24 avril 2020

L'église réformée de Rochechouart

L'édit d'Alais qui suivit de si près la chute de La Rochelle, avait abattu les protestants comme parti politique, mais il leur garantissait de nouveau la liberté religieuse et l'égalité civile. Richelieu, qui l'avait imposé, le respecta scrupuleusement et admit les protestants à tous les offices publics. Mais la volonté du ministre ne pénétrait pas partout. Loin de la cour, le clergé retrouvait son compte. En l'année 1630, l'évêque de Limoges faisait la visite de son diocèse pour y rétablir la discipline ecclésiastique, depuis longtemps gravement compromise.

Arrivé à Rochechouart, l'avant-veille de l'Assomption, il jugea bon, « de son autorité privée et par l'assistance du vicomte de Rochechouart, du comte de La Vauguion, du baron de Saint-Auvent et autres gentilshommes, » d'expulser de la maison de ville les réformés qui y tenaient leurs assemblées depuis 1577. L'expulsion fut violente comme toujours. On ne se contenta point de barder la porte pour contraindre les protestants à chercher hors de la ville un lieu de culte ; on brisa les bancs et la chaire et on en brûla les débris devant la halle publique, à la plus grande joie des assistants. C'est Barthe lui-même qui a consigné à la marge du registre consistorial, en quelques termes précis, le souvenir de cet évènement. L'église dispersée n'a point transmis à la postérité d'autre protestation, et, quand elle osa se réunir de nouveau, quatre mois plus tard, dans la maison de feu Berthonneron, ce fut pour y célébrer la cène du Seigneur.

Le prêche dut se continuer à huis-clos dans les maisons particulières jusque vers 1640. Les Dominicains, que le vicomte avait appelés dès 1614, furent alors définitivement installés au faubourg du Châtenet. Leur présence devint pour les réformés une menace perpétuelle et comme la revanche pour les catholiques des violences qui avaient forcé les Bénédictins, un demi-siècle plus tôt, à quitter la ville.

Le vicomte de Rochechouart, Jean II, qui avait succédé en 1604 au vicomte Louis, son père, ne jugea point la victoire suffisante et alla jusqu'à prétendre interdire à ses sujets protestants de s'assembler pour leurs prières et leurs supplications ». Pour atteindre ce but, il les fit citer aux grands jours de Poitiers de 1634. Les réformés, condamnés à ce tribunal, en appelèrent au Conseil du Roi qui, par arrêt du 10 mai 1630, les confirma dans leur droit, mais sous défense de rien innover et à la condition de présenter leurs titres au lieutenant général de la sénéchaussée de Limoges. Cet arrêt procura aux habitants de Rochechouart un répit de quelques années.

La conduite de ce vicomte de Rochechouart vis-à-vis de ses sujets protestants est d'ailleurs pleine de contradictions. Nous avons signalé les violences dont il usait sans scrupule. On pourrait admettre à sa décharge qu'il agissait sous l'impulsion d'autrui quand on. le voit, d'au tre part, accepter en 1621 de servir de parrain au fils du sénéchal de Rochechouart, baptisé au temple, et faire attribuer aux protestants à deux reprises (1605 et 1629), l'usage du cimetière paroissial de Bonmousson. Il leur donna même bientôt un gage d'estime plus éclatant encore, lorsqu'il épousa en secondes noces Marie Eschallard, dame de Genéville et de Chabrignac, issue d'une amille protestante (1637). Cette alliance n'avait, du reste, rien d'absolument contraire aux moeurs de cette première moitié du XVIIe siècle. Un petit seigneur catholique des environs de Bellac, messire Gaspard de Rouffignac, sieur de Quinsac, avait pris pour femme, en 1614, demoiselle Jeanne Seguin de la Brousse († avant 1628), fille d'un seigneur calviniste du Périgord, et avait même promis « icelle espouser en l'esglise de la religion catholique réformée et en icelle faire profession et y vivre tout le cours de sa vie le plus sainctement et religieusement qu'il est possible à l'homme craignant Dieu ». Ce n'était rien moins qu'une abjuration catholique.

Il n'en fut pas tout-à-fait de même dans le cas du vicomte de Rochechouart. Les apparences demeurèrent sauves par la conversion que le cordelier Hugon prétendit avoir obtenu de la nouvelle vicomtesse. Mais il faut bien admettre pour le moins que cette conversion n'avait point changé le coeur même de la jeune femme, puisqu'elle continua de nourrir ses convictions de calviniste. Diverses clauses de son testament en font foi. Elle qui jouissait du droit de se faire inhumer dans le choeur même de l'église paroissiale, préféra reposer simplement devant la porte de son manoir, et, pour ne laisser aucun doute sur ses sentiments intimes, elle fit un legs à l'église réformée de Villefaignan (1658). Nous pouvons conclure de cette histoire que les protestants de la vicomté durent jouir d'une paix relative tant que Marie Eschallard demeura leur suzeraine. Mais cela ne dura guère. Jean II mourut en 1647 et eut pour successeur sa fille Marie, née d'un premier lit et mariée depuis 1640 à Jean, marquis de Pompadour. Ce changement de suzeraineté modifia sur-le-champ la situation des protestants.

Source : Histoire de la Réforme dans la Marche et le Limousin, d'Alfred Leroux.

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Vente du château du Puy

C'est à la fin de cette année, 1767, que la seigneurie du Puy fut vendue à Gaucher de Lavergne. Un acte sous signature privée fut fait le 12 octobre, suivi bientôt d'un acte authentique le 24 octobre.

Messire Jean Guilhot chevalier, seigneur du Dousset, et du lieu du Puy de Cussac.

Dame Radegonde de la Ramière son épouse, demeurant au château du Puy.

Messire Charles de l'a Ramière, haut et puissant seigneur comte de la Ramière, demeurant au château de Pencharnaud, paroisse de Saint-Etienne-le-Droux en Périgord ici présent et autorisant au besoin la dite dame du Dousset sa fille.

Dame Henriette d'Asnières de Maisonnais veuve de messire Charles Guillot du Dousset, chevalier, seigneur de la Reille, le Puy et autres places, en son vivant lieutenant-colonel d'infanterie, mère de messire Jean du Dousset, demeurant à la Reille.

Demoiselle Louise Guillot du Dousset, demeurant au château de Graine, paroisse de Biennat, tante de Jean du Dousset.

