05 janvier 2016

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Il fut un temps, pendant lequel le cours de la justice avait été suspendu dans la Dordogne, en vertu d'un arrêté de je ne sais quel représentant. Tous les procès devaient être jugés par des arbitres ; et quand le litige existait entre des parens ou co-héritiers, les arbitres prononçaient en tribunal de famille. La régie avait mis sous le séquestre le château de Nontron et ses dépendances, comme faisant partie du domaine public. Cette propriété avait passé de M. de Laramière aux enfans mineurs Mazerat. Le procès devait être jugé par deux arbitres respectivement nommés et en présence du commissaire du pouvoir exécutif. La régie avait nommé pour son arbitre l'avocat Duchasseing ; je fus prié d'être celui des mineurs. Les temps étaient des plus mauvais ; je m'excusai auprès de madame Mazerat, tutrice de ses enfans (par ce motif qu'elle avait dans sa propre maison deux avocats bien capables de la défendre, M. Mazerat, son beau-frère et M. Delage). A mon premier voyage, j'allai lui renouveler mes excuses, sur des motifs généraux. Je dinais, ce jour-là, chez M. l'avocat Feuillade. A la fin du dîner, dans un moment où M. Feuillade et moi étions seuls à causer, madame Mazerat vint encore me renouveler sa demande. Cette fois, je lui parlai des deux défenseurs qu'elle avait à sa disposition... Voyant alors couler des larmes, je m'empressai de lui dire que je me chargeais de sa défense. Il me fut ensuite remis an bon nombre de vieux titres, provenant du Chartrier de Peucharnaud. D'après leur examen , la prétention de la régie me parut mal fondée, en ce que la baronnie de Nontron, vendue en 1600 par Henri IV à Elie de Collonges, provenait de Marguerite de Bourbon, sa sœur, au nom de laquelle Henri l'avait vendue. C'est en ce sens que je rédigeai un mémoire pour écarter la domanialité. La discussion eut lieu en présence du commissaire exécutif. Il y eut partage ; ce partage fut ensuite vidé à l'avantage des mineurs, et la saisie nationale fut annulée.

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Page 194

Nous étions partis de Bergerac avec M. de Rastignac et son régisseur, pour venir coucher à Villamblard ; nous y trouvâmes plusieurs commissaires-voyers que Lakanal envoyait dans tous les cantons, pour presser l'exécution de son arrêté relatif à la réparation des routes. C'était l'auberge pleine ; malgré le nombre des voyageurs, le souper fut satisfaisant et surtout bruyant. On chanta force chansons patriotiques ; on dansa ensuite avec la demoiselle et les filles de l'auberge. Quand nous arrivâmes à Nontron, on y avait arrêté, depuis quelques heures seulement, deux officiers municipaux destitués (M. Duboffranc, ancien subdélégué et M. Mazerat, ancien juge). Nous étions porteurs de la parole du représentant, que tout devait rester en l'état, jusqu'à ce qu'il vînt à Nontron. Je fus appelé au comité pour attester la chose ; mais le comité persista à dire froidement : Nous avons le pouvoir de lier et non de délier. Par suite de cette arrestation précipitée, le malheureux Duboffranc alla peu de mois après porter sa tête sur l'échafaud. M. Mazerat, en sortant de prison, se retira à Paris, où il avait épousé une jeune femme, aussi honnête qu'elle était aimable et bonne ; il y fut nommé juge au tribunal de la Seine et mourut quelque temps après. A mon retour à Puiraseau, j'allai travailler à la corvée pour réparer les chemins de notre commune ; j'y avais amené dans un tombereau ma femme et mes enfans, pour qui c'était une fête. De son côté, madame la comtesse de Laramière, affublée d'un petit tablier de chambrière, s'était rendue avec sa fille, depuis madame de Wismes, à l'atelier le plus voisin. Ce grand œuvre devait être terminé au-bout de trois jours, et chaque canton en dressait procès-verbal. Dans celui de Bussière, comme sans doute dans tous les autres, les travaux étaient loin d'être achevés. Le rédacteur du procès-verbal hésitait à ce sujet, lorsque l'honnête voyer lui dit : Mettez que tout est fini, Lakanal le veut ainsi.

