28 février 2020

Les tapisseries du château du Bourbet

Les tapissiers résidaient de longs mois à Périgueux, d'où ils rayonnaient dans la campagne, comme cet Antoine Maignat, d'une famille connue à Aubusson, qui avait son logement dans la paroisse Saint-Silain. On trouve ce maître tapissier, en juillet 1696, dans la paroisse de Cherval, raccommodant les tapisseries du château du Bourbet. M. Gendraud, a publié le marché passé le 10 de ce mois entre celui-ci et Jean de Lageard, seigneur de Cherval, pour la réparation de neuf pièces de tapisserie représentant l'Histoire de Joseph et neuf autres pièces de verdures.

« Prix fait pour racommoder les tapisseries du Bourbet, bailhées par monseigneur de Cherval à Anthoine Maigniat. »

« Ce jourdhuy dixiesme du mois de juilhet mil six cent nonante-six, après midy, au chasteau du Bourbet, paroisse de Cherval en Périgord, pardevant le notaire royal soubsigné et presents les tesmoings bas nommés ont estés presens et personnellement constitués Mes sire Jean de Lageard, chevalhier, seigneur de Cherval, St Martial-de-Viveyroux, partie de Grezignac et autres places, conseilher du roy et son grand senechal d'Engoumois, demeuran au dit chasteau du Bourbet, d'une part, et Anthoine Maignat, metre tapissier, habitan de la ville de Périgueux, parroisse St-Sillain, d'autre part, entre lequel dit seigneur et Maignat a été convenu le marché qui sensuit, scavoir que led. Maignal a promis de racommoder deux garnilures de chambre de tapisserie consistan la premiere en neuf piesses de tapisserie fine ou est listoire de Jozeph, et l'autre consiste en autre neuf piesses de verdure qui font en tout dix-huit piesses ; lesquelles led. Maignat s'oblige de reparer et fournir toutes les choses neces saires pour cella et les randre sy compleles que rien ny manque et mesme de refaire toutes les boredures d'en haut et denbas de la tapisserie fine seulement, laquelle tapisserie fine il racommodera la première, et s'oblige de la randre achevée et cocaplette dans le jour et feste des Toussaint prochain venan; et à lesgard des neuf piesses de verdure, il s'oblige aussy de les randre prestos et complettes dans le jour des Roys aussy prochain venan, et ne melera aucune sorte de Gllet, sinon dans les reprizes seulement, Serat permis aud. beigneur de Cherval de faire voir et visiter lad. tapisserie par tel maistre qu'il luy plaira, et en cas qu'il y manque que chose led. Maignat serat tenu comme il s'oblige de refaire le tout, apayne de tous despans, dommages et interets et mesme par corps, et pour faire tout l'houvrage cy-dessus a dire de maistre comme dit est, led. seignour a promis de bailher et payer aud. Maignat la somme de deux cens livres sans estre tenu de fournir aucune chose, payable, sçavoir la somme de onze livres lorsque led. Maignat aura racommode la pre miere piesse, et ainsy de piesse en piesse pareilhe somme de onze livres jusque a la dernière piesse, pour laquelle il serat payé treze livres pour parfaire l'entiere somme de deux cens livres, laquelle somme de treze livres restante pour la derniere piesse. Led. Maignat serat tenu de les venir prendre au chasteau du Bourbet et de mettre les toilles necessaires auxd, tapisseries en par led, seigneur fournis san lesd, toilles et un tailheur pour les coudre que ledit seigneur nourrira l'un et l'autre pendan qu'ils mettrons lesdites toilles sans donner autre chose audit Maignat, ayant esté ainsy convenu entre eux. Tout ce que dessus a esté ainsy stipullet et accepté par lesdites parties qui ont promis le tout entretenir a payne de tous despans, dommages et interet et pour ce faire ils ont obligé et hipotequé tous et chacungs leurs biens présens et futurs et on renoncé a toutes exceptions et remedes a ce contraires, moyen ou faveur. Ce quoy faire de leur voulloir et conssantement ils on estés jugés et condempnes soubs le scel royal par le nolaire soubsigné juré d'icellay. Fait en présance de Jean Paudrenie, precepteur et de Pierre Roulede, cuizinier, demeuran au présent chasteau, tesmoings cogaus, qui ont signé avec lesdites parties. Cherval, A. Maigniat, Roullede et Delespinasse, notaire royal héréditaire. »

(Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, 1899)

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Un sénéchal d'Angoumois au XVe siècle

Baud de Saint-Gelais, naquit dans une famille au service des comtes d'Angoulême.

Seigneur des fiefs d'Antigny en Poitou, de la Tranchade en Angoumois et de Ciré en Aunis.

D'abord panetier ordinaire, puis sénéchal d'Angoumois, il passa ensuite au service de Louis XI.

Son père, Mérigot de Saint-Gelais, était maître d'hôtel.

Il épousa Marguerite de Pressac, puis Jeanne de Payré.

Au moins trois enfants naquirent de la première union : Son fils Guyot de Saint-Gelais, seigneur de la Tranchade, épousa Antoinette de Payré, d'où une fille mariée à Clément d'Alloue, seigneur des Adjots; sa fille Amice de Saint-Gelais, épousa Pierre de Polignac, seigneur d'Escoyeux; une autre fille Marguerite de Saint-Gelais, épousa Robert de Sousmoulins, seigneur d'Allas.

En 1463, il occupe la charge de panetier ordinaire du comte d'Angoulême. L'année précédente, il avait acquis de l'abbaye de Saint-Cybard le fief de la Tranchade, situé près d'Angoulême.

La famille de Saint-Gelais joua un rôle militaire, politique et religieux pendant la révolution catalane et la seconde moitié du XVe siècle.

Le 14 juillet 1474, Baud de Saint-Gelais fut l'un des deux commissaires du roi pour la trève de Canet entre la France et l'Aragon. Louis XI ratifia la trève le jour suivant à Elne.

Celui-ci le nomma capitaine du château de Perpignan, en remplacement de Charles des Mares.

Son frère, Charles de Saint-Gelais, fut évêque du diocèse d'Elne de 1470 à 1475.

Et son autre frère, Jean de Saint-Gelais, capitaine d'une compagnie de gendarmes.

Après la paix dans le Roussillon, il fut envoyé au fort de Tombelaine dans la baie du Mont-Saint-Michel, en Normandie, et y était encore en 1491.

Sources :

Urbain Legeay, Histoire de Louis XI, 1874.
Édouard de Fouchier, Un Poitevin en Roussillon au XVe siècle, 1877.
Gustave Dupont, Histoire du Cotentin et des îles, 1885.
Archives départementales des Pyrénées-Orientales, 1886.
Joseph Calmette, Louis XI, Jean II et la révolution catalane 1461-1473, 1903.

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24 février 2020

Les Regnauld de La Soudière pendant la Révolution

À la veille de la Révolution, Saint-Mary apparaît comme une seigneurie prospère, gérée par un intendant, et dont les droits seigneuriaux étaient encore parfaitement vivaces. Le juge, le procureur fiscal et le sergent jouent un rôle actif dans le fonctionnement de la justice châtelaine. La procédure de «retrait féodal», très vieux droit de préemption seigneuriale, est encore utilisée par le marquis de La Soudière en 1786. La seigneurie s'étend, comme au Moyen-Age, principalement dans les paroisses de Saint-Mary et des Pins, avec des emprises à Chasseneuil, La Rochette, Sainte-Colombe, La Tâche et Cellefrouin. Elle représente en surface 4,400 journaux répartis en 76 mas ou métairies. La réserve seigneuriale est forte de 1,322 journaux à Saint-Mary (dont 7 à 800 journaux de forêt), plus une cinquantaine de journaux dans les paroisses de La Tâche, Sainte-Colombe, les Pins et Chasseneuil (les biens propres que possède le marquis de La Soudière à Cellefrouin ne sont pas connusà. La seigneurie rapporte alors environ 10,000 livres par an, ce qui la situe parmi les bonnes terres de la province (1).

