28 mai 2020

La forge de Montbron

Pendant plusieurs siècles, une grosse forge a fonctionné sur la Tardoire au lieu noble de Chabrot dans la paroisse de Montbron en Angoumois, jusqu'à la Révolution française. Dite de Pierre-Pensue et la plus ancienne des archives de la Charente, cette forge est la propriété en 1499 de la famille Couraudin (1). Elle est entrée dans la famille du Rousseau à l'occasion du mariage de Junien du Rousseau, seigneur de Marendat, avec Marie Couraudin, héritière de la terre de Chabrot, en 1540. Le maître de forges en 1678, sous le règne de Louis XIV, est un dénommé Thomas Bernard, bourgeois de la paroisse de Bussière-Badil en Périgord, décédé en 1684 (2). Après 1789, le chef de la famille du Rousseau de Chabrot est Jean-Gédéon du Rousseau, ancien capitaine de la garde du roi, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, propriétaire, maire de la commune de Montbron, décédé en 1814. L'activité, déjà réduite, cesse totalement au XIXe siècle, et les bâtiments sont détruits (3). Le site de Chabrot est inscrit à l'inventaire général du patrimoine culturel en 1990. Aujourd'hui, le vieux moulin voisin de la forge est un restaurant, une passerelle neuve y relie les deux rives de la Tardoire, et le donjon du château est restauré. Les forges ne dominent plus le paysage économique mais le tourisme et les métiers du cuir (4).

Notes :

1. En 1499 et 1504, Jean Couraudin, maître de la forge de Pierre-Pensue à Montbron, acquiert plusieurs pièces de terre appartenant à des paysans, puis en 1506, une rente auprès d'un seigneur de Boussac. La famille Couraudin est noble et propriétaire d'une autre forge à Châtelars au nord de la paroisse de Montembœuf.

2. Thomas Bernard est victime d'un homicide au moment des vendanges. Vengé par ses fils majeurs, les lettres de rémission accordées par le roi à ces derniers sont l'objet d'un article dans le bulletin de la société savante de la Dordogne en 1895.

3. Pierre-Pensue est une usine qui produit 45 milliers de fer au milieu du XVIIIe siècle, un montant honorable mais toutefois peu élevé. Ce n'est plus une grosse forge. La crise de la métallurgie locale, un siècle plus tard, lui est fatale.

4. Jusqu'à 250 emplois sont créés pour la seule unité de production du maroquinier de luxe Hermès, inaugurée en 2015. D'autre part, un gîte rural fonctionne au cœur des 30 hectares du domaine de Chabrot.

5611291 Illustration 1 : vue aérienne de la Tardoire à Montbron, le château de Chabrot est à gauche, au premier plan.

mariage1678

Illustration 2 : mariage de Thomas Bernard et Marie Cureau, registre paroissial de Saint-Étienne-le-Droux.

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La cloche de Saint-Estèphe

Au mois de mai 1760, Charles de Lavie, baron de Nontron, seigneur du Bourdeix, Saint-Etienne-le-Droux et autres places, président honoraire au Parlement de Bordeaux, déposait une plainte contre les habitants de Saint-Etienne-le-Droux, paroisse de l'ancien diocèse de Limoges (aujourd'hui appelée Saint-Estèphe) qui, après avoir eu la politesse de le nommer parrain de leur cloche, et de faire mettre son nom, ses litres et armes dans l'inscription qui la décorait, avaient commis l'insulte de les enlever et de les remplacer par d'autres, malice d'aulant plus injurieuse qu'il était seigneur haut justicier de la paroisse ; sur l'autorisation qui fut accordée d'informer, Ladoire de Chamisac, lieutenant-criminel à Périgueux, se transporta à Saint-Etienne : mais le curé, Pierre Laforest, qui était l'instigateur de cette suppression, lui refusa d'abord l'entrée de l'église et ne lui remit les clefs que sur une sommation par notaire.

Dans le clocher, le lieutenant-criminel trouva deux cloches ; celle qui faisait l'objet de la plainte était la plus grosse et la plus récente ; « sur icelle il y a tout autour quatre lignes d'écriture, par le haut, formées entre cinq cordons compris celui qui est par dessous la quatrième et dernière ligne, savoir les trois premières effacées de force depuis peu de temps, non seulement avec le secours d'un ciseau, mais encore toutes les lettres paraissant comme effacées par la lime au point qu'on reconnaît à peine quelques lettres de loin en loin ; ce qui empêche de pouvoir du tout reconnaître quels noms y avaient été ci-devant formés en môme temps que la fonte de la cloche. Nous a paru aussi dans la seconde ligne qu'entre les mots ou noms ci-devant apposés il y avait deux empreintes ou ligures rondes de la grosseur d'un liard pareillement effacés par la lime. »

« Toutes les trois lignes ont été effacées si uniment qu'il est impossible de savoir ce qui pouvait être écrit ou empreint ; avons pourtant remarqué dans la troisième ligne un seul mot cl gravé en dedans avec un burin composé des lettres PEISEML qui paraît avoir été formé quelque temps après la fonte ; plus avons trouvé dans la quatrième ligne quelques mois ou noms effacés de la même manière que les précédents ; y ayant dans cette ligne les noms suivants en lettres moulées et gravées : P. Laforès, curé. Et à la suite est effacée une écriture ou autre chose de ressemblant de la longueur de doux pouces et demi, et à la suite de celle trassure est marquée l'année 1756 en chiffres élevés en bosse ; à la suite est gravé avec un burin en lettres de moulure : P. L. Rebeyrol. — MM. Peyraud, épouse de M. Bourcin, sr du Bouchet ; y ayant entre la syllabe du et le nom Bouchet une lettre effacée. N'ayant plus rien trouvé d'empreint ni d'écrit sur lad. cloche, si ce n'est le nom de Jacques Bureau Mes, en écriture moulée et y paraît formée en même temps que la cloche qui fut refondue tout comme le chiffre 1756 qui sont les deux seules choses qu'on a laissé subsister. »

De l'enquête qui suivit, il résulta que le grattage de l'inscription primitive et la gravure de la nouvelle avaient été faits par Jean Chantrand, maître-armurier à Piégut, sur l'ordre exprès du curé et malgré les représentations du syndic et de plusieurs habitants qui craignaient de mécontenter le seigneur. Dans son interrogatoire, Chantrand dit que celle cloche, qui était dans une grange depuis la fonte, portait : Jean-Charles de Lavie, chevallier, baron de Nontron, seigneur du Bourdeix, Saint-Estienne-Ledroux, et à la suite le nom de la dame de La Ramière avec ses noms de baptême et de famille dont il ne se souvient ; il ne remarqua pas d'armoiries, mais leurs noms « en chiffre en empreinte élevée ».

M. de Lavie avait bien en effet promis d'être parrain avec la dame de La Ramière, mais pendant quatre ans, il avait renvoyé de jour en jour la cérémonie, si bien que la marraine élail morte ; il avait alors fait dire au curé qu'à la suile de cette fâcheuse circonstance il ne pouvait décemment assister à la bénédiction. M. Laforest annonça donc en chaire le désistement de M. de Lavie et déclara qu'il prendrait comme parrain el marraine celui et celle qui se montreraient le plus généreux envers l'église. Léonard Rebeyrol, marchand au château d'Eygurac, ayant promis dix écus, et M. Peyraud, femme de Mathurin Bourcin, sieur du Bouchet, bourgeois, s'éianl engagée à faire reblanchir l'église ou à donner cinquante livres, furent choisis.

Il avait été d'abord convenu qu'on ajouterait leurs noms sur la cloche à la suite de ceux qui s'y trouvaient déjà ; mais le curé, sans doute mécontent du procédé de M. de Lavie qui lui avait fait attendre quatre ans cette bénédiction, enjoignit au graveur d'enlever toute l'inscription primitive.

Les documents ne font pas connaître quelle suile fut donnée à cette enquête.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1896)

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27 mai 2020

Geneviève-Louise Couraudin de Laudonie

Preuves de la Noblesse de demoiselle Geneviève-Louise Couraudin de Laudonie, présentée pour être reçue dans la communauté des filles demoiselles de la maison de Saint-Louis, fondée par le Moi, à Saint-Cyr, dans le parc de Versailles. Février 1693.

Geneviève-Louise Couraudin de Laudonie. Armes : d'azur, à un arbre d'or, posé sur un tertre de sinople, et accosté de deux fleurs de lis d'or.

Extrait du registre des baptêmes de la paroisse de Notre-Dame de Richelieu, au diocèse de Poitiers, portant que Geneviève-Louise, née le 5me de mars de l'an 1685, du mariage de François Couraudin, écr, sr de Laudonie, et de demoiselle Geneviève Le Bas, sa femme, fut baptisée le lendemain de sa naissance. Cet extrait délivré le 16me de décembre de l'an 1692; signé : du Pui, curé de Richelieu, et légalisé.

Premier degré : Père Et Mère.

François Couraudin, sgr de Laudonie, Geneviève Le Bas, sa femme 1673.

Le Bas : d'argent, à un lion de sable, lampassé et armé de gueules, et posé sur un tertre de sinople.

Contrat de mariage de François Couraudin, écr, sgr de Laudonie, de la Feuillarge et des Champs, fils d'Hélie Couraudin, écr, et de demoiselle Marie du Puis, sa veuve, accordé le 20me d'avril de l'an 1673 avec demoiselle Geneviève Le Bas. Ce contract reçu par Arnault, notaire à Mirebeau.

Acquisition de la seigneurie de la Morinorie dans la paroisse de Nueil-sous-Faye-la-Vineuse, faite le 24me de janvier de l'an 1681, par François Couraudin, écr, sgr de Laudonie, et par demoiselle Geneviève Le Bas, sa femme. Cet acte reçu par Drouin, notaire à Richelieu.

Deuxième degré : Aïeul Et Aïeule

Hélie Couraudin IIe, sgr de Laudonie, Marie-Jeanne du Puis, sa femme, 1648.

Du Puis : d'argent, à un puits de sable posé sur une motte de sinople, et soutenant deux dragons ailés, affrontés de gueules, dont les têtes arrondies en cercle, semblent regarder dans le puits.

Contrat de mariage d'Hélie Couraudin, écr, sgr de Laudonie, en Angoumois, fils d'Hélie Couraudin, écr, et de demoiselle Anne Pastoureau, sa veuve, accordé le llme d'octobre de l'an 1648 avec demoiselle Marie-Jeanne du Puis, fille de René du Puis, écr, sr d'Auge et de la Vacherie, et de demoiselle Jeanne Langlois, sa femme. Ce contrat reçu par Mareau, notaire au Châtelet de Paris.

Création de tutelle et de garde-noble aux enfants d'Hélie Couraudin, écr, sgr de Laudonie faite par le juge de la justice de Saint-Laurent, en Angoumois, le 23me juillet de l'an 1652, et données à demoiselle Marie-Jeanne du Puis, leur mère, du consentement de demoiselle Anne Pastoureau, leur aïeule, veuve d'Hélie Couraudin, écr, sgr de Laudonie. Cet acte signé : Rouhtet.

