Claude-Etienne-Annet Comte des Roys baron de Saint-Cyr et des Enclos, seigneur d'Echandelys, les Bordes, Saint-Laurent et autres places, présida le 16 mai 1789 l'Assemblée des Etats généraux du Limousin, tenue à Limoges dans la chapelle des Jésuites, actuellement chapelle du Lycée.

Sa famille (d'or à la bande de gueules chargée de trois étoiles d'argent) était originaire de l'Auvergne et avait contracté alliance avec les de Bourdcilles et les de Verdonnet. La mère de Claude-Etienne-Annet, née Gabrielle de Roquelaure, avait épousé en 1750 Jacques II des Roys, chevalier, seigneur d'Echandelys, des Bordes, baron des Enclos, officier au régiment de la Mothe-Cavalerie.

Le jeune Annet des Roys fut capitaine au régiment Royal-Dauphin (1775) et il ne vint en Limousin qu'en 1783, par suite de son mariage avec Joséphine-Léonard de Saint-Cyr, qui lui apportait en dot la terre de Puydaud, les domaines de la Bourgonie, de Lattérie, la Forêt, Marcillac, les Colombiers, les Champs, Le Noyer, puis la Peyrade et la Pouge.

Cette famille Léonard de Saint-Cyr descendait de Pierre Léonard, avocat à Limoges, dont le fils Jean-Léonard de Fressanges seigneur de Fressanges, trésorier de France en 1678, avait épousé en 1690, Anne Descubes, fille d'un consul de Limoges et de Valérie Barbarin. C'est cette demoiselle Descubes qui apporta en dot la terre de Puydaud dans la famille Léonard de Fressanges. La nouvelle Comtesse des Roys, née Léonard de Saint-Cyr, était, fille de Antoine, ancien officier aux gardes française, et de Angélique Morin qui mourut le 6 août 1813, à 79 ans, au château de Puydaud, ainsi qu'en témoignent les registres de catholicité de la paroisse de Saint-Cyr, sur lesquels ont signé : Parât, curé, Gédéon de Brie. Descubes de Lascaux.

A l'époque de l'édification de l'Eglise qui remonte au XIIe siècle, la paroisse de Saint-Cyr comprenait quatre fiefs : Puydaud, Essenat, Lascaux et la Mothe; à la fin du XVIe, la famille de Saint-Fief (d'azur au chevron d'argent accompagné de trois croix raccourcies de même, posées 2 el 1) possédait, à elle seule, les terres de Puydaud, Essenat et Lascaux, sans comprendre la Laurencie. Peu à peu ces fiefs passèrent entre des mains étrangères : en 1635 Essenat devint la propriété de la famille de Grandsaigne, vers 1639 Puydaud passa aux Descubes et vers 1646 Lascaux appartint à d'autres Descubes, à ceux qui ont formé la branche Descubes de Lascaux.

Le Descubes, nouveau propriétaire de Puydaud, était, le troisième fils de Martial, avocat, on l'appelait le sieur du Ferrant, il était médecin à Limoges, et, ce fut lui qui épousa Valérie Barbarin. De ce mariage naquirent deux filles, dont l'une Marie, née en 1672. se maria dans la famille Martin de la Bastide et la plus jeune, Anne Catherine, épousa Jean Léonard de Fressanges, de la paroisse de Vicq et trésorier de France.

Les registres de catholicité de la paroisse de Saint-Cyr nous apprennent que le 15 mars 1784, au château de Puydaud, naquit Messire Jacques, Gabriel des Roys, fils de Haut et puissant seigneur Messire Claude-Etienne-Annet comte des Roys et de haute et puissante dame Léonard de Saint-Cyr, son épouse. Le parrain de l'enfant était Messire Jacques-Martial-Léonard de Saint-Laurent, bisaïeul maternel et la marraine haute et puissante dame Gabrielle-Marie-Claudine de Roquelaure, marquise des Roys, grand mère du côté paternel, représentée par Angélique Joseph Morin, baronne de Saint-Cyr, grand mère maternelle. Cet enfant devait mourir à douze ans.

