08 septembre 2015

Le chapitre collégial de Notre-Dame de La Rochefoucauld en 1791

Philippe Fouchier, doyen, et, en cette qualité, curé d'Olérat.
Charles Gautier-Duménieux, grand chantre.
Jean Albert aîné, dit Péruzet, prêtre. — Sec.
Mathieu Grassin, prêtre. — Sec.
Pierre Jaulin, prêtre.
Pierre-André Rambaud, prêtre.
Roch Dulac, prêtre, curé de S.-Cybard de La Rochefoucauld. — Sec.
Pierre Sibilet aîné, dit de Labrousse, prêtre.
Mathieu Sibilet puîné, dit de l'Isle, prêtre.
Pierre Thibaud, prêtre.
Jean-Baptiste Veyret-Laîaye, prêtre.
Pierre Albert puîné, dit du Vignaud, minoré.

(Le clergé charentais pendant la Révolution, 1898)

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Mariage de Marie Cambois

Le dix-sept janvier 1792 après la publication des trois bans faite tant en cette église qu'en celle de Saint-Florent, sans nulle opposition, les fiançailles faites, les ordonnances royales, les lois et cérémonies de l'église observés, ont canoniquement et civilement reçu la bénédiction nuptiale par moi curé soussigné, du consentement du curé de cette paroisse, Pierre Grassin-Châtelard, agé d'environ 32 ans, fils légitime du sieur Pierre Grassin, directeur de la poste aux lettres et de demoiselle Marie-Anne Cambois, de cette paroisse, d'une part; et Marie Cambois, agée d'environ 32 ans, fille légitime du sieur Louis Cambois-La Borderie, négociant, et de déffunte Elizabeth Dumas-La Feuillade, de la paroisse de Saint-Florent de cette ville, d'autre part, et du consentement et en présence de Pierre Grassin, père de l'époux, Louis Cambois-La Borderie, père de l'épouse, Pierre Cambois, Martial Cambois, frères de l'épouse, et autres parents qui ont avec nous signé... Marie Cambois, Grassin-Châtelard, L. Cambois, Grassin, Cambois l'aîné, Martial Dumas, Marie Binaud, Grassin-La Côte, Suzanne Saunier, Suzanne Cambois, Anne Cambois-Pradignac, P. Pradignac, M. Cambois, Sibilet, Philippon-Jolly, Grassin curé de Coulonges.

Source : Généalogie Charente Périgord.

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29 juillet 2015

La Rochefoucauld au péril des jacobins (3/3)

L'ordre de perquisition tombe dans les jours qui suivent. Les municipalités reçoivent l'ordre de se rendre chez les citoyens suspects, de se saisir de leurs papiers, de prendre note des passeports délivrés depuis trois mois, et enfin de les désarmer. Grosdevaux supervise l'opération.

Le 2 avril, on donne lecture aux autorités du district et de la municipalité qui siègent conjointement des papiers et des lettres adressés à Du Lau ; ces lettres donnent "de fortes suspicions à l'assemblée". Le rapporteur fait état "d'argent envoyé en pays étranger. " Hum !

Ordre est donné d'arrêter Du Lau et de le conduire "dans la maison de réclusion jusqu'à nouvel ordre".

Et puisque Lage-Baston est à deux pas de Puyvidal, Hériard, flanqué d'un officier municipal de la commune, Foucauld, se rend chez la maîtresse de céans. Les lettres saisies "ne portent aucun caractère de suspicion", l'assemblée juge convenable de les rendre à la dame.

Un Du Lau peut en cacher un autre. Cette ancienne famille issue des souverains de Biscaye a essaimé en Angoumois et dans le Périgord. On les rencontre à Cellettes, à Lage-Baston (Saint-Projet), à Yvrac (Du Lau de Soulignonne) ; un nom un peu trop répandu ; la rumeur court, Du Lau de Cellettes éveille les soupçons du Comité de Salut Public de Ruffec. Un notaire de Mansle, Huet, interrogé à son sujet, donne son sentiment :

... "Sans entendre rien préjuger sur son compte, je puis vous certifier que je n 'ai jamais rien connu de lui contraire aux principes de la Constitution, je ne connais qu'un de ses parents qui est émigré, qui est Du Lau de Soulignonne, mais qui n'est son parent qu'au troisième ou quatrième degré. Il peut néanmoins avoir été dénoncé et dans ce cas, je ne vois qu'un citoyen, qui vient de succomber dans un procès qu'il avait eu avec lui, qui ait cherché à se venger de cette manière, s'en étant déjà jacté, à ce que l'on m'a assuré."

Le temps est à la jactance et l'on se venge comme on peut.

Et pour rendre sa déposition encore plus crédible, le brave notaire s'empresse d'ajouter :

... "Aucune considération ne m'empêcherait de le dénoncer si je le croyais tel."

Source :  La Rochefoucauld au péril des jacobins, d'Yvon Pierron.

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La Rochefoucauld au péril des jacobins (2/3)

Les époques de crise soulignent la dimension politique de la religion. A cet égard le cheminement politique de la famille Albert est exemplaire. Cette famille, ou mieux ce clan, appartient depuis les origines connues à l'histoire de La Rochefoucauld ; son nom figure dès la fin du XVIe siècle sur les premiers registres paroissiaux et bientôt sur les "papiers de baptême" protestants.

Fort ancienne à La Rochefoucauld, la famille Albert est l'une des plus en vue de la bourgeoisie locale.

La Réforme ouvre une fracture dans la pratique religieuse. Derrière ses comtes, la bourgeoisie marchande s'enflamme pour la doctrine de Calvin ; elle lui doit une ouverture intellectuelle et économique que la pensée médiévale lui refusait, tout en gardant deux fers au feu, un pied au Temple et l'autre à la Collégiale ; les prébendes de chanoine se transmettent à l'intérieur de quelques familles ; elles échappent entièrement au pouvoir de l'évêque d'Angoulême.

La famille Albert se reproduit et s'enrichit par scissiparité. Il y a les Albert de Beauregard, les Albert Belle-Isle, les Albert-Marivaud, les Albert-Péruzet et bien d'autres encore. Jean-Isaac Albert, aïeul paternel du maire de Cognac, notaire et contrôleur des actes, ménage de belles carrières à ses enfants. L'un est archiprêtre de Jauldes, pensionnaire du Roi ; son frère François, prêtre, chanoine et syndic de la Collégiale. Léon-Joseph, sr. de Belle-Isle, est entreposeur de tabac à La Rochefoucauld et d'autre part "subdélégué de l'Intendant" ; un quatrième frère, Thomas, ingénieur sorti de la toute nouvelle et fort brillante école des Ponts et Chaussées passe pour "l'un des principaux commis de M. de Trudaine". Le dernier, Jean-Simon Albert des Granges, père d'Étienne-Pierre, recommandé et financé par les siens, fait carrière dans les Fermes royales ; après avoir épousé la fille et petite-fille d'un procureur du Roi, avocat en Parlement, etc., il se compromet dans une affaire de contrebande et s'en tire à grand'peine grâce à l'intervention de la duchesse de La Rochefoucauld d'Enville et de son ami Turgot.

Ce long détour nous ramène à l'offensive antireligieuse dans laquelle le maire de Cognac va s'engager à fond. Agé de vingt-trois ans lorsque survient la Révolution, il a repris de son père la ferme des tabacs pour l'arrondissement de Cognac et fréquente la loge maçonnique de Jarnac, "Aux amis de l'Union", aux côtés de son oncle Jacques-Charles-Damaze Dulignon, receveur particulier né à Marvejols (Lozère) ; la famille Dulignon, originaire de La Rochefoucauld, a suivi exactement le même parcours, les mêmes détours que ses alliés Albert, à la fois proches du Temple et du maître-autel de la Collégiale.

Jean-Simon Albert, le père, fut l'un des premiers à se faire initier vers 1760 à la loge dite "l'Anglaise", alors que la franc-maçonnerie commençait à se répandre. Il est hors de doute qu'elle rencontra aussitôt, à Jarnac, à Cognac, une grande faveur dans un milieu encore marqué par le protestantisme.

Capitaine de la garde nationale, maire de Cognac en 1791, le mariage d'Étienne-Pierre Albert avec Marie-Marthe Le Coq de Boisbaudran était dans l'ordre des choses. Dans cette dernière famille la foi calviniste ne s'était jamais démentie. Les deux frères Le Coq de Boisbaudran, écrit Jean Jézéquel, étaient d'ardents révolutionnaires du district, surtout l'aîné, Barthélémy, très lié avec son beau-frère Albert dont les discours dans le style de l'époque sont marqués d'une pointe antireligieuse.

Cette "pointe" - il vaudrait mieux parler d'un tranchoir - est manifeste dans l'opuscule in-folio qu'il fait imprimer à Angoulême au lendemain de la fête de la Raison dont il fut le maître d'œuvre. Rien d'orgiaque sans doute dans le Temple cognaçais, mais les "hommes en noir", les suppôts de la calotte y sont rudement malmenés.

Source :  La Rochefoucauld au péril des jacobins, d'Yvon Pierron.

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La Rochefoucauld au péril des jacobins (1/3)

Le district une fois remis au goût du jour après le passage de Bordas, Lapeyre-Bellair rend compte de sa gestion aux Comités parisiens ; il ne dissimule pas le soulagement que l'opinion éprouve après la chute des triumvirs :

"L'importance des fonctions qui me sont confiées ne m'est point inconnue, je sens combien ma tâche est difficile et en consultant mon goût, ma santé et mes moyens, j'aurais peut-être dû suivre l'exemple de mon prédécesseur, mais j'ai senti que dans ce moment ma volonté devait être subordonnée à celle du peuple et du représentant. Jaloux de répondre à la confiance de l'un et de l'autre, j'ai oublié que des raisons qui subsistent plus que jamais m'avaient obligé de quitter le Directoire de ce District où j'étais dès le principe de sa formation et où mes concitoyens m'avaient élu trois fois. Retiré dans ma campagne, maire de ma commune où malgré le malheur des temps j'avais conservé la tranquillité, occupé à préserver mes bons voisins des horreurs qui naguère couvraient la France de deuil, j'avais eu la satisfaction de voir ma commune échapper pour ainsi dire à toutes les calamités. L'heureux changement opéré par la journée du 9 thermidor me faisait jouir de cette tranquillité si désirée des vrais républicains et je ne songeais guère à reparaître encore sur la scène mais enfin (rayé) me Voici et j'apporte dans mon nouveau poste le zèle et la fermeté de l'homme probe et surtout la haine la plus implacable contre les tyrans et les terroristes et la plus ferme résolution d'employer toutes mes forces pour empêcher que leur règne revienne jamais."

Lapeyre-Bellair dit tout haut ce que la bourgeoisie pense tout bas : l'activisme révolutionnaire a fait son temps.

Jean-Baptiste Lapeyre est un brave homme, le modèle du brave homme. Né le 19 mars 1749 à Abjat, la Révolution vient le cueillir au tournant de la quarantaine alors qu'il arpente sa vigne et ses champs. Dans sa belle maison de Saint-Germain de Montbron, il mène une vie patriarcale au milieu de ses enfants.

Comme tout le monde, il prête une oreille attentive aux rumeurs qui agitent le pays. Son village est calme. Tout naturellement, on le porte à la tête de la municipalité ; il met sur pied la garde nationale.

Les administrateurs du district lui demandent de venir les rejoindre ; il acquiesce. Un représentant de passage en Charente le renvoie à ses champs, la Révolution n'a que faire de modérés ! Un autre représentant le rappelle. Ainsi vont les jours de l'homme.

Cette bourgeoisie modérée soucieuse de trouver la place qui lui revient dans la représentation politique vit dans l'attente du régime qui balaira les outrances des Jacobins ; il lui importe peu qu'il soit d'essence monarchique ou républicaine pour peu qu'il ramène l'ordre et cautionne la propriété des biens ; le bonapartisme réalisera ses vœux. Perre-Benoît Lapeyre de Belair, l'un des fils de l'agent national, maire de Saint-Germain de Montbron en 1813, par ailleurs affilié à la loge Saint-Charles d'Irlande, sera nommé Commissaire du pouvoir exécutif.

Source :  La Rochefoucauld au péril des jacobins, d'Yvon Pierron.

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15 juillet 2015

Grosdevaux « coupe-têtes »

Le révolutionnaire le plus engagé, dans le district le plus marqué par la politique terroriste en 1793-94, celui de La Rochefoucauld. Son nom apparaît dans les assemblées primaires du canton de Montembœuf dès 1790 comme électeur de Roussines, où il habite le village de Vaux. Commandant de la Garde Nationale en 1791 et maire de la commune en 1792.

En juin 1791, il a failli être élu président de l'assemblée du canton, et il a fallu battre le rappel des électeurs pour faire réélire le président d'Ecossas, plus modéré et qui présidait depuis 1790 les différentes assemblées primaires. En juillet-août 1792, il est commissaire à l'enrôlement des volontaires dans le canton de Montembœuf, fonction étendue à l'ensemble du district ensuite.

En décembre 1792, les premiers révolutionnaires plus avancés accèdent au conseil général du district avec Grosdevaux et Hériard-Préfontaines, et presque aussitôt ils entrent au directoire.

Le 14 juillet 1793, c'est Grosdevaux qui préside l'assemblée du canton de Montembœuf qui approuve à l'unanimité la nouvelle constitution de juin 1793.

En tant que président du Comité révolutionnaire et Commissaire au Comité central d'Angoulême, Grosdevaux demande, en octobre 1793, la destitution et la proscription des autorités modérées du district dénoncées comme favorables au fédéralisme ou à l'aristocratie. Marquet, délégué du représentant en mission Harmand, vient à La Rochefoucauld opérer les changements et Grosdevaux est nommé procureur syndic à la place de Boissier des Combes, précisément l'un de ceux accusés comme antirévolutionnaires. Conformément au décret du 14 frimaire an II (décembre 1793) Grosdevaux devient l'agent national du district.

Le district connaît alors des excès et des abus, sous l'effet des passions et des haines ; ce sont des dénonciations innombrables, de longues listes de suspects et l'encombrement des maisons de détention. En portent la responsabilité certaines autorités du district (pas toutes), les comités révolutionnaires et les municipalités. Sur les 39 victimes de la Terreur en Charente condamnées à mort et exécutées, le district à lui seul en compte vingt, dont dix femmes, envoyées à Paris souvent sur simple dénonciation calomnieuse, pour des motifs futiles, quelques paroles imprudentes par exemple. 80 suspects sont retenus prisonniers. Enfin sur le registre du district et celui de la Société populaire de la commune de la Rochefoucauld on relève le nom de 52 prêtres qui ont fait une déclaration d'abdication.

La première réaction contre cette terreur est à signaler lors de la venue du représentant Bordas le 18 frimaire an III (8 décembre 1794) avec plaintes et dénonciations contre Grosdevaux, Hériard et Jolly, mais Bordas se garde de les condamner « ... si on peut faire un crime à des magistrats d'avoir été sévères et même rigoureux, les circonstances critiques ont en quelque façon excusé une erreur que nous sommes portés à attribuer à un excès de zèle... considérant qu'il est juste qu'après une carrière laborieuse l'homme qui a servi utilement la chose publique obtienne un repos momentané, peut encore dans des fonctions moins pénibles être utile... qu'il en est qui après un court intervalle rapporteront des forces nouvelles... que si nous avions trouvé des coupables nous n'aurions pas manqué de les destituer... » bref tout un raisonnement un peu gêné et étiré, en fonction duquel Grosdevaux se retrouve placé au Conseil Général, sorte de retraite honorable, mais provisoire.

En effet le représentant Pénières se charge de l'épuration dans le département, et tout particulièrement dans le district de La Rochefoucauld il renouvelle toutes les autorités : conseil, district, tribunal, justice de paix. Il nomme une commission de 6 membres pour enquêter sur la conduite du comité révolutionnaire et dans laquelle il y a Léchelle. Marchais député de la Constituante devient le Président du district ; Lapeyre Bellair procureur syndic (30 prairial an III).

La commission dépose au bout de quelques jours son rapport, accablant pour Grosdevaux «il n'est pas un forfait commis par l'administration ou le comité qu'il n'ait partagé ou commandé ou influencé... organisateur d'une administration imbue de la tyrannie... » Contre Grosdevaux, une autre accusation portée dès la venue de Bordas, à savoir l'achat du domaine national du Lindois, une belle propriété de 264 journaux adjugée pour 45.000 livres alors qu'elle en valait 300.000 livres, adjudication faite de façon irrégulière sans respecter toutes les formalités prescrites par les lois sur la vente des biens nationaux et avec des enchères « bidon » pour servir les intérêts de Grosdevaux l'acquéreur. D'autres acquisitions au profit de révolutionnaires locaux étaient aussi entachées d'irrégularités, et toutes ont fait l'objet d'un rapport, distinct de celui dit de Pénières, et remis aux autorités du district le 15 brumaire an IV. En conséquence l'administration demande l'annulation de ces ventes « illégales, frauduleuses et préjudiciables au bien de la Nation » ; par contre, d'autres acquisitions de biens nationaux du même Grosdevaux au Lindois n'ont pas été remises en cause.