Jugement de M. d'Aguesseau, intendant dans la généralité de Limoges, rendu le 18me de décembre de l'an 1666, par lequel il donne acte à Marie-Jeanne du Puis, veuve d'Hélie Couraudin, écr, sr de Laudonie, et tutrice de ses enfants, de la représentation qu'elle avait faite de plusieurs titres, pour la justification de leur noblesse. Cet acte signé : D'aguesseau, et contresigné : Le Fèvre.

Troisième degré : Bisaïeul Et Bisaïeule.

Hélie Couraudin Ier, sgr de Laudonie: Anne Pastoureau, sa femme, 1612.

Pastoureau : d'azur, à un chevron d'argent, chargé de sept altérions de sable, et accompagné en pointe d'une gerbe d'or.

Contrat de mariage de noble Hélie Couraudin, écr, sgr de Laudonie, fils de Léonard Couraudin, écr, sgr du Chàtelard, et de demoiselle Jeanne de Blois, sa veuve, accordé le 5me de décembre de l'an 1612, avec demoiselle Anne Pastoureau, fille de noble Nicolas Pastoureau, écr, sgr de Puynode, en Angoumois, et de la Motte-Aubert; et de demoiselle Anne Mathieu, sa femme. Ce contrat reçu par Boutard, notaire à Confolans.

Dénombrement du fief de Laudonie, mouvant de la seigneur de Montembœuf, en Angoumois, donné le 3me de décembre de l'an 1644, à messire Pierre Renaud, chev., sgr de Lagebertrand, et de Montembœuf, par demoiselle Anne Pastoureau, veuve d'Hélie Couraudin, éc. Cet acte reçu par de Jugnal, notaire à Montembœuf.

Partage de la succession de Léonard Couraudin, écr, sgr du Châtelard, faite le 27me de février, de l'an 1619, entre François Couraudin, écr, sgr de la Rivière-Châtelard; Hélie-Daniel Couraudin, écr, sgr de la Rivière-Châtelard; Hélie-Daniel Couraudin, écr, sgr de Laudonie et du Vignaud; Jean Couraudin, écr, demoiselle Jeanne Couraudin, veuve de Robert Joubert, écr, sgr de Cumont, et dlle Marguerite Couraudin, femme de Louis Chevalier, écr, sgr de la Combe, ses enfants. Cet acte reçu par Terrade, notaire à Montberon.

Quatrième degré : Trisaïeul Et Trisaïeule.

Léonard Couraudin, sgr du Châtelard, Jeanne de Blois, sa femme, 1581.

De Blois : d'argent, à une fasce d'azur, chargée de trois étoiles d'or.

Contrat de mariage de noble homme Léonard Couraudin, éc, sgr de Laudonie, fils de François Couraudin, écr, sgr du Châtelard, et d'Isabeau de Combort, sa femme, accordé le 30me de mars de l'an 1581, avec dlle Jeanne de Blois, fille de noble homme Pierre de Blois, écr, sgr de Roussillon, en Saintonge, et de dlle Hardouine de Jarrie, sa femme. Ce contrat reçu par Dejan, notaire à Saint-Germain-de-Seudre.

Transaction, faite le 29me de décembre de l'an 1598, entre François et Jacques Couraudin, écr, et dlle Jeanne de Blois, leur belle-mère, sur le partage qu'elle demandait, comme veuve de Léonard Couraudin, écr, sgr du Châtelard et de Laudonie, et comme tutrice d'Hélie-Daniel, de Jean, de Louise, d'Isabeau et d'Hesléa Couraudin, ses enfants. Cet acte reçu par Brandes, notaire à Angoulême.

Cinquième degré : Quatrième Aïeul Et Aïeule.

François Couraudin I, sgr du Châtelard, Isabeau de Combort, sa femme, 1570.

Partage, donné le 27me de mai de l'an 1574, par François Couraudin, écr, sgr du Châtelard et de Laudonie, à Jacques et à Léonard Couraudin, ses enfants, et de dlle lsabeau de Combort, sa femme. Cet acte reçu par Chabarès, notaire à Civray en Poitou.

Dénombrement de l'Hôtel noble que François Couraudin, écr, tenait dans la mouvance de la seigneurie de Montembœuf, donné le 8me de décembre de l'an 1540, à noble homme Léonet de Brassac, écr, sgr de Saint-Mari, et de Montembœuf. Cet acte reçu par Borrier, notaire, à la Pérouze, en Angoumois.

Partage de la succession de noble homme Jean Couraudin, fait le 17me de février de l'an 1529 entre dlle Jeanne de Mascureau, sa veuve, et François et Pierre Couraudin, ses enfants écrs. Cet acte reçu par de Boies, notaire à Angoulême.

Aveu et dénombrement de l'hôtel de Boussac, assis dans la paroisse de Montembœuf, et mouvant delà seigneurie de Montberon, donné le 24me de juin de l'an 1527, à mre Anne de Montmorency, baron de Montberon, par François et Pierre Couraudin écrs comme héritiers de Jean Couraudin, leur père, écr sgr de Prépaume. Cet acte reçu par Mathieu, notaire à Montberon.

Nous, Charles d Hozier, conseiller du Roi, généalogiste de sa maison, juge général des armes et des blasons de France, et chevalier des ordres militaires de Saint-Maurice et de Saint-Lazare de Savoie, certifions au Roi que demoiselle Geneviève-Louise Couraudin de Laudonie à la noblesse nécessaire pour être reçue dans la communauté des filles demoiselles que Sa Majesté fait élever dans la maison royale de Saint-Louis, fondée à Saint-Cyr, dans le parc de Versailles, comme il est justifié par les actes qui sont énoncés dans cette preuve que nous avons vérifiée et dressée à Paris, le 4 février.

Signé : D'hozier.

(Revue historique de l'Ouest, 1901)

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Le baron séquestre son futur beau-père afin d'obtenir sa fille en mariage

Le 10 juin 1683, Jean Gillibert, Conseiller du Roi, lieutenant-civil et criminel en l'élection d'Angoumois, adressa une longue plainte au lieutenant-général d'Angoumois. « Ses ennemis, puissants et redoutables dans toute la province », avaient obtenu contre lui plusieurs décrets de prise de corps afin de le faire emprisonner. Pour le premier décret, André de Nesmond, seigneur baron des Étangs et de Massignac, lui offrit d'aller à Paris « solliciter » pour lui. Comme il manquait d'argent pour faire le voyage, Gillibert lui donna plus de 4 000 livres. Par malheur, le sieur des Étangs réussit fort mal. Et Gillibert, « pour rétablir son affaire perdue, fut obligé d'aller à Paris lui-même en poste, quoiqu'il fût contraint de se cacher », courant le risque d'être reconnu, arrêté et mis en prison. S'étant fait décharger de ce premier décret de prise de corps, ses ennemis finirent par en obtenir d'autres. Pour leur échapper, il dut se réfugier dans la citadelle d'Angoulême, commandée par un de ses amis. À condition de n'en pas sortir, il s'y trouvait à l'abri. Cependant, sa femme Marie Bourdage, « le voyant abandonné de presque toute la province, tant le crédit de ses ennemis était grand », résolut d'employer à nouveau le baron des Étangs qui avait à ses yeux « l'honneur d'appartenir à Monsieur de Nesmond, premier président à la Tournelle du parlement de Paris », un homme influent dans le monde de la justice et qui, pensait-elle, pourrait tirer son mari d'affaire. Ce dernier ayant eu l'occasion de rendre plusieurs services au baron, « l'ayant bien secouru dans ses mauvaises affaires », pourquoi le baron refuserait-il de lui rendre service à son tour ? Mais le baron, « ne pensant qu'à se tirer de l'abîme où les dettes de feu son père et les siennes l'avaient plongé », sut profiter de l'occasion qui lui était offerte. Il répondit qu'on voulait le faire marier en Périgord avec une fille riche de 100 000 livres et qu'il ne pouvait point abandonner cette affaire pour aller à Paris... à moins que Gillibert ne lui promette sa fille en mariage avec 50 000 livres de dot. La femme de Gillibert « séduite par le sieur des Étangs et par ses émissaires qui lui faisaient espérer les plus belles choses du monde pour elle et pour toute sa famille, se laissa persuader que son mari était perdu pour ses biens et pour sa vie même, d'autant, lui disait-on, que ses ennemis ne manqueraient pas de lui fabriquer des faux témoins. C'est pourquoi elle alla le trouver dans la citadelle pour lui proposer ce mariage auquel Gillibert résista tant qu'il put, remontrant à sa femme que cela ne pouvait pas faire, à moins que de réduire le reste de leur famille à la mendicité, et qu'il aimait mieux s'aller mettre dans les prisons du Parlement et essuyer toute la malice de ses ennemis... À quoi sa femme répondit qu'il ferait ce qu'elle désirait de lui, par amitié ou par force, qu'elle allait l'abandonner elle-même s'il ne consentait à ce mariage... De sorte que se trouvant privé de liberté, menacé d'être abandonné de sa propre femme, dépouillé de son argent et de ses effets qu'il avait laissés entre ses mains, il fit semblant de consentir à un contrat de mariage ». Le sieur des Étangs fit alors venir dans la citadelle le notaire de Massignac qui lui était tout dévoué, pour rédiger le contrat. Puis, il obligea la femme de Gillibert de conduire sa fille au château des Étangs, dans la paroisse de Massignac. Il y fit aussi venir Gillibert. « Pour cet effet, il lui envoya des chevaux et des gens pour le prendre la nuit, dans la citadelle, par la fausse porte d'icelle et le conduire audit lieu des Étangs » où se trouva aussi la sœur du baron, dame de Panvilliers. La fille de Gillibert fut alors confiée à cette dame qui l'emmena dans son château. Dans sa plainte, Gillibert expliquait pourquoi « il n'osa pas résister à force ouverte à cet enlèvement et demander sa fille par les voies de la justice ». Le sieur des Étangs le menaçait en effet constamment de le donner en proie à ses ennemis s'il ne laissait sa fille entre les mains de la dame de Panvilliers. Son futur gendre tint pourtant une partie des promesses faites. Il se rendit à Paris et fit si grande diligence qu'il ne resta que quinze jours en chemin. Il y fit casser le décret de prise de corps rendu contre son futur beau-père auquel il demanda à son retour « de donner les mains à ce que son mariage s'achevât ». Mais Gillibert résista toujours, de toute sa force, disant « qu'il ne pouvait point bailler à sa fille le bien qu'on l'avait forcé de lui promettre par son prétendu contrat de mariage ». Pour l'obliger à céder, le sieur des Etangs adopta alors une autre tactique. Il fit répandre le bruit que les ennemis de Gillibert avaient obtenu un autre décret de prise de corps contre lui. Il se rendit même à Limoges voir l'Intendant, M. Le Bret. Dès son retour, sachant que Gillibert « avait grande croyance en Monsieur Le Bret », il lui assura que l'Intendant lui avait confié que s'il n'était pas venu à Limoges, il allait lui-même « envoyer un homme exprès pour l'avertir qu'il avait eu avis certain de Paris que les ennemis de Gillibert avaient une nouvelle prise de corps contre lui, qu'ils allaient le perdre sans rémission, et qu'il n'y avait point de vie pour lui s'il tombait entre leurs mains ». Pauvre Gillibert ! Retiré au château des Étangs, il s'y croyait pourtant en sûreté ! A partir de ce moment, le baron « lui fit bailler à toute heure de fausses alarmes, lui faisant dire tantôt par l'un, tantôt par l'autre, qu'on avait vu quinze ou vingt cavaliers qui le cherchaient pour l'arrêter et le mener à Paris, pieds et poings liés ». Pour qu'il échappe à ces menaces imaginaires et lui faire croire qu'elles étaient bien réelles, le baron l'obligea à se réfugier au château voisin de La Saludie (actuellement dans la commune de Verneuil). Et pour augmenter ses alarmes, il fit venir la femme de Gillibert « et la mena toute la nuit et à pied, ayant la neige jusqu'aux genoux, audit lieu de La Saludie qui est à une grande lieue des Étangs, pour dire à son mari que ses ennemis le faisaient chercher de tous côtés et qu'il n'y avait point de vie pour lui s'il ne se retirait chez le sieur de Romains, gentilhomme du Périgord, oncle du sieur des Étangs ». Ne pouvant s'imaginer que le sieur des Étangs fût capable d'une telle supercherie, Gillibert se résolut de faire tout ce qu'il voudrait. Il signa à son profit plusieurs obligations pour des sommes importantes, des blancs-seings sur du papier timbré, n'étant pas en état de refuser, d'autant qu'on venait de lui dire « qu'il avait eu bon nez de se retirer de La Saludie pour aller à Romains, parce que la nuit qu'il en était parti, il était venu cinq hommes pour le prendre et que ces cinq hommes en avaient laissé dix ou douze dans le bois, à la porte du logis ». Le sieur des Étangs et un de ses valets le conduisirent donc au château de Romains, au commencement de février 1683. Il n'y fut pas arrivé que sa femme s'y rendit pour le disposer à consentir « que le mariage projeté s'achevât. Mais s'étant récrié, et ayant dit qu'il n'y consentirait jamais, sa femme lui déclara que le mariage se ferait bon gré ou malgré lui, que sa fille était fiancée, que ses bans étaient publiés... Voyant que le sieur des Étangs allait épouser sa fille contre sa volonté, il se mit en devoir d'aller à pied jusqu'à Panvilliers qui est à dix-neuf lieues de Romains, pour s'opposer à ce mariage, se trouvant sans cheval et sans armes parce que le sieur de Romains lui avait fait ôter l'un et l'autre. Mais il fut arrêté par le sieur de Romains et par ses gens ». Gillibert, s'apercevant ainsi « que le sieur des Etangs l'avait mis en prison sous prétexte de lui donner une maison d'asile, dissimula son ressentiment jusqu'à la nuit suivante. Laquelle était venue, il trouva moyen de s'évader par une fenêtre, et sans savoir le chemin et ne sachant même où il allait, il se rendit à pied jusqu'au château de Légurat qui est à deux lieues de Romains (actuellement commune d'Augignac), où il arriva environ la minuit et fut contraint de s'y arrêter à cause de l'obscurité de la nuit et qu'il espérait y trouver un guide. Aussitôt qu'il y fut arrivé, il y fut arrêté par le sieur de Villars, gentilhomme et beau-frère du sieur de Romains, lequel accompagné de quatre cavaliers l'avait suivi de village en village, et il y fut retenu avec beaucoup de violence jusqu'au lendemain matin. Auquel temps le sieur de Romains y arriva lui-même et lui dit qu'il ne souffrirait point qu'il s'en allât parce qu'il avait avis certain que le prévôt de Périgueux, avec toute sa compagnie, l'attendait sur le chemin pour le prendre, par l'ordre de M. l'Intendant. Et il le mena par force au château de La Vallade et l'y garda jusqu'au temps que le sieur des Étangs lui avait dit que son mariage serait fait. Ce temps étant venu (le mariage fait), il n'y eut plus ni prévôt sur le chemin pour le prendre, ni décret de prise de corps contre lui.

