29 mars 2020

Un officier de la garde de Louis XIV

Yrieix Chouly de Permangle, né à Saint-Yrieix vers 1604, était fils de Paul de Chouly, sieur de Permangle et de Montchaty, et de Françoise de Gentils.

Son aïeul paternel, Yrieix Chouly, sieur de Montchaty, élu pour le roi en l'élection du Limousin, fut le premier maire de la ville de Saint-Yrieix, en 1565.

Lors de la recherche de la noblesse, en 1666, d'Aguesseau, intendant de la généralité de Limoges, avait rendu un jugement de maintenue, en faveur de cette famille, sur une preuve de six générations.

Les armoiries de cette famille étaient : d'or à une fasce d'argent surmontée de trois.fleurs de pavot de même et une feuille de châtaigner d'or en pointe.

Permangle débuta dans la vie militaire sous le règne, de Louis XIII, à l'âge de 16 ou 17 ans ; l'an 1621, il entra dans la carrière des armes, où il devait rester pendant 55 ans, c'est-à-dire jusqu'en 1676.

Au mois de mai 1621, les protestants ou religionnaires se révoltèrent contre l'autorité royale dans le Languedoc et la Haute-Guienne : ils avaient pour chefs principaux le duc de Rohan et son frère le duc de Soubise. Louis XIII entra en campagne, ayant avec lui le duc de Luynes et plusieurs seigneurs. Vers la fin de mai, il assiégea la ville de Saint-Jean-d'Angély, où commandait le duc de Soubise, et l'obligea de se rendre le 26 juin. C'est à ce siège que Permangle fit ses premières armes et signala sa valeur.

Le 18 août, Louis XIII investit Montauban, dont le siège dura trois mois sans succès. Le roi leva le siège le 18 novembre avec une perte de huit mille hommes et de plusieurs officiers de distinction. Dans ce siège, Permangle donna des preuves de bravoure qui lui méritèrent les faveurs du roi.

Quelques années plus tard, le siège de la Rochelle, un des plus célèbres dont l'histoire fasse mention, commença le 10 août 1627, et dura jusqu'au 28 octobre de l'année suivante; Permangle se distingua dans le siège de cette ville, comme il l'avait fait dans les sièges précédents.

Après avoir fait ses preuves sous le règne de Louis XIII, Permangle devait se distinguer sous la minorité de Louis XIV, pendant les guerres de la Fronde, et s'associer plus tard aux victoires de Louis-le-Grand.

Vers 1650, il fut fait maréchal des logis de la compagnie des deux cents chevau-légers de la garde ordinaire du roi ; et le cardinal Mazarin, représentant à la reine l'importance de cette charge, elle lui répondit « qu'elle n'appréhendait rien pour cette compagnie, tant que Permangle serait à sa tête ». En effet, il la commanda avec gloire pendant plus de vingt-cinq campagnes.

Louis XIV fut déclaré majeur le 7 septembre 1651. Sur la fin de ce mois, le prince de Condé prit les armes, et commença la guerre civile. Maître de tous les postes le long de la Charente jusqu'à Angoulême, il mil le siège devant Cognac ; mais le comte d'Harcourt, qui commandait l'armée du roi, vint au secours de cette place et fit lever le siège. Permangle se distingua dans cette rencontre, et à Saint-Andreas ou Saint-André de Cubzac, près de Bordeaux, il battit Balthasar et fit prisonnier le chef de l'armée ennemie.

Le 2 juillet 1652, dans la journée du faubourg Saint-Antoine, à Paris, la bravoure et l'intrépidité du prince de Condé échouèrent contre la sagesse de Turenne. Permangle se signala dans cette rencontre : à la tête de sa compagnie d'élite, il combattit vaillamment, soutenant le régiment des gardes françaises ; et, avec ce régiment, il força les barricades des Lorrains et des Espagnols, qu'il contraignit de se sauver avec désordre dans Paris.

Deux ans plus tard, Permangle fut associé aux triomphes de l'armée française. En 1672, le 6 avril, Louis XIV déclara la guerre aux Hollandais, desquels il avait reçu plusieurs sujets de mécontentement. Permangle se distingua dans cette guerre. Au passage du Rhin, le 12 juin, il fit preuve de dévouement et de courage. Malgré son âge avancé — il avait plus de soixante-dix ans — il se jeta hardiment au milieu du fleuve, méprisant et la rapidité du courant, et le nombre des ennemis, qu'il mit en déroute en arrivant sur l'autre rive du fleuve. Le roi, « que Sa Grandeur attachait au rivage », le voyant s'élancer et combattre, le proposa pour modèle aux autres officiers de son armée et résolut de le récompenser.

Louis XIV avait donné à la compagnie de Permangle son premier étendard avec la représentation du soleil, et au-dessous celte devise : Nec pluribus impar. Les Hollandais opposèrent à l'étendard et à la devise du roi un drapeau où était représenté Josué arrêtant le soleil avec cette devise : Sol, sta ! soleil, arrête-toi !

Au mois de juin 1673, Louis XIV se mit en campagne et fit le siège de Maëstricht : après 14 jours de tranchée, le 30 juin, il se rendit maître de cette place. Permangle, déployant son étendard où figurait le soleil, alla affronter la mort sous les murs de cette place. Etant à la tranchée, il reçut une blessure à la tête, et quoique il versât beaucoup de sang, il ne se retira de son poste que sur l'ordre du roi, qui le fit visiter dans sa tente par ses propres chirurgiens.

Il suivit le roi victorieux dans la conquête de la Franche-Comté (1674) et du duché de Limbourg (1675).

Après cinquante-cinq ans de services militaires sous le règne de Louis XIII et sous celui de Louis XIV, après avoir commandé la garde du roi pendant vingt-cinq campagnes, Permangle avait droit à la retraite.

Le roi, par lettres patentes datées de Saint-Germain-en-Laye, le 2 janvier 1676, donna à Permangle, pour le récompenser de ses services, le gouvernement de la ville et de la cité de Limoges. Dans la lettre que Louis XIV écrivit à ce sujet aux consuls de Limoges, il s'exprimait ainsi :

« Chers et bien amés. Les bons et agréables services que notre cher et bien amé Chouly, sieur de Permangle, a rendus au feu Roy de glorieuse mémoire, notre très honoré seigneur et père, et à nous, pendant cinquante-cinq années, tant dedans que dehors notre royaume, nous ayant convié luy donner des marques publiques et honorables de l'entière satisfaction que nous en avons reçue, nous avons créé et établi en sa faveur un gouvernement dans notre ville de Limoges, et voulant qu'il jouisse de tous les droits, privilèges, prérogatives et prééminences qui sont attachés à cette dignité,

Nous vous mandons et ordonnons de reconnaître le dit sieur de Permangle en la susdite qualité de gouverneur de notre ville et cité de Limoges. »

Permangle fut installé gouverneur de la ville et cité de Limoges le 30 août 1676, dans la grande salle de l'Hôtel-de-Ville.

Les lettres patentes de Louis XIV commencent ainsi :

« Louis, par la grâce de Dieu, Roy de France et dé Navare, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Ayant jugé à propos pour le bien de nostre service et l'avantage particulier des habitans de nostre ville et cité de Limoges, d'y establir dores en avant un gouverneur, nous nous portons d'autant plus volontiers a créer et a establir ce gouvernement en faveur du sieur de Permangle, maréchal des logis de la compagnie des deux cents chevau-légers de nostre garde, que, ayant une connaissance plus particulière de son courage et de son expérience au fait des armes dont il nous a donné des preuves glorieuses en plusieurs occasions importantes, nous avons lieu d'espérer qu'il nous servira dans ce gouvernement avec la mesme satisfaction qu'il a faict jusques a présent dans les divers emplois que nous lui avons confiés dans la guerre, etc. »

Permangle ne jouit que pendant trois ans de son titre de gouverneur de Limoges ; il mourut au château de Brie, commune de Champagnac, dans les premiers jours de janvier 1676. Le père Bonaventure nous a laissé des détails édifiants sur la mort chrétienne de ce vaillant soldat, qu'il a puisés sans doute dans l'oraison funèbre du père Séraphin Avril...

« Etant malade, il prit congé de sa femme, la consola de cet accident, se prépara à la mort, qu'il accepta de bon cœur, et appela un confesseur, sans qu'on l'y exhortât, se confessa avec, des marques visibles de l'amertume de son coeur, tenait sans cesse le crucifix, et quand on voulait le lui ôter, il disait : « Laissez-moi l'image de mon Dieu, dont la mort fait toute mon espérance. » Il reçut ensuite le viatique et l'extrême-onction, avec de grands sentiments d'humilité et de respect, qui tiraient des larmes des yeux de tous les assistants. Il faisait ensuite des actes d'espérance en la miséricorde de Dieu, du mépris des choses du monde, et du désir de voir Dieu ; et parmi ces saintes affections, il expira pour aller dans le séjour de la gloire ».

Cette mort rappelle celle du grand Condé qui disait avant de rendre le dernier soupir : « Nous verrons Dieu tel qu'il est, face à face : videbimus eum sicuti est, facie ad faciem.

Le père Séraphin Avril, des Augustins de Limoges, prononça l'oraison funèbre de Permangle le 10 février 1679, dans l'église de Saint-Pierre- du-Queyroix, en présence de l'évêque de Limoges (De Lascaris-Durfé), de l'intendant de la province, de Messieurs du présidial et des Consuls.

Nous lisons dans les Registres consulaires :

« Après notre nomination au consulat, nous apprîmes au mois de janvier 1679 la mort de Monsieur de Permangle, gouverneur de cette ville, décédé en son chasteau de Brie en Poitou, ce qui nous obligea d'envoyer devers Madame sa veuve un capitaine delà maison de ville avec des lettres de nostre part pour luy témoigner nostre déplaisir, et luy marquer l'intention que nous avions de luy faire faire un service dans l'église de Sainct-Pierre, afin qu'elle nous marquât le temps que ses parens voudroient se rendre en cette ville, dont elle nous remercia par la réponse qu'elle nous fit écrire.

Dudepuis, le jour de ce service ayant été pris au dixième février, et le sieur de Montchasty, frère du défunt, s'estant rendu en cette ville, ensemble ses enfants et le sieur de Sauveboeuf, son gendre, on fit dire une messe de Requiem avec une oraison funèbre dans l'église de Sainct-Pierre, qu'on avait faict tendre de deuil avee des escussons aux armes du deffunct, et beaucoup de cierges. Monsieur l'évêque de Limoges (Louis de Lascaris d'Urfé) y assista, ensemble Mr de Bezons, nostre Intendant, Messieurs du présidial et nous. On se seroit assemblé dans l'hostel de ville, selon la coutume, pour marcher de là en cérémonie à la dite église ; mais le grand hiver qu'il fit cette année ayant causé des glaces dans toutes les rues, où il était dangereux de marcher, on s'assembla dans la maison de Mr le curé de Sainct-Pierre, qui dict la messe, et on en sortit, savoir : Monsieur de Limoges, le premier, qui se mit à la place du curé; puis le dict sieur de Monchâti ; Monsieur l'intendant, Mr le président et Mr le prévost consul, et ensuite un parent, un officier du présidial et un consul. Le père Avril, Augustin, fict l'oraison funèbre ».

