinquante-huit inventaires dépouillés, elle n'est présente que onze fois. Le coffre constitue, en fait, le seul meuble, avec le lit, présent dans presque tout intérieur (69 % des cas). Dans ce coffre, fermant généralement à clef, s'entassent linge, vêtements et, lorsqu'il y en a, l'argent. Dans presque un cas sur quatre, il constitue, avec le lit et la table, tout le mobilier possédé par le défunt, notamment chez les cultivateurs. Parmi ces cinquante-huit inventaires, dix correspondent à ce schéma pour cette catégorie, deux pour des « propriétaires cultivateurs » et un pour un tisserand. La condition de cultivateur n'est donc pas forcément enviable dans les campagnes de l'époque, même si l'on possède quelques lopins de terre. En outre, pèse sur ces misérables patrimoines le poids des dettes précédemment contractées, obérant souvent la piètre valeur des actifs.

La structure sociale se caractérise par l'importance de la fraction pauvre, voire misérable, de la population locale. On y retrouve les ouvriers agricoles dont les salaires sont les plus bas pour la Haute-Vienne. Peut, également, être comprise dans cette catégorie la plus grande partie des artisans et notamment les tisserands qui, selon A. Corbin, « paraissent les artisans les plus démunis ». En revanche, les artisans du fer semblent jouir — surtout les forgerons — d'une plus grande aisance. En 1848, le juge de paix de Saint-Mathieu estime que « le forgeron est l'ouvrier qui gagne le plus, l'ouvrier de la campagne qui travaille à la terre est celui qui gagne le moins ». Quant aux paysans, leur situation matérielle dépend, en premier lieu, du statut dont ils bénéficient. Si l'on exclut les « grands » propriétaires, la condition la plus favorable est celle du métayer, surtout s'il dispose, au sein de sa famille, de nombreux bras. « Le plus indigent, écrit le même juge de paix, c'est l'agriculteur seul ou avec une famille en bas âge qui n'a que le travail de ses bras. Le colon qui est en famille et associé est peu exposé à l'indigence ». Le colon correspond donc, dans ces régions, à l'élite du monde agricole. Le mode d'exploitation de la terre, bail à mi-fruits avec le propriétaire, la taille de l'exploitation, en général de 20 à 40 ha, le mettent relativement à l'abri lors des années de mauvaise récolte. Aussi, l'évaluation des biens meubles pour cette catégorie d'exploitants agricoles est-elle souvent élevée. Par exemple, en février 1836, l'inventaire de Pierre Clément, colon à Saint-Mathieu fait ressortir un total de biens meubles évalué à 528 francs mais, surtout, il est dû à la succession 2 038 francs par une douzaine de débiteurs, tandis que ce colon laisse, pour toute dette, les seuls frais de médecin et d'enterrement. Cet homme a donc, de son vivant, réussi à se hisser au rang de créancier de village.

Moins enviable apparaît le sort du cultivateur, petit propriétaire. La taille de l'exploitation qu'il possède est, de manière générale, insuffisante : 78,1 % des cotes recensées à l'aide des documents cadastraux sont inférieure à 10 ha et correspondent, en moyenne, à des propriétés d'une superficie de 2,4 ha. Même s'il faut tenir compte du fait qu'une même personne peut être propriétaire dans plusieurs communes, la superficie moyenne de la petite propriété n'excède pas 3 ha. Étant donné la pauvreté des sols, de telles superficies ne peuvent suffire à la subsistance d'une famille, d'où le recours fréquent aux formes d'exploitation mixte du sol, associant le faire-valoir direct de petites parcelles à la location d'autres lopins, sous forme de fermage ou de métayage, à moins qu'une activité artisanale ne vienne compléter le revenu de la cellule familiale.

