21 septembre 2020

Nicolas Guimbelot et la bataille d'Heilsberg

Mots-clés : Nicolas Guimbelot (1784-1862), garde impériale (vélites), infanterie de ligne (76e régiment), guerres napoléoniennes, bataille d'Heilsberg (1807), bataille des Arapiles (1812), bataille de Wavre (1815).

Fils de François Guimbelot et Jeanne Planty, demeurant au village de Chez-Manot, commune d'Eymouthiers, canton de Montbron (Charente).

Baptisé le 4 avril 1784 dans l'église d'Eymouthiers par Guillaume Boyer, curé de la paroisse. Ses parrains furent son frère, autre Nicolas Guimbelot, et sa grand-mère, Magdelaine de Labrousse.

Le père était un petit notable local au revenu modeste, chargé de 10 enfants, avec quelques relations.

Le jeune Guimbelot fut admis le 27 ventôse an XIII (18 mars 1805) dans le corps des chasseurs-vélites de la Garde impériale.

Il reçut une instruction militaire au château d'Écouen, puis intègra un bataillon de vélites à la suite des chasseurs à pied de la Vieille Garde.

Il assista aux victoires d'Austerlitz (1805) et d'Iéna (1806).

Il fut nommé caporal le 21 mai 1806, puis fut incorporé avec le même grade dans le nouveau régiment des fusiliers de la Garde, créé par décret du 19 septembre 1806.

Ce régiment de la jeune Garde impériale se distingua pendant la campagne de Pologne en Prusse orientale.

Le 8 février 1807, les fusiliers de la Garde participèrent à la bataille d'Eylau.

Un adjudant de l'état-major de l'école spéciale militaire de Saint-Cyr, ancien fusilier de la Garde, se plaisait à raconter aux jeunes élèves l'attaque du cimetière d'Eylau.

Le 75e bulletin de la Grande Armée rapporta que le 17 mai 1807, Napoléon 1er avait fait manœuvrer ses fusiliers de la Garde campés à proximité du château de Finckenstein, son quartier général.

Le 10 juin 1807, le caporal Guimbelot à la suite des fusiliers-chasseurs de la jeune Garde, fut blessé d'un coup de feu à la jambe droite, à la bataille d'Heilsberg entre les troupes françaises de Murat et Lannes d'une part, et les troupes russes de Bennigsen d'autre part.

Saint-Hilaire, historien de la Garde impériale, rapporta que les fusiliers-chasseurs de la jeune Garde, commandés par le général Savary... firent des prodiges en combattant avec une intrépidité qui les fit remarquer de toute l'armée. Le général Roussel, chef de l'état-major de la Garde, qui se trouvait au milieu d'eux, eut la tête emportée par un boulet. Le général Curial, colonel des fusiliers-chasseurs de la jeune Garde, fut grièvement blessé en combattant à la tête de ce régiment avec son courage accoutumé.

Barrès, officier de la Grande Armée, rapporta dans son journal que l’Empereur envoya deux régiments de jeune garde, fusiliers, chasseurs et grenadiers, organisés depuis quelques mois et arrivés à l’armée depuis peu de jours. Les redoutes furent enlevées, après un grand sacrifice d’hommes et d’héroïques efforts. Le général de division Roussel, chef d’état-major qui les commandait, eut la tête emportée, et beaucoup d’officiers et de sous-officiers de la Garde qui les avaient organisés, et dont plusieurs étaient de ma connaissance, y perdirent la vie.

Le jour suivant, avec les autres blessés il reçut la visite de Napoléon 1er.

Les blessures graves et lourdes pertes subies à l'affaire d'Heilsberg empêchèrent Guimbelot et son régiment de participer à la victoire de Friedland.

Néanmoins son aventure dans la Grande Armée ne s'arrêta pas là.

Après le traité de Tilsit, le 14 juillet 1807 il fut nommé sous-lieutenant au 76e régiment d'infanterie de ligne et partit en Espagne.

Lieutenant le 25 avril 1809, il fut blessé d'un coup de feu au bras droit, au combat du pont de Sampaio en Galice, le 8 juin 1809, entre les troupes françaises de Ney d'une part, et les troupes espagnoles de Morillo d'autre part.

Capitaine le 24 décembre 1811, il participa à la bataille des Arapiles le 22 juillet 1812, dans la brigade du général Desgraviers, mortellement blessé.

Le lendemain, au combat de Garcia Hernández, son bataillon du 76e de ligne fut attaqué par les dragons de la King's German Legion.

Prisonnier de guerre par les Britanniques, il fut détenu avec d'autres officiers français de 1812 à 1814 à Bishop's Castle.

Libéré après la guerre, il servit pendant les Cent-Jours en Belgique.

Le 18 juin 1815, il fut blessé d'un coup de feu à la joue gauche, au combat du pont du Christ à Wavre entre les troupes françaises de Grouchy d'une part, et les troupes prussiennes de Blücher d'autre part.

Après la chute finale de Napoléon 1er et le retour définitif des Bourbons, il fut placé en demi-solde.

En 1818, il figura parmi les souscripteurs de la Statistique du département de la Charente.

En 1819, il se maria dans l'église de Garat (Charente) avec Marie Dereix.

Sous Charles X, il fut maire de la commune d'Eymouthiers de 1826 à 1830.

En 1831, il fut nommé capitaine de la garde nationale d'Eymouthiers, et ré-intégré dans l'armée la même année.

Le 9 septembre 1832, il fut nommé chef de bataillon au 67e régiment d'infanterie de ligne, à l'armée d'Afrique.

Galibert signala l'action du 67e de ligne dans son ouvrage sur l'histoire de l'Algérie, qui faisant partie d'une expédition dirigée contre les indigènes, les 3 et 4 mai 1833, contribua à repousser les Arabes au passage du défilé de Boufarik.

Le 5 mai 1833, il fut nommé chevalier de la légion d'Honneur.

En 1835, il fut admis à la retraite et rentra à Eymouthiers.

En 1840, il fut l'un des témoins au mariage de sa nièce Adeline Guimbelot avec Thomas Labrousse, propriétaire demeurant au village de Puyservaud.

En 1857, il reçut la médaille commémorative de Saint-Hélène.

Il décéda le 18 octobre 1862, au village de Chez-Manot, à l'âge avancé de 78 ans.

Sans héritier direct, il légua la plupart de ses biens à son neveu, autre Nicolas Guimbelot, demeurant à Rochechouart (Haute-Vienne). Celui-ci le fit inhumer dans une chapelle privée.

Ce texte fait partie d'une série de quatre portraits de charentais entre deux siècles réalisés par Julien Roland.

Sources & bibliographie :

• Archives départementales de Charente - Registres de l'État-civil/série 3 E/commune Eymouthiers (Montbron).
• Archives nationales de France - Dossier de la chancellerie de la Légion d'honneur/1244/14 (Léonore).
• Archives nationales du Royaume-Uni - Registre des prisonniers de guerre de l'Amirauté/guerres napoléoniennes (1799-1815).

• Émile Marco de Saint-Hilaire, Histoire anecdotique, politique et militaire de la Garde impériale, 1845.
• Léon Galibert, L'Algérie ancienne et moderne, 1846.
• Aristide Martinien, Tableaux, par corps et par batailles, des officiers tués et blessés pendant les guerres de l'Empire, 1899.
• Jean-Baptiste Barrès, Souvenirs d'un officier de la Grande Armée, 1923.
• Alain Pigeard, La Garde impériale, 2005.
• Stéphane Calvet, Destins de braves, 2010.

guimbelot Illustration 1 : blason de Jean Guimbelot, chanoine de la cathédrale de Périgueux.

heilsberg Illustration 2 : tableau de Joseph-Nicolas Jouy, représentation de Napoléon 1er sur le champ de bataille d'Heilsberg.

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Lettre de Bennigsen à l'Empereur de Russie

Traduction d'une lettre du Général Benningsen à l'Empereur de Russie, il s'agit ici d'un rapport détaillé de la bataille d'Eylau, qui se déroula quatre mois avant celle d'Heilsberg.

« Konigsberg, 25 Mars, 1807.

Le 6 Février, je partis de Landsberg, avec mon armée qui, en raison de plusieurs détachements que j'avais faits, n'était forte que de soixante-dix mille hommes. L'armée française, composée des cinq corps des maréchaux Augereau, Soult, Murat, Davoust et Ney, qui furent joints, dans la soirée par Bernadotte, était forte de quatre-vingt-dix mille hommes; elle me suivit de près, et attaqua sans relâche mon arriere-garde, composée des brigades des généraux Marcoff, Bagawoust, et Barclay de Tolly, sous les ordres du prince Bagration.