Ont vendu : à Messire Gaucher de Lavergne, chevalier, seigneur de Marginier, ancien capitaine d'infanterie, chevalier de Saint-Louis, et à dame Anne Elizabeth de la Biche son épouse, demeurant en la ville d'Aixe, paroisse de Tarn.

Le château, fief et seigneurie du Puy de Cussac et Graffeuille, consistant en : le château et autres bâtiments en dépendant, cour, jardin, fuie, villars, près, terres, bois châtaigners, bois taillis ou garennes, bois de haute futaie, étangs et pêcheries comprenant le domaine de réserve du château, plus deux autres domaines et métairies au dit lieu du Puy, plus deux autres domaines au village de la Guionie, deux autres à Grafeuille plus le moulin de Grafeuille « à deux meules, garni de tous les instruments, « tournant et faisant farine, avec tous droits de banalité et « de contrainte suivant sa coutume ». Ces six domaines faisant partie de la censive de Cromières, avec devoirs d'hommage.

Plus deux autres domaines au Breuil, situés hors du fief du Puy, dans la censive des seigneurs de Cromières et envers lui chargés de devoirs seigneuriaux.

Plus une autre métairie à Xégrelat dans la censive des dames de Boubon.

Avec tous les cheptels et objets mobiliers, sous réserve de deux chevaux du seigneur du Dousset et des meubles du château.

Etaient aussi compris dans la vente tous les droits et devoirs seigneuriaux utiles et honorifiques, appartenant aux vendeurs à cause de ce fiet du Puy et Grafeuille, suivant une transaction passée entre l'un des auteurs des vendeurs et le seigneur de Cromières, le 3 octobre 1606, signée Desvergnes et Mallet, notaires à Rochechouart.

Le prix était de 65.000 livres, et 720 livres d'épingles à madame du Dousset, payables : 40.000 livres au 1er janvier prochain sans intérêts ; en déduction de cette somme les acquéreurs étaient chargés de payer à madame de Guinguant de Beaupoil de Saint-Aulaire une rente constituée de 194 livres 15 sols au capital de 3.895 livres,

Les 25.000 livres restant devaient être payées dans six années, sans intérêts durant la première.

Mais comme la plus grande partie de la fortune des acquéreurs est dans les îles d'Amérique, en cas de guerre, de . prise ou naufrage de vaisseau de transport le terme de six ans sera prorogé de quatre autres années.

La dite acquisition étant faite avec l'argent de madame de Lavergne, son mari lui concède hypothèque sur les biens achetés jusqu'à concurrence de ce qui lui sera dû pour ses reprises.

Les biens situés dans la censive de Cromières furent estimés 52.520 livres, ceux dans la censive des dames de Boubon portés à 3.000 livres, ceux dans la censive du curé de Cussac à 200 livres. Le cheptel fut estimé 10.000 livres.

L'acte fut reçu par Rampnoux et Dervault, notaires.

Source : Monographie du château du Puy, d'Etienne Rayet.

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Guillot du Doussay émigrés

Guillot du Doussay - La famille Guillot du Doussay est étrangère à notre province à laquelle la rattache seulement l'acquisition (29-8-1767 - Moureau, nre royal à Confolens - ADC 2E 2498) par Jean Guillot et Radegonde de la Ramière, son épouse, du fief et seigneurie de l'AgeBertrand (en Chirac), qui avait appartenu aux Regnauld puis, par héritage, à une branche des de Couhé. Jean Guillot et Radegonde de la Ramière eurent deux fils inscrits l'un et l'autre sur la liste des émigrés. Gabriel Guillot, l'aîné, né le 30 et bapt. le 31-12-1757 à Cussac (87), + sans alliance à Rochechouart (87) le 3-4-1829. lieutenant colonel de cavalerie. fut déclaré émigré en 1791 ; il fut rayé définitivement de la liste des émigrés par le ministre de la Police générale le 14 vendémiaire an X, avant la promulgation du sénatus-consulte, et renvoyé en possession de ses biens. Il testa le 20-5-1822 en faveur de son frère unique et de François Gabriel et Louis Gabriel, fils de Louis Regnauld, son cousin germain, et de Magdeleine Elisabeth de Maulmont (testament olographe déposé chez Reitier Lagrange, nre à Rochechouart, le 10-7-1829 - ADHV 4E 62/72).

Guillot Charles, né 13-12-1761, bapt. le même jour à Cussac, chevalier de Malte - dt à Paris, il existait encore le 10-11-1827 lors d'un contrat de vente d'une propriété par son frère et lui - héritier de son frère par son testament du 20-5-1822 - il ressort de son dossier (F7/5952) qu'il résida à Malte de 1785 jusqu'à l'époque de la capitulation de cette île ; qu'il fut porté, en l'an VII, sur la liste supplémentaire des émigrés et n'obtint pas ensuite sa radiation définitive avant la promulgation du sénatus-consulte de l'an X. Une lettre du préfet de la Haute Vienne, du 25 vendémiaire an XII, adressée au ministre de la Justice, apprend qu'à cette date rien encore n'avait été décidé concernant ledit Charles Guillot du Doussay - nous ignorons si l'intéressé a été radié ou amnistié (Q X/9 - Q XII/29 - F7/5952).

Source : Les émigrés charentais, 1791-1814, de Pierre Bureau.

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Une visite domiciliaire (1798)

L'an six de la République française une et indivisible, et le six thermidor, en exécution de la loi du dix-huit et de l'arrêté du directoire exécutif du dix-neuf messidor dernier, relatifs aux visites domiciliaires, conformément à l'arrêté de l'administration centrale de ce département, du vingt-huit messidor, aussi dernier, et des dispositions arrêtées par nous commis à cet effet : nous soussignés, Jean-Joseph Chouchet, agent municipal du chef-lieu du canton de Rochouart, et Pierre Soulat, commissaire du directoire exécutif, près l'administration du chef-lieu du canton, accompagnés d'un détachement de la garde nationale de la commune de Rochechouart et de la gendarmerie, à la résidence du chef-lieu du canton, nous sommes transportés, environ deux heures après midi, au lieu du Moulin-Paute, commune de Vidaix, au ci-devant château appelé du même nom, inhabité et dépendant du citoyen Dudoucet, ascendant d'émigrés, où étant et ayant trouvé les portes principales fermées, sommes entrés par une porte à vitres, donnant sur la chaussée de derrière, que nous avons trouvée ouverte, et laquelle porte les colons du domaine, appelé de la Cour, nous ont dit avoir été ouverte par leurs femmes, après avoir fait toutes les recherches possibles dans les appartements, que nous avons trouvés ouverts, et avoir pris tous les renseignements des colons, dont nous nous sommes fait assister, avons reconnu que ce ci-devant château ne recelait aucun des individus désignés par les lois et arrêtés sus énoncés, et de tout quoi nous avons dressé le présent procès-verbal, fait et clos au dit lieu, les jour, mois et an que dessus.

