11 février 2020

La dernière prieure du Carmel d'Angoulême

La dernière prieure fut la mère Françoise-Charlotte-Victoire de Jésus : élue en 1785, elle fut réélue en 1788 et en 1791. Elle appartenait à la même famille que la fondatrice, la première compagne de la mère Agnès de Jésus : Anne Regnauld de la Soudière avait eu la joie d'aider à la naissance du Carmel d'Angoulême ; Françoise Regnauld de la Soudière eut la douleur de le voir périr et elle dut en conduire le deuil pendant plus de trente années.

Elle était fille de messire François Regnauld, chevalier, seigneur de la Soudière, et d'Anne de la Ramière ; elle naquit au château de Saint-Mary, le 6 septembre 1743. Sa vocation, qui se révéla de bonne heure, fut contrariée d'abord : la jeune Françoise était intelligente et belle, et sa famille ne pouvait se résoudre à lui permettre d'ensevelir ses charmes derrière les grilles d'un cloître L'aspirante carmélite eut longtemps recours aux supplications et aux larmes; voyant enfin que tout était inutile, elle prit un parti extrême, qui s'accordait avec son caractère ferme et décidé : elle s'échappa de la maison de ses parents. On la poursuivit, on parvint à la rejoindre et on la réintégra sous le toit paternel. Mais un jour la surveillance se trouva en défaut : Françoise de la Soudière réussit à se cacher dans une charrette de foin qu'un vieux domestique, son complice sans doute, devait conduire du château de Saint-Mary à quelque ferme ; quand elle jugea le monent favorable, la fugitive se dégagea de dessous le foin qui la recouvrait et fit à pied la route d'Angoulême (1). Elle arriva bien fatiguée au monastère, où elle était connue de longue date, et où la mère Louise-Victoire des Anges l'accueillit à bras ouverts : elle avait alors vingt-trois ans.

C'est par affection pour cette bonne mère qu'elle prit elle aussi le nom de Victoire. Elle fut reçue à la vêture le 29 mars 1767. On dit que le roi Louis XV et la reine Marie Leczinska avaient accepté d'être ses parrains en cette circonstance ; mais nous ne savons trop quelle est la valeur de cette tradition ni par qui Leurs Majestés s'étaient fait représenter. On ajoute que Mme Louise de France, qui devint carmélite en 1771, au monastère de Saint-Denis, essaya vainement, à diverses reprises, d'attirer auprès d'elle la filleule de ses augustes parents.

Quoi qu'il en soit, Françoise-Charlotte-Victoire de Jésus fit son noviciat avec la ferveur et la générosité qu'on devait attendre d'une vocation si éprouvée. L'année révolue, elle prononça ses vœux, le 31 mars 1768, après avoir été examinée par l'évêque d'Angoulême, Mgr Joseph-Amédée de Broglie, et reçut le voile des mains de messire Jean-François Coiffet, grand archidiacre de la cathédrale d'Angoulême et supérieur immédiat du Carmel. Elle avait 24 ans 6 mois et 25 jours. Elle fut nommée première dépositaire au plus tard en 1774, sous-prieure en 1782, et, comm nous l'avons dit déjà, elle devint prieure en 1785.

Elle poursuivit le but, que s'étaient proposé déjà ses devancières, d'améliorer la situation matérielle des Sœurs en leur procurant un logement plus salubre et plus vaste. C'est dans ce dessein (2) qu'elle acheta, le 21 janvier 1788, de M. Pierre Bourdin, « conseiller d'honneur en la sénéchaussée et siège présidial d'Angoulême, » et de Marie Trémeau, sa femme, « les maisons, cour, jardin et dépendances appartenant audit sieur Bourdin, » qui en occupait personnellement une partie ; lesdites maisons « situées rue des Cordonniers, paroisse de Beaulieu. » La vente fut faite moyennant le prix de 21,000 livres de principal et 250 livres de pot-de-vin. Les Carmélites fournirent, séance tenante, le pot-de-vin et, huit jours après, elles payèrent, pour droit de lods et ventes, l'énorme somme de 5,000 livres à M. Salomon Varin, sieur de Magnac et de Maumont, la maison acquise étant mouvante de ce dernier fief. Quant au prix principal, il était convenu que les Carmélites paieraient à divers créanciers de M. Bourdin la rente d'une partie, fixée à 5,775 livres ; que, dans huit ans, elles verseraient 8,500 livres au sieur de Bellevue, et 6,725 livres à M. Bourdin lui-même dans le délai de six mois (3). L'emprunt de 4,000 livres fait aux Dames de l'Union chrétienne le 17 février 1789 fut sans doute motivé par cet achat.

Nous avons vu (4) déjà que la mère Victoire de Jésus songeait à rebâtir l'église du monastère; mais elle n'eut point cette consolation.

Notes :

1. Nous devons ces détails et plusieurs autres, concernant la dernière prieure du Carmel, à d'obligeantes communications de Mme la marquise et de Mme la comtesse de la Soudière, que nous prions d'agréer ici l'expression de notre respectueuse reconnaissance.

2. L'acte s'exprime ainsi : « Les Carmélites ont déclaré que leur clôture actuelle est si resserrée qu'elles ne font la présente acquisition que pour y renfermer lesdites maisons et dépendances et avoir moins de gêne. »

3. Archives départementales, fonds des Carmélites.

4. Il n'est pas besoin de dire que la pieuse prieure avait, comme toute vraie carmélite, des goûts de magnificence pour ce qui touchait à l'embellissement et à la décoration de la maison de Dieu. « En 1787, notre révérende mère Victoire de Jésus, écrit la dépositaire, a fait faire un parement en broderie or et soie ; la figure de notre sainte Mère est en peinture fine. Il revient à la somme de 672 livres : cette somme est du produit du travail et des petites épargnes de notre révérende mère prieure. » (Registre de la dépositaire)

Source : Notice historique sur l'ancien Carmel d'Angoulême, de l'abbé Blanchet.

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10 février 2020

Louis Rochette de Pluzet

Deux autres généraux, dont les états de service sont moins connus, appartenaient encore au Ier bataillon de la Charente. Ce sont Rochette de Pluzet et Villemalet. Rochette de Pluzet descendait d'une famille notable de l'Angoumois. Son oncle, Louis Rochette, écuyer, sieur de Pluzet, était capitaine commandant en 1779 dans le corps des volontaires du maréchal de Tonnerre (1). Son père, Pierre Rochette de Pluzet, avait le titre d'avocat au Parlement. C'est au bourg de Nanteuil-en-Vallée que naquit Louis Rochette de Pluzet en 1767, à ce qu'il semble (2). En 1791, Rochette s'engageait comme volontaire dans le ier bataillon de la Charente, où il était nommé lieutenant-colonel en second (3). Avec ce bataillon, il fait la campagne de Belgique sous les ordres de Dumouriez ; en 1793, il est parvenu au grade de général de brigade. Son principal titre de gloire fut la défense d'Avesnes (Nord) contre les Autrichiens, qu'il parvint à repousser (4). Une action honorable qu'il y commit fut la cause de sa perte : il secourut un officier autrichien blessé, fait prisonnier. On lui en fit un crime : cet officier était parent du prince de Cobourg, dont le nom avec celui de Pitt était alors en exécration. Le commandant provisoire de la place d'Avesnes fut emprisonné, sur la dénonciation du conventionnel Duquesnoy, ce moine défroqué qu'Hébert lui-même représentait comme un ivrogne de profession, indigne de toute créance. Rochette était un franc et loyal républicain, il se défendit avec vigueur devant le tribunal révolutionnaire d'Arras (son mémoire imprimé existe encore), et plus tard Guffroy reprocha vivement au proconsul Joseph Lebon la mort de ce vaillant soldat. Il fut exécuté en 1794, et il paraît qu'il mourut au cri de « Vive la République » ! qu'il poussa jusque sous le couteau (5). Il existe des descendants de Rochette dans la commune de Vieux-Ruffec.

Notes :

1. Minutes de Mallat, notaire à Angoulême, 25 juillet 1779. — Archives dép.

2. Registres paroissiaux de Nanteuil.

3. Etat de janvier 1793. Archives.

4. Lettre du 7 octobre 1793. Moniteur, XVIII, 103.

5. Guftroy, Les Secrets de J. Lebon et de ses complices, p. 301. — Gigon, Les victimes de la Terreur, 1866, p. 38-39.

Source : Histoire des volontaires de la Charente pendant la Révolution, de Prosper Boissonnade.

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Lettre de Rochette à Bouchotte

Le 29 septembre 1793, les Autrichiens passaient la Sambre et refoulaient les divisions Mayer et Desjardin sur Maubeuge. La consternation régnait dans Avesnes et Landrecies, et Jourdan mandait au ministre de la guerre qu'il n'avait pas grande confiance dans la résistance que feraient ces deux places. Le commandant temporaire d'Avesnes, le chef de bataillon Rochette, jurait, selon la coutume, de s'ensevelir sous les ruines de la ville plutôt que de capituler, mais il écrivait que sa position était critique, et le Conseil de guerre demandait instamment des secours. Bouchotte chargea sur-le-champ le général de brigade Schlachter de se jeter dans Avesnes.

Rochette à Bouchotte.

Avesnes, ce 31 septembre, l'an IIe de la République française.

Citoyen ministre,

Notre position est extrême. Nous n'avons plus aucune communication avec Maubeuge. L'ennemi a repoussé tous nos avant-postes depuis Taisnière jusqu'à Marpent. Il a passé la Sambre le 29 au matin, nos troupes n'ayant pu résister à l'attaque vigoureuse de la cavalerie. Cet échec nous a coûté beaucoup de monde. Il a conséquemment beaucoup affaibli les'. forces du camp et de la ville de Maubeuge qui sont totalement cernés. D'après les rapports que j'ai, l'ennemi attend sous. très peu de temps un renfort de dixhuit mille hommes. Si l'on ne vient promptement au secours de toute cette partie avec une force imposante, il ne faut pas en douter, elle sera cernée parles troupes ennemies. Quant à moi, je jure de m'ensevelir dans les ruines de la place qui m'est confiée plutôt que de la voir jamais souillée par les satellites des despotes.

