10 mai 2020

Certificats pour Pierre Méhée d'Ardenne

Certificats de service dans les gendarmes, pour Pierre Méhée d'Ardenne. — 1711-1737.

Nous, Hercules Mereadec, prince de Rohan et de Maubuisson, marquis d'Annonay et de Sainte-Marie du Mont, comte de La Voulte, Tournon, Albon et Saint-Géran, baron de Préaux, Vigny, Longuesse et autres terres, capitaine-lieutenant de la compagnie des gendarmes de la garde du Roy, lieutenant général de ses armées, gouverneur et lieutenant général pour Sa Majesté, des provinces de Champagne et de Brie,

Certifions à tous qu'il apartiendra, que le sieur Dardenne est l'un des gendarmes de la deuxième compagnie, lequel se mettra incessamment en esquipage pour joindre la cornette d'icelle.

En foy de quoy luy avons fait expédier le présent certificat signé de notre main, scellé du cachet de nos armes, et contresigné par notre secrétaire.

Donné à l'armée de Flandres, le premier juillet mil sept cens onze.

Hercules de Rohan.
Par Son Altesse,
Joncheray.

(Cachet)

Hercules de Rohan, prince de Soubize, duc de Rohan-Rohan, pair de France, gouverneur de Champagne et Brie, commandant la compagnie dés gendarmes de la garde du Roy,

Certifions à tous qu'il appartiendra, que le sieur Méhée Dardenne sert dans la compaynie des gendarmes de la garde du roy depuis vingt sept années.

En foy de quoy nous lui avons fait expédier le présent certificat signé de notre main, scellé du cachet de nos armes, et contresigné par notre secrétaire.

Donné à Versailles, le 29 may mil sept cens trente-sept.

Hercules de Rohan.
Par Monseigneur,
Dauvillié.

(Cachet)

Provisions de chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis.

Louis, par la grâce de Dieu, etc.

Comme Nous avons une satisfaction particulière des bons et fidels services que le sieur de Méhée d'Ardenne, l'un des deux cents hommes d'armes de Nos Ordonnances, servant à la garde ordinaire de Notre personne, a rendus au feu Roy Notre très honoré seigneur et bisayeul, de glorieuse mémoire, dans les divers employs de guerre qui luy ont esté confiez, et de ceux qu'il continue de Nous rendre ; que Nous sommes dailleurs informez de ses bonnes vies et mœurs, religion catholique, apostolique et romaine, ainsy qu'il parroit par les certificats cy attachez, sous le contre-scel de ces présentes, qui justifient aussy de sesdits services; A ces causes et autres à ce Nous mouvans, Nous avons ledit sieur de Méhée d'Ardenne fait, constitué, ordonné et estably, faisons, constituons, ordonnons et establissons par ces présentes signées de Notre main, chevalier dudit Ordre militaire de St-Louis.

Donné à Versailles, le vingt-septiesme jour de juin, l'an de grâce mil sept cens trente-six, et de Notre règne le vingtuniesme.

Louis.

(Grand sceau de l'Ordre).

Certificat de chevalier de Saint-Louis.

Nous, Jooseph de Marnays de Saint-André, maréchal des camp ès armées du roy, commandeur de l'ordre militaire de Saint-Louis, gouverneur de Die et de l'hôtel royal des Invalides,

Certifions avoir connoissance que feu M. de Ganges, mon prédécesseur, en exécution des ordres du roy, à luy adressés le six juin de l'année dernière, a conféré le huit dudit mois la croix de l'ordre militaire de Saint-Louis, au sieur Methée (pour Méhée, faute du secrétaire) Dardennes, gensdarme de la garde ordinaire de Sa Majesté; en foy de quoy nous avons délivré le présent, signé de notre main et cacheté de nos armes, pour servir et valoir en tout ce que de raison.

Fait à Paris, dans l'hôtel royal des Invalides, le neuf aoust mil sept cent trente-huit.

Saint-André.

(Cachet)

Certificat de catholicisme.

Nous, aumônier des gendarmes de la garde ordinaire de Sa Majesté, certiffions à tous qu'il apartiendra, que messire Pierre Mehée, écuyer, seigneur d'Ardenne, gendarme de la dite compagnie, professe la religion catholique, apostolique et romaine. En foy de quoi nous lui avons délivré le présent, pour lui valoir et servir ce que de raison. A Paris, le premier aoust 1736.

C. Le Bigot.

Nous, vicaire général de Mgr l'archevêque de Paris, certifions que le sieur Le Bigot, qui a signé l'acte cy-dessus, est tel qu'il se qualifie, que foy doit être ajoutée à son seing où besoin sera. Donné à Paris, ce vingt-six d'aoust mil sept cens trente-huit.

L. de Romigny, vicaire général.

Par mandement,
Martin.

(Timbre de l'archevêché)

Source : Le château d'Ardenne et la seigneurie de Moulidars en Angoumois, de Gabriel Tricoire.

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Le combat du faubourg Saint-Antoine

Face à l'inconstance des Gardes du corps, le pouvoir royal peut néanmoins compter sur le soutien infaillible de la compagnie des Chevau-légers de la garde. Cette dernière est de surcroît intimement liée aux deux plus grandes figures militaires de la Fronde : Turenne et le Grand Condé. »

En 1649, la compagnie, sous le commandement de Condé pendant la guerre, est rappelée à Paris auprès du roi. Condé s'est à son tour retourné contre Mazarin, bientôt rejoint par Turenne. Ce dernier prend lui aussi parti contre la régente et son cardinal ministre. Après la « Fronde parlementaire », la « Fronde des Princes » et une nouvelle coalition des Parlementaires contraignent Mazarin et la cour à s'exiler. Les tentatives d'apaisement du ministre qui fait libérer les princes arrêtés lui permettent uniquement de rallier Turenne à sa cause. Le 7 septembre 1651, la majorité de Louis XIV est proclamée et le 12 décembre suivant, le roi rappelle Mazarin à la cour. Dans le même temps, Turenne prend le commandement de l'armée royale. Le 27 mars, la duchesse de Montpensier fait fermer les portes de Paris aux troupes royales qui doivent contourner la capitale. Les troupes de Condé en profitent pour harceler l'armée royale de Turenne. Les deux chefs se livrent alors à plusieurs escarmouches. Turenne fait assiéger Paris, tandis que Condé tente de libérer la ville. Le 2 juillet, les Chevau-légers et les Gendarmes de la garde, sous les ordres de Jacques de Stuer de Caussade, marquis de Saint-Mégrin, capitaine-lieutenant des Chevau-légers, se rendent maîtres de Saint-Denis et partent vers Paris. Ils doivent se mettre sous les ordres de Turenne, qui veut forcer, grâce aux Gardes françaises, l'entrée de la capitale par le faubourg Saint-Antoine. Saint Mégrin et ses cavaliers, en soutien du régiment des Gardes, doivent se joindre à la colonne.