Lorsque j'arrivai à Preussisch-Eylau, je fis prendre à mon armée une position à peu de distance derriere la ville, et donnai ordre à l'arriere-garde de se maintenir dans le poste qui lui avait été assigné, afin de protéger la marche de ma grosse artillerie à laquelle j'avais été obligé de faire faire un détour considérable, en partie, pour éviter des routes presqu'impraticables, et en partie pour faciliter la marche de mes colonnes. En même temps, je fis occuper la ville de Preussisch-Eylau par le Général Barclay de Tolly, et je détachai quelques régiments de la huilieine di, vision pour soutenir l'arriere-garde. Ce renfort mit le Général Marcoff en état de prendre une forte position, et d'élever une batterie. L'ennemi ne tarda pas à suivre le Général Marcoff, envoya ses troupes légeres en avant, et marcha en trois fortes colonnes contre les hauteurs occupées par le Général Marcoff. Ce Général envoya ces tirailleurs au-devant de l'ennemi, et commença une canonnade à mitrailles sur les colonnes; mais, comme elles continuerent à s'avancer, les régiments de Pskoff et de Sophie chargerent l'ennemi à la baïonnette, et disperserent une des colonnes. La seconde fut culbutée par le régiment des dragons de St. Pétersbourg, et presqu'anéantie; et la troisieme fut détruite par le feu de notre artillerie, commandée par le brave Colonel Jermaloff. L'ennemi commença alors à canonner notre ligne, et à marcher contre elle en quatre colonnes, tandis qu'une cinquieme colonne dirigea sa marche contre notre aile gauche, dans le dessein de la prendre en flanc. Les régiments de Pskoff et de Sophie étant trop faibles pour résister à cette charge, ils reçurent ordre de se replier, et le 21e de chasseurs, soutenus par le régiment des cuirassiers de la garde, les régiments de dragons de Kargopol et d'Ingermanland, et les hussards d'Elisabethgrod, eurent ordre d'attaquer. Les quatre régiments de cavalerie chargèrent la cavalerie ennemie qui allait prendre en flanc notre aile droite, et tuèrent beaucoup de monde à l'ennemi. Les batteries de la huitième division empêcherent l'ennemi d'approcher sur notre aile gauche; et le régiment de hussards d'Isum chargea l'enpemi, de ce côté, avec un grand succès.

Quoique battu sur tous les points, l'ennemi recevant des renforts de tous côtés, menaçait de couper nos troupes les plus avancées; en conséquence, je leur ordonnai de se retirer. Elles se retirèrent sur-le-champ, ainsi que la huitieme division, par Preussisch-Eylau; toute l'arrière-garde prit la même route, et rejoignit le corps d’armée qui était rangé dans l'ordre de bataille suivant :

Les 5e, 7e, 8e, 3e et 2e divisions formaient deux corps, dont le second était disposé en une seule colonne; la 4e et la 14e division composaient la réserve. L'aile droite était commandée par le Lieutenant-Général Toutschkoff; le centre, par le Lieutenant-Général Baron Sackens; l'aile gauche, par le Lieutenant-Général Comte Ostermann; et toute l'avant-garde, par le Prince Bagrathion. Toute la cavalerie, sous les ordres du Lieutenant-Général Prince Galitzin, couvrait les deux ailes, quoiqu'il y en eût une partie dans la ligne. Les hauteurs, situées en avant de mon front, étaient occupées par nos batteries. Le Général Barclay de Tolly, et l'artillerie à cheval du Colonel Jermaloff qui avait couvert la retraite de l'arriere-garde, était encore à Preussisch-Eylau; mais l'ennemi marcha contre la ville avec des forces si considérables, que le Général Barclay, quoiqu'il ait fait des prodiges de valeur, fut obligé de céder au nombre et de se retirer. Aussitôt que je m'en aperçus, j'envoyai la 4e division pour l'appuyer : elle marcha en trois colonnes, renversa tout ce qui voulut lui résister, et reprit la ville d'assaut. L'ennemi perdit considérablement de monde dans cette attaque, quoiqu'il eût placé des canons dans les rues, et qu'il tirât sur nous des fenêtres. Le Général Barclay fut blessé sévèrement au bras.

Lorsqu'à l'approche de la nuit, le feu de l'ennemi eut entierement cessé, je retirai toutes les troupes de la ville, dans le dessein de réunir toutes mes forces de l'autre côté, et de tout préparer pour une attaque générale, le lendemain; et, afin de n'être point exposé à une alerte de nuit, je plaçai la 4e division, que je renforçai du régiment d'Archangel, entre la ville et l'armée, tandis que le corps détaché du Général Barclay se tint très-près de l'aile gauche du Général Bagavoust.

Le 8 Février, à cinq heures du matin, je formai deux colonnes au milieu de ma position, et en donnai le commandement au Lieutenant-Général Doctoroff; je plaçai la troisième colonne, composée de la division du Général Conte Kaminskoi, à mon aile gauche. La brigade du Général Marcoff remplissait le vide qu'il y avait dans ma ligne, par la disposition en colonnes de la 7e division.

Au point du jour, l'ennemi traversa la ville, et j'envoyai à sa rencontre quelques régiments de chasseurs. J'aperçus, en même temps, plusieurs colonnes Françaises entre la ville et la hauteur qui est à la droite, et sur laquelle l'ennemi avait des batteries, qui, ainsi que les colonnes, menaçaient mon centre. Je fis sur-le-champ diriger le feu de nos batteries contre l'artillerie ennemie et sur les troupes qui défilaient de la ville, ce qui obligea les colonnes Françaises de s'arrêter.

D'un autre côté, la cavalerie Française, qui avait attaqué le Général Toutschkoff sur sa droite, fut obligée de se retirer par l'effet du feu de l'artillerie du Comte Sievers. L'ennemi s'efforça de prendre un village situé en avant de notre aile droite, et semblait menacer notre flanc droit avec des forces considérables; mais je réussis à le déloger promptement du village contre lequel j'envoyai le 24e régiinent de chasseurs et quelques autres tirailleurs. Dans les entrefaites, nous vîmes plusieurs colonnes des gardes Françaises qui traversaient Preussich-Eylau, et qui allaient attaquer mon aile droite et mon centre. Le Général Toutschkoff fit, sur-le-champ, avancer le Major-Général de Fock avec sa brigade qui, soutenue par deox régiments de dragons, chargea l'ennemi à la baïonnette, le chassa devant elle, et lui tua beaucoup de monde. L'ennemi se retira eix désordre, laissant derriere lui huit pieces de canon. Le Général Zapolsky qui, par ordre du Général Doctoroff, s'étendit avec une des colonnes de réserve qui étaient placées derriere le centre, reçut l'ennemi avec un feu de mousquetterie bien dirigé qui le força à se retirer, et, sans lui donner le temps de se rallier, le Général Zapolsky les chargea à la baïonnette, les culbuta, prit une aigle, et 130 hommes, Dans le même temps, plusieurs-escadrons de cavalerie Française, soutenas par de l'infanterie, s'avancerent sur la gauche de notre centre, et eurent la témérité de passer dans un interstice de notre avant-garde; mais ils furent attaqués par les Cosaques et quelque cavalerie avec une telle impétuosité qu'ils furent taillés en pièces et qu'il n'en échappa que dix-huit hommes. L'infanterie qui soutenait ces escadrons fut repoussée par le régiment des grenadiers de Moscow, sous le Prince Charles de Mecklenbourg Schwerin, et le régiment d'infanterie de Slusselbourg, que le Général d'Essen avait détachés à cet effet. L'infanterie ennemie se retira vers les colonnes qu'elle rejoignit, mais qui furent repoussées par notre Général Zapolsky.

Dans ce moment, cette colonne renforcée par deux autres colonnes de cavalerie Française, renouvela l'attaque, mais fut repoussée par les Généraux Somoff et Zapolsky, deux régiments de cavalerie qui avaient été postés derriere notre front, et qui tomberent alors sur l'ennemi avec une grande impétuosité. Le Comte O'Rourke, avec trois escadrons des hussards de Pawlogrod, torba sur la colonne pendant sa retraite, et la poursuivit jusqu'à ce qu'elle fût sous la protection du canon enneini. Les régiments de St. Pétersbourg, dragons, et de Wladimir, infanterie, prirent deux aigles. Dans sa retraite, l'ennemi abandonna vingt pièces de canon. Les tirailleurs du Général Sacken firent manquer l'attaque que l'ennemi fit sur notre aile droite. Le Général Bagavoust qui occupait la village de Serpallen avec un détachement de l'avant-garde, fut attaqué, au point du jour; il se défendit avec ses tirailleurs seulement; mais la manouvre de l'ennemi indiquant l'intention de faire le tour du village, le Général Kochowsky, avec son régiment de ulhans Lithuaniens, et le régiment de cuirassiers de la petite Russie, marcha sur l'ennemi et le força à se retirer dans le plus grand désordre, et à se jeter dans un bois. Les mêmes régiments tomberent sur d'autres colonnes d'infanterie Française qui s'avançaient, appuyées par de la cavalerie, sur notre centre, repousserent ces colonnes, les mirent en désordre, tuerent 300 hommes, et firent 67 prisonniers, parmi lesquels se trouvaient quatre officiers.

Le Général de Pahlen, avec la brigade de cavalerie du Général de Korff, attaquerent diverses colonnes Françaises qui marchaient contre la division du Général de Sacken, les culbutèrent et prirent une aigle. Le régiment des hussards d'Isum et celui des dragons de Courlande, firent avec le même succès plusieurs charges contre l'ennemi, qui se voyant ainsi repoussé de tous côtés avec tant de vigueur et avec une perte considérable, rassembla ses forces du mieux qu'il put, et les forma en colonnes considérables qui se portèrent sur notre aile gauche dans le dessein de la tour

Le Général Bagavoust étant trop faible pour résister à des forces aussi supérieures, se trouva obligé d'évacuer et d'incendier le village de Serpallen, qu'il avait occupé jusques-là, afin de prendre une autre position. Sa cavalerie, qui était postée en avant de lui, attaqua l'ennemi à plusieurs reprises, mais fut enfin obligée de se retirer derrière notre aile gauche. Pendant ce temps-là, l'ennemi continuait à se renforcer, et exécutait son plan de tourner notre gauche.