Louis de Regnauld, marquis de La Soudière, seigneur de Saint-Mary, était né en 1747 au château de La Soudière. Il avait été mousquetaire du Roi puis capitaine de cavalerie au régiment royal et avait épousé le 30 décembre 1783 Madeleine Elisabeth de Maulmont, d'une très ancienne famille du Limousin, fille de Jean Léonard de Maulmont, baron du Chalard et de Marie Blondeau de Laurière. Il avait eu six enfants dont quatre étaient encore vivants en 1789. À Angoulême vivait sa cousine germaine Catherine Regnauld de La Soudière, qui avait épousé en 1761 Anne François, marquis de Chauveron, lieutenant général d'Angoumois et gouverneur d'Angoulême. Ils vivaient sur un pied brillant et étaient assez fréquemment à Paris. Catherine avait été présentée à la Reine en 1777 et son mari, reçu aux honneurs de la cour en 1784.

François de Regnauld, comte de La Soudière, baron de Roissac, cousin germain de Louis, avait sensiblement le même âge que lui. Né en 1749 à Saint-Domingue, il avait été envoyé en France à l'âge de deux ans et élevé avec son cousin Louis. Ils avaient servi ensemble dans la Maison du Roi, comme mousquetaires de la 1ère compagnie «servant à la garde ordinaire du Roi». François s'était établi en épousant le 11 juin 1776 Marie Hyacinthe de Beauchamp, fille unique de Haut et Puissant seigneur Pierre Joseph de Beauchamp, baron de Roissac, Gensac et autres lieux, et de Marie Hyacinthe d'Hauteclaire de Gourville. Sa femme lui avait apporté la terre et baronnie de Roissac (Angeac-Champagne, Charente) que sa femme tenait par succession des La Rochefoucauld. Roissac était aussi une belle terre, avec tous droits de haute, moyenne et basse justice. Elle rapportait 12,000 livres par an.

La Révolution devait porter un coup très dur aux Regnauld de La Soudière (2). Aux assemblées de la noblesse de 1789, les deux cousins furent élus tous les deux comme commissaires chargées de la rédaction des cahiers de doléance de leur ordre. François fut en outre désigné premier des quartre commissaires chargés de la vérification de l'état noble des membres de l'assemblée. Mais, en 1792, le marquis de La Soudière décida d'émigrer, pour rejoindre l'armée des princes. En son absence, sa femme fut dénoncée, arrêtée, enfermée à La Rochefoucauld, puis transférée à Paris et condamnée à mort par Fouquier-Tinville le 16 messidor an II (4 juillet 1794). Elle fut guillotinée le jour même et son corps jeté dans la fosse commune de Picpus (3). Ses tout jeunes enfants furent alors recueillis par leur tante Françoise de La Soudière, l'ancienne prieure des carmélites, qui vivait terrée à Angoulême et devint prseque leur mère adoptive. Inutile de préciser qu'entre temps, la seigneurie de Saint-Mary avait été séquestrée puis vendue comme bien national. Les meubles aussi furent vendus, peu avant le château.

François, baron de Roissac, resté en France, échappa au pire. Mais la suppression des droits féodaux le ruina presque complètement. En effet, la seigneurie de Roissac comprenait assez peu de biens propres, dont il ne fut pas spolié, mais surtout des revenus composés de droits féodaux et de rentes foncières (4). Cependant son beau-frère, Jacques de Lignac (5), fut quant à lui déclaré suspect et guillotiné le 13 pluviôse an II (1er février 1794).

Notes :

1. Les revenus de la seigneurie de Saint-Mary furent évalués par l'administration pour l'année 1792 à 9,860 livres. (Arch. Charente J 517). À titre de comparaison, le comté de Montbron rapportait 11,992 livres en 1780. D'autres seigneuries, considérées pourtant comme de « bonnes terres », sont d'un rapport nettement plus faible : 3,200 livres pour la seigneurie de Charras (au seigneur de La Laurencie) ; 4,950 livres pour la seigneurie de Maumont (au marquis de Montalembert). Cette dernière terre avait appartenu au XVIe siècle aux Regnauld.

2. On ne traitera pas ici des branches de Scée-Pondeville et de Maumont-la-Richardie, qui s'éteignirent au début du XIXe siècle.

3. Les circonstances de l'arrestation et la fin tragique de la marquise de La Soudière sont bien connues. Voir notamment Cl. Gigon, Les victimes de la Terreur du département de la Charente, Angoulême, 1866.

4. Le château de Roissac devait être vendu en 1804.

5. Jacques Babin de Lignac, chevalier, seigneur de l'Age-Coué, avait épousé en 1786 Agathe de La Soudière, sœur de François.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1999)

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Un pont sur le Bandiat

Lettre à l'intendant de Limoges au sujet d'un pont sur le Bandiat par les habitants de Saint-Germain-de-Montbron :

« Monseigneur, M. Martin Lambert, bachelier en théologie, prêtre-curé de la paroisse de St-Germain, chastelanie de Marton, les sindics et habitans ont l'honneur de représenter à votre grandeur que cette paroisse est divisée par la rivière du Bandiat, qui est si rapide dans les débordemens d'eau auxquels elle est si suiette, que dans la moindre abon dance de pluye, il est absolument impossible de la passer. Il y avoit anciennement un pont qui servoit à la sureté du passage, tant pour les habitans que pour les estrangers, qui se trouve auiourd'huy impraticable mesme à pied, à plus forte raison à cheval, ce qui cause un préiudice con sidérable aux habitans qui habitent la partie qui les sépare de l'église, ils sont privés du service divin, du secours de leur pasteur dans le temps des maladies, le public y est esgalement intéressé pour le commerce, puisque cela empesche les voituriers de voiturer leurs marchandises. On a fait cy devant plusieurs sollicitations et remontrances aux seigneurs de Marton, eux qui de tous tems ont entretenu et doivent réparer le dit pont, mais ils n'en fons rien ; il ne se trouve donc personne, Monseigneur, qui puisse y pourvoir que votre grandeur, en laquelle réside la Justice et l'autorité. La prière des dits sieur curé et habitans n'a rien qui ne soit conforme à la Justice. La police que sa maiesté et tous nos rois ont de tous tems si bien establie pour la sureté des ponts et facilité des chemins en y commettant des inspecteurs, est non seulement esmanée de leur autorité, mais encore l'effet d'une des plus sages précautions de la société civile; vous en este, Monseigneur, le protecteur; c'est aussy sur cette confiance qu'ils demandent à votre grandeur qu'il luy plaise incessamment donner les ordres pour y remé dier. Ils ont l'honneur d'assurer votre grandeur de leur soumission respectueuse et de leurs veux pour sa santé et prospérité. Lambert, curé de St-Germain, Marié, Bonnithon, Marginière, Bellayr. »

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1917)

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18 février 2020

Un épisode du complot d'Angoulême

Les conjurés assiégés dans la tour reprirent alors courage et sommèrent de nouveau le duc de se rendre, lui annonçant que les canons de la citadelle allaient venir défoncer les portes du château.