La tension atteint son paroxysme lorsque la Grande Mademoiselle fait tirer sur les troupes royales depuis la Bastille. Prise au piège dans les faubourgs, la colonne de la Maison du roi et des Chevau-légers subit de lourdes pertes. Paul Mancini, l'aîné des neveux du cardinal de Mazarin, lieutenant de la compagnie, est blessé de deux coups de mousquets à la jambe dont il succombe quelques semaines plus tard. Saint-Mégrin est, quant à lui, tué en plein combat.

Ce sacrifice vaut à Jacques de Stuer de Caussade et aux Chevau-légers de la garde de grands honneurs :

« Monsieur de Saint-Mégrin a été enterré dans la grande église de Saint-Denis, tout contre le seuil de la porte qu'il avait brûlé un mois auparavant, en y attaquant les gens de M. le Prince. Les moines n'ont pas manqué de faire cette observation, et ont consenti, bien à peine, qu'il fut enterré en une église destinée pour la sépulture des rois. »

Pour les contemporains, la Fronde fut souvent associée au duel. Hervé Drévillon note que cette association est alors encouragée par la réactivation d'une culture héroïque qui valorise les coups d'éclat et le modèle de l'action. La période de la Fronde est d'ailleurs marquée par une recrudescence des duels, souvent attribués à la faiblesse du pouvoir royal et à l'instabilité politique. Mais elle exprime aussi la popularité d'un culte du héros qui associe exploit guerrier et combat singulier. Condé en fut le brillant exemple à Rocroi. Durant la Fronde, Condé incarne cette idée de retour à une utopie chevaleresque. L'expression des révoltes nobiliaires de la Fronde obéit à cette logique. Arlette Jouanna a souligné que le Grand Condé ne s'était pas rebellé contre le pouvoir de Mazarin, mais parce que celui-ci avait « blessé son honneur » en le privant brutalement des faveurs royales, voyant en lui un nouveau Concini. Inversement, la royauté, qui tend vers un renforcement de l'absolutisme avec Richelieu puis Mazarin, ne peut accepter cette valorisation du duel à travers la rébellion de Condé, puisqu'elle apparaît comme une appropriation privée du droit de justice réservée à Dieu et donc au souverain. La mort de Saint-Mégrin, capitaine-lieutenant des Chevau-légers du roi, fut érigée en sacrifice, car elle faisait de lui un défenseur de l'autorité du roi et correspondait en même temps à la figure du héros, capable de susciter l'admiration.

Devenu un symbole de sacrifice et de fidélité au pouvoir royal, la succession à la tête des Chevau-légers devient un véritable enjeu. Turenne lui-même est un temps pressenti pour en devenir le nouveau capitaine lieutenant, mais selon Abraham Van Wicquefort, c'est surtout pour « se payer de deux cents tant de mille livres qui lui sont dus par le roi ». Mancini doit récupérer la charge, mais lorsqu'il meurt de ses blessures, elle est finalement donnée au père de Saint-Mégrin, le comte de La Vauguyon, en dédommagement du sacrifice de son fils. La Vauguyon la vend à son tour au comte de Navailles, non sans que ce dernier ait été agréé par le roi, qui a bien conscience de l'enjeu que représente cette charge pour sa sécurité :

« Le sieur comte de la Vauguyon s'étant démis en nos mains de la charge de notre lieutenant en notre compagnie de deux cents chevaux légers ordinaires de notre garde, et désirant la remplacer d'une personne qui puisse nous y servir dignement, nous avons estimé que nous ne pouvions pour cet effet faire un meilleur ni plus digne choix, que vous pour les preuves signalées que vous avez rendu de notre grande valeur, expérience en la guerre, prudence, conduite, fidélité et affection inusables à notre service et des autres bonnes qualités qui sont en vous, tant dans les dites charges qu'en plusieurs emplois considérables que nous vous avons confié au commandement de nos troupes et dans nos armées, dedans et dehors notre royaume, et dont vous vous êtes acquitté à notre entière satisfaction, et voulant vous en donner des marques, et faire connaître de plus en plus l'entière confiance que nous prenons en vous, nous vous avons fait, constitué et établi, faisons, constituons et établissons par ces présentes signées de notre main, lieutenant en nôtre compagnie de deux cents chevaux légers ordinaires de notre garde. »

La lassitude, la peur des violences et surtout l'absence de motivations communes à la noblesse et aux parlementaires engendrent finalement le ralliement de la population à la monarchie et à Louis XIV, qui entre triomphalement dans Paris le 21 octobre 1652. La Fronde entraîne ainsi un renforcement de l'absolutisme qu'elle a initialement combattu. Mazarin, qui a cristallisé l'hostilité des Parisiens, doit cependant attendre le 3 février suivant pour faire son retour dans la capitale.

Source : Défendre le roi, de Rémi Masson.

