03 janvier 2016

Les industries nontronnaises

La région nontronnaise ayant un sous-sol abondamment pourvu de minerai de fer et étant couverte d'immenses étendues boisées, avait à pied d'œuvre la matière première nécessaire à la fabrication du fer, aussi cette industrie se développa-t-elle dès une époque très reculée et au moyen âge, dut être déjà très florissante.

Sur la rivière le Bandiat et dans le voisinage immédiat de Nontron on trouvait quatre hauts fourneaux et sept forges à martinet, ainsi nommées, du lourd marteau mu par l'eau.

Les maîtres de forge

La forge à haut fourneau de Lavenaud produisait tous les vases en fonte, celle de Jommelières, de Forge-Neuve et de La Chapelle Saint-Robert, fondaient aussi des canons. Des forges à martinet sortaient des instruments divers et surtout un acier particulièrement renommé. Les plus actives étaient celle de Brouillaud, de Lamendeau, du Huisseau-de-l'Etang, qui exportaient jusqu'en Angleterre des poêles à frire particulièrement appréciées.

Une industrie si prospère enrichissait de nombreuses familles, nobles et bourgeoises, et faisait vivre sans aléa un nombre croissant d'ouvriers; jusqu'au milieu du siècle dernier cette industrie connut une prospérité sans éclipse, la forge de Jommelières, pour n'en dire qu'une, employait 110 ouvriers et produisait 12.000 à 13.000 quintaux de fonte. A leur apogée, en 1860, ces forges si florissantes, richesses du pays allaient s'éteindre l'une après l'autre, et disparaître en l'espace de moins de 10 ans. Le traité de commerce que la France signa le 23 janvier 1860 avec l'Angleterre devait ruiner cette industrie. La France passait subitement du régime de la protection douanière au régime du libre échange, qui abaissait considérablement les droits d'importation sur la houille et la fonte anglaise. Les vieux procédés au charbon de bois ne purent tenir devant les nouveaux procédés de traitement des minerais de fer par la houille, qui amenèrent la chute verticale des prix du fer et de la fonte; les voies de communication et la houille manquant dans notre pays, l'industrie locale dut capituler.

Les tanneries

Après celle des maîtres de forge, la principale industrie était celle des maîtres tanneurs. L'annuaire de la Dordogne de 1803 parle de cette industrie en ces termes :

« Les meilleures tanneries sont à Nontron; cette ville en a douze où l'on fabrique parfaitement le veau blanc, la basane, la vache, en croute ou lissée. Tous ces cuirs sont supérieurs à ceux des départements voisins; on attribue en partie cette supériorité aux eaux du Bandiat qui ont la propriété de rendre la matière souple et très moelleusse. »

Plus tard, ces tanneries furent au nombre de quatorze, mais depuis le libre échange, elles ont successivement périclité et la dernière a disparu il y a une soixantaine d'années.

Seule une filiale de ces industries si florissantes a survécu. Les aciers fournis par certaines forges étaient d'une qualité spéciale et il était tout naturel qu'on les employa dans la région; ainsi naquit et se développa la coutellerie nontronnaise, qui, dès la seconde partie du XVIIIe siècle, était déjà appréciée dans toute la France. Aujourd'hui la coutellerie nontronnaise ne pouvant avoir le privilège exclusif de la qualité, s'est spécialisée pour garder un cachet tout à fait propre et particulier.

La coutellerie

Les principales spécialités de couteaux de Nontron sont : le couteau à virole et à manche en buis pyrogravé et de formes particulières, en queue de carpe ou en sabot et les petits couteaux miniature. Cette dernière production de la coutellerie nontronnaise excite au plus haut point la curiosité et la surprise des visiteurs; comment pourraitil en être autrement quand il vous est présenté douze petits couteaux dans une coquille de noix, de noisette et même dans un noyau de cerise, et lorsqu'on s'aperçoit que ces couteaux s'ouvrent, se ferment et coupent comme leurs grands frères.

On peut obtenir un noyau de cerise contenant 150 couteaux ne pesant ensemble qu'un gramme! On avouera qu'il y a là de la part de cette industrie un véritable tour de force.

A côté de cette industrie il faut en citer quelques autres, qui, sans avoir l'originalité de la coutellerie, n'en sont pas moins des sources de richesses pour le pays.

Le chausson de feutre

En premier lieu, la fabrication du chausson de feutre. Cette industrie qui prit naissance tout de suite après la guerre, fait travailler plus de 400 ouvriers, se répartissant dans une douzaine d'usines de différente importance. Se pratiquant comme on le voit sur une vaste échelle cette industrie nontronnaise concurrence les gros centres producteurs de chaussons, tant par ses prix avantageux que par la qualité, ceci grâce à des conceptions de travail toutes modernes qui font honneur aux actifs Nontronnais qui en ont pris l'initiative.

Cette industrie devait en faire naître une autre. En effet, sur le Bandiat, un peu en dehors de la ville, une usine tisse, foule et teint le feutre de laine destiné à la confection des chaussons.

Les paillons

Les pays avoisinants, granitiques, cultivent beaucoup de seigle, il était normal qu'une industrie utilise cette paille spéciale, longue et élastique; c'est ce qui amena la création de trois fabriques de paillons pour bouteilles : une à Saint-Pardoux, une à Jommelières et une autre à Brouillaud, tout près de Nontron. Ces industries bien que touchées par la loi de prohibition en Amérique n'en sont pas moins prospères, et le touriste, que la fabrication du paillon intéresse, trouvera à Brouillaud un site admirable qui le dédommagera amplement des trois kilomètres qu'il aura fait.

Les fers à sabots

Une autre usine a vu récemment le jour dans notre cité; usine modeste certes, mais qui ne manque pas d'originalité, ne serait-ce que par la rareté de ses pareilles; deux centres seulement en France de production rationnelle de fers à sabots : Tours et Nontron. Originale aussi par son mode de fabrication des fers, dont la façon est uniquement et entièrement menée par pression et sans l'aide du feu.

Autres industries

La qualité des roches du pays les font rechercher dans de nombreuses carrières à ciel ouvert; tantôt c'est un calcaire approprié comme à Jommelières, qui sert à faire un macadam spécial pour le revêtement des routes, tantôt c'est un granit ou un grès que l'on extrait de notre sol pour faire des pavés ou pour construire des monuments qui se riront des injures du temps.

Enfin, si on ajoute nombre de petites industries urbaines particulières, telles que la fabrication des sabots, des conserves alimentaires, des biscuiteries, qui méritent une mention toute spéciale pour l'importance de leurs exportations, trois imprimeries (2 journaux hebdomadaires), des eaux gazeuses, des scieries, des minoteries le long du Bandiat, des fabriques de tuiles et de briques près des gisements argileux; si on ajoute que Nontron possède des ébénistes remarquables par la façon moderne avec laquelle ils travaillent les beaux bois du terroir, on se rend compte que le Nontronnais n'a rien perdu de son caractère industrieux, que malgré les revers de ses ancêtres, il a su remonter, puis franchir la mauvaise passe et qu'il cherche à augmenter sans cesse la prospérité de sa ville en même temps que la sienne propre, grâce à ses merveilleuses facultés d'adaptation, à son énergie et à ses connaissances des possibilités du pays.

(Revue économique du Centre-Ouest, 1937)

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02 janvier 2016

Suspects pendant la Révolution

La famille Besse Desmoulières était « suspecte » . Le chef de famille était alors Gérôme. Son frère Jean-Baptiste, qui était prêtre, parlait de prendre le chemin de l'exil. Au début de 1792, de mauvaises langues ont dû jaser. Un des fils de Gérôme, Pierre Besse, est absent depuis longtemps. Où est-il ? N'aurait-il pas rejoint l'armée des Emigrés ? Pour calmer les soupçons malveillants, le « sieur Desmoulières père » demande à la municipalité de Milhac de se faire délivrer par la municipalité de Dôle, dans le Jura, où se trouve son fils, un certificat de résidence. « L'attestation certifiant que le sieur Pierre Besse Desmoulières, cavalier au 7e Régiment précédemment Royal-Etranger, en garnison » à Dôle, se trouve bien « dans cette ville où il réside en cette qualité », est datée du 3 février 1792.

Jeanne Pourtent, du Chastenet, avait un frère, Jean, qui était chanoine et résidait à Arras. Sans doute aussi pour se défendre contre des calomnies, Jeanne demanda « verbalement » un certificat prouvant que le chanoine était toujours en France. Le 6 octobre 1792, la municipalité d'Arras signait pour celle de Milhac un papier « attestant que Jean Pourtent, ci-devant chanoine, a résidé à Arras » depuis le 29 avril 1791 jusqu'à ce jour.

En 1793 vivait à Croze la veuve Faurichon. Elle était née Marie Guichard de Verzinas. En 1769, elle avait épousé Elie-Noël-Jean Faurichon, écuyer, seigneur de Labardonnie, qui demeurait à Croze.

En 1793, elle pouvait donc avoir quelque 45 ans.

Son fils aîné, prénommé Elie comme son père, selon une coutume fréquente, pouvait, lui, être âgé d'environ 23 ans.

La veuve résidait à Croze avec «ses filles ». Mais son fils Elie avait émigré.

Les Faurichon de Croze étaient donc « suspects » .