Une autre inquiétude du gouverneur était de ne pas savoir ce qu'était devenue sa femme. Elle était sortie peu avant son retour pour aller à la messe aux Jacobins, accompagnée de deux écuyers. Dès le premier tumulte, croyant à une agression des huguenots, elle avait voulu gagner la citadelle, mais des gens armés l'avaient attaquée, avaient tué l'un des gentilshommes, blessé l'autre et l'avaient emmenée prisonnière aux Cordeliers avec sa robe toute maculée du sang des deux victimes. Du reste, presque en même temps et dans toute la ville, tous les gentilshommes attachés au duc ou simplement ses amis avaient été arrêtés ou poursuivis au risque de leur vie. On essaya d'intimider la duchesse et de l'obliger à aller elle-même parler à son mari pour l'induire à se rendre; elle refusa fièrement. Alors on alla chercher une vieille demoiselle, son ancienne gouvernante, mademoiselle de Gusson, qu'on mena tout éperdue devant le château pour faire savoir au duc que, s'il ne se rendait pas, on se servirait de la duchesse elle-même comme d'un gabion pour le forcer dans sa retraite. Le duc lui fit répondre de se retirer vivement, sinon qu'on lui tirerait des mousquetades. La pauvre fille ne se le fit pas dire deux fois.

Cependant la situation menaçait de s'éterniser. Le duc essaya de descendre un de ses valets par une fenêtre au moyen de draps noués, avec mission de sortir de ville sans se faire remarquer et d'aller ensuite à toute bride prévenir Tagent, à Saintes, et l'appeler au secours. Le valet fit à peine quelques pas et fut saisi; on l'avait vu descendre.

On était à peu près à l'abri d'une surprise : le duc décida de s'emparer coûte que coûte du maire et de ses compagnons enfermés dans la tour. Après une dernière sommation sans effet on mit le feu à la porte du petit escalier; en peu de temps elle s'effondra fumante et calcinée, cependant que les conjurés, suffoqués par la fumée, se retiraient à reculons de plus en plus haut; le feu avait pris dans l'escalier, sans doute à quelques boiseries, et le duc montant presque au milieu des flammes cherchait toujours à atteindre ceux qui faisaient retraite. Tout à coup un grand fracas se fit entendre en même temps que s'élevait un nuage de poussière : c'était l'escalier lui-même qui, sous l'influence de l'incendie et du piétinement, s'effondrait. Les gentilshommes croyaient le gouverneur enseveli sous les décombres. Ils le trouvèrent debout sur une marche, la seule qui ne se fût pas écroulée. Lestement il sauta et recommença ses sommations. Les conjurés n'étaient plus que huit, quatre valides et quatre blessés, le neuvième avait été descendu par la fenêtre d'une chambre du haut pour faire savoir à ceux de la ville la situation critique où ils se trouvaient. Ému de ces nouvelles et pressé par les familles, Bourgouin, le deuxième consul, vint parlementer. Passant la tête par une canonnière, l'abbé d'Elbene et M. d'Ambleville répétèrent les conditions du duc, menacèrent et annoncèrent l'arrivée d'un prompt secours. D'autre part les conjurés enfermés dans leur tour, avec l'escalier qui se consumait lentement, mourant de faim et de soif, étaient à l'extrémité; ils étaient coupés de tout secours, le maire râlait, le feu montait, le duc leur criait qu'il leur promettait la vie sauve. Ils se rendirent. On raconte qu'alors le duc se saisit du maire tout pantelant et le mit à la question pour savoir le véritable auteur du guet-apens. Quelle horrible torture put-il inventer, avec les moyens de fortune dont il disposait, pour faire parler ce moribond déjà dans les affres de la mort? C'est ce qu'on n'a pu savoir ; aussi bien le fait lui-même n'est-il nullement prouvé. Mais par contre, ce qui est certain c'est qu'incontinent après que les rebelles se furent remis entre les mains du gouverneur, M, Normand de Puygrelier rendit l'âme.

Le premier soin de M. d'Epernon fut de faire écrire une lettre par les conjurés qui se trouvaient entre ses mains pour prévenir leurs familles que leur vie était sauve, mais qu'à la moindre attaque contre le château, ils seraient pendus aux fenêtres. Cette lettre jeta le désarroi dans la ville; les parents et les amis des prisonniers mettaient tout en œuvre pour faire reprendre les négociations. Après des discussions tumultueuses, Bourgouin revint demander au gouverneur d'envoyer MM. l'abbé d'Elbene et d'Ambleville pour négocier. La ville livra comme otage le procureur du roi qui pénétra au château par une échelle sur laquelle on vit bientôt après descendre M. l'abbé d'Elbene, plénipotentiaire du gouverneur; quant à M. d'Ambleville, il se refusa à quitter son maître en un pareil moment.

Dès les premiers pas, l'abbé se vit entouré d'une foule hostile. A la première barricade, il se rencontra ayee MM. de Méré et de La Messelière qui commencèrent à entamer l'entretien, mais il y coupa court, ne voulant traiter que chez M. Cybard Tison d'Argence, sénéchal de la province, vieux gentilhomme plein d'honneur, ami du duc et qui n'avait pris aucune part à cette affaire. La proposition fut acceptée et l'abbé, entouré de MM. de Méré, de La Messelière, des principaux officiers de la ville, et de la foule, prit la direction du logis de M. Tison d'Argence. Cette cohue de morions, de pertuisanes, d'épées, de mousquets se pressant parles rues étroites d'Angoulême n'était pas sans donner quelque émotion à M. l'abbé d'Elbene. Cependant il fit bonne contenance et arrivé chez M. Tison d'Argence, il prit la parole avec autorité. M. l'abbé d'Elbene parlait bien : en un discours bien ordonné il remonta aux causes, déduisit les conséquences, démontra la situation critique où se mettait la ville : ils étaient tous coupables du crime de lèse-majesté au second chef, le duc étant grand officier de la couronne et serviteur du roi, le maire avait trahi, etc., etc. Il parla aux uns, aux autres, acquit la conviction que le maire et quelques conjurés avaient tout organisé sans en prévenir la grande majorité des citoyens qui n'étaient accourus qu'au cri de « aux huguenots ! » poussé par le maire et les siens. L'assemblée était houleuse, divisée; on hésitait. Alors M. de Méré voyant la situation compromise intervint pour annoncer la venue de secours en faveur des ligueurs : M. le vicomte d'Aubeterre arrivait à marches forcées avec des ordres du roi et de M. de Villeroy.

A cette nouvelle, tout l'ascendant que M. l'abbé d'Elbene commençait à prendre sur la foule s'écroula en un instant; des huées couvrirent sa voix quand il voulut répliquer et la conférence fut rompue. Il put dire quelques mots à la duchesse qu'on lui laissa voir un instant ; il la recommanda à la noblesse, mais, comme il essayait, la voix mal assurée, de proférer des menaces pour le cas où on lui ferait quelque violence, le populaire se fâcha et l'abbé, perdant contenance, dut se retirer au château, « la pointe des hallebardes au ventre », et plus vite qu'il n'était venu. Comme tout est relatif, M. l'abbé d'Elbene poussa un soupir de satisfaction quand il se trouva de nouveau enfermé dans le château.