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02 mai 2020

Marie de Stuer de Caussade

Il y a quelques mois que je vous appris la mort de Madame la Comtesse de la Vauguion, Princesse de Carancy, Marquise de Saint-Megrin, & Heritiere de ces trois Maisons. Son corps fut mis d'abord en dépost sous un Dais au milieu de la Chapelle du Chasteau de Saint-Megrin en Xaintonge, sur une estrade de trois marches, couverte de noir, & entourée de plusieurs flambeaux d'argent. La Chapelle estoit tenduë de drap noir depuis le haut jusqu'au bas, & le Corps, auprès duquel deux Recollets prioient jour & nuit, y estant reste jusqu'au 23. de May, ce jour-là, aprés un Service solemnel qu'on celebra dans cette Chapelle, il en fut tiré pour estre conduit dans celle du Chasteau de la Vauguion en Poitou, dans la maniere qui suit. Un Carosse drapé à six chevaux enharnachez de noir, dans lequel estoient Mr le Prieur de Buxerolles, & Mr le Curé de Saint-Megrin, marchoit le premier. On voyoit ensuite plusieurs hommes à cheval, vestus de noir avec de grands crespes à leurs chapeaux, tous Domestiques de cette Comtesse, & de Mr le Comte de la Vauguion son Fils, & portant chacun un gros flambeau de cire blanche allumé. Immediatement aprés eux marchoit le Corps de Madame de la Vauguion, dans un chariot à six chevaux, drapé de noir, sur lequel estoit une representation couverte de Velours noir, croisé de moire d'argent, bordé d'hermine, & ayant aux quatre coins les Armes de cette Comtesse, qui sont d'Escars la Vauguion, écartelées de Bourbon Carency, & sur le tout de Stuer, partie de Quelen de Broutay, qui sont les Armes de son premier Mary, couronné d'une Couronne Comtale, surmontée de Fleurs de Lis ; comme estant issue & Heritiere du Prince de Bourbon Carency, & aprés le Chariot estoient deux Gentilshommes de lamésme Dame, suivis d'un autre Gentilhomme de Mr le Comte de la Vauguion, qui avoit la charge du Convoy. Il passa le mesme jour à Angoulesme, & il y fut receu avec la plus grande affluence de peuple qu'on y ait jamais vu, par tous les Curez, & au son de toutes les Cloches de la Ville. Le lendemains deux lieuës du Chasteau de la Vauguion, il se trouva plus de deux cens Chevaux de la Terre de la Vauguion, pour faire honneur au Corps de cette Dame, & le tout marchant en tres bon ordre arriva à ce Chasteau sur le soir. Un grand nombre de Curez, conviez pour l'enterrement, allerent à cinq cens pas au devant du Corps, suivis du Capitaine du Chasteau de la Vauguion à la teste des Gardes Chasse de ce Comté, des Senechaux de la Vauguion, du Broutay, de Saint-Megrin & de Varaignes, & du Maistre d'Hostel de Mr de la Vauguion, portant une Couronne sur un carreau de velours noir, couverte d'un grand crespe. Le tout rentra dans le Chasteau de la Vauguion en l'ordre suivant. Le Clergé le premier, le Capitaine du Chasteau suivi de ses Gardes ensuite, & aprés luy les Domestiques qui estoient descendus de cheval, & qui portoient toujours leurs flambeaux de cire blanche. Ils précedoient le Maistre d'Hostel de Mr de la Vauguion, portant la Couronne, & suivi du Corps couvert du Poële, dont les quatre coins estoient portez par les quatre Senechaux cy-dessus, aprés lequel marchoient les trois Gentilshommes dont on a parlé. En rentrant dans la Basse-court du Chasteau, il se fit une décharge de trois pieces de Canon. La porte du Donjon de ce Chasteau estoit tenduë de noir, ayant un grand Ecusson de toutes les Alliances de feue Madame de la Vauguion. La court du Donjon estoit tenduë d'un lez d'etoffe noire, & la Chapelle de ce Chasteau ; qui est fort grande & fort magnifique, estoit toute tenduë de noir depuis le haut jusques au bas, avec un grand nombre de Cierges. Au milieu il y avoit une estrade de trois marches, couverte de noir, & au dessus un Dais de velours noir à frange d'argent sous lequel fut mis le Corps, & dans ce moment il y eut une seconde décharge de Canon du mesme Chasteau, qui en fit une troisième quand le Corps fut enterré. Le tout se fit par les soins de Mr le Marquis de Saint-Megrin, Fils unique de Madame de la Vauguion, & de feu Mr le Comte du Broutey, son premier Mary, lequel dés la mort de Mr de la Vauguion, a pris le nom de Comte de la Vauguion, comme en estant heritier & possesseur (Le Mercure galant - Juillet 1694).

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Saint-Mégrin, mignon du roi

Après Entraguet, Saint-Sulpice, Caylus, Saint-Luc et d’O, l'affection royale se porte sur Paul de Stuer de Caussade, sieur de Saint-Mégrin. Sa maison, qui remonte au XIVe siècle, est possessionnée près du littoral atlantique, dans la vicomté de Rohan, et en Saintonge, province où se situe la terre de Saint-Mégrin. La guerre de Cent Ans a permis aux Stuer d'entrer au service de la Couronne. Jean de Stuer est ainsi Chambellan du roi et sénéchal de Limousin en 1461, puis d'Agenais, de Quercy et de Rouergue en 1476, bailli de Mâcon, et enfin gouverneur de Perpignan et lieutenant en Roussillon. Si ces charges ne sanctionnent pas une position d'autorité locale, elles témoignent de la fidélité de ce soldat en l'instrumentalisant au service de la Couronne. Son frère cadet, Guillaume, reçoit en revanche une fonction dans sa province d'origine, puisqu'il est nommé sénéchal de Saintonge. Il épouse en 1483 Catherine de Caussade, qui lui apporte la terre du même nom et la vicomté de Calvignac, par lesquelles le lignage est recentré vers le Quercy. Leur fils, Pons, épouse en octobre 1516 la représentante de deux lignages de premier plan d'Auvergne et de Périgord, Isabeau de Montbrun, la fille de Jean de Montbrun et de Jacquette de Bourdeille.

La concentration des possessions des Stuer est définitivement réalisée par François, le fils de Pons : il est vicomte de Calvignac, baron de Tonneins au nord d'Agen, Grateloup, Villeton, Montbrun en Auvergne, Puycornet et Saint-Mégrin en Saintonge. Il se trouve donc à la tête d'une fortune foncière considérable. Après être entré au service du roi de Navarre comme Chambellan, il est reçu chevalier de l'Ordre par le futur Henri III en mars 1568, et meurt peu après avoir testé le 13 janvier 1567.

Son second fils, Paul, sieur de Saint-Mégrin et vicomte de Calvignac, né en 1554, est l'héritier de cette fortune. Entré à la cour peu après l'avènement de Henri III, il est vite réputé pour sa richesse. Il devient rapidement Gentilhomme ordinaire de la chambre du roi (1578), puis capitaine de gendarmes et maître de camp de la cavalerie légère. Son ascension s'explique par la double protection du duc de Guise, qui l'aurait présenté au roi, et de son beau-père, Jean d'Escars de La Vauguyon, un personnage de premier plan du sud-ouest qui lui sert de père adoptif et de mentor.

Saint-Luc, d’O et Saint-Mégrin sont les premiers parmi les mignons du roi à recevoir simultanément des charges de cour, des responsabilités officielles de gouvernement et un commandement militaire de première importante. L'association de ces éléments annonce dès 1578 la forme nouvelle de l'utilisation des favoris qui est confirmée à partir de l'année sui vante quand Anne de Joyeuse et Jean-Louis de La Valette reçoivent à leur tour des charges de cour et des commandements militaires. Mais les parcours de Saint-Sulpice ou de Saint-Mégrin nous offrent également des exemples de la stratégie d'isolement des adversaires du roi – notamment des Guise et de Monsieur – par la conquête de leurs clients.

Source : Mignons et courtisans au temps des derniers Valois, de Nicolas Le Roux.

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29 avril 2020

Testament de la marquise de Sauvebeuf

1731, 2 Octobre. — Testament de dame Anne-Thérèse de Chouly de Permangle, marquise de Sauvebeuf. (Archives du comte de Ferrières-Sauvebeuf.)

