12 juillet 2016

La maison du Comte de Montbron à Angoulême

Inventaire des meubles appartenant à Monsieur le Comte de Montbron en sa maison d'Angoulême
Par Albertine Cadet

Cet inventaire non daté et non signé a eu lieu après le décès, le 21 novembre 1758, de Madame de Saint-Martin, née Madeleine Husson, veuve en premières noces d'Etienne Chérade, Comte de Montbron (1) et en deuxièmes de Monsieur de Saint-Martin.

L'héritier n'est pas l'aîné de ses fils Etienne Adrien Chérade décédé en 1742, mais son petit-fils Adrien, Alexandre, Etienne né en 1731, époux de sa cousine Elisabeth Le Musnier, qui habite pour l'heure en son hôtel Cul de sac de Notre Dame des Champs, Faubourg St Germain Paris, et qui mourra émigré à Lograno (Espagne) le 7 mai 1795.

Il fait donc état de :

— Premièrement, dans la Salle une tapisserie de verdure de Flandre contenant neuf aunes et demie de court sur deux aunes et demi de haut en trois pièces ; dix fauteuils de tapisserie, les uns de point et les autres d'Aubusson, un soffa, le millieu de petit point (2), le bois à la Reine ; une glace entre les deux fenêtres avec un tableau au-dessus ; une commode de bois de noïer avec ses garnitures de cuivre ; en couleur le portrait de Monsieur ; trois tables de jeux que Monsieur a fait faire ; une thèse (3) au-dessus de la cheminée avec un cadre doré ancien, deux autres portraits, une autre thèse de satin, un parravent de papier doublé de toille en 6 feuilles, un écran de point ; le bois sculpté, deux chaises communes de paille, deux chenets et une pincette de fer.

Estimé le tout : 650 livres

— Dans la chambre de Monsieur une tapisserie d'indienne contenant quatre aunes et demi de court, dont Monsieur le Comte a fourni la doublure et payé la façon ; un lit à baldaquin (4) aussi d'indienne garnie de ses tringles grandes et petites pantes, la couchette, deux matelas, un lit de plume avec son traversin, une couverture de laine et une paillasse ; un secrétaire de bois de noïer et une table à écrire toute nue, un fauteuil et quatre chaises communes de paille, un petit miroir de toilette, une thèse de satin avec un cadre doré et ancien, une grille à feu de fer, une pincette et un soufflet.

Estimé le tout : 280 livres

— Plus, dans l'antichambre à côté, deux demi-cabinets de peuplier et un cabinet de bois de noïer à quatre battants estimés 24 livres avec deux chaises communes de paille.

Plus dans la chambre au-dessus du salon, une tapisserie verdure contenant cinq aunes trois quarts de verdure Flandre pareil à celle de la Salle et quatre autres de verdure felletin (5), un lit à impériale (6) le dedans d'étoffe à fond blanc encadré avec du satin vert et autre satin blanc avec des bouquets, les grandes et petites pentes de tapisserie de point à fond blanc et des ornements cramoisi (7) sans bonnes grâces (8) les tringles en dessus, les rideaux de cadis (9) vert, la couche composée de deux matelas, lits de plume, traversin, couverte de laine, deux couvrepié et la courte-pointe (10) pareille au dedans du lit, la paillasse, un lit à tombeau (11) dans la dite chambre, le bord garni d'une housse bleu très mauvaise, galonnée autour d'un ruban jaune, d'un matelat, lit de plume, traversin, une méchante couverte d'étoffe ; un grand miroir à chapiteau et bordure de glace avec des ornements dorés, une commode de bois de noïer au-dessous sans garniture, un confessionnal de tapisserie de point à fond rouge, quatre fauteuils aussy de point, bois à la capucine (12), deux chenets de fer garnis de cuivre, une pelle, un soufflet et une chaise commune de paille, une petite table à écrire.

Estimé le tout 600 livres

— Dans la garde robe de la dite chambre, un lit de sangle (13) garni d'un lit de plumes, traversin, couverture de laine, une table à écrire, un fauteuil et une chaise de paille, une autre table à écrire.