La nuit se passa sans attaques. La plupart des bourgeois étaient rentrés chez eux. On s'observait, Mais, dès que le jour parut, les cloches recommencèrent à sonner et le tambour à battre. Tout le monde devait aller à la brèche qu'on préparait pour pénétrer dans le château de vive force et se saisir du récalcitrant gouverneur. Les partisans du maire étaient d'autant plus pressés d'en finir que, vers les trois heures du matin, on avait entendu, en bas, dans la plaine et encore loin, d'aigres sonneries de trompettes. C'était la cavalerie légère deTagent qui avait marché toute la nuit et qui arrivait secourir le duc. Il fallait donc faire vite.

L'attaque du château reprit. En même temps que la fusillade commençait, un pétard fut placé contre un mur et éclata sans faire grand mal. Immédiatement les assiégés ripostèrent par une salve de mousqueterie qui coucha par terre bon nombre d'assaillants; M. de Fleurac, gentilhomme ligueur, fut tué roide. A la vue des préparatifs, le duc était monté au sommet de la tour et par signes avait pu communiquer avec ceux de la citadelle; il avait donné l'ordre de tirer le canon contre la ville, dès qu'on recommencerait l'attaque. En effet, après l'explosion du pétard et la décharge des assiégés, tandis que la populace effrayée emportait ses blessés et regardait de loin le cadavre de M. de Fleurac, un coup de canon retentit, suivi d'un grand fracas : c'était la citadelle qui tirait et les toits et cheminées de la ville qui s'effondraient. Un second coup de canon suivit, puis un autre, et cela dura ainsi un moment. Les habitants des maisons frappées sortaient et se sauvaient épouvantés. Les mutins furent décontenancés. Les assiégés tiraient avec une justesse dangereuse, la citadelle bombardait la ville, les troupes de Tagent arrivaient : ils reparlèrent de traiter. Le duc ne demandait pas mieux, car, dépourvus de vivres et de munitions, lui et les siens étaient à bout de forces. Il y eut cependant parmi les assiégés quelqu'un qui ne fut point du tout d'avis d'entrer de nouveau en pourparlers : ce fut l'abbé d'Elbene. Aux premiers mots du duc dans ce sens, il s'éleva vivement contre l'inutilité et l'inopportunité d'une nouvelle démarche; c'était courir à un échec; c'était un aveu d'impuissance. Il est vrai qu'il savait bien que c'était lui qui serait chargé de la nouvelle négociation et le souvenir de son retour avec la pointe des hallebardes au ventre influait peut-être sur so n opinion. Du reste M. le gouverneur ne s'embarrassa point de l'avis de M. l'abbé d'Elbene, écrivit une lettre, la lui remit et le pria de vouloir bien reprendre de nouveau le chemin de la fenêtre et de l'échelle qu'il connaissait déjà, afin d'aller recevoir la soumission des mutins, sans faire toutefois trop le difficile, ne se sentant pas en situation de soutenir une telle attitude.

L'abbé d'Elbene dut donc se remettre en route. Il était tremblant. Cet homme d'église n'avait point choisi la carrière des bénéfices, prébendes et autres avantages compatibles avec une vie calme, pour se hasarder sur des échelles au bas desquelles l'attendaient des émeutiers à mines patibulaires, la hallebarde au poing et le pistolet à la main. Il retourna chez M. Tison d'Argence. Là, il retrouva son calme et eut même l'impression que les choses iraient mieux que la veille. Cette fois on arrivait à un accommodement. On était près de le signer, lorsqu'un groupe de personnages pressés et affairés se présenta pour être entendu sur l'heure : c'était le baron de Touverac, ligueur avoué, accompagné de quelques-uns des siens et notamment du sieur Lacase, maréchal des logis de la compagnie de gendarmes du vicomte d'Aubeterre. Lacase venait d'arriver en ville avec une quinzaine de chevaux pour annoncer la venue de son capitaine qui serait là le lendemain matin avec 300 chevaux et 500 hommes de pied.

Ce fut un cri de joie générale, sauf pour l'abbé d'Elbene. La conférence fut immédiatement rompue; l'abbé n'essaya même point de répliquer; il eut bien voulu se faire oublier dans l'enthousiasme général et disparaître, mais on ne lui en donna pas le loisir; il fut même bousculé, malmené, pris au collet et traîné avec force bourrades jusqu'au pied de la citadelle où on l'obligea de crier au lieutenant que le duc ordonnait de ne plus tirer le canon. L'abbé se hâta de crier tout ce qu'on voulut, mais il crut qu'il n'arriverait pas vivant au château et remonta plus mort que vif par son échelle. Il était temps du reste, car le lieutenant de la citadelle, comprenant la situation où s'était trouvé le malheureux abbé, recommençait à canonner la ville de plus belle. Tout se gâtait de nouveau, la populace, poussée par les ligueurs, recommençait le siège du château et tirait de toutes parts, tandis que le château ripostait et presque à chaque coup abattait son homme.

Source : Un demi-roi, le duc d'Épernon, de Léo Mouton.

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Une jacquerie périgourdine en 1790

Parmi les épisodes de jacquerie périgourdine contre la féodalité, un des plus intéressants est l'échauffourée de Saint-Martin-de-Viveyrol, canton de Verteillac, arrondissement de Ribeirac, que Bussière a pu conter d'après les pièces de l'instruction judiciaire.

Le marquis de Cherval, sénéchal d'Angoumois, était seigneur foncier de cette paroisse. Absent, il avait laissé seule, au château du Bourdet, la marquise, qui était femme de tête. En octobre 1790, elle, fit afficher, par les soins du maire, l'ouverture de la recette de ses rentes (cens ou champart). Le maire lui dit qu'on ne paierait que si elle produisait ses titres. Les vendredi et samedi 22 et 23 octobre, elle causa avec les tenanciers, les calma, accorda des remises et des quittances pro Deo, crut que c'était fini.

Mais, du samedi au dimanche, l'état des esprits changea.

Le dimanche 24, quand Mme de Cherval se rendit à Saint-Martial, accompagnée de deux dames du château et d'un jeune homme dévoué, M. de Badillac, elle trouva les paysans en nombre sur la place (les vêpres venaient de s'achever). Le maire lui dit : « Madame, vous m'avez dit de parler à la paroisse. La voilà assemblée. Nous pouvons lui expliquer vos raisons et vos intentions. » La marquise préféra s'expliquer elle-même. Habilement elle commença par offrir une victime expiatoire : « Mes amis, dit-elle, vous vous plaignez, dit-on, d'un nommé Bernard, qui a fait la recette des rentes dues au château de Saint-Martial. Je ne le connais pas. S'il a fait des concussions avant la jouissance de mon mari, les bienfaits et la justice de M. de Cherval auraient dû en effacer le souvenir. Bernard a pu vous tromper sur les mesures; mais je ne crois pas qu'il ait pu augmenter le devoir, puisque j'ai porté des lièves très anciennes, que j'ai laissées entre les mains de tous ceux qui l'ont désiré, que le maire les a feuilletées hier et qu'elles sont parfaitement d'accord avec les livres de quittances de ceux qui ont payé. » Les paysans s'écrièrent : « Nous voulons voir les titres primitifs ! — Eh ! mes enfants, reprit la dame, ni vous ni moi ne savons les lire. S'il faut les produire en justice, c'est une affaire fort chère. Je vous propose un moyen plus avantageux. Ne payez que ce que vous savez bien devoir en votre âme et conscience. Laissez tout le reste en arrérages. Marquons un jour pour cela. Je prendrai des notes sur les tenances et les noms de ceux qui auront des inquiétudes, et, lorsque M. de Cherval sera de retour, il trouvera des litres relatifs aux renseignements que vous m'avez demandés et les fera déchiffrer. Alors, vous serez satisfaits, vous de vous acquitter de ce que vous nie devez, et moi de vous restituer si j'ai trop reçu. — Nous vous enverrons un latiniste, cria-t-on. — Non, je n'ouvrirai pas mes archives en l'absence de mon mari. C'est sa fortune; c'est celle de mes enfants; je dois la leur conserver, et je ne les confierai à personne sans son aveu. — Eh bien ! nous attendrons son retour pour payer. — Vous en êtes les maîtres. Mais vous vous y refusâtes l'année dernière, lorsque M. de Cherval était présent. Celle-ci, encore, voilà deux ans : vous serez accablés d'arrérages. D'ailleurs, considérez que, malgré les sacrifices que j'ai pu faire, je suis dans l'impossibilité absolue de payer mes impositions. Vous ferez comme vous voudrez. »

