23 juillet 2020

L'abbaye de Grosbot à la fin du XVIe siècle

Parmi les événements qui atteignirent la fortune de l'abbaye de Grosbot, il faut citer les longs et ruineux procès qu'elle dut soutenir contre les seigneurs de Marthon au sujet de leurs droits respectifs, particulièrement de 1540 à 1555, contre Hubert de La Rochefoucauld. Elle sortait à peine de cette épreuve lorsqu'elle fut envahie à son tour par les huguenots. Ceux-ci y furent moins violents qu'ailleurs et s'abstinrent de renverser le monastère, mais ils en enlevèrent tout ce qu'ils purent, jusqu'aux bois des charpentes, dont l'église elle-même était encore dépourvue en 1630. Avec leur appui, l'un d'eux, Vincent de Villars, de la maison de Minzac, s'y introduit violemment en 1568, en chasse les religieux et s'y établit en maître. Ayant pour complice une intrigante du nom de Marie Guichard, il s'approprie les revenus de la communauté, vend les terres, détourne les titres et, par ses effronteries, sème l'épouvante et le scandale dans toute la région. Les moines ne purent rentrer chez eux que douze ans après. L'abbé en était encore tenu éloigné en 1587 par les ruines et les troubles que l'intrus y entretenait.

Pierre d'Alloue, régulier, paraît du 18 août 1565 au 12 décembre 1576. L'intrus Vincent de Villars le tint longtemps éloigné de son abbaye.

Philippe de Nambu, nommé en 1577, ne peut pas prendre possession.

Jean Roy résigne au suivant en 1586.

Jean Bouthinot, régulier, confirmé par le Pape le 3 décembre 1586, installé par procureur le 27 avril 1587, réside à Alloue, ne pouvant se loger dans son abbaye. Le 10 juin 1589, il finit par affermer à Vincent de Villars une partie de ses revenus.

Puymousseau (paroisse de Minzac). Cette cénobie fut en même temps l'aumônerie ouverte par l'abbaye de Grosbot aux pauvres sans asile de la région et aux pèlerins. Elle fut entièrement ruinée par l'intrus Vincent de Villars et la femme Marie Guichard, qui ne laissèrent aux légitimes rnaîtres que quelques bàtiments et des terres sans valeur.

Source : Pouillé historique du diocèse d'Angoulême, de l'abbé Nanglard.

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21 juillet 2020

Le fief de La Couronne de Marthon

M. l'abbé Mondon continue la monographie de la baronnie de Marthon par une étude sur le fief de La Couronne de Marthon.

Ledit fief relevait du château de Marthon, au devoir d'une paire d'éperons dorés, appréciés vingt sols, à muance de seigneur et de vassal. Hubert de La Rochefoucault, seigneur de Marthon, de 1522 à 1566, donna permission aux seigneurs de La Couronne de surmonter leur logis de machicoulis, d'y pratiquer des canonnières et de bâtir un colombier, sans augmentation d'hommage. Durant longtemps, ce fief, agrandi peu à peu par les libéralités des seigneurs ou des varlets de Marthon, fut possédé par les moines de l'abbaye de La Couronne d'Angoulême.

Ceux-ci firent d'abord cultiver les terres par des frères résidant dans ce domaine, mais ils ne tardèrent pas à les donner en exploitation à des particuliers, à charge de payer certaines rentes annuelles, jusqu'à ce qu'enfin, le 8 mars 1449, ils donnèrent à Bertrand Farinard, varlet de Marthon et général de la ville et du château de Marthon, le logis de La Couronne avec dix journaux de terres, sous l'hommage lige, au devoir d'une obole d'or appréciée dix sols, payable à muance de seigneur et de vassal, et sous la redevance annuelle de dix sous de monnaie du cours.

Les Farinard étaient une de ces anciennes familles nobles qui peuplaient la ville de Marthon.

Ils possédaient déjà, outre des maisons à Marthon, le fief de La Farinarde, en la paroisse de Marthon. Le fief de La Couronne et celui de La Farinarde demeurèrent en leur possession jusqu'en 1564, où Louise Farinard les porta en dot à la maison de Vilhonneur, par son mariage avec Mathieu de Chambes, écuyer.

Les seigneurs successifs furent ensuite : Pierre de Chambes, écuyer, marié à demoiselle Françoise de Perry, veuve en premières noces de Robert Courandin, écuyer, seigneur de Villautrange ; François de Chambes, marié à Jeanne de La Doyerie, dont la fille Marie épousa Pierre Chaigneau, fils de Simon Chaigneau, régisseur de la baronnie de Marthon, et de Marie-Delbora de Haumont.

Pierre Chaigneau, seigneur de La Couronne, laissa un fils Charles, qualifié d'écuyer, mort sans enfants, et deux filles, Marie et Jeanne, mortes sans enfants également, et qui léguèrent leur fief à Antoine de La Roche-Aymond, seigneur de La Rouège, paroisse de Charsovines.

Pierre de La Roche-Aymond, fils d'Antoine, vendit La Couronne, en 1767, à François de Viaud, seigneur de La Charbonnière, paroisse de Chazelles, et à Jacques-Joseph de Viaud, curé de Sigognes, son frère.

(Journal La Charente, 17 août 1890)

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29 juin 2020

Deux volontaires à la bataille de Quiberon

Chapiteau (Salomon), volontaire dans Périgord, seigneur de La Jaumerie, né le 03/05/1741, à Mainzac (Charente) ; † 15 thermidor, Quiberon.

Baptisé le 15 mars 1741 dans l'église de Mainzac.
Fils de Pierre-Jean, seigneur de Rémondias, et dame Marie-Anne Hastelet.
Parrain : Salomon Hastelet, seigneur de Claix ; Marraine : dame Suzanne de Couhé.

De Chasteigner (Eutrope-Alexis), volontaire dans Loyal-Émigrant, brigadier des gardes-du-corps, né le 01/08/1738, au Lindois (Charente) ; † 15 thermidor, Quiberon.

Baptisé le 1er août 1738 dans l'église du Lindois.
Fils de Léonard, baron du Lindois, et dame Marie Viroulaud.
Parrain : Eutrope-Alexis de Chasteigner, marquis de Saint-Georges ; Marraine : dame Marie Viroulaud.

15 thermidor an III (2 août 1795).

Source : Les débris de Quiberon, d'Eugène de La Gournerie.

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Monographie des Chapiteau de Rémondias

Chapiteau de Rémondias (Angoumois)
Seigneurs de Rémondias, de Guissale, de L'Isle d'Espagnac, du Vignau, de La Jomerie, du Breuil de Fayard, des Planes, de Chevalerias et du Fauriat.

Armes : D'azur, à trois étoiles d'or en fasce, accompagnées de trois Chapiteaux de même, 2 et 1, le troisième en pointe, soutenu d'un croissant d'argent.

Cette ancienne famille originaire de l'Angoumois, où elle possède encore le fief de Rémondias, est mentionnée.dans les annales historiques de cette province à partir du XVIe siècle.

Elle établit sa généalogie ainsi qu'il suit, sur titres authentiques, existant dans les mains du chef actuel de la maison.

I. Pierre Chapiteau, seigneur de Rémondias, marié à Isabeau Lambert, fut échevin de l'hôtel de ville d'Angoulême, en l'année 1570. Elu maire la même année, à la place de Jean Géraud ; puis échevin en 1574, par acte du 2 septembre 1577, il partagea ses biens entre ses trois enfants :

1° Denis, qui suit ;

2° Antoine Chapiteau, écuyer, qui fut la tige de la branche de Guissale ;

3° Françoise. Chapiteau, morte sans postérité.

II. Denis Chapiteau, écuyer, seigneur de Rémondias et de l'Isle d'Espagnac, élu maire d'Angoulême en l'année 1586, Conseiller de 1589 à 1648, épousa en premières noces Marguerite de Lage (d'après Vigier de la Pile), sans postérité; en deuxièmes noces, par contrat du 6 juin 1599, demoiselle Favienne GUY, fille de Godefroy Guy, écuyer, seigneur de Faviers, et d'Antoinette Paulte, demeurant au fief noble du Vignau, paroisse de Champniers.

Par acte du 22 octobre 1594, passé à l'Isle d'Espagnac, Denis partagea des immeubles situés à Angoulême, avec son frère Antoine Chapiteau, écuyer, seigneur de Guissale; ce partage eut lieu après le décès de leur soeur Françoise Chapiteau, citée plus haut.

Par un autre acte du 28 octobre 1592, Denis Chapiteau, écuyer, seigneur de Rémondias, achète au sieur Jean Ravaillac et à Françoise Dubreuil sa femme (père et mère du trop célèbre Ravaillac), deux parcelles de terre, au lieu des Guillemots, paroisse de l'Isle d'Espagnac. (Archives de la Charente, minutes de Mousnier, notaire à Angoulême, Bulletin de la Société archéologique de la Charente, année 1882, page 34.)

Du second mariage sont nés :

1° Salomon, qui suit ;

2° Jeanne Chapiteau, mariée par contrat du 31 janvier 1620, passé au lieu noble de Rémondias, à Maurice Conquet, seigneur des Ménigaux et de Souffrignac,

III. Salomon Chapiteau, écuyer, seigneur de Rémondias, fut marié par contrat du 19 juin 1647, à Isabeau Chauvet, fille de Claude Chauvet, chevalier, seigneur de Frédaignes, Chassac, etc., et de dame Suzanne de Rouffignac, Salomon assista en personne à l'assemblée du ban et arrière-ban do la noblesse d'Angoumois, convoquée sur l'ordre du roi, les 1er et 2 septembre 1638, pour aller combattre en Champagne.