Le Général Kaminsky, qui avait déjà envoyé quel ques renforts au Général Bagavoust, envoya alors à sa gauche les régiments de Uglitz et Kostroma, et fit occuper le village de Vilen-Sansgarten par le régiment de Resan. Le Comte Ostermann voyant s'avancer sur lui une force très-supérieure, jugea nécessaire de faire retirer sa gauche en arrière; le Général Bagavoust la rejoignit peu de temps après, pendant que de fortes colonnes Françaises s'avançaient rapidement, avec une artillerie considérable et des tirailleurs en avant, et étaient presque au moment de nous tourner. Quoique le Comte Ostermann eût reçu l'ennemi avec un feu de mousqueterie très-vif, et l'eût chargé à plusieurs reprises à la bayopette, il fut obligé de céder, malgré ses efforts continuels. L'ennemi passait déjà derrière notre gauche, et obligeait les divisions de Sacken et d'Osterman de prendre position en arriere, en multipliant toutes ses attaques sur ce seul point, et nous forçant vigoureusement à reculer. Je fis avancer alors mon artillerie à cheval, Le Général Kutaisoff et le Colonel Jarmatoff posterent leurs batteries sur une hauteur et firent un feu si vif sur l'ennemi qu'il s'arrêta sur-le-champ, évacua la ferme d'Auk Cappen qu'il avait occupée, et s'enfuit dans le plus grand désordre. En même temps, le Général Tschaplitz qui commandait un détachement de cavalerie, attaqua l'ennemi dans le village de Kluskitten, l'en chassa, ehargea les colonnes de l'ennemi, et les anéantit presque entierement.

Pendant que ces événements se passaient, le Lieutenant-Général Lestocq arriva sur le champ de bataille avec le corps de Prussiens qu'il commandait, et deux régiments d'infanterie russe, venant en toute hâte renforcer notre aile gauche. Aussitôt qu'il eut joint la division du Général Kamenskoi et le détachement du Général Von Tschaplitz, il marcha sur l'ennemi, faisant toujours un feu très-vif de sa batterie. Il se porta avec rapidité sur la gauche de l'ennemi, dans le dessein de le tourner, et le poursuivit jusqu'à ce que la nuit fût venue, qui lui fit lever la pour suite. L'arrivée du Lieutenant-Général Lestocq et l'actis vité avec laquelle il exécuta tous ses mouvements, contri, buerent beaucoup à nous assurer la vieteirë. Tandis que les balteries de notre gauche caponaient vivement l'ennemi, et pendant que le Général Lestocq commençait à le poursuivre, l'ennemi qui avait occupé le village de Schloditten, n'osa pas attaquer notre aile droite, qui ne consistait que dans la seule division du Général Tautschoff, parce qu'elle était protégée par le feu d'une forte batterie Prussienne, que le General Fock y avait placée sur une éminence. À la tombée de la nuit, je fis chasser l'ennemi du village de Schloditten, où il perdit bon nombre d'hommes. Les Cosaques se distinguèrent particulierement pendant la bataille, et firent 470 prisonniers.

Cette sanglante bataille qui commença le 7 Février à trois heures après-midi, se termina le lendemain à minuit. La perte de l'ennemi, de son propre aveu, s'éleve à 30 mille hommes tués et 12000 blessés; nous avons fait 2000 prisonnjers, et il est tombé 12 aigles en notre pouvoir. Notre perte consiste en 12000 tués et 7900 blessés. Il y a eu quatorze généraux Français de tués ou blessés. Nous avons neuf officiers-généraux blessés, mais la plupart si légèrement qu'ils ont déjà rejoint l'armée.

Je manquerais au premier de mes devoirs, si j'oubliais de rendre aux troupes de Sa Majesté le témoignage honorable qui leur est dû à si juste titre, pour la bravoure et la persévérance qu'elles ont montrée, et d'assurer Votre Majesté que son armée, en acquérant une nouvelle gloire immortelle, a offert au monde l'exemple et la preuve à jamais mémorable de tout ce que peut faire un peuple qui combat pour la défense de son pays, et pour remplir, au prix de son sang et de sa vie, les vues généreuses d'un monarque qu'il adore. C'est en vain que Buonaparte a prodigué ses vastes ressources; en vain il a cherché à exciter le courage de ses soldats; en vain il a sacrifié une portion considérable de son armée : la bravoure et la constance de l'armée Russe ont résisté à tous ses efforts, et lui ont enfin arraché une victoire long-temps douteuse.

Comme je suis resté maître du champ de bataille, j'y suis demeuré toute la nuit, et j'ai considéré alors ce qu'il y avait à faire. Je suis fort aise aujourd'hui d'avoir pris la détermination de me porter vers Konigsberg; je pouvais m'y procurer d'abondantes ressources de toute espèce pour l'armée, et donner à mes soldats, après des travaux si longs et si glorieux, le repos dont ils avaient besoin, tandis que l'armée Française affaiblie et découragée, restait sous les armes. J'espérais, en me portant ainsi en arrière, engager l'armée Française à me suivre; mais il n'y a eu que douze régiments de cavalerie, sous le commandement du Maréchal Murat, qui l'aient tenté, et ils ont été presque détruits auprès de Mansfeld. Après cette nouvelle perte, l'ennemi a commencé sa retraite.

(Signé)

Le baron de Bennigsen. »

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Le Général Bennigsen (1745-1826)

(Léonce-Léontiévitch, comte Bennigsen) (1745-1826), originaire du Hanovre, page à dix ans, lieutenant à la Garde à pied à quatorze, prit part à la guerre de Sept Ans et, en 1773, alors qu'il était déjà lieutenant-colonel, passa au service russe comme major au Régiment des Mousquetaires de Viatka. Il fit les deux guerres de Turquie et, au cours de la deuxième, il se distingua à la tête du régiment de cavalerie légère d'Izioume par son énergie et son sang-froid. Brigadier en 1790, il prend part à la guerre contre la Pologne, qui lui vaut le grade de Général-Major, la croix de Saint-Georges de 3e classe, une épée d'or et 1.080 paysans. Envoyé en Perse, il se distingue à la prise de Derbent et est promu Général Lieutenant en 1797. Paul Ier, d'abord bien disposé à son égard, le mit à la retraite en 1798, mais le réintégra bientôt dans les cadres et l'envoya à la Ligne du Caucase. En 1801, il répondit à l'appel de Pahlen et vint en secret à Saint-Pétersbourg, prit une part active au complot et joua le rôle d'assassin dans tout ce qu'il a de hideux et de répugnant. Cynique, sans morale et sans principes, il eut dans la suite l'audace de prétendre effrontément que le but véritable de la conjuration lui était inconnu et qu'il n'avait pas à rougir d'avoir trempé dans la tragédie du 11 mars. Alexandre Ier le nomma en 1801 Gouverneur militaire de Vilna et, en 1802, général de cavalerie. Il fit avec son corps la campagne de 1806, livra la bataille de Pultusk, mais sans pouvoir tirer un parti sérieux de sa victoire qu'il représenta dans son rapport comme la défaite de l'armée française tout entière, commandée par Napoléon en personne et qui lui valut la Saint-Georges de 2e classe et le titre de Commandant en chef. Peu après à Eylau, il se rencontra avec Napoléon lui-même. Bien que victorieux, il battit en retraite et donna ainsi à Napoléon la possibilité de s'attribuer la victoire. Pourtant son rapport fit sensation. On l'appela le Vainqueur de l'Invincible et il reçut le cordon de Saint-André avec une pension de 12.000 roubles. Ses opérations ultérieures ne furent pas couronnées de succès ; puis vint la défaite de Friedland et sa mise à la retraite. Rappelé en activité en 1812, il fut pris comme Chef d'Etat-Major par Koutouzoil, se distingua à Borodino, remporta la victoire de Taroutino et quitta peu après l'armée. Il ne se lassait pas de critiquer les actes du général en chef, ne reculant ni devant la délation, ni devant la calomnie jusqu'au jour où Koutousoff, mis au courant par l'Empereur qui lui communiqua un de ces rapports, exigea le renvoi de son Chef d'État-Major. Commandant une des armées d'opération en Allemagne en 1813, la bataille de Leipzig lui valut le titre de comte, et le siège de Hambourg, la croix de Saint-Georges de 1re classe. Commandant en chef la 2e armée en 1814, il fut relevé de ses fonctions en 1818 à la suite d'une inspection où P. D. Kisseleff le déclara vieux et affaibli, peu familiarisé avec la langue et les lois russes et bon par suite à servir de jouet à des mains expertes. Il se retira en Hanovre dans son domaine familial de Banteln, où il mourut le 22 Septembre 1826. Bennigsen fut un des derniers représentants des mercenaires étrangers, genre Condottieri. Après quarante-cinq ans de service en Russie, comblé de faveurs par le Tzar, possesseur en Russie d'immenses propriétés, il resta Hanovrien jusqu'à son dernier jour, résistant à la fusion avec sa seconde patrie, refusant même d'apprendre convenablement le russe : « Rester éternellement dans la nationalité russe n'a jamais été mon intention et le serment ne m'y oblige pas », note-t-il lui-même sur ses Etats de service.

Source : Le Général de Stamford, d'après sa correspondance inédite (1793-1806), de Maurice-Henri Weil.

