L'édit d'Alais qui suivit de si près la chute de La Rochelle, avait abattu les protestants comme parti politique, mais il leur garantissait de nouveau la liberté religieuse et l'égalité civile. Richelieu, qui l'avait imposé, le respecta scrupuleusement et admit les protestants à tous les offices publics. Mais la volonté du ministre ne pénétrait pas partout. Loin de la cour, le clergé retrouvait son compte. En l'année 1630, l'évêque de Limoges faisait la visite de son diocèse pour y rétablir la discipline ecclésiastique, depuis longtemps gravement compromise.

Arrivé à Rochechouart, l'avant-veille de l'Assomption, il jugea bon, « de son autorité privée et par l'assistance du vicomte de Rochechouart, du comte de La Vauguion, du baron de Saint-Auvent et autres gentilshommes, » d'expulser de la maison de ville les réformés qui y tenaient leurs assemblées depuis 1577. L'expulsion fut violente comme toujours. On ne se contenta point de barder la porte pour contraindre les protestants à chercher hors de la ville un lieu de culte ; on brisa les bancs et la chaire et on en brûla les débris devant la halle publique, à la plus grande joie des assistants. C'est Barthe lui-même qui a consigné à la marge du registre consistorial, en quelques termes précis, le souvenir de cet évènement. L'église dispersée n'a point transmis à la postérité d'autre protestation, et, quand elle osa se réunir de nouveau, quatre mois plus tard, dans la maison de feu Berthonneron, ce fut pour y célébrer la cène du Seigneur.

Le prêche dut se continuer à huis-clos dans les maisons particulières jusque vers 1640. Les Dominicains, que le vicomte avait appelés dès 1614, furent alors définitivement installés au faubourg du Châtenet. Leur présence devint pour les réformés une menace perpétuelle et comme la revanche pour les catholiques des violences qui avaient forcé les Bénédictins, un demi-siècle plus tôt, à quitter la ville.

Le vicomte de Rochechouart, Jean II, qui avait succédé en 1604 au vicomte Louis, son père, ne jugea point la victoire suffisante et alla jusqu'à prétendre interdire à ses sujets protestants de s'assembler pour leurs prières et leurs supplications ». Pour atteindre ce but, il les fit citer aux grands jours de Poitiers de 1634. Les réformés, condamnés à ce tribunal, en appelèrent au Conseil du Roi qui, par arrêt du 10 mai 1630, les confirma dans leur droit, mais sous défense de rien innover et à la condition de présenter leurs titres au lieutenant général de la sénéchaussée de Limoges. Cet arrêt procura aux habitants de Rochechouart un répit de quelques années.

La conduite de ce vicomte de Rochechouart vis-à-vis de ses sujets protestants est d'ailleurs pleine de contradictions. Nous avons signalé les violences dont il usait sans scrupule. On pourrait admettre à sa décharge qu'il agissait sous l'impulsion d'autrui quand on. le voit, d'au tre part, accepter en 1621 de servir de parrain au fils du sénéchal de Rochechouart, baptisé au temple, et faire attribuer aux protestants à deux reprises (1605 et 1629), l'usage du cimetière paroissial de Bonmousson. Il leur donna même bientôt un gage d'estime plus éclatant encore, lorsqu'il épousa en secondes noces Marie Eschallard, dame de Genéville et de Chabrignac, issue d'une amille protestante (1637). Cette alliance n'avait, du reste, rien d'absolument contraire aux moeurs de cette première moitié du XVIIe siècle. Un petit seigneur catholique des environs de Bellac, messire Gaspard de Rouffignac, sieur de Quinsac, avait pris pour femme, en 1614, demoiselle Jeanne Seguin de la Brousse († avant 1628), fille d'un seigneur calviniste du Périgord, et avait même promis « icelle espouser en l'esglise de la religion catholique réformée et en icelle faire profession et y vivre tout le cours de sa vie le plus sainctement et religieusement qu'il est possible à l'homme craignant Dieu ». Ce n'était rien moins qu'une abjuration catholique.

Il n'en fut pas tout-à-fait de même dans le cas du vicomte de Rochechouart. Les apparences demeurèrent sauves par la conversion que le cordelier Hugon prétendit avoir obtenu de la nouvelle vicomtesse. Mais il faut bien admettre pour le moins que cette conversion n'avait point changé le coeur même de la jeune femme, puisqu'elle continua de nourrir ses convictions de calviniste. Diverses clauses de son testament en font foi. Elle qui jouissait du droit de se faire inhumer dans le choeur même de l'église paroissiale, préféra reposer simplement devant la porte de son manoir, et, pour ne laisser aucun doute sur ses sentiments intimes, elle fit un legs à l'église réformée de Villefaignan (1658). Nous pouvons conclure de cette histoire que les protestants de la vicomté durent jouir d'une paix relative tant que Marie Eschallard demeura leur suzeraine. Mais cela ne dura guère. Jean II mourut en 1647 et eut pour successeur sa fille Marie, née d'un premier lit et mariée depuis 1640 à Jean, marquis de Pompadour. Ce changement de suzeraineté modifia sur-le-champ la situation des protestants.

Source : Histoire de la Réforme dans la Marche et le Limousin, d'Alfred Leroux.