11 janvier 2020

Un conseiller au parlement de Paris

Clément Le Meûnier (aussi «Le Munier», «Musnier» ou «Meunier»). Seigneur de Lartige, d'abord avocat au parlement, il fut reçu conseiller le 21 janvier 1611, en la première chambre des Enquêtes d'où il monta à la Grand'Chambre le 4 avril 1641. Il mourut le 3 mai 1664, doyen du parlement. Les «notes secrètes» le disent «homme léger et de peu de confiance et de peu de créance dans sa compagnie; n'a que de petits intérests» (Corr. adminis., p. 36). «A espousé Anne Brisard, fille de Charles Brisard, conseiller du parlement, et de Magdelaine Ligier».

Source : Débats du Parlement de Paris pendant la minorité de Louis XIV.

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Les cultures de Puyréaux

Les terrains de Puyréaux, calcaires sur le plateau et sablonneux dans la vallée de la Bonnieure, sont aptes à toutes les cultures.

M. de Chancel exagère quand il dit de Puyréaux : « Revenu médiocre par suite de la mauvaise qualité du terraîn ; » il est vrai que cette opinion est empruntée au cahier des plaintes, pour la confection duquel l'exagération était de rigueur.

Au XVIIe siècle, on cultivait avec succès à Puyréaux, la vigne, le froment, l'avoine, le seigle, l'orge, le maïs, les fèves, pois, etc., etc. ; la pomme de terre n'apparaît qu'à la fin du XVIIIe siècle. Une autre culture autrefois très soignée et maintenant abandonnée, était celle du chanvre et du safran. Les terrains qui longent la route de Puyréaux à Mansle, appelés petits-chènebeaux, c'est- à-dire chènevières, étaient très propres à ce genre de culture.

En 1786, soixante personnes seulement étaient propriétaires de biens-fonds dans la paroisse de Puyréal-Chastelard ; encore ces soixante personnes n'appartenaient qu'à une quarantaine de familles.

Voici quels étaient les revenus imposés des principales familles : de la Grésille, propriétaire de maisons, rentes, dîmes, agriers, moulin, domaine, 697 liv. ; Boissier des Combes, 260 liv. ; Mallat de l'Etanche, 240 liv. ; Marquet, 160 liv. ; Cholet, 220 liv. ; Constantin de Beauregard, 180 liv. ; Chevalier, 160 liv. ; Mallet, 130 liv. ; du Lau de la Brangerie, 140 liv. ; Ravion, 120 liv. ; Léchelle-Véron, 120 liv.

Comme aujourd'hui, la propriété était très morcelée, par suite des partages de succession. Souvent on voit les enfants d'une même famille, au lieu d'accepter au partage des biens patrimoniaux, l'un tel champ, l'autre tel autre, s'entêter à diviser le même champ ; dès lors, ils comptent le nombre des sillons contenus dans la pièce de terrain, et ils se les partagent.

Les gros propriétaires, et ils sont peu nombreux à Puyréaux, font exploiter leurs terres par métayage; les autres exploitent par eux-mêmes, avec l'aide de domestiques ou seuls. Cependant, même parmi ces derniers, il y a une distinction à établir : ceux qui n'ont que leurs bras pour travailler leurs terres, sont appelés « laboureurs à bras, » ceux qui ont des bœufs, sont appelés « laboureurs à bœufs. »

A peine comptait-on aux XVIIe et XVIIIe siècles dix propriétaires à Puyréaux qui possédaient des bœufs. Citons : les Hugon, Chollet, Ravion, Constantin, Léchelle, Marquet, Chevalier.

Le prix des terres semble peu élevé, si on le compare au prix où elles se sont vendues depuis. Pour être juste, il faut dire aussi que l'argent avait alors une plus grande valeur que de nos jours.

Source : Notes historiques sur la paroisse de Puyréaux, de l'abbé Chevalier.

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02 janvier 2020

La Rochefoucauld au péril des Lumières

Les Marentin, c'est tout autre chose. Ils sont venus depuis plus d'un siècle de Saint-Claud, se sont distingués dans la magistrature, au présidial et à la Rochefoucauld. Juristes, ils le demeurent mais s'engagent dans une voie parallèle : l'administration militaire, Jean-Baptiste Marentin est conseiller du Roi, écuyer ; il vit à Paris mais porte le titre de sieur des Denis, la Rivière, Pierre-Levée, etc. biens dont il a fait l'acquisition à Bunzac et à Rancogne. En 1761, il est commissaire des guerres, employé en Angoumois et subdélégué de Mgr l'intendant, ou si l'on préfère, l'œil de ce haut fonctionnaire à la Rochefoucauld. François Chénevière qui réside à Versailles, en fait son «fondé de procuration». Jean-Baptiste Marentin prend son tour de bête dans la ville royale, — on le trouve à Versailles en 1766 —, avant d'être nommé commissaire principal des guerres au département de Limoges. En 1781, il y réside encore. Licencié ès lois comme ses pères, il est en même temps correspondant de la société d'agriculture de Limoges pour l'Angoumois. Nous verrons qu'il y fait du bon travail. Ce qui ne l'empêche pas de multiplier les acquisitions de terre. Il fait des envieux comme il se doit. Antoine-René, son fils, sera tenu pour suspect sous la Révolution.

Jean-Baptiste Marentin, mort en 1783, laisse un fils et deux filles. Valérie (prénommée ainsi du nom de sa grand-mère Valérie Constant) épouse Henry Pasquet de Saint-Projet, garde du corps du Roi. Son mari choisit d'émigrer ; Valérie laissera sa tête sur l'échafaud. Anne, la deuxième sœur, épouse Jean-Baptiste des Voisins, officier au bataillon d'Angoumois où il sert avec les Maret, Pasquet, Sautereau, etc.

Antoine-René, fils de Jean-Baptiste, écuyer, conseiller du Roi, suit la voie paternelle. En 1783, après la mort de son père, il est commissaire des guerres, à Béziers, en Languedoc, et y demeurant.

Jean-Baptiste a pris sous son aile Théodore Vivien (d'une famille de tanneurs), contrôleur ambulant des hôpitaux de l'armée du Bas-Rhin, qui meurt à Hanau vers la fin décembre 1759. A cette date, il est remarié avec Marie Maignen qui s'est retirée à Lavaud (Rivières) mais il laisse trois enfants de son premier mariage avec Jacquette Gadon, veuve elle-même de Me Louis Mesnard, notaire et procureur.

François Vivien, fils de Théodore, et de Jeanne Gadon, recommandé sans doute par J.B. Marentin, est commis au bureau de la guerre, à Versailles, en 1766. Commis mais non commissaire, nuance ! Il donne pouvoir à Jean-Baptiste Marentin pour régler ses affaires à la Rochefoucauld. Les cambois, Guyon, Vivien ont fait leurs premières armes aux portes de leur ville natale, «commis aux entrées», alors que Pierre Pintaud en était le receveur. Première démarche d'intégration dans la fonction publique. La tannerie, pierre angulaire de l'économie locale a fait son temps. Notons que les Cambois, Guyon et Vivien en procèdent.

Les maîtres de forge de Rancogne se sont distingués dans l'administration militaire depuis la création du port de Rochefort par Colbert (1666). René Landouillette, commissaire général de la marine, anobli sous le nom de Logivière, prend en main la forge de Rancogne, dite alors «forge à canons» et lui impulse un réel dynamisme. Une de ses filles cherche à poursuivre l'entreprise pour beaucoup de succès. Tantôt, c'est l'eau qui manque, et tantôt le chabon de bois. L'affaire est reprise par Charles Pierre Ruffray, trésorier des vivres de la marine, mort à Rancogne, dont la veuve épouse Julien René de la Grève, Conseiller du Roi, contrôleur ordinaire des guerres, qui acquiert au nom de ses beaux-fils les droits seigneuriaux de la baronnie de Manteresse. Cette baronnie est mythique, mais les droits sont bien réels. Il acquiert du même coup des droits seigneuriaux à Saint-Sornin et Vilhonneur. L'un des fils de Charles-Pierre de Ruffray et de Marie-Anne de Chalvière, est lieutenant en second de chevau-légers. Jean-Louis Marie, son frère, sieur de Manteresse, est contrôleur ordinaire des guerres en 1773. A cette date, il est dit seigneur de Manteresse, demeurant au château de la baronnie de Manteresse, à la forge de Rancogne. D'où la couronne de baron qui somme la grille d'entrée de château... création de la seconde moitié du XVIIe siècle. Jean-Louis Marie de Ruffray est dit ailleurs «baron de Manteresse, les Gonds, faubourg de Lhoumeau...», extrapolation nobiliaire de ce XVIIIe siècle finissant, si proche de la Révolution... On se gonfle de titres, on donne le change, la comédie nobiliaire prend le tour d'un bal masqué. Plus dure sera la chute. A ces titres, Jean Louis Marie de Ruffray ajoute celui d'officier de la connétablie, gendarmerie et maréchaussée de France des camps et armées du Roi, beaucoup de mots pour une charge vénale. Il demeure alors quai des Orfèvres.

Source : La Rochefoucauld au péril des Lumières, d'Yvon Pierron.

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Le régisseur de Gurat avant la Révolution

Pierre Bourrut La Couture, régisseur de Perrier de Gurat

En septembre 1738, la seigneurie de Gurat est passée aux mains de François Élie Perrier de Grésignac, conseiller au présidial d'Angoulême. Nous savons les difficultées rencontrées lors de ce changement, Jean Bourrut refusant de se reconnaître le fermier de la terre pour n'avoir pas à payer la taille afférente à ce service. Puis, il devient le fermier de Perrier de Grésignac, mais celui-ci meurt en 1751, à quarante-deux ans, laissant un jeune mineur de dix ans, Jean-Baptiste, déjà orphelin de mère, une Arnaud de Ronsenac. C'est le grand-père, Pierre Perrier de Grésignac, secrétaire du roi près la cour des Aides de Bordeaux, qui fut son tuteur et il en héritait en 1768. Dès lors Jean-Baptiste Perrier, seigneur de Bonnes et de Gurat, prenait en mains la conduite de ses affaires. Son premier interlocuteur est toujours Jean Bourrut, son procureur auprès de la juridiction de Salles, Vaux et Gurat, à cause d'arriérés de rentes seigneuriales restées impayées depuis 1740 pour certaines d'entr'elles. Tout un dossier épais, dans les archives de Lémerie, concernant plusieurs tenanciers, avec des sommes assez considérables.