Estimé 36 livres

— Dans la chambre où est décédée Mme de Saint Martin, une tapisserie de verdure felletin contenant dix aunes de court, un lit à impériale d'un raz (14) de Sicile à fond brun et quelques bandes de satin rayé, les petites pantes pourvues de tapisserie et parties de satin rouge et blanc, les grandes pantes de tapisserie, la courtepointe pareil au dedans, la couchette garnie d'un matelas lit de plume, traversin, couverte de laine et paillasse ; trois fauteuils et trois chaises de tapisserie de point, une espèce de coffre, quatre chaises de paille communes, un demi-cabinet de noïer, deux chenets de fer garni de cuivre, estimé le tout : 380 livres.

— Dans la chambre des officiers de cuisine, deux lits à tombeau dont l'un garni de bazin (15) brun et l'autre de damas (16) de cauté chaqu'un un matelas lit de plumes, traversin et couverte de laine et paillasse ; un grand cabinet de peuplier et une caisse au-dessus, deux méchantes chaises, un grand coffre en bois de noïer, le tout estimé 130 livres.

— Dans le salon à manger, une tapisserie de cuir doré contenant cinq aunes environ de court sur deux aunes un tiers de haut ; un grand cabinet de bois de noïer, un bas de buffet de peuplié, une grande et une petite table à manger de peuplié avec deux tréteaux une fontaine de fayence avec sa cuvette et support de fer ; deux fauteuils et un écran de tapisserie de point, un fauteuil de paille et neuf chaises de paille communes estimé le tout : 130 livres plus un fauteuil et une chaise de paille : 30 sols.

— Dans l'office une table de bois blanc estimée 40 sols.

— Dans la chambre au bout de l'escalier, un lit de domestique garni d'un matelas lit de plume, traversin, deux méchantes-couvertes de laine, une paillasse et deux petites cassettes.

Estimé le tout 36 livres.

— Dans la cuisine, 8 casseroles et leurs couvercles tant grandes que petites, une casserolle sans queue, une tourtière, une poissonnière, un grand passoir et 2 petits écumoires, 2 marmites de cuivre, 5 couvre plats de fer blanc, 2 poêlions, un four de campagne avec son dessus ; une braisière, 4 flambeaux de cuisine, 5 autres flambeaux, un chaudron de taulle et un petit chaudron de cuivre, une marmitte de fer, un gril, une cuillère à pot de fer, une broche, 2 chenets, une pelle plus 26 plats de fayence, 6 autres plats à feu, 18 assiettes d'étain fin, 5 douzaines d'assiettes de fayence, 200 bouteilles...

Notes :

(1) Ses parents étaient marchands de soie à Angoulème où il était né en lfi63. Il était lieutenant général d'Angoumois, maire en 1693. Laborieux et actif, il acquit en peu de temps Montbron. Marthon, Blanzac, La Rochandry, Clarvaux, etc.

(2) Nom de plusieurs ouvrages de tapisserie.

(3) feuille ae papier ou de satin sur laquelle on imprimait autrefois les thèses, c'est-à-dire les propositions que l'on avance, que l'on soutient.

(4) Edifice de tapisserie ou d'architecture destiné à servir de couronnement à un lit.

(5) Tapisserie.

(6) Pas de définition dans le Larousse.

(7) Rouge foncé, vieux rose.

(II) 7

(9) Tissu de laine étroit et léger.

(10) Couverture de lit rnauée.

(11) ?

(3) feuille ae papier ou de satin sur laquelle on imprimait autrefois les thèses, c'est-à-dire les propositions que l'on avance, que l'on soutient.

(12) Surmonté d'un talon.

(13) Châssis pliant et portatif dont le fond est garni de sangles ou d'une grosse toile.

(14) Sorte d'étoffe de laine ou de soie dont le poil ne paraît point.

(15) Etoffe croisée dont la chaîne est de fil et la trame de coton.

(16) Etoile de soie à fleurs autrefois fabriquée à Damas.

Source : Archives départementales de la Charente — Série E.66 papiers de famille.

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L'érection de la terre de Montbron en comté

Enquête pour l'érection de la terre de Montbron en comté (11-14 septembre 1767).