Source : Enlèvements rapts et séductions en Angoumois, de Gabriel Delâge.

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20 mai 2020

Salignac-Fénelon émigré

Salignac-Fénelon (André-Emmanuel de) : fils de Claude-Pierre, capitaine au régiment de Perrin , et de Catherine Carron - né au logis noble du Maine Salomon, 30 novembre 1716, baptisé ce jour, paroisse de Cellefrouin - Chevau-léger de la Garde du Roi, 28 mars 1742, présenté par M . de La Maingoterie et agréé par le Duc de Picquigny - présenté au Roi, 1er avril - campagnes de 1742 , 1745 et 1746 - porte-étendard - retiré. Emigré au début de 1792 « la suppression des dimes lui ayant enlevé tous ses revenus » - obtint à Dusseldorf , 4 octobre 1794 , un passeport « pour lui, sa femme, une fille de chambre et un petit enfant » lui permettant de circuler librement dans les Etats du roi de Prusse, l'Allemagne et la Suisse - entré en mars - avril 1795 comme volontaire dans la compagnie de Vétérans du régiment Loyal Emigrants - expédition de Quiberon - fait prisonnier et condamné à mort le 15 thermidor an III par la commission Dinne. Il épousa Françoise - Céleste Garnier de La Boissière, fille d'André, seigneur du Bois et de La Boissière , porte-étendard des Gardes du Corps du Roi, compagnie de Beauvau, et de Françoise de Salignac de La Maingoterie - baptisée à Chassiecq , 26 février 1760 - morte à Confolens, 30 septembre 1833 - elle épousa en secondes noces à Saint-Claud, 19 novembre 1806 , Joseph-Paul Barbier de Landrevie, dit du Chiron, ex-officier au régiment de Barrois - né le 22 avril 1764, baptisé ce jour à Saint-Maxime de Confolens - mort à Confolens, 17 juin 1829 - fils de François, gendarme de la Garde du Roi, et de Elisabeth Dubois de Masdupuy.

Source : L'émigration militaire, de Jean Pinasseau.

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Le sieur de Javelle dans la paroisse d'Édon

Certificat donné le 29 juin 1739 par les syndics, collecteurs & habitants de la paroisse d'Édon, châtellenie de la Rochebeaucourt en Angoumois, assemblés avec Charles de Voisin, curé de la même paroisse, par lequel ils attestent que Messire Jean de Salignac, écuyer, sieur de Javelle, est fils de feu Raymond de Salignac, écuyer, seigneur de Boisbelet du Deveyx & de Cornevet, et de Dame Suzanne Decescau, natifs de la dite paroisse d'Édon, que le dit sieur de Salignac fils avait employé sa jeunesse au service du feu Roy tant en qualité de Volontaire qu'en celle de Capitaine; qu'il avait été fait prisonnier de Guerre; qu'il ne possédait qu'une petite métairie située en la même paroisse d'Édon appelée de "Chez Javelle" du revenu de 150 livres ou environ, que quatre de ses enfants étaient alors au service du Roy & qu'il avait eu trois frères, l'un lieutenant de la Marine, le second lieutenant de cavalerie & le troisième lieutenant de Grenadiers.

Source : Procès-verbaux des preuves de la noblesse des élèves de l'École royale militaire, 1760.

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Liste des prieurs de Bussière-Badil

Liste des prieurs de Bussière-Badil
Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1893

On trouve en :

1291 — Petrus Sulpicius (de Laugardière) aliàs Sulpitius.

1343 — Pierre de Cosnac, prieur de Bussière-Badil, mort à Toulouse, (Nobiliaire du Limousin, t. I, p. 436).

1401 — Frère Simon Guyou, prieur de Bussière.

1474 — Révérend Père André Livenne, prieur de Bussière.

1481 — Me Jean Hélie de Collonges licencié en droit protonotaire du Saint-Siège, prieur de Bussière-Badil, diocèse de Limoges, et de Montbron, diocèse d'Angoulême, fut nommé en 1482 premier premier commendataire de Dalon (1), où il fit faire un terrier. Le 25 septembre 1510, Jean, roi de Navarre, lui permit de faire bâtir une maison forte a Foilhade (2), au diocèse d'Angoulême. Il acheta le fief de Belleville dans le même bourg en 1514, et celui de Maisonnais (3), près le château de Lavauguyon. On le trouve abbé de Tourtoirac (4), en Périgord, en 1489, 1498 et 1530.

Par son testament du 4 septembre 1530, reçu La Jamme, il demande à être enterré par devant l'autel Notre-Dame et en la sépulture que nouvellement il a commencé à faire faire.

Il fit un autre testament le 6 avril 1534 où il demande également également être enterré dans la chapelle de la Sainte-Vierge, qu'il a nouvellement fait bâtir dans l'église de Bussière-BadiI. Jean Hélie de Collonges mourut en 1537 ; mais dès 1533, il est dit ancien abbé de Dalon. (Nob. du Lim., t. II, p. 503.)

Ses armes étaient d'azur, à trois tours d'argent ; ce sont les mêmes que celles des Pompadour, dont il descendait. On voit ses armes dans les églises de Saint-Estèphe (5), du Bourdeix (6) et de Bussière-Badil, églises auxquelles il fit faire de grandes réparations. Ses armes sont supportées par deux anges, et on y remarque aussi une crosse et une mitre, ce qui semble indiquer que les prieurs de Bussière-Badil étaient crossés et mitrés.

1575 — Martial Hélie de Collonges, protonotaire du Saint-Siège et prieur de Bussière-Badil de Nancler, en Angoumois, 1545 ; de Lègueles-Bois, en Poitou, 1574 ; des Salles de La Vauguyon, 1554 ; résigna la cure de Teyjac (7) en 1556 ; prévôt de Feix, paroisse de Saint-Jean de Ligoure (8), 1572.

Avait les mêmes armes que le précédent dont il était parent.

1629 — François de Monssiou, prieur commendataire du prieuré conventuel de Notre-Dame de Saint-Michel de Bussière-Badil.

1643 — De Villedon (Jacques ?), écuyer, prieur commendataire.

1651 — Me Claude de Blanpignon, prieur de Bussière-Badil et autres annexes.

1656 — Gilbert Cuissot, prieur de Bussière-Badil.

1663 — Denis Landin, prêtre, prieur commendataire du prieuré de Notre-Dame de Saint-Michel de Bussière qualifié dans une sentence de 1668 de seigneur haut justicier, direct et foncier dudit lieu.

1672 — Guillaume Duvaucel, prêtre de la congrégation de Saint-Lazare ez Paris, prieur de Notre-Dame de Saint-Michel de Bussière qualifié dans un acte de prêtre et seigneur de Bussière. Il demeurait à Saint-Cyr, près de Versailles.

Guillaume Duvaucel, en mourant, avait légué à la maison de Saint-Lazare de Paris, dont il était membre, tous les immeubles immeubles possédait à Bussière. Ils furent vendus en 1702 à demoiselle Bertrande Faurien, veuve de feu Olivier de Monsalard, docteur en médecine, par Jean Mouillard, prêtre de la congrégation de Saint-Lazare, en vertu d'une procuration délivrée par les religieux de cette maison.

Les immeubles vendus étaient :

1° Une maison située devant la grande porte de l'église, bornée à l'occident par le chemin qui va à la fontaine, au-dessus duquel est une chambre (maisons Delage, Jardry et Dubois), plus les bâtiments en face, servant d'écurie ;

2° Un pré appelé du Moulin-Banaret, contenant un journal et demi, situé dans la prairie des Rivières (c'est le pré dit de M. Rochat) ;

3° Un bâtiment servant de grange, situé à l'entrée du bourg, sur main gauche, en allant à Montbron, ladite grange appelée autrefois de la Trémouille (maison Desplaces). Cette grange avait été saisie pour défaut de paiement d'arrérages de rente et adjugée au sieur Duvaucel ;

4° Un autre pré, contenant un journal et demi, situé dans la prairie dite des Grands-Prés tenue de Montouleix, joignant le ruisseau qui va au moulin de Valette.