Le chef de bataillon, commandant temporaire, Rochette.

Source : Lettres de 1793, de Arthur Chuquet.

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Le procès de l'attaque de la diligence

Le second procès est plus récent et bien différent. Il s'agit d'un vol commis par un personnage de bonne famille. Celle-ci, en effet, était, à la veille de la Révolution de 1789, une des plus aisées, sinon la plus riche de la paroisse de Brie où elle possédait de grandes propriétés. Elle était apparentée à la haute bourgeoisie de l'Angoumois et aussi à la noblesse en la personne de Roch Benoist, seigneur du Châtelard, Saint-Ciers et autres lieux.

Le héros, en fut Antoine-Alexandre, fils de Roch Boissier Descombes, ancien député aux Etats provinciaux pour le Tiers Etat, en 1789, ancien garde des Eaux et Forêts, ancien maire de Brie, et au moment, de l'affaire de vol, percepteur du canton de Jauldes, et toujours gros propriétaire terrien à Brie et autres paroisses.

Voici l'acte de naissance de l'enfant :

« Le vingt-deux d'octobre mil sept cent quatre vingt-trois, est né au village des Boussards, paroisse de Brie, et le lendemain a été baptisé par moy, soussigné, Antoine, fils de père et de mère inconnus. Ont été parrain, Antoine Gache et marraine, Marie Lacroix, lesquels habitants de ladite paroisse. Ont déclaré ne scavoir signer de ce enquis. Arnauld, vicaire de Brie. »

Or, le village des Boussats, où habitait la sage-femme, est tout proche de celui de chez Masset, demeure des Boissier. Les parents du nouveau né y étaient bien connus mais on n'osait, par intérêt ou par crainte, dévoiler officiellement ce que tout le monde savait.

Roch Boissier Descombes s'était marié vers 1773 avec Marthe Orillac. Plusieurs enfants étaient nés de cette union et malgré cela, le mari n'hésitait pas à courtiser ses servantes, ses voisines et autres jeunes filles. L'épouse, lassée de cette inconduite, se donna la mort le 17 janvier 1777 en se jetant dans le puits profond de sa demeure de chez Masset. Le veuf avait alors 27 ans. Il n'en fut pas très affecté et, beaucoup plus libre, n'en continua que de plus belle, ses relations avec l'élément féminin et en particulier avec sa cousine germaine, Marie Boissier.

Combien d'enfants naquirent de ces unions passagères ? Nous l'ignorons, d'autant plus, qu'ils n'étaient guère désirés. Mais, vint la Révolution. Roch Boissier avait, à Brie, une situation en vue. Il se décida enfin à épouser sa cousine, la mère d'Antoine, né, comme nous l'avons vu aux Boussats; la mère d'une fillette, née le 22 février 1787, déposée dans la boite des enfants trouvés d'Angoulême, et baptisée sous le prénom de Jeanne, par Simon-Jacques Robert, vicaire de la paroisse Saint-André d'Angoulême; la mère d'Elisabeth, qui devait voir le jour, deux mois après le mariage, le 3 février 1791.

Le mariage eut lieu à l'église de Saint-Projet, le 7 décembre 1790, après dispenses obtenues du vicaire général d'Angoulême, Jean Vigneron, pour 3 bancs et temps prohibé et de la cour de Rome, le 19 septembre, pour consanguinité. Au cours de la cérémonie, les époux reconnurent et légitimèrent deux enfants : Antoine et Jeanne.

Un seul nous intéresse, ici : Antoine, plus connu sous le nom d'Antoine-Alexandre. Son enfance dut s'écouler au village de Chez Masset, dans la vaste demeure de son père.

Vint l'âge de la conscription; il tira au sort en l'an XIII, à La Rochefoucauld, comme étant né dans le canton, entre le 24 septembre 1783 et le 22 septembre 1784. Sur le tableau des conscrits, il porte le n° 25, sa profession n'est pas indiquée, sans doute parce qu'il n'en avait pas et sa taille mesure 1m665. Il ne doit guère aimer la gloire militaire et ne semble point enthousiasmé par le succès de l'Empereur.

Une note du 1er germinal XIII portée aux registres municipaux, nous apprend qu'il ne sera pas soldat parce qu'il est affligé d'un calcul à la vessie, calcul imaginaire, probablement. Cette dispense de servir l'oblige à verser dans la caisse de l'arrondissement, la somme de 650 fr.

Si le métier des armes ne l'a point attiré, les professions civiles ne lui sourient guère davantage. Il en essaye plusieurs sans grand succès, entre autres à la maison Hériard, où il figure peu de temps, comme employé de bureau.

Suivant l'exemple paternel, il préfère la fréquentation des jolies filles et ajoute à cette qualité, celle d'aimer le panache vestimentaire et la bouteille. Ce genre de vie est toujours coûteux et le père dut souvent faire la grimace devant les demandes renouvelées de subsides. Toujours est-il qu'il finit par serrer les cordons de la bourse, peut-être par force : revenus plus faibles et famille nombreuse.

Antoine avait alors 23 ans. Ce n'est guère à cet âge qu'un dévoyé gâté par les largesses de la famille, habitué à la vie facile et aux fêtes, risque de s'orienter vers le travail honnête et productif. Rien d'étonnant à le voir songer au vol. De mauvais garçons comme lui avaient montré l'exemple.

L'histoire du courrier de Lyon datait de dix ans; celle des « Chauffeurs » et « des Compagnons de Jehu » étaient racontées au cours des longues veillées d'hiver. En Charente, depuis 6 ou 7 ans, on avait une associaiton : « Les Amis confédérés de l'ordre et de la Paix » dont les adhérents pillaient les diligences soi disant pour fournir des subsides au Prétendant au trône légitime. En 1799, le courrier de Paris, fut attaqué dans la forêt de Boixe par deux gentilhommes de la région et cinq associés : Amiot, marchand à Mansle; Alexandre Paquet; Marvaud; Fresse, négociant à Ruffec; Fréneau, controleur des actes à Mansle.

Antoine Boissier, qui avait été employé à la maison Hériard, avait certainement eu connaissance de l'attentat en forêt de Boixe, tout près. L'impunité dont bénéficia la bande put être un encouragement et probablement lui donner une idée qu'il exploita à fond.

Que de fois n'ai-je pas entendu raconter la légende de la diligence de Churet. Les récits différaient, certes, sur quelques points de détails ou étaient agrémentés par le conteur, mais ne s'écartaient guère de la vérité historique d'un de nos amis M. Reible, de Puyréaux en Charente, historien local de grande classe et érudit, a exposé dans un livre, « la Diligence de Churet » édité en 1937 par Dubois, imprimeur à Ruffec. Cet ouvrage si documenté, dans lequel j'ai fait de nombreux emprunts, est malheureusement introuvable aujourd'hui.

Voici donc la légende :

C'était au temps de l'Empereur Napoléon Ier. Par une nuit d'hiver, le courrier de Paris devait transporter d'Angoulême dans la capitale, de nombreuses caisses pleines d'or. Un ami du Receveur des finances avait vu la préparation des colis. C'était le fils du maire de Brie, Boissier Descombes, jeune homme préférant les filles et les chopines à tout travail régulier. Son père lassé de subvenir à des demandes d'argent trop souvent renouvelées, avait menacé de lui couper les vivres. Aussi, le chenapan, eut-il l'idée de s'emparer du tresor de la diligence. Il emprunta le manteau du Receveur et avec ses amis de cabaret, alla se porter au devant de la voiture, en haut de la côte du Grand Cerisier, entre le village de chez Chauveau et celui de Churet, sur la commune de Champniers. Les conjurés avaient eu soin de placer derrière la haie une dizaine de mannequins habillés en soldats munis de vieux fusils.

Lorsque le conducteur de la diligence arriva à sa hauteur, le bandit braqua son fusil sur lui en le menaçant de tirer s'il ne remettait pas l'argent et en meme temps montrant ses hommes dont les armes étaient manoeuvrées par un complice, terrorisa le malheureux postillon qui en tremblant, exécuta l'ordre donné.

Aussitôt, Boissier et ses deux amis chargèrent les caisses et prirent le chemin de chez Masset.

Malheureusement pour eux, ils avaient oublié, sur les lieux, le manteau portant le nom de son vrai propriétaire, le trésorier général Astier.

Ce dernier n'eut pas de peine à prouver son innocence.

Mais le vol ne devait pas profiter à ses auteurs. Ceux-ci, à peine avaient-ils parcouru quelques kilomètres, qu'ils s'aperçurent de leur oubli. Pris de panique, ils jetèrent les caisses et leur contenu dans différentes bousines (mares) bordant la route.

Ce fut assure-t-on, l'origine des fortunes de plusieurs familles de Brie, dont je tairai les noms car, sur ce point, la vérité s'écarte beaucoup de la légende. Celle-ci est généralement muette sur le châtiment des coupables et ce mutisme m'a frappé.

J'ai eu comme parent, un homme né en 1863 qui fut propriétaire domicilié au village de chez Masset. Une partie de ses biens, venait des Boissier; sa grand-mère avait bien connu le maire de ce nom. Rien d'étonnant à ce qu'il m'ait souvent raconté l'aventure du fameux Antoine Alexandre. Mais, pas plus que les autres conteurs, il ne me parla du jugement et de la fin des voleurs.