A la fin de 1792, un « officier municipal » avait été envoyé tout exprès à Croze pour rappeler à « ladite Guichard et à Georges Puyrenier son homme d'affaires » que « les biens des émigrés étaient mis sous la sauvegarde de la Nation » et qu'ils ne devaient pas « être dilapidés ». La veuve avait fait au messager « des réponses irrévérentielles » et lui avait dit que le Conseil se mêlait de ce qui ne le regardait pas. Sur quoi elle avait donné l'ordre de « couper des arbres sur les limites du pré de réserve attenant la maison appartenant à son fils, émigré français ». Le 18 janvier 1793, la municipalité votait un blâme à « Marie Guichard veuve La Bardonnie », et en donnait connaissance au District « à telles fins que de droit ».

Au printemps de 1793, un « bruit commun » avait couru jusqu'à Nontron accusant les deux « dames » des Moulières et de Croze d'avoir tenu des « propos peu républicains ». Le District en prit prétexte pour ordonner une visite domiciliaire aux deux « maisons suspectes » des Besse et des Faurichon. La visite eut lieu le 29 mars 1793 après midi. Elle était dirigée par le commissaire Ladorie, envoyé par le District, auquel faisaient escorte le maire, le procureur de la commune, deux officiers municipaux, deux notables et quatre gardes nationaux.

Bien que Gérôme Besse Desmoulières fût alors « commandant de la Garde nationale », on commença par sa maison « environ les 2 heures de relevée ». Aussi bien était-ce à sa femme qu'on en avait. Les enquêteurs sont reçus par la fille de Besse. Elle leur dit que sa mère est absente, qu'elle est partie à Bonnefond. Elle va appeler son père. Quand Besse est là, on lui demande de donner « les clefs du cabinet de son épouse » et « les journaux ou lettres et papiers qui, dans les circonstances (présentes) , peuvent être suspects ». Besse répond que sa femme a sur elle « les clefs des deux cabinets ». Il les montre et on y appose des scellés. Puis il ouvre « un tiroir » où sont « des lettres et des papiers ». On les examine : « Rien n'est trouvé suspect ». Puis la fille Besse doit ouvrir un « cabinet » lui appartenant. On y trouve « parmi des papiers deux lettres qui ont paru suspectes » et que confisquent les commissaires.

Après la visite des papiers, on s'occupe des armes. On inventorie : 3 fusils simples, 1 fusil à 2 coups, 2 pistolets « de fouraud », l'épée, 1 couteau de chasse et 2 pique. Toutes ces armes seront « transférées de suite en la maison commune ».

On se rendit ensuite aux écuries. Les deux juments qui s'y trouvent sont mises « en réquisition permanente ».

Avant de se retirer, les commissaires déclarent « au citoyen Desmoulières » que sa femme est mise « en état d'arrestation ». Desmoulières « promet » qu'elle se rendra demain à la maison commune où elle restera détenue jusqu'à la décision du District.

Les enquêteurs se rendirent alors aussitôt à Croze « en la maison de la citoyenne Guichard » . Elle ouvre « tous ses cabinets » et « produit tous ses papiers ». Rien de suspect.

Quant aux armes, elle donne ce qu'elle a : 2 pistolets « à foureaud », 1 épée fort rouillée, 1 mauvais fusil simple et 1 autre à 2 coups. Mais ce dernier ne lui appartient pas. Il est à Puyrenier, son homme d'affaires. Par contre, elle en possède un « assez en bon état », qui est actuellement «chez !e citoyen Laurandie ». Les armes de Croze sont emmenées. Le fusil de Laurandie sera apporté demain à Milhac.

Ladite Guichard » est, elle aussi, mise « en état d'arrestation ». Qu'elle se rende demain en la maison commune où elle aura à se justifier des « paroles pour lesquelles elle a été dénoncée ». Elle accepte et promet.

Le lendemain 30 mars, les deux dames sont à Milhac. Elles demandent que le commissaire du District vienne enquêter sur leur culpabilité et lever les scellés sur les deux cabinets des Moulières. Aussitôt le Conseil envoie un « exprès » à Nontron pour demander à Ladorie de revenir dès le lendemain. Le conseil général de la commune se trouvera de nouveau réuni, et lui, Ladorie, aura à procéder à un complément d'enquête.

Le commissaire du District vient seulement le 1er avril. Aux Moulières, dans les deux cabinets de la dame Besse, il ne trouve rien de suspect, sinon une « Représentation du Clergé de France faite à Louis XVI » et une « lettre dont le citoyen Ladorie s'est emparé ».

Après avoir examiné les accusations portées contre les deux dames au sujet des propos subversifs qu'elles auraient tenus, et après avoir pris « l'avis du Conseil » municipal, Ladorie rend son verdict. Les deux dames ne sont pas coupables, qu'elles soient remises en liberté. Il leur donne cependant le conseil d'être à l'avenir «plus circonspectes envers leurs concitoyens». Les dames « promettent d'être exactement réservées, et de ne nourrir dorénavant que de pures intentions au bien public, et de se comporter en vraies républicaines ». Elles sont simplement condamnées « à payer les frais dus aux gardes nationaux ». Ce « dont le citoyen des Moulières commandant a répondu ».

Source : Milhac-de-Nontron, de Marc Chassaing.

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Eyriaud des Vergnes

Eyriaud des Vergnes, avec Généalogie Charente Périgord
Famille établie à Javerlhac au XVIIe siècle.

Filiation suivie

I. — Hélie Eyriaud, sieur de Bechemore, marié avec Sybille Dumas, d'où : 1° François Eyriaud, qui suit ; 2° Antoinette Eyriaud, mariée avec Jean Gauthier, sieur de Sauveroche, juge de Varaignes ; 3° Marie Eyriaud, mariée d'après acte du 16 novembre 1676, avec Étienne de Marendat, sieur de Bellevue, capitaine du château de Varaignes.

II. — François Eyriaud, sieur de Bechemore, juge de Varaignes, marié d'après acte du 1 juillet 1660, avec Léonarde Rastineau, fille de François Rastineau, bourgeois, et Marguerite Faure, d'où : 1° Michel Eyriaud, qui suit ; 2° Sicaire Eyriaud, bourgeois, marié d'après acte du 20 février avec 1683 avec Suzanne Veyret ; 3° Marie Eyriaud, mariée d'après acte du 4 février 1712, avec François de Mazerat, greffier.

III. — Michel Eyriaud, sieur de Bechemore, fermier du château de Javerlhac, marié d'après acte du 8 mai 1714, avec Jeanne de Lapouge, d'où : 1° François-Sicaire Eyriaud, qui suit ; 2° Antoine-Sicaire Eyriaud, notaire royal, marié avec Françoise Bazinet ; 3° François Eyriaud-Bechemore, né en 1727, décédé en 1812, officier de santé, maire de Javerlhac, marié avec Marie Jalanihat, d'où Jacques Eyriaud-Bechemore, garde d'honneur de la Dordogne ; 4° François Eyriaud, prêtre ; 5° Marie Eyriaud, mariée d'après acte du 29 janvier 1765, avec Georges Jalanihat, marchand ; 6° Marguerite Eyriaud, mariée d'après acte du 18 juin 1737, avec Joseph Resnier, sieur du Couret.

IV. — François-Sicaire Eyriaud, né en 1715, décédé en 1789, bourgeois, marié avec Marguerite Seguin, d'où : 1° Jean-Joseph Eyriaud-Desvergnes, qui suit ; 2° Michel Eyriaud-Desvergnes, propriétaire, marié avec Marie Paulet ; 3° Marguerite Eyriaud-Desvergnes, mariée d'après acte du 25 février 1783, avec Pierre Soury-Lafond, maître de forges, d'où Marguerite-Honorine Soury-Lafond, mariée d'après acte du 3 novembre 1813, avec Nicolas-Basile Fontpuy-Boulouneix, propriétaire, maire de Javerlhac.

V. — Jean-Joseph Eyriaud-Desvergnes, marié d'après acte du 13 juin 1797, avec Marie-Rosalie Demay, d'où : 1° Richard Eyriaud-Desvergnes, qui suit ; 2° Michel-Chéri Eyriaud-Desvergnes, né en 1806, décédé en 1878, médecin, marié avec Marie-Rose Bouniceau.

VI. — Richard Eyriaud-Desvergnes, conservateur des hypothèques, marié avec Joséphine-Marie-Anaïs Tétiot, d'où : 1° Jean-Joseph-Alfred Eyriaud-Desvergnes, né en 1835, décédé en 1905, ingénieur des ponts et chaussées, officier de la Légion d'honneur, marié avec Gabrielle-Henriette-Thérèse Derode ; 2° Pierre-Eugène Eyriaud-Desvergnes, né en 1836, décédé en 1883, capitaine de vaisseau, écrivain.

Archives départementales

1781. — Prestation de serment, après examen sur le fait de la pratique par le lieutenant-général dans la chambre du Conseil, en présence du procureur du Roi et de tous les juges de Pierre Eyriaud, praticien, pourvu de l'état et office de notaire royal en la paroisse de Javerlhac.

Bibliothèque généalogique

• Publications de la Société des océanistes, 1975.