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La bataille d'Heilsberg par Jean Thiry

Le 10 juin au matin, l'Armée se mit en marche sur Heilsberg, située sur l’Alle, dans la direction de Friedland. L'armée russe y était campée sur les deux rives et sur des hauteurs, où se trouvaient des redoutes ; quatre ponts reliaient la rive droite à la rive gauche pour permettre de rapides mouvements de troupes. L'armée française étant attendue sur la rive gauche, Bennigsen y avait établi le gros de ses forces, à l'abri d'une nombreuse artillerie postée dans trois redoutes où se trouvait le corps de Kamenski. Douze bataillons servaient de réserve ; à droite, se trouvaient les cavaleries russe et prussienne ; les cosaques avaient pris position à l'extrême droite. Sur la rive droite, Bennigsen avait seulement placé la division Bagration et la garde impériale russe. L'ensemble de ce dispositif était imposant et il était de nature à empêcher l'avance d'un ennemi moins résolu que n'étaient alors les soldats français.

Murat, avec la cavalerie, et Soult, avec son corps d’armée, formaient l'avant-garde de la Grande Armée. La prudence eût voulu qu'en voyant l'armée russe, ces deux maréchaux attendissent les renforts amenés par l'Empereur. Mais Murat se précipita sur les redoutes et une partie du corps de Soult fut reçue par une mitraille et une fusillade qui firent de grands ravages. Cavaliers et fantassins durent rebrousser chemin. Les escadrons de Murat vinrent se reformer en arrière, mais sur la droite une division d'infanterie tout entière lâcha pied et recula dans le plus grand désordre en criant néanmoins : « Vive l’Empereur ! » comme si elle eût marché à l'ennemi. Murat en frémit de rage, faisant des bonds d'un pied sur son cheval et ordonnant à ses aides de camp d'aller rallier les fuyards : « C'est votre métier, Messieurs, leur disait-il, partez. » Malgré cet incident, les régiments de Soult, de position en position, repoussèrent l'ennemi jusqu'à une ligne de redoutes construites à un quart de lieue d'Heilsberg. L'infanterie française, animée par le succès, enleva quelques-unes de ces redoutes, mais elle fut repoussée finalement par la nombreuse artillerie de position de l'ennemi et par les importants renforts qu'il recevait constamment

L'Empereur qui était arrivé sur le champ de bataille, voyant le désordre, ordonna à Savary de se porter en avant avec douze canons et la brigade de fusiliers de la Garde, composée de jeunes gens nouvellement arrivés. Savary, après avoir franchi un défilé, arriva sur le plateau, déploya ses deux bataillons et serra ses deux ailes en colonnes. Il fut aussitôt enveloppé par la déroute de notre cavalerie, qui revenait pêle-mêle sur le défilé avec la cavalerie russe. Il ouvrit le feu sur tout son front et il arriva à retarder la cavalerie russe, ce qui permit à la cavalerie française de se reformer.

Les Russes avaient fait suivre leur cavalerie par de l'artillerie et de l'infanterie, et Savary se trouvait en danger quand la division Saint-Hilaire qui était à sa droite, et la division Verdier, du corps de Lannes, qui était à sa gauche, joignirent leurs feux aux siens et arrêtèrent l'ennemi. Murat envoya à Savary l'ordre d'avancer, mais celui-ci dont l'artillerie ripostait avec rapidité à celle des Russes, répondit qu'il ne le pouvait pas. La division légère de Lasalle fut mise dans la déroute la plus complète et il se jeta dans un carré d'infanterie formé par un bataillon du 105e régiment pour ne pas être pris. Murat et Soult s'y trouvaient déjà. Ne se laissant pas entamer, bien qu'enveloppé de la cavalerie russe, ce bataillon fit une retraite en bon ordre, repoussant par un feu nourri toutes les charges des escadrons ennemis. Bien qu'en seconde ligne, les fusiliers chasseurs de la Garde eurent à soutenir un choc inattendu, celui du 14e de ligne qui, ébranlé, refluait en désordre sur eux. Menacés d'être entraînés par les fuyards, les fusiliers chasseurs n'hésitèrent pas à croiser la baïonnette sur ce régiment comme ils l'eussent fait sur l'ennemi et ils parvinrent ainsi à se maintenir et à faire reprendre l'offensive au 14e de ligne qui ne tarda pas à regagner le terrain perdu.

Les renforts français arrivaient ; la division Verdier, du corps de Lannes, déborda l'ennemi, afin de lui couper le chemin de Landsberg ; plusieurs divisions russes furent mises en déroute et à neuf heures du soir l'armée française était sur les retranchements de l'ennemi.

La nuit était tombée et 30 000 Français, exposés au feu de l'ennemi, avaient lutté victorieusement contre 90 000 Russes bien retranchés.

Napoléon passa la journée du 11 juin sur le champ de bataille, plaçant ses corps d'armée et ses divisions qui affluaient de manière à obtenir une bataille décisive. L'Empereur visita les blessés de la Garde entassés dans des hangars, évacués la veille par les Russes. Des bras et des jambes coupés, jetés, ça et là, autour des ambulances attestaient la gravité des blessures reçues. Entouré du maréchal Bessières et du chirurgien Larrey, l'Empereur parla aux blessés, donna des ordres pour les secourir. Un jeune officier polonais qui avait servi dans l'armée russe et qui, blessé, était d'une faiblesse extrême, dit à Napoléon : « Sire, faites-moi guérir, et je suivrai César, comme j'ai servi Alexandre. »

Le général Bennigsen qui avait la maladie de la pierre et qui souffrait cruellement, passa la nuit au bivouac, enveloppé dans son manteau. Il vit au jour arriver le corps de Lannes, puis à sa gauche, le corps de Davout, puis la Garde à pied et la Garde à cheval.

A quatre heures de l'après-midi, Napoléon ordonna à Davout de faire un changement de front par son extrémité droite, de telle sorte qu'il intercepta complètement le chemin d'Eylau.

Les Russes étaient ainsi bloqués dans leur camp retranché, sur la position qu'eux-mêmes avaient choisie. Mais Bennigsen, craignant d'être tourné par Davout, se décida à la retraite et il ordonna à Kamenski de partir le premier sur la route de Koenigsberg. Bennigsen se mit en marche dans le cours de la journée du 11 juin, sur la rive droite de l’Alle, marchant en quatre colonnes sur Barenstein.

Napoléon entra à quatre heures du matin à Heilsberg où il trouva plusieurs milliers de quintaux de farine et beaucoup de denrées de diverses sortes. La ville était pleine de blessés russes. Ses plans n'étaient pas changés et il voulait toujours marcher sur Konigsberg, base d'opérations de l'ennemi.

Source : Eylau, Friedland, Tilsit, de Jean Thiry.

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La bataille d'Heilsberg par Adolphe Thiers

Le 10 juin en effet on marcha par la rive gauche de l'Alle sur Heilsberg. Il fallait franchir un défilé près d'un village appelé Bewerniken. On y trouva une forte arrière-garde, qui fut bientôt repoussée, et on déboucha en vue des positions. occupées par l'armée russe.

Après tant de démonstrations présomptueuses, le général ennemi devait éprouver la tentation de ne pas fuir si vite, et de s'arrêter afin de combattre, surtout dans une position où beaucoup de précautions avaient été prises, pour rendre moins .désavantageuses les chances d'une grande bataille. Mais c'était peu sage, car le temps devenait précieux, si on voulait n'être pas coupé de Kœnigsberg. Néanmoins l'orgueil parlant plus haut que la raison, le général Benningsen résolut d'attendre devant Heilsberg l'armée française.