Cependant, ces détails ne purent être ignorés des voisins. Il faut donc supposer que dans le cœur des contemporains et de leurs descendants, une place plus large devait etre réservée aux Boissier plutot qu'à l'Empereur. Et ceci me semble bien confirmé dans l'ouvrage de Vallée, racontant l'histoire des réfractaires de la période napoléonnienne qui élisaient domicile dans la forêt de Braconne et en particulier aux Rassats où la complicité de la population leur permettait d'échapper aux gendarmes.

Après la légende, voyons la vérité historique résumée ici d'après les études de M. Reible :

C'est par une nuit pluvieuse, le lundi 13 janvier 1807, qu'une diligence partit de l'Houmeau, en direction de Paris. La voiture emportait 67,156 francs au nom de la Banque de France. Les gendarmes devaient l'escorter, mais pour une raison que nous ignorons, ils furent en retard et l'attente d'une heure du directeur des messageries, François Sazerac, fut vaine. A dix heures du soir, il donna donc le signal du départ avec l'espoir que les solides chevaux de la maréchaussée n'auraient pas de peine à rattraper le convoi, d'autant plus facilement que le premier relai après Angoulême se trouvait à Churet, à environ 11 kilomètres et demi, chez un nommé Guérin. La maison de poste et son portail sont encore visibles, appartenant à Lestrade.

La diligence arrivait à la côte du Grand Cerisier, entre les villages des Chauveauds et la Chignole, à peu près à la hauteur de la oute qui va d'Argence au bourg de Champniers. Tout à coup, Antoine Boissier, sortant de la haie, une arme à la main, se précipita devant les chevaux, donnant l'ordre au conducteur de s'arrêter. Celui-ci, conscient du danger et de sa responsabilité, essaya de passer outre, mais un coup de feu, heureusement sans effet, par suite de l'état d'humidité de la poudre non enflammée par l'amorce, lui fit comprendre le risque. Au même moment, un complice s'élança pour prêter main forte au brigand pendant qu'un autre, à l'aide d'une ficelle, manoeuvrait les fusils des mannequins soldats, bien en évidence derrière la haie.

Postillons et conducteur, terrorisés, laissèrent prendre les sacs d'or cachés sous une bache sur la voiture, au milieu des autres bagages.

Durant l'opération rapide, l'emballage en paille, d'une des caisses, se rompit et s'éparpilla sur la route.

Les voyageurs de la voiture essayèrent de regarder par la portière; l'un d'eux à la clarté de la lune, nouvelle du 8, crut reconnaître le chef des voleurs, malgré la suie dont celui-ci s'était barbouillé et son plumet militaire, arboré, peut-etre pour intimider les gens. Mais la menace des fusils obligèrent les curieux à s'enfoncer dans les coins sombres de la diligence.

Les caisses vites chargées sur leurs montures, les trois brigands — on ne put jamais confirmer la déposition d'un voyageur qui en avait distingué quatre — prirent rapidement la direction de chez Masset et d'autant plus vite qu'une seconde diligence apparaissait à moins de 300 toises. Le conducteur de cette deuxième voiture, arrivant sur le lieu de l'attentat, s'arrêta. Le postillon venait de distinguer quelque chose d'anormal à l'endroit où la première voiture avait été pillée; Outre la paille dont nous avons parlé, se trouvait le manteau d'Antoine Boissier, beau vêtement en drap vert, orné au collet d'un galon d'or, avec pour agrafes, deux plaques d'argent portant les initiales A. B. D., oublié par hasard.

La bande des voleurs n'était pas encore loin lorsqu'elle s'aperçut de la perte. Un des comparses, éperonnant son cheval blanc retourna bien vite sur les lieux et comprenant ce qui s'était passé, rejoignit rapidement la deuxième diligence. Le conducteur de celle-ci, malgré les demandes et les menaces, refusa de rendre le manteau sans avoir le nom du solliciteur qui, évidemment, ne répondit pas à l'appel.

Mais, durant ce temps, la première voiture avait atteint Churet où elle laissa le postillon pour répondre à l'enquete qui n'allait pas tarder. On fit prévenir aussitot l'adjoint d'Anais, Bounisseau, remplaçant le maire François Maulde, paralysé, et Prosper Chancel, substitut impérial à Angoulême. Celui-ci, malgré l'heure matinale, accompagné du capitaine Saulnier, du lieutenant Fourest, se rendait sur les lieux pendant que d'autres gendarmes et policier se lançaient à la poursuite des malfaiteurs.

Les habitants de nombreux villages furent interrogés ainsi que pas mal d'aubergistes de la campagne et d'Angoulême.

A l'arrivée de Chancel à Churet, l'enquete avait déjà commencée. Bounisseau avait interrogé les voyageurs de la première diligence, le postillon de la seconde qui lui remit, en outre, le manteau recueilli sur la route, pièce à conviction. Les bandits avaient été vus au nombre de quatre.

A l'Houmeau, la nouvelle de l'attentat s'était répandue dès l'aurore. Les curieux s'étaient rassemblés auprès des bureaux des messageries. Rapidement, la police apprit par la femme Bernard, aubergiste, que la veille au soir, vers les cinq heures, un particulier, vêtu d'un manteau vert, monté sur un cheval blanc, avait été vu regardant le changement des deniers publics. Et, elle n'hésita pas à le nommer : Jean Aigron, ancien domestique du courtier Blandeau, et depuis quelque temps, chez le fils Boissier-Descombes de Brie. Quant à ce dernier, elle déclara qu'il avait habité Paris, et que la rumeur publique le représentait comme un jeune libertin, coureur de filles, notablement endetté.

Pendant que Chancel et le capitaine Saulnier interrogeaient l'aubergiste, à l'intérieur de son domicile, un particulier, descendu de cheval, pénétrait dans la salle, salué et nommé par l'hôtesse. C'était Jean Aigron, venu pour se renseigner. Joli garçon, d'une trentaine d'années « d'une taille moyenne, 1m62, cheveux et sourcils chatains, yeux roux, bouche grande, nez bien fait, menton rond, figure un peu ovale, marquée par la petite vérole. »

Saisi sur le champ par les gnedarmes, il n'opposa aucune résistance. Fouillé, il fut trouvé porteur de 1,221 livres 14 sols tournois, en écus de six livres et menue monnaie dont une pièce de cinq francs.

Au dehors, le cheval était blanc, agé, fatigué par une longue course, portant une blesseure encore fraîche sur « le rognon ». Sur son dos un paquet fut saisi et examiné en détail. Il contenait un manteau de drap gris, une redingote gris de fer ayant des boutons blancs, encore salie par la boue et le tout humide de rosée.

Il n'en fallait pas plus pour reconnaître un des coupables qui ne tarda pas à avouer sa participation au vol et à donner les noms de ses acolytes : son maître Boissier-Descombes, un domestique du père, Chauveau, surnommé Frontin. De plus, malgré l'insistance de Chancel il jura qu'il n'y avait pas de quatrième complice : les voyageurs de la diligence avaient pu se tromper !

Quant aux caisses, il déclara que trois avaient été fouillées, les sacs pleins de monnaie, cachés; la quatrième, faute de temps était restée intacte, reposait au fond d'une mare sur le chemin de Brie à Angoulême.

Il ajouta que sa visite à l'auberge lui avait été recommandée par son maitre à titre de renseignements, que celui-ci était, en ce moment, dans sa famille, et lui avait fixé rendez-vous à la porte Saint-Pierre à huit heures du soir.

Immédiatement, Chancel, Saulnier, Aigron et plusieurs gendarmes, ayant fait réquisitionner une voiture de poste, se rendirent au domicile du père Boissier, chez Masset, village à 16 kilomètres d'Angoulême.

On peut juger de la surprise de cet ancien maire de Brie, qui venait de laisser depuis peu la place pour une plus rémunératrice, celle de percepteur. Devant les précisions fournies, — on venait de repêcher une des caisses dans la bousine du Maine Joizeau — il fut bien obligé de se rendre à l'évidence, mais, ayant cherché et appelé vainement son fils, il vit l'écurie ouverte et un cheval absent. Le coupable avait pris le large. Restait à récupérer l'argent. Grace aux indications d'Aigron, et d'une jeune servante, Marie Chauveau, la sœur de Frontin, dix sacs furent déterrés au pied du mur qi séparait la cour du chemin de Brie à la foret, dix autres d'un fossé de la cour, quatorze furent retrouvés dans la buanderie et un dans une haie voisine. Sur la cheminée de la cuisine, trois fusils de chasse, ayant, d'après Aigron, servi au cours de l'attentat, furent remarqués et saisis.

Un peu avant la nuit, la voiture repartit pour Angoulême avec l'argent, les fusils, la servante, Marie Chauveau, en plus de son chargement primitif.

Peu de temps après, le 17 janvier, Chancel envoyait son rapport concernant le vol, l'arrestation d'Aigron et la récupération d'une grosse part du trésor, au Grand Juge Régnier, duc de Massa, ministre de la Justice. Celui-ci, outre les éloges concernant le zèle et l'activité de Chancel, transmis à l'intéressé, demandait qu'on lui envoyat d'urgence le signalement des fuyards. A ce sujet voici ce qui est dit de Chauveau :

« Sauveau (sic) dit Frontin, natif du village de chez Massé, commune de Brie, arrondissement d'Angoulême, âgé de 17 à 18 ans, cheveux châtain-clair, sourcils idem, yeux roux, habillé en jockey, veste brune, chapeau rond, taille 5 pieds, tournure leste. »

Le 4 février 1807 la réponse de Chancel était envoyée au ministre. Mais déjà, depuis plusieurs jours Chauveau s'était constitué prisonnier, après avoir erré pendant une semaine en forêt de Braconne, sans oser aborder un village où il eut pu se ravitailler.

