18 février 2020

Noblesse de Helies de Lageard

Des preuves de noblesse de noble Helies de Lageard, fils de messire François de Lageard, chevalier Seignr de St Marsault et baron de Monbadon et de Marguerite de Puiperron, pour être reçu chevalier de l'ordre de St Jean de Jérusalem, commencées à Bordeaux le 1er Septembre et closes à Coutras le 20 dud mois 1634, a été extrait ce qui suit : Pour la maison Arnaud, Seigneur de Balzac et de Chadurie, d'où est issue fue Demoiselle Geneviève Arnaud, ayeule paternelle.

Preuves littérales. — Deux hommages rendus au comte de la Rochefoucauld, l'un en l'année 1513, par Pierre Arnaud, écuyer, lieutenant Général en la Sénéchaussée d'Angoumois, pour raison de la terre et Seigneurie de Balzac et l'autre en l'année 1543, par Jean Arnaud, aussi écuyer, exerçant les mêmes état et office de lieutenant Général, pour raison de lad. Seigneurie de Balzac. Signés Rougier et Brian, Notaires Royaux.

Plus le contrat de mariage de Mre Jean Arnaud, écuyer, Seigr de Balzac et de Chadurie, conseiller du Roi et Lieutenant Général en la Sénéchaussée d'Angoumois avec Demoiselle Marie Myron, fille naturelle et légitime de François Myron, écuyer, Seigr de Baudran passé le 26e d'Avril 1533. Signé La Jarrige, Notaire Royal.

Preuves testimoniales. — Noble Louis Regnaud, écuyer Sr de Belle et de la Richardie, demeurant à présent au lieu noble de la Richardie en Angoumois, âgé de 45 ans ou environ, possédant en rentes ou revenu 2500 fr. après serments par lui faits sur les S. S. Evangiles de dire la vérité. Dit, comme voisin des susd. maison de Cherval et de Balzac, que Geoffroy de Lageard épousa Demoiselle Geneviève Arnaud .ayeule paternelle issue de la susd. maison noble de Balzac, aussi maison noble, comme étant fille légitime et naturelle de feu Mre Jean Arnaud vivant écuyer Seigr dud. Balzac et Lieutenant Général en Lad. Sénéchaussée d'Angou- mois, bisayeul dud. présenté ,du côté du père, lequel épousa sa femme, comme led. Sr qui dépose a oui dire, de la maison de Myron en Touraine, qui est la bisayeule dud. côté, aussi maison noble de nom et d'armes et d'ancienne extraction. Très illustre. Très illustre, Très haut et Puissant Seigneur Messire Frédéric de Foix, Comte des Comtés de Gurson et de Foix, marquis de Puiguilhem ; Vicomte de Meille, Conseiller du Roi en ses Conseils d'Etat et Privé, capitaine de Cinquante hommes d'armes de ses Ordonnances et Maréchal des Camps de Sa Majesté, âgé de 52 ans après serments par lui faits sur les S.S. Evangiles de dire vérité.

Enquis sur la noblesse ancienne de nom et d'armes de la susd. maison de Lageard et du descendant d'icelle .ensemble de fue Geneviève Arnaud, Damoiselle, qui fut mariée au feu Sgeur de Lageard, Sr de Cherval dit que Damoiselle Geneviève Arnaud, ayeule paternelle, est issue de la maison des Arnauds Seigrs de Balzac aud. pays d'Angoumois, aussi maison noble de nom et d'armes et d'ancienne extrantion, ayant ceux de ladite maison, été employés en plusieurs états et offices de lad. province d'Angoumois et vécu toujours noblement.

Messire Charles Chabot de Jarnac, Conseiller du Roi en ses Conseils d'Etat et Privé, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses Ordonnances, Seigr de St Aulaye et de Mussidan, conseigneur de Jarnac, Baron de Monlieu, âgé de 50 ans, possédant en rentes ou revenus vingt mille livres, après serments par lui faits sur les S.S. Evangiles de dire vérité.

Interrogé si Damoiselle Geneviève Arnaud, femme dud. Geoffroy de Lageard, ayeul et ayeule paternels étaient nobles et issus d'extraction noble, comme pareillement feu m.m. Jean Arnaud, vivant écuyer Seigneur de Balzac et Lieutenant Général en la Sénéchaussée d'Angoumois était noble et d'ancienne extraction.

Dit que la vérité est celle là que la famille de la maison des Arnauds, Seigneurs de Balzac en ce présent pays d'Angoumois sont nobles de noms et armes de toute ancienneté et ont toujours vécu noblement parmi l'autre noblesse du pays, et avec icelle tiennent rang et place au ban, arrière ban et assemblées, ce qu'il sait l'avoir vu et le voit d'ordinaire, comme voisin et de même pays d'Angoumois, dè laquelle maison il sait que lad. Geneviève Arnaud était issue ; laquelle fut mariée à lad. maison de Cherval, aussi maison noble de nom et d'armes et ancienne extraction, vivant de même avec la noblesse du pays.

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1947)

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15 février 2020

Bail à François Ravaillac

Bail à loyer par Adam Roux, procureur au présidial d'Angoumois, à François Ravaillac, praticien, demeurant à Angoulême, dune maison sise en ladite ville, paroisse Saint-Paul (3 novembre 1606).

« Sachent tous que par devant le notaire royal et pour madame la duchesse en Angoulmois soubs signé et en présence des tesmoings cy bas nommés, a esté présent et personnellement estably maistre Adam Roux, procureur au siège présidial, demeurant en ceste ville d'Angoulesme, lequel, de son bon gré et vollonté, a affermé et afferme par ces présentes à maistre François Ravaillac, praticien, demeurant en ceste dicte ville, présent, stipullant, c'est à scavoir une maison à luy apartenant, cytuée en la parroisse de Saint Pol, ayant cy devant apartenu à Françoise Dubrueil, tenant d'une part à la maison des hoirs feu Gaschiot Dufresche, et d'autre à la maison du sieur Pierre Mallat, marchant, ladicte ferme faitte pour le temps et espace d'un an entier, commansant à au jour d'huy et finissant à semblable jour, et ce pour et moyennant la somme de trente et six livres tournois, de laquelle somme ledict Ravaillac en a baillé et payé audict Roux la somme de dix huict livres pour la première demy année, en francqs et quards d'escu ayant cours, suyvaut l'édict, qu'il a prainse et emportée et s'en est contanté et en a quitté icelluy Ravaillac, et le surplus, qui est pareille somme de dix huict livres, ledict Ravaillac a promis et sera tenu payer audict Roux d'aujourdhuy en six mois prochains venentz; et moyennant ce a promis et sera tenu ledict Roux garantir, faire et souffrir jouir ledict Ravaillac de ladicte ferme à luy faitte, durant ledict temps et espace d'un an, o la charge que ledict Ravaillac a promis et sera tenu entretenir ladicte maison de couverture, de la main du maistre seullement. Et a esté expressément convenu et accordé entre lesdictes parties, que si ledict Ravaillac fait quelques fournitures de thuiles ou autres choses requises et nécessaires en ladicte maison, jusques à la concurrence de la demye année qui reste à payer, ledict Roux a promis et sera tenu déduyre audict Ravaillac ce qu'il aura advancé, moyennant qu'icelluy Ravaillac sera tenu appeller ledict Roux pour voir les réparations qu'il conviendra faire. Et à l'entretenement desdictes choses, etc. Fait et passé en la ville d'Angoulesme, en la maison dudict notaire, avant midy. Et par ces mesmes recongnoist ledict Ravaillac avoir audict Roux, entre ses mains, les meubles dont la teneur s'ensuit, lesquelz il luy promet restituer touteffois et quantes, qui sont, premièrement ung lit de plume garni, avec sa couverture de çoulleur rouge, ung coffre de nouyer presque neuf, deux petits chesnetz ou landiers, une met, lesquelz sont de présent en ladicte maison. Fait comme dessus, en la maison dudict notaire, le treziesme jour de décembre mil six centz six, avant midy, présentz maistres Pierre Berteau et André Bounitou. Ont lesdictes parties signé avecques moy dict notaire. Signé : A. Roux, F. Ravaillac, A. Bounitou, P. Bertheau et Lacaton, notaire royal. »