De son mariage vinrent :

1° Guy, qui suit ;

2° Demoiselle du Rocher Chapiteau de Rémondias, mariée par contrat du 13 juillet 1668, à Jean Lajamme, seigneur de Belleville, demeurant au bourg de Buissière, en Périgord, fils de Jean Lajamme, seigneur de la Gorce, et de dame Radégonde de Lagarde.

IV. Guy Chapiteau, écuyer, seigneur de Rémondias, a épousé, par contrat du 27 mai 1684, Charlotte Lurat, fille d'Arnaud Lurat, seigneur de Lajômerie. Ce contrat est signé par N. Chapiteau du Chillau, de la branche de Guissale.

Guy Chapiteau est dans la maintenue de noblesse établie sur l'ordre du roi par le chancelier d'Aguesseau en 1666-1667, pour la généralité de Limoges.

De son mariage sont nés :

1° Salomon, qui suit ;

2° Françoise Chapiteau de Rémondias, née le 24 septembre 1686 ;

3° Anne Chapiteau de Rémondias, née le 22 août 1688 ;

4° autre Françoise Chapiteau de Rémondias, née le 21 février 1693, novice au couvent des filles N.-D. de Saint-Junien ;

5° Charlotte Chapiteau de Rémondias, née le 1er décembre 1691, mariée à Aimeric Hastelet, escuyer, seigneur de. Puygombert, Ville de Bost, Jômelière, Chais, Beaulieu et Lombardières, habitant la paroisse de Javerliac, veuf de Marguerite de Borie. On lit dans les registres de Javerliac : « que Charlotte mourut âgée de 43 ans, le 17 avril 1738, également regrettée non seulement dans sa famille et dans sa paroisse, mais même dans tout le voisinage, où ses vertus la rendaient respectable. Sa charité et ses aumônes allaient au-delà de ce qu'on pourrait croire. »

V. Salomon Chapiteau, écuyer, seigneur de Rémondias et du Vignau, né le 28 août 1683, épousa, le 24 mars 1709, Marie-Guillemine des Farges, fille de feu Pierre des Farges, écuyer, seigneur du Chastelar, conseiller du roi en la sénéchaussée d'Angoulême. Ce mariage eut lieu avec l'autorisation de Jean Paulte, écuyer, seigneur du Riffaud, conseiller du roi, oncle et tuteur de la future.

De ce mariage vinrent :

1° Anne Chapiteau de Rémondias, née en 1710, morte peu après ;

2° Pierre-Jean, qui suit.

VI. Pierre-Jean Chapiteau, chevalier, seigneur de Rémondias, fit ses preuves, devant d'Hozier, pour être reçu page de la reine, en juin 1725. Il épousa, par contrat du 3 février 1732, Marie-Anne Hastelet, née, le 24 septembre 1743, d'Aimeric Hastelet, chevalier, seigneur de Puygombert, etc., et de Marguerite de Borie, décédée (premier mariage d'Aimeric Hastelet). Marie-Anne, étant devenue veuve, se remaria le 20 mai 1763, à Charles de Fornel, écuyer, seigneur de Mainzac. Elle avait eu précédemment de son mariage avec Pierre-Jean Chapiteau les enfants ci-après :

1° Salomon, qui suit ;

2° Catherine, demoiselle de Rémondias, baptisée le 12 novembre 1737 ;

3° autre Salomon Chapiteau, chevalier de Rémondias, né le 15 mars 1741, épousa demoiselle N. de Couhé de Lusignac, émigra à la Révolution, et fut fusillé martyr à Quiberon, le 15 thermidor, après avoir employé les derniers jours de sa vie à soigner autour de lui ses compagnons blessés et malades. Il avait eu deux enfants : 1° Agathe, 2° Prosper-Joseph, né en 1787. Ces deux derniers moururent célibataires. Prosper-Joseph, mort en 1817, était particulièrement connu sous le nom de Prosper Chapiteau de Lajomerie, et habitait sa terre de Fardinas, commune de Mainzac ;

4° autre Salomon Chapiteau de Rémondias, baptisé le 28 juin 1742 et tonsuré plus tard, selon mention aux archives du séminaire d'Angoulême ;

5° Jean Chapiteau de Rémondias, seigneur du Breuil, de Fayard, baptisé le 19 novembre 1743, mort sans postérité;

6° Anne Chapiteau, demoiselle du Vignad de Rémondias, mariée à N. de Lacroix de Puyriaud ;

7° Marie - Guillemine ;

8° autre Anne ;

9° Marguerite ;

10° Catherine ;

11° autre Salomon; (ces cinq derniers enfants morts en bas âge).

VII. Messire Salomon Chapiteau, . chevalier, seigneur de Rémondias, les Planes, Chevalerias et le Fauriat, baptisé le 20 mai 1733, épousa dans l'église de Montbron, le 2 juillet 1763, après la mort de son père, du vivant et consentement de sa mère, Marie-Anne Hastelet (remariée alors à messire Charles de Fornel), demoiselle Thérèse du Rousseau de Chabrot, fille de Jean-Gabriel du Rousseau de Chabrot, chevalier, seigneur de Chabrot, et de dame Marie-Ronaventure de la Ramière. Thérèse du Rousseau de Chabrot était soeur de Jean-Baptiste, chevalier du Rousseau de Chabrot, capitaine au régiment de Saintonge, chevalier novice des ordres de N.-D. du Mont-Carmel et de Saint-Lazare, mort en 1815, laissant dans la province une renommée légendaire d'honneur, de talents administratifs et de bonne popularité.

Il a laissé pour fils, de ce mariage :

VIII. Messire Charles Chapiteau, chevalier, seigneur de Rémondias, né le 8 août 1764, épousa par contrat du 24 février 1786, demoiselle Marie Guyot d'Asnières, fille d'André Guyot d'Asnières, chevalier, marquis d'Asnières, seigneur de Villedon, le Cluzeau, la Forêt, Clerfeuille, etc., et de dame Charlotte de Pierre-Buffière. De ce mariage vinrent :

1° Salomon-Charles, qui suit ;

2° Caroline Chapiteau de Rémondias, mariée à Henri Lefrançois, comte des Courtis de La Valette.

IX. Messire Salomon-Charles Chapiteau, chevalier seigneur de Rémondias, né le 20 mars 1787, garde du corps du roi Louis XVIII, a épousé, le 10 juin 1819, demoiselle Jeanne-Marie Bloin, dont il a eu :

1° Charles-Marie, qui suit;

2° Marie-Modeste Chapiteau de Rémondias, née le 22 janvier 1822, mariée le 18 septembre 1813, à Jacques-Edmond Malbay de Lavigerie.

X. Charles-Marie Chapiteau de Rémondias, chevalier, chef actuel de sa maison, né le 18 septembre 1823, a épousé le 4 décembre 1860, demoiselle Marie-Félicité du Buc de Marcussy, fille de Henry-Joseph du Buc de Marcussy, et de dame Jeanne-Marie-Elisabeth de Montozon.

De ce mariage sont nés :

1° Charles-Edmond-Marie-Joseph-Gérard Chapiteau de Rémondias, né le 27 juillet 1862 ;

2° Louise-Marie-Madeleine Chapiteau de Rémondias ;

3° Georgette-Marie-Geneviève Chapiteau de Rémondias ;

4° Henriette-Marie-Clotilde Chapiteau de Rémondias.

Branche cadette des Chapiteau de Guissale

(Notes isolées)

Antoine Chapiteau, écuyer (fils de Pierre Chapiteau, maire d'Angoulême en 1570 et frère puîné de Denis Chapiteau, maire d'Angoulême en 1586), eut en partage, la seigneurie de Guissale, paroisse de Vindelle. Il se maria à Romaine de Rord.

Léonard Chapiteau, écuyer, seigneur de Guissale, marié à Gabrielle Ithier, le 22 février 1643. Il mourut le 29 novembre 1680, et fut inhumé dans l'église de Mainzac, ainsi que cela avait toujours lieu pour les membres de la branche de Rémondias.

Salomon Chapiteau, écuyer, seigneur de Guissale, baptisé le 14 mai 1644.

Pierre Chapiteau, écuyer, seigneur de Guissale ;

Antoine Chapiteau, écuyer, seigneur de Guissale, vivait vers 1720, époque à laquelle Vigier de la Pile, dans son histoire de l'Angoumois dit, que la seigneurie de Guissale appartenait à un Rémondias de la branche de Guissale.

En 1758, nous retrouvons un Chapiteau, seigneur de Guissale, figurant au ban de la noblesse de Saintonge.

Enfin aux assemblées de 1789 nous voyons encore dans l'ordre de la noblesse un Salomon Chapiteau, seigneur de Guissale. Cette branche est éteinte.

