14 avril 2021

Le curé d'Eymouthiers-Ferrier

1687. — Transaction entre le curé d'Eymouthiers-Ferrier (François Seguin) et le chapitre de Limoges (représenté par deux chanoines). Copie remise deux ans plus tard à Armand du Lau, écuyer, seigneur de Saint-Junien.

« A Limoges le vingtseptiesme du moys de juin mil six cent quatre vingt sept avant midy pardevant le notaire royal et témoins soubzsignés furent présents ensembles messieurs (?) François Dupeyrat et Jacques Besse prestres chanoynes en l'église séculière et collégialle Saint Martial dudit Limoges au nom et comme députés du chapitre de ladite église suivant l'acte capitulaire de ce jourd'huy pour eux d'une part et Maistre François Seguyn prestre curé vicaire perpétuel de l'église parroichialle d'Esmoutier Ferrier habitant audit lieu demeurant de présent en cette ville d'autre part. Lesquelles parties sur la contestation qui était à mouvoir (..uelles?) pour le payement de la portion congrue dudit Sieur vicaire de la somme de trois cent livres (?) de luy prétendue conformément à la dernière déclaration de sa majesté me fait le présent concordat dans les pactes et la mentions cy-après exprimés c'est à scavoir que lesdits Sieurs députés audit nom ont vouleu et consenty comme ils veulent et consentent que ledit Sieur Seguyn jouisse pendant son vivant seulement de tous les frais et revenus dépendant du bénéfice dudit Esmoutier Ferrier soit cens, (rentes?) dixmes ou autres pareillement qu'ils seront et tout ainsy et de mesme que (pouron ?) (en faire ?) lesdits Sieurs du chapitre ou leur fermier et sans aucune réserve telle quelle soit en ce que lesdits sieurs chanoynes ne seront tenus d'aulcune garantie desdits droits sus affermés envers ledit Sieur Seguyn que de luy fournir coppie des tiltres qui se trouveront (en meson ?) dudit chapitre à laquelle garantie ledit Seguyn a par exprès renoncé (..que?) aussy ledit Sieur Seguyn sera tenu comme il a promis et s'y oblige de faire toutes les réparations requises et nécessaires soit dans l'église parrochialle soit au pont qui est sur la rivière (delardare ?) et domaines dépendans dudit bénéfice et en tenir quitte lesdits Sieurs du chapitre ensemble de ladite porsion congrue de trois cent livres aussy bien que celle d'un vicaire si la cas y soit d'y en mettre dont lesdits Sieurs chanoines demeurent aussy dechargés lesquelles pensions demeurent payés au moyen de ladite jouissance du consentement de toutes parties de plus sera tenu ledit Sieur vicaire perpétuel donné annuellement audits Sieurs du chapitre la somme de quatre vingt dix livres payables en la présente ville à leur receveur en deux pactes égaux le premier pacte commançant au sinode prochain qui est le jeudy après la feste de Saincte Evangeline du moys d'octobre et le second au sinode d'après la feste de Pasques prochaine ce ainsy consécutivement d'année en année et de délivrer audit chapitre de cinq en cinq ans une lièsve dudit revenu entier signée de luy et parce que ledit Sieur Seguyn a esté payé de la somme de cent cinquante livres pour six moys de l'année présente de sa portion congrue qui a commencée au premier janvier a esté convenu que ledit Sieur Seguyn sera tenu de restituer payer ladite somme de cent cinquante livres en la (?) audit receveur dudit chapitre scavoir soixante quinze livres au sinode \d'octobre/ trois mots rayés = après Pasques aussy) prochain et les autres soixante quinze livres au sinode après Pasques aussy prochain seront tenus lesdits Sieurs chanoines de payer les (dimes ?) tant ordinaires que extraordinaires qui sont et seront imposées et a esté aussy accordé qu'au cas que la dernière déclaration de sa majesté concernant les portions congrues (?) ne subsistent (? ? ?) que en ce cas les présentes seront de nul effet et valeur et lesdites parties de leur consentement remises au mesme etat qu'elles étoient avant les présentes et à l'entretenement du (?) dessus lesdites parties ont obligé scavoir lesdits Sieurs dudit chapitre le temporel de ladite église et ledit Seguyn tous ses biens présents et à venir dont a esté (? ?) (? ?) royal en présence de Mre Barthélémy Bounaude, Joseph Debeaufusil, praticiens habitants audit Limoges témoins cognus et appellés qui avec lesdites parties ont signé à l'original des présentes ainsi signé Roussaut notaire royal. »

Source : Papiers privés de la famille du Lau de Cellettes.

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Le domaine du Chambon

L'heure est venue de rappeler au souvenir moustérien son site le plus unique : le Chambon, qui donna son nom aux gorges du Chambon et sa petite vallée agréable au bord de la Tardoire, parfois surnommée la « petite Suisse charentaise ».

Introduction

Le château et domaine du Chambon avec son moulin à Eymouthiers-Ferrier était un fief noble avant la Révolution française qui relevait de la châtellenie de Varaignes pour la justice, et de l'élection de Périgueux pour les impôts au XVIIIe siècle.

Il était situé dans la paroisse d'Eymouthiers-Ferrier en Périgord, et l'église Saint-Pierre de cette paroisse rattachée au diocèse de Limoges desservait le village du Chambon, ses châtelains, ses domestiques, ses métayers, ses meuniers.

La famille de La Porte

Le premier seigneur du Chambon identifié est noble Jean de La Porte, écuyer, seigneur de Champniers. Il est connu par le contrat de mariage de sa sœur, en l'an 1477.

Le domaine du Chambon sortit du giron de la famille de La Porte en même temps que la seigneurie de Champniers, à l'occasion du mariage de Marie de La Porte par contrat du 7 août 1579, avec noble Jacques de Pons, écuyer, seigneur de Mirambeau.

La famille du Lau

Leur fille Henriette de Pons, épousa par contrat du 6 décembre 1611, noble Henri du Lau, écuyer, seigneur de Cellettes. Elle lui apporta la seigneurie de Champniers, ainsi que... le Chambon.

Fils des précédents, Armand du Lau dit Chambon, officier au service du prince de Condé, était colonel au régiment d'Enghien et gouverneur de la ville de Saintes pendant l'épisode de la Fronde.

Son neveu Monsieur de Saint-Junien et du Chambon est le gentilhomme d'Eymouthiers-Ferrier couché sur le rôle de la noblesse du Périgord et inscrit au Grand Armorial de France d'Hozier en 1696.

Par contrat du 8 mars 1678, il épousa Thérèse Delage, fille d'un homme de loi du village de Maudeuil.

En 1693, Marie de Grimoard lui abandonna tous ses droits sur la maison et seigneurie du Chambon, ainsi que les fiefs et arrière-fiefs dépendants de ladite seigneurie.

De leur union naquit Henri du Lau, écuyer, seigneur du Chambon, né et décédé à Eymouthiers-Ferrier.

En 1726, il avait épousé Anne de Ribeyreix, fille du baron de Courbefy en Limousin.

De leur union naquit Armand-Joseph du Lau, écuyer, maréchal des camps et armées du roi, marié deux fois, en premières noces à la fille du marquis d'Eschoisy lieutenant de roi à Angoulême, et en deuxièmes noces à la fille d'un maître des requêtes à Paris.

Blessé à la bataille de Kloster Kampen pendant la guerre de Sept Ans, il fut nommé chevalier de Saint-Louis.

Il s'installa à Paris après le décès de sa première femme en 1767.

De 1769 à 1772, Antoine Bernard, sieur de Lajartre, fermier ou régisseur, venu de Bussière-Badil, s'installe au château du Chambon avec sa famille.

Le 15 septembre 1777, Augustine-Jeanne Lhoste de Beaulieu, sous le nom de marquise Dulau-du-Chambon, fut présentée par la comtesse de Noailles à la famille royale et Louis XVI au château de Versailles.

Avant 1779 eut lieu la vente du Chambon à Pierre Fargeas, sieur de Beaulieu. Le marquis du Lau du Chambon vendeur conserva uniquement le nom et resta à Paris où il décèda le 19 septembre 1818, dans le 7e arrondissement.

Par conséquent le Chambon resta dans la famille du Lau pendant deux siècles. Ses armes étaient : d'or à un chêne de sinople, un lion de gueules passant au pied de l'arbre, et une bordure d'argent chargée de tourteaux d'azur sans nombre.

La famille Fargeas

Pierre Fargeas, sieur de Beaulieu, l'acquéreur décéda quant à lui peu de temps après et sans postérité de son mariage avec Marie Menesplier, qui veuve se remaria en 1785 avec Jean-Baptiste Lonlaigne, maître de forges à Javerlhac.

La propriété revint à un neveu, Etienne Fargeas-Lamotte, avocat, maire d'Eymouthiers-Ferrier, député de la Charente à l'Assemblée législative en 1791 sous le nom de Lamotte-du-Chambon.

Il eut une fille Françoise-Marie-Emilie Fargeas-Lamotte, mariée à Pierre Robin, médecin à Angoulême, et un fils célibataire, Jean Fargeas-Duchambon, plusieurs fois maire et membre du conseil municipal d'Eymouthiers-Ferrier, juge de paix du canton de Montbron, mort en 1859.

Une petite-fille Marie-Antoinette Robin, mariée à Simon-Joseph Meaudre-Dassit, chevalier de la Légion d'honneur, hérita du domaine du Chambon.

Aujourd'hui

La maison de maître actuelle a été édifiée par la famille Fargeas-Lamotte au XIXe siècle. Seul le pavillon couvert en pyramide renvoie peut-être encore à l'ancien château.

Le Chambon appartient au Conseil départemental de la Charente depuis 1967, acteur de sa transformation en centre de loisirs majeur avec tous les équipements : camping tout confort, étangs artificiels, installations sportives, parcours de randonnée... etc.

Les premiers épisodes de la série télévisée à succès Camping Paradis ont été filmés en partie au camping Les Gorges du Chambon en 2007 sur la base de loisirs gérée par la collectivité territoriale.

Le lieu très touristique avant la crise sanitaire est devenu par ailleurs une étape incontournable dans le circuit régional vélo et randonnée.

Annexe 1.

Ils sont nés et décédés au château du Chambon !

Naissances au château du Chambon : — (28 septembre 1756 Eymouthiers-Ferrier, 9 octobre 1825 Changé), Claudine-Césarine-Marie du Lau du Chambon, noble, pensionnaire de la Maison royale de Saint-Louis. — (14 janvier 1769 Eymouthiers-Ferrier, 5 avril 1833 Limoges), Marie Bernard de Lajartre, religieuse, sœur de chœur aux Visitandines de La Rochefoucauld.

Décès au château du Chambon : 12/09/1713, Armand du Lau, écuyer, seigneur du Chambon, âgé de 58 ans ; 29/12/1716, Antoine de Clavière, capitaine au régiment des Invalides, âgé de 33 ans ; 07/04/1767, Marie-Magdelaine-Marguerite-Suzanne-Charlotte de Lesmerie, âgée de 30 ans ; 13/10/1779, Pierre Fargeas, sieur de Beaulieu et du Chambon, âgé de 55 ans.

Annexe 2.

Ils ont travaillé au château du Chambon !