Le 24 mars 1786, le comte des Roys perdit son second fils, Jacques Joseph, âgé de onze mois.

Le 31 mai 1787 on baptise à Saint-Cyr Etienne-Annet des Roys, né le même jour. Le parrain est haut et puissant seigneur Etienne des Roys, vicomte des Roys, maréchal des camps et armées du Roi, oncle paternel, actuellement employé par le Ro de France à la cour de Naples et représenté par J.-B. Parat, curé de Saint-Cyr. La marraine est dame Anne Léonard de Saint-Cyr des Essarts, veuve de Jean Léonard, conseiller du Roi. Ce fils du comte des Roys mourut dans l'Allier en 1868, il avait épousé Jenny Hoche, fille du général Hoche, et leur fils Ernest-Gabriel, né en 1836, mort en 1904, fut député de la Seine-Inférieure.

C'est en mars 1789 que le comte des Roys fut pourvu de la charge de sénéchal du haut pays limousin, et, c'est le 2, en l'audience de la Cour, qu'il fut installé. Il fut harangué à la porte du palais par un député de la cour sénéchale, par M. Tanchon, doyen des avocats et par les gens du Roi : après la cérémonie, toute la Cour en robe lui fit sa visite.

Le 16 mai 1789 il présida l'Assemblée des Etats généraux du Limousin, et, comme dans les Martyrs et confesseurs de la Foi, l'abbé Lecler nous décrit l'aspect de cette assemblée, comme d'autre part, M. l'abbé Legros, témoin oculaire, nous a laissé un compte rendu de cette séance mémorable, nous n'en parlons pas.

De 1789 à la fin de 1793 il semble que le Comte des Roys n'ait pas été inquiété, dans tous les cas, le 13 février 1792 la municipalité de Saint-Cyr lui délivre un laisser passer et le signalement qu'on donnne de lui porte qu'il est cultivateur : deux lignes plus loin on mentionne qu'il porte perruque. Ce cultivateur portant, perruque ne devait rien dire qui vaille aux Jacobins de l'époque. Il est probable que le citoyen des Roys se rendait à Paris car, le 29 mars, il est en garni rue du Bouloi, à l'hôtel de Hollande, et, la municipalité de Paris envoie à Saint-Cyr un certificat le concernant.

Le 1er avril 1793, des Roys est de retour dans son château de Puydaud, car il prête serment de fidélité dans la mairie de Saint-Cyr; le 15 du même mois la commune déclare qu'il n'est pas suspect et lui délivre le 28 un certificat de civisme, dans lequel il est dit que « l'opinion publique l'a dénigré ». Cette dernière phrase n'a rien de surprenant, et, l'on serait plutôt tenté de se demander comment le grand sénéchal du Limousin, qui n'a pas émigré, a pu.arriver jusqu'à cette date, sans avoir maille à partir avec son district : comme nous pouvons le deviner, les sociétés populaires commençaient à s'occuper de lui. Toujours est-il qu'en fin de 1793 au début de 1794 la terre de Puydaud était mise sous la surveillance des officiers municipaux par le commissaire Maublanc. C'était prudent, mais ce qui était plus prudent encore c'était d'arrêter le citoyen des Roys; c'est d'ailleurs ce qui fut fait en 1794, et, nous savons que l'ex-sénéchal passa six mois en prison et qu'il n'en sortit que le 22 novembre.

Le 15 prairial an II (3 juin 1794) il donne procuration à sa belle-mère pour toucher les fermages qui lui sont dûs, suivant l'arrêté du représentant du peuple Brival, par les citoyens Lagane jeune et Leylavoix de Saint-Auvent, et, cette procuration est datée de la « maison de réclusion dite cy-devant Visitation » de Limoges.

A ce moment-là, il ne fait guère bon dans la région de Saint-Laurent-sur-Gorre, Oradour-sur-Vayres, Rochechouart : MM. de Merlis et, de Lavergne vont périr sur l'échafaud; à Gorre, les abbés Meytadier, Geay, Massaloux Jean et de Brie de Soumagnac sont déportés, les demoiselles de la Rochetulon sont incarcérées et l'ancien sénéchal du haut pays de Limousin ne pouvait que se livrer à ses pensées tristes.

