Face à l'inconstance des Gardes du corps, le pouvoir royal peut néanmoins compter sur le soutien infaillible de la compagnie des Chevau-légers de la garde. Cette dernière est de surcroît intimement liée aux deux plus grandes figures militaires de la Fronde : Turenne et le Grand Condé. »

En 1649, la compagnie, sous le commandement de Condé pendant la guerre, est rappelée à Paris auprès du roi. Condé s'est à son tour retourné contre Mazarin, bientôt rejoint par Turenne. Ce dernier prend lui aussi parti contre la régente et son cardinal ministre. Après la « Fronde parlementaire », la « Fronde des Princes » et une nouvelle coalition des Parlementaires contraignent Mazarin et la cour à s'exiler. Les tentatives d'apaisement du ministre qui fait libérer les princes arrêtés lui permettent uniquement de rallier Turenne à sa cause. Le 7 septembre 1651, la majorité de Louis XIV est proclamée et le 12 décembre suivant, le roi rappelle Mazarin à la cour. Dans le même temps, Turenne prend le commandement de l'armée royale. Le 27 mars, la duchesse de Montpensier fait fermer les portes de Paris aux troupes royales qui doivent contourner la capitale. Les troupes de Condé en profitent pour harceler l'armée royale de Turenne. Les deux chefs se livrent alors à plusieurs escarmouches. Turenne fait assiéger Paris, tandis que Condé tente de libérer la ville. Le 2 juillet, les Chevau-légers et les Gendarmes de la garde, sous les ordres de Jacques de Stuer de Caussade, marquis de Saint-Mégrin, capitaine-lieutenant des Chevau-légers, se rendent maîtres de Saint-Denis et partent vers Paris. Ils doivent se mettre sous les ordres de Turenne, qui veut forcer, grâce aux Gardes françaises, l'entrée de la capitale par le faubourg Saint-Antoine. Saint Mégrin et ses cavaliers, en soutien du régiment des Gardes, doivent se joindre à la colonne.

La tension atteint son paroxysme lorsque la Grande Mademoiselle fait tirer sur les troupes royales depuis la Bastille. Prise au piège dans les faubourgs, la colonne de la Maison du roi et des Chevau-légers subit de lourdes pertes. Paul Mancini, l'aîné des neveux du cardinal de Mazarin, lieutenant de la compagnie, est blessé de deux coups de mousquets à la jambe dont il succombe quelques semaines plus tard. Saint-Mégrin est, quant à lui, tué en plein combat.

Ce sacrifice vaut à Jacques de Stuer de Caussade et aux Chevau-légers de la garde de grands honneurs :

« Monsieur de Saint-Mégrin a été enterré dans la grande église de Saint-Denis, tout contre le seuil de la porte qu'il avait brûlé un mois auparavant, en y attaquant les gens de M. le Prince. Les moines n'ont pas manqué de faire cette observation, et ont consenti, bien à peine, qu'il fut enterré en une église destinée pour la sépulture des rois. »

Pour les contemporains, la Fronde fut souvent associée au duel. Hervé Drévillon note que cette association est alors encouragée par la réactivation d'une culture héroïque qui valorise les coups d'éclat et le modèle de l'action. La période de la Fronde est d'ailleurs marquée par une recrudescence des duels, souvent attribués à la faiblesse du pouvoir royal et à l'instabilité politique. Mais elle exprime aussi la popularité d'un culte du héros qui associe exploit guerrier et combat singulier. Condé en fut le brillant exemple à Rocroi. Durant la Fronde, Condé incarne cette idée de retour à une utopie chevaleresque. L'expression des révoltes nobiliaires de la Fronde obéit à cette logique. Arlette Jouanna a souligné que le Grand Condé ne s'était pas rebellé contre le pouvoir de Mazarin, mais parce que celui-ci avait « blessé son honneur » en le privant brutalement des faveurs royales, voyant en lui un nouveau Concini. Inversement, la royauté, qui tend vers un renforcement de l'absolutisme avec Richelieu puis Mazarin, ne peut accepter cette valorisation du duel à travers la rébellion de Condé, puisqu'elle apparaît comme une appropriation privée du droit de justice réservée à Dieu et donc au souverain. La mort de Saint-Mégrin, capitaine-lieutenant des Chevau-légers du roi, fut érigée en sacrifice, car elle faisait de lui un défenseur de l'autorité du roi et correspondait en même temps à la figure du héros, capable de susciter l'admiration.

Devenu un symbole de sacrifice et de fidélité au pouvoir royal, la succession à la tête des Chevau-légers devient un véritable enjeu. Turenne lui-même est un temps pressenti pour en devenir le nouveau capitaine lieutenant, mais selon Abraham Van Wicquefort, c'est surtout pour « se payer de deux cents tant de mille livres qui lui sont dus par le roi ». Mancini doit récupérer la charge, mais lorsqu'il meurt de ses blessures, elle est finalement donnée au père de Saint-Mégrin, le comte de La Vauguyon, en dédommagement du sacrifice de son fils. La Vauguyon la vend à son tour au comte de Navailles, non sans que ce dernier ait été agréé par le roi, qui a bien conscience de l'enjeu que représente cette charge pour sa sécurité :

« Le sieur comte de la Vauguyon s'étant démis en nos mains de la charge de notre lieutenant en notre compagnie de deux cents chevaux légers ordinaires de notre garde, et désirant la remplacer d'une personne qui puisse nous y servir dignement, nous avons estimé que nous ne pouvions pour cet effet faire un meilleur ni plus digne choix, que vous pour les preuves signalées que vous avez rendu de notre grande valeur, expérience en la guerre, prudence, conduite, fidélité et affection inusables à notre service et des autres bonnes qualités qui sont en vous, tant dans les dites charges qu'en plusieurs emplois considérables que nous vous avons confié au commandement de nos troupes et dans nos armées, dedans et dehors notre royaume, et dont vous vous êtes acquitté à notre entière satisfaction, et voulant vous en donner des marques, et faire connaître de plus en plus l'entière confiance que nous prenons en vous, nous vous avons fait, constitué et établi, faisons, constituons et établissons par ces présentes signées de notre main, lieutenant en nôtre compagnie de deux cents chevaux légers ordinaires de notre garde. »

La lassitude, la peur des violences et surtout l'absence de motivations communes à la noblesse et aux parlementaires engendrent finalement le ralliement de la population à la monarchie et à Louis XIV, qui entre triomphalement dans Paris le 21 octobre 1652. La Fronde entraîne ainsi un renforcement de l'absolutisme qu'elle a initialement combattu. Mazarin, qui a cristallisé l'hostilité des Parisiens, doit cependant attendre le 3 février suivant pour faire son retour dans la capitale.

Source : Défendre le roi, de Rémi Masson.