17 mars 2020

Lettre du marquis d'Argence à Voltaire

Le 23 août 1776.

Mon adorable Maître,

Je suis toujours heureux, la provision de philosophie que j'ai fait et que je faits journellement en ne cessent de vous lire a rendu ma maison le séjour de lunion et du bonheur.

— Mais où sont les héros digne de la mémoire,

— Qui sachent mériter et mépriser la gloire ?

Mais où sont les mortels qui n'ont rien à désirer ? Le temple que vous habitez homme divin, l'œuvre de vos mains, ce lieu chéri et le seul où le fils de Jupiter et de Latone puisse se plaire aujourd'huy, ce temple enfin où ce dieu de la poésie c'est retiré ne voulent plus répondre qu'à lhomère moderne, est le seul objet qui soppose dans ce moment à ma parfaite félicité, Non, mon cher Maître, elle (ma félicité) ne peut être complette que lorsque j'aurai fait un pèlerinage auprès de celui qui, comme un second prométhée, a dérobé le feu du ciel, pour chasser de dessus la terre les ténèbres dont l'impitoyable superstition l'avait couverte. J'arrive d'une province où elle est encore bien enracinée (du Périgord), je ne puis me refuser à vous parler d'un dîné que j'ai fait chez le Comte de Cherval, qui a 92 ans, avec mr le marquis de Verteillac qui en a 96, un Curé qui est du même âge et trois demoiselle dont la plus jeune a passé 18 lustres. Le hazard m'y a fait recevoir une lettre de mr de l'Amichaudiere, conseiller d'honneur du parlement de Paris qui entre dans sa 98me année, et qui écrit comme Atticus.

Croiriez vous bien qu'il est fort dificile de faire un diné plus gai que l'a été celui là, que chacun y a à peu près bu sa bouteille de Champagne, et que la séance a fini par la lecture de deux chants de la Pucelle. J'ai promis mon cher maître, à ses messieurs, de vous rendre ce compte exact de ce qui s'est passé.

Ma lettre se ressent d'un peu de douleur de goute que j'ai au poignet, et du départ du courier. Il vous appartient d'être le plus indulgent de tous les hommes, et d'avoir des disciples qui sacrifieraient s'il le falait leur vie pour vous. A ce titre mon adorable maître reçevez l'assurence la plus inviolable de mon parfait dévoument et mon respect infini.

Source : Œuvres complètes de Voltaire.

Posté par ID348347 à 10:21 - Permalien [#]


16 mars 2020

La Fête de la Fédération à Chasseneuil

« Aujourd'huy 14 juillet 1790, d'après le projet de Fédération pour la ville de Paris, qui doit avoir lieu au Champ de Mars, en présence du roi, de l'Assemblée nationale et des députés des gardes nationales de tous les départements du royaume, à l'heure de midi et même jour en mémoire de la prise de la Bastille, époque de la Liberté française : nous, maire, officiers municipaux et notables de la commune de Chasseneuil, et nous, commandant en chef, officiers et soldats de la garde nationale et autres habitants du dit Chasseneuil, dûment convoqués et réunis au bourg de Chasseneuil, en conséquence de l'invitation qui nous a été faite ainsi qu'à toutes les municipalités et gardes nationales du royaume, par l'adresse de l'Assemblée nationale aux Français, nous nous sommes rassemblés au dit bourg de Chasseneuil, à onze heures du matin, sur la place en face de l'église ; la garde nationale, commandée par Anne de la Romagère de Ronscecy, s'est mise en marche et, précédée de nous, le maire et officiers municipaux, est entrée dans l'église (la pluie ne nous ayant pas permis de nous rendre au pré appelé le Pré de l'Union, appartenant au sieur Fayon, porte-drapeau de la susdite troupe, dans lequel Monsieur le Commandant avait fait dresser un autel), où nous avons entendu la messe, célébrée par Monsieur Joussin, archiprêtre de la susdite paroisse ; après la célébration, Monsieur le Maire et le commandant ont fait chacun un discours qui a été vivement applaudi de tous les confédérés. Puis, Monsieur le maire ayant repris la parole a prononcé le serment fédératif, au coup de midi, dans la forme décidée par l'Assemblée nationale, et chacun s'est empressé de crier avec allégresse : « Je le jure ! » et des cris de : « Vive la Nation, la Loi et le Roi » se sont de même fait entendre. Ainsi fait, Monsieur l'archiprêtre et Lagravelle, curé de St-Vincent, ont chanté le Te Deum ; alors la troupe est sortie de l'église dans le même ordre qu'elle y était entrée, et s'est rangée en bataille sur la susdite place, où des cris de « Vive la Nation, la Loi et le Roi ! » se sont répétés et terminés par des embrassements de fraternité dont Monsieur le Commandant a donné, le premier, l'exemple. La cérémonie ainsi faite, la troupe a quitté les armes pour prendre la table, où l'on n'a cessé de porter à la santé de la Nation et du Roi, jusqu'au moment où Monsieur l'archiprêtre a signifié qu'il était temps de se rendre aux vêpres que lui et Monsieur le curé de St-Vincent allaient chanter. La troupe s'est aussitôt mise sous les arbres et rangée dans le même ordre de bataille que dessus; toujours précédée des officiers municipaux, elle s'est rendue dans l'église. Les vêpres étant finies, la troupe, toujours en ordre de bataille et précédée de Messieurs les officiers municipaux, l'archiprêtre et le curé de St-Vincent se sont rendus sur le grand chemin où il y avait un feu de joie de dressé, auquel Monsieur le maire, le Commandant et l'archiprêtre ont mis le feu, et son embrasement fut annoncé par une décharge de coups de fusils. Ensuite Monsieur l'archiprêtre et Lagravelle ont chanté le Te Deum, et à l'extinction du feu la troupe a fait une seconde décharge, et la cérémonie a été terminée par une danse générale dont Monsieur le commandant a fait l'ouverture, et qui a été continuée par les confédérés jusqu'à environ les neuf heures du soir; ainsi fait, chacun s'est aretiré chez lui, avec la meilleure union et fraternité possible. Fait et arrêté le même jour et an que dessus. »

(Société archéologique et historique de la Charente, 1966)

Posté par ID348347 à 13:39 - Permalien [#]

La noblesse rurale en 1789

Nous n'avons vu jusqu'ici dans la noblesse que l'organisation d'un pillage de l'Etat et du peuple. La présenter sous ce seul jour serait cependant inexact. Une partie considérable de la noblesse, non seulement ne participait pas à ce pillage, mais s'élevait contre lui avec la plus vive indignation.

