26 janvier 2020

Le parti catholique en faveur des Jésuites

Malgré tous les efforts, le collège d'Angoulême n'avait pu, arriver à un développement complet au moment où s'ouvrit le XVIIe siècle. Comme l'Université elle-même, avec son personnel à demi laïque, à demi ecclésiastique, - avec ses méthodes routinières, il était destiné à végéter longtemps encore, s'il ne fût tombé aux mains de la plus puissante congrégation religieuse du temps, celle des Jésuites, soutenue par l'ardente sympathie du parti catholique. En Angoumois comme dans toute la France, le concile de Trente et l'action de la Société de Jésus avaient arrêté le progrès de la réforme protestante. Sous la direction des ordres religieux, les catholiques avaient partout organisé la lutte. En 1576, les habitants d'Angoulême s'étaient refusés à ouvrir leurs portes aux protestants, qui avaient obtenu cette ville comme place de sûreté, lors de la paix de Beaulieu. Plus tard, la Ligue y avait eu de fougueux partisans. L'esprit de prosélytisme y était d'autant plus vit dans la bourgeoisie orthodoxe, qui dominait au chef-lieu de l'Angoumois, que la réforme avait de nombreux adhérents dans le reste de la province, notamment à Jarnac, a Cognac, à Segonzac, à Barbezieux et à La Rochefoucauld. Les deux partis en présence comprenaient l'importance que pouvait avoir pour la diffusion de leurs doctrines l'enseignement distribué dans les collèges. Après avoir essayé en 1568 de s'emparer du collège d'Angoulême, les protestants de l'Angoumois, désireux de résister énergiquement à la-contrerévolution catholique, avaient fondé le collège de La Rochefoucauld. Cet établissement, soutenu par les subsides des synodes provinciaux de l'Angoumois, de l'Aunis et de la Saintonge, jeta bientôt le plus vif éclat. Le cours des étudesy était plus complet que dans l'institution rivale. On y enseignait non-seulement la grammaire, comme à Angoulême, mais encore les humanités, la rhétorique, la philosophie, la théologie et l'hébreu, comme dans les collèges des Universités. Organisé à la fin du XVIe siècle, il devait durer jusqu'en 1685. Après des débuts obscurs (il apparaît dès 1583), il eut une existence brillante, surtout après l'édit de Nantes, sous la direction de maîtres éminents, tels que les Écossais Thomas Hog, Daniel Robertson, David Dixon, et les Français Jacques Ducasse et Georges Pacard. Là se formèrent des publicistes protestants qui eurent au XVIIe siècle une certaine célébrité : le philosophe Villemandy, qui enseigna à Montauban ; les théologiens et controversistes Loquet, Yver, Gomaire, qui professèrent à Puylaurens, Saint-Jean-d'Angély et Saumur. Le succès de l'enseignement des calvinistes était fait pour, inspirer les plus vives craintes aux catholiques d'Angoumois. Le prosélytisme alarmé leur inspira l'idée d'opposer aux maîtres protestants, leurs plus redoutables adversaires, les Jésuites. Déjà, à Paris, à Bordeaux et dans bien d'autres villes, la Compagnie de Jésus avait réussi à s'établir, en dépit de l'Université, qui paraissait trop laïcisée, trop tiède, au point de vue confessionnel, aux ardents partisans de la contre-réforme. Dès 1593, le maire d'Angoulême, François Le Musnier, sieur de Lartige, conseiller du roi et premier président de l'Élection, l'un des chefs du parti catholique, qui venait de faire bâtir à Beaulieu l'église des Bénédictines, entraîna, dans un élan de zèle religieux, les membres du corps de ville, « à « constituer chacun en leur particulier les rentes néces« saires pour l'établissement des Pères Jésuites au collège, « en vue du service de Dieu, bien public et instruction des « enfants ». Le projet ne put être exécuté. Mais les partisans de la Compagnie de Jésus gagnaient peu à peu du terrain. Le puissant duc d'Épernon, gouverneur d'Angoumois, yrai roi de la province, l'évêque d'Angoulême, Charles de Bony, les notables de la ville, les .membres du présidial, les principaux dignitaires du clergé, se firent les promoteurs de l'établissement des Pères. Le 7 août 1600, François Le Musnier, maire pour la quatrième fois, propose de nouveau, « pour le bien et advantaige de la religion catholique, « apostolique et romaine, instruction de la jeunesse et bien « publicq de ceste ville et pays », de fonder « ung collège de « messieurs les Jésuites ». L'ordre y consentirait avec empressement ; il a délégué le provincial de Guyenne « et le recteur du collège de Périgueux, avec lesquels le « maire a conféré » à ce sujet. Ils ont affirmé « volontiers « voulloir venyr et fournir de leur Compaignie la société suf« fisante et nécessairepourledict collège». Le corps de ville, apprenant que le duc d'Épernon « a eue fort agréable » cette négociation, s empresse de donner pleins pouvoirs au maire pour poursuivre l'établissement des Jésuites et obtenir l autorisation du roi et « de messieurs de la Court du Parlement de Paris ». Cette seconde tentative échoua encore. Le moment était mal choisi. Le Parlement, imbu des idées gallicanes et partisan de l'Université, avait peu de goût pour les Pères. Le roi lui-même, après avoir ordonné l'expulsion des Jésuites en 1594, ne les rappelait qu'en septembre 1603, et ne leur accorda jamais qu'une confiance limitée. Peu satisfaits de ne pouvoir obtenir l'autorisation d appeler les Jésuites, le corps de ville et le chapitre s'intéressent de moins en moins à la prospérité du collège. Les principaux se plaignent de leur négligence. Le chapitre prétend nommer un titulaire de la prébende préceptoriale en dehors du collège, et ne plus payer au principal les 400 liv. de rente qui sont attachées à ce bénéfice. Cependant les catholiques redoublaient d'efforts. Déjà des ordres religieux nouveaux s'établissent à Angoulême, à côté des anciens. Les Capucins y sont appelés par M. de Nesmond (1611), les Minimes (1619) par Marie de Médicis, les Ursulines par de pieux fidèles de la paroisse Saint-Martial au début du siècle (3). Enfin, en 1622, le parti catholique réussit à obtenir, après trente années d'une propagande persistante, l'établissement des Jésuites au collège. Dès la fin de 1621, les amis de la Compagnie s'étaient mis en mesure d'obtenir de Louis XIII l'autorisation tant convoitée. On mettait à profit la présence du roi au delà de la Loire où il enlevait aux protestants Saumur, Saint-Jeand'Angély et Royan (1621-1622). Le duc -d'Épernon, colonel général de l'infanterie, gouverneur d'Angoumois, Saintongeet Limousin, qui accompagna le prince, usait de sa puissante influence en faveur des Jésuites. Le maire, Jacques Le Musnier, seigneur de Rouffignac, trésorier général des finances en la généralité de Limoges, et avec lui tout le corps de ville avaient déjà négocié avec le P. Cotton, pro vincial de Guienne, les conditions d'un accord. On sollicitait des dons en faveur de la Compagnie. Une pieuse veuve, Delphine Gentil, veuve de Cybard de Corlieu, descendant du premier historien de l'Angoumois, léguait au corps de ville 3,000 liv. qui lui étaient dues par François et Robert d'Aubeterre, afin d'aider à la fondation du collège des Jésuites, jugeant que nul ordre n'était plus « propre à l'instruction « de la jeunesse en toute piété, correction de mœurs et « bonne discipline ». Une autre dame zélée, Marie de Lageard, veuve de Pierre Gandillaud, écuyer, seigneur de Fontfroide, conseiller au présidial et ancien maire d'Angoulême, accordait par testament un capital de 3,000 liv., à prendre après son décès sur la totalité de ses biens, à la charge de consacrer cette somme à la fondation du collège des Jésuites d'Angoulême. Les Jésuites acceptaient ces avances avec empressement. Le P. Cotton, ancien confesseur de Henri IV et provincial de Guienne, donnait aussitôt procuration à Jean du Fossé, sieur de La Fosse, avocat au siège présidial d'Angoumois, pour accepter ces deux donations de même que toutes celles qui pourraient être faites à l'avenir « en faveur de la Compagnie ». La bourgeoisie angoumoisine, impatiente d'obtenir l'établissement des Pères, se départait en leur faveur de ses habitudes de parcimonie. Une souscription volontaire, ouverte au mois de juin 1622 pour ce motif, donnait la somme importante de 16,000 liv. (au moins 100,000 fr. valeur actuelle). L'évêque Antoine de La Rochefoucauld, assiégé de sollicitations des partisans des Jésuites, fort nombreux à la cour, où il se trouvait, pressé par son chapitre cathédral, écrivait au corps de ville « pour louer « grandement les affection et bonne volonté » que les conseillers montraient en songeant à établir un collège des Pères. « Ce projet, disait-il, regarde la gloire de Dieu, le « bien de son Église et celui de toute la province ». Il promettait d'en confèrer lui-même avec le P. Cotton à Paris, et il exhortait le corps « à persévérer en ses bons « desseins », au succès desquels il s'engageait «àcontribuer « tout ce qui serait de lui ». Enfin, Louis XIII, qui venait de soumettre les protestants du Bas-Poitou, accordait par ses lettres datées du camp de Royan, « aux maire, eschevins « et habitans de la ville d'Angoulesme..., qu'ils pussent « établir dans leur ville un collège des Pères Jésuites, pour « enseigner la jeunesse aux bonnes sciences divines et « humaines, pour la gloire de Dieu et ornement de son « Église ».

Source : Histoire du collège et du lycée d'Angoulême (1516-1895), de Prosper Boissonnade.

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Des nobles marginaux

Toutes les régions périphériques avaient leurs nobles marginaux, tels les frères du Rousseau de Coulgens au XVIIIe siècle, dont la série judiciaire de l'Angoumois révèle l'existence. L'abbé Rullier, curé de Coulgens, rapporte à propos des frères, hobereaux de sa paroisse : « Nous apprîmes de témoins que les Sieurs du Rousseau de Coulgens, s'étaient battus avec quelques paysans du village de Sigogne qu'ils avaient attirés dans leur logis pour jouer avec eux ». Ces rencontres de fortune se terminaient souvent en rixes. Orphelins, réduits à un revenu de misère, ils avaient été élevés sous la tutelle bienveillante du curé de la paroisse Rullier qui réussit à les faire admettre au régiment de Guyenne. Inaptes à saisir leur chance, cause de rixes et de beuveries, ils en furent exclus à la suite de multiples désordres, et revinrent au pays où ils n'eurent de cesse de tyranniser leur malheureux protecteur et sa servante, allant jusqu'à les frapper et les menacer de mort, ce qui l'amena à porter plainte.