(Société archéologique et historique de la Charente, 1882)

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Papiers de la famille Roux de Pranzac

Lettre du père de Jacques Roux

« J'ai reçu, mon cher neveu, votre dernière lettre, en date du 26 novembre dernier, par laquelle je vois que M. le comte des Cars a eu la bonté de nommer mon fils cadet au petit bénéfice de Pranzac. Je vois aussi la manière gracieuse avec laquelle M. Hay s'est prêté à rendre service à ma famille. Je ne manquerai pas d'avoir l'honneur de lui en faire mes très-humbles remerciments. — Je joins ici dans ma lettre la copie de la nomination que M. le comte fit en 1767 à mon fils aîné d'une stipandie dont il est en possession. Je ne sais par qui elle était vacante, et je vais vous instruire de ce qui s'est passé antérieurement.

Les seigneurs de Pranzac sont, fondateurs de quatre stipendies dans l'église de St-Cybar de Pranzac, dont l'une appartient à M. le curé de Pranzac. Comme doyen, il a droit de nommer à une autre. Il se fait nommer par la cour de Rome. — Le seigneur de Pranzac s'est réservé le droit de nommer les deux autres chanoiuies on stipendies. — Feu M. le marquis des Cars laissa écouler un temps sans nommer. Le sieur Marginière demanda en cour de Rome les deux chanoinies et les obtint. Lorsqu'il fut pourvu à un bénéfice-cure, M. le marquis des Cars rentra dans son droit et nomma à une stipendie M. de la Gravière, qui jouit également des deux. Après sa démission, M. le marquis nomma M. Rullier à cette même stipendie, quia également joui des deux. Après la démission de M. l'abbé Rullier a succédé l'abbé Roux, qui fut nommé par M. le comte des Cars à la même stipendie et a joui comme les prédécesseurs. Vous voyez qu'il n'y a pas eu de démission de cette deuxième stipendie ou chanoinie des quatre stipendies ou chanoinies établies et érigées par les seigneurs dudit Pranzac en l'église paroissiale de St-Cybard de Pranzac. — Écrit le 5 décembre 1777. »

Généalogie de la famille Roux.

Gratien Roux, lieutenant d'infanterie, épouse, le 19 août 1749, Marguerite Montsalard, née le 28 mai 1721 à Bussière en Périgord, l'ainée de neuf enfants; de ce mariage naquirent:

1750, 4 juillet. — Jeanne, baptisée à Bussière.
1751, 20 août. — François, baptisé à Pranzac le 21, décédé le 4 mars 1752.
1752, 21 août. — Jacques, baptisé à Pranzac.
1753, 8 octobre. — Marie, baptisée à St-Paul de Marthon.
1754, 19 décembre. — Marie, baptisée à Pranzac.
1756, 8 novembre. — Jacques-Magdeleine, baptisé à Pranzac; il eut pour parrain Jacques Roux, son ainé; il épousa plus tard Thérèse-Élisabeth Caminade.
1757 , 22 novembre. — Marie, baptisée à Pranzac.
1759, 15 juin. — Jacques, baptisé à Pranzac; il eut pour parrain Jacques Roux, son aîné; il épousa Marguerite Bargeron-Rochat et mourut en 1791, âgé de trente-deux ans, laissant postérité.
1761, 8 décembre. — Michel, décédé le 1er février 1765.
1763, 5 janvier. — Guillaume, décédé le 5 août 1782.
1764, 22 septembre. — Louis.
1765, 12 août. — Jacques, décédé le 10 août 1766.
1766, 7 novembre. — Marie, baptisée à Pranzac; elle eut pour parrain Jacques Roux, sou cadet, surnommé Canette, qui s'engagea à l'âge de dix-sept ans. L'une des filles, Marie, épousa en 1788 Pierre Eyriaud, originaire de St-Pierre de Frugie, diocèse de Périgueux, et qui était devenu régisseur du château de Pranzac après la mort de Gratien Roux, ancien officier au régiment de Haynaut.

Lettre de Louis Roux, ancien chanoine de Pranzac

Luçon, 10 juillet 1793, l'an 2me de la Rue une et indble

« J'ay reçu avec satisfaction, cher citoyen, votre lettre en datte du 3 de ce mois; j'y vois avec plaisir que vous jouissez d'une bonne santé; je désire ardament que vous et votre épouse, sans oublier la charmante Sophie, dont je me rapellerat toujours le nom, éprouviez le même sort. Pour moi, lorsque je vivois dans la molosse, j'étois sujet a des maladies d'imagination qui me faisaint (sic) éprouver des moments d'ennuy; maintenant, accoutumé aux travaux d'une guerre que je fais avec plaisir, le soleil se lève à peine sans me trouver joyeux des peines inséparables du métier que j'ai entrepris et que j'espère remplir avec succès. Je n'ai jamais douté que j'avois un grand nombre d'ennemis, et la nouvelle fausse do mon émigration ne m'étonne point. Car quels moyens n'ont pas employé mes persécuteurs pour me perdre dans l'esprit de mes concitoyens ! — .... (papier déchiré).... que pénétré des sentiments du Républicain.... je ne quitterai mon pays que lorsque lo despotisme reprendra son empire, et supposer que nous ne soyons pas assez forts pour soutenir la cause de l'Egalité, alors j'irai dans un autre respirer l'air pur de cette liberté pour laquelle je sacrifie mon repos et ma tranquillité. Je n'ai pas le temps de vous faire des détails; la poste part dans doux heures et je vous écris au corps de garde, où je suis depuis 24 heures; dans quelques jours je pourrai vous en donner. Mais j'attends du nouveau ; nous sommes icy sur le qui-vive; souvent les Brigands nous font dire qu'ils viendront manger notre soupe, mais nous ne les voyons pas; ils se souviendront longtemps de la journée du 28 juin, où 700 hommes ont terrassé 9,000 Révoltés. Le bruit do cette heureuse journée a dû parvenir dans votre canton; au surplus, je vous envoyé la vraye relation de cette affaire et plusieurs autres pièces que vous verres avec plaisir....