Grosdevaux est détenu à la maison d'arrêt de La Rochefoucauld après le passage de Pénières ; le directoire du département ayant à statuer sur son sort, décide en fructidor d'une détention à domicile, sous la garde d'un citoyen en attendant d'être jugé. Il était en compagnie d'autres terroristes, mais considéré de loin le plus coupable, « le provocateur des forfaits ».

Il faut aussi dire que les mesures prises contre les responsables de la Terreur (détention et désarmement pour d'autres) allaient provoquer une réaction de leurs partisans, au point qu'en thermidor an III les corps constitués devaient mettre leurs concitoyens en garde contre une certaine agitation.

Ce climat devait s'apaiser, puisque dès pluviose an IV (janvier 1796) Grosdevaux se trouvait juge de paix du canton de Montembœuf, et plus tard, en brumaire an VII (novembre 1798) l'agent municipal (= maire) de Roussines et le maire provisoire en attendant la nomination du définitif par le préfet en 1800. Sa carrière politique ou administrative est terminée, et il ne figure pas dans les collèges électoraux du Consultat et de l'Empire.

Léonard Grosdevaux, propriétaire, est mort au Lindois le 4 août 1816, à 62 ans, laissant sept héritiers (deux fils et cinq filles) de son mariage avec Thérèse Masfrand, sans compter d'autres enfants déjà décédés.

La déclaration de succession de 1817 dans le canton de Vitrac-Montembœuf indique un mobilier de 1.377 Frs et un domaine, avec maison de maître et 3 métairies, au Lindois, bien de communauté, estimé 48.000 Frs. La plupart des enfants Gros, à cette date, demeuraient en Haute-Vienne, un fils Michel Gros, avocat à Rochechouart, les autres à Maisonnais d'où était originaire la famille, semble-t-il, et où on devait posséder d'autres biens. L'autre fils Pierre Grosdevaux, né au Lindois en 1795 devait épouser en 1830 les idées révolutionnaires et « marcher sur les traces de son père » ; nommé capitaine de la Garde Nationale, très excité contre les nobles et les prêtres, il fut percepteur à Suris sous la Monarchie de Juillet.

Malgré leur couleur politique les Grosdevaux représentaient une bourgeoise bien assise aux confins des trois départements : Charente, Haute-Vienne et Dordogne.

Source : La Charente révolutionnaire, de Jean Jézéquel.

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14 juillet 2015

La Rochefoucauld et les Hérauld

La cité de La Rochefoucauld au XVIIe siècle

Au XVIIe siècle, La Rochefoucauld était, à six lieues d'Angoulême, en bordure de la rivière Tardoire, une ville active, tant sur le plan religieux que sur les plans économique et intellectuel.

Les communautés catholique et protestante étaient parvenues à une cœxistence pacifique après les débordements des guerres de Religion commis, en particulier, par le futur Henri IV lui-même, dans la petite cité, en 1568.

Avec le retour au calme, la ville était redevenue le carrefour des produits de l'Angoumois et du Limousin : bestiaux, fourrage, grains, châtaignes, truffes, eaux-de-vie, vins, sans oublier deux spécialités rupificaldiennes : la culture du safran et la tannerie. En plus des vingt-deux foires ordinaires par an, se tenaient deux grandes foires royales de trois jours chacune, l'une à la Saint Barnabé en juin, l'autre à la Nativité de Notre-Dame en septembre. Culturellement, deux collèges, l'un protestant, l'autre catholique, attiraient la jeunesse de la région. Notaires et avocats, médecins et apothicaires florissaient au sein de la cité apaisée.

La prospérité de La Rochefoucauld accusa une régression à partir de la révocation de l'édit de Nantes. Un rupificaldien note dans son journal, à la date du 29 septembre 1685: « Il arriva dans cette ville deux compagnies de dragons rouges conduits par M. le marquis d'Argenson, lieutenant général d'Angoumois. M. l'évêque et M. l'intendant arrivèrent deux jours après, et firent convertir plus que quatre cents huguenots tant de la ville que des environs. » Cette méthode provoqua l'émigration du négoce protestant et porta un coup fatal à l'activité locale. L'élite s'étant réfugiée à l'étranger, « le reste des habitants, note Jean Gervais, conseiller au présidial d'Angoulême, dans son Mémoire sur l'Angoumois, n'est que du bas peuple, appauvri par l'excès des impositions, qui y ont continué ; au surplus, gens forts inquiets, brouillons et chicaneurs à l'excès, et se faisant naturellement une continuelle guerre. »

Les Hérauld

L'abbé Chevalier, auteur d'une étude sur la famille de Gourville, note que dès le XVe siècle vivaient, à La Rochefoucauld, des Hérauld ayant assez pignon sur rue pour donner leur nom à une des portes de la ville. Des membres de cette famille allèrent s'établir dans des villages voisins, tel Pierre Hérauld, bourgeois de Saint-Angeau, inhumé dans l'église, dont le blason, attribué par le juge d'armes d'Hozier, portait « d'or à trois heaumes d'azur, deux en chef et un en pointe, les deux de chef affrontés ».

La famille Hérauld fut appelée « de Gourville » ou « Gourville » très tôt : en 1622, la sœur aînée de Gourville est désignée par le vicaire de Notre-Dame de La Rochefoucauld, dans l'acte d'un baptême où elle était marraine, sous le nom de « Marye de Gourville ». En 1640, l'abbé de La Rochefoucauld, parrain à un baptême, est accompagné de son maître d'hôtel, lequel signe « Gourville ». En octobre 1647, leur sœur, Marguerite, à son entrée dans la confrérie du Saint-Sacrement, établie en l'église Notre-Dame de La Rochefoucauld, est dite fille de « Madame Gourville ». Et cette dernière elle-même est dite veuve de « Me Pierre Hérauld, sieur de Gourville. »

L'usage s'était donc établi de désigner cette branche de la famille Hérauld par le nom de son lieu d'origine, c'est-à-dire le village de Gourville, situé de l'autre côté d'Angoulême, entre Aigre et Rouillac, siège d'une vieille châtellenie, qui comptait alors plus de cinq cents habitants. Pierre Hérauld y vivait modestement, avec ses parents et sa femme, vers le milieu de XVIe siècle. Il y possédait une maison et quelques lopins de terre. Il eut trois fils, dont l'aîné, né vers 1585, fut prénommé Pierre comme son père.

Pierre Hérauld et Souveraine Mesturas

Ce Pierre Hérauld vint s'établir à La Rochefoucauld, au début du XVIIe siècle, pour s'y adonner au commerce du drap. À l'époque, « le paysan d'Angoumois s'habille, selon les détails donnés dans la France pittoresque, de serge ou de droguet, ordinairement de couleur grise, étoffe grossière fabriquée localement. Un gilet ou deux, suivant la saison, une veste sans parement et des culottes sans boucles ni bretelles, composent son habillement. Une même pièce d'étoffe, qu'on achète à Pâques ou à la Saint Jean, sert à vêtir toute une famille, hommes et femmes, à faire les gilets, les culottes, les brassières, les jupes, qui sont confectionnés d'après des modèles invariables et d'une antiquité immémoriale. »

Pierre Hérauld et sa femme, Souveraine Mesturas, épousée vers 1612, issue d'une famille de notables de Saint-Claud, bourgade d'Angoumois, habitaient dans la rue principale de La Rochefoucauld. Au bout de la rue, au-delà du vieux pont qui enjambe la rivière Tardoire, s'élève le château construit sur la Rupes Fucaldi ou Roche à Foucauld, masse rocheuse renfermant des grottes. Sa maison, dotée d'un étage, comprenait, au rez-de-chaussée, la boutique, l'arrière-boutique et trois chambres. La lecture du contrat de mariage de sa fille Antoinette nous apprend que Pierre Hérauld avait réussi à cumuler son activité de marchand avec l'état de receveur des taxes et droits seigneuriaux de la duché-pairie de La Rochefoucauld, situation qui donne une idée de la confusion entre commerce et finances publiques, et explique un atavisme familial pour le maniement de l'argent.

Le couple eut huit enfants : Marie, Pierre, Hélie, Antoinette, Marguerite, Jean, Anne et Marie. À la mort prématurée de son époux, âgé d'à peine cinquante ans, le 6 décembre 1634, Souveraine géra efficacement le patrimoine qu'il lui laissait, veilla à l'éducation de sa progéniture à qui elle fit apprendre à lire et à écrire ; elle dota ses filles, les maria dans le réseau de notables de la région, et fit entrer ses trois fils au service de la maison de La Rochefoucauld.

Source : Gourville le magnifique, d'Alain Mazère.

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Règlements de police faits pour la ville, faubourgs, banlieue et duché-pairie de La Rochefoucauld

I. — Il est deffandu très expressément à tous manans et habitans de cette ville, fauxbourg, banlieue et duché de La Rochefoucauld de blasphémer le saint nom de Dieu, à paine de 10 livres d’amande pour la première fois, du double pour la seconde, et pour la troiziesme des paines portées par les ordonnances royaux ; et pour les récidives continuelles et à cause de leur opiniâtreté invincible, le procès leur estre fait et parfait par recollements et confrontations de tesmoings et estre condamnés en des paines corporelles et infamantes, suivant la rigueur des ordonnances et arrests de la cour.

Deffanses aux marchands et gens de mestier de tenir leurs boutiques ouvertes les jours de dimanche et festes commandées par l’Église, à paine de 10 livres d’amande ; et sous mesme paine deffandons ausd. marchands, chapelliers, bonnetiers, cordonniers, tanneurs et autres gens faisant profession de marchandise de quelque nature et qualité qu’elle soit, de les estaller dans les rues et hors de leurs boutiques.

II — Enjoignons ausd. marchands d’avoir des poids, aulnes et mezures estallonnés à la marque de monseigneur le duc de la cour de céans, et, au cas qu’ils se trouvent saizis de poids légers, aulnes courtes et petites mesures, seront lesd. marchands condamnés en 20 livres d’amande pour la première fois et de confiscation desd. poids, aulnes et mezures, au double pour la seconde, et au triple pour la troiziesme. Et pour descouvrir les contravantions qui se feront au présent article, ordonnons que nous nous transporterons de temps à autre dans les boutiques desd. marchands tenant poids et mezures pour estre procédé à la vizite d’iceux, les saisir et déplacer, et du tout en estre dressé des proces-verbaux pour sur iceux estre ordonné ce que de raison.

III. — Il est enjoint aux maistres apotiquaires de la présente ville de renouveller de temps à autre leurs drogues et n’en point employer dans leurs remèdes qui soient altérées ou corrompues, à paine de 100 livres d’amande. Et pour éviter les accidans, seront par nous les boutiques visitées avec un médecin ou sindicq desd. maistres pour voir et visiter les drogues qui seront esd. boutiques ; et s’il s’en trouve quelques-unes de la quallité cy-dessus, elles seront jettées et les apotiquaires contraintz au payement de la susd. amande, et de plus grande paine, s’il y eschoit.

IV. — Ceux qui auront esté reçus chirurgiens et apotiquaires ne pourront exercer en la présente ville et fauxbourgs et ouvrir de boutiques sans notre ordonnance et permission préalable. Ils seront tenus de mettre au greffe du présent duché leurs lettres de provizion et réception pour l’exercice desd. arts de chirurgie et pharmacie, à paine de 10 livres d’amande contre chascun des contrevenans.

V. — Il est enjoint aux personnes menant vie scandaleuse, de quelque qualité et condition qu’elles soient, de vider la ville et fauxbourg dans huitaine après la publication des présentes, sur telles paines que de droit et d’estre honteuzement chassées de cetted. ville et fauxbourg et leurs meubles jettes dehors, ainsy que cela se pratique à Paris et dans les autres villes les mieux policées du royaume.

VI. — Deffances à touttes femmes et autres personnes de tenir dans leurs maisons aucune fille et femme grosse et mal famée, sans nous en avoir donné advis, sur paine de 60 livres d’amande et de plus grande, s’il y eschoit, contre chascun des contrevenans, et de demeurer responsables de la nourriture des enfans qui en proviendront et autres événements.

VII. — Enjoint pareillement à tous les propriétaires des maizons qui auront pour locataires des femmes et filles de la quallité cy-dessus exprimée de nous en avertir incessamment, à paine de 10 livres d’amande contre les contrevenans et de demeurer responsables de tout ce qui pourra arriver.

VIII. — Deffances ausd. propriétaires de louer des maisons ou parties d’icelles à aucunes personnes nouvellement venues en cette ville ou fauxbourg sans nostre permission, à paine de 10 livres d’amande.

IX — Enjoint à toutes filles ou femmes qui se trouveront enceintes par de mauvaizes voyes d’avertir le sieur séneschal.et maire de leurs grossesses, sur les paines portées par les ordonnances, et à toutes femmes sages qui auront cognoissance de leurs grossesses ou qui assisteront à leurs accouchements, de nous en donner advis incessamment, sur telle paine que de droit, sans pouvoir à l’avenir faire aucune fonction de matrone en la présente ville.

X. — Deffances à toutes personnes d’exposer ou faire exposer aucun enfant, à paine de punition corporelle.

XI — Deffances à tous hosteliers, cabaretiers, paticiers, cuisiniers ou autres vandant vin, de donner à boire, et à manger les jours de dimanches et festes aux habitans de la présente ville et fauxbourg pendant le service divin, savoir depuis le 1er octobre jusques au 1er avril despuis les neuf heures du matin jusques à onze heures, et despuis le 1er avril jusques au 1er octobre despuis les huit heures du matin jusques à dix heures, à paine de 10 livres d’amande, et sous mesme paine pendant les vespres, sermon et bénédiction du très-saint Sacrement.

XII. —Seront tenus lesd. hosteliers, cabaretiers, et autres de rapporter aud. sieur sesneschal et maire les nom, quallité et pais des hostes qui feront plus de trois jours de séjour dans leur maison, à paine de 10 livres.

XIII — Deffandons ausd. cabaretiers et autres de recepvoir et attirer dans leur maison aucuns enfans de famille de la ville, fauxbourg et duché de La Rochefoucauld, de leur fournir aucune choze ny faire aucuns prests, à paine de perte de leur deub et de 50 livres d’amande contre chascun des contrevenans.

XIV— Deffances aussy à tous marchands, sous mesmes paines, de faire aucun prest ausd. enfans de famille sans le consantement de leur père et mère justifié par escript.

XV. — Deffances à toutes personnes d’acheter desd. enfans de famille, serviteurs, servantes, ou gens sans adveu, habits, linge, armes, vesselle, chevaux, danrées et fruits, et généralement toute sorte de meubles de quelque nature qu’ils soient, à paine de restitution et de 50 livres d’amande et autre plus grande, s’il y eschoit.

XVI. — Deffances à tous cabaretiers, hosteliers, cuisiniers et paticiers, de donner de la viande les jours prohibés par l’Église, à paine de 30 livres d’amande solidaires tant contre ceux qui la mangeront que ceux qui l’auront donnée.

XVII — Deffances ausd. cabaretiers, cuisiniers, paticiers et autres vandant vin de donner à boire et à manger ny souffrir aucunes personnes dans leur mai¬son après huit heures du soir despuis la Toussaint jusques à Pasques, et le reste de l’année après neuf heures, si ce n’est à leurs hostes, à paine de 20 livres d’amande.

XVIII — Deffances à tous cabaretiers de ne plus à l’avenir débiter le vin en bouteilles, mais bien en pintes et autres mezures duhement estallonnées et à pris raisonnable qui sera fixé et réglé par nous, à paine de 10 livres et de confiscation desd. bouteilles.

XIX. — Deffances ausd. desnommés es précédans articles et aux revandeurs et revandeuses, regretiers et regretieres, d’aller au-devant des marchands apportant bled, poisson, fruits, volailles, truffes, perdrix et autre gibier, oeufs, fromages, et marchandise servant à la nourriture de l’homme, mais en laisser le transport et le débit libres, de façon à estre vandus au plus offrant dans les places publiques, cantons, marchés et poissonnerie. Deffances aux marchands de vandre ailleurs qu’ausd. marchés avant lesd. heures, le tout à paine de 10 livres d’amande et de confiscation desd. marchandises, applicables la moitié à celui qui les surprandra et dénoncera, et l’autre moitié ainsy qu’il sera par nous advizé.

XX. — Le poisson, soit qu’il vienne de la mer ou d’eau douce, ne pourra estre vandu ny distribué que par celuy qui l’aura mené et pour son compte, à mesme paine de 10 livres, à la pierre de la halle et lieu accoutumé.