Eyriaud Desvergnes, Pierre Eugène (1836-1883). — Officier de marine. Né le 9 septembre 1836 à Versailles (Yvelines). Élève de l'Ecole polytechnique, promotion de 1857. Passe dans la marine avec le rang d'enseigne de vaisseau au 24 décembre 1859. En février 1868, demande à remplir les fonctions de résident aux îles Marquises où il arrive, en octobre 1868, ayant rejoint son poste par l'Alceste. Touche sa solde, plus une indemnité de 2 500 F, ce qui lui donne un traitement annuel de 5 460 F. Eyriaud s'installe à Nuku Hiva, la résidence officielle : « une maison au bord de la mer, dans la vallée de Hakapehi. » Il est à la fois ordonnateur, officier d'état civil, commissaire de l'inscription maritime, consul « de toutes les nations », juge de paix et « accidentellement ingénieur et médecin ». Il a avec lui comme personnel européen, un écrivain de marine et une « brigade de gendarmerie, composée d'un brigadier et de deux gendarmes logés à la caserne ». En 1873, il obtiendra en outre « un artilleur de marine avec une pièce en bronze de 12 et des munitions ». « Il est facile de voir, ajoute le résident, que l'administration des Marquises n'offre rien de comparable à celle que l'on est habitué de voir fonctionner en France. » Eyriaud succède aux résidents Laurent et Hippolyte qui ont eu des difficultés avec la mission et Mgr Dordillon. Eyriaud maintiendra la tradition sur ce point et sera « en très mauvais termes avec la mission, ce qui, ajoute avec humour le gouverneur de Tahiti, arrive du reste à tous les résidents ». Son premier geste fut d'accuser le malheureux Père Fréchou « de cacher des barils de poudre dans son presbytère. En l'absence du missionnaire, le résident força les portes de la maison, fit sauter la serrure des deux malles et, ne trouvant rien, s'en alla laissant tous les effets à la merci des pillards ». Un peu plus tard, sous un prétexte saugrenu, il fait détruire un jardin expérimental de cultures tropicales, établi par l'évêque, auquel il suscite des difficultés par sa prétention d'appliquer à la lettre les prescriptions du code civil sur le mariage. Au sujet d'un troupeau local, il cherchera encore noise à la mission. Eyriaud vit aux Marquises l'abandon de l'exploitation du coton commencée vers 1867 par W. Stewart, le gérant d'Atimaono, sous l'impulsion du gouverneur de la Roncière et dont le colon Nichols avait accepté la direction locale en apportant de la main-d'œuvre asiatique. La faillite d'Atimaono, en 1873, vint tout interrompre. L'administration du résident Eyriaud se termina fort mal. Il exerça son commandement d'une manière tellement arbitraire qu'une enquête dut être ouverte en 1873. Bien qu'on lui reconnaisse de fort bien parler le marquisien et qu'on lui accorde, au début de son séjour, « une assez grande influence sur les chefs », on trouve qu'il manque vite « d'initiative et d'activité dans l'exercice de ses fonctions » ; que sa gestion, sous le rapport administratif, laisse à désirer et lui a « occasionné de graves embarras que l'on doit attribuer à son inexpérience en matière de comptabilité ». Il en va de même sous le rapport judiciaire. Si bien que son « administration aux îles Marquises ayant eu des résultats déplorables », et des « déficits » ayant été reconnus contre lui — on se trouve en face de « dettes considérables envers l'État » — il est rappelé en France par dépêche ministérielle le 1er octobre 1874. On l'excuse d'ailleurs un peu : il n'a eu pour société, pendant cinq ans, « que deux gendarmes et quelques marchands européens ou américains qu'il ne peut même pas fréquenter... et, mal avec les missionnaires, il a dû vivre presque exclusivement avec les indigènes dont il a trop adopté les habitudes... Son esprit est, par ailleurs, énervé par l'abus des boissons ». Manquant volontairement le navire sur lequel il aurait dû s'embarquer et s'acoquinant pour cela avec un certain commerçant du nom de McGrath, « homme déconsidéré dans le pays », le départ d'Eyriaud de Tahiti fut marqué d'incidents pénibles pour l'honneur d'un officier. Il arrive à Cherbourg le 1er février 1875. La marine le place pendant un an en non-activité par retrait d'emploi. Après sa réintégration dans les cadres actifs, Eyriaud demande un congé sans solde « pour attendre la retraite ». Par ailleurs, il songe à retourner aux îles Marquises. « M. Edouard Hay, un des premiers fabricants d'huile de Paris, désire m'attacher à sa maison pour recueillir, dans l'archipel des Marquises, les noix de bancoul nécessaires pour alimenter une industrie nouvelle qu'il veut créer. » Ainsi Eyriaud pense-t-il « rendre de sérieux services au commerce de la colonie dont les ressources d'exportation peuvent devenir importantes dans la suite » (lettre au ministre, 21 juillet 1876). En fait, Eyriaud ne repartira pas aux Marquises, car à la suite d'une nouvelle affaire, il sera retraité d'office, le 10 octobre 1879. Il entrera alors dans les chemins de fer. Il s'était marié, le 12 juin 1878, en Belgique, avec une Anglaise née au Brésil, Adèle Broad, qu'il amène en France ; il avait obtenu la même année la permission d'ajouter à son nom celui de Desvergnes. Il mourut à Cherbourg en 1883. — A son retour en France, Eyriaud Desvergnes rédigea, pour la marine, un rapport sur les Marquises qui témoigne d'un esprit observateur et cultivé. Ce rapport fut imprimé sous le tire : L'Archipel des îles Marquises (Paris, Berger-Levrault, 1877, 98 p.). C'est une bonne monographie de l'archipel. Il y décrit avec quelques détails la vie des indigènes, p. 17-59 ; y énumère un certain nombre de plantes usuelles, p. 59-69, et donne ses idées sur l'avenir de la colonisation et du commerce dans l'archipel. On trouverait là un plan de ce qui constituait alors la capitale des Marquises, Taiohae, à Nuku Hiva, p. 91.

• Gazette médicale de Paris, 1878.

Nécrologie. — Nous avons le regret d'annoncer la mort de M. le docteur Eyriaud des Vergnes, président, depuis sa fondation, de la Société locale des médecins de la Charente, ancien chirurgien en chef de l'hôpital d'Angoulême, décédé en cette ville à l'âge de 72 ans, le 20 juillet 1878.

Liens web

- Les émeutes de Javerlhac.

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01 janvier 2016

Du sang, de la volupté et... une cloche

Il y a, dans le clocher de Milhac, deux cloches : une petite et une grosse. La petite a été faite en 1847. Elle pèse de « 4 à 500 livres ». Elle porte sur ses flancs les inscriptions suivantes : « Sit nomen Domini bene- dictum. Parrain : M. Jean-Jules Puibareau. Marraine : Mme Desgorces Dugenet, veuve Astier. Jacques-Augustin Laurique, curé de Milhac. »

La grosse a été faite en 1733. Elle pèse « environ 1 500 livres ». Elle porte comme inscriptions : « Je suis à S. Martin de Milhac, faite par les soins de M. Théophile Ventou Lasserve, prêtre et curé de la présente paroisse. A été mon parrain M. Pierre-Louis Chapt de Rastignac, comte de Puyguilhem, seigneur de Villars, de Milhac et de Firbeix ; marraine dame Anne Suzanne Dulos Dalement, son épouse. » « Santa Maria, Sante Martine, orate pro nobis. » « Hélie Dupuy, sindic fabricien. » « Fecit Louis Bareau. »

Cette grosse cloche a évidemment été fondue pour le clocher de Milhac. Malgré la légende, elle est donc différente de celle — à peu près du même poids : 1,800 livres — qui avait d'abord appartenu à Abjat, puis avait été transférée, en 1641, et par arrêt de justice, d' Abjat à Thiviers. La cloche d'Abjat était encore à Thiviers en 1735, puisqu'elle fut vendue le 24 juillet de cette même année au syndic fabricien de Milhac, Hélie Dupuy, pour la somme de 1,035 livres. On ignore d'ailleurs ce que cette cloche est devenue par la suite. Peut-être a-t-elle été vendue à Dupuy fêlée ou brisée. Le motif de sa vente par les Thibériens fut en effet que le prix en serait « employé aux réparations de la chapelle dont son poids a causé la ruine... ».

Notre Milhacois Dupuy l'aurait alors revendue au poids du bronze en 1735 pour finir de payer celle qui avait été installée deux ans plus tôt dans le clocher de Milhac. C'est de cette manière, par procuration pourrait-on dire, que la cloche arrachée au clocher d'Abjat serait venue, après quelque cent ans de service à Thiviers, sonner à Milhac.

Mais on n'a jamais trop de respect pour les légendes. Elles sont toujours le déguisement d'une vérité. Vers 1730, les Milhacois désiraient une cloche. A la même époque, les Thibériens songeaient à se défaire de la leur. Mais d'abord, à Thiviers, tous n'étaient pas du même avis. Des contestations au sujet de cette cloche y duraient déjà depuis une dizaine d'années entre « les seigneurs de Vaucocour » et « les habitants » de la ville de Thiviers. Devant cet état de fait, il est normal que les habitants d'Abjat aient songé à réclamer une cloche qu'ils n'avaient jamais cessé de considérer comme leur légitime propriété. Les circonstances amenèrent ainsi Milhac à jouer, pour ainsi dire, le rôle d'arbitre entre Thiviers et Abjat. Et comme les circonstances sont l'expression de la volonté du Ciel... toute l'affaire se traduisit en fin de compte par ce pieux apologue, qu'on racontait à Milhac, le soir au coin de la cheminée :

« Autrefois on transportait la cloche d'Abjat à Thiviers. Arrivés à Milhac, les bœufs qui la traînaient s'arrêtèrent et refusèrent obstinément d'avancer. Croyant à une intervention divine, les conducteurs interpellèrent ainsi la cloche : « Sonne pour Thiviers » ; l'airain resta muet. « Sonne pour Abjat » ; il ne s'ébranla pas davantage. « Sonne pour Milhac » ; la cloche cette fois retentit et se fit entendre au loin. Alors un paysan, témoin du fait, s'écria : « La volonté de Dieu est manifeste, il faut que cette cloche soit montée au clocher de Milhac » ; ce qui fut exécuté. »

Voici maintenant dans quelles dramatiques circonstances la cloche d'Abjat avait été amenée à Thiviers.

