29 avril 2020

Testament de la marquise de Sauvebeuf

1731, 2 Octobre. — Testament de dame Anne-Thérèse de Chouly de Permangle, marquise de Sauvebeuf. (Archives du comte de Ferrières-Sauvebeuf.)

L’an mil sept cent trente-un et le second jour du mois d’octobre environ midi, au château de Brie, paroisse de Champagnac en Poitou, par devant les notaires soussignés, jurés et reçuts sous le scel du dit Champagnac et Brie, establi par madame la marquise du présent sceil, fut présente haute et puissante dame, dame Anne-Thérèse de Chouly de Permangle, dame marquise de Sauveboeuf, veuve de feu messire Joseph de Ferrières, chevalier, seigneur marquis de Sauveboeuf, habitante en son dit château de Brie, laquelle avons trouvée gisante dans son lit, malade, toutefois saine d’esprit, mémoire et entendement, ainsin qu’il nous a paru ; considérant qu’il n’y a rien au monde de plus certain que la mort, ni rien de plus incertain que le jour et l’heure d’icelle ; elle nous a dit, à nous dits notaires soussignés, nous avoir mandé exprès pour rédiger et mettre par escript son présent testament, par forme de codicille, lequel elle nous a dit et nommé sans suggestion, ni indition de personne, à la forme qui s’en suit : premièrement, la dite dame a recommandé son âme à Dieu le Père Tout-Puissant, le priant par les mérites de Jésus-Christ, son fils, de vouloir lui pardonner ses fautes et péchés, et que, lorsque son âme sera séparée de son corps, il lui plaise la recevoir en son saint-paradis. Item, la dite dame testatrice nous a dit qu’elle aurait fait son testament en la ville de Limoges, et passé par devant Masbaret, notaire royal, de la date duquel elle n’en est point mémorative ; lequel testament elle veut et entend qu’il sorte son plein et entier effet, à la réserve des legs faits en faveur de la nommée Valérie, autrefois sa fille de chambre, et de défunt le nommé Pavot, mort au service de la dite dame, estant son domestique ; lesquels legs la dite dame annulle et annulles, révocque et révocque, voulant qu’il soit de nul effet ; en outre la dite dame, pour la décharge de sa conscience, nous a déclaré avoir oublié dans son testament de faire mention qu’elle était redevable à mademoiselle Germine Pépin, demeurant à Paris, de la somme de dix mille livres employée pour payer à monsieur le président Fortia, de pareille somme qui lui était due sur la succession de feue madame de Permangles, pour la part et portion d’une rente constituée, due par monsieur et la dite dame de Permangle, de la somme de vingt mille livres tournois, laquelle dite dame de Sauvebœuf veut et entend que la dite damoiselle Germine soit payée par préférence à tous autres créanciers, de la dite somme de dix mille livres, ayant été employées à payer la première créance due par madame de Permangles, tante de la dite dame de Sauvebœuf ; de plus, a la dite dame de Sauvebœuf, pour la décharge de sa conscience, a déclaré avoir reçu les papiers qui concernent les affaires qu’elle avoit avec monsieur Cartier, dont elle les décharge ; de plus, par la présente déclaration, elle dit, veut et entend que, sur le blé qui se trouvera dans ses greniers après son décès, il en soit pris la somme de deux cent livres pour la nommée Lizette, actuellement sa fille de chambre, celle de cent livres pour le nommé la Fleur, autre cent livres pour le nommé Ribette, autres cent livres pour le nommé Jannot, muletier de la dite dame, autres cent livres pour la nommée Marsalle, blanchisseuse, autre cent livres pour le nommé Raye, autres cent livres pour le nommé Léonard Mathieu, autres cent livres pour le nommé Tempity, lesquels sont tous domestiques et servantes de la dite dame ; donne et délaisse entièrement au dit Tempity un jardin situé auprès de la maison du dit Tempity, et deux terres contenant cinq boisselées, ou en une appelée du Villard, et l’autre de las Chaumas, lequel dit jardin et terres appartenant autrefois au père du dit Tempity ; de plus la dite dame donne au curé de la dite paroisse de Champagnac, les sommes à elle dues par Pierre Laurent et Laurence du Monteil, sa femme, du bourg de Champagnac, et Jean Ruffier Faure du lieu de Chez Puimourand, en la dite paroisse de Champagnac ; en outre la dite dame donne à perpétuité au dit curé de Champagnac, la somme à elle due par Léonard et Michel Cuisinier, frères du village des Mondoux, en la susdite paroisse, aux conditions que lesdits curés, quand il seront payés des susdites sommes, seront tenus et obligés de faire à perpétuité un service tous les mois de l’année pour le repos de l’âme de la dite dame et de ses parents. Les dits curés ne pourront aliéner les dites sommes, au fond hypothéqué par elle, sans avoir auparavent trouvé un fond convenable et capable de répondre desdits legs, ou fondation dans lequel dict la dicte dame ne prétend y comprendre le fec et rente ; en outre la dite dame, pour la décharge de sa conscience, déclare avoir reçu des nommés Flactines, du village de la Bénéchie, paroisse de Cusaq, plusieurs sommes en déduction de ce qui lui estoit du, sans en avoir donné de quittance et, au cas que plus grandes sommes luy soit deue, elle les en tient quitte, sans pourtant y vouloir comprendre les rentes foncières dues ou à devoir, qu’elle reserve expressément à ses héritiers ; en outre la dite dame fait remise de ceux qui lui doivent dans la dite terre, pour autre fait que celui des rentes, de tous les intérêts à elle dus, réservant expressément les capitaux pour ses héritiers. De plus elle veut et entend employer la somme de deux mille livres d’argent monnayé qu’elle a, pour faire dire des messes pour le repos de son âme, et les distribuer dans les couvents de religieux, selon les intentions qu’elle a déclaré à monsieur l’abbé de Lamotte, qui lui a demandé par exprès qu’il voulait en retirer quittance pour la remettre aux héritiers de la dite dame marquise, qu’il veut que son dit héritier les délivre d’abord après le décès de la dite dame marquise, comme étant chose qui engagerait sa conscience. De plus, la dite dame déclare qu’elle tient quitte et décharge Antoine Authier, son receveur, de toute la recette et régie des revenus de sa terre de Brie, qu’il a fait depuis plusieurs années, attendu qu’elle a été par lui satisfaite et qu’il lui a rendu compte, veut et entend qu’il en demeure vallablement déchargé, sans que ses héritiers puissent en aucune façon l’inquiéter, ni le rechercher sous aucun prétexte, comme étant sa volonté dernière. De plus, la dite dame déclare que tous les meubles qui sont dans les deux chambres que le dit Hautier habite, lui appartiennent, et qu’elle n’a rien à y prétendre, excepté à deux chesnez et à un vieux armoire. Lecture faite à la dite dame marquise de Saulvebeuf du présent codicille, a dit estre sa dernière volonté, y a persisté et veut qu’il soit exécuté et a déclaré ne pouvoir signer à cause de sa grande faiblesse et incommodité, de ce par nous interpellé. De plus la dite dame a déclaré devoir au nommé Saint-Martin la somme de quatre-vingt-dix livres pour reste de gages, sans préjudice aux legs par elle faites par son dit testament, et attendu que la dite dame se trouve en état de signer. Signé : Anne-Thérèze de Permangle, marquise de Sauvebeuf et J. Dupuitren et L. Fourgeaud, notaires.