Heilsberg est située sur des hauteurs, entre lesquelles circule la rivière de l'Alle. De nombreuses redoutes avaient été construites sur ces hauteurs. L'armée russe les occupait, partagée entre les deux rives de l'Alle. Cet inconvénient assez grave était racheté par quatre ponts, établis dans des rentrants bien abrités, et permettant de porter des troupes d'un bord à l'autre. D'après toutes les indications les Français devant arriver par la rive gauche de l'Aile, on avait accumulé de ce côté la plus grande partie des troupes russes. Le général Benningsen n'avait laissé dans les redoutes de la rive droite que la garde impériale, et la division Bagration fatiguée des combats livrés les jours précédents. Des batteries avaient été disposées pour tirer d'un bord à l'autre. Sur la rive gauche, par laquelle nous devions attaquer, se voyait le gros de l'armée ennemie, sous la protection de trois redoutes hérissées d'artillerie. Le général Kamenski, qui avait rejoint dans la journée du 10, défendait ces redoutes. Derrière, et un peu au-dessus, l'infanterie russe était rangée sur deux lignes. Le premier et le troisième bataillon de chaque régiment, entièrement déployés, composaient la première ligne. Le second bataillon formé en colonne derrière les premiers, et dans leurs intervalles, composait la seconde. Douze bataillons, placés un peu plus loin, étaient destinés à servir de ré- serve. Sur le prolongement de cette ligne de bataille, et faisant un crochet à droite en arrière, se trouvait toute la cavalerie russe, renforcée par la cavalerie prussienne, et présentant une masse d'escadrons au delà de toutes les proportions ordinaires. Plus à droite enfin, vers Konegen, les cosaques étaient en observation. Des détachements d'infanterie légère occupaient quelques bouquets de bois, semés çà et là, en avant de la position. Les Français arrivant sur Heilsberg, avaient donc à essuyer, en flanc le feu des redoutes de la rive droite, de front le feu des redoutes de la rive gauche, plus les attaques d'une infanterie nombreuse, et les charges d'une cavalerie plus nombreuse encore. Mais entraînés par l'ardeur du succès, persuadés que l'ennemi ne songeait qu'à s'enfuir, et pressés de lui arracher quelques trophées avant qu'il eût le temps de s'échapper, ils ne tenaient compte ni du nombre ni des positions. Cet esprit était commun aux soldats comme aux généraux. Napoléon n'étant pas encore là pour contenir leur ardeur, le prince Murat et le maréchal Soult en débouchant sur Heilsberg, abordèrent les Russes, avant d'être suivis par le reste de l'armée. Le prince Bagration placé d'abord à la rive droite, avait été rapidement porté à la rive gauche, pour défendre le défilé de Bewerniken, et le général Benningsen l'avait fait appuyer par le général Uwarow avec vingt-cinq escadrons. Le maréchal Soult après avoir forcé le défilé, eut soin de placer 36 pièces de canon en batterie, ce qui facilita beaucoup le déploiement de ses troupes. La division Carra-Saint-Cyr se présenta la première, en colonne par brigades, et culbuta l'infanterie russe au delà d'un ravin qui descendait du village de Lawden à l'Aile. A la faveur de ce mouvement la cavalerie de Murat put se déployer ; mais harassée de fatigue, n'étant pas encore réunie tout entière, et assaillie au moment où elle se formait par les vingt-cinq escadrons du général Uwa- row, elle perdit du terrain, courut se reformer en arrière, chargea de nouveau, et reprit l'avantage. La division Carra-Saint-Cyr bordait le ravin au delà duquel elle avait rejeté les Russes. Canonnée de front par les redoutes de la rive gauche, de flanc par celles de la rive droite, elle eut cruellement à souffrir. La division Saint-Hilaire vint la remplacer au feu, en passant en colonnes serrées, à travers les intervalles de notre ligne de bataille. Cette brave division Saint- Hilaire franchit le ravin, refoula les Russes, et les suivit jusqu'au pied des trois redoutes, qui couvraient leur centre, tandis que la cavalerie de Murât se jetait sur la cavalerie du prince Bagration, la taillait en pièces, et tuait le général Koring. Sur ces entrefaites la division Legrand, troisième du maréchal Soult, était arrivée, et prenait position à notre gauche, en avant du village de Lawden. Elle avait repoussé les tirailleurs ennemis des bouquets de bois placés entre les deux armées, et elle était parvenue, elle aussi, au pied des redoutes, qui faisaient la force de la position des Russes. Alors le général Legrand détacha le 26e léger, pour attaquer celle des trois redoutes qui se trouvait à sa portée. Cet intrépide régiment s'y élança au pas de course, y pénétra malgré les troupes du général Kamenski, en resta maître après un combat acharné. Mais l'officier qui commandait l'artillerie ennemie, ayant fait enlever ses canons au galop, les porta rapidement en arrière, sur le terrain qui dominait la redoute, et couvrit de mitraille le 26e auquel il causa des pertes énormes. Au même instant le général russe Warnek, apercevant la mauvaise situation du 26e, se jeta sur lui à la tête du régiment de Kalouga, et reprit la redoute. Le 55e qui formait la gauche de la division Saint-Hilaire, et qui était voisin du 26e, vint à son secours, mais ne put rétablir les affaires. Il fut obligé de se rallier à sa division, après avoir perdu son aigle. Nos soldats demeurèrent ainsi exposés au feu d'une nombreuse et puissante artillerie, sans en être ébranlés. Le général Benningsen voulut alors se servir de son immense cavalerie, et fit exécuter plusieurs charges sur les divisions Legrand et Saint-Hilaire. Celles-ci supportèrent ces charges avec un admirable sang-froid , et donnèrent à la cavalerie française le temps de se former derrière elles, pour charger à son tour les escadrons russes. Le maréchal Soult placé au milieu de l'un des carrés, dans lesquels se trouvaient pêle-mêle des Français, des Russes, des fantassins blessés, des cavaliers démontés, maintenait tout le monde dans le devoir par l'énergie de son attitude. Napoléon, qui était encore éloigné du lieu de ce combat, avait donné au général Savary, dès qu'il avait entendu le canon, les jeunes fusiliers de la garde, pour venir au secours des corps qui s'étaient témérairement engagés. Le général Savary hâtant le pas, prit position entre les divisions Saint-Hilaire et Legrand. Formé en carré, il essuya long-temps les charges de la cavalerie russe, qu'un horrible feu des redoutes aurait rendues dangereuses, si nos troupes avaient été moins fermes, et moins bien commandées. Le brave général Roussel, qui se trouvait l'épée à la main au milieu des fusiliers de la garde, eut la tête emportée par un boulet de canon. Cette action imprudente, dans laquelle 30 mille Français combattaient à découvert contre 90 mille Russes abrités par des redoutes, se prolongea jusque fort avant dans la nuit. Le maréchal Lannes parut enfin à l'extrême droite, fit tâter la position de l'ennemi, mais ne voulut rien entreprendre sans les ordres de l'Empereur. La canonnade cessa bientôt de retentir, et chacun par une nuit pluvieuse, essaya en se couchant à terre, de prendre un peu de repos. Les Russes, plus nombreux et plus serrés que nous, avaient essuyé une perte très-supérieure à la nôtre. Ils comptaient trois mille morts, et sept ou huit mille blessés. Nous avions eu deux mille morts, et cinq mille blessés.

Napoléon arrivé tard, parce qu'il n'avait pas supposé que l'ennemi s'arrêtât sitôt pour lui résister, fut fort satisfait de l'énergie de ses troupes, mais beaucoup moins de leur extrême empressement à s'engager, et résolut d'attendre au lendemain, pour livrer bataille avec ses forces réunies, si les Russes persistaient à défendre la position d'Heilsberg, ou pour les suivre à outrance, s'ils décampaient. Il bivouaqua avec ses soldats sur ce champ de carnage, où gisaient 18 mille Russes et Français, morts, mourants, et blessés.

Le général Benningsen, en proie à des souffrances aiguës, et à de grandes perplexités, passa la nuit au bivouac enveloppé dans son manteau. Il faut une âme forte pour braver à la fois la douleur physique et la douleur morale. Le général Benningsen était capable de supporter l'une et l'autre. Partagé entre la satisfaction d'avoir tenu tête aux Français, et la crainte de les avoir tous sur les bras le lendemain , il attendit le jour pour prendre un parti. De leur côté, nos troupes étaient debout dès quatre heures du matin, ramassant les blessés , échangeant des coups de fusil avec les avant-postes ennemis. Nos corps d'armée prenaient successivement position. Le maréchal Lannes était venu se placer la veille à la gauche du maréchal Soult, le corps du maréchal Davout commençait à se montrer à la gauche du maréchal Lannes, vers Grossendorf. La garde à pied et à cheval se déployait sur les hauteurs en arrière, et tout annonçait une attaque décisive avec des masses formidables. Cet aspect, mais surtout la vue du corps du maréchal Davout, qui débordait à Grossendorf l'armée russe, et semblait même se diriger sur Kœnigsberg, déterminèrent le général Benningsen à la retraite. Il ne voulut pas perdre à la fois une journée et une bataille, et s'exposer à venir au secours de Kœnigsberg, peut-être trop tard, peut-être à moitié détruit. Le général Kamenski dut partir le premier, afin de gagner à temps la route de Kœnigsberg , et de se joindre aux Prussiens avec lesquels il était habitué à combattre. Après avoir retiré d'Heilsberg tout ce qu'on pouvait transporter, le général Benningsen se mit lui-même en marche avec son armée, par la rive droite de l'Allé, dans le courant de la journée du 11. Il s'achemina en quatre colonnes sur Bartenstein, premier poste après Heilsberg. Son quartier-général y avait longtemps résidé.

Napoléon employa une partie du jour à observer cette position, et s'il ne mit point à l'attaquer sa promptitude accoutumée, c'est qu'il était peu pressé de livrer bataille sur un terrain pareil, et qu'il ne doutait pas en poussant sa gauche en avant, d'obliger l'armée russe à décamper par une simple démonstration. Les choses se passant comme il l'avait prévu, il entra le soir même dans Heilsberg, et s'y établit avec sa garde. Il y trouva des magasins assez considérables, beaucoup de blessés russes, qu'il fit soigner comme les blessés français, et dont le nombre attestait que l'armée ennemie avait perdu la veille 10 à 11 mille hommes.

La journée d'Heilsberg n'avait pas pu changer les plans de Napoléon. Il devait toujours tendre à déborder les Russes, à les séparer de Kœnigsberg, et il profiter du premier faux mouvement qu'ils feraient pour rejoindre cette place importante, qui était leur base d'opération. Ils ne s'étaient pas présentés à lui cette fois, dans une situation qui lui permît de les accabler, mais l'occasion favorable qu'il attendait, ne pouvait tarder de se présenter. Pour qu'elle manquât, il aurait fallu que le général Benningsen, dans la difficile position où il était placé, ne commît pas une faute.

Source : Histoire du Consulat et de l'Empire, d'Adolphe Thiers.

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Mémoires de Savary

Après l'affaire de Guttstadt, les Russes vinrent pour forcer aussi le maréchal Bernadette dans sa tête de pont de Spanden; ils y furent repoussés, et le maréchal blessé à la tête par une balle qui lui entra derrière l'oreille. Il fut obligé de quitter l'armée, et fut relevé parle général Victor, qui venait d'être échangé contre le général Blücher, pris à Lubeck, comme on peut se le rappeler.