Compte de régie de 1767-1768 concernant Gurat

- prix de la ferme pour une année ; 1 800 L.
- la moitié des lods et ventes sur acquisitions depuis 1740 ; 889 L.
- la moitié des arrérages de rentes antérieurs à 1740 ; 364 L.

Soit un total de 3 053 L.

On trouve aussi plusieurs livres de comptes, l'un de 1768 à 1771, avec les dépenses annuelles, d'une Saint-Jean à l'autre : paiements des ouvriers, journaliers, achats, réparations, etc. l'autre, de 1770 à 1773, concerne l'économie domestique du château de Bonnes : le personnel, l'écurie, les pigeons, la volaille, les chiens, les pauvres, la cuisine... tout est minutieusement noté. En particulier, comme dans les autres châteaux : deux tables « la table et la seconde table », deux sortes de pain, et de vins... quant à la viande on en prendre à la fois pour le bouilli et pour le rôt (ou rôti). On saisit également les composantes du domaine de Bonnes : le château, la grande métairie, la petite métairie, le Gâtineau, la grave...

Dans la correspondance, le fils La Couture est devenu très vite l'interlocuteur du propriétaire seigneur. Souvent La Couture se rend à Bonnes et y réside pour gérer. Perrier, de son côté, surveille de très près ses exploitations. Leur correspondance permet d'entrer dans le mode de de vie et les problèmes rencontrés par un magistrat conseiller au présidial d'Angoulême, qui ne jouit pas d'une grosse fortune, le plus souvent à court d'argent, presse son fermier-régisseur de lui faire passer au plus vite l'argent de ses recettes. Gurat (Perrier) partage son temps entre Angoulême, où il exerce, avec une maison sur le rempart de Beaulieu et ses domaines à la campagne (Grésignac et Bonnes). Il faut savoir que le logis de Gurat, au bourg du même nom, a cessé d'être depuis longtemps une résidence du seigneur-propriétaire. Par contre, à Bonnes, on assiste à des travaux soumis à la surveillance de La Couture, travaux de maçonnerie au château, réfecton d'un chemin qui traverse les terres. Le propriétaire est attentif à tout, il fait même passer les commandes de cuisine par La Couture.

Tout au long de cette correspondance de 1766 à 1789, et après, on constate la qualité de leurs rapports, tous les deux se confient mutuellement leurs problèmes et se donnent des conseils. En décembre 1778, une lettre de Gurat qui craint de perdre son régisseur : « Je serai bien fâché si ces circonstances vous obligent d'abandonner la régie de mes affaires de Bonnes, toutes les affaires que vos grandes possessions vous donnent nécessairement, mais vous pourrez toujours faire en pantoufles ma régie de Gurat et je me rappellerai toujours avec plaisir que vous m'avez été utile dans maintes occasions et je ne l'oublierai pas... »

En fait les choses continuent comme avant. La Couture continue d'assurer tous ses services. En 1771 Gurat demande à son régisseur de lui trouver un prêteur pour une somme de 4 000 livres à rembourser sur deux ans. En décembre 1781, La Couture refuse de prendre la ferme de Bonnes que Perrier lui réservait en priorité. Dans la correspondance, Madame de Gurat prend le relais de son mari, une première fois lors d'un voyage de ce dernier à Paris, ensuite du fait de sa maladie dans l'été de 1781, avec une fièvre persistante. La dame n'a pas la maîtrise de son mari et use d'une orthographe phonétique. C'est l'occasion de vérifier que les femmes ne reçoivent pas l'instruction des hommes à tous les échelons de la société. Je l'ai déjà vu chez les Galard de Béarn, et aussi chez les Bourrut où l'on serait en peine de trouver une correspondance féminine de mère, épouse ou fille, dans le fonds, avant la fin du XIXe siècle. Madame de Gurat s'est substituée à son mari dans la conduite des affaires, et elle remercie La Couture, qu'elle apprécie, de l'avoir « débarrassée de plusieurs vauries que nous nourrissons à Bonnes dont vous avez eu la complaisance d'en chasser une partie... »

En 1782, Gurat semble remis et reprend la correspondance. En 1783, une procuration de Gurat est faite à La Couture pour affermer ses terres au pris de 3 800 livres par an, forte augmentation de la ferme par rapport aux pris précédents, mais on peut se demander si le nouveau contrat n'englobe pas une partie de Bonnes. En 1788, Perrier marie sa fille avec Monsieur Belhade, de Saint-Privat (24). Il essaie de vendre des biens, car il lui a fait une dot de 50 000 livres, d'où des ennuis de trésorerie pour faire face à ses engagements. En 1789, dans une lettre de Bonnes datée du 17 septembre, Gurat parle de « cabales, effervescences particulières, accaparement de blés ». La Révolution est là, avec ses changements.

En juillet 1790, Perrier de Gurat est élu maire d'Angoulême, en remplacement de son beau-frère Valleteau de Chabrefy, promu à la tête du nouveau département. Il a été élu alors qu'il était à Paris, faisant partie d'une délégation chargée de demander un tribunal d'appel pour la ville d'Angoulême. Il accepte sa nomination et le voilà pour seize mois projeté dans une fonction à laquellle, lui, un homme de l'Ancien Régime, n'est pas du tout préparé... Dans une lettre du 23 octobre 1791, il écrit : « Le temps approche où je vais être libre, il est bien temps que je sorte de la galère où je suis depuis seize mois ».

Au printemps 1793, après l'insurrection vendéenne, ce sont les premières arrestations de suspects en Charente, dont celle de Perrier qui va rester en état de détention pendant vingt-deux mois. Une lettre de 1793 (mais illisible), la dernière du fonds, adressée à La Couture : « ... depuis plus de cinq mois, Monsieur, que je suis privé de ma liberté sans savoir encore pour quelle cause et par quelle autorité. Je n'ai pu prendre connaissance d'aucune de mes affaires ». Dans cette correspondance, à présent raréfiée, entre 1789 et 1793, les événements politiques ne sont guère évoqués, il est question seulement de la gestion des domaines. De 1793 à 1797, on trouve des comptes de Gurat, mais plus de lettres.

Rendu à la liberté, Perrier n'est pas pour autant libéré des soucis et des ennuis. Entre 1793 et l'an IX, il s'enfonce dans une dérive financière à coups de prêts hypothécaires : plus de dix inscriptions au bureau des hypothêques d'Angoulême, douze à celui de Barbezieux. Il cumule les ennuis et les chagrins : la mort de sa femme, ses propres problèmes de santé et pour couronner le tout, les exigences de son fils que nous avons vues, et qui l'oblige à aliéner son domaine de Gurat racheté par La Couture.

Ce dernier, au moment de cette vente en l'an X, n'est plus ni le gestionnaire, ni le fondé de pouvoir de Perrier de Gurat, c'est Pierre Lambert, le jeune, propriétaire au bourg de Salles. Pourquoi et quand ce changement ? Les archives de Lémerie ne disent rien à ce sujet. Quelle triste fin pour ce seigneur que nous avons suivi pendant vingt ans, le fils odieux envers son père a quitté la France pour l'Amérique en 1803, pour aller mourir à l'hôpital de la charité de la Nouvelle-Orléans en septembre de la même année. Gurat, lui, s'est retiré chez sa fille à Saint-Privat en Dordogne, où il meurt à soixante-trois ans, en juillet 1804.

Source : Les Bourrut Lacouture, de Jean Jézéquel.

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31 décembre 2019

Preuves du chevalier de Saint-Ciers

Le grand prieuré d'Aquitaine, ordre de Malte, 1678.

Michel Benoist, garde de la forêt de la Braconne, officier royal, a été marié avec Anne Ferrand, comme il résulte par les testament et donation de ladite Ferrand, du mois de novembre 1582.

De ce mariage est issu Pierre Benoist, et Antoine Benoist, sieur des écuries, comme il est justifié par lesdits actes et par le contrat du mois de janvier 1573, et par partage du mois de mars 1593.

Pierre Benoist a été marié avec damoiselle Marie de Lubersac, fille naturelle et légitime de Jean de Lubersac, écuyer et de damoiselle Françoise Goulard, comme il appert par l'acte du mois de mai 1591.

De ce mariage est venu Jean Benoist, sieur de La Riouze, comme il appert par le contrat de mariage dudit Jean Benoist avec damoiselle Catherine Frotier, du mois de novembre 1623.

Dudit mariage est venu Roch Benoist, juge sénéchal de Saint-Saturnin, comme il appert par le contrat de mariage dudit Benoist avec damoiselle Françoise Salesse, ledit contrat daté du mois de décembre 1659.

Il est aussi justifié par le contrat du mois de novembre 1664 que ledit Benoist a acquis les seigneuries de Saint-Ciers et du Châtelard, trente neuf mil six cent livres.

Du mariage desdits Roch Benoist et Françoise Salesse, est venu ledit Roch Benoist, qu'on présente pour être reçu diacre, ainsi qu'il appert par l'acte baptistaire du mois de mars 1668, signé par le prêtre, et attesté véritable par monsieur le grand vicaire de monseigneur l'évêque d'Angoulême au mois de février 1678.

Bertrand Salesse, bisaïeul dudit diacre, marié avec Jeanne David, ainsi qu'il appert par le contrat de mariage du mois de janvier 1581, et transaction du mois de mai 1591.

De ce mariage est venu Pierre Salesse, comme appert par le partage du mois d'avril 1624, et par le contrat de mariage dudit Salesse avec Romaine Valette, du mois d'août 1626.

Est issue dudit mariage ladite Françoise Salesse, mère dudit diacre, comme il est établi par la généalogie du côté paternel.

Signé, Benoist.

Source : Bibliothèque Nationale de Malte.