Le 14 mars suivant (1679), le P. Boniface Peyron, prieur du couvent des Augustins de Limoges, prononça dans l'église de Champagnac l'oraison funèbre de Messire Yrieix Choully de Permangle, maréchal des logis de la compagnie de deux cents chevau-légers de la garde ordinaire de Sa Majesté, gouverneur de la ville et cité de Limoges, devant le marquis de Sauveboeuf, neveu par sa femme de l'illustre défunt. Le château de Brie, où mourut Permangle, est situé dans la paroisse de Champagnac.

Yrieix Chouly, sieur de Permangle, avait épousé, par contrat du 11 janvier 1639, Anne de Saint-Mathieu; il est probable qu'il n'y eut pas d'enfants de ce mariage : car nous voyons, après sa mort, son neveu Yrieix-Julien, propriétaire de toutes ses seigneuries.

Yrieix de Chouly était chevalier, seigneur de Montchaty et de Permangle de son chef, de Puymoreau par sa femme, de Brie et de Champagnac par acquisition, et outre le titre de maréchal des logis de la compagnie de deux cents chevau-légers de la garde ordinaire de Sa Majesté, il était aide des camps et armées du roi, et son conseiller et maître d'hôtel ordinaire.

(Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, 1894)

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28 mars 2020

Une aventure de la légion Mirabeau

Le 15, à Bühl, où l'on séjourne trois semaines. C’est pendant cette période d'inaction que le vicomte, fatigué de son oisiveté, s’avise d'un fâcheux coup de tête. Il passe le fleuve avec soixante hommes, vers onze heures du soir, arrive en France tout à fait à l'improviste, se porte dans un village où il existait un club de jacobins, enlève les membres du club, le maire patriote du pays, et revient avec ses prisonniers.

Il laisse pour adieu des vers royalistes dans le corps de garde.

Cette aventure ne fut pas approuvée par le prince de Condé; il la raconte ainsi au duc de Bourbon :

« 22 août 1792,

Mirabeau m’a fait une équipée pour laquelle je l'ai destitué du commandement de son poste et mis aux arrêts dont il n’est sorti qu'aujourd’hui. Imaginez-vous que, contre mes ordres, il a passé le Rhin une nuit avec les hommes, a tué deux sentinelles, ramené des prisonniers sans avoir essuyé un coup de fusil.

On ne peut s’empêcher de dire que cela est vigoureux et que cela prouve comme ces gens se gardent. Je ne l‘ai pas moins puni comme je le devais, pour manque de subordination. C’est un brave homme, mais une tête bien dangereuse. »

L’armée de Condé continuait à rester dans l’inaction, cependant un nouveau passage sur la rive gauche du Rhin se préparait, une partie de l’armée devait traverser sur le pont de Rheinfeld et le reste avec des bateaux en dessous de Lauterbourg.

Source : Le vicomte de Mirabeau, dit Mirabeau-Tonneau (1754-1792), d'Eugène Berger.

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Mirabeau-Tonneau et l’Ancien Régime

Boniface, vicomte de Mirabeau, était le frère du comte, le célèbre orateur. Alors que le comte de Mirabeau siégeait à gauche, le vicomte trônait à droite. Le comte était gros, mais le vicomte était obèse, d'où son surnom. Né en 1754, il avait été tout de suite très difficile à élever et on l'avait envoyé dans l'ordre de Malte pour s'en débarrasser. Mais au bout de quelque temps, il avait été exclu de l'ordre pour mauvaise conduite et indiscipline. Il était alors entré dans l'armée. Il avait fait la campagne d'Amérique. A son retour, après avoir vécu dans son château du Limousin, il avait été élu député de la noblesse du Haut-Limousin en mars 1789.

Comme son frère, il a le don de bien écrire et de faire de bons mots, mais c'est à peu près les seules choses qu'ils aient en commun. Le vicomte est un fanfaron, courageux sans doute, il a eu nombre de duels, mais ce n'est pas véritablement un théoricien. Il s'est fait en quelque sorte le champion de l'absolutisme d'ancien régime, sans aucune concession. C'est l'homme qui a défendu à la pointe de l'épée ou à la tribune la contre-révolution, mais la contre-révolution avec un retour à l'absolutisme tel qu'il existait en 1788.

Il a eu du succès à l'Assemblée par ses bons mots, ses plaisanteries. Un jour, il a escaladé la tribune pour en chasser son frère. Un autre jour, il y est monté avec son épée et il l'a brisée sur sa cuisse en disant que puisqu'on avait enlevé au roi son pouvoir en lui retirant le veto absolu et en obligeant les députés à prêter serment à la constitution et non au souverain, il n'avait plus que faire d'une épée. D'autres fois, on a assisté de sa part à des scènes plus pittoresques, mais moins édifiantes, car il arrivait à l'assemblée ivre.

Enfin, il s'est fait connaître par l'affaire de Perpignan. Il était en effet colonel et commandait le régiment de Touraine-Infanterie caserné à Perpignan. Au mois de juin 1790, le vicomte se rend à Perpignan pour prendre contact avec son régiment qui commençait à être gagné par les idées révolutionnaires. Il n'arrive pas à calmer une mutinerie et brusquement quitte Perpignan en emportant les cravates, c'est-à-dire les rubans qui se trouvaient au sommet des hampes des drapeaux. Or, le règlement de l'armée, sous l'ancien régime, et les traditions, stipulaient qu'un régiment ne pouvait se former en bataille s'il n'avait pas ses drapeaux ornés des cravates. Les enlever c'était en quelque sorte dissoudre le régiment.

Le lendemain du départ du colonel, on s'aperçoit de la disparition des cravates, aussitôt on se lance à sa poursuite et, finalement, il est rejoint à Castelnaudary où il est obligé de rendre les cravates, ce qui lui a valu un deuxième surnom, celui de Mirabeau-Cravates.

Mirabeau-Tonneau ou Cravates, partisan intégral de l’Ancien Régime, admettait tout au plus l'égalité fiscale ; il était hostile à toute réforme profonde.

Sa position devait très rapidement devenir intenable et il émigra dès le 3 août 1790. Il s'installa en Allemagne où il créa une légion particulière car il ne s'entendit pas mieux avec les princes qu'avec les députés. La légion Mirabeau, ou légion noire, n'eut même pas l'occasion de se battre, car au début de la guerre, le 15 septembre 1792, Mirabeau-Tonneau mourut dans des circonstances qui demeurent mystérieuses. On a parlé d'une apoplexie, d'un duel ou d'un accident de cheval. Parmi les représentants de la contre-révolution c'est un des plus pittoresques et aussi des plus attachés à l'absolutisme.

Tels étaient les chefs de la droite en 1789 et 1790. Nous avons vu leurs idées. Aucun d'eux, sauf Mirabeau-Tonneau, n'est partisan du maintien intégral de l'Ancien Régime. Ils admettent des réformes plus ou moins développées et ce sont ces réformes qui forment le programme d'une grande partie des contre-révolutionnaires français, après 1789.

Source : La Contre-Révolution (1789-1804), de Jacques Godechot.

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Un garde d'honneur de la Dordogne

matricule1813

Un soldat du 3e régiment de gardes d'honneur, de vieille noblesse d'origine militaire. Le père de Julien : Louis d'Arlot, baron de Saint-Saux et de la Coussière ; seigneur de Romain, la Meynardie, Baccouillat et Parriche, chevalier de Saint-Louis, né à Cumond, le 10 mai 1731, est entré en 1746 en qualité de lieutenant au régiment de Provence. Il est promu capitaine en 1749. Il décède à la Meynardie le 27 septembre 1806. Julien était le petit neveu du comte d'Arlot de la Roque, lieutenant général, cordon rouge et grand croix sous Louis XV et Louis XVI. Le registre de la paroisse de Saint-Georges stipule que : «... Le quinze février a été baptisé André-Julien Darlot, né la nuit précédente, fils naturel et légitime de messire Louis Darlot, baron de Saint-Saud, chevalier de Saint-Louis, et de dame Marguerite de Fayolle, baronne de Saint-Saud, conjoint, duquel ont été parrein et marreine messire André de Fayolle et dame Claire Dambois, marquise de Fayolle, oncle et tante du baptisé, à la place desquels ont tenu monsieur André Darlot, frère du baptisé et Catherine Pontoux. Le dit baptême fait par moy, Lacombe, curé de Saint-Georges, en présence de Jean Merlhes, menuisier et Jean Raset, tisserand, témoins du présent bourg, qui n'ont signé ayant déclaré ne savoir. » Julien, arrivé au corps le 23 juillet 1813, est porté déserteur le 9 avril 1814. Il ne semble pas avoir poursuivi une carrière militaire. Le 7 juillet 1819, il épouse Madeleine Papin de la Gaucherie, famille du bordelais ayant fourni de très nombreux militaires. Elle lui donnera trois enfants. En 1827, il achète le château de Nadelin. Décédé le 1er juin 1878, il est inhumé à La Vitrolle.

Source : Les gardes d'honneur de la Dordogne sous le Premier Empire, de Jean-Paul Larrivière.

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Antoine Arlot contre César de Bourbon-Busset

César de Bourbon-Busset, gouverneur de Carlat en Rouergue, était fils de Claude Ier de Bourbon et de Marguerite de La Rochefoucauld; il était né à Buxeul le 31 janvier 1565. Ces Bourbons étaient des bâtards de la maison et descendaient de l'archevêque de Liège, X. de Bourbon, qui avait eu un fils, nous confie Moreri, avant son entrée dans les ordres.

César avait dans ses veines du sang italien de la maison des Borgia, d'où son prénom. Il était déjà veuf de Marguerite de Pontac, qui mourut sans laisser d'enfants. De son mariage avec Louise de Montmorillon, il eut sept enfants, quatre garçons et trois filles : Claude, Charles, Jules-César, Jean-Louis, Anne, Marguerite, Magdeleine. César était un rude et hautain personnage. Il jouissait en Limousin et haut Périgord d'une très grande autorité, et malheur à qui se frottait à lui. Les papiers analysés nous en fournissent quelques preuves dignes d'être rapportées.

Voici une requête que le maître de forges de Firbeix, Antoine Arlot, seigneur de Firbeix, adressait au parlement de Bordeaux, en 1606 : « A nos seigneurs du Parlement. Supplie humblement Antoine Arlot, seigneur de Firbeix, disant qu'ayant, pendant 12 ou 15 ans de là, le seigneur de Busset et Chaslus, conçu inimitié mortelle contre le dict suppliant et juré sa ruine totale, avait pendant le dict temps attaqué ou fait attaquer tant le dict suppliant, ensemble Jacques Arlot, seig. de Frugie, que ses serviteurs et domestiques, tant en leurs personnes que leurs biens, et les avoir faict constituer prisonniers, tellement que, pour avoir élargissement de ces personnes, le dict suppliant devait être contraint de bailler deniers au dict sieur de Busset ou à son capitaine et soldats mis par lui en son chasteau de Chalus.