Mais les censitaires ne se laissèrent pas convaincre : pas de titres, pas de rentes, disaient-ils. Le matin môme, ils avaient « mis en prison et imposé d'un louis d'amende l'un d'entre eux qui avait payé deux années de sa rente sur trois. » Un nommé Sénillon, dit Brisetout, somma la marquise de dire le blé qu'elle avait déjà reçu; il s'avança jurant et gesticulant. M. de Badillac fit le geste de l'écarter : « Aussitôt, les bâtons se levèrent. » Badillac fut frappé et prit la fuite. Les dames se réfugièrent dans une maison voisine, qui fut aussitôt cernée. Les paysans et surtout les paysannes criaient : A mort ! Le curé intervint : « Il fit consentir la châtelaine à remettre la rente qu'elle avait reçue; et, s'avançant vers le peuple, avec le maire à ses côtés, il lui fit part de la promesse. Tout n'était pas fini cependant. Pas plus qu'elle n'avait voulu livrer ses titres, la marquise n'entendait livrer son château à la populace. Conformément à ces vues, le curé, en bon stratégiste, se chargea de faire immédiatement la restitution, au presbytère, mais avec son propre froment. A ce dessein, il se mit en route avec le maire et quelques grenadiers. La foule ne suivit pas; elle voulait entrer au château. Les hommes du château et la châtelaine eurent beau dire qu'ils n'avaient pas les clés; la foule voulait, non le blé du curé, mais celui du seigneur, c'est-à-dire son blé, à elle. C'est alors que dans le cimetière, au bord de la place, deux habitants de la paroisse de La Chapelle-Grézignac, tous deux fils d'un tenancier de la seigneurie, amenèrent une potence : un homme du bourg fit le trou, et l'instrument fut hissé en un instant. Le maire, que la marquise accusa pourtant « de n'avoir pas fait son devoir », accourut aussitôt. « Pourquoi cette potence ? » demanda-t-il. — Sans doute, répondit un paysan, pour y attacher le premier qui payera les rentes. » Les potences n'avaient en pareil cas que ce sens comminatoire; elles ne visaient que les vilains. Mais, en même temps, l'on criait : « Il faut brûler le château. — Et la dame avec ! » — clamaient quelques enragés. Enfin, l'on retrouva les clés; douze hommes montèrent au grenier, en bon ordre; quinze furent postés dans l'escalier pour faire la garde; le grain dernièrement perçu fut enlevé dans ses sacs. La justice populaire était satisfaite. Sur l'ordre du maire, le gibet fut abattu sans résistance. La justice se termina au cabaret, où le sentiment qui se manifesta entre tous fut l'orgueil de la victoire. A un bourgeois de l'endroit, qui le blâmait, l'un des meneurs, bon propriétaire, répliqua sans crainte et sans remords : « Nous avons bien de quoi répondre de 17 boisseaux de blé ! »

L'avocat du Roi au sénéchal de Périgueux requit des poursuites contre quatorze des factieux et obtint décret de prise de corps contre huit d'entre eux.

Ces paysans ne voulaient plus payer les droits du seigneur. Mais les privilèges honorifiques des seigneurs les irritaient autant que leurs droits utiles.

Source : La révolution française et le régime féodal, de Alphonse Aulard.

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Noblesse de Helies de Lageard

Des preuves de noblesse de noble Helies de Lageard, fils de messire François de Lageard, chevalier Seignr de St Marsault et baron de Monbadon et de Marguerite de Puiperron, pour être reçu chevalier de l'ordre de St Jean de Jérusalem, commencées à Bordeaux le 1er Septembre et closes à Coutras le 20 dud mois 1634, a été extrait ce qui suit : Pour la maison Arnaud, Seigneur de Balzac et de Chadurie, d'où est issue fue Demoiselle Geneviève Arnaud, ayeule paternelle.

Preuves littérales. — Deux hommages rendus au comte de la Rochefoucauld, l'un en l'année 1513, par Pierre Arnaud, écuyer, lieutenant Général en la Sénéchaussée d'Angoumois, pour raison de la terre et Seigneurie de Balzac et l'autre en l'année 1543, par Jean Arnaud, aussi écuyer, exerçant les mêmes état et office de lieutenant Général, pour raison de lad. Seigneurie de Balzac. Signés Rougier et Brian, Notaires Royaux.

Plus le contrat de mariage de Mre Jean Arnaud, écuyer, Seigr de Balzac et de Chadurie, conseiller du Roi et Lieutenant Général en la Sénéchaussée d'Angoumois avec Demoiselle Marie Myron, fille naturelle et légitime de François Myron, écuyer, Seigr de Baudran passé le 26e d'Avril 1533. Signé La Jarrige, Notaire Royal.

Preuves testimoniales. — Noble Louis Regnaud, écuyer Sr de Belle et de la Richardie, demeurant à présent au lieu noble de la Richardie en Angoumois, âgé de 45 ans ou environ, possédant en rentes ou revenu 2500 fr. après serments par lui faits sur les S. S. Evangiles de dire la vérité. Dit, comme voisin des susd. maison de Cherval et de Balzac, que Geoffroy de Lageard épousa Demoiselle Geneviève Arnaud .ayeule paternelle issue de la susd. maison noble de Balzac, aussi maison noble, comme étant fille légitime et naturelle de feu Mre Jean Arnaud vivant écuyer Seigr dud. Balzac et Lieutenant Général en Lad. Sénéchaussée d'Angou- mois, bisayeul dud. présenté ,du côté du père, lequel épousa sa femme, comme led. Sr qui dépose a oui dire, de la maison de Myron en Touraine, qui est la bisayeule dud. côté, aussi maison noble de nom et d'armes et d'ancienne extraction. Très illustre. Très illustre, Très haut et Puissant Seigneur Messire Frédéric de Foix, Comte des Comtés de Gurson et de Foix, marquis de Puiguilhem ; Vicomte de Meille, Conseiller du Roi en ses Conseils d'Etat et Privé, capitaine de Cinquante hommes d'armes de ses Ordonnances et Maréchal des Camps de Sa Majesté, âgé de 52 ans après serments par lui faits sur les S.S. Evangiles de dire vérité.