Léonard Bardy dit Saint-Jean, domestique (07/07/1767), métayer à la métairie du Chambon (25/12/1788). — Nicolas Besson et Jeanne Chabroulaud, mariés, tous deux domestiques (22/02/1772). — Léonard Deplas, meunier au moulin du Chambon (22/07/1784).

Annexe 3.

Deux documents d'époque. — La carte de Cassini et l'armorial d'Hozier.

aimoutyer 

armorial

Annexe 4.

Les premiers randonneurs. — Randonnée du 29 juillet 1934, rapportée dans le journal La Charente et son édition du 10 août 1934.

« De Saint-Mathieu à Maisonnais, route goudronnée, roulante à souhait, alors qu'après cette localité et jusqu'à Ecuras, plus loin ensuite, dans la la vallée du Chambon, ils eurent des chemins rudes, tortueux, sinueux, en tire-bouchons. Au Chambon, après une descente impressionnante, sur cette belle vallée de la Tardoire, un pont retint un grand moment leur attention. Ce furent surtout les gorges du Chambon qui, par leur aspect inattendu et pittoresque, firent impression sur eux. C'est que, d'un côte sont des promontoires boisés fort curieux, leurs sommets d'un vert éclatant semblent avoir été tondus en forme de boule ; alors qu'un peu partout, à droite et à gauche de la rivière, bordant les pentes, sont des espaces brûlés par le soleil ! Ce sont aussi, formant contraste, des pins au feuillage vert sombre, des châtaigniers plus clairs, des prés, des haies, peu ou pas de roches. C'est surtout pour l'ensemble que les gorges du Chambon valent d'être visitées. Que dire de la Tardoire ? En ce lieu, son fond noirâtre donne l'illusion que les eaux sont de teinte brune, alors qu'en réalité, elles sont claires et limpides. En aval et en amont du pont, des truites, en chasse, sautaient au-dessus des eaux miroitantes. »

Source : Un lieu, une histoire à Eymouthiers-Ferrier (Charente), de Julien Roland.

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07 avril 2021

Le canonnier Thomas de Mahon

Le canonnier Thomas de Mahon (1756)
Première édition : 1913 - Auteur : Albert Dujarric-Descombes

Vers la fin du mois de juillet de l'année 1756, il était affiché, dans les églises de toutes les paroisses du Périgord, un placard, aux armes épiscopales, portant mandement par Mgr Jean-Chrétien Macheco de Prémeaux au clergé diocésain de chanter « le Te Deum en actions de grâces de la conquête de l'île de Minorque ».

Ce mandement, sorti des presses de Dalvy, portait en tête le texte de la lettre suivante du Roi :

« Monsieur l'évêque de Périgueux, Après avoir trop long-temps et vainement attendu la satisfaction que je m'étois promise de l'équité du Roi d'Angleterre, en réparation des excès que sa Marine a commis contre mes vaisseaux et ceux de mes sujets, au grand scandale de, toute l'Europe, je me suis trouvé forcé de recourir à la voie des armes pour venger l'honneur de ma Couronne et protéger le commerce de mes Etats. C'est par de si justes motifs que j'ai fait passer au mois d'avril dernier un corps de mes troupes dans l'isle Minorque, sous le commandement de mon cousin le maréchal de Richelieu, avec une escadre commandée par le marquis de La Galissonnière, lieutenant général de mes armées navales, pour chasser les Anglois d'un port dont ils s'étoient emparés par cet esprit de domination générale qu'ils voudroient étendre dans les deux Mondes. A la suite des travaux pénibles et dangereux d'un long siège, pendant lequel l'escadre anglaise, qui s'étoit avancée pour secourir Minorque, a été repoussée; par la mienne. Le maréchal de Richelieu, après une disposition aussi hardiment méritée que l'exécution en devoit être rapide, a donné enfin l'effort à la valeur françoise et lorsque les ennemis se fioient sur la force de leurs remparts, mes troupes ont emporté d'assaut, la nuit du 27 ou 28 du mois dernier, les ouvrages extérieurs des forts de Mahon; la terreur a fait le reste. La garnison a été contrainte de capituler, et de se retirer à Gibraltar, abandonnant plus de 200 pièces de canon et 80 mortiers. Le succès d'une entreprise si importante, où mes troupes ont eu à surmonter tous les obstacles que l'art secondé de la nature peut mettre en usage pour la défense d'une place, ne doit être attribué qu'à la faveur que le Dieu des Armées veut bien accorder à la justice de ma cause. C'est pour lui rendre un hommage public de ma reconnoissance, et pour le supplier de me continuer sa divine protection, que je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous fassiez chanter le Te Deum dans l'église cathédrale et autres de votre diocèse et que vous aiez à. convier à cette cérémonie ceux qui ont accoutumé d'y assister. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur l'Evêque de Périgueux, en sa sainte garde. Ecrit à Compiègne, le 15e juillet 1756 ».

Semblable lettre était adressée en même temps au comte d'Hérouville, commandant en Guyenne, pour lui annoncer le succès de Minorque, le prier d'assister et de faire assister au Te Deum les officiers « tant de justice que de ville » et de « faire faire des feux de joye et tirer le canon. pour marques de réjouissances publiques ».

La conquête de Minorque excita l'enthousiasme de la France entière. La prise de Port-Mahon, qui forma sur mer le pendant de Fontenoy, fut, comme on l'a dit, la seule victoire demeurée populaire des guerres maritimes du temps de Louis XV.

Le nom de Mahon n'est pas seulement resté à une préparation culinaire la mayonnaise (1). Le courage, que durant les six semaines qui précédèrent la reddition de la place, déploya un canonnier périgourdin, appelé Thomas, et l'habileté avec laquelle celui-ci préserva de la mort le duc de Richelieu, qui déploya dans cette expédition les qualités d'un chef d'armée, valurent à ce soldat, dont je veux essayer de faire revivre ici la mémoire, avec le grade d'officier, l'insigne honneur de pouvoir ajouter à son nom.celui de Mahon.

Verneilh-Puyraseau, qui avait connu ce compatriote, a, le premier, révélé l'origine et l'exploit de Thomas, dans un de ses ouvrages d'histoire (2).

« Pendant le siège de Port-Mahon, dit-il, Richelieu s'étant approché d'un des forts, avait été couché en joue et manqué par une sentinelle anglaise. Un canonnier périgourdin (de Bussière-Badil) visa à son tour la sentinelle et la renversa du premier coup. Thomas, c'est le nom du canonnier, resta trois jours attaché à sa pièce, sans vouloir qu'on le remplaçât. Le maréchal voulut connaître ce brave. Thomas vient se jeter à ses pieds et s'avoue déserteur d'un des régiments débarqués à Minorque. Richelieu lui pardonne et le fait officier. J'ai vu dans le temps ce vieux militaire, alors chevalier de St-Louis. Il avait obtenu, comme titre de gloire, d'ajouter à son nom celui de Mahon, que sa famille a conservé ».

Au commencement du XVlIIe siècle, une famille de cultivateurs du nom de Thomas était établie, à 1800 mètres du bourg de Bussiêre-Badil, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Nontron, au Trieux, sur la rive droite du ruisseau dont ce village porte le nom. On pourrait supposer que notre canonnier y est né.

M. l'abbé Liffort, curé-doyen de Bussière, que je remercie de ses recherches, m'a bien communiqué l'acte de baptême d'un Thomas, né au Trieux, dans le mois de mars 1729, des époux, Pierre Thomas et Anne Barbé. Mais cet acte ne saurait, ce me semble, concerner le héros de Mahon, qui, dans tous les contrats que mon collègue M. Roger Drouault a bien voulu relever à mon intention dans les répertoires notariaux du temps, est désigné avec le prénom de Bertrand. Dans une transaction devant Me Grolhier, du 1er décembre 1762, son père, alors décédé, figure sous le prénom de Jean, et non sous celui de Pierre. Enfin, dans son acte de décès, en 1784, il est déclaré âgé d'environ 50 ans; sa naissance ne remonterait pas ainsi aussi haut.

Bertrand Thomas avait un frère et une sœur : Elie, qui exerça la profession de taillandier au village de Montaman, paroisse de Javerlhac, et Jeanne, mariée à Pierre Charlart, tailleur. De bonne heure, l'armée l'attira. Il déserta le régiment de Nice, pour suivre le corps de troupes envoyé en Espagne. A Port-Mahon, il fut affecté au service d'une batterie. Il y occupait cet emploi, lorsque son régiment arriva avec l'escadre de la Galissonnière. De peur d'être reconnu par ses anciens compagnons d'armes, il ne voulut pas être relevé de son service de canonnier. C'est à ce moment du siège que le maréchal de Richelieu, dans une de ses visites quotidiennes aux postes avancés, le rencontra, et qu'eut lieu l'aventure, qui l'a rendu célèbre. Voici de quelle manière elle est racontée dans les Mémoires du duc de Richelieu (3).

« Une sentinelle d'un des forts s'amusait à tirer sur lui, et ce jour-là il entend siffler la balle plus près de ses oreilles, il s'approche d'un canonnier et lui demande s'il ne peut pas le défaire de ce faquin-là; qui peut être plus adroit une autre fois. Ce canonnier servait depuis trois jours sa batterie sans avoir voulu être relevé. Il se nommait Thomas, était déserteur du régiment de Nice. Son régiment venait d'arriver à Mahon, et, sachant qu'il aurait la tête cassée s'il était reconnu, il avait voulu prévenir son sort en se faisant tuer mais le destin en avait autrement décidé. Lui seul avait échappé au feu meurtrier des ennemis. Il était fort adroit, fort actif, et jamais batterie n'avait été mieux servie, quoique la plus exposée. Cet homme, noirci par la poudre, couvert de sueur et de poussière, défait et privé de nourriture depuis deux jours, se traîne vers son général et lui promet que s'il manque le soldat ennemi du premier coup de canon, il n'échappera pas au second. »

« Effectivement, il saisit le moment où ce soldat était le plus à découvert; le coup part, et l'on voit son chapeau sauter en l'air. Le maréchal, charmé dé son adresse, voulut lui demander pourquoi il le voyait trois jours de suite mais le malheureux Thomas, épuisé de fatigue et de faim, était déjà tombé sans connaissance auprès du canon qu'il avait si bien servi. »

« Le maréchal apprit alors qu'il n'avait pas voulu être relevé. Il le fit conduire à l'hôpital et chargea un officier de lui rendre compte du motif qui avait pu déterminer ce canonnier à se conduire ainsi. Thomas garde le silence et ne veut parler qu'à son général. Après être rétabli, il obtient la permission de se présenter chez lui. Thomas tombe à ses pieds, lui avoue sa faute, convient qu'il mérite la mort et qu'il a voulu la rendre utile à sa patrie en ne quittant point la batterie où tous ses camarades ont été tués. Il le supplie de lui éviter le supplice en lui donnant le poste le plus dangereux, qu'il promet de garder jusqu'à ce qu'il perde la vie en brave soldat, content de mourir s'il épargne celle d'un de ses camarades. Le maréchal, touché du repentir d'un si brave homme, l'assure qu'il peut tranquillement reprendre son service. Il se fit rendre ensuite un compte exact de sa conduite. Tous les témoignages étant en faveur du canonnier, Richelieu, quelques jours après, vint visiter la même batterie, qu'il continuait de servir avec une adresse et une intrépidité incroyables. Alors, s'avançant vers lui, il lui présenta un brevet de sous-lieutenant, en lui disant  :« Prenez, mon ami; c'est la récompense du mérite. »

« Cet homme, aussi brave officier qu'il avait été soldat, fut fait ensuite capitaine. Chaque endroit de son corps était marqué par une blessure. En 1777, il vint à Versailles demander une pension. Il avait trente-huit ans de services tant comme soldat que comme officier. On fut surpris de ce qu'il ne sollicitait pas la croix de Saint-Louis, et ce brave homme parût étonné de la mériter. Le maréchal de Richelieu, qui connaissait mieux qu'un autre le prix de ses services, obtint pour lui cette récompense militaire et reçut Chevalier ce brave Thomas, qui doutait encore qu'il fût digne de cette grâce ».

