Pierre de Montbrun, né au château de ce nom, près Châlus, dont le père, la mère et les prédécesseurs sont enterrés dans l'église du prieuré de Haultevaux, paroisse de Dournazac, était frère de Jean, Sgr de Montbrun, damoiseau, qu'il fit, étant évêque, son procureur général, son capitaine et lieutenant à Eymoutiers. Pierre se fit d'abord moine de Saint-Benoit, et devint abbé de Saint-Augustin-lez-Limoges en 1413. Il avait aussi les prieurés de Soubrebost, de Buniet et de Lascoux, et, d'après les manuscrits de l'évêché de Limoges, il devait tenir six prêtres et deux jeunes gens, c'est-à-dire deux étudiants, dans son abbaye. Cependant il n'y tenait que deux moines; l'abbaye ne valait alors que 100 livres de revenu. En 1420, il céda à ses moines le prieuré de Boyceulx pour leur vestiaire et celui de Mathazeu au diocèse de Maillezais, que le pape Clément VI avait uni à la mense abbatiale.

Les trois États du Limousin lui donnèrent, le 25 ou le 26 décembre 1422, 50 écus d'or pour reconnaître les services qu'il leur avait rendus. Le roi Charles VII, dont il était compère, et qui l'avait nommé de son grand conseil, le chargea de plusieurs ambassades, où il gagna beaucoup. Ce prince lui donna, le 24 janvier 1426, 300 écus d'or pour tes services qu'il lui avait rendus.

Pierre de Montbrun se disait parent du Sr de Giac, favori du roi, et, à sa considération, fréquentait la cour. Comme Ramnulphe de Peyrusae et Hugues de Reffignac se disputaient l'évêché de Limoges, lorsque, pour vider ce différend, Ramnulphe eut été transféré, en 1424, à l'évéché de Mende, et Hugues, en 1427, à celui de Rieux, grâce à la protection du Sr de Giac, et du consentement des deux contendants, Pierre de Montbrun fut porté sur le siège de Limoges le 11 décembre 1426. Dans sa bulte, datée de la dixième année de son pontificat (1427), et qu'on voit au trésor des chartes, Martin V loae en lui le zèle de la religion, la science des lettres et la pureté de vie. Par cette bulle, le pape le recommande au roi comme comnrmé dans l'êvêché de Limoges.

La même année 1427, Pierre de Montbrun se démit de l'abbaye de Saint-Augustin. Son sacre eut lieu à Tulle il prit possession, par procureur, le 7 ou le 17 avril, et fit son entrée solennelle le 22 juin suivant. Il paya, disent les manuscrits de l'évêché, pendant quinze ans, 600 écus de pension à l'archevêque de Reims. Le 27 novembre 1438, il reçut 310 livres tournois pour la peine qu'il avait prise de répartir les subsides. En 1431 il fut invité au concile de Bâle je ne sais, dit M. Nadaud, s'il y parut.

En 1432, un serviteur de Guy Audoin, chanoine de l'église de Limoges, accusé de crime, fut conduit dans les prisons de l'officialité de l'évêque. Le procureur du chapitre le revendiqua comme étant de sa juridiction, et t'accusé fut renvoyé devant l'official du chapitre.

En 1432, il donna une investiture aux prêtres séculiers de la communauté de l'église Saint-Martial de Limoges.

En 1433, Pierre de Montbrun fit la visite de son diocèse, pendant laquelle il donna la tonsure à quantité de sujets.

Le curé de Peyrissac était accusé de sortilège celui de Saint-Éloi de Ségur était domestique au château des Cars, et plusieurs autres dans ce dernier cas; le prévôt de Beaune, quoique moine, ne savait pas lire; un vicaire parut devant lévéque, la soutane ouverte à la poitrine comme l'étaient les habits de gens de guerre il fut mis à l'amende. Les moines de Beaulieu refusèrent la visite, prétendant être seulement sous ta juridiction de l'archevêque de Bourges.

En 1434, Pierre de Monthrun fut pris par Tandonnet de Fumel, son ennemi, capitaine du château de Chalusset, qui l'y amena et le rançonna.