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Un cahier de la noblesse d'Angoumois

Ce document nous donne-t-il une image juste de l'Angoumois en 1649 ? Ce texte prétend être un cahier de noblesse. La qualité juridique des quatorze signataires est-elle prouvée ? Dix d'entre eux ont été solennellement reconnus comme nobles et de parents nobles, par l'intendant D'Aguesseau, lors de la grande enquête de 1666 dans la généralité de Limoges, quatre ne sont pas cités dans l'enquête de D'Aguesseau. Alexandre de Galard de Béarn échappe à tout soupçon de roture ; Jacques de La Rochefoucauld, sans doute mort avant 1666, venait en 1635 à « l'assemblée du ban et arrière-ban de la sénéchaussée d'Angoumois » et était compris au « rôle des nobles comparant pour rendre le service en personne » ; Jean-Casimy d'Ocoy et son fils, Couvrelle, restent seuls à nous poser un problème. Tout ce que nous savons à leur sujet nous incite à leur accorder le bénéfice du doute favorable. Le Cahier exalte la noblesse de race. Celle des quatorze est-elle ancienne ? Leurs douze familles forment deux groupes principaux. Le premier comprend 4 noms de familles : Galard de Béarn, La Rochefoucauld, Lubersac, Regnauld (deux signataires), dont les origines se situent entre le début du XIe et le début du XIIIe siècle: le second correspond à six familles (soit six signataires), suivies depuis une époque qui va de la fin du XVe au début du XVIe siècle (1466 à 1530). Entre les deux groupes s'intercale la famille Morel de Thiat (un signataire) dont la filiation remonte à 1365. Les D'Aucoy (deux signataires) sont suivis depuis 1581. Enfin, cas tout à fait exceptionnel dans cet ensemble, les Guez de Balzac ont été anoblis par charge municipale en 1612. Donc dix familles sur douze répondent bien à des critères, même sévères, de noblesse de race. Elles ont en 1649 plus d'un siècle de participation à l'ordre et la date à laquelle on fait remonter leur noblesse, ne correspond pas à un anoblissement par charge, mais au fait qu'au plus tard à ce moment-là, les membres de ces familles étaient considérés comme ayant la qualité de gentilshommes. Autrement dit, elles peuvent prétendre ne pas connaître d'ascendants roturiers. Leur revendication à se prévaloir de leurs ancêtres est tout à fait légitime. Le cahier exalte aussi le sang répandu pour la gloire du Roi, le caractère militaire du groupe. Dans les faits, cinq signataires, représentant cinq familles, ont leur nom au procès-verbal de l'assemblée du ban de 1635, ce qui semblerait indiquer qu'ils n'étaient pas militaires de carrière. Mais quatre de nos personnages : Galard de Béarn, La Laurencie, Lubersac, Montalembert, ont eu des activités militaires inconstestables. La même observation peut être faite, sans certitude, mais avec vraisemblance pour deux autres : Defforgue et un des membres (le père, Jean-Casimy, ou le fils dit Couvrelle) de la famille d'Ocoy. Dans le cahier, bien des allusions montrent que les gentilshommes ont une fortune surtout foncière et vivent des rentes de terres qu'ils font exploiter par des paysans. Les documents que nous avons pu recueillir sur les quatorze signataires confirment cette observation. On vit grâce à ses métairies et aux droits seigneuriaux dont on jouit. Précisons que ces fortunes ne semblent pas très grandes. Posséder 100.000 livres paraît fort honorable. A son mariage, une fille reçoit une dot de 15 à 20.000 livres. Ces biens sont rassemblés dans les limites de l'Angoumois. L'illustration de ces familles reste moyenne. A l'armée, elles fournissent des capitaines et au pays plus d'un gentilhomme campagnard. Les Galard de Béarn, il est vrai font exception, ils donnent à la France des officiers supérieurs et même généraux, à l'Angoumois un gouverneur en la personne de Jean, l'oncle du signataire. La fortune du père de celui-ci, Louis, dépasse 200.000 livres ; ses propriétés sont dispersées dans une aire géographique qui va de la Saintonge au Quercy. La noblesse du pays a justement choisi un Galard, Alexandre, pour la représenter aux Etats généraux d'Orléans. Les analogies de structure entre les familles des signataires trouvent leur pleine signification dans les alliances qui les unissent. Les quatorze ne forment pas seulement un groupe politique. A une époque assez proche de celle du cahier, les Roquart ont contracté mariage avec les Régnauld, les D'Ocoy avec les La Rochefoucauld. De plus, Alexandre de Galard de Béarn est le gendre de Jacques de La Rochefoucauld. Sa sœur, Marthe de Galard épousera en 1653, Isaac de Morel de Thiat, fils de Jean, signataire du texte. Les quatorze signataires ne forment pas un groupe isolé. Des unions nombreuses ont mêlé le sang de leurs maisons avec celui de bien d'autres familles nobles de l'Angoumois. Parmi celles-ci citons notamment les Audier, Chesnel, Chevalier, Des Bordes, La Roche-beaucourt, La Rocheandry, Livenne, Patras de Campagne, Ranconnet, bien connues à cette époque dans le pays. Tout cela confirme une des impressions dominantes que donne le texte : la présence d'un groupe social de noblesse d'épée, dont la cohésion affirme la force. Cependant la fermeté de cette structure n'aboutit pas à un durcissement en caste, ni dans les prétentions politiques (on respecte les droits de la robe pourvu qu'elle n'abuse pas de ses prérogatives) ni dans l'organisme social. La femme de Jacques de La Rochefoucauld, la belle-fille de Bertrand de la Laurencie, la belle-sœur de Jean de Montalembert appartiennent à des milieux de robe et de municipalité. Ce ne sont là que des alliances, mais le cas de François Guez de Balzac est plus révélateur à cet égard. Anobli par sa charge de maire d'Angoulême, trésorier de l'extraordinaire des guerres, son père Guillaume ne répondait pas aux caractères qui définissent la noblesse de race et d'épée. François, pourtant, a signé ce texte, mais il semble avoir vécu de l'exploitation des terres et seigneuries achetées par son père. André, l'un des fils de ce gentilhomme campagnard, de noblesse fort récente, devait être gouverneur de la citadelle de Dunkerque et ainsi achever en sa personne une évolution qui donnait à sa famille de fortes ressemblances avec celles des co-signataires du texte, les origines exceptées. Excellents témoins représentatifs de leur groupe social, les quatorze signataires sont-ils de bons observateurs de la situation de l'Angoumois au milieu du XVIIe siècle ? Une recherche très approfondie sur l'économie et la société de ce pays à cette époque serait indispensable pour fournir une réponse pleinement satisfaisante à cette question. Du moins observons-nous une nette ressemblance, dans les grandes lignes, entre les allégations du document et ce que nous savons sur les abus qui opprimaient les paysans sous l'administration de Richelieu. Le cahier de doléances des paysans en 1636 présente de frappantes analogies avec le cahier des nobles de 1649. Dans les deux textes, on dénonce la lourdeur de la taille, les vexations causées par les receveurs et les sergents, la récente prolifération des impôts indirects, le monopole commercial des étrangers. Dans les deux textes, on souhaite rétablir la situation comme elle était en 1610, à la mort de Henri IV. Dans leur cahier, les gentilshommes prétendent que leurs affaires marchent très mal et que leurs bénéfices d'exploitation tendent à baisser ou même à disparaître. Nous n'avons pas pour le moment le moyen de vérifier, par des comptabilités privées, par exemple, la valeur de ces assertions.

Source : Deux cahiers de la noblesse pour les États généraux de 1649-1651, de Jean-Pierre Labatut.

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29 décembre 2019

Un gentilhomme d'extraction échevin

Étienne de Livenne, écuyer, sieur de Vouzan, échevin en 1570. La même année, François de Livenne, écuyer, sieur de Neuillac, fut conseiller jusqu'en 1574. Leur exemple fait voir qu'en différents temps il est entré dans la maison-de-ville des gentilshommes d'extraction, puisqu'il est certain que les de Livenne ont cette qualité. Étienne de Livenne, sieur de Vouzan, devait être fils aîné de Seguin de Livenne et père de Pierre de Livenne qui eut en partage le fief de Vouzan, de la Bergerie, d'autant que Françoise de Rozier, sa veuve, justifia, à la recherche de 1599, en qualité de tutrice d'Aaron, son fils mineur, que Seguin de Livenne, seigneur de Vouzan, était son aïeul, et que les père et aïeul dudit Seguin possédaient le fief de Vouzan et étaient qualifiés écuyers depuis le milieu du XVe siècle. Il y avait alors plusieurs branches des de Livenne, entre autres celle qui possédait le fief de Bouëx depuis très-longtemps. Elle a produit Charles et François de Livenne, abbé de Saint-Cybard, et Jacques, abbé de Fontdouce. Il y avait aussi François, sieur du Breuil, qui a fait une branche établie au Breuil, paroisse de Bredon, ressort de Saint-Jean-d'Angély. Celui qui possédait la terre de la Chapelle, en Poitou, a fini depuis peu dans la personne de François de Livenne, qui n'a laissé qu'une fille nommée Marie, qui a épousé le sieur de Barbezières de la Tallonnière. Il y a une autre branche à Saint-Genis et une autre en Poitou.

Source : Histoire de l'Angoumois, de François Vigier de La Pile.

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Le chevalier de Méré, un amant pygmalion

Antoine Gombaud, seigneur de Méré, est aussi homme de plume. Connu sous le nom de chevalier de Méré, il sort de cette terre sise à une demi-lieue de Niort, ville natale de Mme de Maintenon. Gentilhomme poitevin, sa famille est connue depuis le XIIIe siècle. Cette maison n'a aucune parenté avec celle de Georges Brossin, seigneur d'un autre Méré (Méré-le-Gaulier), chambellan de Gaston d'Orléans ; et pourtant, tous les biographes de Ninon lui ont attribué Georges pour amant.

Méré est un homme cultivé dont la famille fut sans doute connue de Ninon dès l'enfance... Là encore, Eugène de Mirecourt nous surprend. Romancier, il écrit que Ninon eut quelques mots désagréables à Tours, dans sa jeunesse, à l'égard d'une femme légère, Mme de Montbreuil. Or, Jean Gombaud, grand-père de Méré, écuyer et ancien seigneur de « Méré en la paroisse de Dolus d'Oléron », a épousé à l'automne 1563 la dame de Montbreuil?, terre sise paroisse de Bouëx près d'Angoulême. Jean a alors débaptisé Montbreuil pour donner à cette terre le nom de « Méré ». Il laissa un fils (père du chevalier), Benoist Gombaud (vers 1560-1616), seigneur de Méré (anciennement Montbreuil), puis de La Mothe-de-Beaussais après avoir épousé en 1597 Françoise de La Tour-Landry, parente de l'épouse du Grand Condé. « Serviteur particulier dans la maison du duc de Guise », Benoist se fit ligueur (1588). Sa jeune veuve, dite Mme de Montbreuil, vend nombre de terres, délaisse son château de Beaussais, confie la garde du petit Antoine à son fermier Claude Boudé et vit richement avec son amant à Poitiers. Ses fils majeurs plaident contre elle et la qualifient de « mauvaise mère » ! Comment Mirecourt pouvait-il savoir qu'une Mme de Montbreuil, mère du chevalier de Méré, était si libertine, alors que ce n'est qu'aujourd'hui qu'on peut identifier le chevalier de Méré comme le quatrième fils et le sixième enfant de cette Mme de Montbreuil ? Le mystère des sources de Mirecourt reste entier, mais nous avons là la preuve que Mirecourt savait, en 1857, des choses demeurées inconnues jusqu'à ce jour !