Adieu, cher citoyen, le temps me presse ;. assures mes bons paroissiens que je les aime toujours et que mon existance est le plus doux sacrifice que je puisse leur offrir en cette circonstance; puissent-ils ne former aucun doute sur cette vérité et me continuer l'estime qu'ils m'ont....

Mes volontaires de Champagne se.... ils se plaignent amèrement de ce que leurs ne leur arrivent pas aussi souvent qu'ils le d.... vous ne sauriez croire quel effet ça fait sur leur.... et combien leur courage peut-être ralenti. Commun[iquez] leur ma lettre et dites a tous nos habitants que cette compagnie s'est acquise une réputation respectable dans l'affaire du 28; elle a commancé un feu de file qui a été soutenu longtemps et avec ordre, ensuite a foncé, la bayonette en avant, sur l'armée catholique, qui a étée (sic) mise en déroute complette. Adieu encore; je suis on ne peut plus content de les commander et j'aime à croire qu'ils trouvent du plaisir à m'avoir, et j'ose dire sans amour propre qu'ils avaient grand besoin de changer de oapne; au surplus, je n'ai point demandé cette place et j'étois en bon train pour avoir un avancement au moins aussi lucratif et moins pénible. Vous connoissez d'ailleurs ma délicatesse, et un républicain do mon espèce n'a jamais su demander « que la justice qui luy est due » .... que je vous dise que G.... a fait mécontents dans sa compagnie lorsqu'il l'a il ne l'a seulement pas prévenue de son départ, et sertains se plaignent de ce qu'il ne leurs a pas [offert] le décompte de leur route depuis Confolens à Niort. — Il me siérait mal de le dénoncer; néanmoins, d'après les renseignements que je recevrai, je serai forcé, par intérêt pour ces braves gens, de prendre un parti vigoureux sur cet article; peu accoutumé à employer la sévérité, j'éprouverai une certaine contrainte dans la conduite qu'il me faudra tenir; mais le bonheur (sic) de mes frères est un droit sacré qui ne me permet pas de composer avec l'injustice, et je ferai mon devoir. — Mille choses honnêtes au citoyen G...., mon père nourricier, à son épouse et sa petite fille, car elle doit avoir eu du fruit nouveau depuis mon départ. J'embrasse tous mes bons amis que vous connoissez. »

Roux, capitaine de la 5me compagnie du 1er bataillon, le Vengeur, en garnison à Luçon, dépt de la Vendée.

Autre lettre de Louis Roux

Luçon, 19 7bre 1793, 2me de la Rue une et indble.

« J'ai reçu votre lettre le 5 de ce mois, cher ami; j'y aurais répondu le landemain sans la malheureuse déroute que nous avons essuyé le même jour. — L'ennemi nous ayant pris entre deux feux et coupé la retraite, nous avons éprouvé une perte qui n'eut pas été aussi considérable qu'elle l'a été, malgré que nous n'ayons perdu que 300 hommes au plus en tout et six pièces de canon.

Le feu a duré trois grandes heures; l'attaque a commancé à 4 h. du soir et l'action a duré jusqu'à ce que la nuit nous ait empêché de nous reconnoltre. Notre Btlon a donné à son ordinaire, ainsi que deux autres; mais les autres ont caponné. Si encore la cavalerie n'eut pas lâché, nous gagnions la bataille. L'ennemi a perdu beaucoup plus de monde que nous; nous étions alors campé à Chantonay. Nous ne devons cette déroute (sic) qu'au général Tunk, qui commandoit alors l'armée et qui étoit à La Rochelle à se faire traiter d'un bras, où, disoit-il, il avoit du mal. Ça nous a reculé de beaucoup, mais nous aurons bien notre revanche.

Vous me demandez si Jacques Roux est mon frère : Oui. Je lis dans un papier nouvelle qu'il est arrêté comme suspect et renfermé à Ste-Pélagie; s'il a changé de principes, il mérite la mort, et si j'étois son juge je l'y condamnerois, — au moyen de quoi il paroit que vous avez perdu votre pari. Il y a huit jours que je suis détenu icy par un mal d'oreille qui me tourmante comme un désespéré. — J'ai eu une fièvre de 48 h. qui m'a singulièrement affaibli; j'ai pris l'émétiq et deux médecines qui m'ont fait grand bien ; j'espère dans peu retourner au camp. — Notre armée était partie le 13 d'icy, divisée en trois colonnes; elle s'est portée sur trois points différents; j'ignore ce qu'elle aura fait et les succès qu'elle aura eu. Elle est de retour icy d'hier; je ne peu deviner le motif de cette rétrogradation, mais j'en augure mal; je désire me tromper. On a amené icy quantité de bestiaux de tout genre; les soldats sont garnis de butin.

J'ai eu beaucoup de malades dans ma compe, mais ils commencent a se mieux porter; il en sort tous les jours des hôpitaux; j'espère que, ce mois passé, ils rentreront tous. Adieu, mon ami, continues à m'écrire; ne m'oublies pas auprès des braves citoyens qui s'intéressent à moi, je les embrasse tous tendrement.

Roux, capne.

(Papiers de la famille Roux de Pranzac)