Thomas eut la satisfaction d'assister à la capitulation de Port-Mahon, plus heureux que son compatriote, le fils du seigneur de Saint-André-de-Double, Jean-Baptiste de Chabans, ancien page de la duchesse du Maine, qui avait été employé en qualité de lieutenant d'artillerie au siège du fort Saint-Philippe blessé de trois coups de feu, cet officier en mourut vingt-quatre heures après.

De retour au pays natal, Thomas songea à fonder une famille. Il se maria une première fois, à Nontron. En secondes noces, Il épousa Jeanne Lhote, veuve d'Henry Chaseau, de la même ville, fille de Thomas Lhote et de Marie Verneuil, bourgeois de Bussière-Badil (4).

Le duc de Richelieu, pair de France, avait été nommé gouverneur, lieutenant général du Roi en la province de Guyenne avant l'expédition de Minorque. Il ne fit son entrée à Bordeaux que deux ans plus tard. On a conservé le récit de la magnifique réception qui lui fut faite, ainsi que le détail des ouvrages de-peinture, trophées avec inscriptions, dressés à ce moment pour faire allusion à la conquête de l'ile espagnole. Durant son commandement, il ne cessa d'entretenir les meilleures relations avec la ville de Périgueux, dont la municipalité lui fit apprécier plus d'une fois les patés de perdrix alors si renommés.
 
Dans sa haute situation; le maréchal ne perdit jamais de vue l'humble canonnier qui lui avait sauvé la vie. Soit à Paris, soit à Bordeaux, il fit toujours à celui-ci un cordial accueil, jusqu'à l'inviter à souper.

Fleury, de la Comédie-Française, raconte daus ses mémoires, qu'il était reçu chez le duc en, même temps que des auteurs, des peintres et des hommes d'esprit, des généraux, des diplomates et des courtisans.

« J'y rencontrai, dans un souper, dit cet acteur, un officier de fortune nommé tout simplement M. Thomas, le brave Thomas, portant dignement la croix de Saint-Louis sur trente-huit blessures toutes reçues au service du Roi ».

Il résulte d'une note de M. Joseph Durieux (5) que la carrière militaire de Thomas se résumerait ainsi : quinze campagnes, quatre sièges, trois batailles, quatre expéditions, cinq blessures. On comprend que de pareils états de service méritassent une récompense.

En 1760, le maréchal lui fit accorder des postes en rapport avec ses aptitudes militaires. Il le nomma d'abord garde d'artillerie et lui confia le commandement d'une compagnie de canonniers invalides, détachée en Guyenne, au Chàteau-Trompette, paroisse Saint Rémy, à Bordeaux, et le préposa à la garde des magasins d'artillerie au fort Médoc, paroisse de Cussac. En 1774, on trouve Thomas, lieutenant de canonniers invalides à Bayonne et, quatre, ans plus tard, il était capitaine en second de canonniers invalides dans la même citadelle.

C'est en cette dernière qualité qu'il reçut, le 9 mai 1778, la croix de chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, sous les auspices de son protecteur, qui lui donna une nouvelle et flatteuse marque de son estime, en acceptant d'être le parrain de son fils (6). Il lui obtint, en outre, l'autorisation d'ajouter à son nom celui de Mahon (7).

De son mariage avec Jeanne Lhote, Thomas eut trois fils l'aîné, Lazare (30 janvier 1758) qui dut mourir jeune; Louis-François-Armand, le filleul du duc de Richelieu, et Pierre Bertrand (8 décembre 1762), tous nés au bourg de Bussière-Badil, diocèse de Limoges, élection de Périgueux, généralité de Bordeaux.

Durant son premier mariage, il avait habité la ville de Nontron dans les premières années du second, il demeura à Bussière-Badil, jusqu'au jour où il se décida à se fixer dans un petit, domaine que, suivant acte passé devant Me Grolhier, notaire à Nontron, le 19 janvier 1771, il avait acquis du sieur Félix Thibaud, dans la paroisse du Bourdeix, au village de Rapy. Le logis principal, couvert en tuiles plates, se compose d'un rez de-chaussée à deux chambres donnant sur un jardin en terrasse et d'un premier étage; il est entouré de murs formant une cour, dans laquelle on pénètre par un grand portail; en face, se dresse un corps de bâtiments à l'usage d'un colon. Cette habitation appartient aujourd'hui à M. Teyssendier de Lasserve, gendre de l'historien regretté du Nontronnais, Ribault de Laugardière. C'était, d'après ce dernier, une petite maison forte qui, suivant la tradition, aurait été habitée autrefois par les religieux d'un prieuré voisin ils s'y trouvaient en súreté au sommet d'une colline escarpée de trois côtés et dominant la gorge étroite, qui conduit au petit vallon de la Doue.

Ce fut dans cette solitude que Thomas de Mahon devait finir ses jours, entouré de sa femme, et de ses jeunes fils, mais non sans avoir été en butte à de regrettables tracasseries. Il avait été dégrevé de ses impôts, comme officier en activité de service. Une plainte fut portée au sujet de ce dégrèvement par des habitants du Bourdeix, prétendant qu'il n'acconiplissait plus de service actif en résidant dans la paroisse. L'auteur de cette cabale était le syndic fabricien, Jean Dessalis, régisseur de la terre de Jean-Charles de Lavie, seigneur marquis du Bourdeix, baron de Nontron, premier président en la première Chambre des enquêtes du Parlement de Bordeaux. Le subdélégué de Nontron Jean de Labrousse du Bosfrand vint au secours de l'ancien officier. Il remontra que ce dernier, « homme distingué par les grades militaires qu'il doit à ses services », avait pour voisin le sieur Dessalis, « qui voudroit lui faire quilter la paroisse et qui a jeté un dévolu sur le peu de bien qu'il possède et qui peut former un objet de 4.000 à 4.500 livres »; et qu' « il n'est point de procès qu'il ne lui suscite » que, pour y réussir, il s'est mis « sous la sauvegarde du seigneur ». Sur les vingt habitants, dont il avait, de concert avec le fermier du marquis du Bourdeix, produit la plainte, dix étaient métayers de celui-ci, un son procureur d'office, un autre métayer du juge de la terre, sans compter les autres « qui n'ont rien à perdre » et qu'on a sollicités pour grossir le nombre des plaignants. L'arrêt de la Cour des Aides de Bordeaux, déclarant le propriétaire de Rapy exempt de taille, dut être maintenu (8).

On voit figurer le nom de Bertrand Thomas dans de nombreux actes, conservés dans les minutiers des notaires de Nontron et des environs. Ils témoignent du soin qu'il apportait au réglement de ses affaires particulières. Il jouit d'une situation assez en vue pour qu'à maintes reprises ses concitoyens le choisissent pour les représenter dans divers procès.

Sa santé devait se ressentir des blessures reçues et des fatigues longtemps endurées à la guerre. Il s'éteignit prématurément dans sa retraite rurale, comme l'indique son acte de décès relevé dans les registres paroissiaux du Bourdeix :

« Le 19 mars 1784, est décédé Bertrand Thomas, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis, capitaine, de canoniers, âgé d'environ, de 50 ans, vivant mari de dame Jeanne Lhote, du village de Rapy, présente paroisse du Bourdeix lequel a été enterré aujourd'hui 20 des susdits mois et an, én présence de sieur Jean Lhote, négotian, sieur Pierre Chazeau et autres qui ont signé ».

Parmi les signatures de cet acte, on remarque celles de Jalaigniac, prêtre, de Tamaignon, curé d'Etouars, et de Gaultier, curé de l'église St-Pierre et St-Paul du Bourdeix.

Jeanne Lhote resta curatrice de ses deux enfants survivants. En 1787, elle obtint « en considération de la distinction des services de son mari », une pension sur le Trésor royal.

« Sa Majesté, voulant donner à la demoiselle Jeanne Lhote une marque du souvenir qu'Elle conserve des services distingués du feu sieur Bertrand Thomas de Mahon, son mari, accordait la grâce d'une pension montant annuellement à 300 livres ».

Notification de celle faveur de Louis XVI lui fut faite par le maréchal de Ségur, ministre de la Guerre. Les registres d'état-civil du Bourdeix nous apprennent qu'elle mourut au village de Rapy, à l'âge de 84 ans, le 8 avril 1808.

L'aîné de ses deux fils fut le seul qui lui survécut, le plus une, Pierre-Bertrand, ayant été massacré, en 1793, à Port-au-Prince, par les nègres révoltés de Saint Domingue.

Louis-François-Armand Thomas de Mahon fut destiné à la carrière militaire, à laquelle le nom qu'il portait devait son illustration. Elève aux Gardes françaises, le filleul du maréchal de Richelieu devint fusilier au même régiment, dans la compagnie de Maleyssie (1775); puis passa au régiment de Metz artillerie. Pendant quatre ans, il fit, avec l'escadre de Vaudreuil, campagne en Amérique, à Tabago, Saint-Eustache, La Désirade, et fut atteint de deux coups de feu aux genoux et à la hanche gauche, au combat du 12 avril 1782, à bord du Triomphant. De 1789 à 1792, il figure dans la garde soldée de Paris, comme capitaine d'artillerie. Lieutenant au bataillon supplémentaire des chasseurs de montagnes, il resta, jusqu'en 1811, en Espagne, sous les ordres des généraux Avril et Thouvenot. Ou le trouve, en 1813, à Rochefort, capitaine de la garde nationale. Le 5 avril 1814, au pont retranché de Melun, il fut blessé d'une balle au bras droit; en juillet, le duc d'Angoulême lui accorde la place de commandant d'armes à Ia citadelle de Blaye, fonction qu'il ne put remplir, les réglements exigeant le grade de chef de bataillon. Il fut nommé conseiller du Roi, rapporteur du point d'honneur au tribunal des maréchaux de France. Il sollicita, en 1816, une compagnie de vétérans ou une pension de retraite. On croit qu'après 1830, il obtint un commissariat de police. On ignore sa fin. Il aurait été marié avec une demoiselle Marguerite Laduire.

Le dernier des Thomas de Mahon a laissé une assez triste réputation dans son pays où il revint souvent, et vendit les biens qu'il tenait de sa famille. C'était un insubordonné, un exalté, un batailleur. Les archives de la police correctionnelle conservent le souvenir de quelques-uns de ses méfaits. On informa contre lui, en 1786, pour avoir tiré un coup de fusil à un de ses voisins de Rapy, le sieur Jean Vignaud, qu'il accusait de lui voler du verjus. Pendant un séjour à Fixart, commune de St-Estèphe, vers 1840, il eut dispute avec les lessiveuses de ce village, qui l'assommèrent presque à coups de battoir. On alla quérir le docteur Agard-Laroche, au village des Forges, commune d'Etouars. On raconte que certaines femmes allèrent au-devant du médecin pour le prier de ne point guérir le malade que tout le monde détestait. Il est superflu d'ajouter ici certaines médisances au sujet de sa conduite privée. On suppose qu'il mourut à Fixart, laissant des filles de sa femme légitime et un fils bâtard.