Né à Bouëx vers 1607, baptisé là le 9 novembre 1614, Méré doit son prénom à son parrain Antoine de La Rochefoucauld, évêque d'Angoulême, issu de ces La Rochefoucauld dont l'un est marié, depuis 1623, à la marraine du premier enfant du ménage L'Enclos, Anne de Villoutreys. On voit bien, par ces parrainages (Le Veneur, La Rochefoucauld), que Ninon a gravité dès l'enfance dans ces familles qui lui donnent à l'âge adulte au moins trois de ses amants : un Saint-Évremond, un Méré, bientôt un duc de La Rochefoucauld.

Volontaire aux armées, Méré quitte le service pour se consacrer aux lettres. Consulté par Pascal sur des questions scientifiques, par Ménage et Balzac sur des questions grammaticales, il guide Françoise d'Aubigné lors de son entrée dans le monde. Admirateur de Montaigne, comme son frère Josias, Méré est un arrogant qui n'hésite pas à écrire : « M. Pascal, M. Mithon, M. du Bois, M. de Roannez et beaucoup d'autres n'auraient jamais rien sceu sans moy. » C'est sans doute grâce à lui que Ninon découvre Montaigne, La Boétie et Charron, ainsi que Mme de Gournay. Méré joue au mentor avec Ninon : « Je remarque, écrit-il, que toutes ces personnes qui ont de l'esprit, qui sont aimables, qui ont bon air, se gâtent quand elles voient des gens savants pour se perfectionner. Elles apprendraient bien avec moi, comme Mme de Longueville, Mlle de Lenclos, Mme de Lesdiguières. » Mlle de Lenclos « apprend bien. [...] Ninon a quelque chose de ces belles stances de Malherbe. [...] Elle a bon air, elle se prend bien à ce qu'elle fait, elle joue bien du luth, elle danse bien ; elle dit de grands mots ». Toutefois, « c'est une Allemande [c'est-à-dire une ignorante) auprès de Mme de Longueville » !

Au contact de Méré, Ninon s'apprête à jouer son futur rôle de salonnière. Ninon fréquente-t-elle sa sæur aînée, Françoise Gombaud (vers 1598-apr.1644), mariée depuis 1621 à Jean Vigier, écuyer, baron d’Usson ? Est-ce par elle que Ninon entamera ses relations avec Usson de Bonrepaus, intendant de Marine colbertien, protecteur ultérieur de son fils, le chevalier de La Boissière, capitaine des vaisseaux du roi ? Ninon connut-elle son autre sæur, Jehanne Gombaud (vers 1600-apr. 1676), épouse d'Antoine Tizon de La Bélaudière, de la paroisse d'Usson lui aussi ? Peut-être. Cousin du marquis de La Roche-Courbon, gendre de Colbert du Terron, Méré se recommande de lui lorsque du Terron, intendant de Rochefort, veut abattre ses chênes centenaires pour les besoins de la marine du Ponant : « Ce bois est de si mauvaise nature et si mal conditionné que le meilleur ouvrier n'en saurait faire une bonne chaloupe. » Heureux en son château, son domaine lui donnant « de forts bons fruits et d'excellent vin », Méré est un oisif qui se partage entre Paris et ses terres angoumoises.

À Paris, il guide les premiers pas de la future Mme de Maintenon, sa proche compatriote, qu'il introduit dans le monde et qui rencontre peut-être Ninon grâce à lui, mais elle a douze ans de moins qu'elle. Ninon, née en 1623, a alors vingt-huit ans. Françoise d'Aubigné, seize seulement. Homme du monde qui se veut bel esprit, Méré rédige plusieurs travaux : Conversations de M. de Clérambault et du chevalier de Méré (1669), Maximes, sentences et réflexions morales et politiques (1687), Traité de la vraie honnêteté, de l'éloquence et de l'entretien (1701), Recueil de lettres (1689). Toujours, il théorise sur le type idéal de l'honnête homme et de l'honnête femme qui doivent, selon lui, déguiser leurs sentiments pour pouvoir « exceller en tout ce qui regarde les agrémens et les bienséances de la vie ».

Source : Ninon de Lenclos, de Michel Verge-Franceschi.

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Une seigneurie à la belle étoile, la baronnie de Manteresse

Une seigneurie à la belle étoile, la baronnie de Manteresse
Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1903

Avant-propos

A la suite d'une récente communication sur « la station gallo-romaine des Boissières, à trois kilomètres environ N.-E de Montbron », un membre de la Société Archéologique et historique de la Charente (1) « demandait si les Manteresses, dont les ruines sont dans le voisinage des Boissières, n'auraient point été le siège de la fameuse sénéchaussée du même nom dont il est si souvent question dans les pièces de procédure du XVIIIe siècle. Il serait utile, selon lui, de fixer à cet égard un point de notre histoire charentaise, afin que plus tard on n'en soit pas réduit à consulter la tradition populaire, toujours incertaine... »

En effet, dans sa Statistique monumentale de la Charente (2) Michon s'était borné à noter l'importance probable de cette Baronnie, et à constater que les traces en avaient presque entièrement disparu.

« La Baronnie de Manteresse appartenait dans les derniers temps aux seigneurs de Montberon. Elle est située à peu de distance, de Montberon. On ignore à quelle époque le château fut détruit. La motte sur laquelle s'élevait le château indiquerait, par les ruines qu'elle conserve encore et par son diamètre, un édifice important ». Et le savant archéologue transcrivait sans commentaire une légende suspecte, empruntée à l'auteur des Etudes historiques sur l'Angoumois : « M. Marvaud rapporte une vieille tradition d'après laquelle deux frères, seigneurs de Manteresse, opprimaient le peuple des environs et rançonnaient les passants ; le peuple indigné courut aux armes, s'empara des tours féodales et les rasa ».

Un peu plus tard, M. Marvaud, sans rejeter les fables légendaires, mais aussi faisant œuvre d'historien, enseigna que « la Baronnie des Manteresses était un des fiefs principaux de la seigneurie de Montbron : elle exerçait les droits féodaux sur une partie de la ville de Montbron et sur les paroisses de Cherves, Suaux, Chatelars, Mazerolles et Rouzède... (3) ».

Ajoutons enfin, pour ne rien omettre de ce qui a été écrit sur cette mystérieuse Baronnie, que Gauguier, dans son ouvrage : La Charente communale illustrée (4), rattachant la découverte de vestiges gallo-romains que recèle le lieu dit actuellement les Boissières, au grand nom de qui Manteresse appartient à l'histoire, a conjecturé qu'ici se trouvait « le Montbron de l'époque romaine » ?

La vérité est que l'origine de la Baronnie de Manteresse et la ruine prématurée du château qui en était le siège, se rapportent à l'établissement du régime féodal ; qu'elle constitua une terre considérable ; mais que la disparition à peu près totale de toute possession territoriale au profit des seigneurs qui en devinrent successivement les titulaires, révèle pourquoi le souvenir même en a été si vite effacé : effacé pour l'histoire, mais non pour la légende populaire.

Rien peut-être n'explique mieux la rancune héréditaire des populations rurales pour l'ancien régime que l'exemple d'une seigneurie telle que Manteresse en Angoumois. Voilà un baron qui dans cinq paroisses, Mazerolles, Rouzède, Cherves, Châtelars et Suaux, exerce la justice haute, moyenne et basse, y prélève des rentes, et qui n'a pas même un gîte sur ce qu'il appelle sa terre !

Des droits ainsi exercés ne révèlent aux esprits simples qu'usurpation, arbitraire et oppression. Comment attriuber à de tels démembrements de la Souveraineté une source légitime dans un Etat reconstitué ? Comment soupçonner même que ces impôts particuliers représentés par des profits de judicatures, par des rentes foncières, étaient justifiés à leur création, et que, constituant une propriété privée, ils se sont transmis par les modes ordinaires, succession ou bien ventes à beaux deniers comptants? Seule, l'étude désintéressée d'un passé que la monarchie commit la faute de laisser se perpétuer au lieu d'en ménager la réformation, permet de comprendre qu'ici comme en toutes choses, ce qui a vécu et duré répondait à un besoin du temps ou pour mieux dire à une nécessité sociale.

En effet, lorsque la pensée se reporte aux origines de la féodalité, on se représente sans peine le territoire dépourvu de toute organisation. Rien ne subsiste plus de l'administration toute fiscale que la conquête romaine avait établie sur notre sol ; rien de cette monarchie franque qu'avait parée d'un éclat passager le prestige de Charlemagne. Dans le chaos des races juxtaposées, que peut faire l'habitant sinon se grouper autour des plus forts, des plus braves, des plus avisés, et leur donner son bras, sa confiance, sa « foi », en échange de l'aide et de la protection qu'il en reçoit ? L'esprit de clan reparaît nécessairement et se développe sous une forme nouvelle qui, grâce à l'influence du christianisme, dépouille les allures grossière des âges primitifs et revêt le caractère chevaleresque du lien « féodal ». Un échange de services réciproques s'établit entre les individus réduits à leurs propres forces ; ceux-ci défendent ceux-là, les gardent, les protègent et conséquemment les gouvernent et règnent sur eux.

C'est pourquoi, visitant ce qui reste des demeures seigneuriales, nous reconnaissons, d'une part, à l'abri des douves profondes et des tours massives, une cour intérieure où s'exerçaient des hommes d'armes, et d'autre part, dans une vaste enceinte enveloppée de remparts, des espaces fortifiés où, sur l'alarme donnée, les laboureurs accourant avec leurs bestiaux venaient se réfugier. Tel était, par exemple, dans notre région, le château de La Rochefoucauld. Sous la garde du donjon du IXe siècle, la cour intérieure compte plus de 1.000 mètres carrés ; autour du château, un arc de cercle dont la Tardoire forme la corde, et qui ne mesure pas moins de deux hectares, est entouré de murailles et flanqué de tours : dans ce périmètre, du côté du nord, la Basse-Ville se trouve protégée, avec son église St-Pierre ; et tout le plateau sud-ouest, comprenant les trois quarts environ de l'enceinte, reste libre pour servir d'abri aux populations voisines.

Tout autres seront les châteaux de la Renaissance. On y pourra trouver encore le signe de la domination, mais non le caractère de la protection. L'élégante demeure bâtie à Montchaude par les Saint-Gelais, ne sera plus qu'un objet d'art. On s'acheminera vers les fantaisies gracieuses du XVIIIe siècle. Le maître de la maison lui-même, que sera-t-il devenu ? Souvent, un objet de parure, au lieu d'une force nationale (5).