Pour comprendre les événements qui vont se dérouler, il faut se rappeler que nous sommes en 1640. Les derniers soulèvements des « Croquants du Périgord » et les sévères répressions qui s'en suivirent sont encore tout chauds (1637). Dans un autre contexte historique, aucun des deux partis n'en serait venu à de telles extrémités.

Bref, en ce temps-là vivait au village de Fargeas, sur la paroisse d'Abjat, une jeune fille d'une beauté extraordinaire. « Tout son corps, disent les chroniqueurs, était d'une harmonie parfaite, et la chair de son cou était si diaphane qu'on pouvait distinguer, à travers, le vin ou l'eau qu'elle buvait ».

La réputation d'une telle beauté parvint aux oreilles du Gouverneur de Thiviers, qui avait Abjat dans sa mouvance. François de Vaucocour était capitaine de chevau-légers, et gouverneur de Thiviers depuis 1624. Au mois de mai 1640, il arrivait avec sa troupe dans le bourg d'Abjat. Les habitants, prévenus qu'il se rendait au village de Fargeas pour enlever la fille merveilleuse, « se rassemblèrent indignés sous la halle et l'invitèrent à rebrousser chemin. Il passa outre, traversa brutalement le bourg, et courut vers Fargeas et le Bandiat, où il fut poursuivi par une bande enfiévrée de colère qui, de nouveau, l'arrêta au passage du ruisseau. Un engagement sanglant s'y produisit ». Il y eut « des blessés et un mort de chaque côté ». Du côté d'Abjat, la lutte était menée par Jean Masfranc, le propre fiancé de la Belle convoitée. Un de ses frères, Simon Masfranc, fut tué. Du côté de Thiviers, François de Vaucocour, frappé par Jean, son rival amoureux, tomba raide mort. Suprême injure : « le corps du capitaine fut enterré sous le pont de la Chapelle, dans le lit du ruisseau. »

D'après le nombre des condamnations à mort « par contumace » qui s'ensuivirent, cette bagarre a dû avoir pour acteurs quelque deux douzaines de paysans d'Abjat contre environ une dizaine d'hommes d'armes. On juge de l'ampleur de ce que certains appellent, d'un ton pathétique, un « soulèvement ».

Car il y eut procès. La famille de Vaucocour demanda réparation. Ses avocats, comparant l'affaire aux récentes jacqueries qui avaient ébranlé le Périgord, présentèrent l'événement comme « un acte de félonie et de révolte contre le service du Roi ».

Officiellement, cette thèse prévalut d'autant plus facilement que les inculpés de la partie adverse avaient jugé prudent de s'éclipser dans les bois. Ils firent bien. La plupart auraient été probablement pendus ou roués vifs, avant que la vérité sur le fond ait été établie.

La cour de Nérac rendit son verdict un an après, le 8 mai 1641. Verdict d'autant plus sévère qu'il accablait des gens en fuite, et qu'on n'avait pas l'intention de les pourchasser. Trois ans après, en août 1644, le Roi signera des lettres d'abolition de la sentence de Nérac, et les fugitifs rentreront chez eux sans être autrement inquiétés. Ainsi les Vaucocour étaient-ils apaisés, et les « brigands » d'Abjat s'en tiraient-ils à bon compte. Preuve que la justice royale avait estimé que les torts étaient partagés.

Autre preuve qu'on ne désirait pas traquer les « contumaces » : cette pénalisation collective infligée au bourg d'Abjat. Amende de 5 000 livres « applicables à la réparation du château de Nérac », autre amende de 3000 livres destinées à des messes « pour l'âme du défunt », à Nérac et à Thiviers. Démolition de la halle d'Abjat avec suppression des foires et marchés. Enfin enlèvement des cloches d'Abjat, les plus petites allant à Limoges et la plus grosse à Thiviers, où le corps du Gouverneur avait été transféré.

Les noces de Jean Masfranc, fils de chirurgien, avec la Demoiselle « diaphane » furent certainement, même sans cloches, des plus joyeuses.

Source : Milhac-de-Nontron, de Marc Chassaing.

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L'arrestation de Moreau de Saint-Martial

Jean Moreau de Saint-Martial, né a Saint-Martial-de-Valette, avait été premier président en la souveraine Cour des aides de Guyenne; il s'était fait remarquer, dans ces hautes fonctions judiciaires, par son savoir et par la rare distinction de son esprit.

Lorsque les Cours des aides furent supprimées, le premier président revint en Périgord; c'était au moment où le suffrage des citoyens actifs nommait les nouveaux administrateurs du département de la Dordogne et des arrondissements, créés par la loi du 14 décembre 1789. Le grand Collège électoral, siégeant pour la première fois à Périgueux, nomma Moreau de Saint-Martial procureur-général-syndic; c'était comme un préfet élu par ses administrés. L'ancien premier président, jeune encore et tout heureux de continuer à servir la France et le roi, prit aussitôt possession de ses hautes fonctions. Auprès de lui fut également appelé, par l'élection, Jacques de Maleville, avec le titre de vice-président du Directoire de la Dordogne.

Monseigneur de Flamarens était encore évêque de Périgueux, mais il avait abandonné son évêché pour aller habiter Paris. Moreau de Saint-Martial ne partageait pas, sur la constitution civile du Clergé, les idées que le public attribuait a l'évêque; il avait plutôt à cet égard l'opinion clairement développée dans les œuvres diverses de Guillaume Delfau.

Mais l'ancien premier président aimait l'Eglise comme tout bon gallican, et il ne désespérait pas de convertir son brillant prélat.

Il fit quelques démarches dans ce but et n'obtint aucune réponse favorable. De très bonne foi, il s'étonnait, quand il voyait ses arguments, exposés avec une loyale conviction, rester sans aucun effet.

Le club populaire des Amis de la constitution commençait à trouver étrange que la loi du 12 juillet 1790 ne fût pas encore exécutée dans la Dordogne et que Mgr de Flamarens n'ait pas été sommé de prêter serment; mais le procureur-général-syndic savait bien qu'une mise en demeure aurait amené la rupture complète; il préférait temporiser. Cependant, sous la violente pression du Club et du Journal patriotique, il dut céder, et le 27 mars 1791, le Collège électoral fut convoqué.

Nous verrons plus tard les diverses péripéties de cette élection, qui fit monter Pierre Pontard sur le siège épiscopal du département.

Moreau de Saint-Martal appréciait le nouvel élu à sa juste valeur; il le traitait d'apostat et de prêtre des faux dieux, suscitant ainsi contre lui-même des haines qui vont bientôt éclater. Les progrès rapides de la Révolution lui avaient déjà désillé les yeux; il abandonna sans aucun regret le Directoire. Peu de temps après, les patriotes de Nontron le dénoncèrent comme suspect, et sa demeure fut envahie par les gendarmes, tandis qu'il était seul avec sa sœur, Marie-Radegonde; tous deux furent arrêtés. Mademoiselle de Saint-Martial fut enfermée dans le couvent de Saint-Pardoux-la-Rivière, transformé en prison pour femmes, et l'ancien premier président de la Cour des aides fut conduit de brigade en brigade vers le tribunal révolutionnaire de la Seine, où Fouquier-Tinville l'eût fait exécuter; mais des amis fidèles, qui suivaient sa piste, l'enlevèrent aux gendarmes, non loin des portes d'Orléans. Il resta caché dans des maisons amies jusqu'à la fin de la Terreur, et il mourut en 1804, déçu de toutes ses erreurs libérales et gallicanes.

Moreau de Saint-Martial et Guillaume Delfau nous ont fait voir qu'au moment de la convocation des Etats généraux, les nobles et les bourgeois du Périgord étaient également entraînés vers la révolution par la lecture des Philosophes. Ces mêmes nobles et bourgeois se retrouvaient aussi confondus dans les Loges maçonniques.

Source : Le clergé périgourdin, pendant la persécution révolutionnaire, de Richard de Boysson.