C'était la petite et moyenne noblesse des provinces restées en retard au point de vue économique et où l'économie féodale fleurissait encore, comme dans une partie de la Bretagne et comme en Vendée. Là les seigneurs restaient dans leurs châteaux, suivant l'antique usage, au lieu de se rendre à Paris et à Versailles, vivant au milieu de leurs paysans, n'étant guère eux-mêmes que des paysans un peu mieux élevés, rudes et sans culture, mais pleins de force et de fierté, leurs besoins, qui se limitaient à bien boire et bien manger, étaient facilement satisfaits par les dons en nature de leurs vassaux. Sans dettes, ne faisant pas de dépenses luxueuses, ils n'avaient aucune raison d'accroître les prestations qui leur étaient dues ni de les percevoir avec rigueur. Ils étaient en bons termes avec leurs paysans. A vivre ensemble, dans des conditions analogues il naît une certaine sympathie. Et le seigneur, dans ces provinces reculées, n'était pas, comme ailleurs, un exploiteur inutile et parasite.

Dans les provinces plus avancées, la bureaucratie royale avait peu à peu repris toutes les fonctions administratives, judiciaires et de police, que le seigneur autrefois exerçait. Ce qui lui en était resté, importait peu pour l'ordre et la sécurité de son domaine : d'un moyen d'en garantir le bon état, il en avait fait un moyen d'exploitation. Les fonctionnaires chargés de la justice et de la police, sur les terres seigneuriales, ne recevaient pas de traitement ; ils devaient au contraire payer leur place, et achetaient ainsi le droit de « plumer » les subordonnés de leur maître.

Il en était autrement dans les vieilles contrées féodales. Le seigneur y administrait encore son bien, s'occupait des routes, assurait la sécurité, tranchait les litiges entre ses paysans, punissait les crimes et les délits. Il exerçait même encore parfois l'antique fonction de protecteur contre l'ennemi du dehors. Et cet ennemi, à la vérité, ce n'étaient pas des armées étrangères, mais les percepteurs d'impôts du roi, qui se montraient de temps en temps en ces contrées, pour les piller : on a des exemples de percepteurs chassés par le seigneur, lorsqu'ils se livraient à des exactions trop grandes.

Ces nobles n'étaient nullement disposés à se soumettre sans condition à la puissance royale. La noblesse de cour, avec ses attaches dans l'armée, l'Eglise et la haute bureaucratie, avait toute raison pour soutenir l'absolutisme royal. Si les nobles, en tant que seigneurs féodaux, ne parvenaient pas à tout prendre au paysan, les fermiers généraux et les fonctionnaires du roi se chargeaient bien du reste, et plus grande et plus absolue était la puissance royale, mieux ils y réussissaient. Plus l'absolutisme était illimité, plus arbitrairement et plus impitoyablement on pouvait serrer la vis des impôts, et plus le roi pouvait distraire du trésor public des dons pour ses créatures.

Mais cela n'intéressait pas le « hobereau ». Des faveurs de la cour, il ne lui venait rien, il n'en avait pas besoin. Au contraire, si la vis des impôts était serrée, ses vassaux s'appauvrissaient, et il perdait en crédit et en autorité ce que la bureaucratie royale, accaparant la puissance administrative, judiciaire et policière, gagnait en extension.

Les « hobereaux » ne se regardaient pas, tels que les courtisans, comme les laquais du roi, mais, selon le vieil esprit féodal, comme ses égaux. Pour eux, comme au temps de la féodalité, le roi était le plus grand seigneur parmi les seigneurs, le premier parmi des égaux, sans l'assentiment desquels il ne pouvait accomplir aucun changement dans l'Etat ; et vis-à-vis de la puissance royale, ils tâchaient de maintenir leurs libertés et leurs droits héréditaires, sans grand succès d'ailleurs. Et cette attitude leur semblait d'autant plus légitime qu'au fur et à mesure que les besoins de l'Etat croissaient, de nouveaux impôts étaient introduits, qui atteignaient aussi la noblesse, si bien qu'ils devaient contribuer aux charges publiques sans participer aux dons du gouvernement à la noblesse. Aussi réclamaient-ils des économies avec une vigueur chaque jour plus grande ; ils voulaient des réformes financières et le contrôle du budget par une Assemblée des Etats.

Nous voyons ainsi la noblesse partagée en deux fractions ennemies : d'un côté la noblesse de cour et sa suite, qui comprend toute la haute noblesse et la majorité de la moyenne et petite aristocratie, et qui est résolument pour le maintien de l'absolutisme royal ; de l'autre, la noblesse rurale, composée de la moyenne et petite noblesse des contrées arriérées, et qui réclame avec vivacité la convocation des Etats pour contrôler l'administration publique.

Source : La lutte des classes en France en 1789, de Karl Kautsky.

Posté par ID348347 à 12:52 - Permalien [#]

Preuves de Pierre Hubert de Devezeau

Devezeau de Chasseneuil (Pierre Hubert de). — Angoumois. D'azur à une fasse d'argent, acompagnée en chef de cinq demi fusées de même, et en pointe d'une étoile d'or.

VII. Guillaume de D., éc., sgr du Treuil.

VI. Claude de D., éc., sgr du Treuil, x c. 2-II-1 535 Jaquette Lauvergnac.

V. Gui de D., éc., sgr de Chasseneuil, x c. 19- VIII- 1591 Suzanne de L'Estang.

IV. René de D., sgr de Chasseneuil, x c. 3-I-1629 Bénigne Thibaut de La Carte.

III. François de D., éc., sgr de Chasseneuil, m. n. le 27-VIII-1666 par d'Aguesseau, int. de Limoges, X c. 3-V-1656 Charlotte de Loubersac.

II. Philbert Joseph de D., chev. sgr de Chasseneuil, x c. 4-XI-1696 Françoise Geneviève de Sainte-Maure.

I. Pierre Hubert de Devezeau de Chasseneuil, né et ond. le 1-VI-1700, bapt. le 29-V-1703 à Chasseneuil, dioc. d'Angoulême.

Preuves du 27-VII-1718. (fr. 32.103, fol. 57).