L’an mil sept cent trente-un et le second jour du mois d’octobre environ midi, au château de Brie, paroisse de Champagnac en Poitou, par devant les notaires soussignés, jurés et reçuts sous le scel du dit Champagnac et Brie, establi par madame la marquise du présent sceil, fut présente haute et puissante dame, dame Anne-Thérèse de Chouly de Permangle, dame marquise de Sauveboeuf, veuve de feu messire Joseph de Ferrières, chevalier, seigneur marquis de Sauveboeuf, habitante en son dit château de Brie, laquelle avons trouvée gisante dans son lit, malade, toutefois saine d’esprit, mémoire et entendement, ainsin qu’il nous a paru ; considérant qu’il n’y a rien au monde de plus certain que la mort, ni rien de plus incertain que le jour et l’heure d’icelle ; elle nous a dit, à nous dits notaires soussignés, nous avoir mandé exprès pour rédiger et mettre par escript son présent testament, par forme de codicille, lequel elle nous a dit et nommé sans suggestion, ni indition de personne, à la forme qui s’en suit : premièrement, la dite dame a recommandé son âme à Dieu le Père Tout-Puissant, le priant par les mérites de Jésus-Christ, son fils, de vouloir lui pardonner ses fautes et péchés, et que, lorsque son âme sera séparée de son corps, il lui plaise la recevoir en son saint-paradis. Item, la dite dame testatrice nous a dit qu’elle aurait fait son testament en la ville de Limoges, et passé par devant Masbaret, notaire royal, de la date duquel elle n’en est point mémorative ; lequel testament elle veut et entend qu’il sorte son plein et entier effet, à la réserve des legs faits en faveur de la nommée Valérie, autrefois sa fille de chambre, et de défunt le nommé Pavot, mort au service de la dite dame, estant son domestique ; lesquels legs la dite dame annulle et annulles, révocque et révocque, voulant qu’il soit de nul effet ; en outre la dite dame, pour la décharge de sa conscience, nous a déclaré avoir oublié dans son testament de faire mention qu’elle était redevable à mademoiselle Germine Pépin, demeurant à Paris, de la somme de dix mille livres employée pour payer à monsieur le président Fortia, de pareille somme qui lui était due sur la succession de feue madame de Permangles, pour la part et portion d’une rente constituée, due par monsieur et la dite dame de Permangle, de la somme de vingt mille livres tournois, laquelle dite dame de Sauvebœuf veut et entend que la dite damoiselle Germine soit payée par préférence à tous autres créanciers, de la dite somme de dix mille livres, ayant été employées à payer la première créance due par madame de Permangles, tante de la dite dame de Sauvebœuf ; de plus, a la dite dame de Sauvebœuf, pour la décharge de sa conscience, a déclaré avoir reçu les papiers qui concernent les affaires qu’elle avoit avec monsieur Cartier, dont elle les décharge ; de plus, par la présente déclaration, elle dit, veut et entend que, sur le blé qui se trouvera dans ses greniers après son décès, il en soit pris la somme de deux cent livres pour la nommée Lizette, actuellement sa fille de chambre, celle de cent livres pour le nommé la Fleur, autre cent livres pour le nommé Ribette, autres cent livres pour le nommé Jannot, muletier de la dite dame, autres cent livres pour la nommée Marsalle, blanchisseuse, autre cent livres pour le nommé Raye, autres cent livres pour le nommé Léonard Mathieu, autres cent livres pour le nommé Tempity, lesquels sont tous domestiques et servantes de la dite dame ; donne et délaisse entièrement au dit Tempity un jardin situé auprès de la maison du dit Tempity, et deux terres contenant cinq boisselées, ou en une appelée du Villard, et l’autre de las Chaumas, lequel dit jardin et terres appartenant autrefois au père du dit Tempity ; de plus la dite dame donne au curé de la dite paroisse de Champagnac, les sommes à elle dues par Pierre Laurent et Laurence du Monteil, sa femme, du bourg de Champagnac, et Jean Ruffier Faure du lieu de Chez Puimourand, en la dite paroisse de Champagnac ; en outre la dite dame donne à perpétuité au dit curé de Champagnac, la somme à elle due par Léonard et Michel Cuisinier, frères du village des Mondoux, en la susdite paroisse, aux conditions que lesdits curés, quand il seront payés des susdites sommes, seront tenus et obligés de faire à perpétuité un service tous les mois de l’année pour le repos de l’âme de la dite dame et de ses parents. Les dits curés ne pourront aliéner les dites sommes, au fond hypothéqué par elle, sans avoir auparavent trouvé un fond convenable et capable de répondre desdits legs, ou fondation dans lequel dict la dicte dame ne prétend y comprendre le fec et rente ; en outre la dite dame, pour la décharge de sa conscience, déclare avoir reçu des nommés Flactines, du village de la Bénéchie, paroisse de Cusaq, plusieurs sommes en déduction de ce qui lui estoit du, sans en avoir donné de quittance et, au cas que plus grandes sommes luy soit deue, elle les en tient quitte, sans pourtant y vouloir comprendre les rentes foncières dues ou à devoir, qu’elle reserve expressément à ses héritiers ; en outre la dite dame fait remise de ceux qui lui doivent dans la dite terre, pour autre fait que celui des rentes, de tous les intérêts à elle dus, réservant expressément les capitaux pour ses héritiers. De plus elle veut et entend employer la somme de deux mille livres d’argent monnayé qu’elle a, pour faire dire des messes pour le repos de son âme, et les distribuer dans les couvents de religieux, selon les intentions qu’elle a déclaré à monsieur l’abbé de Lamotte, qui lui a demandé par exprès qu’il voulait en retirer quittance pour la remettre aux héritiers de la dite dame marquise, qu’il veut que son dit héritier les délivre d’abord après le décès de la dite dame marquise, comme étant chose qui engagerait sa conscience. De plus, la dite dame déclare qu’elle tient quitte et décharge Antoine Authier, son receveur, de toute la recette et régie des revenus de sa terre de Brie, qu’il a fait depuis plusieurs années, attendu qu’elle a été par lui satisfaite et qu’il lui a rendu compte, veut et entend qu’il en demeure vallablement déchargé, sans que ses héritiers puissent en aucune façon l’inquiéter, ni le rechercher sous aucun prétexte, comme étant sa volonté dernière. De plus, la dite dame déclare que tous les meubles qui sont dans les deux chambres que le dit Hautier habite, lui appartiennent, et qu’elle n’a rien à y prétendre, excepté à deux chesnez et à un vieux armoire. Lecture faite à la dite dame marquise de Saulvebeuf du présent codicille, a dit estre sa dernière volonté, y a persisté et veut qu’il soit exécuté et a déclaré ne pouvoir signer à cause de sa grande faiblesse et incommodité, de ce par nous interpellé. De plus la dite dame a déclaré devoir au nommé Saint-Martin la somme de quatre-vingt-dix livres pour reste de gages, sans préjudice aux legs par elle faites par son dit testament, et attendu que la dite dame se trouve en état de signer. Signé : Anne-Thérèze de Permangle, marquise de Sauvebeuf et J. Dupuitren et L. Fourgeaud, notaires.

Source : Histoire généalogique de la maison de Ferrières-Sauvebeuf, de Paul de Chabot.