Source : Histoire généalogique de la maison de Ferrières-Sauvebeuf, de Paul de Chabot.

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Lettre de l'intendant de Limoges

M. Boucher d'Orsay, intendant à Limoges, au Contrôleur Général.
6 Juillet [1714].

« Les receveurs des tailles de Limoges se plaignent depuis longtemps, avec justice, de M. de Permangle, gentilhomme de cette généralité, qui ne veut point payer ses impositions. Quelques mesures d'honnêteté que j'aie prises avec lui, je n'ai pu l'engager, jusqu'à présent, à payer. Je lui fis faire, l'année dernière, des billets de ce qu'il devoit aux receveurs des tailles, qu'il me promit, parole d'honneur, de payer à l'échéance. Comme il n'a pas été plus exact à y satisfaire qu'il l'avoit été aux précédents engagements qu'il avoit contractés avec les receveurs des tailles, et qu'il a fait refus de les payer, comme vous le verrez par le procès-verbal de l'exempt et des archers que j'avois envoyés pour l'y contraindre, dont je joins ici l'original avec les copies de ces billets et les requêtes et mémoire des receveurs des tailles, je crois, si vous jugez qu'il soit nécessaire d'user de sévérité contre quelque gentilhomme pour obliger les autres à payer plus régulièrement, que cet exemple ne peut tomber sur personne qui se le soit plus attiré que M. de Permangle, puisque ce n'est point par impuissance, mais uniquement par mauvaise volonté qu'il ne paye point. Je vous observerai néanmoins que M. de Permangle a un frère de même nom qui a bien servi le Roi, qui est maréchal de camp, et qui a épousé la fille de M. Desgranges, et Mme sa sœur est veuve de M. le marquis de Sauvebœuf, dont le fils est colonel du régiment de Blaisois et brigadier des armées du Roi. »

Source : Correspondance des contrôleurs généraux des finances avec les intendants des provinces.

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28 avril 2020

Les prêtres du diocèse de Limoges en 1763

Saint-Laurent de Gorre.
M. Jean-Joseph Leynia, prêtre en 1730, curé en 1744, curé très zèlé, très régulier, mais fort avare, inquiet, processif et intéressé, mal propre dans sa maison, fort négligeant pour son église, en procès avec son seigneur.
Vicaire : M. J.-B. Lacroix, prêtre en 1752, vicaire en 1759, mince pour la capacité, fils d'un médecin de Rochechouard; l a deux autres frères vicaires, l'un à Chassenon, l'autre à Saint-Jean-de-Vayre : ils passent tous pour étre inquiets dans cette famille. Mme de Saint-Auvent s'intéresse pour eux.
Communians : 1.660.
Sénéchaussée : Limoges.
Patron : Monseigneur.
Seigneur : M. de Saint-Laurent.
Décimateurs : M. de Saint-Laurent est le principal.
Gentilshommes : M. de Saint-Laurent, M. du Soulier, M. de Ribeyreix, de la Feuillade.

Champaignac.
M. Pierre Besson, prêtre du diocèse de Clermont, prêtre en 1738, curé en 1745, bon curé; il demande à se rapprocher du côté de Bord sa patrie.
Vicaire : M. Gabriel Mandon de Forges, prêtre en 1754, vicaire en 1756, bon prêtre, talens fort médiocres.
Communians : 900.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Mme l'abbesse de la Règle.
Décimateurs : Mme l'abbesse.
Seigneur : Mmo de Vassay.
Gentilshommes : Point.

Gorre.
M. François Vignaud, prêtre en 1742, curé en 1760. Il a été curé dans le diocèse de Poitiers; bon sujet; je crois qu'il s'ennuie à Gorre quoiqu'il doive cette cure à la recommandation de la maison de Beaupoil.
Vicaire : Point.
Communians : 560.
Sénéchaussée : Limoges.
Patron : Le chapitre de Saint-Junien.
Décimateurs : M. de Saint-Martial.
Seigneur : La maison des Cars.
Gentilshommes : M. Beaupoil de Saint-Aulaire, M. de Brie de Soumaignac.

Oradour-sur-Vayres.
M. Pierre Soury, prêtre en 1744, curé en 1762; il a été cidevant curé de Champniers; très bon sujet, aimé et estimé dans son ancienne paroisse, fort désiré et demandé par la paroisse d Oradour où il n'a pas moins réussi; un maintien décent, de I'esprit et de l'éducation, du zéle et de la régularité pour ses onctions. Il est visiteur.
Vicaire : M. Laurent Brissaud, prêtre en 1761, vicaire en 1761, bon prêtre et bon caractère, talens médiocres.
Vicaire : M Jean Soury, prêtre en 1761, vicaire en 1762, frère du curé; bon prêtre, peu de talens et de capacité .
Communians : 2,000.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Monseigneur.
Seigneur : M. Dumanadaud.
Décimateurs : M. Parchiprêtre.
Gentilshommes : M. de Berny.

