Quelques figures de meneurs émergent de la petite histoire des survivances de la révolte. Ce sont des invididus mal résignés à la désagrégation de l'armée des communes, des paysans ruinés par les passages de troupes, surtout des chefs des premiers Croquants nommément exceptés de l'abolition et obligés à la clandestinité. Dans l'ordre chronologique de leurs sursauts, les plus mémorables de ces chefs furent le marquis d’Aubeterre, Pineau le Jeune et Pierre Greletty.

On annonçait sa venue à la rescousse au moment où la plupart des révoltés rentraient chez eux. Il aurait pu apporter aux Croquants, outre la caution d'un nom illustre, l'appui d'une artillerie qu'ils avaient cherché en vain à Périgueux, à Sainte-Foy et à Bergerac. Son projet était de mener les communes « assiéger le château dudit Aubeterre pour avoir, ce qu'il promettoit à ce peuple, les canons qui estoient dans cedit château pour fortifier leur parti ». Aubeterre tint la campagne en septembre et octobre 1637 avec Madaillan et Constantin de Bessou. Leurs chevauchées secrètes les portaient des frontières de l'Angoumois où Aubeterre avait ses terres jusqu'à la forêt de Vergt, ralliant à eux « tous les mécontents, ... le plus grand nombre d'amis qu'ils purent ». L'envoi des gardes d'Épernon à Périgueux suffit à empêcher la révolte de se renouveler et, en décembre, tout fut fini. Le vieux Constantin avait dû se cacher, dit-on, dans une troupe de bateleurs, Madaillan était réduit à marchander sa grâce en promettant de livrer d'anciens compagnons et d'Aubeterre devait fuir sous le coup d'une sentence de mort prononcée au présidial de Périgueux.

Le prestige de la famille d'Aubeterre mérite qu'on s'arrête sur ce personnage. C'est le plus grand nom attaché aux révoltes paysannes de ce siècle. Pierre Bouchard d'Esparbès de Lussan, marquis d'Aubeterre (1605 1650 ?), était le fils aîné de François d'Esparbès, mort en 1628, maréchal de France, conseiller d'État, sénéchal de l'Agenais et du Condomois. Dès sa vingtième année, le jeune marquis avait semé la terreur dans le voisinage. Il conduisait une petite armée personnelle, levant des subsides sur les paroisses de la châtellenie, paraissant dans les villages les jours de marché à la tête de sa troupe bien armée qui battait le tambour. Déshérité par sa mère (17 février 1629), condamné à mort par le prévôt d'Angoulême (19 février 1630), il avait fui en Piémont où il était entré dans l'amitié du comte de Soissons. En août 1634, revenu dans la province, il avait conduit des assemblées de gentilshommes du parti de Monsieur. Le comte de Jonzac, lieutenant général en Saintonge, son beau-frère, avait reçu de la Cour l'ordre de le surveiller. En janvier 1637, Aubeterre avait appris que son frère cadet François, vicomte d'Aubeterre, lui avait non seulement été substitué dans l'héritage paternel mais encore dans la charge de sénéchal de l'Agenais et du Condomois. En se lançant dans la révolte, Aubeterre entreprenait en quelque sorte la reconquête de ses terres. La suite de sa vie aventureuse ne démentirait pas cette vocation violente. Conspirateur impénitent, le marquis d'Aubeterre fut un représentant achevé de cette noblesse provinciale, indépendante et frondeuse.

Après Aubeterre, les paroisses du Paréage trouvèrent un nouveau chef en la personne de Jean Pineau, dit le Jeune. Il était fils d'un ministre protestant de Bergerac ; on l'avait vu dans l'armée des communes, capitaine de la paroisse de Maurens, au sud de la forêt de Vergt. Le vice-sénéchal de Périgord, Jean de La Brousse, exécutant une ordonnance de l'intendant Foullé, réussit à s'emparer de Pineau, mais, alors qu'il le ramenait à Périgueux à travers bois, une embuscade le fit échapper. La Brousse lui même et plusieurs archers périrent dans la rencontre (janvier 1638). Pineau, blessé, fut repris peu après et finit décapité à Périgueux.

Source : Histoire des croquants, d'Yves-Marie Bercé.