Enquis sur la noblesse ancienne de nom et d'armes de la susd. maison de Lageard et du descendant d'icelle .ensemble de fue Geneviève Arnaud, Damoiselle, qui fut mariée au feu Sgeur de Lageard, Sr de Cherval dit que Damoiselle Geneviève Arnaud, ayeule paternelle, est issue de la maison des Arnauds Seigrs de Balzac aud. pays d'Angoumois, aussi maison noble de nom et d'armes et d'ancienne extrantion, ayant ceux de ladite maison, été employés en plusieurs états et offices de lad. province d'Angoumois et vécu toujours noblement.

Messire Charles Chabot de Jarnac, Conseiller du Roi en ses Conseils d'Etat et Privé, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses Ordonnances, Seigr de St Aulaye et de Mussidan, conseigneur de Jarnac, Baron de Monlieu, âgé de 50 ans, possédant en rentes ou revenus vingt mille livres, après serments par lui faits sur les S.S. Evangiles de dire vérité.

Interrogé si Damoiselle Geneviève Arnaud, femme dud. Geoffroy de Lageard, ayeul et ayeule paternels étaient nobles et issus d'extraction noble, comme pareillement feu m.m. Jean Arnaud, vivant écuyer Seigneur de Balzac et Lieutenant Général en la Sénéchaussée d'Angoumois était noble et d'ancienne extraction.

Dit que la vérité est celle là que la famille de la maison des Arnauds, Seigneurs de Balzac en ce présent pays d'Angoumois sont nobles de noms et armes de toute ancienneté et ont toujours vécu noblement parmi l'autre noblesse du pays, et avec icelle tiennent rang et place au ban, arrière ban et assemblées, ce qu'il sait l'avoir vu et le voit d'ordinaire, comme voisin et de même pays d'Angoumois, dè laquelle maison il sait que lad. Geneviève Arnaud était issue ; laquelle fut mariée à lad. maison de Cherval, aussi maison noble de nom et d'armes et ancienne extraction, vivant de même avec la noblesse du pays.

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1947)

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15 février 2020

Bail à François Ravaillac

Bail à loyer par Adam Roux, procureur au présidial d'Angoumois, à François Ravaillac, praticien, demeurant à Angoulême, dune maison sise en ladite ville, paroisse Saint-Paul (3 novembre 1606).

« Sachent tous que par devant le notaire royal et pour madame la duchesse en Angoulmois soubs signé et en présence des tesmoings cy bas nommés, a esté présent et personnellement estably maistre Adam Roux, procureur au siège présidial, demeurant en ceste ville d'Angoulesme, lequel, de son bon gré et vollonté, a affermé et afferme par ces présentes à maistre François Ravaillac, praticien, demeurant en ceste dicte ville, présent, stipullant, c'est à scavoir une maison à luy apartenant, cytuée en la parroisse de Saint Pol, ayant cy devant apartenu à Françoise Dubrueil, tenant d'une part à la maison des hoirs feu Gaschiot Dufresche, et d'autre à la maison du sieur Pierre Mallat, marchant, ladicte ferme faitte pour le temps et espace d'un an entier, commansant à au jour d'huy et finissant à semblable jour, et ce pour et moyennant la somme de trente et six livres tournois, de laquelle somme ledict Ravaillac en a baillé et payé audict Roux la somme de dix huict livres pour la première demy année, en francqs et quards d'escu ayant cours, suyvaut l'édict, qu'il a prainse et emportée et s'en est contanté et en a quitté icelluy Ravaillac, et le surplus, qui est pareille somme de dix huict livres, ledict Ravaillac a promis et sera tenu payer audict Roux d'aujourdhuy en six mois prochains venentz; et moyennant ce a promis et sera tenu ledict Roux garantir, faire et souffrir jouir ledict Ravaillac de ladicte ferme à luy faitte, durant ledict temps et espace d'un an, o la charge que ledict Ravaillac a promis et sera tenu entretenir ladicte maison de couverture, de la main du maistre seullement. Et a esté expressément convenu et accordé entre lesdictes parties, que si ledict Ravaillac fait quelques fournitures de thuiles ou autres choses requises et nécessaires en ladicte maison, jusques à la concurrence de la demye année qui reste à payer, ledict Roux a promis et sera tenu déduyre audict Ravaillac ce qu'il aura advancé, moyennant qu'icelluy Ravaillac sera tenu appeller ledict Roux pour voir les réparations qu'il conviendra faire. Et à l'entretenement desdictes choses, etc. Fait et passé en la ville d'Angoulesme, en la maison dudict notaire, avant midy. Et par ces mesmes recongnoist ledict Ravaillac avoir audict Roux, entre ses mains, les meubles dont la teneur s'ensuit, lesquelz il luy promet restituer touteffois et quantes, qui sont, premièrement ung lit de plume garni, avec sa couverture de çoulleur rouge, ung coffre de nouyer presque neuf, deux petits chesnetz ou landiers, une met, lesquelz sont de présent en ladicte maison. Fait comme dessus, en la maison dudict notaire, le treziesme jour de décembre mil six centz six, avant midy, présentz maistres Pierre Berteau et André Bounitou. Ont lesdictes parties signé avecques moy dict notaire. Signé : A. Roux, F. Ravaillac, A. Bounitou, P. Bertheau et Lacaton, notaire royal. »

(Société archéologique et historique de la Charente, 1882)

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Papiers de la famille Roux de Pranzac

Lettre du père de Jacques Roux

« J'ai reçu, mon cher neveu, votre dernière lettre, en date du 26 novembre dernier, par laquelle je vois que M. le comte des Cars a eu la bonté de nommer mon fils cadet au petit bénéfice de Pranzac. Je vois aussi la manière gracieuse avec laquelle M. Hay s'est prêté à rendre service à ma famille. Je ne manquerai pas d'avoir l'honneur de lui en faire mes très-humbles remerciments. — Je joins ici dans ma lettre la copie de la nomination que M. le comte fit en 1767 à mon fils aîné d'une stipandie dont il est en possession. Je ne sais par qui elle était vacante, et je vais vous instruire de ce qui s'est passé antérieurement.

Les seigneurs de Pranzac sont, fondateurs de quatre stipendies dans l'église de St-Cybar de Pranzac, dont l'une appartient à M. le curé de Pranzac. Comme doyen, il a droit de nommer à une autre. Il se fait nommer par la cour de Rome. — Le seigneur de Pranzac s'est réservé le droit de nommer les deux autres chanoiuies on stipendies. — Feu M. le marquis des Cars laissa écouler un temps sans nommer. Le sieur Marginière demanda en cour de Rome les deux chanoinies et les obtint. Lorsqu'il fut pourvu à un bénéfice-cure, M. le marquis des Cars rentra dans son droit et nomma à une stipendie M. de la Gravière, qui jouit également des deux. Après sa démission, M. le marquis nomma M. Rullier à cette même stipendie, quia également joui des deux. Après la démission de M. l'abbé Rullier a succédé l'abbé Roux, qui fut nommé par M. le comte des Cars à la même stipendie et a joui comme les prédécesseurs. Vous voyez qu'il n'y a pas eu de démission de cette deuxième stipendie ou chanoinie des quatre stipendies ou chanoinies établies et érigées par les seigneurs dudit Pranzac en l'église paroissiale de St-Cybard de Pranzac. — Écrit le 5 décembre 1777. »

Généalogie de la famille Roux.