Tels sont les souvenirs qu'il m'a été donné de rassembler sur le canonnier Thomas de Mahon. Rien n'est resté de lui dans son pays natal. Un tableau peint, représentant la prise de Port-Mahon avait été relégué dans un grenier de son ancien logis de Rapy. Une métayère le trouva et le mit à la lessive pour en avoir la toile (9). M. de Laugardière, qui devint propriétaire de Rapy, a consacré à ce domaine plusieurs lignes, dans sa notice sur la commune du Bourdeix il y rapporte bien l'antique tradition concernant la modeste demeure, sur une des cheminées de laquelle on voit encore les restes d'un écusson martelé, et fait une allusion aux gentilshommes campagnards qui ont pu la construire; mais il se tait au sujet du plus célèbre des anciens possesseurs de cette demeure (10).

Un acte de restitution et de réparation me paraissait légitimement dû à la mémoire de Thomas de Mahon. Son nom mérite d'être conservé à côté de ces humbles soldats, qui, partis de la glèbe, sont parvenus à la gloire, gràce à leur valeur militaire. Je l'associerais volontiers à celui de Michel Hyot, cet autre canonnier périgourdin, enrôlé volontaire de la commune de Montagnac-d'Auberoche, qui, à la bataille d'Essling, resté seul de sa batterie avec son sergent, réussit tenir, pendant trois heures, au plus chaud de l'action, les Autrichiens à distance, et mérita, par sa rare intrépidité, de Napoléon la dotation d'une rente perpétuelle de 500 francs.

Voilà deux braves soldats qui, s'ils avaient été lettrés, fussent certainement devenus des officiers d'artillerie très distingués.

Albert Dujarric-Descombes

Notes :

1. Sauce froide, faite avec de l'huile, du vinaigre, du jaune d'oeuf et du poivre, le tout battu jusqu'à consistance de pommade.

2. Mémoires historiques sur la France et la Révolution, Paris, Dupont, 1830, page 103.

3. Edition Barrière, tome Il, page 222.

4. Née à Bussière le 30 décembre 1723, elle y avait épousé, le 5 août 1749, le sieur Chaseau, dont elle eut une fille, Léonarde Chaseau.

5. Mon obligeant et laborieux collègue Durieux a bien voulu se dessaisir en ma faveur du petit dossier qu'il avait réuni sur Thomas de Mahon et sur son fils aîné.

6. Voici le baptistaire : « Le onze du mois de may mil sept cent soixante, en l'église paroissiale de Buxière, a été baptisé Louis-François-Armand Thomas, fils de Bertrand Thomas, garde d'artillerie et commandant des batteries du Médoc, et de Jeanne Lhote, sa femme, né le même jour au présent bourg. A esté parrain : Louis-François-Armand du Plessis, et a tenu à sa place Elie Lhote, maître sellier, et sa marraine Marie Lhote. Verneuil, curé ». En marge : « A été parrain le seigneur Louis-François-Armand de Richelieu, gouverneur de Guiene ».

7. Il y avait eu un précédent en Angleterre. James Stanhope, qui avait commandé les troupes anglaises en Espagne, en 1708, s'étant emparé de l'ile Minorque, avait aussi reçu pour cet exploit le titre de lord Mahon, du nom de la forteresse conquise.

8. Sur ce procès voir les pièces déposées aux Archives de la Gironde (C. 1034 Carton), et un acte signalé par M. Drouault dans les minutes du notaire Grolhier, à la date du 7 novembre 1778.

9. Communication de M. Lathière-Lavergne, ancien notaire à Nontron, maire du Bourdeix.

10. Monographie de la ville et du canton de Nontron, Périgueux, Laporte, 1889, page 324.

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Descravayat dans le nobiliaire de Saint-Allais

I. Jean Descravayat, écuyer, sieur du Verger et du Châlard, épousa, par contrat du 26 juillet 1609, Jeanne Bigot, damoiselle, fille de Guillemin Bigot, sieur de la forge du Châlard, et de Barbe de la Grelière, seconde femme de son père; son père lui fit don en faveur de son mariage, de la métairie située au village du Verger, paroisse de Busserolles. Il est nommé avec sa femme dans l'extrait baptistaire de Jean, leur fils du 2 décembre 1612; fit son testament à Bordeaux, le 23 mars 1647, par lequel il demanda à être inhumé dans l'église de Busserolles, au tombeau de ses prédécesseurs; il assista, le 10 décembre de la même année, au contrat de mariage de Barbe Descravayat, sa fille, avec Jean Thibault, écuyer, sieur du Plas, fils de Salomon, écuyer, seigneur du même lieu, et de Marie Lériget; ses enfants furent :

1° Jean Descravayat, qui suit;
2° Jean Descravayat, né en 1619, qui paraît être mort avant le 23 mars 1647, que son père fit son testament dans lequel il ne le rappelle point;
3° Jeanne Descravayat femme d'Isaac d'Abzac, écuyer, seigneur de Tuffas;
4° Barbe Descravayat, qui épousa, par contrat du 10 décembre 1647, Jean Thibault, écuyer, sieur, du Plas, fils de Salomon, écuyer, seigneur du même lieu, et de Marie Lériget, sa femme;
5° Renée Descravayat.

II. Jean Descravayat, écuyer, sieur du Châlard et du Verger, naquit le 21 novembre 1012, et fut baptisé le 2 décembre suivant, dans l'église paroissiale de Saint-Martial de Busserolles, élection de Périgueux, diocèse de Limoges; il épousa, par contrat passé au château de Tuffas, paroisse de Rancogne, en Angoumois, le 5 septembre 1643, en présence de son père, damoiselle Marie d'Abzac, fille de Jacques d'Abzac, écuyer, seigneur de Fonladier et de Tuffas, et de Catherine Poivre, et sœur d'Isaac d'Abzac, aussi écuyer, seigneur des mêmes terres, mari de Jeanne Descravayat, sa sœur; passa une transaction, le 17 août 1644, tant en nom qu'en celui de son père, et mourut en 1645, on l'apprend du testament de ce dernier, du 23 mars 1647, dans lequel il est rappelé; Marie d'Abzac, veuve, se remaria, le 24 octobre 1655, avec Jean Bouchaud, écuyer, sieur des Roches.

La double alliance contractée par Jean Descravayat et Jeanne, sa sœur, dans la maison d'Abzac, l'une des plus anciennes et des plus considérables du Périgord, fut plus honorable pour sa famille, qu'elle ne lui fut profitable; en effet, après sa mort, Isaac d'Abzac, son beau-frère, qui était un dissipateur, s'empara de la tutelle de Jean Descravayat, son neveu, malgré l'opposition de la part des parents de ce mineur, et dissipa sa fortune qui était alors considérable; c'est ce qu'on apprend d'une foule d'actes des années 1648, 1650, 1651, 1675, 1698, 1699, etc.

On ne connaît d'autre enfant issu du mariage de Jean Descravayat et de Marie d'Abzac, que Jean, qui suit.

III. Jean Descravayat, écuyer, sieur du Châlard et du Verger, naquit le 10 août 1644, et fut baptisé le même jour dans l'église de Busserolles. Jean Descravayat, son aïeul, l'institua son héritier universel, le 23 mars 1647; il fut mis sous la tutelle d'Isaac d'Abzac, son oncle, malgré l'opposition de ses parents, et entr'autres celle de Jean Descravayat, écuyer, seigneur de Roussines, son oncle à la mode de Bretagne, du 14 juin 1648; il est nommé dans une ordonnance du juge de la châtellenie de Varaignes, rendue à la requête de Marie d'Abzac, sa mère, le 29 octobre 1650, portant règlement de sa pension, et dans un arrêt du parlement de Bordeaux, du 5 juin 1656, qui maintint Isaac d'Abzac dans la gestion de la tutelle; épousa, par contrat du 14 août 1663, Marie de Fanlac, dame de Trévouille, fille d'Elie de Fanlac, écuyer, sieur de la Salle, co-oseigneur de Saint-Orse, en Périgord, et de Jeanne de la Ramière; se pourvut, le 20 mars 1675, au sénéchal de Périgueux, contre le même Isaac d'Abzac, son tuteur, et obtint sentence qui le condamna à rendre compte de sa tutelle; cette sentence, de laquelle Isaac avait interjeté appel, fut confirmée par arrêt du parlement de Bordeaux, du 4 août 1676. Il ne vivait plus le 11 octobre 1680, époque de la mort de Marie de Fanlac, sa femme, dont il avait eu pour enfants :

1° Elie Descravayat, dont le sort est ignoré;
2° Jean Descravayat, dont le sort est ignoré;
3° Pierre Descravayat, dont le sort est également ignoré;
4°, 5°, 6° et 7° Jeanne, autre Jeanne, Anne et Marguerite Descravayat, cette dernière, religieuse à Exideuil.

IV. Elie Descravayat, écuyer, seigneur du Châlard et du Verger, naquit le 13 août 1654, fut baptisé, le 14 octobre suivant, dans l'église paroissiale de Busserolles, et eut pour marraine, Marie d'Abzac, son aïeule; il servit pendant trois ans dans la compagnie des cadets gentilshommes de la citadelle de Tournay, suivant le certificat de monsieur de la Chapelière, capitaine commandant cette compagnie, du 10 novembre 1685; passa une obligation, le 8 novembre 1688, par laquelle il s'engagea à payer aux religieuses de Sainte-Claire d'Exideuil, une somme de six cents livres, le jour de la profession de Marguerite Descravayat, sa seur, en qualité de religieuse de ce couvent; passa un bail emphiteotique, le 9 août 1698; obtint deux sentences de la châtellenie de Varaignes, les 28 avril 1698, et 19 janvier 1699, contre les certificateurs (cautions) et les parents d'Isaac d'Abzac, tuteur de Jean Descravayat, son père, et passa deux transactions, les 4 et 5 juin 1715, relatives au même sujet. Il épousa Léonarde de Trasleprat, fille de Jean, et de Jeanne Callandreau; après la mort de cette dame, arrivée le 13 mai 1691, il épousa en secondes noces, par contrat du 28 juillet 1708, Marie de Lambertie, fille de Jean de Lambertie, écuyer, seigneur de Menet, et de Marguerite de la Faye; on ignore s'il en eut des enfants; mais de la premiere était issu Jean Descravayat, qui suit.

V. Jean Descravayat, écuyer, seigneur de la Barrière, naquit au bourg de Busserolles, le 23 septembre 1690, et fut baptisé le 29, dans l'église de Saint-Martial dudit lieu; fit conjointement avec Elie, son père, et sa femme ci-après nommée, une constitution de rente, le 30 mai 1736, au profit des dames de l'Union Chrétienne d'Angoulême; mourut le 15 janvier 1741, fut inhumé le 16, dans l'église de Busserolles, et est rappelé dans le procès-verbal d'apposition des scelles faite sur ses meubles, le même jour, par le juge de Varaignes; du mariage qu'il avait contracté, le 8 août 1722, avec Marie Corderoy, fille de Louis, seigneur du Breuil, et de Jacquette Laurent, vinrent:

1° Elie Descravayat, qui suit;
2° Jeanne Descravayat, religieuse aux Dames de de l'Union Chrétienne, à Angoulême.