Ces quatre immeubles furent vendus 800 livres.

1701 — Gabriel Scavoy ou Scavy, prieur de Bussière, (le nom est effacé et presque illisible).

1701 — Messire J.-B. Le Clerc du Vallon (s'écrit également Duvallon, seigneur abbé du Vallon, était prieur lorsque fut coulée la cloche actuelle, ainsi que l'atteste son inscription :

Jesus, Maria. Je suis faite pour Saint-Michel. — De Laye, seigneur de Varagne. — Duvallon, prieur. — M. S. Poilevé, curé. — M. J. Giri, vicaire. — Elie Nicolas, parrain, bienfacteur. — Suzanne Bernard de Bussière, marrain. — L'an 1725 — Fecit Barreau.

Le clerc du Vallon habitait à Paris chez les Prémontrés.

1753 — Claude d'Anteroche, comte de Brioude (Haute-Loire), maréchal des camps et armées du roi, prêtre du diocèse de Saint-Flour, licencié en théologie de la faculté de Paris, prieur commendataire commendataire Saint-Michel de Bussière-Badil, ordre de Saint-Benoit, Saint-Benoit, de Limoges, et de Saint-Etienne de Rhomy, diocèse de Chartres, seigneur foncier et direct du tènement de Chez-Narot.

Il restait à Paris, rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain. Sa famille tirait son nom du château d'Anteroche, près Murat (Cantal), qui lui appartenait.

Ses armes relevées d'après d'anciens cachets qui scellaient ses lettres sont :

D'azur à la bande d'argent, tachetée de trois mouchetures d'hermine, ayant en chef trois ondes d'argent et de chaque côté de la bande deux flanchis d'argeut en croix, ayant aux angles quatre bezans d'argent. Ces armes sont surmontées de la couronne de comte ; elles sont supportées par deux lions couronnés, et on y remarque, comme dans celles de De Collonges, une crosse et une mitre.

1767 — Paul de Ganderaz, docteur en théologie prêtre et chanoine de Meaux, chapelain de la grande chapelle du roi, chapelain ordinaire ordinaire Madame Adelaïde de France, seigneur et prieur de Bussière, Juillet, Fontenille (9) et ses annexes demeurait ordinairement à Versailles, rue Satory, paroisse de Saint-Louis des Arts.

L'abbaye de Bussière était détruite lorsqu'il était prieur de Bussière, car on employa de son temps les pierres des ruines pour clore le cimetière. Il était encore prieur en 1783, et ce fut probablement le dernier prieur de Bussière.

Louis Sauvo-Desversannes

Notes :

1. Dalon, hameau, commune de Sainte-Trie, canton d'Excideuil (Dordogne).

2. Feuilhade, commune du canton de Montbron (Charente).

3. Maisonnais et Les Salles-Lavauguyon, communes du canton de Saint-Mathieu (Haute-Vienne).

4. Tourtoirac, commune du canton d'Hautefort (Dordogne), ancienne abbaye.

5. Saint-Estèphe, commune du canton de Nontron.

6. Le Bourdeix id.

7. Teyjac id.

8. Saint-Jean de Ligoure, commune du canton de Limoges.

9. Juillet et Fontenille se trouvent près de Mansle (Charente).

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Justice du prieuré de Bussière-Badil

Justice du prieuré de Bussière Badil
Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1905

Comme préliminaire, j'ai cru utile de rappeler en quelques mots ce qu'était la justice féodale.

Dans le principe, la justice était rendue par les seigneurs eux-mêmes. Le droit de justice était, en effet, un des attributs de la souverainté ; il fut donc conféré par les rois aux chefs militaires et autres qui devinrent plus tard seigneurs des terres que leur donnèrent les rois à titre de bénéfices. Ce droit, qui était d'abord personnel, devint par la suite héréditaire, comme les bénéfices.

A l'époque de la féodalité, il y avait deux sortes de justice, la justice royale qui était rendue dans toute l'étendue du royaume et la justice seigneuriale qui était rendue par chaque seigneur dans l'étendue de ses terres. Nous ne nous occuperons que de la justice seigneuriale.

On distinguait trois degrés de justice seigneuriale qui étaient désignés sous les noms de haute, moyenne et basse justice. Le haut justicier, qui avait en mème temps haute, moyenne et basse justice, connaissait de tous les délits et crimes commis sur l'étendue de son territoire, sauf les cas appelés royaux comme les crimes de lèse-majesté et de fausse monnaie. Pour punir ces crimes, il avait le droit de glaive, c'est-à dire il pouvait condamner au fouet, à la marque, aux galères et à la mort ; pour exercer ce droit, il devait avoir des prisons et pouvait faire élever des piloris et des gibets. Cette dernière construction, établie ordinairement au bord de la grande pouge ou grand chemin était appelée Justices, nom qui a traversé les siècles et qui est resté dans plusieurs endroits. Entre Varaignes et Bussière, un bois taillis situé au bord du grand chemin et à l'embranchement des routes de Bussière, Montbron, Varaignes et Soudat est encore appelé : aux « Justices. » Plus un gibet avait de piliers, plus le seigneur était puissant ainsi le comte pouvait faire élever un gibet à six piliers, le baron avait droit à quatre, et le seigneur châtelain à trois.

Le moyen justicier, qui avait aussi la basse justice, pouvait connaître de toutes les causes civiles ; mais en matière criminelle sa compétence variait suivant les lieux et les usages ; elle était toujours minime et ne pouvait, en général, dépasser soixante sous d'amende.

Le bas justicier ne connaissait que des affaires civiles jusqu'à soixante sous parisis, et en matière criminelle il ne pouvait juger que les délits qui pouvaient entraîner jusqu'à dix sous parisis d'amende.

Plus tard, les seigneurs ne voulant plus exercer la justice eux-mêmes, nommèrent des officiers pour les remplacer et rendre la justice en leur nom. Ils en arrivèrent donc à nommer :

Un juge, un lieutenant de juge, un greffier et des sergents ou huissiers.

Ils nommaient aussi les notaires et le geôlier de la prison, qu'ils étaient tenus d'avoir dans leur château.

Quant aux sergents chargés de faire exécuter les sentences des juges, le comte pouvait en nommer douze, le baron six, le seigneur châtelain quatre, et les autres petits seigneurs deux.

Le prieur de Bussière avait moyenne et basse justice dans l'étendue de son prieuré, ces droits de juridiction sont énumérés tout au long dans l'accord suivant, que je traduis :

Nous Poncius de Salaignac (1), licencié en droit canon, abbé de Clérac, au diocèse d'Agen, archidiacre (in umatencis), et doyen do l'église de St-Yrieix (de achuno), arbitre unanimement choisi quant aux affaires ci-après énoncées, à tous ceux qui les présentes lettres verront, liront ou entendront lire, savoir faisons que pardevant nous ont été personnellement constitués honorable et savant homme Me Jean de Colonges (2), prieur du prieuré de la bienheureuse (vierge) Marie de Bussière-Badil, du diocèse de Limoges, pour lui et au nom de son dit prieuré et pour tous les siens sieurs prieurs ses successeurs à l'avenir dudit pricuré, d'une part ;

Et nobles et puissants seigneur Gauthier de Péruse (3), chevalier, seigneur des Cars et de Varaignes, et dame Andrée de Montbron, son épouse, dame des dits lieux. La dite dame Andrée avec la permission, consentement et autorité du dit seigneur son mari, lesquelles choses le seigneur des Cars a accordées et concédées à la dite dame son épouse pour faire passer et reconnaître toutes et chacune des choses ci-après écrites par les leurs et leurs héritiers et successeurs quelconques d'autre part.

Alors les parties et chacun des leurs ainsi constitués ont déclaré que naguère il était survenu une contestation entre le frère Simon Guyon, alors prieur du dit prieuré de Bussière-Badil, d'une part, et les seigneurs conjoints d'autre part, à cause et à raison de la juridiction du bourg précité de Bussière.

Que le prieur dont s'agit affirmait qu'il avait, dans ce bourg, la basse et moyenne justice, que de leur côté les seigneurs conjoints prélendaient posséder dans le même bourg de Bussière, à cause de leur château et de leur châtellenie de Varaignes, dans les limites desquels il se trouvait enclavé, la haute, moyenne et basse justice mère, mixte, impère et l'exercice d'icelle, avec jouissance de ces mêmes droits et qu'ils étaient en bonne possession et saisine de ces mêmes droits. Qu'un procès au sujet des droits contestés eut lieu en la cour de Varaignes pardevant Me Pierre Gérard, homme discret et sénéchal de cette même cour, entre le prieur déjà nommé agresseur et requérant et le procureur des seigneurs conjoints défendeur. Le procès aboutit à cette fin que le même sénéchal adjugea au même prieur le droit de basse justice jusqu'à concurrence de soixante sous et un denier, dans le bourg de Bussière et de ses dépendances comprises au dedans des limites de la châtellenie de Varaignes, ainsi que cela avait été jugé par le même sénéchal et même lieu dans les assises tenues à Varaignes, le 28 décembre de l'an du Seigneur 1401. Que les choses promises n'étant pas exécutées, la contestations recommença entre le révérand père André de Livene, prieur du dit prieuré, prédécesseur immédiat du prieur actuel, et les seigneurs époux précités, et que par une seconde décision ajoutée à la première par le même sénéchal de Varaignes, il fut établi entre les parties que le dit prieur et ceux qui viendraient après lui jouiraient comme leurs prédécesseurs perpétuellement, et dès maintenant, de la dite juridiction de Bussière-Badil, jusqu'à concurrence de 60 sous et un denier, ainsi que cela fut établi et constaté par la transaction passée par Mes Pierre de Mazia et Pierre de Borie, le 10 septembre de l'an du Seigneur 1474. Mais, comme en même temps les parties dirent et affirmèrent ouvertement et publiquement qu'elles voulaient et désiraient que cette décision fût observée de point en point, il était juste d'établir la différence qui devait exister entre les deux juridictions. D'une part, le prieur disait que puisqu'il était convenu que la juridiction de Bussière lui appartenait jusqu'à concurrence de 60 sous et un denier, lui et ses officiers (juges), pouvaient connaître dans le bourg précité de toutes les causes tant réelles que personnelles, soit en matière possessoire ou pétitoire, des actions pour injures réelles ou verbales, qu'il pourrait tenir prisons, punir les malfaiteurs, nommer des tuteurs et des curateurs, prononcer contre les débiteurs, assigner les parties, punir d'une amende, pourvu toutefois qu'elle ne dépassât pas la somme convenue de 60 sous et un denier, donner des mesures, avoir le droit de sceau et de garde (vigerie).