Documents à consulter :

Contrats de mariage existant dans les mains du chef actuel de la maison, des années 1599, 1620, 1625, 1647, 1668, 1684, 1709, 1732, 1763, 1786. Registres de la paroisse de Mainzac, contenant sur une feuille spéciale, une généalogie des Chapiteau de Rémondias et de Guissale. — Registres de la paroisse de Javerliac, en Périgord. — Édit de Charles V, roi de France, accordant la noblesse aux maires et échevins des villes de La Rochelle, Poitiers, Angoulême et Saint-Jean-d'Angely, XIVe siècle. — Assemblée du ban et arrière-ban de la noblesse d'Angoumois, le 1er septembre 1635, publié par M. Théophile de Brémond d'Ars. — Maintenue de noblesse par le chancelier d'Aguesseau, intendant de la généralité de Limoges en 1666-1667.— Vigierde la Pile, Histoire de l'Angoumois.— Armoriai de 1696. Registre du Limousin, pages 269, 273 et 365. — Rôle des vingtièmes imposés sur les nobles de l'élection d'Angoulême en 1780. — Quénot, liste chronologique des maires d'Angoulême.— Nobiliaire de Limoges, par l'abbé Joseph Nadaud. — De Chancel, assemblée de 1789. — Les débris de Quiberon, liste des victimes, par Eugène de la Gournerie. — Marvaud, Géographie de la Charente. — Et, enfin, les preuves de pages établies par d'Hozier en 1725, pour l'admission de Pierre-Jean Chapiteau de Rémondias dans les pages de la Reine.

(Monographie imprimée des Chapiteau de Rémondias en Angoumois, 1884)

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Louis Blanchard de Sainte-Catherine au XVIIIe siècle

Louis Blanchard, né en 1713 au village de Sainte-Catherine, dans le. Nontronnais, appartient à une famille d'officiers de justice.

Il est d'abord contrôleur des actes du bureau de Montbron et fermier des rentes du comte de Montbron. En 1738, il épouse la fille d'un petit industriel, Dereix Des Rivières, qui est en relations avec les maîtres de forges des environs. Possesseur de terres ayant un minerai abondant et d'excellente qualité, Blanchard est « vendeur de mines ».

En 1754, il vend 60 fondues de mines à Lapouge de La Francherie, maître de forge à Bonrecueil (Saint-Sulpice-de-Mareuil), à raison de 150 livres la fondue, soit 9.000 livres.

En 1755, il cède 160 fondues de mines, à 175 livres la fondue, soit 28.000 livres, au marquis de Montalembert, propriétaire des forges de Ruelle.

Au commencement de la guerre de Sept ans, l'inspecteur général de l'Artillerie royale, Maritz, vient en tournée en Périgord pour augmenter la production des canons. Il a l'occasion de rencontrer Blanchard, jeune, actif, intelligent, qu'il prend en sympathie. En 1755, le gouvernement de Louis XV s'empare des forges de Ruelle, et Maritz entre ainsi directement en relations avec Blanchard, qui se met à travailler le fer et devient maître de forge. L'état de 1766 indique qu'il est fermier de M. de Javerlhac, à la forge de La Motte (Feuillade), et du marquis de Roffignac, à la forge de La Chapelle-Saint-Robert.

La forge de La Motte est équipée par un habile contremaître, Guyon, pour permettre la fabrication des canons.

Blanchard travaille d'abord pour le compte de M. de Ruffray, maître de forge de Rancogne, sur la Tardoire, qui ne peut exécuter une commande de 152 pièces de canons de calibre 8, pesant chacune 23 quintaux et représentant un poids total de 3.496 quintaux.

Le marché est passé à raison de 11 livres le quintal « sur le pied de pièces finies », soit 38.456 livres pour les 152 canons. Les pièces sont transportées sur des charrettes jusqu'à Angoulême, et, de là, sur des gabarres, à Rochefort. La livraison est terminée en janvier 1760, et M. de Ruffray se rend à Rochefort pour en réclamer le paiement ; il revient très déçu et déclare : « Les fournisseurs ne toucheront pas de l'argent de longtemps ; jamais les finances n'ont été dans un état plus critique. »

En outre des canons cédés à M. de Ruffray, la forge de La Motte produit des marteaux à casser la mine, des étrieux, des barres de forerie, des empoises, des limples, des chaudières, des tourtières, des chaufferettes, des pots, des chenêts, des taques, etc.

En 1760, le duc de Belle-Isle, maréchal de France, secrétaire d'Etat à la Guerre, approuve la soumission signée par Maritz et Blanchard, maître de forge de la Chapelle-Saint-Robert, pour la livraison à Rochefort, avant le 31 décembre 1762, « de 130 canons de fer du calibre 24 et 30 crapeaux pour mortiers de 12 pouces, destinés à l'artillerie de terre ».

Il est spécifié que ces pièces doivent être « coulées uniquement de 3/4 des mines des Farges et 1/4 de celles de Feuillade, sans aucun mélange d'autres qualités ».

Au début, les affaires de Blanchard sont prospères ; sa fortune est constituée par des biens fonciers et des rentes féodales. En 1761, il en dresse le bilan : actif, 301.341 livres ; passif, 166.600 livres, soit une marge bénéficiaire de 134.741 livres.

En février 1762, le duc de Choiseul passe une nouvelle commande de 104 canons de 18 à raison de 18 livres le quintal. Les contrats vont alors en se succédant. Les forges subissent d'importantes transformations pour la fabrication de canons de gros calibres, et Blanchard devient l'un des plus importants fondeurs de canons du royaume.

Il fait, en outre, plusieurs ventes de canons de 8 et de fournitures : boulets, mitraille et cages pour culasses, à des armateurs de Bordeaux et de Marseille. Il cède au maître de la forge d'Etouars, qui dépend des forges de Ruelle, les mines nécessaires à la fabrication de 30.000 quintaux de canons. En 1762, après de « gros fondages », le bilan de la fortune de Blanchard s'établit ainsi : actif, 271.900 livres ; passif, 113.583 livres, soit une balance bénéficiaire de 158.317 livres.

En cinq ans, de 1760 à 1765, les forges de Blanchard ont fabriqué, pour le compte de l'Etat : 835 pièces de canons, dont 592 de gros calibres de 36, 24 et 18 pouces.

Il immobilise ses capitaux en faisant des travaux d'aménagement dans ses forges et en achetant des terres : celle des Ombraies, au ministre Henri Bertin, et celle de Roussines, sur la Tardoire, où se trouve la forge de Pontrouchaud. N'ayant plus d'argent disponible pour la marche de ses usines, il compte sur les paiements de l'Etat, dont il est créancier. La situation de Blanchard est alors rendue critique par la détresse du Trésor royal, qui est en déficit constant ; mais il espère être payé grâce à l'appui de son compatriote Henri Bertin et à la présence du duc de Choiseul, secrétaire d'Etat à la Guerre et à la Marine, qui veut développer l'artillerie en vue d'une revanche à prendre sur l'Angleterre.

En 1765, il est dû à Blanchard 85.000 livres et 119.000 livres en 1766. Il fait appel à Maritz, à Bertin, à Choiseul, au comte de Montbron, et à de hauts personnages de la Cour. Il se rend même à Paris et à Versailles pour réclamer les 85.000 livres, mais on ne lui en offre que 17.000.

Le manque de capitaux met Blanchard dans l'obligation de recourir à des emprunts onéreux. Malgré cela, il ne se décourage pas et s'intitule : « Louis Blanchard, un des premiers fondeurs de canons des provinces d'Angoumois et de Périgord pour le service des vaisseaux, côtes et forteresses de sa Majesté. »

Après leur victoire sur le ministre Bertin, qui voulait assainir les finances, les Parlements inspirent alors des mesures de banqueroute déguisée, qui retardent encore les paiements et ruinent les créanciers de l'Etat.

Blanchard lutte avec énergie contre les obstacles qui se dressent devant lui.

En 1768, il obtient de l'Espagne une commande de 200 canons de 24 et de 30 mortiers de 12 pouces avec leurs affûts, qui doivent être livrés au port de Rochefort, au prix de 16 livres le quintal pour les canons, de 20 livres le quintal pour les mortiers et de 14 livres le quintal pour les affûts. Il est à remarquer que, parmi les différents fondeurs du royaume, le choix s'est porté sur Blanchard de Sainte-Catherine.

L'affaire n'est pas avantageuse pour lui en raison des conditions de prix qui lui sont imposées, et cependant il l'accepte courageusement pour éviter le chômage. Les dernières pièces sont coulées en juin 1770. mais l'Espagne connaît les mêmes difficultés financières que la France et, pour échapper au dernier paiement, les officiers d'artillerie espagnols refusent 60 canons de 24 et les mettent au rebut. C'est une cruelle déception pour Blanchard, dont les créanciers deviennent plus pressants. Il a absolument besoin d'une nouvelle commande pour sauver sa trésorerie ; or, les intrigues du marquis de Montalembert et l'opposition de Morogues, successeur de Maritz, l'en empêchent, malgré l'intervention du duc d'Orléans et de Madame Adélaïde, fille de Louis XV. Le renvoi de Choiseul enlève enfin tout espoir de contrat.

De plus, le manque de confiance aggrave la situation du Trésor royal, et Moreau écrit à son ami Blanchard : « La disette des finances est très grande ; il n'y a pas un écu dans la circulation ; nous touchons au moment d'une guerre civile si Dieu n'y met la main. »

Blanchard connaît alors des heures de détresse ; il pense à ses forges si bien équipées qui devront cesser tout travail et aux 300 ouvriers qu'elles font vivre.

Le 2 février 1770, il obtient un concordat et parvient à s'acquitter en vendant la terre de Roussines et en empruntant par ailleurs.

Toujours courageux, malgré son état de santé, il ne se laisse pas abattre par le destin, et il décide que ses forges continueront à travailler. Il ne fabriquera plus de canons pour le royaume, mais ses forges ne cesseront pas de marcher.

Grâce à l'aide financière de quelques amis, il fait allumer un fourneau pour couler des « gueuses », et il obtient des fontes de premier choix ; il fabrique aussi de petits canons pour des armateurs de Bordeaux.

Mais son état de santé s'aggrave, et il meurt en 1772.