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03 janvier 2016

Histoire des milices provinciales

De temps en temps l'irritation populaire se manifeste par des émeutes : les miliciables refusent de tirer au sort, ils insultent les agents de l'autorité, ils empêchent le tirage de se faire ; dans beaucoup de paroisses, la maréchaussée est appelée pour prêter main-forte au commissaire ou au subdélégué. Les paroisses, il est vrai, paient les frais de maréchaussée et les mutins sont déclarés de droit miliciens. Le plus souvent le tirage au sort est un spectacle de désolation, d'abattement et d'effroi : « Que penserait, dit Mercier dans le style alors à la mode, le Spartiate, s'il revenait au monde, en voyant un Parisiensis, le visage pâle, saisir d'une main tremblante le billet fatal qui l'envoie à la guerre ? Ne dirait-on pas qu'il tire au supplice ?... Le délégué semble un exécuteur des vengeances publiques, tant il est craint, redouté, odieux ! » Beaucoup essaient par la fuite de se dérober au tirage au sort ; et comme les habitants d'une même paroisse sont solidaires, comme le réfractaire est tenu de servir à la décharge de celui qui le représente, la recherche des fuyards devient l'occasion de faits lamentables, délations, perquisitions, luttes à main armée ; ainsi qu'aux jours de grande calamité, le sens moral succombe. Les miliciens peuvent recourir à l'assistance des cavaliers de la maréchaussée ou des soldats du guet pour arrêter les miliciables qui ne se sont pas présentés au tirage ; les archives des intendances nous ont conservé des exemplaires imprimés de ces permis de réquisition. Turgot fait un horrible tableau de l'effroi qu'inspirait la milice dans la généralité de Limoges avant son arrivée : « Chaque tirage était le signal des plus grands désordres dans les campagnes et d'une espèce de guerre civile entre » les paysans, dont les uns se réfugiaient dans les bois où les autres allaient les poursuivre à main armée, pour enlever des fuyards et se soustraire au sort que les premiers avaient cherché à éviter. Les meurtres, les procédures criminelles se multipliaient ; la dépopulation des paroisses et l'abandon de la culture en étaient la suite. Lorsqu'il était question d'assembler les bataillons, il fallait que les syndics des paroisses hssent amener leurs miliciens escortés par la maréchaussée et quelquefois garrottés. » Ce n'est pas seulement en Limousin qu'avaient lieu ces tristes scènes. Une circulaire ministérielle du 11 août 1728 renferme une description qui précède celle de Turgot et qui, par plus d'un trait, lui ressemble : « Dès que la milice est annoncée, tous les habitants et fermiers qui ont des enfants se mettent en campagne pour aller chercher leurs protecteurs et lâcher par leur appui de faire exempter leurs garçons. Les garçons eux-mêmes courent la campagne, se retirent dans les bois, en un mot tout travail cesse dans la paroisse... Les miliciens et leurs adhérents vont de maison en maison faire des extorsions, ils poursuivent les fuyards avec des archers et des huissiers ; sans compter les rixes et souvent les meurtres. » Dans Paris même, en 1743, la seule année où la capitale ait tiré au sort, la poursuite des réfractaires eut le caractère d'une chasse à l'homme ; on traînait les fuyards par les cheveux ; les agents de police fournissaient des fuyards pour de l'argent. En 1789, le duc de Liancourt disait à l'Assemblée constituante qu'il y avait par an plus de 12,000 fuyards de la milice. Transporté de force aux armées, le milicien songeait souvent à s'enfuir. Ce fait est attesté et par la répétition très fréquente dans les ordonnances des peines édictées contre les déserteurs de la milice et par les explications des circulaires ministérielles. Sous ce rapport d'ailleurs, les troupes réglées offraient de nombreux exemples aux miliciens ; la désertion, au xvme siècle, était le fléau des armées. L'impopularité de la milice est incontestable. Quelles en sont les causes ? C'est d'abord et surtout l'inégalité ; la milice est odieuse comme la taille, comme la corvée, et au même titre ; elle ne pèse que sur les roturiers ; les exemptions multipliées à l'infini dans la classe même des roturiers font paraître le fardeau encore plus insupportable. A l'inégalité s'ajoute l'arbitraire, arbitraire dans la répartition, arbitraire dans les exemptions, arbitraire dans les substitutions, arbitraire dans les châtiments, arbitraire jusque dans les congés. A l'égard de la milice l'intendant est investi d'une autorité toute-puissante, et cette toute-puissance, il la transmet au subdélégué. Pour faire crier à l'injustice, il suffit que l'injustice soit possible ; or l'impartialité du subdélégué fut plus d'une fois accusée. L'inégalité et l'arbitraire sont encore rendus plus sensibles par le mépris général pour l'état de milicien, les mauvais traitements, la négligence homicide qui précipite les miliciens aux armées sans préparation, parfois sans armes. Le milicien est souvent un homme fait, assez souvent un homme marié. L'enlever à ses travaux c'est pour lui, pour sa famille, la ruine ou la misère. La longue incertitude qui laisse le miliciable exposé aux chances de chaque nouveau tirage, depuis l'âge de 16 ou 18 ans jusqu'à celui de 40, tant qu'il n'est pas tombé au sort, est une entrave persistante à l'exercice d'une profession ou à l'obtention d'un emploi. Les publicistes, en constatant l'impopularité, contribuent à l'aggraver ; en attaquant l'institution, ils achèvent de la décrier. A ces causes, ajoutez chez des masses ignorantes, déshabituées des armes, la répugnance instinctive pour le service militaire, surtout pour un service forcé ; l'affaissement des conceptions généreuses qu'étouffent les inégalités sociales. « Le mot de Patrie, dit Mercier, n'a aucun sens pour eux. » « Le peuple, dit Des Pommelles, ne pouvait regarder comme un devoir sacré un service dont s'exemptait l'opulence. » A la fin de l'ancien régime, la milice est attaquée de toutes parts ; quelques écrivains militaires y voient une dépense inutile ; le soldat des troupes réglées, une concurrence maladroite ; l'économiste, un fléau pour la richesse publique ; le philosophe, une atteinte à la liberté humaine ; le peuple, un impôt écrasant et une iniquité. Mais si l'opposition est violente et générale, elle est confuse et contradictoire. Les militaires, au nom de l'intérêt public, veulent fortifier le principe du service obligatoire ; les philosophes, au nom de la liberté, s'élèvent contre les applications déjà faites de ce principe. Les masses populaires crient contre les exemptions, les économistes en réclament davantage ; s'ils se prononcent contre les exemptions accordées aux domestiques, c'est seulement parce qu'elles enlèvent des bras à l'agriculture et qu'elles créent un privilège en faveur de l'oisiveté. Les protestations contre les exemptions sont dirigées surtout contre la manière dont ces exemptions sont réparties ; elles laissent voir la prétention à de semblables avantages ; les classes qui tiennent le milieu entre l'aristocratie roturière et la population qui vit d'un travail manuel, se plaignent d'être obligées de tirer au sort avec l'ouvrier des villes et des campagnes ; le laboureur et l'artisan dirigent surtout leurs colères contre l'immunité accordée à « ces fainéants de laquais. » Parfois les miliciens désignés semblent vouloir se venger sur ceux que le sort a épargnés ; contraints à l'état de soldat, ils commencent par les excès de la soldatesque ; ils s'attroupent, ils courent le pays avec des fusils, des bâtons, des fourches ; ils lèvent des contributions, exigent de l'argent ou des denrées.