Source : Les pages de la Grand écurie, de François Bluche.

Posté par ID348347 à 12:33 - Permalien [#]

13 mars 2020

Un duel en Angoumois au XVIe siècle

Tous « débats » entre gentilshommes n'ont point pourtant ce caractère de rixes d'ivrognes. Il est des querelles plus relevées. Ce sont celles qu'ennoblit le sentiment du point d'honneur. En dépit, de tout, en effet, ces hommes gardent de leur dignité une très haute idée, et douter le moins du monde de leur loyauté, de leur bonne foi, de leur parole leur semble la plus sanglante des insultes, « le préjudice le plus insupportable » qui puisse être causé à la réputation d'un gentilhomme. De tels sentiments, rien, je crois, ne peut donner une idée plus juste que cette histoire du duel des seigneurs de Lubersac et de Lorrières que je trouve longuement racontée dans une lettre de pardon datée de 1546. On y verra comment se règle aux champs une affaire d'honneur.

Et donc Bertrand, seigneur de Lorrières, ayant un jour donné un démenti à Pierre de Lubersac, seigneur de la Mothe, celui-ci n'avait pu supporter de voir son honneur « ainsi foullé sans faire son debvoir », et s'était vengé sur l'heure « en baillant un soufflet audict Bertrand. » Mais les assistants s'estoient mis aussitost entre les adversaires qui avojent esté départis et appointés et avoient promis pour l'advenir ne se demander rien l'un à l'autre ». L'affaire semblait en conséquence devoir en rester là. « Toutefois, continue l'acte auquel j'emprunte ces détails préliminaires, quinze jours ou trois sepmaines après, ledict Lubersac, qui ne pensoit plus à ladicte querelle et estimoit que, puisqu'il avoit donné pour responce dudict desmenti ledict soufflect, son injure estoit réparée, et par ce n'en faisoit plus de compte, se trouva par fortune en la ville d'Angoulesme en quelque compaignie de gentilshommes par lesquels luy fut dict que ledict Bertrand avoit dict que, pour le soufflet qu'il luy avoit baillé, il luy avoit baillé un coup de poing en rescompense, comme s'il eust voulu par cela inférer que icelluy de Lubersac fust demouré desmenty sans en avoir eu autre raison, par tel moyen s'efforçant fouller grandement l'honneur dudict Lubersac qu'il estime plus que tous les biens du monde et que sa propre vie et qu'il voullust souffrir une injure sans se mettre en son devoir d'en avoir réparation ainsi que gentilshommes doivent faire. — Le premier dimanche du mois de septembre ensuivant, ledict Lubersac se délibéra donc aller trouver ledict Bertrand en quelque lieu qu'il foust pour entendre de luy et sçavoir s'il avoit dict lesdictes parolles. Et de fait, accompaigné de Antoine de Barbezières, dit le protonotaire de Bourgon, de Jean de Barbezières et de Jacques Damyer, ayans chacun leurs espées au costé et tous à cheval et icelluy Lubersac vestu d'une chemise de mailles pour n'estre pris à despourvu, partirent ensemblement pour aller trouver ledict Bertrand et, passant par Chasseneuil, allèrent au lieu de la Coustaudière où estoit la maison du père dudict Bertrand, en laquelle gracieusement ils entrèrent et demandèrent où icelluy Bertrand estoit. Et pource que une chambrière ou femme estant en icelle maison ne le leur voulut enseigner, ils la menassèrent de battre, ce qu'ils n'avoient voulloirde faire, tellement qu'elle leur dist qu'il estoit en la maison du sieur de Goursac, son oncle, vers laquelle ils prirent de mesme pied leur chemin. Et estans près d'icelle, ledict de Lubersac envoya lesdicts Antoine de Barbezières et Damyer sçavoir si ledict Bertrand y estoit et s'il avoit dict lesdictes parolles ou non. Et, descendus de leur cheval, lesdicts de Barbezières et Damyer entrèrent en ladicte maison, en laquelle ils trouvèrent ledict sieur de Goursac, sa femme, ledict Bertrand, sa sœur et autres faisans collation. Et, après s'estre entresalués, ledict de Barbezières embrassa ledict Bertrand, luy demandant comme il se portoit, et autant en feit ledict Bertrand audict Barbezières et audict Damyer et les pria faire collation et boyre avec eux dont ils le remercièrent. Et lors ledict Damyer dit audict Bertrand qu'il avoit un mot à luy dire. A quoi ledict Bertrand lui dit et demanda si c'estoit un mot de combat afin qu'il prist ses armes qu'il n'avoit. A quoi fut respondu que non. Et après avoir par ledict Bertrand pris son espée, eux trois sortirent hors de ladicte maison, et les suivirent ledict sieur de Goursac, sa femme, la sœur dudict Bertrand et autres. Et estans hors icelle maison en une grande place, entre ladicte maison et celle d'un nommé Gourrault, lesdicts de Lubersac et Jehan de Barbezières, ayans leurs espées à leur costé, comme avoit ledict Bertrand, allèrent à pied vers ladicte compagnie, et ledict de Lubersac s'adressa audict Bertrand et luy dit telles parolles ou semblables : « Ventre-Dieu ! Lorrières, tu « me donnes grand'peine à te chercher. » — A quoi icelluy Bertrand respondit qu'il ne se cachoit point. — Et lors ledict Lubersac lui dit : « Viens çà, Lorrières; n'as-tu pas mesdit de moy depuys nostre accord ? » — Lequel, sans répondre simplement, luy dit conditionnellement : « Si tu n'as point mesdit de moi, non ay-je pas mesdit de toi. » — A quoy futdict par ledict Lubersac, ne désirant noise : « Ne m'estimes-tu pas homme de bien ? Veux-tu pas que nous demourions amis ? » — Et lors ledict Bertrand respondit conditionnellement comme dessus, que si ledict de Lubersac l'estimoit homme de bien, qu'il estimoit aussy icelluy Lubersac tel. Et quant et quant, sans autre propos, ledict Bertrand demanda audict Lubersac s'il estoit armé. — A quoi icelluy de Lubersac respondit qu'il avoit un jacques de maille et qu'il le laisseroit. Et de fait, en mesme instant et incontinant après lesdictes parolles dictes, icelluy Lubersac despouilla et laissa ledict jacques du maille. Et considérant qu'il ne sçavoit pourquoy ledict Bertrand lui avoit demandé s'il estoit armé et voyant ledict de Lubersac qu'il ne pouvoit prendre aucun advantaige, certitude ou résolution des réponses incertaines dudict Bertrand, et que ledict Bertrand ne le confessoit pas purement et simplement homme de bien, et que au contraire ce n'estoit point audict Lubersac à confesser simplement que ledict Bertrand feust de sa part homme de bien, premier que avoir sceu purement dudict Bertrand s'il avoit contre vérité dit qu'il avoit baillé à icelluy de Lubersac un coup de poing ou non, pour en sçavoir la vérité, icelluy de Lubersac dit alors audict Bertrand : « J'ay encores à te dire un mot. » Et adonques se tenant par les mains se séparèrent de la compagnie et allèrent sous un grand poirier, qui estoit près dudict lieu, où ledict Lubersac lui dit : « As-tu pas dict que tu m'avois baillé un coup de poing en la maison de M. de Rivières, lorsque nous eusmes desbat ensemble, qui estoit lors que, en repoussant le desmenti que tu me donnas, je te donnay un soufflet. » Ausquelles parolles, ledict Bertrand, en parlant toujours conditionnellement comme dessus, dit qu'il avoit dict que s'il lui avoit donné un soufflet, il avoit aussi donné à icelluy Lubersac un coup de poing; de laquelle parolle non veritable et tournant grandement à son déshonneur, icelluy de Lubersac esmeu et en grande colère mit la main à l'épée et desgueyna contre ledict Bertrand, et ledict Bertrand contre lui et lui rua ledict de Lubersac un coup d'estoc dont il fut profondément atteint dedans la poitrine au-dessus de la mamelle senestre; et de sa part aussi ledict Bertrand rua de sadicte épée quelques coups contre ledict de Lubersac, dont il ne fut atteint. Et sur ces entrefaites arrivèrent lesdicts de Barbezières et Damyer qui aussi desguejnèrent leurs espdes et ruèrent quelques coups, desquels ou de l'un d'iceux ledict Bertrand fut atteint et blessé en la main et d'un autre en la cuisse. Et là-dessus se départirent et retirèrent lesdicls Lubersac, Barbezières et Damyer, remontans à cheval pour retourner dont ils estoient venus, et en se départant ledict Lubersac dit tels mots ou semblables : « Lorrières, je t'ay baillé une bonne touche, vas te faire panser », croyant seulement l'avoir blessé en récompense de l'injure qu'il lui avoit faite tant par ledict desmenti que pour avoir dict qu'il avoit baillé audict de Lubersac un coup de poing (1). »