A Monsieur le Lieutenant general d'Angoumois, suplie humblemant Adrien-Alexandre-Etienne de Cherade, chevalier, seigneur comte de Monbron, marquis de Clairvaux et autres lieux, qu'il vous plaise lui donner acte de la representation qu'il vous fait des lettres patantes du Roy données à Versailles au mois de decembre mil sept cens soixante six, signées : Louis, et plus bas : Par le Roy, Phelippaux, visa Louis, et scellées du grand sceau de sire verte en lacs de soye rouge et verte, obtenues par le supliant, par lesquelles Sa Majesté permet l'union et incorporation des terres, seigneuries et fiefs de Monbron, La Greliere, Marthon, La Forest d'Horte, La Faye, Rezervat, Peribonis, apartenances et dependances, en un seul et même corps, pour ne faire et compozer à l'avenir qu'une seulle et même terre et seigneurie, de l'erection d'icelle en titre et dignitté de comté sous la dénomination de comté de Monbron et ainsi qu'il est plus au long contenû ez dittes lettres patantes à la Chambre des Comptes du Roy adressantes et l'arrest rendu par laditte Chambre en datte du vingt neuf avril dernier, signé : Henry, qui avant de proceder à l'enregistrement desdittes lettres patantes ordonne qu'à la requeste de Monseigneur le procureur general du Roy en laditte Chambre, poursuitte et diligence de M. le procureur du Roy au present siege, et pardevant vous, Monsieur, il sera informé duemant et dilligemmant de la commoditté ou incommoditté que peut aporter l'union et incorporation desdittes terres et seigneuries de Monbron, La Greliere, Marthon, La Forest d'Horte, La Faye, Rezervat, Peribonis, leurs circonstances et dependances, en un seul et même corps pour ne faire et compozer à l'avenir qu'une seulle et même terre et seigneurie, et de l'érection du tout en comté sous le nom de Monbron, comme aussy du revenû desdittes terres et seigneuries et en quoi il consiste; ordonne en outre que lesdittes lettres seront communiquées aux officiers et procureurs fiscaux desdittes terres et seigneuries unies, aux syndics, habitants, vassaux et justissiables d'icelles, convoqués et assemblés à la maniere accoutumée, aux seigneurs limitrophes, et au receveur general des domaines et bois pour donner leurs consentements à l'enregistrement desdittes lettres, ou dire autrement, ainsy qu'ils aviseront bon estre, et generallementinformer; et laquelle information par vous faitte, Monsieur, en consequence de la commission à vous donnée par ledit arrest estre communiquée à M. le procureur du Roy, au receveur du domaine et autres officiers que verrés estre pour l'interest du Roy, pour vous donner leurs avis pour icelle information et avis ; ensemble votre avis particullier envoyé à la Chambre, communiqué à Monseigneur le procureur general du Roy, et lui ouy, estre sur le tout ordonné ce que de raison ; en concequence et sur la communiquation qui sera faitte à M. le procureur du Roy de la presente requeste, lettres patantes et arrest y enoncés, estre par lui pris telles conclusions qu'il avisera, et par vous ordonné ce qu'il apartiendra; et vous feres bien. — Signé : Teurtas.

Soient la presente requeste, les lettres patantes et arrest y enoncés communiqués au procureur du Roy. Fait à Angoulême le 11 septembre 1767. — Signé : Cazaud.

Veu la presente requeste, les lettres patantes et arrest y enoncés, je requiers pour le Roy qu'il soit informé à la requeste de Mongr le procureur general du Roy en la Chambre des Comptes et à ma poursuitte et diligence de la commoditté ou incommoditté que peuvent aporter l'union et incorporation des terres, seigneuries et fiefs dont s'agist en un seul et même corps et l'érection d'icelluy en titre et dignitté de comté sous la denomination de comté de Monbron, ensemble du revenu desdittes terres unies, ce en quoi il consiste pour, sur laditte information faitte et à moi communiquée, estre par moi donné mon avis au dezir dudit arrest et tout ce qui est ordonné par ledit arrest fait et raporté à la Chambre, estre par elle statué ce qu'il apartiendra sur l'enregistrement desdittes lettres. Fait à Angoulesme le onze 7bre 1767. — Signé : Seguinaud, substitut de Mr le procureur du Roy absent.

Acte au supliant de sa requeste et de la representation qu'il nous a faitte des lettres patantes et arrest y énoncés, soit fait comme il est requis par le substitut du procureur du Roy. Fait à Angoulême les jour et an susdits. — Signé : Cazaud.

Source : Documents historiques inédits sur l'Angoumois, de Gustave Babinet de Rencogne.