Source : Histoire des milices provinciales, de Jacques Gebelin.

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La municipalité de Nontron contre Mazerat

Les conflits locaux relatifs aux offices municipaux suscitent une plus grande inquiétude, tant dans les bureaux de l'intendance que dans ceux des ministres à Versailles, lorsqu'ils provoquent l'intervention du Parlement de Bordeaux. Un incident mineur, survenu à Nontron, petit bourg du Périgord septentrional, pendant la guerre d'Indépendance d'Amérique, va très vite être exploité par les parlementaires bordelais pour aboutir à l'interdiction provisoire faite aux officiers municipaux d'exercer leurs fonctions. Le juge de la localité, le sieur Mazerat et son fils, créatures affidées du seigneur de cette cité, le président à mortier Paul-Marie de Lavie, s'en prennent aux officiers municipaux qui ont assisté à un Te Deum et organisé un feu de joie, conformément aux ordres du maréchal de Mouchy, en octobre 1779. Or, dès le lendemain, les édiles reçoivent un acte d'opposition du président de Lavie, pour avoir tenu une assemblée avec port d'armes. Informé, le maréchal rassure les édiles nontronnais car il a demandé au baron de Nontron de clore discrètement cette affaire. La réaction d'orgueil des magistrats municipaux va se retourner contre eux. En effet, prévenu à son tour, le ministre Bertin réagit et adresse un avertissement à la famille Mazerat, avec inscription sur le registre des délibérations de la communauté. Confortés par ce succès, les édiles nontronnais évoquent avec le président de Lavie la saisie du Conseil du roi en cas de nouvelles menaces de la part de la famille Mazerat. Le magistrat bordelais répond par deux arrêts du parlement de Bordeaux qui enjoignent aux officiers municipaux de remettre leurs titres à la Cour souveraine et de cesser leurs fonctions, sous peine d'emprisonnement. Alerté, le subdélégué Duboffrand, après avoir relaté à l'intendant Dupré de Saint-Maur les diverses péripéties de cette affaire, réclame la cassation de ces deux arrêts et la condamnation des Mazerat, père et fils, à une forte amende, pour s'être opposés à l'application de l'édit de novembre 1771.