Il y a quelques mois de cela, le dict seigneur de Busset ayant trouvé un serviteur du suppliant près de la forge de Firbeix, il l'avait battu et laissé quasi pour mort. Il menace journellement le dict suppliant, ses enfants, sa famille et ses serviteurs, menaçant et exécutant toutes sortes de ruinés et dégâts aux eaux du moulin, forge, bâtiments. Pour mettre à exécution toutes ces menaces, il est venu plusieurs fois, accompagné de 15 à 20 hommes armés, a cheval, près la maison du suppliant, pour l'offenser. Le sieur de Busset a grande autorité sur le pays, dont il abuse au point que le dict suppliant et ses serviteurs ne peuvent aller en aucun lieu. Plaise mettre le suppliant, son domaine, sa femme, ses enfants et famille sous la protection et sauvegarde de la Cour sous peine de 30 mille livres à infliger au seigneur de Busset; ordonner que la signification en sera faite à son procureur du château de Chalus. Il demande l'ouverture d'une instruction ».

Ce qu'il advint, par la suite, de cette affaire, je ne sais. Une instruction fut sans doute ouverte. César de Bourbon-Busset obtint de Henri IV — qui le traite de féal et aymé cousin — une ordonnance contre Arlot.

Il serait intéressant d'étudier cette famille d'industriels — maîtres de forges — auxquels appartenait encore, il y a peu de temps, la forge d'Ans. Elle s'allia aux familles nobles du Périgord : les de Nesmond, les d'Allogny du Puy-Saint-Astier, les la Rolphie, les Roffignac, ainsi qu'en témoignent quelques pièces jointes au dossier. Le 14 avril 1671, demoiselle Nesmond, fille de Marie Arlot, faisait profession au monastère de Sainte-Claire.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Perigord, 1939)

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La table du marquis d'Arlot de la Roque

Les pratiques alimentaires du marquis d'Arlot de la Roque, lieutenant général des armées du Roi, sont représentatives de celles de cette grande noblesse d'épée. Ce seigneur « ubiquiste » se fait ainsi envoyer des pâtés de Périgueux lors de ses déplacements militaires ou lors de ses séjours à Paris ou à Versailles (1); il emploie un cuisinier et recourt très régulièrement au service d'un traiteur. Le dîner qu'il fait servir par Courtois le 22 février 1773 confirme son train de vie (2). Avec 50 plats différents, on a là l'expression du luxe de la table de ce grand seigneur : gibier à plumes et volaille, aliments emblématiques de la noblesse, y occupent une place essentielle; les préparations les plus fines sont proposées aux convives, comme des ris d'agneau en crépine, une entrée de cervelles en fricandeau ou l'inévitable dinde farcie de truffes, spécialité de Courtois. Ce dîner est le manifeste de la puissance de ce seigneur, qui réunit autour de sa table, intégrés dans ses réseaux de sociabilité, bien des petits nobles périgourdins. Ses comptes font apparaître aussi la modernité des manières de table et des goûts de ce groupe nobiliaire : dès les années 1770, il a l'habitude de consommer des sauces servies à part pour accompagner les viandes telle une pièce de boeuf sauce aux câpres; la viande de boucherie (boeuf, mouton) est également omniprésente dans ses dépenses quotidiennes, signe de sa consommation même chez les plus grands personnages. La table d'Arlot de La Roque conjugue le luxe de la cour et les goûts régionaux comme les volailles truffées; intermédiaire privilégié entre la cour et la province, ce type de noble participe, à n'en pas douter, à l'introduction et à la diffusion de nouvelles pratiques dans les modes alimentaires du reste de la noblesse et de l'ensemble des élites du Sud-Ouest aquitain.

(1) AD 24, 2 E 1835, cahiers de dépenses, 1752-1762. Jacques d'Arlot de la Roque (1715-1795) est lieutenant général des armées du Roi. Ce marquis, membre de la noblesse d'épée, est allié à la puissante famille périgourdine des Taillefer.

(2) AD D24, 2 E 1835, 22 février 1773.

Source : La table du Sud-Ouest et l'émergence des cuisines régionales, de Philippe Meyzie.

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Maintenue de noblesse de la famille d'Arlot

Arrêt de maintenue du Conseil d'État concernant la famille d'Arlot.
Archives du château de Cumond (Dordogne), au marquis de Cumond et de Frugie.
Communiqué par M. Léo Drouyn.

Arrest du Conseil qui maintient dans la callité de nobles Jacques et Hélies Darlots, escuyers, seigneurs de Freugie et de Sainte-Marye, avec leurs enfans et postérité.

Extraict des registres du Conseil d'Estat.

Veu au Conseil du Roy les arrests randus en iceluy les 22e mars et 14e octobre 1666; lettres patantes sur iceux expédiées aux sieurs commissaires généraux dud. Conseil, députés par Sa Majesté pour la recherche des usurpateurs du tiltre de noblesse, et au sieur Foucault, procureur général du Roy en lad. commission, des 4. may, 20e septambre et lie octobre aud. an 1666; et autres lettres patantes et arrels donnés pour l'exsécution des déclarations de Sa Majesté des huit febvrier 1661, 22 juin 1661 et autres précédantes; la requête présantée par Jacques Arlot, seigneur de Freugie, La Coussière, Saint-Saud, Sainte-Marie, la Valouze et autres places, et Helie Arlot de Freugie, escuyer, seigneur de Sainte-Marye, Cumond, Sallebœuf et autres places, frères, contenant entre autres choses qu'ayant esté assignés par devant le sieur de Montauzon, commissaire subdelegué dans l'eslection de Périgueux par le sieur Pelot, intendant en Guyenne, pour la représentation de leur tiltres de noblesse, ils y auroient satisfait. Et lesd. tiltres ayant esté communiqués au préposé, pour accorder et contester à la validité ou invalidité des tiltres, il auroit consanty que les supplians fussent maintenus en leur noblesse. Sur quoy led. sieur commissaire subdélégué, par son jugernant du 20e novembre 1666, auroit donné acte dud. consentemant, et ordonné que les tiltres produits par les supplians, et par luy vérifiés et paraphés, seroient randus aux supplians, et que l'inventaire d'iceux, arbre de filiation et armoiries, signés des parties et de leur procureurs, demeureroient pour estre envoyés au sieur Intendant. Néantmoins au préjudice de ce, les susd. supplians auroient encores esté assignés pour le mesme fait, par devant le sieur Bodin, commissaire subdélégué dud. sieur Intendant au lieu et place dud. sieur de Monlauzon, ce qui est une pure vexation à ces causes requerroient les supplians qu'il pleust à Sa Majesté ordonner que le jugemant du sieur de Montauzon du 20e novembre 1666 seroit exécuté, et iceux deschargés de l'assignation à eux donnée par devant le sieur Bodin, le 23e may 1667, et cle lout ce qui pouroit estre fait en conséquance; ce faysant, qu'ils seroient maintenus en leur noblesse, avec deffance à toutes personnes de les y troubler; arrest du Conseil du 7e juillet 1667 intervenu sur lad. requeste, portant renvoy d'icelle aud. sieur Pellot, intendant, pour donner advis à va Majesté sur les conclusions de lad. requeste dans deux moys, et son advis veu et l'apporté aud. Conseil, estre ordonné ce que de raison, et ce pendant, sursis à toutes poursuittes par devant led. sieur Bodin commission obtenue sur led. arrest led. jour sept juillet 1667; acte de signification faille dud. arrust aud. sieur Bodin et à maistre Nicolas Catel, préposé à la recherche desd. usurpateurs de noblesse en la province de Guyenne, du 29e dud. moys de juillet 1667 requette présantée aux sieurs commissaires généraux du Conseil par led. Catel, à ce qu'allandu que le délay de deux moys, porté par led. arrest du Conseil, estoit espiré, lesd. Arlots fussent déclarés descheux de l'effet de lad. requelle, ce faisant, ordonné que les poursuittes, contre eux failles, semient continuées, signifiée à maislre de Rupin, advocat dcsd. le premier octobre 1667 autre requette desd. Arlots signifiée à maistre Hadoul, advocat dud. Catel, le 8e dud. moys et an; ordonnance des sieurs commissaires généraux du Conseil du 12e novembre 1667, lar laquelle lesd. Arlots sont renvoyés par devant le sieur Pelot pour produire au greffe de sa commission les tiltres et pièces justificatives de leur noblesse, estre communiqué aud. Catel, et par luy fournir et contredire par devant led. sieur Pelot, et sur le lout donner son advis pour estre par luy envoyé aud. Conseil, conformémant a l'arrest du Conseil dud. jour sept juillet 1667 et fait droit aux parties ainsin que de raison, signifiée aud. Catel le 24e dud. moys de novembre 1667; requette présantée par lesd. Arlots au sieur Pelot aux fins de lad. ordonnance cy dessus, au bas de laquelle est son ordonnance du 8e janvier 1668 portant que lesd. Arlots rapporteront leurs tiltres devant le sieur de Nort, advocat du Roy au bureau des Finances de Bourdeaux, lesquels seront contredits par led. Catel, pour, ce fait et l'advis dud. sieur de Nort par devers luy l'apporté, estre ordonné ce que de raison; le procès verbal du sieur de Nort et la représentation faille devant luy par lesd. Arlots de leurs tiltres de noblesse avec son advis sur iceux du 29 febvrier 1668; l'advis du sieur Pelot du 13e may 1668 portant qu'il y a lieu de maintenir lesd. Arlots en leur noblesse; ordonnance desd. sieurs commissaires généraux du Conseil du cinq juillet dernier par laquelle est ordonné que les tiltres et pièces dèsd. Arlols concernant leur noblesse, avec le procès verbal et advis dud. sieur Pelot, seront remis au greffe de lad. commission générale pour estre communiqués au procureur général, et fait droit sur le tout aux parties ainsin que de raison, signifiée à maistre Audoul, advocal dud. Catel, le 9e dit moys de juillet dernier; l'invantaire de production des liltrea et pièces desd. Arlols par lequel et har leur généalogie ils articulent estre desç:andus cle nolJle Jan Arlot, escuyer, sieur de Freugie, leur duarl ayeul, mary de damoiselle Catherine de La Motte, desquels est issu noble Pierre Arlot, damoyseau, escuyer, sieur de Freugie, trisayeul, lequel épousa damoiselle Anne de Maulmont, dont est sorty Jean Arlot, escuyer, sieur de Freugie, bisayeul, qui a épousé damoiselle Anne du Genest, dont est sorty Jacques Arlot, aussy escuyer, sieur Je Freugie, ayeul, lequel épousat damoiselle Magdelaine de Chapelle de Jurnilhac, dont est sort y Antoyne Arlot, escuyer, sieur de Freugie, gentilhomme ordinaire de la chambre du ltoy, leur père, qui a épousé damoiselle Marie Coustain du Masnadaud, dont est issu lesd. Jacques et Helie Arlots, frères, produisans. Pour la justification de laquelle généalogie est rapporté :

Sur le premier degré dud. Jean Arlot, quart ayeul : cootract de mariage en latin, entre noble Jean Arlot, escuyer, seigneur de Freugie, d'une part, et damoiselle Catherine de Motte d'autre, en datte du 12 may 1480;

Sur le deux degré dud. Pierre Arlot, trisayeul : contract de mariage en parchemin, passé devant notaire en Périgord le 20 juillet 1519, entre noble Pierre Arlot, damoyseau, sieur de Freugie, fils de feu Jean Arlot, sieur de Freugie, d'une part, et damoyselle Anne de Maulmont d'autre; la grosse en parchemin du testamant de noble Pierre Arlot, escuyer, passé devant de Chapelles, notaire en Périgord, du 3e apvril 1549, par lequel entre autres choses led. Arlot désire d'estre enterré aux tombeaux de ses prédécesseurs et au lieu où feu noble Jean Arlot, escuyer, sieur dud. Freugie, at esté enterré, et institue son heritier universel Jean Arlot son fils naturel et legilime, et de damoiselle Anne de Maumont sa femme.