Source : La douceur des Lumières, de Michel Figeac.

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Mariage de Marie Cambois

Le dix-sept janvier 1792 après la publication des trois bans faite tant en cette église qu'en celle de Saint-Florent, sans nulle opposition, les fiançailles faites, les ordonnances royales, les lois et cérémonies de l'église observés, ont canoniquement et civilement reçu la bénédiction nuptiale par moi curé soussigné, du consentement du curé de cette paroisse, Pierre Grassin-Châtelard, agé d'environ 32 ans, fils légitime du sieur Pierre Grassin, directeur de la poste aux lettres et de demoiselle Marie-Anne Cambois, de cette paroisse, d'une part; et Marie Cambois, agée d'environ 32 ans, fille légitime du sieur Louis Cambois-La Borderie, négociant, et de déffunte Elizabeth Dumas-La Feuillade, de la paroisse de Saint-Florent de cette ville, d'autre part, et du consentement et en présence de Pierre Grassin, père de l'époux, Louis Cambois-La Borderie, père de l'épouse, Pierre Cambois, Martial Cambois, frères de l'épouse, et autres parents qui ont avec nous signé... Marie Cambois, Grassin-Châtelard, L. Cambois, Grassin, Cambois l'aîné, Martial Dumas, Marie Binaud, Grassin-La Côte, Suzanne Saunier, Suzanne Cambois, Anne Cambois-Pradignac, P. Pradignac, M. Cambois, Sibilet, Philippon-Jolly, Grassin curé de Coulonges.

Source : Généalogie Charente Périgord.

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Biget et la police secrète

Bulletin du 21 vendémiaire an XIII. Samedi 13 octobre 1804. Achille Biget. — Un ancien chef de chouans, Achille Biget, d'Angoulême, fut arrêté à l'époque du 3 nivôse. Il offrit des révélations, et, par ordre du ministre, il fut traduit à Paris. Il donna quelques renseignements peu intéressants. En brumaire, an X, il fut mis en liberté et envoyé à Rennes, sous la surveillance du préfet, auquel il promit d'être utile. Il lui a effectivement donné quelques notes importantes. C'est par lui qu'on a su notamment que Roger, l'un des conspirateurs, avait passé à Rennes, que Datry et Hervé l'avaient suivi à Paris. Le préfet avait été autorisé par le ministre à lui accorder un traitement pour sa subsistance. Depuis quelques mois il était devenu inutile et n'avait plus de nouveaux documents à fournir sur ce parti. Le traitement lui avait été retiré. Depuis, il a imaginé de proposer au préfet de rechercher si les exagérés ne méditaient pas quelque projet contre le gouvernement. Le préfet lui a répondu qu'il serait bon d'observer ceux qui pourraient paraître suspects, mais sans suggestions. Le préfet et le général Laborde ont adressé au ministre de longs rapports sur ce qui a suivi. Les faits se réduisent à peu de mots. En fructidor, Biget s'est rendu chez le nommé Faure, révolutionnaire exalté, et lui a fait des propositions tendant à un complot contre le gouvernement. Faure a teint de s'y prêter pour le dénoncer. Il les a communiquées à un nommé le Halper, de son parti. Ils ont engagé d'autres entrevues avec Biget, auxquelles ils ont admis un troisième, prêtre marié, nommé Duroy. Les propositions étaient de réunir les jacobins et les royalistes, de former une commission intermédiaire, de faire une adresse pour le rappel des Bourbons, etc. Duroy a donné avis au général Laborde de tout ce qui se passait dans ces conférences et n'a cependant présenté comme coupables que Biget et Faure, distinguant son ami le Halper qui l'avait initié dans le complot. Il a ajouté que Biget les avait assurés qu'il ne craignait ni les recherches du préfet, ni celles de la gendarmerie. Biget n'a fait aucune déclaration au préfet. S'il a eu l'intention d'en faire, il a été prévenu par celle de Duroy. Le général a fait arrêter Biget et Faure sans en prévenir le préfet. Il a chargé le commandant de la gendarmerie des arrestations et de l'instruction. Dans un rapport, le général présente le complot comme très réel et tendant au rappel des Bourbons. Le préfet n'y voit au contraire qu'une intrigue pour obtenir des récompenses pécuniaires. Il pense que ce n'est qu'une suite de la proposition que Biget lui avait faite de rechercher les révolutionnaires qui tenteraient quelque projet ; et que Duroy et le Halper en ont profité pour se procurer eux-mêmes la récompense que Biget espérait. Il est constant que Biget n'a plus la confiance des anciens chouans et qu'ils le croient un espion payé par la police. (La police secrète du premier empire; bulletins quotidiens adressés par Fouché à l'empereur)

NB : Jean-Achille Biget, né en 1764. Fils de François Biget, député de Ruelle en 1789, et Jeanne Robert. Ancien émigré et officier de l'Armée catholique et royale, chevalier de Saint-Louis. Mort après 1817.

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La Rochefoucauld au péril de Calvin (2/2)

Beaucoup d'entre elles sont contemporaines de l'irruption dela classe marchande sur la scène locale au début du XVIIe siècle. Il se peut qu'elles aient remplacé des constructions plus anciennes, ruinées par les temps mais leur classicisme laisse peu de doute quant à la date de leur fondation.

Les dynasties bourgeoises se sont réparties l'espace rurale, Albert à la Marvaillière (Taponnat) ; les Barraud à Lagerie (La Rochette), aux Doussineaux (Rancogne) ou la Ménardière (Rivières) ; les Desaunières à la Maison-Blanche, à Glory et à Roumagne (Rancogne et la Rochefoucauld) pour l'une de ses branches ; à la Basse-Ville et à la Vacherie (Saint-Adjutory) pour l'autre ; les Dulignon à la Mirande de Rancogne et aux Charumes de Saint-Sornin ; les de Garoste au Roule (Rancogne) et à Russas (St-Adjutory) ; la famille Héraud aux Espinasses (Taponnat) ; les Jarrigeon à la Villandière (Rivières) ; les Lériget à la Taillandière (Taponnat) et à Bourdelière ; les Maret à Cloulas (Fleurignac) et à Saint-Projet ; les Mathieu à la Bergerie ; les Mayou à Lespardelière (Saint-Adjutory), les Pasquet à Cloulas-Fleurignac, Lavaud (Rivières), Lagebaston et Rochebertier ; les Pintaud à Fonceau et à la Maison-Blanche de Saint-Constant ; les Poutignac à la sortie de la Rochefoucauld à la Braconne d'Yvrac et à Libourne (Saint-Projet), les Regnaud à la Mirande (Marillac) et à Taponnat ; les Sautereau à Olérat ; les Villemandy à Anthieu, à la Croutelle, à la Vallade, à la Mesnière et au Maine-Charnier.

Cette liste est loin d'épuiser le sujet. Bien entendu, il y a encore la maison en ville, ces belles maisons patriciennes qui font la gloire de la grande rue et de la rue des Halles et pour les plus fortunés, proches du présidial, l'hôtel particulier d'Angoulême avec sa porte cochère et sa cour intérieure, fierté des bonnes maisons.

Nous connaissons la date de construction de quelques unes de ces maisons de la ville ou des champs. Les deux frères Pierre et Henry de Saunières ont fait construire les leurs vers le milieu du siècle, Henry, en 1645, dans le bas de la grande rue là ou se trouve aujourd'hui l'hôtel de France ; les initiales H D S sont mentionnées en même temps que la date. Pierre de Saunières a fait construire sa maison au lieu-dit «entre les ponts» sur la rive droite de la Tardoire face aux moulins du château. Cette maison était connue à l'époque sous le nom de Laurière dont Pierre avait pris le nom pour se distinguer de son frère, sieur de l'Hermitage. La date de construction est rappelée sur le proche : 1649.

L'une des portes du logis du Roule porte la date de 1638.

Ce logis aux façons de gentilhommière rappelle que son hôte Pierre de Garoste, avocat au présidial, l'un des Pairs de l'assemblée de ville portait le titre de «noble homme». Cette distinction n'est pas tout-à-fait la noblesse mais elle incline à vivre «noblement».

Source : La Rochefoucauld au péril de Calvin, d'Yvon Pierron.

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La Rochefoucauld au péril de Calvin (1/2)

Ils ont fréquenté l'Alma Mater, ils sont docteurs. Les médecins forment l'aristocratie de la profession. Moins nombreux que les chirurgiens, parfois revêtus du titre sans pour autant pratiquer. Qu'ils exercent ou non, j'en ai compté une vingtaine qui résident à La Rochefoucauld.

Les docteurs en médecine recrutent surtout dans les rangs de la R.P.R.. A quatre exceptions près, Jacques Degorces, Jean Maignot (fils d'autre Jean Maignot, régent du collège de Saint-Florent), Pierre de Rassat et Abraham de Villemandy, ils sont tous protestants. Ce recrutement n'est pas fortuit : les protestants ont le goût de l'étude, la passion du savoir. Que l'on se souvienne des grands noms qui jalonnent la France des guerres de religion.

Par une disposition dont je saisis mal le sens, on rencontre fréquemment des protestants, docteurs en médecine, qui ne s'engagent pas dans cette profession. Ainsi Pierre Boutaud, ministre de la parole de Dieu ; Jean Bolot et Pierre Rochard, principaux du collège R.P.R. Théophile Robertson, fils de l'ancien principal David Robertson ; David et Siméon Pascard, fils et petit-fils du glorieux ministre de la Rochefoucauld.

Tradition qui se maintiendra longtemps au sein de l'église protestante, illustrée de façon exemplaire par la famille Clémenceau en plein XIXe siècle, au cœur de la Vendée.

Ainsi se sont formées quelques dynasties. Pierre Dulignon, juge-assesseur, «homme docte et fort homme de bien en sa charge» — (la mention figure sur la page de garde du premier registre protestant de la Rochefoucauld) —, «Ancien» de l'église réformée, laisse trois enfants : Théodore, docteur en droit et juge-assesseur à la suite de son père ; Pierre et Jean Dulignon, docteurs en médecine. Pierre Dulignon quitte la Rochefoucauld pour Angoulême où il exerce à Marjevols. Il a acqis la charge de «Médecine ordinaire, intendant des bains et fontaines minérales dela province du Languedoc» ; à son tour, il a un fils, autre Jean, qui quitte la médecine pour le barreau ; le voici Conseiller du Roi et procureur à Marjevols. Quant à Pierre, le médecin fixé à Angoulême, il a un fils, également prénommé Jean, avocat au Parlement de Toulouse et une fille mariée à Julien de La Forcade, Me horloger.