En 1435, il exposa au roi que, dans son diocèse, qui était fort grand, il y avait plusieurs abbayes et prieurés conventueIs et autres qui, ayant de .rands et notables édifices, laissaient détériorer les maisons, granges et manoirs, faute de les réparer. Il notait spécialement les abbés de Saint-Augustin avec son prieuré de Soubrebost, ceux de Saint-Martin-lez-Limoges, de Solignac, d'Uzerche, de Beaulieu et de Meymac; le prévôt de Chambon, les prieurs de L'Artige, du Chalard, d'Aureil, de Salas, de Rougnac, d'Auzances et de La Celle. Par ordre du roi, il fut enjoint aux officiers royaux de saisir les revenus de ces bénificiers, et de les diviser en trois lots le premier, pour les moines qui faisaient le service; le deuxième, pour les réparations; le troisième, pour les créanciers, sans que les abbés ou prieurs en perçussent rien.

Le 28 avril 1436, en qualité d'évêque, il défendit, sous peine d'excommunication, aux moines de Saint-Augustin-lez-Limoges de sortir du monastère sans la permission de l'abbé. Le prévôt représenta que l'abbé leur donnait cette permission une fois tous les ans au chapitre général.

Ayant obtenu un bref du pape Eugène IV pour faire la visite dans les monastères, les églises collégiales et autres, il la commença le 28 avril 1436. Étant à Rougnac, le 30 juillet, pendant qu'il entendait la messe, Hugues de Bonneval, Jean de Peyros, le bâtard de Peyros et autres prirent ses chevaux dans le cimetière où on les promenait, les mirent en arrêt dans la forteresse, et les tinrent jusqu'à l'heure des vêpres. Bonneval vint dans l'église prier l'évéque de lui pardonner, parce qu'il avait agi par ordre de son oncle le chevalier Troulhard de Montverd, du lieu de Martro, et qu'il n'avait pu lui désobéir. Troulhard cherchait à se venger de ce que l'évêque et ses gens avaient tenu siége ou cour à Magnac dans la justice de ce gentilhomme, et que l'évéque, à ce qu'on lui avait rapporté, l'avait appelé concubinaire. L'évoque, voyant que ce n'était point de truffe, fit l'absolution des morts, admonéta quatre fois de lui rendre ses chevaux sous poyne d'excommenge donnée par escript; et, comme on ne voulut point obéir, il mit le ces ou interdit sur les églises de Rougnac, Magnac et Chataing, terres de ce gentilhomme, et défendit aux chapelains qu'ils ne se entremissent de faire aucun service divin jusqu'à ce que le déshonneur et outrage fait à l'Église et à sa personne fût réparé, et que le ces fut levé. L'évêque alla, sur d'autres chevaux, dîner à Auzances. Après le dîner, Troulhard se soumit par écrit à l'ordonnance du conseil du prélat, qu'il voulait être composé, entre autres, de l'abbé de Saint-Martin-lez-Limoges; mais celuici ne voulut point s'en mêler. La procédure instruite sans que Troulhard y voulût jamais comparaître ni se faire représenter, les arbitres le condamnèrent, par sentence du 29 avril 1437, à venir, le 3 août suivant, fête de l'invention des reliques de saint Etienne, à l'heure de la grand'messe, dans l'église cathédrale de Limoges, devant le grand autel, où il demanderait pardon à l'évéque, en présence du chapitre et des assistants, à genoux et la tête découverte; de plus, la première fois que le prélat serait à Felletin ou autre lieu plus près de celui où l'offense avait été commise, et qu'il l'aurait fait savoir à Troulhard, celui-ci viendrait pareillement lui requérir pardon un jour de fête qui lui serait indiqué, à l'heure de la grand'messe, et que le prélat lui pardonnerait. Outre cette amende honorable, le gentilhomme fut condamné à 1,000 écus de bon or, de bon poids et du coin du roi de France, payables à l'évéque au dit jour du 3 août, fête de saint Étienne, et enfin aux dépens.