VI. Elie Descravayat, chevalier, seigneur de la Barrière, et autres lieux, officier des gendarmes de la garde ordinaire du Roi, chevalier de l'ordre royal et militaire de St.-Louis, fut baptisé le 11 juillet 1723, dans l'église paroissiale de Busserolles; obtint, le 18 février 1741, des lettres de bénéfice d'âge, conjointement avec Jeanne Descravayat, sa sœur; et assista, le 17 juin 1749, à la profession de ladite Jeanne, en qualité de religieuse au couvent des Dames de l'Union Chrétienne, d'Angoulême. Il entra au service dans les gendarmees de la garde du Roi, le jer janvier 1744, fut nommé chevalier de Saint-Louis, le 15 septembre 1770, porte-étendard, en 1775, et fit avec honneur toutes les campagnes de guerre avec le corps, jusqu'à la réforme du 15 décembre 1775. Il contracta alliance, le 21 mars 1748, avec Marguerite du Barry, fille de François du Barry, écuyer, seigneur de Labeytour, et de Marie Laurent; de ce mariage sont issus :

1° Charles Descravayat, marquis de la Barrière, qui suit;
2.° Augustin Descravayat, lieutenant au régiment Royal-Vaisseaux, mort sans alliance;
3.° N.... Descravayat, gemme de N.... Arondeau de Chareyroux;
4.° N.... Descravayat, femme de N.... Mascureau de Sainte-Terre;
5.° N.... Descravayat;
6.° N.... Descravayat.

VII. Charles Descravayat, chevalier, marquis de la Barrière, seigneur de la Barrière et autres lieux, colonel de cavalerie, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, est entré aux gendarmes de la garde du Roi, le 8 avril 1755; a été fait capitaine de cavalerie, le 6 janvier 1779, et nommé chevalier de Saint-Louis, te 28 septembre 1787; a émigré en 1791, et a fait toutes les campagnes dans l'armée des princes; au retour du Roi, en 1814, il a obtenu sa retraite avec le brevet de colonel de cavalerie. Du mariage qu'il a contracté, le 24 septembre 1784, avec Elisabeth-Thérèse la Flèche de Grand-Pré, fille de Victor-Pantaléon la Flèche de Grand-Pré, écuyer, capitaine de cavalerie, et de dame Françoise-Elisabeth Bivet, son épouse, est issu :

VIII. Elie-François-Charles-Victor Descravayat de la Barrière, est né le 10 novembre 1785, et à été baptisé le 12, dans l'église de Saint-Eustache, à Paris. Il a fait ses preuves de noblesse au mois de janvier 1789, au cabinet de l'ordre du Saint-Esprit, pour entrer comme sous-lieutenant dans les troupes du Roi, et a obtenu, le 24 du même mois, son certificat de M. Chérin, généalogiste des ordres de Sa Majesté.

Armes : D'argent, à cinq flammes de gueules, posées en sautoir. Supports : deux lions. Devise : Pro Deo et Virtute.

Source : Nobiliaire universel de France, de Nicolas Viton de Saint-Allais.

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31 mars 2021

La mine de fer de Lonlaigne

C'est au même Lonlaigne que s'adresse Jacques de Lavalade, un négociant du bourg de Javerlhac, le 12 janvier 1783. Celui-ci est en procès contre des fournisseurs de mine et demande à Lonlaigne de déclarer, devant notaire, comment il achète ses mines de fer. Il souhaite que Lonlaigne réponde « que tous les maîtres de forge à fondre, dans son canton, sont dans l'usage constant d'acheter et recevoir publiquement de tous particuliers les mines de fer qu'ils ramassent journellement sur la surface de la terre, soit dans leurs propres champs, soit dans ceux de leurs voisins sur la permission qu'ils en obtiennent ».

Dans sa réponse, Lonlaigne s'explique ainsi : « Depuis 1774, il a acheté tant pour la forge royale de Ruelle que pour celle de Forge-Neuve, de Messieurs Docor (Aucors, paroisse de Beaussac), le chevalier de Rémondias (paroisse de Mainzac), de Fornel de Coutillas (paroisse de Feuillade) et de Maumont (Les Grogilles, paroisse de Feuillade), personnes de condition, du Sieur Desgarennes, ancien maître de forge..., et autres particuliers, les mines de fer dont il a eu besoin pour les exploitations des susdites forges, qui ont été conduites, lavées, mesurées à leurs frais, pour constater le nombre de fondues de chacun, savoir celles destinées pour la Forge-Neuve, aux lavoirs de ladite forge et à ceux du château de Javerlhac, et celles destinées pour la forge de Ruelle aux lavoirs des entrepôts du Grand-Moulin de Varagne, Labeytour (paroisse de Souffrignac), et Guillot (paroisse de Feuillade), et payées à chacun suivant les conventions entre lui et eux faites, soit verbalement, soit par écrit.

De plus ledit Lonlaigne déclaré qu'il a connaissance que les personnes ci-dessus dénommées ont fait tirer les mines qu'ils lui ont vendues et livrées tant dans leurs fonds particuliers, que dans ceux d'autruy... que pour reconnaître la qualité des différentes mines qu'il a acquises, il s'est transporté sur les minerets et autres endroits où elles étaient situées, que cependant, il y en a qu'il n'a pu voir, attendu ses grandes affaires, que sur les entrepôts et lavoirs, mais que ces mêmes mines ne venaient que de personnes de probité à lui connues ; que sur le grand nombre de fondues qu'il a acquis et converti en artillerie pour le roy, il s'en est procuré par les tirages qu'il en a fait faire par lui-meme plus de la moitié, et qu'enfin, il n'en a jamais acheté de ramassées sur la surface de la terre » (2E 11409).

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1983)

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La forge de la Chapelle-Saint-Robert et le Comité de salut public

Le ministre de la marine ayant représenté que la forge de la Chapelle-Saint-Robert, district de Nontron, département de la Dordogne, et devenue propriété nationale par l'émigration de son propriétaire, est sur le point d'être mise en vente par l'administration du district; que depuis 1789 la marine a pour trente ans la ferme de cette forge pour une fourniture de canons et de boulets, dont aucune livraison n'a encore été faite, et que, si la vente s'opère, la marine perdra le droit qu'elle a acquis sur le produit de cet établissement; enfin qu'il serait avantageux à la nation que la forge restât affectée au département de la marine et que le ministre fût autorisé à y faire exécuter les réparations nécessaires et à y établir une administration, soit par entreprise, soit par régie, qui s'occupât sur-le-champ de mettre rusine en activité et d'y couler des canons ou des boulets, le Comité de salut public arrête : 1° que la vente de la forge de la Chapelle-Saint-Robert sera suspendue pendant tout le temps de la guerre actuelle; 2° que le ministre de la marine sera autorisé à user de cet établissement national, comme s'il était affecté à son département, pendant tout le temps de la guerre, et à y faire les réparations nécessaires et à le faire administrer de la manière la plus avantageuse pour le service de la République; 3° que le présent arrêté sera communiqué au ministre de la marine et à celui de l'intérieur, pour qu'ils le fassent mettre à exécution chacun en ce qui les concerne.

Source : Archives nationales, sous-série AF/II, 21/1.

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Affaire de M. de Roffignac et de M. de Montalembert

Un impertinent écrivit à la porte du maréchal de Tonnerre, qui était le chef du tribunal des maréchaux de France : Séjour de l'éternelle paix ! Mais, comme pour infliger un démenti à cette plaisanterie, il se tint tribunal ce jour-là même, mardi 4 avril 1775, où l'on condamna à un an et un jour de prison M. de Roffignac. Voici le fait : le dimanche 2 avril, M. de Roffignac, se trouvant chez M. du Muy, y vit M. de Montalembert avec lequel, depuis plus de vingt ans, il avait des discussions d'intérêt, et qui effectivement passait pour avoir abusé, contre ces gens-là, et de son crédit et de ses intrigues. Il y avait environ huit ans que M. de Roffignac avait osé réellement l'insulter par écrit, et lui avait proposé de se battre. Montalembert avait porté cet écrit au tribunal, et l'avait fait condamner à vingt ans de prison; elle ne dura que sept ans et fut adoucie. Pendant ce temps-là, M. de Montalembert imprimait qu'il lui demandait, le pistolet sur la gorge, ce qui ne lui était pas dû. Cependant, par arrêt rendu postérieurement, M. de Montalembert avait été condamné à lui payer 22,000 livres; mais on avait retranché les intérêts, et Montalembert, depuis cette époque, avait profité de son crédit auprès de M. d'Aiguillon pour se faire payer 1,800,000 livres par le Roi, et avait bénéficié de ce qui eût dû appartenir aux créanciers : en général, cet homme avait très mauvaise réputation; il s'était réhabilité par le moyen de sa femme, et en donnant chez lui de très jolies comédies où toute la Cour allait. Le comte de Roffignac, toujours enragé contre lui, le rencontre donc chez le ministre; on parle de la singularité du temps : « Ce que je trouve ici de plus singulier, dit-il, c'est de voir chez un ministre de la guerre de mauvais militaires, et chez un maréchal de France des j... f.... » Montalembert l'entend, prend à témoin ceux qui étaient avec lui, et demande qui il a voulu désigner. M. de Roffignac lui répond : « Mettez la main sur votre conscience et jugez-vous. » Montalembert descend; Roffignac le suit et lui dit : « Je vais dans tel endroit au juste; j'y resterai jusqu'à huit heures du soir. » Montalembert court trouver Commarieu, qui sur-le-champ se rend chez les maréchaux de France, lui fait donner des gardes ainsi qu'au jeune Roffignac, et les fait ajourner au tribunal. Le duc de Chartres et le prince de Condé sollicitèrent tous les maréchaux de France en faveur de M. de Roffignac. Le duc de Chartres alla au tribunal, les fit tous sortir, et leur adressa les plus fortes recommandations. Les parties furent entendues; le tribunal, plein de mépris pour le Montalembert, ne put se dispenser de condamner M. de Roffignac. Le corps des chevau-légers, dont M. d'Aiguillon était lieutenant, exigea que M. de Montalembert donnât sa démission; on prétendit que M. de la Roche du Maine ayant été député pour la lui demander, il avait déclaré qu'il ne la donnerait qu'après s'être battu contre tous les officiers. M. de la Roche du Maine s'offrit pour commencer, mais l'autre répondit qu'il voulait suivre l'ordre du tableau. Mme de Châlon, avec laquelle je dînais le lendemain chez Mme d'Andlau, me dit : « M. d'Aiguillon fait une grande infamie : il abandonne son ami, M. de Montalembert. » Je lui répondis : « Madame, il est de votre rôle de tenir ce langage; aussi diriez-vous , si M. d'Aiguillon prenait le parti de M. de Montalembert : « M. d'Aiguillon fait une grande infamie. » (Jacob-Nicolas Moreau [1717-1803], historien)