Cussac.
M. Jean Goursaud, prêtre en 1741, curé en 1751; il a eu une servante mal famée : bel homme, d'une belle figure; il a été autrefois garde du corps; talens médiocres.
Vicaire : M. Charles Nenert, prêtre en 1750, vicaire en 1762, bon prêtre, talens médiocres, caractère un peu simple; il a fait ses études au collège de Montaigu à Paris.
Communians : 1,000.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Monseigneur.
Seigneur : M. de Bermondet de Cromière.
Déeimateurs : M. le curé, M. de Bermondet, les dames de Boubon et Madame de Vassan.
Gentilshommes : M. de Bermondet de Cromière, M. Guilhot du Doucet.

Saint-Mathieu.
M. Martial Drouchaud, prêtre en 1755, curé en 1760, très bon sujet, fort régulier, bon théologien qui a fait de fort bonnes études; bon caractère, mais un peu inconstant.
Vicaire : Pierre Veyreton, prêtre en 1761, vicaire idem,
talens médiocres, bon prêtre, d'un caractère fort doux.
Communians : 1,300.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Monseigneur.
Seigneur : M. Guinguant de Saint-Matthieu.
Déeimateurs : M. le curé pour les 3/4, M. de Saint-Matthieu
pour 1/2 quart et M. de Mirabeau pour l'autre demi-quart.
Gentilshommes : Il n'y en a point actuellement.

Saint-Basile.
M. Pierre Jude, prêtre en 1715, curé en 1749, gros, vilain homme maussade, méprisé dans son canton de ses confreres et encore plus de ses habitans; moeurs suspectes; il a eu chez lui une servante qui est devenue grosse et qu'il a reprise après ses couches, sans qu'on ait pu le déterminer à la renvoyer; je ne scais si c'est la méme qu'il a encore, mais celle qu'il a n'est pas d'un âge compétent et je lui ai signiffié que s'il ne l'a pas renvoiée à la Saint-Jean, je ferai porter plainte par le promoteur contre lui. Il a eu des querelles très vives et des haines scandaleuses contre M. le curé de Saint-Jean de Vayres; enfin nuls talens.
Vicaire : Point.
Communians : 260.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Monseigneur.
Décimateurs : M. le curé et Madame de la Reille.
Seigneurs : M. Dumanadaud et M. de Bermondet.
Gentilshommes : Point.

Cheironnac.
M. Jean Longeau de Charbonnière, prêtre en 1743, curé en 1748, l'air un peu fou et égaré, d'une vivacité qui va jusqu'à la turbulance; esprit inquiet et brouillon qui s'est fait des querelles avec tout le monde, décrié et décréditè dans son canton; moeurs au moins équivoques et suspectes. Implacable dans sa vengeance et conservant une rancune irrémissible, il a eu un procès criminel avec M. Dupin de Chenonceau dans lequel on lui a fait les reproches les plus graves sur toutes sortes de matières. Il a été décrété de prise de corps et conduit dans les prisons de Guéret, où il a été conduit sur la revendication de l'official, par lequel il fut condamné à six mois de séminaire qu'il a fait aux Jacobins de Saint-Junien. Il a été renvoyé au surplus par le juge laïque de l'accusation du cas privilégié.
Vicaire : Point.
Communians : 650.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron: M. le prieur des Salles.
Décimateurs : Le curé, M. de Mirabeau et le chapitre de Saint-Junien.
Seigneur : M. de Mirabeau.
Gentilshommes : Point.

Les Salles.
M. Jean Dupré, prêtre en 1713, curé en 1743; il a été Carme déchaussé; il a passé un temps assés considérable à Pontichery, d'où il a rapporté de l'argent dont il s'est servi pour se faire transférer aux Salles, dont il est devenu curé. Ladite cure est très médiocre, mais il y a suppléé par les fonds qu'il y a placés en rentes constituées ou à fonds perdus. Il a de l'esprit et paroit assès considéré des curés voisins; au surplus, il lui reste toujours un petit vernis de moine dont il n'a pu se défaire.
Vicaire : Point.
Communians : 350.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : M. le prieur des Salles.
Décimateur : la.
Seigneur : Id.
Gentilshommes : M. Roux des Combes et M. des Roches de la Broussardie.

Maisonaix.
M. Jean de Lavaud, prêtre en 1745, curé en 1752, bon prêtre, bon curé, capable, mais d'un caractère un peu vif et singulier.
Vicaire : M. Louis Simon, absent, infirme, bon prêtre, talens médiocres.
Communians : 750.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Monseigneur.
Décimateurs : M. Delavogion, M. Dechateaurocher, M. le curé et le prieur clostral des Salles.
Seigneur: M. le comte de la Vogion.
Gentilshommes : M. Dulaux de Chateaurocher, M. Moussier de Saint-Etienne.

Maraval.
M. Michel Chaumette, prêtre en 1739, curé en 1747, bon prêtre, fort simple, aucun usage du monde, talens médiocres; sa vue paroit fort affectée; fort économe pour se procurer les moyens de faire des acquisitions; il en a déjà faites de considérables; il parle (mais d'une façon fort générale) de se démettre de sa cure; mais je pense que l'intérét l'y retiendra.
Vicaire : M. Joseph Teillet, prêtre en 1762, vicaire idem, bon prêtre, talens médiocres.
Communians : 700.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Monseigneur.
Seigneur : M. de Lambertie de Lachapelle.
Gentilshommes : M. de Lambertie, M. Deglerre, M. Demont-Fraboeuf, Mad. Delacroix de Fayolle, pauvre veuve qui auroit besoin d'étre aidée pour l'éducation de son fils; elle est soeur de M. le chevalier de Chateauneuf l'aveugle; le fils a 13 ans et très peu avancé.

La-Chapelle-Montbrandeix.
M. Jean Goursaud-Delimon, prêtre en 1741, curé en 1754, frère du curé de Cussac et du missionnaire , bon curé, d'un maintien décent. Je crois qu'il remplit bien ses fonctions.
Vicaire : Point.
Communians : 300.
Sénéchaussée : Limoges.
Patron : Monseigneur.
Décimateur : M. le Curé.
Seigneur : M. de Bourbon-Bussé.
Gentilshommes : Point.