XXI. — Deffances à tous hosteliers, paticiers et cuisiniers d’interpozer des personnes pour acheter gibier, truffes, poisson et autres danrées, ny de les faire laisser dans quelque maison des fauxbourgs, les faire apporter après lesd. heures de neuf heures du matin, sur paine de 10 livres d’amande et de confiscation ; et seront subjets aux mesmes paines ceux qui auront servi à lad. fraude.

XXII. — Il est défandu à tous regretiers et regretieres, revandeurs et revandeuses, d’exposer en vante aux marchés publicqs tous les gibiers, truffes, fruits et autres danrées qu’elles auront acheté après lesd. heures exprimées cy-dessus. Deffances d’en retenir et débiter dans leurs maisons particulières ou lieux empruntés, à paine de confiscation et de 3 livres d’amande, à laquelle seront aussi subjets ceux dont les maisons auront servi à la fraude. Enjoignons à cet effet aux commissaires de police qui seront par nous commis de faire exacte recherche et visitte esd. maisons trois fois la semaine, lesquelles à cet effet leur seront ouvertes à la première réquisition, et, en cas de refus, pourront lesd. commissaires faire procéder à la levée des serrures.

XXIII. — Deffances aux marchands de poisson de mer et d’eau douce d’estaller, vandre ny débiter leur poisson qu’en présence de nous ou d’un desd. commissaires et par nostre permission, à paine de confiscation et de 10 livres d’amande, ny autre chose apportée par les forains en cette ville, ny rien entreprendre sans nostre permission, soubz lesd. paines.

XXIV. — Enjoint à toutes personnes qui nourrissent des pigeons et des cochons dans la présente ville et fauxbourgs de s’en défaire incessament, et les cochons , deffances de les laisser vaguer dans les rues ; et, à faute de ce, permis à toutes personnes de les tuer impunément.

XXV. — Toutes personnes qui ont des aiguières sortissant dans les rues, feront fermer dans huitaine les conduits desd. aiguières avec des pierres ou tables, en sorte que les passants n’en puissent recevoir aucune incommodité, à paine de 10 livres d’amande et de plus grande, s’il y eschoit.

XXVI. — Enjoint aux propriétaires des maisons qui ont des contrevants à hauteur d’homme de les tenir renversés et l’ouverture de leurs caves du costé des rues bien fermée par de bonnes trapes doubles appuyées par le dessoubz de quelques barres de fer ou bois, à paine de 6 livres d’amande, et de demeurer responsables des dommages-intérests des particulliers qui en auront souffert préjudice.

XXVII. — Deffances à toutes personnes de faire d’ordures dans les rues ou le long des murs de la présante ville, ny souffrir en estre fait ou jette par les fenestres par leurs domestiques et enfans, à paine de 10 livres d’amande dont les chefs de famille demeureront responsables.

XXVIII. — Enjoint à tous les habitans de cette ville et fauxbourgs, de telle condition qu’ils puissent estre, de tenir les rues nettes chascun en droit soy, et de balyer ou faire balyer tous les jours avant huit heures du matin, chascun devant sa maison, par leurs valetz et servantes, et de faire amonceler lesd. boues, pour estre ensuitte portées par leursd. valetz et servantes hors de ville, en un lieu où elles ne puissent pas incommoder, le tout à paine de 10 livres d’amande contre chascun des contrevenans, au payement de laquelle les maistres des maisons seront contraintz par toutes voyes dues et raisonnables, sauf à eux à le desduire sur le salaire desd. valetz et servantes, avec deffances de mettre et jetter les flans, fumiers ny autres chozes immondes ny aucuns bois et pierres dans les rues et places publiques de lad. ville pour les y laisser plus de 24 heures, et les terres et vidanges plus de deux jours, sur les paines cy-dessus et autres, ainsi qu’il sera par nous advizé ; et dans les cantons et endroitz où il y a des puits, de les tenir, chascun en droit soy, en état et fermez.

XXIX. — Deffances aux habitans et à touttes personnes qui ne sont de la quallité requises par les ordonnances de porter ny faire porter à leurs valetz dans la ville et fauxbourg aucunes espées ny armes à feu, sur telle peine que de droit, et les maistres de demeurer responsables du fait de leursd. valetz, comme aussy à touttes sortes de personnes de porter bayonnettes, poignards et pistoletz de poche, et à tous marchans d’en exposer en vanthe, sur paine de confiscation et d’amande.

XXX. — Deffances sont faittes à touttes sortes de personnes de s’habituer en cette ville venans de la campagne ou autres villes et provinces voisines sans nous avoir fait apparoir de leur naissance, vie, moeurs et quallittés, pour en estre fait registre, et admis en lad. ville, en cas qu’ils soient cognus pour bien conditionnés, le tout sur paine d’estre mis hors de ville.

XXXI. — Deffances à touttes sortes de personnes de faire et recevoir dans leurs maisons aucunes académies et assemblées publiques pour les jeux de cartes et autres prohibés par les ordonnances royaux, à paine de 20 livres d’amande.

XXXII. — Deffances à touttes sortes de personnes de publier, vandre, débiter et afficher aucun escript et imprimé sans nostre permission, sur paine de 3 livres d’amande et de confiscation, ny autres choses, et d’en battre la caisse, rien débiter et représenter sans nostre permission.

XXXIII. — Est enjoint aux bouchiers d’observer les statuts et règlements, ce faisant, tenir leurs bancs garnis de chair et viande de la quallité, et de se servir de crochets, poids et balances de cuivre dhuement estalonnés et non d’autres, pour peser. Deffances à eux de tuer aucunes bestes qui n’aient au préalable esté visitées par le sindicq, lequel nous en randra fidèle compte incontinant après la visite, à paine de 3# d’amande et de confiscation de la viande. Ne vandront lesd. bouchiers aucune chair trop maigre, gastée ou corrompue, feront bien saigner le bestail qu’ils tueront sans retenir aucun sang dans les chairs pour les rendre plus poizantes. Se serviront lesd. bouchiers de souffietz et non de leurs bouches pour racomoder leur viande ; n’achèteront aigneaux aportés au marché que l’heure de dix heures du matin ne soit passée, et tiendront leurs écorchoirs nets et feront porter, trois heures après qu’ils auront acomodé les bestes, le sang, flanc et ordures d’icelles hors de la ville, aux endroitz esloignés des grands chemins, et le tout bien couvrir de terre, en sorte que les habitans et gens venans en la présente ville n’en puissent sentir aucune mauvaise odeur, à paine de confiscation de la chair et de 20# d’amande, et soubz mesmes paines d’expozer en vanthe leur viande les jours de dimanches et festes solempnizées par l’Églize.

XXXIV— Amèneront à nostre porte tous les bœufs et vaches qu’ils voudront tuer pour savoir s’ils sont de la qualité requize, le tout à peine de 5# d’amande. Les bouchiers ne vandront leur viande autrement qu’au poix, suivant le prix qui sera par nous réglé tous les vandredis au soir, en présance du sindicq, à paine de 3# d’amande et de confiscation, et aucuns n’entreprendront de faire le métier de bouchier qu’il n’ait fait son apprentissage, fait son épreuve et ait esté receu par nous, sur les conclusions du sieur procureur de la cour, soubz paine de 30# d’amande et d’interdiction.

XXXV— Cet article, relatif aux marchands de chandelles, est presque en entier effacé.

XXXVI— Enjoignons à tous boulangers et boulangeres de la présente ville et fauxbourgs, et à tous autres qui apporteront vandre du pain en cette ville les jours de marché, de vandre leur pain suivant le poix porté dans les articles suivants, de bien pétrir leur pain, le laisser lever et le faire bien cuire sans y mesler de vinaigre et autre liqueur pour altérer la vertu naturelle de la farine et pour randre le pain plus poizant.

Le pain blanc que feront les boulangers et panetieres de la présente ville et fauxbourgs sera du poix d’un quart de livre, ou demie-livre, une livre, ou deux livres, ou trois livres, ou quatre livres, ou cinq livres, ou vingt livres, ce qui sera pareillement observé à l’égard du pain de fromant, pain en toute sa fleur, de mesture ou pain bis, à peine de confiscation et de 3# d’amande. Le prix de la livre du pain blanc et pain en toute sa fleur, de mesture ou pain bis sera réglé tous les sabmedis, jours de marché, par nous.

XXXVII. —Défances à tous boulangers et panetiers de vandre le pain autrement que à la livre et du poix cy-dessus exprimé, et à toutes personnes d’achepter autrement, sur les peines contenues au précédent article. Enjoignons à cet effet à tous lesd. boulangers et panetière de tenir sur leurs bancs les balances et poix dhuement estalonnés à la marque de monseigneur le duc de la cour de céans, sous lesd. peines de 3# d’amande.

XXXVIII. — Défanses à tous artisans, mendians et autres personnes d’aller dans les domaines des particuliers, tant de jour que de nuit, pour y prandre et enlever des fruitz, que quelque nature qu’ils soient, ni couper aucunes sortes de bois, soit taillis, balivaux ou autres, à peine de 20# d’amande et de tous despans, dommages et interests, et seront les pères et mères sollidairement tenus responsables des délits commis par leurs enfans sur ce fait, et les maistres des délits commis par leurs domestiques.

XXXIX. — Défanses aussy à toutes sortes de personnes d’achepter des fruitz et bois ainsy pris, soubz pareille peine de 20# d’amande et de confiscation des chozes par eux achetées.

XL. — Enjoignons aux meuniers de la présente ville, fauxbourgs, banlieue et duché de tenir leur moulin au pointron et de ne prendre qu’une obole par boisseau, suivant la coutume, sur paine de 20# d’amande, et en ce cas que par nos proces-verbaux de visite ils aparoissent en contravention, protestons d’en informer soubz mesme paine.

XLI. —Enjoint aux fourniers des fours bannaux de la présente ville et fauxbourg de bien cuire les pastes des contribuables et autres et d’exiger audelà du droit réglé par lad. coustume, sur paine de 4# d’amande, tous despans, dommages et intérests.

XLII. — Le présent règlement, après sa publication, sera exécuté suivant sa forme et teneur, attendu qu’il s’agit du fait de police, nonobstant opposition ou apellation quelconques et sans préjudice d’icelles.

Fait et arresté à La Rochefoucauld, en la chambre du conseil du parquet et auditoire dud. duché et pairie dud. lieu, par nous Mathieu Fouchier, sieur de La Touche, conseiller du Roy, séneschal et maire perpétuel de lad. ville et duché, adsistant Me de Garoste, lieutenant, juge assesseur dud. duché, et sur les remonstrances et réquisitions faites par Me Pierre Sautereau, sieur de Chillac, advocat en la cour et procureur fiscal dud. duché, le 4e février 1702.

Signé : M. FOUCHIER ; GAROSTE et SAUTEREAU.

Leu, publié et enregistré au greffe du duché et pairie de La Rochefoucauld, es plaids tenans, et ensuite affiché par tous les cantons de la présente ville et fauxbourgs, le 11 mars 1702.

Signé : GUDON, greffier.

Le samedi 18e mars 1702, à une heure de midy, leu, publié et affiché le règlement cy-dessus au grand canton et carrefour de lad. ville, à ce que personne de quelque callité et condition qu’il puisse estre n’en ignore, et enjoint de le bien observer sous peyne d’amande, par moy sergent soubzsigné, les jour et an susd.

Signé : DOUDRE.

Source : Recueils et documents pour servir à l’histoire du commerce et de l’industrie en Angoumois, de Babinet de Rencogne.

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Annales de la ville de La Rochefoucauld (Charente)

Dans la monographie du Château de La Rochefoucauld publiée en 1894, je n’ai donné sur la ville, que quelques vues historiques, que je complète aujourd’hui, d’après des annales qui seraient bien plus intéressantes si des hommes ignorants n’eussent voué à la destruction une grande quantité de documents, de livres, et des manuscrits provenant du château.

Les faits relatés dans cette étude sont extraits de Mémoire de ce qui s’est passé dans la ville de La Rochefoucauld, du temps des troubles de la religion, par Jean Pillard, alors chanoine de la Collégiale de cette ville ; Livre domestique de la famille Delage de Luget ; Chronique protestante de l’Angoumois, par V. Bugeaud ; Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, et de vieux documents que je possède.

J’ai cru devoir écarter de ce travail la mention de quelques auteurs et de documents qui l’auraient surchargé bien inutilement et, pour certains détails topographiques, je prie le lecteur de se reporter au Bulletin de la Société.

Primitivement, la ville de La Rochefoucauld s’appelait La Roche ; c’est ainsi que la nomment encore les gens de la campagne.

XIème siècle

La seigneurie de La Rochefoucauld était, dans le principe, une baronnie qui fut donnée, à titre d’apanage, par Hugues 1er, comte d’Angoulême, à Esmerin, son fils, qui se qualifia baron de La Roche, et fut père de Foucaud, premier du nom, sieur de La Roche. Il vivait sous le règne du roi Robert, vers l’an 1019. Il est qualifié seigneur très noble, dans divers titres, et il s’acquit une si grande réputation que ses successeurs ont tenu à honneur de porter son nom. Celui de sa femme était Jarsande.

En 1060, Charte d’Aymar, surnommé Donzel, seigneur de La Roche, de concert avec son frère Guy, ses neveux Guy et Arnaud et les nobles du château, fondant en cette ville un prieuré en faveur des moines de Saumur, qui ont Saint-Florent pour patron.

Avant 1070, Charte de Guillaume, évêque d’Angoulême, constatant qu’après avoir autorisé Sigon, abbé de Saint-Florent, et ses religieux, à construire un monastère près du château nommé La Roche, il en a consacré les autels et le cimetière, défendant, au nom de Dieu, de saint Pierre et au sien, de rien faire contre cette fondation.

XIIIème siècle

Vers 1250, Guillaume Taillefer IV, comte d’Angoulême, étant en guerre avec Guy VI, seigneur de La Roche, entra dans son château, le brûla ou le pilla, à la réserve des munitions qu’il trouva dans le donjon et qu’il eut soin de conserver.

En 1262, a eu lieu la construction de l’église collégiale de Notre-Dame-de-La-Rochefoucauld, par un certain Petrus Calha (Pierre Caille), et au mois de mai 1266 le chapitre de cette église fut fondé par trente-deux prêtres qui firent, de leur patrimoine, un fonds pour doter la collégiale.

13 janvier 1264. Bulle d’Urbain IV, mandant à l’évêque d’Avignon et à l’archidiacre d’Aunis de faire respecter, par le chapelain de Rivières, le droit de sépulture appartenant aux prieurs et moines de Saint-Florent de La Rochefoucauld.

Au XIIIe siècle, sous Louis X, fut fondée auprès de cette ville une léproserie ou maladrerie. Elle était située au lieu appelé actuellement La Maladrerie, sur le côté gauche de la route de La Rochefoucauld à Agris. Elle était de fondation royale. De nombreux débris de tuiles et de poteries ont été découverts en cet endroit.

XIVème siècle

En 1309, Foulques, de la maison de La Rochefoucauld, était évêque d’Angoulême.

Guy VII, seigneur de La Rochefoucauld, servit, en 1317 et 1318, le roi Philippe-le-Long, contre les Flamands. Il fonda le couvent des Carmes de cette ville, et il eut d’Agnès de Culant, sa femme, Guillaume, son troisième fils, qui fut évêque de Luçon. Le roi Charles V lui accorda que ses châteaux, terres et seigneuries, situés dans le comté d’Angoulême, ressortissent dorénavant à son château de La Rochefoucauld. Il fit son testament en 1327 et voulut être enterré en l’église des Carmes, qu’il avait fondée en 1318.

En 1328, un grave différend s’étant élevé entre l’évêque d’Angoulême, Ayguelin, et Guy VII de La Rochefoucauld, qui refusait de se rendre dans cette ville pour porter, suivant l’ancien usage, l’un des pieds du fauteuil du prélat, le jour de son intronisation, l’excommunication fut lancée par l’évêque, qui obtint ainsi la soumission du seigneur de La Rochefoucauld.

Guy VIII de La Rochefoucauld, seigneur de Marcillac, etc., fut gouverneur d’Angoumois, conseiller et chambellan des rois Charles V, Charles VI et de Philippe-le-Hardi, duc de Bourgogne. On le comptait entre les premiers seigneurs de Guyenne qui rendirent obéissance au roi Jean, après le traité de Brétigny, en 1360.

Froissard parle de Guy VIII, qui combattit, en 1380, en champ-clos, Guillaume, sire de Montferrand, et fut conduit au champ par deux cents gentilshommes de son lignage.