A Manteresse, dès longtemps, on ne trouvait même plus trace d'habitation. Dans un acte du 6 avril 1773, il est dit que « l'ancien chasteau ou forteresse de Manteresse situé dans la paroisse de St-Maurice de Montberon, est entièrement ruiné et détruit » (6). Effectivement, la disparition de toute résidence en ce lieu remonte beaucoup plus haut.

Chapitre premier : ce qui reste des « tours » de Manteresse

Au nord de Montbron, entre Orgedeuil à l'ouest et Rouzède à l'est, à distance à peu près égale du hameau de Chez-Bruchier au dessous, et du village de Vergnas au-dessus, se trouve un espace de terrain formant triangle, limité à la partie supérieure par la jonction de la route de Montbron à l'Arbre et du chemin de Chez Bruchier à Vergnas. Ce lieu est dit, sur le plan cadastral de la commune de Montbron (7) « Tour de Montaressé », suivant le langage du pays adopté par les auteurs du cadastre. Parmi les 25 parcelles qui se le partagent, on en remarque 2, au nord-est, du côté de chez Bruchier, portant les nrs 327 et 328 (section B). Ces deux parcelles forment ensemble une figure presque géométrique, une sorte de polygone, sur le sol duquel s'élève une motte de terre d'un mètre cinquante seulement de hauteur, et ne mesurant pas plus de cinquante mètres de long sur quarante de large. Cette motte a été coupée et fouillée au mois de juillet 1902, par le propriétaire actuel, M. Jean Laborde, de Vergnas, qui n'y a trouvé que des débris sans caractère de pierres et de tuiles courbes.

Tel était aussi, en 1749, l'état des lieux, décrit dans un arpentement établi à cette date (8). Ce document révèle trois lieux-dits se rapportant à « la terre » qui nous occupe : 1° « Les Tours » (n° 2376 à 2395) ; 2° « Les Manteresses » (n° 2398 à 2411) ; — et 3° « Les Tours de Manteresses » (n° 2412 à 2445). Toutes les parcelles comprises sous ces droits désignations sont exclusivement constituées par des « terres », ou « châtaigniers », ou simples « chaumes » ; aucune construction n'y figure. Elles sont dites « tenantes » soit « au chemin de Rozède à Orgedeuil », soit à celui « de chez Bruchier à Vergnas », ou « à l'Arbre ». Le n° 2409 est ainsi décrit : « chirons tenant de toutes parts aux domaines de Monsieur de Montbron, appartenant à monsieur le comte de Montbron ». On sait que le mot « chiron » désigne en Angoumois un amas de pierrailles recouvertes de terreaux et de végétations. Tel est bien l'état actuel. C'était aussi tout ce qui restait, en 1749, de « la tour » ou « des tours » de Manteresse. L'espace occupé par ces chirons est porté pour 150 carreaux, soit environ 24 ares. Or, il est à remarquer que les deux parcelles appartenant à M. Labarde comprennent au total 18 ares, mais qu'il ne possède l'une d'elles que pour partie seulement.

Le rédacteur de l'arpentement a désigné le chiron comme appartenant à M. le Comte de Montbron, et tenant de toutes parts aux domaines de M. de Montbron ; ces expressions rapprochées dans une même phrase sont caractéristiques : le chiron « appartient au Comte » ; le surplus fait partie  « des domaines de M. de Montbron ». C'est qu'effectivement le numéro 2409 seul appartient en propre au titulaire de la seigneurie de Montbron, laquelle jouit sur l'ensemble du domaine supérieur. Toutes les autres pièces de terre constituant les numéros énoncés sous les noms de « les Manteresses », « les Tours », « les Tours de Manteresses », appartiennent à des particuliers, les Boutinon, les Madigou, les Plaisir. C'est précisément par suite de ce fait que l'antique emplacement des Tours de Manteresses étant seul demeuré la propriété exclusive des seigneurs du lieu, deux parcelles en seront formées qui, en en reproduisant le contour, décriront dans le cadastre actuel un polygone, conservant ainsi à l'histoire la figure plane d'un château-fort de l'époque féodale.

Chapitre II : Manteresse et Montbron

Les faibles dimensions de la motte féodale, qui constitue tout ce qui reste de la Baronnie de Manteresse, donneraient à penser qu'il n'y eut jamais là que des « tours », une forteresse, ainsi que semblerait l'établir le document le plus ancien qui soit venu jusqu'à nous.

C'est un acte du XIIIe siècle, d'où résulte, comme on va le voir, que le seigneur de Montbron étant en même temps titulaire d'autres seigneuries, avait fait donations à sa femme des « forts » de Manteresse et de Mazerolles. Mais, il faut bien remarquer que si la motte actuelle ne dépasse guère 200 mètres carrés, l'emplacement des « chirons » de 1749, aujourd'hui représentés par les parcelles cadastrées 327 et 328, est dix fois plus étendu (plus de 20 ares, au lieu de 2). Aussi bien, il ressort du même acte que Manteresse n'était point, même à l'époque féodale, un simple château-fort, un ouvrage avancé destiné à couvrir Montbron, puisque le puissant seigneur de cette haute baronnie en détache les fortalicia de Manteresse et de Mazerolles, non pour les confier à un soldat, mais pour en faire don à une femme : ce n'étaient conséquemment pas de simples ouvrages militaires, mais des chefs-lieux de seigneuries productives de revenus. Baronnie ou non, avec ou sans habitation personnelle, Manteresse apparaît dès l'origine comme constituant une véritable seigneurie.

L'acte que nous visons est un aveu fourni à l'évêque d'Angoulême par Robert de Montbron. La seigneurie de Montbron relevait de l'évêché d'Angoulême, « si ce n'est partie des paroisses de St-Pierre et de St-Maurice de la ville de Montbron, désignées par des confrontations qui n'ont pas demi-lieue d'étendue, et qui renferment la ville et le château : dans ces limites, les droits du roi etde l'évêque sont très mêlés » (9). Le Baron (plus tard Comte) de Montbron devait à l'Évêque foi et hommage de sa persnne, aveu et dénombrement de ses biens. Or, le 19 des calendes de janvier 1281, Robert de Montbron, fils d'autre Robert, donne son aveu ; il en excepte les forteresses de Manteresse et de Mazerolles : « A predicta autem avocatione exceperunt hec duntaxat que sequuntur : scilicet... fortalicia de Mentereszeas et de Mazerollis... que fuerunt in dotem assignata dicte domine Margarite a predicto domino Rotberto marito suo » (10). Ainsi, Manteresse avait été précédemment uni à Montbron ; Robert le père en fit don « in dotem seu in donationem propter nuptias » (11) à sa femme, de sorte que Robert son fils n'a plus à comprendre ces biens dans son aveu. La seigneurie n'en demeure pas moins : si le baron de Montbron la laisse de côtés, c'est qu'elle subsiste par elle-même et relève directement de l'Évêché.

A vrai dire, il y a tout lieu de croire que la séparation des deux seigneuries ne fut que momentanée et ne survécut pas à la veuve, qui sans doute la laissa par héritage à son fils. C'est pourquoi, de nouveau, en 1456, François de Montbron « donne en partage à Marguerite, sa sœur, les paroisses de Mazerolles, Rouzède, Cherves, Suaux et Chatelard, qui composent (12) la terre de Manteresse, avec droit de haute justice sous réserve de l'hommage, du ressort à Montbron, et du droit de guet qui est de 5 sols par feu, que payent encore aujourd'hui tous les habitants de la terre au château de Montbron. » Ainsi, de l'union constatée à deux reprises de la baronnie de Manteresse à celle de Montbron, il subsiste, au profit de cette dernière, deux avantages : le ressort de la justice, et un droit pécuniaire perçu au profit de ce nouveau suzerain.

La baronnie de Manteresse n'en jouit pas moins d'une véritable autonomie. Aussi, lorsque quinze ans plus tard, le 16 septembre 1471, la terre de Montbron change de mains, elle n'est pas cédée sans réserves. A cette, « la vente à Marguerite de Rohan, comtesse d'Angoulême, veuve de Jean d'Orléans (13), par François de Montbron, seigneur de Martha et de Maulévrier, vicomte d'Aulnay et Eustache de Montbron, son fils, de la ville, chatel, baronnie et seigneurie de Montbron, ses appartenances et dépendances, pour la somme de 10.000 écus ayant cours pour XXVII sous VII deniers tournois la pièce », cette vente n'est faite qu'à l'exception des domaines qui faisaient primitivement partie de ladite chatellenie, mais qui en étaient sortis par alliances et successions.

Chapitre III : à la belle étoile

Manteresse conserve, notamment, le plein exercice du droit de haute justice.

On constate seulement que dès la fin du XVe siècle la forteresse est en bien mauvais état, si même elle subsiste encore, puisquele baron de Manteresse est obligé d'emprunter la prison du château de Montbron. C'est ce qui est dit formellement dans cette curieuse sentence criminelle des officiers de la baronnie, en date du 26 juin 1498 :

« Étienne Tilhou, juge, Jourdin de la Faye, procureur, Pierre Dechièvre, prévost, et Pierre Dumas-Guygou, greffier de la terre et seigneurie de Manteresse, pour noble et puissante Dame Andrée de Nouroy, dame de St-Jannerin de La Creste de Targe et dud. Manteresse,

« A tous ceulx qui ces présentes lettres verront, scavoir faisons que, l'an présent mil quatre cent quatre vingt dix juit, ont esté par nous en lad. seigneurie dud. Manteresse prins et aprehendez au corps Thomas Nardoutaud, Jehan Doulcet dit Boret et Pierre Delaige dit Gros, lesqueulx ont esté par nous condampnés, scavoir est : lesd. Nadoutaud et Doulcet à estre batuz et fustiguez par les quarettours de lad. seigneurie dud. Manteresse, et le dit Pierre Delaige dit Gros pareilhement et davantage avoir couppé et outsé l'oureilhe droicte ; et tous troys bannis de lad. seigneurie pour quatre ans. Lesqueulx furent, ainsi que dit est, exécutés en nostre présence par deulx exécuteurs de la haulte justice, et leur procès fait au chasteau de Montberon par prison empruntée. En témoignage dud. nous avons signé ces présentes de nos mains le XXVIe jour du moys de juyn, l'an mil IIIIe IIIIxx dix huyt.

« Signé : P. Duchièvre prévost ; Tilhou, juge ; Jourdin de la Faye, pr ; Dumas Guygou, greffier » (14).

En 1527, le baron de Manteresse est François de Blanchefort ; le 27 mai, il rend hommage de sa terre au connétable Anne de Montmorency, seigneur de Montbron (15).