Source : Anne-Marie Cocula, 2009.

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Un adjoint suspendu

Les vengeances de M. Constans.

À Nontron. – Un adjoint révisionniste suspendu.

Par arrêté préfectoral, M. Georges Ribeyrol premier adjoint au maire de Nontron, est suspendu.

Son crime, on le devine, est d'avoir des opinions révisionnistes et de trouver que tout n'est pas pour le mieux dans la République actuelle.

M. Ribeyrol présidait, en l'absence du maire, la séance du conseil municipal du 30 avril; séance au cours de laquelle un conseiller se livra à des attaques contre les parlementaires. M. Ribeyrol s'associa à ses déclarations.

De plus, et comme circonstance aggravante, M. Ribeyrol a publié, en faisant suivre sa signature du qualificatif « adjoint », une protestation contre les odieuses persécutions dirigés par le gouvernement contre le général Boulanger et ses amis.

M. Ribeyrol a été frappé pour ces choses; nous l'en félicitons vivement. La haine de M. Constans l'honore.

(La Presse, 1889)

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Vente de Jommelières

Étude de Me Laroussarie, avoué à Nontron (Dordogne).

Vente sur licitation à la barre du Tribunal civil de Nontron, le Jeudi huit Novembre 1894, de la terre de Jommelières d'une contenance de 333 hectares, située sur la ligne d'Angoulème à Nontron, à 1 kil. de la station de Javerlhac.

Belle maison de maîtres, bâtiments d'exploitation, immense parc planté d'arbres de haute futaie,avec pièce d'eau et rivière poissonneuse, jardin anglais et potager, prairies naturelles, prés artificiels, terres labourables, bois taillis, bruyères, etc.

Chasse giboyeuse.

Par décision de Monsieur le Ministre de l'Intérieur en date du 19 août 1876, il a été créé dans cette propriété une colonie agricole. Mise à prix... 200,000 francs.

S'adresser pour plus amples renseignements, pour visiter la propriété et aussi pour traiter a l'amiable jusqu'a l'adjudication audit Me Laroussarie, avoué à Me Villepontoux, notaire à Abjat (Dordogne), liquidateur, ou à Me Assire, notaire à Orléans, boulevard Alexandre-Martin, n° 47.

(Le Figaro, 1894)

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Lettre de Boisbertrand

La polémique engagée à propos du chemin de fer projeté d'Angoulême à Nontron vient de provoquer, de la part de M. Ad. B. de Boisbertrand, une lettre, datée de la fonderie de Lachapelle-Saint-Robert, et dont nous extrayons les passages suivants :

Le Bandiat a ses hauts fourneaux en partie en activité ; mon beau-frère, M. de Bourdage, propriétaire des hauts-fourneaux de Lachapelle-SaintRobert, et M. Masse, propriétaire à Jommelières, fournissent des fontes à la fonderie impériale de Ruelle, non pas par mille kilogrammes, mais par millions de kilogrammes ; les épreuves faites ces jours-ci encore à Ruelle, avec les fontes provenant de ces hauts-fourneaux, ont donné les plus beaux résultats; la dernière épreuve faite avec les fontes de Lachapelle-Saint-Robert a été des plus décisives. En effet, un canon de trente a tiré 200 coups poussés à outrance sans éclater, et il est montré a la fonderie impériale comme une victoire remportée par les minerais du Bandiat sur les minerais étrangers.

Voilà des preuves éclatantes de l'existence de ces minerais du Bandiat qu'on prétendait épuisés ! Je disais en 1864, dans un rapport que m'avait prié de lui faire M. Turgan, ingénieur attaché à la maison de l'Empereur, que les minerais du Bandiat étaient inépuisables, et tout vient à l'appui de mon assertion, car la fonderie de Lachapelle-Saint-Robert a passé, au mois de septembre, avec le gouvernement, un marché de 1,200,000 kilogrammes de fonte, dont 600,000 livrables dans la campagne courante; à cette époque, et ceci est à bien noter, les parterres de la fonderie de Lachapelle n'avaient aucun approvisionnement, et dans le courant de juin prochain Lachapelle aura livré ses 600,000 kilogrammes.

Si les minerais du Bandiat étaient épuisés, les fourneaux n'auraient pu trouver d'approvisionnements aussi abondants en aussi peu de temps, et je ne doute nullement que si une compagniecvoulait exploiter en grand les gisements miniers du Bandiat, elle fournirait bien au-delà des besoins des hauts-fourneaux du pays.