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Lettre de l'intendant de Limoges

M. Boucher d'Orsay, intendant à Limoges, au Contrôleur Général.
6 Juillet [1714].

« Les receveurs des tailles de Limoges se plaignent depuis longtemps, avec justice, de M. de Permangle, gentilhomme de cette généralité, qui ne veut point payer ses impositions. Quelques mesures d'honnêteté que j'aie prises avec lui, je n'ai pu l'engager, jusqu'à présent, à payer. Je lui fis faire, l'année dernière, des billets de ce qu'il devoit aux receveurs des tailles, qu'il me promit, parole d'honneur, de payer à l'échéance. Comme il n'a pas été plus exact à y satisfaire qu'il l'avoit été aux précédents engagements qu'il avoit contractés avec les receveurs des tailles, et qu'il a fait refus de les payer, comme vous le verrez par le procès-verbal de l'exempt et des archers que j'avois envoyés pour l'y contraindre, dont je joins ici l'original avec les copies de ces billets et les requêtes et mémoire des receveurs des tailles, je crois, si vous jugez qu'il soit nécessaire d'user de sévérité contre quelque gentilhomme pour obliger les autres à payer plus régulièrement, que cet exemple ne peut tomber sur personne qui se le soit plus attiré que M. de Permangle, puisque ce n'est point par impuissance, mais uniquement par mauvaise volonté qu'il ne paye point. Je vous observerai néanmoins que M. de Permangle a un frère de même nom qui a bien servi le Roi, qui est maréchal de camp, et qui a épousé la fille de M. Desgranges, et Mme sa sœur est veuve de M. le marquis de Sauvebœuf, dont le fils est colonel du régiment de Blaisois et brigadier des armées du Roi. »

Source : Correspondance des contrôleurs généraux des finances avec les intendants des provinces.

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28 avril 2020

Les prêtres du diocèse de Limoges en 1763

Saint-Laurent de Gorre.
M. Jean-Joseph Leynia, prêtre en 1730, curé en 1744, curé très zèlé, très régulier, mais fort avare, inquiet, processif et intéressé, mal propre dans sa maison, fort négligeant pour son église, en procès avec son seigneur.
Vicaire : M. J.-B. Lacroix, prêtre en 1752, vicaire en 1759, mince pour la capacité, fils d'un médecin de Rochechouard; l a deux autres frères vicaires, l'un à Chassenon, l'autre à Saint-Jean-de-Vayre : ils passent tous pour étre inquiets dans cette famille. Mme de Saint-Auvent s'intéresse pour eux.
Communians : 1.660.
Sénéchaussée : Limoges.
Patron : Monseigneur.
Seigneur : M. de Saint-Laurent.
Décimateurs : M. de Saint-Laurent est le principal.
Gentilshommes : M. de Saint-Laurent, M. du Soulier, M. de Ribeyreix, de la Feuillade.

Champaignac.
M. Pierre Besson, prêtre du diocèse de Clermont, prêtre en 1738, curé en 1745, bon curé; il demande à se rapprocher du côté de Bord sa patrie.
Vicaire : M. Gabriel Mandon de Forges, prêtre en 1754, vicaire en 1756, bon prêtre, talens fort médiocres.
Communians : 900.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Mme l'abbesse de la Règle.
Décimateurs : Mme l'abbesse.
Seigneur : Mmo de Vassay.
Gentilshommes : Point.

Gorre.
M. François Vignaud, prêtre en 1742, curé en 1760. Il a été curé dans le diocèse de Poitiers; bon sujet; je crois qu'il s'ennuie à Gorre quoiqu'il doive cette cure à la recommandation de la maison de Beaupoil.
Vicaire : Point.
Communians : 560.
Sénéchaussée : Limoges.
Patron : Le chapitre de Saint-Junien.
Décimateurs : M. de Saint-Martial.
Seigneur : La maison des Cars.
Gentilshommes : M. Beaupoil de Saint-Aulaire, M. de Brie de Soumaignac.

Oradour-sur-Vayres.
M. Pierre Soury, prêtre en 1744, curé en 1762; il a été cidevant curé de Champniers; très bon sujet, aimé et estimé dans son ancienne paroisse, fort désiré et demandé par la paroisse d Oradour où il n'a pas moins réussi; un maintien décent, de I'esprit et de l'éducation, du zéle et de la régularité pour ses onctions. Il est visiteur.
Vicaire : M. Laurent Brissaud, prêtre en 1761, vicaire en 1761, bon prêtre et bon caractère, talens médiocres.
Vicaire : M Jean Soury, prêtre en 1761, vicaire en 1762, frère du curé; bon prêtre, peu de talens et de capacité .
Communians : 2,000.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Monseigneur.
Seigneur : M. Dumanadaud.
Décimateurs : M. Parchiprêtre.
Gentilshommes : M. de Berny.

Cussac.
M. Jean Goursaud, prêtre en 1741, curé en 1751; il a eu une servante mal famée : bel homme, d'une belle figure; il a été autrefois garde du corps; talens médiocres.
Vicaire : M. Charles Nenert, prêtre en 1750, vicaire en 1762, bon prêtre, talens médiocres, caractère un peu simple; il a fait ses études au collège de Montaigu à Paris.
Communians : 1,000.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Monseigneur.
Seigneur : M. de Bermondet de Cromière.
Déeimateurs : M. le curé, M. de Bermondet, les dames de Boubon et Madame de Vassan.
Gentilshommes : M. de Bermondet de Cromière, M. Guilhot du Doucet.

Saint-Mathieu.
M. Martial Drouchaud, prêtre en 1755, curé en 1760, très bon sujet, fort régulier, bon théologien qui a fait de fort bonnes études; bon caractère, mais un peu inconstant.
Vicaire : Pierre Veyreton, prêtre en 1761, vicaire idem,
talens médiocres, bon prêtre, d'un caractère fort doux.
Communians : 1,300.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Monseigneur.
Seigneur : M. Guinguant de Saint-Matthieu.
Déeimateurs : M. le curé pour les 3/4, M. de Saint-Matthieu
pour 1/2 quart et M. de Mirabeau pour l'autre demi-quart.
Gentilshommes : Il n'y en a point actuellement.

Saint-Basile.
M. Pierre Jude, prêtre en 1715, curé en 1749, gros, vilain homme maussade, méprisé dans son canton de ses confreres et encore plus de ses habitans; moeurs suspectes; il a eu chez lui une servante qui est devenue grosse et qu'il a reprise après ses couches, sans qu'on ait pu le déterminer à la renvoyer; je ne scais si c'est la méme qu'il a encore, mais celle qu'il a n'est pas d'un âge compétent et je lui ai signiffié que s'il ne l'a pas renvoiée à la Saint-Jean, je ferai porter plainte par le promoteur contre lui. Il a eu des querelles très vives et des haines scandaleuses contre M. le curé de Saint-Jean de Vayres; enfin nuls talens.
Vicaire : Point.
Communians : 260.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Monseigneur.
Décimateurs : M. le curé et Madame de la Reille.
Seigneurs : M. Dumanadaud et M. de Bermondet.
Gentilshommes : Point.