Sur le trois degré dud. Jean Arlot, bisayeul : contract de mariage en parchemin, passé devant de Chapelles, notaire en Périgord, le 15 novambre 1551, entre Jean Arlot, escuyer, fils de noble Pierre Arlot, escuyer, sieur de Freugie, et [de] damoiselle Anne de Maumont d'une part, et damoiselle Anne du Genest, fille de noble Pierre du Genest, escuyer, d'autre; deux actes en parchemin exercés devant le juge ordinaire de Courbaffin (Courbefy), le 22 juin et 13 septambre 1513, dans lesquels Jean Arlot est denommé et qualifié escuyer; autre acte en parchemin exercé devant le juge de Courbaffin du 9e janvier 1571 entre noble Raymond de La Romagère, escuyer, d'une part, et Jean Arlot, escuver, sieur de Freugie, d'autre; procès verbal fait devant le juge de Courbaffin, du 8 mars 1512, contenanl les contestations d'entre Jean de Saint-Martin, escuyer, sieur du Brueilh, et Jean Arlot, escuyer, sieur de Freugie, pour les honneurs de pain benist de l'église du bourg de Freugie; une enqueste faille par ledit juge de Courbaflïn, le 30 d'apnil 1572, à la requeste dud. Jean Arlot, escuyer, sieur de Freugie, sur les différens d'entre luy et led. de Saint-Martin, de laquelle résulte entre aulres choses que Pierre et Jean Arlots, père et ayeul dud. Jean Arlot, avoient loujiours vescu noblement comme nobles d'exlraction; deux santances dud. juge de Courbaffin randües entre led. Jean de Saint-Martin, escuyer, d'un,3 part, et Jean Arlot, escuyer, seigneur de Freugie, d'autre, des 15e octobre 1572 et 10 janvier 1573.

Sur le quatriesme degré dud. Jacques Arlot, ayeul le testamant de noble Jean Arlot, escuyer, sieur de Freugie, passé devant Saint-Pardoux, notaire royal, le onziesme décembre 1578, par lequel entre autres choses led. Arlot déclare vouloir estre ensevely dans l'église parroissiale dud. bourg de Freugie, dans les tombeaux de feu Pierre Arlot, escuyer, sieur de Freugie, son père, et institue ses heritiers Jacques et Antoine Arlots, escuyers, ses enfans, et de damoiselle Anne du Genest, sa femme; information faitte par devant led. juge de Courbaffin le deux juin 1592, à la requeste dud. Antoine Arlot, escuyer, contenant la déposition de plusieurs témoins, que les gens de guerre, en lad. année, auroient pillé le chasteau de Freugie et bruslé tous les titres et papiers d'iceluy; arrest du parlement de Bourdeaux du deux apvril 1605 randu entre Jacques Arlot, escuyer, seigneur de Freugie, d'une part, et Louys Ouzeau et ses consorts d'autre; contract passé devant Grandcoing, notaire royal, le 20 janvier 1606, par lequel les parties y dénommées reconnoissent tenir, en tout droit de fondalité et directité, les biens y mantionnés de noble Jacques Arlot, escuyer, seigneur dud. lieu de Freugie et de La Valouze le testamant de Jacques Arlot, escuyer, seigneur dud. lieu de Freugie, par lequel, entre autres choses, il institue son héritier Antoyne Arlot, escuyer, sieur de La Valouze, son fils, et de damoiselle Magdelaine de La Chapelle de Jumilhac, sa femme, passé devant Bouyer, notaire royal en Perigord, le 10 septambre 1607; le codicille dud. Jacques Arlot, escuyer, seigneur dud. lieu de La Valouze, passé devant led. Bouyer, notaire, le 17 octobre 1607; acte exercé devant le juge de Périgord le 27 aoust 1607 coppie d'arrest du Grand-Conseil du six juillet 1607, signifiée à Antoyne et Jacques Arlots, seigneurs de Freugie.

Sur le cinquiesme degré dud. Antoyne Ai-lot, père clesd. Jacques et Helie Arlots produisans le contract de mariage d'Anloine de Freugie (sic), escuyer, sieur dud. lieu de La Valouze, avec damoiselle Marie de Coustain, passé devant Garreau, notaire en Périgord, du 7e juillet 1608; certificat du sieur marquis d'Escars (des Cars), premier gentilhomme de la chambre du Roy, comme [quoi] Antoyne Arlot, sieur de Freugie, est gentilhomme ordinaire de la chambre de Sa Majesté, du 9e may 1617 lettres patantes des foy et hommage faits à Sa Majesté, ès mains du sieur de Marillac, garde des sceaux de France, par Antoyne Arlot de Frugie, escuyer, sieur dud. lieu, pour raison de la lerre, seigneurie et justice de La Coussière, en datte des 16 juin 1626; arrèt d'appointé du parlemant de Bourdeaux du 26 septambre 1628, randu entre maistre Pierre Merle, lieutenant de la jurisdiction de Vieslecour d'une part, et Antoyne et Jean Arlots, escuyers, d'autre; commission obtenüe sur led. arrest par lesd.Antoyne et Jean Adots, escuyers, led. jour 25 seplarubre 1628 enqueste faille en conséquence dud. arrest cy dessus par maistre Jean Vallier, lieutenant du comté de Périgord et vicomté de Lymoges, du 16 octobre 1628 de laquelle résulle par déposition des témoinjs que led. Antoyne Arlot, escuyer, sieur de Freugie, et ses prédécesseurs, ont tousjour vescu noblement, et tenus et réputés pour nobles; arrest du parlemant de Bourdeaux du 28e juin 1630, randu entre led. Pierre Merle d'une part, et lesd. Jean et Antoyne Arlots, escuyers, sieurs de Firbeix et de Freugie, d'autre; commission obtenue sur led. arrest du 6 juillet 1630 procès verbal fait en conséquence dud. arrest cy dessus par maistre Jean Vallier, lieutenant du comlé de Périgord et vicomté de Lymoge: du XI juillet 1630, par lequel il appert que dans l'église de Saint-Pierre de Freugie, proche le grand autel, il y at une colonne dans laquelle dans une pierre sont gravés ces mots : nobilis Guillelmus Alotus, fondator ecclesiae sancti Petri de Fracto Jove, 1347; arrest contradictoire de la cour des Aydes de Bourdeaux, du 13 septambre 1640, par lequel, sans avoir esgard à l'instance dud. Merle, du consantemant du Procureur général, est ordonné que les lillres dud. Antoyne Arlot, escuyer, seront enregistrés au greffe de lad. cour, pour par luy jouyr des privilèges, immunités et examptions accordées à la noblesse avec deffances aux cottisateurs dud. lieu de Freugie, pour lors en charge, de contester aud. d'Arlot la qualité de noble, à peine de BC (sic); un imprimé du réglemant sur la convocation de l'arrière-ban du 17 janvier 1639 extrait du procès verbal fait au siège de Périgueux, le 16 apvril 1639, en exsecution dud. réglemant cy dessus, par lequel messire Antoyne Arlot de Freugie, chevalier, seigneur aud. lieu, est deschargé de la contribution au ban et arrière-ban, attandu le service que randoit Elie de Freugie, escuyer, sieur de Saincte-Marye, son fils en qualité de capitaine dans le régiman du sieur de Mommege; jugemant du sieur de Suduiraud, conseiller au parlemant de Bourdeaux, et commissaire pour la confirmalion de l'examption des droils des du 18 mars 1641, intervenu sur l'assignation donnée à Antoyne Arlot de Freugie, escuyer, sieur dud. lieu, Sainte-Marye et autres lieux, pour ses tiltres de noblesse, par lequel, après la représentation par luy faitte desd. tiltres, iceluy Arlot est deschargé de lad. assignation, et en conséquance, du consentemant du procureur du Roy, déclare led. Arlot comme noble d'extraction, exampt de payer aucune somme pour les droits de confirmation de l'examption des francs-fiefs, tant et si longuemant qu'il vivroit noblement et ne fairoit acte dérogeant; arrest du Conseil d'Estat du 12 septambre 1642, par lequel, sans s'arrester à un jugemant donné par défaut à l'encontre dud. Antoyne Arlot, escuyer, led. Arlot est déclaré noble de race, conformément aud. arrest de la cour des Aydes de Bourdeaux, et jugement dud. sieur de Suduiraud; autre arrest du Conseil du X décembre 1642, par lequel led. Antoine Arlot de Freugie, escuyer, est deschargé comme noble de race, du payement des tailles et impositions généralement quelconques, faisanl deffances aux esleus de Périgueux et receveurs des tailles de lad. esleclion de faire aucunes poursuitles et conlrainles à l'encontre de luy, pour raison de ce, à peine de M. l. d'amande;

Sur le six degré desd. Jacques et Hélie Arlot, frères, produisans contract de mariage en parchemin, passé devant notaire en Angoulesme le 17e febvrier 1643, entre messire Jacques Arlot de Freugie, chevalier, seigneur baron de La Coussière, fils de messire Antoyne Arlot de Freugie, chevalier, seigneur dud. lieu, et de dame Marie Coustain d'une part, et dame Suzanne de la Rochefoucaud d'autre; l'expedition en papier du contract de mariage de messire Hélie Arlot, chevalier, seigneur de Saincte Marie, fils de messire Anloine Arlot de Freugie, chevalier, seigneur dud. lieu, avec damoiselle Françoyse de Baudet, passé devant La Rivière, notaire, le 21 juin 1654; commission de capitaine d'une compagnie dans le régimant de Mommetge en faveur du sieur de Sainte Marie du 19e may 1639 i cerlificat du sieur comte de Colligny des services randus par le sieur de Sainte Marie de Freugie, du deux octobre 1639; certificat du sieur marquis de Gesvres, capitaine des gardes du corps du Roy, comme le sieur de Freugie, fils dud. Jacques Arlot, sert actuellement dans l'une des compagnies des gardes du corps de Sa Majesté, du 43e juillet 1667; autre certificat du sieur marquis de Gesvres (disant) que led. sieur de Freugie, garde du corps de Sa Majesté, aurait été tué au siège de Lisle en Flandres, du 6 octobre 1667; autre certificat du sieur comte d'Armagnac du 1er juillet 1668, comme le sieur de Freugie at esté l'un des pages du Roy; les roolles des tailles de la paroisse de Freugie des années 1590, 1598, 1601, 1606, 1608, 1609, 1612, 1613, 1614, 1616, 1618, 1619, 1621, 1622, 1624, 1626, 1628 et 1629, dans lesquels les sieurs de Freugie sont employés comme exampts; le blazon des armes de la mayson d'Arlot de Freugie porte d'asur à....; acte fourny par led. Catel, commis à la recherche des usurpateurs de noblesse en Guyenne, par lequel il déclare se rapporter aux sieurs commissaires généraux-dud. Conseil, d'ordonner ce qu'ils adviseront bon estre sur la noblesse desd. Arlots, signifiée à maistre de Rupin, leur advocat, le sept aoust 1668; conclusions du Procureur général du Roy en lad. commission :