Je disais encore, dans mon rapport à M. Turgan, que le gouvernement qui, alors, abandonnait le Bandiat, reviendrait plus tard sur celte décision. Du reste, c'était parfaitement l'avis du commandant Larma, qui était alors à Ruelle. Je ne me trompais donc pas, puis qu'aujourd'hui, d'après les dernières épreuves, nous ne serons plus à la merci des minerais étrangers, et je le dis bien hautement, il n'y a pas de fontes en Europe à pouvoir donner de meilleurs résultats que celles du Bandiat.

(Moniteur des métaux ouvrés et de la métallurgie en général, 1869)

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Visite de Ruelle

La fonderie de canons de la marine à Ruelle, que le ministre de la marine a visitée aujourd'hui, est située sur la Touvre, l'un des affluents de la Charente, à sept kilomètres d'Angoulême.

Cette usine, créée en 1750 par le lieutenant général Marc-René de Montalembert, fut acquise par l'Etat en 1755. Etablie à cheval sur la Touvre, dont le niveau est invariable, qui ne gèle jamais, et qui lui distribue l'eau nécessaire comme force aux moteurs de l'usine, à proximité de fort belles forêts et des abondantes minières de la vallée du Bandiat très riches en gisements de minerais d'excellente qualité, elle était, à l'origine, à même de produire les bouches à feu en fonte réglementaire à un prix de revient relativement minime.

Aujourd'hui, l'adoption de l'artillerie en acier et l'abandon presque complet des bouches à feu en fonte n'ont pas diminué les facilités de production de l'établissement. Des ateliers puissamment outillés où tous les procédés mécaniques les plus perfectionnés ont été concentrés mettent Ruelle au premier rang des usines de ce genre de la France et de l'étranger.

Ruelle constitue actuellement l'unique usine où la marine puise son matériel d'artillerie. Les fonderies de Saint-Gervais et de Nevers ayant été supprimées et leur matériel concentré à Ruelle, cette concentration a donné à l'établissement une importance considérable.

800 bouches à feu de tous calibres (depuis le canon de 42 centimètres jusqu'à celui de 65 millimètres), destinés à la flotte, y sont en ce moment en voie de fabrication. L'effectif du personnel qu'y entretient l'Etat est actuellement de 1,000 officiers, employés et ouvriers. Un colonel d'artillerie de marine en a la haute direction.

C'est de Ruelle qu'est sortie toute la grosse artillerie de notre flotte de combat. Ses communications par voie ferrée sont assurées avec chacun de nos ports militaires.

Depuis un an, sur l'impulsion donnée par M. Barbey, les fabrications d'artillerie ont reçu à Ruelle un grand développement par de nouvelles commandes considérables et surtout par la création d'un outillage spécial à la confection des canons à tir rapide nécessaires à l'armement de nos escadres. Nous ne croyons pas devoir nous étendre sur ce sujet intéressant la défense nationale. On comprendra notre réserve. Mais la visite que fait aujourd'hui le ministre de la marine à Ruellë montre l'importance de l'effort que l'on attend du personnel de cet établissement et témoigne de l'intérêt que le gouvernement attache au fonctionnement régulier de cette usine nationale.

Arrivé à Ruelle aujourd'hui mercredi par le train de 5 h. 40 du matin, le ministre a reçu la visite de tout le personnel officier et s'est rendu ensuite dans l'usine qu'il a visitée dans ses moindres détails. Un canon de 32 centimètres a été coulé devant lui. Il a également assisté à un tir d'expérience avec un canon de 10 centimètres transformé à tir rapide. Cette dernière opération a paru vivement l'intéresser.

Sa réussite va en effet amener une révolution complète dans l'armement de la flotte, par la transformation en canons à tir rapide de tout notre armement en canons ordinaires de 10, 14 et même 16 centimètres.

Le ministre a quitté Ruelle dans la soirée, se rendant aux forges industrielles de Commentry.

(Le Figaro, 1891)

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Les industries nontronnaises

La région nontronnaise ayant un sous-sol abondamment pourvu de minerai de fer et étant couverte d'immenses étendues boisées, avait à pied d'œuvre la matière première nécessaire à la fabrication du fer, aussi cette industrie se développa-t-elle dès une époque très reculée et au moyen âge, dut être déjà très florissante.

Sur la rivière le Bandiat et dans le voisinage immédiat de Nontron on trouvait quatre hauts fourneaux et sept forges à martinet, ainsi nommées, du lourd marteau mu par l'eau.

Les maîtres de forge

La forge à haut fourneau de Lavenaud produisait tous les vases en fonte, celle de Jommelières, de Forge-Neuve et de La Chapelle Saint-Robert, fondaient aussi des canons. Des forges à martinet sortaient des instruments divers et surtout un acier particulièrement renommé. Les plus actives étaient celle de Brouillaud, de Lamendeau, du Huisseau-de-l'Etang, qui exportaient jusqu'en Angleterre des poêles à frire particulièrement appréciées.