Gratien Roux, lieutenant d'infanterie, épouse, le 19 août 1749, Marguerite Montsalard, née le 28 mai 1721 à Bussière en Périgord, l'ainée de neuf enfants; de ce mariage naquirent:

1750, 4 juillet. — Jeanne, baptisée à Bussière.
1751, 20 août. — François, baptisé à Pranzac le 21, décédé le 4 mars 1752.
1752, 21 août. — Jacques, baptisé à Pranzac.
1753, 8 octobre. — Marie, baptisée à St-Paul de Marthon.
1754, 19 décembre. — Marie, baptisée à Pranzac.
1756, 8 novembre. — Jacques-Magdeleine, baptisé à Pranzac; il eut pour parrain Jacques Roux, son ainé; il épousa plus tard Thérèse-Élisabeth Caminade.
1757 , 22 novembre. — Marie, baptisée à Pranzac.
1759, 15 juin. — Jacques, baptisé à Pranzac; il eut pour parrain Jacques Roux, son aîné; il épousa Marguerite Bargeron-Rochat et mourut en 1791, âgé de trente-deux ans, laissant postérité.
1761, 8 décembre. — Michel, décédé le 1er février 1765.
1763, 5 janvier. — Guillaume, décédé le 5 août 1782.
1764, 22 septembre. — Louis.
1765, 12 août. — Jacques, décédé le 10 août 1766.
1766, 7 novembre. — Marie, baptisée à Pranzac; elle eut pour parrain Jacques Roux, sou cadet, surnommé Canette, qui s'engagea à l'âge de dix-sept ans. L'une des filles, Marie, épousa en 1788 Pierre Eyriaud, originaire de St-Pierre de Frugie, diocèse de Périgueux, et qui était devenu régisseur du château de Pranzac après la mort de Gratien Roux, ancien officier au régiment de Haynaut.

Lettre de Louis Roux, ancien chanoine de Pranzac

Luçon, 10 juillet 1793, l'an 2me de la Rue une et indble

« J'ay reçu avec satisfaction, cher citoyen, votre lettre en datte du 3 de ce mois; j'y vois avec plaisir que vous jouissez d'une bonne santé; je désire ardament que vous et votre épouse, sans oublier la charmante Sophie, dont je me rapellerat toujours le nom, éprouviez le même sort. Pour moi, lorsque je vivois dans la molosse, j'étois sujet a des maladies d'imagination qui me faisaint (sic) éprouver des moments d'ennuy; maintenant, accoutumé aux travaux d'une guerre que je fais avec plaisir, le soleil se lève à peine sans me trouver joyeux des peines inséparables du métier que j'ai entrepris et que j'espère remplir avec succès. Je n'ai jamais douté que j'avois un grand nombre d'ennemis, et la nouvelle fausse do mon émigration ne m'étonne point. Car quels moyens n'ont pas employé mes persécuteurs pour me perdre dans l'esprit de mes concitoyens ! — .... (papier déchiré).... que pénétré des sentiments du Républicain.... je ne quitterai mon pays que lorsque lo despotisme reprendra son empire, et supposer que nous ne soyons pas assez forts pour soutenir la cause de l'Egalité, alors j'irai dans un autre respirer l'air pur de cette liberté pour laquelle je sacrifie mon repos et ma tranquillité. Je n'ai pas le temps de vous faire des détails; la poste part dans doux heures et je vous écris au corps de garde, où je suis depuis 24 heures; dans quelques jours je pourrai vous en donner. Mais j'attends du nouveau ; nous sommes icy sur le qui-vive; souvent les Brigands nous font dire qu'ils viendront manger notre soupe, mais nous ne les voyons pas; ils se souviendront longtemps de la journée du 28 juin, où 700 hommes ont terrassé 9,000 Révoltés. Le bruit do cette heureuse journée a dû parvenir dans votre canton; au surplus, je vous envoyé la vraye relation de cette affaire et plusieurs autres pièces que vous verres avec plaisir....

Adieu, cher citoyen, le temps me presse ;. assures mes bons paroissiens que je les aime toujours et que mon existance est le plus doux sacrifice que je puisse leur offrir en cette circonstance; puissent-ils ne former aucun doute sur cette vérité et me continuer l'estime qu'ils m'ont....

Mes volontaires de Champagne se.... ils se plaignent amèrement de ce que leurs ne leur arrivent pas aussi souvent qu'ils le d.... vous ne sauriez croire quel effet ça fait sur leur.... et combien leur courage peut-être ralenti. Commun[iquez] leur ma lettre et dites a tous nos habitants que cette compagnie s'est acquise une réputation respectable dans l'affaire du 28; elle a commancé un feu de file qui a été soutenu longtemps et avec ordre, ensuite a foncé, la bayonette en avant, sur l'armée catholique, qui a étée (sic) mise en déroute complette. Adieu encore; je suis on ne peut plus content de les commander et j'aime à croire qu'ils trouvent du plaisir à m'avoir, et j'ose dire sans amour propre qu'ils avaient grand besoin de changer de oapne; au surplus, je n'ai point demandé cette place et j'étois en bon train pour avoir un avancement au moins aussi lucratif et moins pénible. Vous connoissez d'ailleurs ma délicatesse, et un républicain do mon espèce n'a jamais su demander « que la justice qui luy est due » .... que je vous dise que G.... a fait mécontents dans sa compagnie lorsqu'il l'a il ne l'a seulement pas prévenue de son départ, et sertains se plaignent de ce qu'il ne leurs a pas [offert] le décompte de leur route depuis Confolens à Niort. — Il me siérait mal de le dénoncer; néanmoins, d'après les renseignements que je recevrai, je serai forcé, par intérêt pour ces braves gens, de prendre un parti vigoureux sur cet article; peu accoutumé à employer la sévérité, j'éprouverai une certaine contrainte dans la conduite qu'il me faudra tenir; mais le bonheur (sic) de mes frères est un droit sacré qui ne me permet pas de composer avec l'injustice, et je ferai mon devoir. — Mille choses honnêtes au citoyen G...., mon père nourricier, à son épouse et sa petite fille, car elle doit avoir eu du fruit nouveau depuis mon départ. J'embrasse tous mes bons amis que vous connoissez. »

Roux, capitaine de la 5me compagnie du 1er bataillon, le Vengeur, en garnison à Luçon, dépt de la Vendée.

Autre lettre de Louis Roux

Luçon, 19 7bre 1793, 2me de la Rue une et indble.

« J'ai reçu votre lettre le 5 de ce mois, cher ami; j'y aurais répondu le landemain sans la malheureuse déroute que nous avons essuyé le même jour. — L'ennemi nous ayant pris entre deux feux et coupé la retraite, nous avons éprouvé une perte qui n'eut pas été aussi considérable qu'elle l'a été, malgré que nous n'ayons perdu que 300 hommes au plus en tout et six pièces de canon.

Le feu a duré trois grandes heures; l'attaque a commancé à 4 h. du soir et l'action a duré jusqu'à ce que la nuit nous ait empêché de nous reconnoltre. Notre Btlon a donné à son ordinaire, ainsi que deux autres; mais les autres ont caponné. Si encore la cavalerie n'eut pas lâché, nous gagnions la bataille. L'ennemi a perdu beaucoup plus de monde que nous; nous étions alors campé à Chantonay. Nous ne devons cette déroute (sic) qu'au général Tunk, qui commandoit alors l'armée et qui étoit à La Rochelle à se faire traiter d'un bras, où, disoit-il, il avoit du mal. Ça nous a reculé de beaucoup, mais nous aurons bien notre revanche.