Le 9 Avril 1775. Les nouveaux Maréchaux de France ont pris séance le 4 au tribunal, ou a été jugée l'affaire d’honneur élevée entre Mr. le Marquis de Montalembert, Sous-Lieutenant des Chevaux légers & Mr. de Roffignac, Capitaine de Cavalerie. Celui-ci avoit, il y a plusieurs années, écrit une lettre au premier en forme de cartel, à raison de procédés de sa part dont il n'avoit pas été content, relatifs à une discussion d'intérêt : son adversaire s'en étant prévalu contre lui, l'accusé avoit été condamné à six ans de prison. Sorti depuis peu, il a trouvé Mr. de Montalembert chez le Ministre de la guerre, & ne respirant que la vengeance, il l'a apostrophé de la façon la plus injurieuse & la plus méprisante. Il a été de nouveau condamné un an & un jour de prison. Le 10 Avril 1775. Mr. le Duc de Chartres s'est fortement intéressé auprès du tribunal pour M. de Roffignac, qui d'ailleurs s'est conduit avec beaucoup de fermeté. Son adversaire a été obligé de donner la démission de son emploi dans les Chevaux-légers. Il étoit fort connu pour des comédies qu'il donnoit chez lui, où sa femme jouoit, & si renommées que les gens de la cour les plus distingués vouloient y assister. On se doute bien qu'un pareil événement a fait fermer le théâtre. Par une cruelle plaisanterie on a mis sur la porte du maître, relâche, allusion à la double circonstance. (Barthélémy Mouffle d'Angerville [1728-1795], littérateur)

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30 mars 2021

Le moulin de Valette

Le 11 mars 1594, quittance par François de Nesmond, écuyer, sieur de La Tranchade, comme ayant droit de Martial Dumas, écuyer, sieur de Ligné, héritier de feu messire Martial Hélie de Coulonges, en son vivant prieur de Bussière-Badil, d'une part ; à Thomas de Richebeuf, comme héritier de Jean de Richebeuf, son père, d'arrérages de rente dus par ce dernier, à cause du moulin de Valette, en ladite paroisse de Bussière-Badil.

AD Charente E 1515.

Le douze septembre 1748, dans l'église de Bussière-Badil, a été baptisée par moy soussigné Charlotte Doumain, fille de Jean Doumain, meunier, et Françoise Linlaud, sa femme, née le même jour au moulin de Valette ; a été parrain Elie Doumain, et marraine Charlotte Doumain, qui n'ont signé pour ne savoir. Signé Verneuil, curé de Bussière-Badil.

AD Dordogne 5 E 70/2.

moulin_de_valette 

De 1689 à 1849, les Doumain, une famille de meuniers, habitent le moulin de Valette sur la Tardoire. C'est aujourd'hui une propriété privée, ne visite pas.

Source : Généalogie Charente Périgord.

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Tours du XIIe siècle dans la région nontronnaise

En 1199, Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre et duc d'Aquitaine, en guerre contre le roi de France, Philippe Auguste, venait de conclure avec lui une trêve. Libre de disposer de son armée, il résolut de l'employer à châtier un vassal rebelle, le vicomte de Limoges, qui, dans la récente guerre, avait pris le parti de son adversaire. Il dirigea donc ses troupes contre plusieurs des forteresses que celui-ci possédait en Périgord et en Limousin, sur les frontières de sa vicomté. « Malte ville obsesse scilicet », disent les chroniques de Saint-Martial de Limoges.

« Nuntrum, Noalas, Chaluz-Chabrol, Autafort... Poï-Agut... », et ailleurs : « Ipse (Richard) intérim dum œgrotaret (il venait d'être blessé devant Chalus) prœceperat suis ut obsiderent caslellum vicecomitis quod appellat.ur Nuntrum, et quoddam aliud inunicipium quod appellatur Montagut (Piégut), quod effecerunt, sed morte régis audita, confuse recesserunt. »

Ce sont les constructions militaires de la région comprise entre Nontron et Chalus, qui sut résister aux attaques des routiers du souverain anglais, que nous examinerons dans cette étude, en laissant entièrement de côté celles d'une époque postérieure.

Nontron. — Par suite d'un regrettable état de choses, la ville de Nontron (Dordogne), point stratégique le plus important de la région, ne présente plus d'intérêt pour l'étude de l'architecture militaire. En effet, ses fortifications, pourtant très importantes, sont ou disparues ou complètement défigurées; sur le terre-plein triangulaire dominant le Bandiat où s'élevait la forteresse, on voit à présent une esplanade plantée d'arbres et une maison d'école. Quant à l'enceinte des fortifications, elle est difficile à suivre au milieu des transformations et des appropriations qu'une municipalité sans respect des souvenirs du passé y a apportées.

Par bonheur, M. le baron Jules de Verneilh nous a laissé un dessin et une description qui nous permettent d'affirmer que le donjon de la forteresse contre laquelle vint se briser l'effort des troupes anglaises était du même type que ceux dont il va être question plus loin. Comme l'a très bien fait observer M. le marquis de Fayolle, ce donjon était circulaire, de 9m50 de diamètre, et son entrée se trouvait à 6 mètres au-dessus du sol. Il paraît donc pouvoir, en raison de ces caractères, être rapproché de ceux du Bourdeix, de Piégut et de Châlus, que nous allons passer successivement en revue.

Mais nous signalerons auparavant une construction peu commune, particulièrement à l'époque qui nous occupe.

Nous voulons parler d'une tour à signaux qui était en quelque sorte un poste de grand'garde en avant du fort de Nontron.

Tour de la Jarrige. — Dans la commune de Saint-Martialde-Valette (Dordogne), à trois kilomètres au sud-ouest de Nontron, au sommet d'une colline qui domine presque tout le pays, est placé, en vedette, un monument connu sous le nom de Tour de la Jarrige, ou de la Jar risse et, dans le langage populaire, de Tour des Anglais. C'est, en effet, une tour carrée de 3m30 de coté à l'extérieur et pouvant mesurer de 7 à 8 mètres de hauteur dans son état actuel. Construite en pierre calcaire de la région bien appareillée, elle ne présente que quatre ouvertures : la porte et trois petites fenêtres. L'entrée, haute de 1m65. large de 0m67, est à 1m50 environ au-dessus du sol actuel; on ne peut y parvenir que par escalade, et, pratiquement, une échelle devait être nécessaire pour pénétrer à l'intérieur; elle est en plein cintre et se fermait à l'aide d'un madrier glissant dans un trou profond ménagé dans la muraille de gauche. Sur une longueur de 1m05, le couloir qui y aboutit est voûté en dalles plates juxtaposées sans maçonnerie, comme à Piégut, au Bourdeix et à Chalus-Chabrol. Au bout du couloir, six marches de 0m18 de hauteur conduisent cà une petite fenêtre dont l'archivolte cintrée est taillée dans une seule pierre, détails qui se retrouvent encore aux donjons déjà cités. Après la sixième marche, l'escalier tourne à angle droit; à partir de ce point il n'en subsiste que trois marches. Il n'y a pas d'autre vide entre les murailles que celui qui est nécessaire à leur emplacement. Au sommet de la tour, deux très petites baies, l'une carrée, au sud, l'autre arrondie au nord, sont appareillées en pierre calcaire différente du reste de la construction; le chanfrein qui les orne atteste qu'elles ont été ouvertes au XVe siècle : elles sont d'ailleurs visiblement relancées après coup, et leur dimension n'excède pas celle qui est nécessaire au passage d'un pigeon. On ne voit à l'extérieur de la tour, qui n'a pas de couverture, aucune trace de solin ni d'arrachement : elle a donc toujours été isolée; mais au-devant de la porte s'étend une fosse sèche, aujourd'hui remplie d'épaisses broussailles qui mesure vingt mètres environ de longueur, sur deux mètres de largeur, et près de trois mètres de profondeur; ses côtés nous ont paru maçonnés, au moins en pierres sèches.

Il ne nous semble pas douteux que nous ne nous trouvions en présence d'une de ces tours pour signaux à feu, si fréquentes- dans les vallées pyrénéennes; ses caractères architectoniques, identiques, sauf la nature des matériaux, à ceux des donjons de Piégut, du Bourdeix et de Clialux, nous permettent de la croire de même époque; son nom même, Tour des Anglais, tradition populaire survivante, n'en est-il pas, en quelque sorte, une confirmation ?

Un monument de ce type, mais d'époque postérieure, car nous ne croyons pas pouvoir le dater plus tôt que le XIVe siècle, subsiste eu Touraine, dominant les bords de la Loire : c'est la Lanterne de Hochecorbon, près de Vouvray. Elle est parfaitement conservée; son escalier, au lieu d'être à angles droits, est hélicoïdal; sa porte est en anse de panier; son sommet est couronné par des mâchicoulis; elle était, en outre, placée tout en haut d'une épaisse muraille qui formait l'enceinte d'un important château, et on y pénétrait par le chemin de ronde. Mais l'aspect général est le même : â deux cents ans de distance, le principe reste identique. Poste avancé à une lieue de Nontron, la tour de la Jarrige pouvait contenir un homme, deux au plus, guetteurs vigilants, qui, par des feux allumés sur sa plate-forme, avertissaient la forteresse, dont ils étaient les guetteurs, des dangers qu'elle pouvait courir.

Le Bourdeix.— Le donjon du Bourdeix (Dordogne), dont il subsiste, sans cloute, un peu moins de la moitié, est dans une situation infiniment moins forte que la plupart de ses congénères : il est, en effet, planté à l'extrémité d'un plateau se terminant par une pente que l'on peut supposer avoir été plus abrupte, mais qui ne le défendait que d'un seul côté.

Son diamètre extérieur est de 9m10, l'épaisseur de ses murs de 2m 75. ce qui laisse un vide circulaire de 3m60 de diamètre. La porte est. placée à 6 mètres du sol : on ne pouvait y parvenir qu'avec une échelle. La hauteur de ce qui reste est de 14 mètres et l'on peut admettre que cette tour, construite en granit soigneusement appareillé, atteignait 25 mètres environ. La porte, maintenue primitivement par une barre de bois glissant dans un trou réservé dans l'épaisseur de la construction, a 2m40 de haut sur 0m90 de large. Comme à Piégut, on trouve un conduit d'écoulement traversant la muraille de part en part, sous le sol de la porte. L'entrée est recouverte de dalles plates de granit, simplement juxtaposées, suivant la disposition adoptée à Piégut et à La Jarrige. L'étage inférieur, qui a 6m50 de hauteur sur un diamètre de 3m20, est, ainsi que tous les magasins du même genre, entièrement aveugle; il est voûté par une coupole reposant sur un boudin, et on y pénètre par un oculus de 0m60 de diamètre, encerclé degrosses pierres taillées; une feuillure indique qu'il s'obturait à l'aide d'un couvercle.

La partie supérieure, de 5 à 6 mètres de haut, n'a plus aucune espèce de couverture. On y remarque, à 4m20, un retrait régulier sur tout le pourtour qui semble indiquer le départ d'un second otage, sans doute en poutrage. Une seule fenêtre subsiste; son ébrasement est coudé de façon à mettre le défenseur complètement à l'abri des traits des assaillants; enfin, une petite armoire est ménagée dans l'épaisseur de la construction.

Le Brieudet. — A égale distance entre Nontron, le Bourdeix et Piégut s'élève une motte considérable par les dimensions de sa base aussi bien que par sa hauteur : c'est le Brieudet, commune de Saint-Estèphe (Dordogne).