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Procès-verbal à la requête du comte de Montbron

Chérade de Montbron. — Notice sur les seigneurs de Montbron, par Marvaud. Bulletin de la Société archéologique de la Charente, t. V, années 1851-1852.

Vigier de la Pile, Coutume d'Angoumois, 1720, p. 72, 122, 188, 212.

Archives de l'Empire. Apanage. Carton O. 19,746. Cote 1,562. Titres de propriété de l'Isle-d'Espagnac.

Mémoire sur l'Angoumois, par Gervais. Société archéologique de la Charente, t. I, 1re partie, 1864, p. 270.

Montbron. — Vigier. Coutumes, p. 7, 29, 115, 179, 379, 485.

Acte passé à Angoulême, le 9 décembre 1782, par lequel Adrien-Alexandre-Etienne Chérade de Montbron, fils de feu Adrien-Etienne Chérade, comte de Montbron, lieutenant-général de la sénéchaussée d'Angoulême, qui lui-même était fils d'Etienne Chérade, comte de Montbron, aussi lieutenant-général en ladite sénéchaussée, a déclaré n'avoir absolument rien à prétendre sur 18 journaux de pré, situés en la paroisse d'Espagnac, et 3 sols de rente seigneuriale sur un autre pré au même lieu, engagés à son aïeul par le contrat du 28 mai 1705 ; que ces objets appartiennent aujourd'hui aux héritiers du sieur Mesnard, et qu'ils ont seuls le droit de prétendre au remboursement de la finance d'engagement.

Procès-verbal du 8 novembre 1783, fait par Me Jamain, notaire, à la réquisition de messire Adrien-Alexandre-Etienne Chérade, comte de Montbron, portant qu'après avoir pris communication : 1° d'un partage de la succession de M. Etienne Chérade, lieutenantgénéral de la sénéchaussée, passé le 26 décembre 1715 entre Madeleine Husson, veuve dudit sieur Chérade, épouse en secondes noces de M. Armand de Saint-Martin, tant en son nom que comme tutrice de demoiselle Madeleine Chérade de Marthon, sa plus jeune fille, d'une part, messire Etienne-Adrien Chérade, chevalier, comte de Montbron, assisté de son conseil, et autres héritiers dudit feu sieur Etienne Chérade ; 2° de l'inventaire fait le 24 novembre 1744 après le décès de M. Etienne-Adrien Chérade, chevalier, comte de Montbron, et de demoiselle Marie-Louise Duval, son épouse, à la requête de Madeleine Husson, tutrice honoraire des enfants mineurs desdits feus sieur et dame de Chérade, petits-enfants de ladite dame Husson, ledit Jamain, notaire, a certifié n'avoir trouvé dans lesdits actes aucuns titres ni renseignements relatifs à la vente faite par les commissaires du roi audit sieur Etienne Chérade, d'un pré situé en l'Isle-d'Espagnac.

Et par ledit acte, Adrien-Alexandre-Etienne Chérade a déclaré qu'il n'avait point été fait d'inventaire après le décès d'Etienne Chérade, son aïeul, et qu'après le décès d'Etienne-Adrien Chérade de Montbron, son père, arrivé en 1744, il n'avait été fait aucun partage des biens de sa succession.

15 octobre 1759. Mariage d'Adrien-Alexandre Chérade, chevalier, comte de Montbron, Marthon, etc., fils d'Etienne Chérade, comte de Montbron, lieutenant-général d'Angoumois, et de Louise Deval, tous deux lors décédés, — avec Elisabeth Le Musnier, fille de Jacques Le Musnier, baron de Reix, Blanzac, etc., lors décédé, et de Marguerite Chérade. En présence de Marguerite Chérade de La Garenne et de Pierre-Adrien Chérade de Larochandry, frère et sœur du marié. (Mairie d'Ang. rég. p. Saint-Martial.)

Source : La Charente révolutionnaire, de Victor Bujeaud.

