Lettre du chevalier de Plamont (1) à son père racontant le duel entre le comte de Roffignac et le baron de Montalembert (2).

à Lille en Flandre, le 8 janvier 1777.

Il y a dejà quelques jours mon cher pere, que mon cousin de Roffignac, passa à Tours, et me dit qu'il n'avoit point obliet l'affaire qu'il avoit avec le Baron de Montalambert ; le voyant decidé absolument à laler rataquer, je n'es rien eu de plus pressé que de l'acompagner ; aitant arivé à Paris il a été chés un nommé Mr de Galatin, officier, et qui est même colonel en second d'un Régiment suisse. Il lui dit devant moy : Comme je sait que vous ête l'ami de Mrs. de Montalambert, je vous prie de signifier au jeune, de ma part, que je veut que cet affaire finice. Il lui répondit qu'a la verité il s'étoit meloit de sa au commencement, et qui le prioit en grace de ne le plus charger de rien, et qui n'etoit point leur ami, et qu'il en chargea quelque autre. Enfin, apprés l'avoir solicité plu sieurs fois, cet officier lui promit de lui apporter une raiponce positive le sur lendemain. En effet, il vint à l'hôtel ou nous étiont logé le jour qu'il nous avoit désignoit, acompagné d'un autre officier ; mon cousin leur dit : Et bien, le Baron le veut-il ou ne le veut-il pas ? Il lui objectere que, comme cette affaire avoit etoit aretée par : le tribunal, qu'il faloit quelle ce passa or du Royaume. Il leur reparti tout de suite qu'il ne demandoit pas mieux. Il fut convenu que le combat se passeroit près de Tournait, sur les tères de la Reine et qu'il étoit essentiel qu'il y eut des themoins de part et d'autre. Enfin le jeune Montalambert, à force d'avoir été arcelé, est arrivé le 5 de ce moys à Tournait ; mon cousin et moy y étions deux jours avant lui. Cette malheureuse affaire ces passée le méme jour, une heure apprès midi environt ; le sort des armes n'a pas été favorable à mon cousin ; il ce sont manqué tous deux de chaq'un un coup de pistolet ; un moment apprès il ce sont retiré chaq'un autre coup. Le jeune Monlalambert a atrapé mon cousin d'une bale à la tête qui a glissé superficiellement près du crane ; la blessure, de la veut de tous les chirjugiens majord dicy, nes nulement danjereuse, et l'on espere très fort qu'il sera gueri dans trois semaines au plus tard. Le jeune Montalambert c'est bien conduit ce jour là. J'etoit decidé et très decidé d'avoir une affaire sur le chan avec le jeune Montalambert ; trois officiers qui etoit venut là pour etre thèmoins si sont absolument opposé ; c'est une marque d'amitié que je vouloit donner à notre cousin qui a tou jours cherché à nous donner des marques d'interêt. Je sent que je lui serés toujours attaché ; je chercherés même toujours avec empressement a lui en donner des preuves. Il me charge, mon cher pere, de vous dire mille choses gratieuses aincy qu'a ma mere. Il a sure de son respet. Il n'oublie pa mon frere a quil fait ces amitiés. Je vous prie d'etre persuadé du sincere atachement que je vou(s ai) voué et du respec avec lequel j'ay l'honneur d'es(tre), mon cher pere, votre très humble et très obeissant serviteur.

Plamont.

Je vous demande en grace, mon père, d'assurer ma mere de mon respec et du plus tendre attachement. Mille amitiés à mon cher Chevalier. Je me fait un vrai plaisir de vous revoir tous en bonne santé. Vous poures me faire tout de suite réponse icy ; addreses votre lettre a Mr de Plamont, fils, a l'hôtel ou est logé Mr le Comte de Rofignac, capitaine au Regiment de Chartre Infanterie ; son Regiment est icy en garnison.

Tenés tout prés l'extrait de Batême de mon frere aincy que tous les papiers que lui sont utilles affin que il face demander, lorsque je serés à Paris, un benefice pour lui. Le certificat que vous m'avez dejà parlé que vous vouliez lui avoir pour les meurs, ne seroit pas de trop. Si vous alez a Perigueux ne parlez de rien a Mme de Javerlhac de l'aventure de son frere. Elle ne doit qu'étre acouchée, et ce ne pouroit que lui faire qune mauvaise sensation. Mr. de Javerlhac est instruit de tout ; je lui et écrit a Tours ou je l'avoit lessé.

Au dos : A Monsieur Monsieur de Plamon

par Paris Route de Limoge
à Thivier en Périgord, pour Exideuil.
au château de Plamont.

Notes :

(1) Pierre de Thomasson, chevalier de Plamont, appartenait à une vieille famille du Périgord maintenue dans sa noblesse en 1666. II élait fils de Jean et de Marie-Suzanne de Couhé de Luzignan. Il mourut chez le baron de Chasteigner au chateau des Defiends, commune de Bunzac, en Angoumois, le 22 décembre 1831.

Sa sœur Marie-Anne de Plamont, religieuse à Saint-Ausone d'Angoulême depuis 1770, accompagna Madame de Durfort de Civrac dernière abbesse de ce couvent au moment de la Révolution et fut arrêtée avec clle après la défaite des armées royalistes aux environs d'Angers et condamnée à mort le 15 frimaire an II avec elle.

La pauvre religieusc par modestie ne prenait que le titre de ser vante de son ancienne abbesse. M. le Docteur Gigon dans son histoire des « victimes de la terreur en Charente » a raconté la mort de Mme de Civrac sans se douter que la prétendue domestique était une ancienne religieuse du couvent de Saint-Ausone.

(2) Le baron de Montalembert l'adversaire de Roffignac, était le beau-frère du marquis de Montalembert. Il avait épousé une demoi selle de Cormarin, sœur de la marquise.

Trois principales familles : de Montalembert, de Galard-Brassac et de Roffignac, possédaient au XVIIIe siècle non loin d'Angoulème des forges importantes : Ruelle, Combiers, La Chapelle-Saint-Robert, etc.

De graves dissentiments régnaient entre les familles de Montalembert et de Roffignac au sujet de fournitures de canons à la marine française. En 1750, le marquis de Galard de Brassac, eut une commande de 200 canons, le comte de Roflignac une de 400 et le marquisde Montalembert une de 800. Ce dernier les accapara toutes et ne tint pas exactement les conventions : de la procés et plus tard duel entre le fils du comte de Roffignac, René Annibal et le proche parent de Montalembert, celui-ci trop agé pour se battre.

Pour provocation au marquis de Montalembert, lieutenant-général des armées du Roy, René Annibal fut envoyé pour six années à la prison de Pierre-Encise ; de là, il vint à Angoulême, où il épousa la fille du gouverneur de la citadelle, Mlle de Ventongeren, René-Annibal de Roflignac était né le 17 décembre 1740. (Archives du château de Castel Fadèze (Dordogne).

Source : Henri de Montégut.