Millaguet.
M. Etienne Ribière. prêtre en 1746, curé en 1754, bon prêtre, bon curé, talens et figure médiocres. La cure dépend du grand prieur d'Auvergne, mais elle est si petite qu'il a abandonné les dixmes au curé, qui n'a pas méme sa portion congrue, ce qui prouve que le pays est peu cultivé en fruits décimables.
Communians : 230.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : M. le grand prieur.
Décimateur : M. le curé.
Seigneur : M. le grand prieur.
Gentilshommes : Point.

Montbrun.
M. Pierre de Bruxelles, prêtre en 1751, curé en 1755, chicanneur de profession, l'esprit inquiet, escroc, empruntant de tout le monde et ne payant personne. Son avidité et son humeur inquiéte lui ont fait impétrer en cour de Rome la cure de Montbrun qui étoit sensée éteinte et réunie aux Jésuites depuis plus de cent ans. Le procès à ce sujet est encore pendant au grand Conseil. Quoiqu'il n'ait point encore d'arrest de récrèance en sa faveur, il s'est néanmoins mis en possession des dixmes, ce qui porte perte au prieuré d'Altavaux de plus de 800 livres,
Vicaire : Point.
Çommunians : 830.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Le prieur de Saint-Jean de Col.
Déeimateixrs : Le curé s'en est emparé.
Seigneur : M. Decagnai.
Gentilshommes : Id.

Pensol.
M. J.-B. de Labrunie, prêtre en 1752, curé en 1760, bon prêtre, bon curé, talens médiocres.
Vicaire : Point.
Communions : 300.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Monseigneur.
Décimateur : M. le curé.
Seigneur : M. Chapt de Laxion.
Gentilshommes : M. Puy du Fermigier.

Boubon.
M. Amand Fouquet, religieux de l'ordre de Fontevrault, prêtre en 1747, curé en 1762; il m'a paru fort médiocre et un sujet ordinaire. Je le crois bon garçon et assès prudent.
Vicaire . Point.
Communians : 86.
Sénéchaussée : Montmorillon.
Patron : Les religieuses de Boubon.
Décimateur : Id.
Seigneur : M. de Permangle.
Gentilshommes : Point.
Religieuses. — Communauté de l'ordre de Fontevraud d'environ 15 religieuses, y compris les soeurs converses. Elles sont presque toutes filles de condition, mais la rareté de l'argent et des vocations les obligeront de n'étre pas si difficiles sur le choix. La situation do cette maison est dans un très villain endroit. Elles ne sont ni riches ni pauvres. Je n'ai rien entendu dire contre leur régularité. Le curé est en méme temps leur aumônier et leur directeur; M. Robert, curé de Saint-Jean de Vayres, est un de leurs directeurs extraordinaires. Elles demandoient qu'on approuvat en cette qualité M. Morand, ancien curé de Javerdat, et je l'ai approuvé par provision.

Pageas.
M. Pierre Farne, prêtre en 1760, curé en 1763; il est bien jeune, mais il ne manque point de talens et a de bonnes dispositions pourvu qu'il ne se gâte pas.
Vicaire: M. François Montazaud, ci-devant Cordelier, renvoié au siècle en 1760 par un jugement de l'officialité. Il avoit joui chez ces religieux d'une bonne réputation et il l'a conservée dans l'état ecclésiastique. Il travaille bien et avec zéle dans cette paroisse; prêtre en 1751, vicaire en 1761.
Communians : 800.
Sénéchaussée : Limoges.
Patron : Monseigneur.
Décimateurs : M. le curé commandeur du Puybonnieux, les Bénédictins de Limoges et M. le curé du haut Chalus, etc.
Seigneur: M. de Bourbon-Bussé.
Gentilshommes : M. Coustin du Manadaud.

Dournazac.
M. Pierre Tarraud, prêtre en 1736, curé en 1741, bon prêtre, bon curé, talens médiocres, très dur d'oreille; il est en procès avec le prétendant à la cure de Montbrun qui jusqu'alors avoit fait partie de celle de Dournazac; et comme il n'y a rien de jugé sur ce procès, le service des deux paroisses en souffre, en ce qu'elles n'ont point de limites; les paroissiens suivant leurs intéréts, où qu'ils soient affectés, s'adressent indifféremment à l'un ou à l'autre; ce qui met une très grande confusion.
Vicaire : Point, attendu les contestations qui sont entre lui et le prétendant à la cure de Montbrun.
Communians : 700.
Sénéchaussée : Limoges.
Patron : Le prieur d'Atavault.
Décimateurs : Le prieur d'Atavault et M. de Campniac.
Seigneur : Le prieur et M. de Campniac.
Gentilshommes : M. Chouly de Permangle, M. de Campniac,
M. Dechaumont de Fouillon, M. Dejoubert de Beaufranc.

Source : Chartes, chroniques et mémoriaux pour servir à l'histoire de la Marche et du Limousin, d'Alfred Leroux.

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Un lieutenant général des armées du roi

Gabriel de Chouly de Permangle, mort le 27 août 1741, âgé de 78 ans.

Lieutenant au régiment Dauphin infanterie le 20 janvier 1683, il servit la même année au siège de Courtray : à l’armée qui couvrit le siège de Luxembourg en 1684, au siège & la prise de Philisbourg, de Manheim, de Frankendal & des autres places du Palatinat en 1688, à l’armée d’Allemagne en 1689 & obtint une compagnie, par commission du 20 août. Il continua de servir à l’armée d'Allemagne en 1690, au siège de Mons en 1691 au siège & à la prise des ville & châteaux de Namur, au combat de Steenkerque, au bombardement de Charleroy en 1692. à l’armée de la Moselle, puis à celle d’Allemagne en 1693, à l'armée de Flandre en 1694, à l’armée de la Meuse en 1695, il obtint, par commission du 5 décembre de cette année, un régiment d’infanterie de son nom, qu’on forma par ordre du 23, avec le bataillon de Bombelle du régiment de Champagne. Il commanda ce régiment à l’armée du Rhin en 1696 & 1697. On le réforma, par ordre du 13 novembre 1698. On mit M. de Permangle colonel réformé à la suite du régiment de Beauvoisis. Il fit avec ce régiment la campagne d'Allemagne en 1701. Passa, par ordre du 25 avril 1702, colonel réformé à la suite du régiment de Charolois, avec lequel il se trouva la même année à la défaite des Hollandois sous Nimègue : au combat d'Eckeren en 1703, il obtint, par commission du 31 octobre un régiment d'infanterie qui prit son nom. Brigadier, par brevet du 10 février 1704, il servit à l'armée de la Moselle sous le comte de Coigny la même année : sous le maréchal de Villars en 1705, à l’armée du Rhin sous le même général en 1706 & 1707. On l’employa pendant l’hiver de cette derniére année sur la Sarre, par ordre du 31 octobre.