Restait le principal coupable qui paraissait insaissisable, au grand désespoir de la police. Et pourtant, on avait fait surveiller la porte Saint-Pierre où le soir de l'attentat Aigron et Boissier devaient se rencontrer. Ce dernier avait pu pénétrer dans la ville sans être aperçu. Renseigné, sans doute, il avait flairé le piège et l'avait évité. Puis s'étant rendu à l'auberge Baudoin, faubourg Saint-Pierre, mourant de froid et de faim. — son manteau étant resté aux mains de la police — il avait commandé le souper. Mais, inquiet à juste titre, il était sorti avant de se mettre à table et s'était rendu chez la dame Marot, libraire où il avait retenu une chambre pour la nuit. Dans l'armoire meublant la pièce, avec un lit à la duchesse, il déposa l'argent qui lui restait, soit 1,068 livres et partit en déclarant devoir rentrer tard dans la nuit. La logeuse ne devait point le revoir. La police le suivait de près. Elle connut son passage et se saisit de l'argent déposé. Mais, plus habile et peut-être grâce aux amis et nombreux parents dont parle Chancel dans un rapport, il put être informé ou caché, et parvint à échapper aux recherches.

Le 7 mars, les autorités pensèrent tenir le fugitif signalé à Angoulême.

Les nombreuses perquisitions opérées par la gendarmerie, ne donnèrent point le résultat attendu. On le crut passé en Espagne. Tout au contraire, il était parti à l'opposé et avait gagné l'Allemagne. C'est à Cassel, en effet, que son amour des filles et du vin, devaient plus tard le livrer à la police.

Depuis le 1er décembre 1807, Jérôme, frère de l'Empereur Napoléon occupait le trône de Westphalie. Or, un roi même fils de la Révolution, ne se conçoit pas sans une cour, une maison militaire et enfin tout le fast, si critiqué, de l'ancienne monarchie. Qui aurait pensé, que l'ancien exempté du service militaire de l'an XIII eut pu, quelques années après, revêtir le costume de chef de bataillon et être fier de servir volontairement l'Empereur des Français comme attaché à son service auprès du roi Jérôme ? C'est là que nous retrouvons Alexandre Boissier Descombes qui a pris le nom de La Boissière de Neuville. Il porte fièrement un bel uniforme orné de 4 galons et du ruban de la Légion d'Honneur.

Comment avait-il pu s'infiltrer frauduleusement jusqu'à ce poste si envié et si en vue ? Nous l'ignorons totalement. Mais ce succès ne l'incita point désormais à la prudence. Il commit la faute de trop attirer sur lui l'attention publique par sa belle prestance et par ses propos maladroits lorsqu'il avait bu plus que de raison.

Tantôt il racontait qu'il était un ancien officier de marine, tantôt un polytechnicien, tantôt qu'il était général dans l'artillerie. La police mise au courant de ses vantardises, eut quelques soupçons, le surveilla et finit par l'arrêter en mai 1808 et le conduire devant M. d'Aubigny d'Ingelbronner, juge au tribunal de Cassel.

Avec beaucoup d'astuce, il essaya d'intimider le magistrat en citant ses relations et sa parenté. Désignant ainsi un La Boissière (Pierre Garnier, comte de La Boissière, général, sénateur en l'an X, chambellan de Napoléon, né à Chassiecq Charente le 11 mars 1755). Le juge eut l'idée de le faire fouiller et on le trouva porteur de plusieurs lettres de change, déjà négociées en partie. Les effets étaient tirés par des maisons de Cognac : Martell, Otard, Dupuy sur la banque Mallet de Paris. Elles représentaient un montant de 6,700 francs.

Ces valeurs envoyées au tribunal de la Charente aux fins d'expertises, furent reconnues fausses ainsi d'aillleurs que l'endos de l'une d'elles, imputé à la maison Hériard.

Le procureur d'Angoulême, Mallet, fut frappé par l'énumération des négociants qui étaient tous charentais. L'auteur du faux devait très probablement être de la contrée et cet Antoine Alexandre de la Boissière de Neuville les connaissait certainement. N'était-il pas du pays ? En relisant le rapport venant de Cassel, il se rappela l'affaire de la diligence de Churet : la similitude des prénoms, la ressemblance des noms concernant l'instigateur du vol et le pseudo-commandant, furent pour lui un trait de lumière. Sans tarder, l'enquête fut poussée plus à fond. La maison Hériard déclara qu'Antoine Alexandre Boissier avait été à son service et un spécimen de son écriture établit irréfutablement l'identité du détrousseur du trésor public et des faux de Cassel. D'ailleurs, le signalement confirmait la présomption.

Aussitôt, le procureur général de la Charente mit le ministre au courant, celui-ci se hâta de demander à son collègue de Westphalie, le comte Siméon, l'extradition du coupable. Rien d'ailleurs ne s'y opposait et le 31 août 1808 le roi de Westphalie donna l'autorisation nécessaire. Mais les événements de la guerre retardèrent le transfert. En Février 1809, Boissier des Combes, condamné à Cassel à six ans de bagne pour ses faux, ne devait quitter l'Allemagne que le 28 mars 1809, date à laquelle il fut remis au colonel Jameron, commandant la 25e légion de gendarmerie à Mayence. Le 19 avril, il était dirigé sur Metz, puis par Chalons, Paris, il fut conduit à Bordeaux où il arriva le 15 mai et aussitot enfermé au fort du Hâ.

Plus de deux années s'étaient écoulées entre la fuite d'Alexandre Boissier et sa comparution devant la cour criminelle de Bordeaux. Durant cet intervalle, les complices avaient été jugés.

D'abord, le 7 mars 1807, le procureur Mallet suggérait au Ministre, l'idée de faire passer les coupables, non devant un tribunal charentais, où l'influence de la famille Boissier pourrait fausser le cours de la justice, mais devant une autre cour criminelle. Le procureur général à la cour de Cassation, Merlin, après avis favorable du ministre, opina en ce sens et Bordeaux fut choisi le 9 avril 1807. Le 23 suivant, les huissiers Hazard et Crugy, avisèrent les inculpés de leur transfert au chef lieu de la Gironde où ils furent conduis le 17 mai. Les gendarmes David et Gimon étaient meme venus à Brie pour notifier le mandat d'arrêt à Alexandre Boissier... disparu.

Au cours du procès, des précautions extraordinaires avaient été prises pour éviter les intrigues de la famille. Les policiers gardaient les issues du Tribunal et plusieurs, mélangés aux assistants, exerçaient dans la salle une surveillance de tous les instants. Cinq des jurés, excusés, furent remplacés. Au cours de l'interrogatoire on apprit que Jean Aigron, agé de 30 à 31 ans, était né à Tourriers; Pierre Chauveau, 18 ans, à Agris; Marie Chauveau, sa soeur, 22 ans, à La Rochette.

De nombreux témoins déposèrent à la barre : l'orfèvre qui avait gravé la plaque du manteau; le tailleur qui l'avait confectionné; les voyageurs de la diligence.

Puis, les avocats, Brochon pour Aigron; Dégranges pour Pierre Chauveau; Dezest pour sa soeur; essayèrent d'innocenter leurs clients ou, tout au moins, d'atténuer leur culpabilité. Ensuite, le procureur Buhan résuma les débats; Il abandonna le "dessein de tuer" et réclama des condamnations modérées.

Le jury répondit : Non, à la complicité de Marie Chauveau; non, sur le dessein de tuer; oui, aux autres questions.

La première fut donc acquittée. Quant aux autres, ils furent condamnés :

1° A dix ans de fers pour vol au préjudice du trésor public.

2° A quartoze années supplémentaires pour attentat sur une grande route.

3° A quatre ans de plus parce que le crime avait été commis la nuit par plusieurs personnes armées.

Le tout, réduit à 24 ans, maximum prévu par la loi pour les travaux forcés à temps.

Les condamnés devaient subir l'exposition sur une place publique de Bordeaux avant leur ferrement. Enfin, ils devaient payer les frais du procès.

Le 17 juillet, à cinq heures du matin, Aigron et Chauveau furent liés dos à dos au pilori de la place d'Aquitaine. Ils y restèrent jusqu'à midi.

Quelques jours après, ils quittèrent leur prison de Bordeaux pour Rochefort. Nous ignorons la date de leur fin. En tout cas il ne semble pas qu'ils mourussent au bagne car aucun acte de décès, les concernant ne figure dans le registre de la ville. Peut-être purgèrent-ils entièrement leur condamnation, ce qui est possible, bénéficièrent-ils d'une réduction d'internement octroyée par un gouvernement nouveau, Louis XVIII ou Charles X, qui put les considérer comme ayant agi contre l'usurpateur.

Du 26 au 29 juin 1809 la Cour criminelle de la Gironde statua sur le cas Boissier.

L'accusé n'avait pas d'avocat, car, disait-on, aucun membre du barreau n'avait voulu assumer la défense. L'un d'eux, désigné d'office, se récusa sans raison sérieuse. Le président crut y voir une intrigue de la famille et menaça de poursuivre le procès meme si aucun défenseur n'avait accepté d'assister le prévenu. Le 27, Me Roullet, assurait la défense de Boissier.

Le jugement ne pouvait etre bien différent de celui qui avait puni les complices. L'ancien chef de bataillon de Cassel, fut frappé de 24 années de bagne, condamné, en outre, à l'exposition sur la voie publique et à la restitution de 2,559 francs qui n'avaient pas été retrouvés. Pour lui, le pilori fut dressé place des Salinières.

Autrefois, les condamnés au bagne étaient marqués au fer rouge sur l'épaule droite des lettres T. P. (travaux forcés à perpétuité) ou T. F. (travaux forcés à temps).