Cheironnac.
M. Jean Longeau de Charbonnière, prêtre en 1743, curé en 1748, l'air un peu fou et égaré, d'une vivacité qui va jusqu'à la turbulance; esprit inquiet et brouillon qui s'est fait des querelles avec tout le monde, décrié et décréditè dans son canton; moeurs au moins équivoques et suspectes. Implacable dans sa vengeance et conservant une rancune irrémissible, il a eu un procès criminel avec M. Dupin de Chenonceau dans lequel on lui a fait les reproches les plus graves sur toutes sortes de matières. Il a été décrété de prise de corps et conduit dans les prisons de Guéret, où il a été conduit sur la revendication de l'official, par lequel il fut condamné à six mois de séminaire qu'il a fait aux Jacobins de Saint-Junien. Il a été renvoyé au surplus par le juge laïque de l'accusation du cas privilégié.
Vicaire : Point.
Communians : 650.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron: M. le prieur des Salles.
Décimateurs : Le curé, M. de Mirabeau et le chapitre de Saint-Junien.
Seigneur : M. de Mirabeau.
Gentilshommes : Point.

Les Salles.
M. Jean Dupré, prêtre en 1713, curé en 1743; il a été Carme déchaussé; il a passé un temps assés considérable à Pontichery, d'où il a rapporté de l'argent dont il s'est servi pour se faire transférer aux Salles, dont il est devenu curé. Ladite cure est très médiocre, mais il y a suppléé par les fonds qu'il y a placés en rentes constituées ou à fonds perdus. Il a de l'esprit et paroit assès considéré des curés voisins; au surplus, il lui reste toujours un petit vernis de moine dont il n'a pu se défaire.
Vicaire : Point.
Communians : 350.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : M. le prieur des Salles.
Décimateur : la.
Seigneur : Id.
Gentilshommes : M. Roux des Combes et M. des Roches de la Broussardie.

Maisonaix.
M. Jean de Lavaud, prêtre en 1745, curé en 1752, bon prêtre, bon curé, capable, mais d'un caractère un peu vif et singulier.
Vicaire : M. Louis Simon, absent, infirme, bon prêtre, talens médiocres.
Communians : 750.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Monseigneur.
Décimateurs : M. Delavogion, M. Dechateaurocher, M. le curé et le prieur clostral des Salles.
Seigneur: M. le comte de la Vogion.
Gentilshommes : M. Dulaux de Chateaurocher, M. Moussier de Saint-Etienne.

Maraval.
M. Michel Chaumette, prêtre en 1739, curé en 1747, bon prêtre, fort simple, aucun usage du monde, talens médiocres; sa vue paroit fort affectée; fort économe pour se procurer les moyens de faire des acquisitions; il en a déjà faites de considérables; il parle (mais d'une façon fort générale) de se démettre de sa cure; mais je pense que l'intérét l'y retiendra.
Vicaire : M. Joseph Teillet, prêtre en 1762, vicaire idem, bon prêtre, talens médiocres.
Communians : 700.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Monseigneur.
Seigneur : M. de Lambertie de Lachapelle.
Gentilshommes : M. de Lambertie, M. Deglerre, M. Demont-Fraboeuf, Mad. Delacroix de Fayolle, pauvre veuve qui auroit besoin d'étre aidée pour l'éducation de son fils; elle est soeur de M. le chevalier de Chateauneuf l'aveugle; le fils a 13 ans et très peu avancé.

La-Chapelle-Montbrandeix.
M. Jean Goursaud-Delimon, prêtre en 1741, curé en 1754, frère du curé de Cussac et du missionnaire , bon curé, d'un maintien décent. Je crois qu'il remplit bien ses fonctions.
Vicaire : Point.
Communians : 300.
Sénéchaussée : Limoges.
Patron : Monseigneur.
Décimateur : M. le Curé.
Seigneur : M. de Bourbon-Bussé.
Gentilshommes : Point.

Millaguet.
M. Etienne Ribière. prêtre en 1746, curé en 1754, bon prêtre, bon curé, talens et figure médiocres. La cure dépend du grand prieur d'Auvergne, mais elle est si petite qu'il a abandonné les dixmes au curé, qui n'a pas méme sa portion congrue, ce qui prouve que le pays est peu cultivé en fruits décimables.
Communians : 230.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : M. le grand prieur.
Décimateur : M. le curé.
Seigneur : M. le grand prieur.
Gentilshommes : Point.

Montbrun.
M. Pierre de Bruxelles, prêtre en 1751, curé en 1755, chicanneur de profession, l'esprit inquiet, escroc, empruntant de tout le monde et ne payant personne. Son avidité et son humeur inquiéte lui ont fait impétrer en cour de Rome la cure de Montbrun qui étoit sensée éteinte et réunie aux Jésuites depuis plus de cent ans. Le procès à ce sujet est encore pendant au grand Conseil. Quoiqu'il n'ait point encore d'arrest de récrèance en sa faveur, il s'est néanmoins mis en possession des dixmes, ce qui porte perte au prieuré d'Altavaux de plus de 800 livres,
Vicaire : Point.
Çommunians : 830.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Le prieur de Saint-Jean de Col.
Déeimateixrs : Le curé s'en est emparé.
Seigneur : M. Decagnai.
Gentilshommes : Id.

Pensol.
M. J.-B. de Labrunie, prêtre en 1752, curé en 1760, bon prêtre, bon curé, talens médiocres.
Vicaire : Point.
Communions : 300.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Monseigneur.
Décimateur : M. le curé.
Seigneur : M. Chapt de Laxion.
Gentilshommes : M. Puy du Fermigier.

Boubon.
M. Amand Fouquet, religieux de l'ordre de Fontevrault, prêtre en 1747, curé en 1762; il m'a paru fort médiocre et un sujet ordinaire. Je le crois bon garçon et assès prudent.
Vicaire . Point.
Communians : 86.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Les religieuses de Boubon.
Décimateur : Id.
Seigneur : M. de Permangle.
Gentilshommes : Point.
Religieuses. — Communauté de l'ordre de Fontevraud d'environ 15 religieuses, y compris les soeurs converses. Elles sont presque toutes filles de condition, mais la rareté de l'argent et des vocations les obligeront de n'étre pas si difficiles sur le choix. La situation do cette maison est dans un très villain endroit. Elles ne sont ni riches ni pauvres. Je n'ai rien entendu dire contre leur régularité. Le curé est en méme temps leur aumônier et leur directeur; M. Robert, curé de Saint-Jean de Vayres, est un de leurs directeurs extraordinaires. Elles demandoient qu'on approuvat en cette qualité M. Morand, ancien curé de Javerdat, et je l'ai approuvé par provision.

Pageas.
M. Pierre Farne, prêtre en 1760, curé en 1763; il est bien jeune, mais il ne manque point de talens et a de bonnes dispositions pourvu qu'il ne se gâte pas.
Vicaire: M. François Montazaud, ci-devant Cordelier, renvoié au siècle en 1760 par un jugement de l'officialité. Il avoit joui chez ces religieux d'une bonne réputation et il l'a conservée dans l'état ecclésiastique. Il travaille bien et avec zéle dans cette paroisse; prêtre en 1751, vicaire en 1761.
Communians : 800.
Sénéchaussée : Limoges.
Patron : Monseigneur.
Décimateurs : M. le curé commandeur du Puybonnieux, les Bénédictins de Limoges et M. le curé du haut Chalus, etc.
Seigneur: M. de Bourbon-Bussé.
Gentilshommes : M. Coustin du Manadaud.