Moins d'un an après, le 22 février 1528, M. de Montmorency achète cette terre de M. de Blanchefort et la réunit à la baronnie de Montbron. La vente est faite suivant acte de Duchièvre notaire à Montbron : il y est dit que messire de Montmorency acquiert « la juridiction, terre et seigneurie de Manteresse, avec ses appartenances et dépendances, pour la somme de 22.600 livres tournois que M. de Blanchefort a reçu comptant et manuellement dudit Montmorency en douzains et carolins » (16).

Mais ce n'est pas tout. Le droit requiert « une prise de possession ». Comment prendre possession de cette seigneurie qui n'a ni siège, ni feu, ni lieu ? Comment « tenir la Cour » ? A défaut de greffe, le greffier réside quelque part, à Cherves par exemple : on y fera remise des registres ; à Manteresse même, se trouvent encore des ruines : on y assignera la Cour, qui se tiendra à la belle étoile !

« Aujourdhui diziesme jour de may l'an mil cinq cent vingt-neuf, au bourg de Cherves, terre, juridiction et seigneurie de Manteresse, s'est présenté et comparu devant nous messire Claude de Durant, chevalier (en vertu de la procuration de messire Anne de Montmorency maréchal de France) ; et led. de Blanchefort l'a mis et met en la possession reale de ladite terre et seigneurie de Manteresse par le bail, tradition et octroi des Registres et papiers du greffe de ladite Cour de Mantheresse, en présence de Jehan de La Faye escuyer, seigneur de Menet, de Monnet de Carbonnières, escuyer, seigneur de La Greslière, de Françoys de Couraudin, escuyer, sieur de Ferrières, de maistres Marc de la Brousse et JOurdan de Cherfallot, assesseurs et procureurs dud. Mantheresse, de maistre Forgemoult, notaire et greffier dudit Mantheresse, et de plusieurs autres... Après laquelle prinse de possession, le dit Dudurant, on dit non et presence des susdits a fait assigner ladite Cour de Mantheresse à icelle tenir au jeudi vingt jour du moys de may prochain venant devant la maison noble dudit Mantheresse » (17).

Effectivement, pour exercer la haute justice sur Mazerolles, Rouzède, Cherves, Chatelard, Suaux, et en percevoir les amendes et droits de greffe, pour toucher les rentes qui grèvent ces paroisses, encore faut-il sauvegarder le principe de la « juridiction et terre » de Manteresse.

Quand le Sénéchal de Montbron, François Corlieu, rend une « ordonnance pour informer secrètement, diligemment et bien sur plusieurs larcins commis » dans Mazerolles, il a soin de la dater de ce lieu : « Donné avons un mandement au premier sergent de la baronnie de Montbron... » ; c'est le juge de Montbron qui commande ; c'est le sergent de Montbron qui marche ; mais l'ordonnance se termine ainsi : « donné à Mazerolles le vingt-septiesme jour de décembre mil cing cent trente-quatre. »

Dans les comptes de la terre de Montbron, figurent pour la seigneurie de Manteresse, en 1537, les gages de Pierre Bouyer, procureur, 5#  (ceux de Pierre Duchièvre, procureur de Montbron étant de 10#). En 1565, la recette du greffe de Manteresse s'élève à 150#, celle de la prévôté dudit lieu à 5# 10 sous. En 1637, Pierre Sauvo, procureur fiscal de Montbron, avec 17# 10 sous de gages, reçoit, en outre, comme juge de Manteresse, 25# ; enfin, 10# sont allouées à Jean Sauvo, procureur fiscal.

Chapitre IV : Loménie de Brienne et Chérade de Montbron

A cette date de 1637, la terre de Manteresse, suivant le sort de celle de Montbron, était passée de la maison de Montmorency dans celle de Loménie de Brienne.

La vente des seigneuries de Montbron, Manteresse et La Grelière avait été consentie, moyennant 210.000#, suivant acte reçu par Burthon et Turgis, notaires au Châtelet de Paris, le 4 mars 1624. Le prix en avait été payé à Marie de Luxembourg, veuve de Bernard de Béon, baron de Bouteville, lieutenant général pour le roy aux pays d'Angoumois, Saintonge, Aunis, Haut et Bas Limousin, par Henri-Auguste de Loménie, son gendre, seigneur de Laville-aux-Clercs, conseiller d'État, à l'acquit des venderesses, Marguerite, Charlotte et Luce de Luxembourg et de Ventadour (18).

Le seigneur de Manteresse, un Loménie de Brienne, est de plus en plus étranger à « sa terre ». Ce qui ne l'empêche pas de revendiquer tous ses droits, même simplement honorifiques. C'est ainsi qu'une procédure est suivie au Parlement de Paris, par Claude de Thou, tuteur de Henri-Louis de Loménie, comte de Montbron et baron de Manteresse, contre Raymond de Maignac, écuyer, seigneur de Mazerolles, qui, « se prétendant patron de l'église dudit lieu, voulait s'attribuer les droits honorifiques en ladite église, à l'encontre de la possession immémoriale des barons haut-justiciers de Manteresse » (19).

Le XVIIe siècle n'était pas achevé, que Montbron lui-même échappait aux hauts et puissants seigneurs pour faire entrer à son tour dans la haute noblesse un maire d'Angoulême. Suivant acte de Monnerat, notaire à Paris, du 15 avril 1699, était reçue la vente faire par le Comte Loménie de Brienne à Étienne Chérade, maire perpétuel de la Ville d'Angoulême, de la terre et comté de Montbron, la Chastelenie et Baronnie de Manteresse et la Seigneurie de La Grelière, moyennant 150.000# : icelles terres, Comté, Baronnie et Seigneurie mouvantes et relevantes du roy et pour la plus grande partie du seigneur-évêque d'Angoulême (20). La part du roi était d'ailleurs si faible que l'évêque d'Angoulême, Cyprien-Gabriel Bénard de Rezé, donna seul quittance du droit de lods et ventes, et se chargea d'acquitter les droits du roi : il reçut 7.000# et en paya 563 au fermier des domaines.

Voilà comment un bourgeois, simple marguillier de sa paroisse, voyait son fils devenir, d'abord noble de robe ou de cloche, et, incontinent après, haut et puissant seigneur : ce qui démontrerait une fois de plus s'il était nécessaire, que sous l'ancien régime, comme toujours et partout, une habile administration des fortunes privées conduit à la richette et par elle au pouvoir, nonobstant tous privilèges, lois et tradiitons (21). Et c'est pourquoi « le 24 octobre 1714, est enterré en l'église St-Maurice de Montbron, messire Etienne Chérade, mort dans sa maison noble du Mas, paroisse de Montbron, en son vivant chevalier, comte de Montbron, marquis de Clairvaux, baron de Marthon, Blanzac, La Rochechandry, Thué, Manteresse et autres lieux, conseiller du roy, lieutenant-général d'Angoumois ; l'enterrement fait par Emery, curé de Montbron, assisté de messieurs les curés des terres de Montbron, Marthon, Manteresse et autres » (22).

Chapitre V : Manteresse démembré

Depuis deux siècles, manteresse est réuni au comté de Montbron. Nous allons voir cette baronnie s'en détacher, pour partie cette fois, et se démember elle-même : tant le but originaire et la raison d'être de ces souverainetés privées sont oubliés, leur objet méconnu et en quelque sorte dénaturé. La Baronnie, nonobstant son droit haut-justicier, est en réalité semblable à cette « Seigneurie de La Grelière » dont un légiste nous dit qu'elle « consiste seulement dans quelques rentes d'un modique revenu confondues depuis (l'acquisition qu'en avait faite le connétable de Montmorency) avec les autres revenus de la terre» de Montbron (23). Dès lors, pourquoi ne pas la dépecer en lots, suivant la commodité des partages ?

C'est ce qui va être fait, en janvier 1760. Partage par M. de Montbron, Adrien-Alexandre-Etienne Chérade, avec ses frères et sœurs : il cède à Madame de La Garélie les paroisses de Rouzède et Mazerolles faisant partie de la terre de Manteresse, à la charge de les tenir de la terre et comté de Montbron, de la même manière qu'elles étaient anciennement relevantes et mouvantes de la terre de Montbron, et conformément aux articles XXV, XXVI, XXVII de la Coutume d'Angoumois relatifs au Parages (24). Moins que jamais, on le conçoit, le seigneur de résidera sur « sa terre ». Messire Arnault Souc du Plancher, chevalier, seigneur de La Garélie, La Rousselière et La Rochette, et coseigneur de la Baronnie de Manteresse, et dame Magdeleine Chérade son épouse, demeurent en leur château de La Rousselière, paroisse de Beaussac en Périgord. Aussi les coseigneurs de Manteresse ne tiennent guère à cette « terre » et ne soucient que d'en faire argent. Dès le 6 mai 1762, ils s'empressent d'opérer la vente de « la moitié de la baronnie de Manteresse » moyennant 50.000# et 720# de pot de vin, à Gabriel Louis de La Ramière fils, chevalier, seigneur de La Ramière, auquel Etienne Chérade ne tarde pas lui-même (novembre 1762) à consentir, à de peu brillantes condiitons, moyennant 131.500# seulement, plus 2.400# de pot de vin, la vente de la terre et comté de Montbron (25). L'acte de La Garélie à La Ramière nous apprend ce que rapportait moitié de la terre de Manteresse, en quoi consistaient ses revenus, et nous montre aussi comment on résolvait le problème d'exercer le droit de justice, non plus seulement sans logis, mais à deux ; en voici les principaux extraits :

« ... Moitié de la terre et baronnie de Manteresse relevant de toute ancienneté à hommage plain et sans devoir de la terre et comté de Montbron en Angoumois, savoir :

1° (Sur Rouzède) 151 boisseaux de froment,
160 — de seigle,
187 — d'avoine,
73# 15 sols 10 deniers d'argent, le tout de rentes seigneuriales dues sur la paroisse de Rouzède ;
le tout mesure de Montbron (26) ;

2° (Sur Mazerolles) 141 boisseaux de froment,
136 — de seigle,
117 — d'avoine,
79# 15 sols d'argent, de rentes seigneuriales dues sur la paroisse de Mazerolles ;
même mesure ;

3° Rente seconde foncière de 100# annuellement due sur la métairie de L'Arbre, en ladite paroisse de Mazerolles ;

4° Le moulin banal de Bourny (27), avec tous les droits de banalités et de contraintes sur les sujets de la dite terre de Manteresse ;

Enfin, la justice haute, moyenne et basse où elle s'étend, qui est commune avec l'autre moitié de la dite baronnie, dont la nomination du juge sera faite successivement entre les deux seigneurs et alternativement, à commencer par la nomination première à faire par le seigneur acquéreur. »

M. de La Ramière n'ayant pas, du reste, acquitté le prix de la terre de Montbron, parce que son beau-père n'avait pu lui-même réaliser en argent la dot promise à sa femme et ce « à cause d'un procès de conséquence qui dure encore », un jugement de de résiliement faute de paiement fut rendu, le 4 septembre 1765, en la sénéchaussée d'Angoulême, auquel La Ramière, acquiesça grâce à une transaction rendue nécessaire « à raison de certaines acquisitions et améliorations » qu'avait faites le nouveau propriétaire, Etienne Chérade fut obligé de reprendre le comte de Montbron. Et La Ramière, « pour ne pas redevenir vassal de M. de Montbron », vendit, le 21 octobre 1765, à Mre Julien-René de La Grève, seigneur de Poensensat, contrôleur ordinaire des guerres, et à dame Marie-Anne de Chalvière son épouse, demeurant au logis de La Forge, paroisse de Rancogne, « la moitié de la terre et baronnie de Manteresse », située dans les communes de Rouzède et Mazerolles, avec tous les droits qui en dépendent » (28).