Ce supplice, supprimé en 1791, rétabli en 1806, fut aboli en 1832. Or, on était en 1809. Le jugement de Bordeaux concernant Boissier, ne le frappait pas de la flétrissure. Celui de Cassel l'avait décidée.

Le procureur Buhan, de la Gironde, crut devoir demander au ministre si cette contradiction l'obligeait à retourner Boissier à Cassel pour y purger sapeine et se voir infliger la marque des forçats; Mais, quand on lit sa lettre où il est indiqué que le long voyage pourrait permettre au condamné de s'échapper comme cela avait failli se produire au fort du Hâ, grace à des complicités inconnues, on comprend bien qu'il souhaite une réponse négative.

Le ministre répondit comme on le désirait sans doute. Les 24 années de fers sans flétrissure primaient la condamnation infligée hors de France.

Presque aussitôt Alexandre Boissier fut dirigé sur Rochefort, bagne créé en 1767 et supprimé en 1852.

Le condamné vetu d'un mauvais et léger vetement de toile jaunatre, portant en gros chiffres le matricule de l'infortuné, la tête coiffée d'un bonnet rouge et les pieds dans des sabots de bois, devait travailler tout le jour au curage du port enlisé sous les apports boueux de la rivière. La nuit, tout repos, sur la paille pleine de vermine, devenait impossible. Aussi, les fièvres faisaient de rapides ravages parmi les forçats déprimés.

Alexandre Boissier entra à l'hopital au début de juin 1813. Il devait y mourir le 25.

Voici l'acte de décès transcrit le 16 octobre 1814 sur les registres de Brie :

« Etat civil de Rochefort,

Extrait du registre des actes de décès. - Décès de Antoine-Alexandre Boissier-Descombes. L'an mil huit cent treize, le 26 du mois de Juin, sur les 10 heures du matin, par devant nous, François Thibaut, adjoint délégué par M. le Maire, pour remplir les fonctions d'Officier de l'Etat Civil de la commune de Rochefort, département de la Charente-Inférieure, sont comparu Claude Jostin, employé à la mairie, agé de 18 ans, et M. Joseph Brizard, idem, agé de 23 ans, demeurant à Rochefort, lesquels nous ont déclaré que Antoine-Alexandre Boissier-Descombes est décédé le jour d'hyer, à l'hopital de la marine, de cette ville, agé de 30 ans, né à Brie département de la Charente, de son vivant, fils de feu Philippe et d'Elizabeth-Catherine Boissier et ont les déclarants signé...

Délivré en conformité de l'article 80 du Code civil, l'Officier civil : signé, Thibaut.

Transcript littéralement l'extrait du registre des actes de décès, qui m'a été transmis par la sous préfecture d'Angoulême le 16 octobre mil huit cent quatorze, Charles Léchelle. »

Quelques remarques s'imposent. L'officier de l'Etat civil de Brie, Ch. Léchelle qui a transcrit l'acte est précisément un ami de la famille Boissier. De lui, une lettre a été saisie sur le fils quand il fut arrêté à Cassel. La missive donnait au fugitif des nouvelles de ses parents. Qui avait pu révéler l'adresse de celui qui se cachait ?

L'acte de décès contient des erreurs en ce qui concerne le nom des père et mère du forçat dont la situation à Rochefort est volontairement absente du texte. Enfin, si nous remontons plus en arrière, nous sommes surpris de voir que le principal instigateur du vol est moins condamné que ses complices. Il est gratifié de 24 années de bagne sans flétrissure tandis que les deux acolytes récoltent chacun 28 ans de fer et la marque indélébile à l'épaule.

Avait-on espéré qu'un changement de gouvernement le ferait bénéficier d'une amnistie ? C'est possible. Ou voulait-on ménager de vieilles amitiés ?

En tout cas, nous devons constater que le père d'Alexandre ne survécut par longtemps à l'affaire de Churet. Jeune encore, il n'avait que 58 ans, Roch Boissier Descombes, s'éteignit chez Masset, le 30 juin 1807, c'est-à-dire à peine une semaine avant la condamnation des complices de son fils. De maladie ou de honte ? Ni la légende ni les textes ne nous renseignent à ce sujet.

Source : Essai de monographie de la commune de Brie-La Rochefoucauld, d'Eugène Dubois.

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09 février 2020

Les forges en Angoumois en 1683

La lettre suivante est aux Archives du Ministère de la Marine sous la cote B3 44. Elle émanent d'un per sonnage qui a eu une certaine célébrité et qui ne crai. gnait pas d'aller sur place, malgré la haute situation qu'il occupait. Il se nommait Bernard Renau d'Eliçagaray. Ingénieur de la marine, il proposa le bombar dement d'Alger avec des galiotes à bombes de son invention. Cela eut beaucoup de succès, aussi obtint-il de faire fabriquer de nouvelles bombes et vint-il lui même en Angoumois en vue d'activer la fonte, car on projetait une action contre Gênes, à laquelle il prit part, ce qui lui valut le titre d'Inspecteur général de la Marine.

« Jay fait la visite des forges de ce pays cy avec le sieur Landouillette, pour voir celles qui seroient estat de fondre des bombes, mais, ouire qu'il n'y en a qu'une ou deux, ou il y ait des provisions pour pou voir mettre en feu, il ny a que celles qui sont aux en virons des mines d'un lieu que l'on appelle Feuillade, et celles de Cursac, qui se sert d'une autre mine proche de là, dont le sieur Landouillette voulut se servir pour des bombes, trouvant le fer qui se fond aux autres forges trop aigre a cause de la richesse des mines, dont on se sert en ces lieux là. Ainsi, on se trouve réduit a celle cy et a celle de Planchemunier, a deux lieues d'ici, et a celle de Cursac, qui en est a trois, sur lesquelles on peut faire fonds, scavoir : sur celle cy qui est en feu et qui a fait 400 bombes jus qu'aujourd'hui encore pour 600; sur Planchemunier commencant à chauffer le plustost qu'il se pourra 500; et autant sur Cursac, de manière que ces trois forges ne feront que fort juste le nombre des bombes que l'on a besoin sans celui des Carcasses. C'est pour quoi, j'ay envoyé, pendant que j'estois a visiter les forges d'Angoumois, un homme du sieur Landouillette en Périgord, pour voir s'il ny aurait point de forges dont nous puissions nous servir, et nous asseurer des ouvriers que nous aurons besoin aux deux autres for ges d'ici. Pour une plus grande sureté, je vais faire ce qui sera humainement possible pour pouvoir me servir de deux fourneaux de Planchemunier en prenant les devants nécessaires pour que l'on ne manque point de charbon, ni de mines pour pouvoir fournir a ces deux fourneaux; auquel cas l'on n'aurait pas besoin du Périgord. Depuis que je suis ici, j'ay travaillé autant qu'il ma été possible, a mesclaircir des prix a quoy peu vent revenir les bombes. J'ay examiné pour cela le nombre de gens dont le sieur Landouillette se sert pour faire les moules, le temps qu'il y a qu'ils travaillent, ce qu'ils gaignent, combien ils les lui coutent à nourrir, et visité les livres pour voir la quantité des ma tières dont il a fait provision pour ces moules et ce qu'il en a employé, et enfin, l'ouvrage qu'il a fait jus qu'aujourd'hui, pour voir a combien lui revient le cent pesant pour la façon des moules, qui se monte suivant le petit mémoire qui est ci-joint a 4 l. 17 s. le cent. J'ay aussi examiné a combien revient le fer fondu prest a jetter en moule, en considérant la quantité des matières que l'on employe en une semaine, leurs prix, les gens qui sont employés pour la fonte, ce qu'ils gaignent et enfin la quantité de fer qui leur en revient en bombes et en fer clair qui se monte à 50 le cent, suivant le mémoire qui est aussi cy joint que j'ai fait sur les rapports des différents maitses des forges que j'ay questionnés en divers lieux et qui se sont trouvés semblables, ne l'ayant pas pu sçavoir jusqu'a cette heure par moy mesme. Mais le sieur Landouillette se soûmet à perdre tout s'il se trouve quelqu'article de fau dans ces deux mémoires, tant pour les prix que pour la quantité, par l'examen que j'espère estre en estat de faire, soit au juste dans peu de jours par l'application que j'y apporteray à con noistre parfaitement toutes ces choses. Ces deux arti cles faisant 9 l. 17 s., les bombes reviennent a cela par cent pesant, sur quoi le sieur Landouillette volis supplie très-humblement, Monseigneur, de considérer le nombre de valets qu'il est obligé d'avoir dans toutes ces forges, tant pour donner à manger à ses ouvriers que pour avoir soin de ses provisions; les voyages et les frais qu'il est obligé de faire, qu'il l'est obligé envers les Maîtres des forges de les dédommager en cas que le fer fondu leur coûtast plus de 54 le cent, a quoi il a fait prix, et des risques qu'il court des man quemens des fourneaux qu'ils prétendent qui en arri vent quelques fois. Et, si vous ne vouliez pas, Monseigneur, luy donner 12 l. 10 s. du cent, il vous demande en grace que l'on continue pour le compte du Roy. Il offre, pour cela, ses soins et la mesme application que si c'estoit pour son compte propre. Les Maîtres de forges offrent aussi de donner leurs provisions aux prix qu'elles leur coutent, en suppliant de considéer les avances qu'ils ont faites et les peines qu'ils se sont données pour cela. J'attendray vos ordres, Monseigneur, en faisant cependant préparer les fourneaux, dont nous aurons besoin, en y faisant mettre mesme le feu aussitost que je pourray, soit pour le compte du Roy ou pour celuy du sieur Landouillette, a cause de la saison qui s'avance, pour faire la dilligence que vous désirez Monseigneur, et comme j'auray pour cela, besoin d'argent, j'écris à Mr de Demuin pour en avoir, Si on travaille pour le compte du Roy, il sera nécessaire d'avoir dans toutes les forges, des gens pour donner a manger aux ouvriers, des escrivains pour tenir les rolles et estre présents nuit et jour pour que les ouvriers travaillent, et avoir soin que les matériaux ne se dissipent point. Mais, supposant que ces deux mémoires soient justes, je ne crois pas que sa Majesté y trouve son compte. M. le Bret ma escrit qu'estant obligé de s'en aller, il escriroit au Lieutenant général d'Angoulesme de me donner tous les secours que ja uray besoin de son authorité. Je m'en serviray selon les besoins que j'en pourray avoir. J'ay retenu votre courrier jusqu'à cette heure pour pouvoir avoir l'honneur de vous mander quelque chose de precise, Monseigneur, sur ce que j'avais a vous écrire. Renau. Aux forges de Rancougne, proche de la Rochefoucaut, le 10e jenvier 1683. »