D'une part, les seigneurs époux disaient au contraire que comme le bourg de Bussière était enclavé dans la châtellenie de Varaignes, eux et leurs prédécesseurs avaient dès la plus haute antiquité toute juridiction sur le bourg précité, savoir : la haute, moyenne et basse justice, mère, mixte et impère ; mais que, en l'honneur de la glorieuse Vierge Marie, en l'honneur de laquelle le prieuré de Bussière avait été fondé, ils avaient consenti, dans la convention ou accord précité, que le prieur exercerait la basse justice jusqu'à concurrence de 60 sous et un denier, et qu'il résultait de l'examen attentif et sérieux de cette même convention que ledit prieur et ses juges ne pourraient connaître des injures verbales ou réelles, qu'ils ne pourraient donner ni tuteurs, ni curateurs, ni condamner les débiteurs, ni faire assurer la sécurité, ni tenir prison, ni incarcérer les criminels, ni donner des mesures, ni avoir le droit de sceau, ni de vigerie, enfin qu'ils ne pourraient connaître d'aucune autre cause que des plus minimes de la basse justice, et qu'en outre, les seigneurs époux pourraient faire tenir les assises de leur juridiction dans ledit bourg par leur sénéchal ou juge, ainsi que cette manière de faire et d'exercer leur juridiction a été exercée et dont ils sont en bonne possession et saisine.

Conformément à la volonté des parties, comme elles en sont convenues, après avoir remis dans nos mains la convention précitée faite avec le susdit révérend père André de Livene, ainsi que les autres documents que les parties elles-mêmes ont bien voulu nous confier ; ensemble les avis donnés par des hommes instruites sur les droits contestés, nous avons formulé notre décision arbitrale sur tous les points en litige. Mais désirant que notre décision soit observée et respectée et honorée tout comme si elle était un jugement rendu par une cour de parlement ; en l'honneur et en considération des parties, après avoir pris conseil d'hommes habiles et savants, après avoir délibéré avec eux, après avoir bien pesé tous les termes de ladite transaction, conformément à l'avis de plusieurs hommes nobles et instruits, voulant sauvegarder les droits de l'église de Bussière, et désirant auss maintenir la paix entre les parties ; après avoir entendu tous leurs dires et allégations, les mêmes parties me demandant personnellement de régler leur différend, nous avons décidé ce qui suit sur le fond de la contestation et sur le modus vivendi des parties :

Ledit prieur pourra connaître dès maintenant des causes civiles, et pétitoires ou personnelles, de quelque quantité ou qualités, qu'elles soient pour les choses ou les personnes comprises ou habitant dans le bourg de Bussière et au-dedans des limites de ses appartenances (dépendances) ; il pourra aussi connaître des injures verbales et réelles, pourvu toutefois qu'elles ne soient pas atroces et telles que la peine ou l'amende encourue ne dépasse pas la somme déjà indiquée de soixante sous et un denier. Néammoins, il pourra prononcer contre les débiteurs, faire et assureur la sécurité, pourvu que la peine ou l'amende n'excède pas ladite somme de soixante sous et un denier ; mais ledit prieur ne pourrai connaître des causes qui entraîneraient une peine ou une amende corporelle, ni des affaires dépassant la somme précitée, et il ne pourra assigner les parties adverses pour les concilier. Le même prieur ne pourra connaître des causes qui entraîneraient une peine ou une amende corporelle, ni des affaires dépassant la somme précitée, et il ne pourra assigner les parties adversespour les concilier. Le même prieur ne pourra donner ni tuteurs, ni curateurs, ni retenir des prisonniers, à moins que ce ne soit dans l'intentions de les livrer au sénéchal ou juge de la juridiction de Varaignes ; lequel juge pourra tenir la cour ou les assises de ladite châtellenie de Varaignes dans ledit bourg de Bussière-Badil et au-dedans des limites déjà mentionnées, et y connaître de toutes les causes concernant sa juridiction, tout en laissant audit prieur les cuases qui seraient de son ressort, ainsi que nous l'avons déjà réglé. Le même prieur pourra, dans le bourg et ses dépendances, donner et assigner des mesures et percevoir tout droit et denier de vigerie.

Telle est la déclaration, l'arrangement, le traité, la transaction faits par nous et que les parties tant pour elles et les leurs que pour quiconque pourrait y avoir quelque intérêt dans le présent ou dans l'avenir, ont approuvés, acceptés, ratifiés pour valoir, tenir et avoir force et solidité à toujours, elles y ont donné leur assentiment et consentement pour toutes et chacune des choses promises, s'engageant pour eux et les leurs à les tenir et observer à perpétuité, à ne rien opposer, alléguer, dire et faire qui y soit contraire en quoi que ce soit, et par eux-mêmes, ni par autrui, ni secrètement, ni ouvertement, ni tacitement, ni distinctement, à ne fournir à aucune personne ennemie, ni cause, ni moyen, ni subterfuge pour cause de vigerie, ni secours, ni conseil, ni faveur pour venir à l'encontre des présentes.

Les parties, après avoir promis toutes ces choses, les ont confirmées par leurs serments sur les saints évangiles de Dieu avec renonciation de fait et de droit et de discussion. En outre, pour la garantie et le maintien à perpétuité des choses promises, les parties ont d'ores et déjà obligé (hypothéqué) les uns à l'égard des autres pour eux et leurs héritiers et successeurs, savoir : Le dit seigneur prieur tous les biens de son prieuré. Lesdits seigneurs conjoints tous et chacun leurs biens mobiliers et immobiliers, présents et futures quel que soit le lieu qu'ils occupent et le nom qu'ils portent. Les parties consentent à être contraintes à l'exécution (observation) des présentes par tous les moyens de justice nécessaires et opportuns. En outre, pour la sûreté et l'assurance des choses promises et de chacune d'elles, cet acte a été fait en présence et d'après la volonté et consentement des parties si souvent nommées et des leurs qui s'y ont trouvés d'une part, et y ont consenti d'autre part par leurs fondés de pouvoir présents et stipulant solonnellement par Pierre de Marandi et Léonard de Chesrade, clercs à la cour du seigneur official de Limoges, commis et délégués et soussignés pour la lecture et l'exécution des actes de cette cour. Les parties ayant ensuite promis spontanément de se soumettre à ace qui va être dit ci-après comme à une sentence juridique. Alors nous official de Limoges, accordant une fois entière aux présentes conventions, telles que les actes nous en ont été remis par nos commissaires précités, qui les ont reçus et rédigés à notre place et sous notre autorité, voulons qu'il y soit ajouté une foi aussi complète que si ces mêmes actes avaient été rédigés ou reçus par nous. Nous leurs donnons notre ratification que s'ils résultaient d'un jugement prononcé par nous en notre cour provinciale, nous y avons fait opposer notre sceau de la cour de Limoges afin qu'ils accordé une foi pleine et entière à toutes les choses y contenues.

Donné et fait au château des Cars en présence de homme noble Me Antoine de Sanète, fidèle damoiseau, seigneur de la Ribière, homme religieux Jean de l'ordre de Saint Benoît, Jean de Lamarie et Jean de Rosin, clercs, tous témoins commis et appelés et présents le 24 du mois d'avril de l'an du seigneur 1481. Ainsi signé : De Chaneyde avec le jurisconsulte précité, de Marandu avec le jurisconsulte de Cheyrade.

Voici donc quels étaient les droits de juridiction du prieuré de Bussière--Badil. Ce droit fut toujours contesté par les seigneurs de Varaignes, ainsi qu'il résulte des accords survenus en 1401, 1474, 1481, 1495, 1503 et 1541 (4) ; mais les prieurs eurent toujours gain de cause, en voici quelques preuves.

En 1764, Lajamme de Belleville et delle Thomas, son épouse, assignés à la cour de Varaignes, déclarent par leur procureur Thomas Bernard, jeune, qu'ils n'ont pu être valablement assignés à Varaignes puisqu'ils résiident à Bussière-Badil, où il y a justice qui connaît de toutes causes à l'exception des affaires criminelles. Sur les conclusions du procureur d'office, Me Léonard Bernard, la cause est renvoyée pardevant le juge du prieuré de Bussière-Badil.

On trouve également à l'article 12 de l'arrêt du Grand-Conseil, en date du 12 novembre 1780, annonçant la vente des biens de défunt Me Jacques de Laye, ci-devant président en la Chambre des Comptes, Aides et Finances de Normandie, comte de La Vauguyon et seigneur de la châtellenie de Varaignes :

« La justice haute, moyenne et basse dans l'étendue des susdites paroisses à l'exception du bourg de Bussière, à l'égard de laquelle la justice moyenne et basse ne sont point dépendantes de la châtellenie de Varaignes, mais seulement la haute justice ».

En 1789 le seigneur de Varaignes, intervenant dans un procès, fit défense au prieur de Bussière l'abbé Ganderatz (5) de prendre le titre de seigneur de Bussière ; sa demande fut rejetée. Cependant nous avons cru utile de citer la requête qu'il fit à ce sujet, car dans ce document il reconnaît que le prieur de Bussière avait la moyenne et basse justice dans l'étendue de son prieuré.