Les Russes firent la faute de ne pas se retirer de suite et de nous donner le temps d'arriver.

Le maréchal Soult, qui était à la gauche du maréchal Ney, vint sur Guttstadt; la droite, pu était le corps du maréchal Davout se porta également d'Osterode sur Guttstadt.

Le général Victor et le maréchal Mortier, qui étaient à la gauche et au centre, marchèrent devant eux, en passant la Passarge à Spanden.

Les grenadiers réunis, la garde, ainsi que des troupes nouvellement arrivées de France en poste, marchèrent aussi des environs de Finkenstein sur Guttstadt; la cavalerie en fit de même.

Ce mouvement s'exécuta avec une rapidité incroyable; le 8 juin, tout était concentré derrière la Passarge, que l'on passa le 9. On poussa devant soi. la cavalerie légère ennemie, et on entra le même soir a Guttstadt. Le 10, de grand matin, l'on partit en descendant l'Aile, et vers le soir on accula l'arrière-garde ennemie sur le bord de cette rivière, à Heilsberg; la majeure partie de l'armée ennemie occupait la rive droite, qui est beaucoup plus élevée que la rive gauche; toute son artillerie y était portée.

Le grand-duc de Berg s'entêta à faire donner plusieurs fois sa cavalerie, qui avait fait des merveilles toute la matinée, mais qui, arrivée sous le feu de ce canon, fut assaillie de boulets qui l'obligèrent à rétrograder; elle le fit en désordre; les Russes la firent poursuivre par quelques escadrons qui achevèrent de la mettre en déroute totale.

Heureusement pour elle, ['empereur, qui, du point où il observait, l'avait vue s'engager maladroitement, avait bien vite fait marcher la brigade des fusiliers de la garde avec douze pièces de canon pour prévenir une échauffourée; il m'en donna le commandement.

Cette brigade, nouvellement formée, n'était pas encore une troupe sûre, Elle était composée de deux régimens de très beaux jeunes gens.

Pour arriver dans la plaine où manœuvrait le grand-duc de Berg, j'avais un long défilé de marais et un village à traverser; je ne me mis pas en mouvement sans inquiétude, parce que c'était le seul chemin par lequel notre cavalerie pouvait se retirer, si elle avait été culbutée avant que j'eusse achevé de passer; cependant il le fallait, et je le fis au pas le plus accéléré possible, et sur te plus grand front que je pouvais montrer bien m'en prit, car à peine étais-je formé dans la plaine, à, deux cent cinquante toises de l'autre côté du défilé, ayant en avant deux bataillons déployés et mes deux ailes serrées en colonne, et à peine ma dernière pièce était-elle en batterie, que je fus enveloppé par la déroute de notre cavalerie, qui revenait sur le défilé pêle-mêle avec la cavalerie russe. Je n'eus que le temps d'ouvrir le feu de tout mon front; il arrêta la cavalerie russe et donna à la nôtre le temps de se rallier et de se reformer.

Les Russes avaient fait suivre leur cavalerie par de l'infanterie et du canon, qu'ils avaient placé dans des redoutes ébauchées, en avant de Heilsberg, du côté par où nous arrivions. Il fallut s'engager avec ceux-là, La canonnade et la fusillade furent vives, et j'aurais eu une mauvaise journée, si une des divisions du maréchal Soult, commandée par le général Saint-Hilaire, qui était à ma droite, ainsi qu'une du maréchal Lannes, commandée par te général Verdier, qui était à ma gauche, n'eussent pas joint leurs feux aux miens néanmoins je fus bien maltraité : je couchai encore à deux cents toises en avant du terrain sur lequel j'avais combattu; mais j'éprouvai une perte considérable j'eus à regretter la mort du général de. brigade Roussel, et j'eus plusieurs caissons de munitions, entre autres un d'obus, qui sautèrent pendant le combat, et qui nous nrent beaucoup de mal, étant formés dans un ordre serré.

Sans l'intrépidité du commandant de notre artillerie, le colonel Greiner, qui fit un feu des plus vifs et des plus meurtriers, j'aurais été enfoncé et par conséquent sabré et pris par toute la cavalerie russe qui m'entourait et qui venait déjà de maltraiter la nôtre; le danger était d'autant, plus grand, que la division Saint-Hilaire était en retraite décidée.

J'eus une explication vive avec le grand-duc de Berg, qui m'envoya, dans le plus chaud de l'action, l'ordre de me porter en avant et d'attaquer j'envoyai l'officier qui me l'apportait à tous les diables, en lui demandant s'il ne voyait pas ce que je faisais. Ce prince, qui voulait commander partout, aurait voulu que je cessasse mon feu, dans le moment le plus vif, pour me mettre en marche; il ne voulait pas voir que j'aurais été détruit avant d'arriver il y avait un quart d'heure que mon artillerie échangeait de la mitraille avec celle des Russes, et il n'y avait que la vivacité de la mienne qui me donnât de la supériorité.

La nuit arriva bien à propos : pendant que tout sommeillait, l'empereur m'envoya chercher pour venir lui parler. Il était content du coup d'essai de cett ejeune troupe; mais il me gronda pour avoir manqué au grand-duc de Berg; et en me défendant, je me hasardai à lui dire que c'était un extravagant qui nous ferait perdre un jour quelque bonne bataille et qu'enfin il vaudrait mieux pour nous qu'il fût moins brave, et eût un peu plus de sens commun. L'empereur me fit taire en me disant que j'étais passionné, mais il n'en pensa pas moins.

Le lendemain, c'était le 11 juin, les Russes restèrent toute la journée en avant d'Heilsberg; on releva de part et d'autre ses blessés; et nous en avions autant que si nous avions eu une grande bataille. L'empereur était de fort mauvaise humeur; le maréchal Davout venait d'arriver; il le fit manœuvrer sur notre gauche; et son seul mouvement fit évacuer aux Russes leur position en avant d'Heilsberg; ils repassèrent l'Alle, et dans !a nuit du 11 au 12 ils partirent pour Friedtand. L'empereur coucha le 12 à HeeIsberg, et, seIon son habitude, il alla visiter la position que les ennemis avaient occupée la veille; il devint furieux lorsqu'il vit que l'on avait été assez imprudent pour venir se faire mitrailler d'un bord de la rivière à l'autre, comme cela était arrivé.

C'est à Heilsberg qu'il apprit du bourguemeister, que l'empereur de Russie était l'avant-veille en ville avec le roi de Prusse, et qu'ils en étaient partis avant l'armée. Le 13 nous partîmes de bon matin pour aller à Preuss-EyIau l'empereur y coucha la nuit du 13 au 14. Notre cavalerie ne put fournir un rapport précis de la marche de l'armée ennemie, en sorte que ce fut encore l'empereur, qui, de son cabinet, ordonna de marcher sur trois directions où il était impossible que l'armée russe n'eût pas été chercher à passer pour gagner les bords de la Pregel et couvrir Kœnigsberg; il jugeait des opérations de l'ennemi d'après ce qu'il aurait fait à sa place.

Il fit marcher le maréchal Soult avec le grand-duc de Berg sur Kœnigsberg, où ce dernier affirmait que s'était retirée l'armée ennemie; il fit marcher le corps de Davout à la droite de celui du, maréchal Soult, et l'empereur garda avec lui le reste de l'armée.

II avait fait marcher dès la veille, après midi, par le chemin de Friedland; c'était le général Oudinot, qui, avec les grenadiers réunis, était en tête de la colonne, sous les ordres du maréchal Lannes; la division des cuirassiers du général Nansouty était de cette colonne.

Source : Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon.

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Mémoires de Langeron

Portraits des généraux et des ministres de l'Empereur Alexandre on 1805.

Le comte de Langeron (1763-1831) était un Français émigré en 1790, qui prit du service dans l'armée russe, dont il devint un des lieutenants-généraux en 1799 et dans les rangs de laquelle il ne craignit pas de combattre contre ses compatriotes pendant la Révolution et l'Empire. Il a laissé des mémoires, écrits en 1826, dont les manuscrits sont conservés à Paris, au ministère des Affaires Étrangères.

Koutouzoff.

On ne pouvait avoir plus d'esprit que Koutouzoff, on ne pouvait avoir moins de caractère, on ne pouvait réunir plus d'adresse à plus d'astuce, on ne pouvait posséder moins de véritables talents, et plus d'immoralité. Une mémoire prodigieuse, une grande instruction, une rare amabilité, une conversation aimable et intéressante, une bonhomie un peu factice, à la vérité, mais agréable à ceux qui voulaient bien en être la dupe, voilà les agréments de Koutouzoff. Une grande violence, la grossièreté d'un paysan lorsqu'il s'emportait, ou lorsqu'il n'avait pas à craindre la personne à qui il s'adressait; une bassesse envers les individus qu'il croyait en faveur, portée au point le plus avilissant, une paresse insurmontable, une apathie qui s'étendait à tout, un égoïsme rebutant, un libertinage aussi crapuleux que dégoûtant, peu de délicatesse sur les moyens de se procurer de l'argent, voilà les inconvénients de ce même homme.