Vous me demandez si Jacques Roux est mon frère : Oui. Je lis dans un papier nouvelle qu'il est arrêté comme suspect et renfermé à Ste-Pélagie; s'il a changé de principes, il mérite la mort, et si j'étois son juge je l'y condamnerois, — au moyen de quoi il paroit que vous avez perdu votre pari. Il y a huit jours que je suis détenu icy par un mal d'oreille qui me tourmante comme un désespéré. — J'ai eu une fièvre de 48 h. qui m'a singulièrement affaibli; j'ai pris l'émétiq et deux médecines qui m'ont fait grand bien ; j'espère dans peu retourner au camp. — Notre armée était partie le 13 d'icy, divisée en trois colonnes; elle s'est portée sur trois points différents; j'ignore ce qu'elle aura fait et les succès qu'elle aura eu. Elle est de retour icy d'hier; je ne peu deviner le motif de cette rétrogradation, mais j'en augure mal; je désire me tromper. On a amené icy quantité de bestiaux de tout genre; les soldats sont garnis de butin.

J'ai eu beaucoup de malades dans ma compe, mais ils commencent a se mieux porter; il en sort tous les jours des hôpitaux; j'espère que, ce mois passé, ils rentreront tous. Adieu, mon ami, continues à m'écrire; ne m'oublies pas auprès des braves citoyens qui s'intéressent à moi, je les embrasse tous tendrement.

Roux, capne.

(Papiers de la famille Roux de Pranzac)

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14 février 2020

Les ouvriers du marquis de Montalembert

Quand le marquis de Montalembert décida de créer la forge de Ruelle, sur la Touvre, en 1750, il pensa que le ravitaillement de sa forge en charbon serait plus facile que celui des autres forges à cause de la proximité de la forêt de La Braconne. Il pensa aussi que la Touvre est une rivière aux eaux abondantes en toute saison, contrairement aux autres rivières. Mais il dut faire face à l'éloignement des mines de fer et il dut se déplacer lui-même pour recruter ses premiers ouvriers. Il vint à Marthon, le 30 novembre 1750, pour embaucher Pierre Cheminade, mouleur de canons, demeurant à Roches, paroisse de Sers (2E 3865). Cheminade se loua pour quatre ans pour « travailler du mieux et de son possible à la faction de tous les moules de canons que ledit seigneur se trouvera avoir besoin, pour le prix de 400 livres par an, payables de trois mois en trois mois ». Montalembert embaucha, en même temps, Jean Cheminade, garçon mouleur de canons, demeurant aussi à Roches, mais pour un an seulement, et pour 250 livres. Dans la même journée, il alla à Feuillade et y embaucha Jean Coulombé, mouleur de canons, demeurant au Bugue, en Périgord, et Léonard Desvieux, aussi mouleur de canons, demeurant à Villamblard, en Périgord. Ces deux ouvriers se louent et gagent audit seigneur pour quatre ans et plus si ledit seigneur le juge à propos et généralement pendant tout le temps que la commission et fabrication des canons dudit seigneur durera », pour le prix de 350 livres par an à Coulombé et 300 livres à Desvieux. Une semaine plus tard, le 7 décembre 1750, Montalembert revint à Marthon où il embaucha Louis Fort, maître foreur de canons et forgeron maréchal, demeurant à Cherbontières, paroisse de Sers, pour quatre ans et un salaire de 800 livres par an. Fort s'obligeait « de travailler assiduement, du mieux et de son possible, tant à la forerie des canons que ledit seigneur pourra avoir, qu'à autres petits ouvrages utiles et nécessaires pour raison de ladite forerie, en par ledit seigneur lui fournissant de fer, acier et autres petits outils apparaux et de gens suffisamment pour lui aider dans ladite forerie, tant pour remuer lesdits canons qu'autrement. » Le même jour, Montalembert alla encore à Feuillade et y embaucha un autre ouvrier. Pierre Bibaud, garçon mouleur de canon, demeurant à la Motte, paroisse de Feuillade, pour 400 livres par an. Dans tous ses voyages, Montalembert était accompagné de Pierre Barraud, maître mouleur de canons, demeurant à Cherbontières, paroisse de Sers. Celui-ci connaissait les ouvriers et il facilita sûrement la tâche du marquis. Il était d'une famille qui comptait des fondeurs de cloches et dont plusieurs membres étaient allés travailler à Rochefort comme forgerons. Sur les cinq ouvriers embauchés par Montalembert, on vient de voir que deux d'entre eux sont du Périgord. Beaucoup d'ouvriers travaillant dans les forges de l'Angoumois oriental étaient, en effet, originaires de cette province. Les actes de l'état-civil (mariages et décès) le confirment. On peut aussi le constater à la lecture d'une sentence rendue par le Juge de Paix de Montbron, le 28 juillet 1807. Guillaume Vallade, le maître de forge de La Mothe, est mort récemment et les ouvriers de ses fourneaux ne sont pas payés bien qu'ils aient travaillé plusieurs jours après le décès de leur patron pour mener à bien le fondage commencé. Comme la veuve et les héritiers ne se pressent pas pour les payer, ils font appel au Juge de Paix. Celui-ci, « considérant qu'il n'y a rien de plus urgent que le paiement des salaires qui sont dus à de malheureux ouvriers qui n'ont ni les moyens, ni le temps de plaider et qui demeurent à des distances éloignées », condamne la veuve Vallade à les payer immédiatement. Ces ouvriers étaient de la région de Lanouaille, dans le nord de la Dordogne, du côté du département de la Corrèze. Le chargeur, Guillaume Veyssière, était de la commune de Payzac ; le gardeur, Louis Breuil, de la commune de Lanouaille ; le maître-gardeur de fourneau Jean Pinaud, le maître-chargeur Jean Raimonet et le boqueur Pierre Dutheil étaient de la commune de Saint-Martin d'Excideuil. Certains de ces ouvriers venaient avec des membres de leur famille. Ainsi, Pierre André, boqueur de fer, demeurant au village du Queyroi, paroisse de Sarlande, en Périgord, « et de présent travaillant à la forge de Planchemenier, paroisse de Sers » et qui place son frère Jean en apprentissage chez un tisserand de la paroisse de Vouzan, pour six mois et pour « apprendre à faire toile » (2E 3827 - 12 août 1759). Mais il ne faudrait pas croire que l'Angoumois oriental se contentait « d'importer » des ouvriers qualifiés. Il en « exportait » aussi. Et certains d'entre eux allaient même travailler très loin. Le 17 mai 1784, Simon Fauveau, ancien mouleur de canons, demeurant au Maine-Gaubrun paroisse de Vouzan, donne devant notaire procuration, à « Nicolas Chergé, négociant de la ville de Séville en Espagne, capitale de l'Andalousie, de se porter en son nom héritier de Pierre Ancelin son frère utérin, en son vivant maître fondeur dans les fonderies royales de ladite ville de Séville où il est décédé » (2E 10109). Le 3 octobre 1758, Jacques Delâge, cabaretier à Rougnac, et sa femme déclarent devant le notaire (2E 4797) « qu'il serait venu au pays Pierre Delâge, leur fils, au mois de mars dernier, lequel était aux forges de Bigorry près Bayonne à travailler à faire des moules de canon pour le Roy, et ayant gagné par son travail et ses épargnes la somme de trois cents livres qu'il leur aurait remis pour employer à leurs affaires... et que ledit Pierre Delâge s'était peu de temps après retourné audit lieu de Bigorre sans que ledit Delâge et son épouse lui aient donné aucune reconnaissance de ladite somme ».

(Société archéologique et historique de la Charente, 1983)

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