(Société archéologique et historique de la Charente, 1930)

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Les forges à canons de René Landouillette

Les forges de l'Angoumois, en particulier celles de René Landouillette, disposaient d'un immense avantage, pouvant emprunter le cours de la Charente, navigable toute l'année, dont elles n'étaient éloignées que de quelques lieues de charroi, Planchemenier, de deux (8 km), Rancogne, de trois (12 km), d'autres, de six à sept. Les canons étaient embarqués à Angoulême sur des gabares qui les transportaient jusqu'à Rochefort en trois ou quatre jours et à peu de frais.

Les mines étaient, dans l'ensemble, proches des forges. Rancogne, d'une lieue et demie (6 km), Planchemenier de quatre (16 km) ; les autres forges n'étaient éloignées de la mine que de deux à deux lieues et demie (8 à 10 km). Les forges de René Landouillette utilisaient quatre mines, celles de La Feuillade, de Vergnac, de Bachalou et de Javerlac. La première était la plus douce mais la moins abondante ; la deuxième était la plus riche mais le fer y était plus aigre et plus cassant ; la troisième tenait des deux. Pour les canons et les bombes, on utilisait la mine de fer de La Feuillade considérée par beaucoup "comme admirable". Pour les boulets ou les petits ouvrages, on utilisait les deux autres mines. La Feuillade était à environ trois lieues (12 km) de Planchemenier.

L'eau était indispensable au fonctionnement des forges. D'une façon générale, les forges d'Angoumois étaient nettement défavorisées par rapport à celles du Périgord, notamment celles de René Landouillette. A Rancogne, on pouvait travailler sept à huit mois à quatre fourneaux et, toute l'année, à deux ; à Planchemenier, à moins de pluies extraordinaires, on travaillait trois mois seulement à quatre fourneaux, quatre mois à trois, six mois à deux, et toute l'année à un. A Jommelières, on pouvait travailler six mois par an, à Combiers, huit, à Pontcharat, neuf. Un certain nombre de forges rencontrèrent, au cours de la période, de grandes difficultés à s'approvisionner en bois en quantité suffisante, notamment en chênes. Planchemenier restait largement dépendante pour son développement de la fameuse forêt de la Braconne, éloignée seulement d'une lieue (4 km).

L'histoire de la forge de Planchemenier fut en fait jalonnée des requêtes de René Landouillette visant à obtenir de l'intendant de la généralité et du ministre lui-même l'autorisation d'utiliser pour ses approvisionnements en bois cette forêt de 10 276 arpents. Fin juillet 1692. Pontchartrain effectua une démarche personnelle auprès du Grand Maître des Eaux et forêts de l'Angoumois, demandant pour Landouillette "200 arpents de bois de coupe extraordinaire de la forêt de la Braconne", à défaut desquels il risquait de ne pouvoir fondre la quantité de canons prévue.

Source : Les manufactures de la marine sous Louis XIV, de Jean Peter.

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08 février 2020

Papiers de la famille de Crozant

Fonds de Crozant (1465-1788). E 103-108 ; seigneurie de Rivières.
Extrait de l'inventaire-sommaire des archives départementales de la Charente.

E. 103. (Liasse.) — 1 pièce, parchemin ; 13 pièces, papier.

1545-1767. — Crozant (De). — Acte de partage des biens composant la succession de Loys de Pressac, seigneur du Moulin-Pauthe, au ressort de Montmorillon, et de Jehanne des Roziers, sa femme, entre Léonard de Pressac, écuyer, seigneur du Buisson, Étienne de Pressac, religieux du monastère des Salles, ordre de Saint-Augustin, et Marie, Jehanne, Françoise, autre Françoise et Marie de Pressac, Simon de Crozant, écuyer, seigneur du Moulin-Pauthe, et Jehanne de Pressac, sa femme. — Inventaire fait à la requête de François de Crozant, tuteur de Nicole-Charlotte de Chauniat, par Jacques Dumas, greffier de la baronnie de Champagne-Mouton, des meubles et titres appartenant à ladite mineure au lieu noble de Coux. — « Compte que met et baille par-devant vous, M. le juge prévost de la baronnie de Champagne-Mouton, François de Crozant, écuyer, seigneur du Moulin-Pauthe, Vidaud, La Chassaigne et autres lieux, de la gestion et administration par luy faite de la personne et biens de demoiselle Nicole-Charlotte de Chaunias, puis le 22 du mois d'août 1659 jusques au jour, de son mariage avec Jean de Montseran, écuyer, seigneur dudit lieu. » — Testament de Jean-Pierre de Cubes, écuyer, seigneur de Genets, « estant sur la route de l'armée de France pour le service du Roy, la campagne présente (26 mai 1673), par lequel il donne à Jean de Crozant, écuyer, seigneur de Rivières, tous ses biens meubles et immeubles. » — Abandon des biens ci-dessus fait par ledit seigneur de Rivières au profit de François Guy, chevalier, seigneur de Puyrobert, capitaine d'une compagnie de chevau-légers au régiment royal Roussillon, et de Charles Guy, écuyer, seigneur d'Argence, ses cousins. — Contrat de mariage de Jean de Crozant, écuyer, seigneur de Rivières et du repaire noble de la Bonne-Foussie, fils de feu François et de Marie Guyot, avec Antoinette de Fayolle, fille de N. de Fayolle, écuyer, seigneur de l'Isle, et d'Antoinette de La Tour. — Donation entre vifs du fief de la Bonne-Foussie, situé en la paroisse de Sarlande, en Périgord, faite en faveur de Jean de Crozant de Rivières, son neveu, par Marguerite de Crozant, veuve de Léonard du Quairont, écuyer, seigneur de la Mouillère. — Partages : de la succession de François de Crozant, écuyer, seigneur de Rivières, leur mari et père, entre Philippe Dusseau, veuve dudit François et tutrice de son fils mineur Maximilien de Crozant, François de Crozant, écuyer, chevalier de Saint-Louis et capitaine au régiment de Lyonnais, Anne de Crozant, veuve de Jean-Louis Autier, écuyer, seigneur de Lavaud, François d'Abzac, écuyer, seigneur du Tuffas, en la paroisse de Rancogne, époux d'Ame de Crozant, et Antoinette de Crozant ; de la succession de leurs parents entre François-Louis de Guitard, chevalier, seigneur de Ribérolle, et Marie de Guitard, épouse de François de Crozant, chevalier, seigneur du Bois. — Inventaire des meubles et effets de la succession de François d'Abzac du Tuffas et de sa communauté avec dame Anne de Crozant ; vente desdits meubles. — Autre inventaire du mobilier appartenant à la communauté de messire François de Crozant avec Marie Guitard, sa veuve.

E. 104.(Liasse.) — 2 pièces, parchemin ; 67 pièces, papier .

1359-1788. — Procédure pour Anne de Crozam, veuve de François d'Abzac, chevalier, seigneur du Tuffas, demanderesse en payement de ses droits de remploi, habits de deuil, douaire, etc., contre Jean Thibaut, écuyer, seigneur de Plas, et Marguerite de La Croix, son épouse, et Léon de La Croix, écuyer, seigneur de Puyriau, héritiers du feu sieur du Tuffas. — Règlement entre Anne de Crozant, veuve du sieur d'Abzac du Tuffas, et Marie de Guitard, veuve du sieur de Crozant, au sujet des remplois et douaire de ladite dame Anne sur les biens de la succession de son mari. — Procès-verbaux des biens du Tuffas et vente de bois par autorité de justice. — Testament d'Anne de Crozant. — Règlements de successions entre ladite dame, Marie de Guitard, veuve de François de Crozant, et Anne-Marguerite Normand, veuve de Maximilien de Crozant. Inventaire et vente des meubles dépendant de la succession d'Anne de Crozant, veuve de François d'Abzac du Tuffas. — Règlement et partage, entre tous les héritiers et légataires, des biens composant l'hérédité de ladite dame ; relevé de l'inventaire ; mémoires ayant servi à faire le règlement. — Quittances ; frais funéraires et autres.