XVème siècle

Foucaud III de La Rochefoucauld, seigneur de Marcillac, etc., conseiller et chambellan du roi Charles VII, fut fait chevalier en 1451, au siège de Fronsac, avec Jean de Bourbon, comte de Vendôme. Il épousa Jeanne de Rochechouart, testa en 1466 et mourut à Poitiers.

Le 17 juillet 1453, à la fin de la guerre de Cent ans, et pendant l’expulsion des Anglais de la Guyenne, le roi Charles VII se trouvait au château de La Rochefoucauld, chez son conseiller et chambellan Jean Ier duc de La Rochefoucauld, seigneur de Marthon, Montignac, Marcillac, Blanzac, etc., quand la nouvelle lui parvint, à dix heures du soir, de la victoire remportée sur les Anglais, à Castillon.

La bataille avait eu lieu le matin, et le messager porteur de la bonne nouvelle avait pu facilement franchir en dix heures la distance séparant Castillon de La Rochefoucauld.

Le prince ordonna immédiatement que, le lendemain, un Te Deum fût chanté dans la principale église de la ville pour remercier Dieu de cette victoire.

Le même messager fut envoyé au comte d’Angoulême, Jean-le-Bon, cousin-germain du roi, qui, pendant trente-deux ans, avait été prisonnier en Angleterre. Il arriva à Angoulême, à onze heures du soir.

La veille, 16 juillet, le roi, étant à La Rochefoucauld, avait écrit au chapitre et aux chanoines de Châlons-sur-Marne, pour leur recommander la nomination de Geoffroy Floreau, évêque de Nîmes, comme évêque de Châlons.

Le roi ne se contenta pas de faire chanter un Te Deum à La Rochefoucauld ; des messages furent envoyés aux principales villes de France afin de célébrer ce grand événement. C’est ainsi que nous enregistrons :

Le 22 juillet, lettre du roi aux habitants de Lyon pour leur annoncer la bonne nouvelle et leur ordonner de chanter un Te Deum ;

Vers la même époque, un chevaucheur de l’écurie du roi, Pierre de La Place, nom angoumoisin (cette famille possédait La Tourgarnier, Javerlhiac et a fourni un premier président à la cour des aides de Paris), avait été envoyé à Montpellier dans le même but ;

A la date du 9 août 1453, aux Manuscrits français 26081, nous trouvons la lettre du sire de Fimarcon ordonnant le paiement de six livres tournois à Pierre de La Place, pour avoir apporté à la ville de Montpellier la bonne nouvelle de « la desconfiture naguères faicte des Anglais devant la place de Castillon, en Périgord, où le sire de Talbot avoit été tué. »

Enfin, étant au château de La Rochefoucauld, à la date du 23 juillet, le roi ordonne de faire une enquête sur certains faits survenus après la bataille de Castillon, et qui avaient jeté dans l’armée une vive émotion.

Le vendredi, 27 juillet, le roi quitte La Rochefoucauld et se rend à Angoulême. Il réside au château, chez son cousin-germain, le bon comte Jean. De cette ville il écrit au chancelier de France, Juvénal des Ursins, et à Jean d’Estouteville, sire de Torcy, grand maître des arbalétriers.

A la date du 22 octobre 1453, le roi donne à Jean, sire de La Rochefoucauld, le gouvernement de la ville de Bayonne, qui venait de rentrer sous le pouvoir des Français ; ce dut être sa récompense pour l’hospitalité si grande et si généreuse accordée au roi pendant quinze jours, et aussi pour la part qu’il avait prise à la « recouvrance » de la Guyenne sur les Anglais.

XVIème siècle

Le 1er avril 1502, la peste et la disette sévissaient à La Rochefoucauld et dans l’Angoumois.

François, premier du nom, comte de La Rochefoucauld, prince de Marcillac, sieur de Barbezieux, Montguyon, Montendre, etc., qui fut chambellan des rois Charles VIII et Louis XII, eut aussi l’honneur de tenir, en 1494, sur les fonts de baptême, le roi François 1er, qui eut toujours beaucoup de considération pour son mérite, le fit son chambellan ordinaire et érigea, en 1515, la baronnie de La Rochefoucauld en comté. On remarque même dans les lettres de cette érection, que c’était « en mémoire des grands, vertueux, très bons et très recommandables services, qu’icelui François, son très cher et aimé cousin et parrain, avait fait à ses prédécesseurs, à la couronne de France et à lui. »

Ce seigneur épousa, en premières noces, Louise de Crussol, et en secondes noces, Barbe du Bois. Parmi les enfants du premier lit, se trouvent Jean, qui fut évêque de Mende, et François II. Il mourut en 1533.

François II, comte de La Rochefoucauld, prince de Marcillac, etc., soutint la grande réputation que ses ancêtres s’étaient acquise. Il épousa, en 1518, Anne de Polignac, dame de Randan et veuve de Charles, comte de Sancerre, qui avait été tué a la bataille de Pavie, en 1525. Cette dame, que son mérite a rendu célèbre, reçut, en 1539, en son château de Verteuil, où elle s’était retirée après la mort de François II, l’empereur Charles V, avec Messieurs les enfants de France, et l’empereur témoigna tant de satisfaction qu’il dit hautement, selon le témoignage d’un de nos historiens, « n’avoir jamais entré en maison qui mieux sentit sa grande vertu, honnêteté et seigneurie que celle-là. »

C’est sous François II, et sous la direction d’Antoine Fontan, que furent construites les deux ailes principales du château. II mourut en 1533.

En 1534, Calvin, âgé de vingt-cinq ans, étant sorti de Paris pour échapper aux poursuites que l’on commençait à exercer contre lui, se retira à Angoulême, sous le nom de Heppeville, s’y fit appeler Deparçan, y professa la langue grecque et y acheva son livre de l’Institution dédié à François Ier.

Plusieurs ecclésiastiques de la ville et des environs adoptèrent sa doctrine, entr’autres Louis Dutillet, chanoine d’Angoulême et curé de Claix. Les ouailles suivaient l’exemple de leurs pasteurs, et c’est ainsi que s’établirent plusieurs Églises réformées en Angoumois.

Au XVIe siècle, existait à La Rochefoucauld, au canton ou carrefour du faubourg de la Souche, un bâtiment appelé La Chapelle Saint-Jacques, dépendant du reclusage de l’abbaye de Grosbos. Ce bâtiment fut adjugé, comme propriété nationale, le 8 prairial an III, pour la somme de 13,400 francs, à Jean Bertrand, marchand à La Rochefoucauld.

Le 23 mars 1535 (1536 n. st.), furent faites et fondues les deux grosses cloches et l’horloge, qui sont dans la grande église ; et depuis, la dite horloge a été refaite, parce qu’elle n’était pas assez grosse.

Le 2 septembre 1542, Madame la dauphine (Catherine de Médicis), passa en cette ville, allant à Perpignan, et logea chez un nommé Miguet.

Le 22 novembre de la même année, le roi François Ier, la reine (Eléonore d’Autriche), et plusieurs cardinaux arrivèrent dans cette ville, où ils demeurèrent huit jours. Sa Majesté était logée chez Miguet et la reine chez Desbordes. Il tomba, à cette époque, tant de neige, qu’elle incommodait fort dans les rues.

Le 18 janvier 1543, il fit une gelée si grande, que les deux tiers des tombes du cimetière furent fendues.

Le 1er janvier 1544, on rompit, de nuit, plusieurs images qui étaient devant quelques maisons. Jean et Elie, prêtres, Pierre Taschier et Guillaume Bouhier, fugitifs, ayant été accusés de ces excès, furent arrêtés prisonniers.

En 1544, les protestants commençaient à se compter à La Rochefoucauld ; cette ville était alors la plus importante de l’Angoumois. Dominée par le château de ses nouveaux comtes, elle était le marché central où s’assemblaient les acheteurs des provinces voisines. Les produits de ses tanneries étaient fort estimés.

C’est à La Rochefoucauld, que furent établies les Écoles protestantes d’où sortirent beaucoup d’hommes remarquables qui furent pasteurs de la Saintonge et de l’Angoumois. Amie des arts et des lettres, la famille de La Rochefoucauld exerça longtemps une influence salutaire dans cette ville, aussi bien qu’à Verteuil, à Saint-Claud, Montignac et Marcillac.

Le 28 mai 1545, jugement rendu par Jehan de Voyon, juge du prieuré de Saint-Florent, contre quatre habitants de cette paroisse, nouvellement mariés, les condamnant à payer au prieur, suivant l’usage immémorial, un pot de vin « bon et raisonnable pour être distribué, le jour de la Pentecôte, aux assistants des vêpres de la dite paroisse, à la sortie de l’église.

Le 10 juillet 1547, messieurs de Jarnac et la Châtaigneraie se battirent en duel dans le parc de Saint-Germain-en-Laye. Jarnac fut vainqueur.

Le 3 novembre 1548, on porta toutes les cloches et armes de cette ville au château, ainsi que celles de quelques paroisses des environs.

Le 20 janvier 1549, un nommé Bezot fut mailloté entre les deux ponts. C’est le premier homme que Pillard dit avoir vu gâter.

Le 3 mars 1549, les lansquenets passèrent en cette ville, venant de Bordeaux à cause de la gabelle, et firent de grands maux dans quelques maisons.

Le 3 juin 1552, toutes les cloches furent remises, et l’on donna au roi, pour celles de la grande église, qui avaient été transportées au château, soixante-dix livres dix sols.

Le 29 mars 1554, Anne de Polignac, duchesse douairière de cette ville, mourut au château de Verteuil, où elle s’était retirée après la mort de François II.

Le 23 mars 1555, on fit faire les deux cloches et celle qui sonne la messe de paroisse aujourd’hui, qui sont à la grande église de La Rochefoucauld quelque temps après, elles furent prises et emportées au château.

Le 18 novembre 1556, mourut Pierre Tessonnière, Carme-prieur de cette ville, « homme docte ».

L’an 1561, les huguenots commencèrent à rompre les images de la chapelle du grand cimetière de l’église.

Le 31 juillet de la même année, la reine de Navarre (Jeanne d’AIbret) arriva dans cette ville. Ayant voulu faire prêcher dans la grande église, elle trouva la porte fermée ce qui fit que les huguenots n’y purent entrer. On cessa, dès lors, de faire l’office dans les églises.

Le 22 avril 1562, il tomba une grande quantité de grêle pendant la nuit, qui fit beaucoup de mal, tant à La Rochefoucauld qu’aux environs.

Le 10 mai suivant, les huguenots firent montre de tous leurs gens, avec tambours, en cette ville.

Le 16 du même mois, quatre mille Gascons protestants, sous la conduite d’Antoine d’Aure, dit de Grammont, s’emparèrent de la ville d’Angoulême, le samedi, veille de la Pentecôte, et en furent maîtres jusqu’au jeudi 6 août de la même année.

Le 18, ces Gascons causèrent une telle frayeur à La Rochefoucauld, pendant la messe paroissiale, qu’il ne fut pas possible de l’achever.

Le 26, les huguenots rompirent tous les autels et images, et brûlèrent les livres qui étaient dans les églises.

Le 28, ils commencèrent à prêcher sous la Halle, étant en partie en armes, les grandes portes fermées. Le prédicateur était M. de La Fontaine, qui les baptisa en général. Depuis ce temps-là, ils y ont fait leur cène.

Le 6 septembre, quelques soldats étant allés à la grande église, où maître Guillaume Michaud, prêtre, disait la messe, ils le dépouillèrent de ses habits sacerdotaux, en lui disant qu’ils voulaient dire la messe ; puis le frappèrent à grands coups et déchirèrent quelques livres, ce qui effraya tellement le peuple qu’il sortit de l’église en toute hâte.

Le 20 du même mois, fut commencé à rebâtir le grand portail de la grande église de cette ville.

En 1562, éclata la première guerre civile. Louis de Condé avait quitté Paris, lancé son manifeste et envoyé l’ordre à tous les gouverneurs de saisir les biens des églises. François de La Rochefoucauld, le mari de Charlotte de Roye, était alors à Verteuil. Dévoué tout entier à la fortune du prince, il entama, par l’intermédiaire de Mergey, jeune gentilhomme champenois, une négociation avec Catherine de Médicis, que son irritation contre les Guises poussait à recourir aux protestants.

Après avoir conféré avec la reine-mère, Mergey sortit de Paris audacieusement, à l’aide de faux passeports, et rapporta au comte la réponse royale qui lui enjoignait de prendre les armes pour la défense du trône. La première guerre civile commençait. Arnaud Rolland, maire et capitaine de la ville de Saint-Jean-d’Angély, exécutant les ordres de Condé, préside à l’inventaire des trésors du chapitre. La Rochefoucauld, revenu de l’assemblée de Toury, convoque à Saintes, un synode, qui déclare que la guerre est juste. Les populations soulevées s’enrôlent sous la conduite de la noblesse qui, presque toute entière, prend une part active à la guerre.

Saint-Surin et Louis de La Rochefoucauld, baron de Montendre et de Montguyon, se jettent dans Angoulême, où les troupes de Grammont les rejoignent bientôt. Leur passage est signalé par la mutilation des statues des saints, le pillage des églises, par le massacre des catholiques les plus inlluents. Les ossements du comte Jean sont dispersés, toutes les reliques anéanties. Les mêmes excès se reproduisent à La Rochefoucauld, à Cognac, à Blanzac, à Barbezieux partout les moines sont chassés de leurs abbayes.

Dans cette guerre, les troupes catholiques se déshonorèrent par le pillage et l’incendie.
Le 2 janvier 1563, les deux petites cloches qui sont présentement au clocher de la grande église, furent données par les habitants catholiques de cette ville.

Le 8 mai 1563, Christophle Duplessis, sieur de la Michente, fut décapité et mis en quatre quartiers devant le Minage de cette ville.

Le 29 du dit mois, Jean Viguier, sieur des Ménardières, subit le même genre de supplice au grand carrefour, par ordre de M. de Fournaud, prévôt des marchands.

Le 11 juin, le dit sieur Fournaud fit pendre et brûler le curé de Saint-Même, à la Croix-Ferra.

Le 15, Monsieur et Madame (François III, comte de La Rochefoucauld, et Charlotte de Roye, sa seconde femme) vinrent dans cette ville, où quelques-uns de leurs gens, étant allés dans les églises, brisèrent les images, déchirèrent les livres et firent de grands maux aux maisons des doyens et chanoines. Les Carmes prirent la fuite en grande diligence, excepté Rocher. Ils emprisonnèrent M. le chantre et quelques chanoines, sans cause légitime. Les huguenots se logèrent dans le couvent des dits Carmes, où ils firent leurs prêches et la cène.

Le 7 août, fut rebâti le grand portail de l’église des Pères Carmes de cette ville.

Le 2 novembre, on commença à bâtir les murailles de la grande église.

Le 9 décembre, Charlotte de Roye, comtesse de cette ville, fit faire défense de sonner les cloches.

Le 13 août 1565, le roi Charles IX fit son entrée à Angoulême.

Le 25 du même mois, furent remis tous les prêtres et carmes dans leurs églises en cette ville, par MM. de la Casta, maître des requêtes en Bretagne, et Jean Arnaud, lieutenant général d’Angoumois, commissaires pour le roi, qui furent par tout l’Angoumois pour ce sujet.

Le 3 novembre, M. le comte défendit de sonner les cloches. Simon Piaud, assesseur, obéit à tout ce qu’on voulut.

En l’année 1566, le culte était exercé à La Rochefoucauld par le pasteur Hog ; on se réunissait dans la maison du sieur Goix.

Le 1er janvier 1568, les huguenots contraignirent les prêtres d’aller au prêche, sous peine de mort.

Le 16 avril, jour de Vendredi-Saint, les huguenots mirent le feu, pendant la nuit, dans la grande église et emportèrent tout ce qu’ils purent, et clouèrent la sainte Hostie à une potence, au grand canton ou carrefour.

Le 14 octobre, quelques calvinistes de cette ville allèrent à Confolens, sous M. de Puyvidal, où ils furent maltraités par les gens du roi, qui tuèrent les uns et dévalisèrent les autres.

Le 15 octobre, la ville d’Angoulême fut assiégée et canonnée si furieusement par les huguenots, qu’elle fut obligée de se rendre.

Le 2 novembre, passèrent par La Rochefoucauld, les princes de Navarre, de Condé, le comte de La Rochefoucauld, l’amiral de France, M. d’Andelot et plusieurs grands seigneurs capitaines. Le commun bruit fut qu’ils étaient au nombre de cent mille combattants, de quoi tout le pays souffrit beaucoup. Là où ils passaient, ils mettaient le feu à toutes les églises et mettaient à mort tous les prêtres qu’ils trouvaient, s’ils ne voulaient renoncer à l’ordre de prêtrise ; mais, y ayant renoncé, ils les laissaient aller payant rançon. Maître Jean Pillard, chanoine de l’Eglise collégiale de Notre-Dame de La Rochefoucauld, fut pris à rançon de 53 écus sols, valant chacun 56 sols la pièce ; ils ne purent jamais le faire renoncer à l’ordre de prêtrise à cause qu’il était homme de bien, ayant la crainte de Dieu en lui, et il eut aussi de bons amis qui le firent sauver.