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14 février 2020

Les ouvriers du marquis de Montalembert

Quand le marquis de Montalembert décida de créer la forge de Ruelle, sur la Touvre, en 1750, il pensa que le ravitaillement de sa forge en charbon serait plus facile que celui des autres forges à cause de la proximité de la forêt de La Braconne. Il pensa aussi que la Touvre est une rivière aux eaux abondantes en toute saison, contrairement aux autres rivières. Mais il dut faire face à l'éloignement des mines de fer et il dut se déplacer lui-même pour recruter ses premiers ouvriers. Il vint à Marthon, le 30 novembre 1750, pour embaucher Pierre Cheminade, mouleur de canons, demeurant à Roches, paroisse de Sers (2E 3865). Cheminade se loua pour quatre ans pour « travailler du mieux et de son possible à la faction de tous les moules de canons que ledit seigneur se trouvera avoir besoin, pour le prix de 400 livres par an, payables de trois mois en trois mois ». Montalembert embaucha, en même temps, Jean Cheminade, garçon mouleur de canons, demeurant aussi à Roches, mais pour un an seulement, et pour 250 livres. Dans la même journée, il alla à Feuillade et y embaucha Jean Coulombé, mouleur de canons, demeurant au Bugue, en Périgord, et Léonard Desvieux, aussi mouleur de canons, demeurant à Villamblard, en Périgord. Ces deux ouvriers se louent et gagent audit seigneur pour quatre ans et plus si ledit seigneur le juge à propos et généralement pendant tout le temps que la commission et fabrication des canons dudit seigneur durera », pour le prix de 350 livres par an à Coulombé et 300 livres à Desvieux. Une semaine plus tard, le 7 décembre 1750, Montalembert revint à Marthon où il embaucha Louis Fort, maître foreur de canons et forgeron maréchal, demeurant à Cherbontières, paroisse de Sers, pour quatre ans et un salaire de 800 livres par an. Fort s'obligeait « de travailler assiduement, du mieux et de son possible, tant à la forerie des canons que ledit seigneur pourra avoir, qu'à autres petits ouvrages utiles et nécessaires pour raison de ladite forerie, en par ledit seigneur lui fournissant de fer, acier et autres petits outils apparaux et de gens suffisamment pour lui aider dans ladite forerie, tant pour remuer lesdits canons qu'autrement. » Le même jour, Montalembert alla encore à Feuillade et y embaucha un autre ouvrier. Pierre Bibaud, garçon mouleur de canon, demeurant à la Motte, paroisse de Feuillade, pour 400 livres par an. Dans tous ses voyages, Montalembert était accompagné de Pierre Barraud, maître mouleur de canons, demeurant à Cherbontières, paroisse de Sers. Celui-ci connaissait les ouvriers et il facilita sûrement la tâche du marquis. Il était d'une famille qui comptait des fondeurs de cloches et dont plusieurs membres étaient allés travailler à Rochefort comme forgerons. Sur les cinq ouvriers embauchés par Montalembert, on vient de voir que deux d'entre eux sont du Périgord. Beaucoup d'ouvriers travaillant dans les forges de l'Angoumois oriental étaient, en effet, originaires de cette province. Les actes de l'état-civil (mariages et décès) le confirment. On peut aussi le constater à la lecture d'une sentence rendue par le Juge de Paix de Montbron, le 28 juillet 1807. Guillaume Vallade, le maître de forge de La Mothe, est mort récemment et les ouvriers de ses fourneaux ne sont pas payés bien qu'ils aient travaillé plusieurs jours après le décès de leur patron pour mener à bien le fondage commencé. Comme la veuve et les héritiers ne se pressent pas pour les payer, ils font appel au Juge de Paix. Celui-ci, « considérant qu'il n'y a rien de plus urgent que le paiement des salaires qui sont dus à de malheureux ouvriers qui n'ont ni les moyens, ni le temps de plaider et qui demeurent à des distances éloignées », condamne la veuve Vallade à les payer immédiatement. Ces ouvriers étaient de la région de Lanouaille, dans le nord de la Dordogne, du côté du département de la Corrèze. Le chargeur, Guillaume Veyssière, était de la commune de Payzac ; le gardeur, Louis Breuil, de la commune de Lanouaille ; le maître-gardeur de fourneau Jean Pinaud, le maître-chargeur Jean Raimonet et le boqueur Pierre Dutheil étaient de la commune de Saint-Martin d'Excideuil. Certains de ces ouvriers venaient avec des membres de leur famille. Ainsi, Pierre André, boqueur de fer, demeurant au village du Queyroi, paroisse de Sarlande, en Périgord, « et de présent travaillant à la forge de Planchemenier, paroisse de Sers » et qui place son frère Jean en apprentissage chez un tisserand de la paroisse de Vouzan, pour six mois et pour « apprendre à faire toile » (2E 3827 - 12 août 1759). Mais il ne faudrait pas croire que l'Angoumois oriental se contentait « d'importer » des ouvriers qualifiés. Il en « exportait » aussi. Et certains d'entre eux allaient même travailler très loin. Le 17 mai 1784, Simon Fauveau, ancien mouleur de canons, demeurant au Maine-Gaubrun paroisse de Vouzan, donne devant notaire procuration, à « Nicolas Chergé, négociant de la ville de Séville en Espagne, capitale de l'Andalousie, de se porter en son nom héritier de Pierre Ancelin son frère utérin, en son vivant maître fondeur dans les fonderies royales de ladite ville de Séville où il est décédé » (2E 10109). Le 3 octobre 1758, Jacques Delâge, cabaretier à Rougnac, et sa femme déclarent devant le notaire (2E 4797) « qu'il serait venu au pays Pierre Delâge, leur fils, au mois de mars dernier, lequel était aux forges de Bigorry près Bayonne à travailler à faire des moules de canon pour le Roy, et ayant gagné par son travail et ses épargnes la somme de trois cents livres qu'il leur aurait remis pour employer à leurs affaires... et que ledit Pierre Delâge s'était peu de temps après retourné audit lieu de Bigorre sans que ledit Delâge et son épouse lui aient donné aucune reconnaissance de ladite somme ».

(Société archéologique et historique de la Charente, 1983)

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Des numéros gravés dans le vieil Angoulême