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09 juillet 2016

La singulière comtesse de Rouffiac

Marguerite Chérade, fille d'Etienne, lieutenant général de la Sénéchaussée, qui fit une fortune considérable, veuve de Jacques Le Musnier, seigneur de Lartige, mère de cinq enfants adultes, en 1749, épouse, dix mois plus tard, Elie des Ruaux, comte de Rouffiac, lieutenant-colonel au régiment de Rouergue, ayant fait, nous apprend H. Molit, « des sommations respectueuses à sa mère ». « Dès le jour de son mariage, elle quitta son mari pour ne jamais habiter avec lui. Elle lui fit souscrire un engagement d'honneur de la laisser vivre « à sa fantaisie » et lui paya cette liberté 1.000 livres de pension annuelle, outre les 30.000 livres qu'elle lui avait données par contrat de mariage. » « Cette femme bizarre n'avait cherché dans son second mariage qu'un titre sonore et le plaisir de se faire appeler comtesse de Rouffiac. Elle interdit aux religieux de La Couronne de pêcher devant son château de La Rochandry, lesquels nous ont appris dans leur défense « que la dame de Rouffiac, petite-fille d'un marchand d'Angoulême, leur suscite un procès injuste... Elle en suscite à tous ceux qui sont dans ses terres, elle a fait assigner son évêque lui-même pour un objet modique... en un mot c'est une femme inquiète qui ne peut vivre ni avec son mari, ni avec ses enfants et qui, quoique catholique et en bonne santé, ne sort jamais de chez elle même le jour de Pâques pour aller à la messe ». Veuve une seconde fois, à 59 ans, elle pense se remarier une troisième fois. Ses enfants la font interdire.

Source : La Charente au XVIIIe siècle, de Gaston Tesseron.

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05 mars 2016

Notice sur le comte de Montbron (1762-1841)

Étienne-Pierre Chérade de Montbron
Grassac (Charente), 24 janvier 1762 - Clervaux, 24 janvier 1841.

En raison d'un «inviolable attachement aux Bourbons», Chérade de Montbron s'est refusé à toute responsabilité publique sous l'Empire, préférant s'occuper d'agriculture et de botanique sur ses terres de Clervaux. Sa famille, il est vrai, doit toute sa réussite au système social en vigueur sous l'Ancien Régime et aux faveurs des monarques. À l'origine, les Chérade sont de robe : Étienne Chérade, lieutenant particulier, assesseur et premier conseiller au présidial d'Angoulême est l'un des personnages les plus riches de cette ville et en devient le maire perpétuel en 1695. Il accumule les fiefs titrés, faisant notamment l'acquisition du comté de Montbron en 1699 et du marquisat de Clervaux en 1704, et accède finalement à la noblesse par l'achat d'une charge de secrétaire du roi en 1712. Si son fils Adrien-Étienne, lieutenant-général en la sénéchaussée d'Angoulême, est encore un représentant de l'élite urbaine, son petit-fils Adrien-Alexandre-Etienne est, lui, un gentilhomme campagnard. Il épouse en 1759 sa cousine germaine Elisabeth Le Musnier, veuve de Jean de Lageard, marquis de Cherval, grand-sénéchal d'Angoumois et lieutenant-colonel au régiment d'Harcourt. Pour récompenser les services rendus par ses ancêtres à l'Etat, Louis XV confirme en 1766 l'érection de la châtellenie de Montbron en comté, légitimant ainsi son droit et celui de ses descendants à porter le titre, et réunit en 1768 la baronnie de Thuré au marquisat de Clervaux.

Étienne-Pierre Chérade est le fils d'Adrien-Alexandre-Étienne et d'Élisabeth Le Musnier. Reçu conseiller au parlement de Paris, il renonce vite à la robe pour l'épée et entre comme exempt aux cent suisses de la garde ordinaire du corps de Monsieur le 25 novembre 1783. Le 14 février 1787, il épouse à Saint-Barthélémy-de-La-Rochelle (Charente-Maritime) Marie-Louise-Henriette Harouard, fille de Pierre-Étienne-Louis, chevalier seigneur de La Jarne, Buzay et autres lieux, lieutenant-général de l'amirauté de La Rochelle, et de Marie-Agathe Petit du Petit-Val. Le chevalier de Montbron se constitue en dot les droits mobiliers provenant de la succession de sa mère et s'élevant à la coquette somme de 40 000 livres. Son père y joint le marquisat de Clervaux et son office d'exempt des gardes suisses, pour une valeur totale de 250000 livres. Les apports de l'épouse sont à peine moins spectaculaires qui réunissent 100000 livres en espèce et 112000 livres en principal de rentes. Cette même année 1787, Chérade de Montbron est nommé capitaine conservateur des chasses et lieutenant de la louveterie du comte d'Artois pour les provinces de Poitou et d'Angoumois. Il continue néanmoins à habiter La Rochelle et c'est là qu'il assiste à l'assemblée de la noblesse convoquée pour nommer les députés aux états généraux, déléguant un procureur pour le représenter à Poitiers.