Chouchet, Agt
Soulat, Cre Etif.
Betoulle, Gme.

Source : Archives de la mairie de Rochechouart. Pièces originales.

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Un certificat de résidence (1796)

Jean-André Tavuron, agent consulaire de la République française, à Malte, certifie et attteste que Charles Guillot, du Doussay, de l'ordre de Malte, est venu en cette ville, le 2 juin 1795, et que, depuis cette époque, il y a fait toujours sa résidence, sans interruption, qu'il continue encore, en foy de quoy je lui ay délivré le présent certificat que j'ay signé avec luy, et y apposé le cachet de ce consulat. Donné à Malte, le 15 germinal, an 4 de la Rép. fr. une et ind.

Tavuron. Charles Guillot du Doussay.
Enregistré à Rochechouart, le 13 thermidor, an 4.

Source : Archives de la mairie de Rochechouart. Registre pour les certificats de civisme et de résidence.

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Une épidémie dans la vicomté de Rochechouart

Département de Rochechouart.

Mémoire de M. Simon.

On m'a adressé, de l'Intendance, au mois de Novembre dernier, trois petits Mémoires de M. Simon, Médecin à Rochechouart, dont voici l'extrait. Dans le premier, M, Simon dit que, depuis le 8 Mai jusques au 15 Juin, il a donné ses soins aux pauvres de la ville & paroisse de Rochechouart, ataqués d'une Epidémie dont il décrit ainsi les symptômes, après avoir donné une notice topographique des lieux.... » La maladie épidémique exactement suivie, nous a fait constament observer, chez tous les malades, une douleur considérable à la poittine, avec pesanteur, de la toux, de l'oppression, un crachement de sang, la peau sèche ; quelquefois une sensibilité à l'estomac, & des vomissèmens bilieux mêlés de vers. Si-tôt l'invasion, la plupart des malades étoient assomés, fans connoissance, & ne présentant qu'un pouls petit, foible & irrégulier, mais qui, quelques heutes après, s'élevoit & devenoit fort & plein. Cette maladie, que nous avons appelé Fluxion de poitrine essentiele, a ataqué beaucoup de gens de tout âge, excepté de la première jeunesse, Sc a été funeste à tous ceux qui se sont trouvés la poitrine foible, ou qui n'ont pas été secourus à temps. La maladie se terminoit otdinairement du neuf au onze, & plutôt chez ceux qui succonaboient ; dans plusieurs, elle a été suivie d'une convalescence longue & pénible, & dans d'autres, elle a entraîné des suites plus fâcheuses encore, comme des suppurations qui ont fini par la mott. » M. Simon reconoît pour causes, les froids de l'hiver & les vents constans au Nord-Est ; & il trace ainsi son plan curatif.... » C'est avec la plus grande satisfaction, dit-il, & le succès le plus marqué, que nous avons employé contre cette maladie (dans laquelle nous n'avons rien reconu d'extraordinaire que le nombre des malades de tous les côtés), les secours acoutumés dans l'inflammation de poitrine. Les saignées, les boissons pectorales, l'oxymel scillitique, le kermès & les lavemens ont été les moyens auxquels nous avons eu recours constament ; les minoratifs ont terminé la cure, sur-tout chez ceux dans lesquels nous avions observé les vomissèmens bilieux & les vers. » M. Simon donne la liste de ceux qu'il a guéris au nombre de dix-huit, & huit ont succombés ; & ajoute : « Je connois, dans les environs de ce pays, huit persones ataquées actuélement dabscèsà la poitrine, & quatre dans cette ville, morts phthisiques, dont la conformation ne devoit pas faire craindre cette maladie. »

Ce Médecin termine, en disant : « Quelqu'un, dans ce pays, s'étoit imaginé trouver une analogie entre la maladie dont il est question & celle qui courut : épidémiquement, l'année derniere, dans les paroisses de nos environs, notament Saint-Matthieu, &c. La sécheresse de la saison, les vents de Nord qui ont été continuels, auroient dus, entre ces deux maladies, faire soupçonner une différence essentiele ; l'émétique & le vésicatoire, qui guérissoient la première, eussent été mortels dans la seconde.

Le second Mémoire de M. Simon contient quelques détails sur l'Epidémie qui a régné à Mairval, qu'il décrit ainsi, en observant que cette paroisse contient nuit cens habitans.... » On remarquoit dans les amygdales, dans le voile du palais, aux deux côtés intérieurs de la bouche, dans le dedans des lèvres, des taches jaunâtres & quelquefois brunes, les environs des taches fort douloureux, & l'enflure fort peu considérable, la fièvre acompagnoit souvent les accidens ; le mal négligé dégénéroit en gangrené, avec une puanteur horrible ; il n'a araqué que des enfans, & en a enlevé plusieurs. La méthode que j'ai suivie avantageusement contre cette maladie, a été. dé faire enduire, souvent dans la journée, les parties ataquées, avec un mélange de demi-once de miel fur vingt goûtes d'esprit de sel marin, & de temps en temps un gargarisme, avec une simple infusion de sureau chez les enfans qui savoient le faire, la même infusion leur étoit donnée en boisson. ».

Dans le troisième Mémoire, M. Simon dit ne pouvoir donner de détails satisfaisans sur l'Épidémie de Chaillac, ayant trouvé les malades en convalescence lors de son arivée ; la plupart avoient été abandonés au foins de la nature : d'après ce qu'on lui raporta, il jugea que « cette maladie, qu'on avoit qualifiée du nom éfrayant de charbon, n'étoit autre chose qu'une fièvre ardente, bilieuse. La douleur de tête, le délire, la peau brûlante & aride, les vomissemes bilieux, les douleurs à l'orifice de l'estomac, les inquiétudes dans tous les membres, les urines rouges, étoient les symptômes les plus fréquens ; Le nombre des malades a été considérable, & celui des morts, depuis le mois de Février, se monte à vingt-un, dont on croit qu'il n'y en a que cinq à six ataqués de la maladie épidémique qui dura fort peu. »

Les Mémoires de M. Simon sont datés du 7 Novembre 1785, pour seconde copie.