L’hiver de 1568 à 1569 fut un des plus rigoureux du siècle.

En 1569, il y avait à La Rochefoucauld, un ministre qui prêchait le prophète Jean, qui était du pays de Languedoc, et lequel était tellement contraire aux gens d’église, aux pauvres prêtres, que c’était pitié des pauvres chanoines, leur ayant ôté tous leurs revenus et réduits à la dernière pauvreté, que c’était grand’misère.

La même année, M. le prince de Condé et plusieurs autres furent tués en bataille par les gens du roi, entre Jarnac et Châteauneuf.

Le 26 octobre, Saint-Jean-d’Angély fut assiégé par le roi.

Le 22 novembre, les prêtres étaient dans la plus grande crainte, à cause des picoriens et des chrétiens renégats, qui, sans cesse, les cherchaient tant pour les massacrer que pour leur faire payer de grosses rançons ce qui faisait que ces prêtres se tenaient renfermés dans leurs maisons, sans oser se montrer aux fenêtres et encore moins se promener dans les rues.

Le 15 août 1570, furent rompues et abattues les voûtes du temple de la grande église de La Rochefoucauld, les Carmes, Saint-Florent, la Basse-ville, laquelle perte fut estimée deux cent mille escus, qui n’est rien au regard des autres temples qui ont été démolis par toute l’Europe.
Les principaux étaient MM. de Châtillon, le prince de Condé, l’amiral de France, le comte de La Rochefoucauld et plusieurs autres seigneurs capitaines.

Mémoire à tout jamais, et à tous présents et futurs, que François et Mathurin Bouillaud furent les principaux auteurs que le grand temple et tous les autres de la dite ville furent ruinés, et mirent le feu en la grande église, le 19 suivant « Je fus présent à cette triste scène, avec la plus grande douleur, comme étant chanoine de la dite église. » (Pillard.)

Le 3 septembre, il tomba à La Rochefoucauld, une grêle plus grosse que des œufs, qui fit un grand dommage à tout le pays.

Le 3 décembre, on commença à célébrer le saint sacrifice de la messe, que l’on avait interrompu depuis longtemps, à cause des guerres civiles.

Le 6 du même mois, M. le duc d’Anjou, frère du roi de France, arriva dans cette ville de La Rochefoucauld, y demeura huit jours, ce qui fut cause d’une grande cherté et mortalité dans le pays ; la pinte de vin coûtait cinq sols, le membre de mouton dix sols.

Le 8 avril 1571, mourut au château de Verteuil, dame Charlotte de Roye, comtesse de La Rochefoucauld.

Cette même année, la veille de l’Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ, les soldats jetèrent un religieux de Saint-Florent dans la rivière et le firent noyer, à cause qu’il avait reçu la prêtrise et s’était rendu huguenot ; on l’appelait maître Derays, curé de Saint-Vincent, proche Chasseneuil.

Le 3 octobre 1571, on a commencé à dire la sainte messe, laquelle on avait cessé de dire à cause de la grande persécution que faisaient les huguenots.

Le 15 avril 1572, les huguenots firent leur cène publiquement.

Le dimanche suivant, ils pillèrent et saccagèrent le couvent des Carmes. Ils allèrent ensuite à Angoulême, où ils ne voulurent pas laisser entrer M. de Marthon, qui conduisait l’armée pour le roi.

Le 24 août, les principaux huguenots furent massacrés et mis à mort par la commune, tant la nuit que le jour.

Le 30 août, les nouvelles vinrent à La Rochefoucauld, que M. le comte du dit lieu et plusieurs grands seigneurs avaient été tués à Paris. Le comte de La Rochefoucauld passa la soirée du 23 août auprès de Charles IX ; Mergey l’avait accompagné. Placé dans un appartement contigu à la chambre du roi, il entendit le monarque presser vivement le comte de passer la nuit au Louvre. « Foucaud, lui dit-il, ne t’en va pas, il est déjà tard nous balivernerons tout le reste de la nuit. - Cela ne se peut, car il faut se coucher et dormir. - Tu coucheras, répliqua le roi, avec mes valets de chambre. - Les pieds leur puent. Adieu, mon petit maitre » Et le comte rentra dans son logis. A peine venait-il de s’endormir qu’il fut réveillé par six hommes masqués et armés qui entrèrent dans sa chambre, « entre lesquels cuidant le roi être, qui vint pour le fouetter au jeu, il priait qu’on le traitât doucement, quand un de ces masques le tua. » Son cadavre fut trouvé le lendemain dans la rue. Auprès de lui gisaient deux de ses serviteurs, l’un de Saint-Front, l’autre de Verteuil, nommé Barilet.

Le roi, qui sut bientôt que le fils de La Rochefoucauld avait été sauvé du massacre, le prit sous sa protection et lui témoigna le plus vif intérêt.

En Angoumois, les massacres furent nombreux. La plupart des ministres protestants se réfugièrent, les uns à l’étranger et les autres à La Rochelle. L’un d’eux, Pacard, desservit, pendant vingt-cinq ans, l’église de La Rochefoucauld.

Le 9 mars 1574, le château fut pris par ceux de la religion, conduits par MM. de Beaumont et Puyravaud.

21 avril 1574, Extrait d’une lettre missive faisant mention de la fuite des huguenots hors du pays d’Angoulmoys, avec les prinses des places et châteaux de La Rochefoucauld, Bassac et Bourg-Charente. « Je vous ay par ma précédente faict entendre comme messieurs de La Vauguyon, de Bourdeilles et de Pompadour, ayant sçeu au vray que Monsieur de La Noüe ne vouloit ou pouvoit passer les rivières de la Dronne et de l’Isle, pour aller à Bergerac, comme ils avoyent imaginé, s’estoyent acheminez avec bien cinq cens gentilshommes du païs de Périgord, Limosin et la Marche, qui voluntairement les ont suyvis, sans attendre aultre commandement du roy que le général, pour rencontrer le dict sieur de La Noue entre les dictes rivières et celle de Charente et le contraindre à venir au combat. Pour lequel esviter, le dict sieur de La Noue avait faict passer la dicte rivière de Charente à ses troupes à l’endroit de Bassac lundy dernier, deux heures avant jour. La présente est pour vous advertir que les dicts seigneurs entendans que les dites trouppes séjournoyent ès environs du dict Bassac vindrent jeudy à Angoulesme pour y passer sur le pont de la dicte Charente, et aller droict aux ennemys. A mesme fin Monsieur de Ruffec fit approcher le dict jour de la ville les huict compaignies de gens de pied qui estoyent au siège du chasteau de La Rochefoucauld, après la reddidition d’iceluy faicte le jour précédent. Et combien qu’il fust si foible à cause de sa maladie, qu’il s’estoit encore levé du lict, conclud avec les dicts seigneurs d’aller le lendemain trouver les ennemys, lesquels en ayant comme il est vray semblable advertissement, firent retraicte si soudaine et précipitive qu’ils ne donnèrent repos à leurs chevaux qu’ils n’eurent passé la rivière de Bouthonne. Quoy voyant les dicts seigneurs, et qu’avec semblable diligence les dicts se pourroyent en une aultre semblable traitte retirer soubs la faveur des murailles de La Rochelle, marchèrent droict à Bassac pour l’assiéger et le battre si ceux qui le tenoyent faisoyent résistance, mais les tenans furent si effrayez se voyant abandonnez de ceux qui naguères se jactoyent de subjuguer toute la France, que sans vouloir attendre la fureur du canon se rendirent à la première sommation. Hyer Monsieur de La Faye, avec partie des gens de pied, alla assiéger le chasteau de Bourg-Charente que les ennemis avoyent naguères surpris, et du commencement les dicts surpreneurs firent contenance de se vouloir bien deffendre mais ce jourd’huy ils se sont rendus par composition, les vies saulves. Après l’on est venu en ce lieu de Chasteauneuf, repasser la rivière pour approcher de Bouteville, qui est la seule place que les ennemis tiennent à présent en ce pays.
« Escript à Chasteauneuf, le XXIe jour d’apvril 1574. »

Le 29 août 1575, MM. de Bourdeille et Vaillat, conduisant les reitres pour le roi, arrivèrent à La Rochefoucauld, et y commirent de grands ravages. Dans le même temps, la ville de Périgueux fut surprise par les ennemis de la religion.

Le 4 mars 1577, la ville de Montbron fut assiégée et prise par le sieur de Ruffec. Il ne périt dans cette action que Le Frezle, et Le Drolle qui l’avait prise pour ceux de la religion.

Le 12 avril, une nommée Vallerande accoucha de trois enfants, et, quelques jours après, la femme de Jean Petot accoucha aussi de deux garçons et une fille, ce qui n’était jamais arrivé dans cette ville. La femme de Jean Mayou dit Bois-Redon, en fit autant.

Le 20 septembre, on commença à bâtir la grande porte de la grande église, par la grâce de Dieu. Ce qui contribua à sa hauteur, c’est que l’on donna cinq sols aux maçons.

Le 2 janvier 1581, les deux petites cloches qui sont actuellement au clocher y furent mises de nouveau par les habitants catholiques.

Le 7 août, fut rebâtie la grande porte de l’église du couvent des Carmes.

Le 3 avril 1583, jour des Rameaux, les huguenots étant dans leur prêche, environ les huit heures du matin, ils eurent une frayeur d’autant plus grande, qu’ils pensèrent tous périr par la chute de la maison qui tomba sur eux. Dans ce moment funeste, criant miséricorde, ils se jetèrent les uns sur les autres à monceaux, par les portes et fenêtres de la maison de maître Jean Goix, sans qu’ils fussent tourmentés d’autres personnes de sorte que ceux qui étaient par la ville prirent les armes, et leur prêche fut rompu.

Quelque temps après, ils bâtirent un prêche, par la permission de M. le comte de La Rochefoucauld, à la porte de la ville, qui a vue du côté du château, ou ils ont toujours fait leurs exercices, avec un collège où il y a toujours eu beaucoup d’étrangers. Anglais, Hollandais et autres nations, qui fait que les pauvres catholiques n’osèrent dire mot. Dieu veuille par sa grâce y mettre la main.

Il y a beaucoup de choses considérables qui sont arrivées depuis l’année 1583 jusqu’à l’année que Dialot, procureur au siège de cette ville, donna un soufflet à M. Caillot, chanoine, au faubourg de Saint-Florent, et que l’on rompit la pyramide et le feu de joie que l’on avait préparés pour la naissance de notre grand monarque Louis XIV, qui règne aujourd’hui. Dieu veuille lui donner de longues années par sa sainte grâce !

En 1584, un synode provincial fut tenu à la Rochefoucauld, sous la présidence du ministre Pacard. Cinq autres synodes avaient été tenus précédemment en cette même ville en 1566, 72, 77, 78 et 81. Les Églises de Jarnac et de La Rochefoucauld étaient les plus florissantes de l’Angoumois.

En 1596, fut tenu à Saumur le quatorzième Synode national protestant, sous S. M. Henri IV ; le député de la province ecclésiastique de Saintonge, Aunis et Angoumois, fut M. Pacard, ministre de cette ville.

En 1597, le comte de La Rochefoucauld, qui s’était mis en marche pour secourir Saint-Yrieix-la-Perche, en Limousin, tomba dans une embuscade avec ses escadrons qui s’embourbèrent dans des chemins impraticables. Les ligueurs tuèrent bon nombre de gentilshommes presque sans défense. Le comte de La Rochefoucauld, désarçonné, s’empare d’un cheval et reprend le combat, s’écriant « II ne sera pas dit que j’ai fui devant ces armes dorées. » Se voyant abandonné des siens, il crie aux ennemis qui l’entourent « Je suis le comte de La Rochefoucauld, vingt mille écus sont bons. » Un nommé La Bisse répondit qu’on ne sauvait point la vie aux huguenots, et le poignarda.

Au XVIe siècle, il existait près de La Rochefoucaud, deux commanderies de Templiers, l’une à Malleyran, et l’autre à Vouthon. Elles servent actuellement d’églises.

XVIIème siècle

1600. Placés en dehors de la vie politique, et désormais paisibles malgré les vexations et les injustices qu’ils eurent à éprouver de la réaction catholique, les protestants tournèrent leur activité vers le commerce et s’appliquèrent à propager leur doctrine par la discussion et par le développement de leurs Académies. Dès l’époque de l’Édit de Nantes, chaque province avait été encouragée à créer des écoles. Le Collège de La Rochefoucauld, fondé sous les auspices de Georges Pacard, était appelé à rendre d’importants services aux Eglises d’Angoumois et de Saintonge. Grâce aux subsides annuels accordés par Henri IV, grâce aux charités des fidèles de la ville, ce ministre vigilant réussit à établir solidement l’œuvre qu’il avait méditée. Les classes ouvertes, de nombreux élèves accoururent aux enseignements du fondateur, ainsi qu’aux leçons de l’Écossais Thomas Hog. Appelé à Saint-Claud en 1608, Pacard laissa la direction des classes à son compagnon, dont le nom seul nous est connu.

L’organisation du Collège était calquée sur celle des grandes Académies protestantes. On y enseignait les littératures grecque et latine, la rhétorique, l’hébreu, la philosophie, la théologie, les mathématiques. Tous les six mois, les professeurs étaient tenus d’envoyer aux examinateurs généraux des livres, les thèses qu’ils avaient expliquées en public. Les jeunes gens, entretenus aux dépens de la province ou d’une Église, ne pouvaient fréquenter une Académie sans la permission du Synode provincial, qui leur prescrivait le lieu et le temps de leur demeure. Ils étaient obligés de se consacrer au service de l’Église ou de la province aux frais de laquelle ils avaient fait leurs études. Du reste, ils n’étaient admis dans l’école qu’après avoir fourni de bons répondants pour la restitution des sommes déboursées pour leur instruction, « dans le cas où, par leur faute, ils abandonneroient le ministère. » Un conseil ordinaire, composé des pasteurs de l’église de la ville, du régent du collège et des professeurs, s’assemblait chaque semaine. Un conseil extraordinaire, formé des pasteurs et des principaux membres de l’église de la ville, au choix des consistoires, se réunissait dans les circonstances importantes. Il avait l’administration des deniers octroyés au collège et le droit de nommer ou de suspendre les professeurs.
David Dixon a été principal du collège, de 1614 à 1620.
David Roberson a succédé à David Dixon.
Jacques Ducasse, principal en 1643, et professeur de philosophie.
Jean-Pierre Richard, premier régent du collège en 1645.
David Iver, professeur de théologie en 1640.

Les familles les plus riches à cette époque étaient les Goix, les Pasquet, les Dulignon, les Renouard, les Rouffignac, les Villemandy, les Albert et les Saulnier.

Le collège de La Rochefoucauld s’efforçait, avant tout, de faire de bons pasteurs et de combattre à outrance la réaction catholique. S’il succomba dans cette dernière tâche, frappé par les édits royaux, il eut toutefois l’honneur d’avoir formé des hommes d’un mérite incontestable, les Iver de Saint-Jean-d’Angély, les Loquet, les Villemandy, les Gommarc ; car il nous est permis de croire que ces personnages éminents, qui étaient tous enfants du pays, et dont se glorifièrent les Académies de Puylaurens, de Montauban et de Saumur, avaient commencé leurs études à La Rochefoucauld.

Antoine III, de la maison de La Rochefoucauld, était, en 1608, évêque d’Angoulême. Il lutta contre l’établissement des Jésuites dans cette ville.

En 1617, sous S. M. Louis XIII, le vingt-deuxième Synode national fut tenu à Vitré. L’Eglise de La Rochefoucauld ayant appelé près du Synode général, de la sentence du Synode provincial, qui avait ordonné de transférer son collège à Pons, en Saintonge, on fit droit à sa demande, et le collège fut maintenu à La Rochefoucauld.

Au mois d’avril 1622, par lettres données à Niort, le roi Louis XIII érigea en duché-pairie le comté de François V de La Rochefoucauld, qui était, en 1619, chevalier des ordres du roi, gouverneur et lieutenant du roi en Poitou. Il fut reçu au Parlement de Paris, le 24 juillet 1637, et mourut dans son château de La Rochefoucauld, le 8 février 1650, âgé de 62 ans. Il avait épousé, en 1611, Gabrielle du Plessis, et parmi les enfants qu’il eut d’elle, se trouvent François VI, l’auteur des Maximes, et Louis, qui fut évêque de Lectoure.