Employé d’abord à l’armée du Rhin sous le maréchal de Berwick en 1708. il passa ensuite en Flandre sous les ordres du maréchal de Berwick, & entra dans Lille : il contribua à la défense de cette place avec la plus grande valeur. Dans plusieurs sorties qu’il commanda, il réussit à détruire les logemens des ennemis, enlever leurs outils, enclouer leur canon, raser leurs retranchemens, combler leurs travaux & leur faire des prisonniers. On le fit maréchal de camp, par brevet du 12 novembre : il concourut en cette qualité à la défense de la citadelle.

Il commanda à Ypres sous M. de Chevilly pendant la campagne de 1709, par lettres du 18 juin, il y resta pendant l'hiver. Servit à l’armée de Flandre en 1710 & fut nommé pour commander à Condé, par ordre du 31 octobre. Le 9 mai 1711, ayant appris qu’un convoi considérable des ennemis, étoit parti de Tournay pour remonter la Scarpe fous l’escorte de deux régimens commandés par le sieur Chambrier brigadier : il se mit en embuscade avec douze cents hommes de la garnison de Condé, attaqua le convoi, défit après un combat d'une heure l’escorte, tua, blessa ou prit cinq cents hommes, fit le commandant prifonnier, un lieutenant-colonel & dix-sept officiers : de cinquante-deux belandres dont étoit composé le convoi, il n’y en eut que douze qui échapèrent, le reste fut brûlé. Au mois d'octobre suivant, informé que le duc de Marlborough faisoit faire un fourage du côté de Condé, il fit fortir une partie de la garnifon qui repoussa l'escorte du fourage, & enleva quatre cents chevaux & plusieurs cavaliers.

Le roi lui donna le gouvernement du fort Louis du Rhin, par provisions du 19 mars 1712. il remit le commandement de Condé, & résida au fort Louis jusqu’à la paix. Il a conservé ce gouvernement jusqu’à sa mort.

Source : Les lieutenants généraux des armées du roi, depuis la création de cette charge en 1621, jusqu'au règne de Louis XV, de Claude Herissant.

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Le marquis de Permangle contre les dames de Boubon

Mais plus encore qu'avec les évêques, les conflits éclataient, graves et fréquents, avec les seigneurs voisins. Ah ces conflits ! il en est qui avaient pour motifs les objets les plus futiles. Et ils duraient des années ; les voies de justice permettant toujours à la procédure — quand l'abbesse n'avait pas jugé bon d'intervenir devant le Grand Conseil — de rebondir et de se prolonger éternellement.

De ces conflits j'ai pour finir retenu un exemple assez frappant et au total assez pittoresque : c'est celui qui divisa pendant plus de vingt ans le prieuré de Boubon, au diocèse de Limoges, et le marquis de Permangle.

Ce marquis de Permangle, un gentilhomme d'excellente famille limousine, était au sens propre du mot un rude gaillard. A près de soixante-dix ans, il ne gardait qu'un désir : empoisonner l'existence des dames de Boubon. Et comment ? Oh ! de la façon la plus simple : en refusant de payer les dîmes et redevances que, pour certaines de ses terres, il devait au prieuré. Pendant vingt ans, on plaida. Enfin de juridictions en juridictions les religieuses de Boubon finirent par obtenir du Grand Conseil l'arrêt définitif qui condamnait solennellement le marquis. Plus de 80 lettres, pour obtenir ce résultat, avaient été échangées entre Boubon et Fontevraud. Comme on comprend la fatigue de la prieure, fatigue dont elle se plaignait dans une lettre à l'abbesse en septembre 1740. Et celle-ci l'encourageait, la consolait, sans lui cacher que tout n'était peut-être pas fini, car l'arrêt obtenu, il fallait encore le faire exécuter.

Lisez cette réponse, elle est remplie de charme et spirituelle au possible.

«... Il ne falloit rien moins, Madame, que votre activité, et voire force d'esprit pour soutenir tant de peines et d'embarras que ceux que vous avez eus ; ils ne finiront pas même de si tost, si les jours de M. de Permangle sont prolongez, à moins qu'il ne se fasse un miracle sur lui pour le faire changer d'humeur et de conduite. Et nous ne devons pas souhaiter la mort du pécheur mais qu'il se convertisse, et qu'il vive : cependant, les choses ont été poussées trop loin pour en rester là. A l'égard de l'exécutoire il n'y a pas d'autre voye que de le signifier avec commandement, et de faire exécuter M. de Permangle, au bien d'avoir un arrest « d'iterato » qui l'y condamne par corps, mais cet arrest serait aussi très difficile à mettre à exécution contre un homme octogénaire, de distinction, et formidable dans le païs. Je crois donc en effet que D'éxécution de ses meubles, et la saisie de ses fruits serait le plus court moyen de vous faire payer du montant de ces éxécutoires ; il s'agit de prendre de bonnes mesures pour cela : c'est aux huissiers dont va us vous servirez à faire en sorte de se conduire si bien qu'ils fassent enlever les choses saisies, à moins qu'ils n'ayent un dépositaire solvable : cela va vous jetter dans des dépenses infinies que vous n'êtes guères en état de soutenir sans emprunter : je vous plains, Madame, de vous trouver dans des circonstances aussi embarrassantes ; il n'y a pourtant point d'autre voye. Si la juste colère où vous êtes pouvait vous faire terminer, comme vous dites, tout le reste avec l'aide d'un bon baston, je crois bien que Monsieur de Permangle, tout formidable qu'il est, pourroit éprouver tête à tête avec vous tout ce que peut une femme irritée; cependant, je dotule encore que la compassion pour cet ennemi octogénaire ne vous désarme pas, et je vous crois l'âme trop bonne pour vouloir ainsi vous faire justice par vous-même. »

Notez le changement de ton au dernier paragraphe.