Ses créanciers s'empressent de poursuivre le recouvrement de leurs créances. Sa fille, Marguerite de Vaucocour, n'ayant pas accepté la succession, il faut vendre les meubles par autorité de justice, pour payer les frais d'inventaire.

Marguerite Blanchard de Sainte-Catherine avait épousé, en janvier 1759, JeanLéonard Gaillard, seigneur de Vaucocour, dont les armes étaient : « d'azur à trois fleurs de lys d'or au chef d'argent chargé de trois yeux de face ». Leur fils Louis, émigré, se maria plus tard avec demoiselle Catherine Mosnier de Planeaux.

Ainsi se termine l'histoire d'un des plus remarquables maîtres de forges du XVIIIe siècle. Il se distingue surtout par l'amour de son métier, auquel il était pourtant mal préparé. Sa conscience professionnelle, son esprit d'initiative, joints à une réelle valeur personnelle, lui ont permis d'établir deux importantes usines métallurgiques qui fournissent à l'artillerie, pendant la guerre de Sept ans, un grand nombre de bouches à feu d'excellente qualité.

Il donne un bel exemple de loyauté, de probité et de courage dans l'adversité, et il est à déplorer que la carence de l'Etat l’ait empêché d'avoir la belle fin de carrière qu'il méritait par les immenses services rendus au pays.

Source : Les anciennes forges de la région du Périgord, d'Édouard Peyronnet.

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L'oeuvre de Pierre Dereix au fil des lettres de la Cour

L'oeuvre de Pierre Dereix au fil des lettres de la Cour
Auteur : Hubert Marchadier

Les lettres de la Cour, ce sont les échanges de correspondance administrative entre le ministre (Colbert puis ses successeurs) et les intendants de la marine dans les ports. Les lettres du ministre que j’ai étudiées sur plusieurs périodes sont tout à fait remarquables par la concision, la célérité des échanges pour l’époque (une à deux semaines au plus), le souci de maîtriser dans le détail les questions les plus importantes, la centralisation des décisions (les intendants sont tenus rênes courtes).

Les lettres qui s’intéressent aux activités de Pierre Dereix, maître de forges, se situent pour la plupart entre 1740 et 1755. Elles sont très nombreuses : une centaine dans chaque sens, et parfois fréquentes : plusieurs échanges dans le même mois. Le maître de forges est désigné Deffosses, Reix ou Rheyx-Deffosses par souci ne de ne pas le gratifier d’une particule indue.

D’un point de vue familial, ces archives donnent un aperçu parfois intimiste des relations entre Pierre Dereix et ses protagonistes par les lettres qui y sont annexées : les siennes mais aussi celles de ses proches, Dereix, Pautier, Blanchard, des inspecteurs d’artillerie qui séjournent sur place, des fournisseurs concurrents, Montalembert, Mlle de Logivière ou la Comtesse de Boisse propriétaires de la forge de Rancogne. On peut y deviner la culture et la pensée de chacun, l’appât du gain, les petites médisances et trahisons, ou encore l’inquiétude intéressée de la Cour lorsque Pierre Dereix est victime d’une attaque d’apoplexie, le ton rassuré lorsque sa santé s’améliore heureusement. On y apprend encore que Deffosses, parvenu à son zénith, va jusqu’à proposer au ministre les bons offices de son frère pour diriger la fabrication des canons pour la marine du Levant à la forge de Saint Gervais en Isère.

D’un point de vue purement historique, ces documents sont du plus grand intérêt. Au fil des lettres, on perçoit clairement trois périodes.

Première période : de 1740 à 1748.
Montée en grâce et développement de la production.

Le ministre Maurepas observe attentivement la concurrence entre les fournisseurs de canons. La plupart sont des personnages en vue qui font leur prix (tel est le cas de Bertin, conseiller au Grand Conseil qui deviendra ministre à partir de 1760). Rheix Deffosses est le seul à offrir des fournitures de canons à un prix inférieur de près d’un cinquième. On lui commande des munitions, bombes et boulets, puis des canons de calibre 6, 8 et 12, puis des canons de grand calibre jusqu’à 36. Les quantités commandées iront croissant : par un marché de 1746, le roi lui passe commande de 120 canons de 8 et 12 sur quatre années, quantité très importante en un temps et dans une région où l’industrie métallurgique n’est que très peu concentrée. Si sa fourniture n’est pas régulière en quantité et qualité, ce fournisseur présente l’avantage de rendre ses concurrents raisonnables.

Deuxième période : de 1748 à 1751.
Le groupe industriel Dereix est érigé en quasi-monopole.

Rouillé prend la suite de Maurepas. Le sieur Deffosses devient l’homme providentiel. Sa puissance industrielle semble s’être accrue et consolidée. Ses fournitures restent bon marché, même lorsque le ministre relève les prix pour soutenir l’intérêt du fournisseur. L’intendant et les inspecteurs de l’artillerie sont invités à être accommodants quant à la qualité des fournitures lors des visites et épreuves. On intervient à la Cour pour l’exempter de la taille, pour lui procurer des spécialistes, pour lui obtenir des coupes extraordinaires en forêt de Braconne (lettres de 1749). Pour soutenir l’entreprise, Rouillé va détacher un officier d’artillerie (le Sr de Walles puis Bespin) en mission permanente auprès des forges de ce fournisseur qui se trouve de fait placé sous tutelle.

La période est marquée tout à la fois par une disette de fonds et un grand besoin de canons pour le réarmement de la flotte. Ces circonstances amèneront le ministre à négocier avec Pierre Dereix des Fosses le marché du siècle : 1200 canons sur quatre ans !

Par une longue lettre de Versailles du 24 mars 1750, il fait valoir à l’intendant tous les motifs qui justifient de confier à ce seul maître de forges l’essentiel de la fourniture. Il ne sera fait appel aux autres maîtres de forges que pour le surplus que celui-ci ne sera pas en mesure de fournir à temps. Il précise enfin : Il y aura aussi à insérer dans ces nouveaux marchez qu’en cas de concurrence avec le sieur Reix des Fosses pour les ouvriers, les mines, les lavoirs, les coupes de bois, les charrois et autres facilités portées dans son marché, ce fournisseur doit avoir la préférence. J’écris en conformité à M. le Mis de Montalembert, à M. de Segonzac, à M. Bertin et à Madame la comtesse de Brassac. Signé Rouillé.

Cette lettre est à elle seule un monument. Au-delà de son optimisme qui consacre la réussite de Pierre Dereix, elle permet déjà d’entrevoir ce qui va se passer. Elle se présente d’abord comme un plaidoyer, alors que le ministre n’a pas à se justifier auprès de l’intendant. Ensuite, elle place clairement le fournisseur Reix des Fosses en position de quasi monopole. Enfin, elle prescrit au détriment des autres fournisseurs une clause préférentielle dont le ministre lui-même s’engage à informer aussitôt les principaux concurrents !

Troisième période : de 1751 à 1755.
Disgrâce et chute du premier fournisseur d’artillerie.

La réaction du principal concurrent ne se fait pas attendre : Montalembert se plaint auprès de la Cour, pour lui et Roffignac, de la clause préférentielle dont se prévaut Deffosses dans la conduite de ses affaires (Versailles 1er décembre 1750).

Comme par fatalité, Deffosses va très vite se trouver privé de toute ressource vitale :

* main d’oeuvre et approvisionnements : Le Sr Reix des Fosses à qui vous avez communiqué les plaintes que M. le Mis de Montalembert m’a adressées contre lui, vous a assuré qu’il ne pense plus aux provisions du nommé Béneau, ni à la forge de la Jomelière. Il est bon que vous ayez recommandé à cet entrepreneur d’éviter avec soin tout ce qui pourrait donner lieu à de nouvelles plaintes de la part de M. de Montalembert ; mais comme il n’est pas juste que celui-ci fasse ses arrangements au préjudice de ceux du Sr Reix des Fosses, il est à propos que vous l’engagiez à renvoyer les ouvriers que cet entrepreneur réclame, et je me remets à vous de prendre les mesures nécessaires pour prévenir à l’avenir... (Versailles 7 janvier 1751)

* coupes de bois (approvisionnement vital pour les forges) : au sujet de la remise que les officiers de la maîtrise d’Angoulême ont faite de l’adjudication des ventes de la forêt de la Braconne dont le Sr Reix des Fosses était adjudicataire dans la première séance. Comme il paraît qu’il n’y a rien de répréhensible dans la conduite que ces officiers ont tenue à cet égard, je vous prie d’avertir le Sr Reix des Fosses qu’il ne faut pas qu’il compte sur les bois dont il s’agit, et qu’il doit chercher à s’en pourvoir d’ailleurs. (Versailles 26 janvier 1751)

* finances : le Sr Reix des Fosses m’écrit qu’il a pour cent mille livres de canons sur le champ d’épreuves à Rochefort et pour pareille somme sur les ports et dans ses forges. Il demande de toucher la somme de cinquante mille livres d’avance qui lui a été promise chaque année et qui lui est nécessaire pour payer les frais du transport et soutenir son entreprise... (Versailles 17 avril 1751)

Mais les fonds seront désormais distribués en priorité à l’entreprise de Ruelle en cours de création, au mépris des engagements antérieurs pris par l’intendant.