En 1623, sous Louis XIII, fut tenu à Charenton, le vingt-quatrième Synode national, où fut envoyé un commissaire royal choisi parmi les seigneurs protestants. L’un des quatre députés de l’Ouest de la France fut Théodore du Lignon, juge à La Rochefoucauld.

Le 15 juin 1634, naquit en cette ville, François VII de La Rochefoucauld, qui fut pair et grand-veneur de France, prince de Marcillac, marquis de Guercheville, duc de La Rocheguyon et de Liancourt, baron de Verteuil, chevalier des ordres du roi, grand-maître de la garde-robe. Il était fils de François VI, l’auteur des Maximes, et d’Andrée de Vivonne. Ses premiers services militaires remontent a 1652. Il se trouva au siège de Landrecies, en 1655, fut mestre-de-camp du régiment Royal-cavalerie le 27 mai 1666, accompagna le roi en Flandre en 1667, et le suivit à la conquête de la Franche-Comté, l’année suivante. Le prince de Marcillac fut nommé gouverneur du Berry, le 13 décembre 1671. Il avait épousé, le 13 décembre 1659, Jeanne Charlotte du Plessis-Liancourt, sa cousine, et il mourut le 11 janvier 1714.

En 1637, le pasteur de l’Église réformée de La Rochefoucauld était M. Clave.

En 1642, vivait au château de cette ville, un sieur Noël, qualifié sieur de La Boussardière, domestique de la maison de La Rochefoucauld, qui figure comme témoin dans deux actes de baptême de la paroisse de Saint-Cybard de cette ville, en date des 27 janvier et 8 juin 1642, et dont la signature, apposée au bas de ces deux actes, est accompagnée du dessin d’un gril et d’une broche à rôtir.

Le 3 mars 1643, marché passé devant Me Gibaud, notaire à Angoulême, entre Pierre David, sieur de Boismorand, avocat au présidial d’Angoumois, et Césard Guernot, peintre de Monseigneur de La Rochefoucauld, demeurant en cette ville, pour la confection de copies de six tableaux du dit seigneur de La Rochefoucauld « Sçavoir deulz d’iceulx de la haulteur de cinq piedz et en largeur sept piedz, ung aultre de la mesme haulteur et largeur, plus ou moins, et les trois aultres auront quatre piedz d’haulteur et de largeur cinq piedz ; sçavoir l’ung des premiers qui est de cinq piedz de hault et de sept piedz de large, une herculle et Desjanire, accompagné de figures de satires ou aultres ; le seguon, de mesme grandeur, sera ung tableau de Rubens, qui est remply de femmes nues et satires le troiziesme est la figure d’ung Promethée quy est dévoré par ung vautour ; et les trois aultres, quy sont de quatre piedz d’haulteur et cinq piedz de largeur, seront le premier ung tableau dans lequel y aura ung chien avec coqs et poulles et aultres choses ; le seguon sera une corne d’abondance avec plusieurs fruits, et une guenuche avec aultres choses ; et le troiziesme sera un lièvre avec une escrevisse en ung bassin et aultres choses ; le tout moyennant la somme de neuf vingtz livres ».

En 1651, se tint à Charenton le vingt-sixième Synode, auquel assista encore un commissaire royal. Le commissaire ecclésiastique fut le pasteur de Jarnac, Patru ; le commissaire laïque fut, pour cette province ecclésiastique, Daniel Pasquet, écuyer, seigneur de l’Age-Baston et autres lieux, noble homme, ancien de l’Église réformée d’Angoulême.

Le 11 juillet 1651, Gabrielle du Plessis-Liancourt, duchesse-douairière de La Rochefoucauld, fonda en cette ville un monastère de religieuses de la Visitation de sainte Marie. Ce monastère fut, sur la demande de la fondatrice, établi par la Révérende mère Françoise-Gabrielle de Douet, supérieure de cette communauté à Nevers, née en cette dernière ville et appartenant à une des plus grandes familles. Une dizaine d’années après, la fondatrice de ce monastère s’y retira et y vécut douze ans parmi les religieuses, dans la pratique de toutes les vertus. Son corps fut embaumé, puis demeura cinquante jours exposé, jusqu’à ce que tout fût prêt pour la conduire à Verteuil. Son cœur resta au monastère et fut placé près de celui de son époux et d’une de leurs petites filles. Un marbre noir, sur lequel se voyait une épitaphe en gros caractères d’or, recouvrait le cher dépôt, conservé dans le chœur des religieuses.

En 1657, on enleva aux protestants le droit de tenir des colloques et, deux ans après, celui de tenir des synodes nationaux. En 1666, le roi signa une déclaration portant que les précepteurs et les régents des écoles ou collèges ne pourraient à l’avenir enseigner que la lecture, l’écriture et l’arithmétique. Défense aux étrangers de professer publiquement l’hérésie en France. Le Collège de La Rochefoucauld, qui avait déjà trouvé à Angoulème ses antagonistes les plus persistants, disparut dans le naufrage général.

Benjamin Daillon, ministre de La Rochefoucauld, sa ville natale, arrêté en 1684, sous le prétexte d’avoir admis des relaps dans son église, fut traduit devant ie présidial d’Angoulême et déclaré coupable. Il fit appel au Parlement de Paris de la condamnation qui le frappait. On l’envoya prisonnier à la Conciergerie. La sentence de ses juges fut cassée. On lui rendit la liberté, mais le Parlement prononça l’interdiction de l’église de La Rochefoucauld, le 14 mai 1685, et donna le temple de la ville aux catholiques. Jean Héraud de Gourville y fonda une Charité, ou hôpital, qu’il dota généreusement. Né en cette ville, il ordonna qu’à sa mort son cœur fût porté dans la chapelle de cette Charité, à la place marquée par lui.

En butte aux persécutions du clergé, qui poursuivait sans relâche les protestants, Daillon ne songea plus qu’à sortir du royaume. Il réussit à s’évader, avec plusieurs protestants de l’Angoumois, et alla rejoindre en Angleterre son frère Jacques, né aussi à La Rochefoucauld, et qui s’était retiré depuis longtemps dans ce pays. Daillon était un esprit plein de hardiesse et de vivacité, ennemi irréconciliable du papisme. Alors qu’il exerçait les fonctions pastorales à La Rochefoucauld, il publia plusieurs ouvrages très estimés.

Le 29 septembre 1685, il arriva dans cette ville deux compagnies de dragons rouges conduits par M. le marquis d’Argenson, lieutenant-général d’Angoumois. L’évêque et l’intendant arrivèrent deux jours après, qui firent convertir plus de quatre cents huguenots, tant de la ville que des environs.

Alors les dragonnades recommencèrent plus terribles. Les dragons parcoururent l’Angoumois en tous sens, recevant les conversions par milliers et domptant les opiniâtres par les supplices. Ce fut surtout à La Rochefoucauld et dans les environs, que les missionnaires bottés commirent les plus atroces cruautés. Barraud, un mourant, fut enlevé de son lit et brouetté nu par les rues ; une demoiselle de Rouffignac eut les bras brûlés ; Suzanne Ferrand, la veuve Brousse et sa fille eurent à subir des indignités qui ne s’expriment pas. Le sieur Pasquet, un des plus considérables bourgeois du lieu, fut mis par les dragons dans un berceau, comme un enfant ; étant là, ils préparèrent de la bouillie, la lui firent avaler toute bouillante et lui en couvrirent le visage : à quoi il ne put résister sans succomber.

La brutalité des soldats n’épargna ni les Mathieu, ni les Lériget, ni les de Garoste, ni les Villemandy. Les ouvriers tanneurs voyant leurs familles et leurs maisons livrées à la licence des missionnaires abandonnèrent la ville et se réfugièrent dans le Brandebourg, la Hollande et l’Angleterre.

Louis XIV signa la révocation de l’Edit de Nantes, le 18 octobre 1685. On avait renouvelé les déclarations contre les relaps. Les nouveaux convertis qui refusaient de communier étaient condamnés, les hommes aux galères, les femmes à la réclusion perpétuelle. Ceux qui mouraient sans être munis des sacrements étaient, après leur mort, trainés sur la claie et leurs biens confisqués. Le corps de Jacques Poulignac fut déterré et donné en pâture aux chiens. Rachel de Renouard, dame de la Frainerie, Débora Mignot, Marthe Marvaud, Abraham Cambois, Albert dit Peruzet, furent traînés sur la claie dans les rues de La Rochefoucauld et jetés à la voirie.

La ville perdit ses tanneries, si renommées. A la violence le protestantisme vivace opposait l’inertie, le calme, la soumission. La foi réformée se perpétuait dans les famines ; elle vivait au fond des bois, dans les grottes, sur les montagnes inaccessibles ; elle rassemblait les fidèles, la nuit, au désert ; elle inspirait aux missionnaires proscrits la sainte folie du martyr. La loi défendait aux pasteurs de rentrer en France, sous peine de mort ; les têtes de ceux qui étaient restés dans le royaume furent mises à prix. On promit 5,500 livres à quiconque livrerait un ministre. Les galères pour les hommes, la prison pour les femmes, étaient réservées aux sujets qui donneraient asile ou assistance aux prédicants. Cependant, les pasteurs ne cessèrent de visiter les villages, de baptiser les nouveau-nés, de marier, de donner la communion, de convoquer des assemblées et d’y faire le prêche ; les fidèles, de leur fournir une retraite, de les suivre au désert, de s’opposer a leur arrestation, de protéger leur fuite.
Pendant les troubles occasionnés par les catholiques et les protestants, les habitants de cette contrée furent très souvent obligés de se réfugier dans les grottes de Rancogne, où ils trouvaient l’abri le plus sûr et qui étaient alors couvertes des ruines, encore importantes, du château de Cressiecq.

En 1685, maître Jacques Piet, curé de la grande église de La Rochefoucauld, ne donna plus de repos aux huguenots et leur fit inviolablement subir les déclarations du roi, jusqu’à l’année qu’ils conspirèrent contre lui pour l’assassiner et, ne pouvant le trouver où ils allaient, tuèrent son valet, qu’ils trouvèrent sur le pont de Saint-Florent, la nuit, « le jetèrent dans la rivière six heures après sans être corrompu, et lorsqu’il fut sorti de l’eau, il revint aussi vermeil que s’il eût eu la vie. » Ce que les dits huguenots avaient contre lui était qu’il avait été témoin contre leur ministre Dillon, qui avait souffert à son prêche un renégat nommé Miout, contre les ordonnances du roi. Cela fut cause que l’on fit le procès du dit ministre et que leur prêche fut condamné à être rasé.

Pendant la régence de la reine-mère Anne d’Autriche, le duc de La Rochefoucauld, François VI, prit part aux troubles de la Fronde ; il fut pour cela obligé de quitter la cour et de se retirer en son château de Verteuil.

Extrait d’un procès-verbal dressé par Mathieu Fouchier, sieur de la Touche, avocat en Parlement, juge sénéchal du duché de La Rochefoucauld, pairie de france, le 29 janvier 1687, où il est rappelé que le sieur Jacques Pintaud avait rendu, le 4 août 1683, son hommage pour raison des maison, basse-cour, jardin et dépendances faisant partie du fief des Bordes, situé à La Rochefoucauld, tenant d’une part à la maison, cour, jardin et puits appartenant à l’Hôtel-Dieu de la présente ville, d’autre au cimetière d’icelui, faisant d’autre partie du fief des Bordes, d’autre au ruisseau qui passe sous le pont Rousseau, suivant talus jusqu’aux douves et fossés de la dite ville, suivant les dits fossés et tournant vers le soleil levant jusqu’au jardin des Carmes de la dite ville, une muraille mitoyenne entre deux.

XVIIIème siècle

Le 9 novembre 1728, quelques jours après la mort de François VIII, duc de La Rochefoucauld, ses deux fils Alexandre, duc de La Rochefoucauld et de La Rocheguyon, pair de France, et Guy, comte de La Rochefoucauld, de concert avec dame Madeleine-Charlotte Le Tellier de Louvois, leur mère, veuve commune en biens du feu seigneur duc, firent faire l’inventaire des objets qui existaient alors dans les trois châteaux de La Rochefoucauld, de Verteuil et de la Terne, qui formaient, en Angoumois et en Poitou, l’hérédité du dit seigneur. Cette importante opération, commencée le 9 novembre 1728, ne fut achevée que le 24 du même mois, ayant duré douze jours, dont quatre furent employés au château de La Rochefoucauld, cinq à celui de Verteuil et trois à celui de la Terne, et elle eut pour résultat un cahier de quarante-huit feuillets, format in-f°. Cet inventaire comprend, pour les trois châteaux, 973 numéros dont 328 pour celui de La Rochefoucauld, 461 pour celui de Verteuil et 164 pour le château de La Terne. Beaucoup de ces numéros sont composés d’un certain-nombre d’objets.

Le 11 janvier 1747, naquit François-Alexandre-Frédéric duc de Liancourt, fils du duc d’Estissac. Cet homme de bien créa dans sa terre de Liancourt, une ferme modèle et une école d’arts-et-métiers à laquelle l’École de Châlons doit son origine. Il fut député aux États-généraux, commandant militaire de la Normandie, puis destitué le 10 août ; il passa en Amérique.
Rentré en France en 1799, il popularisa la vaccine, fut un des fondateurs des dispensaires organisés par la Société philanthropique et l’un des principaux promoteurs de l’enseignement mutuel. Appelé à siéger la Chambre des pairs, il se signala par son indépendance, quoique partisan des idées monarchiques. Aussi le ministère, en 1826, lui retira-t-il un grand nombre de fonctions honorifiques et gratuites qu’il remplissait.
Il mourut le 27 mars 1827, à Paris, où il avait fondé l’hospice de La Rochefoucauld, et ses funérailles donnèrent lieu à une manifestation publique de la reconnaissance du peuple.

Le 27 octobre 1752, remise a été faite à la paroisse de la Basse-ville, à La Rochefoucauld, du cœur de Madame Elisabeth-Marie-Louise-Nicole du Caylard de Toyras d’Amboise, épouse du duc de La Rochefoucauld.

Le 20 mars 1762, même remise a été faite à la dite paroisse de la Basse-ville, du cœur de Monseigneur Alexandre, duc de La Rochefoucauld, prince de Marcillac, baron de Verteuil, pair de France et grand-maître de la garde-robe.

Au mois de mars 1770, est mort, à La Rochefoucauld, Pierre Massé, curé de la paroisse de Saint-Cybard, chanoine de l’église collégiale de la dite ville et docteur en théologie. Ce prêtre, des plus respectables, eut le courage de protester, le 9 juin 1752, contre la bulle Unigenitus à laquelle avait adhéré presque tout le clergé du diocèse d’Angoulême.

Le 23 septembre 1771, remise a été faite à la paroisse de la Basse-ville, à La Rochefoucauld, du cœur de Madame Louise-Pauline Vilain de Mérode de Montmorency, princesse de Malines, épouse de Monseigneur le duc Louis-Alexandre de La Rochefoucauld, colonel du régiment de la Farre.