Source : Recueil d'observations sur l'épidémie qui a régné en 1784 et 1785 dans la subdélégation de la Chataigneraye en Bas-Poitou, de Jean Pallu.

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23 avril 2020

Le dernier juge sénéchal de Saint-Auvent

Autographe de noble Olivier-Isaac Perry, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, comte de Saint-Auvent, etc.

« Nous noble Olivier-Isaac Perry, chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, comte de Saint-Auvent, baron de Montmoreau, seigneur de la Chauffie, Marval, Saint-Martin-de-Jussac, le quartier de saint Pierre de la ville de Saint-Junien, Saint-Cyr en partie et autres places, étant dûment informé des bonnes vie et moeurs, profession de la religion catholique, apostolique et romaine de l'intelligence, sçavoir et capacité de Mr Anne-René Berthelot, sieur du Breuil, avocat en parlement, juge sénéchal des baronnies de Brie, Champagnac, Puimoreau et de la vicomte de Saint-Mathieu, l'avons nommé et nommons par ces présentes notre juge sénéchal civil criminel, de police et gruyer dans tout le district, et étendue de notre comté de Saint-Auvent et lieux en dépendant, pour icelie ditte charge exercer et remplir pendant le temps qu'il nous plaira, aux honneurs, prérogatives et émolumens y attachés, sans que le dit sieur Berthelot puisse repeter ni prétendre contre nous aucuns honoraires ni émolumens, pour raison des actions criminelles que nous poursuivrons ou quoique ce soit notre procureur fiscal à l'occasion des crimes ou délits qui pourraient être commis dans toute l'élendue et district de notre dit comté de Saint-Auvent et annexes, et sans que le dit sieur Berthelot puisse non plus prétendre de dédommagements dans le cas où il nous plairait le remercier, ce que nous nous réservons pour clause expresse, mandons à tous nos justiciables de reconnaître le dit sieur Anne-René Berthelot en la ditte qualité de juge sénéchal et de lui obéir et porter respect et honneur en icelle. Fait en notre château de Saint-Auvent, le vingt-sept aoust mille sept cens quatre-vingt-sept, et avons apposé à ces présentes le sceau de nos armes. Le Chr de Saint-Auvent. »

Source : Documents historiques, d'Octave Marquet.

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Le dernier grand sénéchal du Haut-Limousin

Claude-Etienne-Annet Comte des Roys baron de Saint-Cyr et des Enclos, seigneur d'Echandelys, les Bordes, Saint-Laurent et autres places, présida le 16 mai 1789 l'Assemblée des Etats généraux du Limousin, tenue à Limoges dans la chapelle des Jésuites, actuellement chapelle du Lycée.

Sa famille (d'or à la bande de gueules chargée de trois étoiles d'argent) était originaire de l'Auvergne et avait contracté alliance avec les de Bourdcilles et les de Verdonnet. La mère de Claude-Etienne-Annet, née Gabrielle de Roquelaure, avait épousé en 1750 Jacques II des Roys, chevalier, seigneur d'Echandelys, des Bordes, baron des Enclos, officier au régiment de la Mothe-Cavalerie.

Le jeune Annet des Roys fut capitaine au régiment Royal-Dauphin (1775) et il ne vint en Limousin qu'en 1783, par suite de son mariage avec Joséphine-Léonard de Saint-Cyr, qui lui apportait en dot la terre de Puydaud, les domaines de la Bourgonie, de Lattérie, la Forêt, Marcillac, les Colombiers, les Champs, Le Noyer, puis la Peyrade et la Pouge.

Cette famille Léonard de Saint-Cyr descendait de Pierre Léonard, avocat à Limoges, dont le fils Jean-Léonard de Fressanges seigneur de Fressanges, trésorier de France en 1678, avait épousé en 1690, Anne Descubes, fille d'un consul de Limoges et de Valérie Barbarin. C'est cette demoiselle Descubes qui apporta en dot la terre de Puydaud dans la famille Léonard de Fressanges. La nouvelle Comtesse des Roys, née Léonard de Saint-Cyr, était, fille de Antoine, ancien officier aux gardes française, et de Angélique Morin qui mourut le 6 août 1813, à 79 ans, au château de Puydaud, ainsi qu'en témoignent les registres de catholicité de la paroisse de Saint-Cyr, sur lesquels ont signé : Parât, curé, Gédéon de Brie. Descubes de Lascaux.

A l'époque de l'édification de l'Eglise qui remonte au XIIe siècle, la paroisse de Saint-Cyr comprenait quatre fiefs : Puydaud, Essenat, Lascaux et la Mothe; à la fin du XVIe, la famille de Saint-Fief (d'azur au chevron d'argent accompagné de trois croix raccourcies de même, posées 2 el 1) possédait, à elle seule, les terres de Puydaud, Essenat et Lascaux, sans comprendre la Laurencie. Peu à peu ces fiefs passèrent entre des mains étrangères : en 1635 Essenat devint la propriété de la famille de Grandsaigne, vers 1639 Puydaud passa aux Descubes et vers 1646 Lascaux appartint à d'autres Descubes, à ceux qui ont formé la branche Descubes de Lascaux.

Le Descubes, nouveau propriétaire de Puydaud, était, le troisième fils de Martial, avocat, on l'appelait le sieur du Ferrant, il était médecin à Limoges, et, ce fut lui qui épousa Valérie Barbarin. De ce mariage naquirent deux filles, dont l'une Marie, née en 1672. se maria dans la famille Martin de la Bastide et la plus jeune, Anne Catherine, épousa Jean Léonard de Fressanges, de la paroisse de Vicq et trésorier de France.

Les registres de catholicité de la paroisse de Saint-Cyr nous apprennent que le 15 mars 1784, au château de Puydaud, naquit Messire Jacques, Gabriel des Roys, fils de Haut et puissant seigneur Messire Claude-Etienne-Annet comte des Roys et de haute et puissante dame Léonard de Saint-Cyr, son épouse. Le parrain de l'enfant était Messire Jacques-Martial-Léonard de Saint-Laurent, bisaïeul maternel et la marraine haute et puissante dame Gabrielle-Marie-Claudine de Roquelaure, marquise des Roys, grand mère du côté paternel, représentée par Angélique Joseph Morin, baronne de Saint-Cyr, grand mère maternelle. Cet enfant devait mourir à douze ans.

Le 24 mars 1786, le comte des Roys perdit son second fils, Jacques Joseph, âgé de onze mois.

