Le prieuré royal de Bussière-Badil avec son église monumentale était une institution importante dans le diocèse de Limoges et fut visité en l'an 1028 par le célèbre chroniqueur Adémar de Chabannes.

L'abbaye bénédictine de l'ordre de Saint-Benoît, dépendait de Saint-Michel de Cluse en Italie au XIe siècle.

Plus tard les annales avaient retenu surtout la magnificence de Jean Hélie de Coulonges, prêtre ami des arts et véritable mécène de la Renaissance. Il dota généreusement son abbaye et demanda à être inhumé dans l'église de Bussière-Badil.

Le prieur de Bussière-Badil était un seigneur avec sa propre justice et son propre domaine. Il était le patron de plusieurs églises : Bussière-Badil, Soudat, Étouars, Roussines.

La générosité et la protection des prieurs attira au fil du temps bon nombre de familles influentes des environs : Lajamme, Labrousse, Bernard, Sauvo, Agard, Masfrand, Montsalard, Urtelle... etc.

Deux seigneurs-prieurs de Bussière-Badil s'étaient succédés au cours de la seconde moitié du siècle des Lumières.

Ceci est leur histoire.

L'abbé d'Anterroches (Claude d'Anterroches, 1715-1766)

Prêtre originaire du diocèse de Saint-Flour, chanoine des églises de Cambrai, Brive... etc., il fut l'avant-dernier seigneur-prieur de Bussière-Badil en Périgord à partir de 1738, jusqu'à son décès survenu à l'âge de 50 ans environ.

Il était issu d'une famille de noblesse d'extraction, installée dans la vallée de l'Alagnon et possédant notamment la forêt du Lioran près de Murat.

Fils de Charles-Louis, comte d'Anterroches, gouverneur de Murat et lieutenant des maréchaux de France en Haute-Auvergne, et Jeanne-Cécile de Lastic.

Trois frères et une sœur : Joseph-Charles-Alexandre, maréchal des camps et armées du roi ; Alexandre-César, évêque du diocèse de Condom ; Louis, capitaine au régiment de Picardie ; Catherine, épouse de Pierre de La Rochette, colonel au régiment de la reine.

Né le 20 novembre 1715 au château d'Anterroches, paroisse de Bredon en Haute-Auvergne et baptisé le 13 novembre 1716 dans l'église de Murat.

Il était licencié en théologie de la faculté de Paris et fut reçu docteur en Sorbonne.

L'abbé d'Anterroches fut chanoine-comte du chapitre de Brioude de 1731 à 1737.

Il fut nommé prieur de l'abbaye de Bussière-Badil par le roi en 1738.

Il vécut entre son château en Auvergne, où il demeurait ordinairement, et sa maison à Paris, rue de Grenelle.

Le 26 août 1746, il fut le parrain d'une fille de son procureur et fut représenté pour le baptême dans l'église de Bussière-Badil par le fils de son juge.

Le seigneur-prieur fut engagé dans un procès qui dura plusieurs années contre Élie Morelet, sieur de Mirambeau, bourgeois de Bussière-Badil, en 1748.

Le 30 avril 1750, il fut le parrain d'un fils du comte d'Apchier et fut présent pour le baptême dans l'église de Charraix.

Le 19 septembre 1756, il s'opposa sans succès à la nomination du nouveau prévôt de la communauté de Brioude, le comte de Sereys.

Il nomma Léonard Bernard, sieur de Lajartre, juge de son prieuré royal en 1757 en remplacement de Noël Urtelle, sieur de Saint-Sauveur.

Le 2 janvier 1761, l'abbé d'Anterroches afferma les revenus du prieuré de Bussière-Badil à Nicolas-Charles Plocq, sieur de Ferrière, bourgeois de Paris.

Le 1er février 1764, il fut nommé prieur de Saint-Géraud de Monsempron, par le vicaire général du diocèse d'Agen.

Il décéda au cours de l'été 1766 et fut remplacé par l'abbé de Ganderatz, prêtre du diocèse de Tarbes.

Ses armes étaient d'azur à la bande d'argent, chargée de trois mouchetures d'hermine, accompagnée de deux croisettes d'or, une en chef, l'autre en pointe, surmontée en chef de trois fasces ondées d'argent.

Le tout accompagné, dans les armes spéciales du prieur, d'une couronne de comte, et supporté par deux lions couronnés, et on y remarquait une crosse et une mitre, celles des prieurs de Bussière-Badil.

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L'abbé de Ganderatz (Paul de Ganderatz, 1719-1795)

Prêtre originaire du diocèse de Tarbes, chanoine de l'église de Meaux, il fut le dernier seigneur-prieur de Bussière-Badil en Périgord à partir de 1766 et ce jusqu'à la Révolution française.

Il était issu d'une famille de bourgeoisie bigourdane, installée à Vic.

Fils de Jean, docteur en médecine, et Françoise de Lias. Deux frères : Pierre-François, lieutenant-colonel au régiment d'Auch ; Dominique, procureur du roi aux Eaux et Forêts.

Prêtre et courtisan, il était chapelain du roi, et chapelain de Madame Adélaïde de France, sœur du roi.

Le 4 octobre 1766, il fut nommé prieur de l'abbaye de Bussière-Badil, diocèse de Limoges, par le roi.

Il remplaça l'abbé d'Anterroches, prêtre du diocèse de Saint-Flour, et vécut près de la Cour à Versailles, rue de Satory.

En 1778, son régisseur était Jean-Jérôme de Logé.

En 1780, il nomma Guillaume Pastoureau à la cure de la paroisse de Soudat.

Le 20 janvier 1782, il fut nommé prieur de l'abbaye de Bouras, diocèse d'Auxerre, par le roi.

Sa nièce Mademoiselle de Ganderatz épousa Jacques-Joseph Dufaure, baron de Meilhac, en 1783.

En 1789, un procès l'opposa à Nicolas-Marie Moreau de Montcheuil, conseiller au parlement de Bordeaux, seigneur de la châtellenie de Varaignes dont faisait partie la paroisse de Bussière-Badil.

Celui-ci lui reprochait son intervention en tant que seigneur justicier dans la création d'un atelier de charité dans le bourg de Bussière-Badil.

Le 24 août 1790, jour de la fête de la Saint-Louis, l'abbé de Ganderatz célébra la grande messe dans la chapelle du château de Versailles.

Il était connu pour son caractère débonnaire, ses expressions patoisantes, et sa voix puissante qui faisait trembler les vitres de la chapelle du roi.

Il décéda le 17 nivôse an III (6 janvier 1795) à Versailles, rue Jean-Jacques Rousseau.

Source : Deux prieurs de Bussière-Badil au XVIIIe siècle, de Julien Roland.