Du 4 mai 1781. Arrêt de la cour de Parlement. Extrait des registres du Parlement :
« Vu par la Cour la requête présentée par le procureur général du roi, contenant qu’il a eu avis que chaque année il se tient, le jour de la Pentecôte, une assemblée, au bourg de Cellefroin, situé dans l’étendue de la justice du duché de La Rochefoucauld, qu’on appelle Bacherie, qu’on peut regarder comme une fête baladoire que les habitans assemblés, rangés autour d’une table qui est placée, à cet effet, au bout de la halle, en prennent un d’entr’eux, qu’ils nomment Baron, qu’on rend contre lui une espèce de jugement, par lequel il est condamné à être jetté dans la rivière, comme accusé d’avoir porté de l’eau avec un crible dans une plaine, pour y faire noyer les lièvres, et d’avoir fait brûler le poisson dans la rivière ; que l’homme appelé Baron est ensuite jetté dans la rivière ; qu’on lui donne trois livres ; qu’il présente ensuite des bouquets à tous les spectateurs, qui lui donnent de l’argent ; que quand ce qu’ils lui donnent n’est pas suffisant, ou s’ils refusent de lui en donner, il prend ceux qu’il peut joindre, et il les jette dans l’eau ; qu’en cas de résistance, les habitans, qu’on nomme Bacheliers, viennent à son secours et frappent sur tous ceux qu’ils rencontrent sans distinction ;

Que dans la paroisse de Genac, il se tient une assemblée le jour de Noël et les deux fêtes suivantes ; que ceux qui se sont mariés dans le courant de l’année, jettent une boule au sortir de la messe et de vêpres devant la porte de l’église ; que les jeunes gens armés de bâtons frappent la boule, et se la renvoyent de l’un à l’autre ; que si un nouveau marié ne jette pas la boule, on le saisit ; qu’on crie « A l’eau », où il est jetté, à moins qu’il ne crie « Au vin », auquel cas on le mène au cabaret, où il est forcé de payer du vin ; que ceux qui sont spectateurs, doivent avoir une houssine ou un bâton, sans quoi, ils seroient saisis et traités comme les nouveaux mariés ;

« Que dans la paroisse de Saint-Cybardeau, les nouveaux mariés sont obligés de se rendre dans un pré, et d’y porter une boule qu’ils jettent devant ceux qui sont assemblés que ceux qui veulent renvoyer la boule et jouer, ont un morceau de bois double que ceux qui ne veulent pas jouer, sont obligés d’avoir une houssine à la main, sans quoi ils seroient saisis par ceux qui jouent, et obligés de leur payer du vin, et, en cas de refus, jettés dans l’eau ;

« Que dans la paroisse de Rouillac, on présente, le jour de Pâques, à la sortie de la messe, une corne à celui des habitans qui est le dernier marié, lequel la remet et la rend aux jeunes gens avec de l’argent pour boire ; que les jeunes gens se la renvoient des uns aux autres, battent du tambour et dansent le reste de la journée et une partie de la nuit ; que dans la plupart des autres paroisses situées dans l’étendue de la justice du duché de La Rochefoucauld il y a des assemblées qu’on appelle Frairies, qui se tiennent les jours de dimanche ou de fêtes du patron, où les marchands se rendent, étalent et vendent des marchandises qu’on y danse et qu’on se rend ensuite dans les cabarets pour y boire ; et que de ces différentes assemblées, il résulte beaucoup d’excès et de désordres ; enfin que les cabaretiers et aubergistes donnent à boire les jours de dimanche et fêtes pendant le temps du Service divin, et en tout temps pendant la nuit ; et comme les fêtes baladoires et autres semblables ont été supprimées par arrêt des Grands Jours, du 14 décembre 1565, et par un autre arrêt de la Cour, du 3 septembre 1667, avec défenses à toutes personnes d’en faire aucunes, et qu’il est important de renouveler les dispositions de ces arrêts, pour prévenir et empêcher les abus qui résultent de pareilles assemblées A CES CAUSES, requéroit le procureur général du roi, qu’il plût à la Cour ordonner que les arrêts des 14 décembre 1565 et 3 septembre 1667, seront exécutés en conséquence, faire défenses à toutes personnes, de quelqu’état, qualité, condition qu’elles puissent être, de s’assembler ni de s’attrouper, sous quelque prétexte que ce puisse être, le jour de Pâques dans la paroisse de Rouillac, le jour de la Pentecôte dans la paroisse de Cellefroin, et le jour de Noël et les deux fêtes suivantes dans la paroisse de Genac et dans la paroisse de Saint-Cybardeau, pour jetter aucunes personnes dans l’eau, soit pour jouer à la boule, soit pour battre du tambour et danser, soit pour exiger aucunes sommes des personnes qu’ils peuvent rencontrer ; faire pareillement défenses, tant aux habitans des dites paroisses situées dans l’étendue de la justice du duché de La Rochefoucauld, de s’assembler les dimanches et fêtes dans les paroisses pour y danser ou boire dans les. cabarets, à peine de cinquante livres d’amende contre chaque contrevenant, même d’être poursuivis extraordinairement, si le cas y échet ordonner que les pères et mères a l’égard de leurs enfans, et les maîtres et maîtresses a l’égard de leurs domestiques, seront et demeureront responsables de l’amende ; faire défenses, sous les mêmes peines, à tous marchands, d’étaler et de vendre dans les paroisses aucunes marchandises les jours de dimanche et fêtes, aux aubergistes et cabaretiers de donner à boire les jours de dimanche et fêtes, pendant le temps du Service divin, ni en tout temps après huit heures du soir en hiver, et après dix heures du soir en été, sous peine de vingt livres d’amende contre les cabaretiers et aubergistes, de cinq livres d’amende contre chacun de ceux qui seront trouvés à boire chez eux, du double en cas de récidive, même d’être poursuivis extraordinairement suivant l’exigence des cas ; enjoindre aux officiers de la justice du duché de La Rochefoucauld de tenir la main a l’exécution de l’arrêt qui interviendra ; et, en cas de contravention, de procéder contre les contrevenans par les voies de droit, ainsi qu’il appartiendra ; enjoindre pareillement aux officiers et cavaliers de maréchaussée de prêter main-forte, si besoin est, pour l’exécution du dit arrêt, lequel sera lu et publié, chaque année, à la requête du procureur général de la justice du duché de La Rochefoucauld, à l’issue des messes paroissiales, à la porte des églises situées dans l’étendue de la dite justice, imprimé et affiché partout où besoin sera, notamment dans les bourgs et paroisses situés dans l’étendue de la justice du duché de La Rochefoucauld ; la dite requête signée du procureur général du roi.
« Ouï le rapport de M" Léonard de Pahuguet d’Espagnac, conseiller ; tout considéré
« La Cour ordonne que les arrêts des 14 décembre 1565 et 3 septembre 1667 seront exécutés en conséquence, fait défenses à toutes personnes de quelqu’état et condition qu’elles puissent être, de s’assembler ni de s’attrouper, sous quelque prétexte que ce puisse être, le jour de Pâques dans la paroisse de Rouillac, le jour de la Pentecôte dans la paroisse de Cellefroin, et le jour de Noël et les deux fêtes suivantes dans la paroisse de Genac, et dans la paroisse de Saint-Cybardeau, pour jeter aucunes personnes dans l’eau, soit pour jouer à la boule, soit pour battre du tambour et danser, soit pour exiger aucunes sommes des personnes qu’ils peuvent rencontrer ; fait pareillement défenses tant aux habitans des dites paroisses de Rouillac, de Cellefroin, de Genac et de Saint-Cybardeau, qu’aux habitans des autres paroisses, situées dans l’étendue de la justice du duché de La Rochefoucauld de s’assembler les dimanches et fêtes dans les paroisses, pour y danser ou boire dans les cabarets, à peine de cinquante livres d’amende contre chaque contrevenant, même d’être poursuivis extraordinairement si le cas y échet ordonne que les pères et mères à l’égard de leurs enfans, et les maîtres et maîtresses à l’égard de leurs domestiques, seront et demeureront responsables de l’amende fait défenses, sous les mêmes peines, à tous marchands, d’étaler et de vendre dans les paroisses aucunes marchandises les jours de dimanche et de fêtes, pendant le temps du Service divin, ni en tout temps après huit heures du soir en hiver, et après dix heures du soir en été, sous peine de vingt livres d’amende contre les cabaretiers et aubergistes, de cinq livres d’amende contre chacun de ceux qui seront trouvés à boire chez eux, du double en cas de récidive, même d’être poursuivis extraordinairement suivant l’exigence des cas enjoint aux officiers de la justice du duché de La Rochefoucauld ; de tenir la main a l’execution du présent arrêt, et, en cas de contravention, de procéder contre les contrevenans par les voies de droit, ainsi qu’il appartiendra ; enjoint pareillement aux officiers et cavaliers de la maréchaussée de prêter main-forte, si besoin est, pour l’exécution du présent arrêt, qui sera lu et publié chaque année, à la requête du procureur fiscal de la justice du duché de La Rochefoucauld, à l’issue des messes paroissiales, à la porte des églises situées dans l’étendue de la dite justice, imprimé et affiché partout où besoin sera, notamment dans les bourgs et paroisses situés dans l’étendue du duché de La Rochefoucauld.
« Fait en Parlement, le quatre mai mil sept cent quatre-vingt un. Collationné LUTTON. Signé Dufranc. »

Lorsque l’Assemblée constituante divisa la France par départements, La Rochefoucauld fut le chef-lieu d’un des six districts du département de la Charente ; mais le décret du 17 février 1800 supprima ce district.

Le 15 septembre 1791, par arrêté du directoire de la Charente, pris en exécution du décret relatif à la levée de 169 bataillons de volontaires, le district de La Rochefoucauld fournit 38 hommes. Le commissaire chargé du recrutement était M. de Romefort. Ces 38 hommes firent partie du 1er bataillon de la Charente, qui avait pour lieutenant-colonel en premier M. Léchelle (depuis général de division), pour capitaine de la 6e compagnie M. Lacroix (depuis général de brigade), et pour capitaine de la 8e, M. Redon.

Ce 1er bataillon partit pour la frontière le 5 décembre, et son rôle actif commence à la campagne de Belgique, où il se distingua aux premiers rangs. Les volontaires de La Rochefoucauld ont fait partie de l’armée de Sambre-et-Meuse et ont pris part à toutes les guerres de la République. On ne saurait trop louer l’admirable élan de ces soldats de 1791 et 1792.

Le 5 mai 1792, un autre décret prescrivait la levée de 45 nouveaux bataillons.

Le 11 juillet suivant, un nouveau décret, déclarant la Patrie en danger, fut proclamé à La Rochefoucauld, le 5 août. Le commissaire désigné pour le district de La Rochefoucauld, était M. Létang. Il y eut, à ce sujet, un véritable élan de patriotisme.

La totalité des bataillons de 1791 et l’immense majorité de ceux de 1792 étaient composées de véritables volontaires. A partir de 1793, l’engagement volontaire est l’exception et le recrutement forcé la règle.

Le 14 septembre 1792, fut tué à Gisors, Louis-Alexandre de La Rochefoucauld, duc d’Enville, neuvième et dernier prince de Marcillac, né le 11 juillet 1743. II fut élu à l’Assemblée nationale de 1789 et fut l’un des premiers de la noblesse à brûler ses titres et à reconnaître les Droits de l’Homme.

Le 14 février 1793, par suite de la levée de 300,000 hommes, le directoire de la Charente avait pris un arrêté pour la levée d’un nouveau bataillon ; il devait être composé de 812 hommes et leur levée était confiée à des commissaires au nombre de un par canton. Les commissaires du district de La Rochefoucauld étaient Villemandy, Guionet, Descombes, Gadon-Moussac, Lassuze et Juzeaud.

Le district de La Rochetoucauld parait, d’après divers états incomplets, avoir fourni pour cette levée plus de 600 hommes, et la dépense s’est élevée à 225,283 livres.

L’alarme eut lieu en mai 1793.

En août 1793, eut lieu la levée de cavalerie et la réquisition des jeunes gens de 18 à 25 ans. Le district de La Rochefoucauld fournit 1,599 hommes.

Le 6 août 1798, on commença à loger dans le château de cette ville, des prisonniers autrichiens.

A la fin du siècle dernier, notre rivière la Tardoire mettait en mouvement, jusqu’à Rivières, vingt-neuf forges et moulins. Le Bandiat, son voisin, desservait dix-sept moulins.

XIXème siècle

Le 17 octobre 1800, remise au culte de l’église collégiale de cette ville :
« Aujourd’hui, vingt-cinq vendémiaire an IX de la République française, une et indivisible, nous, maire et adjoints de la commune de La Rochefoucauld, soussignés, en exécution des arrêtés du préfet du département de la Charente, des dix-sept prairial an VIII, et onze vendémiaire, présent mois, portant, que l’édifice national situé en cette ville et connu sous le nom d’Eglise ci-devant Collégiale, est accordé aux habitants de la dite commune de La Rochefoucauld pour l’exercice de leur culte, sous la surveillance des autorités constituées, à la charge de la prendre dans l’état où elle se trouve, de l’entretenir et réparer conformément à l’article 2 de la loi du 11 prairial an III et 7 vendémiaire an IV ; d’observer les autres dispositions des dites lois, faire enlever et transporter à leurs frais, dans le local qui sera désigné, les différents objets servant à la célébration des fêtes décadaires que l’édifice national connu sous le nom d’Église des ci-devant Carmes servira dorénavant à la célébration des têtes nationales, à la charge par les habitants de La Rochefoucauld de le réparer et entretenir, et que le maire de la dite commune est chargé de faire exécuter les dispositions des dits arrêtés.
« En conséquence de tout quoi, nous nous sommes transportés au dit édifice national situé en cette ville et connu sous le nom d’Église ci-devant Collégiale et, y étant entrés, avons trouvé :
- 1° Le portrait du premier Consul, Bonaparte, enchâssé dans un cadre en bois et attaché à un des murs, à gauche en entrant
- 2° Un autel à la Patrie, orné de huit colonnes en bois, garnies de papiers peints de différentes couleurs, au bout de chacune desquelles colonnes est attaché un morceau de drap tricolore
- 3° Deux autres colonnes en bois, sur chacune desquelles il y a un Chérubin ;
- 4° Deux tribunes en bois, en forme de galeries, étant de chaque côté du dit édifice, en avant du dit autel, de chacune 29 pieds de long sur 5 pieds et demi de hauteur
- 5° Quatre petits bancs en bois, portatifs et en bon état
- 6° Une table en bois de chêne, avec ses deux tréteaux de même bois et en bon état
- 7° Dix-sept chaises en bois, garnies de joncs, mi-usées
- 8° Une échelle double en bois, garnie, en tête, d’un crampon de fer et en état de servir.
- 9° Trois moyens canons de fonte, non montés sur affûts
- 10° Un petit canon, monté sur son affût
- 11° Un petit chariot, vulgairement appelé Diable, garni de ses deux roues ferrées
- 12° Un affût de canon, non monté sur ses roues
- 13° Enfin, cinq pyramides, dont deux en assez bon état et les trois autres hors d’état de servir, et une oriflamme aux trois couleurs, en assez bon état.
« Tous lesquels objets avons fait transférer dans le dit édifice national connu sous le nom d’Ëglise des ci-devant Carmes pour y être placés et remontés de la manière la plus convenable pour servir à la célébration des fêtes nationales.
« Qui est tout ce que nous avons trouvé et jugé nécessaire d’être employé à ces présentes.
« Fait et arrêté dans le dit édifice de la ci-devant Eglise collégiale de La Rochefoucauld, les jour, mois et an que dessus.
« Signé LARUHE, maire, et ROCHER, 1er adjoint. »

Dans la nuit du 6 au 7 février 1802, il y eut une crue considérable de la Tardoire, qui causa de grands dégâts.

Procès-verbal du massacre qui a été commis le 20 vendémiaire an XIII, à trois heures de relevée, dans la rue Porte-Marillac de cette ville, par les soldats du 2ème bataillon de la légion du Midi, qui ont tué à coups de sabres l’un des gendarmes de cette ville et grièvement blessé les quatre autres.
« Aujourd’hui, vingt vendémiaire an XIII et le premier de l’Empire français, nous, Martial Laruhe, maire de la ville de La Rochefoucauld, Blaise Rocher et Barthélemy Bricaille, nos adjoints, nous étant aperçus qu’il y avait une rumeur conséquente dans la rue Porte-Marillac de cette ville, nous sommes transportés au dit endroit, à l’effet de reconnaître quelle pouvait en être la cause. Nous avons aperçu, en nous y rendant, plusieurs soldats, grenadiers et autres du 2e bataillon de la 1ère légion du Midi, arrivés hier en cette ville, qui se dirigeaient en armes et avec précipitation du côté de la dite rue et, y étant arrivés nous-mêmes, nous avons entendu plusieurs habitants de cette ville qui criaient « On égorge les gendarmes ». Nous nous sommes portés aussitôt au devant de la maison du sieur Larocque fils, cabaretier, située en face de la maison du sieur Brun, cafetier. Là, nous avons vu plusieurs grenadiers de la dite légion, le sabre nu à la main et d’autres la bayonnette au bout du fusil, qui criaient : « Aux armes » frappaient avec violence sur plusieurs gendarmes de la brigade de cette résidence, qu’ils étaient parvenus à désarmer, à ce que nous en avons jugé par les sabres des gendarmes dont les dits soldats étaient nantis.
« Etant revêtus de notre décoration ordinaire, nous avons sommé les dits soldats, au nom de la loi, de cesser leurs cris, de remettre le sabre au fourreau et de se retirer chacun à leur logement. Quelques gendarmes, qui étaient parvenus à se retirer des mains des dits soldats et à se sauver dans l’une des chambres hautes de la maison du dit Larocque, cabaretier, ayant entendu notre voix, ont paru à la croisée donnant sur la rue, ayant la figure couverte de sang et nous ont appelés à leur secours en criant qu’on les égorgeait. Nous avons fait inutilement plusieurs efforts pour parvenir jusqu’à la dite chambre, mais nous en avons été empêchés par la grande quantité de soldats armés qui obstruaient la porte d’entrée de la dite maison, qui méconnaissaient notre caractère et avaient les sabres nus sur la tête des deux adjoints, dont l’un d’eux, le sieur Rocher, a failli être frappé et n’a évité le coup qu’en arrêtant le bras du soldat qui se dirigeait sur sa tête.
« A l’instant, est arrivé M. Othon de Mautour, chef du dit bataillon, qui, l’épée nue à la main, a parlé avec force et vigueur aux dits soldats mutinés, leur a ordonné de se retirer à leurs logements, les menaçant de les faire punir sévèrement de leur insubordination, et est parvenu, après bien des efforts et après avoir couru personnellement des dangers, à ramener le calme dans la dite maison. Il a sauvé la vie au maréchal des logis et a un des gendarmes en les couvrant de son corps, et a fait entrevoir aux deux adjoints qu’ils pouvaient être victimes de la fureur des soldats qui méconnaissaient leur caractère et son autorité et, les invitant à se mettre à couvert, qu’il ferait tous ses efforts pour faire rentrer les soldats dans l’ordre.
« Pendant ce temps, le sieur Jean Bernardon, l’un des gendarmes de cette brigade, étant accouru pour contribuer au maintien du bon ordre, a été aussitôt environné de grenadiers du dit bataillon, qui l’ont assailli et l’ont tué dans la rue à coups de sabres. Tout le corps des officiers du dit bataillon s’est réuni au commandant et, aidés des sous-officiers, sont parvenus, après bien des efforts, à faire retirer les soldats à leurs logements, frappant du plat de l’épée ceux qui résistaient et les menaçant de punitions exemplaires.
« Le commandant a fait prendre les armes à une partie de la compagnie des grenadiers et a commandé des patrouilles qui se sont faites de suite et réitérées le reste de la journée, ayant un officier à leur tête.
« En général nous devons des éloges à la conduite de tous les officiers et d’une partie des sous-officiers dans la circonstance malheureuse dont nous venons de parler. Nous étant informés des motifs de cet événement, nous avons appris que plusieurs grenadiers, ayant été boire au cabaret du dit sieur Larocque, ont présenté en payement de leur dépense une pièce de douze sols n’ayant aucune empreinte que le cabaretier, l’ayant refusée, a appelé le sieur Randon, l’un des gendarmes, pour décider si la pièce était recevable ce dernier ayant déclaré que non, voulut forcer les grenadiers à en donner une autre ; ces derniers s’y sont refusés. Le maréchal des logis et deux autres gendarmes étant arrivés et ayant appuyé la décision de leur camarade, les dits grenadiers se sont portés envers eux aux excès dont nous venons de parler.
« De tout quoi nous avons dressé le présent procès-verbal, à la mairie, où nous nous sommes retirés, le dit jour, 20 vendémiaire an XIII, et le premier de l’Empire français, à cinq heures de relevée, pour en être délivré copie au commandant, s’il le juge à propos, et avons signé.
« Signé au registre LARUHE, maire Rocher, 1er adjoint Bricaille, 2e adjoint. »