Ouy le rapport du sieur Marin de La Chastaigneraye, conseiller du Roy en ses Conseils, maistre; des requestes ordinaire en son hostel, commissaire et communiqué aux sieurs commissaires généraux dud. Conseil, et tout consideré,

Le Roy en son Conseil, ayant esgard à l'advis du sieur Pelot, commissaire desparty ès généralités de Guyenne, du treiziesme may mil six cent soixante-huit, a maintenu et gardé, maintient et garde lesd. Jacques Arlot sieur de Freugie, La Coussière, et Helie Arlot de Freugie sieur de Saincte Marie, frères, leurs successeurs, enfans et postérité, nais et à naistre en légitime mariage, en la qualité de nobles et d'escuyers; a ordonné et ordonne qu'ils jouyront de tous les privilèges, honneurs et examptions dont jouyssent les gentilshommes du royaume; faisant sa Majesté deffances aud. Catel et tous autres de les y troubler, tant et si longuement qu'ils vivront noblemant, et ne fairont acte dérogeant à noblesse; et pour cet effet, que lesd. Jacques, et Helie Arlots seront inscripts dans l'estat et catalogue des gentilshommes, qui sera arresté au Conseil et envoyé dans les baillages et eslections du royaume, en conséquence de l'arrest dud. Conseil du vingt-deux mars mil six cent soixante-six.

Fait au Conseil d'Estat du Roy tenu à Paris le dix-septiesme jour de novembre mil six cent soixante-huit. Collationné, (Signé) Bechameil.

Le 21 novembre mil six cent soixante-huit signifié et baillé copie à Audoul, advocat de la partie adverse, parlant à'son clerc en son domicilie, à Paris, par moy, huissier ordinaire du Roy, en ses Conseils, soussigné, (Signé) Paranjou.

Enregistré au greffe de l'Election de Périgueux le 20e décembre 1669. (Signé) Robert, greffier.

(Archives historiques du département de la Gironde, 1894)

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27 mars 2020

Pasquet au service des Condé

Pierre Pasquet, sieur de Cloulas (ou de Closlas)

D'une famille originaire d'Angoumois, Pierre Pasquet est encore arrivé au service des Condé par la médiation de Jean Hérauld de Gourville, auquel il était apparenté. Les parents de Gourville avaient signé en qualité de parents au contrat de mariage (1631) de ses père et mère Jean Pasquet et Catherine Lousmeau. Gourville l'avait associé à ses affaires de finances puisqu'il était, en 1659, le sous-fermier des droits sur les papiers et bières, pour l'élection de Saint-Quentin. Solliciteur en 1664, Pierre Pasquet arbora ensuite le titre de conseiller du prince de Condé, ce qui ne rend pas compte de sa réelle activité, qui était celle d'un homme d'argent et d'affaires. Le financier Arnaud de Saint-Amans le substitua ainsi à la recette des droits des poids de Normandie qu'il était chargé de faire pour le compte du prince. Pierre Pasquet géra aussi les intérêts de Henri-Achilles de La Rochefoucauld, qui lui confia le soin de régir en son nom les revenus temporales des abbayes de Frontfroide et de La Chaisse-Dieu. Enfin, il administrait les terres que ses cousins du Riou ou Gourville possédaient en Angoumois. Il avait épousé, en 1666, Marie de Saunières, la fille aînée de Pierre, sieur de l'Hermitage, cousin de Gourville. Le publicain avait utilisé Pierre de Saunières comme prête-nom pour ses activités financières et l'avait commis à la recette général des finances de Montauban, ce qui lui avait valu d'être arrêté au moment de la chambre de justice. Pierre Pasquet était protestant, comme plusieurs de ses parents, notamment les Garoste, une famille en laquelle Anne Hérauld, sœur de Gourville, était entrée par son mariage. La noblesse des Pasquet, contestée, fut vérifiée en 1701. Un rapport de l'intendant de Limoges, en 1698, les dénonçait encore, avec les Garoste, comme des hérétiques. Marie de Saunières lui donna trois enfants : Henri, Catherine et Renée. Ses deux filles se marièrent avec des Angoumoisins. Henri devint en 1701 lieutenant d'un régiment d'infanterie et mourut en 1750 colonel et chevalier de Saint-Louis.

Source : Les princes de Condé, de Katia Béguin.

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Les biens ecclésiastiques de Cellefrouin

Les biens de première origine viennent de l'abbaye Saint-Pierre de Cellefrouin et de différentes cures propriétaires dans la commune. Nous connaissons ces biens par la soumission Binet du 6 décembre 1790 et par l'acte de vente des biens à la municipalité de Cellefrouin en date du 28 mars 1791. La soumission Binet comprend 20 articles dont 6 concernant des rentes en argent ou en nature ; les 14 autres désignent des bois, 2 moulins, 2 maisons et surtout des prés dans la vallée, d'excellente qualité, soit environ 11 ha. de terre : cela semble un domaine assez restreint, c'est qu'en effet le domaine de l'abbaye est en train de diminuer. Lorsque l'abbaye fut fondée au début du XIe siècle « par les aumônes et bienfaits des habitants du lieu », son domaine s'étendait au delà de la commune d'aujourd'hui et le censier de l'abbaye de 1274 contient 500 articles entre la date du 1er août Saint-Pierre es liens et celle du 5 janvier Saint-Hilaire. Si nous comparons ce censier à un autre de 1679, le nombre des articles pour l'année entière n'est que de 44 et la soumission Binet ne donne plus que 12 articles appartenant à l'abbaye. La vente par la nation va faire définitivement disparaître le domaine, qui, depuis le XIe siècle, diminuait peu à peu. Pour acheter ces biens mis en vente, deux soumissions générales sont faites : la première en date, faite le 2 août 1790, conformément au décret du 17 mai 1790, est celle de la Municipalité de Cellefrouin ; une deuxième est faite le 6 décembre 1790 au nom de Paul-François Binet, « vallet de chambre du roy », demeurant à Versailles, paroisse de Saint-Louis. Une troisième, d'ailleurs partielle, est faite le 22 septembre 1790 par Garnier de la Boissière, capitaine au régiment des Trois-Evêchés ; mais de cette dernière soumission il n'est fait aucune mention dans la lutte qui va se livrer pour la vente des biens, lutte de 5 mois, très vive, entre les deux groupes d'acheteurs : groupe Binet et groupe Col, qui s'appuient respectivement sur les deux autres soumissions. Le groupe Binet est dirigé non pas par Paul-François Binet, dont on n'entend plus parler et qui vraisemblablement n'est qu'une personne interposée, mais par un parent, Jean-Baptiste Binet, habitant la commune de Cellefrouin : c'est un ancien notaire, qui habite d'abord dans un village éloigné du bourg ; il vient habiter au village des Pradelières, paroisse de Cellefrouin, près ou peut-être dans une dépendance de la maison noble d'André Salignac de la Mothe Fénelon, cousin de celui qui a fait la,soumission du 22 septembre, comme lui officier de l'armée royale, et qui, par conséquent, ne demeure pas en son logis de la Garenne ; sans doute Binet devient-il le régisseur de ce domaine et il l'administre si bien qu'il peut céder son étude et qu'en 1783 le logis lui appartient. Il a d'autres propriétés, en, particulier clans la vallée où se trouve la plus grosse part des biens nationaux à vendre, et l'on peut penser qu'il les doit, comme le logis de la Garenne, à une administration qu'il savait rendre fructueuse pour lui. On trouve en 1812 au nom d'une de ses filles 142 arpents, soit une cinquantaine d'hectares, ce qui est à Cellefrouin une étendue exceptionnelle ; en 1789 Binet est donc riche et possède sans doute, en dehors des privilégiés, la plus grosse fortune de Cellefrouin, qui laisse loin derrière elle celle des paysans les plus aisés. Cet homme, plus riche que la majorité des gens de Cellefrouin, veut arriver au sommet de la hiérarchie sociale, entrer dans la classe noble : quelques membres de sa famille occupent déjà des situations importantes dans la société ; au mariage de sa fille ont assisté un Binet, curé de Saint-Germain, un Binet, avocat au parlement, et Paul-François Binet, « vallet de chambre du roy » ; les deux filles de Binet sont mariées à des nobles, Léonard Chateignier du Lindois et Rarbarin de SaintMaurice-des-Lions. Ces tentatives pour pénétrer dans la noblesse se sont trouvées vaines parce que, la révolution allant se développant, il était de moins en moins prudent d'affirmer que l'on était noble, et, de 1767 à 1795, l'on trouve que les titres accompagnant le nom de Binet sont significatifs de la vanité et de la peur du personnage ; entre 1767 et 1771, on trouve : Jean-Baptiste Binet, sieur de Moulineuf, notaire royal, fermier de l'abbaye royale de Cellefrouin, demeurant au lieu de Mouchedeune, paroisse de « Parzac en Poitou » ; — en 1783, dans l'acte de mariage de sa fille, célébré « en la chapelle du logis de La Garenne » : Jean-Baptiste du Moulin neuf, seigneur de La Garenne ; — quand la Révolution est là, le titre de seigneur n'apparaît plus, on trouve « Bourgeois demeurant à son logis noble de La Garenne », puis « propriétaire du fief de La Garemie et y demeurant » ; — en 1790, il n'est plus que « Jean-Baptiste Binet administrateur de l'oeuvre particulière des pauvres de la paroisse de Cellefrouin pour faire apprendre les métiers » ; — plus tard, il n'est plus que « cultivateur » et il obtient un secours de 24 livres « pour la perte d'un boeuf ». Cette prestesse à oublier des titres si âprement acquis sont significatifs de l'attitude du personnage à l'égard de la Révolution et l'on comprend les termes du rapport Pénières qui, pendant la Terreur, le qualifient « d'hypocrite qui a deux gendres émigrés ». Ce Jean-Baptiste Binet ne trouvera pour le seconder dans la commune de Cellefrouin qu'un homme : c'est Charles Fourgeaud, il est « praticien » au village de Chez-Picaud, paroisse de Cellefrouin, il est « marchand », il possède des terres puisqu'on 1812 il a 84 arpents, bien qu'il ait peu acheté de biens nationaux, il n'est dans le pays que depuis son mariage en 1781, il signe « Charles Fourgeaud chevalier de Roux », ses sentiments peu révolutionnaires son! attestés par ce fait qu'il devient maire de Cellefrouin lors de la réaction thermidorienne. A Cellefrouin, Binet ne trouvera aucun autre appui, mais au district de La Rochefoucauld il apparaît au contraire comme très puissant ; c'est qu'il est procureur syndic et qu'il est suivi par le directoire du district, qui choisira Fourgeaud comme expert pour les biens de Cellefrouin. En somme, Binet apparaît, comme un homme riche, intrigant, peu sympathique aux idées révolutionnaires, fort soutenu par le directoire de La Rochefoucauld, mais sans appui dans la commune de Cellefrouin. D'autre part, le groupe Col. Les habitants de Cellefrouin, qui sont surtout de petits propriétaires, ont été très rapidement gagnés par les idées révolutionnaires et ils ont élu une municipalité qui représente et va défendre ces idées, les délibérations du conseil sont à ce sujet révélatrices. La municipalité affirme agir toujours en respectant « l'esprit comme la lettre de notre auguste assemblée nationale », elle dit « l'entière soumission de la commune de Cellefrouin à tous les décrets de l'assemblée », elle affirme « le zèle et l'empressement que lui dicte le -grand désir qu'elle a de contribuer au bien public par tout ce qui est en son pouvoir de faire à cet effet ». Parmi les membres de la municipalité de Cellefrouin, deux noms sont à retenir : Mesturas et Col. La famille Mesturas, qui est appav reniée au curé de Cellefrouin, comprend un François Mesturas, niaire de la commune en 1790, un Philippe Mesturas, notaire à Cellefrouin, un Jean Mesturas, qui sera choisi comme expert de la commune pour l'expertise des biens de première origine. Il semble que cette famille soit aisée, en 1812 ses membres possédant de 18 à 22 arpents. Philippe Col est notaire à Cellefrouin depuis 1784 et a succédé à deux autres notaires de même nom, un Col est depuis 1765 receveur du comte de Sansac, baron de Cellefrouin ; en 1790 Philippe Col est procureur syndic de la commune de Cellefrouin, il d'oit jouir d'une certaine aisance, il possède des terres dont la surface s'élève, en 1812, à 54 arpents, bien qu'il ait peu acheté de biens nationaux ; il joui! d'une grande autorité auprès de la municipalité et donc du pays tout entier, puisque toutes les délibérations qui subsistent sont prises sur son initiative et que toutes les démarches délicates ou difficiles lui sont confiées. Ainsi la municipalité de Cellefrouin, qui représente les propriétaires de la commune, est composée de révolutionnaires et aura à sa tête son procureur syndic Philippe Col dans sa lutte contre Binet.