Je demande pardon âmes lecteurs de cette trop longue citation, mais où pourraient mieux que dans la pièce, que je viens de mettre sous leurs yeux, et d'une façon plus vivante et plus saisissante, se peindre et se retléter les mœurs, rudes sans doute, des gentilshommes du XVIe siècle et toutefois aussi leur fierté, leur souci de conserver leur nom sans tache, leur orgueil de soldats, leur sentiment raffiné de l'honneur !

Notes :

1. Lettres de rémission accordées à Pierre de Lubersac, seigneur de la Mothe (1551). Archives nationales, Trésor des Chartes, JJ 261, fol. 131-132.

Source : Gentilshommes campagnards de l'ancienne France, de Pierre de Vaissière.

Posté par ID348347 à 12:13 - Permalien [#]


12 mars 2020

La signature de Deviau

wNkAAO

La Chataigneraie (1), 10 floréal an IV (2). L'adjudant-général Deviau (3) écrit au citoyen Petit Laurent commandant la place de Fontenay. Il lui envoie sous escorte le nommé Lapierre, arrêté sur dénonciation des habitants de Bazoges « qui l’accusent de complicité dans l’assassinat commis à Puimain chez la citoyenne Baudri, sur la personne du citoyen Baudri, maréchal de la Jaudonière. Ils accusent aussi de ce meurtre un nommé Gaillard, actuellement en arrestation à Fontenay… » L’épouse Baudri et ses domestiques pourront témoigner, et « quoique le nommé Lapierre ait rendu ses armes et fait sa soumission depuis cet assassinat, je crois que s’il est coupable, il ne peut profiter de l’amnistie accordée aux rebelles… »

(1) Commune de Vendée.
(2) Calendrier révolutionnaire; 30 avril 1796.
(3) Laurent Deviau de Saint-Sauveur; né à Chazelles en Charente.

Source : Généalogie Charente Périgord.

Posté par ID348347 à 12:33 - Permalien [#]

La marche sur Le Caire de la 4e légère

Désireux de surprendre l'ennemi par la rapidité de ses mouvements, Bonaparte quitta Alexandrie par la route du désert qui, si elle avait l'avantage d'être la plus courte, allait imposer à l'armée une bien dure épreuve. Les divisions Reynier, Bon et Vial, qui quittèrent Alexandrie les 16 et 17 messidor (5 et 6 juillet), souffrirent particulièrement, car elles Irouvèrent sur leur chemin « les puits presque desséchés ». Le peu de ressources qu'offraient les villages avaient à peine suffi aux premiers venus et la faim et la soif marchaient avec l'armée dans cette âpre solitude. Quand de loin on signalait un réservoir ou une flaque d'eau, c'était à qui s'élancerait vers elle, on se heurtait, on se pressait sur les rives et, après avoir épuisé ce qui restait do cette boisson fétide, on s'arrachait encore la boue humide qui croupissait au fond. D'autres fois, quand, essoufflés et trempés de sueur, les plus agiles arrivaient au bord d'un puits, tout à coup, on les voyait s'arrêter, frappés de stupeur et muets de désespoir, puis on entendait ce cri déchirant : « Il n'y a plus d'eau. » Cri terrible dont on ne peut comprendre la portée que lorsqu'on a souffert les angoisses de la soif. Pourtant il fallait se remettre en route, le gosier sec, la langue aride, aspirer un air étouffant, supporter les reflets du sable et marcher avec effort sous un soleil perpendiculaire.

« Souvent une illusion poignante venait ajouter à ces tourments... A certaines heures on voyait passer l'image fantastique d'un lac, d'une immense étendue d'eau. Trompés par cette apparition, les soldats s'élançaient pour l'atteindre..., mais le lac fuyait à leur approche, insaisissable ».