Rouillé quitte le ministère avant l’été 1754. Mais la reprise en main par Machault aggravera pour longtemps encore les difficultés engendrées par la nécessaire concentration des moyens industriels (c’est l’époque où on installe dans les principales forges -dont Plachemenier et Rancogne- les machines à forer de Maritz). Certes, la forge de Planchemenier continuera à fonctionner pendant de nombreuses années avec Desrivières, mais la fin de l’empire Dereix sera marquée par la perte de la forge de Rancogne dont, faute de moyens financiers, le bail devra être cédé en 1754 à Charles-Pierre de Ruffray, trésorier des vivres de la marine à Rochefort, avec qui s’éteindra la forge.

Fin.

Voir aussi : - Foulques Regnauld de La Soudière, Saga Dereix, 2005, 939 p. (lien)
- Généalogie Dereix, avec Pierre Barbier de La Serre (lien)

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Jean Frédéric Garnier de la Boissière (1796-1873)

Il est né le 6 mars 1796 à Saint-Claud. Il est le fils de Pierre Garnier de la Boissière, comte, général de division, sénateur et chambellan de l'empereur, et de Marie Eulalie de la Boissière. Il fait partie des rares anoblis à entrer dans l'école des pages de l'empereur de 1804 à 1812. Il devient ensuite officier d'ordonnance, puis aide de camp du général Bordessoulle (16 ans). Il rejoint le 5e régiment de hussards, le 11 août 1814, après avoir combattu en Allemagne et en France. Il continue sa carrière dans le premier régiment de cuirassiers de la Garde royale. Capitaine, puis chef d'escadron, il participe à la campagne d'Espagne en 1823. Chevalier de la Légion d'honneur, il quitte l'armée avant la révolution de Juillet. Jean Frédéric Garnier de la Boissière entame alors une « carrière de notable ». Conseiller de l'arrondissement de Confolens, il s'installe à Chirac où il devient propriétaire de plusieurs forges. Plusieurs fois, Garnier de la Boissière se présente pour être député, mais il est battu en 1831 puis en 1834. Ce n'est que le 2 mars 1839 qu'il peut rejoindre la chambre des députés après avoir battu son « compagnon d'armes » Pougeard-Dulimbert. Il siège alors aux côtés des républicains. Mais en 1842 et en 1846, il est une nouvelle fois battu. À la fin de la monarchie de Juillet, il organise le parti républicain en Saintonge puis est nommé commissaire de la République en 1848 en Charente. Il est élu en avrl 1848 représentant à l'assemblée constituante et siège parmi les républicains modérés. Il vote pour le bannissement de la maison d'Orléans, pour la constitution et contre l'expédition de Rome. En 1849, il se retire sur ses terres en 1849 et ne se rallie pas à l'Empire. Il se contente d'exercer la charge de maire à Chirac sous le Second Empire et la IIIe République. On lui aurait proposé la place de sénateur mais il la réfuse par fidélité à ses opinions républicaines. Léonide Babaud-Laribière dit de lui : « il ne lui convenait pas de renier son passé et si des souvenirs de famille et l'éducation de sa jeunesse semblaient l'entraîner vers le régime impérial, son cœur et sa raison lui commandaient de rester sous le drapeau libéral. M. de la Boissière est comme ces grands seigneurs anglais qui mettent leur honneur à perséverer dans la ligne politique où ils sont entrés... un whig de la Chambre des Lords égaré parmi nous. Très riche propriétaire, grand industriel (il a une forge), il vit dans ses terres, attendant avec dignité le jour où ses idées politiques reviendront au pouvoir. » Il décède à Rochefort en Charente-Maritime au domicile de son gendre. Marié à Marie Blanchon (fille d'un très riche commissaire ordonnateur de Chabanais), il a eu deux filles dont l'une est mariée avec Saulces de Freycinet, capitaine de vaisseau. Sa fortune à sa mort est considérable. Il lègue 85 150 francs en mobilier et des biens fonciers de 269 680 francs. Sous la monarchie de Juillet, il est le contributeur censitaire le plus riche de Confolens en payant 4 155 francs d'impôts.

Source : Dictionnaire biographique des officiers charentais de la Grande Armée, de Stéphane Calvet.

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24 juin 2020

Baptême de François Guimbelot

Le vingt-huit février mil six cent quatre vingt quatre a été baptisé François né le vingt-six dudit mois et an, fils naturel et légitime de monsieur Me François Guimbelot, sieur de Monplaisir, avocat au parlement de Guyenne, bourgeois, et habitant de la présente ville et paroisse, et de Anne Benoist, demoiselle, conjoints. Ont été parrain et marraine, Me Jean Aubin Reynaud, docteur en médecine, faisant pour monseigneur Me Jean Guimbelot, prêtre, chanoine en l'église cathédrale de la présente ville, qui a fait le présent baptême, et Marie Guimbelot, demoiselle, veuve de défunt Pierre de La Roussie, fait en présence des soussignés... Guimbelot père, Reynaud, Marie Guimbelot, Anne Guimbelot, Guimbelot chanoine, Desaunières curé de Saint-Silain.

Source : Généalogie Charente Périgord.

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Un viol avec violences à Maisonnais

Cour d'assises de la Haute-Vienne
Audience du 27 novembre 1878
MM. Decoux, président ; Chamiot, Fougeron-Laroche, assesseurs.
Affaire Rénier. — Vol avec violences. Condamnations.

Les faits sont ainsi exposés dans l'acte d'accusation :

Le six mai 1878, le sieur Guimbelot, François, âgé de 54 ans, demeurant à Cussac, se rendait dans une de ses propriétés, située dans le département de la Charente, pour y pendre un chargement de vin ; comme il passait en conduisant sa charrette, au hameau de la Lande, commune de Maisonnais, il rencontra sur la route, le nommé Rénier, cantonnier, qu'il connaissait depuis longtemps et qui habite à cet endroit une maison isolée. Ce dernier lui demanda quel jour il reviendrait, lui offrant de lui montrer à son retour une certaines quantité de foin, qn'il désirait échanger, disait-il, contre une barrique de vin. « Je passerai le 11 mai au plus tard, lui répondit Guimbelot. »

Le 11 mai, cet homme arrivait en effet, vers deux heures du soir, devant l'habitation des accusés. La femme Rénier qui s'y trouvait, lui prêta, sûr sa demande, un baquet pour donner de l'avoine à son cheval, et l'invita en même temps avèc instance, à entrer s'asseoir a la maison. Guimbelot l'ayant suivie et lui ayant exprimé le désir de parler à son mari, elle répondit qu'il était sur la route à une petite distance : « Je voulais, dit-il, voir le foin qu'il avait l'intention d'échanger avec moi. » La femme Rénier le conduisit alors dans la grange attenante à la maison, sous prétexte de lui montrer le foin qui devait faire l'objet de ce marché. Guimbelot s'y trouvait depuis quelques minutes seulement, lorsque Rénier, qui était resté caché derrière un cuvier, se précipita sur lui, armé d'un pieu, dont il lui porta plusieurs coups. Il l'accusait d'avoir voulu violer sa femme, et menaçait de le tuer, s'il ne consentait à lui donner de l'argent et à lui souscrire des billets.

Craignant d'être dépouillé du porte-monnaie qu'il avait en sa possession, Guimbelot lit tous ses efforts pour le-retenir, tandis que Rénier essayait par de nouvelles violences de s'en emparer. Le porte-monnaie s'étant ouvert pendant la lutte, l'accusé parvint à y dérober un billet de mille francs et cinq cents francs environ en pièces d'or, sur deux mille francs qu'il contenait. Pendant ce temps, la femme Rénier était sortie en prenant le soin de fermer la grange. Une nièce de l'accusé, attirée par le bruit de la dispute, s'est approchée de la grange et a pu voir une partie de la scène qui s'y passait. Rénier lui avait ordonné de se retirer, mais redoutant sans doute les révélations que pouvait, faire ce témoin, il a enfin consenti à laisser partir Guimbelot. Comme ce dernier voulait emmener son cheval et sa charrette avec le vin dont elle était chargée, l'accusé l'en empêcha en le frappant à coups redoublés sur les bras, et en proférant contre lui de nouvelles menaces.

Guimbelot, épuisé de fatigues, meurtri par les coups, et vivement impressionné par cette scène qui avait durée plus de deux heures, put cependant regagner à pied son domicile situé à une distance de treize kilomètres. Son corps était couyert de blessures et de contusions.

Le lendemain la justice fut avertie de l'agression dont il avait été victime et ouvrit une information. Les accusés ont varié dans les explications par eux fournies. Rénier a déclaré dans un de ses interrogatoires qu'il n'avait eu, ainsi que sa femme, aueun sujet de plainte contre Guimbeiot, et qu'ils n'avaient eu d'autre but que de l'attirer dans un guet-apens pour lui faire souscrire des valeurs ou lui enlever l'argent qu'il possédait. Il revient aujourd'hui sur cet aveu. La femme Rénier persiste à invoquer pour se défendre, ses prétendues relations avec Guimbelot, comme si son immoralité pouvait être une excuse. Le rôle important qu'elle a rempli dans la scène de violence dont son mari s'est rendu coupable prouve qu'elle a été la complice volontaire de cet attentat.

Il résulte de l'instruction que Rénier s'est déjà livré à des entreprises de même nature. Une perquisition faite à son domicile a fait découvrir plusieurs feuilles de papier timbré, laissées en blanc, destinées à la souscription d'effets de commerce pour des sommes considérables.

L'accusé a déclaré que ces feuilles avaient été destinées à exploiter la signature, non de Guimbelot mais d'une autre personne. Il a même ajouté que du vivant de sa première femme il s'était fait souscrire par un homme qui entretenait avec elle des relations intimes, un billet de mille francs ; Rénier a, dans la commune qu'il habite, une détestable réputation et est d'une mauvaise foi notoire.