Une industrie si prospère enrichissait de nombreuses familles, nobles et bourgeoises, et faisait vivre sans aléa un nombre croissant d'ouvriers; jusqu'au milieu du siècle dernier cette industrie connut une prospérité sans éclipse, la forge de Jommelières, pour n'en dire qu'une, employait 110 ouvriers et produisait 12.000 à 13.000 quintaux de fonte. A leur apogée, en 1860, ces forges si florissantes, richesses du pays allaient s'éteindre l'une après l'autre, et disparaître en l'espace de moins de 10 ans. Le traité de commerce que la France signa le 23 janvier 1860 avec l'Angleterre devait ruiner cette industrie. La France passait subitement du régime de la protection douanière au régime du libre échange, qui abaissait considérablement les droits d'importation sur la houille et la fonte anglaise. Les vieux procédés au charbon de bois ne purent tenir devant les nouveaux procédés de traitement des minerais de fer par la houille, qui amenèrent la chute verticale des prix du fer et de la fonte; les voies de communication et la houille manquant dans notre pays, l'industrie locale dut capituler.

Les tanneries

Après celle des maîtres de forge, la principale industrie était celle des maîtres tanneurs. L'annuaire de la Dordogne de 1803 parle de cette industrie en ces termes :

« Les meilleures tanneries sont à Nontron; cette ville en a douze où l'on fabrique parfaitement le veau blanc, la basane, la vache, en croute ou lissée. Tous ces cuirs sont supérieurs à ceux des départements voisins; on attribue en partie cette supériorité aux eaux du Bandiat qui ont la propriété de rendre la matière souple et très moelleusse. »

Plus tard, ces tanneries furent au nombre de quatorze, mais depuis le libre échange, elles ont successivement périclité et la dernière a disparu il y a une soixantaine d'années.

Seule une filiale de ces industries si florissantes a survécu. Les aciers fournis par certaines forges étaient d'une qualité spéciale et il était tout naturel qu'on les employa dans la région; ainsi naquit et se développa la coutellerie nontronnaise, qui, dès la seconde partie du XVIIIe siècle, était déjà appréciée dans toute la France. Aujourd'hui la coutellerie nontronnaise ne pouvant avoir le privilège exclusif de la qualité, s'est spécialisée pour garder un cachet tout à fait propre et particulier.

La coutellerie

Les principales spécialités de couteaux de Nontron sont : le couteau à virole et à manche en buis pyrogravé et de formes particulières, en queue de carpe ou en sabot et les petits couteaux miniature. Cette dernière production de la coutellerie nontronnaise excite au plus haut point la curiosité et la surprise des visiteurs; comment pourraitil en être autrement quand il vous est présenté douze petits couteaux dans une coquille de noix, de noisette et même dans un noyau de cerise, et lorsqu'on s'aperçoit que ces couteaux s'ouvrent, se ferment et coupent comme leurs grands frères.

On peut obtenir un noyau de cerise contenant 150 couteaux ne pesant ensemble qu'un gramme! On avouera qu'il y a là de la part de cette industrie un véritable tour de force.

A côté de cette industrie il faut en citer quelques autres, qui, sans avoir l'originalité de la coutellerie, n'en sont pas moins des sources de richesses pour le pays.

Le chausson de feutre

En premier lieu, la fabrication du chausson de feutre. Cette industrie qui prit naissance tout de suite après la guerre, fait travailler plus de 400 ouvriers, se répartissant dans une douzaine d'usines de différente importance. Se pratiquant comme on le voit sur une vaste échelle cette industrie nontronnaise concurrence les gros centres producteurs de chaussons, tant par ses prix avantageux que par la qualité, ceci grâce à des conceptions de travail toutes modernes qui font honneur aux actifs Nontronnais qui en ont pris l'initiative.

Cette industrie devait en faire naître une autre. En effet, sur le Bandiat, un peu en dehors de la ville, une usine tisse, foule et teint le feutre de laine destiné à la confection des chaussons.

Les paillons

Les pays avoisinants, granitiques, cultivent beaucoup de seigle, il était normal qu'une industrie utilise cette paille spéciale, longue et élastique; c'est ce qui amena la création de trois fabriques de paillons pour bouteilles : une à Saint-Pardoux, une à Jommelières et une autre à Brouillaud, tout près de Nontron. Ces industries bien que touchées par la loi de prohibition en Amérique n'en sont pas moins prospères, et le touriste, que la fabrication du paillon intéresse, trouvera à Brouillaud un site admirable qui le dédommagera amplement des trois kilomètres qu'il aura fait.