La médecine et le barreau, tournés vers le social, vers l'assistance aux autres, se disputent les faveurs de la bourgeoisie protestante. Si l'on ne va pas aussi loin, on se fait apothicaire, tels les Dulignon de la branche cadette.

Si ses diplômes lui valent un certaine considération, le médecin n'en est pas moins moqué. Nous les connaissons surtout, écrit Marion, «par les plaisanteries dont les a criblés Molière (et avant lui Rabelais) et ils passent pour avoir eu plus de prétentions que de mérite» et l'auteur cite à l'appui de son affirmation les cris indignés que l'on relève dans beaucoup de Cahiers de doléances en 1788 à l'encontre de ces «assassins patentés». C'est que le recours aux médecins est coûteux, que la médecine n'est pas encore entrée dans l'âge scientifique et que beaucoup se disent en leur for intérieur que les remèdes de bonne femme sont aussi efficaces à moindres frais.

Le statut social du médecin l'assimile à l'avocat et au bourgeois vivant noblement, mais, dans l'ignorance où l'on se trouve encore du fonctionnement du corps humain, que peut-il d'autre que de reprendre sur un ton doctoral les gestes familiers aux empiriques ?

Clysterium donare
Postea seignare
Ensuita purgare...

récite le bachelier en médecine du «Malade imaginaire». Que convient-il alors de faire si le patient ne veut pas guérir interrogent tour à tour les examinateurs lors de la soutenance de la thèse ? Eh ! bien, on recommence : clysterium donare, postea seignare... ânonne le bachelier dans son latin de cuisine avant d'être reçu docteur sous les vivats du jury. Il a si bien parlé le nouveau docteur... Qu'il vive donc mille et mille années ! Qu'il mange, qu'il boive, qu'il saigne et qu'il tue ! La chute est cruelle. Non, tous les médecins ne témoignent pas d'une pédanterie si accablante au temps de William Harvey et du docteur Fagon, archiâtre attaché à la personne du Roi. Mais l'ignorance où l'on se trouve encore des fonctions physiologiques limite singulièrement le pouvoir du médecin. En vient-on à dévoiler le mystère de l'ovulation ? Fi donc ! Se récrient les Précieuses, nous prend-on pour des poules pondeuses ?

A tout prendre, le diagnostic vaguement formulé, c'est encore chez l'apothicaire que l'on a quelque chose chance de trouver le moyen d'une guérison hypothétique.

La population des villes paie un tribut sevère au «mal contagieux»  qui se réveille de temps en temps. Plus dispersé, le monde rural se défend mieux contre les maladies épidémiques.

La lèpre disparue, la peste et le choléra font renaître les terreurs ancestrales. Tesseron a dressé un tableau saisissant de la peste d'Angoulême en 1629-1630.

La contagion chemine depuis la fin de l'année 1629. Les notables ont pris rapidement le large. Jean Guérin, le maire, reste seul ou presque. Il supplée comme il peut aux défaillances, réquisitionne les blés, les vins, les vivres, ordonne que les foyers contagieux soient déclarés. Le cours du blé est plafonné, les marchands tenus de laisser visiter leurs greniers par les commissaires désignés. Médecins, chirurgiens, apothicaires, maintenus sur place sont appelés à veiller aux mesures d'hygiène. Un contrat en règle est passé devant notaire avec le maître apothicaire Descombes, tenus de «traiter, panser et médicamenter bien et dûment tous les habitants qui sont frappés et affligés de maladie contagieuse, faire toutes les opérations, fournir de toutes drogues et médicaments». Au commencement de chaque mois, il lui sera fait une avance, lse pauvres devant recevoir «toutes drogues convenables gratuitement et sans aucun salaire».

Cependant, le mal contagieux suit son cours. L'exode se précipite : magistrats, bourgeis, religieux fuient la cité. Assisté de deux échevins et de quatre pairs sur les cent membres que compte le corps de ville, Jean Guérin mène les opérations. Le 11 septembre 1630, il fait dresser un acte pour rendre compte de la gravité de l'épidémie. Les Jésuites ont pris rapidement des mesures sanitaires efficaces : les écoles sont fermées ; les religieux atteints ou trop âgés sont envoyés aux champs. Quant à ceux qui restent, ils ne sortent qu'avec «des habits parfumés avec une éponge imbibée de fort bon vinaigre». Frappés du même mal qui décime l'Europe entière, les Italiens portent un faux nez qu'ils appellent drôlement «Dotorre de la pesta». Jacques de Vinceguerre, maître parfumeur à La Rochefoucauld combat le fléau selon ses moyens en désinfectant les foyers. On ne suspecte pas encore l'agent responsable, — il s'en faut de deux siècles et demi —, mais en attendant la révolution pastorienne, on se méfie des miasmes, des effluves, du contact rapproché avec des personnes atteintes. Angoulême est totalement abandonnée des gens de qualité «fors quelques dix ou douze, qui y sont encore de présent et sur le point de s'en aller», aveu mélancolique. Tous ont fui «même Monsieur l'évêque, doyen, chanoines, religieux et religieuses».

Le 5 octobre, Jean Guérin n'a plus pour l'assister que l'un de ses échevins, Jean Thomas, sieur de Saint-Simon. Les documents les plus précieux sont «mis au four», dans un sac, en vue de les désinfecter.

A La Rochefoucauld, l'épidémie frappe à plusieurs reprises. Un acte du 7 mai 1648 reçu par le notaire Desaunières et par lequel Jacques du Carroy, au nom du duc François V, afferme «le droit de péage et traverse» , autrement dit le droit d'entrée à l'intérieur des murs de La Rochefoucauld, précise :

«et pour ce que le trafic a été interrompu en cette ville au mois de juillet, août et septembre, à cause de la maladie contagieuse qui était en quelques endroits, au moyen desquels les dits droits de péage n'ont pu être levés, il a été accordé que pour cette non jouissance, il sera déduit et rabattu audit Lamachère (signataire du contrat) la somme de trente livres».

Ces médecins dont on dénonce l'âpreté au gain, il arrive qu'ils fassent des actes gratuits. Abraham de Villemandy, exception dans cette famille très protestante et demeuré catholique. Le père Agatange de Saint-Léonard, prieur des Carmes, entouré des révérends pères Bernardin de Saint-Hary, Juste de Saint-Albert, procureur-syndic, Pierre-Thomas de Saint-Jean Baptiste, Hugues de Saint-Valentin et Ildefonse de la Vierge-Marie, rappelle que ce médecin a soigné depuis vingt ou vingt-cinq ans les membres de la communauté «dans toutes les maladies quis sont survenues aux religieux défunts comme les soins charitables qu'il a toujours eu pour eux depuis ce temps sans en avoir retiré aucun paiement, salaire ni récompense et par une bonté toujours particulière a toujours bien continué».

Aussi, lui accorde-t-on pour lui et les siens une sépulture dans la chapelle des Carmes proche de celle de ses beaux-parents, Daniel Danias, vivant maître apothicaire, et son épouse.

Source : La Rochefoucauld au péril de Calvin, d'Yvon Pierron.

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20 janvier 2020

Les fiefs nobles de Ruelle avant la Révolution

Le fief de Ruelle, à la veille de la Révolution, appartenait à la famille Birot. Jean Birot, écuyer dont le père était avocat au présidial d'Angoulême, l'avait acquis en 1694 pour 12 000 livres. Cette famille a fait construire le logis de Ruelle, près de la Touvre, sur la route de Mornac (ensemble de bâtiments anciens, face à l'école de la Marine). Le seigneur de Ruelle partageait les dîmes avec le curé ; il en gardait le quart qui s'ajoutait aux redevances féodales. En 1789, ce fief était tenu par un autre Jean Birot dont le frère, Jean Charles, Maréchal des logis des Gardes du corps du Roi, chevalier de Saint Louis, était appelé le Chevalier de Ruelle.

Le fief du Maine-Gagnaud passa, vers 1750, dans la famille Labatud par le mariage de Pierre Labatud avec Françoise Marie de la Charlonnie. Pierre Labatud fut avocat au Présidial, Maire d'Angoulême de 1754 à 1757 ; son fils a dû payer la somme requise soit 6 000 livres (la finance) pour que la noblesse de la famille soit confirmée. Le logis du Maine-Gagnaud était délabré car les propriétaires habitaient à Angoulême depuis plus de vingt ans ; on en découvre quelques vestiges dans le secteur Impasse du Logis, rue François Ier ; c'était là que se trouvait la fontaine François-Ier avant son transfert dans le jardin public au bord de la Touvre. En 1789, Pierre Labatud, le fils, était le détenteur de ce fief.

Celui de Fissac a été acheté en 1769 par Claude Trémeau, juge au Présidial d'Angoulême et ancien Maire d'Angoulême (1757-1760), pour 51 600 livres (il a payé la finance ordonnée par arrêt de 1770 pour confirmer la noblesse). Il mourut en 1790 à 67 ans ; on lui réserva un enterrement de «1re classe» puisque outre le curé et le vicaire de Ruelle, étaient présents les curés de Mornac, de Magnac et l'ex-curé de Sigogne. Il laissa le domaine à son fils François qui pendant la Révolution signait «le Républicain et Montagnard Trémeau» ; sous l'Empire on rajouta à nouveau de Fissac au nom ; Alexandre Trémeau de Fissac, adjoint au Maire de Ruelle en 1808. Le logis de Fissac est situé entre la Touvre et la route du Pontouvre, près de la minoterie et du foyer.

Lors de l'arpentement de 1742, le fief de Villement appartenait à Louis Robert Bourrée, écuyer. Il eut plusieurs filles : Jeanne, dame de l'Union Chrétienne, Françoise qui mourut à Villement en 1775 à l'âge de 84 ans, Blanche mariée à David Brumeau de Villeneuve, Thérèse mariée à Jacques-Pierre Salomon qui fut seigneur de Bourg, Cressé, Veillard... Thérèse eut au moins huit enfants dont Robert Salomon de Beaussaye qui, en 1789 détenait en partie le fief de Villement, selon la déclaration concernant la contribution patriotique. Le logis seigneurial se trouve lui aussi à proximité de la Touvre, en aval de la papeterie.