E. 105. (Liasse.) — 12 pièces, parchemin ; 100 pièces, papier.

1465-1789. — Ventes : par Catherine de Saunières, veuve de David Rougier, seigneur des Broues, avocat en parlement, à Maximilien de Crozant, écuyer, seigneur de Rivières, d'une pièce de pré de trois journaux, située en la rivière de Bonnieure, au-dessous du bourg de Lavaure, moyennant 700 livres ; cession de ladite pièce de pré par le sieur de Crozant à Louis Thévenain, marchand ; — par François de Crozant, chevalier, seigneur du Bois et du Cluzeau, à Maximilien de Crozant, de deux journaux de terre noble, moyennant 160 livres et sous la retenue de l'hommage lige ; — par Marie d'Abzac, veuve du sieur Maulde de La Clavière, à François de Crozant, du logis du Tuffas, en la paroisse de Rancogne, avec les moulins, écluses, eaux, droits de pêche, situés près dudit logis, sur la rivière de Tardoire, pour la somme de 8,385 livres, une barrique de vin évaluée 24 livres et une pension viagère de 54 livres ;— par François de Crozant, seigneur de Rivières, à Jean-Baptiste de Marantin, « écuyer, seigneur des Denis, la Rivière, Pierre-levée et autres lieux, conseiller du Roy, commissaire des guerres, employé en Angoumois de la société royale d'agriculture de la généralité de Limoges et subdélégué de monseigneur l'intendant, » d'une pièce de 3 journaux 167 carraux, situés en la paroisse de Rivières, pour la somme de 160 livres ; — par Marie Faveau, veuve d'Antoine Dubois, à Maximilien de Crozant, d'une pièce de terre d'un journal et demi dans la tenue de la Grande-Broue, mouvante du château de la Rochefoucauld, moyennant 6 boisseaux de blé, moitié baillarge et moitié blé d'Espagne ; — au même par Étienne Albert, archiprêtre de Jauldes, pensionnaire du Roi et chevalier de l'ordre du Christ, d'une métairie située au village de Chaufourgne, paroisse de Rivières, pour le prix de.250 livres et de 48 livres de pot-de-vin ; — par François Pelletan, seigneur de Préfontaine, notaire et procureur de la baronnie de Manteresse, à Marie de Guitard, veuve de François de Crozant, d'une maison en la ville de la Rochefoucauld, située rue Tête-noire, près du grand canton de ladite ville, moyennant 4000 livres ; — à la même par Henri Pasquet de Saint-Projet, écuyer, porte-étendard des gardes du corps du Roi, au nom de Mathieu Pasquet, écuyer, seigneur de la Garde, d'une autre maison située en la même rue, pour le prix de 1,834 livres ; — par François de Guitard et Marie Benoist, son épouse, à Maximilien de Crozant, d'une borderie appelée de Chez-Picot, près du bourg de Rivières, moyennant 3,600 livres. — Procès-verbaux d'arpentement de la tenue de Jacques de La Coue, faits à la requête de Marguerite Normand, veuve de Maximilien de Crozant. – Transaction qui met fin au procès pendant entre Anne de Crozant, veuve de François d'Abzac, chevalier, seigneur du Tuffas, et ses enfants, d'une part, et Jacques Constantin, seigneur de Villars, lieutenant général de police à Angoulême, François Prévost, seigneur des Valins, bourgeois, veuf de Marguerite Constantin, et autres, d'autre part, au sujet d'une rente assise sur une pièce de terre dans la prise de la Mornière, comprise dans la vente de la métairie de la Jonchère, en la paroisse de Jauldes, faite en 1721 par Maximilien de Crozant à Charles Constantin, seigneur de Romefort, et dont la mouvance avait été mal désignée. Pièces à l'appui de ladite transaction : arrentement de la prise de la Jonchère, fait en 1465 par Jean de La Rochefoucauld, seigneur de Montignac et de Tourriers, à Jean de Bussachière, moyennant 60 sols tournois, 18 boisseaux de froment, 9 boisseaux d'avoine, mesure de Montignac, et 4 gelines ; — vente d'une rente seigneuriale et foncière de 27 boisseaux de froment, 1 boisseau d'avoine, 70 sols et 10 gelines, assise sur la prise de la Mornière, en la paroisse de Jauldes, et sous l'hommage du seigneur de Fayolle, consentie en 1611 par Jehanne Montjon, veuve de noble Jehan Maquelilan, sieur de la Courière, et noble Etienne Maquelilan, chanoine prébendé de l'église SaintPierre de Condom, au profit de Pierre Desforges, receveur pour le Roy du domaine de la ville et Châtellenie d'Angoulême pour la somme de 1,400 livres tournois.

E. 106. (Liasse.) — 3 pièces, parchemin ; 140 pièces, papier.

1684-1789. — Bail à cheptel d'une paire de veaux estimés 60 livres, fait en faveur de Jean Rondeau, laboureur, par Antoinette de Fayolle, veuve de Jean de Crozant, écuyer, seigneur de Rivières. — Quittances : d'une somme de 150 livres payée au prieur des carmes de la Rochefoucauld par madame de Rivières pour un annuel de messes ; – des rentes seigneuriales servies au seigneur de Fayolle et à l'archiprêtre de Jauldes à cause du domaine des Bois ; — des vingtièmes ; — du loyer de la maison occupée en la ville de La Rochefoucauld par madame du Tuffas ; — des rentes constituées dues à M. Moïse Dumas, écuyer, secrétaire du Roi, maison, couronne de France et de ses finances, lieutenant particulier au présidial d'Angoulême ; — des devoirs payés à MM. de La Rochefoucauld, de Livron de Puy-Vidal, de Guitard de Ribérolle et autres, pour les tenues du Champ-Mazelier, de la Grande-Broue, des Vandons, de Villesange et du Peux de Rivières, situées dans les mouvances de ces seigneurs ; — des frais d'information pour délit de chasse, payés au procureur de Chasseneuil ; — de la rente due à MM. du chapitre de la Rochefoucauld sur une maison et basse-cour située au village de Chaufourgne. — Constitution d'une rente de 160 livres, au capital de 4,000 livres, faite au profit de Marie-Catherine Regnauld de Rochebrune par François de Crozant et Marie de Guitard, sa femme.

E. 107. (Liasse.) — 67 pièces, papier.

1626-1764. — Titres des familles de Fontlebon et de Lavergne, alliées à la famille de Crozant : transaction par laquelle René de Pressac, écuyer, seigneur de La Saludie, restitue à Louis de Fontlebon, écuyer, seigneur du Buisson, une rente seigneuriale et foncière d'un setier et une coupe de froment, un setier de seigle et cinq coupes d'avoine, mesure de Rochechouard, provenant de la succession de Jeanne Desprez, mère dudit Louis, et qui lui avait été illégalement vendue par son père. — Inventaire des biens de la succession de Sallique de Fontlebon, écuyer, seigneur du Puy, fait à la requête de Louis de Fontlebon, son fils. — Contrat de mariage de Charles de Fontlebon, écuyer, seigneur du Puy, fils de Pierre, chevalier, et de Marie Guy, avec Marguerite Perry de Pressignac, fille de Raymond Perry, chevalier, seigneur de la Chauffie, et de dame Souveraine de Ladiat. — Notes généalogiques sur la famille de Fontlebon. — Testament de Charles de Fontlebon, chevalier, seigneur du Puy, du Buisson et de Montembœuf. Partage de la succession de Léon de Fontlebon entre ses héritiers : Louise de Fontlebon, épouse de Charles Bertrand, chevalier, seigneur de Laurière, Gaucher de Lavergue, chevalier, seigneur de Lavau-Bousquet, Antoine du Puy, chevalier, seigneur de la Forest, Jeanne et Anne de Lavergne, Maximilien de Crozant, chevalier, seigneur de Rivières, mari de Jeanne de Lavergne, Clément Moussier, chevalier, seigneur de Saint-Étienne, et Anne de Fontlebon, son épouse, Charles Dauphin, écuyer, seigneur de La Faurie, et Louise Moussier, sa femme, François Dulau, chevalier, seigneur de Savignac, mari de dame Anne de Fontlebon ; — Procès entre les héritiers ; consultation de M. Conte, avocat à Bourdeille ; mémoires des parties. — État des titres de la seigneurie du Buisson.

E. 108. (Liasse.) — 24 pièces, papier.

1223-1799. — Quittances de la portion de rentes dont étaient tenus envers M. Green de Saint-Marsault de Montmoreau, sur la terre de Montembœuf, les héritiers de Jeanne de Lavergne, à cause de la succession de M. de Fontlebon. — Vente de rentes et d'une partie du greffe de Montembœuf faite par François d'Abzac, seigneur du Tuffas, et Anne de Crozant, sa femme, à Louise Moussier, épouse d'Armand du Lau, écuyer, seigneur de Château-Rocher. — Testament par lequel Gaucher de Lavergne, écuyer, seigneur de Lavaud-Bousquet, Mimolle et la Jaunie, institue pour son héritière universelle dame Marguerite de Cluzel, sa femme, à la charge par elle de faire remise de ladite hérédité à Anne de Crozant, sa nièce. Testament de Marguerite de Cluzel, veuve de Gaucher de Lavergne. — Vente sous signature privée du fief de Mimolle, en la paroisse de Mensac, faite à François, Marie et Maximilien de Crozant par Martial de Jousselin, chevalier, seigneur de Lor, moyennant 16,300 livres. — Procès-verbal de la nomination de Marguerite du Hautier, épouse de Joseph Jousselin, chevalier, seigneur de Lavaud-Bousquet, en qualité de curatrice aux biens de son mari. Conventions entre Marie de Guitard, veuve de François de Crozant, et Anne-Marguerite Normand, veuve de Maximilien de Crozant, au sujet des poursuites qu'elles avaient à intenter contre la dame de Jousselin.