Les fers à sabots

Une autre usine a vu récemment le jour dans notre cité; usine modeste certes, mais qui ne manque pas d'originalité, ne serait-ce que par la rareté de ses pareilles; deux centres seulement en France de production rationnelle de fers à sabots : Tours et Nontron. Originale aussi par son mode de fabrication des fers, dont la façon est uniquement et entièrement menée par pression et sans l'aide du feu.

Autres industries

La qualité des roches du pays les font rechercher dans de nombreuses carrières à ciel ouvert; tantôt c'est un calcaire approprié comme à Jommelières, qui sert à faire un macadam spécial pour le revêtement des routes, tantôt c'est un granit ou un grès que l'on extrait de notre sol pour faire des pavés ou pour construire des monuments qui se riront des injures du temps.

Enfin, si on ajoute nombre de petites industries urbaines particulières, telles que la fabrication des sabots, des conserves alimentaires, des biscuiteries, qui méritent une mention toute spéciale pour l'importance de leurs exportations, trois imprimeries (2 journaux hebdomadaires), des eaux gazeuses, des scieries, des minoteries le long du Bandiat, des fabriques de tuiles et de briques près des gisements argileux; si on ajoute que Nontron possède des ébénistes remarquables par la façon moderne avec laquelle ils travaillent les beaux bois du terroir, on se rend compte que le Nontronnais n'a rien perdu de son caractère industrieux, que malgré les revers de ses ancêtres, il a su remonter, puis franchir la mauvaise passe et qu'il cherche à augmenter sans cesse la prospérité de sa ville en même temps que la sienne propre, grâce à ses merveilleuses facultés d'adaptation, à son énergie et à ses connaissances des possibilités du pays.

(Revue économique du Centre-Ouest, 1937)

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02 janvier 2016

Suspects pendant la Révolution

La famille Besse Desmoulières était « suspecte » . Le chef de famille était alors Gérôme. Son frère Jean-Baptiste, qui était prêtre, parlait de prendre le chemin de l'exil. Au début de 1792, de mauvaises langues ont dû jaser. Un des fils de Gérôme, Pierre Besse, est absent depuis longtemps. Où est-il ? N'aurait-il pas rejoint l'armée des Emigrés ? Pour calmer les soupçons malveillants, le « sieur Desmoulières père » demande à la municipalité de Milhac de se faire délivrer par la municipalité de Dôle, dans le Jura, où se trouve son fils, un certificat de résidence. « L'attestation certifiant que le sieur Pierre Besse Desmoulières, cavalier au 7e Régiment précédemment Royal-Etranger, en garnison » à Dôle, se trouve bien « dans cette ville où il réside en cette qualité », est datée du 3 février 1792.

Jeanne Pourtent, du Chastenet, avait un frère, Jean, qui était chanoine et résidait à Arras. Sans doute aussi pour se défendre contre des calomnies, Jeanne demanda « verbalement » un certificat prouvant que le chanoine était toujours en France. Le 6 octobre 1792, la municipalité d'Arras signait pour celle de Milhac un papier « attestant que Jean Pourtent, ci-devant chanoine, a résidé à Arras » depuis le 29 avril 1791 jusqu'à ce jour.

En 1793 vivait à Croze la veuve Faurichon. Elle était née Marie Guichard de Verzinas. En 1769, elle avait épousé Elie-Noël-Jean Faurichon, écuyer, seigneur de Labardonnie, qui demeurait à Croze.

En 1793, elle pouvait donc avoir quelque 45 ans.

Son fils aîné, prénommé Elie comme son père, selon une coutume fréquente, pouvait, lui, être âgé d'environ 23 ans.

La veuve résidait à Croze avec «ses filles ». Mais son fils Elie avait émigré.

Les Faurichon de Croze étaient donc « suspects » .

A la fin de 1792, un « officier municipal » avait été envoyé tout exprès à Croze pour rappeler à « ladite Guichard et à Georges Puyrenier son homme d'affaires » que « les biens des émigrés étaient mis sous la sauvegarde de la Nation » et qu'ils ne devaient pas « être dilapidés ». La veuve avait fait au messager « des réponses irrévérentielles » et lui avait dit que le Conseil se mêlait de ce qui ne le regardait pas. Sur quoi elle avait donné l'ordre de « couper des arbres sur les limites du pré de réserve attenant la maison appartenant à son fils, émigré français ». Le 18 janvier 1793, la municipalité votait un blâme à « Marie Guichard veuve La Bardonnie », et en donnait connaissance au District « à telles fins que de droit ».