Cette précarité de condition chez le cultivateur micro-propriétaire apparaît à la lecture des inventaires après décès. Aucune armoire ne meuble son intérieur, le coffre y est plus présent que la commode. Quant au cheptel, il se compose essentiellement d'ovins et de porcins. Sur les dix-huit cultivateurs ou « propriétaires-cultivateurs » recensés à travers ces inventaires, quatorze possèdent des ovins, parfois en nombre important (jusqu'à 65 têtes), mais seulement un sur deux possède un ou plusieurs bovins. Chez certains, l'abondance du bétail est trompeuse ; ainsi, François Preneux, cultivateur, possède vingt et une brebis, trois vaches, deux « velles », une truie pleine et cinq cochons, le tout estimé à 452 francs. Mais, au chapitre du passif, il est précisé que le défunt devait « 1 109 francs dont 1 075, montant du cheptel mentionné et deux obligations et arrérages d'intérêts au sieur Gabriel Hugonneau-Montant ». Il s'agit d'un bail à cheptel, fort courant dans ces campagnes, le propriétaire des animaux confiant son bétail à un cultivateur, le bénéfice du croît des bêtes étant partagé entre propriétaire et locataire. Un seul inventaire ne mentionne aucun bétail. Il porte sur les biens laissés par un certain François Danède, « propriétaire-cultivateur ». Son actif successoral s'élève, en meubles à 376 francs ; mais surtout, il a contracté beaucoup de dettes : réparties entre vingt et un débiteurs, elles représentent un passif de 139 francs.

Le fait d'être propriétaire n'est donc pas le critère essentiel à retenir pour comprendre les hiérarchies sociales dans la région. Comme l'observe A. Corbin, « en milieu rural, l'importance du métayage contribue à brouiller les cartes. Le colon ignare, pauvre, méprisé du propriétaire, dénué d'ambition, se trouve à la tête d'une plus grande exploitation que les autres paysans du village. C'est lui qui embauche les journaliers. Il vit entouré d'une nombreuse famille et se trouve à l'abri des crises alimentaires [...]. Son sort est beaucoup plus enviable que celui du journalier. Or ce sont les métayers qui constituent en majorité le prolétariat rural de la région ; cela rend d'autant plus complexe les formes que revêtent ici les tensions sociales ».

Source : La « bande à Burgout » et la société rurale de la châtaigneraie limousine, de Philippe Grandcoing.

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La Fête-Dieu d'Oradour en 1735

Les deux cloches sonnent à toute volée ; la croix sort de l'église portée par Jean Pénifaure de la Barbarie, et suivie par la bannière de la Sainte-Vierge, confiée aux jeunes filles du bourg et des villages, réunies en une confrérie de la Vierge.

La bannière de la confrérie du Saint-Sacrement apparaît, tenue par Laurent Andrieux, du village de Parade, qui a payé cet honneur une livre six sols; les confrères et les sœurs suivent en longue file, portant les flambeaux achetés à Limoges chez Mlle Poncé. Le rov Léonard Pruniaud, du village de la Tronchèze, accompagné du dauphin Pierre Valéron de Puymoreau, et de la dauphine Jeanne de la Brunie, du village de Parade ; les deux bayles, le sieur Jean Mandon de Forgeas et le sieur Léonard Faure du Caillau, précédent le dais porté par MM. Pierre Longeaud sieur de Charbonnières, Pierre Lathière, Martial Morlon Mazenty sieur de la Côte, Gabriel Parquet sieur de la Morelle.

Derrière le dais marchent les marguillers, les syndics fabriqueurs, le juge sénéchal M. François Jude de Larivière, le procureur fiscal Me Jean Rebière sieur de Morinas, peut-être aussi Mgr François-Annet de Coustin, marquis de Masnadaud, comte d'Oradour, seigneur de Blanac, de Boucheron et de Saint-Bazile, s'il était de passage en son château du Boucheron, pour entendre les comptes de son fermier M. Gabriel Hebière sieur de Larivière, bourgeois, avocat et juge sénéchal de Cussac et de Saint-Mathieu.