L'abbesse peut se permettre de glisser une phrase plaisante, elle reprend presque aussitôt le ton de gravité qui convient à sa haute charge.

Il ne restait en effet qu'à faire exécuter l'arrêt et saisir les meubles du marquis. Ce n'était pas le plus facile. L'opération n'aboutit pas, si l'on en juge par l'étonnant procèsverbal que rédigea l'huissier chargé de cette besogne.

Ce procès-verbal je vais vous le résumer, et je m'excuse des termes fort peu académiques que je suis obligé d'employer. Pensez bien que ce n'est pas moi qui les prononce, mais très haut et très puissant seigneur, le marquis de Permangle.

Très droit, malgré ses 78 ans bien sonnés, le marquis de Permangle se tenait debout à l'une des fenêtres du rez-de-chaussée de son château quand se présenta, assez peu rassuré, l'huissier délégué par les dames de Boubon.

L'exécuteur de l'arrêt de justice s'approcha, salua le marquis et lui fit part de sa mission.

M. de Permangle ne broncha pas.

Avec un peu plus de fermeté, l'huissier reprit : « Allons, Monsieur le Marquis, il faut obéir au roi et à la justice. »

Alors, à très haute voix, le marquis répliqua froidement :

« Je me f... du roi et de la justice ». Puis, décrochant un fusil qui se trouvait auprès de lui, il mit tranquillement l'huissier en joue et ajouta :

« Si vous approchez davantage, je vous f... un coup de fusil. »

Ce n'était certes pas la première fois qu'un huissier risquait sa vie en prétendant saisir un grand seigneur.

Plus d'un, pour s'y être frotté, avait reçu la bâtonnade : il leur arrivait même parfois des accidents plus funestes... on comprend que les plus courageux aient hésité. Celui-là n'avait pas l'âme d'un brave ; il préféra disparaître discrètement, puis s'empressa de rédiger le procès-verbal que je viens de vous traduire et qu'il porta incontinent à la prieure de Boubon.

Avec de grandes lamentations, celle-ci le transmit à Fontevraud. Ainsi donc, le marquis de Permangle tenait en échec la prieure, l'abbesse, la justice et le Roi... Il y avait tout lieu de penser qu'on n'en viendrait pas à bout...

Seulement la mort, qui triomphe des plus obstinés, triompha de l'entêté marquis. qui mourut quelques mois plus tard. Son fils, un jeune officier qui combattait dans les armées du roi, n'avait pas de goût pour les procès.

Dès son premier voyage en Limousin, il alla trouver la prieure de Boubon et passa transaction avec elle.

Ainsi s'acheva cette grande affaire.

(Société des lettres, sciences et arts du Saumurois, 1935)

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L'évolution du métayage en Limousin

La propriété de M. de Roux de Reilhac, canton de Saint-Mathieu, arrondissement de Rochechouart, était affermée de 1879 à 1888 pour la somme de 9.000 francs. En 1888 le fermier se retira, malgré les concessions du propriétaire qui consentait à réduire de 600 francs le prix de ferme, ce qui le portait à 8.400 francs.

M. de Roux de Reilhac renonça alors à affermer ses domaines, et mit à la tête de l'exploitation un régisseur M. Maudet.

224 hectares de terres cultivables étaient divisés en 10 métairies, dont le cheptel total s'élevait à la somme de 28.700 francs.

Les colons étaient endettés envers le maître. Les terres mal cultivées et manquant de fumier, ne permettaient pas la culture des plantes fourragères, et ne produisaient guère que des céréales, des pommes de terre et du sarrazin.

Grâce à l'activité et à la direction intelligente et expérimentée de M. Maudet, l'état de la propriété de M. de Roux de Reilhac s'est complètement modifié. En 1904 les bénéfices réalisés exclusivement sur les mêmes terres qu'on n'avait pu affermer en 1888, de 8.400 se sont élevés à 17.000 francs.

Les 224 hectares de terre sont aujourd'hui divisés en 9 métairies dont le cheptel total s'élève à la somme de 65.000 fr. soit une augmentation de 36.300 francs.

Les terres bien pourvues d'engrais de toutes sortes et cultivées avec soin produisent, outre les céréales et les pommes de terre, des haricots, du maïs, du trèfle, des carottes, des betteraves, des raves et des topinambours.

Nous ferons observer enfin que toutes ces améliorations ont été obtenues sans l'apport d'un nouveau capital, ou tout au moins cet apport a-t-il été minime, puisque selon les données mêmes de M. Maudet, le propriétaire n'a eu qu'à débourser les frais de quelques constructions rendues indispensables par les augmentations survenues dans la quantité des récoltes et du bétail.

Voilà ce qu'on a pu faire en Limousin avec des métayers.

Source : L'évolution du métayage en France, de Louis Durousseau-Dugontier.

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24 avril 2020

L'église réformée de Rochechouart

L'édit d'Alais qui suivit de si près la chute de La Rochelle, avait abattu les protestants comme parti politique, mais il leur garantissait de nouveau la liberté religieuse et l'égalité civile. Richelieu, qui l'avait imposé, le respecta scrupuleusement et admit les protestants à tous les offices publics. Mais la volonté du ministre ne pénétrait pas partout. Loin de la cour, le clergé retrouvait son compte. En l'année 1630, l'évêque de Limoges faisait la visite de son diocèse pour y rétablir la discipline ecclésiastique, depuis longtemps gravement compromise.