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La chasse des loups en Charente

Roux de Reilhac coopéra, avec le vicomte de la Besge et F. de Chassay, cité plus loin, à la prise extraordinaire du fameux grand vieux loup que leurs meutes promenèrent près de trois heures dans toute la forêt de la Braconne, avant de faire ce prodigieux débûcher, qui finit par un hallali en plein Limousin, après dix-sept heures de course. Il détruisit un millier de louvarts environ. Lorsque leur repaire était découvert, ils étaient forcés à tour de rôle. Un coup de bâton derrière la nuque les faisait passer de vie à trépas. Ce remarquable veneur mourut à quatre-vingt-douze ans, en 1903. Il portait, sur ses boutons de vénerie, un loup accompagné de la devise : « Où fuir ? ». Courageux et infatigable, il demeura longtemps lieutenant de louveterie de l'arrondissement d'Angoulême. Il fonda, avec F. de Chassay, la Société de la Braconne, et ils peuplèrent, de concert, de cerfs et de biches venus de Rambouillet, cette belle forêt. Un air de fanfare, « La Braconne », lui fut dédié. Toutes les chasses à courre organisées dans son arrondissement, de 1840 à 1900, le furent par lui. Son souvenir est impérissable dans sa commune et tous les environs. Il était très gai, affable, spirituel, généreux, et les vieillards qui le connurent ne l'évoquent pas sans émotion. Très attaché à son pays natal, il tenta d'y moderniser l'agriculture. Il laissa des successeurs dignes de lui et de son renom. Son fils, Auguste, qui fut aussi un grand chasseur, et mourut en 1925 ; son petit-fils, Jacques, et son arrière-petit-fils, Président de la Chambre d'Agriculture de la Charente, maire de Cherves-Châtelars. Son chenil est vide maintenant. Les derniers chiens « Montembœuf », fragiles, ont disparu. En 1813, était né, au château du Poirier, dans la commune de Verneuil, boisée à souhait, Fernand des Roches de Chassay, qui s'attacha à régénérer la culture dans sa contrée sauvage et délaissée. Il possédait une célèbre meute de vingt-cinq chiens « Montemboeuf » qui, eux aussi, firent sur le loup des chasses homériques. Deux sujets surtout : Baliveau et Senora étaient réputés. Il demeura lieutenant de louveterie de l'arrondissement de Confolens, de 1840 jusqu'à sa mort, en 1879. Sa femme, née de Lenchères, aussi passionnée par la chasse que son époux, n'hésitait pas, si on signalait des loups aux environs, en l'absence de celui-ci, de faire découpler seule, crânement, la meute sur leurs traces.

MM. E. Rizat et Ernest Astier, de Saint-Claud-sur-le-Son, possédèrent un chenil renommé. Voisins de M. Roux de Reilhac, ils couplaient souvent avec lui. Emile Rizat, né en 1841, mourut en 1918 : « Terrien jusque dans les profondeurs de son âme, chasseur intrépide, cavalier infatigable dans sa jeunesse et veneur émérite ; après avoir fredonné à ses petits-enfants les sonneries de chasse à courre, il avouait avoir à son actif la prise de plus de trois cents loups. »

Céleste Nebout fut encore un vieux louvetier opérant aux environs de Ruffec et ne chassant guère que le loup, assisté d'une petite meute de douze à quinze chiens de races Céris et Larye. Il était très fin veneur, entraîné, sportif, endurant.

Edmond et Edouard Guichard des Ages, habitant aux limites de la Charente et du Poitou, étaient également de modestes, mais vrais et passionnés Nemrods qui passèrent une partie de leur vie à courir le loup dans les forêts de Brillac, des Vieilles-Forges, et maintes autres forêts charentaises, poitevines et limousines. Ils manquaient rarement leur animal. Un de leurs chiens, Clairon, avait un tel flair qu'il reconnaissait une voie de loup en plein midi, par une chaleur torride, au milieu des piétons, des voitures et des cavaliers en grand nombre. Leurs douze à quinze chiens poitevins et saintongeais, superbes, sélectionnés, prenaient sans fatigue deux ou trois grands louvarts dans leur journée. En 1869, chassant chez un propriétaire charentais de leurs amis, à vingt-sept kilomètres des Ages, les chiens coururent de 9 heures du matin à 8 heures du soir une voie de loup. L'animal fut fusillé par un braconnier à l'affût, aux portes de Châtellerault.

M. Corderoy du Tiers, de Confolens, chassa aussi le loup ; et Paul et Raoul de Lassée, de Ventouse, ainsi que leur fils Edgard, qui fut lieutenant de louveterie à Ruffec, en 1887.

M. de Jansac, du logis de la Jansaquière d'Aigre, l'avait précédé à ce poste, tuant bon nombre de fauves.

M. Simon de Lasfonds, de Combiers, garde la réputation de grand chasseur de la fin du dernier siècle. Il aurait détruit, grâce à sa belle meute, plusieurs centaines de loups.

M. Auguste Hennessy, lieutenant de louveterie à Cognac, contemporain des précédents, chassait également les bêtes féroces avec succès. Ses chiens de Saintonge, issus des chenils de MM. de Saint-Léger et de La Porte-aux-Loups, croisés avec des Anglais, dégénérèrent.

M. Boutelleau, grand-père de Jacques Chardonne, lieutenant de louveterie du Barbezilien, tua, en 1887, à Montchaude, un couple de loups, les derniers qui furent détruits dans le canton. Il chassait avec sa meute en Braconne. Ses deux fils s'adonnèrent également à ce sport, pourchassant les derniers fauves.

Faut-il ajouter à cette énumération de chasseurs charentais du XIXe s., le poète Alfred de Vigny qui, en forêt de Chardin, de Claix, etc., participa à maintes équipées contre les fauves, puis quelques autres qui naquirent à une époque où les loups disparaissaient, mais qui, dans leur jeunesse, en détruisirent encore, tels le comte de Beynac, propriétaire du logis des Fouilloux, hantés par les manes des chasseurs de jadis, qui organisa, en Braconne, les dernières chasses à courre ; le commandant de la Bastide, du château de Pressac, ainsi que M. de Labarre, de Champniers.

Malgré les chevauchées épiques, les exploits cynégétiques de tous ces Nemrods infatigables, vigoureux et désintéressés, alliant à l'amour de la chasse celui de leurs chiens, de leurs chiens, de leurs semblables et de la terre qui les vit naître, les loups nombreux constituaient toujours un grave péril, et il fallait songer à les combattre par d'autres moyens.

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1959)

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07 février 2020

La conscription dans le canton de Montbron

Le 28 vendémiaire les maires d'Orgedeuil, Montbron, Eymoutiers se réunissent à la mairie de Montbron. Assistés de trois conseillers municipaux, issus eux-mêmes de l'élection dans chacune des trois communes, ils se constituent en bureau de désignation sous la présidence du maire de Montbron. On leur demande d'assurer le recrutement de 18 hommes des deux classes de l'an IX et de l'an X, 9 de la réserve, autant de l'active. Avant tout, décide-t-on d'adopter la voie du sort  si besoin en est. Cette question réglée, on nomme un officier de santé, le citoyen Léchelle-Desrivier pour examiner les jeunes gens qui se déclarent impropres au service. Puis, le conseil s'ajourne au premier brumaire. Au jour dit, les conscrits des trois communes, avertis depuis le 25 vendémiaire, sont introduits dans la maison commune. Le maire de Montbron fait l'appel; deux sont portés manquants, l'un en résidence à Lyon, l'autre à Périgueux. Après quoi, visite des inaptes et, conformément à l'arrêté préfectoral du 12 vendémiaire, mensuration de ceux qui ne paraissent pas atteindre le minimum de cinq pieds. Sur un total de 68, sont ainsi mis hors de cause 8 conscrits atteints d'infirmités ou de maladies, 23 autres trop courts de taille. Le tableau de ceux qui doivent concourir à la levée est alors dressé, 37 noms y figurent. La première partie des opérations prend fin.

Source : La conscription dans le département de la Charente (1798-1807), de Gustave Vallée.

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Attestation de Jean-Charles de la Place-Torsac

« Je soussigné, Jean-Charles de la Place, Chevalier, Seigneur de Torsac, Montgaugnier, Cellebrache, la Faye, la Forest d'Horté, Saint Germain, &c. en la Province d'Angoumois, Chef & aîné dudit nom, famille & maison ; reconnois que M. Pierre-Antoine de la Place, ancien Echevin de la Ville d'Arras, & Député des Etats de la Province d'Artois à la Cour, fils de Pierre, natif de Calais, ainsi que ses parens du même nom & tige, sont sortis de la maison de la Place-Torsac ; & ce, par autre Pierre de la Place, l'un des fils de Messire Pierre de la Place, premier Président de la Cour des Aides à Paris, & de Radegonde l'Huillier son épouse, tué au massa cre de la Saint-Barthelemy : qui, après la mort de son père, pour bonnes & justes causes, se sauva en Flandres avec sa mère, d'où il a ensuite été s'établir à Calais, où sa famille subsiste encore. Ce que je certifie, comme pleinement convaincu, tant par les preuves que la Tradition, l'Histoire, & les Archives de ma famille m'en fournissent, que par les autres preuves & présomptions évidentes, que ledit sieur Pierre-Antoine de la Place m'en a données. En conséquence, je consens, très volontairement, & avec justice, que ledit sieur de la Place & ceux de sa famille du même nom, reprennent & se servent des armes & cachets de ma famille, tels que ses ayant causes en ont usé jusqu'au mariage de l'un d'eux avec une Demoiselle du nom de le Mahieu : les reconnoissant pour mes parens & issus du sang de de la Place ; & étant bien aise, & de droit, de les réintégrer & maintenir en cette qualité, autant qu'il pourra être en moi. En foi de quoi, j'ai signé les présentes, & scellées du cachet de mes armes : offrant, au besoin, de les réitérer pardevant Notaires, & par devant qui il appartiendra, pour preuve plus autentique & indubitable, suivant mes titres, du présent certificat. Fait à la Forest d'Horte, Paroisse de Grassac, en Angoumois, le 12 Juillet 1743. Signé, Jean-Charles de la Place-Torsac. »

(Pièces intéressantes et peu connues, pour servir à l'histoire et à la littérature, 1785)

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