Tous ont leurs plus belles tenues des dimanches. Les paysans portent l'habit bleu, coupé à la mode du temps par le tailleur du village, l'étoffe en a été fabriquée à la maillerie de la Monneraie avec la laine de leurs brebis, filée par leurs femmes et leurs filles ; leurs culottes sont du même drap ainsi que le gilet ; leurs bas de laine brune ou grise sont fixés à la culotte par un large galon servant de jarretière. Ils traînent aux pieds leurs lourds sabots en bois de noyer. Leurs cheveux longs retombent sur le collet de l'habit, leurs chapeaux à larges bords, en feutre noir et roide comme une planche, reposent, pour la circonstance, à l'extrémité du long bâton de chêne ou d'aubépine bruni au feu, qu'ils ont fixé à la main gauche par un lien de cuir ; ces chapeaux ont été faits à Oradour chez Gabriel Faure, ou à la Maurie chez Pierre Arnaud ou chez J. Ileyraud, chapelier au village de Chez-Blancher. Les femmes ont des jupes coupées dans la même pièce de drap que les habits et culottes de leurs maris, des corsages ou brassières du même, par dessus de petits fichus ou coulets, blancs ou à grands ramages rouges et jaunes, croisant sur la poitrine; des tabliers de cotonnade bleue ou de bure grossière, appelés davantières, sont attachés autour de la taille ; leurs cheveux sont entièrement cachés sous des coiffes en toile blanche et même quelquefois écrue, toujours très simples et de peu d'effet.

Messieurs les bourgeois sont bien un peu plus élégants. C'est le maître tailleur du bourg, Jean de la Côte, qui a confectionné leurs beaux habits en fin drap marron ou canelle, ou puce, ou bleu ; quelques-uns ont l'habit en cadis noir ou brun, et sous l'habit est la veste de ras de Maroc, ou de cadis, ou de carlatte, bordée d'un petit galon d'or, ou de toile grise bordée d'une petite dentelle en argent avec boutons en fil d'argent. Le sieur Martial Mandon de La Gasne, bourgeois et marchand aux Petites Brégères, est allé acheter ces belles choses fort loin, à Bordeaux ou à Rouen. Des boucles d'argent, avec ardillons d'acier, fixent les bas de fil et la culotte de drap de Rouen, ou de ras, ou de cadis bleu ; d'autres boucles d'argent ornent les souliers. Les cheveux longs sont liés derrière la tête avec un ruban suivant la mode du XVIIe siècle, car la mode vient à Oradour comme partout, lentement peut-être, mais elle y vient.

Les dames de Messieurs les bourgeois, ou plutôt les demoiselles, comme on disait alors en parlant des bourgeoises, ne sont point toutes dépourvues de quelque petite coquetterie honnête ; les femmes ont su être gracieuses en tous les temps et sous tous les costumes que leur ont faits les fantaisies de la mode. Elles ont, en l'année 1735, de belles robes de siamoise, ou d'indienne bleue, à raies ou à manches, par dessus la robe elles portent des mantes d'étamine et de mousseline dans les beaux jours, ou des mantelets d'indienne avec de petits tabliers de coton ou de mousseline attachés autour de la taille. Des coiffes blanches, à grands tuyaux, couvrent la tête et encadrent la figure...

Source : Monographie d'Oradour-sur-Vayres, d'Etienne Rayet.

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Nobles dans la paroisse de Maisonnais au XVIIIe siècle

Aucune déclaration ne fut faite, en 1609, pour la paroisse de Maisonnais. Les registres du bureau des finances de Poitiers ne nous fournissent non plus aucune quittance de droit de franc-fief la concernant. En revanche, l'état des biens nobles et celui des sommes imposées aux possesseurs de ces biens en 1764 pour le rachat du droit d'échange, nous donnent d'utiles indications.

Etat des biens nobles de la paroisse de Maisonnais vers 1755

1° Les terres de Maisonnais et de La Vauguyon sont saisis par les créanciers de la succession de feu M. le Président Delage.