Avec la collaboration de notre collègue M. Bentz, le docteur Forgeaud a relevé dans le vieil Angoulême une vingtaine de numéros gravés dans la pierre. M. Bentz a photographié tous ces numéros et lorsque son travail sera terminé, il en fera part à notre société. Numéros relevés dans la vieille ville (à l'intérieur des franchises). n° 199, place des Halles, 14 rue de Genève ; grâce au registre des taxes foncières de 1791, nous savons que la maison appartenait à la veuve du sieur Caillaud, notaire bien connu du 18e siècle. n° 408, peu lisible, est au 11 rue du Petit Maure ; propriété en 1791 du sieur Vaslet, procureur. n° 336, maison à l'entrée de la rue Sainte-Marie, avec un pignon assez récent ; au-dessus de la porte, un écusson. n° 449, rue des Acacias, à côté de la maison du Guet. n° 536, 22 rue des Trois Notre-Dame ; appartenait en 1791 aux sieurs Valliers frères et à la dame Huet, marchands de draps. n° 542, n° 5 rue des Trois Fours ; en 1791 au sieur Tiphon, juge au district. n° 561 et 562, sur la même porte d'entrée rue des Trois Fours ; en 1791, le n° 561 était à la veuve Leclerc dite la Rose — c'est la maison Pesme. Le n° 562 était à la veuve Bussac née Antoinette Catin. n° 616, 17 rue du Soleil, numéro gravé sur un grand porche voûté ; en 1791 à la veuve Babetier ; sous la restauration, elle sera au Baron de Chasteignier, maire de la ville, n° 17 de la rue; en 1791 le 616 est imposé sur 130 livres. n° 617. M. de la Laurencie de Charras, propriétaire ; 1 étage, 4 chambres. Façade sur la dite rue : 56 pieds. Cette maison avait sa sortie, face l'église Saint André ; profondeur compris cour, jardin et appartement de derrière : 120 pieds ; largeur réduite : 52 pieds. Imposée sur 400 livres. En 1625, Noël Bertrand de la Laurencie épousa Marie Paulte, fille de Jean Paulte, vieille famille angoumoisine ; en 1562 Jean Paulte de la R. P. R. était maire de la ville. Le 4 avril 1792 l'inventaire fut fait de la maison de M. de la Laurencie, absent ; sa femme née de Livesne accompagnait les commissaires ; le couple passa la Révolution sans trop de dommages ; une sœur et la belle-sœur de M. de la Laurencie furent guillotinées à Paris. n° 618. MM. Dubois, propriétaires ; le Sieur Alain, musicien, locataire ; maison au bail ; 2 étages, 4 chambres. Façade de 20 pieds sur la rue, compris cour et jardin : 70 pieds ; largeur égale, réduite à 20 pieds. Imposée sur 120 livres. n° 619. MM. Dubois, propriétaires ; le Sieur Guillemeteau, procureur et secrétaire du district locataire ; maison au bail, 2 étages, 4 chambres. Façade sur la rue du Soleil : 20 pieds ; profondeur avec cour : 70 pieds ; largeur réduite : 17 pieds. Imposée sur 200 livres. n° 620. MM. Dubois, propriétaires ; Daguindeau, ci-devant, perruquier, locataire ; maison au bail ; 2 étages, 2 chambres. Façade sur la rue : 14 pieds ; profondeur avec petite cour : 70 pieds ; largeur : 14 pieds. Imposée sur 90 livres. n° 319. M. de Jambes, propriétaire ; maison de 2 étages, 4 chambres. Façade sur la dite rue : 16 pieds ; profondeur compris très petite cour. Imposée sur 150 livres ; dans une niche, une des vierges à l'enfant. n° 320 à la dlle Guimard, « modeuse », puis à Thibaud, greffier du tribunal criminel ; maison de 1 étage, 1 chambre, 1 cabinet. Façade sur la dite rue : 32 pieds ; profondeur réduite : 17 pieds ; point de cour. Imposée sur 60 livres. n° 321 aux héritiers du Sieur Fleurat, huissier ; le Sieur Chaumont, perruquier, locataire ; 1 étage, 2 chambres. Façade sur la rue du Canton des Six-Voies : 19 pieds ; profondeur : 18 pieds ; point de cour. Imposée sur 80 livres.

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1987)

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13 février 2020

La croix d'Agris

La croix d'Agris, dite aussi croix de la Tuilière, est un monument religieux situé dans la commune d'Agris, canton de La Rochefoucauld. Elle faisait l'objet d'une inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, le 19 décembre 1986. Sa construction avec l'autorisation de Monseigneur l'évêque Bénard de Résay, du diocèse d'Angoulême, remonte à la première moitié du XVIIIe siècle. Elle a remplacé une autre croix détruite pendant les guerres de religion. La nouvelle croix a été bénite par l'abbé Caroy, prêtre-curé d'Agris, le 8 juin 1732. Le bienfaiteur de la croix et de la paroisse se nomme François Vidaud, sieur de la Riouze, garde des eaux et forêts du Roy et ancien commis de Mademoiselle de Logivière, maîtresse de la forge à canons de Rancogne. La croix d'Agris, avec sa colonne de 6 mètres et son élégant cône, est installée à un carrefour communal et fait face au fief noble de la Michenie avant la Révolution française. L'histoire de l'édifice a été étudiée notamment par Léon Bertrand, de la ville de La Rochefoucauld; Jean de Massougnes des Fontaines, descendant de la noblesse locale; et plus récemment par Jane-Marcelle Delahaye, ex-institutrice. Numéro E 595 au cadastre, la croix d'Agris appartient à la commune du lieu.
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Source : Généalogie Charente Périgord.

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L'assassinat du chevalier de Fornel

Le chevalier de Fornel, servant sous les ordres de M. de Longueville, dans l'île de la Martinique, s'y maria en 1743, et revint en France à la sollicitation de sa famille, en 1766. Il n'avait eu de son mariage qu'une seule fille, Madelaine-Aimée de Fornel.

M. de Fornel acheta le fief de Lagerie, paroisse de Sainte-Colombe, à deux lieues de la Rochefoucault, et il y vécut tranquillement pendant trois années avec sa femme et sa fille. Son revenu, quoique borné, suffisait à son ambition et à ses besoins. Il entretenait et faisait cultiver sa petite terre, et donnait ses momens de loisir à sa famille et à plusieurs voisins dont la société lui était agréable.

Le 18 février 1770, le sieur de Fornel alla entendre la messe à Sainte - Colombe; et il dîna, avec sa fille et le curé du lieu, chez son parent, le sieur Barraud, seigneur de l'endroit. Après le repas, il renvoya sa fille à pied à Lagerie pour tenir compagnie à sa mère. Il entendit les vêpres à Sainte-Colombe; le curé l'invita à dîner pour le lendemain. Il monta à cheval sur les trois heures et demie après midi, passa par un village voisin pour demander des journaliers, et revint chez lui. Après avoir fait quelques tours, tant dans sa métairie qu'ailleurs, pour donner différens ordres, soit à ses métayers, soit à des journaliers qu'il voulait occuper le lendemain à divers travaux, il lui prit fantaisie d'aller souper à Sainte-Colombe et d'y coucher. Comme la nuit était close, on lui fit quelques représentations sur l'obscurité et le mauvais temps qu'il faisait; mais il persista et dit qu'il serait de retour le lendemain de bonne heure. En conséquence il partit.

Mais le lendemain matin, le domestique du sieur Barraud vint, de la part de son maître, annoncer à madame de Fornel que son mari avait été assassiné, et qu'on avait trouvé son cadavre dans un fossé, sur le bord du chemin qui conduit de Sainte-Colombe à la Rochefoucault. Cette cruelle nouvelle futbientôt confirmée par le curé de Sainte-Colombe, accompagné du sieur Barraud, du sieur Fouchier, avocat, et des nommés Boisnarbaud et Garnaud, charpentiers. Revenue de son premier saisissement, madame de Fornel leur témoigna qu'elle voulait découvrir les auteurs de son malheur, et poursuivre la vengeance de leur attentat. Mais le curé et le sieur Barraud lui ayant représenté que cette poursuite allait l'engager dans des frais qui pourraient absorber, et audelà, sa petite fortune ; que, pour venger la mort du père, la fille et la mère resteraient sans pain; que l'on pouvait se reposer du soin de la vengeance sur la justice du lieu, qui la poursuivrait aux dépens de la dame du duché de la Rochefoucault, la dame de Fornel, vaincue par ces raisons, se détermina à garder le silence , et crut devoir s'épargner le spectacle du cadavre ensanglanté de son mari.

La justice se transporta sur le théâtre du crime, et dressa procès-verbal. Le procureur fiscal rendit plainte le 5 mars suivant, et obtint permission d'informer. Quatorze témoins furent entendus. Le 17, on lança un décret de prise de corps contre madame de Fornel et sa fille, contre Bernard Chaput, leur métayer, Louis son fils, et le nommé Boisnarbaud, charpentier.