« Supplie humblement Mre Nicolas-Marie Moreau de Montcheuil, conseiller au Parlement de Bordeaux, seigneur haut justicier de la châtellenie de Varaignes, des paroises de Buzière-Basil, Buxerolle, Eymoutier, Soudat Teyzac, St-Maurice de Montbron et de la baronie de St-Martial de Vallete et autres lieux, disant que les prétentions que le seigneur de Ganerat, abbé commendataire de l'abbaye royale de Buxière vient de faire éclore dans une requête en intervention qu'il a fait signifier au procès pendant en la cour entre le sieur de Jalaniac, prêtre et curé de Buxière Badil, le sieur Jeannet de Lafon, se disant syndic général des habitants de ladite paroisse, et le sr de Lesard, se disant aussi syndic général desdits habitants, forcent le suppliant d'intervenir dans la même instance pour soutenir ses droits que ledit sieur de Ganderat a attaqué, en s'attribuant la qualité de seigneur du bourg et ville de Buxière, et prétendant en cette qualité avoir la police sur une place publique de cette ville. — Fait : — En l'année 1782, quelques habitants de la ville de Buxière, exités par le zèle de leur pasteur, lors vicaire de la dite paroisse, formèrent le projet d'établir un attelier de charité pour soulager les pauvres et écarter les abus de l'oisive mendicité que la disette de cette année semblait autoriser ; en conséquence ils délibérèrent de former une bourse commune pour faire certaines réparations à une place qui est au côté de l'église joignant le cimetière. Quelques autres habitants s'opposèrent à cette entreprise, quels que soient les motifs de cette opposition, le suppliant a gardé le silence, tant que les parties contendantes n'ont pas cherché à jeter du doute sur ses droits de seigneur haut justicier, quoique le sieur Jeannet de Lafond eût donné dans sa requête au prieur la qualité de seigneur du bourg, il avait re ardé cette qualification comme une expression échappée au rédacteur de la requête et qui ne pouvait tirer à conséquence. Mais aujourd'hui le sieur abbé de Ganderat, qui n'a que la moyenne et basse justice, est intervenu dans l'instance et au lieu de se borner à soutenir les droits privés qu'il peut avoir sur cette place, en supposant qu'elle fût une dépendance de son bénéfice, il appuie encore son intervention sur l'inspection et la police qu'il a droit d'exercer sur cette place dans le cas que ce fût une place publique. C'est uniquement cette prétention qui a déterminé le suppliant à intervenir dans l'instance pour obliger le sieur abbé Ganderat à lui reconnaître la qualité de seigneur haut justicier de la ville, bourg et paroisse de Bussière, il peut d'autant moins passer sous silence cette entreprise qu'il été instruit que les officiers dudit sieur abbé de Ganderat ont cherché souvent par des actes clandestins à établir une possession contraire aux droits incontestables du suppliant ; ils sont établis sur les titres les plus autenthiques et notamment par le dénombrement de la châtellenie de Varaignes, des ides de juin 1280, fourni par Robert de Montbron, seigneur de Varaignes, par la cession de cette terre faite par François de Montbron à Gautier de Péruse, qui en prit possession publique le 20 mars 1451 — Routier, notaire royal, — par la transaction passée entre ledit seigneur et R. P. André du Lieutermes, (6), prieur de Buxière, devant Labory et Mazières, notaires royaux, le 12 septembre 1474. Sentence arbitrale rendue par Ponce de Salagna, archidiacre d'Agen, sur le différend existant entre ledit seigneur Gautier de Péruse et Jean de Coulonges (7), prieur dudit Buxière, le 24 avril 1481, par autre transaction passée entre les mêmes parties et pour même fait devant Boschaud, notaire, le 14 février 1495, pour l'enquête judiciairement faite le 19 mars 1503, devant le sieur Etienne Tricar, lieutenant-général de la sénéchaussée de Périgord, par le contrat de vente de la terre de Varaignes faite par la direction des créanciers de la maison d'Escarts et de La Vauguyon à sieur Vincent Le Blanc, le 10 mars 1720, par autre contrat de vente de la même terre fait par ledit Vincent Le Blanc à Mre Pierre-Jacques de Laye, président des Comptes, le 1er octobre 1723, prise de la possession de ce dernier du 20 mars 1724, arrêt d'adjudication par décret de la même prononcé au Grand Conseil au profit de la mère du suppliant le... 1780, et plusieurs autres actes dont ledit seigneur intervenant se réserve de faire usage en temps et lieu, et de tous lesquels actes il résulte incontestablement que dans le temps le plus reculé comme actuellement la justice de la ville, bourg et paroisse de Bussière-Badil a toujours fait partie intégrante de la châtellenie de Varaignes. C'est donc mal à propos que le sieur abbé de Ganderat a pris la qualité de seigneur du bourg, cette qualification appartient exclusivement au seigneur haut justicier ; c'est de la doctrine de tous les auteurs confirmée par plusieurs arrêts, entre autres celui du 30 mars 1627 rapporté par Lapeyre, lettre S n° 13, par lequel il fut jugé que le seigneur haut justicier prendrait le nom de la paroisse à l'exclusion du seigneur moyen et bas de la même paroisse. Ce con. N. il v. p. de vos. g. faisant droit de la présente requête, recevoir le suppliant partie intervenante au procès pendant en la cour entre le sieur abbé de Jalagnac, prêtre, curé de Buxière, le sieur Janet de Lafon, se disant syndic général des habitants de ladite paroisse, le sieur de Lessard, se disant aussi syndic général desdits habitants, ce faisant sans s'arrêter aux dits ou allégués par le sieur abbé de Ganderat, lui faire inhibition et défense de prendre la qualité de seigneur de la ville et bourg et paroisse de Buxière, n'y exercer aucun acte de justice sur ladite place publique autres que ceux qui peuvent appartenir au seigneur moyen et bas justicier, à quoi conclut avec dépenses et F. B.

Cassé le suppliant sa requête en jugement fait à Bordeaux en parlement le 18 juillet 1789 — Signé : Combre. »

Cependant le juge du prieuré de Bussière-Badil connaissait de toutes causes, excepté des affaires criminelles ainsi que nous avons pu le constater par divers jugements rendus à la cour de Bussière. En voici quelques exemples

En 1677. Jugement pour coups et blessures entre des habitants de Maudeuil, paroisse d'Eymouthiers (Charente), dépendant de la juridiction du prieuré de Bussière.

En 1715. Jugement nommant un tuteur aux enfants de feu Descrachapt sr des Essarts.

En 1718. Emancipation de Antoine-Nicolas de Lafayanne.

En 1729. Renonciation à succession devant le juge de Bussière.

En 1729. Jugement en payement de 200 livres contre Jeanne Descrachapt.

En 1736. Jugement en payement de 150 livres entre Jacques Martial Dohet, seigneur de Boyron et Sauvo Léonard, sr des Versannes.

En 1783. Jugement en payement d'arrérages de rente dus par les fils Bernard aux sœurs de Sainte-Claire de Nontron (tant pour raison de la rente instituée de cent livres que pour la pension viagère de Marguerite Bernard, religieuse professe au dit couvent).

La juridiction du prieuré de Bussière-Badil comprenait les paroisses de Bussière, Soudat, Busserolles et Eymouthiers.

Les juges et autres officiers des justices seigneuriales n'avaient point d'émoluments fixes, ils étaient payés par les parties suivant un tarif établi par la cour d'où elles ressortissaient. Voici quels étaient ces droits d'après un arrêt de la Cour de Parlement de Bordeaux, en date du 15 mai 1698 :

• Droits du juge et procureur d'office tant en matière civile que criminelle...

Pour chaque appointement (8) interlocutoire portant coup en définitive, trois sols.

Pour la signature d'un appointement de condamnation, trois sols, et s'il porte mandement, six sols.

Pour un appointement qui porte le serment des parties, six sols.

Pour la signature d'un appointement portant qu'un dommage sera veu et visité, trois sols.

Pour la signature de l'appointement de serment d'experts, trois sols pour chaque expert.

Pour le droit du rapport des dits experts, trois sols pour chacun. Pour une audition catégorique, cinq sols.

Pour la déposition de chaque témoin en enquête, trois sols.

Pour le droit de mandement de saisie sous caution, six sols.

Pour la signature d'un expédient accordé par les parties, seize sols.

Pour le droit de pareatis (9) et lettres réquisitoires, trois sols.

Pour la signature d'un appointement portant acte de la nomination d'un curateur faite par un adulte, trois sols.

Pour un appointement portant que les mineurs seront pourvus d'un tuteur, trois sols.

Pour la signature d'un appointement portant qu'un tuteur ou curateur, prêteront le serment, trois sols, et lorsqu'il lèvera la main, ou qu'il sera ordonné que le serment sera tenu pour prêté, seize sols.

Au procureur d'office, pour son droit dudit appointement de provision, seize sols.

Pour le droit de vacation du juge à la faction d'un inventaire des biens de mineurs, non pourvus, s'il en est requis suivant les séances qu'il y employera, à raison de trois livres quatre sols par séance.

Au procureur d'office, idem.

Si l'inventaire est fait ou qu'il soit ordonné qu'il sera procédé à la vérification dicelui, trois livres quatre sols par séance.

Pour le procureur d'office, idem.

Pour le transport dudit juge s'il en est requis, trente-deux sols.

Pour le procureur d'office, idem.

Pour l'émancipation, seize sols.

Pour l'appointement qui octroye acte de la prestation et affirmation d'un compte, seize sols.

Pour le droit de quittance judiciaire, seize sols.

Pour les proclamats (10) sur la délivrance (les fruits des biens saisis, des biens des mineurs ou de leurs personnes, au moins disans, pour chacun trois sols.

Pour l'appoinlement qui dispense de faire les proclamats, douze sols.

Pour la réception des enchères, trois sols pour chacune.

Pour la délivrance des susdits fruits, ou des personnes des mineurs seize soli!.

Au procureur d'office, idem.

Pour l'appointement portant permission de vendre les meubles des mineurs, seize sols.

Au procureur d'office, idem.

Pour la réception de la caution sans contestation, seize sols, et quand il y aura contestation, trente-deux sols.

Pour le droit de signature des appointements de main-levée des sommes, meubles non saisis, ou du bétail qui sera dans le parc de justice, au juge, seize sols.

Au procureur d'office, idem, s'il est ouï.

Au dit procureur d'office pour assister à le vente des meubles des mineurs en cas qu'ils ne soient pourvus de tuteur, trois livres par séance.

Pour l'appointement d'averation de promesse d'une personne vivante, au juge, trois sols. Et s'il s'agit de l'averation de l'écriture d'une personne morte, et qu'il la faille faire par comparaison de seing, suivant la déclaration de Sa Majesté, seize sols.

• Droits des procureurs au civil...

Pour chaque présentation, tant en demandant qu'en défendant, huit sols, en cas que la somme excède dix livres, et en cas de seconde présentation, ou en chose, ou en somme demandée n'excédant dix livres, cinq sols.

Pour chaque requisition en jugement, deux sols.

Pour le droit d'inventaire de production qui contiendra vingt-cinq lignes en chaque page, et quinze syllabes à chaque ligne, pour chaque feuillet, cinq sols.

Pour le droit de compte en grand papier, avec la même contenance, cinq sols par feuillet.

Pour chaque feuillet de rolle de loyaux-coûts, avec même contenance, quatre sols.

Pour assister le juge à la visite qu'il fera à quelque malade, le tiers moins de la taxe du juge.

Pour la présentation lorsqu'il y aura assignation ù voir faire le serment en conséquence d'un appointement ou sentence, huit sols.

Pour la présentation sur la main-levée du bétail, huit sols. Pour la présentation sur une délivrance de fruits des biens des mineurs, ou de leurs personnes, au moins disant, huit sols.

Pour la signature d'un expédient (11), huit sols.

Pour l'assistance à un inventaire, ou à la vente des meubles des mineurs, ou autres, en cas que le procureur soit requis par la partie d'y assister, le tiers des droits du juge, suivant la déclaration de Sa Majesté.

Pour l'assistance à une montrée, ou autrement, le tiers moins des droits du juge, suivant ladite déclaration.

Pour la production des témoins en une enquête, cinq sols.

Pour dresser une plainte par requête, seize sols.

• Droits du greffier au civil...

Pour le registement et appel de la cause pour la première fois, un sol.

Pour l'expédition d'un appointement de condamnation, trois sols.

Pour l'expédition d'un appointement portant qu'un dommage sera vu et visité, trois sols.

Pour l'expédition d'un appointement de prestation de serment des experts, six sols:

Pour le droit de rapport des experts, trois sols pour chacun expert, sans y comprendre l'expédition de l'appointement, duquel il prendra trois sols seulement.

Pour une audition cathégorique, cinq sols, sans comprendre la grosse, pour laquelle il prendra à raison de deux sols six deniers par feuillet.

Pour la déposition de chaque témoin, soit en enquête sommaire, ou autrement, trois sols, sans y comprendre la grosse..

Pour un mandement de saisie sous caution, six sols.

Pour un pareatis et lettres réquisitoires, trois sols.

Pour un appointement portant que le tuteur prêtera le serment trois sols, et lorsqu'il prêtera le serment, ou qu'il sera tenu pour prêté, seize sols, y compris l'expédilion.

Pour le droit et vacation d'un inventaire des biens des mineurs, le tiers moins au juge ou la grosse.

Pour la vérification d'un inventaire, le tiers moins qu'au juge ou le droit de grosse.

Pour une émancipation, seize sols.

Pour la répudiation d'hérédité, huit sols.

Pour le droit d'assistance il un compte des mineurs ou autre, le tiers moins qu'au juge ou le droit de grosse.

Pour chaque proclamat, trois sols, et s'il y a appointement qui dispense de faire les proclamats, douze sols.