2° Le fief du Puy, Le Gouëneix et Vieux-Chateau, consistant en château, prés, bois, étangs, huict septiers de rente, sur le village de Vieux-Chateau, quatre métairies et un moulin de Fontfroide, appartient à Pierre Mousnier, écuyer, sieur de St-Etienne (noble).

3° Le fief de Château-Rocher, consistant en château, prairie, étangs, moulin, une métairie appelée de La Rousserie et quelques rentes sur le village du Dognon, appartient à M. Armand François du Laud de Château-Rocher, écuyer (noble).

Sommes imposées aux possesseurs de biens nonbles de la paroisse de Maisonnais pour le rachat du droit d'échange en 1764

(N° 171) Les héritiers du sieur de Lage, à cause de la seigneurie de La Vauguyon, paroisse de Maisonnais, payeront 240 livres.

(N° 172) Le sieur de St-Etienne, à cause du fief du Puy, payera 60 livres.

(N° 173) Le sieur Dulau, écuyer, à cause des fiefs de Chateaurocher et du Gouëneix, payera 120 livres.

(N° 174) Le sieur d'Asnières, écuyer, à cause du fief de L'Ecanie, payera 60 livres.

(Bulletin de la Société Les Amis des sciences et arts, 1911)

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La grande peur à Rochechouart

La ville de Rochechouart fut aussi grandement troublée ; M. Duléry en a recueilli et consigné le souvenir dans le récit suivant :

Des bruits vagues, partis on ne sait d'où, se répandent dans toute la France, portent la frayeur dans toutes les têtes; dans les rues, sur les places publiques, partout on s'aborde la consternation sur le visage : on est dans la stupeur. On eût dit la terre en ébullition sur le point d'engloutir ses habitants.

La veuve du vicomte de Rochechouart, dame d'honneur delà reine, passait, depuis la mort de son mari, la première moitié de l'année à Paris et l'autre à Rochechouart. Elle était de retour au château depuis le mois de juin 1789. Pierre-I'Aveugle s'était rendu, comme d'habitude, à sa rencontre, avec l'immense majorité des habitants; il l'avait complimentée et précédée en jouant du violon, avait reçu son petit écu, une bonne pitance, il était content. Personne ne s'attendait aux événements qui allaient suivre.

Cependant, la tristesse régnait au château. La vicomtesse, loin de ses enfants, était seule dans son manoir, son coeur de mère était plein d'angoisses et d'ennuis.

Dans la nuit du 28 au 29 juillet, une terreur panique se répandit à Rochechouart ; vers minuit, une lettre mystérieuse, sans signature, fut remise à M. Périgord; elle annonçait que Champagne-Mouton était à feu et à sang ; que des brigands se portaient sur Saint-Claud, et que cette nuit même ils arriveraient à Chabanais. On demandait à Rochechouart un prompt secours. A l'instant même l'alerte est donnée; le tambour bat la générale, on sonne le tocsin. La ville, réveillée en sursaut, est dans une agitation difficile à décrire. On voit sortir de toutes les maisons des hommes armés de fusils de chasse, de vieux sabres, de bâtons, de fourches en fer, de haches, de broches à rôtir; des femmes échevelées portant leurs petits entants dans les bras; tous, dans un pêle-mêle épouvantable, courent çà et là, en criant : « Les brigands ! Les brigands ! Où sont-ils ! Tombons dessus !..... » Beaucoup de vieillards, de petits enfants, de femmes peureuses furent reçus au château; la vicomtesse les employa toute la nuit et tout le jour suivant à monter des pierres sur les murs pour la défense commune. Un sieur de Létang, garde du corps, se trouvait en visite chez M. Périgord de Beaulieu son parent; on place la ville sous sa protection; il est investi du commandement supérieur.