Enfin quatre-vingt quatre témoins furent entendus; la mère subit huit interrogatoires, la fille en subit treize; et le juge de la Rochefoucault rendit une sentence le 29 mai 1772, qui condamnait à la question provisoire madame de Fornel et sa fille, Pierre Bordat, leur domestique, et Bernard Chaput, leur métayer, ainsi que Louis son fils et Anne sa fille. Par la même sentence, François Chaput, contumace, était condamné à être rompu.

Voici quelques circonstances dont la calomnie se servit contre madame de Fornel et les autres accusés. La veille de l'assassinat, cette dame avait fait tuer deux canards et deux dindons pour les jours gras, qui devaient avoir lieu la semaine suivante, et elle avait fait couper la tête aux deux canards sur un gros billot de bois placé auprès de laporte de la cour, et les deux dindons avaient été saignés auprès de la même porte. Ce fait servit de fondement à une foule d'accusations. On prétendit que le sieur de Fornel avait été assailli à la porte de sa maison de deux coups d'arme à feu, dont le bruit n'avait excité aucun mouvement de la part de sa femme et de sa fille; que l'onaperçut, le lendemain de l'assassinat , au matin, du sang dans la cour, d'où on tira la conséquence que le crime avait été commis sous les yeux et du consentement des maîtresses de la maison. Le même jour, de l'eau ayant été répandue dans la salle à manger, on en induisit que le corps du mari avait été apporté dans cette salle, que l'on y avait mis fin à ses jours, et que l'on avait lavé les traces du sang qui avait été répandu sur le carreau. On ajoutait que la fille de Fornel était présente à cette barbare exécution, qu'elle y voulut prendre part, et offrit son couteau pour terminer la vie de son père, qui respirait encore. Ces conjectures se fortifiaient aussi de ce qu'il n'y avait point de sang dans le lieu où le cadavre avait été trouvé, ni même à ses habits.

A toutes ces conjectures, dont la justice se prévalait, on en ajoutait encore d'autres non moins absurdes, non moins révoltantes. On allait jusqu'à dire que la dame de Fornel avait donné à sa fille la permission de tremper ses mains dans le sang de son père; comme s'il était possible qu'une jeune fille de dix-sept ans, qui chérissait son père, et qui en était chérie, eût pu concevoir le dessein de le faire assassiner i et surtout en demander la permission à quelqu'un.

Mais l'information fournissait des faits bien plus graves et plus détaillés. Deux témoins se réunissaient pour dire que le nommé Périgord, valet du sieur de Fornel, s'était vanté que c'était lui-même qui avait tiré le premier coup de fusil; que le sieur de Fornel ayant voulu se réfugier dans sa cour, lui et son complice le saisirent, le traînèrent dans la salle où étaient sa femme et sa fille, et qu'un charpentier, qui était du complot, lui fendit la tête d'un coup de hache. On alla jusqu'à déposer que la fille même s'était armée contre la vie de son père, et que les deux coups d'arme à feu étaient partis de sa main.

Bref, on ne déposa que des ouï-dire absurdes, qui, à ce qu'il paraît, avaient été répandus et accrédités par le curé de Sainte-Colombe.

Il y avait une voie plus sûre pour arriver à la connaissance de la vérité, pour décharger les accusés, et découvrir les véritables coupables. Le sieur de Fornel avait un goût décidé pour la chasse et pour la pêche: une de ses principales occupations était de faire la guerre aux braconniers. Il ne connaissait point de danger quand il s'agissait de les épier ou de les poursuivre. Il avait encore une attention particulière pour garantir ses bois des entreprises des paysans. Ceux-ci, qui n'étaient point accoutumés à se voir aussi strictement exclus de la chasse, de la pêche, et de la faculté de couper quelques morceaux de bois, ne voyaient pas de bon œil la rigueur avec laquelle le sieur de Fornel les en excluait. Il est bien constant que ce propriétaire avait beaucoup d'ennemis parmi les paysans et les braconniers; et il est plus que probable que c'est là qu'on aurait pu trouver les meurtriers.

Les juges trouvèrent plus prudent de provoquer contre la mère et la fille un supplice anticipé qui attaque la justice dans ses fondemens, par lequel on est sûr de détruire à jamais, par les douleurs les plus aiguës,la constitution organique d'un accusé dont l'innocence est en problème, dont l'innocence se manifeste souvent après qu'on lui a arraché l'usage de ses membres, sans être sûr de pouvoir apprendre par cette voie s'il est coupable. La torture ne prouve rien, sinon la barbarie des juges. Les Romains avaient la même opinion sur ce point. « Les constitutions des empereurs, dit Ulpien,ne veulent pas qu'on ajoute toujours foi aux aveux arrachés par les tourmens, rien n'étant moins propre à fixer la vérité, puisqu'il y a des accusés qui sont si fort au-dessus de la douleur, qu'à quelque excès qu'on la porte, elle ne leur arrachera jamais une déclaration contraire à leurs intérêts. D'autres, au contraire, sont si faibles que la crainte de souffrir leur fera dire tout ce qu'on voudra, et non seulement ils s'avoueront coupables, mais ils compromettront tous ceux contre qui on leur suggérera de parler. »

Madame de Fornel appela de l'inique sentence des juges de la Rochefoucault, qui fut infirmée par arrêt du parlement de Paris du 1er février 1773, lequel déchargea tous les accusés de l'accusation, et ordonna la radiation de leurs écrous.

Source : Chronique du crime et de l'innocence, de Jean-Baptiste-Joseph Champagnac.