Arrivé à Rochechouart, l'avant-veille de l'Assomption, il jugea bon, « de son autorité privée et par l'assistance du vicomte de Rochechouart, du comte de La Vauguion, du baron de Saint-Auvent et autres gentilshommes, » d'expulser de la maison de ville les réformés qui y tenaient leurs assemblées depuis 1577. L'expulsion fut violente comme toujours. On ne se contenta point de barder la porte pour contraindre les protestants à chercher hors de la ville un lieu de culte ; on brisa les bancs et la chaire et on en brûla les débris devant la halle publique, à la plus grande joie des assistants. C'est Barthe lui-même qui a consigné à la marge du registre consistorial, en quelques termes précis, le souvenir de cet évènement. L'église dispersée n'a point transmis à la postérité d'autre protestation, et, quand elle osa se réunir de nouveau, quatre mois plus tard, dans la maison de feu Berthonneron, ce fut pour y célébrer la cène du Seigneur.

Le prêche dut se continuer à huis-clos dans les maisons particulières jusque vers 1640. Les Dominicains, que le vicomte avait appelés dès 1614, furent alors définitivement installés au faubourg du Châtenet. Leur présence devint pour les réformés une menace perpétuelle et comme la revanche pour les catholiques des violences qui avaient forcé les Bénédictins, un demi-siècle plus tôt, à quitter la ville.

Le vicomte de Rochechouart, Jean II, qui avait succédé en 1604 au vicomte Louis, son père, ne jugea point la victoire suffisante et alla jusqu'à prétendre interdire à ses sujets protestants de s'assembler pour leurs prières et leurs supplications ». Pour atteindre ce but, il les fit citer aux grands jours de Poitiers de 1634. Les réformés, condamnés à ce tribunal, en appelèrent au Conseil du Roi qui, par arrêt du 10 mai 1630, les confirma dans leur droit, mais sous défense de rien innover et à la condition de présenter leurs titres au lieutenant général de la sénéchaussée de Limoges. Cet arrêt procura aux habitants de Rochechouart un répit de quelques années.

La conduite de ce vicomte de Rochechouart vis-à-vis de ses sujets protestants est d'ailleurs pleine de contradictions. Nous avons signalé les violences dont il usait sans scrupule. On pourrait admettre à sa décharge qu'il agissait sous l'impulsion d'autrui quand on. le voit, d'au tre part, accepter en 1621 de servir de parrain au fils du sénéchal de Rochechouart, baptisé au temple, et faire attribuer aux protestants à deux reprises (1605 et 1629), l'usage du cimetière paroissial de Bonmousson. Il leur donna même bientôt un gage d'estime plus éclatant encore, lorsqu'il épousa en secondes noces Marie Eschallard, dame de Genéville et de Chabrignac, issue d'une amille protestante (1637). Cette alliance n'avait, du reste, rien d'absolument contraire aux moeurs de cette première moitié du XVIIe siècle. Un petit seigneur catholique des environs de Bellac, messire Gaspard de Rouffignac, sieur de Quinsac, avait pris pour femme, en 1614, demoiselle Jeanne Seguin de la Brousse († avant 1628), fille d'un seigneur calviniste du Périgord, et avait même promis « icelle espouser en l'esglise de la religion catholique réformée et en icelle faire profession et y vivre tout le cours de sa vie le plus sainctement et religieusement qu'il est possible à l'homme craignant Dieu ». Ce n'était rien moins qu'une abjuration catholique.

Il n'en fut pas tout-à-fait de même dans le cas du vicomte de Rochechouart. Les apparences demeurèrent sauves par la conversion que le cordelier Hugon prétendit avoir obtenu de la nouvelle vicomtesse. Mais il faut bien admettre pour le moins que cette conversion n'avait point changé le coeur même de la jeune femme, puisqu'elle continua de nourrir ses convictions de calviniste. Diverses clauses de son testament en font foi. Elle qui jouissait du droit de se faire inhumer dans le choeur même de l'église paroissiale, préféra reposer simplement devant la porte de son manoir, et, pour ne laisser aucun doute sur ses sentiments intimes, elle fit un legs à l'église réformée de Villefaignan (1658). Nous pouvons conclure de cette histoire que les protestants de la vicomté durent jouir d'une paix relative tant que Marie Eschallard demeura leur suzeraine. Mais cela ne dura guère. Jean II mourut en 1647 et eut pour successeur sa fille Marie, née d'un premier lit et mariée depuis 1640 à Jean, marquis de Pompadour. Ce changement de suzeraineté modifia sur-le-champ la situation des protestants.

Source : Histoire de la Réforme dans la Marche et le Limousin, d'Alfred Leroux.

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Vente du château du Puy

C'est à la fin de cette année, 1767, que la seigneurie du Puy fut vendue à Gaucher de Lavergne. Un acte sous signature privée fut fait le 12 octobre, suivi bientôt d'un acte authentique le 24 octobre.

Messire Jean Guilhot chevalier, seigneur du Dousset, et du lieu du Puy de Cussac.

Dame Radegonde de la Ramière son épouse, demeurant au château du Puy.

Messire Charles de l'a Ramière, haut et puissant seigneur comte de la Ramière, demeurant au château de Pencharnaud, paroisse de Saint-Etienne-le-Droux en Périgord ici présent et autorisant au besoin la dite dame du Dousset sa fille.

Dame Henriette d'Asnières de Maisonnais veuve de messire Charles Guillot du Dousset, chevalier, seigneur de la Reille, le Puy et autres places, en son vivant lieutenant-colonel d'infanterie, mère de messire Jean du Dousset, demeurant à la Reille.

Demoiselle Louise Guillot du Dousset, demeurant au château de Graine, paroisse de Biennat, tante de Jean du Dousset.

Ont vendu : à Messire Gaucher de Lavergne, chevalier, seigneur de Marginier, ancien capitaine d'infanterie, chevalier de Saint-Louis, et à dame Anne Elizabeth de la Biche son épouse, demeurant en la ville d'Aixe, paroisse de Tarn.

Le château, fief et seigneurie du Puy de Cussac et Graffeuille, consistant en : le château et autres bâtiments en dépendant, cour, jardin, fuie, villars, près, terres, bois châtaigners, bois taillis ou garennes, bois de haute futaie, étangs et pêcheries comprenant le domaine de réserve du château, plus deux autres domaines et métairies au dit lieu du Puy, plus deux autres domaines au village de la Guionie, deux autres à Grafeuille plus le moulin de Grafeuille « à deux meules, garni de tous les instruments, « tournant et faisant farine, avec tous droits de banalité et « de contrainte suivant sa coutume ». Ces six domaines faisant partie de la censive de Cromières, avec devoirs d'hommage.