(Études locales, 1936)

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26 mars 2020

Mémoires de la vicomtesse de Loménie

Ces quelques pages, extraites d'un ouvrage écrit par Mme la vicomtesse de Loménie, nous ont été communiquées par M. Adolphe Buret, membre associé de la Société Académique de l'Aube, mort, il y a peu de temps, à Saint-Léger-sous-Brienne. Il les tenait de son père, M. Nicolas Buret de Longchamps, écrivain distingué et des plus laborieux, auteur des Fastes universels et continuateur de l'Histoire de France de l'abbé Millot. M. Buret père habitait Saint-Léger-sous-Brienne. Son titre de maire de ce village, son habitude des affaires (il avait été avocat au bailliage de Châlons-sur-Marne), et surtout son esprit vif et enjoué, lui avaient ouvert les portes du château de Brienne. C'est là qu'il a pu prendre connaissance des écrits de Mme de Loménie et en extraire ces passages. Peut-être ne seront-ils pas tout-à-fait étrangers au lecteur, car M. Buret avait prêté sa copie à son ami M. Bourgeois, qui s'en est servi pour son Histoire des Comtes de Brienne.

La vicomtesse de Loménie, née Elisabeth-Louise-Sophie de Verges, avait épousé en 1785 François-Alexandre-Antoine de Loménie, l'aîné des fils adoptifs du comte de Brienne (1), et qui mourut avec lui sur l'échafaud en 1794. Alexandre de Loménie avait reçu en dot la terre de Dienville, que conserva sa veuve et qu'elle a transmise à ses petits-enfants, Mmes de Canillac et de Vibraye (2). C'est pour ses petits-enfants que Mme de Loménie avait rédigé les mémoires dont nous publions aujourd'hui les fragments.

Troyes, 15 décembre 1882.

1785 ou 1786... Nous arrivâmes à Brienne sur les midi ; la montagne devant le château n'était pas encore abattue. On montait encore par les écuries, et je ne pus comprendre que quand je le vis, où était ce beau château. J'avoue même à ma honte qu'il ne me surprit pas. Cette grande motte de terre, qui était devant, en cachait toute la vue. On avait beau me dire que cette vue serait superbe ; il me semblait voir un bel édifice caché derrière une ruine. Le salon me parut très-beau, m'étonna même, après les anti-chambres qui ne répondaient pas à cette belle pièce. La salle à manger me parut aussi fort jolie.

Le temps se passait à Brienne d'une manière fort agréable ; beaucoup de monde, beaucoup de plaisirs, aucuns soucis. M. de Parsieux vint y faire un cours de physique expérimentale trois fois par semaine ; trois autres fois on chassait soit le cerf, soit le chevreuil ; les hommes qui allaient à ces chasses étaient en uniformes rouges galonnés d'or et d'argent ; les dames chassantes étaient en amazones, uniforme rouge ; le rendez-vous de chasse était réellement beau. Cinquante chiens, autant de chevaux ; une vingtaine de piqueurs, autant de chasseurs, tous en uniforme, au milieu des bois, où l'on faisait grand feu, où l'on déjeunait pour prendre des forces, tout cela faisait un moment charmant, et annonçait la richesse et le plaisir. Le soir, il y avait des parties de cartes pour ceux qui les aimaient ; d'autres causaient autour d'un grand feu ; le billard, à côté du salon, occupait les jeunes gens.

J'ai tout lieu de croire qu'il (l'archevêque de Sens) était attaché de coeur à la famille royale et à la royauté, même dans les derniers temps de sa vie, où sa conduite aurait pu faire croire le contraire, et si les philosophes du siècle ont gagné son esprit, ils n'ont pu gagner son coeur. L'orgueil et l'ambition l'ont égaré. S'il vivait à présent, il reviendrait aux bons principes, et aurait, je crois, assez de courage pour avouer qu'il a eu tort.

M. le comte de Brienne, son frère, avait aussi embrassé en partie lès opinions philosophiques, mais, excepté cette erreur, je ne saurais lui reconnaître un défaut. Il avait une belle taille, une charmante figure ; un abord doux et ouvert, un caractère franc et loyal, étaient les qualités qu'on ne pouvait s'empêcher de remarquer en lui à la première vue. Il avait été fait colonel à dix-sept ans, à la mort de son frère aîné (le marquis de Brienne), mort à vingt-deux ans, sur le champ de bataille, en Italie. Ayant eu un bras cassé, il refusa de se retirer du combat, disant : J'en ai encore un pour le service de mon roi ! Le jeune comte de Brienne avait été élevé chez les jésuites avec son frère, l'abbé de Brienne, ce dernier ayant préféré continuer ses études et laisser son cadet jouir des droits d'aîné. M. de Brienne succéda à son frère, le marquis, dans le grade militaire qu'il avait à sa mort.

M. de Brienne avait très-bien fait ses études, savait trèsbien le latin, parlait avec facilité, et quoique sorti du collège à l'âge de quatorze ans, il était un des hommes les plus instruits de la société. Il avait la plus grande facilité pour tout apprendre, et avait surtout une conception extraordinaire pour les mécaniques. Il avait lui-même fait le plan de son château et conduit les ouvriers. Généreux, bienfaisant, aimant ses vassaux, passant sa vie à leur faire du bien, il aurait pu compter ses heures par ses bienfaits. Depuis l'âge de vingt-cinq ans, il était véritablement juge de paix de tous ses domaines ; il passait sa matinée à entendre tous ses paysans, à les accorder, à les empêcher de plaider. Il avait vivifié le pays à vingt lieues à la ronde de chez lui, par les grandes routes et les communications qu'il avait fait établir, sans ambition autre que celle de rester à Brienne toute sa vie et d'y faire du bien. Il avait quitté le service, ou, pour mieux dire, il n'avait pas demandé à être employé comme lieutenant-général depuis l'âge de trente-cinq à quarante ans. Son frère avait de l'ambition pour lui, et voulait qu'il fût nommé commandant de Lorraine. M. de Brienne lui disait (et mille fois je lui ai entendu répéter) mon vrai lot serait d'être intendant de Champagne ; mais comme ces places n'étaient données qu'à des gens de robe, il aurait été ridicule pour M. de Brienne de les demander. J'ai vu pleurer M. de Brienne lorsque son frère fut appelé au ministère : « Ma chère enfant, me disait-il, nous allons perdre notre repos, et mon frère sa santé. Nous regretterons notre tranquillité ; oh ! si mon frère m'avait cru, il n'aurait jamais accepté. »

M. de Brienne reconnaissait la supériorité de son frère sur lui, et je ne sais trop si elle existait réellement. Comme j'aimais tendrement cet excellent chef de famille, il est possible que je le visse avec partialité. Je crois bien que M. l'archevêque avait plus de feu et de vivacité dans l'esprit ; mais son frère avait un excellent jugement et beaucoup moins de présomption ; ce sont deux grands points pour faire moins de sottises.

On a souvent dit de M. de Brienne qu'il était faible et que, commençant toujours par dire non, il faisait toujours oui (ce qui lui donnait une grande ressemblance avec le bourru bienfaisant, dont il avait joué le rôle très-naturellement dans cette comédie à Brienne). Je crois, en effet, que sa grande bonté le portait à céder même contre son sentiment ; mais devait-on en abuser ? C'est un tort général de presque tous les gens qui entourent les personnes bonnes et faciles.