Pour la réception de chaque enchère, trois sols.

Pour la délivrance des fruits ou personnes des mineurs, seize sols.

Pour la réception des cautions, seize sols.

Pour une quittance judiciaire, seize sols, sans y comprendre l'expédition de l'appointement, duquel il prendra trois sols.

Pour un appointement do mainlevée des sommes, meubles ou bétail qui sera dans le parc de justice, seize sols.

Pour le droit de distribution de chaque sac, trois sols.

Pour assister à la vente des meubles des mineurs non pourvus de tuteur, le tiers moins qu'au procureur d'office, ou le droit de grosse.

Pour appointement portant affirmation d'un compte, seize sols.

Pour l'averation d'une promesse, trois sols, outre l'expédition de l'appointement, dont il prendra trois sols.

Pour le droit d'affirmation, trois sols.

Pour les grosses des enquêtes, attestations, procès-verbaux de visite en matière civile, et sentences dans les tutelles le greffier sera obligé de mettre vingt-cing lignes à chaque page, et quinze sillabes à chaque ligne, il sera payé de deux sols six deniers par feuillet, avec défense de grossoyer aucunes requêtes en inhibitions, ni prendre de plus grands droits que ceux qui ont été ci-dessus taxez.

• Droits du prévôt, bayle et sergent ordinaire...

Pour chaque assignation donnée au bourg de la juridiction, et aux environs cinq sols, et hors du bourg, dix sols, sans y comprendre le papier et le controlle.

Pour les significations des appointements, requêtes et autres actes qu'ils signifieront aux procureurs, dans les domiciles qu'ils seront obligés d'élire dans le bourg ; et au cas qu'ils n'y soient pas restans, deux sols, et si la signification est faite à personne, cinq sols, attendu le controlle, et dans l'étendue de la juridiction hors le bourg, dix sols, sans comprendre le papier de controlle.

Pour le droit des simples commandements, ciml sols, dans le bourg et ès environs, hors le bourg dix sols.

Pour le droit réitératif commandement, saisie et exécution mobiliaire, trente-deux sols, et dix sols pour chaque assistant, sans comprendre le papier et le controlle.

Pour le droit de chaque emprisonnement fait dans le bourg et ès environs, trente-deux sols et dix sols pour chaque assistant, si l'emprisonnement est fait dans le bourg, et dans l'étendue de la juridiclion ; trois livres quatre sols y compris les assistants, outre le papier et controlle.

Pour chaque proclamat des fruits des biens des mineurs, ou autres biens saisis, trois sols.

S'il est présent par ordre du juge lors de la faction des inventaires, ou en cas de transport, dix sols.

Pour chaque séance qu'ils vaqueront à encans de meubles, vingt sols, et ne pourront procéder à aucune vente et encan qu'en présence du greffier, et remettront le procès-verbal au greffe pour des mineurs, procureurs d'oflice et autres y ayant intérêt.

Pour le droit de geolle d'un prisonnier, deux sols six deniers par jour.

Pour le droit d'entrée cinq sols, et pour la sortie, autres cinq sols.

Pour le bétail à corne, chevaux et jumens, pour entrée et sortie, cinq sols par pièce.

Pour le droit de nourriture, tant pour le jour que pour la nuit, six sols.

Pour le droit de garde, deux sols par jour et nuit.

Pour le menu bétail, tant pour le droit d'entrée que sortie, un sol par tête.

Pour la nourriture un sol.

Pour le droit de vente faite en conséquence d'un exécutoire ou condamnation au devant le parquet de la juridiction, quatre deniers par livre, sans y comprendre le droit du procès-verbal, à raison de deux sols six deniers par feuillet, qui contiendra vingt-cinq lignes à chaque page, et quinze sillabes à chaque ligne.

Seront tenus les prévôts, bayle et sergent ordinaire de la juridiction, de se rendre dans le parquet les jours d'audience ; et ne pourront s'absenter plus d'un jour de la juridiction, sans cause et sans permission du juge ou du procureur d'office en cas d'absence du juge. Signé, Belluye.

Pour les officiers de la juridiction de Bussière, voici les noms que nous avons trouvés jusqu'à la Révolution :

1° Juges et lieutenants de juges. — 1617, Mancy-Deyriaud. — 1672-75, Léonard Bouthinon. — 1677-87, Hélie Dayres, lieutenant de la chastellenie de Bussière et Busserolles. — 1691-96, de Basset, avocat en la cour et parlement de Bordeaux. — 1693-97, Léobon Nicolas, lieutenant. — 1696-1730, Jean de Peyris sr de Laboissière, juge sénéchal, 1730. Par suite de vacance, Mousnier, plus ancien procureur, remplit les fonctions de juge. — 1730-43, Lazare Agard sr de Roumejoux, juge de Bussière, Soudat et autres lieux, nommé le 9 septembre 1730 par J.-B. Le Clerc du Vallon des Alleux, abbé commendataire et seigneur prieur de Bussière-Badil. — 1746-56, Noël d'Urtelle sr de Saint-Sauveur. — 1757-74, Léonard Bernard, sr de Lajartre, nommé en 1757 par Claude d'Anteroche, prieur de Bussière, mourut en 1773. — 1775-90, Pierre Janet de Lasfons, demeurait à Etapeau, commune de Bussière, et s'intitulait également juge de Connezac.

2° Procureurs d'office. — 1672-93, Pierre Nicolas. — 1710-30, Lazare Agard. — 1736-57, Thomas Bernard de Lajartre. — 1758, Léonard Bernard, sr de Lajartre. — 1766, Antoine-Sicaire Eyriaud, sr de Béchemore. — 1771, Eyriaud, notaire (12).

3° Procureurs ordinaires. — 1666, Jacques Alexis. — 1675, Depeyris. — 1692, Roche Pierre, me ès-arts. — 1693-1734, André Bernard. — 1695-1743, Daugeras Pierre, sr de la Charbonnière. — 1695-1723, Giry and Montazeau Antoine. — 1710, Durtelle, sr de Labregère. — 1714, Guay. — 1722-62, François Guay. — 1730-64, Jean Daugeras. — 1732-61, de Commancas Lazare. — 1743-62, Jean Félix. — 1761-64, Mondet sr du Peyrat. — 1762-77, Thomas Bernard, jeune. — 1768, De Lachaume. — 1780-81, Henri Durtelle, sr de Labregère. — 1781-88, Raymond Janet Lasfons. — 1781-84, Poumérol, sr du Peyrat.

4° Greffiers. — 1569, Guillaume Durousseau (13). — 1672-88, Léobon Nicolas. — 1692-1742, Aupy Jean, sr Duclaud. — 1695, Bourcin. — 1714-27, Léonard Bernard, praticien. — 1710-62, Commencas. — 1713, Mondet. — 1727, Agard. — 1715-42, Hélie Aupy, sr du Mesnieux. — 1734, Depeyris. — 1758, Charron. — 1764, Cheyron, sr des Martinies. — 1765-83, Mousnier Jean.

5° Sergents royaux. — 1597, Le Reclus (14). — 1655-66, François Lacombe. — 1664, Jean Roudy. — 1668, Grand. — 1677-86, Hastelet. — 1699, Migniot.

6° Sergents ordinaires. — 1669-79, Jean Delage. — 1691-94, Jean Gaillard. — 1694-97, Vignaud Simon. — 1695-1700, Braud Jacques. — 1696, de Bonnefoy. — 1705-22, Dijou. — 1741, Petit. — 1755, Lhote. — 1773-90, Michel Chamoix.

On trouve aussi en 1710-11, Gillibert, sergent reçu et immatriculé au siège royal de Ségur. — 1713-34, Fargeas François, sergent général immatriculé au siège royal des appeaux de la ville de Ségur. — 1730-31, Verneuil, huissier, immatriculé au Palais de Périgueux. — 1767, Sicaire Puybaraud fils, huissier. — 1784, Boulestin Léonard, archer garde en la connétablie de France, reçu et immatriculé à la table de marbre du Palais à Paris et sénéchaussée d'Angoumois et Périgueux, demeurant à Bussière.

7° Notaires royaux. — 1530, Lajamme (15). — 1603-39, Lajamme. — 1676, Durousseau. — 1710-39, Lazare Agard. — 1713-61, François Guay. — 1750, Duvillard. — 1765-84, Sicaire Antoine, sr de Béchemore. — 1779-90, Raymond Janet de Lasfons.

8° Autres notaires. — 1628, Peyrouny (16). — 1642-93, André Agard. — 1642-43, Martin ou Martial Vigniaud. — 1663-56, Jacques Alexis. — 1685-96, Nicolas. — 1685-1719, Antoine de Montazeau. — 1688-92, Allafort. — 1703-67, Daugeras Jean, sr de la Charbonnière. — 1707, Payraud. — 1717, Mousnier.

Il nous a semblé, en faisant ce travail, que souvent les notaires étaient en même temps ou procureurs ou greffiers, c'est ce qui expliquerait les similitudes de noms et de dates que l'on trouve dans ces diverses charges.

Puis, vint la Révolution qui détruisit toutes ces institutions et adopta un autre système qui, malgré plusieurs modifications, subsiste encore.

Louis Sauvo-Desversannes

Notes :

1. Poncius ou Pons de Salignac était probablement de la famille des Salignac de La Mothe-Fénelon, qui était alliée aux des Cars ou d'Ecarts.

2. Jean-Hélie de Colonges (Nob. du Lim., t. II, p. 503 et Bull. de la Soc. hist. du Périgord, t. XX, p. 142.)

3. Noble et puissant seigneur Gauthier de Péruse, IIe du nom, chevalier, reçut de son père, par testament, les seigneuries des Cars, de la Coussière, de la Vauguyon, de Nontron, de Juillac, de la Tour-de-Bar, etc., et l'hôtel de Péruse. Il avait épousé en secondes noces le 17 octobre 1451, Andrée de Montbron, dame de Varaignes, fille de François, 1er du nom, vicomte d'Aunay, etc. (Nob. du Lim., t. I, p. 282).

4. Bull. de Ia Soc. hist. du Périgord, t. XIX p. 106 — de Laugardière.

5. Paul de Ganderaz ou Ganderatz entra en possession du prieuré de Bussière-Badil le 22 décembre 1766. — Etude du notaire — Bull. de la Soc. hist. du Périgord, t. XX p. 145.

6. Ce même personnage est appelé R. P. André de Livene dans la transaction citée plus haut ; il s'agit évidemment du même.

7. Jean-Hélie de Collonges.

8. Jugement.

9. Pareatis, permission qu'on obtenait en chancellerie, afin de pouvoir mettre un arrêt ou un jugement à exécution ailleurs que dans le ressort du tribunal par lequel il avait été rendu.

10. Criées ou proclamations à son de trompe.

11. Sorte de compromis préparé par les parties ou leurs procureurs et qui était communiqué au tribunal pour rendre un jugement conforme.

12. De Laugardière, Bulletin de la Soc. hist. du Périgord, t. XIX, p. 108.

13. De Laugardière.

14. Idem.

15. Idem.

16. Idem.

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10 mai 2020

Certificats pour Pierre Méhée d'Ardenne

Certificats de service dans les gendarmes, pour Pierre Méhée d'Ardenne. — 1711-1737.