Le 3 septembre 1436, l'évêque voulut visiter le prieuré de L'Artige; mais le prieur lui représenta qu'il y avait pour cette affaire un procès pendant au parlement, et que son monastère était exempt. L'évêque lui donna trois mois pour justifier de son exemption. La même année, l'évêque permit l'établissement d'une communauté de prêtres à Ahun.

En 1438, il envoya le prieur curé de Sardent au concile de Bâle. II se trouva à l'entrée du roi Charles VII à Limoges. Le 14 mars 1440 (vieux style), il commença la visite de son diocèse, et fit faire le reste. Il exigea exactement les droits de procuration, et lança l'excommunication contre ceux qui ne la payaient pas. Il punit quelques prêtres de mauvaises mœurs qui tenaient cabaret, et y allaient jouer aux dés. On lui en dénonce comme sorciers. Il ordonne à ceux qui avaient des vicairies d'en donner les noms, et d'en remettre les titres avec un état des rentes. Il permet de ne pas résider, et de célébrer deux fois la sainte messe. Il défend, sous peine d'excommunication et d'une amende de 30 sous, aux prêtres de Saint-Pierre-duQueyroix d'entrer dans l'église revêtus du surplis sans avoir leur capuce. Il trouve en une église, dans les boites des saintes huiles, un mélange d'eau et de vin pour servir de supplément au saint-chrême. Les arbres naissaient dans l'église du prieuré de La Tour-Saint-Austrille, les murs tombaient de tous côtés il n'y avait aucune couverture. La maison du prieuré d'Aubusson était totalement en ruine. On se révolta à Bussière-Nouvelle, et un moine eut l'insolence de frapper le barbier du prélat. Tous furent excommuniés, et l'église fut interdite.

Par arrêt du parlement de Paris du 13 mai 14414, il obtint que l'évêque de Limoges pût visiter une fois l'an l'église de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges quand bon lui semblera; de corriger l'abbé et ses moines des, délits et excès, et, s'il fallait, les faire mettre en prison, les suspendre ou priver de leurs offices, même les condamner à une prison perpétuelle. En faisant sa visite, il pourra y prendre le droit de procuration. En 1442, le prieur de Saint-Angel lui refusa le droit de visite, quoique l'éveque eût un indult apostolique. Celui-ci l'excommunia, et jeta un interdit sur son monastère le 18 février 1442 (vieux style).

En 1443, il fit encore une visite dans son diocèse; mais, tandis qu'il s'appliquait ainsi à réprimer les vices, des gens pleins de malignité mandèrent au pape Eugène IV qu'il était d'une incontinence notoire à tout le monde; qu'il avait dissipé plusieurs immeubles et des meubles précieux de son évéché, ce qu'il ne cessait de faire journellement; qu'il était diffamé chez les honnêtes gens pour plusieurs crimes graves et scandaleux. Aussi, dans un consistoire secret, il fut ordonné de le citer à Rome, et l'évêque de Bresse, alors légat en France, fut chargé de s'informer secrètement de la vérité de ces accusations; de suspendre le prélat s'il se trouvait coupable, et de lui donner un coadjuteur. Mais le roi, le légat et plusieurs personnes distinguées assurèrent au pape que toutes ces accusations ne venaient que des ennemis de Montbrun, et qu'elles étaient de pures calomnies contre un homme d'une bonne réputation, pour ses mœurs et sa capacité, à la cour, chez les princes, les prélats, la noblesse et dans le diocèse. Le pape lui rendit ce témoignage en 1443, et j'ai l'original de la bulle donnée en sa faveur pour cela l'an XIII du pontificat d'Eugène IV. La même année, cet évêque excommunia le curé de Saint-Michel-des-Lions de Limoges, parce qu'il n'avait pas voulu assister à une procession.

En 1444, faisant encore la visite de son diocèse, il donna la tonsure dans l'église du Dorat à cent trente et un jeunes gens; et il fit excommunier plusieurs curés réguliers de La Combraille, qui avaient refusé la visite.