Dournazac.
M. Pierre Tarraud, prêtre en 1736, curé en 1741, bon prêtre, bon curé, talens médiocres, très dur d'oreille; il est en procès avec le prétendant à la cure de Montbrun qui jusqu'alors avoit fait partie de celle de Dournazac; et comme il n'y a rien de jugé sur ce procès, le service des deux paroisses en souffre, en ce qu'elles n'ont point de limites; les paroissiens suivant leurs intéréts, où qu'ils soient affectés, s'adressent indifféremment à l'un ou à l'autre; ce qui met une très grande confusion.
Vicaire : Point, attendu les contestations qui sont entre lui et le prétendant à la cure de Montbrun.
Communians : 700.
Sénéchaussée : Limoges.
Patron : Le prieur d'Atavault.
Décimateurs : Le prieur d'Atavault et M. de Campniac.
Seigneur : Le prieur et M. de Campniac.
Gentilshommes : M. Chouly de Permangle, M. de Campniac,
M. Dechaumont de Fouillon, M. Dejoubert de Beaufranc.

Source : Chartes, chroniques et mémoriaux pour servir à l'histoire de la Marche et du Limousin, d'Alfred Leroux.

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Un lieutenant général des armées du roi

Gabriel de Chouly de Permangle, mort le 27 août 1741, âgé de 78 ans.

Lieutenant au régiment Dauphin infanterie le 20 janvier 1683, il servit la même année au siège de Courtray : à l’armée qui couvrit le siège de Luxembourg en 1684, au siège & la prise de Philisbourg, de Manheim, de Frankendal & des autres places du Palatinat en 1688, à l’armée d’Allemagne en 1689 & obtint une compagnie, par commission du 20 août. Il continua de servir à l’armée d'Allemagne en 1690, au siège de Mons en 1691 au siège & à la prise des ville & châteaux de Namur, au combat de Steenkerque, au bombardement de Charleroy en 1692. à l’armée de la Moselle, puis à celle d’Allemagne en 1693, à l'armée de Flandre en 1694, à l’armée de la Meuse en 1695, il obtint, par commission du 5 décembre de cette année, un régiment d’infanterie de son nom, qu’on forma par ordre du 23, avec le bataillon de Bombelle du régiment de Champagne. Il commanda ce régiment à l’armée du Rhin en 1696 & 1697. On le réforma, par ordre du 13 novembre 1698. On mit M. de Permangle colonel réformé à la suite du régiment de Beauvoisis. Il fit avec ce régiment la campagne d'Allemagne en 1701. Passa, par ordre du 25 avril 1702, colonel réformé à la suite du régiment de Charolois, avec lequel il se trouva la même année à la défaite des Hollandois sous Nimègue : au combat d'Eckeren en 1703, il obtint, par commission du 31 octobre un régiment d'infanterie qui prit son nom. Brigadier, par brevet du 10 février 1704, il servit à l'armée de la Moselle sous le comte de Coigny la même année : sous le maréchal de Villars en 1705, à l’armée du Rhin sous le même général en 1706 & 1707. On l’employa pendant l’hiver de cette derniére année sur la Sarre, par ordre du 31 octobre.

Employé d’abord à l’armée du Rhin sous le maréchal de Berwick en 1708. il passa ensuite en Flandre sous les ordres du maréchal de Berwick, & entra dans Lille : il contribua à la défense de cette place avec la plus grande valeur. Dans plusieurs sorties qu’il commanda, il réussit à détruire les logemens des ennemis, enlever leurs outils, enclouer leur canon, raser leurs retranchemens, combler leurs travaux & leur faire des prisonniers. On le fit maréchal de camp, par brevet du 12 novembre : il concourut en cette qualité à la défense de la citadelle.

Il commanda à Ypres sous M. de Chevilly pendant la campagne de 1709, par lettres du 18 juin, il y resta pendant l'hiver. Servit à l’armée de Flandre en 1710 & fut nommé pour commander à Condé, par ordre du 31 octobre. Le 9 mai 1711, ayant appris qu’un convoi considérable des ennemis, étoit parti de Tournay pour remonter la Scarpe fous l’escorte de deux régimens commandés par le sieur Chambrier brigadier : il se mit en embuscade avec douze cents hommes de la garnison de Condé, attaqua le convoi, défit après un combat d'une heure l’escorte, tua, blessa ou prit cinq cents hommes, fit le commandant prifonnier, un lieutenant-colonel & dix-sept officiers : de cinquante-deux belandres dont étoit composé le convoi, il n’y en eut que douze qui échapèrent, le reste fut brûlé. Au mois d'octobre suivant, informé que le duc de Marlborough faisoit faire un fourage du côté de Condé, il fit fortir une partie de la garnifon qui repoussa l'escorte du fourage, & enleva quatre cents chevaux & plusieurs cavaliers.

Le roi lui donna le gouvernement du fort Louis du Rhin, par provisions du 19 mars 1712. il remit le commandement de Condé, & résida au fort Louis jusqu’à la paix. Il a conservé ce gouvernement jusqu’à sa mort.

Source : Les lieutenants généraux des armées du roi, depuis la création de cette charge en 1621, jusqu'au règne de Louis XV, de Claude Herissant.

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Le marquis de Permangle contre les dames de Boubon

Mais plus encore qu'avec les évêques, les conflits éclataient, graves et fréquents, avec les seigneurs voisins. Ah ces conflits ! il en est qui avaient pour motifs les objets les plus futiles. Et ils duraient des années ; les voies de justice permettant toujours à la procédure — quand l'abbesse n'avait pas jugé bon d'intervenir devant le Grand Conseil — de rebondir et de se prolonger éternellement.

De ces conflits j'ai pour finir retenu un exemple assez frappant et au total assez pittoresque : c'est celui qui divisa pendant plus de vingt ans le prieuré de Boubon, au diocèse de Limoges, et le marquis de Permangle.

Ce marquis de Permangle, un gentilhomme d'excellente famille limousine, était au sens propre du mot un rude gaillard. A près de soixante-dix ans, il ne gardait qu'un désir : empoisonner l'existence des dames de Boubon. Et comment ? Oh ! de la façon la plus simple : en refusant de payer les dîmes et redevances que, pour certaines de ses terres, il devait au prieuré. Pendant vingt ans, on plaida. Enfin de juridictions en juridictions les religieuses de Boubon finirent par obtenir du Grand Conseil l'arrêt définitif qui condamnait solennellement le marquis. Plus de 80 lettres, pour obtenir ce résultat, avaient été échangées entre Boubon et Fontevraud. Comme on comprend la fatigue de la prieure, fatigue dont elle se plaignait dans une lettre à l'abbesse en septembre 1740. Et celle-ci l'encourageait, la consolait, sans lui cacher que tout n'était peut-être pas fini, car l'arrêt obtenu, il fallait encore le faire exécuter.