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12 février 2020

L'aumônier et la garde nationale

Le 14 août 1791, un nouvel incident mettait en émoi la municipalité d'Angoulême. Pierre Naud, ancien curé de Vouzan et, depuis trois ans, aumônier des Carmélites, n'avait pas prêté le serment de fidélité à la constitution civile du clergé, auquel il ne semblait pas qu'il ait été tenu. Ce matin-là, comme à l'habitude, il s'était rendu, vers huit heures, au Carmel pour y dire la messe et y prendre ensuite son petit déjeuner. En sortant du Carmel, il fut interpellé par deux gardes nationaux en uniforme, les nommés Laroche et Lacour la Pijardière, qui le prièrent de les accompagner chez le commandant de la garde nationale, M. de Bellegarde. Comme il arrive souvent, en pareil cas, un attroupement s'était formé autour du prêtre et des deux gardes. Avertie de l'incident, et craignant qu'on ne fasse un mauvais parti à ce prêtre dont elle ignorait encore le nom, la municipalité dépêcha aussitôt deux de ses membres pour s'informer et, au besoin, assurer la sécurité de cet ecclésiastique. Ils le trouvèrent chez un marchand dont la boutique faisait face à la maison de M. de Bellegarde, absent, mais que l'un des gardes était allé chercher pendant que son camarade surveillait le prisonnier. Après s'être renseignés sur le pourquoi de l'arrestation de ce prêtre, les deux membres de la municipalité jugèrent plus sage, malgré la résistance du garde Laroche, de conduire l'abbé Naud à la maison commune. À peine arrivés à la maison commune, ils y furent rejoints par le second garde national, le nommé Lacour, qui déclara qu'il avait ordre du département de lui amener l'abbé Naud; mais comme il n'avait pas d'ordre écrit, la municipalité refusa de lui confier cet ecclésiastique. Peu après, M. de Bellegarde se présenta devant la municipalité et l'on procéda à l'interrogatoire de l'abbé Naud, qui déclara servir d'aumônier aux dames Carmélites depuis trois ans, qu'il leur disait la messe tous les jours, mais que la porte extérieure de leur chapelle était constamment fermée, conformément aux ordres du département. Il ajouta que les deux gardes qui l'avaient arrêté lui avaient dit : Vous êtes un prêtre réfractaire, il faut que vous veniez chez M. de Bellegarde; vous venez de dire la messe chez les Carmélites, vous n'y êtes pas autorisé par M. Joubert et vous ne devez la dire qu'à un oratoire public. L'abbé Naud dit aussi qu'il avait manifesté aux deux gardes nationaux sa surprise d'être arrêté, que n'étant pas fonctionnaire public, il croyait être libre de dire la messe dans toutes les églises, chapelles et oratoires dont les portes étaient fermées. Il ajouta qu'il ne voulait pas que l'on prenne de sanctions contre ces gardes trop zélés, auxquels la municipalité fit seulement défense, ainsi qu'à quiconque, de procéder à une arrestation sans ordres.

Source : Le clergé charentais et la Révolution, de Pierre Bureau.

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La présentation de la comtesse du Barry

Les péripéties qui ont accompagné la présentation de la comtesse du Barry à la cour du roi Louis XV, et le rôle qu'y a joué la marquise d'Alogny, présentent un certain intérêt d'histoire locale. La tradition s'en est transmise depuis 160 ans, et mérite de ne pas tomber dans l'oubli.

En 1743, une pauvre femme de Vaucouleurs, nommée Anne Bécu, accouchait d'une fille naturelle qu'elle nommait Jeanne. Cette Jeanne venait à Paris assez jeune, y recevait de l'éducation, devenait dame de compagnie de la veuve d'un Fermier général chez qui elle faisait la connaissance d'un « roué » de l'époque, le comte Jean du Barry, dont elle devenait la maîtresse. Le comte du Barry exploitait la beauté de Jeanne Bécu et la présentait à Lebel, valet de chambre du Roi qui, frappé par sa beauté, la présentait au roi Louis XV qui l'agréait en 1768.

On lui fabriquait alors un nouvel état-civil, sous le nom de Jeanne Gommard de Vaubernier, et Jean du Barry proposait de la marier à son frère, Guillaume du Barry, qui était officier dans un régiment en Gascogne. Le mariage fut célébré et la nouvelle comtesse du Barry recevait un appartement dans le château de Versailles au-dessus de l'appartement du roi.

Très rapidement, le roi avait désiré que la comtesse du Barry put faire partie de son cercle intime. Louis XIV avait toujours mené à Versailles une existence publique. Le palais était ouvert en permanence à tout venant. Chacun pouvait y circuler librement et y était chez lui. On pouvait y suivre l'existence du roi, depuis le lever jusqu'au coucher, assister à sa toilette, à ses repas, à ses promenades. Il ne se réservait que ses heures de travail, soit seul, soit avec ses ministres.

Le roi Louis XV ne s'astreignait qu'une fois par semaine à cette existence publique. Les autres jours, il abandonnait de bonne heure ce qu'on nommait les « Grands Appartements », se retirait dans les « Petits Appartements », donnait à un chambellan la liste des personnes qui, ce soir-là, étaient admises à partager le repas du roi et à passer la soirée avec lui. Le chambellan appelait les favorisés, et les autres se retiraient. Ce cercle intime se composait de trois ou quatre femmes, et de cinq ou six hommes.

C'est dans ce cercle que le roi voulut introduire la nouvelle comtesse.

Malheureusement il fallait pour cela qu'elle fut « présentée » et qu'elle eut été admise à ce qu'on nommait les « Honneurs de la Cour ».

La « Présentation » et les « Honneurs de la Cour » étaient, réservés aux personnes qui pouvaient prouver oue leur noblesse remontait à une date antérieure à l'année quatorze cent. C'était l'inflexible Chérin, Juge d'Armes de la Cour, oui examinait les papiers cru'on lui présentait, et il ne pouvait être question de lui proposer ceux que pouvaient fournir le comte Guillaume du Barry et à plus forte raison Jeanne Bécu, même transformée en Gommard de Vaubernier.

Cependant, pour ces « Présentations », le roi s'était toujours réservé le droit de dispenser des preuves de noblesse les personnes qu'il désirait introduire dans son intimité, et la question de papiers n'était pas un obstacle infranchissable. Quand le roi avait donné son agrément, il fallait que la personne sollicitant l'entrée à la Cour trouvât Quelqu'un, appartenant déjà à la Cour, qui acceptât de faire la « Présentation ». Une présentation était une cérémonie de Cour. La personne qui présentait prenait la personne présentée par la main, l'amenait devant le roi, la lui présentait ; le roi prenait la main de la personne présentée, lui disait quelques paroles aimables, et l'embrassait. La personne qui présentait répondait de celle qu'elle avait présentée.

Les hommes étaient présentés au roi par des hommes, et les femmes par des femmes.

Il fallait donc trouver une femme qui acceptât de se porter forte pour la naissance illustre de Jeanne Bécu, après sa transformation en Gommard de Vaubernier, et garantissant la dignité de son existence passée. Quelle que fut la servilité des gens de Cour, cette demande du roi pour trouver une personne de bonne volonté se heurtait à un refus général. Il y eut de longues négociations et après bien des difficultés, Marie-Thérèse d'Abzac, dame de Pressac, marquise d'Alogny acceptait de faire la présentation.

Marie-Thérèse d'Absac, fille unique de Gabriel d'Abzac, seigneur de Pressac et de Marie-Anne de Nesmond avait épousé, en 1756, Thomas, marquis d'Alogny, baron de Saint-Pardoux-la-Rivière, en Périgord. Présentée à la Cour, elle y aurait été, d'après la tradition, dame d'honneur de Mesdames, filles du roi Louis XV. D'après les souvenirs locaux, elle aurait été veuve d'assez bonne heure, son fils, Thomas-Marie, né à Angoulême en 1757, aurait vécu en Périgord, pendant que la marquise d'Alogny résidait à Versailles, où ses affaires financières auraient reçu de grands dommages par suite de la passion du jeu.

Elle se trouvait dans une situation très difficile quand on lui proposait de faire la présentation de la comtesse du Barry. Après bien des hésitations, elle finissait par accepter à la condition que le roi commençât par payer ses dettes dont elle fournissait le détail.