Il fait partie de la première grande vague d'émigration de l'automne 1791 et rejoint le comte de Provence à Coblence. Promu le 25 novembre 1791 lieutenant-colonel dans son corps d'origine, il fait la campagne de 1792 du côté des princes mais, avec l'assentiment de ses chefs, choisit de rentrer en France vers la fin de l'année. On ne connaît pas les motifs qui le poussent à commettre cette imprudence. Le fait est que Chérade est arrêté à Paris en 1793 et condamné à mort «comme royaliste, émigré et fils d'émigré».

«Grâce au dévouement de sa femme», sa peine est néanmoins commuée en emprisonnement : il est alors détenu durant environ treize mois au fort de Montendre jusqu'à sa libération par les thermidoriens. À partir de ce moment là, Chérade se fixe au château de Clervaux, seul vestige de ses biens patrimoniaux qui seraient aux trois quarts perdus en raison de la mort en émigration de son père. Sous le Consulat et l'Empire, il décline les propositions de services qui lui sont faites dans l'armée et se contente d'être au nombre des électeurs du département. L'essentiel de son temps et de son énergie va en fait à l'entretien et au développement du « magnifique établissement d'agriculture» qu'il s'est constitué à Clervaux. Ses efforts sont d'ailleurs récompensés par la prospérité de ses affaires : Chérade de Montbron occupe la cinquième place dans la liste des contribuables de la Vienne en l'an X et il est encore au douzième rang en 1813. L'année suivante, la première Restauration lui offre une seconde jeunesse à 52 ans en même temps qu'une promotion fulgurante. Il réintègre le corps des cent suisses avec le grade de sous-lieutenant surnuméraire le 16 juillet 1814, obtient le brevet de major le 25 du même mois, celui de colonel le 25 août, et la croix de Saint-Louis le 6 septembre 1814. Sa fidélité à la dynastie qu'il sert depuis plus de trente ans n'en est que plus solide : le comte de Montbron accompagne Louis XVIII durant ses cent jours d'exil à Gand. Ce dévouement sans faille lui vaut l'ordre royal de la Légion d'honneur et une nomination par exception au grade honorifique de maréchal de camp par ordonnance du 26 février 1823. Avec cette faveur pour toute retraite, le vieil homme infirme passe ses dernières années au château de Clervaux. Peut-être vibre-t-il une dernière fois lorsque son frère Joseph, ancien rescapé de l'expédition de Quiberon, tente de rallier à la cause légitimiste le peuple limousin lors de l'équipée de la duchesse de Berry en 1832.

Le décès du comte de Montbron en 1841 laisse ses héritiers en possession d'une fortune considérable. Sa succession comprend 299468 francs de valeurs mobilières, non compris les nombreux legs particuliers dont il a gratifié ses domestiques ou certains de ses parents. À ce pactole, placé pour les deux tiers en actions de la Banque de France et en rentes sur l'État, s'ajoute un capital foncier de 353 400 francs comprenant le château et le parc de Clervaux, trois maisons à Clervaux et dix domaines alentours. Ces biens revinrent à ses deux fils : Adrien-Marie (La Rochelle, (17) 18 août 1788-La Jarne (17), 28 février 1864), comte de Montbron, propriétaire, maire de La Jarne de 1843 à 1864, chevalier de la Légion d'honneur, marié à Paris le 16 novembre 1813 avec Alexandrine Drouyn de Lhuys.

Marie-Étienne-Louis dit le vicomte Ludovic de Montbron (La Rochelle, 21 juillet 1789-après 1833) a épousé Antoinette Personne de Songeons par contrat du 14 juin 1820 passé chez Ducrocq, notaire à Songeons (60). Il vivait à Marseille-en-Beauvaisis (60) en 1833.

(AD86 : 2C 7978 ; SHAT : 8YD/2442 ; AD17 : 3E 955)

Source : Louis Bergès, Guy Chaussinand-Nogaret.

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