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30 décembre 2015

Rebellion au paiement de l'impôt

A Saint-Martin-le-Pin, le dimanche 10 juillet 1791, au cours de la messe, la lecture d'une lettre relative au paiement de la dîme aux propriétaires provoque des murmures et des protestations. Cholet jardinier du sieur Texier crie que les paysans étaient bien sots de payer la dîme à leur maître qui partageait déjà tout avec les métayers. Le tumulte se poursuit après la messe devant l'église où se produit une altercation entre Pierre Lavaud dit «Petit Mosieur», 63 ans, métayer du sieur de Verteillac à Chez Thomas et Patoureau des Cases le maire qui rappelle que la dîme doit être payée au maître. Lavaud rétorque qu'il aimerait mieux donner 12 sols au curé qu'un seul sol au maître, ajoutant qu'il ne fallait pas payer non plus la rente (fermage), prélevée avant le partage (le maître payait aussi la moitié de la rente) affirmant aussi qu'il ne fallait plus payer la taille. Puis, rentrant chez lui à Chez Thomas, il continue à tenir les mêmes propos à Marie et Arnaud Durand ajoutant d'après Pierre Janvier (tous de Chez Thomas) que si on voulait le croire, on tuerait tous ces messieurs à commencer par le curé, le propriétaire, le maire et que si toutes les paroisses en faisaient autant, les paysans deviendraient les maîtres... Le 14 juillet suivant, jour de la fête de la Fédération, durant la messe, Lavaud et quelques autres sortent de l'église pour ne pas prêter le serment civique ; le curé et le maire essaient de les faire rentrer, mais Lavaud fait celui qui n'a pas compris étant un peu court d'oreilles et recommence à dénoncer dime, rente et autre taille pour finalement colleter le maire en le secouant avec force. Lavaud est arrêté et conduit à la prison de Nontron où il est inculpé de crime de sédition et d'émotion populaire (Pierre Janvier dira que Lavaud et les autres paysans étaient de sales bêtes...).

Source : Nontron et le pays nontronnais, de Jacques Lagrange.

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23 décembre 2015

Les bourgeois de Saint-Pardoux-La-Rivière

Si à Saint-Pardoux l'élément noble fait presque défaut, en revanche on y rencontre un grand nombre de membres de cette petite bourgeoisis que les habitants des villes traitaient dédaigneusement de « bourgeois de campagne » : petits propriétaires, officiers de justice, offlciers ministériels, chirurgiens, marchands, etc.

Presque tous pour se distinguer, — les familles étaient alors nombreuses et souvent aussi pour imiter la noblesse, — prennent le mon d'une de leurs propriétés, d'une Inaison, voire d'une simple pièce de terre, qu'ils font précéder des mots sieur de, et, dans le langage coulant, autant par politesse que par habitude, ils ne sont désignés que sous ce nom d'emprunt qu'ils affectent de seul signer. Un Fourichon, propriétaire de la maison où était installée la poste, s'intitulait sieur de la Poste et signait seulement : la Poste.

Ce travers très marqué à Saint-Pardoux était général, et il n'a point échappó au grand railleur du temps, Molière, qui critique « cet abus de quitter le vrai nom de ses pères :

Je sais un paysan qu'on appeloit Gros-Pierre,
Qui n'ayant pour tout bien qu'un seul quartier de terre,
Y fit tout à l'entour faire un fossé bourbeux,
Et de Monsieur de l'Isle en prit le nom pompeux. »

D'autres ne se contentent pas de s'affubler d’un nom de terre, ils prennent encore les titres de noble homme et d'écuyer dans les actes publics, bientôt s'appuyant sur ces qualités dont ils se sont ainsi emparés, ils parviennent à se faire attribuer les privilèges de la noblesse : exemption de taille, d'impôts, prééminences dans l'église, etc. Mais l'autorité veille, et de temps à autre, ordonne à ces pseudo-nobles de produire leurs parchemins : il faut s'avouer roturier, aveu doublement pénible, pour l'amour-propre et pour la bourse, l'usurpation de noblesse étant punie d'une forte amende. En 1640, plusieurs habitants de Saint-Pardoux sont condamnés comme usurpateurs de noblesse : François Pourten, juge, à 800 l. d'amende; Pierre Darpes, avocat, et Son frère, Jean, sieur du Chatenet, à 320 l.; Jean Fourichon, maître de poste, et sa nièce, à 220 l., Jean de La Peyronnie, notaire, à 200 l.

Disons tout de suite, à la décharge de cette accusation de vanité, que nos bourgeois ne se laissèrent pas entraîner par le délire armorial qui passa sur la France vers 1696 : les caisses de l'État étant à sec, tous les impôts créés et poussés à leur extrême limite, il ne restait plus qu'à imposer la vanité; c'est ce que fit Louis XIV par son édit de novembre 1696, qui institua l'Armorial Général de France : tous ceux qui désiraient des armoiries n'avaient qu'à les faire enregistrer au bureau établi au siège de chaque bailliage, en payant un certain droit; pour rendre cette mesure plus efficace, défense fut faile sous peine d'amende de se servir d'armoiries non enregistrées. Malgré la misère du temps, le nombre de ceux qui se précipitèrent vers les bureaux fut immense et ce nouvel impôt produisit une Somme considérable. La table générale de cet armorial ne renferme pas de noms appartenant à la bourgeoisie de Saint-Pardoux.

Par contre, les commis de d'Hozier imposèrent d'office au bourg de St-Pardoux ces armes parlantes : d'azur au pont d'or sur une rivière ondée d'argent, surmonté d'un lion léopardé d'or.

La plupart de ces bourgeois étaient de petits propriétaires possédant quelques métairies cultivées, comme aujourd'hui, par des colons partiaires; ils augmentaient leurs faibles revenus en exerçant des offices ou des charges : nous avons dit qu'il y avait eu jusqu'à douze officiers de justice à St-Pardoux, plusieurs notaires et sergents, un contrôleur, des praticiens clargés d'alimenter la chicane, sans compter les agents du couvent.

Si l'on en juge par leurs prix de cession, ces charges devaient être d'un bien petit produit : une étude de notaire à St-Pardoux se vend 374 l. en 1761; celle de Saint-Front 30 l. en 1737; en 1785, la même est cédée pour 300 l. Le greffe de la baronnie de la Renaudie s'acquiert 540 l. en 1733. Nous n'avons rencontré qu'un petit nombre d'actes de cette nature, car autrefois ces chârges ne sorlaient guère des familles qui les possédaient : ainsi les Lapeyronnie ont été notaires de 1686 à l'an XII.

Ceux dont l'instruction n'était pas suffisante pour occuper ces postes, affermaient les dîmes et les seigneuries des grands et des couvents qui trouvaient plus commode de toucher une redevance fixe que d'administrer eux-mêmes. Ceux-là généralement désignés sous le nom de marchand-fermier, étaient de véritables traitants exploitant à la fois le bailleur et le paysan; ce dernier surtout qui était en butte à leurs exactions et les voyait s'enrichir à ses dépens, les détestait vivement : c'étaient, — si parva licet... —, de petits fermiers généraux.

A cette époque, la fortune mobilière n'existait pas; les lois, du reste, prohibaient le prêt à intérêt comme entaché d'usure. On éludait bien cette défense en coInstituant des rentes au profit du prêteur, l'emprunteur devenant ainsi un vendeur de rente, mais la part de celles-ci était très faible dans la fortune publique de notre bourg. Plus grandes étaient celles formées par les rentes foncières créées en aliénant un immeuble.

Si les revenus étaient faibles, les besoins n'étaient pas grands : les objets de consommation, ne pouvant s'exporter par la difficulté des chemins, se vendaient à vil prix, le luxe, même le simple confortable, était inconnu; les anciens inventaires sont là pour nous en donner une preuve palpable. Parmi les nombreuses pièces de cette nature que nous avons rencontrées, nous retiendrons comme type celui qui fut dressé en 1750 au décès du juge Jean Beausoleil; il montrera ce qu'était l'intérieur d'un bourgeois aisé.

Dans la cuisine, la principale pièce où se tient la famille, il y a un chalit de noyer sur lequel le juge est mort. Ce lit est recouvert d'étoffe jaune avec une couverture de Catalogne blanche; un autre lit semblable; deux coffres à l'antique; une table ronde; une armoire de cerisier à deux portes; cinq flambeaux de cuivre jaune; un fauteuil à deux bras couvert d'étoffe jaune; six grandes et six petites chaises en noyer; deux naies à apprêter le pain. Dans la grande chambre, il y a deux cabinets où se trouvent 4 flambeaux, 7 plats, 6 douzaines d'assiettes d'étain et une assiette plate percée pour servir les gobelets et verres à table, le tout d'étain; 38 cuillers et fourchettes de fer; 4 cuillers et 2 fourchettes de cuivre jaune; 6 bassins de même métal; une pinte, une tereière, une chopine et un quart d'étain; deux balances; une paire de fers à gauffres; deux lizavoirs à passer le linge. Dans cette chambre existent encore trois lits garnis d'étoffe jaune bordée d'un ruban bleu; un cabinet de noyer, deux tables, 9 chaises, 4 escabeaux; un fauteuil à quatre anneaux de fer pour le рогter; un miroir avec cadre en noyer.

Une petite chambre est plus luxueusement meublée; au milieu une table ronde couverte d'un tapis vert bordé de jaune; 7 chaises de jonc tressé; un fauteuil, deux lits garnis d'étoffe verte; deux cabinets, l'un contenant les papiers de famille, l'autre la mince bibliothèque du juge : l'ordonnance de 1667; Stile de M. Goret sur l'ordonnance civile; deux dictionnaires latins et les offices en latin. Les murs sont ornés d'un crucifix et d'images pieuses dans des cadres de bois. Une dernière chambre contient 3 lits à l'ancienne mode. Dans le cellier une pièce de vin vieux « que nous avons fait percer, dit le notaire, et l'avons trouvé bon D et quatre pièces de vin pour les domestiques, « icelui gouté, l'avons trouvé bien aigre. »

Les cabinets regorgent de linge : l'inceuils de toile de brin, de toile barradis, nappes de brin ouvrées, de toile étouppe, serviettes de toile de brin plénières, etc. La garde robe du défunt est plutôt modeste : un habit complet d'étamine de maison de couleur marron; un autre habit d'été de même couleur et un manteau de barracan de maison doublé de cadis. N'oublions pas les armes, une carabine de trois pieds de long; une paire de pistolets montés en érable de la façon de la Brande, maître armurier du Maine, avec la calotte et les garnitures de fer; une épée à poignée de cuivre jaune.