Au sommet ne se voient plus, hélas ! que des ruines indéterminables, pierres sortant à peine de terre, qui ont pu aussi bien appartenir à un moulin à vent qu'à un donjon militaire. Cependant, au plus loin qu'on remonte dans les annales nontronnaises, le Brieudet paraît comme un lieu fortifié des plus importants. Il a souvent appartenu aux mêmes seigneurs que le Bourdeix et Piégut et se trouvait dans la mouvance de ce dernier. Il est mentionné dès la première moitié du XIIIe siècle comme château-fort et M. de Laugardière le suppose construit au XIIe siècle par la famille de Magnac. Nous serions très disposés à voir, dans cette motte, la base d'une tour analogue à celles du Bourdeix et surtout de Piégut, en raison de la similitude de sa situation stratégique. Ce donjon est d'ailleurs mentionné dans une donation, faite en 1421, de la châtellenie de Piégut, par le vicomte de Limoges à Antoine de la Goublaye : « Item est aussy vraye que le repaire de Brieudé est assis en la paroisse de Sainct-Estienne dict le Dros (aujourd'hui Saint-Estèphe), qui est dans les dittes fins et limites (de la châtellenie de Piégut) et a esté baillé par Monseigneur (le vicomte de Limoges), sauf et réservé à mon dict seigneur le donjon contre les tenanciers dudict Brieudé refusant le guet et payer droit de chemin. »

Piégut. — Il y a peu d'années encore, le haut du donjon de Piégut émergeait seul sur un mamelon couvert d'arbres, situé à l'ouest du bourg de Piégut-Pluviers (Dordogne). Grâce aux travaux qu'y a fait exécuter sous notre direction M. le marquis de Malet, membre de la Société française d'Archéologie et de la Société historique et archéologique du Périgord, propriétaire du lieu, l'aspect a totalement changé. La haute tour élancée se détache à présent au milieu des ruines importantes de constructions postérieures, la plupart des XVe et XVIe siècles, et dont à peine quelques pans de murs étaient précédemment visibles. On se rend mieux compte, à présent, de la force surprenante qu'un poste ainsi situé pouvait acquérir, étant donnée l'indigence des moyens d'attaque. Nous l'étudierons très en détail, car, l'ayant déblayé et envisagé sous tous ses aspects depuis quinze ans, nous le connaissons plus à fond que les autres monuments semblables de la région. D'ailleurs, il est, avec Châlus-Chabrol, le mieux conservé : il peut donc servir de type et permettre de compléter ceux qui le sont moins, mais qui présentent les mêmes particularités de construction.

Au sommet d'une motte naturelle fort élevée et abrupte par elle-même, composée d'un amas de ces énormes blocs de granit qui sont parsemés sur tout le sol des collines nontronnaises, les constructeurs du XIIe siècle avaient choisi un emplacement éminemment défendable. Une pointe de terre triangulaire, de petite étendue, aux pentes non moins abruptes que celles du mamelon, était bordée d'un côté, à l'ouest, par un étang, puis, au sud et à l'est, par un ancien marécage, aujourd'hui converti en prairies et en jardins arrosés par une source. Le seul point vulnérable était le côté nord, où le château tient à présent au village; une large et profonde coupure, faite de main d'homme, le mettait à l'abri des attaques.

Dans l'état actuel, une épaisse ceinture de murailles, flanquée de demi-tours, encercle la forteresse; mais ce sont des constructions du XVe siècle, élevées en même temps que la plupart des bâtiments d'habitation qui englobaient le donjon. La dureté et la couleur du granit, toujours semblable à lui-même, la similitude des mortiers, d'ailleurs détruits la plupart du temps, l'absence totale de moulures rendent excessivement difficile à dater de simples murs, vu la pénurie de tous documents. L'appareil, partout du même genre, n'est pas un point de repère dans cette obscure chronologie. Des constructions, que nous appellerons parasites, c'est-à-dire postérieures au XIIe siècle, nous ne dirons rien aujourd'hui, car elles sortent de notre cadre; mais nous nous appliquerons à étudier le donjon dans les plus minutieux détails.

La tour a une hauteur totale de 23m10 et un diamètre de 7 mètres. De son sommet on découvre tout le pays à une très grande distance; on voit même, dit-on, par temps clair, la cathédrale d'Angoulême. En tout cas, on devait apercevoir le haut du donjon de Nontron, sans doute aussi ceux du Brieudet, du Bourdeix et, au nord, celui de Champniers. Du sol, grossièrement dallé, au-dessus des consoles de mâchicoulis, on compte 19 m 20; de ce point au sommet de la coupole, 3m90. La tour, sans être complètement cylindrique, a peu de fruit à sa base. L'entrée se trouve à 4m40 au-dessus du sol; on ne peut y parvenir qu'à l'aide d'une échelle. La porte, en plein cintre, a 2m50 de hauteur sur 0m70 de large dans le bas, et 0m85 dans le haut; l'entrée traverse donc le mur, épais de 2 mètres, et aboutit dans une pièce circulaire. Ce passage est couvert en dalles plates de granit, grossièrement assemblées; elles sont caractéristiques des constructions militaires de cette époque et de cette région. Un trou profond, dans lequel glissait la barre de bois qui servait à assujettir la porte, se voit à gauche. Enfin, une sorte de caniveau d'écoulement, très étroit, s'aperçoit sous le sol du passage de la porte, avec une pente de dedans en dehors. La première pièce dans laquelle on entre est ronde, de 3m25 de diamètre, et de 3m95 de hauteur jusqu'à la naissance de la coupole sphérique qui la termine et de 5 m 45 jusqu'au sommet. Cette coupole repose sur un boudin en granit très soigneusement taillé. La salle est éclairée par une fenêtre, étroite à l'extérieur, dont l'archivolte est taillée dans une seule pierre; à l'intérieur, au contraire, l'ébrasement est relativement large, en pente ascendante vers le jour et garnie de gradins.

Au centre du sol du premier étage est un trou rond de 0m66 de diamètre qui permet, à l'aide d'une échelle ou d'une corde, de pénétrer dans le rez-de-chaussée. Cette seconde pièce est également cylindrique, de 2m90 de diamètre, voûtée en coupole, de 1m70 de hauteur jusqu'au boudin qui supporte cette coupole et d'une hauteur totale de 3m70; elle est complètement obscure; seul, un trou percé à travers la muraille, vers le sommet, donne quelque aération. C'était le magasin où s'entassaient les réserves en eau et en vivres. L'ouverture circulaire qui lui donne accès est formée de gros claveaux de 0m35 d'épaisseur : une feuillure permettait de la clore à l'aide d'un couvercle.

Si maintenant nous voulons passer aux étages supérieurs, il faut appliquer une échelle contre la muraille et gagner une porte percée dans la coupole, de manière à dominer, un peu en côté, la baie d'entrée. Cette porte n'a que 0m60 de large; elle s'ouvre sur un court escalier qui grimpant contre le rein de la coupole, parvient au second étage, où il devait déboucher par une sorte de trappe. Celle-ci soulevée, on se trouvait dans une nouvelle salle circulaire et non voûtée, éclairée par une fenêtre semblable à celle du premier étage; le plafond a disparu, sans doute depuis longtemps, mais les trous laissés dans le mur par les solives sont encore parfaitement visibles.

Le troisième étage est éclairé par deux assez larges baies, dont l'une, au moins, a été modifiée, sinon ouverte, au XVe siècle; il est voûté par une coupole polygonale en partie effondrée. On ne pouvait y parvenir également que par une échelle et en passant par une trappe au travers du plafond du second étage et du plancher du troisième. C'est au sommet de ce dernier étage que se trouvent encastrés les corbeaux des mâchicoulis dont les trois pierres soigneusement taillées, superposées et arrondies en quartde-cercle à leur extrémité, ont longtemps intrigué les archéologues locaux. Nous avons même vu, il y a quelques années, les pierres encore en place d'un des mâchicoulis que la chute de la foudre a fait, depuis, effondrer. M. le marquis de Fayolle, dans une séance de la Société historique et archéologique du Périgord, s'exprimait ainsi à leur sujet en 1894: « Tout porte à croire que le donjon de Piégut est du XIIe siècle, et cependant les mâchicoulis n'ont remplacé les hourds en bois que vers la fin du XIIIe siècle; il s'ensuit que le donjon devrait être rajeuni ou que les mâchicoulis de Piégut seraient antérieurs à ceux de Coucy, dont les consoles, seules, étaient en pierre ». Mais, avec sa perspicacité habituelle, il ajoute : « Un examen attentif permet de constater une différence sensible entre l'appareil de la partie supérieure de la tour et celui de la construction. Dans le haut, des moellons de faible dimension remplacent les gros blocs de granit employés partout ailleurs, et cette reprise existe au-dessous des mâchicoulis, sur le pourtour entier. La coupole supérieure, qui est percée d'une ouverture par laquelle on pénétrait sur le chemin de ronde, paraît également postérieure au reste. »

Nous avions pensé, d'après certains auteurs, que le donjon de Piégut ayant été pris par les troupes de Richard, et le haut de la tour démoli, les mâchicoulis avaient pu être ajoutés lors d'une restauration consécutive, ce qui les aurait encore classés parmi les plus anciens monuments de ce genre. Mais un examen plus attentif des textes nous a permis, à M. de Fayolle et à nous-même, d'établir que le donjon de Piégut n'avait pas été pris par les Anglais, qui, au contraire, en avaient levé le siège en apprenant la mort de leur roi devant Châlus. Nous serions très portés à croire qu'il n'y a pas lieu de vieillir beaucoup ces mâchicoulis et que, au XVe siècle ou à la fin du XIVe siècle, époque où Piégut cessa d'être un poste fortifié pour devenir un véritable château habitable, époque où s'élevèrent la plupart des constructions qui enveloppèrent le donjon, les seigneurs d'alors, La Goublaye ou Pompadour, surélevèrent la tour et la couronnèrent de mâchicoulis, d'après la coutume généralement suivie, surtout dans cette région : l'étage supérieur tout entier, avec ses grandes fenêtres, sa coupole si dissemblable des autres, son appareil réduit et ses mâchicoulis, ne serait donc pas très antérieur au XVe siècle.

Nous n'entrerons pas ici dans le détail des constructions postérieures au XIIe siècle, qui ne font pas partie de notre sujet, ni sur les fouilles que nous avons dirigées.

Champniers . — Tout contre le chevet de l'église de Champniers (Dordogne) se voit une habitation qui, à première vue, ne semble guère plus importante que ses voisines. Pour des raisons particulières, nous n'avons jamais pu, jusqu'à présent, y pénétrer, et nous avons dù nous contenter de la considérer de loin. Cependant, elle se distingue des autres par la présence d'une tour carrée de petites dimensions, mais dont les ouvertures ont le plus grand rapport avec celles des donjons dont nous avons entrepris l'étude : fenêtres étroites arrondies par le sommet; porte assez élevée au-dessus du sol, construction en moellons de oranit comme tous les édifices de la région. M. le baron Jules de Verneilh qui, plus heureux que nous, put le visiter, considérait cet édifice comme étant un donjon du XIIe siècle découronné. C'était, sans doute, un de ces nombreux petits postes militaires qui jalonnaient les marches de la vicomté de Limoges sur les confins du Périgord, et qui, avec d autres peut-être, aujourd'hui disparus, constituaient une ceinture fortifiée aux limites des deux pays. Bien que ce petit donjon n'affectât pas la forme ronde, nous avons pensé qu'il était utile de le signaler, regrettant de ne pouvoir en donner une description plus complète.