Vigier de la Pile, dans son histoire de l'Angoumois au XVIIIe siècle ne signale pas le fief de Villement mais cite celui des Riffauds appartenant «à la dame de Neuvy, héritière du feu sieur Paulte» décédé en 1729 (un Paulte fut échevin et Maire d'Angoulême au XVIe siècle). Le fief était passé à la famille La Laurencie de Charras : Noël-Bertrand de la Laurencie de Charras, Marquis de Neuvy, avait épousé Marie Paulte, fille de défunt Jean Paulte, avant 1741 (et son père avait épousé en secondes noces Marie du Chazeau, la veuve de Jean Paulte et mère de Marie). Jean Paulte, écuyer, en 1697 et 1703 avait acquis du roi, héritier des Comtes d'Angoulême, les droits seigneuriaux sur des terres autour des Riffauds, les droits de pêche et de propriété sur les eaux de la Touvre, à charge de les tenir en fief du Roi, de lui en rendre foi et hommage. Lorsque le Comte d'Artois, frère de Louis XVI, reçut en apanage l'Angoumois, il racheta ces droits au prix de l'aliénation (pris payé par Jean Paulte) ; heureusement la Marquise de Charras avait eu la bonne idée de revendre en 1751 une partie de ces droits, ceux sur les eaux de la Touvre, à un prix deux fois et demie plus élevé.

Le seigneur de Ruelle détenait 90 journaux 68 carreaux estimés 467 livres 2 sols, celui du Maine-Gagnaud 62 j. 150 c. estimés 500 livres 11 sols, celui de Fissac 66 j. 31 c. estimés 704 livres 16 sols, celui de Villement 200 j. 79 c. estimés 1 208 livres 15 sols, et celui des Riffauds 253 j. 86 c. estimés 1 069 livres 19 s.

II ne s'agit là que de leurs biens à Ruelle ; certaines familles possédaient des terres affermées ou exploitées par des métayers dans d'autres paroisses : à Mornac le seigneur de Fissac détenait 176 j. 149 c. au revenu estimé 403 livres 6 sols ; Monsieur du Maine Gagnaud : 62 journaux (comprenant un moulin) au revenu de 341 livres dans la paroisse de Lhoumeau (au Pontouvre).

Source : Michel Herbreteau, 1989.

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Un aventurier charentais, colonel de chouans Jean Biget, dit Achille

Un aventurier charentais, colonel de chouans Jean Biget, dit Achille
Première édition : 1913 - Auteur : S. C. Gigon

Le Département de la Charente, très patriote en 1789, avait en 1791, 92 et 93 levé vingt-cinq bataillons de volontaires qui combattirent bravement aux frontières et à l'intérieur. Néanmoins, le département envoya à l'insurrection royaliste quelques uns de ses meilleurs soldats.

La Charente fournit à la Vendée l'héroïque Daniaud-Duperat que la Restauration fit Maréchal de Camp ; et en même temps les Bretons de Cadoudal obéirent au Colonel charentais Biget. La carrière de ce chouan est pleine de détails piquants dans leur variété ; Biget d'abord prêtre, devint chef de chouans, fut un des Colonels de Cadoudal et après la paix, trahit sans vergogne ses anciens amis au profit de la police de Fouché.

On lira avec quelque intérêt les détails d'une vie aussi agitée. Combien d'autres aventuriers joueront au même moment des rôles importants qui sont tombés maintenant dans l'oubli. Ils surgissent par moments, ces hommes héroïques ou criminels, de la poudre des Archives et nous montrent ce que la pression formidable des évènements de la Révolution a pur faire d'individus souvent de valeur commune. L'histoire de Jean Biget montre le Charentais en bonne place parmi les aventuriers de son temps.

Jean Biget naquit près d'Angoulême, au hameau de la Ferrière dans la paroisse de Ruelle le 2 décembre 1764. Son père était meunier sur la Touvre. Biget fut élevé aux écoles d'Angoulême, dédaignant la profession paternelle ; il aspira à la prêtrise et fut ordonné bien jeune. Sa vocation n'était pas sérieuse car, dès 1788, il abandonna l'habit des clercs pour se livrer aux affaires. Associé à sa mère, il entreprit le commerce des grains et des vins.

La fermentation politique générale agitait l'Angoumois comme le reste de la France, mais la douceur et l'indolence des habitants de la province ne les portaient pas aux excès sanglants qui souillèrent trop souvent la liberté reconquise. Les campagnes furent seulement troublées au moment de la suppression des droits féodaux, mais il n'y eut aucune effusion de sang.

L'ex-curé Biget, comme tous ses contemporains, se mêla de politique. Le club parisien des Feuillants avait une filiale à Angoulême et Biget appartenait à ce club, de nuance monarchique. Dès cette époque, Biget affichait donc ses convictions royalistes. Notre homme ayant échoué dans son commerce quitta Angoulême en 1791 pour chercher fortune sur un plus grand théâtre. On le retrouve en 1792 à Paris, où certainement il se mêla aux agitations violentes qui signalèrent la fin de la Monarchie. Après la proclamation de la République, Biget dut quitter Paris où il avait, sans doute, tout à craindre ; le 28 septembre 1792, il se faisait délivrer un passe-port par la section des Gravilliers pour voyager dans toute la France. Son voyage fut court, d'ailleurs, car peu de temps après il était établi en Bretagne aux environs de Saint-Brieuc.

La province de Bretagne, depuis la spoliation de l'Eglise et les persécutions contre les prêtres, était fortement agitée. Ces dispositions n'avaient fait qu'augmenter après la suppression violente de la royauté. Cependant, au moment où Biget s'établissait près de Saint-Brieuc, rien n'était encore organisé en vue d'une révolte ouverte ; la Bretagne ne prit les armes qu'après l'écrasement de la grande Vendée, à la fin de 93. La préparation de l'insurrection remontait, cependant, au commencement de cette même année, et dès que l'insurrection éclata, elle se montra très redoutable. Toutes les routes devinrent dangereuses pour les détachements isolés, la vie des patriotes, surtout celle des acquéreurs des biens nationaux, fut menacée, l'insurrection était générale par suite, insaisissable. Le département des Côtes-du-Nord fut un des plus agités des départements de la Bretagne, sous la direction de chefs énergiques, comme les Tinteniac, les Carfort, les Deban, etc.

Il n'existe pas de renseignements certains sur le rôle joué par Biget à cette époque ; on sait, cependant, qu'il se lia avec des chefs bretons et fit expédition avec eux. Il est probable que dès 1794 il connut Cadoudal, avec lequel il devait se lier intimement plus tard. Le premier soulèvement breton ne fut pas de très longue durée, Charette ayant traité avec la République à la Jaunaie, le 17 février 1795, les chefs Chouans comprirent qu'ils ne sauraient, seuls, résister longtemps. Le baron de Cormatin chef d'Etat-Major de l'armée de Bretagne signa le 20 avril 1795, à la Mabilais, un traité de paix aux conditions qu'avait obtenues Charette. Chaque chef important adhérent au traité devait faire sa soumission personnelle ; Biget, qui occupait une situation déjà en vue dans les bandes chouannes, dut venir se présenter en Mai 1795, au Général commandant le département des Côtes du Nord. Il fit donc acte d'adhésion au traité de la Mabilais et réclama le bénéfice de l'amnistie auprès du Général Valletaux commandant le département.

Valletaux était lui même un Charentais : né à Hiersac, le 29 Novembre 1757, il s'était engagé dans l'armée royale au régiment d'Aunis, le 4 décembre 1779. Il avait, depuis, servi dans la Garde-Constitutionnelle de Louis XVI. Une fois ce corps licencié, il était revenu au pays natal, où sa réputation le fit choisir par ses compatriotes pour commander le 11e Bataillon de Volontaires. Le 14 Octobre 1794, il était promu général de Brigade, à l'armée du Nord. Suspendu en Mars 1795, il venait d'être replacé en Mai à l'armée des côtes de Brest. La conversation entre les deux compatriotes dut être piquante.

La paix établie entre les Chouans et la République ne dura pas longtemps, car ils marchaient à l'expédition de Quiberon commencée le 26 Juin 1795. Il est probable que Biget ne prit aucune part à cette expédition ; les faits ultérieurs semblent le prouver. Nous retrouvons notre héros seulement à Paris en 1797. Il y fut arrêté comme émigré : mais s'étant réclamé de son département, en affirmant qu'il n'avait nullement émigré, on l'envoya à Angoulême faire vérifier ses assertions auprès du Directoire départemental.

Les élections de l'an V avaient donné une majorité modérée aux deux Chambres législatives, par suite, les administrations départementales s'étaient relâchées de leur intransigeance révolutionnaire ; les administrateurs du département de la Charente admirent les assertions de Biget, affirmant n'être jamais sorti de France et, de plus, être couvert par l'amnistie obtenue en 1795. Le 27 Juin 1797, les administrateurs de la Charente mirent Biget en liberté.

La France avait été obligée de supporter le coup d'Etat de la Convention expirante contre les doigts du suffrage populaire ; les révolutionnaires nantis, menacés d'une Restauration monarchique vengeresse, avaient décrété la réélection forcée des deux tiers des députés sortants. Le pouvoir leur échappait cependant car les élections de l'an V avaient donné la majorité aux modérés dans les Chambres, dans le Directoire seulement ils restaient en minorité. Les Jacobins voyant arriver la fin de leur domination à bref délai ne pouvaient admettre la perte du pouvoir et de ses bénéfices ; ils se préparaient donc à sauver la République en violant la légalité - sans doute, suivant une formule célèbre plus tard - pour rentrer dans le droit.

La Charente en 1791 avait remplacé deux régicides : Guimberteau et Dubois de Bellegarde par les royalistes Descordes et Thorel, mais les Administrateurs du département, tous jacobins, favorisaient des troubles à Angoulême. Les nouveaux députés, le 9 Juillet 1797, signalaient au ministre de la Police générale l'action des Anarchistes qui, sans être poursuivis, avaient attaqué et blessé avec l'aide de soldats embauchés, des citoyens inoffensifs et continuaient à les menacer de mort. Il est certain que ces agissements d'énergumènes agirent sur l'opinion publique du pays, Biget, après sa libération, devint populaire chez les royalistes qui, comptant sur son énergie, le firent placer par le vote populaire à la tête de la Garde Nationale d'Angoulême. On devait compter sur la fermeté de l'ancien Chouan pour réprimer les excès officiels des républicains.

Cette nomination nous est connue par un rapport des Administrateurs de la Charente du 23 Février 1800, il y est indiqué que Biget, ex-abbé et émigré, rentra en l'An V "époque à laquelle on eut l'imprudence de le mettre à la tête de la Garde Nationale d'Angoulême ; il fut alors le principal moteur des troubles qui affligèrent cette ville et qui ne se sont pas renouvelés depuis."