Les dettes furent payées, et jour était pris pour la cérémonie de la présentation quand la marquise d'Alogny fit une chute dans un des escaliers de Versailles et se déclarait incapable de se lever pour faire la présentation' promise.

Le roi Louis XV, à tort ou à raison, ne prit pas cette défaite au sérieux, et la marquise d'Alogny était exilée dans sa terre de Pressac, privée de son emploi, avec défense de revenir à la Cour.

La présentation fut retardée jusqu'à ce qu'on ait trouvé une personne de bonne volonté pour la faire.

Quant à la. marquise, elle était incorrigible. Elle se remariait avec un Chaigneau de la Gravière, beaucoup plus jeune qu'elle, recommençait à accumuler les dettes, et 10 ans après, en 1779, sa terre de Pressac était saisie par ses créanciers.

Réfugiée à Angoulême avec son mari, elle y végétait misérablement et y mourait dans la misère au commencement de la Révolution.

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1932)

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11 février 2020

La dernière prieure du Carmel d'Angoulême

La dernière prieure fut la mère Françoise-Charlotte-Victoire de Jésus : élue en 1785, elle fut réélue en 1788 et en 1791. Elle appartenait à la même famille que la fondatrice, la première compagne de la mère Agnès de Jésus : Anne Regnauld de la Soudière avait eu la joie d'aider à la naissance du Carmel d'Angoulême ; Françoise Regnauld de la Soudière eut la douleur de le voir périr et elle dut en conduire le deuil pendant plus de trente années.

Elle était fille de messire François Regnauld, chevalier, seigneur de la Soudière, et d'Anne de la Ramière ; elle naquit au château de Saint-Mary, le 6 septembre 1743. Sa vocation, qui se révéla de bonne heure, fut contrariée d'abord : la jeune Françoise était intelligente et belle, et sa famille ne pouvait se résoudre à lui permettre d'ensevelir ses charmes derrière les grilles d'un cloître L'aspirante carmélite eut longtemps recours aux supplications et aux larmes; voyant enfin que tout était inutile, elle prit un parti extrême, qui s'accordait avec son caractère ferme et décidé : elle s'échappa de la maison de ses parents. On la poursuivit, on parvint à la rejoindre et on la réintégra sous le toit paternel. Mais un jour la surveillance se trouva en défaut : Françoise de la Soudière réussit à se cacher dans une charrette de foin qu'un vieux domestique, son complice sans doute, devait conduire du château de Saint-Mary à quelque ferme ; quand elle jugea le monent favorable, la fugitive se dégagea de dessous le foin qui la recouvrait et fit à pied la route d'Angoulême (1). Elle arriva bien fatiguée au monastère, où elle était connue de longue date, et où la mère Louise-Victoire des Anges l'accueillit à bras ouverts : elle avait alors vingt-trois ans.

C'est par affection pour cette bonne mère qu'elle prit elle aussi le nom de Victoire. Elle fut reçue à la vêture le 29 mars 1767. On dit que le roi Louis XV et la reine Marie Leczinska avaient accepté d'être ses parrains en cette circonstance ; mais nous ne savons trop quelle est la valeur de cette tradition ni par qui Leurs Majestés s'étaient fait représenter. On ajoute que Mme Louise de France, qui devint carmélite en 1771, au monastère de Saint-Denis, essaya vainement, à diverses reprises, d'attirer auprès d'elle la filleule de ses augustes parents.

Quoi qu'il en soit, Françoise-Charlotte-Victoire de Jésus fit son noviciat avec la ferveur et la générosité qu'on devait attendre d'une vocation si éprouvée. L'année révolue, elle prononça ses vœux, le 31 mars 1768, après avoir été examinée par l'évêque d'Angoulême, Mgr Joseph-Amédée de Broglie, et reçut le voile des mains de messire Jean-François Coiffet, grand archidiacre de la cathédrale d'Angoulême et supérieur immédiat du Carmel. Elle avait 24 ans 6 mois et 25 jours. Elle fut nommée première dépositaire au plus tard en 1774, sous-prieure en 1782, et, comm nous l'avons dit déjà, elle devint prieure en 1785.

Elle poursuivit le but, que s'étaient proposé déjà ses devancières, d'améliorer la situation matérielle des Sœurs en leur procurant un logement plus salubre et plus vaste. C'est dans ce dessein (2) qu'elle acheta, le 21 janvier 1788, de M. Pierre Bourdin, « conseiller d'honneur en la sénéchaussée et siège présidial d'Angoulême, » et de Marie Trémeau, sa femme, « les maisons, cour, jardin et dépendances appartenant audit sieur Bourdin, » qui en occupait personnellement une partie ; lesdites maisons « situées rue des Cordonniers, paroisse de Beaulieu. » La vente fut faite moyennant le prix de 21,000 livres de principal et 250 livres de pot-de-vin. Les Carmélites fournirent, séance tenante, le pot-de-vin et, huit jours après, elles payèrent, pour droit de lods et ventes, l'énorme somme de 5,000 livres à M. Salomon Varin, sieur de Magnac et de Maumont, la maison acquise étant mouvante de ce dernier fief. Quant au prix principal, il était convenu que les Carmélites paieraient à divers créanciers de M. Bourdin la rente d'une partie, fixée à 5,775 livres ; que, dans huit ans, elles verseraient 8,500 livres au sieur de Bellevue, et 6,725 livres à M. Bourdin lui-même dans le délai de six mois (3). L'emprunt de 4,000 livres fait aux Dames de l'Union chrétienne le 17 février 1789 fut sans doute motivé par cet achat.

Nous avons vu (4) déjà que la mère Victoire de Jésus songeait à rebâtir l'église du monastère; mais elle n'eut point cette consolation.

Notes :

1. Nous devons ces détails et plusieurs autres, concernant la dernière prieure du Carmel, à d'obligeantes communications de Mme la marquise et de Mme la comtesse de la Soudière, que nous prions d'agréer ici l'expression de notre respectueuse reconnaissance.

2. L'acte s'exprime ainsi : « Les Carmélites ont déclaré que leur clôture actuelle est si resserrée qu'elles ne font la présente acquisition que pour y renfermer lesdites maisons et dépendances et avoir moins de gêne. »

3. Archives départementales, fonds des Carmélites.

4. Il n'est pas besoin de dire que la pieuse prieure avait, comme toute vraie carmélite, des goûts de magnificence pour ce qui touchait à l'embellissement et à la décoration de la maison de Dieu. « En 1787, notre révérende mère Victoire de Jésus, écrit la dépositaire, a fait faire un parement en broderie or et soie ; la figure de notre sainte Mère est en peinture fine. Il revient à la somme de 672 livres : cette somme est du produit du travail et des petites épargnes de notre révérende mère prieure. » (Registre de la dépositaire)

Source : Notice historique sur l'ancien Carmel d'Angoulême, de l'abbé Blanchet.

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