Nous avons eu, dans une étude récente sur les vieilles forges du Périgord et du Limousin, publiée dans la Revue des Sociétés savantes, à nous occuper des maîtres de forges, et nous avons constaté, maintes fois, chez ces industriels, des fortunes rapides, inévitablement suivies de la noblesse et parfois de marquisats et de comtés. Nous avons remarqué aussi, et cela montre victorieusement combien l'industrie était en honneur, que des gentilshommes d'ancienne race chevaleresque, n'hésitaient pas, quand ils y trouvaient du profit, à fonder des forges sur leurs terres et à les exploiter directement.

Quels étaient les négoces qui n'enrichissaient pas à la longue ? Ne voyons-nous pas de simples marchands de petites villes ou de bourgades, acheter tout à coup des terres seigneuriales et passer dans les classes privilégiées ? Qu'on nous permette d'en citer quelques-uns, pris dans notre pays natal, qui feront voir qu'il n'était besoin ni d'héberger les rois, ni de courir les mers, pour changer tout doucement de condition. Nous ferons remarquer que, ce qui se passait en Périgord, avait lieu dans le reste de la France.

Dauphin Pastoureau, marchand à Nontron en 1494, seigneur du Breuil quatre ans après, puis de Javerlhac achète en 1500, à Alain d'Albret, comte de Périgord et vicomte de Limoges la baronnie de Nontron et une dizaine de paroisses en dépendant. Bientôt il est qualifié de noble-homme, élu à Périgueux, et demande par son testament, qui fait foi de son opulence et de sa charité, à être enterré avec les honneurs réservés aux gentilshommes. Il ne laisse que des filles, qui portent ses nombreuses terres dans différentes maisons distinguées.

Un autre marchand de Nontron (car cette petite ville, peuplée en ce temps-là d'un millier d'habitants, était décidément favorable au commerce), Jean Baillot, dit Faure, achète, en 1502, les paroisses de Lussas et de Fontroubade, en devient seigneur, comme de raison, pousse ses nombreux enfants dans les charges de la magistrature ou de finance, et, à la quatrième génération, l'un de ses descendants, maréchal de camp, gentilhomme de la chambre du roi, épousait tout naturellement une fille de l'illustre maison Des Cars. C'est à cette famille du Faure qu'est due la construction du château de Beauvais, près de Lussas, qui, avec ses deux grosses tours à machicoulis, ses hautes toitures et ses lucarnes à frontons coupés a si grand air.

Dans le même pays, une autre famille, les Pourtent, originaires du bourg de Saint-Pardoux Larivière, où le cartulaire de cette abbaye, fondée au treizième siècle par une vicomtesse de Limoges, nous les montre successivement laboureurs, puis petits marchands, n'en trouve pas moins le moyen, avec le temps il est vrai, de devenir seigneur de la paroisse de Quinsac et de Vaugoubert, d'y bâtir un château, dont-il ne reste que deux tours, et de finir honorablement, au dix-septième siècle, dans la noble maison d'Aydie de Ribérac, dont un membre rebâtit plus tard le château.

Source : Le Correspondant, de Charles Douniol.