M. de Coustin du Masnadaud
Sous-Lieutenant au Régiment du Dresnay

La famille de Coustin, d'ancienne chevalerie, a formé plusieurs branches et possédé de nombreux fiefs en Limousin, Marche, Périgord et Quercy. Elle a fourni des officiers aux armées du roi et plusieurs membres au clergé. Elle compte parmi les siens Robert de Coustin, qui prit part aux Croisades avec Saint-Louis, en 1248. Ses armes se voient à Versailles dans les salles des Croisades.

Ses principaux fiefs du Limousin furent le marquisat du Masnadaud, paroisse de Pageas, près de Châlus, les comtés d'Oradour-sur-Vayres et de Saint-Basile, la baronnie du Boucheron, etc. Elle eut plus tard par mariage, en 1772, le château de Sazeirat, en la paroisse d'Arrènes (Creuse), qu'elle possède toujours.

Jean-François de Coustin du Masnadaud, écuyer, souslieutenant au régiment du Dresnay, était fils de Martial-François de Coustin, chevalier, comte du Masnadaud, capitaine au régiment de Beauvaisis, puis colonel, gentilhomme de la chambre de Monsieur, frère du Roi, et de Marie-Madeleine Laeüt ; petit-fils de François-Annet de Coustin, chevalier, marquis du Masnadaud, comte d'Oradour-sur-Vayres, seigneur de Saint-Basile et de Blanat, et de Henriette de Beynac.

Né à Rouen le 3 juin 1769, il fut baptisé le 5 dans l'église de Saint-Etienne des-Tonneliers (1). Il eut pour parrain Jean Laeüt, négociant, son grand-père maternel, représenté par Jean Laeüt, capitaine de navire, son neveu, et pour marraine Françoise-Catherine de Coustin du Masnadaud, sa tante, épouse de « messire de Beauvoir » (2), représentée par Jeanne-Elisabeth Laeüt (3).

Le comte du Masnadaud, père, avait un poste important dans l'île de la Guadeloupe (4). Il s'était marié en l'église de Saint-Etienne-des-Tonneliers de Rouen, le 13 janvier 1767, avec Marie-Madeleine Laeüt, âgée de dix-huit ans, fille de Jean Laeut et de Marie-Madeleine Desbonnes. Le mariage eut lieu en présence de François-Jean de Bermondet de Cromières, vicaire général d'Autun et chanoine de Saint-Honoré de Paris, cousin de l'époux ; Jean-Baptiste Néau, habitant de la Guadeloupe, ami de l'épouse ; Jean Laeüt, son père, et Antoine-Adrien le Breton, ancien consul à Rouen (5).

Cette famille Laeüt, qui habitait Rouen quand elle était en France, résidait le plus souvent aux Antilles, soit à la Guadeloupe, soit à la Martinique, où Jean Laeüt, père, avait de gros intérêts. Jeanne-Françoise-Elisabeth Laeüt, sœur cadette de la comtesse de Coustin du Masnadaud, était née en 1756 à Saint-Pierre de la Martinique. Elle épousa dans l'église de Saint-Lô de Rouen, le 14 juillet 1772, étant âgée de seize ans, Christophe de Lobit, chevalier de Monval, lieutenant-colonel du régiment de Navarre, âgé de quarantecinq ans. Sa sœur, la comtesse du Masnadaud, était présente.

Dans l'acte de mariage, son père, Jean Laeüt, est dit « cydevant habitant en l'isle Grande Terre Guadeloupe » (6).

En 1786, à dix-sept ans, Jean-François de Coustin du Masnadaud fit ses preuves de noblesse pour entrer au service du roi (7). Il avait environ vingt-deux ans lorsqu'il émigra (8).

Avant de rejoindre les armées royalistes il épousa en Bretagne Mlle de Kervéatoux laquelle, d'après M. de la Gournerie (9), se maria à Tréguier et, devenue veuve, s'allia dans la maison Audren de Kerdrel, puis mourut dans la région de Morlaix, sous la Restauration, sans laisser de postérité (10).

