Un extrait du registre des baptêmes de la paroisse Saint-Martin de Bazac en Saintonge porte que Roger de Raymond, fils de Charles-Joseph François de Raymond, chevalier, seigneur du Breuil et de dame Jeanne de l'Espinay sa femme, fut baptisé le 15 novembre 1672. Le parrain se nommait Roger d'Esparbès de Lussan, comte de Lussan, seigneur de Saint-Quentin de Chesneau de Puymangot, et la marraine Isabeau Joubert de Saint-Velai, femme de Jean-Pierre de La Cropte, chevalier, seigneur de Chassagne. En mai 1694, Roger de Raymond est qualifié « écuyer, seigneur d'Angle, demeurant paroisse de Saint-Maurice en Poitou, gendarme de la Garde du roi ».

Le 3 mai 1698, François de Raymond, écuyer, sieur de Villagnon, Henry de Livenne, chevalier, seigneur de Laumont, Philippe de Sauzé, chevalier, seigneur de Breuil-Méraud, Joseph de Lhémery, chevalier, seigneur de Choisy « tous cousins et plus proches parents paternels et maternels de Roger de Raymond », attestent que « ledit sieur Roger de Raymond était encore mineur, n'ayant tout au plus que vingt-trois ans ou environ, et qu'ils en avaient parfaite connaissance [...] » Entré très jeune dans les gendarmes de la Garde du roi, il devint aide de camp du prince de Soubise.

Un extrait du registre mortuaire de la paroisse de Saint-Sulpice de Paris porte que sa mère, Jeanne de l'Espinay, mourut le 13 mai 1701 au logis des Treize-Cantons, rue des Quatre-Vents. Le registre mortuaire de la paroisse de Blanzac, diocèse de Poitiers, nous apprend que son père Joseph de Raymond, seigneur d'Angle, la suivit quelques mois plus tard, le 21 janvier 1702 (B.N. Ms. Cabinet des Titres. Carré d'Hozier, 525).

Un acte daté de 1722 nous apprend que l'assassinat fut commis sur la personne d'un certain Jean Arnaud, « lieutenant particulier à Angoulême », lequel avait refusé de lui rendre une terre que le feu père de Raymond lui avait vendu à réméré, bien que le montant du rachat fût réuni. Un jour, une violente altercation eut lieu entre les deux hommes sur la route de Paris à Angoulême. Devant l'obstination d'Arnaud, Raymond sortit son pistolet, l'autre fit de même, les coups partirent ; Raymond fut touché au bras droit, dont il devait rester estropié et Arnaud reçut plusieurs balles : l'une qui lui transperça la poitrine, une autre au bras gauche, une troisième à la cuisse ; deux heures plus tard, il succombait à ses blessures. L'enquête fut menée d'abord par le juge royal des Muids, et ensuite "comme d'un cas privilégié", par le lieutenant criminel d'Orléans. Condamné à mort par jugement présidial du 4 octobre 1698, Raymond s'enfuit alors en Bavière.

En 1701, il s'engage dans les troupes du duc de Bavière, Maximilien II Emmanuel, auprès duquel il réussit en peu de temps une brillante carrière. Successivement capitaine de dragons, chambellan de ce même duc, lieutenant-colonel de ses gardes carabiniers, ensuite leur colonel brigadier, il devient maréchal de camp et honoré de ses commissions en France. Blessé à la première bataille de Höchstädt (20 septembre 1703), prisonnier du duc de Marlborough à Heylissen-Wanghe (18 juillet 1705), il témoigne des plus hautes vertus militaires et s'acquiert par là les faveurs de son prince. De sa vie privée en Bavière, nous ignorons à peu près tout, sinon qu'il était constamment à court d'argent et criblé de dettes, ce qui lui valut plus d'une fois la saisie de sa solde d'officier. On sait aussi qu'une certaine duchesse d'Eglantier, née Raymond et un chevalier de Raymond, originaire d'Angoumois, payèrent pour son compte la somme de 6 000 livres au moment de sa requête au roi de France, c'est-à-dire en 1722. (Cf. Karl Staudinger, Geschichte des kurbayerischen heeres uter Kurfürst Max Il-Emmanuel. München, 1905, pp. 982, 1095 et Bayerisches Hampstaatsarchiv, München, Ms. OP 74811, 81345.) Cette année 1722, en effet, Roger de Raymond supplia le jeune Louis XV de lui accorder ses lettres « d'abolition, de grâce et de pardon ». Sa Majesté consentit à le remettre « dans sa bonne renommée et dans ses biens non confisqués d'ailleurs ». (B.N. Ms. Cabinet des Titres. Carré d'Hozier, 525).

Exactement entre 1747 et 1753. Il vivait encore le 7 août 1747, car nous possédons à cette date une invitation à assister à la présentation des « lettres de grâce qu'il a obtenues de la bonté du roi, et dont la lecture sera faite ledit jour à l'audience du rôle de la Grande Chambre, sur les huit heures du matin ». (B.N. Ms. Cabinet des Titres. Pièces originales, 2441.) Mais il était mort le 10 novembre 1753, date à laquelle Mme de Raymond assiste, en qualité de marraine au baptême des cloches de l'église de Dravegny. L'extrait de la paroisse la qualifie : « Marie de Blay de Montrosier, veuve de très haut et très puissant seigneur messire Roger, comte de Raymond, vivant gouverneur d'Ingolstadt, lieutenant général colonel des cuirassiers de S. A. Électorale le duc de Bavière. » (A.D. Aisne : 1 E 298/1.) Roger de Raymond fut inhumé à l'église St. Moritz d'Ingolstadt, où l'on pouvait voir encore sa pierre tombale en 1943.

Source : Donatien Alphonse François, marquis de Sade, de Maurice Lever.