Les Administrateurs départementaux de 1800, encore très jacobins, ont naturellement travesti le rôle de Biget, lui imputant les propres excès de leurs partisans.

Le coup d'Etat du 18 Fructidor an V - (4.9.97) - renversa les espérances des modérés et des royalistes. Les dernières élections de la Charente furent annulées ; Guimberteau et Dubois de Bellegarde reprirent leurs places, Descordes et Thorel ayant été fructidorisés. On pense bien que le Chouan Biget fut forcé de disparaître d'Angoulême et il est probable qu'il dut, dès ce moment se réfugier de nouveau en Bretagne.

La Bretagne d'abord étourdie par le coup de massue de Quiberon n'avait pas tardé à se ressaisir. Au cours de l'année 1796, les bandes disloquées s'étaient reformées sur tous les points de la province. Dans le Morbihan, sous le commandement énergique de Cadoudal, elles avaient combattu de nouveau. En 97 et 98 l'état de guerre avait persisté, Biget revenu en Bretagne près de Cadoudal dont il était connu depuis plusieurs années, fut attaché au général comme aide de camp.

De suite après le 18 fructidor, une poussée de la haine jacobine triomphante avait ouvert de nouveau l'ère des persécutions. Les philosophes au pouvoir n'avaient plus songé qu'à persécutions. Les philosophes au pouvoir n'avaient plus songé qu'à persécuter les prêtres, quelle que fût leur origine ; la déportation, cette guillotine sèche, fonctionna sur une large échelle ; un peu plus tard en 1799 sous l'influence jacobine des derniers élus aux Cinq-Cents ; la loi sur l'Emprunt forcé et celle des Otages portèrent au plus haut degré l'exaspération des provinces de l'Ouest. Les chefs royalistes, à ce moment, étaient préparés à reprendre les armes tous ensemble et ils attendaient le moment propice ; il arriva avec les revers des armées républicaines sur toutes les frontières. Au mois d'août 1799, une levée générale de boucliers fut résolue ; les royalistes pouvaient à ce moment tout espérer des divisions républicaines, les jacobins directoriaux expulsés en juin 1799, le Directoire nouveau s'était trouvé en fâcheuse posture, les hommes et l'argent faisaient également défaut, et les étrangers vainqueurs étaient sur le point de franchir nos frontières.

Au moment de reprendre les armes, Georges Cadoudal, chef absolu dans le Morbihan, voulut reformer son armée sur des bases plus régulières ; par son ordre du jour du 17 août 1799, il divisa son armée en douze légions, remplaçant les divisions anciennes. Chacune des légions était commandée par un colonel assisté d'un lieutenant-colonel, et comptait au moins trois bataillons. La septième légion dite de Melrand fut confiée à Achille Biget. La circonscription de ce corps s'étendait d'Hennebont à Pontivy et comprenait les régions commandées par deux chefs de division célèbres, morts en 1798, Jan-Jean et Legourierec, dit l'invincible. Tout ce pays ne parlant que le breton, Biget avait dû apprendre la langue pour communiquer avec ses officiers et ses soldats.

... A la fin du mois d'août 1799, l'insurrection des pays de l'Ouest s'était produite avec ensemble. Le Poitou, l'Anjou, la Bretagne, la Normandie guerroyaient, leurs bandes montraient une activité déconcertante. Dans toute la Bretagne, l'armée républicaine était annihilée ; le général en chef Michaud, vétéran du Rhin, se déclara de suite impuissant à réprimer une révolte aussi générale. L'armée n'était maîtresse que des villes où elle pouvait se retrancher, pas un courrier ne passait, les convois de ravitaillement enlevés constamment, les villes vivaient au jour le jour. L'armée régulière d'ailleurs pas payée et mal nourrie, montrait la plus grande indiscipline.

Le Morbihan, surtout, était devenu intenable à l'armée républicaine ; ses routes très rares traversant des landes incultes couvertes de taillis et de hauts ajoncs étaient semées d'embuscades ; les cultures subdivisées par des levées de terre plantées d'arbres et de buissons formaient de véritables redoutes difficiles à aborder. La population très sauvage, séparée du reste de la France par la langue montrait un enthousiasme farouche pour arrêter les massacreurs de prêtres et les profanateurs des églises. Cadoudal, investi par le Comte d'Artois du haut commandement de la Bretagne, avait dans le Morbihan de douze à quinze mille hommes toujours prêts à répondre à son appel. Après plusieurs affaires, où la victoire lui était restée, Cadoudal, le 20 octobre 1799 fit enlevé Locminé par Guillemot et de Sol de Grisolles. Dans cette affaire des contingents de Baud furent mis en action, par conséquent les hommes de la légion de Melrand, participèrent à cette victoire.

Le mouvement offensif, si vif en Bretagne, n'était pas moins énergique en Anjou et dans le Maine. Le Mans fut, pendant trois jours aux mains de Bourmont ; les Chouans entrèrent dans Nantes, qui leur avait résisté victorieusement en 1793. La victoire souriait aux royalistes et, malgré l'accalmie survenue sur le Rhin après Zurich, les insurgés auraient eu grande chance de réussir si le Comte d'Artois, était venu se mettre à la tête de ses fidèles, mais il resta prudemment en Angleterre, tout en donnant force bonnes paroles.

Un évènement décisif vint à ce moment faire évanouir les espérances des royalistes ; Bonaparte, après le 18 brumaire était nommé premier consul. Le nouveau chef de l'Etat persuadé de la nécessité de terminer immédiatement la guerre civile, se décida à essayer d'abord d'une pacification en accordant aux insurgés des conditions honorables, promettant la suppression des lois révolutionnaires de spoliation et assurant le libre exercice du culte catholique. Une guerre impitoyable devait succéder aux offres de paix si elles n'aboutissaient pas immédiatement.

Le général Michaud, jugé inférieur à la situation, qui demandait un diplomate plus qu'un général, fut remplacé le 17 novembre dans le commandement de l'armée de l'Ouest par le général de division de Hédouville. Celui-ci était un homme d'esprit modéré, d'ailleurs calme et généreux, et qui désirait, avant tout, ne pas verser le sang des Français. Il entra rapidement en relation avec les chefs des insurgés des deux rives de la Loire et le 18 janvier 1800, leur fit à Montfaucon accepter un traité de paix. Georges Cadoudal, invité à adhérer à la convention, refusa de poser les armes.

Les négociations de Hédouville avaient trop duré au gré de Bonaparte ; impatienté de ne pas réussir immédiatement, le 19 janvier il avait remplacé Hédouville par Brune. Brune arriva donc à Vannes muni d'instructions féroces, il trouva le traité signé et rendit compte de la situation au premier Consul, qui voulut bien faire reconnaître sa satisfaction au général Hédouville, qui dut, cependant, rester à l'armée comme chef d'état-major de son remplaçant.

Bonaparte avait donné les ordres impératifs les plus durs à Brune pour l'écrasement de Cadoudal ; il désirait un exemple, un exemple sanglant et immédiat. Brune, une fois sur les lieux jugea impossible l'exécution immédiate des ordres consulaires. Cadoudal était encore maître du pays et il le prouva le 20 janvier par son combat du Pont-Sal. Il valait mieux traiter avec ce chef que d'attendre encore de longs jours avant de l'accabler. Cadoudal fut donc pratiqué à nouveau. Il sentit enfin le besoin de suspendre les hostilités pour échapper à l'écrasement prochain. De cette façon il se réservait pour une occasion, peut-être prochaine, la paix générale n'étant pas encore établie entre la coalition et la France, Cadoudal se résigna donc à traiter avec Brune à Vannes, le 12 février 1800. Les conditions étaient les mêmes que celles accordées aux Angevins et aux Vendéens. Dans le traité, des localités étaient indiquées pour le dépôt des armes des légions. Hennebont était une de ces localités. Biget, en sa qualité de chef de la septième légion, accepta sans arrière-pensée la pacification et le 17 février 1800, il versa 261 fusils entre les mains du Commandant militaire d'Hennebont.

L'amitié de Cadoudal pour Biget était grande ; elle était probablement méritée à cette époque : l'article 5 du traité signé avec Cadoudal stipulait qu'après la remise des armes, "le chef Georges" se rendrait près du gouvernement à Paris ; il se mit donc en route le 5 mars, accompagné seulement de deux de ses officiers, Achille Biget et de sol de Grisolles. Biget était muni d'un laisser-passer, à lui délivré par le général Brune le 23 février.

Il est probable que Biget dut accompagner son chef aux Tuileries avec de Sol de Grisolles. Dans cette entrevue, le farouche lieutenant de Cadoudal avait proposé à son chef d'étouffer dans ses bras le Premier Consul. Pendant ce premier séjour à Paris, il est certain que Biget dut être tâté au Ministère de la Police par Desmarest, chef de la Police secrète et, peut-être, par Fouché lui-même. La Police avait tout intérêt à flatter et à gagner les chefs marquants du parti royaliste, les subsides de Fouché opérèrent de nombreuses conversions à cette même époque. Biget ne semble pas avoir été alors touché par les séductions dorées de la police, mais il eut certainement des relations assez suivies avec les bureaux du Ministère, comme le montrent des déclarations qu'il fit un peu plus tard.

Le séjour de Biget à Paris dura peu, le 17 avril il était de retour à Nantes, près de Brune, qui lui accordait le droit du port d'armes. Au même temps, on lui interdit le séjour du Morbihan, où il avait commandé et combattu. Par ordre du Ministère de la Police, la ville de Rennes fut assignée à Biget comme résidence.

En arrivant à Rennes, alors sous l'état de siège, Biget sollicita de l'autorité militaire un passe-port pour se rendre à Angoulême afin d'y visiter sa famille. Le 19 septembre 1800 l'Adjudant-Général Tilly lui faisait délivrer son passe-port ; Biget arriva à Angoulême au mois de Septembre. Le rôle qu'il avait joué en 1797 était encore trop récent pour être oublié ; les Administrateurs du département, très vigilants, quelques mois auparavant, avaient montré une singulière méconnaissance de sa personnalité et du rôle joué par lui. Ils écrivaient, le 23 Février 1800 au Ministère de la Police Générale. "On nous a aussi assuré que le nommé Georges, chef de Chouans, qui s'est rendu dernièrement, n'était autre chose que le nommé Biget, fils d'un meunier de notre département, ex-abbé et émigré". Biget avait donc dans son pays une notoriété retentissante.