En conséquence, Rénier (François) et Marie Delage, sont accusés d'avoir : 1° François Rénier, d'avoir le 11 mai 1878, dans la commune de Maisonnais (Haute-Vienne), soustrait frauduleusement une certaine somme d'argent au préjudice de François Guimbelot, avec les circonstances aggravantes que la dite soustraction frauduleuse a été commise à l'aide de violence ; que ces violences ont laissé des traces de blessures ou contusions ; que Rénier était au moment du vol porteur d'une arme apparente ; crime prévu et puni par les articles 379, 381, 382 et 386 du Code pénal.

2° Marie Delage, épouse de François Rénier, de s'être, à la même époque et au même lieu, rendu complice du crime ci-dessus, en aidant et assistant avec connaissance l'auteur de ce crime dans les, faits qui l'ont préparé et facilité et dont ceux qui l'ont consommé ; crime prévu et puni par les articles 379, 381, 382 et 386 du Code pénal.

Cette affaire était la plus grave de la session.

L'attitude du sieur Rénier à l'audience n'était pas de nature à lui obtenir l'indulgence de MM. les jurés. Ses dénégations audacieuses devant des charges accablantes produisaient la plus défavorable impression.

M. Barailher, substitut du procureur général, dans un langage ferme et élevé, a demandé un verdict de condamnation sans circonstances atténuantes.

Me Couty a parlé pour le sieur Rénier, et Me Ninard fils pour la femme Rénier.

La tâche des défenseurs était particulièrement difficile ; ils l'ont accomplie avec un véritable talent.

Me Couty et Me Ninard fils débutaient devant la Cour d'assises, mais ils avaient été déjà entendus plusieurs fois devant le Tribunal et devant la Cour d'appel, et leurs excellentes plaidoieries y avaient été fort appréciées.

M. le président de la Cour d'assises leur a adressé des félicitations bien méritées et auxquelles s'associent tous ceux qui ont suivi les débats de cette affaire.

Le jury a répondu affirmativement aux diverses questions qui lui étaient posées, et n'a admis de circonstances atténuantes qu'en faveur de la femme Rénier.

En conséquence, la Cour a condamné la sieur Rénier aux travaux forcés à perpétuité, et la femme Rénier à cinq ans de travaux forcés.

Cette affaire a clos la session.

(Le Courrier du Centre, 30-11-1878)

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Bugeaud, le choix des armes

1804. Les vingt ans de Bugeaud et le choix des armes

Marqué dans son enfance par la grande Révolution, entré dans l'adolescence au cours des années moins tendues du Directoire, puis apaisées du Consulat, mais surtout du fait de son absence d'instruction, Bugeaud aura toute sa vie sur les faits politiques des analyses généralement schématiques, Sinon sommaires.

Entouré d'une génération exaltée, formée en même temps dans l'abstraction oratoire, le mirage d'une volubilité nourrie de références latines, et le débat politique, dans la violence et les contradictions de l'action, dans l'extrémisme des sentiments et des passions, et prioritairement nourrie de la lecture de Voltaire, Diderot et Rousseau, Bugeaud n'est, lui, ni révolutionnaire, ni romantique. Homme d'ordre, il montre devant les faits un réalisme solide, forgé par le bon sens acquis au contact de la terre et des duretés de la vie. Le seul effet mesurable de l'épisode révolutionnaire sur le destin de sa famille est un arrêt dans son mouvement d'ascension sociale, et un appauvrissement non négligeable. Rentes et redevances ont disparu, les métayers ne travaillent plus que de mauvaise grâce. A sa mort en 1803, Jean-Ambroise Bugeaud de La Piconnerie ne laisse à ses enfants aucune fortune. Thomas, alors âgé de dix-neuf ans, ne dispose que d'un revenu d'environ cinq cents francs, ce qui peut suffire à un campagnard sans instruction, mais sûrement pas à un jeune homme ambitieux.

Ne pouvant rester à la charge de son frère ou de ses sœurs, Thomas Bugeaud comprend qu'il doit désormais choisir un état. Il tente d'abord d'obtenir une place de commis dans les forges de Festugières, fondateur d'une petite dynastie industrielle, ami de longue date de la famille, bien installé dans le Périgord où il a épousé une demoiselle Jouffre de Lafaye. Mais le jeune homme ne connaît les forges que par ce qui reste de celles de son grand-père dans les bâtiments de Gandumas, rien de plus. Festugières a longuement parlé avec lui, et l'a sans doute fort bien jaugé : « Je ne veux pas d'un gentilhomme pour commis, ce n'est pas votre place », lui dit-il ; « Votre intelligence vous mènera à de grandes positions dans l'armée, entrez-y donc, puisque vous êtes pauvre ». Tel est également le conseil de Phillis. C'est aussi le moyen de reconquérir un rang social perdu.

En mai 1804, devançant l'appel de sa classe pour la conscription, Thomas décide de s'engager, et se trouve admis dans le tout nouveau corps des vélites des grenadiers de la garde impériale, Créé par le décret du 3 nivôse an XII (21 janvier 1804). Les vélites sont des chasseurs légers qui viennent compléter le vieux corps de la garde des consuls, qui deviendra le 18 mai suivant la garde impériale. L'on sait que l'un des premiers Soucis de Bonaparte, consul, a été de réorganiser l'armée, et d'abord de lui donner des cadres solides. A cet effet, il crée en 1802 à Fontainebleau une école d'officiers (qui devient plus tard l'École spéciale militaire) et adjoint à chaque régiment de la garde un bataillon de vélites, sorte d'école de sous-officiers. Par l'école d'officiers, on accède directement à l'épaulette ; par les vélites, on peut devenir sous-officier dans la Garde, ce qui donne rang d'officier dans la ligne. Pour entrer à l'école d'officiers, il faut une instruction que Bugeaud n'a pas, tandis que pour entrer dans les vélites, il suffit d'être un solide gaillard, de bonnes vie et mœurs, et de payer une petite pension. Il faut aussi des protections, car le nombre de places est limité. Thomas Bugeaud a été recommandé par un sieur Blondeau de Combras, parent de sa belle-sœur Célie.

Après un bref séjour au château d'Écouen, où les futurs vélites sont rassemblés et reçoivent leur première formation, ils rejoignent Fontainebleau, qui se trouve ainsi la première garnison de Bugeaud. Il y arrive le 10 messidor an XII, (29 juin 1804). Le 12 messidor, le signalement de la nouvelle recrue sur le registre matricule du régiment des vélites nous donne un portrait, à vrai dire sommaire, du jeune Bugeaud-Lapiconnerie : « Visage : ovale ; front : haut ; yeux : bleus ; nez : ordinaire ; bouche : petite ; menton : rond ; cheveux et sourcils : roux. » La taille n'est pas mentionnée, mais pour être aux vélites, il fallait au moins mesurer 5 pieds 2 pouces...

Le camp de Fontainebleau et les lettres à Phillis

La France est alors dans une situation internationale fausse. Elle n'est pas en guerre, mais la paix d'Amiens du 25 mars 1802 est rompue dans les faits. Les bouleversements de la carte de l'Europe qui se produisent en 1802 puis en 1803 ne sont pas contraires à la lettre du traité, mais sans doute à son esprit. Le 26 avril 1803, Whitworth, ambassadeur d'Angleterre, remet un ultimatum à Paris, suivi de son départ le 12 mai. Cette rupture diplomatique est interprétée à Londres comme une déclaration de guerre, mais sans opérations terrestres pour l'année 1804.

La vie au camp de Fontainebleau, malgré sa nouveauté, n'enthousiasme guère le jeune vélite, qui a du mal à se faire une place loin des siens. Il ouvre son cœur et son âme dans une correspondance assez fournie avec sa sœur Phillis, confidente attentive et fidèle à laquelle le lie une amitié très tendre. Il révèle au fil des pages une sensibilité parfois inattendue. Sans aucune fausse honte, il lui confie même dans l'une de ses premières lettres que sa seule consolation contre les duretés de la vie militaire est d'aller se promener tout seul dans la forêt de Fontainebleau, s'asseoir au pied d'un arbre, et pleurer à son aise. Assez curieusement datées (11 thermidor 1804, 10 fructidor 1804, etc., c'est-à-dire ici 29 juillet et 27 août), ces lettres révèlent d'autres aspects du tempérament profond du jeune homme, auxquels aucune occasion n'avait jusqu'alors permis de s'exprimer. Observateur très critique de certains défauts de la vie militaire, sinon de l'armée comme corps social, il fait montre d'une ambition au service de laquelle il met toute sa force de travail, et il exprime à mots couverts les élansd'un corps de vingt ans, en se retranchant dans une vertu hautement proclamée — ce que Phillis souhaite lire, bien sûr.

Thomas Bugeaud, dont le caractère est déjà fier et emporté, habitué à trop d'indépendance, ne s'est pas facilement adapté aux exigences de son nouvel état. Ayant peu de relations, peu d'argent, et peu de perspectives d'avancement rapide, il entre d'abord avec peine dans les règles collectives d'une camaraderie pesante pour un jeune homme plus accoutumé à Vivre seul et sans contraintes, ou choyé par ses sœurs, que dans le « sabbat d'enfer » des chambrées et le contact avec les vieux briscards des guerres révolutionnaires.