Au printemps de 1793, un « bruit commun » avait couru jusqu'à Nontron accusant les deux « dames » des Moulières et de Croze d'avoir tenu des « propos peu républicains ». Le District en prit prétexte pour ordonner une visite domiciliaire aux deux « maisons suspectes » des Besse et des Faurichon. La visite eut lieu le 29 mars 1793 après midi. Elle était dirigée par le commissaire Ladorie, envoyé par le District, auquel faisaient escorte le maire, le procureur de la commune, deux officiers municipaux, deux notables et quatre gardes nationaux.

Bien que Gérôme Besse Desmoulières fût alors « commandant de la Garde nationale », on commença par sa maison « environ les 2 heures de relevée ». Aussi bien était-ce à sa femme qu'on en avait. Les enquêteurs sont reçus par la fille de Besse. Elle leur dit que sa mère est absente, qu'elle est partie à Bonnefond. Elle va appeler son père. Quand Besse est là, on lui demande de donner « les clefs du cabinet de son épouse » et « les journaux ou lettres et papiers qui, dans les circonstances (présentes) , peuvent être suspects ». Besse répond que sa femme a sur elle « les clefs des deux cabinets ». Il les montre et on y appose des scellés. Puis il ouvre « un tiroir » où sont « des lettres et des papiers ». On les examine : « Rien n'est trouvé suspect ». Puis la fille Besse doit ouvrir un « cabinet » lui appartenant. On y trouve « parmi des papiers deux lettres qui ont paru suspectes » et que confisquent les commissaires.

Après la visite des papiers, on s'occupe des armes. On inventorie : 3 fusils simples, 1 fusil à 2 coups, 2 pistolets « de fouraud », l'épée, 1 couteau de chasse et 2 pique. Toutes ces armes seront « transférées de suite en la maison commune ».

On se rendit ensuite aux écuries. Les deux juments qui s'y trouvent sont mises « en réquisition permanente ».

Avant de se retirer, les commissaires déclarent « au citoyen Desmoulières » que sa femme est mise « en état d'arrestation ». Desmoulières « promet » qu'elle se rendra demain à la maison commune où elle restera détenue jusqu'à la décision du District.

Les enquêteurs se rendirent alors aussitôt à Croze « en la maison de la citoyenne Guichard » . Elle ouvre « tous ses cabinets » et « produit tous ses papiers ». Rien de suspect.

Quant aux armes, elle donne ce qu'elle a : 2 pistolets « à foureaud », 1 épée fort rouillée, 1 mauvais fusil simple et 1 autre à 2 coups. Mais ce dernier ne lui appartient pas. Il est à Puyrenier, son homme d'affaires. Par contre, elle en possède un « assez en bon état », qui est actuellement «chez !e citoyen Laurandie ». Les armes de Croze sont emmenées. Le fusil de Laurandie sera apporté demain à Milhac.

Ladite Guichard » est, elle aussi, mise « en état d'arrestation ». Qu'elle se rende demain en la maison commune où elle aura à se justifier des « paroles pour lesquelles elle a été dénoncée ». Elle accepte et promet.

Le lendemain 30 mars, les deux dames sont à Milhac. Elles demandent que le commissaire du District vienne enquêter sur leur culpabilité et lever les scellés sur les deux cabinets des Moulières. Aussitôt le Conseil envoie un « exprès » à Nontron pour demander à Ladorie de revenir dès le lendemain. Le conseil général de la commune se trouvera de nouveau réuni, et lui, Ladorie, aura à procéder à un complément d'enquête.

Le commissaire du District vient seulement le 1er avril. Aux Moulières, dans les deux cabinets de la dame Besse, il ne trouve rien de suspect, sinon une « Représentation du Clergé de France faite à Louis XVI » et une « lettre dont le citoyen Ladorie s'est emparé ».

Après avoir examiné les accusations portées contre les deux dames au sujet des propos subversifs qu'elles auraient tenus, et après avoir pris « l'avis du Conseil » municipal, Ladorie rend son verdict. Les deux dames ne sont pas coupables, qu'elles soient remises en liberté. Il leur donne cependant le conseil d'être à l'avenir «plus circonspectes envers leurs concitoyens». Les dames « promettent d'être exactement réservées, et de ne nourrir dorénavant que de pures intentions au bien public, et de se comporter en vraies républicaines ». Elles sont simplement condamnées « à payer les frais dus aux gardes nationaux ». Ce « dont le citoyen des Moulières commandant a répondu ».

Source : Milhac-de-Nontron, de Marc Chassaing.

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