Après Entraguet, Saint-Sulpice, Caylus, Saint-Luc et d’O, l'affection royale se porte sur Paul de Stuer de Caussade, sieur de Saint-Mégrin. Sa maison, qui remonte au XIVe siècle, est possessionnée près du littoral atlantique, dans la vicomté de Rohan, et en Saintonge, province où se situe la terre de Saint-Mégrin. La guerre de Cent Ans a permis aux Stuer d'entrer au service de la Couronne. Jean de Stuer est ainsi Chambellan du roi et sénéchal de Limousin en 1461, puis d'Agenais, de Quercy et de Rouergue en 1476, bailli de Mâcon, et enfin gouverneur de Perpignan et lieutenant en Roussillon. Si ces charges ne sanctionnent pas une position d'autorité locale, elles témoignent de la fidélité de ce soldat en l'instrumentalisant au service de la Couronne. Son frère cadet, Guillaume, reçoit en revanche une fonction dans sa province d'origine, puisqu'il est nommé sénéchal de Saintonge. Il épouse en 1483 Catherine de Caussade, qui lui apporte la terre du même nom et la vicomté de Calvignac, par lesquelles le lignage est recentré vers le Quercy. Leur fils, Pons, épouse en octobre 1516 la représentante de deux lignages de premier plan d'Auvergne et de Périgord, Isabeau de Montbrun, la fille de Jean de Montbrun et de Jacquette de Bourdeille.

La concentration des possessions des Stuer est définitivement réalisée par François, le fils de Pons : il est vicomte de Calvignac, baron de Tonneins au nord d'Agen, Grateloup, Villeton, Montbrun en Auvergne, Puycornet et Saint-Mégrin en Saintonge. Il se trouve donc à la tête d'une fortune foncière considérable. Après être entré au service du roi de Navarre comme Chambellan, il est reçu chevalier de l'Ordre par le futur Henri III en mars 1568, et meurt peu après avoir testé le 13 janvier 1567.

Son second fils, Paul, sieur de Saint-Mégrin et vicomte de Calvignac, né en 1554, est l'héritier de cette fortune. Entré à la cour peu après l'avènement de Henri III, il est vite réputé pour sa richesse. Il devient rapidement Gentilhomme ordinaire de la chambre du roi (1578), puis capitaine de gendarmes et maître de camp de la cavalerie légère. Son ascension s'explique par la double protection du duc de Guise, qui l'aurait présenté au roi, et de son beau-père, Jean d'Escars de La Vauguyon, un personnage de premier plan du sud-ouest qui lui sert de père adoptif et de mentor.

Saint-Luc, d’O et Saint-Mégrin sont les premiers parmi les mignons du roi à recevoir simultanément des charges de cour, des responsabilités officielles de gouvernement et un commandement militaire de première importante. L'association de ces éléments annonce dès 1578 la forme nouvelle de l'utilisation des favoris qui est confirmée à partir de l'année sui vante quand Anne de Joyeuse et Jean-Louis de La Valette reçoivent à leur tour des charges de cour et des commandements militaires. Mais les parcours de Saint-Sulpice ou de Saint-Mégrin nous offrent également des exemples de la stratégie d'isolement des adversaires du roi – notamment des Guise et de Monsieur – par la conquête de leurs clients.

Source : Mignons et courtisans au temps des derniers Valois, de Nicolas Le Roux.