L'intérieur de Pierre Planchas, sieur de la Valette, décrit vers la même époque, nous révèle quelques objets plus précieux : deux montres, l'une jaune, gravée en dedans H. Filloeul, à Benille, sous cristal, et l'autre garnie de chagrin avec des clous jaunes; deux tableaux représentant des figures de dame; un autre représentant la Vierge, l'Enfant, un religieux et une religieuse. Pour terminer, donnons la garderobe de la maîtresse de la maison, certainement une élégante du temps : une robe rayée en soie; une robe et jupe de damas, couleur citron; une jupe de damas bleu; deux robes de gros de Tours, l'une unie, l'autre rayée.

Après avoir fait connaître ce qu'étaient ces bourgeois et leur genre de vie, oitons les nons des plus marquants d'entre eux.

En tête viennent les Pourtent, dont nous avons déjà parlé et qui voyaient leur noblesse contestée : leur origine bourgeoise était certainement fort ancienne, aussi antique que celle des Darpes : Jean Darpes dit de Pontouron avait épousé vers 1590 Jacquette Vidal; il était fort proche parent de Jean Darpes, avocat en parlement; celui ci était le grand père de Pierre Darpes, curé de Coutures et docteur en théologie, et d'autre Pierre Darpes (1672-1753) sieur du Chastenet, chevalier de Saint-Louis, lieutenant de cavalerie, qui, à la suite de blessures reçues au service, fut, par brevet du 17 août 1714, signé Louis, affecté à une compagnie d'invalides au château de Niort; son cachet, empreint Sur son testament portait d'azur à un chevron d'or accompagné de deux étoiles ou molettes d'éperon en chef et en pointe de trois fers de lance.

Andrieu Beausoleil (1585-1660), notaire, juge de Vaugoubert et lieutenant de Saint-Pardoux, eut des descendants qui conservèrent cette dernière charge : Jean Beausoleil (1682-1750), tint la charge de juge qu'il laissa à son petit-fils, Antoine Beausoleil; celui-ci fut le premier maire de Saint-Pardoux à la Révolution; il devait être lettré, car il était à Saint-Pardoux le correspondant de la Gazette de France.

C'est à coup sûr lui qui fît peindre sur sa demeure, — un antique et massif logis flanqué d'une tourelle dans laquelle s'inscrivait un escalier de pierre aboutissant à de vastes Salles hautement lambrissées, — cette devise hospitalière :

A beau Soleil Bon Logis
SINE SOLE NIHIL
Bourdeaux.

La première ligne était tracée sur une banderole; la troisième indiquait säns doute la direction de Bordeaux.

Les Bonamour sont cités dès le XVIe siècle : l'un d'eux, qui était notaire, eut pour flls Pierre Bonamour, sieur des Combes, conseiller du roi, qui fut pourvu de la charge de maire créée en 1691. Il épousa le 7 octobre 1693 Marie de Champagnac. Les Quilhac étaient représentés en 1599 par Jean qui était notaire. Vincent Quilhac, sieur de Poneyraud, fut lieutenant du bourg; il laissa de Marguerite Saulnier, Jean, né en 1649, docteur en théologie et curé de Saint-Front-la-Rivière. Jean Quilhac, sieur des Roches, marié en 1658 à Jeanne Pourtent du Breuil, eut François (1660-1738), sieur de la Plassade, d'où descend la famille Quilhac-Laplassade, encore existante.

Une famille nombreuse et ancienne était celle des Delarret ou Larret, primitivement de Las Rectz : Jean (1582-1647), notaire, époux de Jeanne Fourichon, est père d'Antoine, sieur du Maine, d'où sortirent les Delarret ou Larret du Maine, de Bosredon, des Fougères, de Chabannas, de Beausoleil, de Lafond, de Bonombre; cet Antoine eut encore Jean Delarret, sieur de la Dorie (1659-1729), dont la postérité est actuellement représentée par les branches Delarret ou Larret-Ladorie, Larret-Grandpré, Larret-Lagrange et Larret-Lagrèze. A cette famille se rattachaient encore les Larret-Lamalinie et Larret-Lamazaurie. C'était assurément la famille de Saint-Pardoux qui possédait le plus de ramifications et chaque branche, pour se distinguer, avait pris le nom d'une propriété.

La charge de maître de poste a été de tout temps possédée par la famille des Fourichon : Jean, « chevaulcheur pour le roy et maistre de poste », vivait au début du XVIIe siècle; cette charge faisait de celui qui la tenait un personnage important, si l'on en juge sur ce fait, que son fils Jean était en 1640 poursuivi pour usurpation de noblesse; celui-ci avait du reste marié sa fille Marie à François de Champagnac, sieur de la Béraudie; Martial Fourichon, son fils, aussi naître de poste, eut de nombreux petits-fils : Jean Fourichon, sieur de la Combe, gendarme du roi, puis commandant de la garde nationale du bourg; Jean, sieur de la Coste, lieutenant de grenadiers royaux; Jean, sieur de Larret, curé de Quinsac; Jean, sieur de la Poste, d'abord maître de poste à Saint-Pardoux, puis à Thiviers, grand-père de Fourichon-Maumont, explorateur, et arrière grand-père de l'amiral Fourichon, ministre de la marine; c'est aussi de lui que descendent les branches de cette famille encore existantes.

Dès 1620, une autre branche de Fourichon, parents des précédents, avait quitté Saint-Pardoux pour se fixer dans la paroisse de Saint-Martin-de-Fressengeas, où elle à donné naissance aux Fourichon des Merles et de la BardOn nie.

Le nombre des Desport était aussi fort grand : Citons Pierre Desport, sieur de la Chapoulie, chirurgien, décédé en 1688; Léonard Desport, sieur de Rieugeobert, actuellement Rigeobert (1659-1731); Jean. sieur de la Grange, Inotaire et juge; les Desport de Puydarnat, des Nauves, etc.

Toutes ces familles étaient, autant qu'on peut croire, autochtones; d'autres, au contraire, étaient venues s'implanter au cours des deux derniers siècles. Tels étaient les Planchas originaires de Bessines: Jean, sieur de la Valette, se fixa à Saint-Pardoux vers 1676 comme receveur et lieutenant du couvent; il épousa le 24 février 1677 Henriette Mijon, de moiselle servante de la prieure; Jacques Planchas, sieur de la Valette (1681-1748) était son fils; il eut de Anne Darpes : Anne-Marie-Renée, femme d'Aubin de Forges, sieur du Chazaud, et Jean (1704-1755), sieur de la Valette, garde du corps du roi, époux d'Antoinette Pecon, d'où Jean, sieur de la Valette, avocat en parlement, et Pierre, sieur de la Garelie, marié le 8 septembre 1753 à Catherine Delarret de la Dorie, dont la descendance s'est continuée jusqu'à nos jours.

Comme pour les Planchas, c'est une charge à remplir au couvent qui amena dans notre bourg la famille Chartroule qui paraît être originaire d'Agonac et protestante, mais qui, depuis la fin du XVIIe siècle, possédait la charge de juge de Vaugoubert; Jean Chartroule, sieur des Moulières, était en 1769 greffier et receveur du couvent. Les descendants de son frère Jean, qui s'intitulait sieur de la Serve, existent encore.

De même les Dubut, actuellement représentés par le romancier, M. Louis Dubut de Laforest, né à Saint-Pardoux, étaient d'établissement récent.

Les Pastoureau, qui remontent à une époque fort reculée, ont eu quelques branches représentées dans le bourg : Pastoureau-Lannet, la Brousse, la Grange, Magnac.

Les chirurgiens formaient la transition entre les bourgeois et les ouvriers; ce n'est que depuis le commencement de ce siècle que nous trouvons des médecilas à Saint-Pardoux; jusque là les malades recevaient les soins des chirurgiens qui étaient assez nobmreux; nous en avons compté cinq exerçant en même temps.

Les chirurgiens se divisaient autrefois en chirurgiens de robe longue et chirurgiens barbiers : les premiers avaient étudié la médecine dans une université, tandis que les autres, simples praticiens, n'avaient fait qu'un apprentissage sous la direction d'un chirurgien. Ceux de Saint-Pardoux, au moins pour le plus grand nombre, semblent devoir se ranger dans cette dernière catégorie, car nous avons rencontré, dans les anciennes minutes de notaires, plusieurs contrats d'apprentissage par lesquels les chirurgiens s'engageaient à montrer leur art à des jeunes gens. Le maître qui devait nourrir son élève recevait de lui une somme de 100 l. pour le prix de cet apprentissage qui durait de deux à trois ans : durée largement suffisante pour connaître un métier qui tenait tout entier dans la formule si connue : purgaro, saignare at clysterium donate.

Cette profession était héréditaire et le père formait le fils; ainsi les Mathieu sont chirurgiens de 1596 à 1737; les Desport de 1645 à 1790; les Montet de Laurière de 1650 à 1761; les Bonamour de 1686 à 1790.

Les apothicaires ont souvent fait défaut dans notre bourg et les chirurgiens donnaient eux-mêmes les drogues qu'ils prescrivaient à leurs malades.