Le 20, l'armée atteint le village de Birket. Indépendamment de la chaleur et du manque d'eau, elle eut encore à supporter un vent brûlant qui roulait des tourbillons de poussière ; il irritait les yeux et desséchait les gosiers.

Au village de Ouardan, ils trouvèrent enfin du grain qui fut broyé entre deux pierres, à la méthode arabe, ce qui leur permit de faire quelques galettes ou de la bouillie pour accompagner les oeufs, les poulets et les pigeons qu'ils consommèrent en abondance afin de se dédommager des privations des jours précédents, où ils s'étaient presque exclusivement nourris de pastèques... Les Egyptiens refusaient en paiement la monnaie des soldats, car « ils préfèrent des boutons blancs d'infanterie légère a un écu de 6 fr... ; aussi, lorsque nous sommes arrivés au Caire, les soldats des 2e, 4e, 22e d'infanterie légère n'avaient plus de boutons à leurs habits. Ce peuple demi-sauvage, ne connaissant probablement pas l'or, ne voulait que ceux qui étaient blancs, car il les croyait en argent ».

Le 21 messidor (9 juillet), l'armée arriva de bon matin à Damanhour, qui lui avait été annoncée comme une des belles villes d'Egypte.A sa grande surprise, elle la trouva aussi misérablement bâtie que les autres villages et incapable d'offrir aucune ressource pour le logement.

« La ville de Damanhour est un amas de huttes ressemblant beaucoup à des colombiers ; elles sont en terre et en briques cuites au soleil. Quelques mosquées, dont les minarets s'aperçoivent au milieu de hauts palmiers, offrent de loin un coup d'oeil assez agréable ; le prestige cesse quand on s'approche... ; les habitants, très hideux, ont pour habillement de mauvaises chemises bleues en lambeaux. Ils sont méchants et assassinent les Français qu'ils trouvent seuls. Enfoncés dans le désert, ils ont beaucoup de relations avec les Arabes et beaucoup de leur caractère. « Le 23 [4 juillet], l'armée partit de Damanhour pour Ramanieh, village situé au bord du Nil. Nous fûmes harcelés pendant toute la marche par les Arabes ». « Bonaparte courut le plus grand danger ; marchant isolé de toutes les divisions avec un petit nombre de guides et d'officiers supérieurs, il n'échappa à un parti de Bédouins qu'à la faveur d'une élévation de terrain qui le déroba à leurs regards. Ce fut à cette occasion qu'il s'écria : « Il n'est pas écrit là-haut que je doive « être pris par les Arabes. »

« Ramanieh se montrait aux Français comme une terre promise. C'était là qu'ils allaient trouver le Nil et ses bords ombragés. Quand ils aperçurent le fleuve béni, ce fut pour eux un moment de délire. Officiers et soldats, tous s'élancèrent en désordre vers la rive, et là, plusieurs milliers d'hommes armés et habillés se jetèrent dans l'eau jusqu'au cou, l'aspirant par tous les pores, ouvrant leur bouche au courant du fleuve. C'était une joie, une extase universelles ; on voyait quelques-uns de ces hommes, à peine sortis du Nil avec leurs habits ruisselants encore, se rouler dans le gazon qu'ils croyaient perdu pour eux et embrasser avec amour les verts sycomores du rivage ».

L'ennemi étant signalé comme ayant pris position au village de Cheibreiss ,l'armée se remit en marche le 24 (12 juillet) au soir ; le 25 au matin elle était en présence de l'ennemi.

« Mourad bey, nous attendait pour nous livrer la bataille... ; sa flottille sur le Nil... avait déjà attacjué la nôtre et abordé plusieurs djermes qui en faisaient partie et se trouvaient en avant des autres. Nous eûmes beaucoup d'hommes égorgés sur ces barques.

« Aussitôt que nous fûmes arrivés, des troupes de Mamelouks sortirent du village et parurent disposées à commencer la charge. Nos bataillons carrés étaient formés ;... cet ordre de bataille les étonna ; ils voltigèrent autour de nous. Quelques-uns des plus braves, sans doute pour animer les autres, se détachèrent et vinrent charger nos tirailleurs... : c'était un superbe coup d'oeil que de voir cette troupe voltiger devant nos bataillons ; leurs brillantes armures, leurs selles, les harnais de leurs chevaux presque tous brodés en or ou en argent produisaient au soleil un très joli effet.

« Plusieurs fois ils s'approchèrent très près ; la vivacité de la canonnade et la bonne contenance de nos carrés leur firent perdre la résolution qu'ils avaient de tomber sur nous. Las de les attendre, Bonaparte ordonna qu'on marchât sur eux. Les divisions s'ébranlèrent au pas de charge, et bientôt on vit les Mamelouks prendre la fuite, abandonnant 26 pièces de canon ; en un clin d'oeil ils disparurent. On continua la marche jusqu'au soir sans revoir l'ennemi ».

Parmi nos compatriotes qui avaient pris part au combat, le chef de bataillon Lacroix se comporta sans doute très brillamment puisqu'il reçut deux coups de feu à la cheville gauche et au pied droit. Aucun renseignement ne nous permet d'affirmer qu'il joua, au cours de ce combat, un rôle particulier, mais il est certain que nous ne pouvons pas considérer que ce fût lui qui repoussa Mourad bey lors de ce combat ; son rôle, quoique glorieux, fut beaucoup plus modeste. Cela n'enlève rien des mérites de Lacroix, qui déjà s'était fait remarquer.

Lacroix était originaire de La Rochefoucauld, où il était né le 29 septembre 1761 ; il semble n'avoir reçu presqu'aucune instruction, puisqu'il était incapable de rédiger une lettre. A 15 ans, il était en apprentissage chez un cordonnier et, clans ses conversations, nous dit son historiographe, M. L. Bertrand, il ne rêvait que guerre et bataille. Ce ne sont point là des indices suffisants pour faire présager sa future carrière, mais ils préviennent notre étonnement de le voir s'engager le 1er janvier 1781 dans Lyonnais Infanterie (plus tard 28s régiment d'infanterie). La même année, il s'embarque sur la frégate Hermione, à destination de l'Amérique. En 1782, il assiste aux sièges de Port-Mahon et Saint-Philippe ; en septembre de la même année, il est à Gibraltar ; il passe successivement caporal le 15 septembre 1784 et sergent le 1er juin 1785.