Pendant ce temps, des courriers sont envoyés dans les paroisses circonvoisines pour demander du secours; des postes sont établis sur la rouie:de Chabanais; on entasse dans la rue de Beaumousson quelques fagots pour former une barricade derrière laquelle on pourra faire le coup de feu. Le canonnier Siméon, entouré de braves qui ont fait avec lui la guerre de Sept-Ans, est à ses pièces, canons chargés et mèches allumées; Boischevet et Beaudequin ont tiré leur épéc du fourreau; le brave de Létang se multiplie à tous les postes. Cependant, les éclaireurs, envoyés à la découverte, n'apportent aucune nouvelle.

On passe la nuit sous les armes. Au point du jour, M. Longeau des Bregères, d'Oradour-sur-Vayres, arrive par la route de Chabanais. On l'arrête, on l'interroge; il répond qu'il se sauve; qu'il vient de Champagne-Mouton, où il a vu égorger des vieillards, des femmes et des petits enfants; que c'est horrible, affreux ; que tout est à feu et à sang ; qu'il court chez lui pour meure en sûreté les gens de sa maison, « Soutenez-vous ! Soutenonsnous!..... Adieu! Adieu 1 pour la dernière fois peut-être I s Et il disparaît

au galop. Ces paroles exaltent les têtes; plus de doute, s'écrie-t-on, nous sommes tous perdus ! défendons-nous jusqu'à la dernière goutte de notre sang! A mort 1 A mort ! Tout le monde était poussé par une aveugle frayeur. De toutes parts, on demandait à se confesser ; beaucoup se prosternaient aux pieds des autels; ils imploraient l'assistance de Dieu, demandaient grâce et miséricorde; les ennemis se réconciliaient; on s'embrassait, on pleurait ! Les uns couraient dans les champs, les autres allaient se cacher dans les bois. Le tambour parcourait les rues escorté d'une troupe furieuse, qui répétait le cri : Aux armes! Le canon grondait; partout on sonnait l'alarme. La terreur était si grande, les têtes tellement troublées, que l'on fut sur le point de se charger et de tirer les uns sur les autres.

Dans la journée, des milliers de paysans, plus exaltés les uns que les autres, armés de la façon la plus bizarre, arrivèrent des communes voisines. Les habitants de Rochechouart reçurent chez eux ces nouveaux soldats et leur fournirent des vivres à profusion. Toute la journée on fut sur le qui vive; au moindre bruit, c'étaient des transes impossibles à décrire. A chaque instant, quelqu'un courait au château en criant : « Les voilà ! Les voilà ! » Et toujours des cris de mort entretenaient l'irritation générale. Plusieurs personnes étaient montées dans le clocher, d'autres dans les combles du château pour explorer au loin la campagne. Tout à coup, on signale sur le chemin de Chassenon un tourbillon de poussière : « Les voilà ! Les voilà ! » s'écrie-t-on. On se met sur la défensive, on est près à faire feu ; mais rien ne vient. Une compagnie des plus impatients est envoyée en avant ; elle rencontre, près du village de Londeix, des troupeaux de moutons qui paissaient le long du chemin. C'étaient ces animaux inoffensifs qui produisaient les tourbillons de poussière, cause de tant d'émoi. Nos bravés revinrent annoncer leur découverte à leurs camarades impatients; mais ils furent la cause involontaire de nouvelles alarmes; à leur approche, on se met à crier de plus belle : « Les voilà ! Les voilà ! » La confusion est à son comble ; on croit déjà les brigands dans la ville ; on fuit de toutes paris. Quelle journée !... Toujours l'ennemi, l'ennemi partout et point d'ennemi! Enfin, le calme revint ; puis, suivant l'habitude nationale, on rit et l'on chanta.

Il paraît que tout le monde ne riait pas à la fois ; on parla d'or et d'argent cachés, de bourses volées. M. Roudeau, apothicaire, perdit entre autres six mille francs qu'il avait enfouis dans sa cave.