Le séjour de Biget dans son pays natal ne fut pas alors marqué d'incidents fâcheux et le maire d'Angoulême lui adressa même en Octobre et Décembre des lettres très courtoises. Il est certain que les convictions politiques de Biget n'avaient subi aucun changement, aucun fléchissement. Il était lié avec toutes les personnalités royalistes marquantes du pays, spécialement avec MM. Descordes, Marvaud, Huet, etc., que la police militaire de la Charente signalait encore en 1806 comme ses correspondants.

Biget vivait donc au sein de sa famille et fort tranquille quand se produisit l'attentat du 3 Nivôse (24 Décembre 1800). On sait que le complot, d'abord attribué aux républicains, fut déterminé par Fouché comme un attentat royaliste, exécuté par Saint-Regent et Limoelan, deux des officiers principaux de Cadoudal. De suite, tous les chefs Chouans furent arrêtés dans toute la France, sur un ordre venu de Paris. Biget, ami de Cadoudal, ne pouvait être oublié, on le saisit dans sa famille, le 13 janvier 1801.

L'arrestation de Biget éclaira de suite le préfet de la Charente, M. Delaistre. Il n'avait pas, jusque là, soupçonné le danger de la présence de Biget à Angoulême, mais, une fois arrêté ; il le signala comme très dangereux et obtint l'ordre de le diriger sur Paris pour y être détenu.

Avant le départ de Biget, le préfet essaya vainement, par des interrogatoires répétés, de compromettre le prisonnier. Biget répondit au préfet d'une façon très vague ; il causa au contraire très volontiers avec le lieutenant de Gendarmerie Gagneau, chargé de l'amener à Paris. Ses confidences furent ensuite répétées par l'officier au Ministre de la Police. Biget lui avait narré complaisamment les méthodes de guerre des Chouans, leur ravitaillement par les Anglais en armes et en argent, etc. Il ne mettait pas très haut la mentalité de ses compagnons d'armes, dont les uns "se battaient, disait-il, pour avoir un roi, d'autres pour la religion et la majorité, uniquement pour piller". Il rendait bon témoignage de Georges Cadoudal et rapportait que "quand Georges apprit que les autres Généraux Chouans s'étaient rendus, il s'était aussi décidé à se rendre : que le même jour qu'il entra en pourparlers avec le Général Brune, il lui était arrivé 45 caisses de 15.000 francs l'une, qu'il y en avait déjà dix de débarquées, mais que, forcé de déposer les armes, il fit dire au Commodore Anglais qui protégeait le débarquement qu'il allait lui renvoyer 35 caisses, parce qu'il était forcé de déposer les armes". Biget, certainement au courant des détails de cette affaire, n'a pas osé, dans sa situation, révéler à son interlocuteur que Brune avait vainement conseillé à Cadoudal de garder tout l'argent anglais pour le partager avec lui.

Biget, très inquiet de sa détention, se voyait déjà déporté. L'ex-Chouan, d'ailleurs besogneux, calcula qu'il avait tout à gagner à renier son passé et à se mettre bien avec le pouvoir. Son passé ne lui en fournissait le moyen que s'il offrait des révélations sur ses anciens compagnons, désarmant ainsi la police de Fouché. Il disait donc au Lieutenant Gagneau : "Je connais parfaitement le pays, j'ai même la confiance des habitants, il ne me sera pas difficile de faire arrêter tous ceux que l'on soupçonne d'avoir coopérer à l'assassinat du Premier Consul de la République". Le gendarme ayant demandé à Biget s'il connaissait Saint-Regant dit Pierrot, il répondit qu'il l'avait connu chef de légion dans le Morbihan, où il habitait les Paroisses de La Noue et de Saint-Meen ; il connaissait aussi Limoelan, qui était attaché à la légion de Rennes. En Février 1800 il s'était trouvé à Paris avec Hyde, surnommé Neuville ; il connaissait aussi Joyau dit aussi Layaye, Saint-Hilaire, dit Raoul. Biget se réservait de donner d'autres détails confidentiels au Ministre de la Police, lui-même ; ne voulant pas qu'ils fussent connus des bureaux du Ministère où il savait que plusieurs employés étaient à la solde des royalistes.

On voit que le Colonel de Chouans Biget ne demandait qu'à s'enrôler dans les indicateurs de Fouché. Il n'était pas, d'ailleurs, le seul dans le parti à trahir ses convictions et à offrir à la Police Consulaire un dévouement tarifé. Le cabinet de Desmarets recevait beaucoup de communications provenant de prêtres et de gentilshommes, autrefois bons royalistes, que la faim transformait en espions, parfois même, en Agents à tout faire.

Dès le commencement de l'année 1803, il s'était produit en Bretagne quelques faits de Chouannerie et on avait signalé dans les Côtes-du-Nord la rentrée d'un des plus audacieux lieutenants de Cadoudal, Lepaige dit Debar. Le Ministère de la Police recommanda à Mounier de surveiller les nouveaux mouvements des Chouans ; Mounier, tout en se méfiant de Biget, comprenait l'avantage qu'il y aurait à se l'attacher comme indicateur, spécialement pour la surveillance de ses anciens compagnons d'armes. Il connaissait l'état d'esprit de l'ancien Chouan, désoeuvré, miséreux et dégoûté de tout dévouement pour une cause désormais improductive. Il le savait prêt à servir la police et le 21 janvier, il proposa au Grand-Juge d'employer le Charentais comme indicateur. Il écrivait "Achille Biget peut être utile pour découvrir toutes les tentatives qui peuvent être faites dans le département par Debar ou d'autres scélérats de son genre. Il m'a promis de ne rien négliger pour parvenir à savoir s'il y a des hommes dans ce département à qui l'on a proposer d'entrer dans le complot pour attenter aux jours du Premier Consul".

Biget, enrôlé dans l'armée policière, voulait au moins en vivre largement, mais le préfet Mounier, en l'employant, se méfiait de lui comme le montre sa lettre du 18 février déjà citée, et il tenait très serrés les cordons de la bourse des fonds secrets. Cependant, au cours de l'année 1803, Biget ayant rendu des services sérieux, le préfet prit confiance dans son Agent.

Les espions français entretenus en Angleterre par la police, connaissaient trop facilement les projets des émigrés par leurs propos inconsidérés ; aussi fort avant la mise en train de l'expédition de Cadoudal, la police française eut vent de ces projets.

La conspiration signalée dès le commencement de 1803, était prête à agir au mois d'Août de la même année. Georges Cadoudal, ayant pénétré en France par la falaise de Biville, le 21 Août, était venu se cacher dans Paris, après avoir échappé à la police, cependant prévenue et en éveil.

La police parisienne sans soupçonner la présence du chef des conjurés, arrêta au hasard quelques comparses et obtint des indications vagues sur les projets de Cadoudal. Néanmoins, la résidence de ce chef et le nombre de ses adhérents restèrent inconnus jusqu'en janvier 1804. La police cherchant en aveugle, réclamait partout des concours, Mounier prévint alors le Grand-Juge que Biget était disposé à servir le gouvernement contre Cadoudal. De suite, Réal, directeur de la Police, accepta ce concours. Biget, se sentant nécessaire, aurait voulu obtenir un traitement fixe, que Mounier refusa de concéder, offrant seulement un salaire intermittent, fixé d'après l'importance des communications.

A ce moment, Bonaparte apprit la présence de Cadoudal dans Paris et des mesures révolutionnaires furent prises pour s'emparer du terrible Breton. Les économies sur la police n'étaient plus de saison et le Grand-Juge Regnier, Ministre de la Justice et de la Police, ordonna à Mounier de donner à Biget le traitement fixe réclamé par lui, disant : "Il a eu pendant longtemps la confiance de Cadoudal, il connaît les hommes dangereux de ce parti. Quoique il n'ait peut-être plus leur confiance, il peut cependant être utile, s'il veut servir le gouvernement de bonne foi. Achille Biget doit encore connaître les points de débarquement des Agents de Georges, ceux qui les reçoivent et les personnes qui facilitent leur correspondance et les dépôts d'armes". Le Grand-Juge, d'ailleurs justement méfiant, finissait en disant : "Sa conduite fera juger de sa sincérité et s'il ne fait des déclarations uniquement que pour se procurer des ressources".

La certitude de la présence de Georges à Paris et la crainte de son audace faisaient redoubler les efforts de la police pour se documenter sur ce chef et ses officiers les plus dévoués. On comprendra aisément que Biget, ami de Georges, devait être fortement sollicité de servir contre son ancien chef. Le Jacobin Réal, qui dirigeait les recherches dans l'affaire Cadoudal écrivait le 3 février au préfet Mounier "Les détails que contient, citoyen préfet, la lettre du Grand-Juge, du 10, sur le retour de Georges, sur la réunion qu'il doit faire ici d'un certain nombre d'hommes déterminés, destinés à concourir à l'assassinat qu'il médite, exige que vous ne négligiez rien pour obtenir d'Achille Biget l'état des hommes dangereux de ce parti, que vous êtes chargé de lui demander. Achille Biget a eu longtemps la confiance de Georges, il a connu ceux qui étaient dévoués à ce chef et dont il pourrait disposer pour les assassinats et pour les expéditions dangereuses qu'il ordonnerait. Il doit être instruit de leurs dispositions, depuis la pacification et les endroits qu'ils habitent. Il peut, conséquemment, fournir les renseignements demandés ; son refus, dans cette circonstance, prouverait que s'il n'est pas complice de Georges, il veut au moins se ménager auprès de lui et qu'il n'est pas disposé à servir le gouvernement contre cette bande d'assassins ... Le Post-scriptum qui suit prouve que Biget avait eu déjà des entretien avec Desmarest au cours de 1801 et que le subtil policier n'avait rien oublié. La note disait : le citoyen Desmaret, chef de la Police secrète, se rappelle que le citoyen Achille Biget lui a dit qu'avant le 3 Nivôse il avait aperçu clairement, à certains mouvements de certains hommes, qu'il se tramait quelque chose sur Paris. Il doit vous parler avec confiance et entrer dans le détail de toutes les particularités qui peuvent vous éclairer.