Lisez cette réponse, elle est remplie de charme et spirituelle au possible.

«... Il ne falloit rien moins, Madame, que votre activité, et voire force d'esprit pour soutenir tant de peines et d'embarras que ceux que vous avez eus ; ils ne finiront pas même de si tost, si les jours de M. de Permangle sont prolongez, à moins qu'il ne se fasse un miracle sur lui pour le faire changer d'humeur et de conduite. Et nous ne devons pas souhaiter la mort du pécheur mais qu'il se convertisse, et qu'il vive : cependant, les choses ont été poussées trop loin pour en rester là. A l'égard de l'exécutoire il n'y a pas d'autre voye que de le signifier avec commandement, et de faire exécuter M. de Permangle, au bien d'avoir un arrest « d'iterato » qui l'y condamne par corps, mais cet arrest serait aussi très difficile à mettre à exécution contre un homme octogénaire, de distinction, et formidable dans le païs. Je crois donc en effet que D'éxécution de ses meubles, et la saisie de ses fruits serait le plus court moyen de vous faire payer du montant de ces éxécutoires ; il s'agit de prendre de bonnes mesures pour cela : c'est aux huissiers dont va us vous servirez à faire en sorte de se conduire si bien qu'ils fassent enlever les choses saisies, à moins qu'ils n'ayent un dépositaire solvable : cela va vous jetter dans des dépenses infinies que vous n'êtes guères en état de soutenir sans emprunter : je vous plains, Madame, de vous trouver dans des circonstances aussi embarrassantes ; il n'y a pourtant point d'autre voye. Si la juste colère où vous êtes pouvait vous faire terminer, comme vous dites, tout le reste avec l'aide d'un bon baston, je crois bien que Monsieur de Permangle, tout formidable qu'il est, pourroit éprouver tête à tête avec vous tout ce que peut une femme irritée; cependant, je dotule encore que la compassion pour cet ennemi octogénaire ne vous désarme pas, et je vous crois l'âme trop bonne pour vouloir ainsi vous faire justice par vous-même. »

Notez le changement de ton au dernier paragraphe.

L'abbesse peut se permettre de glisser une phrase plaisante, elle reprend presque aussitôt le ton de gravité qui convient à sa haute charge.

Il ne restait en effet qu'à faire exécuter l'arrêt et saisir les meubles du marquis. Ce n'était pas le plus facile. L'opération n'aboutit pas, si l'on en juge par l'étonnant procèsverbal que rédigea l'huissier chargé de cette besogne.

Ce procès-verbal je vais vous le résumer, et je m'excuse des termes fort peu académiques que je suis obligé d'employer. Pensez bien que ce n'est pas moi qui les prononce, mais très haut et très puissant seigneur, le marquis de Permangle.

Très droit, malgré ses 78 ans bien sonnés, le marquis de Permangle se tenait debout à l'une des fenêtres du rez-de-chaussée de son château quand se présenta, assez peu rassuré, l'huissier délégué par les dames de Boubon.

L'exécuteur de l'arrêt de justice s'approcha, salua le marquis et lui fit part de sa mission.

M. de Permangle ne broncha pas.

Avec un peu plus de fermeté, l'huissier reprit : « Allons, Monsieur le Marquis, il faut obéir au roi et à la justice. »

Alors, à très haute voix, le marquis répliqua froidement :

« Je me f... du roi et de la justice ». Puis, décrochant un fusil qui se trouvait auprès de lui, il mit tranquillement l'huissier en joue et ajouta :

« Si vous approchez davantage, je vous f... un coup de fusil. »

Ce n'était certes pas la première fois qu'un huissier risquait sa vie en prétendant saisir un grand seigneur.

Plus d'un, pour s'y être frotté, avait reçu la bâtonnade : il leur arrivait même parfois des accidents plus funestes... on comprend que les plus courageux aient hésité. Celui-là n'avait pas l'âme d'un brave ; il préféra disparaître discrètement, puis s'empressa de rédiger le procès-verbal que je viens de vous traduire et qu'il porta incontinent à la prieure de Boubon.

Avec de grandes lamentations, celle-ci le transmit à Fontevraud. Ainsi donc, le marquis de Permangle tenait en échec la prieure, l'abbesse, la justice et le Roi... Il y avait tout lieu de penser qu'on n'en viendrait pas à bout...

Seulement la mort, qui triomphe des plus obstinés, triompha de l'entêté marquis. qui mourut quelques mois plus tard. Son fils, un jeune officier qui combattait dans les armées du roi, n'avait pas de goût pour les procès.

Dès son premier voyage en Limousin, il alla trouver la prieure de Boubon et passa transaction avec elle.

Ainsi s'acheva cette grande affaire.

(Société des lettres, sciences et arts du Saumurois, 1935)

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L'évolution du métayage en Limousin

La propriété de M. de Roux de Reilhac, canton de Saint-Mathieu, arrondissement de Rochechouart, était affermée de 1879 à 1888 pour la somme de 9.000 francs. En 1888 le fermier se retira, malgré les concessions du propriétaire qui consentait à réduire de 600 francs le prix de ferme, ce qui le portait à 8.400 francs.

M. de Roux de Reilhac renonça alors à affermer ses domaines, et mit à la tête de l'exploitation un régisseur M. Maudet.

224 hectares de terres cultivables étaient divisés en 10 métairies, dont le cheptel total s'élevait à la somme de 28.700 francs.

Les colons étaient endettés envers le maître. Les terres mal cultivées et manquant de fumier, ne permettaient pas la culture des plantes fourragères, et ne produisaient guère que des céréales, des pommes de terre et du sarrazin.

Grâce à l'activité et à la direction intelligente et expérimentée de M. Maudet, l'état de la propriété de M. de Roux de Reilhac s'est complètement modifié. En 1904 les bénéfices réalisés exclusivement sur les mêmes terres qu'on n'avait pu affermer en 1888, de 8.400 se sont élevés à 17.000 francs.

Les 224 hectares de terre sont aujourd'hui divisés en 9 métairies dont le cheptel total s'élève à la somme de 65.000 fr. soit une augmentation de 36.300 francs.

Les terres bien pourvues d'engrais de toutes sortes et cultivées avec soin produisent, outre les céréales et les pommes de terre, des haricots, du maïs, du trèfle, des carottes, des betteraves, des raves et des topinambours.

Nous ferons observer enfin que toutes ces améliorations ont été obtenues sans l'apport d'un nouveau capital, ou tout au moins cet apport a-t-il été minime, puisque selon les données mêmes de M. Maudet, le propriétaire n'a eu qu'à débourser les frais de quelques constructions rendues indispensables par les augmentations survenues dans la quantité des récoltes et du bétail.

Voilà ce qu'on a pu faire en Limousin avec des métayers.

Source : L'évolution du métayage en France, de Louis Durousseau-Dugontier.

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