Comme militaire, Koutouzoff avait beaucoup fait la guerre, et en avait l'habitude. Il était en état de juger un plan de campagne et les dispositions qu'on lui soumettait, il savait distinguer un bon conseil d'un mauvais, il pouvait choisir le bon parti, il comprenait ce qu'il y avait de mieux à faire, mais ces qualités étaient paralysées par une indécision et une paresse de corps qui ne lui permettaient ni de rien ordonner, ni de rien voir. Dans une bataille, il restait en place comme une masse immuable, faisant de grands signes de croix lorsqu'il entendait de très loin le sifflement d'un boulet. Sans oser ni pouvoir remédier à rien et sans savoir à propos changer une disposition, jamais il ne faisait lui-même de reconnaissance du terrain, de la position des ennemis, ni même de celle de ses troupes. Je l'ai vu rester trois ou quatre mois dans un camp sans en connaître autre chose que sa tente ou sa maison. Gros, massif, pesant, il ne pouvait se tenir longtemps à cheval ; la fatigue lui ôtait tous ses moyens et après une heure d'exercice, qui lui paraissait un siècle, il restait accablé et n'était plus susceptible d'aucune idée.

La même paresse s'étendait sur les affaires de cabinet, il ne pouvait se résoudre à prendre une plume en main, ses sous-ordres, ses adjudants, ses secrétaires, faisaient de lui ce qu'ils voulaient; quoiqu'il eût sûrement plus d'esprit et de connaissances qu'eux, il ne pouvait se donner la peine de revoir leur travail, encore moins de le diriger ou de le dicter. Il signait tout ce qu'ils lui présentaient, pour être plus tôt débarrassé de leur présence. Il ne donnait aux affaires que quelques instants de la matinée, fort insuffisants pour la quantité dont est chargé un général qui commande une armée. Il se levait tard, mangeait beaucoup, dormait trois heures après diner et était ensuite trois avant de reprendre ses sens, et consacrait toutes ses soirées à l'amour, ou du moins à ce qu'il appelait ainsi. Les femmes, de quelque genre qu'elles fussent, avaient sur lui l'empire le plus absolu, le plus scandaleux ; luimême m'a avoué que, dans sa jeunesse, voyageant en Allemagne, il devint amoureux d'une actrice allemande, suivit durant quelques jours la troupe où elle était engagée, et y remplit l'emploi de souffleur. Koutouzoff était sale dans ses goûts, sale dans ses habitudes, sale sur lui, sale dans les affaires.

Cet empire des femmes chez un vieillard massif et borgne, n'est que ridicule dans la société, mais il est dangereux lorsque celui qui a une pareille faiblesse est employé en chef. Il n'avait aucun secret pour elles, il ne pouvait rien leur refuser, et l'on peut calculer les inconvénients qui en résultaient.

Mais ce Koutouzoff, si immoral dans sa conduite et dans ses prin. cipes, si médiocre comme chef d'une armée, avait la qualité, si c'en est une, que le cardinal Mazarin exigeait des généraux qu'il employait. Il était heureux. Excepté à Austerlitz, dont on ne peut lui reprocher les désastres, car il n'avait là de chef que le nom, il fut constamment favorisé de la fortune, la campagne miraculeuse de 1812 a mis le comble à son bonheur, et à sa gloire qui doit être bien étonnée, assurément, d'être devenue sa conquête. Il avait reçu plusieurs blessures, une entre autres fort extraordinaire.

En Crimée, à l'attaque d'une redoute, une balle lui traversa la tête en passant par les deux teinpes, la guérison fut d'autant plus miraculeuse, qu'il ne perdit même pas la vue. Le chirurgien qui le traita le tint pendant six semaines dans une chambre obscure, sans permettre que le jour y pénétråt. Il était fort jeune lorsqu'il reçut cette blessure et continua à voir parfaitement des deux yeux comme avant. Mais à soixante ans, il perdit un œil, et fût devenu aveugle s'il eût vécu quelque années de plus. Il est mort en 1813 à Dunzlaw, en Silésie, à près de soixante-huit ans.

Buxhoevden.

Le général Buxhoevden, gentilhomme esthonien, était d'une bonne famille, mais pauvre. Malgréle hasard heureux qui marqua ses premiers pas dans la carrière militaire, il eût longtemps végété dans les grades subalternes sans le mariage qu'il contracta.

Cette alliance le fit faire adjudant de l'impératrice Catherine et général-major de bonne heure ; il a beaucoup fait la guerre et a toujours eu, en Finlande et en Pologne, des commandements séparés.

Sa femme, qui était très fière d'une origine qu'elle aurait dû plutôt s'empresser de cacher à tous les yeux, si c'eût été possible en Russie ?, avait communiqué à son mari une fierté qu'il ne pouvait faire excuser par aucune qualité transcendante. Jamais on n'a réuni plus d'orgueil à moins de talent, plus de prétentions à plus de médiocrité, et plus d'amour-propre à moins d'esprit. Sa figure, assez agréable, mais blafarde, immobile et sur laquelle aucun sentiment ne se peignait, était l'emblème parfait de la sottise et de la suffisance. Buxhoevden était un assez bon officier subalterne, mais assurément, le général le plus nul et le plus incapable de commander en chef.

Bagration.

Le prince Bagration était Géorgien, et descendait d'une des anciennes familles des Beys ou princes souverains d'une partie de cette province, divisée autrefois en beaucoup de petites souverainetés particulières.

La nature avait beaucoup fait pour le prince Bagration, mais l'art n'y avait rien ajouté; né avec une grande bravoure, un bon coup d'oeil militaire, une activité prodigieuse et avec l'instinct de son métier, il avait acquis l'habitude de la guerre. En 1799, il avait commandé en Italie, l'avant-garde de Souworow avec distinction. Koutouzoff lui confia la sienne et s'en trouva très bien. La Russie n'avait pas alors de meilleur commandant d'avant-garde, de meilleur chef d'un grand corps, mais le défaut total d'instruction préparatoire, faisait craindre dès lors qu'il ne fut pas aussi bon à la tête d'une armée.

Bagration, qui ne savait aucune langue que le russe, et qui, encore, ne pouvait écrire dans cette langue, niun mémoire, ni une relation sans fautes, n'avait jamais lu un livre, mais il avait le talent de consulter les autres, et son esprit juste et droit lui faisait accepter le bon parti, parmi ceux qu'on lui conseillait de prendre. C'était une qualité utile, parfois elle ne suffit pas ; il avait aussi un autre talent bien précieux, c'était celui de se faire adorer de tous ceux qui servaient sous ses ordres ; sa bravoure brillante et froide en même temps, sa tournure, ses propos soldatesques, sa familiarité avec les soldats, sa gaieté franche et ouverte, le faisaient généralement aimer, c'était un homme précieux pour la Russie. Il a péri à la bataille de Borodino.

Miloradovitch.

L'aïeul du général Miloradovitch était un Serbe, d'une basse extraction, qui vint en Russie pour y chercher un asile et une existence ainsi qu'une foule de ses compatriotes qui fuyaient la tyrannie du gouvernement turc. Le père du général, homme d'esprit et fort adroit, s'avança rapidement dans le civil et fut gouverneur de Tchernigoff sous Catherine II. Il y commit les abus les plus révoltants, se rendit coupable des plus criantes déprédations, et amassa une fortune immense pour un particulier; il devint trop riche pour être puni et laissa en mourant de belles terres et beaucoup d'argent comptant à son fils.

Le jeune Miloradovitch, élevé par un de ces gouverneurs français qu'on allait autrefois chercher à Paris et à la grève, sortit de ses mains sans connaissances, sans insiruction, sans principes et ne sachant même que très imparfaitement le français, qu'il parlait de la manière la plus ridicule.

Officier des gardes, il se livra à Pétersbourg à la plus mauvaise société, il fréquenta les clubs, les cafés, les corps de garde, dont il a toujours conservé le ton et les manières, et dissipa bientôt en dépenses extravagantes toute sa fortune.

Il avait de l'esprit naturel, une loquacité intarissable dans la société et à la guerre une bravoure mal calculée, mais souvent téméraire, qui d'abord en imposait à ses subordonnés et même à ses chefs. Devenu sous Paul fer général-major à vingt-sept ans, il fit en 1799 la campagne d'Italie avec Souwaroff, qui fut lui-même ébloui de son audace et de son mouvement perpétuel, qui ressemblait souvent à de l'activité, et il devint dans cette campagne, le rival de gloire et de faveurs du prince Bagration, malgré l'énorme distance qui les séparait. .

Il avait été dans le régiment d'Ismailoff un des favoris de son chef, le grand-duc Constantin ; sa vivacité, son adresse dans les maneuvres, l'avaient fait remarquer du Prince, qui, étant fort jeune alors, croyait encore que la science de la parade était la seule utile au militaire. Cette science de la parade était aussi la seule que possédait Miloradovitch ; on ne peut pas être sur les autres parties de son métier d'une ignorance plus complète, il n'avait jamais lu un livre militaire.

Sa légèreté, son inconséquence, son étourderie étaient portées à un tel excès qu'il paraissait impossible de lui confier ni une place, ni un commandement important '.

Son amour-propre était vraiment risible à force d'être exclusif, jamais la jactance n'a été portée plus loin, jamais l'impudence et l'effronterie n'ont eu de plus fidèles interprètes, jamais il n'a existé un fanfaron plus audacieux. Il voulait toujours être le premier partout. Il lui était parfaitement égal que ce fùt dans une bataille, dans un bal ou dans une orgie, par un acte de bienfaisance, ou par un trait de folie.

Ses dissipations extravagantes avaient nui à sa délicatesse (s'il en a jamais eu), il était criblé de dettes, qu'il n'a jamais eu l'intention de payer .

Il a ruiné plusieurs particuliers, il a nié des lettres de change et a commis dans ce genre les actions les plus frauduleuses.