M. l'Archiviste du département des Côtes-du-Nord, à qui nous nous sommes adressé, est d'avis que Mme de Coustin du Masnadaud, née de Kervéatoux, appartient à la famille de Lesguern qui possédait avant la Révolution la seigneurie de Kervéatoux, en Plouarzel (sur les paroisses de Plouarzel, Ploumaguer et Saint-Renan (Finistère.) Mais les recherches qui ont pu être effectuées grâce à l'obligeance de MM. les Archivistes des Côtes-du-Nord et du Finistère, n'ont pas permis de découvrir son acte de mariage (11). Il ne serait pas impossible que le mariage du jeune de Coustin, sur le point d'émigrer, ait été bénit par un prêtre réfractaire, ce qui expliquerait l'absence de l'acte, car presque tous les registres tenus clandestinement par des réfractaires ont disparu.

Le mariage a très bien pu être bénit également par son oncle, l'abbé Jean-Charles-Armand de Coustin du Masnadaud, frère son père, né à Pageas en 1736, tonsuré à Limoges en 1752, qui, avant la Révolution, était précisément en Bretagne, chanoine-trésorier de l'église cathédrale de Tréguier et vicaire général du diocèse. Il fut aussi chanoine comte de Nancy, puis abbé de Saint-Wilmer de Boulogne.

Il s'exila en Angleterre pendant la Révolution. Rentré en France en 1802 il fut nommé chanoine de Saint-Brieuc, où il mourut en 1811 (12).

Jean-François de Coustin du Masnadaud retrouva dans les armées de l'émigration trois cousins germains, François-Annet et Martial de Coustin du Masnadaud ainsi que M. de Brie de Lageyrat.

Passé en Angleterre où étaient réunis de nombreux gentilshommes français, il fut affecté, en 1795, au régiment du Dresnay faisant partie de la première division de l'armée devant débarquer à Quiberon, commandée par le comte d'Hervilly et conduite par le commodore Warren. Il trouva à son régiment un autre gentilhomme limousin, M. de Féletz. Cette division, embarquée à Lymington le 12 juin 1795, arriva à Quiberon le 27 après avoir capturé, à la hauteur de l'île de Groix, trois vaisseaux républicains, le Tigre, le Formidable et l'Alexandre (13).

Dans la lettre publiée ci-après, écrite à son frère par M. Jarrige de la Morélie des Biards, officier de marine au régiment d'Hector, également de la première division, parti en même temps que du Dresnay, on verra le récit du débarquement sur la côte bretonne, de la prise du fort Penthièvre et des combats de Sainte-Barbe, des 15-16 juillet 1796 auxquels prit part le régiment de M. de Coustin du Masnadaud (14).

Le 21 juillet, après la reddition de l'armée royaliste, dont le comte de Sombreuil avait pris le commandement — M. d'Hervilly, blessé grièvement, ayant été mis hors de combat — les émigrés prisonniers du général Hoche furent conduits à Auray sous une pluie torrentielle. En tête de la colonne marchait Sombreuil avec l'évêque de Dol, Mgr de Hercé. Puis venaient, au milieu de leurs malheureux compagnons, quelques Limousins, dont certains connaissaient sans doute Sombreuil : M. de Coustin du Masnadaud et son cousin M. de Brie de Lageyrat, M. Benoist de Lostende, M. Faulte de Vanteaux, etc. (15).

Condamné à mort par une des commissions militaires qui siégeaient sans arrêt, il fut exécuté le 8 fructidor an III (25 août 1795), dans un pré voisin de Bondon, près de Vannes. Il avait vingt-sept ans. Avec lui furent fusillés le même jour de nombreux jeunes gens âgés de seize à vingt ans : MM. de Vélard, de Vaucouleurs, de Lanjamet, Savatte de Genouillé, du Laurens de la Barre, de Kermoysan, etc. (16).

Le Tableau des victimes de Quiberon imprimé en 1814, à Brest, par Michel, le mentionne ainsi : N° 250. Du Masnadaud J.-F., noble, de Saint-Bertrand, Guadeloupe (17).