Mounier dut donc mettre du zèle à interroger son indicateur sur ses anciennes relations. Biget n'avait, d'ailleurs, nul besoin d'être excité. Il parlait d'abondance, se réjouissant du besoin qu'on avait de ses lumières ; il espérait bien en tirer un supplément de ressources et, qui sait peut-être une bonne position dans la phalange policière parisienne. Il n'y eut certainement pas été déplacé. Le 13 février, Mounier, pour répondre aux demandes pressantes de Réal, envoyait à Paris une lettre de Biget ainsi conçue : "Vous pouvez assurer le Directeur de la Police générale que je connais parfaitement, au physique et au moral, les individus que Georges peut employer pour une tentative sur les jours du Premier Consul ; tels que Hyde, Picot, Limoelan, Raoul Saint-Hilaire, Joyau, dit Assas, Roger, Durty, Bonté, Coster, Saint-Victor, Jean-Marie, Grimaudière, Cadot et autres dont il peut disposer" ... Biget s'offrait en volontaire pour empêcher le crime projeté.

Biget n'ayant pas été dirigé sur Paris s'en plaignait au préfet le 5 Mars, demandant à être changé de résidence ou envoyé à Angoulême, dans sa famille. Le préfet communiqua cette requête au Grand-Juge en lui rappelant le désir de Biget d'être employé à Paris, où il serait très utile pour reconnaître et faire arrêter les hommes de Cadoudal.

Biget, conscient de son importance, ne pouvait croire à l'incurie du Grand-Juge et de Réal, qui laissaient de côté un homme aussi utile que lui dans les circonstances présentes ; il ne savait sans doute pas encore que la plupart des accusés et Georges lui-même étaient arrêtés. Il écrivait donc à Mounier, le 7 mars, sur un ton ironique "Monsieur le Préfet, je commence à croire, décidément, que le Grand-Juge ne donne pas d'importance à l'affaire dont nous avons parlé. S'il ne sent pas le prix de l'offre, je ne puis que le plaindre et les gens sensés et capables qui veulent servir l'ordre des choses établi.

Aucune réponse favorable n'arriva ; on n'avait plus besoin de Biget et il restait suspect malgré sa bonne volonté et les services rendus ; la confiance qu'il inspirait au préfet ne le consolait pas et le 7 Juillet il écrivait à Fouché, de nouveau Ministre de la Police, pour se plaindre de la surveillance à laquelle il était astreint depuis trois ans, comptés depuis le 3 Nivôse, époque où il avait subi un emprisonnement injuste de onze mois, il rappelait que pendant ces trois ans il ne s'était absenté de Rennes que pour aller deux fois dans sa famille à Angoulême et il demandait à être déchargé de toute surveillance.

Il est probable que les bons services de Biget, s'il avait eu un peu plus de patience, lui auraient procuré la faveur d'entrer dans la Police parisienne ou d'obtenir une place du gouvernement dans quelque administration, mais une catastrophe allait définitivement terminer sa carrière.

Les ressources pécuniaires de Biget avaient toujours dû être assez précaires. Il était à la charge de sa famille, très pauvre elle-même car sa propre fortune s'était évanouie depuis longtemps et ce qu'il en restait avait même été un moment mis sous le séquestre. Déjà, en 1800, le préfet Delaistre l'accusait d'avoir ruiné sa famille. Il est donc certain que Biget n'avait en 1804, d'autres ressources que celles provenant du préfet Mounier, d'ailleurs assez chichement mesurées. En raison de son dénûment, au mois d'Août 1804, Biget se décida à essayer un stratagème pour tirer de l'argent à la fois de son préfet et probablement aussi des agences royalistes d'Angleterre et de Jersey. Il projeta donc de créer une apparence de complot mi-royaliste, mi-républicain que, suivant l'occurrence il pourrait dénoncer au gouvernement ou s'en targuer près du Comte d'Artois.

Le projet était d'ailleurs de réussite plus qu'incertaine. Le chef de Chouans Biget, à la fin de 1804, était absolument brûlé à Rennes. Ses anciens camarades, au dire même du général Julien, préfet du Morbihan, le considéraient comme un traître et cette flétrissure ne pouvait pas être ignorée à Rennes. Biget ne pouvait donc agir que sur des simples ou des ignorants. Il se décida à commencer sa propagande anti-gouvernementale en s'adressant à un brave ouvrier, le nommé Fabre, armurier et ancien soldat, qu'il connaissait depuis peu. Dans une conversation politique, il lui affirma la défaite probable de Napoléon, en raison de l'alliance Anglo-Russe qui venait de se conclure. Fabre, étonné, écouta le beau parleur qui revint plusieurs fois le trouver. Il l'écoutait, a-t-il dit, pour pouvoir déjouer ses projets, une fois dévoilés. Après quelques entrevues, Fabre proposa à Biget, de lui faire connaître un de ses amis, le nommé Le Harper, qu'il déclarait être dans les bonnes idées. Il y eut donc une conférence avec Le Harper, à qui Biget proposa de former un Comité de royalistes et de républicains pour se défaire de Napoléon. Le Harper amena, un peu plus tard, à la conférence un sien ami nommé Michel Duroy, qu'il garantissait comme un adepte des plus sérieux. Celui-ci devait amener d'autres adhérents. Biget proposa alors de créer de suite une commission qui rédigerait une adresse à Louis XVIII, adresse qu'il porterait lui-même en Angleterre.

Ces menées misérables montrent de façon évidente le peu de valeur de Biget qui, du premier coup, se confiait à des gens inconnus, sans faire sur eux la plus légère enquête, enquête qui lui aurait montré de suite à qui il avait affaire. Le Harper et Duroy, en effet, étaient d'anciens terroristes miséreux et mal famés, Duroy était, en outre, un prêtre marié. Ces deux individus étaient de bas policiers au service du Général commandant la Division. Avec des intentions aussi pures que celles de Biget, s'ils étaient entrés dans ses vues, c'était pour tirer quelque argent de ce fantôme de conspiration.

Le général Delaborde, jacobin mal converti, avait, au mois de Juin 1802, tenté de diriger l'enquête sur l'affaire des Libelles, mais il avait eu le désagrément d'être primé en tout par le subtil préfet Mounier. Les royalistes n'ayant pu être atteints par lui, Delaborde gardait de ce mécompte un vif ressentiment contre le préfet, cet ex-émigré et il adoptait envers lui une attitude rogue. Dans ces dispositions, il ne pouvait que désirer de prendre une revanche.

Delaborde dut tressaillir de joie quand le nommé Duroy, son espion, vint lui dénoncer un gros complot royaliste, monté par un ancien Colonel de Chouans qui, par surcroît, était l'indicateur du préfet, lequel, après tout, n'ignorait peut-être pas le complot. Delaborde ravi de trouver une telle occasion de donner le camouflet à Mounier, s'entendit avec son second, le général de gendarmerie Mignotte et le 28 septembre, celui-ci, fit appréhender Biget en pleine rue par le commandant d'armes Mayeux. Le prisonnier fut amené à l'hôtel du Quartier Général pour y être interrogé et on saisit ses papiers à son domicile.

L'arrestation de Biget, citoyen français, quoique en surveillance, cette arrestation ordonnée par un Commandant militaire était une violation flagrante des lois, mais qui s'inquiétait des lois au mois de septembre 1804, si peu de temps après l'assassinat du duc d'Enghien, après l'exécution de Cadoudal et de ses compagnons ? Le général Delaborde savait bien qu'avec le prétexte de conspiration royaliste il n'avait pas à se gêner et il ne se gêna pas.

Biget, interrogé par Mignotte déclara n'avoir pas à répondre à des questions posées illégalement. Delaborde le fit alors écrouer le 30 septembre au matin, à la Tour-Lebas, prison militaire de la ville. On lui adjoignit son pseudo-complice Fabre, mais on se garda bien d'incarcérer Le Harper et Duroy, organisateurs du complot au même titre que Biget.

JLe préfet Mounier avisé de l'arrestation de Biget et de Fabre demanda des explications au général Delaborde qui les refusa. Mounier écrivit au Ministre de l'Intérieur pour lui rendre compte de l'incident. Le général Delaborde avait écrit en même temps à son Ministre pour lui narrer les faits, mettant tout à la charge de Biget. La Police générale feignait de croire à son tour à une machination sérieuse du Chouan. Cependant, comme il était impossible d'admettre le procédé par trop illégal du général Bertier, Ministre de la Guerre, prescrivit à Delaborde de remettre les prisonniers à l'autorité civile ; il ne fut obéi que le 16 octobre. Le général Delaborde pour mieux manifester sa mauvaise volonté ne fit pas suivre les prisonniers des procès-verbaux de l'arrestation et de leurs interrogatoires ; il fallut une nouvelle réclamation du préfet à son Ministre pour les obtenir.

L'affaire entre les mains d'un homme loyal et expérimenté fut vite élucidée ; Biget, interrogé le 27 octobre, prétendit n'avoir travaillé que pour le gouvernement ; il rappelait au préfet que ce dernier devait le charger de se rendre auprès de Monseigneur Dutheil, un des principaux confidents du Comte d'Artois "avec qui il avait été particulièrement lié et, par ce moyen, il aurait été facile de savoir les projets arrêtés pour exciter de nouveaux troubles". Le projet de conspiration n'était rien qu'une ruse destinée à donner confiance aux royalistes d'Angleterre. Biget prétendait même être venu un jour à la préfecture pour mettre Mounier au courant de son projet. Le préfet étant malade, ce jour-là, il n'avait pas pu être reçu. Le nommé Duroy lui avait assuré, d'ailleurs, qu'on n'avait rien à craindre du général qui ne demandait pas mieux que de tout ignorer et qu'on aurait rien à craindre de lui, ajoutant "si nous agissons prudemment, il sera dans cette affaire comme dans celle du Général Simon où il ferma les yeux". C'était Duroy qui avait affirmer à Biget devoir s'occuper spécialement de la formation d'un Comité composé de royalistes et de républicains. Il mettait donc tout le gros de l'affaire à la charge des espions militaires.

Le Conseiller d'Etat Réal, maintenant chargé du premier arrondissement de Police au Ministère, ayant la même mentalité que Fouché, avait naturellement accepté toutes les assertions du Général Delaborde et il voulait charger les royalistes de cette basse intrigue que personne ne pouvait prendre au sérieux. Ministre et Conseiller d'Etat furent cependant obligés de reconnaître l'inanité de l'affaire après l'enquête de Mounier, quels que fussent leurs désirs de transformer l'intrigue en un solide complot royaliste.