Le premier incident qui marque sa vie militaire est violent : à l'occasion de la distribution de la soupe, il est prévu une gamelle pour six, dans laquelle chacun trempe sa cuiller à tour de rôle. Bugeaud se sert deux fois ! Le voici aussitôt accablé de reproches par un ancien, qui mêle confusément dans ses remarques les mains blanches et fines, les cheveux roux et le menton imberbe, la solitude laborieuse dans laquelle le vélite essaye de s'enfermer : « Tu n'es qu'un blanc-bec », conclut le grenadier, qui reçoit en retour la gamelle au visage. Un duel s'ensuit, et le vieux grognard est tué par le blanc-bec. Si grave qu'elle apparaisse, cette affaire ne laisse aucune trace dans le dossier militaire du jeune homme. Le duel était une pratique extrêmement courante, presque un rite d'admission imposé par les anciens qui insultaient à plaisir les nouveaux. Mais en général, il n'y avait pas mort d'homme, et l'on se réconciliait après avoir rompu quelques lames. L'un des compagnons de Bugeaud, François Frédéric Billon, qui a laissé des souvenirs publiés beaucoup plus tard, confirme que l'un des travers des vélites était d'être « crânes » : le crâne « était le fléau de ses frères d'armes, duelliste enragé, pour un mot, pour un rien, il provoquait ses pareils »...

Bugeaud se trouve alors, sinon plus respecté dans Son régiment, au moins redouté, et s'accommode mieux de la Compagnie des autres. Il les décrit sans complaisance. Ses camarades lui semblent former une société hétéroclite, fils de paysans, fils d'artisans et gens de naissance mélangés. Il se fait un ami, nommé Lamothe, jeune homme oiginaire de Saint-Yrieix, donc un compatriote. Ce Lamothe semble avoir un tempérament comparable au sien, et se trouve également impliqué dans un duel, avec Thomas comme témoin. Bugeaud restera toute sa vie lié avec lui, car il est fidèle en amitié. Au reste, il juge sévèrement une discipline trop exacte et trop dure, une instruction générale difficile à acquérir, des chefs qui sont « des gens de peu de naissance et de peu de moyens », et « qui ont une très mauvaise morale », écrit-il, visant ici leurs propos en matière religieuse, qui ont une odeur jacobine : « lls croient qu'après la mort tout est fini, qu'ils sont des animaux comme les autres ; ils croient à un Être suprême, mais ils le supposent neutre. » Il s'agit évidemment des sous-officiers qu'il fréquente. En revanche, il ne connaît guère les officiers, le chef de bataillon Chéry, l'adjudant-major Véjut, le général Ulat, commandant le corps.

Pourtant, le jeune vélite recherche leur attention, seul moyen d'obtenir une promotion. Montrant, contrairement à son affirmation constante, une ambition tenace, il se plie aux nécessités des protections et des faveurs, regrettant que son protecteur ne soit pas plus puissant : « J'ai fort peu d'espoir d'avancer si monsieur Blondeau n'est pas placé. Les vélites arrivés les premiers ont tout l'avantage (...). Il y en a déjà une quarantaine nommés instructeurs qui, dans peu, deviendront sous-officiers », écrit-il, avec plus d'amertume que de résignation. Mais comment se faire distinguer par ses chefs dans les tâches quotidiennes d'une garnison ? Heureusement, à l'occasion du duel de son ami Lamothe, qui se trouve interdit par les officiers et résolu par une violente bagarre alors que les deux duellistes sont détenus au corps de garde, Thomas est chargé de faire un rapport écrit. Ainsi « érigé en Démosthène », il est remarqué par Son chef de bataillon, qui s'intéresse à lui, le présente, à l'occasion d'une revue, au maréchal Bessières qui commande alors l'ensemble de la garde impériale. Bugeaud espère aussitôtne pas être oublié quand il y aura des places : «Cela me fait un grand plaisir, quoique je ne sois pas ambitieux. » Pourtant, il avoue dans un autre courrier s'être ouvert la connaissance d'un jeune capitaine par le moyen de la chasse ! « Je lui ai déjà fait parler de moi par un Sergent que je Connais, je me suis donné pour un grand chasseur [...]. Dès que nous aurons chassé deux ou trois fois, nous serons bons amis. »

Cependant, héritier d'une lignée qui s'est obstinément élevée dans l'échelle sociale, Bugeaud sait que le vrai moyen de progresser, c'est le travail. Il réussit, avec une constance remarquable, à s'imposer un énorme effort quotidien pour acquérir l'ensemble des connaissances qu'une éducation négligée ne lui a pas apportées. Les leçons de l'armée, pratiques, maniement des armes, marches, tirs, évolutions prescrites par le règlement de 1791 toujours en vigueur, ou théoriques, données à un trop grand nombre de jeunes gens ensemble, ne suffisent pas. Bugeaud consacre l'essentiel de ses maigres ressources à payer des maîtres particuliers pour compléter l'enseignement des instructeurs du corps. Ainsi, il s'intéresse aux mathématiques, acquiert des connaissances en géométrie et trigonométrie, des éléments d'algèbre ; il fait de l'anglais, de la géographie, et quand ses loisirs le permettent, il prend des cours de dessin, de grammaire et d'écriture, apprend à lever les plans. Mais cette volonté autodidacte, si acharnée qu'elle soit, ne suffit pas à l'avancement. Bugeaud, qui ne se sent pas particulièrement attaché au corps prestigieux de la Garde, songe en plusieurs occasions à se présenter à l'École militaire de Fontainebleau, « parce qu'on est sûr, y étant, de sortir avec le grade de sous-lieutenant, et que l'on s'y instruit réellement parce qu'on ne s'attache pas simplement à l'exercice, mais on y reçoit de vraies connaissances pour devenir un bon officier ». Mais Thomas devient instructeur, ce qui l'oblige à étudier l'Ecole du soldat, et à assister chaque jour à une leçon supplémentaire de deux heures... Il n'est plus possible de songer à préparer l'admission à l'École militaire.

Dans l'ensemble, alors qu'il aspire à des responsabilitéset au commandement, il est plutôt déçu par sa condition de vélite sans grade ; même s'il ne dit pas un mot pour s'en plaindre, il ne parle pas, dans ses lettres, de ses activités physiques, de ses gardes ou de ses revues. Il se contente d'une remarque générale : « C'est un état si dur, on est si esclave et si soumis à tant de personnes qui, le plus souvent, vous maltraitent, qu'il faut absolument être insensible – comme le marbre – pour être soldat. » En même temps, il endurcit son caractère, découvre et accepte la discipline, et renonce aux permissions qu'il pourrait prendre pour aller voir à Bordeaux sa chère Phillis, ou à la Durantie la petite Antoinette, affectueusement nommée Toiny, « car cela ferait du tort à mon avancement ».

Le pauvre soldat a-t-il des compensations ? L'uniforme est beau, mais il est coûteux, et plus encore la tenue de sortie, entièrement à la charge du vélite, qui ne peut être « vêtu comme un manant ». Les vélites rivalisent d'élégance, il faut porter culotte de nankin, bas de soie ou de beau coton, pantalon de Casimir et bottes. « Le moyen de se faire remarquer est de montrer qu'on n'est pas un homme de rien, et d'avoir une très belle tenue. » Cela ne suffit sans doute pas. Bugeaud, qui se fait sociologue, observe qu'il est très difficile au militaire de se faire des connaissances respectables en ville, encore plus difficile de se faire recevoir. « On se méfie de ce qui porte l'habit. » Cause ou conséquence ? Il semblerait que quelques vélites aient, à Fontainebleau, commis des malhonnêtetés ; en bref, il ne leur reste que « la société des courtisanes ou des cafetières », article Sur lequel l'autorité militaire ne montre aucune sévérité. « On ne leur dit rien, sinon les engager à ménager leur argent. » Bugeaud, pour sa part, n'a pas les moyens d'entretenir une courtisane, et peut donc convaincre Phillis, vigilante, que dans son Corps de grenadiers, il est plus sage qu'il ne le serait dans un ermitage, et qu'il va à la messe tous les dimanches par plaisir et par dévotion. Il reconnaît quand même avoir aimé le bal des blanchisseuses, et s'être fort ennuyé à un concert donné par un joueur de harpe et une centaine de vélites musiciens : « C'eût été charmant s'il yavait eu plus de femmes », écrit-il ; mais par malchance, notre Thomas s'est trouvé assis entre deux laides qui ne l'ont entretenu que de sciences et de musique, auxquelles il n'entend rien... Grâce à ces femmes savantes, la vertu du vélite n'a pas été compromise.

En réalité, les seuls temps forts de la vie du jeune homme dans son camp de Fontainebleau sont constitués par les revues du maréchal Bessières, ou le passage de l'empereur. Ainsi, Thomas Bugeaud, vélite tout à fait inconnu de la septième compagnie, se trouve l'un des témoins de l'entrevue de l'empereur Napoléon et du pape Pie VII au château de Fontainebleau le 25 novembre 1804, avant le sacre. Il écrit alors aux demoiselles de La Piconnerie avec une excitation qui ne lui est pas coutumière. L'Empereur lui a adressé la parole ! « Il m'a parlé pour me demander s'il y avait des vélites dans une caserne séparée, devant laquelle il passait. Je répondis en le saluant, il me rendit mon salut, et passa outre avec la rapidité de l'éclair. » La légende impériale et la fidélité à son souvenir sont déjà en formation dans le cœur ému du jeune vélite, désigné le soir pour garder la chambre de « Madame Bonaparte », et charmé pendant un quart d'heure par la conversation d'une dame de sa suite, jolie et aimable. Il est apparemment moins touché par le spectacle du sacre de l'Empereur à Notre-Dame. Thomas, qui fait la haie avec quatre-vingt mille autres soldats, ne peut plus être distingué par l'empereur ; mais il est ébloui par la splendeur du cortège, le défilé des carrosses, l'illumination, et son imagination toujours vive s'enflamme : « Je me serais cru à l'Olympe », avoue-t-il, mais il ajoute aussitôt : « Si je n'avais senti les misères humaines » ! Car, à monter la garde ou à faire la haie pendant une dizaine de jours à la fin du mois de novembre et au début du mois de décembre, par un très grand froid, et souvent dans une boue abominable, le vélite a gagné une forte fièvre et entre à l'hôpital, selon son calendrier original, le 25 frimaire 1804 (16 décembre).