Le 31 mai 1787 on baptise à Saint-Cyr Etienne-Annet des Roys, né le même jour. Le parrain est haut et puissant seigneur Etienne des Roys, vicomte des Roys, maréchal des camps et armées du Roi, oncle paternel, actuellement employé par le Ro de France à la cour de Naples et représenté par J.-B. Parat, curé de Saint-Cyr. La marraine est dame Anne Léonard de Saint-Cyr des Essarts, veuve de Jean Léonard, conseiller du Roi. Ce fils du comte des Roys mourut dans l'Allier en 1868, il avait épousé Jenny Hoche, fille du général Hoche, et leur fils Ernest-Gabriel, né en 1836, mort en 1904, fut député de la Seine-Inférieure.

C'est en mars 1789 que le comte des Roys fut pourvu de la charge de sénéchal du haut pays limousin, et, c'est le 2, en l'audience de la Cour, qu'il fut installé. Il fut harangué à la porte du palais par un député de la cour sénéchale, par M. Tanchon, doyen des avocats et par les gens du Roi : après la cérémonie, toute la Cour en robe lui fit sa visite.

Le 16 mai 1789 il présida l'Assemblée des Etats généraux du Limousin, et, comme dans les Martyrs et confesseurs de la Foi, l'abbé Lecler nous décrit l'aspect de cette assemblée, comme d'autre part, M. l'abbé Legros, témoin oculaire, nous a laissé un compte rendu de cette séance mémorable, nous n'en parlons pas.

De 1789 à la fin de 1793 il semble que le Comte des Roys n'ait pas été inquiété, dans tous les cas, le 13 février 1792 la municipalité de Saint-Cyr lui délivre un laisser passer et le signalement qu'on donnne de lui porte qu'il est cultivateur : deux lignes plus loin on mentionne qu'il porte perruque. Ce cultivateur portant, perruque ne devait rien dire qui vaille aux Jacobins de l'époque. Il est probable que le citoyen des Roys se rendait à Paris car, le 29 mars, il est en garni rue du Bouloi, à l'hôtel de Hollande, et, la municipalité de Paris envoie à Saint-Cyr un certificat le concernant.

Le 1er avril 1793, des Roys est de retour dans son château de Puydaud, car il prête serment de fidélité dans la mairie de Saint-Cyr; le 15 du même mois la commune déclare qu'il n'est pas suspect et lui délivre le 28 un certificat de civisme, dans lequel il est dit que « l'opinion publique l'a dénigré ». Cette dernière phrase n'a rien de surprenant, et, l'on serait plutôt tenté de se demander comment le grand sénéchal du Limousin, qui n'a pas émigré, a pu.arriver jusqu'à cette date, sans avoir maille à partir avec son district : comme nous pouvons le deviner, les sociétés populaires commençaient à s'occuper de lui. Toujours est-il qu'en fin de 1793 au début de 1794 la terre de Puydaud était mise sous la surveillance des officiers municipaux par le commissaire Maublanc. C'était prudent, mais ce qui était plus prudent encore c'était d'arrêter le citoyen des Roys; c'est d'ailleurs ce qui fut fait en 1794, et, nous savons que l'ex-sénéchal passa six mois en prison et qu'il n'en sortit que le 22 novembre.

Le 15 prairial an II (3 juin 1794) il donne procuration à sa belle-mère pour toucher les fermages qui lui sont dûs, suivant l'arrêté du représentant du peuple Brival, par les citoyens Lagane jeune et Leylavoix de Saint-Auvent, et, cette procuration est datée de la « maison de réclusion dite cy-devant Visitation » de Limoges.

A ce moment-là, il ne fait guère bon dans la région de Saint-Laurent-sur-Gorre, Oradour-sur-Vayres, Rochechouart : MM. de Merlis et, de Lavergne vont périr sur l'échafaud; à Gorre, les abbés Meytadier, Geay, Massaloux Jean et de Brie de Soumagnac sont déportés, les demoiselles de la Rochetulon sont incarcérées et l'ancien sénéchal du haut pays de Limousin ne pouvait que se livrer à ses pensées tristes.

Tout à coup, sept mois après sa sortie de prison, le 7 messidor an III (25 juin 1795), un véritable coup de théâtre se produit. A 10 heures du matin, Claude Etienne-Annet des Roys se présente à la maison commune de Saint-Cyr et y exhibe un arrêté du représentant du peuple, en mission dans les départements du Cher, de l'Indre et de la Haute-Vienne, qui nomme des Roys juge de paix de Saint-Laurent, en remplacement du citoyen Goursaud. 11 est installé séance tenante et prête serment de fidélité.

Ainsi, voici Haut et Puissant Seigneur Messire Comte des Roys, baron de Saint-Cyr, ancien sénéchal du Haut-Limousin, devenu juge de paix du canton de Saint-Laurent-su-Gorre ! Que s'est-il passé ? Je ne l'ai pas encore découvert. Des Roys avait-il parmi les Jacobins en vue quelque vieux camarade, qui ait voulu le sauver ? ou bien, quels liens personnels d'amitié ou autres le liaient au représentant du peuple en mission dans la région ? Ce serait un point à élucider et qui nous expliquerait pourquoi, en pleine révolution ou à peu près, le premier juge de paix de SaintLaurent fut un cy-devant noble et j'ajouterai un noble de marque.

Des Roys prit-il son rôle au sérieux ? Comment faisait-il la conciliation ? Je l'ignore, mais, ce qui est certain, c'est que sa nouvelle fonction ne le retient pas trop longtemps, car le 26 juillet 1795 (8 messidor an III) la commune délivre un laisser passer à des Roys, juge de paix de Saint-Laurent, à ses fils, à leur gouvernante et à un domestique allant en Puy-de-Dôme. Si nous avons vu tout à l'heure le cultivateur des Roys portant perruque, il faut convenir que la chose était très aristocratique, par contre le voyage de ce juge de paix et de sa suite en 1795 n'a rien de bien démocratique.

En lui-même des Roys devait sourire, il y avait douze ans qu'il était en Limousin et il y avait joué les rôles les plus divers. Est-ce pour cela qu'il n'y revint plus ? Trouva-t-ih le tour trop bien joué pour reparaître à Saint-Cyr ? Mystère. Ce que nous savons c'est que, veuf depuis 1791, il se remaria en 1797 avec Amable de Chauvigny de Blot qui mourut en 1842.