Ses origines roturières et son manque d'instruction ne lui laissent aucun espoir d'obtenir l'épaulette d'officier ; aussi il prend son congé absolu le 1er janvier 1789 et revient dans sa ville natale.

La Révolution allait lui permettre de donner sa mesure clans une carrière qu'il semble bien avoir embrassée par goût. Dès que la Constituante a ordonné la levée de bataillons de volontaires, il s'enrôle (15 septembre 1791). Le 17 octobre de la même année il est élu à l'unanimité capitaine de la 6e compagnie de fusiliers du 1er bataillon de volontaires de la Charente, (plus tard 4e demi-brigade légère) ; elle comprend 173 hommes. Il rejoignit l'armée du Nord, avec laquelle il combattit en 1792 ; l'année suivante il fit partie de la garnison de Valenciennes, « se replia dans la camp de Famar où il tint tête pendant 15 jours aux Autrichiens ». La même année, il participe en octobre au siège de Lyon et est nommé chef de bataillon le 11 brumaire an II (3 novembre 1793).

En 1794, il figure à l'armée des Alpes au quartier général de Nice ; il prend donc part à la campagne d'Italie. Il est confirmé dans son grade à la 4e demi-brigade lors de l'embrigadement du 1er nivôse an V. Le 29 nivôse an V (14 janvier 1797), il est blessé d'un coup de feu à la poitrine à la bataille de Rivoli.

Remis de sa blessure, il se fait remarquer à l'affaire de Neumark, le 22 mars 1797, où, à la tête de ses tirailleurs, il poursuivit un groupe d'infanterie, appuyé par un grand nombre de paysans, « les mit en déroute, ainsi que la cavalerie nui protégeait leur retraite, et dépassa Brixen tandis qu'une partie des tirailleurs y entrait et en expulsait totalement l'ennemi ». Au moment où s'organise la campagne d'Egypte, il tient garnison en Corse avec la 4e demi-brigade. Il fait partie du corps expéritionnaire : nous avons vu qu'il fut blessé au combat de Cheibreiss.

Du 14 au 19 juillet, l'armée continue sa marche pénible dans les sables brûlants où s'enlisaient les convois et l'artillerie, qui, continuellement harcelés par les Bédouins, n'avançaient qu'au prix d'efforts inouïs. Comment Lacroix, blessé aux jambes, réussit-il à suivre ? Par quels moyens ou par quels prodiges de résistance ou d'énergie ? Rien ne nous permet de nous en faire une idée.

Source : Avec Bonaparte en Egypte, de Marc Leproux.

Posté par ID348347 à 12:20 - Permalien [#]

Historia pontificum et comitum Engolismensium

Notice dans l'Historia pontificum et comitum Engolismensium ("Histoire des évêques et des comtes d’Angoulême") en 1160, traduction Claude Gigon.

Post quem suscepit electionem Cleri petitione & assensu Hugo natione Engolismensis, Rupis-Focaldi oppidanus, Petro patre, Edoarda matre natus, Ecclesiae Engolismensis Cantor, qui a primaria etate castitatem & munditiam fervavit, etiam verba illa que bonos mores corrumpunt verecunde vitabat. Fuit humilis in omni actu, in locutione gratiosus, nihil habens rusticitatis admixtum, qui cum parvus adhuc, vel habitu esset, tamen in predicatione facundissimus erat. Qui liberalibus artibus imbutus Magistro Gisleberto in Galliis adhaerens, illum maxime in Theologia sequutus est. Cum autem Gaufridus Burdegalensis decessisset, Canonici Burdegalenses vocem suam in electionem dederunt Engolismensi, Agennensi, Pictavensi, Xantonensi, Petragoricensi. Qui cum de electione secreto tractarent, Henricus Rex se intermiscuit concilio eorum, deprecans, quatenus Joannes de Saecli Magister Scholarum Pictavensium per eos in Archiepiscopum eligeretur. Et ipse praesens Rex volebat interesse electioni, ne aliquis Episcoporum contra voluntatem Regis aliquid diceret. Cum vero Rege praesente praedicti Pontifices timido silentio stuperent, solus Hugo Engolismensis Episcopus dixit: Domine Rex nobis quibus electio juste commissa est, de electione in praesentia vestra tractare non licet: quandiu autem hic nobiscum fueritis de officio Ecclesiastico & de ordinatione nobis commissa tacebimus, nec amplius qui voce nostra primo promotus est per nos promovebitur. Quod audiens Rex cum maximo rancore tristis abscessit. Comes itaque Guillermus de itinere Hierosolymitano regressus maximam guerram cum Rannulfo de Agernac sororio suo habuit. Qui Rannulfus quadam die cum magnas militum & peditum copias congregasset & Castrum novum capere pararet, praedicto Guillermo cum paucis sibi occurrente cum illa peditum & militum multitudine ab eo captus est. Item Arnaldo Bocardi praefatum Guillermum graviter infestante G. Mandugot, seu Manigot, cum ad auxiliandum illi properaret, a praedicto Consule captus & in vinculis redactus est. Idem Consul magnas guerras habuit cum Fulcone & Gaufrido fratribus suis, cum Focaudo Archiaci, cum Iterio de Coniaco & multis aliis Baronibus qui abstulerant ei munitionem Macuriae, quam obsidens praefatus Comes repulsis inimicis, honorifice suscepit. Illus quoque eximium illi accidit. Nam cum guerram haberet cum Guidone de Rupe-Foucaudi armata manu intrans castrum Rupis-Foucaudi, quidquid extra turris munitionem invenit aut ignis combustione delevit, aut rapinis dirupit. Cumque saepe nominatus cum Rege Anglorum ad obsidionem Chosae venisset, contigit quod Hugo Engolismensis Episcopus gravissima infirmitate correptus opprimeretur, quem modum infirmitatis cum astantes Medici judicare non possent, multa ignoranter dixerunt. Quantae charitatis praedictus Hugo Pontifex fuerit; quam assiduus in lectione, quam benignus erga subditos, dicere nequimus. Ex quo urbem ingrediebatur cum Cathedralibus in choro omnibus horis & maxime in matutinis Deo psallebat communi voce, non gravata Episcopali auctoritate, & fastidiens palatium in Claustro cum Cathedralibus frequenter residebat, nisi Ecclesiasticae causae traherent illum, qui maxima bona mense Episcopi contulit. Consilio ejus Ecclesia Engolismensis judiciariam de Julac acquisivit. Qui homo summae pacis & summae concordia ex quo ipse discessit, quasi cum eo pax & concordia discessit: tota civitas in seditionem versa est. Vix sexagenarius maximo planctu Clericorum, lamentatione nobilium, luctuoso gemitu utriusque sexus & aetatis post munitionem (inunctionem) & acceptam Eucharistiam obdormivit in Domino pridie Idus Augusti MCLIX anno ab Incarnatione Domini. Sedit annis X. mensibus 2. die uno. Sepultus est intra Ecclesiam Cathedralem a Septentrionali parte. Cessavit Episcopatus usque ad Idus Octobris sequentis.