Plus deux autres domaines au Breuil, situés hors du fief du Puy, dans la censive des seigneurs de Cromières et envers lui chargés de devoirs seigneuriaux.

Plus une autre métairie à Xégrelat dans la censive des dames de Boubon.

Avec tous les cheptels et objets mobiliers, sous réserve de deux chevaux du seigneur du Dousset et des meubles du château.

Etaient aussi compris dans la vente tous les droits et devoirs seigneuriaux utiles et honorifiques, appartenant aux vendeurs à cause de ce fiet du Puy et Grafeuille, suivant une transaction passée entre l'un des auteurs des vendeurs et le seigneur de Cromières, le 3 octobre 1606, signée Desvergnes et Mallet, notaires à Rochechouart.

Le prix était de 65.000 livres, et 720 livres d'épingles à madame du Dousset, payables : 40.000 livres au 1er janvier prochain sans intérêts ; en déduction de cette somme les acquéreurs étaient chargés de payer à madame de Guinguant de Beaupoil de Saint-Aulaire une rente constituée de 194 livres 15 sols au capital de 3.895 livres,

Les 25.000 livres restant devaient être payées dans six années, sans intérêts durant la première.

Mais comme la plus grande partie de la fortune des acquéreurs est dans les îles d'Amérique, en cas de guerre, de . prise ou naufrage de vaisseau de transport le terme de six ans sera prorogé de quatre autres années.

La dite acquisition étant faite avec l'argent de madame de Lavergne, son mari lui concède hypothèque sur les biens achetés jusqu'à concurrence de ce qui lui sera dû pour ses reprises.

Les biens situés dans la censive de Cromières furent estimés 52.520 livres, ceux dans la censive des dames de Boubon portés à 3.000 livres, ceux dans la censive du curé de Cussac à 200 livres. Le cheptel fut estimé 10.000 livres.

L'acte fut reçu par Rampnoux et Dervault, notaires.

Source : Monographie du château du Puy, d'Etienne Rayet.

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Guillot du Doussay émigrés

Guillot du Doussay - La famille Guillot du Doussay est étrangère à notre province à laquelle la rattache seulement l'acquisition (29-8-1767 - Moureau, nre royal à Confolens - ADC 2E 2498) par Jean Guillot et Radegonde de la Ramière, son épouse, du fief et seigneurie de l'AgeBertrand (en Chirac), qui avait appartenu aux Regnauld puis, par héritage, à une branche des de Couhé. Jean Guillot et Radegonde de la Ramière eurent deux fils inscrits l'un et l'autre sur la liste des émigrés. Gabriel Guillot, l'aîné, né le 30 et bapt. le 31-12-1757 à Cussac (87), + sans alliance à Rochechouart (87) le 3-4-1829. lieutenant colonel de cavalerie. fut déclaré émigré en 1791 ; il fut rayé définitivement de la liste des émigrés par le ministre de la Police générale le 14 vendémiaire an X, avant la promulgation du sénatus-consulte, et renvoyé en possession de ses biens. Il testa le 20-5-1822 en faveur de son frère unique et de François Gabriel et Louis Gabriel, fils de Louis Regnauld, son cousin germain, et de Magdeleine Elisabeth de Maulmont (testament olographe déposé chez Reitier Lagrange, nre à Rochechouart, le 10-7-1829 - ADHV 4E 62/72).

Guillot Charles, né 13-12-1761, bapt. le même jour à Cussac, chevalier de Malte - dt à Paris, il existait encore le 10-11-1827 lors d'un contrat de vente d'une propriété par son frère et lui - héritier de son frère par son testament du 20-5-1822 - il ressort de son dossier (F7/5952) qu'il résida à Malte de 1785 jusqu'à l'époque de la capitulation de cette île ; qu'il fut porté, en l'an VII, sur la liste supplémentaire des émigrés et n'obtint pas ensuite sa radiation définitive avant la promulgation du sénatus-consulte de l'an X. Une lettre du préfet de la Haute Vienne, du 25 vendémiaire an XII, adressée au ministre de la Justice, apprend qu'à cette date rien encore n'avait été décidé concernant ledit Charles Guillot du Doussay - nous ignorons si l'intéressé a été radié ou amnistié (Q X/9 - Q XII/29 - F7/5952).

Source : Les émigrés charentais, 1791-1814, de Pierre Bureau.

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Une visite domiciliaire (1798)

L'an six de la République française une et indivisible, et le six thermidor, en exécution de la loi du dix-huit et de l'arrêté du directoire exécutif du dix-neuf messidor dernier, relatifs aux visites domiciliaires, conformément à l'arrêté de l'administration centrale de ce département, du vingt-huit messidor, aussi dernier, et des dispositions arrêtées par nous commis à cet effet : nous soussignés, Jean-Joseph Chouchet, agent municipal du chef-lieu du canton de Rochouart, et Pierre Soulat, commissaire du directoire exécutif, près l'administration du chef-lieu du canton, accompagnés d'un détachement de la garde nationale de la commune de Rochechouart et de la gendarmerie, à la résidence du chef-lieu du canton, nous sommes transportés, environ deux heures après midi, au lieu du Moulin-Paute, commune de Vidaix, au ci-devant château appelé du même nom, inhabité et dépendant du citoyen Dudoucet, ascendant d'émigrés, où étant et ayant trouvé les portes principales fermées, sommes entrés par une porte à vitres, donnant sur la chaussée de derrière, que nous avons trouvée ouverte, et laquelle porte les colons du domaine, appelé de la Cour, nous ont dit avoir été ouverte par leurs femmes, après avoir fait toutes les recherches possibles dans les appartements, que nous avons trouvés ouverts, et avoir pris tous les renseignements des colons, dont nous nous sommes fait assister, avons reconnu que ce ci-devant château ne recelait aucun des individus désignés par les lois et arrêtés sus énoncés, et de tout quoi nous avons dressé le présent procès-verbal, fait et clos au dit lieu, les jour, mois et an que dessus.

Chouchet, Agt
Soulat, Cre Etif.
Betoulle, Gme.

Source : Archives de la mairie de Rochechouart. Pièces originales.

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