En juillet 1805, nous le trouvons maire de Moulins (Allier) et, en 1809, son fils Etienne-Annet, devenu majeur, ratifia la vente de trois domaines faite par son père à Léonard Rebeyrol, médecin à Gorre : il s'agissait de domaines situés aux Champs, et au Noyer, paroisse de Saint-Laurent, et provenant de Anne-Joséphine Léonard, première épouse du vendeur.

Le 6 août 1813, le Comte des Roys perdait sa belle-mère, Angélique Morin, veuve Léonard de Saint-Cyr, morte en son château de Puydaud, et, à partir de ce moment la terre de Puydaud va être morcelée et vendue. Une légende du pays disait que le château avait autant de fenêtres qu'il y a de jours dans l'année et aujourd'hui, passant devant la maison dite de Puydaud, rien ne dit plus au voyageur la splendeur d'antan : il faut être du pays pour aimer à faire revivre ces souvenirs vieux d'un peu plus d'un siècle.

Le 8 février 1816, M. des Roys donne sa démission de maire de Moulins, le 14 mai 1812 il avait été fait baron de l'Empire, et, le 24 novembre 1816, Louis XVIII l'avait fait chevalier de SaintLouis.

Il est mort à Avrilly (Allier) le 21 septembre 1823. Il n'avait fait, que passer en Limousin, mais l'époque où il s'y était rencontré n'était pas faite pour l'attacher à nos beaux paysages : même dans le placide et riant pays de Gorre les sociétés populaires s'agitaient.

Source : Deux personnalités du pays de Gorre ayant joué un rôle pendant la Révolution, de Pierre de Resbecq.

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21 avril 2020

Baptême de Thomas-Marie d'Allogny

Le dix-sept décembre mil sept cent cinquante sept a été baptisé par moi soussigné faisant les fonctions curiales Thomas-Marie fils légitime de très haut et puissant seigneur messire Thomas d'Allogny chevalier seigneur marquis d'Allogny, baron de Saint-Pardoux la rivière et de Château-Gaillard, seigneur du puy Saint-Astier, de Rolfie, Villars et autres places, et de très haute et puissante dame Marie-Gabrielle d'Abzac, marquise d'Allogny, ses père et mère, né le jour précédent à sept heures du matin. Le parrain très haut et puissant seigneur messire Thomas de Pérusse marquis des Cars, la Motte, Hanqueville et autres places ; marraine très haute et puissante dame Marie-Marguerite Vautier, marquise d'Abzac de Pressac, représentés par sieur Jacques Guindre, maître d'hôtel de messire d'Allogny, et demoiselle Marie Anne Sauzet, femme de chambre de dame Marie-Gabrielle d'Abzac, marquise d'Allogny, qui ont signé avec nous. (Registre de l'église Saint-Martial d'Angoulême)

28 mai 1786.— Le roi, la reine et la famille royale signèrent le contrat de mariage de M. le marquis d‘Aloigny, capitaine de dragons au régiment de Boufflers, avec Mlle du Sauzay. C‘est une excellente alliance, car les d'Aloigny sont de grande maison. Ceux-ci sont les cadets des Rochefort qui ont eu tant d'illustration. La marquise ne fut présentée que le 14 janvier suivant. (Souvenirs d'un chevau-léger de la Garde du Roi)

Source : Généalogie Charente Périgord.

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La famille de Coustin à Quiberon

M. de Coustin du Masnadaud
Sous-Lieutenant au Régiment du Dresnay

La famille de Coustin, d'ancienne chevalerie, a formé plusieurs branches et possédé de nombreux fiefs en Limousin, Marche, Périgord et Quercy. Elle a fourni des officiers aux armées du roi et plusieurs membres au clergé. Elle compte parmi les siens Robert de Coustin, qui prit part aux Croisades avec Saint-Louis, en 1248. Ses armes se voient à Versailles dans les salles des Croisades.

Ses principaux fiefs du Limousin furent le marquisat du Masnadaud, paroisse de Pageas, près de Châlus, les comtés d'Oradour-sur-Vayres et de Saint-Basile, la baronnie du Boucheron, etc. Elle eut plus tard par mariage, en 1772, le château de Sazeirat, en la paroisse d'Arrènes (Creuse), qu'elle possède toujours.

Jean-François de Coustin du Masnadaud, écuyer, souslieutenant au régiment du Dresnay, était fils de Martial-François de Coustin, chevalier, comte du Masnadaud, capitaine au régiment de Beauvaisis, puis colonel, gentilhomme de la chambre de Monsieur, frère du Roi, et de Marie-Madeleine Laeüt ; petit-fils de François-Annet de Coustin, chevalier, marquis du Masnadaud, comte d'Oradour-sur-Vayres, seigneur de Saint-Basile et de Blanat, et de Henriette de Beynac.

Né à Rouen le 3 juin 1769, il fut baptisé le 5 dans l'église de Saint-Etienne des-Tonneliers (1). Il eut pour parrain Jean Laeüt, négociant, son grand-père maternel, représenté par Jean Laeüt, capitaine de navire, son neveu, et pour marraine Françoise-Catherine de Coustin du Masnadaud, sa tante, épouse de « messire de Beauvoir » (2), représentée par Jeanne-Elisabeth Laeüt (3).

Le comte du Masnadaud, père, avait un poste important dans l'île de la Guadeloupe (4). Il s'était marié en l'église de Saint-Etienne-des-Tonneliers de Rouen, le 13 janvier 1767, avec Marie-Madeleine Laeüt, âgée de dix-huit ans, fille de Jean Laeut et de Marie-Madeleine Desbonnes. Le mariage eut lieu en présence de François-Jean de Bermondet de Cromières, vicaire général d'Autun et chanoine de Saint-Honoré de Paris, cousin de l'époux ; Jean-Baptiste Néau, habitant de la Guadeloupe, ami de l'épouse ; Jean Laeüt, son père, et Antoine-Adrien le Breton, ancien consul à Rouen (5).

Cette famille Laeüt, qui habitait Rouen quand elle était en France, résidait le plus souvent aux Antilles, soit à la Guadeloupe, soit à la Martinique, où Jean Laeüt, père, avait de gros intérêts. Jeanne-Françoise-Elisabeth Laeüt, sœur cadette de la comtesse de Coustin du Masnadaud, était née en 1756 à Saint-Pierre de la Martinique. Elle épousa dans l'église de Saint-Lô de Rouen, le 14 juillet 1772, étant âgée de seize ans, Christophe de Lobit, chevalier de Monval, lieutenant-colonel du régiment de Navarre, âgé de quarantecinq ans. Sa sœur, la comtesse du Masnadaud, était présente.