M. de Brienne s'était marié et avait épousé la femme que son frère lui avait trouvée : une immense fortune était nécessaire pour relever la maison de Brienne, qui n'était pas riche, et pour représenter d'une manière éclatante. M. de Brienne employa sa fortune à bâtir un superbe château, à se loger à Paris dans un très-bel hôtel, à faire du bien à ses parents, à ses vassaux, à mener à Brienne la vie d'un grand seigneur, donnant des fêtes, jouant la comédie, ayant des équipages de chasse ; mais, pour lui personnellement, il ne dépensait rien. Sa mise était plus que modeste ; et nous l'en plaisantions quelquefois. Son linge n'était pas beau ; pourvu qu'il fût blanc, il ne regardait pas à la finesse. Il ne brillait ni par ses dentelles, ni par ses bijoux. Les meubles de son appartement étaient plus que modestes, cependant il a mangé une partie de sa fortune, et je ne crois pas que les travaux de Brienne y eussent été pour peu de chose. Ce qui m'a le plus surpris dans le caractère des deux frères, et ce que je me suis fait répéter souvent, c'est que tous deux fort jeunes, n'ayant encore que la fortune de leur père pour expectative, ils avaient conçu et arrêté le plan du château de Brienne à peu près tel qu'il est aujourd'hui. Il fallait abattre une montagne à pic, acheter beaucoup de terrain ; en un mot, il fallait des millions et un travail immense, tel qu'en comporte un bouleversement de terrain ; rien ne les effrayait, ils allaient à leur but, et commençaient à planter les routes, qui devaient un jour faire la façade du château. En un mot, ils ont suivi le même plan et travaillé pendant trente-deux ans à un ouvrage qui était terminé trois ans seulement avant la Révolution. Il ne restait plus que deux petits pavillons à bâtir. M. de Brienne, effrayé de l'argent que lui coûtait cet ouvrage, a jeté constamment les acquits au feu à mesure qu'il les payait. Heureusement qu'il a trouvé dans le portefeuille de son beau-père de quoi l'aider ; mais il n'a jamais su lui-même l'argent qu'il avait mis à ce superbe ouvrage.

En un mot, on peut dire que M. de Brienne eut toute sa vie l'existence d'un très-grand seigneur, car, à sa mort, il avait encore trente à quarante domestiques ; cependant, si ses affaires se sont trouvées dérangées et en mauvais état, c'est le fait de la Révolution, car, lorsque je me mariai, le château était fini, et M. de Brienne ne devait rien ; le ministère l'a plutôt appauvri qu'enrichi, et lorsque la Révolution est arrivée, son revenu ayant diminué de 80 mille livres de rentes (comme il me l'a dit lui-même), sans lui donner le courage de réformer d'anciens domestiques qui se seraient trouvés sans places, il a dû se mettre en arrière de ses revenus et contracter des dettes. Mais on peut dire que M. de Brienne avait toutes les vertus et les qualités qui font l'honnête homme et l'homme social ; il ne lui manquait que d'aimer et respecter la religion. Il avait bu aussi à la coupe de la philosophie. S'il avait échappé à cette erreur de son siècle, il aurait été aussi parfait qu'on peut l'être sur la terre. Les fautes qu'il a faites en politique, dans les derniers temps, ont tenu à cette cause première. Si Dieu eût permis qu'il ne succombât pas sous ce règne de sang, j'aime à croire qu'il serait revenu à la religion. Si nous avons eu le bonheur de survivre à nos parents, c'est pour déplorer les erreurs qui les ont égarés, prier pour eux, et nous efforcer d'imiter leurs vertus, en y joignant celles chrétiennes, qui feront notre bonheur dans cette vie...

1793... Bientôt les suspects de Troyes furent envoyés en prison à l'Ecole militaire de Brienne, et M. de Brienne eut ordre, comme maire, de les loger. La Société des Jacobins se tenait aussi à cette Ecole militaire, tout près des détenus.

Un de ses membres les plus violents était un nommé B***, curé intrus de Brienne. Il nous força un jour d'aller entendre sa messe à l'église de Brienne. Il ne fut plus question de banc du Seigneur, ef ce B*** avait l'air d'un homme qui monte à l'assaut, quand il montait à l'autel.

Nous reçûmes plusieurs lettres de Paris qui engageaient M. de Brienne à s'en aller ; car, disait-on, on parle de l'arrêter ; mais il n'en voulait rien croire. — Qu'ai-je fait, disait-il, de quoi peut-on m'accuser ? — Le malheureux a pu se convaincre à sa mort qu'il y avait des gens qui aimaient le mal pour le mal ; jusque-là, il ne pouvait pas le croire. Enfin, ce malheureux 1er de janvier 1794 arriva. La veille, au soir, nous étions tous autour de la grande table ronde à faire de la charpie pour l'armée ; tout-à-couple tambour bat, cela effraie un malheureux chien carlin qu'avait Mme de Brienne, et il se jette sur le bras de mon fils qu'il mord cruellement. L'enfant cria ; mon mari veut corriger le chien ; Mma de Brienne entre en fureur...

... L'archevêque n'était resté en prison qu'un mois, il était de retour chez lui (à Sens). M. de Brienne voulut aller le voir. Le citoyen Rousselin, envoyé du Comité de salut public à Troyes, pour mettre à contribution et en prison tout ce qui était riche et honnête dans cette ville, fit retourner M. et Mm" de Brienne qui allaient à Sens, disant qu'il irait le lendemain chez eux. Cette visite nous fut peu agréable ; il fallait tutoyer ce citoyen ou lui parler à la troisième personne. Il fallait voir ce proconsul arriver à Brienne en robe de chambre piquée, avec des pantoufles et en pantalon blanc, comme on est en sortant de son lit. Il ne voulait pas voir les femmes ; il avait de trente à trente-cinq ans. Il se mit à table en arrivant, mangea bien, vit la municipalité et le président des Jacobins, chassa dans le parc en pantoufles, prit du thé pour digérer ce qu'il avait mangé, assura M. de Brienne qu'il n'était pas encore au pas ; et partit à quatre heures après midi ; il était arrivé le matin. Je ne crois pas qu'il ait nui à la famille pendant son arrestation, ni ne l'ait servi. Il a péri peu de temps après Robespierre, auquel il était très-dévoué (3). Après sa visite, M. de Brienne partit pour aller voir son frère ; il emmena avec lui B*** et un autre membre des Jacobins. On avait agité à cette assemblée des Jacobins de Brienne et proposé d'envoyer une députation aux frères et amis de Paris pour demander du pain. M. de Brienne, avec sa franchise ordinaire, avait dit tout haut: que c'était une bêtise ; que, moyennant les précautions qu'il avait prises, on mangeait à Brienne du plus beau pain que partout ailleurs ; mais B*** ayant insisté, la députation fut décidée, et M. de Brienne, pour réparer sa vivacité, s'offrit pour conduire les deux membres jusqu'à Sens, ce qui fut accepté. M. de Brienne trouve à Sens la famille réunie ; mon mari et son frère arrêtés pour avoir fait une visite chez un M. d'Etigny, qu'ils connaissaient à peine ; mais dans les cinq minutes que dura cette visite, les envoyés du Comité de salut public étaient envoyés de Paris avec ordre d'arrêter M. d'Etigny, et tout ce qui se trouverait chez lui. La municipalité de Sens s'opposa vainement à l'arrestation de ces Messieurs de Loménie...

... Ce fut le 25 février que nous apprîmes l'excès de notre malheur. Un citoyen monta avec un officier municipal pour visiter les papiers de M. de Brienne, et nous dit qu'il était arrêté à Sens. Ce citoyen nous exhiba ses pouvoirs du Comité de salut public, qui l'investissait de ses pouvoirs pour arrêter M. de Brienne et tout ce qui était chez lui. Dans le premier moment, nous nous crûmes toutes arrêtées ; le château fut rempli aussitôt de toute la garde nationale armée, et nous ne pouvions faire un pas sans avoir deux fusiliers à nos côtés ; on visita aussi les papiers de nos maris. Tout le bourg de Brienne témoigna la plus grande désolation. M. de Brienne était réellement adoré chez lui, et chacun croyait perdre son père. Néanmoins, un seul homme venu de Paris, n'ayant ni armes, ni éducation, ni moyens, fit obéir cette multitude de gens pour faire le malheur d'une famille qui n'avait jamais fait que du bien...

Nous restâmes toute la soirée dans le salon avec tous ces fusiliers et plusieurs personnes qui étaient alors avec nous au château. Nous attendîmes, jusqu'à minuit, le retour de M. de Brienne de Sens. A cette heure, chacun se relira. Je fus suivie par ma belle-mère et ma belle-soeur (4), qui vinrent se jeter sur mon lit, dans ma chambre. Nous ne dormions pas, on peut le croire, et comme les fusiliers se tenaient en dehors de nos appartements, nous pûmes causer et faire nos conjectures qui, comme on le croit bien, étaient fort tristes. A deux heures, nous entendîmes claquer des fouets ; nous nous levons, et nous allons au-devant de M. de Brienne. Notre entrevue fut déchirante. Il ne put aller que dans le billard, et là, assis sur une banquette et nous à ses genoux, il nous apprit l'étendue de nos maux.

Nos deux maris (5), M. le coadjuteur (6), Mme de Canisy (7), arrêtés, conduits à Paris ; enfin, l'archevêque, mort la même nuit de son arrestation. On devait faire l'ouverture du corps de l'archevêque devant la municipalité pour savoir s'il n'avait pas hâté sa mort ; le procès-verbal porta qu'il n'y avait nulle trace de poison. La soirée qu'il avait passée la veille de sa mort était bien suffisante pour causer ce terrible accident : voir sa famille entière arrêtée, lui recevant personnellement les plus grandes injures de tous les arrestateurs qui, à force de fouiller dans ses effets, trouvèrent une calotte rouge et lui en firent un grand crime ; enfin, un souper, où on le força de boire et de manger, et où à table chaque membre de la famille était séparé par son geôlier, envoyé du Comité de salut public, tous gens de sac et de corde. Sur trois que nous avons vus à Brienne, il y en avait deux qui avaient été aux galères à Pondichéry, et un troisième, aboyeur au spectacle pour appeler les voitures ; un seul de ces trois savait lire et écrire et signer le procès-verbal de l'arrestation de M. de Brienne. Qu'on juge de l'état de ce château ! des larmes qui y furent répandues ! Cependant tel fut l'effet de l'indignation que, devant nos bourreaux, nous ne voulions pas pleurer, et que ces atroces arrestateurs nous donnèrent une force au-dessus de la nature. Ils furent si effrayés de l'effet que produisait l'arrestation de M. de Brienne, qu'ils n'osèrent l'emmener, et qu'ils nous dirent que nos maris nous seraient renvoyés, bien qu'ils ne le crussent pas, et qu'ils n'exigèrent pas que l'on gardât M. de Brienne, qui envoya un courrier à Paris demander à rester en arrestation chez lui ; et ces mêmes hommes, à l'exception d'un, allèrent arrêter M. et Mme Thomassin et le prince de Broglie à Saint-Remy en Franche-Comté.

Toutes les communes des environs de Brienne nommèrent des députés, et firent des adresses très-énergiques pour assurer la Convention que M. de Brienne était le meilleur des citoyens et le père de sa province ; mais ce qui devait le sauver le perdit, et lorsque Courtois d'Arcis fit un rapport sur lui, en disant que ce n'était pas seulement la commune de Brienne qui réclamait M. de Brienne comme un père, mais les communes aux environs. Une voix s'éleva (je ne sais si ce fut Couthon ou Saint-Just) : C'est justement cela, dit-on, il est trop aimé, il ferait une Vendée.

