Hallali-Charente, tel est le nom sous lequel est connu l'équipage de M. Joseph de Villemandy de la Mesnière. Ce véneur habite, pendant la plus grande partie de l'année, le château du Gazon, situé à une vingtaine de kilomètres de La Rochefoucauld, aux confins du Limousin et de l'Angoumois, dans la petite vallée resserrée de la Croutelle. Il est presque complètement entouré par les grands bois qui recouvrent les coteaux et rien n'est pittoresque comme ses vieilles tourelles qui se dressent au milieu des chênes. La façade située sur le parc donne sur une vaste pelouse qui déroule en pente douce son gai tapis de velours vert, et que prolongent à perte de vue les prairies au milieu desquelles serpente la Croutelle.

La forêt de Braconne, dans laquelle chasse régulièrement M. Joseph de Villemandy, est située entre Angoulême et La Rochefoucauld. Son étendue est d'environ 5.000 hectares. Elle est peuplée de cerfs et de chevreuils, mais on ne chasse que les cerfs.

Ces cerfs sont de fort belle et fort vigoureuse race, et quelques-uns d'entre eux se défendent avec une réelle fureur. Ils sont les descendants de cerfs pris en 1868 dans la forêt de Compiègne.

Les naturalistes reconnaissent dix espèces de cerfs. Nous n'en avons qu'une seule en France, que quelques auteurs divisent en grande et petite espèce. Ce n'est la qu'une différence de taille qu'il faut attribuer à l'abondance ou à la rareté de la nourriture, qui a une très grande influence sur le développement de ce bel animal; il a besoin de retraites solitaires où il puisse ruminer en paix à-côté des riches pâturages où il a viandé. Les cerfs qui habitent les vallées et les plaines fertiles ont le corsage beaucoup plus grand; ils ont plus de venaison que ceux des.montagnes sèches et arides. Lorsqu'ils sont constamment inquiétés, il est rare qu'ils deviennent très grands et que leur tête (bois) soit belle.

On prend chaque année en moyenne de quinze à vingt bêtes.

Pour ménager le nombre des cerfs, on ne s'attaque, pendant les premiers, mois, qu'aux louvards; on en prend une quinzaine tant en Braconne que dans les forêts voisines de Bel-Air, des Quatre-Vents et de La Boixe.

La Braconne est affermée par l'État à une société de chasseurs dont le président est M. Joseph de Villemandy, qui est lieutenant de louveterie de l'arrondissement. Mais le président chasse rarement seul. Presque toujours les équipages de M. Victor de Roux de Reilhac, du vicomte Guillaume de Dampierre, de M. Charles Dubouché se joignent à celui de M. de Villemandy et forment ainsi une meute d'environ quatre-vingts chiens. Tous ces chiens sont des bâtards tricolores issus de bâtards de Vendée et du Poitou: ils sont vites et criants et leur taille moyenne est de 22 pouces.

La tenue de chasse est l'habit rouge avec parements grenat.

Le bouton représente un sanglier à l'hallali avec l'exergue : Hallali-Charente. Parmi les veneurs qui suivent les chasses ou qui ont le bouton, citons : MM. Yrieix de James, de Laurière, de Maret, Rizat, marquis de Nieuil, de La Bonne, de Verneilh, de Montardy, et quelques officiers des garnisons voisines : MM. de Biensan, du Jonchay, de Loisy, de Laminière, vicomte de La Hamelinaye, etc.

Le plus intrépide et le plus assidu de ces belles chasses est certainement M. Victor de Roux de Reilhac, qui a près de quatre-vingts ans. M. de Roux ne manque pas une prise, et, par son ardeur, son entrain et sa bonne humeur, il fait revivre les vieilles traditions de la vénerie française. M. de Villemandy écoute toujours avec respect les avis de ce maître qui l'a formé et qui ne s'est jamais trouvé en défaut.

Presque tous les veneurs qui, suivent les chasses de Braconne ne montent que des chevaux de pur sang. Ces chasses, du reste, sont- menées avec un entrain endiablé par M. de Villemandy, qui avant son mariage était l'un des plus hardis gentlemen-riders de l'Ouest. Son beau-frère, le vicomte Henri de Vesian, un de nos plus brillants steeple-chasers, qui aime cependant à aller vite, a bien souvent de la peine à le suivre.

Puisque nous parlons du cheval de pur sang comme cheval de chasse, donnons l'avis de M. de Villemandy à ce sujet. M. de Villemandy estime que le pur sang est, dans certaines conditions, bon cheval de chasse. Il est évident, dit-il, qu'un cheval fraîchement débarqué de Chantilly trouverait dur de rester exposé pendant toute une journée à la pluie et au vent : il risquerait fort de ne pas être à l'hallali, et le lendemain il pourrait bien se trouver sur le flanc.

Mais il n'y a là qu'une simple question d'apprentissage, qu'un entraînement particulier à faire subir au pur sang dont on veut faire un bunter. Les qualités de vigueur, d'énergie et de courage, acquises par un siècle de sélection, ne se perdent nullement lorsque l'on soumet le pur sang à un régime moins délicat que celui des écuries de courses. Tous les chevaux, que ces veneurs montent en Braconne, sont rustiques et adroits dans tous les terrains. Le soir d'une chasse fatigante et mouvementée, les demi-sang ont la tête basse, tandis que les pur sang pourraient recommencer la journée.

villemandy Portrait de M. J. de Villemandy de La Mesnière

Source : Le sport en France et à l'étranger, de Charles-Maurice de Vaux.