Dans l'acte de mariage, son père, Jean Laeüt, est dit « cydevant habitant en l'isle Grande Terre Guadeloupe » (6).

En 1786, à dix-sept ans, Jean-François de Coustin du Masnadaud fit ses preuves de noblesse pour entrer au service du roi (7). Il avait environ vingt-deux ans lorsqu'il émigra (8).

Avant de rejoindre les armées royalistes il épousa en Bretagne Mlle de Kervéatoux laquelle, d'après M. de la Gournerie (9), se maria à Tréguier et, devenue veuve, s'allia dans la maison Audren de Kerdrel, puis mourut dans la région de Morlaix, sous la Restauration, sans laisser de postérité (10).

M. l'Archiviste du département des Côtes-du-Nord, à qui nous nous sommes adressé, est d'avis que Mme de Coustin du Masnadaud, née de Kervéatoux, appartient à la famille de Lesguern qui possédait avant la Révolution la seigneurie de Kervéatoux, en Plouarzel (sur les paroisses de Plouarzel, Ploumaguer et Saint-Renan (Finistère.) Mais les recherches qui ont pu être effectuées grâce à l'obligeance de MM. les Archivistes des Côtes-du-Nord et du Finistère, n'ont pas permis de découvrir son acte de mariage (11). Il ne serait pas impossible que le mariage du jeune de Coustin, sur le point d'émigrer, ait été bénit par un prêtre réfractaire, ce qui expliquerait l'absence de l'acte, car presque tous les registres tenus clandestinement par des réfractaires ont disparu.

Le mariage a très bien pu être bénit également par son oncle, l'abbé Jean-Charles-Armand de Coustin du Masnadaud, frère son père, né à Pageas en 1736, tonsuré à Limoges en 1752, qui, avant la Révolution, était précisément en Bretagne, chanoine-trésorier de l'église cathédrale de Tréguier et vicaire général du diocèse. Il fut aussi chanoine comte de Nancy, puis abbé de Saint-Wilmer de Boulogne.

Il s'exila en Angleterre pendant la Révolution. Rentré en France en 1802 il fut nommé chanoine de Saint-Brieuc, où il mourut en 1811 (12).

Jean-François de Coustin du Masnadaud retrouva dans les armées de l'émigration trois cousins germains, François-Annet et Martial de Coustin du Masnadaud ainsi que M. de Brie de Lageyrat.

Passé en Angleterre où étaient réunis de nombreux gentilshommes français, il fut affecté, en 1795, au régiment du Dresnay faisant partie de la première division de l'armée devant débarquer à Quiberon, commandée par le comte d'Hervilly et conduite par le commodore Warren. Il trouva à son régiment un autre gentilhomme limousin, M. de Féletz. Cette division, embarquée à Lymington le 12 juin 1795, arriva à Quiberon le 27 après avoir capturé, à la hauteur de l'île de Groix, trois vaisseaux républicains, le Tigre, le Formidable et l'Alexandre (13).

Dans la lettre publiée ci-après, écrite à son frère par M. Jarrige de la Morélie des Biards, officier de marine au régiment d'Hector, également de la première division, parti en même temps que du Dresnay, on verra le récit du débarquement sur la côte bretonne, de la prise du fort Penthièvre et des combats de Sainte-Barbe, des 15-16 juillet 1796 auxquels prit part le régiment de M. de Coustin du Masnadaud (14).

Le 21 juillet, après la reddition de l'armée royaliste, dont le comte de Sombreuil avait pris le commandement — M. d'Hervilly, blessé grièvement, ayant été mis hors de combat — les émigrés prisonniers du général Hoche furent conduits à Auray sous une pluie torrentielle. En tête de la colonne marchait Sombreuil avec l'évêque de Dol, Mgr de Hercé. Puis venaient, au milieu de leurs malheureux compagnons, quelques Limousins, dont certains connaissaient sans doute Sombreuil : M. de Coustin du Masnadaud et son cousin M. de Brie de Lageyrat, M. Benoist de Lostende, M. Faulte de Vanteaux, etc. (15).

Condamné à mort par une des commissions militaires qui siégeaient sans arrêt, il fut exécuté le 8 fructidor an III (25 août 1795), dans un pré voisin de Bondon, près de Vannes. Il avait vingt-sept ans. Avec lui furent fusillés le même jour de nombreux jeunes gens âgés de seize à vingt ans : MM. de Vélard, de Vaucouleurs, de Lanjamet, Savatte de Genouillé, du Laurens de la Barre, de Kermoysan, etc. (16).

Le Tableau des victimes de Quiberon imprimé en 1814, à Brest, par Michel, le mentionne ainsi : N° 250. Du Masnadaud J.-F., noble, de Saint-Bertrand, Guadeloupe (17).

Son nom figure deux fois, de la façon suivante, sur le monument de Quiberon : « Jn Fois du Masnadau », « J.-F. de Coustin » (18).

Le comte du Masnadaud, père de la victime de Quiberon, avait un frère aîné, Alexandre de Coustin, chevalier, marquis du Masnadaud, comte d'Oradour-sur-Vayres, etc., qui avait épousé en septembre 1746 Louise de Ravard de Mézieux. Il avait pris part à l'assemblée de la noblesse de la sénéchaussée de Limoges, le 16 mars 1789, pour l'élection des députés aux Etats Généraux (19). C'était le père de François-Annet et de Martial de Coustin qui émigrèrent en 1791 (20), ainsi que de François-Louis-Antoine-Marie de Coustin, chanoine-comte de Saint-Claude, en FrancheComté, qui fut déporté sur les pontons de Rochefort pendant la Révolution, pour refus du serment schismatique.

L'émigration des frères de Coustin entraîna pour leur père, obligatoirement, des perquisitions, des mises sous séquestre, des véxations de toute nature et des arrestations.

La Liste des prisonniers du district de Saint-Yrieix porte les noms de deux Coustin du Masnadaud. Il est à présumer qu'Alexandre était l'un d'eux (ai).

Dans sa séance du 16 décembre 1792, le Directoire du Département de la Haute-Vienne fut saisi d'une pétition d'Alexandre Coustin-Masnadaud qui demandait à être dispensé de subvenir à l'habillement de deux hommes pour les armées de la République auquel il était tenu en vertu de la loi du mois de septembre précédent, par suite de l'émigration de ses fils. La réponse fut brève et catégorique. Le Directoire ordonna que M. de Coustin paierait au receveur du district de Saint Yrieix la somme de 3.442 livres 10 sols pour trois enfants émigrés (22).