Cette « partie » même de la baronnie de Manteresse conservait encore une autonomie : le droit féodal survivait à ce point au fait économique, qu'il y avait lieu de ce chef à un hommage et à un dénombrement séparé. C'est ce qu'atteste une déclaration du comte de Montbron, écrite de sa main en 1770 : « Je déclare et promets à Mgr l'évêque d'Angoulesme que dans le cas où j'acquière la totalité des rentes vendues à Madame de La grève par contrat du 21 octobre mil sept cent soixante cinq, ou partie d'icelles, je les réunirai au corps de fief mouvant de l'évêché, pour ne former dans l'avenir qu'un seul hommage et dénombrement de la terre de Montbron. A Paris, le quinze juillet mille sept cent soixante dix ».

Signé : MONTBRON.

Chapitre VI : Les coseigneurs de Manteresse

La réunion des deux démembrements de la baronnie de Manteresse n'eut jamais lieu.

Quelques mois après la date de la déclaration que nous venons de rapporter, le 26 décembre 1770 (29), dans son contrat de mariage avec demoiselle Françoise-Elizabeth de Livron, messire Jean-Louis-Marie de Ruffray, demeurant au logis de La Forge de Rancogne, fils de feu Charles-Pierre, seigneur de Lhoumeau, et de Marie-Anne de Chalvière, mariée en secondes noces à Julien-René de La Grève, écuyer, seigneur de Porsansal en Bretagne, se qualifie « Seigneur de la baronnie de Manteresse ». On a vu plus haut qu'en 1765, M. et Mme de La Grève s'étaient rendus acquéreurs « de la moitié de la terre et baronnie de Manteresse » ; dans un acte du 21 juin 1763, Julien-René de La Grève, époux de Marie-Anne de Chalvière, est encore qualifié « Seigneur de Manteresse » en même temps que de Porzensa : (30) il est probable que c'est aux termes des « actes de réglement de partage entre madame sa mère, monsieur son frère et lui », auxquels il est fait allusion dans le contrat de mariage de 1770 comme passés antérieurement, que les époux de La Grève avaient transféré à leur beau-fils et fils Jean-Louis-Marie de Ruffray, leurs droits sur la baronnie de Manteresse, que la maison de Ruffray a toujours conservés.

Nous avons la preuve qu'en 1774, il y avait bien deux « Seigneurs de la baronnie de Manteresse ». Voici des lettres desdits seigneurs instituant un notaire et procureur « dans la dite baronnie » : elles sont datées de Baruffaud, vieux logis en la paroisse de Cherves : le procès-verbal d'installation de cet officier, dressé par le sénéchal de Montembœuf, « juge assesseur de la baronnie », porte que la cérémonie a lieu « en la chambre du conseil de la baronnie de Manteresse » ? L'acte ne nous dit pas où se trouvait cette chambre du conseil ; dans tous les cas, ce n'était point à Manteresse ! (31).

« Nous soussignés Seigneurs de la Barronnie de Mantheresses avons donné et octroyé à Maître Jacques Vincent Ducluzeau, procureur en la chatellenie de Montembœuf et Barronnie du Lindoix, demeurant aux Bourrières paroisse de Montembœuf, l'état et office de notaire et procureur dans notre dite Baronnie de Mantheresses, pour par lui en jouir aux honneurs, prérogatives et émoluments y attribués pendant le temps qu'il nous plaira, mandons aux officiers de notre dite Barronnie de le recevoir en ladite charge et office. Fait à Baruffaud ce dernier octobre mil sept cent soixante quatorze. Lareinerie. »

« Aujourd'huy dernier jour du mois d'octobre mil sept cent soixante quatorze en la chambre du Conseil de la Barronnie de Mantheresses, par devant nous Joseph Veyret, sieur des Mazollières, sénéchal de Montembœuf et autres justices, juge accesseur de la présente Barronnie, ayant avec nous notre greffier ordinaire, a comparu maître Jacques Vincent Ducluzeau, procureur en la chatellenie de Montembœuf et barronnie du Lindoix ; lequel nous a remontré que les Seigneurs de la présente cour lui ont accordé des provisions de notaire et procureur en leurdite Barronnie en datte de ce aujourd'huy signées de La Reinerie, requérant en conséquene qu'il nous plaise le recevoir à la dite charge audit état et office, aux offres qu'il fait de ce faire attester au pareil cas requis et a signé, signé Vincent.

Et à l'instant a fait comparoir maître Jacques Veyret Ducluzeau, notaire et procureur, et maître François Pelletant de Préfontaine, aussi notaire et procureur en la présente Barronnie ; après avoir fait serment en pareil cas requis nous ont déclaré que ledit maître Vincent professe la religion catholique, appostholique et romaine, qu'il est de bonne vie et mœurs, capable d'exercer la dite charge et d'âge compétent et ont signé. — Signé Pelletant, Veyret, Ducluzeau, attestant.

De tout quoi nous jugesusdit avons donné acte et ouï maître Léon Texier, procureur fiscal de la présente cour, nous avons reçu et installé ledit maître Vincent Ducluzeau audit état et office de notaire et procureur en la présente cour pour par lui en jouir conformément auxdites lettres, et avons de Lui pris et reçu le serment en pareil cas, requis et ordonné que les susdites lettres seront transcriptes au bas des présentes et signées de son seing dont il entend se servir, à la charge par ledit Vincent de n'exercer ladite charge de notaire qu'il n'ait atteint l'âge de vingt cinq ans, et a signé avec nous ledit procureur de la Cour et notre greffier. Ainsi signé J. Vincent, Veyret, Texier procureur d'office et E. Dubournais, greffier » (32).

Ainsi, la baronnie subsiste jusqu'à la dernière heure mais divisée en deux démembrements.

Elle ne consistait plus, d'ailleurs, qu'en droits de justice et en rentes; il n'existait plus de terres dans cette « terre de Manteresse ». Que l'on dépouille les dossiers des biens nationaux adjugés à la Révolution, l'on ne trouvera dans Mazerolles, Rouzède, Cherves, Chatelard ou Suaux, aucune trace des noms qui figurent dans cette étude. A Mazerolles, le « ci-devant château » est vendu sur la tête de l'ex-seigneur du lieu, Villars de Poutignac ; à Rouzède, Le Bourny est racheté par les frères de Barbot d'Auteclaire, émigrés, eux-mêmes habitants de Champniers ; à Chatelard-la-Rivière, la vente du colombier et du moulin constituent la liquidation d'un Prieuré ; à Cherves et à Suaux, on ne rencontre également que des noms étrangers à l'histoire de la baronnie de Manteresse.

Les seigneurs de notre baronnie avaient de bonne heure suivi l'heureux exemple de tant d'autres et notamment du baron de Marthon, dont les nombreuses « mises aux enchères » de ses domaines, ont été signalées au XVe siècle (33). Ainsi se constituait la petite propriété, par des aliénations à charge de rentes. C'était un bien.

Mais, d'autre part, comment s'étonner que les concessionnaires aient peu à peu oublié l'origine de leur qualité de propriétaire ? Sans doute, les seigneurs administraient la justice, mais souvent de bien loin, de leur manoir en Périgord, ou de leur hôtel à Paris. Sans doute aussi, le roi leur rappelait parfois leurs obligations. C'est ainsi qu'en 1477, Louis XI, à la suite d'une enquête prescrite par Philippe de Commynes, son conseiller chambellan et sénéchal de Poitou, signifiait « de la partie de son très cher et très amé cousin le comte d'Angoulesme », à Marie de Montbron, qu'elle était « tenue de réparer et tenir en estat les ponts et passages de la chatellenie et baronnie de Montbron », par cette raison que « le péage en a été jadis introduit pour ce faire », et ordonnait aux sénéchaux de Poitou, Saintonge et Périgord, de contraindre ladite dame de réparer lesdits ponts et passages de ladite chatellenie de Montbron (34).

Mais c'étaient là des obligations que l'organisation monarchique suppléait elle-même de plus en plus ; et les barons de Manteresse, quant à eux, n'étaient plus en réalité que les créanciers de rentes annuelles, acquises au même titre qu'une simple rente foncière, en tout ou en partie, comme on ferait aujourd'hui d'une valeur quelconque.

Ainsi s'explique la suppression brusque et totale, avec les seigneuries et baronnies elles-mêmes, de ces rentes, terrages et agriers, dont la monarchie eut l'imprévoyance de ne pas préparer l'extinction graduelle, régulière et légale, rendant ainsi inévitable l'explosion violente et fatale de la Révolution.