Il fut fort tracassé par les vicomtes de Turenne, qui le mirent même aux fers, et l'obligèrent à se racheter par une forte rançon vers l'an 1444. En 1446, 1448 et 1449, il fit encore des visites en vertu d'une bulle. On ne laissait pas en arrière les droits de procuration. Le 25 septembre de cette dernière année, dans un concordat avec la cathédrale, il est dit que, « en tant que touche l'exemption du chapitre, l'évoque ne cuida jamais être venu au contraire, et la tiendra ainsi que autrefois a promis ».

Le cas de l'éprouver se présenta bientôt; car, en 1450, Pierre Roger, chanoine de la cathédrale, accusé d'un crime par le juge de la ville de Limoges, fut renvoyé au chapitre pour qu'il fit son procès nonobstant les protestations et poursuites des officiers de l'évêque.

Cet évêque soutint de grands procès contre les officiers du comte de la Marche, et les excommunia parce qu'ils avaient pris des ecclésiastiques, et avaient défendu à tous leurs justiciables de plaider devant son official, usurpant ainsi, sa justice. Dans l'appel qu'ils firent, ils disent « que le prélat avait reconnu publiquement et par devant notaire, à Guéret, qu'il ne pouvait faire capturer ni ecclésiastiques ni séculiers de la comté de la Marche, ni donner des lettres de nisi, c'est-à-dire de monition ou d'excommunication. qu'un arrêt du parlement l'avait ainsi jugé ! » « Le motif qui vous fait agir disaient-ils, n'est ni le bien, ni le zèle, ni la charité, mais la soif de l'avarice pour recouvrer le trésor que vous avex perdu. Vous l'aviez extorqué par force et violence de vos ecclésiastiques et de vos diocésains. » Il prenait de l'argent pour les ordres et les institutions dans les bénéfices. On disait publiquement qu'il ne regardait pas de fort près d'où il lui vînt, pourvu que ce fussent de vieux écus, et il se défendait très mal sur cette article. De son côté, il reprochait aux officiers leur ingratitude, attendu qu'il avait donné tant de bénéfices à eux et à leurs enfants, neveux et serviteurs. On plaida vivement cette affaire devant l'official de Bourges en 1452. Je ne sais pas comment elle se termina.

En 1451, le chapitre de sa cathédrale le fit excommunier par le doyen de Saint-Martin de Tours, commissaire apostolique. Le roi, après avoir pris Castillon et Talbot cette même année, ordonna une procession générale. L'évêque fit son mandement, et en commanda une pour aller à Saint-Martial. Mais, pour l'empêcher, le chapitre, obtint du lieutenant du sénéchal de la province une opposition à cet ordre de l'évêque. Le prélat en appela, et excommunia le curé de Saint-Michel, qui n'avait pas voulu se trouver à cette procession. Les chanoines citèrent l'évêque devant l'abbé de Grandmond, exécuteur de leurs priviléges, le firent excommunier, en firent publier la sentence, et, le jour même du synode, firent sonner le tocsin avec la grosse cloche. « J'ignore, dit encore M. Nadaud, quelle fut la fin de ces tracasseries. »

En 1453, Pierre de Montbrun se plaignit au pape Nicolas de ce que des séculiers et réguliers de son diocèse, se disant exempts, commettaient des crimes et des injustices en vertu de leurs privilèges. Le pape commit cette même année Elie, évêque de Périgueux, pour s'informer de ces faits, et punir les coupables.

Jean de Montbrun, dit Beauchamp, neveu de l'évêque, accompagné de ses alliés et complices, armés et ambastonnés d'armes invasibles et défendues, prirent Hugues Poloix, curé de Saint-Merd-la-Breuille, l'emmenèrent pieds et mains liés, le rançonnèrent à trois écus, et le maltraitèrent si fort qu'il en mourut peu après. Encore en 1453. l'évêque reçut des lettres royaux qui lui ordonnaient d'absoudre ad cautelam les officiers dit comte de la Marche, qu'il avait excommuniés, et, pour ne s'y être pas soumis, son temporel fut saisi; en signe de quoi on mit un panonceau fermé aux armes du roi à la porte du château d'Isle, résidence ordinaire de l'évêque, qui en fit appel.