Le 26 décembre 1795 (5 nivôse an IV), il sollicita aussi du Directoire l'autorisation de rentrer en jouissance provisoire de ses biens séquestrés situés dans la commune de Pageas, c'est-à-dire de la terre du Masnadaud, pour en surveiller l'exploitation et la culture (23).

Les biens de l'émigré François-Annet de Coustin, un des fils d'Alexandre, situés dans la commune d'Oradour-sur-Vayres, furent séquestrés et vendus, nationalement devant le district de Saint-Junien, le 15 floréal an II (4 mai 1794), moyennant le prix total de 83.325 livres (24).

François-Annet de Coustin était titré chevalier, seigneur du Masnadaud, comte d'Oradour-sur-Vayres, baron du Boucheron, Saint-Basile et autres places, sous-lieutenant des gardes du corps de Monsieur, comte de Provence, frère du Roi, et l'un des gentilshommes de sa chambre (25), chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, lieutenant-colonel de cavalerie. Il avait pris part, le 16 mars 1789, à l'assemblée de la noblesse du Limousin pour l'élection des députés aux Etats Généraux (26).

Né en 1747, il avait épousé, le 18 mars 1772, Marie-Anne de Phelipp de Saint-Viance, dame de Sazeirat et d'Arrènes (27), fille de Claude, écuyer, seigneur des dits lieux, et de Sylvie de la Celle (28).

Leur descendant, M. le marquis Louis de Coustin du Masnadaud, chef des nom et armes de sa maison, possède toujours le château et la terre de Sazeirat, commune d'Arrènes (Creuse).

Les de Coustin possédèrent longtemps le château et la terre du Masnadaud, paroisse de Pageas, dont ils relevèrent le nom. Ce fief avait été apporté en mariage par Isabeau de Faugeyrac, demoiselle du Masnadaud, à Foucaud de Coustin, vers la fin du XVe siècle ou au début du XVIe (29).

Erigé en marquisat au XVIIe siècle, au profit d'Antoine-Charles de Coustin, il sortit seulement de la famille en 1921, après une possession de plus de quatre siècles. Il fut vendu par Mme de Larminat, née de Coustin du Masnadaud, à un habitant de Châlus qui, malheureusement, entreprit presque aussitôt la démolition des mâchicoulis qui couronnaient la vieille gentilhommière'. Nous pouvons néanmoins donner ici une photographie du château, prise avant la vente.

Nous la devons à l'obligeance de M. le marquis Louis de Coustin du Masnadaud et à l'aimable intervention de M. Eugène Muret, d'Arrènes (Creuse).

Armes : d'argent au lion l'arnpant de sable, armé, lampassé et couronné de gueules. Supports : deux lions. Devise : Dulciter et fortiter.

Notes :

(1) Son frère aîné, Antoine-Joseph-Martial de Coustin, né à Rouen le 29 octobre 1767, fut baptisé le lendemain sur la même paroisse.

(2) Elle épousa par contrat du 7 octobre 1760 Jean-Marie de Beauroyre (Nadaud, Nobil. du Lim., tome I, page 738).

(3) Registres paroissiaux de Saint-Etienne des Tonneliers de Rouen.

(4) M. de la Gournerie (Les Débris de Quiberon, page 60) et le Nobiliaire du Limousin de Nadaud (tome I, page 738) disent qu'il exerçait les fonctions de major général dans l'île.

(5) Registres paroissiaux de Saint-Etienne des Tonneliers de Rouen.

(6) Registres paroissiaux de Saint-Lô-de-Rouen.

(7) Notes de M. le marquis Louis de Coustin dit Masnadaud (du château de Sazeirat, commune d'Arrènes, Creuse).

(8) Les registres paroissiaux de Saint-Vincent-de-Tréguler, à la date du 15 mai 1791, mentionnent la présence à un mariage du « comte de Coustin ». S'agit-il du père ou du fils?

(9) Les Débris de Quiberon, page 60.

(10) Elle eut des enfants qui moururent en bas âge.

(11) Des recherches ont été faites dans les Registres paroissiaux de Plouarzel, Ploumaguer et Saint-Renan (Finistère), et dans ceux de Minihy et Saint-Vincent-de-Tréguier (Côtes-du-Nord).

(12) Abbé Lecler. Martyrs et confesseurs de la foi du diocèse de Limoges pendant la Révolution (tome III, page 287). — A noter qu'un limousin, Mgr de Lubersac, fut évêque de Tréguier de 1775 à 1780.

(13) V. notre étude Souvenirs de Quiberon. Mémoire inédit du contre-amiral de Saulnier de Mondevy (Albi, 1926, page 4).

(14) V. infrà l'article Jarrige de la Morélie des Biards.

(15) Bittard des Portes. Les Emigrés à cocarde noire, page 582 et suivantes.

(16) E. de la Gournerie. Les Débris de Quiberon, pages 59 et suivantes et 136.

(17) Louis Guibert. Les Emigrés limousins à Quiberon, page 28.

(18) A. Nettement. Quiberon, pages 324 et 327.

(19) De la Roque et de Barthélémy. Catalogue des gentilshommes de la Marche et du Limousin (Etats Généraux de 1789), page 23.

(20) La Liste Générale des Emigrés de toute la République contient les noms de deux Masnadaud, de la Dordogne. (Arch. Dép. H.-V. — Q. 283 bis.)

(21) Arch. Dép. de la Haute-Vienne. L. 007.

(22) Arch. Dép. de la Haute-Vienne. L. 71, n° 882.

(23) Arch. Dép. de la Haute-Vienne. L. 79, folio 37 vO.

(24) Arch. Dép. de la Haute-Vienne. Q. 170.

(25) Il avait remplacé dans cet emploi auprès du prince, Martial-François de Coustin, comte du Masnadaud, son oncle, père du fusillé de Quiberon.

(26) De la Roque et de Barthélémy, ouvrage cité, page 18.

(27) Sazeirat, commune d'Arrenes (Creuse).

(28) D'après le Nob. du Lim. de Nadaud (I, page 739), il serait mort dans le Luxembourg, pendant son émigration à l'armée des Princes.

(29) Nadaud, Nobiliaire du Limousin, tome I, page 451.

Source : Les Emigrés limousins et marchois avec le général comte de Sombreuil à Quiberon, de Joseph Boulaud.

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