Le courrier revint, qui rapporta qu'il fallait que M. de Brienne fût conduit à Paris... Combien de fois on conjura M. de Brienne de se sauver avec son garde-général qui s'offrait de le conduire par les bois à la frontière ; mais il avait, disait-il, donné sa parole d'honneur à la commune de Brienne, il ne voulait pas y manquer. On n'aurait pas tué la commune, et elle eût été par suite fort heureuse, s'il se fût sauvé ?... Enfin, je le conjurai de se faire malade, de se mettre de la moutarde aux genoux, de se dire intransportable, je ne pus rien obtenir ; les trois arrestateurs étaient revenus, et il eût, disait M. de Brienne, préféré mourir que de garder ces horribles gens chez lui à sa table.

On ne put jamais persuader à M. de Brienne de se laisser oublier et de payer, s'il le fallait, pour faire mettre son affaire sous les autres papiers à chaque fois qu'elle se présentait (plusieurs se sont sauvés ainsi) ; au contraire, il prit confiance dans un malheureux nommé Albette (8), et lui fit toucher deux cents mille francs pour se faire juger, et par conséquent condamner à la mort, lui et sa famille.

Pendant ce temps, B***, qui était revenu à Brienne et que tout le bourg avait soupçonné d'être l'auteur de l'arrestation du maître du château, avait obtenu de la bonté de ce maître d'être recommandé à Mme de Brienne pour le recevoir chez elle et n'avoir pas l'air de la soupçonner ; de sorte qu'il venait sans cesse au château, dans le salon.

Mon mari me faisait supplier d'aller à Plombières ; d'ailleurs je ne pouvais plus tenir à Brienne, et je me crus obligée d'obéir au père de mes enfants ; je fis tout disposer pour mon départ, mais auparavant je veux raconter la terrible journée que nous passâmes à Brienne !

Les Jacobins du bourg vinrent nous inviter à la fête des martyrs de la liberté. Cette fête avait été fixée par eux au samedi saint. J'engageai Mme de Brienne à refuser, sous prétexte que nous ne pouvions pas être en fête pendant que nos maris étaient en prison ; mais elle n'osa pas, et dès huit heures du matin il nous fallut nous parer et attendre cette procession des trois bustes : Marat, Charlier et Pelletier. Nous étions dans les bosquets, où je tenais mes deux enfants, dont je ne voulais pas me séparer. Nous avions lu dans les journaux que tous les nobles étaient obligés de sortir de Paris ; on juge ce que cette nouvelle nous faisait préjuger, et quel coeur nous portions à cette fête ! La procession passe : le citoyen G*** (épicier de la maison) vient nous prendre ; il me déclare que mes enfants vont être placés avec l'espérance de la patrie, et que notre rang est d'être avec les femmes des Jacobins. J'eus beau récuser cet honneur, il n'y eut pas moyen de refuser ; et nous voilà en plein soleil, entourés d'espions, à entendre toutes les chansons et toutes les prestations de serments à la liberté et au respect des propriétés, dans le moment où l'on enfermait, égorgeait et dépouillait tout ce qui était honnête et riche.

Arrivés près de l'église, mon fils me dit qu'il avait faim, et je fus charmée de cette occasion de remonter au château ; je laissai ma fille et les dames entrer dans l'église où B***, avec son écharpe de municipal, monta dans la chaire, et finit son discours jacobin par dire : Ne reconnaissons plus d'autre Dieu que Marat. En sortant de l'église, on invite Mme de Brienne et ma belle-soeur au repas fraternel. Elles n'eurent pas encore le courage de refuser, et elles montèrent au château pour m'engager à les accompagner. J'aurais bien voulu refuser, mais je passais déjà pour la plus aristocrate des trois, et je craignais de faire tort à mon mari.

On avait fait du choeur de l'église la place du banquet. L'autel servait de dressoir, et les tables étaient mises en fer à cheval ; je ne puis dire l'effet que me fit cette orgie. J'étais, hélas ! fort loin d'être pieuse alors ; mais manger sur les tombes de MM. de Brienne, et dans une église, me parut l'horreur des horreurs. Ou nous faisait boire du vin aigre à la santé de Robespierre et de tous les bourreaux de la France. Les Jacobins répondaient par la santé des citoyens Loménie. A ces noms mes yeux se remplirent de larmes, et je pensai étouffer. J'eus cependant la malice de faire remarquer au citoyen G*** qu'il n'y avait pas d'égalité entre lui et moi ; que je n'avais qu'une assiette et qu'il en avait cinq ou six. Enfin, nous sortîmes de ce lieu ; Mme de Brienne entra chez B***, qui faisait son banquet particulier. Le citoyen T***, président des Jacobins, vint me trouver avec ma belle-soeur et nous invita à danser dans cette même église ; seule, alors, je trouvai toute mon énergie. Je ne sais ce que je dis, mais il se mit à pleurer et à me demander pardon ; j'eus une certaine jouissance à montrer à ce brave homme que j'avais encore du sang dans les veines. Il vit en effet qu'on avait été trop loin avec nous, et personne dans le bourg ne me sut mauvais gré d'avoir refusé une bassesse de plus. Mme de Brienne fut néanmoins un peu effrayée de mon refus, tant la peur l'avait gagnée ; pour moi, je fus malade le soir, et je vivrais mille ans, que je n'oublierais pas cette journée.

Le lendemain, jour de Pâques, on força tous les ouvriers établis à l'Ecole militaire, où l'on confectionnait des fourgons pour l'armée, à travailler tout le jour, ce qu'ils firent avec des hurlements de : Vive la nation ! qui nous faisaient horreur à entendre depuis le château.

Tout était disposé pour mon départ ; je me mis en route malgré le refus de B*** de signer mon passeport, et les instances qu'il me fit pour me retenir à Brienne, sous prétexte que j'y étais trop aimée ; mais il n'eut rien à répondre, lorsque je lui dis que je ne m'éloignais pas pour sauver ma vie, mais pour obéir jusqu'à la finaux ordres de mon mari ; que je désirais, au contraire, la mort comme le premier des biens, et que ce que je voyais me détachait de tout, même de ce que j'avais le plus aimé. Il voulait, disait-il, m'accompagner pour qu'il ne m'arrivât rien ; mais je m'y refusai, disant que je n'étais pas en arrestation, d'ailleurs que je ne craignais rien... (A Plombières.)

Enfin, un jour, au lieu de m'apporter, comme de coutume, les gazettes, on me dit qu'elles manquaient le 22 floréal (11 mai) 1794. Je compris ce que cela voulait dire...

On me conseilla de quitter Plombières ; effectivement, on vint pour me prendre peu de jours après mon départ.

Ce fut dans un village de Franche-Comté, où je m'étais cachée, que j'appris la mort de Robespierre ; je fus peut-être la seule au monde à ne pas m'en réjouir ; j'avais tout perdu, et la mort de ce scélérat ne me rendait rien.

De ce village, j'allai à Grenoble pour avoir des détails sur la mort de tous les miens, par une personne qui les avait vus en prison, leur avait été utile pendant leur arrestation, et si M. de Brienne avait voulu la croire, il ne se serait pas fait juger. Cette dame eut l'extrême courage d'aller voir Couthon, ne pouvant obtenir une audience de Robespierre. Cet homme la reçut à merveille, l'assurant que c'était pour faire ressortir la justice de la Convention qu'on jugeait une telle famille, et en la reconduisant il lui serra la main, ayant les larmes aux yeux et lui disant : Vous me remercierez de l'avoir fait mettre là. Elle les crut un moment sauvés. Ils ont péri le lendemain...

Le coadjuteur avait voulu parler à cet infâme tribunal, et il le fit avec une telle éloquence en disant que lui et ses frères n'avaient encore rien fait pour mériter l'intérêt de la France ;.mais que M. de Brienne, qui avait passé sa vie à secourir le malheur, à faire vivre une province, devait être conservé et rendu à une population qui vivait de ses bienfaits (9). L'émotion du peuple étant visible, on força le coadjuteur à se taire.

Mme de Canisy ne voulut pas se déclarer grosse ; Mme de Sérilly, qui devait périr avec eux, fit cette fausse déclaration, et elle sortit de prison à la mort de Robespierre (10). Sa condamnation, ainsi que celle de toute la famille, était signée de vingt-quatre heures avant qu'ils ne parussent au tribunal. J'ai appris, vingt-cinq ans après, que j'avais aussi été condamnée à mort par contumace. Mais ce que je n'ai su que bien longtemps après leur mort, par la soeur de l'abbé de Chambertin, qui l'avait su de son frère, qui périt avec les miens ; c'est que cet abbé confessa Madame Elisabeth et toute ma famille (11), et que cette respectable princesse s'occupa beaucoup du coadjuteur et lui témoigna beaucoup d'intérêt. Quelques lettres qu'on me fit lire du coadjuteur, écrites de la prison, m'ont fait juger, en effet, que Dieu lui avait fait la grâce de lui donner, dans ses derniers moments, une foi très-vive et même un peu exaltée.

Notes :

1. A Précy-Saint-Martin, deux cloches de l'église portent les inscriptions suivantes, dans lesquelles M. et Mme de Loménie sont qualifiés vicomte et vicomtesse :

1e. L'an 1787, j'ai été bénite par M. Etienne Mony, prestre et curé de ce lieu, et nommée par très haut et puissant seigneur François-Alexandre-Antoine vicomte de Loménie, maistre de camp en second du régiment de Vivarais infanterie, et par très haute et puissante dame Emélie Le Prestre de Lesonnet Picot, marquise de Dampierre.

2e. L'an 1787, j'ai été bénite par M. Etienne Mony, prestre et.curé de ce lieu, et nommée par très haut et très puissant seigneur messire Louis-Marie-Athanase de Loménie, comte de Brienne et de Lesmont, baron de Pougy, seigneur de Précy-Saint-Martin et autres lieux, lieutenant général des armées du roi, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, et par très haute et puissante dame Elisabeth-Louise-Sophie de Verges, vicomtesse de Loménie.

2. Voir : l'abbé Caulin, Quelques seigneuries au Vallage et en Champagne propre, p. 188 à 190.

3. C'est une double erreur. Rousselin n'était pas dévoué à Robespierre, mais à Danton. Robespierre le fit même incarcérer. Rousselin, plus tard comte de Saint-Albin, ne mourut qu'en 1847.

4. Elisabeth de Cairon-Merville, épouse de Charles de Loménie, lieutenant de vaisseau.

5. Alexandre et Charles de Loménie.

6. Martial de Loménie, coadjuteur de l'archevêque de Sens.

7. Anne-Marie-Charlotte de Loménie.

8. II y a eu deux conventionnels du nom d'Albette. Le fait que rapporte Mme de Loménie est-il bien avéré ?

9. Le comte de Brienne avait préparé son apologie. Le texte, inachevé, a été reproduit par M. de Beauchesne, dans la Vie de Madame Elisabeth, II, 493 à 495.

10. Voir A. de Beauchesne, Vie de Madame Elisabeth, II, 222, 225, 495.

11. Aucun abbé de ce nom ne figure parmi les vingt-cinq personnes qui furent condamnées à mort le 21 floréal an II, et parmi lesquelles se trouvaient Madame Elisabeth et les Loménie.

Source : Fragments des mémoires inédits de la vicomtesse de Loménie, de Louis Le Clert.

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