Quoique le terme dont je vais me servir ne paraisse pas devoir être employé pour un général en chef, occupant de grandes places, il convient si parfaitement à Miloradovitch que je ne craindrai pas d'être contredit en disant qu'il n'a jamais existé un plus vil et plus ridicule polisson ?

Prince Dolgorouky.

Le prince Pierre Dolgorouky, adjudant-général de l'Empereur, en 1805, et alors un de ses favoris, prouvait que l'esprit, l'instruction et l'activité sont nuisibles lorsqu'ils ne sont pas accompagnés par le jugement, la loyauté et la probité qui doivent les diriger. Jamais on n'avait vu dans un homme de cet âge une ambition plus démesurée, audacieux, insolent, il heurtait de front tout ce qui pouvait lui offrir un obstacle. Il ne respectait ni les individus ni les réputations. Il injuriait, insultait ou calomniait tous ceux qui le choquaient, ou dont le mérite le contrariait. Il ne dissimulait pas son désir de régner despoliquement sous le nom de son maître, mais il eût été capable de le perdre, ainsi que sa patrie,s'il eût espérer y trouver un moyen de s'élever, ou même un avantage personnel. C'était un homme, un général, un sujet, un citoyen aussi dangereux à son pays qu'à la société. Il est mort en 1807 à Pétersbourg à l'âge de 28 ans. Il n'a été regretté de personne, sa mort est un bienfait du ciel pour la Russie.

Doctouroff.

De tous les généraux subalternes des armées de Koutouzoff et de Buxhoevden, un des plus distingués était le général Doctouroff. Homme d'une rare intrépidité, loyal, franc, modeste, subordonné, exact, chef indulgent, bon camarade. Il n'avait pas, il est vrai, les talents nécessaires pour commander des armées, mais il était parfaitement à sa place dans la ligne ou à la tête d'un corps. Il est mort en 1816 de misère et disgracié. Il n'était ni fanfaron ni caporal.

Ulanius.

Parmi les généraux majors, on devait distinguer surtout le général Ulanius, excellent sur un champ de bataille et profond tacticien, quoique déjà âgé, il eût fourni une brillante carrière si la mort ne l'eût arrêté au moment où son mérite commençait à être apprécié.

Le prince Adam Czartorysky.

Le prince Adam Czartorysky, qui jouait alors le premier rôle dans la diplomatie russe, était alors àgé d'environ trente ans, c'était un homme sage, froid, prudent et honnête. Je ne sais s'il était de force à lutter contre le cabinet et le génie de Napoléon, il avait, de plus, une méfiance de ses propres forces qui devait encore nuire au développement de ses moyens. Il était alors ami de l'Empereur, il lui était entièrement dévoué, on ne pouvait soupçonner d'ambition ni d'avidité un homme à qui une immense richesse était destinée et dont l'existence était assurée par sa naissance. Mais quand même ces deux raisons ne le mettraient pas à l'abri du soupçon,sa probité et sa loyauté seules l'en défendaient suffisamment.

L'amitié de l'Empereur et sa qualité d'étranger et surtout de Polonais, le rendaient l'objet de la haine des Russes, ce qui est assez naturel, mais il était aussi l'objet de calomnies que rien ne pouvait excuser. Le prince Dolgorouky disait publiquement qu'il aspirait au trône de Pologne, et que, pour y parvenir, il trahissait la Russie et son souverain, cette assertion était absurde, Dolgorouky ne l'ignorait pas, mais s'il parvenait à la faire croire à quelques personnes, son but était rempli.

Le comte Paul Strogonoff.

Le comte Paul Strogonoff, à l'époque de la campagne de 1805, était fort jeune encore, mais il avait l'aplomb d'un homme fait. Il était doux, honnête, aimable, probe, modeste, instruit, attaché à son souverain et à sa patrie. Il était alors adjoint au ministre de l'intérieur. Il était déplacé dans ce poste. Il a pris depuis la carrière des armes et s'y est distingué. Il est mort en 1820 et peut-être de la perte de son fils unique, jeune homme accompli, qui a péri à la bataille de Craonne en 1814.

Novosiltzoff.

Novosiltzoff était un employé subalterne, que l'amitié du comte Strogonoff avait élevé jusqu'à celle de l'Empereur. C'est un homine de cabinet, excellent travailleur, froid, prudent et connaissant fort bien son affaire. Je ne parle pas de sa moralité.

Source : Mémoires de Langeron, général d'infanterie dans l'armée russe.

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11 septembre 2020

Le château de La Rochette

Le château de La Rochette (Charente) vu du ciel.

Demeure de la Renaissance (fin XVIe siècle).

Premier propriétaire connu sous le nom de Roch Tizon, écuyer, officier des gardes du roi, maître des eaux et forêts d'Angoumois, seigneur de La Rochette, et de Sigogne par acquisition (acte du 13 juin 1584).

XVIIe siècle : famille Frotier-Tizon.
XVIIIe : familles de Paris et de La Garélie.
XIXe : familles de Guitard et de Causans.

L'édifice est la propriété de la commune de La Rochette depuis 1946.

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1582. — Transaction entre demoiselle Marguerite du Courret, femme de Roch Tizon, écuyer, sieur de La Rochette, « enseigne de la Garde française ancienne du corps du Roy » et maître des eaux et forêts d'Angoumois, demanderesse en dommages-intérêts, d'une part ; et Hubert Tisseuil, défendeur, d'autre part.

AD Charente E 1267.

1602. — Quittance par Jean Frotier, écuyer, sieur de La Rochette, y demeurant, en la châtellenie d'Angoulême, comme mari et poursuivant les droits de demoiselle Anne Tizon, fille et héritière, sous bénéfice d'inventaire, de feu Roch Tizon, en son vivant écuyer, sieur dudit lieu de La Rochette, d'une part ; à sire Antoine Martin, sieur de Montgoumard, marchand de la ville d'Angoulême, d'autre part, de la somme de 650 écus sol due par celui-ci audit seigneur de La Rochette, en qualité de cessionnaire de feu sire Jean Tonnelier, vivant marchand de Paris.

AD Charente E 1541.

Source : Généalogie Charente Périgord.

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10 septembre 2020

Un cadeau en or et diamants

Bague en or et diamants, transformée en broche, offerte par le tsar de Russie Nicolas 1er (1796-1855), à l'officier de marine charentais Jean-François Béchameil (1795-1867).

bague-en-or-diamants

Ambassade Impériale de Russie

Paris le 11/23 Juin 1834

Monsieur

L'Empereur, Mon Auguste Maître, voulant vous donner un témoignage de la satisfaction pour le linguet de chaîne de votre invention dont vous avez fait hommage à Sa Majesté, m'a chargé de vous remettre la bague ci-jointe, enrichie de diamans.

Je suis charmé, Monsieur, d'être l'intermédiaire d'une faveur aussi signalée & vous prie d'agréer l'expression de ma très parfaite considération

L'ambassadeur de Russie :
PozzodiBorgo

à Mr Béchameil, officier supérieur de la marine royale

Source : Généalogie Charente Périgord.

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Béchameil et l'arrondissement de Confolens

Grâce à l'influence de M. Babaud-Praisnaud, on peut le dire, M. Béchameil capitaine de vaisseau, originaire de la commune de Chirac, était devenu député de l'arrondissement. A voir leur volumineuse correspondance, souvent plusieurs lettres par jour, ce n'était pas une sinécure que la place de député, comme la comprenait le sous-préfet et comme M. Béchameil, au reste, s'efforçait de la remplir de la meilleure grâce du monde. Trouvant souvent bouche close dans les bureaux de la préfecture, le sous-préfet se retournait vers Paris, et chargeait le député d'obtenir la solution de toutes les affaires grandes et petites. Le pont et les traverses de Confolens, les allocations de bienfaisance, les maisons d'école, les questions de personnes, les détails administratifs, rien n'était oublié, et M. Béchameil devait voir à tout d'un ministère à l'autre, quand il n'était pas encore pressé de stimuler directement le zèle du préfet et de ses bureaux.

«... Si vous vous plaignez de ce qui vous arrive à mon adresse, si vous trouvez que votre cabinet devient un bureau de poste, que dois-je dire, moi qui en reçois tant et des lettres de toutes couleurs !... C'est à en perdre la tête, en vérité, et je me surprends quelquefois avec un véritable découragement. N'importe, il faut faire son devoir tout entier, quand même, et celui qui n'a pas craint d'affronter les tempêtes pendant quarante ans, ne reculera pas devant une avalanche de lettres... » — Lettre de M. Béchameil à M. Babaud-Praisnaud.

M. Béchameil, ayant pratiqué la mer toute sa vie, distingué dans son état, grand parleur, désireux de marquer sa place à la Chambre, dévoué à la personne de Louis-Philippe, dont il avait plusieurs fois commandé le vaisseau de plaisance, s'inquiétant peu des questions théoriques, et prêt à seconder le sous-préfet dans toutes ses demandes relatives à l'administration, pourvu qu'il en rejaillit quelque renom sur sa personne, il offrait un mélange étrange de bonhomie et de présomption. En somme, il n'était pas fait le moins du monde pour le métier de législateur, et s'il n'avait pas eu la malencontreuse idée de se fourrer dans la bagarre électorale, il n'aurait probablement pas perdu sa position de marin en 1848, et il serait sans doute aujourd'hui vice-amiral.

Source : Études historiques et administratives, de Léonide Babaud-Laribière.

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