Les quelques registres de chirurgiens que nous avons retrouvés fournissent d'intéressants d'êtails sur la médication du temps et le prix des remèdes.

En 1667, un lavement coûte 15 sols, une médecine purgative, 45 s.; une prise de pilules céphaliques et purgatives, 30 s.; cinq prises de cristal de tartre pour mettre dans du bouillon 32 s. En 1780, une purge revient à 3 l.; pour ouvrir un abcès à une jambe, un chirurgien prend 10 s., plus pareille Somme à chaque pansement, de telle sorte que le traitement total revient à 11 l.

Vers 1770, pour une saignée faite à domicile, on paie 10 s., et Inoitié chez le chirurgien; il prend 15 s, pour avoir donné un lavement purgatif, 10 s. pour un lavement émollient; 15 s, pour administrer une émétique; pour traiter un aposthème sur le bras, il y pose « une masse de cataplasme émolient et matural » et réclame 21. 10 s.; l'aposthème entrant en suppuration, il le panse pendant 4 jours, deux fois par jour, et prend 8 l. pour son salaire.

Comme médicaments, il se cantonne dans les sirops de guimauve, de coquelicot, de capillaire; le quinquina, le cristal minéral, l'ipeca, le tartre stibié; quelquefois leur composition est plus compliquée : il fait payer deux livres une tisane de limure de fer, de tartre et d'une poignée d'aunée; en 1671, pour empêcher quelqu'un de défaillir, on lui baille une noix confite dans la bouche.

Quant aux visites, il fait payer 10 s. pour aller voir un malade dans le bourg, ou à une distance d'une demi-lieue; 15 s. pour une course d'une lieue et 1 l. pour une lieue et demie; hâtons-nous d'ajouter, à l'éloge de leur désintéressement, que ce tarif n'était pas absolu et variait quelque peu suivant la condition des personnes.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, nous voyons apparaître des sages-femmes; elles étaient la plupart du temps élues par les femmes de la paroisse qui se réunissaient chez le curé pour faire cette nomination : celui-ci doit s'informer « si elle ne fait rien de superstitieux, si elle sait baptiser, si elle est de bonnes mœurs, adroite, secrète et fldèle. » Le curé lui faisait prêter serment et flxait les honoraires qu'elle devait toucher.

Source : Recherches sur le monastère et le bourg de Saint-Pardoux-La-Rivière, de Roger Drouault.

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Les boulangeries de Nontron en 1817

Les boulangers de Nontron demandent que la taxe au kilogramme soit fixée à 57 centimes 1/2 pour le pain blanc, 47 1/2 pour le pain second, 35 pour le pain noir de seigle et méteil. Cette taxe est acceptée par le maire et le sous-préfet mais, pour la compenser, une souscription permettra de distribuer aux pauvres environ 160 livres de pain gratuit. La nouvelle majoration de 1 liard par livre, prise le 7 avril 1817 et nécessitée par une hausse successive des grains pendant plusieurs marchés, met Nontron en effervescence. D'abord plainte est portée pour défaut de cuisson. Pendant que le maire Bussac escorté de son adjoint, du juge de paix, des gendarmes, saisit des tourtes de pain litigieuses dans les boulangeries, la foule que les femmes surexcitent l'injurie. Le pain confisqué est distribué séance tenante, aux indigents — il était donc comestible ! — et une accalmie se produit de courte durée. Des énergumènes envahissent la mairie et exigent une baisse immédiate de 2 liards jusqu'à la Saint-Jean. Le rétablissement de la taxe de la veille n'est pas agréé par les meneurs. Le maire se retire. Les ouvriers de la ville et quelques paysans des environs l'escortent, le menacent et assiègent sa maison, tandis que le tocsin sonne. Bussac fils serait décidé à frapper d'un sabre les émeutiers qui réussiraient à enfoncer la porte que les coups ébranlent. Il est désarmé par Tourny qui, vu du dehors l'épée en mains, détourne sur lui la fureur. La foule se précipite chez lui, pille les provisions de bouche, monte de la cave une barrique de vin qu'elle n'a pas le temps de vider en entier, chassée qu'elle est par le sous-préfet et le juge de paix. Le conseil municipal consent aux réductions imposées. L'émeute s'apaise dans les cris de joie. La taxe de la veille néanmoins est maintenue pour les étrangers de la commune ; « elle est réduite de 3 liards et ramenée à 4 sols 1 /2 en pain second pour la classe la moins aisée qui se munira de bons à la mairie et la commune paiera la différence des 3 liards ». Un mandat d'amener n'en est pas moins signé le 16 avril contre 13 accusés dont Martial Groslhier. Une agitation larvée se prolonge et proteste contre la fabrication du pain de troisième qualité, « préparé avec du son », affirme-t-on. La mairie se soumet aux injonctions et saisit douze sacs de son chez deux boulangers, pour qu'ils soient employés « au profit de la classe indigente », qui alors n'aurait plus protesté de manger gratuitement du son ! Cependant les boulangers rentrent en possession de leurs sacs, sur preuves que le son était réservé à leurs cochons. La répression de l'émeute du 7 avril par la justice est rapide. Le tribunal exceptionnel de la cour prévôtale, en vigueur en ce temps, se réunit le 16 mai suivant, sous la présidence du colonel de Montille. Neuf prévenus sont relaxés pour charges insuffisamment prouvées ; Marmiton, de la Maladrerie, est condamné aux travaux forcés à perpétuité ; Guérin dit Bourguignon, à dix ans de réclusion ; Jean Fargeas à six ans et Péry à cinq ans de la même peine. Le 17 mai tous les quatre sont exposés au carcan, devant une foule immense venue même des communes les plus éloignées de l'arrondissement.

Source : La seconde restauration en Périgord, de Georges Rocal.

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Un soldat charentais à la bataille de Canope

Pierre Poitevin est né le 1er avril 1775 à La Rochefoucauld en Angoumois. Son père, Pierre Poitevin (1728-1786), est notaire et procureur du duché de La Rochefoucauld. Sa mère, Marie Vidaud (1737-1791), est bourgeoise et originaire d'Agris.

Le 17 octobre 1791 a lieu la formation du 1er bataillon de volontaires de la Charente (1). Il l'intègre comme soldat et se trouve au siège de Valenciennes en 1793, lors de la campagne de Flandre.

Il est ensuite envoyé combattre l'insurrection royaliste en Vendée, déclenchée la même année.

Capturé en 1795 par les Chouans, il est rapidement libéré, et peut participer aux campagnes de l'armée républicaine en Italie, de 1796 à 1797, puis en Égypte de 1798 à 1801.

Il est nommé officier (sous-lieutenant) après la bataille d'Alexandrie (2), le 29 mars 1801, pour une action d'éclat.

Le 20 décembre 1802 (29 frimaire an XI), il épouse Elizabeth Guerry-Duclaud, fille d'Antoine Guerry-Duclaud, marchand, notable, et Marie Migeon.

En 1803, il démissionne de l'armée, s'associe avec son beau-père et s'établit à La Rochefoucauld (3).

Avec sa femme, ils ont au moins une fille, Marie Poitevin, mariée le 18 septembre 1822 à La Rochefoucauld, avec François Migeon, originaire de Baignes, négociant, dont postérité.

Il meurt le 8 juillet 1850, à l'âge de 75 ans, au domicile de son cousin Cambois, rue Saint-Florent, à La Rochefoucauld (4).

Notes :

1. Jean Léchelle (1760-1793), de Puyréaux, et Pierre Fureau (1760-1795), de La Rochette, en sont les lieutenants-colonels. Son bataillon prend le nom de 4e demi-brigade d'infanterie légère en 1796-1797 (an V) avec pour chef de brigade (colonel), Mathieu Lacroix (1761-1822), de La Rochefoucauld.

2. Dite Bataille de Canope, elle a lieu le 21 mars 1801. C'est une défaite française et la dernière bataille de la campagne avant le siège d'Alexandrie et le rapatriement des troupes. Les généraux français François Lanusse (1772-1801) et anglais Ralph Abercromby (1734-1801) sont mortellement blessés.

3. La maison de négoce est l'ancêtre de la fabrique de toiles et rubans Migeon-Poitevin, rue de Liancourt, à La Rochefoucauld, récompensée en 1859 à l'exposition de Bordeaux.

4. Registre d'État-civil, archives départementales de la Charente.

philip_james_de_loutherbourg_-_bataille_ de_canope_21_mars_1801 Illustration : représentation de la bataille de Canope, par le peintre Philippe-Jacques de Loutherbourg (1740-1812).

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22 décembre 2015

Marafy (Com. de Vieux-Mareuil)

Situation :

Entre La Belle et La Nizonne, le Périgord Blanc se parre d'une pointe d'austérité septentrionale qui annonce déjà les étendues, plus sauvages du Nontronnais. C'est là, au milieu d'üne vaste forêt parcourue de ruisseaux et pontuée d'étangs que Marafy est venu déployer sa volubilité toute méridionale.