Montbrun. — Situé à peu près à moitié chemin entre Piégut et Châlus, le château de Montbrun, commune de Dournazac (Haute-Vienne), offre, au milieu de constructions plus anciennes et plus récentes, un donjon carré du XIIe siècle rappelant un peu les donjons normands; ses angles sont fortifiés par des contreforts plats, réunis au sommet par une double arcature. Des corbeaux d'un puissant relief supportent des mâchicoulis que leurs arcs en plein cintre permettent de reporter à une date voisine de sa construction. Il présenterait donc un des plus anciens exemples de mâchicoulis en pierres.

Il ne paraît pas avoir été voûté et l'un de ses étages est éclairé par une belle fenêtre géminée. Il n'est pas mentionné parmi les châteaux assiégés par Richard Cœur de Lion, sans doute, parce qu'il ne faisait pas partie de la vicomté de Limoges. Pourtant, un Brun (de Montbrun) était parmi les défenseurs de Châlus, lors du siège célèbre où le roi d'Angleterre perdit la vie.

Bien que, par sa forme, il ne rentre pas dans notre cadre, en raison de sa date, de son importance et de sa situation géographique, nous avons estimé qu'il y avait lieu de ne point le négliger entièrement.

Châlus-Chabrol. — Les Chroniques nous font connaître que Richard, roi d'Angleterre, fut blessé devant Châlus le 26 mars 1199 et qu'il mourut le 6 avril suivant, ce qui fit lever les sièges de cette dernière forteresse, ainsi que ceux de Nontron et de Piégut.

Châlus, chef-lieu de canton du département de la HauteVienne, possède deux donjons cylindriques, en apparence de la même époque, mais qui, à l'examen, révèlent des caractères architectoniques assez différents pour dénoter deux périodes distinctes. L'un est situé sur la hauteur, comme tous ceux que nous avons étudiés jusqu'à présent. L'autre, au contraire, est dans le fond de la vallée de la Tardoire. Le premier, certainement le plus ancien, a 9m50 de diamètre et 25 mètres de hauteur. « L'entrée en est fort élevée au-dessus du sol, écrit M. le marquis de Fayolle; l'intérieur se compose d'un rez-de-chaussée et de trois étages voûtés en coupoles et indépendants les uns des autres. La communication entre le premier et le second étage se fait comme à Piégut, avec la différence que l'ouverture pratiquée dans le mur, à laquelle il faut parvenir avec une échelle, ne forme pas assommoir sur la porte d'entrée et se trouve à mi-hauteur entre le dallage et la voûte. Un escalier établi dans l'intérieur de la muraille conduit de cette ouverture au second étage. La défense de la porte d'entrée, intérieure à Piégut, est extérieure à Châlus; une fenêtre, semblable à la porte, s'ouvre au second étage, exactement audessus d'elle et permet d'écraser les assaillants qui auraient cherché à la forcer. La similitude du donjon de Châlus, ajoute M. de Fayolle, avec ceux de Piégut, du Bourdeix et de Nontron sans doute, puisqu'il avait les mêmes dimensions, est complète, et on ne saurait douter qu'ils appartiennent au XIIe siècle. »

Notons, en outre, que le donjon de Châlus-Chabrol est construit, comme celui de Piégut, en moellons de granit assez grossièrement travaillés, dont les vides sont comblés avec des pierres plus petites. Les piédroits de la porte et de la fenêtre sont seuls en pierres de taille. Les claveaux de la porte forment un arc brisé et sont d'une certaine épaisseur tandis que ceux de la grande fenêtre qui la surplombe sont beaucoup plus minces et rappellent ceux d'Allassac, dont nous parlerons plus loin. Une autre grande fenêtre est percée à la même hauteur; son linteau, géminé, est surmonté d'une pierre en demi-cercle destinée à remplir le vide produit sous un arc de décharge composé de minces claveaux de schiste, qui le surmonte. Enfin, de très étroites et courtes meurtrières s'aperçoivent de loin en loin, traversant la maçonnerie. Le haut de la tour laisse voir quelques corbeaux de mâchicoulis et la coupole supérieure à demi démolie, avec son intéressant appareil de petites pierres concentriques.

Nous ne quitterons pas le donjon de Châlus-Chabrol sans mentionner les ruines de l'élégante petite église du XIIe siècle qui s'élèvent non loin de la tour; les chapiteaux, élégamment fouillés, donnent une haute idée de l'élégance de ce monument, qui devait servir de chapelle au château haut.

Quant au donjon du bas. dit Châlus-Maulmont, dont les caractères sont beaucoup plus avancés, M. de Fayolle, à la suite de M. Félix de Yerneilh, n'hésite pas à l'attribuer au XIIIe siècle, et nous partageons pleinement cet avis. Il n'est déjà plus isolé, et un bâtiment faisant corps avec lui est éclairé par une grande baie géminée surmontée d'un oculus. L'appareil est beaucoup plus soigné; le donjon luimême a des ouvertures sensiblement plus grandes qu'elles ne devaient l'être au XIIe siècle. Les différents étages sont reliés entre eux par un escalier ménagé à l'intérieur de la muraille. Les salles, au lieu d'être circulaires, sont octogonales, et, s'il est vrai que la porte d'entrée soit encore au premier étage, le rez-de-chaussée en possède également une au ras du sol; on peut donc y pénétrer normalement au lieu d'y entrer par la voûte. Tout dénote une construction postérieure à celle du donjon du haut, ce qui a permis à M. de Fayolle d'établir d'une façon irréfutable que Richard Cœur de Lion fut tué devant cette dernière tour, contrairement à l'opinion générale.

Allassac. — M. le marquis de Fayolle a bien voulu nous signaler, à Allassac (Corrèze), une tour qui présenterait, avec celles de Piégut et de Châlus-Chabrol, de notables points de ressemblance. Elle est construite en schiste, sur un plan circulaire, couronnée de mâchicoulis, et semble avoir été toujours isolée. On aperçoit dans le haut une ouverture assez grande qui présente cette particularité que ses piédroits sont formés de pierres de taille assez grosses, probablement en granit, tandis que le cintre de l'arc se compose de minces pierres schisteuses, détail qui se retrouve à la grande fenêtre de Châlus-Chabrol, surplombant la porte. Immédiatement au-dessus, on voit une ceinture de trous carrés évidemment destinés à recevoir les pièces de bois d'un solivage... ou d'un hourdage.

Nous venons de passer en revue un certain nombre de tours présentant un grand nombre de caractères communs : situation isolée; forme cylindrique; porte en plein cintre percée très haut (de 4 à 6 mètres); fermeture à l'aide d'un madrier rentrant dans l'épaisseur de la muraille et servant à consolider le battant; entrée recouverte de dalles juxtaposées; étage inférieur aveugle, servant de magasin, voûté par une coupole qui repose sur un boudin et qui est percée au centre d'un œil d'environ 0m60 d'ouverture; autres étages fréquemment voûtés en coupoles, indépendants les uns des autres, non reliés par des escaliers, et dont la communication ne pouvait être assurée qu'à l'aide d'échelles. Or, nous savons que plusieurs d'entre eux ont été assiégés en 1199; ils existaient donc auparavant, c'est-à-dire dans la seconde moitié du XIIe siècle. La communauté des caractères architectoniques permet de dater également ceux qui ne sont pas mentionnés comme ayant subi un siège, ce qui est un point intéressant.

La situation isolée de toutes ces tours, leurs faibles dimensions qui ne permettaient pas une garnison bien considérable, car on sait que trente-huit personnes, hommes et femmes, étaient enfermées dans le donjon de Châlus lors du siège, leur assez longue résistance, néanmoins, nous a fait penser qu'elles pouvaient être protégées par des ouvrages en bois, estacades de madriers et haies de branchages entrelacés (plessis), excellents pour protéger des armes de jet, tant que les assaillants étaient tenus à distance, mais complètement insuffisants, car ils étaient faciles à incendier, dès que l'ennemi avait réussi l'escalade. Dès lors, les défenseurs n'avaient qu'à se retirer dans le donjon où ils pouvaient tenir aussi longtemps qu'ils avaient des vivres et de l'eau; par la dureté du granit ou du schiste qui avait servi à sa construction, il défiait la sape et l'incendie; l'escalade était rendue fort périlleuse en raison de l'élévation de l'entrée, qu'un seul homme pouvait défendre à lui seul; la faible portée des armes de jet et l'étroitesse des meurtrières mettaient les assiégés complètement à l'abri des coups des assaillants. Pour peu qu'à ces défenses s'ajoutassent des difficultés naturelles, telles que marais, rivière, motte artificielle ou naturelle, le donjon du XIIe siècle, dans la région nontronnaise, devenait virtuellement inexpugnable et sa garnison ne pouvait être réduite que par la famine.

Il nous a paru intéressant de faire connaître ces monuments d'une époque où la France d'aujourd'hui commençait à peine à se former, dans une région bien délaissée jusqu'à présent des archéologues et qui mériterait pourtant d'être mieux étudiée.

Source : Tours du XIIe siècle dans la région nontronnaise, de Charles de Beaumont.

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Séjour au château de Puycharnaud

Mardi 11 juin 1782.

Je n'ai fait que dîner à Nontron, car depuis trois ou quatre mois ma sœur a a abandonné ce séjour et après avoir vu MM. Mazerat, je suis parti pour la Maisonneuve. C'est toujours le même pays boisé; toujours un sol de schistes argileux, et surtout de granites, depuis le village de Saint-Martial, qui est à un mille au delà de Nontron.

Du 11 jusqu'au 26.

Je n'ai passé ces quinze jours d'une manière fort agréable au château de Puycharnaud, autrement dit la Maisonneuve, [du nom] du village qui est au pied du coteau médiocrement élevé sur lequel le château est bâti. M. le comte et Mme la comtesse de la Ramiere m'ont divinement bien reçu, et m'ont témoigné avec tant de franchise et de vivacité soutenues le plaisir que je leur faisais, que je m'y suis arrêté plus que je ne le croyais. Avec eux étaient, et sont encore a demeure pour quetques jours Mme de Verneuil, cousine germaine de Mme de la Ramière, dont le nom de famille est Vanosque, d'une famille noble du Vivarais; M. le chevalier du Doucet, neveu de M. de la Ramière, et chevalier de Malte; Mme de Roncessy, qui fait son séjour habituel dans sa terre de Chasseneuil, à sept lieues de la Maisonneuve, en Angoumois, sur la route d'Angoulême a Limoges. Le mari, M. de Roncessy, est venu passer trois ou quatre jours ici pendant cet intervalle. Notre principale occupation a été la lecture du Tasse en italien. Mme de la Ramière, et surtout Mme de Verneuil, y ont fait des progrès sensibles. Ces dames et M. de la Ramière me sollicitent fort de revenir cette automne les revoir. Je crains fort que ce voyage ne pourra avoir lieu par bien des raisons.

Jeudi 27 juin 1782.

Je suis parti du château de Puycharnaud à quatre heures et suis arrivé a Nontron à six heures, très affligé d'être obligé de quitter si bonne compagnie.

Source : Journal de tournée de François-de-Paule Latapie, inspecteur des manufactures de Guyenne.

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