Après Lambert, Hugues fut élevé au siège épiscopal avec l'assentiment et même sur la demande expresse du clergé. Il était de la province d'Angoumois et né dans la ville de La Rochefoucauld, de Pierre et d'Édoarde. Comme dignitaire ecclésiastique, il était chantre de l'église d'Angoulême. Hugues avait conservé la chasteté et la candeur du premier âge; il évitait toute conversation susceptible de porter atteinte aux bonnes mœurs; il était humble dans ses actions, agréable dans ea conversation où rien de rude ne venait se mêler, et bien qu'il eût un défaut de prononciation, il était fort éloquent dans ses sermons. Nourri dans les arts libéraux, il était étroitement uni à Gilbert, son maître dans les Gaules, dont il suivit en tout point les opinions théologiques. Peu après l'élévation de notre évêque, Godefroy, archevêque de Bordeaux, vint à mourir. Les chanoines du chapitre embarrassés donnèrent leurs suffrages aux évêques d'Angoulême, d'Agen, de Poitiers, de Saintes et de Périgueux, pour confier l'élection à leurs soins; et pendant'qu'ils s'occupaient en secret de cet objet important, Henri, roi d'Angleterre et d'Aquitaine, s'introduisit dans leur réunion, recommandant vivement Jean de Sechius, maître écolâtre de Poitiers, afin qu'ils relevassent à l'archiépiscopat; le rôi voulait même que la chose se décidât devant lui, dans la crainte que quelqu'un des évêques ne parlât contre sa volonté; et comme tout le monde en présence du monarque gardait un timide silence, Hugues seul, osant élever la voix, dit: « Seigneur roi, il ne convient pas que nous qui sommes seuls chargés de celte élection nous délibérions en votre présence; donc, aussi longtemps que vous serez parmi nous, nous nous tairons sur les affaires ecclésiastiques et sur l'ordination qui nous est confiée; quant à celui que vous, le premier, avez recommandé à nos suffrages, il ne sera pas élu de préférence. » Ce qu'entendant le roi, il se retira méconlent et plein de rancunes. Vers ce même temps, Guillaume, comte d'Angoulême, revint de son voyage à Jérusalem et eut une gnerre formidable avec son beau-frère, Ranulfe de Jarnac. Celui-ci ayant prémédité d'enlever Châteauneuf, assembla une grande troupe de soldats de pied; mais Guillaume, accourant au-devant de lui avec une poignée des siens, s'empara de sa personne et des soldats qu'il avait assemblés. Dans ce même temps, notre comte était gravement attaqué par Arnaud, fils de Bouchard, et Mandugot, allié de celui-ci, accourait en toute hâte pour lui prêter main-forte; mais, prévenu par Guillaume, il fut pris et retenu dans les fers. Il eut encore plusieurs autres guerres avec Fulcon et Godefroy, ses frères; avec Foucaud d'Archiac, Hier de Cognac et beaucoup d'autres barons, qui lui avaient enlevé la forteresse de Macurie. Le comte mit à son tour le siège devant la place, et, après avoir repoussé ses ennemis qui l'inquiétaient, il la reprit avec honneur. Enfin, il accomplit un autre haut fait éclatant. Ayant eu guerre avec Guy de La Rochefoucauld, il s'introduisit dans sa forteresse à main armée, et tout ce qui se trouvait en dehors des tours fut détruit par le feu ou ravagé par le pillage. Ensuite notre comte, de concert avec le roi d'Angleterre, vint mettre le siége devant Cozes, et alors il arriva que l'évêque Hugues, frappé tout à coup d'une maladie extrêmement grave, tomba dans la stupeur, et les médecins qui l'assistaient n'ayant pu juger de quelle maladie il était atteint, dissertèrent sur le sujet avec une extrême ignorance. Jamais nous ne saurons dire combien fut grande sa charité, combien il était assidu dans ses lectures, combien il fut doux pour ses subordonnés. Chaque fois qu'il entrait dans sa ville épiscopale, il se rendait au chậur avec ses chanoines, et là, à toute heure et surtout à matines, il psalmodiait avec eux d'une voix grave les louanges de Dieu, oubliant pour ainsi dire son rang et son autorité ; fuyant son palais, il résidait le plus souvent dans le cloître avec ses chanoines, à moins qu'il n'en fût arraché par l'intérêt de l'Église. Pendant son gouvernement, il apporta les plus grands biens à la manse épiscopale; par son conseil encore, l'église d'Angoulême fit l'acquisition de Juillac-le-Coq. Homme de concorde et de paix sublimes, il se retira de la vie, et il sembla qu'avec lui s'étaient aussi retirées la paix et la concorde, car après lui la cité tout entière fut en proie à la sédition. Bientôt, au milieu des cris de douleur du clergé, des lamentations de la noblesse, des pleurs et des gémissements du peuple, sans distinction d'âge ni de sexe, il s'endormit dans le Seigneur, à peine âgé de soixante ans, l'an de l'incarnation 1159, la veille des ides d'août, après avoir reçu l'onction sainte et avoir accepté l'Eucharistie. Il avait occupé le siège épiscopal dix ans deux mois et un jour. Il fut enseveli dans la cathédrale, vers la partie septentrionale.

La crosse épiscopale du XIIe siècle conservée au musée d'Angoulême appartenait à Hugues Tizon, évêque d'Angoulême de 1149 à 1159.

Hugues Tizon était chantre et l'un des chanoines de la cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême avant son élection en 1149, suite au décès de Lambert de La Palud. Celui-ci l'avait désigné comme successeur.