Nous, Hercules Mereadec, prince de Rohan et de Maubuisson, marquis d'Annonay et de Sainte-Marie du Mont, comte de La Voulte, Tournon, Albon et Saint-Géran, baron de Préaux, Vigny, Longuesse et autres terres, capitaine-lieutenant de la compagnie des gendarmes de la garde du Roy, lieutenant général de ses armées, gouverneur et lieutenant général pour Sa Majesté, des provinces de Champagne et de Brie,

Certifions à tous qu'il apartiendra, que le sieur Dardenne est l'un des gendarmes de la deuxième compagnie, lequel se mettra incessamment en esquipage pour joindre la cornette d'icelle.

En foy de quoy luy avons fait expédier le présent certificat signé de notre main, scellé du cachet de nos armes, et contresigné par notre secrétaire.

Donné à l'armée de Flandres, le premier juillet mil sept cens onze.

Hercules de Rohan.
Par Son Altesse,
Joncheray.

(Cachet)

Hercules de Rohan, prince de Soubize, duc de Rohan-Rohan, pair de France, gouverneur de Champagne et Brie, commandant la compagnie dés gendarmes de la garde du Roy,

Certifions à tous qu'il appartiendra, que le sieur Méhée Dardenne sert dans la compaynie des gendarmes de la garde du roy depuis vingt sept années.

En foy de quoy nous lui avons fait expédier le présent certificat signé de notre main, scellé du cachet de nos armes, et contresigné par notre secrétaire.

Donné à Versailles, le 29 may mil sept cens trente-sept.

Hercules de Rohan.
Par Monseigneur,
Dauvillié.

(Cachet)

Provisions de chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis.

Louis, par la grâce de Dieu, etc.

Comme Nous avons une satisfaction particulière des bons et fidels services que le sieur de Méhée d'Ardenne, l'un des deux cents hommes d'armes de Nos Ordonnances, servant à la garde ordinaire de Notre personne, a rendus au feu Roy Notre très honoré seigneur et bisayeul, de glorieuse mémoire, dans les divers employs de guerre qui luy ont esté confiez, et de ceux qu'il continue de Nous rendre ; que Nous sommes dailleurs informez de ses bonnes vies et mœurs, religion catholique, apostolique et romaine, ainsy qu'il parroit par les certificats cy attachez, sous le contre-scel de ces présentes, qui justifient aussy de sesdits services; A ces causes et autres à ce Nous mouvans, Nous avons ledit sieur de Méhée d'Ardenne fait, constitué, ordonné et estably, faisons, constituons, ordonnons et establissons par ces présentes signées de Notre main, chevalier dudit Ordre militaire de St-Louis.

Donné à Versailles, le vingt-septiesme jour de juin, l'an de grâce mil sept cens trente-six, et de Notre règne le vingtuniesme.

Louis.

(Grand sceau de l'Ordre).

Certificat de chevalier de Saint-Louis.

Nous, Jooseph de Marnays de Saint-André, maréchal des camp ès armées du roy, commandeur de l'ordre militaire de Saint-Louis, gouverneur de Die et de l'hôtel royal des Invalides,

Certifions avoir connoissance que feu M. de Ganges, mon prédécesseur, en exécution des ordres du roy, à luy adressés le six juin de l'année dernière, a conféré le huit dudit mois la croix de l'ordre militaire de Saint-Louis, au sieur Methée (pour Méhée, faute du secrétaire) Dardennes, gensdarme de la garde ordinaire de Sa Majesté; en foy de quoy nous avons délivré le présent, signé de notre main et cacheté de nos armes, pour servir et valoir en tout ce que de raison.

Fait à Paris, dans l'hôtel royal des Invalides, le neuf aoust mil sept cent trente-huit.

Saint-André.

(Cachet)

Certificat de catholicisme.

Nous, aumônier des gendarmes de la garde ordinaire de Sa Majesté, certiffions à tous qu'il apartiendra, que messire Pierre Mehée, écuyer, seigneur d'Ardenne, gendarme de la dite compagnie, professe la religion catholique, apostolique et romaine. En foy de quoi nous lui avons délivré le présent, pour lui valoir et servir ce que de raison. A Paris, le premier aoust 1736.

C. Le Bigot.

Nous, vicaire général de Mgr l'archevêque de Paris, certifions que le sieur Le Bigot, qui a signé l'acte cy-dessus, est tel qu'il se qualifie, que foy doit être ajoutée à son seing où besoin sera. Donné à Paris, ce vingt-six d'aoust mil sept cens trente-huit.

L. de Romigny, vicaire général.

Par mandement,
Martin.

(Timbre de l'archevêché)

Source : Le château d'Ardenne et la seigneurie de Moulidars en Angoumois, de Gabriel Tricoire.

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Le combat du faubourg Saint-Antoine

Face à l'inconstance des Gardes du corps, le pouvoir royal peut néanmoins compter sur le soutien infaillible de la compagnie des Chevau-légers de la garde. Cette dernière est de surcroît intimement liée aux deux plus grandes figures militaires de la Fronde : Turenne et le Grand Condé. »

En 1649, la compagnie, sous le commandement de Condé pendant la guerre, est rappelée à Paris auprès du roi. Condé s'est à son tour retourné contre Mazarin, bientôt rejoint par Turenne. Ce dernier prend lui aussi parti contre la régente et son cardinal ministre. Après la « Fronde parlementaire », la « Fronde des Princes » et une nouvelle coalition des Parlementaires contraignent Mazarin et la cour à s'exiler. Les tentatives d'apaisement du ministre qui fait libérer les princes arrêtés lui permettent uniquement de rallier Turenne à sa cause. Le 7 septembre 1651, la majorité de Louis XIV est proclamée et le 12 décembre suivant, le roi rappelle Mazarin à la cour. Dans le même temps, Turenne prend le commandement de l'armée royale. Le 27 mars, la duchesse de Montpensier fait fermer les portes de Paris aux troupes royales qui doivent contourner la capitale. Les troupes de Condé en profitent pour harceler l'armée royale de Turenne. Les deux chefs se livrent alors à plusieurs escarmouches. Turenne fait assiéger Paris, tandis que Condé tente de libérer la ville. Le 2 juillet, les Chevau-légers et les Gendarmes de la garde, sous les ordres de Jacques de Stuer de Caussade, marquis de Saint-Mégrin, capitaine-lieutenant des Chevau-légers, se rendent maîtres de Saint-Denis et partent vers Paris. Ils doivent se mettre sous les ordres de Turenne, qui veut forcer, grâce aux Gardes françaises, l'entrée de la capitale par le faubourg Saint-Antoine. Saint Mégrin et ses cavaliers, en soutien du régiment des Gardes, doivent se joindre à la colonne.

La tension atteint son paroxysme lorsque la Grande Mademoiselle fait tirer sur les troupes royales depuis la Bastille. Prise au piège dans les faubourgs, la colonne de la Maison du roi et des Chevau-légers subit de lourdes pertes. Paul Mancini, l'aîné des neveux du cardinal de Mazarin, lieutenant de la compagnie, est blessé de deux coups de mousquets à la jambe dont il succombe quelques semaines plus tard. Saint-Mégrin est, quant à lui, tué en plein combat.

Ce sacrifice vaut à Jacques de Stuer de Caussade et aux Chevau-légers de la garde de grands honneurs :

« Monsieur de Saint-Mégrin a été enterré dans la grande église de Saint-Denis, tout contre le seuil de la porte qu'il avait brûlé un mois auparavant, en y attaquant les gens de M. le Prince. Les moines n'ont pas manqué de faire cette observation, et ont consenti, bien à peine, qu'il fut enterré en une église destinée pour la sépulture des rois. »

Pour les contemporains, la Fronde fut souvent associée au duel. Hervé Drévillon note que cette association est alors encouragée par la réactivation d'une culture héroïque qui valorise les coups d'éclat et le modèle de l'action. La période de la Fronde est d'ailleurs marquée par une recrudescence des duels, souvent attribués à la faiblesse du pouvoir royal et à l'instabilité politique. Mais elle exprime aussi la popularité d'un culte du héros qui associe exploit guerrier et combat singulier. Condé en fut le brillant exemple à Rocroi. Durant la Fronde, Condé incarne cette idée de retour à une utopie chevaleresque. L'expression des révoltes nobiliaires de la Fronde obéit à cette logique. Arlette Jouanna a souligné que le Grand Condé ne s'était pas rebellé contre le pouvoir de Mazarin, mais parce que celui-ci avait « blessé son honneur » en le privant brutalement des faveurs royales, voyant en lui un nouveau Concini. Inversement, la royauté, qui tend vers un renforcement de l'absolutisme avec Richelieu puis Mazarin, ne peut accepter cette valorisation du duel à travers la rébellion de Condé, puisqu'elle apparaît comme une appropriation privée du droit de justice réservée à Dieu et donc au souverain. La mort de Saint-Mégrin, capitaine-lieutenant des Chevau-légers du roi, fut érigée en sacrifice, car elle faisait de lui un défenseur de l'autorité du roi et correspondait en même temps à la figure du héros, capable de susciter l'admiration.

Devenu un symbole de sacrifice et de fidélité au pouvoir royal, la succession à la tête des Chevau-légers devient un véritable enjeu. Turenne lui-même est un temps pressenti pour en devenir le nouveau capitaine lieutenant, mais selon Abraham Van Wicquefort, c'est surtout pour « se payer de deux cents tant de mille livres qui lui sont dus par le roi ». Mancini doit récupérer la charge, mais lorsqu'il meurt de ses blessures, elle est finalement donnée au père de Saint-Mégrin, le comte de La Vauguyon, en dédommagement du sacrifice de son fils. La Vauguyon la vend à son tour au comte de Navailles, non sans que ce dernier ait été agréé par le roi, qui a bien conscience de l'enjeu que représente cette charge pour sa sécurité :

« Le sieur comte de la Vauguyon s'étant démis en nos mains de la charge de notre lieutenant en notre compagnie de deux cents chevaux légers ordinaires de notre garde, et désirant la remplacer d'une personne qui puisse nous y servir dignement, nous avons estimé que nous ne pouvions pour cet effet faire un meilleur ni plus digne choix, que vous pour les preuves signalées que vous avez rendu de notre grande valeur, expérience en la guerre, prudence, conduite, fidélité et affection inusables à notre service et des autres bonnes qualités qui sont en vous, tant dans les dites charges qu'en plusieurs emplois considérables que nous vous avons confié au commandement de nos troupes et dans nos armées, dedans et dehors notre royaume, et dont vous vous êtes acquitté à notre entière satisfaction, et voulant vous en donner des marques, et faire connaître de plus en plus l'entière confiance que nous prenons en vous, nous vous avons fait, constitué et établi, faisons, constituons et établissons par ces présentes signées de notre main, lieutenant en nôtre compagnie de deux cents chevaux légers ordinaires de notre garde. »

La lassitude, la peur des violences et surtout l'absence de motivations communes à la noblesse et aux parlementaires engendrent finalement le ralliement de la population à la monarchie et à Louis XIV, qui entre triomphalement dans Paris le 21 octobre 1652. La Fronde entraîne ainsi un renforcement de l'absolutisme qu'elle a initialement combattu. Mazarin, qui a cristallisé l'hostilité des Parisiens, doit cependant attendre le 3 février suivant pour faire son retour dans la capitale.

Source : Défendre le roi, de Rémi Masson.

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