Le 4 décembre le préfet rendait compte à Réal que son Ministre lui avait donné l'ordre de relâcher Fabre, mais que Biget devrait garder prison jusqu'à nouvel ordre. Réal annonça la décision prise au Général Delaborde le 8 décembre 1804. Le vertueux Réal l'ancien ami d'Hébert, le substitut de Chaumette, flétrissait de bonne encre la conduite "de ce Biget, déjà transfuge à son parti et employé précédemment par la police ... Ce Biget, homme essentiellement vil et corrompu, s'efforçait de tirer de tous côtés de l'argent, en trahissant à la fois les intérêts de la sûreté publique et ceux des ennemis de l'Etat". Il ajoutait que le peu de succès de ses démarches et des raisons de convenance empêchaient de faire juger Biget, qui serait détenu provisoirement tandis que son prétendu complice Fabre serait élargi. Réal comblait d'ailleurs de louanges le vigilant et loyal Delaborde pour son dévouement à l'Empereur.

Pour terminer honorablement cet épisode policier, Réal allouait à Duroy le mouton du Général, une somme de 1200 fr. à titre d'encouragement et de récompense. Delaborde, lui, n'avait eu que des éloges. Quant à Mounier, peu de temps après cette affaire, il quitta Rennes pour entrer au Conseil d'Etat dont il fut une des lumières.

La carrière de Biget était maintenant terminée ; le Chouan resta en prison une partie de l'année 1805, puis enfin fut élargi. Rendu à la liberté, l'administration ne pouvait plus le conserver à Rennes où il était trop connu, où il devenait impossible à employer encore comme policier. Il fut mis en surveillance à Angers. On aurait pu l'envoyer beaucoup plus loin du théâtre de ses premiers exploits ; le choix de la résidence d'Angers permet de croire qu'on espérait de nouveau utiliser ses services ; il était encore là en pays de connaissance.

La fin de la vie d'Achille Biget n'est pas connue. Le 5 janvier 1806, il écrivait encore au Ministre de la Police pour que des papiers saisis à son domicile le 30 septembre 1804 lui fussent restitués. Cette démarche ne fut pas accueillie car les Archives Nationales gardent toujours ces papiers. Un rapport du Général Garraud, commandant la Charente fait encore mention de Biget en Juin 1805 ; après cette date, son nom ne figure plus dans aucun document. Biget a-t-il persévéré dans la Police ? a-t-il pu rentrer dans le clergé ? En quelle année est-il mort ? Mystères.

La fin de cette vie est sans intérêt ; cette vie fut d'ailleurs curieuse seulement par le reflet particulier qu'elle emprunte aux évènements de l'époque. Les mouvements violents de la révolution avaient projetés hors du cercle prévu de leur vie une foule d'hommes qui, sans ces circonstances exceptionnelles auraient vécu sans trouble dans leur province ; ces hommes déracinés, lancés dans les aventures ne purent pour la plupart se réencadrer dans la vie normale. Il leur fallait les émotions de la guerre, des conspirations et aussi parfois les émotions de la Police secrète. Les Archives de la Police napoléonienne sont pleines de révélations bien édifiantes sur la moralité des hommes et des partis.

Fouché et Napoléon ont illuminé de leur génie spécial l'amas de turpitudes que dénoncent les Archives.

Jean Biget, dit Achille, fils de François et de Jeanne Robert, né le 2 décembre 1764 à Laferrière, paroisse de Ruelle. - Signalement de Achille Biget, chef de chouans, âgé de 38 ans. Taille 1m67, cheveux et sourcils bruns, yeux gris, bouche moyenne, menton rond, visage ovale et brun. Natif de Ruelle, département de la Charente et profession de prêtre.

Jean-André Valletaux, né à Hiersac (Charente), le 23 novembre 1757, fils de André et de Marie, enrôlé le 4 décembre 1779 au régiment d'Aunis, adjudant le 4 novembre 1791, garde constitutionnel, le 1er janvier 1792, licencié, 5 Juin 1792, lieutenant-colonel du 11e bataillon des volontaires de la Charente, général de brigade le 14 octobre 1794, armée du Nord, suspendu le 16 mars 1795, réintégré par les représentants du peuple le 20 mai 1795, armée des Côtes de l'Océan, prit part à l'expédition de Quiberon, fut tué en Espagne, 13 juin 1811, affaire de la Quintina del Rey. Valletaux interrogé par les Conventionnels Choudieu et Florent-Guyot sur les causes de sa suspension par le Ministre à l'armée du Nord, répondit qu'il avait été dénoncé aux Jacobins d'Armentières par un gendarme de la 31e division.

Jean Guimberteau, avocat, né à Angoulême, 1er septembre 1744. Député à la législative, 6 septembre 1791. Conventionnel 4 septembre 1792.

Antoine-Denis Dubois de Bellegarde, né à Angoulême le 1er mars 1738, mort à Bruxelles en 1825, d'abord garde du corps, capitaine des chasses du Comte d'Artois en Angoumois, maire élu d'Angoulême. Législative en 1791, Convention 4 septembre 1792, membre des 500, 24 septembre 1795, réélu après fructidor. Inspecteur des forêts sur l'Empire, mort en 1819 en exil.

Pierre-Joseph-Jean-Baptiste Descordes, avocat, né à Angoulême, 1er avril 1760, mort à Poitiers, 20 octobre 1836. Député en 1796 aux 500, fructidorisé, arrêté puis relâché. Député de la Charente sous la Restauration, en 1807, le préfet de la Charente le notait ainsi dans un rapport, "n'est pas attaché au gouvernement, exerce une grande influence dans tout le département".

Jean-Baptiste Thorel, né à Paris, 17 novembre 1737, mort à Ruffec, 16 décembre 1815. Député aux 500 fut fructidorisé et rentra dans la vie privée.

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19 janvier 2020

Confirmations de noblesse de cloche

Estât des particuliers dénommez au roolle arresté au Conseil de Sa Majesté pour la confirmation de leur noblesse déclairés roturiers par l'arrest cy-dessus. (7 novembre 1668)

Et premièrement, Guillaume Lambert, sieur du Maine-Giraud.

2. Jean Lambert, sieur de Rocheffort.
3. Antoine Lambert, fils dudit Guillaume.
4. Guillaume Lambert, cy-devant procureur du Roy.
5. François Lambert, à présent procureur du Roy, son fils.
6. Raymond De Villoutrays, sieur de la Diville.
7. Pierre De Villoutrays, son fils.
8. Les Enfans de deffunt Pierre Avril, avocat.
9. N Descombes, sieur du Maine-Gaillardon.
10. Jean Moulin, cy-devant lieutenant-criminel.
11. Jacques De Villoutrays.
12. Les Enfans de deffunt Hélies De Villoutrays.
13. Hélies Martineau, sieur de Barrière.
14. Pierre Balue, sieur de Montgaudier.
15. N Balue, sieur de Coursac.
16. N Balue.
17. Henry Pasquet, sieur de Lage-Baston.
18. Abraham Pasquet, sieur de Lage.
19. Toussainct Falligon, sieur des Gaignieres.
20. François Falligon, sieur de Villeneuve.
21. Pierre Thomas, sieur des Maisonnettes.
22. Antoine Thomas, sieur de Lézignac.
23. Jean Thomas, sieur des Bertonnières.
24. Jean Jameu.
25. Marcq Guillaumead, sieur de Ruelle.
26. N Aigron, sieur de la Motte.
27. N Aigron, son frère.
28. N Aigron, sieur de la Font.
29. Pierre Birot, sieur de la Barrie.
30. N Birot, médecin.
31. N Birot, son filz.
32. Charles Feriiend, sieur des Roches.
33. Jean Mauronnier (maurougné), sieur du Parcq.
34. Jacques Mauronnier (maurougné) , sieur de Grapillet.
35. Anthoine Boisson, sieur de Bussac.
36. Clément Boisson, sieur de Dirat.
37. Hélies Boisson.
38. Jacques Boisson.
39. Jean Boisson.
40. N Boisson.
41. Hélies Desruaux.
42. Pierre Faure, sieur de Courgeat.
43. Estienne Chilloux, sieur de Fontenelle.
44. Les Enfans de N Souchet, sieur de la Dourville.
45. Les Enfans de N Souchet, sieur des Chadennes.
46. Jean Souchet, sieur des Doucetz, lieutenant criminel d'Angoulesme.
47. N Barraud, sieur de Goueix.
48. N Barraud, sieur de Boisse.
49. François Des Bordes, sieur du Mayne-Dupuy.
50. N Des Bordes, sieur de Combedieu.
51. Jean Racaud, conseiller.
52. Antoine Racaud, sieur de Laugerie.
53. Anneï- De La Charlqnnie, sieur d'Auteroche.
54. Allain Arnaud, sieur de Çhalonne.
55. N Viroulaud, sieur de Marillac.
56. N Barbier De Signac.
57. François Saunier, sieur de Francillac.
58. Jean Mesneau, sieur de la Motte.
59. N Mesneau, sieur de la; Brousse.
60. Anthoine Trigeau, sieur de la Prade.
61. Pierre Barreau, sieur de Lage.
62. N Barreau, sieur de Denat.
63. N Barreau, sieur de Beauregard.
64. Louis Bernard, procureur du Roy en l'Eslection.
65. Louis Bernard, lieutenant particulier au Présidial d'Angoulesme.
66. Pierre Desforges, advocat.
67. N Desforges, conseiller, son filz
68. Jacques Pichot, sieur de Rophie (Roffy).
69. Jean Guimard, sieur de Salles.
70. Samuel Pasquet, sieur de Piedgut.
71. François Pommet, sieur des Trapes.
72. Jean Gillibert, sieur des Vaux.
73. Jean Dutiers, sieur de la Rochette.
74. David Barbox.
75. Marcq Barbot, son filz.
76. Pierre Desbrandes,
77. N Desbrandes, son filz.
78. Jean Rousseau, sieur de la Bourelie.
79. Jean Préveraud, sieur des Mardieres.
80. Pierre Briand, sieur de la Chaussée.
81. Jean Preveyraud (préveraud), sieur de la Piterne.
82. Jean De Lestoile, sieur de la Croix.
83. N De Lestoile, son filz.
84. Samuel Pacte, sieur des Riffaux.
85. Jacques Macrin, conseiller.
86. François Birot, sieur d'Amblecourt.

(Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1867)

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18 janvier 2020

La cloche d'Aignes

Gaston Viault, écuyer valeureux, pour maintenir du lien d'Aignes l'église, a suscité les tenanciers meilleurs de recouvrer leur première franchise, et de faire une cloche établir, que les maudits huguenots de la France et les mécréans au roy ont fait démolir, et appaiser la divine puissance...

... Pierre Perier, perrin sus-nommé Provençal. — Anne Colombe, la merrine, m'ont nommé, 1590. — Sanctus Marcialis.

(Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1901)

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