En 1454, Michel, évêque de Nicosie, visita en partie le diocèse pour l'évêque de Limoges, qui autorisa, le 31 décembre de cette même année, Dauphine de Chabannes, qu'il avait bénite le 10 janvier 1434, Comme abbesse de Bonnesaigne, à passer dans celle de Faremoutiers au diocèse dé Meaux, où elle venait d'être élue. Le 14 octobre de la même année 1454, t'évêque de Limoges consacra, près du portail du monastère des Ternes, un autel dédié à saint Jean-Baptiste, saint Laurent et sainte Madeleine, et il accorda quarante jours d'indulgences à ceux qui le visiteraient. L'acte qu'on en dressa fut signé Ferditi.

Le 2 janvier 1454 (vieux style), Pierre de Montbrun sacra réglisë de Saint-Pierre-du-Queyroix en l'honneur des saints Pierre, Paul et André, apôtres. M sacra tous les autels et le cimetière, et donna des indulgences. Le parrain de cette cérémonie fut Théodore Lupi, chanoine de là cathédrale et de Saint-Hilaire et de Poitiers, curé de cette église; là marraine fut Mariotte. Ursine, femme d'honnête et prudent Jacques Bënott, bourgeois. Le 1er février de la même année, avant Pâques, l'evêque donna à son neveu Guy de Montbrun, bachelier en décrets, archidiacre de Combraille, dans t'église de Limoges, chanoine de la même église et d'AngouIême, un sceau de la cour épiscopale pour soutenir son état. Il lui permit de faire faire un autre sceau, et de les tenir ou faire tenir l'un Tulle, et l'autre à Donzenac, dont il était curé; d'avoir un chancelier, de percevoir les émoluments, de dispenser de deux bans, de permettre d'ensevelir ceux qui étaient morts de mort subite, et d'autoriser les prêtres à être parrains. La même année 1454, l'évêque plaidait avee l'abbé et les religieux de Leyter pour le droit de visite. Il plaidait aussi avec l'abbé d'Ahun Aymeric Barton, qu'il excommunia.

A la requête du procureur du roi, Charles, roi de France, par acte daté de Bourges le 19 juin 1455, lui défendit de faire aucune levée, ni d'asseoir aucune imposition sur les ecclésiastiques de son diocèse sans le consentement des doyens et chapitre de la cathédrale, et des gens d'église du dioçèse, ou la majeure partie d'iceux. Les procès qu'il avait à soutenir et les réparations qu'il avait à faire dans ses châteaux lui avaient servi de prétexte pour imposer un écu d'or sur chaque prêtre, ce qui montait au moins à 1,000 écus, attendu qu'il y avait 1,000 prêtres. Dumoulin était donc mal informé lorsqu'il a dit (Diss, 59, c. II, Si officia, sur le mot quœrant) que l'évéque de Limoges, voulant avoir 1,000 écus d'or avait prodigué et, pour ainsi dire, confisqué les ordres, en faisant 1,000 prêtres pour chacun leur écu. La même année H55, fut sacrée l'église de SaintMichel-des-Lions. Au mois de septembre, Michel, évêque de Nicosie, sacra des autels de chapelles à Busssière-Dunoise, Maisonfeyne, Fresselines, Lourdoueix-Saint-Pierre. La Celle-Dunoise, La Cellette, Boussac-le-Bourg, Alleyrat, Bétête, Saint-Paul et l'autel de la chapelle du château de Comborn.

Le 7 mai 1456, Pierre de Montbrun permit à un prêtre de la ville de Saint-Léonard, nonobstant les constitutions synodales, de tenir et lever sur les fonds du baptême huit à neuf fils ou Elles; signé Bordas, au collège de Limoges. La même année, l'official excommunia par aggraves quarante-sept curés qui n'avaient pas payé les arrérages des synodes, les pensions et parata, droit de la parée ou repas dû. L'évoque était vieux et infirme; car frère Michel, évoque Nyocensis de l'ordre des frères prêcheurs, fut vicaire général pour la visite du diocèse en 1456. Ce même frère Michel sacra, le 6 avril 1456, le monastère conventuel de Notre-Dame-de-la-Règle, dans la Cité de Limoges. Le compère de cette cérémonie fut prudent homme Mathieu Benoît, bourgeois du Château de Limoges, et la commère, vénérable et religieuse dame Catherine de Comborn, humble abbesse de ce monastère. On consacra de même le grand autel de cette église.