Dans les chartes en latin, il était alternativement appelé Ugo Ticio, Ugo Tizo, Ugone Ticione, Hugonem Ticionem. Après il sera simplement connu sous le nom d'«évêque Hugues».

En 1144, le chanoine Hugues Tizon était témoin d'une donation de terre par le comte Guillaume Taillefer au chapitre d'Angoulême. Dans un traité relatif à sa chantrerie, il apparaissait aux côtés de l'évêque Lambert.

Issu d'une famille noble de La Rochefoucauld. Fils de Pierre Tizon, damoiseau.

Les Tizon ou Tison à Dirac figuraient parmi les prévôts de l'évêché aux côtés des Jourdain à Marsac. Ces deux familles étaient fortement soupçonnées d'accaparer les forêts sous leur administration et de s'enrichir indûment.

Le lignage aîné éteint au XVIIe siècle, allié aux maisons de Volvire, de La Rochebeaucourt... etc., prit le nom de Tizon d'Argence (Champniers) pour se distinguer des autres lignages cadets : par exemple Tizon de La Rochette, Tizon de Coulgens, Tizon de Jauldes.

Il mourut le 12 août 1159, âgé de 60 ans environ, et fut inhumé le lendemain.

Source : Généalogie Charente Périgord.

Posté par ID348347 à 11:13 - Permalien [#]

Le plan du château d'Aunac

plan-aunac

Aunac est un des châteaux gothiques les plus gracieux et les mieux conservés de l'Angoumois. Il est situé sur la rive gauche de la Charente, entre Verteuil et Mansle. Il attend qu'une main intelligente vienne lui rendre sa beauté primitive; comme il n'a encore subi aucune mutilation, c'est peut-être de nos jolies demeures féodales, celle qui se prêterait le mieux à une restauration bien comprise. Un homme de goût, M. de Montalembert, pair de France, a admiré Aulnac et a presque jeté l'anathème sur l'insouciance qui laisse tomber, une à une, les pierres d'encorbellement de ses mâchicoulis.

La première entrée du château, du côté du bourg, est protégée par deux tourelles percées de meurtrières.

La seconde entrée A est la porte proprement dite ; elle avait autrefois son pont-levis. Elle est surmontée de mâchicoulis et de créneaux, et flanquée de deux tours rondes à l'extérieur du côté de l'ouest, et carrées de l'autre. Les armoiries des La Rochefoucauld se trouvents culptées aux clefs de voûte du rez-de-chaussée des deux tours. On les voit aussi répétées en plusieurs endroits du donjon B.

Ce donjon, d'une magnifique construction, s'élève sur un très-beau plan. A l'est, vous avez devant vous une tour d'un immense diamètre, terminée dans le haut par un mâchicoulis crénelé; à l'ouest, c'est une tour d'un moindre diamètre formant avant-corps sur une façade carrée à ses extrémités. L'exécution ne le cède en rien à l'originalité du plan : tout y est sobre d'ornements, mais l'œuvre brille par la noblesse des lignes et l'harmonie de toutes les parties qui la composent. C'est un des bons morceaux de l'architecture du XVe siècle.

Les arts, en Angoumois, ont dû beaucoup à cette grande maison de La Rochefoucauld. La Rochefoucauld, Verteuil, Aunac, Bayers, Barbezieux attestent le goût éclairé de cette famille illustre. Du reste, le beau pays où ils ont élevé ces gracieux monuments méritait ce luxe de princes ; les bords de la Charente sont un pays enchanté.

Source : Statistique monumentale de la Charente, de Jean-Hippolyte Michon.

Posté par ID348347 à 10:40 - Permalien [#]

11 mars 2020

Lettre du représentant Crévelier

Paris, le 2 prairial, l'an 6e de la République françoise, une et indivisible.

Citoyens administrateurs,

Je m'empare, ainsi que je l'avois promis, du premier instant disponible pour vous annoncer que je suis à mon poste. Hier, j'ai eu l'honneur de siéger au Conseil avec les députés de l'an 6, et nous avons prêté ce serment qui sera toujours fatal et aux vils partisans des rois et aux sectaires immoraux de l'anarchie. L'organisation de notre bureau et de celui des Anciens est selon moi d'un heureux présage : il paroit qu'on fait ici quelque cas de ces exconventionnels tant déchirés, tant calomniés depuis trois ans. Le Directoire s'avise même de donner des fonctions très importantes à ceux qui ne sont pas réélus au Corps législatif; et de tout cela, mes amis, vous en conclurez ce qu'il appartiendra. Bellegarde qui s'avise aussi d'avoir quelque confiance en ces mêmes conventionnels, va beaucoup mieux, et avec du ménagement sa santé sera bientôt rétablie.

On attend l'ex conventionnel Threillard qu'on s'est encore avisé de porter au Directoriat et l'ex conventionnel Syeis est aussi envoyé à Berlin, de manière que cette race au lieu de s'éteindre semble pulluler plus que jamais. Elle a dans les deux Conseils des ramifications très étendues. Comment voulez vous donc que les incroyables et les exclusifs puissent parvenir à leur but ? Non, ils n'y parviendront pas, j'en jure par le génie de la liberté. La Constitution de l'an 3 résistera à toutes les attaques. Je n'ai point encore assez examiné la phisionomie du nouveau Corps législatif pour en porter un jugement solide, mais les amis de la République ont beaucoup d'espoir.

La loi relative aux élections vous donne quelque idée des principes qui ont dirigé les Conseils et le gouvernement, et qui vraisemblablement seront à l'ordre du jour pendant cette session; au surplus, vous en verrez les développemens et l'applications. Il est temps que les factions disparoissent et que le peuple françois ne soit plus dupe et victime de ses adulateurs royaux, ou démaguogues. La Constitution de l'an 3, voilà l'unique but et l'unique objet des désirs républicains.

Continuez, administrateurs patriotes, à faire aimer la République par une administration sage; et de l'énergie et de la prudence, justice égale pour tous, et vous trouverez dans la tranquillité commune et le bonheur de vos administrés la seule récompense qu'il vous soit permis de désirer et glorieux d'obtenir.

Salut et fraternité.

Crévelier.

Mon adresse : Au représentant du peuple Crévelier, député par le département de la Charante au Conseil des Cinq Cents, Rue Honnoré, n° 52.

Source : Revue des bibliophiles.

Posté par ID348347 à 19:12 - Permalien [#]