Nous avons trouvé des notes écrites de la main de M. Simon, médecin, père de M. Simon-Hilaire, juge de paix du canton de Rochechouart et membre du conseil général. Dans ces notes, M. Simon rapporte que : « Dans la nuit du 28 au 29 juillet 1789, il fut répandu dans tout le pays que des brigands inondaient et ravageaient partout, passant au fil de l'épée tout ce qui s'opposait à leur course. Déjà on était venu nous annoncer que Ruffec, Saint-Claud, Champagne-Mouton étaient en cendres et que les brigands élaient prêts a fondre sur Chabanais. A ces tristes nouvelles, au milieu de la nuit, on sonna l'alarme. Tous les citoyens s'assemblent sur la place; on conduit les femmes et les enfants dans le château qui offrait une défense plus sûre en cas d'attaque et chacun s'arme en attendant l'ennemi.

« Toutes les paroisses voisines se rendent ici en armes. La nouvelle, vérifiée, se trouva, le lendemain, sans fondement ; chacun en fut quitte pour la peur, et notre ville pour la consommation du pain et de la farine qu'on pouvait avoir encore à la fin d'une année où l'on avait été à la veille de la famine. Telle fut l'époque et l'origine des gardes nationales de nos provinces; car dès ce moment, tout le monde resta armé, craignant toujours quelque ennemi caché. ».

(Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, 1902)

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La permanence de la terre

A priori, se donner pour maire un grand propriétaire traduit la permanence d'un état archaique du fait politique, marqué du sceau de la persistance des hiérarchies traditionnelles validées par le suffrage universel. La terre occupe, il est vrai, une place prépondérante parmi les valeurs de la droite conservative et la majorité de maires-propriétaires issus de cette famille politique en rend compte.

Le découpage administratif inauguré par la Révolution a pu, en outre, conforter le poids patrimonial de quelques grandes familles à l'intérieur des limites communales. Ce qu'Annie Bléton-Ruget constate dans la Bresse louhanaise s'applique aussi à quelques communes hautes-viennoises : les Des Monstiers-Mérinville à Nouic, les De L'Hermite à Augne assoient leur pouvoir municipal sur leur fortune foncière et, dans ce dernier cas, ce poid s'exerce indépendamment des choix politiques exprimés par les électeurs lors des consultations nationales. Il ne faut pourtant pas en déduire hâtivement que seules les familles aristocratiques tireraient ainsi leur épingle du jeu.

Des dynasties démocrates doivent à la terre au moins une partie de leur richesse. Ainsi le docteur Roche à Oradour-sur-Vayres possède en 1913, date de la rénovation de la matrice cadastrale, 165 hectares. Né à La Rochefoucault en 1853, il s'allie par mariage à la puissante famille Longeaud dont cinq membres figurent au nombre des onze propriétaires de plus de 50 hectares de la commune. Il succède comme médecin à son beau-père, Edouard Longeaud-Laubanie, et occupe à son tour le fauteuil de maire de 1884 à 1921 puis celui de vice-président du conseil général. La présence de ces grands propriétaires à la tête de la commune ne va nullement à l'encontre de la tradition de gauche d'Oradour-sur-Vayres : pendant la Révolution Pierre Longeaud-Desbrégères, bourgeois de robe, acquéreur en 1786 du château des Brosses, se distingue par son ultra-jacobinisme. Artisan de la fortune foncière des Longeaud-Laubanie — dont il est l'ancêtre direct —, dénué de scrupules, il met à profit la confusion qui règne alors pour accroître ses propriétés. Si ces générations d'élus contribuent à engager Oradour-sur-Vayres sur le chemin de la modernité politique incarnée par la République, c'est pourtant bien à une « fossilisation des structures sociales » fondée sur la hiérarchie de la possession de la terre qu'ils doivent de présider aux destinées locales, position grandement facilitée par l'importance de la micropropriété paysanne dans la Châtaigneraie limousine.

Source : Le département rouge, de Dominique Danthieux.

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