Pierre de Montbrun fit son testament le 16 février, d'autres disent 1456 (vieux style) (le Gallia christiana nova dit le 1er mars) et il fut reçu par Dominici.

Par cet acte, il fonde une vicairie dans l'église où il sera enterré, la cathédrale ou Saint-Martial de Limoges, au choix de son héritier ou de ses exécuteurs testamentaires, et les seigneurs de Montbrun nommeront à cette vicairie. Il fait un légat à Saint-Augustin-lez-Limoges, dont il avait été abbé, et un autre légat de 10 livres au pape. Il institue son héritier universel Guy de Montbrun, chanoine de Limoges, depuis éveque de Condom, dont j'ai parlé plus haut. Il fait ses exécuteurs testamentaires noble Gautier de Pérusse, Sgr des Cars, et Jean, Sgr de Lastours, chevalier.

Il mourut à Isle, le 19 du même mois de février de la même année, c'est-à-dire 1457 d'après le nouveau style.

Cet évêque avait pour armes : d'azur à la croix d'or.

Il fit héritier vénérable Père Guy de Montbrun, protonotaire du Saint-Siège, chanoine de Limoges et curé de Donzenac, son neveu, et il prit pour exécuteurs testamentaires, Théodoric Lupi, chanoine de Limoges, et curé de Saint-Pierre-du-Queyroix; noble Gauthier de Pérusse, Sgr des Cars, chevalier, et Jean de Lastours, Sgr de Lastours, aussi chevalier. Son testament fat passé dans la chambre basse de la tour du château d'Isle, en présence du frère Jean Sigoulti, licencié in sacra pagina, de l'ordre des frères prêcheurs, et d'Aimeric, prévôt du Mas, damoiseau, capitaine de Sadran.

Son héritier fit faire son inventaire, auquel s'opposèrent Pierre, Sgr de Montbrun, neveu de l'éveque, et le curé d'Isle, par des raisons dont une paraîtrait aujourd'hui fort singulière. Ce dernier exigeait une somme de 300 livres : 1° pour les droits d'extrême-onction qu'il lui avait administrée; 2° pour avoir, à la demande du défunt, dit les vigiles dans l'église en présence du corps; 3° y avoir passé la nuit, et chanté les exaudi; 4° pour un luminaire de cent livres de cire qu'il aurait eu si l'éveque eût été enterré dans son église; 5° pour le droit de paroissien, l'évêque ayant demeuré pendant dix ans sur la paroisse dans le château d'Isle.

On fit cependant cet inventaire, dans lequel on trouve un mortier de velo pour no évoque, peut-être un bonnet de velours fait en façon de mortier des bancs airadis, qui se tournaient peut-être sur un pivot; sa vaisselle d'argent, qui était au château de Montbrun, et consistait en tasses, aiguières, trente-deux écuelles, des plats, douze cuillers et une fourche à bout. Il n'avait d'autres livres que ceux que la cathédrale et les couvents luiâvaient prêtés.

Sa succession causa un procès important entre l'héritier et le successeur dans l'évêché. Ce dernier demandait 20,000 écus pour les réparations de l'évêché, châteaux, place en dépendant, au nombre de treize à quatorze (Isle, Eymoutiers, Sadran, Saint-Léonard, Allassac, Saint-Junien). Cette réclamation ne parut pas exagérée aux experts, puisque, dans le devis qui fut fait par eux en justice, ils élevèrent la somme demandée à 35,000 écus d'or, l'éveque n'ayant fait, pendant les trente-deux ans de son épiscopat, aucune des réparations auxquelles il était tenu, et ayant laissé tout tomber en ruines. On lui reprochait, en outre, un caractère rude et entier, d'avoir fait peu de grâces, d'avoir été chiche et avaricieux, et d'avoir tenu petit état, la plus haute dépense de sa maison pour un mois ne montant qu'à 60 sous et 7 deniers, quoique son évêché valût de 8 à 9,000 livres; que, par cette lésine, il avait laissé, en vaisselle d'argent, argent monnoyé ou meubles, de 20 à 22,000 écus. On ajoutait même qu'il devait beaucoup quand il mourut.