Tout à coup, sept mois après sa sortie de prison, le 7 messidor an III (25 juin 1795), un véritable coup de théâtre se produit. A 10 heures du matin, Claude Etienne-Annet des Roys se présente à la maison commune de Saint-Cyr et y exhibe un arrêté du représentant du peuple, en mission dans les départements du Cher, de l'Indre et de la Haute-Vienne, qui nomme des Roys juge de paix de Saint-Laurent, en remplacement du citoyen Goursaud. 11 est installé séance tenante et prête serment de fidélité.

Ainsi, voici Haut et Puissant Seigneur Messire Comte des Roys, baron de Saint-Cyr, ancien sénéchal du Haut-Limousin, devenu juge de paix du canton de Saint-Laurent-su-Gorre ! Que s'est-il passé ? Je ne l'ai pas encore découvert. Des Roys avait-il parmi les Jacobins en vue quelque vieux camarade, qui ait voulu le sauver ? ou bien, quels liens personnels d'amitié ou autres le liaient au représentant du peuple en mission dans la région ? Ce serait un point à élucider et qui nous expliquerait pourquoi, en pleine révolution ou à peu près, le premier juge de paix de SaintLaurent fut un cy-devant noble et j'ajouterai un noble de marque.

Des Roys prit-il son rôle au sérieux ? Comment faisait-il la conciliation ? Je l'ignore, mais, ce qui est certain, c'est que sa nouvelle fonction ne le retient pas trop longtemps, car le 26 juillet 1795 (8 messidor an III) la commune délivre un laisser passer à des Roys, juge de paix de Saint-Laurent, à ses fils, à leur gouvernante et à un domestique allant en Puy-de-Dôme. Si nous avons vu tout à l'heure le cultivateur des Roys portant perruque, il faut convenir que la chose était très aristocratique, par contre le voyage de ce juge de paix et de sa suite en 1795 n'a rien de bien démocratique.

En lui-même des Roys devait sourire, il y avait douze ans qu'il était en Limousin et il y avait joué les rôles les plus divers. Est-ce pour cela qu'il n'y revint plus ? Trouva-t-ih le tour trop bien joué pour reparaître à Saint-Cyr ? Mystère. Ce que nous savons c'est que, veuf depuis 1791, il se remaria en 1797 avec Amable de Chauvigny de Blot qui mourut en 1842.

En juillet 1805, nous le trouvons maire de Moulins (Allier) et, en 1809, son fils Etienne-Annet, devenu majeur, ratifia la vente de trois domaines faite par son père à Léonard Rebeyrol, médecin à Gorre : il s'agissait de domaines situés aux Champs, et au Noyer, paroisse de Saint-Laurent, et provenant de Anne-Joséphine Léonard, première épouse du vendeur.

Le 6 août 1813, le Comte des Roys perdait sa belle-mère, Angélique Morin, veuve Léonard de Saint-Cyr, morte en son château de Puydaud, et, à partir de ce moment la terre de Puydaud va être morcelée et vendue. Une légende du pays disait que le château avait autant de fenêtres qu'il y a de jours dans l'année et aujourd'hui, passant devant la maison dite de Puydaud, rien ne dit plus au voyageur la splendeur d'antan : il faut être du pays pour aimer à faire revivre ces souvenirs vieux d'un peu plus d'un siècle.

Le 8 février 1816, M. des Roys donne sa démission de maire de Moulins, le 14 mai 1812 il avait été fait baron de l'Empire, et, le 24 novembre 1816, Louis XVIII l'avait fait chevalier de SaintLouis.

Il est mort à Avrilly (Allier) le 21 septembre 1823. Il n'avait fait, que passer en Limousin, mais l'époque où il s'y était rencontré n'était pas faite pour l'attacher à nos beaux paysages : même dans le placide et riant pays de Gorre les sociétés populaires s'agitaient.

Source : Deux personnalités du pays de Gorre ayant joué un rôle pendant la Révolution, de Pierre de Resbecq.