Sous le premier Empire, le Collège de La Rochefoucauld fut transporté au château. M. Delfau était le chef de cet établissement, dont la commune payait la ferme à M. le duc de La Rochefoucauld.

Le 6 mars 1814, le maire de cette ville enjoint au sieur Delage, gardien du château et représentant du propriétaire, qu’il requiert à cet effet, de recevoir et aider les ouvriers chargés de prendre les dispositions convenables et faire dans le château les réparations nécessaires, pour y recevoir, dans deux jours, 1,200 prisonniers de guerre. Il en vint 900. C’étaient des prisonniers russes.

En 1814, le sieur Albert Cojola, étranger, était employé en qualité d’interprète auprès des prisonniers russes logés au château.

Le 2 juillet 1815, le comte de Las Cases, secrétaire de Napoléon Ier, son fils et MM. de Montholon, Planat et Résigny, se rendant de Paris à Rochefort, pour accompagner l’Empereur, arrivèrent à La Rochefoucauld, où ils dinèrent et repartirent le même jour pour Jarnac, où ils arrivèrent à sept heures du soir.

En 1815, l’éclairage public fut établi à La Rochefoucauld au moyen de réverbères.

Le 2 avril 1818, le Conseil municipal de cette ville prit la résolution d’imposer l’obligation à l’école, au sujet du nouvel enseignement mutuel.

En 1825, le vieux pont du château fut reconstruit.

Dans la même année, les halles et le minage cessèrent d’appartenir à M. le duc de La Rochefoucauld, la ville en ayant fait l’acquisition. Les anciens fossés de la ville furent comblés et convertis en boulevards.

Le 10 mai 1829, jour de la foire, il y eut en cette ville une émeute causée par l’accaparement des grains. On ne vit à la tête de ce mouvement que des femmes exaspérées, qui arrêtèrent à la sortie de la ville, à la Chabanne, des charrettes chargées de blé, en jetèrent quelques sacs sur la route et les éventrèrent avec leurs couteaux.

En 1840, l’ancienne halle située dans la rue de ce nom, fut démolie pour l’assainissement et l’embellissement de cette rue.

En 1846, a été démolie l’ancienne porte de ville dite Porte de Marillac, qui faisait partie du mur d’enceinte de La Rochefoucauld.

En 1855, a été refondue, à La Rochefoucauld, la grosse cloche de l’église paroissiale de cette ville. Sur cette cloche, qui fut brisée dans les troubles de religion et refondue en 1590, l’auteur de ces annales a relevé l’inscription suivante :

Jesus Maria. Laudo Deum. Plebem voco. Congrego clerum. Defunctos ploro. Festa quoque magna decoro. Vox mea cunctorum sit terror demoniorum. Anno Domini incarnati MDcIIIIxxX. Dirupta fui mala tempestate, sed nunc restituta sum per duos decanum et canonicos hujus Ecclesiae beatae Mariae. Guillelmus Gaubert, Decanus primus.
Nomine HPMPM.

En 1859, eut lieu un grand débordement de la rivière. L’inondation couvrit le champ de foire, la place du Marché et plusieurs rues et causa l’écroulement de deux maisons, l’une rue des Halles et l’autre rue des Tanneurs.

Le 20 juillet 1860, à deux heures de l’après-midi, le corps de Mme Louise-Pauline Vilain de Gand de Mérode de Montmorency, née princesse de Malines, épouse de Louis-Alexandre, duc de La Rochefoucauld et de La Rocheguyon, pair de France, renfermé dans un cercueil de plomb, a été exhumé de la nef de l’église paroissiale de La Rochefoucauld et a été transporté dans le mur de la chapelle de la sainte Vierge qui est en voie de construction.
En 1887, M. Léon Dumys mit à découvert dans l’église d’Anais, à l’intérieur de l’église, sur le mur de l’Ouest et sous un plâtrage épais de plusieurs millimètres, une large bande noire mesurant 62 centimètres de hauteur, sur laquelle se détachait, peint à fresque, un double écusson d’alliance, surmonté d’une couronne ducale, ornée d’une mélusine en cimier, et abrité sous les plis d’un manteau d’hermine aux revers armoriés.

Le premier écu (celui du mari) portait burelé d’argent et d’azur, de dix bandes, à trois chevrons de gueules, le premier écimé, brochant sur le tout. Le second (celui de la femme), d’hermine au chef de gueules, qui est de Vivonne.

Ces écussons, répétés six fois, constituaient la litre ou ceinture funèbre de François VI, duc de La Rochefoucauld, qui avait épousé Andrée de Vivonne et qui était seigneur haut justicier du lieu.

La ville de La Rochetoucauld a eu des hommes remarquables parmi lesquels il faut citer :
- Benjamin de Daillon, ministre de l’Église réformée
- Jean Hérault de Gourville, homme d’Etat
- Jean Léchelle, général de division
- Mathieu Lacroix, général et baron de l’Empire.

Source : Quelques Annales de la ville de La Rochefoucauld, de M. J. Fermond.

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Autoportrait du duc François de la Rochefoucauld

Je suis d’une taille médiocre, libre et bien proportionnée. J’ai le teint brun, mais assez uni ; le front élevé, et d’une raisonnable grandeur ; les yeux noirs, petits et enfoncés ; et les sourcils noirs et épais, mais bien tournés. Je serois fort empêché de dire de quelle sorte j’ai le nez fait ; car il n’est ni camus, ni aquilin, ni gros, ni pointu, au moins à ce que je crois : tout ce que je sais, c’est qu’il est plutôt grand que petit, et qu’il descend un peu trop bas. J’ai la bouche grande, et les lèvres assez rouges d’ordinaire, et ni bien ni mal taillées. J’ai les dents blanches et passablement bien rangées. On m’a dit autrefois que j’avois un peu trop de menton : je viens de me regarder dans le miroir pour savoir ce qui en est ; et je ne sais pas trop bien qu’en juger. Pour le tour du visage, je l’ai ou carré ou ovale ; lequel des deux, il me seroit difficile de le dire. J’ai les cheveux noirs, naturellement frisés, et avec cela assez épais et assez longs pour pouvoir prétendre en belle tête.

J’ai quelque chose de chagrin et de fier dans la mine : cela fait croire à la plupart des gens que je suis méprisant, quoique je ne le sois point du tout. J’ai l’action fort aisée, et même un peu trop, et jusqu’à faire beaucoup de gestes en parlant. Voilà naïvement comme je pense que je suis fait au dehors ; et l’on trouvera, je crois, que ce que je pense de moi là-dessus n’est pas fort éloigné de ce qui en est. J’en userai avec la même fidélité dans ce qui me reste à faire de mon portrait ; car je me suis assez étudié pour me bien connoître, et je ne manquerai ni d’assurance pour dire librement ce que je puis avoir de bonnes qualités, ni de sincérité pour avouer franchement ce que j’ai de défauts.

Premièrement, pour parler de mon humeur, je suis mélancolique, et je le suis à un point que depuis trois ou quatre ans à peine m’a-t on vu rire trois ou quatre fois. J’aurois pourtant, ce me semble, une mélancolie assez supportable et assez douce, si je n’en avois point d’autre que celle qui me vient de mon tempérament ; mais il m’en vient tant d’ailleurs, et ce qui m’en vient me remplit de telle sorte l’imagination et m’occupe si fort l’esprit, que la plupart du temps, ou je rêve sans dire mot, ou je n’ai presque point d’attache à ce que je dis. Je suis fort resserré avec ceux que je ne connois pas, et je ne suis pas même extrêmement ouvert avec la plupart de ceux que je connois. C’est un défaut, je le sais bien, et je ne négligerai rien pour m’en corriger : mais comme un certain air sombre que j’ai dans le visage contribue à me faire paraître encore plus réservé que je ne le suis, et qu’il n’est pas en notre pouvoir de nous défaire d’un méchant air qui nous vient de la disposition naturelle des traits, je pense qu’après m’être corrigé au-dedans, il ne laissera pas de me demeurer toujours de mauvaises marques au dehors.

J’ai de l’esprit et je ne fais point difficulté de le dire car à quoi bon façonner là dessus tant biaiser et tant apporter d’adoucissement pour dire les avantages que l’on a c’est ce me semble cacher un peu de vanité sous une modestie apparente et se servir d’une manière bien adroite pour faire croire de soi beaucoup plus de bien que l’on n’en dit. Pour moi je suis content qu’on ne me croie ni plus beau que je me fais, ni de meilleur humeur que je me dépeins, ni plus spirituel et plus raisonnable que je le suis. J’ai donc de l’esprit encore une fois, mais un esprit que la mélancolie gâte ; car encore que je possède assez bien ma langue, que j’aie la mémoire heureuse, et que je ne pense pas les choses fort confusément, j’ai pourtant une si forte application à mon chagrin, que souvent j’exprime assez mal ce que je veux dire.

La conversation des honnêtes gens est un des plaisirs qui me touchent le plus. J aime qu’elle soit sérieuse, et que la morale en fasse la plus grande partie. Cependant je sais la goûter aussi lorsqu’elle est enjouée, et si je ne dis pas beaucoup de petites choses pour rire, ce n’est pas du moins que je ne connoisse pas ce que valent les bagatelles bien dites, et que je ne trouve fort divertissante cette manière de badiner, où il y a certains esprits prompts et aisés qui réussissent si bien. J’écris bien en prose, je fais bien en vers, et si j’étois sensible à la gloire qui vient de ce côté-là, je pense qu’avec peu de travail je pourrois m’acquérir assez de réputation.

J’aime la lecture en général : celle où il se trouve quelque chose qui peut façonner l’esprit et fortifier l’âme est celle que j’aime le plus. Surtout j’ai une extrême satisfaction à lire avec une personne d’esprit ; car de cette sorte on réfléchit à tout moment sur ce qu’on lit, et des réflexions que l’on fait il se forme une conversation la plus agréable du monde et la plus utile.

Je juge assez bien des ouvrages de vers et de prose que l’on me montre ; mais j’en dis peut-être mon sentiment avec un peu trop de liberté. Ce qu’il y a encore de mal en moi, c’est que j’ai quelquefois une délicatesse trop scrupuleuse et une critique trop sévère. Je ne hais pas entendre disputer, et souvent aussi je me mêle assez volontiers dans la dispute : mais je soutiens d’ordinaire mon opinion avec trop de chaleur ; et lorsqu’on défend un parti injuste contre moi, quelquefois, à force de me passionner pour la raison, je deviens moi-même fort peu raisonnable.

J’ai les sentimens vertueux, les inclinations belles, et une si forte envie d’être tout à fait honnête homme, que mes amis ne me sauroient faire un plus grand plaisir que de m’avertir sincèrement de mes défauts. Ceux qui me connoissent un peu particulièrement, et qui ont eu la bonté de me donner quelquefois des avis là-dessus, savent que je les ai toujours reçus avec toute la joie imaginable, et toute la soumission d’esprit que l’on sauroit désirer.

J’ai toutes les passions assez douces et assez réglées : on ne m’a presque jamais vu en colère, et je n’ai jamais eu de haine pour personne. Je ne suis pas pourtant incapable de me venger si l’on m avoit offensé et qu’il y allât de mon honneur à me ressentir de l’injure qu’on m’auroit faite ; au contraire je suis assuré que le devoir feroit si bien en moi l’office de la haine que je poursuivrois ma vengeance avec encore plus de vigueur qu’un autre.

L’ambition ne me travaille point. Je ne crains guère de choses et ne crains aucunement la mort. Je suis peu sensible à la pitié, et je voudrois ne l’y être point du tout. Cependant il n’est rien que je ne fisse pour le soulagement d’une personne affligée, et je crois effectivement que l’on doit tout faire, jusqu’à lui témoigner même beaucoup de compassion de son mal ; car les misérables sont si sots, que cela leur fait le plus grand bien du monde. Mais je tiens aussi qu’il faut se contenter d’en témoigner et se garder soigneusement d’en avoir : c’est une passion qui n’est bonne à rien au dedans d’une âme bien faite, qui ne sert qu’à affoiblir le cœur, et qu’on doit laisser au peuple, qui n’exécutant jamais rien par raison, a besoin de passions pour le porter à faire les choses.

J’aime mes amis et je les aime d’une façon que je ne balancerais pas un moment à sacrifier mes intérêts aux leurs. J’ai de la condescendance pour eux, je souffre patiemment leurs mauvaises humeurs : seulement je ne leur fais beaucoup de caresses, et je n’ai pas non plus de grandes inquiétudes en leur absence.

J’ai naturellement fort peu de curiosité pour la plus grande partie de ce tout qui en donne aux autres gens. Je suis fort secret, et j’ai moins de difficulté que personne à taire ce qu’on m’a dit en confidence. Je suis extrêmement régulier à ma parole ; je n’y manque jamais, de quelque conséquence que puisse être ce que j ai promis ; et je m’en suis fait toute ma vie une loi indispensable. J’ai une civilité fort exacte parmi les femmes ; et je ne crois pas jamais avoir rien dit devant elles qui leur ait pu faire de la peine. Quand elles ont l’esprit bien fait, j’aime mieux leur conversation que celle des hommes : on y trouve une certaine douceur qui ne se rencontre point parmi nous ; et il me semble, outre cela, qu’elles s’expliquent avec plus de netteté, et qu’elles donnent un tour plus agréable aux choses qu’elles disent. Pour galant, je l’ai été un peu autrefois ; présentement je ne le suis plus, quelque jeune que je sois. J’ai renoncé aux fleurettes et je m’étonne seulement de ce qu’il y a encore tant d’honnêtes gens qui s’occupent à en débiter.

J’approuve extrêmement les belles passions ; elles marquent la grandeur de l’âme ; et quoique dans les inquiétudes qu’elles donnent il y ait quelque chose de contraire à la sévère sagesse, elles s’accommodent si bien d’ailleurs avec la plus austère vertu, que je crois qu’on ne les sauroit condamner avec justice. Moi, qui connois tout ce qu’il ya de délicat et de fort dans les grands sentimens de l’amour, si jamais je viens à aimer, ce sera assurément de cette sorte : mais, de la façon dont je suis, je ne crois pas que cette connoissance que j’ai me passe jamais de l’esprit au cœur.

Source : Nouvelle collection des mémoires pour servir à l’histoire de France depuis le XIIIe siècle jusqu’à la fin du XVIIIe, de Joseph-François Michaud.

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