Son nom figure deux fois, de la façon suivante, sur le monument de Quiberon : « Jn Fois du Masnadau », « J.-F. de Coustin » (18).

Le comte du Masnadaud, père de la victime de Quiberon, avait un frère aîné, Alexandre de Coustin, chevalier, marquis du Masnadaud, comte d'Oradour-sur-Vayres, etc., qui avait épousé en septembre 1746 Louise de Ravard de Mézieux. Il avait pris part à l'assemblée de la noblesse de la sénéchaussée de Limoges, le 16 mars 1789, pour l'élection des députés aux Etats Généraux (19). C'était le père de François-Annet et de Martial de Coustin qui émigrèrent en 1791 (20), ainsi que de François-Louis-Antoine-Marie de Coustin, chanoine-comte de Saint-Claude, en FrancheComté, qui fut déporté sur les pontons de Rochefort pendant la Révolution, pour refus du serment schismatique.

L'émigration des frères de Coustin entraîna pour leur père, obligatoirement, des perquisitions, des mises sous séquestre, des véxations de toute nature et des arrestations.

La Liste des prisonniers du district de Saint-Yrieix porte les noms de deux Coustin du Masnadaud. Il est à présumer qu'Alexandre était l'un d'eux (ai).

Dans sa séance du 16 décembre 1792, le Directoire du Département de la Haute-Vienne fut saisi d'une pétition d'Alexandre Coustin-Masnadaud qui demandait à être dispensé de subvenir à l'habillement de deux hommes pour les armées de la République auquel il était tenu en vertu de la loi du mois de septembre précédent, par suite de l'émigration de ses fils. La réponse fut brève et catégorique. Le Directoire ordonna que M. de Coustin paierait au receveur du district de Saint Yrieix la somme de 3.442 livres 10 sols pour trois enfants émigrés (22).

Le 26 décembre 1795 (5 nivôse an IV), il sollicita aussi du Directoire l'autorisation de rentrer en jouissance provisoire de ses biens séquestrés situés dans la commune de Pageas, c'est-à-dire de la terre du Masnadaud, pour en surveiller l'exploitation et la culture (23).

Les biens de l'émigré François-Annet de Coustin, un des fils d'Alexandre, situés dans la commune d'Oradour-sur-Vayres, furent séquestrés et vendus, nationalement devant le district de Saint-Junien, le 15 floréal an II (4 mai 1794), moyennant le prix total de 83.325 livres (24).

François-Annet de Coustin était titré chevalier, seigneur du Masnadaud, comte d'Oradour-sur-Vayres, baron du Boucheron, Saint-Basile et autres places, sous-lieutenant des gardes du corps de Monsieur, comte de Provence, frère du Roi, et l'un des gentilshommes de sa chambre (25), chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, lieutenant-colonel de cavalerie. Il avait pris part, le 16 mars 1789, à l'assemblée de la noblesse du Limousin pour l'élection des députés aux Etats Généraux (26).

Né en 1747, il avait épousé, le 18 mars 1772, Marie-Anne de Phelipp de Saint-Viance, dame de Sazeirat et d'Arrènes (27), fille de Claude, écuyer, seigneur des dits lieux, et de Sylvie de la Celle (28).

Leur descendant, M. le marquis Louis de Coustin du Masnadaud, chef des nom et armes de sa maison, possède toujours le château et la terre de Sazeirat, commune d'Arrènes (Creuse).

Les de Coustin possédèrent longtemps le château et la terre du Masnadaud, paroisse de Pageas, dont ils relevèrent le nom. Ce fief avait été apporté en mariage par Isabeau de Faugeyrac, demoiselle du Masnadaud, à Foucaud de Coustin, vers la fin du XVe siècle ou au début du XVIe (29).

Erigé en marquisat au XVIIe siècle, au profit d'Antoine-Charles de Coustin, il sortit seulement de la famille en 1921, après une possession de plus de quatre siècles. Il fut vendu par Mme de Larminat, née de Coustin du Masnadaud, à un habitant de Châlus qui, malheureusement, entreprit presque aussitôt la démolition des mâchicoulis qui couronnaient la vieille gentilhommière'. Nous pouvons néanmoins donner ici une photographie du château, prise avant la vente.