Daniel Touzaud

Notes :

1. M. Bastier, 14 juin 1902. Bulletin de la Soc. arch. et hist. de la Charente, 1901-1902, pp. LXXXVI-LXXXVIII.

2. Paris et Angoulême, 1844, p. 205.

3. Notice sur les seigneurs de Montbron, p. 76. Bulletin de la Soc. arch. et hist. de la Ch. 1851-1852.

4. P. 301, Angoulême, 1868.

5. Cf. A. Babeau, Le Village sous l'ancien régime, L. III, Ch. I.

6. Dans Michon, Statistiq. monument., p. 205, en note.

7. Voir cette partie du plan reproduite ci-contre.

8. Archiv. dép., C. 207.

9. Consultation et Mémoire de 1765 (Archiv. départ. E. 48, fonds des familles).

10. Livre des fiefs de l'évêché d'Angoulême, f° 82 V°.

11. Copie collationnée de 1529. Arch. dép. G. 134, fonds de l'Évêché, Montbron.

12. Consultation et mémoire, déjà cité.

13. Arch. dép. E. 45. Marguerite de Rohan rendit, en 1489, hommage-lige à Robert de Luxembourg, évêque d'Angoulême. L'hommage noble comprenait le baiser : Marguerite ne recula pas devant cette formalité vis-à-vis du noble évêque ; c'est ce qui résulte du procès-verbal officiel, où une distinction très nette est faite entre l'hommage proprement dit rendu par la princesse en personne et le devoir incombant au baron de Montbron, lors de la première entrée de l'Évêque dans sa ville épiscopale, de porter un pied de « sa chaire », lequel devoir fut rempli par son procureur : « Nous, Robert de Luxembourg, par la grâce de Dieu évesque d'Angoulesme, Savoir faisons qu'aujourduy, date de ses présentes, très haute et puissante madame Margarite, comtesse d'Angoulesme, nous a fait les hommages liges, foy, baisiers et serment de féaulté qu'elle nous est tenue de faire à cause de noustre dignité épiscopalle d'Angoulesme des chouses qu'elle tient de nous en la chastellenie et baronnie de Montberon comme ailleurs, et tout ainsi et par la forme et manière qu'elle et ses prédecesseurs ou ceulx dont elle a droict en ceste matière ont faict à noz prédecesseurs évesques d'Angoulesme accoustumé de faire ; ausquelx homages liges, foy, baisiers et serment l'avons receue par ces présentes sauf nostre droit, et l'autry; et laquelle nous a payé et rendu le devoir qu'elle nous doit à cause des chouses susdites, assavoir est qu'elle, par son procureur, nous a porté ou fait porter en nostre première entrée par le pié darnier et senestre de nostre chaire. En outre, luy avons enjoingt qu'elle nous rende ou face rendre ces denombremens par escrit dedensle tempsdela coustume, autrement dès lors comme dès à présent et dès à présent comme dès lors, avons mis et mectons par ces présentes les chouses susdites en noustre main. Fait et donné au chastel d'Angoulesme presens ad ce nobles personnes messire Françoys Bouschart, seigneur d'Aubeterre, senneschal d'Angoulmoys, Jacques de St-Gelays, escuier, seigneur de Maumont, Olivier Guy, escuier, seigneur de Fontenilles, maitres François Corlieus, lieutenant, et Jeha de Lomellet, advocat d'Angoulesme, licentié en loix, et plusieurs aultres, soubz nostre scel de chambre, le VIIe jour du mois d'octobre l'an mil IIIIeIIIIxx et neuf, POUGIER, par le comandement de mondit Seigneur. » (Archiv. dép. G. 134. Évêché. Montbron).

14. Archiv. Dép. E. 59.

15. Consultation et Mémoire de 1765, supra cit.

16. Archiv. Dép. G. 134.

17. Archiv. Dép. G. 134.

18. Archiv. Dép. E. 47.

19. Archiv. Dép. E. 59.

20. Archiv. dép. E. 47. Le père d'Etienne Chérade n'avait d'autre dignité que celle de fabricien de l'église St-André d'Angoulême. Etienne fut avocat au Parlement, puis lieutenant particulier au siège présidial ; enfin, comme il était extraordinairement pourvu d'écus grâce au négoce de ses pères « marchands de draps de soie », il acheta, moyennant 80.000 livres, de Marc-René de Paulmy marquis d'Argenson, l'office de lieutenant-général ; il acheta aussi à beaux deniers comptants Marthon, Blanzac, Larochechandry, en Angoumois, Clairvaux et Thuré, en Poitou (Beauchet-Filleau, Dict. hist. et généal. des familles du Poitou, 1895). Maire perpétuel d'Angoulême de 1697 à 1712, Etienne Chérade concurut avec l'Intendant de Bernage à faire « relever les murs de la place de Beaulieu, embellir la dite place et la faire planter en arbres » (Desbrandes, Hist. d'Ang. ms. t. II p. 1003-4). C'était des ormes qu'on plantait ; en 1758, comme « ils étaient d'une hauteur et d'une grosseur excessives et n'offraient rien d'agréable », ils furent arrachés et vendus 1.200# ; l'année suivante, on planta, à leur place, des ormes d'Orléans qui ne réussirent pas, et auxquels on substitua, en 1761, des tilleuls « qu'on voit encore en 1816, écrit Desbrandes, ayant été pour ainsi dire renouvelés par les tailles réitérées qu'on leur a fait, ce qui ne peut leur assurer une carrière de beaucoup d'années. » (Desbrandes, ibid.)

21. Le fait n'est pas une nouveauté, au XVIIe siècle ;  dès le XIIIe, on le voit déploré dans le Lai de l'Oyselet, qui nous décrit un merveilleux domaine, paré d'un si beau donjon, d'une si belle tour comme on n'en a jamais vu, mais que le gentil chevalier vendit à un vilain, car les villes et les châteaux, en changeant de maîtres, vont toujours de mal en pis. (Conteurs français, Ch. Louandre, Paris, 1873.)

22. Archiv. Dép. E. 81.

23. Consultation et Mémoire, suprà cit.

24. Ibid.

25. Archiv. Dép. E. 48.

26. Le boisseau de Montbron était de 8 mesures ou 24 litres. Le boisseau valait :

En 1537, froment, 5 et 6 sous,
seigle, 3 & 4 —
avoine, 2 & 3 —

En 1566, froment, 28 sous,
seigle, 25 —
avoine, 10 —

En 1637, froment, 26 —
seigle, 16 —
avoine, 16 —

27. Affermé 123# en 1637. Archiv. Dép. E. 53.

28. Arch. Dép. E. 48.

29. Caillaud, notaire à Angoulême. Archives dép. E. 1855.

30. Même notaire. E. 1840.

31. Nous devons ces documents à M. Raballet, juge d'instruction au Tribunal civil de Confolens, qui les a découverts au greffe de ce Tribunal, où ils avaient été déposés par M. Vincent Ducluzeau, avec deux autres commissions de notaire qu'il tenait des Seigneurs du Lindois et des Étangs, en vertu de l'art. 22 de la loi du 29 ventôse an II.

32. Sur le pli est écrit « Du 7 prairial an II ». Titres déposés au greffe par le citoyen Vincent, notaire à Montembœuf. (Suit la transcription littérale de la pièce n° 1).

33. Bulletin de la Soc. arch. et hist., séance du 9 mai 1900, (p. LXI et LXIV).

34. Archives départ. E. 45.

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28 décembre 2019

Le fief de Coulgens en 1750

Depuis cette époque le fief de Coulgens est demeuré contamment à la famille Durousseau, de père en fils, jusqu'à la Révolution. Toutefois, il ne lui demeura pas intégralement. D'après divers actes notariés, nous avons cru pouvoir déduire qu'il diminua en étendue avec les années qui se succédèrent. Une lettre de l'abbé Rullier, c. de Coulgens, à son évêque, datée du 4-4-1774, nous apprend que ses ancêtres l'avaient dissipé. « L'aîné de la famille n'avait plus pour toute fortune à partager avec son frère et deux sœurs, disait-il, que le logis de Coulgeans auquel était unie une ancienne préclôture et quelques arpents d'autres terres et des dettes. » Comment avaient-ils pu dissiper ce fief ? Nous l'ignorons. Peut-être que les nombreux enfants qu'eurent les différents vassaux de ce nom y contribuèrent. En quoi consistait-il ? Contrairement à la tenue générale des fiefs, il n'était point un tout réuni, mais une réunion de plusieurs terres disséminées çà et là d'une assez grande superficie. En 1750, il était occupé par Mre René Durousseau, éc., chev., seigneur de Coulgens, qui le faisait exploiter par des domestiques et tenait 4 bœufs et 1 cheval de selle. La matrice de cette année-là donne sa consistance. La voici, telle que nous l'avons relevée : n° 14, un logis, composé d'une aile de fournière, chaix, gallerie, cour, grange, héraux et jardin, contenant 78 c. et estimé 16 h 8 sols ; n° 15, près Laguéraine contenant  15 jx 18 c., estimés 150 h 18 sols ; n° 17, une terre à Louche de 2 jx 190 c. estimés 14 h 15 sols ; n° 18, une terre à la Vieille Vigne et à la Petite Caire, contenant 6 jx 180c., estimés 25 h ; n° 27, Sous la Ville, terre et chaume en pacage de 14 jx 104 c., estimés 28 h 10 sols ; n° 762, chaume à la Tranche la Marche de 4 jx 30 c., estimés 2 h ; n° 1125, une vigne à Maufruit de 3 jx 28 c., estimés 4 h 14 sols ; n° 1160, une vigne au Moulin à vent de 7 jx 92 c., estimés 5 h 6 sols ; n° 1568, à la Grande Rivières, pré Mouret d'un jal 46 c., estimé 9 h 18 sols. Ce qui faisait une superficie totale de 56 jx 166 c. Son frère Joachim, éc., seigneur du Breuil (nous n'avons pas pu savoir de quel Breuil), possédait au bourg, n° 195, deux chambres basses, une chambre haute, avec cave, grneier, chaix, pigeonnier, cour, jardin et terre, contenant 1 jal 68 c., estimés 13 h 7 sols ; et sous le n° 76, une pièce de terre de 128 c., sur le chemin de Coulgens à la Fourlière. Dans toute cela, il n'est donc nullement question des immeubles qui firent l'objet du dénombrement du 14 mars 1462, fourni par Jacques de Lorme. Après la Révolution, le fief diminua encore par suite de partages devenus obligatoires entre les enfants héritiers en conformité avec le nouveau code civil. L'ancien maire Durousseau, dernier occupant de ce nom, malgré la fortune que lui avait apportée son épouse Marie-Eugénie Delabrosse, veuve Grassin, et malgré sa profession de marchand de biens, ne fit point de brillantes affaires et ne contribua point à l'agrandir. Ses six sœurs qui se marièrent assez tard et qui furent longtemps à sa charge, l'éducation de son fils Jean-Charles, qui devint notaire, et, après la mort de son épouse, de nombreux parasites, ne furent pas étranger à sa dilapidation. Le peu qui en restait fut vendu en 1889, à l'exception d'une partie du logis et de quelque peu de pré dans la Guérenne, dont Philippe Gallaut s'est rendu acquéreur en 1920, une autre partie du logis ayant échu à un descendant des Durousseau, par les femmes, Pierre Bertrand, beau-frère du précédent.

Source : Coulgens sous l'Ancien Régime, de l'abbé Beau.

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