Il regrette alors la Durantie, son chien, son fusil et ses sœurs, préférables « à cette folle ambition qui fait quitter son chez-soi pour courir après la fortune à travers mille désagréments». Cet aveu de faiblesse est bref. Bugeaud apprend qu'on doit nommer des caporaux et que certains vélites vont être envoyés en Italie. Il espère être l'un d'eux et se porte volontaire.

Le camp de Courbevoie, ou l'ennui du vélite

La déception est immédiate, la désillusion amère. Les vélites quittent Fontainebleau à la hâte au début de février 1805 (« pluviôse 1805 »). «On nous avertit que, dans une heure, il faut être prêt et partir pour Paris, et de là en Italie. On ne nous donne pas une minute », écrit Thomas. Effectivement, les vélites parcourent les vingt lieues qui séparent Fontainebleau du camp de Courbevoie, point de rassemblement, en une vingtaine d'heures. Hélas, à Courbevoie, deux cents hommes seulement sont désignés pour l'Italie, au lieu de quatre cents. Bugeaud, qui faisait partie des quatre cents initialement désignés, est l'un de ceux qui, finalement, doivent rester – « à mon grand regret », commente-t-il.

Les jeunes vélites de Courbevoie sont alors admis dans la garde de l'Empereur, amalgamés aux anciens grenadiers de la Garde. L'unité est prestigieuse, mais c'est un nouveau contretemps. Car les vélites se trouvent ainsi privés de tout espoir d'avancement immédiat. Les anciens passent toujours avant les jeunes, ce que ne conteste pas Thomas, en l'occurrence modeste : « Il serait injuste que de jeunes blancs-becs qui ont six mois de services commandent jamais à ces vainqueurs de l'Europe ; c'est déjà beaucoup qu'on ait voulu nous placer dans leurs rangs. » Mais désormais, le regret et l'ennui dominent la vie du jeune soldat. Que faire du temps libre ? La vie d'une unité n'est plus celle d'une école. A Courbevoie, il est impossible de s'instruire. Le camp est installé dans un gros village, où l'on ne peut trouver ni livres ni maîtres ; il est également trop éloigné de Paris pour s'y distraire. Avide d'apprendre, Bugeaud se voit réduit à monter des gardes aux Tuileries, à manger et à dormir.

Quel est l'effet de l'ennui sur son esprit ? «Je n'ai d'autres ressources que le vice qui règne partout ici, [...] à ce prix je ne m'amuse guère, je préférerais m'ennuyer dans ma chambre que d'aller chercher dans de mauvais lieux une maîtresse vénale, ou de noyer dans le vin mes chagrins et mes ennuis. » Voilà que ce sujet nouveau occupe de longs passages dans sa correspondance ; les petites femmes de Courbevoie sont apparemment complaisantes, et il semblerait même qu'elles n'hésitent guère Sur les moyens de s'attacher les grenadiers de la Garde — est-ce le prestige de l'uniforme ? « Il n'en est pas un qui n'ait une maîtresse dans la classe des lingères de Paris, qui le blanchit, l'entretient, lui donne dimanche le produit du travail de la semaine » ! Thomas répète plusieurs fois qu'il refuse de s'avilir et de chercher une compagne, même temporaire, dans une société aussi peu vertueuse. On le Croirait volontiers, s'il le proclamait moins souvent, et s'il n'avouait un semblant d'aventure. Après une rencontre galante, la personne qui lui paraît au premier abord charmante et pleine d'esprit, le rebute ensuite en lui proposant de déserter et de s'enfuir avec elle, avant de se révéler n'être qu'un jeune homme perverti dont les manœuvres douteuses ont déjà enflammé plusieurs vélites inexpérimentés... L'anecdote est quand même un signe de naïveté, d'ignorance, et de prudence.

On le croirait aussi, si la vie militaire occupait de plus longs passages dans sa correspondance. Curieusement, ce n'est pas le cas. Il évoque pour s'en plaindre ses gardes aux Tuileries, il ne parle jamais de ses entraînements, de ses exercices, de ses compagnons de chambrée ; il n'exprime qu'un dégoût apparemment de plus en plus prononcé pour son métier, qui n'est pour lui que de l'oisiveté. « Ah, ma chère Phillis, si tu savais combien cet état m'ennuie, et comme j'apprends à apprécier la vie tranquille qu'on mène au milieu des siens, [...) si tu savais combien il est dur d'être soldat », écrit-il, en songeant d'ailleurs plus à la difficulté pour le vélite d'être admis en société qu'à la dureté du service quotidien, et par conséquent, à la solitude à laquelle il se trouve condamné. « Tu ne te fais pas idée comme cela change le caractère ; je me sens plus sensible, plus aimant, et ce qui autrefois faisait mon ennui ferait mon bonheur à présent. » Le vocabulaire du registre sensible et lyrique s'impose au jeune homme, qui regrette en ce printemps 1805 sa campagne limousine ou périgourdine. Phillis lui conseille alors de demander un congé de semestre ; il pourrait le passer à Bordeaux, où elle-même habite chez sa tante la comtesse Mac Carthy, née Sutton de Clonard ; de son côté, sa belle-sœur Célie lui annonce qu'elle l'attend à Limoges, ou à la Durantie. Enfin, Thomas semble avoir préparé son retour éventuel, et se réjouit par avance de retrouver les siens.

Mais Thomas n'est jamais longtemps rêveur ou sentimental, il aime son métier plus qu'il ne l'avoue, et, ambitieux, il veut ayant tout monter en grade et changer de condition. Une nouvelle fois, il songe à l'École militaire. Vélite, il pourrait rester dix ans sans grade, avant d'être officier dans la ligne, sauf en cas de campagnes. De l'École militaire, il sortirait lieutenant après deux années, et pourrait y acquérir les connaissances nécessaires à un avancement ultérieur ; malheureusement, il lui faudrait payer une forte somme, pour son entretien, son logement, son uniforme, et il devrait entamer sa maigre fortune, peut-être se faire avancer de l'argent. Est-ce réalisable ?

Phillis s'en inquiète brusquement, et Thomas cherche à la convaincre en argumentant ses espérances : sous-lieutenant sortant de l'École militaire, on a l'espoir d'avancer ; les officiers qui en sortent passent avant les officiers de fortune, tous ces anciens cadres de l'armée révolutionnaire qui ne savent rien. Il en appelle aussi à un nouvel appui, et va voir dans son hôtel parisien le comte Walsh de Serrant, se souvenant fort à propos qu'il se trouve apparenté à la famille Sutton de Clonard. Il s'agit sans doute de Joseph Alexis, émigré et rentré en France dès les premiers jours du Consulat, qui vient de prendre du service dans l'administration impériale ; son soutien doit être plus efficace que celui du sieur Blondeau. Et finalement, quel que soit le plaisir qu'il puisse trouver à un voyage dans sa famille, Thomas est tout disposé à y renoncer si sa carrière doit en pâtir. En avril 1805 (le « 17 germinal 1805 »), les vélites reçoivent de l'Empereur une médaille d'or en l'honneur de son couronnement. Du coup, le jeune homme s'en trouve ragaillardi, même s'il s'ennuie toujours au camp de Courbevoie.

Enfin, dans l'été 1805, le régiment des grenadiers de la Garde se trouve désigné pour le camp de Boulogne. Thomas Bugeaud, qui est au service depuis plus d'un an, et toujours sans grade, sent alors que sa vie peut changer, et n'entend pas laisser passer une telle occasion. Il ne parle plus de l'École militaire, ni de retour au pays.

Napoléon se préparait depuis 1804 à un grand projet de débarquement en Angleterre, et s'était lui-même rendu à Boulogne en mai. Les premières dispositions avaient été insuffisantes. De septembre 1804 à mars 1805, l'Autriche semblant sur le point d'attaquer du fait des empiètements de l'empereur en Italie, le projet paraît abandonné. Au printemps de 1805, encouragé par l'appui de l'Espagne, Napoléon revient à son grand projet. Il fait le 8 février un voyage éclair à Boulogne, et il expose en mars son plan naval. Villeneuve attirera les Anglais aux Antilles en partant de Toulon à la fin de mars, puis reviendra dans la Manche en les gagnant de vitesse. À son approche, Ganteaume sortira de la rade de Brest, empêchant ainsi les Anglais de passer s'ils se présentent, au moins le temps nécessaire pour que parviennent en Angleterre les troupes rassemblées au camp de Boulogne. Sous ce nom, il faut entendre la chaîne de camps qui, le long du littoral, constituent l'armée des côtes de l'Océan.

En bon Méditerranéen, l'Empereur ne connaît ni les fortes marées, ni les courants violents, ni les vents instables du pas de Calais. En bon Limousin, Bugeaud ne connaît rien de la mer, mais il rejoint sa nouvelle garnison avec une seule idée : grâce à l'Empereur, pour lui, tout peut commencer.

Source : Bugeaud, de Jean-Pierre Bois.

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