Nous la devons à l'obligeance de M. le marquis Louis de Coustin du Masnadaud et à l'aimable intervention de M. Eugène Muret, d'Arrènes (Creuse).

Armes : d'argent au lion l'arnpant de sable, armé, lampassé et couronné de gueules. Supports : deux lions. Devise : Dulciter et fortiter.

Notes :

(1) Son frère aîné, Antoine-Joseph-Martial de Coustin, né à Rouen le 29 octobre 1767, fut baptisé le lendemain sur la même paroisse.

(2) Elle épousa par contrat du 7 octobre 1760 Jean-Marie de Beauroyre (Nadaud, Nobil. du Lim., tome I, page 738).

(3) Registres paroissiaux de Saint-Etienne des Tonneliers de Rouen.

(4) M. de la Gournerie (Les Débris de Quiberon, page 60) et le Nobiliaire du Limousin de Nadaud (tome I, page 738) disent qu'il exerçait les fonctions de major général dans l'île.

(5) Registres paroissiaux de Saint-Etienne des Tonneliers de Rouen.

(6) Registres paroissiaux de Saint-Lô-de-Rouen.

(7) Notes de M. le marquis Louis de Coustin dit Masnadaud (du château de Sazeirat, commune d'Arrènes, Creuse).

(8) Les registres paroissiaux de Saint-Vincent-de-Tréguler, à la date du 15 mai 1791, mentionnent la présence à un mariage du « comte de Coustin ». S'agit-il du père ou du fils?

(9) Les Débris de Quiberon, page 60.

(10) Elle eut des enfants qui moururent en bas âge.

(11) Des recherches ont été faites dans les Registres paroissiaux de Plouarzel, Ploumaguer et Saint-Renan (Finistère), et dans ceux de Minihy et Saint-Vincent-de-Tréguier (Côtes-du-Nord).

(12) Abbé Lecler. Martyrs et confesseurs de la foi du diocèse de Limoges pendant la Révolution (tome III, page 287). — A noter qu'un limousin, Mgr de Lubersac, fut évêque de Tréguier de 1775 à 1780.

(13) V. notre étude Souvenirs de Quiberon. Mémoire inédit du contre-amiral de Saulnier de Mondevy (Albi, 1926, page 4).

(14) V. infrà l'article Jarrige de la Morélie des Biards.

(15) Bittard des Portes. Les Emigrés à cocarde noire, page 582 et suivantes.

(16) E. de la Gournerie. Les Débris de Quiberon, pages 59 et suivantes et 136.

(17) Louis Guibert. Les Emigrés limousins à Quiberon, page 28.

(18) A. Nettement. Quiberon, pages 324 et 327.

(19) De la Roque et de Barthélémy. Catalogue des gentilshommes de la Marche et du Limousin (Etats Généraux de 1789), page 23.

(20) La Liste Générale des Emigrés de toute la République contient les noms de deux Masnadaud, de la Dordogne. (Arch. Dép. H.-V. — Q. 283 bis.)

(21) Arch. Dép. de la Haute-Vienne. L. 007.

(22) Arch. Dép. de la Haute-Vienne. L. 71, n° 882.

(23) Arch. Dép. de la Haute-Vienne. L. 79, folio 37 vO.

(24) Arch. Dép. de la Haute-Vienne. Q. 170.

(25) Il avait remplacé dans cet emploi auprès du prince, Martial-François de Coustin, comte du Masnadaud, son oncle, père du fusillé de Quiberon.

(26) De la Roque et de Barthélémy, ouvrage cité, page 18.

(27) Sazeirat, commune d'Arrenes (Creuse).

(28) D'après le Nob. du Lim. de Nadaud (I, page 739), il serait mort dans le Luxembourg, pendant son émigration à l'armée des Princes.

(29) Nadaud, Nobiliaire du Limousin, tome I, page 451.

Source : Les Emigrés limousins et marchois avec le général comte de Sombreuil à Quiberon, de Joseph Boulaud.