Particularité architecturale :

La demeure est un bijou ciselé en pierre de taille, un des plus beaux morceaux de modénature du Périgord, un exercice de style. Nous sommes devant l'un de ces plantureux exemples d'architecture tempérée où la sagesse du classicisme français se laisse séduire par le goût plus oriental des baroques, par l'abondance des jeux d'ombre et de lumière sur les façades au moyen de décrochés multiples, de corniches, de bandeaux, de pilastres, et de grasses moulurations; sans rien lui concéder de son infini respect pour la pierre, certes, et pour la tradition séculaire en France d'une stéréotomie cultivée ! Si le maître d'œuvre a subi une tentation, il n'a pas suivi la tradition de l'Espagne, de l'Italie, de toute l'Europe Centrale où l'on exprimait tous ces jeux de surface par des maçonneries de briques revêtues de stucs et d'enduits, matériaux tellement plus dociles et plus souples il est vrai, face aux caprices de l'architecte ! A Marafy, dans un grand élan de conciliation et de synthèse il est parvenu à faire chanter des volumes bien connus, sur un plan en H bien rodé, avec la fantaisie des baroques et la rigueur des classiques. Et ceci, il faut le dire, malgré les recommandations du grand maître français considéré comme le père du classicisme naissant, Philibert Delorme, qui se lamentait : « Je vois quelquefois que nos seigneurs qui font édifier, s'arrestent plus à vouloir faire de beaux ornements enrichis de pilastres colonnes, corniches, moulures, frises, basses tailles et incrustations de marbre et autres qu'à congnoistre la situation et nature du lieu de leurs habitations... »

A Marafy tout est ressaut, relief, retrait... Une véritable hiérarchie des avancées vient animer une façade entièrement conçue pour les caresses du soleil.

Sur le registre des verticales, nous pouvons distinguer trois degrés de hiérarchie. Les avancées majeures que sont les deux ailes du H, les avancées intermédiaires, constituées par les six pilastres, qui sur chaque façade soulignent les ailes et esquissent un semblant d'avant-corps central, enfin les neuf avancées mineures dans lesquelles s'inscrivent les baies et qui dessinent les travées.

Sur le registre des horizontales, après un soubassement discret et un bandeau séparant le rezde-chaussée du premier, nous admirerons la pléthorique richesse du couronnement. D'abord l'architrave, d'une incroyable virtuosité : elle exécute un mouvement d'accompagnement non seulement pour les pilastres et les travées mais aussi pour les clefs saillantes des linteaux cintrés sur les baies. Ainsi l'architrave s'avance et se retire à angle droit 48 fois sur chaque façade. Audessus de l'architrave vient la frise bombée, ce magique attribut si en vogue au XVIe siècle, recommandé par Palladio pour le toscan, par Scamozzi pour l'ionique, que F. Mansard utilise ensuite si volontiers d'après Hautecœur, et auquel les vagues successives des ressauts viennent donner ici une apparence de vibration, surtout dans la lumière rasante du crépuscule. Au-dessus, la corniche s'assagit malgré la vigueur de son profil; du moins côté cour ne suit-elle plus les ressauts que sur les ailes. Côté terrasse non seulement la corniche suit chaque ressaut, mais la frise ellemême amortit les clés saillantes. Enfin, la balustrade aveugle vient couronner le tout; elle est formée de grands blocs monolithes dans lesquels les balustrades sont sculptées en refouillement comme à Vendoire et à La Vassaldie.

Le prodige de Marafy est aussi d'avoir prolongé cette féerie de pilastres et de frises bombées avec le même souffle sur les deux ailes des communs et jusque sur le portail latéral d'entrée. Les lucarnes qui ornent le brisis de l'aile nord-est sont, elles aussi, remarquables dans leur modénature et la variété de leur vocabulaire.

Si aucun document d'archive ne nous permet de dater scientifiquement Marafy, du moins admettrons-nous qu'il se rapproche plus des critères de la Renaissance et du Classicisme que de ceux du néo-classicisme. On a pu dire que Marafy était une demeure Louis XVI : cette opinion, que nous avons longtemps partagée, paraît sans fondement même si la ressemblance est frappante dans la volumétrie — et dans la volumétrie seulement – avec l'Hôtel Dereix à Mareuil, construit en plein néo-classicisme comme nous allons le voir.

Pour nous Marasy peut être une construction du siècle de Louis XIV, ou plus vraisemblablement du début du XVIIIe siècle. Les nombreuses modifications des aménagements intérieurs ne nous aident guère malheureusement à préciser notre opinion. Le grand escalier a été refait de façon disproportionnée au XIXe siècle, mais l'escalier de service en bois, la plupart des huisseries, comme les deux cheminées de pierre qui subsistent militeraient plutôt pour les années 1720-1740...

Familles :

Les Pindray.

Le repaire noble de Marafy appartenait dès le début du XVIIe siècle à la famille de Pindray, bien connue dans le pays de Mareuil où elle possédait de nombreux fiefs nobles comme Ambelle ou Sainte-Croix-de-Mareuil.

Simon de Pindray, sir. de Marafy vit en 1612. Sa sœur Isabeau a épousé Pierre de Bodin, et son neveu le conseiller d'état Joseph de Bodin est l'une des gloires de Périgueux dont il fut le héros pendant la Fronde. Élie de Pindray, éc., Sr. de Marafy (env. 1602-1672), son fils présumé, prit pour femme Catherine de Royère qui lui donna deux fils dont nous ne savons rien et trois filles mariées à Charles de Maumont, Jean de Saunier et Jacques Delage. Nous perdons alors, dès avant la fin du siècle, toute trace des Pindray de

Marafy.

Les Vatine et les Bellabre. Nous retrouvons à Marafy sous Louis XV le riche juge de Mareuil, Jean de Vatine, dont la famille nous est inconnue et dont on peut supposer qu'il fut un immigrant du Nord qui aurait adouci son nom en en supprimant le w.

Jean de Vatine a épousé vers 1710 Marguerite Aubin de Jaurias, fille de Léonard et de Catherine de Lavaud. Sans écarter totalement l'hypothèse d'une édification par les Pindray, nous considérons que le ménage Vatine-Jaurias est le constructeur vraisemblable du Marafy actuel.

« Jean de Vatine, seigneur de Marafy, juge de Mareuil, résidant à Marafy » s'éteint en 1746. Sa fille, Mme Ardant, mourrut pendant la révolution laissant une succession compliquée, recueillie par des familles à moitié en émigration : sa nièce de Bellabre du chef paternel, et ses cousins Aubin de Jaurias et de Boulouneix, de Ljdonne, du Chassaing de Fombressin, Pichon, de là Bernerie et Bertaud du Chazaud du chef maternel. Mais elle avait déjà vendu Marafy dans les dernières années de l'ancien régime à la famille de Bellabre de Chiliac qui lui était alliée. C'est ainsi que Marafy fut le théâtre de biens macabres événements rapportés par un contemporain, le chanoine du Chazaud:

« M. Belabre, oncle de celui mort sur l'échafaud à Bordeaux, auquel il avait résigné sa cure, s'était retiré au château de Marafie, non loin de Mareuil, dans sa propriété; il fut mis en réclusion à Périgueux, avec les autres vieux prêtres. Rentré chez lui après la Terreur, ses domestiques craignirent sans doute qu'il ne remarquât les vols dont ils s'étaient rendus coupables; au moins tels furent les bruits qui circulèrent alors publiquement, et le malheureux vieillard fut empoisonné avec de l'arsenic. Le fait fut constaté par l'ouverture du cadavre, opérèe par deux honnêtes chirurgiens; mais on était encore si imbu des idées de la révolution, qu'on faisait très peu de cas de la vie d'un prêtre. On ne trouva pas de preuves suffisantes et cet horrible crime resta impuni. Toute la contrée murmura néanmoins, car c'était un bien honnête homme, qui toujours avait dignement rempli les fonctions du sacerdoce et jouissait d'une grande estime. Il était né à Goûts, canton de Verteillac, et était âgé de 72 ans ». (La maison natale de l'abbé de Bellabre est la jolie demeure du milieu du bourg qui appartient de nos jours à la famille de la Clergerie).

Les Maillard.

Marafy passa alors à Alex-Guillaume de Maillard né au château voisin de Lafaye, marié en 1786 avec Renée Moreau de Servanches.

Jeanne-Pauline de Maillard de Marafy, leur fille, épousa en 1819 le baron de Bellussière et sera la grand-mère des Montéty, tandis que son frère Charles comte de Maillard de Marafy prenait pour femme en 1821 Élisabeth de Salignac. Ils eurent à leur tour un fils et une fille : Laure fut accordée au comte Ludovic de Vandière de Vitrac; Léon qui naquit à Marafy en 1829 fut un homme d'affaires plus ou moins heureux, il dut vendre Marafy sous le second Empire à M. Aubin de Jaurias qui habitait à Goûts-Rossignol son château de Jaurias, construction également classique mais des années 1770 et que nous aurons plus tard l'occasion d'étudier dans un chapitre concernant les châteaux classiques à plan massé. Ayant perdu son fils unique à la guerre de 1914, M. de Jaurias dut partager ses biens entre ses deux filles Mmes Palfray, tandis que ses petits-enfants relevaient le nom. L'une, Claire, eut Jaurias et sera la grandmère des Montéty, l'autre, Marie, eut Marasy.

Vendu par le fils de cette dernière Guy Palfray de Jaurias dans les années 50. Marafy vient d'être racheté par la fille et le gendre de Marie-Louise Palfray de Jaurias.

Ainsi, les nouveaux propriétaires de Marafy, M. et Mme Bernard de Montéty tiennent de près chacun de son côté aux deux clans qui ont possédé Marafy depuis 250 ans, celui des Vatine-Aubin de Jaurias et celui des Maillard.

Source : Vieilles demeures en Périgord, de Dominique Audrerie.

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