L'héritier répondit que, pendant l'épiscopat du défunt, les Anglais ravagèrent tout le pays, démolirent les châteaux, que personne n'osait demeurer ni coucher dans la Cité de Limoges, et qu'il lui en coûta beaucoup pour expulser ces ennemis; qu'il fit, en outre, des dépenses considérables pour soutenir sa juridiction contre le chapitre de son église et celui de Saint-Yrieix, les abbés de Grandmont, Uzerche, Vigeois et Saint-Martial, l'abbesse de la Règle, les prieurs de L'Artige, du Port-Dieu et de Bort, les officiers du comte de la Marche, et on faisait monter les frais de ces procès plus de 25,300 écus.

On répliqua à l'héritier qu'il n'avait fait enterrer son oncle que comme un simple chanoine, sans faire chanter depuis aucune messe dans l'église de Limoges, où il fut enterré, et sans mettre de pierre sur sa sépulture; que, avant cette succession, à peine avait-il vaillant cent écus et presque aucun revenu en patrimoine ou en bénéfices; que, aussitôt qu'il fut en possession de l'hérédité, il demeura sept ans à Rome y tenant grand état, fit élever son frère à la dignité de protonotatre, paya la vacance de l'éveché de Cahors, que le cardinal d'Albret, son protecteur, lui résigna, mais le père et la mère du cardinal empêchèrent l'effet de cette résignation; il paya aussi la vacance de l'éveché de Condom, que ce cardinal lui procura, et des trois abbayes de Villenauve en Agenois, Saint-Cybard d'Angoulême et Saint-Amand de Boix, des prieurés de Haultevaux ou Tavaux et de Nontron au diocèse de Limoges enfin qu'il avait fait bâtir au château de Montbrun; dépenses qu'on évaluait à plus de 10,000 écus d'or, et qui ne venaient que de cette hérédité;

Que, si son oncle avait souffert de grands procès contre les officiers du comte de la Marche, il n'en était devenu que plus riche, puisque, à leur ombre, il imposa un subside caritatif sur tout son clergé, qui monte deux fois plus que tous les frais, et que, par accommodement, il avait tiré de ces officiers 400 royaux (ou réaux) pour ses dépens; que, si les habitants de Limoges avaient pris son neveu Jean de Montbrun, c'est que, étant logé dans l'éveché, il voulait livrer leur ville au comte de Penthièvre; que. par cette raison, ils avaient démoli son palais, et que d'ailleurs ils avaient été condamnés à 2,000 livres de dommages; que, pour sa rançon du château de Chalucet, il avait imposé sur son clergé un autre subside caritatif qui le dédommagea au triple; qu'il avait eu 900 royaux de l'abbé de Saint-Martial, 250 écus de l'abbaye de la Règle. Par accommodement, l'héritier donna 1,600 livres pour les réparations.

Le procureur du roi en la sénéchaussée du Limousin, en vertu de certaines lettres, fit saisir tout le temporel de l'éveché, les châteaux et forteresses en dépendant, et y mit des commissaires. Le chapitre de la cathédrale s'en plaignit au roi, et exposa qu'il était de fondation royale que, de toute ancienneté, il était en possession d'avoir, pendant la vacance du siège, le gouvernement de l'évëché tant au spirituel qu'au temporel; que, dans cette église, il n'y avait aucun droit de régale. Le roi écrivit au sénéchal du Limousin ou à son lieutenant d'appeler son procureur, et, l'exposé étant vérifié, de laisser jouir le chapitre de ses droits. La lettre est datée de Lyon sur le Rhône le 6 mars.

Source : Nobiliaire du diocèse et de la généralité de Limoges, d'André Lecler.